‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.23Chapitre 20 sur 52 · CROCHET · texte numérisé non relu

CROCHET

Enfin, Ilippocrate conseillait les fruits de cette espèce dans les douleurs de matrice, ainsi que l'infusion de la plante dans du vin. Pl.

Bibliographie. — Hippocrate. Morb. muL, I, 591, — Dioscoride. Materia medica, II, 157. — J. Bauihn. Historia plantarum. — Linné. Species, 247. — Lavini. Mémoires de l'Académie de Turin, XXV, 15, 1822. — Mébat et de Lens. Dictionnaire de matière médicale, II, 456. — Grenier et Godron. Flore de France, I. — Spbengel. Historia rei herboriae, I, 59 et 65. Pl.

CRITnOMAl^CIE OU AliELiROMAlMClE (de xpiSÂ, Orge, OU SihvpO'j, froment, et ^caziia, divination), divination au moyen des figures que produisait la farine d'orge ou celle de froment sur la tête des victimes {voy. Divination). D.

CRiTOi\[ vivait sous Trajan, dont il fut le médecin. 11 est fréquemment cité et avec quelques détails par Galion, comme ayant écrit un bon traité sur la composition des médicaments. Il avait aussi donné un ouvrage très-com})let sur la cosmétique, tiré en partie d'Héraclide de Tarente et de Cléopâtre, mais avec beaucoup de choses nouvelles. Fabricius a inséré dans sa Bibliothèque grecque quelques fragments conservés par Galien. On a quelquefois confondu ce Griton avec un homonyme qui est compté parmi les plus anciens médecins de la secte empirique, mais sur le compte duquel on ne sait absolument rien. E. Bgd.

CROATIE. Voy. Hongrie.

CROC-DE-CHIEX. Nom donné à quelques plantes épineuses de familles diverses, et entre autres au Jujubier, et au Solarium paniculatum, Solanée à gros aiguillons des Antilles. Pl.

CROCE (Vincent Alsario della). Né vers 1570, dans le pays de Gènes, ce médecin pratiqua d'abord l'art de guérir à Bologne et à Ravenne ; ensuite il se rendit à Rome, où il fut nommé, en 1612, professeur de médecine, et quelque temps après médecin du pape Grégoire XV. Ses principaux ouvrages, relevés par Van der Linden, sont :

I. De morbis capitis fréquent ioribus. Romse, 1617, in-4°; Venetiis, 1619, in-4°. —

II. Ephemeridum, idest diuturnarum observationum libri duo. Bononise, 1641, in4°. —

III. De verme admirando pernares egresso. Ravennae, 1610, in-4°. - IV. De epilepsia.... Yenetiis, 1605, in-4°. — V. De quœsitis per epistolam in arte medica, centuries quatuor. Venetiis, 1622, in-fol. — YI. Vesuvius ardens, id est motus et incendium Vesuvii moniis in Campania XVI niensis decembris, anno M. DC. A'A'A'i. Romae, 165ii, in-4°. — YH. Disquisitio generalis de fœtu nonimestri, parvœ adeo molis, ut vix quadrimeslris appareret,in adolescentula primipara. Roniîe, 1627, in-4°. — VIII. Consultatio medica pro adolescenle oblivione et surditate laborante. Rornse, 1629, in-4<'. — IX. Consilium prophxjladicumd lue pestifera. Romœ, 1631. — \. De hœmoptysi, seu sanguinis sputo. Romse, 1635, m-i°-

CROCHET. Tige métallique recourbée, soit aux deux extrémités soit aune seule; les extrémités sont tantôt mousses, tantôt pointues. Dans ce dernier cas, surtout si la tige se termine par plusieurs crochets disposés en forme de râteau, l'instrument rentre dans la classe des érigues {voy. Érigues) et des Tenacula (voy. Tenaculum).

Le crochet mousse s'emploie principalement pour écarter les bords d'une plaie; pour isoler, dans une opération, une partie délicate; pour soulever un

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vaisseau, etc. Le crochet aigu de forte dimension sert à saisir et à attirer au dehors des parties plus ou moins profondes, plus ou moins adhérentes, sur lesquelles on veut agir ou qu'on se propose d'extirper. L'un et l'autre sont d'un usage journalier dans les dissections, où le crochet aigu aux deux extrémités a cet avantage de permettre de maintenir écartés les bords d'une incision sans l'intervention de la main, une des extrémités étant passée dans la lèvre de la plaie, tandis que l'autre est enfoncée dans une partie molle voisine ou accrochée aune partie osseuse.

Il existe aussi des instruments à crochets plats, destinés à écarter les parties sur une large surface ; on les appelle écarteurs, ou bien encore abaisseurs ou releveurs, suivant l'usage qu'on en fait. Tels sont ceux qu'on emploie pour abaisser ou relever les paupières ; ils sont connus sous le nom de Blepharistats : ils seront décrits au mot Opkthalmostat {voy. Ophthalmostat).

Quant aux crochets mousses ou aigus destinés à l'extraction du fœtus, il en sera parlé aux articles Dvstocie et Embuyotomie. Rappelons seulement que les crochets aigus, applicables seulement sur le foetus mort pour l'attirer au dehors ou en sectionner une certaine partie (le crochet à tige droite, le crochet de Mesnard, dont la tige décrit une courbe en rapport avec celle du ci'àne, et un grand nombre d'autres plus anciens imaginés par Saxtorf, Aitken, Fabrice de Ililden, Levret, etc.) sont rarement employés aujourd'hui. Dans les crochets obstétricaux mousses, nous signalerons : 1° le crochet mousse demi-circulaire, c'est-àdire décrivant une courbe régulière ; 2° le crochet angulaire imaginé par Burton, afin d'éviter l'inconvénient attribué au premier d'accrocher quelquefois par son extrémité les parties du fœtus; 3" le crochet à décollation de Braun (de Vienne), avec lequel on saisit le cou du iœtus et on le détache par de fortes tractions en rompant la colonne vertébrale ; 4" le crochet articulé de Wasseige (de Liège), consistant en un doigt artificiel métallique, formé de trois phalanges munies de peau, qui, unies par des articulations, peuvent se fermer comme les doigts de la main et appréhender les parties de l'enfant ; 5° le crochet mousse à rainure qui fait partie de ïembryotome de Jacquemier et sur lequel glisse la tige à lames articulées destinée à la section des tissus. D.

CROCIDISME (de xpoxîç, flocon). Mouvement automatique qui accompagne quelquefois le délire et par lequel les malades semblent ramasser sur leur couverture des flocons ou des brins de fils. Le crocidisme a la même signification pronostique que la carphologie {Voy. ce mot). D.

CROCHUE. Acide crocique (C^H*^0^"). La crocine est une matière colorante jaune retirée d'abord, à l'état impur, du safran par Quadrat.ei ensuite, à l'état de pureté, des baies jaunes du Gardénia grandiflora par Mayer, et étudiée par Hochleder.

Préparation. On traite les baies écrasées par de l'alcool bouillant, on exprime et l'on distille le liquide filtré. Le résidu aqueux, duquel s'est séparé un acide gras liquide, est filtré, additionné d'un excès d'alumine hydraté et abandonné pendant plusieurs jours. On filtre et on précipite par du sous-acétate de plomb. Le précipité, d'un jaune rougeâtre, est mis en suspension dans l'eau et décomposé par un courant d'acide sulfhydrique. La liqueur, séparée du sulfure de plomb par filtration, est bouillie avec de l'alcool, et la solution filtrée est évaporée dans le vide. Le résidu sec, réduit en poudre, présente une couleur d'un

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beau rouge ; il est soluble dans l'eau et dans l'alcool avec une riche coloration^ analogue à celle de l'acide chromique. La solution aqueuse de crocine, évaporée, devient bleue, puis violette au contact de l'acide sulfurique.

La crocine est un glycoside : bouillie, en solution faible, avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique, elle se transforme, avec absorption dedix équivalents d'eau, en sucre incristallisable et en crocétine. Ce dédoublement ne peut avoir lieu que dans une atmosphère d'hydrogène ou d'acide carbonique, car la crocétine s'oxyde très-facilement. La crocétine est une poudre amorphe, d'un rouge foncé, soluble dans l'alcool, moins soluble dans l'eau. Les étoffes mordancées au sel d'étain prennent, par l'ébullition avec la crocétine, une couleur jaune-verdàtre, foncée, qu'un traitement à l'ammoniaque transforme eu un jaune brillant, inaltérable à l'air et à la lumière. Lutz.

CROCIQUE (acide). Voij. Crocine.

CROCIUS (Chrétien-Frédéric). Médecin allemand, naquit à Brème le 26 septembre 1625. Il iit ses études médicales à Leyde, à Helmstaedtet à Bâle, et prit le bonnet de docteur à l'Université de cette dernière ville en 1650. 11 revint à Brème oîi il enseigna les langues orientales, dont il avait fait une étude approfondie, puis obtint une chaire médicale à Marbourg en 1653. Il est mort dans cette dernière ville le 15 août 1G73, laissant :

I. Diss. ulrum homo sponlaneo ortu provetiire possiLLugd.Bsita\'.,'l6ib,m-i''. — II. Diss. die hœmorj-hoïdum nalura et curatione. Marburgi, 1658, in-4°. — III. Diss. de morbor causis morbi et sijmptomatibus. Marburgi, 10C9, 111-4». L. Hn.

CROCODlLiE\'S». Des quatre ordres : Chéloniens, Crocodiliens, Sauriens et Ophidiens, qui constituent la classe des Reptiles, celui des Crocodiliens est évidemment l'un des plus remarquables, non-seulement par les dimensions considérables qu'atteignent plusieurs de ses représentants dans la nature actuelle, mais encore par le rôle important que certaines espèces ont joué dans les âges tertiaire et secondaire. A une date fort reculée, pendant la période jurassique, les Crocodiliens furent sans doute associés aux Ichthyosaures, aux Plésiosaures, aux Pliosaures, en un mot, à des reptiles gigantesques qui étaient conformés essentiellement pour vivre dans la mer et que, pour ce motif, M. Owen a proposé d'appeler Enaliosauriens (de svâXtoç, marin, c-aOpoç, lézard) ; mais, peu à peu, à mesure que les conditions extérieures se modifiaient, les Crocodiliens se substituèrent à ces formes monstrueuses, et, dès le commencement de la période tertiaire, les remplacèrent complètement. Le changement n'ayant pas été brusque, il subsista néanmoins entre les Crocodiliens proprement dits et les Enaliosauriens, sinon, comme on l'a prétendu, des preuves de filiation, au moins des liens de parenté assez étroits, grâce aux Téléosaures, dont les vertèbres sont biplanes ou légèrement biconcaves. Ce sont ces affinités que le professeur Claus, de Vienne, a essayé d'indiquer en créant, sous le nom à' Hydrosauriens, pour les Crocodiliens et les Enaliosauriens, une sous-classe équivalente à celle des Chéloniens et à celle des Plagiotrèmes, qui comprend les Ophidiens et les Sauriens. D'un autre côté, par certaines particularités de structure, les Crocodiliens se rattachent aux Chéloniens ; aussi de Blainville avait-il proposé de réunir ces deux groupes sous le nom de Emydosauriens {Chélonosaiiriens, P. Gervais). Mais, en tous cas,

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dans l'état actuel de la science, il est impossible de laisser les Ci'ocodiliens confondus avec les Sauriens, comme le faisait G. Cuvier, pour qui les Crocodiliens n'étaient que des Sauriens cuirassés.

Par l'ensemble de leur organisation, les Crocodiliens méritent d'occuper une place élevée dans la série herpétologique. Leurs téguments sont trèsrésistants, et se transforment, sur certains points du corps, en des plaques osseuses qui, sur le dos, sont seulement carénées, mais qui, sur la queue, sont surmontées d'une crête, double dans la portion basilaire, simple dans la portion terminale.

Comme chez tous les Reptiles, le crâne, chez les Crocodiliens, est articulé à la première vertèbre cervicale par un -seul condyle ; il est large, aplati, formé d'os extrêmement rugueux, les alispliénoides sont distincts, une arcade temporale se dessine au-dessus de l'arcade maxillo-jugale,qui est séparée de l'orbite par un prolongement du jugal et du frontal postérieur; l'os lacrymal est trèsdéveloppé, et les os tympaniques, auxquels s'articule la mâchoire inférieure, sont fixés au crâne, mais reportés fort loin en arrière. Par suite de cette disposition, la gueule pouvant s'ouvrir largement jusqu'aux oreilles, pour engloutir des pi'oies volumineuses, la mâchoire supérieure semble mobile, ce qui n'est pas en réalité. L'ostéologie de la tête des Crocodiliens est du reste extrêmement compliquée, par suite de l'adjonction de pièces nouvelles, ou plutôt, comme l'a dit Geoffroy Saint-Hilaire, de la séparation persistante, chez l'animal adulte, des pièces développées autour des divers points d'ossification. Ainsi, l'occipital unique de l'homme a pour représentants, chez les Crocodiliens, plusieurs os répondant : l'un, à la portion supérieure ; un autre, à la portion basilaire ; quatre autres, aux portions latérales. Mais, tandis que, chez les vertébrés supérieurs, le maxillaire inférieur est constitué seulement par deux pièces élémentaires intimement soudées, chez les Crocodiliens, cette même partie du squelette se compose de six os de chaque côté, savoir : un os dentaire, occupant le devant de la bouche et portant les dents ; un os operculaire, uni à la face interne du précédent ; un os angulaire, prolongé jusqu'à l'extrémité postérieure de la brandie de la mâchoire, un os surangulaire ; un os articulaire, formant en grande partie la cavité destinée à recevoir l'extrémité inférieure de l'os tympanique, et un os complémentaire bordant en dehors et en avant l'orifice du canal dentaire. La mâchoire supérieure, solidement fixée au ci^âne et généralement allongée, de même que la mâchoire inférieure, présente en avant deux intermaxillaires et, sur les côtés, deux os maxillaires. Ces quatre os, ainsi que les palatins, sont confluents sur la ligne médiane ; les ptérygoïdiens se soudent également dans la plus grande partie de leur longueur, de sorte que la cavité buccale est parfaitement cloisonnée en dessus, sauf dans la l'égion postérieure oii s'ouvrent les arrière-narines. Les dents sont toutes implantées sur les mâchoires, dans des alvéoles profondes, et ont leur couronne légèrement striée et comprimée ; deux d'entre elles, occupant le quatrième rang à la mâchoire inférieure, sont toujours plus développées que les autres, affectent la forme de canines et viennent se loger, quand la gueule est fermée, dans des fossettes ou dans des échancrures ad hoc pratiquées dans la mâchoire supérieure.

La colonne vertébrale peut être nettement subdivisée en régions cervicale, dorsale, lombaire, sacrée et caudale, et les pièces qui la composent sont diversement conformées suivant les groupes. Chez les Crocodiliens de la période actuelle et chez ceux de la période tertiaire, les vertèbres sont concaves sur la

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face antérieure et convexes sur la face postérieure, comme chez tous les Sauriens {à l'exception des Geckos) ; chez les Téléosauriens de la période jurassique, elles sont biplanes ou légèrement biconcaves; enfin, chez les Slénéosauriens, qui ont éoalement disparu de la surface du globe, elles sont arrondies en avant et creusées en arrière. C'est d'après ces caractères qu'on a pu diviser les Crocodiliens vivants et fossiles en trois sous-ordres : les Procœîiens (ou mieux ; Prosthocœliens, de -KpéuBvj, en avant et x.oûo;, creux), les Amphicœliens (de à//î)î, (les deux côtés, etc.) et les Opisthocœliens (de ottio-Sev, en arrière, etc.). Des côtes vertébrales existent non-seulement dans la région thoracique, mais encore dans la région cervicale, où elles commencent déjà sur l'axis et sur l'atlas, tandis qu'elles n'apparaissent chez les Sauriens qu'au niveau de la troisième vertèbre, et chez les Serpents que sur un point encore plus reculé de la colonne vertébrale. Le développement de ces os, sans être considérable, est assez grand néanmoins pour empêcher les mouvements de flexion latérale. Le sternum thoracique est suivi d'un sternum abdominal partant aussi des côtes qui, toutefois, ne viennent point se rattacher aux vertèbres lombaires. A la ceinture scapulaire, les clavicules font défaut, et dans le bassin, les deux os pubiens ne se rejoignent point à l'extrémité; le sacrum ne se compose que de deux vertèbres ; la région caudale, au contraire, présente un assez grand nombre de ces pièces osseuses, munies d'apophyses épineuses très-développées.

La cavité buccale est, comme nous l'avons dit, singulièrement allongée: elle paraît dépourvue entièrement de glandes salivaires et porte, fixée à son plancher, une langue si épaisse, si peu protractile, qu'elle se confond avec les parties avoisinantes ; aussi les anciens étaient-ils persuadés que cet organe de dégustation faisait complètement défaut chez les Crocodiles. L'œsophage, fort vaste, donne accès dans un estomac qui ressemble au gésier des oiseaux par sa forme arrondie et par la présence de deux disques musculaires; le duodénum a des parois assez minces, mais est garni de villosités ; l'intestin grêle est replié sur lui-même, et le gros intestin, dépourvu de cœcum, débouche dans un eloaque à la partie antérieure duquel on remarque un organe érectile servant à l'accouplement.

Les narines sont toujours situées dans la partie antérieure du museau et peuvent au besoin être fermées par des espèces de soupapes charnues ; d'un autre côté, il existe dans l'arrière-bouche un repli, une sorte de voile du palais qui sépare complètement de la cavité buccale l'extrémité des canaux nasaux et l'orifice de la trachée. Grâce à cette double disposition,' les Crocodiliens peuvent, sans inconvénient, ouvrir sous l'eau leur vaste gueule, pour engloutir leur proie. Les poumons ne s'enfoncent pas dans l'abdomen et sont séparés des intestins par un diaphragme incomplet.

Mais c'est dans le système circulatoire que résident quelques-unes des particularités les plus curieuses de l'organisation des Crocodiliens. Le cœur est presque aussi bien conformé que chez les Vertébrés à sang chaud, et pourvu de quatre cavités, deux oreillettes et deux ventricules. La cloison interventriculaire est complète, de sorte que, dans l'organe d'impulsion, il ne peut y avoir de mélange entre le sang veineux et le sang artériel ; mais ce mélange s'opère un peu plus loin, grâce à un vaisseau qui, partant du ventricule droit, va rejoindre l'aorte descendante. En d'autres termes, tout le sang expulsé du ventricule droit ne va pas aux poumons ; une partie, encore impure, de ce sang va se mêler au fluide qui vient d'être chassé du ventricule gauche et qui, lui»

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s'est révivifié au contact de l'air. Il importe de remarquer, toutefois, que cette infusion de sang noir dans le sang artériel ne s'opère que sur un point de l'aorte situé au-dessous de l'origine des vaisseaux qui vont à la tête et aux membres antérieurs, de sorte que le cerveau, les organes des sens, etc., reçoivent exclusivement du sang rouge.

L'intelligence des Crocodiliens paraît assez obtuse, aussi leur cerveau n'occupe-t-il qu'un espace assez restreint relativement au volume de la tête. Pendant de longues heures ces animaux peuvent rester immobiles sur le sable des rivages, et ils ne déploient quelque activité que lorsqu'il s'agit de satisfaire leurs appétits. Alors on les voit courir en ligne droite, avec une rapidité inattendue, ou fendre les eaux à la nage ; mais d'ordinaire ils ont sur le sol une démarche lente et embarrassée.

Nous avons vu, plus haut, que l'ordre des Crocodiliens pouvait être subdivisé en trois groupes : les Prosthocœliens ou Crocodilietis proprement dits, les Amphicœliens ou Te'léosauriens et les Opisthocœliens ou Slénéosauriens. Les Crocodiliens ont pour caractères des vertèbres cohcavo-convexes, une queue longue comprimée latéralement et munie en dessus de deux séries de crêtes qui, vers l'extrémité, deviennent conlluentes, des pattes antérieures pourvues de quatre doigts libres, des pattes postérieures à A orteils plus ou moins réunis par une membrane interdigitale. Ils vivent dans les langunes ou à l'embouchui'e des rivières, nagent et plongent avec une grande facilité et se livrent, surtout pendant la nuit, à lâchasse des poissons et des oiseaux aquatiques, qui constituent leur principale nourriture. Quoiqu'on ait dit, ils ne s'attaquent que rarement à des mammifères de grande taille. Lorsque la proie qu'ils ont saisie est volumineuse, ils l'entraînent sous l'eau et la laissent macérer quelque temps. Ils déposent dans le sable, au bord des fleuves, des œufs qui sont blancs et qui ressemblent un peu à des œufs d'oie, tout en ayant la coquille plus dure et plus rugueuse. Les petits qui en sortent ont à peine 1 à 2 centimètres de long, mais ils sont déjà fort agiles. Par un accroissement, qui parfois est extrêmement lent, ils peuvent atteindre une taille de 9 à 10 mètres.

A son tour, le groupe des Crocodiliens se subdivise en trois familles qui ne comprennent, chacune qu'un ou deux genres, la famille des Crocodilides, la famille des Gavialides et la famille des AlUgatorides.

Les Crocoddides ont pour type le genre Crocodilus, dont le nom, assez mal choisi, signifie animal qui craint le rivage {Kpo-Aàêiàoi, en grec) et a été changé par Merrem en celui de Champsès, tiré de l'égyptien. Ils ont, sur le devant de la mâchoire inférieure, des dents coniques dont les pointes sont reçues dans des fossettes correspondantes de l'os incisif, et, de chaque côté, une canine qui vient se loger, quand la gueule se ferme, dans une échancrure du bord de la mâchoire opposée. Les trous auditifs, recouverts par la peau, sont placés entre le frontal antérieur, le pariétal et le mastoïdien. Il n'existe de plaques cutanées que sur les parties supérieures du corps, et les pattes postérieures sont entièrement palmées.

Dans le genre Crocodilns, le museau forme avec la tête un triangle isocèle ; les paupières sont membraneuses et les plaques cervicales sont séparées des plaques dorsales. L'espèce la plus connue de ce groupe est le Crocodile du Nil {Crocodilus vulgaris, Guv.) qui a pour caractères principaux un museau relativement assez large, des pattes de derrière largement palmées et bordées en arrière par une crête festonnée, 6 plaques dans la région cervicale, desécussons

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dorsaux quadraiigulaires et surmontés de 6 séries de carènes longitudinales, de hauteur médiocre. Ce crocodile est ordinairement d'un vert bronzé, piqueté et marqueté de brun en dessus, et tournant au vert jaunâtre en dessous. Il paraît répandu sur une grande partie de l'Afrique tropicale, et était jadis fort commun dans le Delta du Nil. Son plus grand ennemi est la Mangouste ou Ichneumon, qui détruit un grand nombre d'œufs et dévore même les jeunes encore trop faibles pour se défendre. En outre, comme Hérodote l'avait déjà remarqué, la gueule de ce grand reptile est constamment infestée de parasites ; heureusement il trouve dans un petit oiseau du groupe des Pluviers un ami complaisant qui le délivre de ces hôtes incommodes.

Sur divers points de l'Egypte, et particulièrement à Arsinoé et sur les bords dulacMœris, les Crocodiles étaient l'objet d'une grande vénération; ils étaient entretenus dans les temples et nourris aux frais de l'Etat et, après leur mort, leurs corps embaumés prenaient place dans les nécropoles à côté de ceux des Chats, des Cynocéphales, etc. Plusieurs de ces momies figurent dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle de Paris.

Dans les premiers temps de l'empire romain, des Crocodiles parurent à diverses reprises daus les jeux du cirque : Auguste, Antonin et Héliogabale montrèrent successivement au peuple, dans l'arène inondée, de ces animaux qui avaient été amenés d'Egypte à grands frais. Enfin plusieurs colonies, soit en Numidie, soit dans la Gaule méridionale, firent représenter le Crocodile sur leurs médailles, peut-être dans le but de rappeler leur origine égyptienne.

Une espèce voisine du Crocodile vulgaire, ou même une simple race, à museau étroit, a été appelée par E. Geoffroy Saint-llilaire Crocodilus suchus (du mot égyptien Souch qui, d'après ChampoUion, servait à désigner le Crocodile à Arsinoé ou Crocodilopolis. Dans l'Afrique occidentale vivent le Crocodilus frontatus (Murray), qui a le museau plus court et plus large que le Crocodile vulgaire, et le Crocodilus cataphractiis (Cuv.), qui est devenu pour Gray le type du genre Mecistops ; à 3Iadagascar on trouve le Crocodilus madagascariensis, dont le museau est étroit et dont les os nasaux se prolongent entre les intermaxillaires ; dans l'Asie méridionale le Crocodilus palustris (Less.);à Ceylan le Cr. biporcatus; à Cuba le Cr. rhombifer, etc., etc.

Dans un autre genre de Crocodiliens, celui des Osteolœmus dont le type est YOsteolœmus frontatus (Merr.) des côtes de l'Afrique occidentale, le museau est élargi, et les paupières sont munies de deux plaques osseuses.

D'après ce qui précède, il est focile de voir que les vrais Crocodiles ne sont pas, comme on l'avait cru d'abord, exclusivement propres à l'ancien continent : quelques espèces habitent l'Amérique, mais on n'en connaît point en Australie. A l'époque actuelle, ces' animaux font également défaut en Europe, mais ils y ont vécu aux époques antérieures, nous allons avoir l'occasion de le rappeler.

La deuxième famille des Crocodiliens est celle des Gavialides (ou Longirosires de Cuvier) ayant pour caractères, d'abord, un museau très-allongé et trèsétroit, sauf à l'extrémité qui se dilate et qui porte souvent, chez les mâles, des protubérances singulières, puis des dents longues, également espacées, celles de la mâchoire inférieure ne pénétrant pas dans des cavités de la mâchoire supérieure, mais se logeant simplement dans des cchancrures, enfin des pattes postérieures palmées et garnies d'une crête en arrière. Comme les CrocodiUdes, il n'y a point de plaques dans la région ventrale.

Les Gavialides habitent l'Inde et l'Australie. Ils ont pour type le genre Gaviali^

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ou Rhamphostoma (Wagl.), dans lequel les iutermaxillaires sont presque toujours larges, soudés jusqu'au niveau de la quatrième dent, et les dents au nombre de 26 à 28 de chaque côté. Le Gavial du Gange {Gavialis ganfjeliciis ou longirostris), dont il est déjà fait mention dans Elien, atteint souvent 6 ou même 8 mètres de long. 11 est essentiellement aquatique et se nourrit presque exclusivement de poissons. Par suite de l'étroitesse de son museau, il ne peut saisir de proies volumineuses, et est à peine dangereux pour l'homme. Une autre espèce, le Gavial de Schlegel {G. Schlegelii), qui vit en Australie, a les intermaxillaires moins larges que d'ordinaire et soudés seulement jusqu'au niveau de la troisième dent; il ne porte d'ailleurs que 20 dents de chaque côté; aussi feu M. Gray avait-il voulu en faire le type d'un genre particulier.

Enfin les AlUgatorides ou Caïmans ont la tète raccourcie, avec les trous de la partie supérieure du crâne rudimentaires, la mâchoire supérieure pourvue de fossettes pour recevoir les dents inférieures de la quatrième paire, le ventre garni de plaques ordinairement séparées, les pattes postérieures un peu arrondies, sans crête en arrière, et n'offrent qu'une membrane natatoire rudimentaire. Ils habitent exclusivement l'Amérique.

Dans le genre Alligator (Cuv.), dont le nom est, dit-on, tiré du mot portugais Logarto, qui signifie Lézard, les plaques dorsales ne sont pas articulées entre elles et les dents sont au nombre de 20 de chaque côté et à chaque mâchoire. L'Alligator lucius (Cuv.) ou Crocodilus mississipiensis (Daud.) ou Caïman à museau de brochet, a, comme son nom vulgaire l'indique, la tête fortement déprimée, terminée en avant par un museau arrondi, épaté, et pourvue sur le front d'une arête longitudinale. Sur la nuque on remarque deux écussons. Il peut atteindre jusqu'à 7 mètres de long et peut être considéré comme un animal assez redoutable. On le trouve sur les bords du Mississipi et de ses affluents, et dans les marais de la Louisiane et de la Caroline. D'après des observations faites récemment dans la ménagerie des Reptiles, au Jardin des Plantes, il paraît que ce Caïman a la singulière faculté de pouvoir rester immergé toute une nuit, neuf ou dix heures, sans remonter à la surface. C'est là un fait bien difficile à expliquer, les Caïmans, comme tous les Crocodiliens, étant pourvus non de branchies, mais de poumons, et respirant nécessairement de l'air en nature.

Dans le genre Jacare, il y a en général 20 dents à la mâclioire supérieure, de chaque côté, et 22 à la mâchoire inféi^ieure, et les plaques dorsales sont articulées. C'est dans ce groupe que l'on fait rentrer maintenant le Caïman à paupières osseuses {Alligator palpebrosus Cuv., ou Crocodilus trigonatus Schn.), qui habite l'Amérique méridionale et qui atteint i mètre à l'",50 de long. Il a la tête allongée, rétrécie en avant et terminée par un museau légèrement relevé et arrondi : ses paupières supérieures sont ossifiées. Dans le genre Jacare se placent encore le Caïman à lunettes {Alligator sclerops Dum. et Bibr., ou Crocodilus sclerops Schn.), qui habite la Guyane, le Brésil et le Paraguay, le Caïman à points noirs {Jacare punctulatus Spix ou Alligator punctulatus Dum. et Bibr.), qui vit en Colombie et au Brésil, etc., etc. La plupart des Caïmans pondent leurs œufs dans le sable et les recouvrent avec des feuilles ; au bout d'un mois les petits éclosent, et la mère, dit-on, vient gratter la terre pour les aider à sortir; à partir de ce moment elle veille sur eux, les nourrit et les défend avec un grand courage.

Nous avons dit, plus haut, que des Crocodiliens proprement dits avaient vécu

360 CROCODILION.

en Europe aux. époques antérieures à la nôtre. On a découvert, en effet, des preuves incontestables de leur existence dans les lignites, dans l'argile plastique et dans le gypse des environs de Paris, dans les dépôts éocènes dn Hampshire en Angleterre, dans les terrains miocènes de l'Auvergne, dans les terrains pliocènes du midi de la France et dans les terrains quaternaires de l'Himalaya. L'espèce trouvée dans ces derniers dépôts se rapprochait beaucoup, paraît-il, du Crocodilus biporcatiis du Gange.

Dans des terrains plus anciens, datant de la période secondaire, les restes de Crocodiliens sont à la fois plus nombreux et plus importants ; mais ils se rapportent à des espèces qui diffèrent essentiellement des Crocodiles actuels, des Gavials et des Alligators par la forme de leurs vertèbres, et qui paraissent avoir été conformés pour vivre au sein des eaux. Parmi ces Crocodiliens, nous citerons les Mytitriosaures au museau très-allongé, au crâne aplati, aux yenx diriges en avant {Mystriosaurus Cliapmanni dn lias de Whilby dansle Yorkshire et M. Laurillardi du lias d'Altdorf), les Maa-ospondyles qui diffèrent des iMystriosaurcs par leurs vertèbres plus allongées et leurs fémurs plus courts [Macrospondyhis hollensis, ou Gavial de Boll de G. Cuvier, du lias supérieur de Boll), les Pélagosaures, aux yeux assez écartes, aux membres antérieurs n'atteignant que la moitié de la longueur des membres postérieurs [Pelagosaurus typus ou Steneosaiinis Bronnii, Laurill., de l'oolithe), et enfin les Téléosaures proprement dits, aux orbites grandes et rapprochées, aux dents très-nombreuses (160 environ) et alternant de grandeur, au museau aplati, 5 à 6 fois plus long que large, aux vertèbres doi'sales munies d'apophyses transverses très-longues, aux scutelles épaisses, quadrangulaires, disposées par 15 ou 16 en une dizaine de séries (Teleosaurus cademensis E. Geoff. ou Grand Crocodile de Caen, ainsi qu'une foule d'espèces de l'oolithe décrites par MM. E. Deslongchamps). Tous ces genres appartiennent au groupe des Téléosauriens, c'est-à-dire des Crocodiliens fossiles à vertèbres excavées sur les deux faces. Au contraire, d'autres Reptiles dont les débris sont épars dans les couches comprises entre le lias et le kimméridgien, ont leurs vertèbres bombées en avant et ci'eusées en arrière, et offrent, par conséquent, une disposition inverse de celle qui existe chez nos Crocodiles. Ces animaux, parmi lesquels on remarque le Gavial de Ronfleur à museau court ou Steneosaiirus rostro-minor Geoff. et le Steneosaurus major Cuv. constituent la troisième grande division des Crocodiliens, celle des Sténéosauriens ou Streptospondyliens de Hermann de Meyer (de ŒTpznrôç, retourné, et uTrô-jhh;, vertèbre). E. Oustalet.

Bibliographie. G. Cuvier. Règne animal, 2" édit., 1829, t. II. — DuMÉniL et Bidron. Erpétoloc/ie, 183G, t. III. — G. Cdvier. Sur les différentes espèces de Crocodiles vivants et sur leurs caractères distinctifs. In Ann. du Mus. d'hist. nat., 1807, t. X. — A. Straiicii. Synopsis der gegemvârtig lebenden Crocodile. In Mém. Ac. St-Pélersb., 18C0, t. X. — Gray. Synops. spec. récent. Crocod. or Emydosaur. In Trans Zool. Soc. Lond., 1869. — BatijKe, Vntcrsuchungen iiher die Entwickelung und Kôrperbau der Crocodile, 1866. — Huxley. On tlie Dermal Armour of Jacare and Caïman. In Journ. Proc. Linn. Soc, 1860, t. IV. — Voyez aussi les Mémoires de MM. Brown, Kaup, Ilermann de Meyer, Deslongchamps, Sauvage et le Traité de paléontologie de Pictet. £ 0.

CROCODILION. Sous le nom de K/jozo^etÀtov , Dioscoride indique une plante dont les fleurs sont disposées comme celles des Synanthérées, dont les graines, en forme de double écusson, sont diurétiques, qui a une odeur forte et dont la décoction provoque des saignements du nez. Quelle est cette plante

que Dioscoride dit croître dans les forêts? Adaiison a cru y reconnaître VEchinops Ritro; Linné y a vu une Centaurée, qu'il a nommée Centaurea Crocodilion. Pl.

Bibliographie. — Dioscoride. Materia medica, III, 12. — Linné. Species. — Mérat et de Leks. Dictionnaire de matière médicale^ 11,466. — Sprengel. Historia rei herbariae, I, 189-

CROCUS. Voy. Safrajx.

CRŒSER (Les).

Crœser (Germaijn de) , de son nom latinisé C/Mse/7i<s. Naquit en 1510 à Kempen, dans l'Over-Yssel (Pays-Bas). Non-seulement il apprit les langues, la philosophie et la médecine, mais encore la jurisprudence, et se fit recevoir docteur en droit civil et canonique. La réputation de son savoir et de son éloquence se répandit bientôt et attira sur lui l'attention de Charles, duc de Gueldre, qui l'attacha à sa personne comme conseiller intime ; à la mort de ce prince, en 1538, Crœser fut honoré de la même faveur par Guillaume, duc de Clèves, qui le chai'gea plusieurs fois de missions importantes en France. Il mourut en 1574 à Kônigsberg, où il était allé accompagner la princesse Marie-Élconore, fille du prince Guillaume, récemment mariée au duc Albert-Frédéric de Brandebourg.

Crœser, malgré ses études juridiques, ne négligea pas la médecine et donna la mesure de sa valeur, en cette dernière science, par ses ouvrages et ti^aductions. Nous citerons de lui :

I. Commeniarius in Hippocralis libriim primum et terliuni de morbis vnlgaribus : item in Ubvumde salubri diaeta. Basileœ, 1570, in-12. — II. Une traduction : Claudii Galeni depulsibus libellas ad tijrones. De pulsuum differenliis libri IV. De dii/iiosccndis piilsibus libri IV. De causis pulsuum libri IV. De prœsagitione ex puhibus libri IV. Parisiis, 1532, in-folio, et autres éditions. — III. Crœser a encore traduit du grec en latin les ouvrages de Plularque. L. Hn.

Crœser (Jacques-Henri) , Médecin flamand, naquit à Grave, en 1691, et fit ses études sous la direction d'un habile • chirurgien d'Amsterdam. Il revint ensuite dans sa ville natale et fut placé chez un pharmacien ; mais ce métier ne lui convenant pas, il alla, au bout de six mois, suivre les cours de l'Université de Leyde et se forma aux leçons d'Albinus et de Boerhaave. Reçu docteur en médecine, il pratiqua d'abord son art à Grave, puis à Amsterdam, où il fut nommé médecin pensionné. Enfin, en 1724, il obtint la chaire d'anatomie et de botanique à l'Université de Groningue et la remplit honorablement pendant de longues années. Crœser mourut le 13 janvier 1753, laissant un certain nombre d'opuscules dont nous citerons seulement les suivants :

I. Diss. de vulneribus thoracis. Lugd. Bat., 1710, in-4'>. — II. Oratio de hondnis primo ortu. Groning., 1724, iii-4°. — III. Diss. qua sanguinis per foramen ovale irajectus indicalur, et membranœ ejus foraminis ante partum nullum esse usum, posl nativitaiem vero claudereid foramen. Groning., 1735, iii-4°. — IV. Kort ontwerp vervaltende de waare oorsaak der eerste inademing. Groningen, 1740, in-4'' (C'est un mémoire sur la dociraasie pulmonaire). L. Hn.

CROISEMEIWTS, Ce terme peut s'entendre des unions entre individus appartenant à des types de races diverses ou offrant, dans la même race, des caractères anatomo-physiologiques sensiblement distincts. Les définitions relatives

aux races ne sont point encore assez rigoureuses pour que nos notions sur les croisements puissent être présentées sur une forme dogmatique. C'est ici une étude de faits. Ou trouve souvent des individus qui, pour la taille, les colorations, les formes proportionnelles et les autres caractères extérieurs, offrent dans la même race des écarts plus considérables que ceux qui nous séparent des races voisines : leur union peut porter le nom de croisement tout aussi légitimement que celui des races dont ils l'eprésenteraient les moyennes. Ces écarts tiennent-ils à des variétés spontanées, à des croisements antérieurs, àl'ATAvisME [voy. ce mot). à des influences de milieu? C'est ce qu'il est, pour l'heure, impossible de déterminer collectivement. Chaque cas particulier d'écart est un problème qui peut recevoir une solution propre. Ce qui est néanmoins certain, c'est que les types des races humaines sont loin d'être univoques. On parle couramment des races pélasgique, hellénique, étrusque, ligure, phénicienne, celtique, germanique, slave ; volontiers on cite la race aryenne, et quelques-uns poussent la fantaisie de leur langage jusqu'à rencontrer des races anglaise, italienne, espagnole, française, exactement comme si les groupements historiques et géographiques correspondaient à la définition classique de la race : variété primitive à caractères distincts et héréditaires. A ce compte, on peut dire que s'il existe plusieurs races protohistoriques, l'étude de leurs caractères différentiels est à peine ébauchée; quant aux races contemporaines, s'il est vrai que l'on peut trouver çà et là des îlots de populations distinctes de l'ensemble, les moyennes nationales tendent singulièrement à se rapprocher.

Les croisements n'offriraient donc qu'une étude décevante s'il n'était question que des races, puisque ces races ne sont pas anthropologiquement déterminées. Mais il en est autrement si l'on va de la race au type, ou si, abstraction faite de toute donnée de filiation, on se borne à étudier méthodiquement les croisements des individus à caractères très-différents.

11 existe en effet dans l'humanité, à l'heure présente, trois grands types, dont l'homogénéité est respectivement aussi grande que leurs caractères différentiels sont constants. Je veux parler du type éthiopique ou nègre, du type mongolique et du type européen. La continuité de l'habitat, la nature et la couleur des cheveux et de la peau, les formes crâniennes et d'autres traits anatomiques moins importants peut-être, permettent de supposer légitimement que ces types abstraits de nos jours répondent réellement à des centres morphologiques primitivement distincts.

Sans aucun doute, si l'on considère ces types dans l'actualité, les écarts qu'ils présentent dans leur propre sein sont parfois considérables ; mais ils ne sont pas suffisants pour entamer le groupe dans son vaste ensemble. On pourra trouver des nègres brachycéphales et presque orthognathes, et des nègres au teint clair, et des nègres aux cheveux crépus et non laineux, mais en proportion si petite que l'homogénéité du type n'en sera pas sensiblement atteinte. De même, on voit souvent parmi les Européens des cheveux très-crépus, des crânes très-allongés, un prognathisme manifeste, sans cju'on puisse pour cela mettre en doute l'existence d'un groupe considérable d'hommes au teint blanc, aux cheveux lisses, à la face orthognathe et au crâne mésaticéphale {voy. Cr.vmologie).

Les mêmes remarques s'appliquent au type mongolique, avec moins de netteté peut-être, en raison de son immense habitat et de ses croisements plus anciens, mais avec une vraisemblance presque égale.

Tels sont les faits qu'il convient d'établir avant d'étudier utilement les

croisement ethniques que j'ai déjà étudiés à l'article Métis. Envisagés selon ces vues collectives, on s'aperçoit aisément que les trois grands groupes immains sont de valeur inégale et que leur apport dans l'œuvre civilisatrice €st loin d'être équivalent. Il est évident que si l'on pouvait ti^ansformer les populations de l'Asie et du nouveau monde en autant d'États-Unis améiicains, c'est-à-dire substituer ou à peu près les races du type européen aux nègres, aux Guaranis, aux Apaches, auz Australiens, aux Malais, etc., le rôle etlmogénique des races les plus parfaites serait accompli. Les croisenienis ne sauraient donc être avantageux aux Européens, Envisagée au point de vue de sa valeur collective, aucune race métisse n'a été et ne saurait être supérieure à la meilleure de celles qui l'auraient enfantée. Toute la question est donc de savoir si dans les produits du mélange on retrouvera la valeur totale des deux facteurs. C'est aux faits seuls à répondre, et ils sont loin d'être avantageux aux partisans des croisements. Dans tous les cas, la solution du peuplement de la terre par une race métisse n'est point une solution, puisque les races européennes étant relativement plus homogènes que celles d'un point quelconque du globe, elles fourniront incessamment un flot d'cmigrants qui submergera les métis. En face des redoutables problèmes qui se posent chaque jour, il importe au plus haut point de pi'éciser l'état de la question et de discuter s'il y a lieu, on général, de favoriser les croisements coloniaux, ou s'il ne vaut pas mieux pour les Européens vivre côte à côte avec les races inférieures, en déterminant les idoles respectifs et en resti^eignant au minimum les unions illégales et les mariages.

L'exemple des États-Unis d'Amérique, ceux de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie, de Java, de la Tasmanie, de la Polynésie en général, celui des Arabes et des Turcs en Afrique, des Anglais aux Indes, en Chine, sont là pour répondre. Partout où les races conquérantes ont esquivé le métissage, soit à cause d'une incompatibilité absolue, soit à cause de la destruction pi'esque complète des races conquises, la colonisation a été prospère. Partout, au contraire, oîi la fusion s'est faite, la colonisation est tellement précaire, le défaut d'homogénéité dans les entreprises collectives est tellement manifeste que la civilisation s'est à peine implantée, que l'unité nationale est sans cesse menacée et que la société est plus voisine de l'anarchie que de l'ordre.

La plupart des républiques de l'Amérique du Sud, le Brésil lui-même, si fortement hiérarchisé cependant, et le Mexique, comparés au colosse homogène du Nord-Amérique où !e métissage est presque nul, semblent encore aux rudiments de la civilisation, malgré la prodigieuse supériorité du climat et la fécondité du sol. On peut évoquer, il est vrai, la thfférence des races colonisatrices et la supériorité primitive des Anglo-Saxons ; mais à cette explication des plus contestables, surtout en présence de la florissante Cuba, nous préférons celle de l'infériorité qui résulte de l'état de métissage hispano-indigène et lusitano-éthiopique. Citons ici, sur ce point, les paroles du naturaliste Agassiz, dont les habitudes d'esprit véritablement scientifiques donnent aux observations une autorité considérable : « Ceux qui mettent en doute les pernicieux effets du mélange des races et sont tentés, par une fausse philanthropie, de briser toutes les barrières placées entre elles, devraient aller au Brésil. Il ne leur serait pas possible de nier la décadence résultant des croisements, qui ont lieu dans ce pays plus largement que partout ailleurs. Ils y verraient que ce mélange efface les meilleures qualités sait da blanc, soit du noir, soit de l'Indien, et produit un type métis indescriptible dont DICT, ENC. XXIII. 124

l'énergie physique et mentale s'est affaiblie.... 11 serait bon de mettre à profit l'expérience d'un pays où l'esclavage existe sans doute, mais où il y a envers le noir plus de libéralisme qu'il n'y en eut jamais aux Élals-Unis. Que cette double leçon ne soit pas perdue : ouvrons aux nègres tous les avantages de l'édiication, mais respectons les 1 ois de la nature, et dans nos rapports avec les noirs maintenons dans leur rigueur la plus grande l'intégrité de son type natif et la pureté du nôtre. » {Voy. au Brésil, p. 297.)

Encore est-il question d'un pays où la population est incessamment modifiée par un courant assez sensible d'émigrés. Néanmoins sur 10 millions d'habitants (1874), il n'y a guère moins de 4 millions de noirs, et on ne sait au juste combien d'Indiens. Le municipe de Rio comptait à cette date 274 972 habitants, dont 151 799 blancs, 44845 pardos (métis de noirs et de blancs), 28 466 nègres et 925 cabocles (métis d'Indiens et de blancs). On voit par ces chiffres, qui se retrouvent dans des proportions analogues à Pernambouc, à quel point la population est mélangée et pour quelle durée illimitée.

Mais quand il s'agit d'une population métisse plus ou moins fixée et abandonnée à elle-même, Haïti et Saint-Domingue, par exemple, la décadence est singulièrement rapide. Demandez aux voyageurs ce que deviennent ces colonies des Antilles jadis si ilorissantes, aujourd'hui incapables de subvenir à leurs besoins et livrées à l'anarchie !

Nous croyons inutile de nous étendre ici sur ces faits, que l'on pouvait rationnellement prévoir et dont l'instinct nous avertit. La théorie des avantages du métissage est née, chez les uns, d'un amour exagéré du monogénisme, chez les autres, d'un sentimentalisme outré en présence de la disparition des races inférieures. On suppose qu'étant nés d'un môme couple primitif, les membres épars de la grande famille humaine se fondront avec quelque avantage, ou bien qu'en présence de la disparition des races inférieures par le fer, par la famine, par la phlhisie, par l'alcool ou par le quid ignotum, le métissage est un moyen philanthropique.

Mais, ici encore, les faits viennent s'opposer au sentimentalisme. Les races métisses entre types divers ne subsistent pas sans un apport constant de sang mère qui, tôt ou tard, submerge les individus et ne laisse que des traces ataviques, le plus souvent déplorables. Si l'on en doute, que l'on cite un seul cas de population métisse, vivant par elle-même, qui ne soit pas à la veille de disparaître par voie d'extinction ou de destruction. On mentionne bien çà et là quelques groupes de métis dans les îles de la mer du Sud ; mais s'ils dépassaient quelques centaines sur 6 ou 8 millions d'habitants, on le saurait. Non, la disparition des races séparées des Européens aussi profondément que les Polynésiens, les nègres, les indigènes américains, les Bushmen, partout où elles seront en contact, est un fait réalisé pour beaucoup, extrêmement probable, avec le temps, pour les autres. 11 faut s'y résigner et, en connaissance de cause, tirer le meilleur parti possible de cette loi.

On a dit que les croisements constituaient un excellent procédé d'acclimatement. Mais il faudrait, à supposer cette vue bien fondée, qu'il existât d'abord un groupe notable de population métisse, et c'est ce groupe qui est à créer. L'at-on créé sur la côte occidentale d'Afrique, où depuis cinq cents ans flottent les pavillons des colons et des armées européennes? L'a-t-on trouvé aux Indes britanniques, où les Half-Casts ne dépassent pas quelques milliers? L'a-t-on trouvé aux Indes néerlandaises, où les rares métis sont stériles? Non, là où il existe des

populations métissées qui se maintiennent par rimmigration, l'acclimatement est aussi facile pour les Européens que pour les métis, et la population se fut accrue comme aux Élats-Unis et au Canada, triplant en cinquante ans, si le métissage n'était venu restreindre cet accroissement dans des proportions énormes.

Il reste à considérer, au point de vue ethnologique, si les races les plus pures ne sont pas les meilleures, alors même qu'elles seraient jugées inférieures par l'ensemble de leurs caractères anatomiqaes et physiologiques. Sur ce point encore, je donnerai une solution affirmative. Là où les nègres ont été administrés humainement, ils ont rendu de grands services. L'esclavage et ses vices, l'orgueil égalilairc de l'affranchi ou du mulâtre, ont engendré ce que l'on constate partout où les barrièrts ont été rompue:? au nom des « principes » : l'horreur de tout travail régulier, la licence des mœurs, l'anarchie, le crime habituel. A vrai dii'e, il devrait être plutôt question d'adaptation à un milieu que de supériorité dans les races humaines. Le cultivateur javanais est très-supérieur au Hollandais dans son île, puisqu'il Ta peuplée plus qu'aucun pays et qu'il lui fait rapporter en sucre et eu calé plus (|u'aucune île au monde. Mais le Hollandais est supérieur au Javanais, en ce qu'il a obtenu ce résultat par la supériorité d'une organisation que les Javanais n'ont jamais conçue. Chaque race peut trouver son adaptation, il faut savoir la déterminer et l'y maintenir. Croiser toutes les races humaines, c'est aller contre le grand principe de la civilisation : la division du travail.

Les considérations qui précèdent, s'appliqueraient avec avantage, si l'on en admettait la justesse, à notre colonie algérienne où, sur près de 500 mille Européens oi^ ne compte qu'une moitié de Français en face de plus de 2 millions d'indigènes arabes et kabyles. L'école assimitatrice, qui veut appliquer aux indigènes les institutions françaises, le Code civil, la propriété personnelle, la religion et jusqu'au costume, fait fausse route; on préconise les croisements! on va jusqu'à écrire que la colonie ne sera florissante que le jour où l'on aura une population mixte ilalo-hispano-franco-arabe ! Ce rêve est chimérifjue, sans aucun doute; mais il sera désastreux même de le tenter : on pousse de la sorte à la création d'une race malheureuse, objet de mépris pour les uns comme pour les autres, déclassée, mais pleine de vices et d'orgueil. Ce n'est que par l'immigration appuyée sur les races beibères et par l'extinction ou l'éloignement graduel des Arabes nomades que notre colonisation se développera.

En résumé, nous considérons comme prouvé par les faits : 1» que les croisements des races physiologiquemcnt voisines sont sans autres avantages et sans autres inconvénients que ceux qui résultent des circonstances au sein desquelles ils s'opèrent, et de la valeur primitive des groupes ; 2° que les croisements entre types profondément dislincis sont souvent stériles et que jamais ils ne parviennent à constituer une race fixe ; 3" que, entre ces deux termes extrêmes, un grand nombre de croisements entre races assez distantes, mais plus rapprochées que ne le sont les trois grands types humains, mériteraient d'être étudiés avec soin et ne l'ont pas été. De ce nombre seraient les croisements Scandinaves et italiens, par exemple, ou espagnols et flamands, franco-slaves..., franco-kabyles, franco-arabes, etc.

Si le lecteur veut bien maintenant se reporter à l'article Métis, il retrouvera, appuyées par un grand nombre de documents, ces mômes conclusions présentées avec beaucoup plus de réserve. Cinq années de nouvelles études sur cette grave

question ont fortifié nos convictions sur l'inutilité en tous cas et sur le danger en plusieurs cas des croisements ethniques ; c'est pourquoi nous nous excusons du caractère très-affirmatif de ce t; avail.

Quant aux croisements entre individus de même race, ou plutôt de même nationalité, mais de caractères analomo-pliysiologiques distincts, on en trouvera l'étude à l'article Hérédité. E. Dally.

CROISETTE {Rubia Cniciala). Piaule de la famille des Hubiacées, série des Garances, plus connue sous les noms de Galium Cruciata Scop. [F.carnioL, I, 100), Valantia Cruciata L. {Spec, 1491) et Va'dlantla Cruciata Lamck. C'est une herbe vivace, commune partout, dans les bois, les prés, les haies, sur le bord des fossés, etc., annuelle, à tiges débiles, quadrangulaires, sillonnées, simples, dressés ou ascendantes-diffuses, chargées, de même que toutes les autres parties de la plante, de poils blancs et longs. Sa teinte générale est d'un vert jaunâtre, et ses Heurs jaunes sont réunies en cymes axillaires plus courtes que les feuilles, lesquelles sont hispides, longuement ciliées, 4-nées, ovales-elliptiques, obtuses, veinées-réticulées, à trois nervures ; la médiane plus prononcée ; éfalées, puis réfléchies. Les fleurs sont polygames, et leurs pédoncules sont hérissés, portant des bractées lancéolées. La Heur terminale est hermaphrodile ; les latérales, souvent mâles et stériles. Leur corolle gamopétale a des divisions valvaires, au nombre de quatre ou seulement trois, brièvement acuminées ou aiguës. Les étamines sont dressées, puis réfléchies dans les sinus qui séparent les lobes de la corolle. L'ovaire infère, comprimé perpendiculairement à la cloison, a deux loges uniovulées. L'ovule est ascendant. Le fruit est gros, glabre et lisse, finalement sec, avec deux loges monospermes, et des graines à embryon arqué et à albumen corné. Cette espèce fleurit dès le commencement du printemps. On l'appelle encore vulgairement Croiic ds Saint- André, Croisette velue et Eperonelle. Nos pères la croyaient astringente et vulnéraire. Sa racine est tinctoriale et renferme une matière colorante rouge. Celle des feuilles est jaune-pâle. En médecine, elle est peu usitée, et voici ce qu'en dit Cazin, dans la troisième édition de ses Plantes médicinales indigènes (p. 357) : « La Croisette, dont les propriétés ont été indiquées d'une manière vague par les auteurs qui en ont parlé, paraît être légèrement tonique, astringente et diurétique. Cependant ou lui a accordé la vertu de guérir les hernies ; on en donnait la décoction à l'iutérieur, et l'on appliquait la plante cuite sur la tumeur. Sa propriété prétendue vulnéraire, vantée par Geoffroy, mérite à peine d'être mentionnée. San infusion, un peu stomachique, peut être employée quand il s'agit de commencer une médication tonique graduée. Ce mince avantage peut être obtenu plus efficacement par d'autres plantes mieux connues que la Croisette, dont je n'ai parlé, au reste, que parce que les herboristes et les pharmaciens doivent l'avoir pour satisfaire au préjugé populaire qui en perpétue l'usage. » Les anciens médecins nommaient aussi Croisette ou Croisée le Gentiana Cruciata L. Pour eux, toutes les Croisettes étaient « bonnes à refermei- les plaies » et aussi « bonnes contre le haut-mal », c'est-à-dire l'épilepsie. H. Bk.

€ROli$lC (Le). Bains de mer et hydrothérapie marine. Voy. Le Croisic.

CROISSAIVCE. La croissance est l'un des résultats de l'évolution individuelle. Elle commence à la conception et se poursuit régulièrement dans l'em-

bryon; elle se continue chez le nouveau né, avec une intensité qui diminue à mesure que l'âge augmente, et elle atteint, vers trois ans, la moitié du développement total ; celui-ci est accompli entre vingt-trois et trente et un ans, selon les individus, et représente, en moyenne, trois fois et un quart le chiffre de la taille au moment de la naissance, tandis que le poids égale vingt fois le poids initial.

L'étude de la croissance peut se rapporter aux tissus et aux systèmes organiques, aux parties ou régions, et enfin à la croissance totale poids ou taille. Cette étude offre encore à examiner les maladies liées aux divers phénomènes de la croissance, et comme conclusions les règles qui en découlent au point de vue de l'hygiène sociale et privée, ainsi que de la thérapeutique.

Les procédés naturels d'accroissement, d'oii résulte la croissance, se rattachent aux phénomènes histologiques et finalement à la prédominance de l'assimilation sur la désassimilation. Tantôt les éli'ments s'accroissent individuellement, tantôt leur nombre augmente. La vie cellulaire comprend donc elle-même, pour chaque élément anatomique, des phénomènes de prolifération par segmentation simple, germination, ou endogcnèse ; c'est au sein de ce travail intime qu'il faudrait pouvoir poursuivre l'étude de l'accroissement des spécialisations de tissus et, sans doute, des diathèses pathologiques. Mais nous n'avons encore, sur ce point, que des données incomplètes.

Autour des noyaux se développent ordinairement les éléments anatomiques; ils paraissent être des centres d'activité vitale et s'entourent d'une sphère de nucléoles et de protoplasme qui sert de milieu à de nouveaux éléments. Toutefois, selon Robin, ce mode de reproduction ne serait général que pour les tissus inférieurs ; les cellules nerveuses et musculaires se développent par genèse spontanée au sein du blaslème intercellulaire. Quoi qu'il en soit, au reste, des phénomènes intimes de l'accroissement, il nous importe seulement d'en retenir deux laits principaux : le premier, que la croissance résulte de l'augmentation du nombre ou du volume des éléments anatomiques et des blastèmes ; le second, que ces phénomènes, chez les animaux, s'opèrent spécifiquement, élément pour élément, sans exemple de métamorphose d'une cellule en une autre au sein d'un même blastème.

Des connaissances plus étendues sur les observations histologiques nous donneraient peut-être l'explication d'un certain nombre de faits que nous devons nous borner à enregistrer. Ainsi, on peut supposer que, dans les croissances rapides associées à des phénomènes morbides, il y a disproportion entre l'activité évolutrice des divers systèmes. L'élément anatomique paraît être un centre de forces spécifiques ; les cellules des divers systèmes, les ostéoblastes, les hématies, les globules, ne jouissent point des mêmes propriétés ; les proportions relatives de leur développement, de leur nombre, ne sont-elles pas une condition d'équilibre pour les hautes fonctions ? Quel rapport peut-on constater entre ces proportions et les symptômes moi bides? Déjà, grâce à la numération des globules sanguins et à la constatation de leur rapide variation de nombre, de forme et de volume dans un grand nombre d'états pathologiques, quelque lumière a été jetée sur cette hypothèse vérifiable, à laquelle M. Bouchut préfère une autre hypothèse absolument imaginaire, celle d'une promorphose préexistante à laquelle la « matière obéit servilement, tant qu'une autre force ne vient pas la troubler », auquel cas « ce qui devrait être à droite se montre à gauche, le blanc passe au noir, ce qui est toujours droit se courbe » , etc. Ces imagina-

tions ont le tort grave de passer pour des explications dogmatiques. Au fond, elles n'avancent en rien la connaissance des choses; elles introduisent quelques mots de plus et de trop dans le langage, et c'est là tout ; nous savons que les êtres vivants s'accroissent suivant certaines lois. En quoi Thypothèse fantaisiste d'une promorphose qui dirige cet accroissement, dont l'influence peut être contrebalancée par une force hostile ou favorisée par une alliée, vient-elle aider l'esprit? Cela ne rappelle-t-il pas cette astrologie enfantine qui nous montrerait l'influence « promorphosique » ou fatidique de la planète Vénus détruite ou modifiée par la contre-influence Sirius ou Mercure?

Laissant ces chimères, il est certain que l'accroissement total exige le concours d'un ensemble de développements partiels qui sont soumis non à l'action d'une force, mais de nombre de forces ou plutôt de condilions d'activité sans unité nécessaire ; l'inlensité de la croissance varie selon les régions, selon les tissus, selon les âges, selon les milieux, selon les races; c'est ainsi que, d'après Quetelet, la croissance la plus rapide a lieu immédiatement après la naissance, puis elle diminue graduellement jusque vers l'âge de quatre ou cinq ans ; à ce moment, elle s'opère avec une grande régularité jnsque vers l'âge de seize ans, avec une moyenne annuelle de 56 millimètres; enfin au point de vue des régions, on remarque que les parties les plus développées an moment de la naissance sont celles qui, ultérieurement, se développent le moins vite. La tête, selon Béciard, représente près du quart de la hauteur totale du nouveau-né ; à trois ans, elle n'en forme plus que le cinquième, et le huitième au moment du développement total. Le membre inférieur se développe plus rapidement que le supérieur; celui-ci ne prend qne quatre fois sa longueur primitive, tandis que le premier la prend six fois, et cette différence est duc presque entièrement à la cuisse; au point de vue des tissus, les recherches de Duhamel, de Broca et d'OUier ont prouvé que l'accroissement des os longs s'opérait à l'aide de cartilages de conjugaison, dans le sens de la longueur et non dans tous les sens, ainsi qu'on le remarque dans tous les tissus mous dont le développement est interstitiel ; au point de vue des milieux, Pagliani a établi que la croissance des enfants pauvres et des enfants riches était fort différente, et que, quand les premiers passaient dans la catégorie des seconds, c'était seulement sur le poids, dans la première année, sur les muscles et le thorax dans la seconde année, et sur la taille dans la troisième que l'égalité s'i'tablissait; au point de vue des races enfin, on a remarqué que quelques-unes des plus inférieures conservaient quelque chose des proportions fœtales des membres, c'està-dire que leur croissance ne s'opérait pas dans les mêmes proportions. D'ailleurs il paraît résulter des travaux de Pagliani que les inilueuîes ethniques et celle de sexe sont les facteurs les plus puissants de la croissance.

Ce coup d'œil rapide jeté, le sujet n'en montre que très-incomplètement tous les détails ; mais il suffira pour en faire comprendre toute l'importance.

Comme c'est surtout par le système osseux que s'opère la croissance, au sens restreint du mot, rappelons ici que, de 1861 à 1867, Ollier a établi, par de nombreuses expériences, que l'accroissement interstitiel des os ne joue qu'un rôle insignifiant et même contestable dans leur croissance. S'étayant des travaux de Duhamel, de Flourcns, de Broca, il a prouvé qu'à l'état normal les os longs s'accroissent en longueur par la formation de nouvelles couches osseuses aux extrémités de leur diaphyse ; il se fait là une formation continue d'ostéoplastes aux dépens des cellules contenues dans les cavités cartilagineuses. Ces cellules,

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dit l'éminent chirurgien, se transforment d'abord en moelle et 'secondairement en tissu osseux, comme l'ont démontré MuUer et Ranvier, L'accroissement interstitiel, c'est-à-dire celui qui s'opère par l'élongation propre du tissu déjà formé par l'interposition de molécules nouvelles eatre les éléments anciens, est insignifiant, et même chez les très-jeunes animaux il ne joue qu'un rôle secondaire.

Mais les deux cartilages de conjugaison ne jouent pas un rôle égal ; l'humérus s'accroît surtout par le cartilage supérieur; le radius et le cubitus, au contraire, par les cartilages inférieurs, en sorte que les parties du coude n'ont qu'une très-faible influence sur le développement du membre supérieur. Le contraire s'observe au genou : c'est par le cartilage inférieur du fémur et par le supérieur du tibia que l'accroissement s'opère.

Ces faits, que les expériences des auteurs cités plus haut et celles de Haies, de Hunter et de Humphry [Human Skeleton, p. 44) avaient déjà fait connaître avec moins de netteté, sont aujourd'hui acquis et jettent une grande lumière sur la pathologie et la thérapeutique du système osseux. Rappelons ici que le calcanéum et le corps des vertèbres étant seuls parmi les os courts pourvus d'épiphyses, c'est par rinterméJiaire du blastèmc fourni par le périoste que s'opère la croissance de tous les autres.

Le terme physiologique de la croissance est donc l'ossification du cartilage de conjugaison et de l'épiphyse ; son terme pathologique, ainsi que l'ont prouvé les travaux d'Ollier, c'est l'ossification prématurée de ce cartilage ostéogéniqiie ou, ce qui z'evient au même en un sens, son excision. Le chirurgien de Lyon a établi, en effet, que, si l'on irrite la dia[)hyse d'un os long par le périoste ou l'os luimême, on obtient l'exagération des propriétés du cartilage de conjugaison, tandis que, si l'on irrite, au moyen de piqûres répétées, de dilacérations, d'incisions multiples, le cartilage lui-même, on arrête son évolution, tout en hâtant son ossification le plus souvent, sans que cette ossification hâtive soit absolument nécessaire. Nous n'entrerons pas ici dans les applications chirurgicales dont on trouvera l'énoncé plus loin ; mais nous ne pouvions parler de la croissance sans faire précéder notre étude de l'exposé du mécanisme qui l'accompagne. Ajoutons que le phénomène qui donne aux os leur configuration définitive (indépendamment de leur propriété évolutive), c'est la pression réciproque des surfaces, car, là oii cette pression a disparu, soit après certaines résections, soit après certaines lésions inflammatoires, UUier a observé un accroissement en longueur de l'os situé au-dessus ou au-dessous, auquel il a donné le nom d'allongement atrophique.

En résumé, accroissement périphérique sous-périostal pour les os courts ; accroissement épiphysaire pour les os longs, pour les vertèbres et pour le calcanéum, arrêt de l'accroissement par les pressions réciproques et surtout par l'ossification spontanée du cartilage de conjugaison, tels sont les procédés à l'aide desquels s'opère et se limite la croissance dans le squelette humain.

On conçoit que les parties molles puissent suivre ou ne pas suivre proportionnellement l'accroissement osseux. On conçoit même que cet accroissement s'accomplisse sans que l'épaisseur et la densité des os en soient proportionnellement augmentées. Dans le premier cas, grâce à l'élasticité du tissu lamineux et des fibres musculaires, il s'opère une élongation d'adaptation. Dans les deux cas, on s'explique qu'il n'y ait pas une relation constante entre la taille et le poids. Cependant, selon Quelelet, on peut dire qu'en général le poids de l'homme et

celui de la femme, au moment de leur complet développement, est d'environ 20 fois le poids initial, tandis que k taille devient environ 5 fois et un quart ce qu'elle était à la naissance. Dans la vieillesse, le même auteur dit que l'on perd environ 6 ou 7 kilogrammes et 7 centimètres de taille. Pendant le développement, on peut regarder les carrés des poids, aux différents âges, comme proportionnels aux cinquièmes puissances des tailles. Après le développement, les poids seraient comme les carrés des tailles.

Lois démographiques de la croissance. On voit qu'il existe une certaine régularité manifeste dans les actes de l'accroissement. Les irrégularités «ont nombreuses, mais accidentelles, et reçoivent des circonstances diverses au sein desquelles évolue l'être vivant une explicalion suffisante. Le sexe, la race, le climat, la nourriture, l'air et l'exercice, tels sont, outre la grande influence héréditaire, ce que Pagliani a ingénieusement appelé / fattori délia statura wnana; mais les règles individuelles peuvent-elles s'étendre à la collectivité? Les écarts, si sensibles dans toutes les épreuves anthropométriques, ne sont-ils pas ici plus étendus que quand il s'agit de mesures prises sur les adultes? Existet-il on un mot, une croissance moyenne à laquelle on puisse rapporter, toutes choses d'ailleurs égales, les croissances nidividuelles et vérifier ainsi quelle est l'influence de l'allure ascensionnelle sur la santé et la maladie? C'est aux faits, s'ils sont assez nombreux, à répondre.

Buffon a, le premier, croyons-nous, publié les mesures prises en pieds, pouces et lignes sur un jeune homme « de la plus belle venue », le fils de M. Guéneau, qui comptait à sa naissance 51 centimètres, et à 17 ans et 7 mois 1™,86 [voy. le tableau, art. Age, p. 154). La seule règle qu'il en ait tirée est que, jusqu'à 5 ans, laccroissement est égal pendant les semestres d'été et pendant les semestres d'hiver; mais au delà de 5 ans et jusqu'à 10 ans, la somme des accroissements pendant les semestres d'été dépasse de plus de 6 centimètres celle des semestres d'hiver. Cette règle, qui ne repose que sur une seule observation, a reçu depuis un certain degré de confirmation. Quetelet a comparé les mesures prises sur ses propres enfants à celles de Buffon. On peut voir sur cette table [Antliropométrie,!^. 185), bien incomplète d'ailleurs, que les accroissements, rapides jusqu'à la troisième année, diminuent d'intensité assez irrégulièrement jusque vers 14 ou 15 ans, âge où ils repi'ennent une grande activité pendant un an ou deux.

Buffon avait donc justement précisé ce qui, depuis, a été plus nettement encore déterminé par Pagliani, Bowditch et d'autres auteurs : que la plus grande croissance a lieu aux approches de la puberté.

Mais il faut véritablement en venir aux travaux de Quetelet, qui n'ont pas duré moins de quarante années (1831-1871), pour avoir des notions étendues sur les lois géométriques de la croissance qui sont exprimées, selon cet auteur, <i par la même loi binomiale que les travaux de Newton et de Pascal avaient attachée déjà à l'analyse ».

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