‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.23Chapitre 27 sur 52 · C. miliarius L. Louisiane · texte numérisé non relu

C. miliarius L. Louisiane

La famille des Crotalides comprend, indépendamment du genre Crotale, une série de genres qui présentent la même disposition générale de l'appareil venimeux et se distinguent des Vipérides par la présence de fossettes lacrymales ou fausses narines. Tous ces serpents étant extrêmement redoutables et se rencontrant dans les diverses régions du globe, il convient peut-être de citer les différents genres et d'indiquer leurs caractères distinctifs. J'emprunterai à T\I. G. Jan le tableau des genres composant la famille des Crotalides :

. j Queue terminée par des sonnettes I. Crotalus.

Queue sans sonnette» ^

a I Vertex de la tête couverte de i)laqiies II. Trigonocephalvs,

I Vertex île la tète couverte d'écaillés 3

- I Extrémité de la queue revêiue en dessous de petites écailles III. Lachesis.

'{ Extrémité de la quene revêtue en dessous de plaques -i

, j Écailles du dessous de la tête lisscb 5

■( Écailles du dessous de la tête carénées V. Tropidolsemus.

" j Plaques supra-oculaires distinctes IV, Bothrops.

' t Plaques supra-oculaires couvertes d'écaillés plus ou moins pioéniinciites. VI. Atfopos.

Appareil venimeux. Cbez la plupart des Couleuvres, le maxillaire porte de 20 à 25 dents ; cbez les Serpents venimeux il en porte un moins grand nombre et chez les Crotales en particulier il supporte seulement un simple crochet perforé et quelques crochets de remplacement en cas de rupture du premier {voy. Serpents vejnimeux).

Les glandes venimeuses du Crotale occupent les côtés de la tête et sont placées derrière les yeux et au-dessous du muscle temporal antérieur ; les extrémités postérieures s'étendent un peu au delà de la commissure des lèvres; leurs extrémités antérieures s'arrêtent au-dessous et derrière les yeux.

M. Weir Mitchell a pesé avec soin le contenu exprimé des glandes de six serpents à sonnettes vivants, mais retenus en captivité depuis deux jusqu'à huit semaines ; suivant les dimensions des animaux, les poids obtenus ont varié entre 48 et 81 centigrammes.

La couleur du venin des Crotales varie entre le vert émeraude pâle, l'orange

CROTON. i09

et le jaune paille ; elle est plus foncée lorsque le poison est resté longtemps dans la glande. Le liquide sécrété est toujours plus ou moins gluant, sèche très-lentement, est adhésif comme une solution épaisse de gomme arabique; complètement sec, il ressemble à de l'albumine desséchée et présente des couches jaunes et transpai'entes traversées par d'innombrables craquelures.

D'après M. Weir Mitchell, le liquide venimeux du Crotale aurait la composition suivante :

Une substance albuiiiinoïde (crotaline), non coagulal)Ie à 212° Fahr.

Une subbtauce albuniiiioïde, composé ccapulable â 212° Fahr.

Une malière colorante cl une substance indéterminée soluble dans l'alcool.

Une matière giassc.

Des sels (chlorures et phosphates).

Nous renvoyons pour l'étude complète de l'appareil venimeux et du venin des serpents au mot Serpexts venimeux.

Bibliographie. — Duméhil. Erpétologie générale ou histoire naturelle complète des reptiles (suites à Buifon). Paris, 1854, t. Yll, 2= partie, p. U51 et suiv. —S. Weir Mitchell. liesearches upon the Venoni of the Balllesvalie ivith an Iiivestigalion of tlie Anatomy and Plnjsiologij ofihe Organs conccrned. Wasliiiifflon, publishcd by the Smitlisoniaii Institution. January 1801. Cet excellent iiicmoire mérite tout particulièrement d'être consulté : l'anatomie, la physiologie, la toxicologie, sont également bien traitées; on trouvera à la suite de l'ouvrage unebibliof^raphie des plus complètes. — G. is^. Elcnco sislematico de gli Ofidi. Milan, 1863. — Richard Owen. On the Anatomy of Vertcbrates, t. I, 1806, p. 505 et stiiv.— G. Ja?î et F. SoRDELLi. Iconographie générale des Ophidiens. Paris, liv. XLXI. 187G. — G. Tomes. On the Development and Succession of the Poison- f angs bf Snakes. Pliil. Traus., t. CLXVI, p. 377, pi. 37. Kunckel.

CROTAPHITE. Voij. TEMI'OltAL.

CKOTAPHOCÉPIIALIE (de xpoT«y6;, tempe, x.:y«//), tête). Expression proposée récemment par M. Barrier {^Archives vétérinaires, t. I, p. 532 et suiv. Paris, 1876), pour désigner une monstruosité observée sur un sujet appartenant à l'espèce bovine, et qui, tout en se rapprocliant de la sphénocéphalie (voy. ce mot), s'en éloigne pourtant par des particularités importantes, dont les principales sont l'existence de deux oreilles distinctes, la fusion médiane et antérieure des temporaux, et quelques modifications du sphénoïde postérieur. Pour plus de détails, voy. Otocéphaliens. 0. L.

CROTOIV (L.). Genre de plantes dicotylédones, de la famille des Euphorbiacées, auquel on a pendant longtemps rapporté la plupart des plantes ligneuses de cette famille. Plus limité aujourd'hui, le genre Croton renferme des plantes dont les fleurs sont petites, régulières ou à peu près, unisexuées, monoïques ou plus rarement dioïques. Leur réceptacle est convexe ou presque plan. Dans les fleurs mâles, il porte un calice de cinq sépales, plus rarement quatre ou un nombre supérieur à cinq, libres ou unis à la base, imbriqués en quinconce ou valvaires dans le bouton. Les pétales, en même nombre et alternes, sont valvaires ou imbriqués dans le bouton, par leurs bords souvent ciliés ou laciniés. Ils sont quelquefois si étroits qu'ils n'arrivent même pas au contact les uns des autres. Les étamines sont disposées par verticilles ; et elles sont souvent en même nombre que celui des sépales et des pétales. Ainsi, dans les fleurs pentamères, il y a d'abord cinq étamines alternipétales, formant un premier verti-

cille. Elles sont superposées chacune à une glande alternipétale. Dans d'aulres espèces, il y a un deuxième verticille de cinq étamines alternes avec les précédentes, c'est-à-dire oppositipdtales. Ailleurs il y a de la sorte trois, quatre, cinq, etc. verticilles à l'androcée, et le plus intérieur d'entre eux est souvent incomplet, ne comprenant, par exemple, que ti'ois étamines au lieu de cinq. C'est ainsi qu'il y a des Croton à fleurs mâles 8-andres, 13-andres, 18andres, etc. Chaque étamine est formée d'un filet libre, atténué de bas en haut, plus ou moins incurvé dans le bouton, et d'une anthère biloculaire, introrse, de façon qu'avant l'épanouissement, elle regardait en dehors par suite de l'inflexion du filet. Chaque loge de l'anthère s'ouvre suivant sa longueur par deux fentes verticales. Il est exceptionnel qu'il y ait au centre de la fleur mâle un rudiment de gynécée. La fleur femelle à un calice formé d'un nombre variable de folioles, souvent cinq (plus rarement 4 ou 6-12), disposées bien plus souvent dans le bouton en préfloraison valvaire qu'en préfloraison imbriquée. Les pétales peuvent manquer, ou n'être représentés que par des languettes glanduliformes, de taille et de configuration variables, ou bien ils sont semblables à ceux de la fleur mâle. Les cinq glandes alternipétales qui s'observaient dans la fleur mâle, se retrouvent ici, tantôt indépendantes, et tantôt réunies en un disque hypogyne plus ou moins développé. Le gynécée est généralement trimère. Son ovaire sessiie est surmonté d'un style à trois branches, bientôt bifides ou partagées en un nombre variable et quelquefois très-considéi'able de ramifications stigmatifères. Dans chaque loge ovarienne, l'angle interne est occupé par un placenta axile qui supporte im ovule descendant, à micropyle extérieur et supérieur, et un obturateur qui vient coiffer le micropyle. Le fruit, capsulaire, ordinairement tricoque, a une columelle centrale dont se détachent à la maturité, avec élasticité, les coques, elles-mêmes déhiscentes en deux moitiés et renfermant chacune une graine descendante, anatrope, souvent coiffée d'un petit arille micropylaire ou caroncule. Son albumen abondant est huileux et enveloppe un embryon axile dout la radicule cylindro-conique est supère, et dont les cotylédons, larges et foliacés, minces, penninerves, atteignent souvent par leurs bords les surfaces latérales de l'albumen. 11 y a des Croton dans lesquels le nombre des étamines devient considérable, non-seulement à cause de la multiphcation des étamines, mais aussi à cause des dédoublemenis qui s'opèrent dans chacun des verticilles. On compte dans ce genre environ 450 espèces ; ce sont des arbres, des arbustes ou des herbes, vivaces ou annuelles, avec des feuilles le plus souvent alternes, accompagnées de stipules entières ou découpées, souvent glanduliformes, parfois nulles. Leur limbe est entier, denté ou lobé, penninerve ou 3-5-plinerve. 11 peut être glabre, de même que toute la plante; mais plus souvent il est chargé de poils, simples, étoiles, pelles ou écailleux, et parfois il est glandulifère. La signification de ces glandes est variable, comme nous l'avons démontré {Et. gén. Euphorbiac, 230). Les fleurs sont disposées en épis ou en grappes, axillaires ou terminales, simples ou ramifiées, souvent composées de petites cymes ou glomérules. Dans les espèces monoïques, les fleurs mâles sont nombreuses dans la portion supérieure des inflorescences ; et les femelles, solitaires ou en petit nombre, en occupent la base. Ce sont des plantes des régions tropicales ou sous-tropicales du monde entier. Les espèces utiles sont nombreuses. Les principales que nous signalerons sont les suivantes :

I. Croton Tiglium L., Spec, 1004. — Mér. et Del., Bict. Mat. méd., IL 477.— GuiB., brog.,simpl. (éd. 6), 11, 357, fig. 476.— Likdl.,^/. med.,lU.

— Kl., in Hayn. Arzn., XtV, t. o. — Pereira, Ëlem. Mat. med. (éd. 4), II, p. 1, 403. — REv.,inf/. méd. du XIX^ siècle, 1, 421. — ]{osE^nî.,S2jnops. plant, diaphor., 835. — BERGetScHM., Darst. Off. Gew., t. 17. — Moq.-Tand., Bot. médic, 399, fig. 108. — L. March., in Adansonia,l, 232, t. IX, 10. — H. Bx, Hist. des plant., V, 150, 131, fig. 196-202, p. 165. — C Pavana Wall., Cat. pi. ind. n. 7722 A. — C. Jamalgota Ham., in Trans. Linn. Soc, XIV, 258. — Tiglium officinale Kl., in I^ov. Act. nat. ciir., XIX, Suppl., I, 418 {Bois de Tigli, de Tilly, Bois purgatif des Moluques, etc.). Cette espèce, si célèbre en médecine, est un arbuste ou un petit arbre, à peu près glabre, d'un vert un peu jaunâtre et d'une odeur désagréable. Ses rameaux grêles portent des feuilles alternes, dont le limbe a 6-16 centimètres de long, plus long que le pétiole qu'accompagnent à sa base deux très-petites stipules. Ce limbe est ovaleaigu, arrondi à sa base, où il porte de chaque côté du point d'insertion du pétiole une très-petite glande sessile à sommet ombiliqué ; acuminé à son sommet, finement denté sur les bords, membraneux, glabre et ne portant que de trèsrares poils étoiles, peniiinerve, triplinerve à la base, avec des veines transversales ou légèrement obliques, peu anastomosées. Les inflorescences terminales sont formées de fleurs des deux sexes, pédicellées. Les boutons mâles sont déprimés, d'un vert-jaunâtre, avec le bord des sépales blanchâtre. Il y a de 15 à 20 étamines, sur quatre verticilles, à filets glabres, à anthères jaunes. Dans les femelles, le calice a ses divisions légèrement réfléchies. Les pétales ont la forme de baguettes, terminées par une petite tête déprimée-cupuliforme. Leur insertion est subpérigjnique. Les poils étoiles sont abondants sur l'ovaire, tandis qu'ils sont très-clair-semés sur le calice. Le nucelle sort par l'exostôme et forme sous l'obturateur une courte pointe conique. Le style a ses trois branches bientôt partagées en deux longues lanières égales, subulées, enroulées en vrille en dehors. Le fruit est une petile capsule ovoïde, légèrement trigone, pâle, glabre, accompagnée souvent à sa base du calice non accru. 11 renferme trois graines, dites Petits pignons d'Inde, Graines de Tigli, qui ont la forme de celles du Ricin, plus petites d'un tiers, plus pâles en général quand elles sont recouvertes de leur couche superficielle jaunâtre ou d'un brun très-clair, mais qui deviennent noires à la surface, en partie ou presque en totalité, quand cette couche vient à manquer plus ou moins; ce qui n'enlève à la graine aucune de ses propriétés. L'arille micropylaire est petit, déprimé, plus ou moins desséché ou flétri, blanchâtre. Cette plante, aujourd'hui introduite dans toutes les régions tropicales du globe et cultivée dans nos serres où elle fleurit quelquefois, est originaire de l'Inde orientale; elle se trouve à Ceylan, aux Philippines, à Bornéo, à Java. On la dit introduite au Japon, aux îles Jlascareignes où elle se développe bien. Elle a été figurée par les anciens auteurs tels que Rumphius [Eerh. amhoin., IV, t. 42), Burmann {FI. zeyl., t. 90) et Rheede {Hort. malah., 11, t. 35).

n. Plusieurs Croton jouent un certain rôle en médecine comme fournissant la Cascarille. Ils ont été étudiés à propos de ce mot auquel nous renvoyons,

III. 11 y a des Croton beaucoup moins utiles que le C. Tiglium et les espèces à Cascarille, mais dont on fait cependant quelque usage. Nous citerons d'abord l'arbre qui donne VEcorce de Malamho, jadis attribuée à un Drimys, à une Rutacée voisine des Cusparia, etc. C'est M. Karsten qui a découvert sa véritable origine, et il a nommé Croton Malamho l'arbre de la Nouvelle-Grenade qui la

412 CROTUN.

produit (in Linnœa, XXVIII (1857), 418; FI. colomb., 25, t. 13). Haut de 12 à 15 pieds, il a uu Ironc droit, de -4 pieds de liaut. Ses feuilles (létiolées sont ovales-oblongues ou oblongues-elliptiques, obtuses ou presque obtuses aux deux extrémités ; leur limbe à environ 8 centimètres de long, sur A centimètres de large ; il est crénelé-denté, avec des glandes dans les crénelures ; glabre, penninerve, d'une odeur fétide de bouc, avec deux grosses glandes latérales, à sa base. Son pétiole est long de 2 1/2 à 8 centimètres, et ses stipules sont linéaires-lancéolées. Les Heurs sont disposées en grappes allongées , avec les femelles à la base, longuement pédicellées, et au nombre de sept environ. Leurs pétales sont inconnus (ils ne sont pas représentés dans la figure donnée par M. Karsten), et elles ont des staminodes. L'ovaire ovoïde est chargé de poils étoiles, et les branches du style sont deux fuis bifides. Le fruit capsulaire est presque globuleux « légèrement didyme », large de 6 à 8 millimètres, finalement glabre. Les divisions du style sont rigides et étalées. Cette plante croît sur les côtes du Venezuela et de la Nouvelle-Grenade. Son écorce y passe pour digestive, stomachique, fébrifuge, tonique. On lui a, à une certaine époque, accordé toutes les propriétés des quinquinas. Elle vient surtout, dit-on, des provinces de Choco, Antioquia et Popayan, et il paraît qu'elle se trouve aussi dans les îles voisines de la côte. On la trouve, ditGuibourt [Drog. simpL, éd. 7, H, 368), « en morceaux longs de 50 à 65 centimètres, larges de 8 centimètres, presque plats, ayant appartenu à un tronc d'un diamètre considci^able. Elle est épaisse de H à 15 millimètres, d'un gris un peu rougeâtre, filandreuse et cependant pesante, compacte et grasse sous la scie, en raison de la grande quantité d'huile et de résine dont elle est imprégnée. Elle a une odeur analogue à celle de l'Acore vrai, mais beaucoup plus forte, et une saveur trèsamère, acre et aromatique ». Par ses caractères organoleptiques, en effet, cette écorce se rapproche de certaines Cascarilles. Sa saveur est piquante, et c'est avec raison qu'on la compare à celle de la Cannelle blanche et du Paratudo. On la trouve parfois dans le commerce, substituée à celle du Cinnamodendron, et cela n'a guère d'inconvénient, les propriétés de l'une et de l'autre devant être fort analogues"; mais l'écorce de Malambo est bien plus grise ou blanchâtre sur la surface extérieure. Provenant des branches de l'arbre, elle se trouve dans le commerce sous le nom de Palo matras; elle est alors « cintrée ou demi-roulée, épaisse de 5 à 10 millimètres. Le périderme est très-mince, adhérent au liber, plus ou moins tuberculeux, presque blanc, parsemé de petits Opégraphes noirs, semblables à ['Opegraphn helerocarpa de Fée. Le liber est dur, pesant, ligneux, non huileux, d'un gris un peu rougeâtre, semblable à un bois dur et compacte, lorsqu'il est poli ». Guibourt conclut que ces petites écorces, moins sapides que les premières, sont de qualité inférieure.

Il y a dans l'Amérique tropicale un assez grand nombre de Croton à feuilles ordinairement grandes, lobées et couvertes d'un épais tomentum farineux blanchâtre, qui renferment un suc propre dont la couleur varie du jaune clair au rouge plus ou moins intense et qui, tous très-odorants, aromatiques à la façon de certaines Labiées et Synantbérées, sont renommés comme vulnéraires, stomachiques ou pectoraux, stimulants ou toniques. Ces espèces appartiennent pour la plupart à un groupe.particidier dont Klotzsch avait fait un genre Palanostigma, que nous n'avons considéré que comme une section du genre Croton, et qui a aussi reçu le nom de Cyclostigma Kl. L'une d'elles, le C- Caryophylliis Benth. (in Eook. journ. Bot., VI, 574), originaire des bords Ju

Rio-Negro, a des feuilles odorantes, qui sentent tout à l'ait le girofle. A'otre C. vulnerarius {Adansonia, IV, 528), de la province de Saint-Paul, au Brésil, doit son nom à ce que les indigènes l'emploient comme tonique et vulnéraire. Le C. cynavchicusU. B^^ (in Adansonitty IV, 529), des environs de Rio-Janeiro, est un astringent, employé contre les angines. Le bois et l'écorce du C. coriaceus K. sont aromatiques et répandent une odeur suave quand on les brûle. Le C. stipulaceus K. partage avec plusieurs espèces de ce groupe le nom de Sangre de Drago,k cause des caractères de son suc propre, notamment avec le C. polycarpus liEiUTH., espèce colombienne ; le C hihiscifolium K., du même pays, qui donne par incision une sorte de Sang-dragon employé comme médicament ; le C Lrucurana H. Bn (in Adansonia, IV, 555), de la Province de Saint-Paul, au Brésil, dont le suc a des qualités analogues et lui a valu le nom de Sangiie de Drago; le C. Draco Schlchtl, du Mexique, dont l'écorce est aromatique et fébrifuge, et le suc vulnéraire; le C. erythrochilus , du Pérou, qui a aussi le suc rouge.

Le Croton saliitaris Ca.s\r., du Brésil central, qui appartient à une autre section du genre, nommée Eutropia, doit son nom générique à la présence d'un suc gommo-résineux de couleur rouge, que les indigènes emploient comme médicament tonique et astringent. Le C. anisatus H. Bh, petite espèce de Madagascar, dont le port est tout différent, a une odeur suave d'anis-étoilé. Le C. menthodoras Beinth., de la Colombie, a une forte odeur de Labiée.

L'Écorce de Copalchi, qui a été plusieurs fois substituée aux Cascarilles, esl produite par le Croton niueus Jacq. {Amer., 255, t. 162, fig. 2), qui a ultérieurement reçu les noms de C syringœfolius l\. B. K. et de C. Pseudo-China Schlchtl (in Linnœa, IV, 84). Humboldt l'avait crue produite par le C. siiherosus H. B. K., et elle a même été attribuée à une Loganiacée, le StrycJiiios Pseudo-China. Elle se trouve dans le commerce en longs tubes droits, enroulés les uns dans les autres, et est blanche en dehors, douée d'une odeur térébenthinée et d'une saveur amère. Elle passe pour fébrifuge et stimulante. La plante croît au Mexique, en Colombie, au Venezuela (Voy. Kl., in Hayn. Arzn..— 14. t. 2. Nées,?;, of/"., Suppl., 5, t. %,'mjarb. derPharm., XXXIX).

Le Crolon campestris A. S. H. {PL us. des Brasil., t. 60) sert au Brésil, au traitement des affections syphilitiques. C'est une petite plante basse des campes, toute chargée d'un duvet mou. Il porte le nom vulgaire de Velame do campo. Le C- fulvum Mart. est employé aux mêmes usages. Le C. antisiphililicus Mart. {Isis [1824], 586), du même pays, a surtout été étudié dans ses propriétés par A. Saint-Hilaire {PL us. Bras., t. 59) tous le nom de C. perdicipes; c'est une espèce commune du Brésil méridional, aromatique, stimulante, sudoritique, employée au traitement des affections vénériennes, sous le nom de Pe de Perdis, Erva mular. Au Cap, le C- gratissimus Burch. {Trav., II, 268) fournit un parfum recherché. Sur les bords de l'Amazone, les C- adipatus H. B. K. {Nov. gen. etspec, II, 68) et thurifer H. B. K. {lac. ciL, II, 76) donnent une sorte d'encens. Aux Antilles, le C humilis sert à préparer des bains aromatiques. Le C flavens L. {Amœn. acad., V, 410) sert à préparer la liqueur aromatique et digestive, dite Eau de Manies. Les feuilles des C. fragrans IL B. R. {loc. cit.,\\, 81), menthodorum L. {Amœn. acad., V, 409) et balsaniemn Bejnth. {PL Hartw., 248), espèces américaines, sont aussi très-aromatiques. L'écorce du C glabellus Mart. (in Linnœa, XXXIV, 107), très-odoraute, se substitue, aux Antilles, à celle du C. Eluteria. Le C macrostachyus

414 CROTON TIGLIUM.

A. Ricii., d'Abyssinie {Rottlera Scldmperl IIochst. et Steud.) est le Tambuch de ce pays, assez souvent employé par les indigènes comme ténifuge.

Dans plusiem^s espèces de l'Asie tropicale, le suc propre se modifie à la suite de la piqûre de certains insectes et devient résineux. Ainsi, l'on dit que c'est à la suite de l'action sur leurs branches d'un hémiptère, le Cocciis Lacca, que les 6'. lacciferwn L. {Spec. plant., éd. 1, 1005) et aromaticumL. {Spec. plant., iOOo) laissent exsuder une gomme-laque, semblable à celle que les mêmes animaux produiraient sur des plantes tout à fait différentes par leur organisation.

Le Croton argenteus Forsk. est une variété du TournesoUa tincioria.

LeC cascarilloides Rœcsch. est la plante au Kamala, c'est-à-dire VEchinus phllippinensis H. Bn {Rottlera).

Le C. coccineus Vahl est la même plante.

Le C. digitatus Fiscii. est le Manihot digitata.

Le C lanuginosus Fousk. est le TournesoUa plicata H. Bn.

Le C. macr ocarpus ^EiCHB. est VExcœcaria sebifera [Stillingia).

Le C. montanus W. est VEchinus pkilippinensis H. Bn.

Le C. obliquas Vahl est le TournesoUa tinctoria.

Le C philippinensis L\jik est la plante au Kamala.

Le C. punctatus Retz est la même plante.

Le C Rottleri Geis. est le TournesoUa plicata.

Le C. spinosus L. est le Ricin commun.

Le C. tinctorius L. est le TournesoUa tinctoria.

Le C. urens L. est le Tragia cannabina.

Le C. villosus Sibth. et Sm. est le TournesoUa tinctoria.

Nous avons compris dans le genre Croton tous les genres ou sous-genres suivants : Andrichnia (II. Bn), Angelandra (Endl.), Anisoplujllum (Bvn, nec Haw.), Argijrodendron (Kl.), Astrœa (Kl.) Astrœopsis (Griseb.), Astrogyne (Benth.), Rarhamia (Kl.), Rrachystachys (Kl.), Brunsvia (Neck.), Cahjpiriopetalum (Hassk.), Cascarilla (Guises.), Cinogasum (Neck.), Cleodora (Kl.), Codonocalyx (Kl., nec Miers), Crotonanthus (Kl.), Cyclostigma (Kl.), Decarinium (^AFiîi.), Drepadenium (Rafin. ), Eluteria (Griseb.), Engelmannia (Kl.), Eutropia (Kl.), Furcaria (Bvn), Geiseleria (Kl.), Gynamblosis (To'rb..), Hendecandra (Eschr.), Heptallon (Rafin.), Klotschiphytum (H. Biv), Lasiogyne (Kl.), Leucadenia (Kl.), Medea (Kl.), Micranthis (II. Bn.), il/icrocroto?i (Griseb.), Monguia (Chapel.), Myriogomphus (Diedr.), Ocalia (Kl.), Palanostigma (Mart.), Petalostigma (Mart., nec F. v. Muell.), Pilinophytum (Kl.), Podocalyx (Kl.), Podostachys (Kl.), Ricinocarpus (Boerh.), Ricinoides (T.), Stolidantlim (II. Bn), Tiglium (Kl.), T imandr a \Kh. ) e\. Tridesmis (Lour.). H. Bx.

Bibliographie. — L., (Jeu., n. 1083 (part.). — Adans., Fam. pi., II, 355. — Juss., Gen., 589 (part.). — Lamk, Dict. enctjcl., Il, 205 ipart.); Suppl., II, 404: lllustr., t. 790. - Geisel., Croton. Monogr. (Hakc, 1808). — A. Juss., Tentam. Euphorb, 28, t. 8, fi?. A. — ENDL.,Ge«., n. 5827. —H. Bn, Et. gén. Euphorbiac, 549, t. 17. 18, fig. 1-7 ; Hist. des plant., V, 129, 170, 225, iig-. 196-203. — Muell. arg., in DC. Prorhvm.,l\, s. II, 512. - Mer. et Del., Dict. Mal. méd., II, 473. — Gcib., Drog. siinpl., éd. 7, II, 364. — Flijck. et Ha>-b., Pharmacogr . , 505, 613. — Rosenth. , Sijnops. plant, diaphor., 803, H54.

H. Bn.

CROTOX TIGLIUM (HuiLE de). Préparation et composition 'chimique. L'huile de croton se retire généralement par expression des graines venues des Moluques et du Malabar et qui, de toutes, sont les plus riches en principe actif.

CROTON TIGLIUM. 415

Les graines réduites en poudre sont enferme'es dans des sacs de coutil, puis exprimées entre deux plaques de fer étamées et chauflées dans l'eau bouillante. Peut-être vaudrait-il mieux exprimer les graines à froid pour dmiinuer les chances d evaporation d'une partie de l'acide actif contenu dans l'huile. On laisse déposer, pendant quelques jours, l'huile ainsi obtenue, puis on filtre pour la purifier.

Soubeii'an a conseillé de reprendre le tourteau déjà épuisé par une trèsforte pression et de le traiter par l'alcool rectifié, qu'on retire ensuite par la distillation. L'huile brune et épaisse qui reste dans le bain-marie, après cette opération, est filtrée au bout d'une quinzaine de jours et mélangée avec l'huile obtenue par expression. Par l'expression seule, on n'obtient que 50 pour 100 d'huile, tandis que les deux procédés réunis en fournissent 50 pour 100.

Dans les pharmacies, où en général on ne débite qu'une faible quantité d'huile, il est préférable, pour avoir un produit sur et non falsifié, de traiter les semences de croton par un mélange d ether et d'alcool, et de tenir la liqueur obtenue au bain-marie, afin de volatiliser le mélange éthéro-alcoolique et d'en retirer l'huile. Il est vrai que ce procédé est relativement coûteux et qu'il est difficile de débarrasser complètement l'huile des dernières traces d'alcool qu'elle retient obstinément.

On peut extraire aussi l'huile de croton à l'aide du sulfure de carbone. €loëz, qui, le premier, a indiqué ce procédé, a fait construire des api)areils spéciaux à cet usage. Le sulfure de carbone mêlé aux graines triturées dissout l'huile de croton, et la liqueur ainsi obtenue est filtrée, à sa sortie de l'appareil, et évaporée au bain-marie. 100 grammes de semences de croton traitées par le «ulfure de carbone, ont fourni 56 à 58 grammes d'huile jouissant de propriétés très-énergiques.

Lhuile de croton est un liquide limpide d'une couleur jaune orangé, d'une odeur nauséabonde et d'une saveur excessivement acre. Insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool et dans l'étber, elle se coagule à une température ■de ■+- 5 degrés et se solidifie à zéro. Warington à démontré que la solubilité de l'huile de croton dans l'alcool s'accroît avec l'âge de l'huile et avec l'âoe des semences avant leur expression, et llarold Sennier a fait remarquer que la partie de l'huile de croton qui reste insoluble dans l'alcool n'a aucune propriété rubéfiante, tandis que la partie soluble qui, seule, présente la couleur brunrougeâtre et l'odeur caractéristique de l'huile de croton exerce, sur la peau une action vésicante rapide et énergique. Chauffée à 257 degrés, l'huile soluble dans l'alcool ne perd rien de son activité, d'où Sennier conclut que l'huile extraite par l'alcool est préférable pour l'usage médical à celle qu'on obtient par l'expression seule.

Quel est le principe actif de l'huile de croton ? Jusque dans ces dernières années on avait cru que le principe vésicant, ainsi que le principe purgatif étaient constitués exclusivement par Vacide crotonique extrait pour la première fois par Pelletier et Caventou et dont la formule G^fl^O^ n'a été déterminée que beaucoup plus tard par Schlippe. L'acide crotonique que Pelletier et Caventou ont obtenu en saponifiant l'huile avec la potasse, a été préparé par Will et Korner, au moyen du cyanure d'allyle provenant de l'acide myronique et par Claus au moyen du cyanure d'allyle artificiel. C'est un liquide huileux, volatil, extrêmement acre et se solidifiant à la température de 5 degrés. Outre l'acide crotonique, l'huile de croton renferme, d'après Schlippe, de la palmitine, de la

41G CROTON TIGLIUM.

stéarine, de la myristine et de la taurine, ainsi que des corps gras contenant les éléments des acides de la série oléique qu'on n'a pu séparer les uns des autres. Enfin cette huile renferme encore de l'acide angélique (C^H^O^) et une matière vésicante que Sclilippe a appelée crotonal. Si les corps précédents et particulièrement les acides jouissent de propriétés rubéfiantes, aucun d'eux n'est doué des vertus purgatives de l'huile de croton. 11 est extrêmement probable, d'après cela, que l'huile de croton renferme à la fois une matière irritante et une matière pui'gative encore inconnue. Tout porte à croire que la matière irritante n'est autre que l'acide crolonique si acre et si volatil, d'autant plus que d'ajirès les expériences de Buckheim [Archiv. der Pathologie, 1875), l'huile de croton débarrassée de son acide actif ne produit plus d'éruption, mais conserve néanmoins ses effets purgatifs. Quant à la vertu purgative de l'huile, ne résiderait-elle pas dans cette substance résineuse brune ou noire, d'une âcreté excessive que Vautherin a retirée des semences de croton, tout comme la vertu purgative du jalap, de la scammonée et de l'aloès réside dans la partie résineuse de ces substances ?

Si nous ajoutons à tout ce qui précède que, tout récemment, MM. Geuthez et 0. Froelich ont soutenu que l'huile de croton ne renferme ni acide crotonique, ni acide angélique, nous aurons montré que la chimie est loin d'avoir dit son dernier mot sur la composition de cette substance et que de nouvelles recherches sont nécessaires pour fixer d'une manière précise la nature de ses principes

actifs .

Mode d'emploi médica.l. A Vinlérieur, l'huile de croton, en raison de l'irritation qu'elle peut déterminer dans l'arrière-gorge et dans l'œsophage, ne doit être prescrite qu'à très-faible dose. Pour en masquer l'âcreté, on en mêlera une ou deux gouttes à un looch de 1 25 grammes ou à 50 grammes d'huile d'amandes douces édulcorée avec du sirop de gomme et aromatisée avec l'alcoolat de citron. On ne donnera la potion que par cuillerées toutes les heures ou toutes les deux heures, et on en suspendra l'usage dès que l'effet purgatif sera obtenu.

On peut aussi administrer l'huile de croton sous la foi'.me pilulaire qui est, après la potion émulsive, la meilleure préparation :

Huile de croton une goutte, conserve de roses et poudre de guimauve q. s. pour une pilule.

Ou encore :

Savon médicinal, 0,25, huile de croton, 5 gouttes pour 5 pilules.

On pourrait substituer avec avantage aux pilules des capsules gélatineuses renfermant une demi-goutte à une goutte d'huile de croton.

Le saccharolé d'huile de croton (oléo-saccharum de cannelle 4 grammes et huile de croton une goutte), est une préparation peu usitée. Il en est de même des pastilles (10 grammes d'huile de croton, 3 grammes d'amidon et 8 grammes de sucre incorporés dans 15 grammes de chocolat ramolli à la chaleur, pour 60 pastilles contenant chacune 1/6* de goutte d'huile purgative).

A Vextérienr, lorsqu'il s'agit de provoquer une éruption révulsive, on verse petit à petit 10 à 20 gouttes d'huile de croton sur une flanelle, on frictionne pendant cinq minutes environ dans un espace restreint pour éviter l'extension de l'éruption aux parties voisines et l'on recouvre la partie frictionnée d'une feuille de taffetas gommé. Au bout de vingt-quatre heures, on panse avec du cold-cream ou de la poudre d'amidon. On peut aussi étaler l'huile siii'

CliOTON TIGLILM. i^^

le milieu d'un emplâtre de sparadrap dont on fait adhérer les bords sur la région où l'on veut déterminer l'éruption ((îubler). Chez les jeunes enfants, il est bon, pourmitiger l'aclioa de 1 huile de croton, de la mélanger avec une ou leux parties d'huile d'amandes douces.

Action physiologique. L'huile de croton, introduite en Europe, il y a deux siècles, par les Portugais et les Hollandais, fut abandonnée pendant longtemps à la suite de quelques accidents graves survenus après son emploi. Elle n'a été relevée de son discrédit en France et en Angleterre que vers 1824, après les publications d'Ainslie et de Conwell et les expériences physiologiques faites sur les animaux par Bailly, Récamier et Magendie. Mais c'est surtout depuis les observations cliniques recueillies par Andral en 1831 et les travaux ultérieurs de Joret, Léon Marchand, Tessier, Nonat, etc., que l'huile de croton a conquis sa place en Ihérapeutique à titre de purgatif drastique et d'agent révulsif extérieur. L'huile de croton, grâce à l'acide crotonique dont elle est le véhicule, est un irritant des plus violents. La vapeur qui s'en dégage, pendant son extraction, suffit pour enflammer la muqueuse nasale et pour déterminer une conjonctivite avec œdème de la paupière et des joues. Administrée à l'intérieur, l'huile de croton, à la dose minime d'une à deux gouttes et lors même qu'elle est mélangée à un excipient émulsif abondant, produit à son passage dans la bouche et dans le pharynx une cuisson vive et désagréable qui se propage jusqu'à l'estomac. Elle fait rougir les lèvres et les parois de la bouche, ainsi que la langue dont les papilles deviennent saillantes, et provoque en même temps un peu de salivation accompagnée de soif. Tous ces phénomènes disparaissent au bout de quelques minutes. 11 va sans dire que les effets de l'huile de croton sont bien moins marqués et parfois nuls lorsqu'elle est administrée sous forme de pilules recouvertes ou non d'une feuille d'argent.

L'huile de croton n'éveille en général que peu ou point de douleur à l'estomac, et rarement elle provoque des nausées et des vomissements, à moins que la dose ingérée n'ait été excessive. Une ou deux heures, quelquefois seulement vingtquatre heures après son administration, surviennent des coliques légères suivies bientôt de selles séreuses très-abondantes, et accompagnées de fortes cuissons à la marge de l'anus. Donnée en lavement, l'huile de croton est bien moins purgative que prise par la bouche et détermine des démangeaisons violentes à l'anus et à la partie inférieure du rectum.

Les expériences d'Andral ont prouvé que les frictions d'huile de croton faites sur le ventre ou dans l'aisselle n'ont aucune action purgative; mais si on applique le médicament sur une partie quelconque de la peau dénudée par un vésicatoire, comme l'a fait Rayer, les effets purgatifs se manifestent. Rabuteau conclut de ce dernier fait que l'huile de croton, ou plutôt son principe actif, exerce une action élective sur les éléments anatomiques de l'intestin, nerfs ou plans musculaires. D'après Joret. M. Fonssagrives n'aurait jamais obtenu de purgation en administrant l'huile de croton par la méthode endermique. En raison de ces allégations contradictoires, il serait désirable qu'on reprît à nouveau les expériences d'ailleurs très-délicates de Rayer.

L'huile de croton, à dose thérapeutique, n'a pas d'action sensible sur la respiration. Selon Joret, elle ralentirait parfois la circulation. Chez certains sujets, elle provoque des urines abondantes et quelquefois un peu de dysurie, mais rien n'a confirmé l'action irritante sur la vessie que lUcord lui avait attribuée.

DICT. ENC. XXIII, 2t •

418 CROTON TIGLIUM. .

En résumé, l'huile de croton prise à l'intérieur est un purgatif drastique des plus énergiques. Pour peu qu'on en exagère la dose, elle peut déterminer des effets toxiques et même la moit. Comme la plupart des médicaments trèsénergiques, elle est très-variable dans son degré d'activité suivant les susceptibilités individuelles. Ainsi, à dose égale chez des sujets du même âge et de la même constitution, tantôt elle provoque une superpurgation dangereuse et tantôt elle produit à peine une selle. S'il existe dans la science des cas d'intoxication où, malgré l'incestion de 8 à 15 grammes d'huile de croton, la guérison a pu être obtenue, même chez des enfants, nous avons cependant été témoin à l'hôpital de Blilianah (Algérie) d'accidents mortels survenus après l'ingestion de 5 gouttes d'huile prises par erreur et d'un seul coup à la place d'une goutte unique. Le malade, âgé de près de quarante ans et atteint d'une constipation opiniâtre lice à un embarras gastrique, fut pris d'une superpurgation effrayante avec vomissements incessants, algidité complète, cyanose des extrémités, crampes, faciès cholérique, etc., et il succomba en moins de vingt-quatre heures. Tels sont, du reste, les symptômes habituels de l'empoisonnement par l'huile de croton. Ils simulent, à s'y tromper, les symptômes du choléra ; mais ils s'en distinguent toutefois par la rougeur de l'arrière-gorge, les douleurs pharyngiennes et le ballonnement abdominal qui accompagnent l'intoxication crotonique, ainsi que par l'absence de selles riziformes. Pour prévenir les accidents liés soit aux dispositions idiosyncrasiques, soit à l'activité plus ou moins marquée de l'huile suivant son mode de préparation, la prudence exige qu'à l'exemple de Trousseau, on n'administre le médicament que petit à petit, 2 1/2 à 5 centigrammes toutes les heures, jusqu'à ce que l'apparition des coliques indique l'imminence de la purgation.

Appliquée en friction sur la peau pendant cinq à six minutes, l'huile de croton pure, à la dose de 4 à 5 gouttes, y détermine une éruption spéciale qu'on a comparée à l'impétigo et qui, d'après M. Hardy, représente ce qu'il a désigné sous le nom d'érythème vésiculo-pustuleux. Cette éruption, qui se manifeste au bout de douze à trente-six heures en s'accompagnant d'une faible cuisson, consiste en une multitude de petits boutons rouges qui se transforment rapidement en autant de vésico-pustules acuminées, de gi-andeur variable, tantôt discrètes, tantôt et le plus souvent confluentes et reposant sur un fond rouge, légèrement érythémateux. Au bout de quatre à cinq jours, les pustules se dessèchent (les plus petites les premières) en se transformant en croiites peu épaisses, jaunâtres, qui ne tardent pas à tomber, et la peau reprend bientôt son aspect habituel. Quelquefois, les pustules se rompent et donnent lieu à des ulcérations qui ne guérissent que lentement et en laissant à leur suite des cicatrices indélébiles. Certains sujets sont complètement réfractaires à l'action vésicante de l'huile de croton. L'éruption se produit moins abondamment sur le tronc, le cou et le cuir chevelu que sur la face et les membres. Elle s'étend toujours bien au delà du point sur lequel l'huile a été appliquée. Souvent aussi elle se manifeste dans des régions très-éloignées des parties où l'on avait pratiqué les frictions, particulièrement sur le scrotum. D'après Joret, l'éruption secondaire de cette région serait duc à l'absorption du médicament, et Rabuteau n'est pas éloigné de l'attribuer à l'élimination de l'acide crotonique par la peau du scrotum, toutes les substances volatiles, dit cet auteur, pouvant s'éliminer par les téguments, surtout là où ils sont minces et délicats. Mais si l'huile de crotcn était réellement absorbée à la suite des frictions, on ne voit pas pour-

CROTON TIGLIUM. 419

quoi elle ne produirait pas des effets purgatifs, comme elle le fait après son application par la méthode endermique. Il nous semble que le contact de la main du malade avec la région frictionnée et ensuite avec les parties génitales, au moment de la miction, explique suffisamment l'origine de l'éruption secon^ daire du scrotum, dont la peau fine et lâche se pi'ête d'ailleurs si bien à l'action médicamenteuse. Quant à la conjonctivite qui survient parfois après les frictions pratiquées sur la poitrine ou sur le cou, elle peut provenir soit des vapeurs qui se dégagent de l'huile de croton, soit du transport de cette substance par les mains du malade.

Action thérapeutique. L'huile de croton est un médicament dangereux qu'il ne faut employer à Yintérieur qu'à bon escient, un drastique puissant qui a l'avantage de pouvoir s'administrer sous un petit volume, mais dont il faut s'abstenir, toutes les fois que la muqueuse gastro-intestinale présente .quelque symptôme d'irritation. M. Gubler fait remarquer que, dans ce cas, l'huile de croton non-seulement peut devenir dangereuse, mais peut même rester inefficace, parce que l'inflammation aiguë de l'intestin dessèche la muqueuse et diminue sa puissance sécrétante.

L'huile de croton est indiquée toutes les fois qu'il s'agit de combattre une constipation opiniâtre ou de produire une dérivation énergiquesur l'intestin, dans le but de favoriser la résorption d'un liquide épanché dans le tissu cellulaire, dans les cavités séreuses ou dans les parenchymes. On en a retiré surtout de bons effets dans les obstructions intestinales rebelles à tous les autres purgatifs et occasionnées par des corps étrangers ou des matières stercorales indurées. Elle a réussi aussi, mais avec un succès moins constant, dans l'étranglement herniaire, dans le volvulus et dans l'invagination. Kinglake, Tanquerel et Double l'ont employée avec quelque succès contre la colique de plomb; mais la nécessité où l'on se trouve, en cas de coliques opiniâtres, d'en renouveler fréquemment les doses, peut rendre son emploi dangereux. Pour la même raison, nous préférons à l'huile de croton un purgatif plus doux et moins irritant, lorsqu'il s'agit de combattre par une dérivation intestinale répétée les hydropisies du tissu cellulaire et des cavités séreuses.

A Yextérleur, l'huile de croton est employée bien plus fréquemment qu'à l'intérieur. Elle est indiquée, à titre de révulsif, dans tous les cas où sont indiqués les vésicatoires. Si son action révulsive n'est pas toujours aussi puissante que celle de la cantharide, elle a sur elle l'avantage de ne pas irriter les voies urinaires, de laisser à sa suite des marques beaucoup moins durables et de pouvoir s'appliquer sans inconvénient dans certaines régions mobiles où l'application du vésicatoire devient difficile et douloureuse. Par son mode d'action et par l'éruption qu'elle provoque, l'huile de croton se rapproche de l'emplâtre de thapsia; mais elle ne donne pas lieu, comme lui, à ces démangeaisons insupportables et prolongées qui souvent font trouver le remède pire que le mal. Les •enfants supportent bien l'application extérieure de l'huile de croton et, chez eux, elle sert avec avantage à combattre les laryngites aiguës et chroniques et les bronchites. En général, son emploi réitéré peut influencer favorablement, même chez l'adulte, la bronchite chronique et les accidents aigus de la phthisie pulmonaire. L'huile de croton a été utilisée encore comme révulsif contre les douleurs rhumatismales, les arthrites et les névralgies ; mais ici son action est moins puissante que celle du vésicatoire. Hahn, Lachapelle, Turner d'Edimbourg et autres ont préconisé contre la méningite des enfants les frictions d'huile de croton sur le

420 CROTONINE.

cuir chevelu et sur la nuque ; mais on se demande si les succès durables ou temporaires obtenus par ces médecins se rapportaient toujours à de Yéritables méningites, et s'ils n'auraient pu être obtenus aussi bien avec le vésicatoire ou avec tout autre révulsif énergique. Trousseau se servait des frictions d'huile de croton à haute dose sur les extrémités inférieures, pour combattre les hydropisies consécutives aux maladies du cœur et du rein. Cette révulsion puissante peut diminuer les épanchements du tissu cellulaire et des cavités séreuses; mais, comme le dit avec raison M. Hardy, c'est acheter bien cher, au prix de cruelles douleurs, une amélioration précaire et momentanée.

L'huile de croton a été employée aussi comme agent modificateur des affections cutanées. Bazin et Hardy, qui l'ont essayée dans l'acne'et dans les affections scrofuleuses de la peau, n'en ont rien obtenu et n'ont pas tardé à y renoncer.

Ladreit de la Charrière en a tiré plus de profil dans le traitement de la teigne tonsiirante, comme moyen épilatoire peu douloureux et entraînant rapidement la chute des cheveux avec la chute des croûtes qui succèdent à l'éruption crotonique. Les expériences de L. de la Charrière, reprises par Cadet de Gassicourt, ont fait reconnaître à ce dernier que l'huile de croton est un par-asiticide puissant capable de guérir la teigne tondante plus rapidement que ne le fait la méthode épilatoire ordinaire, aidée du turbith et du sublimé, pourvu que par une application lente et méthodique du remède on sache éviter l'inflammation excessive de la peau et la destruction des follicules pileux qui peut en être la conséquence. Du reste, pour obvier à cet inconvénient, on peut se servir des crayons à l'huile de croton, que M. Limousin prépare avec une partie de beurre de cacao, une partie de cire et deux parties d'huile, et qui permettent de toucher exclusivement les parties malades et d'éviter ainsi la diffusion du liquide sur les surfaces.

Enfin, l'huile de croton a été mise en usage pour combattre Valopécie. Associée, à la dose de quelques gouttes, à la teinture de cantharides, elle forme la base de la plupart des pommades vantées contre la calvitie ; son action ne paraît être de quelque efficacité que contre l'alopécie indépendante d'une affection du cuir chevelu ^et contre la chute des cheveux consécutive aux maladies graves (Hardy). V. Widal.

Bibliographie. — Conwell. Du crot. tigl. Thèse inaugurale. Paris, 1824. — Tavernier. Mémoire sur les propriétés purgatives de l'huile de crot. [Biblioth. médic, t. IX, 1825). - AiNSLïE. Materia Medica of Hindoustan. London, 1826. — Joret. Du crot. tigl. Thèse inaug. Paris, 1855. — Du même. De V huile de crot. tigl., de ses propriétés et de ses usages [BuUet. gén. dethérap., 1861, p. 585 et 441). — Friedlander. Journal complément, des se. médic, t. XVII, 1836. — DuBLANC. Sur les propriétés de l'huile de crot. tigl. (Bullet. de l' Acad.de médec, 1851-52). — Marchand ^Li^on). Du crot. tigl. Recherches botaniques et thérap.lhèie inaug. Paris, 1801. — Du même. Des progrès de l'emploi de l'huile de crot. en thcrapeui. (Journ. de médcc. contempor., 1862). — Turner. L'huile de crot. en frict. sur le cuir chevelu dans les inflammat. des méning. cérébr. (Edinburg. Medic. /oî^ra., novembre 1868). Traduit de l'anglais par Gauchet [Bullet. gén. dethérap., t. LXXVII,p. 475, 1869). — Hardï. Article Crot. tigl. du Nouveau Dictionn. de médec. et de chirurg. pratiques, t. X, 1072.- Ladreit de la Ch.arrière. Note sur le trailem. de la teigne tonsurante par l'huile de crot. (Bullet gén. de thérap., t. LXXXI, p. 97, 1876). - Cadet de Gassicourt. Du traitement de la teigne tondante par l'huile de crot. [Bullet. gén. de thérap., t. XGIII, p. 585 et 456, 1877). ' ' V -yv.

CROTOI^IIWE. D'après Brandes, les grains de Tilly, croton tiglium, contiendraient un alcaloïde auquel il a donné le nom de Crotonin; mais, après examen cette crolonine n'est qu'une combinaison de magnésie et d'acide '^ras. Ltirz.

CROTONYLÈNE. 421

CROTOI^IQUE (acide), C^n''0\ Cet acide a été extrait de l'huile de Croton tiglimn, par Pelletier et Gaventon. On saponifie cette huile en la faisant bouillir avec une lessive de soude caustique. Le savon, purifié par des précipitations avec le sel marin {voy. Savons), est décomposé par l'acide tartrique. On distille le liquide acide après l'avoir filtré. Le produit de la distillation est saturé par de l'eau de baryte ; le crotonate de baryte, évaporé à siccité, est décomposé par de l'acide phosphorique très-concentré, dans une cornue, dont le récipient est refroidi à l'aide d'un mélange réfrigérant.

Propriétés. L'acide crotonique est un liquide oléagineux. Il se solidifie audessous de 5 degrés et émet déjà des vapeurs très-sensibles à 2 ou 3 degrés audessus de 0. Ces vapeurs répandent une odeur pénétrante affectant désagréablement le nez et les yeux. Sa saveur est extrêmement acre : il agit comme poison.

Crolonates métalliques. Les crotonates sont inodores.

Crotonate de potasse. Inaltérable à l'air, soluble dans l'eau, difficilement soluble dans l'alcool à 0,85 de densité; il cristallise en prismes rhoniboïdaux.

Crotonate de baryte. Très-soluble dans l'eau et dans l'alcool. La solution aqueuse laisse déposer, par l'évaporation, des cristaux nacrés dont la poussière irrite vivement la gorge.

Crotonate de magnésie. Grenu, très-peu soluble dans l'eau.

Crotonate ferreux. Insoluble dans l'eau, d'une couleur jaune-isabellc. Le crotonate ferrique est soluble dans l'eau; les crotonates d'argent et de plomb sont blancs et insolubles; le crotonate de cuivre est insoluble et bhmc-bleuâtre, le crotonate mercurique est soluble. Lutz.

CROTOi\OL, C'^H^*0*. D'après Schlippe, le crotonol serait le principe vésicant contenu dans l'huile de croton tiglium. Il l'extrait de la manière suivante. On saponifie l'huile de croton par une solution alcoolique concentrée de potasse caustique. La saponification opérée, on ajoute de l'eau et l'on filtre. Le liquide fdtré est décomposé par l'acide chlorhydriquc. Il se sépare un mélange huileux d'acides gras et de crotonol. On fait digérer ce mélange sur de l'hydrate de plomb. Les acides gras se combinent à l'oxyde de plomb et le crotonol reste libre en solution dans l'eau. On filtre et l'on ajoute de l'eau légèrement alcaline.

15 La solution se trouble, puis elle s'éclaircit de nouveau, et le crotonol s'en se-

.' pare ; on le purifie par sa dissolution dans de l'éther, et l'évaporation de l'éther

.;, dans le vide.

'' Le crotonol est un liquide visqueux, incolore ou légèrement jaunâtre, d'une consistance de térébenthine. C'est, d'après Schlippe, le principe vésicant, mais

,K non purgatif de l'huile de croton.

Le crotonal n'est pas volatil. Soit à l'air, ou dans un courant d'acide carbonique, la chaleur le décompose. Distillé avec de l'eau, il donne une huile incolore ; mais ce produit, entraîné par la vapeur d'eau, ne distille pas à 200 degré même dans le vide. Lutz.

CROTOi«"ïL,Èl«E, C*H^. C'est un carbure d'hydrogène appartenant à la série

de Vacétylène et de Vallylène. Il prend naissance en traitant le bijtylène bramé

par l'alcoolate de soude. C'est un liquide incolore, entrant en ébullition à 1 8 de-

; §rés et distillant entre 18 et 24 degrés. Densité de vapeur = 1,868. Son odeur

est forte et alliacée. Il briale avec une flamme éclairante et fuligineuse.

Il se combine facilement avec le brome et forme avec lui deux combinaisons, le bi-bromure de crotonylène C*lPBr^ et le tétrabromure G^IFBr*, tous les deux isomères avec les termes correspondants du butylène : le butylène bi-bromé QH¥Br\ et le bromure de butyline bi-bromé C^H'^Br^Br^.

En nous reportant à la composition de l'acide crotonique C^IFO* [voy. ce mot), on voit que cet acide G^i^O* peut être considéré comme le produit de l'oxydation du corps C*H^, c'est-à-dire du Crotomjlène. C'est en raison de cette parenté que le nom de Crotonylène lui a été décerné. Lutz.

CROTOY (Le). Station marine. Foî/. Le Crotoy.

CROUP. Home trouva ce mot dans le langage populaire d'Ecosse et proposa, mais sans succès, de le remplacer par l'expression de suffocatio stridulosa. Depuis lui le mot croup a été généralement adopté et mérite d'être conservé, parce que, n'ayant pas de sens propre, il ne peut causer ni erreur ni méprise.

Quelle en est la signification précise? Elle n'a pas toujours été, et n'est pas encore aujourd'bui exactement la même pour tous; aussi devons-nous commencer par bien l'exposer.

Pour l'immense majorité des médecins français, le mol croup répond à l'idée de laryngite diphfhéritique ; si bien que ces deux expressions, croup et laryngite diphthéritique, sont synonymes et employées indifféremment l'une à la place de l'autre.

La netteté de l'idée qui localise le croup dans le larynx se trouve un peu obscurcie par ce fait que la laryngite diphfhéritique n'est point une lésion isolée, puisque, dans la presque universalité des cas, on trouve en même temps qu'elle des lésions identiques, soit au-dessus soit au-dessous du larynx, dans l'isthme du gosier ou dans la trachée et ses subdivisions. Mais la preuve que le croup n'existe, dans ce qu'il a de propre, d'individuel, que par le larynx, c'est qu'on le fait disparaître, au moins quant à son expression symptomatique et à ses conséquences immédiates, en pratiquant la trachéotomie; c'est-à-dire, en mettant momentanément le larynx de côté, au point de vue fonctionnel.

Que voit-on en effet après cette opération? Les symptômes du croup disparaissent, non-seulement en ce qui concerne la voix et la toux, mais surtout en ce qui concerne la dyspnée laryngée et toutes ses conséquences. Ce qui reste, au point de vue de la symptomatologie, de la marche et des suites de la maladie, relève de la cause première, c'est-à-dire de la diphthérie; plus, des lésions ajoutées à celles du larynx (trachéite, bronchite diphthéritiques, etc.); en un mot, des lésions qui dépendent directement ou indirectement de la diphthérie. Quant au croup, nous le répétons, il n'existe plus, ou s'il existe encore, en vertu de la lésion laryngée, celle-ci cesse de s'accuser par ses symptômes et l'asphyxie qu'elle entraînait rapidement à sa suite.

Notre définition du croup, qui donne comme caractère prochain de la laryngite sa nature diphthéritique, paraîtra inexacte ou ti'op restrictive à ceux des médecins français et étrangers qui veulent bien que la fausse membrane soit le caractère prochain, spécifique, de l'affection, mais admettent que lapellicidepeut naître sous d'autres influences que la diphthérie, et reconnaissent un croup diphtliéritique et un autre qui ne l'est pas (voir sur ce sujet la thèse fort intéressante où M. Morax traite de ces différentes espèces de croup). Pour ces

auteurs, le croup doit être défini simplement une laryngite pseudo-memte; braneuse.

«i Un certain nombre de médecins anglais, mais qui va tous les jours dimi-

nuant, continuateurs en cela de l'idée de Home, admettent le croup comme m une sorte d'espèce morbide, une inflammation locale du larynx de nature exsuli dative, couenneuse, et différente de la diphthérie, qu'ils regardent, ainsi que «Mi nous, comme une maladie essentiellement générale. Mais comme ils reconnaisb sent, d'ailleurs, qu'on voit souvent le croup survenir dans la diphthérie, ils sont contraints d'en admettre deux espèces : l'une diphthéritique ; l'autre non diphthéritique qui, en réalité, serait pour eux le vrai croup. lisse rapprochent, comme on voit, des médecins français dualistes qui admettent deux laryngites pseudo-membraneuses, l'une diphthéritique, l'autre non diphthéritique. Mais ils ixé vont plus loin que ces derniers, en faisant du croup une sorte d'entité morbide. léiiHi Les partisans de cette manière de voir sont, d'ailleurs, de plus en plus rares en m Angleterre.

En Allemagne, on parle un langage fort différent du nôtre, et propre à engentu. drer la confusion : aussi ne pouvons-nous l'adopter. Il y a croup ou affection » croupale (car les mots n'ont plus le sens précis et limité que nous leur donnons) toutes les fois que, sous l'influence d'un travail inflammatoire, une mud| queuse quelconque se trouve doublée d'une pseudo-membrane sans présenter de Mil lésions appréciables dans sa structure, c'est-à-dire en conservant à peu près mil tous ses caractères normaux. Au contraire, il y a diphthérie lorsque la trame de la muqueuse a subi des altérations, se trouve pénétrée et plus ou moins altérée ^Kj par le produit d'exsudation. C'est ainsi qu'on ne décrit pas seulement une 1^1 laryngite croupale, mais aussi une bronchite, une pneumonie, une entérite, etc., (juji de même nature et qui est le croup de chacun de ces organes. j^ili Sans nous attarder à faire la critique d'une pareille manière de voir, et du pi langage qui la traduit, disons qu'en ce qui concerne le larynx, ce que les Allej('j mands décrivent comme le croup ou l'affection croupale de cet organe répond .jjj exactement à ce que nous entendons par le mot croup, et doit être tenu par „jiii nous comme de nature diphthéritique en dépit de leur distinction anatomopathologique.

Revenant sur notre définition, nous nous bornerons à dire, pour le moment, • ^ que l'étude de l'anatomie pathologique, de l'étiologie et des conséquences du croup démontrera, plus de 99 fois sur 100, qu'elle n'est autre chose qu'une laryngite diphthéritique; et qu'aucune des raisons qu'on donne, soit en France, soit à l'étranger, pour admettre une ou plusieurs espèces de croup non diphthéritiques, n'est jusqu'à présent suffisante pour établir solidement une telle division.

Qu'une partie de l'ensemble symptomatologique, y compris l'asphyxie parle

larynx; que le syndrome constituant symptomatiquement le croup, tel que

nous l'entendons, puisse relever d'une laryngite couenneuse non spécifique

a due à l'action d'irritants, à celle du froid, à des causes générales diverses, ou

1 à une maladie antérieure, c'est ce qu'on ne peut nier. Les expérimentateurs

ont produit par irritation une laryngite exsudative avec tous les symptômes du

,^ croup. Nous verrons Bretonneau admettre que toutes les inflammations sont, à

la rigueur, capables de donner naissance à la fausse membrane. Mais ces faits,

. excessivement rares, s'éloignent par quelques-uns de leurs caractères du croup,

l tel que nous le voyons journellement, et ne sont pas suffisants pour autoriser à

diviser en deux espèces une maladie dont l'unité s'accuse, dans la presque universalité des cas, par l'identité de ia lésion anatomique, la communauté de la cause, la même marche, les mêmes conséquences. C'est donner trop d'importance aux exceptions contre la règle. Nous tiendrons d'ailleurs de ces formes le compte qu'elles méritent, soit au point de vue nosologique, soit à celui des difficultés pratiques qu'elles peuvent constituer.

Pour ceux qui s'étonneraient de nous voir restreindre le croup à la lésion du larynx, alors qu'il y a, dans l'immense majorité des cas, concurrement des fausses membranes dans l'arrière-gorge, la trachée ou les bronches, nous répéterons que si l'on tient bien compte de ia symptomatologie propre du croup, de samarche et de sa tendance à produire l'asphyxie par occlusion du larynx, on verra qu'il commence juste au moment où cet organe est atteint, et que tout ce qui le caractérise et constitue son individualité, dépend de la lésion laryngée. Pour le reste, il se confond avec la diphthérie, dont il est une dépendance. Cette notion sera pour nous de la plus grande importance quand nous aurons à étudier les symptômes dont les uns, immédiats, relèvent de l'affection laryngée ; les autres, éloignés, contingents, appartiennent à la cause : à la diphthérie ou à ses localisations diverses. Déjà Starr, en 1749, dans son très-court travail que je n'hésite pas à qualifier de très-remarquable, avait reconnu dans la maladie strangulatoire ces deux ordres de phénomènes.

« Je les regarde, dit-il, en parlant des symptômes laryngés, comme les signes pathognomoniques de la véritable maladie strangulatoire » ; quant aux autres, « on doit plutôt les considérer comme les symptômes de la cause que comme ceux de la maladie ». De même, la localisation du croup dans le larynx traduite par ses symptômes propres devra avoir une très-grande influence sur nos déterminations par rapport à la trachéotomie. Plus elle sera nettement accusée, plus cette opération sera indiquée; plus, au contraire, elle sera mise au second plan par la prédominance des signes de la diphthérie généralisée, plus il y aura de motifs pour s'abstenir.

Le mot croup a dans la littérature médicale des synonymes qu'il est bon de connaître, bien qu'ils ne soient plus usités. En voici quelques-uns : Affection caractérisée par l'orthopnée, Baillou; Cynanche stridula, Wahlbom ; Anginasuffocatoria, S. Bard, Engstrem ; Morbus strangulatorius, Starr ; Morbustruculentus infantum, Yan Bergen ; Garotillo, Mercatus, de Herdia ; suffocatio stridulosa, Home ; Cynanche trachealis, Cullen ; Ângina polyposa, Callisen ; Angina membranacea, sive polyposa, angina tracheahs, etc., etc.

Toutes ces expressions ont été heureusement abandonnées, attendu qu'elles sont toutes défectueuses : les unes s'appliquent à des affections autres que le croup ; les autres ne mettent en relief qu'un ou plusieurs des symptômes de la maladie, laissent les autres de côté et, par conséquent, ne donnent de celle-ci qu'une idée fausse ou incomplète.

Historique. Il serait aussi inutile que fastidieux d'énumérer tous les travaux qui ont eu le croup pour objet. Je ne veux, autant que possible, citer que ceux qui ont eu une influence sur la marche de la science, ou bien ceux qui sont venus élucider un point de l'histoire de la maladie qui nous occupe.

Si Hippocrate en a parlé, c'est d'une manière trop vague et trop obscure pour que nous soyons bien sûrs d'interpréter exactement la pensée contenue dans les lettres hippocratiques. La première notion certaine de l'existence du croup doit être cherchée dans le livre d'Arétée, c'est-à-dire à une époque mal déterminée.

CUOUP. . -425

Ce médecin, en observant les ulcères syriaques ou égyptiaques, que nous savons, maintenant, n'avoir été autre chose que notre angine couenneuse, a vu le mal envahir le larynx et causer la mort par suffocation. En parlant des modes de terminaison de ce mal de gorge, il dit en effet : « Si le mal vient à gagner la 'poitrine par la trachée, le malade peut mourir le jour même, par suffocation : car le poumon et le cœur ne peuvent supporter longtemps l'ulcération, la sanie et une telle infection; il survient une toux violente et une difficHlté extrême de respirer. Ce sont surtout les enfants, jusqu'à Vépoque de la puberté, qui sont exposés à cette maladie.

Malgré l'erreur d'interprétation anatomique qui tient au temps et au défaut d'autopsies, il est évident qu'Arélée a vu le croup lié, comme il l'est encore le plus souvent aujourd'hui, à une angine diphlhéritique préexistante ou simultanée. Voyez plutôt la symptomatologie tracée par l'auteur : « Surviennent la toux et la difficulté de respirer, puis la mort dont le mode de production est des plus cruels qu'on puisse imaginer. La face est pâle et livide, la gorge douloureuse à la pression... Les malades, à peine couchés, se lèvent et prennent la position assise, ne pouvant supporter la position horizontale : fatigués, vaincus par le besoin de sommeil ils se recouchent, pour se lever encore et finir par se livrer à la marche dans l'impossibilité où ils sont de goûter aucun repos. L'inspiration est longue ; r expiration, au contraire, très-courte ; la voix devient rauque, puis s'éteint. »

Galien ne paraît pas avoir eu connaissance des travaux d'Arétée, puisqu'il ne les cite nulle part. Mais on peut juger qu'il a observé le croup, car il parle de malades expulsant des fausses membranes par la toux, et l'une de celles-ci, qui formait un tuyau, fut considérée par lui comme la tunique interne de la trachée. Cœlius Aurelianus a observé une maladie dans laquelle les sujets atteints avaient la face livide, la voix éteinte, la respiration stridente ; ce son est tel (pendant la toux) qu'il ressemble à l'aboiement d'un chien : « quibusdam caninusvocis sonitus ». C'est lui qui nous apprend qu'Asclépiade a conseillé la laryngotomie •contre certaines formes d'esquinancie.

Aétius d'Amide ajoute à la description d'Arétée un commentaire et des parti- -cularités qui ne permettent pas de douter qu'il n'ait revu la même affection.

A partir de cette époque, le silence se fait sur le croup, et il faut arriver à la fin du seizième siècle pour en entendre de nouveau parler. En 1575 Bâillon, à Paris, semble l'avoir observé; mais ce qu'il dit des malades vus par lui prouve, qu'il n'avait pas toujours une idée bien nette de la maladie : pourtant, on ne peut guère douter qu'il ne s'agisse du croup, puisqu'il note une respiratoire pénible, pendant laquelle les malades recherchent la position assise ou droite. Certains médecins, dit-il, voulaient voir là un catarrhe, une inflammation ou phlogose du poumon, ce qui était peu croyable puisqu'il n'y avait pas même une fièvre digne d'être notée. Enfin, un chirurgien affirma avoir trouvé, sur le cadavre d'un enfant mort avec cette gêne de la respiration, une pituite épaisse, tenace, qui tapissait la trachée-artère comme une membrane, « de manière à ne pas laisser le passage libre pour l'entrée et la sortie de l'air : d'où la suffocation rapide ».

A partir de la fin du seizième siècle, les épidémies de croup se multiplient et on les observe dans différentes régions. Ici, la maladie porte un nom; là, elle en reçoit un autre, suivant la prédominance d'un symptôme, de quelque particularité ; ou bien, encore, parce que les observateurs ont été différemment impres-

sionnés par le spectacle qu'ils avaient sous les yeux. C'est ainsi que les Espagnols l'appellent garotillo, parce que ceux qui en étaient atteints périssaient comme s'ils avaient été étranglés avec une corde.

La description est toujours la même :.ce sont les mêmes plaques, ulcérées, gangreneuses, vues par le médecin de Cappadoce, et c'est à leur extension dans les voies respiratoires qu'est due la suffocation. Pourtant Cascalez ne pouvait comprendre comment des ulcères, c'est-à-dire un mode d'altération qui a pour caractère une perte de substance, pouvait rétrécir ou boucher un conduit où ils se seraient étendus, et signalait la présence de fausses membranes.

L'invasion des voies aériennes s'annonçait par des symptômes que nous reconnaissons comme ceux du croup : la voix s'altérait et se perdait, la respiration devenait difficile et, aussitôt, le malade était pris d'une suffocation mor. telle. Ce fut ce dernier symptôme qui frappa le plus les esprits ; et le peuple effrayé, ne pouvant les comparer qu'à ce qui se passait chez ceux condamnés au supplice du garrot, nomma la maladie garotillo. Les médecins adoptèrent cette expression : « qui hujus modi vexantur morbo suffocati, acve luti laqueo constricti moriuntur, ob idque garotillo meritovulgariter nuncupaturmorbusiste » (Cascalez). « Souvent il arrive, dit Mercatus, que ceux qui sont atteints du garotillo périssent en moins de quatre jours, instar laqueo suffocatorum ». Dans ses consultations il constate, en s'en étonnant, comment des individus paraissant jusque-là jouir de la meilleure santé sont mortellement atteints, et note la disproportion qui existe entre l'apparence souvent si légère du mal et le danger réel. « 11 ne faut pas prendre confiance, dit-il, de ce que la fièvre existe à peine ou devient peu intense ; car souvent la suffocation arrive plus vite que si la fièvre s'était allumée. La voix s'altère et la parole est inintelligible; la respiration devient profonde, et l'aspiration de l'air se fait avec de grands efforts et une distension très-marquée des ailes du nez. »

De Heredia a remarquablement observé une épidémie d'angine maligne avec croup : « L'écoulement de sang par les narines est, dit-il, d'un mauvais signe, parce qu'il provient de la gangrène et de l'érosion des vaisseaux, et annonce une mort très-certaine... On ne peut enrayer la marche du mal à l'intérieur; c'est pourquoi le flux de sang par les narines ou par la bouche est regardé comme très-périlleux... Tous s'accordent à regarder cette maladie comme très-perfide... Après la guérison des ulcères de la bouche et des parties que la vue peut découvrir, ainsi que de l'inflammation, le malade peut encore succomber; parce que l'affection gangreneuse rampe peu à peu à travers la trachée-artère vers le cœur, ou par le gosier vers l'estomac, » etc. Suit la description des symptômes que produit la diphthérie quand elle a envahi les voies respiratoires.

En 1618, l'Ialien Carnavale observa une épidémie qui commença au village de Chiaia près du rivage de la mer et qu'il appelle strangulatoire, parce qu'elle semble suffoquer ou étrangler les malades. En 1620, elle avait déjà fait périr 2,000 personnes. Elle attaqua d'abord les enfants, mais au fort de l'épidémie les adultes furent également atteints. La suffocation n'est pas la terminaison nécessaire de la maladie, mais le mode de terminaison le plus ordinaire : « Si j'entends, dit-il, qu'elle étrangle la plupart des malades, c'est parce que le putrilage et la corruption des parties (lisez les fausses membranes) s'opposent au passage de l'air [viam ingredientis egredientisque aeris impediunt, arctant, claudunt). ï> Il traite des divers aspects qu'offre la maladie dans le pharynx, puis

de sa transmission à la trachée, à l'œsophage, ou à la membrane pituitaire (dans son Traité des ulcères syriaques , 1652).

A Palerme, Alaynus a manifestement observé la terminaison par propagation aux voies respiratoires : « Et pour en lînir, dit-il, par un pronostic unique, s'il survient de la difficulté de respirer ; si les malades ne peuvent rester étendus et sont forcés de s'asseoir ; si, étant assis, ils ne peuvent trouver de repos ; si la voix devient rauque, etc., toutes ces choses signifient qu'il existe un obstacle considérable dans les voies de l'air et présagent une fin subite. »

Cortesius observait, vers la même époque, l'angine maligne à Messine, et voulut y voir une affection différente du garotillo des Espagnols; mais ce qu'il dit de la mort de son gendre et de celle de son petit-fils prouve le contraire, puisque ces malades succomberentasphyxies.il s'opposa à l'autopsie, demandée par le sénat de Messine, alléguant qu'elle serait absolument inutile, puisqu'il suffisait de fiiire ouvrir la bouche aux malades pour voir qu'ils périssaient de la gangrène, dont toutes les parties de l'arrière-bouche, et surtout les tousilles, étaient affectées. On aurait, sans aucun doute, trouvé la fausse membrane caractéristique du croup : car la même maladie ayant reparu à Naples, quelques années plus tard, on en trouva une dans la seule autopsie qui fut faite : « Pervestigata larynx cruslacea quadam pituita facie exteriori contecta cilra ulceris speciem. »

Depuis le milieu du dix-septième siècle jusque vers le milieu également du dix-huitième, on trouve peu d'écrits ayant trait à l'angine couenneuse, et, par conséquent, au croup, que nous avons toujours trouvés unis.

En 1745, MoUoi décrit une maladie qui présente aussi les symptômes de l'angine maligne et du croup. Elle se montrait cliez les jeunes enfants. Ils avaient de la toux et la voix rauque, ce qui ne les empêchait pas d'aller et de venir comme s'ils n'avaient pas été malades. Au bout de quelques jours, ils étaient pris de suffocation avec couleur livide et plombée de la face, etc.

Gadwalder-Colden, dans une lettre adressée à Fothergill, publiée en 1754, rend compte d'une épidémie qui avait commencé à Kington, en Amérique. Elle s'exerçait presque exclusivement sur les enfants et les jeunes gens. Des taches blanches, qui souvent noircissaient, et que l'auteur qualifie d'ulcères et d'eschares , se montraient sur les amygdales. La suffocation (croup) survenait par suite des progrès du mal. La toux était enrouée et profonde, la respiration laborieuse; la face était livide comme chez les individus qu'on étrangle, et les malades mouraient de suffocation. Pendant cette épidémie, on observa souvent des mortifications semblables à celles de l'arrière-bouche, derrière les oreilles, aux parties génitales, aux plaies des vésicatoires, aux piqûres des saignées, etc.

De 1743 à 1748, régnèrent à Paris des maux de gorge semblables à ceux qui firent tant des victimes en Espagne et en Italie.

Malouin, historien de cette épidémie , rapporte qu'un enfant de six à sept ans cracha, le quatrième jour de sa maladie, un canal membraneux qui était une portion considérable de la membrane interne de la trachée-artère, où l'on distinguait à la vue les impressions des anneaux et les vaisseaux de cette membrane.

Cbomel l'ancien vit, à la même époque, une maladie semblable, et en rapporte plusieurs observations; témoin celle d'une jeune fille de douze ans. Sauf la fétidité de l'haleine qui eut lieu dès le premier jour et s'accrut ensuite au point de devenir insoutenable à la fin de la maladie, cette jeune fille ne pré-

senta pendant les sept premiers jours que les symptômes d'une angine ordinaire. Le huitième jour, la voix était entrecoupée et la respiration mêlée de sifflement; la malade était comme si on l'étranglait, etc.

Jusqu'à cette époque, le croup isolé, c'est-à-dire sans affection du phai-yni, n'avait pas été signalé d'une manière précise. L'épidémie observée à Crémone, en 1747 et 1748, par Ghisi en offre des exemples. Il n'est pas douteux non plus que cet auteur ne se soit fait une idée très-exacte de la nature de la fausse membrane, comme produit pathologique, tandis que la plupart de ses contemporains voyaient encore en elle une exfoliation de la muqueuse aérienne. Il a évidemment observé deux types d'angines, les unes avec gène plus considérable de la déglutition (angines proprement dites), d'autres où le phénomène était à peine sensible, puisqu'il dit : « D'autres mortelles et traîtresses angines, qui s'accompagnaient à peine de gêne de la déglutition, tuaient inopinément et absolument de la même manière que celles de la première sorte dont on avait négligé les progrès. )» Voici un passage qui prouve la connaissance parfaite qu'il avait de la fausse membrane : « Si, par les effets de la toux, quelque chose se détachait des voies aériennes, c'était le plus souvent une membrane entièrement sembhible à ces concrétions gélatineuses qui se voient sur le sang tiré de la veine de quelques malades, et sont connues sous le nom de couennes pleuritiques, ou encore sous celui de faux polypes, quand, après la mort, elles nagent dans la cavité du cœur ou dans celle des gros vaisseaux. » « Une jeune fille, âgée d'environ six ans, était affectée de l'angine que je viens de décrire, dit-il. Un jour avant sa mort, elle expectora avec toux et danger de suffocation un grand lambeau d'une substance ferme, blanchâtre. Après l'avoir déplié, et attentivement observé, je trouvai que ce lambeau présentait exactement la figure et le diamètre de la trachée et d'une portion des bronches. Cette substance était membraneuse et semblait leur avoir servi de tunique interne. »

En raison des préjugés populaires, Ghisi ne put faire qu'une seule autopsie, celle de l'enfant, âgé de quatre ans, du pharmacien Scotti. Elle eut lieu en présence de deux confrères, fut très-complète, et amena dans la trachée les constatations suivantes : « Au-dessous du larynx, la trachée-artère se trouvait intérieurement enflammée jusqu'à l'extrémité des bronches... Au milieu de ce conduit, nous trouvâmes -un corps blanchâtre, long de plus d'un travers de doigt, en tout semblable à celui qui avait été rendu avec des efforts de toux par la fille du docteur Carnevalini, et dont j'ai déjà fait mention. »

En 1747 et 1748, Arnault d'Orléans fait mention d'esquinancies terribles qui emportèrent quelquefois les malades en vingt-quatre heures ; et, en même temps que l'angine pharyngée, il dit avoir trouvé à l'autopsie que la muqueuse de la trachée s'est trouvée détachée comme un rouleau de la longueur de trois à quatre doigts. C'est toujours, comme on voit, l'association de l'angine maligne et de ce qui, un peu plus tard, reçut le nom de croup.

Starr a observé, en 1748, des cas de croup, dont il donne, dans une lettre au docteur Mortimer, seci'étaire de la Société royale de médecine de Londres, une description si importante et si frappante de vérité que j'ai été étonné, en la lisant, de ne l'avoir pas vue appréciée par tous à sa juste valeur. En voici un long extrait qu'on me pardonnera, je l'espère, après l'avoir lu.

« Il règne depuis quelque temps, dans nos contrées, en certaines saisons, une maladie formidable dans sa marche et funeste dans ses effets. C'est une espèce d'angine occulte, qu'on nomme avec assez de raison maladie strangulatoire

(morbus strangulatorius), et que je regarde comme infiniment plus grave que le mal de gorge ulcéré de Fothergiil ; que la fièvre scarlatine de Cotton de Saint- Albans, etc.

« Je conserve avec soin quelques membranes rendues par mes malades; elles serviront peut-être à donner une idée plus claire de celte maladie; je pourrais même vous les envoyer, si vous pensiez que cela i'ùt nécessaire pour la confirmation des faits que j'avance; mais je suis persuadé que vous ne me croyez pas capable d'en imposer sur un point aussi important et qui est d'un si grand intérêt pour l'humanité, etc.

« Elle (la maladie strangulatoire) a exercé ses ravages dans plusieurs paroisses, où elle a souvent enlevé tous les enfants de diverses familles : preuve manifeste qu'elle est contagieuse.

« Un assez grand nombre de sujets eurent à la bouche des eschares gangreneuses ; et, à peine se plaignaient-ils de la maladie que déjà elles étaient formées, tant les symptômes étaient rapides dans leur marche ; quelquefois, l'invasion s'annonçait par une légère douleur dans la déglutition, suivie de chaleur, d'un pouls fébrile, dont les pulsations étaient assez pleines et fortes, d'une toux courte, profonde, convulsive, et tcU'ement rauque que le malade ne se faisait ordinairement entendre qu'avec peine, dès le premier ou le second jour de la maladie. Au bout d'un temps plus ou moins long (car je n'ai jamais pu observer de périodes fixes dans cette affection) la respiration devenait difficile, bruyante, et comme celle des personnes qu'on étrangle.

« Je regarde ces derniers symptômes comme les signes pathognomoniques de la maladie strangulatoire. Quant à ceux que j'ai rapportés plus haut, on doit plutôt les considérer comme les symptômes de la cause que comme ceux de la maladie. Je n'ai point fait mention de la fétidité de la bouche, puisque ce symptôme, qui s'annonce assez souvent dès le commencement, n'est pas constant.

« Quoique la respiration ressemble à une véritable asphyxie, elle a cependant, surtout dans l'invasion, ses rémissions et ses exacerbations : d'oiî l'on peut conclure que la cause n'est pas permanente. Je l'attribue à la présence de quelque matière dans la trachée ou dans le larynx, que l'air est obligé de traverser. Si elle est de nature à pouvoir être expectorée, aussitôt qu'elle a été rejetée par la toux, la respiration devient libre pendant quelque temps, et le malade paraît délivré d'une crise qui semblait devoir l'étouffer ; mais s'il se reproduit une nouvelle matière (ce qui ne manque pas d'avoir lieu toutes les fois qu'on ne parvient pas à arrêter les progrès du mal), ce symptôme reparaît, » etc. Suit l'histoire d'une petite fille de quatre ans atteinte de la maladie strangulatoire, dont la respiration était accompagnée de strangulation, et la toux excessivement rauque, etc. « Elle fut prise d'une toux plus violente et rejeta un large morceau d'une espèce de chair blanchâtre, ou de membrane mêlée avec une matière gluante et visqueuse. La respiration devint alors aussi libre que si elle n'avait ressenti aucun mal ; mais, trois heures après, elle fut prise d'un nouvel accès qui, augmentant par degrés, devint aussi violent que le premier. » Cette enfant succomba au milieu de tous les symptômes de la période asphyxique. L'auteur dit à propos de l'expectoration des malades : « Ce qu'ils rendaient consistait, en grande partie, en des glaires semblables à de la gelée légèrement transparente, mêlée d'une espèce de pus blanc et opaque, et ressemblant plus Oïl moins à une membrane déchirée, ou à ces concrétious qui se forment quelquefois dans différentes parties du corps. J'en ai vu de semblables au bras

et au cou d'un de ces malades à qui on avait appliqué des vésicatoires. On les avait pansés avec des feuilles de chou, et ils suppuraient fort peu ; mais il s'éleva bientôt à leurs bords de petites pustules rouges légèrement enflammées ; elles rendirent en quelques heures une grande quantité de sérosité et devinrent entièrement blanches ; elles s'élargirent à leur base et se confondirent bientôt; et, comme il en survenait de nouvelles dans les parties adjacentes, elles formèrent une large croûte blanche qui ressemblait à une membrane macérée dans une liqueur, etc., etc. Je saisis cette croûte avec mes ongles, et je l'enlevai aisément sans causer la moindre douleur ; elle ressemblait à cette espèce de pus concret rendu par l'expectoration, et dont j'ai parlé plus haut. Je crois être en droit de conclure de ce fait que, dans la maladie strangulatoii'e, l'aflection du larynx et de la trachée est de même nature que celle qui, chez le malade, s'est manifestée au cou et au bras ; que les concrétions s'y forment de la même manière, et proviennent de la même cause interne; et, en supposant cette conjecture vraie, il ne me paraît pas difficile de rendre raison des différents symptômes. » i\e croirait-on pas ces pages écrites d'hier ? Starr rapporte un cas remarquable de diphthérie cutanée avec hémorrhagies nasales où la mort survint par syncope ; et, pour bieil indiquer à quel point ces affections cutanées lui semblent de même nature que la maladie strangulatoire, il ajoute comme réflexion :

« Quoique cette affection ne puisse pas être regardée comme une véritable maladie strangulatoire, je juge qu'elle lui ressemble beaucoup et qu'elle provient de la même cause ; il est même probable que, si on avait fait l'ouverture de ceux qui sont morts de la maladie strangulatoire, on aurait trouvé dans leur trachée des concrétions semblables à celles qui se sont formées au dos de cet enfant. Ce qui donne encore plus de probabilité à cette opinion, c'est qu'on a vu plus d'une fois ces deux différentes affections se manifester en même temps chez différents sujets de la même famille. » La notion de l'identité de nature qui existe entre la maladie strangulatoire (croup) et l'angine que nous désignons actuellement sous le nom d'angine diphthéritique, n'est pas moins nette dans l'esprit du médecin de Liscard. En voici la preuve dans une observation un peu longue, mais que je relate pour montrer où en était la question en 1750 et comment on aurait pu, en suivant la voie tracée par Starr, arriver promptement aux notions les plus exactes sur la nature du mal.

« On vint me chercher, le 14 décembre 1749, pour donner des soins à un enfant de dix ans et demi, fils de M. Kitto, fermier de la paroisse de Saint-Ève. Il était au septième jour de sa maladie. Les premiers symptômes du mal avaient été une douleur assez légère pendant la déglutition, une toux rauque fort incommode, semblable à celle qui survient au commencement d'un catarrhe, accompagnée, dans l'intérieur des oreilles, d'une douleur qui revenait de temps en temps. Il rendait par la bouche une matière ichoreuse peu épaisse, et tellement abondante qu'elle s'élevait à une pinte et demie par jour. La douleur de la déglutition était si légère, lorsque je le vis, qu'il prit, en ma présence, et d'une seule haleine, une assez grande tasse de tisane. Sa voix était tellement éteinte, qu'il pouvait à peine se faire entendre. La toux rauque, cassée, courte, ne procurait aucun soulagement ; la respiration embarrassée se faisait avec bruit, surtout pendant l'inspiration. Ce son rauque, ou plutôt ce râlement se faisait entendre au loin, pendant les accès de la toux et quelque temps après. Cette toux, lorsqu'elle n'était pas sèche, donnait lieu à une expectoration de matières

glaireuses assez peu abondantes, et dans lesquelles on remarquait quelquefois des espèces de membranes blanches qui paraissaient déchirées,

« Le malade pouvait aisément mouvoir la langue sans éprouver aucune douleur, mais la base de celle-ci paraissait chargée (fured). Après l'avoir abaissée avec une spatule, j'aperçus un corps blanc qui recouvrait le voile du palais et les amygdales. Je priai M. Scotch-Burn, chirurgien, qui était là, d'examiner avec ses pinces si ce corps adhérait au voile du palais, ou s'il était libre : il trouva qu'il était fortement collé à cette partie ; l'enfant ne ressentait aucune douleur lorsqu'on saisissait ce corps ; les parties voisines étaient un peu plus rouges que dans l'état normal ; l'haleine était fétide, la respiration extrêmement gênée ; il y avait peu d'altération, le pouls était vif et assez fort, le malade dormait peu et son sommeil était troublé ; il respirait plus i'acilcment debout que dans le lit, qu'il craignait beaucoup, car il était toujours en danger d'y être suffoqué. » L'auteur prescrit un traitement qu'on ne désavouerait pas aujourd'hui, et il ajoute en parlant du malade : « 11 s'était gargarisé plusieurs fois, lorsqu'il fut pris d'un violent accès de toux qui lui fit rendre, avec beaucoup de glaires et de mucosités, une membrane qui se sépara du voile du palais; elle était réellement formée par la muqueuse qui recouvre celte partie, n'offrait point la désorganisation qu'on remarque sur les croûtes qui ont lieu sur les différentes parties du corps, conservait sa structure membraneuse et était assez forte pour qu'on pût la toucher et la distendre sans la déchirer, » etc. On est surpris de cette opinion erronée de Starr sur la nature de la pellicule, quand on a lu ce qui précède au sujet des fausses membranes cutanées. Le rejet de la fausse membrane soulagea beaucoup le malade. « Ce soulao^ement, comme il arrive ordinairement, fut de peu de durée ; au bout d'une heure et demie, la respiration redevint sonore, l'enrouement augmenta, la toux était courte, raùque, fatigante et douloureuse. Quelquefois l'enfant, absolument semblable à un homme qu'on étrangle, était dans les angoisses de la mort ; d'autres fois, il revenait entièrement à lui. Ces accès et ces rémissions durèrent plusieurs jours, au bout desquels son père aperçut dans sa bouche quelque chose qu'il prit pour du mucus, s'en saisit avec les doigts, et en fit l'extraction: c'était un tube rempli d'une grande quantité de matières qui lui parurent corrompues et putréfiées ; il était aussi gros que le doigt, et il avait plusieurs pouces de longueur », etc., etc. Ici l'auteur montre que, malgré les considérations auxquelles il s'est livré sur le mode de production des membranes intérieures à propos de la diphtbérie cutanée, il commit une erreur "rossière et prit cette fausse membrane pour la muqueuse même des voies respiratoires. Voici d'ailleurs ce qu'il dit : « Je le fus encore bien [dus (surpris) lorsque je vis que ce tube dont on m'avait parlé, n'était autre chose que la membrane muqueuse d'une partie du larynx, de toute la trachée et des grandes divisions des bronches, etc., etc. Il est très-probable que cette affection se prolont^eait le long des divisions bronchiques; car on voyait évidemment que l'extrémité inférieure de ce tube était déchirée, et qu'il restait encore des membranes qui auraient dû se séparer et être rejetées au dehors, » etc.

« J'examinai l'arrière-bouche et le voile du palais, d'où s'était séparée la première membrane. Je n'y aperçus ni plaies ni ulcères : cette partie était nette et unie ; elle ressemblait à une peau nouvelle qui n'aurait pas encore acquis toute sa fermeté.

« Le malade rejeta encore, en ma présence, une membrane d'une figure

irrégulière, de la largeur d'un écu et plus épaisse qu'aucune de celles qu'il avait rendues précédemment ; elle venait de l'arrière-bouche.

« J'appris, dans la suite, qu'il avait encore rejeté un tube assez large, et que toutes les fois qu'il avait la force d'expectorer, on remarquait des petits morceaux de membrane mêlés à des glaires et à des mucosités.

« 11 vécut encore vingt et une heures après qu'on lui eut fait l'extraction de la seconde membrane, et il mourut ensuite conservant toute sa raison. Il est à remarquer que je n'ai jamais vu personne attaqué de délire dans cette maladie. » Je ne connais pas d'observation de diphthérie pharyngo-laryngée plus complète que celle-ci, et l'on peut dire de l'ensemble de ce travail que, si l'auteurne s'était pas mépris sur la nature des produits membraneux, qu'il paraît entrevoir un moment, son travail n'aurait plus laissé à élucider que les questions de détail.

En 1756, neuf ans avant la publication du travail de Home, commença à Aumale et dans les parties environnantes de la Picardie une épidémie d'angine putride, dont Marteau de Grand-Villiers se fit l'historien. 11 publia d'abord sur ce sujet une lettre à Raulin, médecin à Nérac, dans le Journal de Vandermonde ; puis trois ans plus tard, dans la même feuille, un mémoire fort bien tait sur le mal de gorge gangreneux. Enfin, il publia en 4868 un travail complet sous le nom de : Description des maux de gorge épidémiques qui ont régné à Aumale et dans le voisinage. 11 y décrit avec une exactitude pai faite l'état de l'aiTière-bouche aux différentes périodes de la maladie. Les amygdales étaient affectées les premières, mais bientôt le mal s'étendait soit au palais et jusqu'aux gencives, soit au voile du palais, soit enfin à l'œsophage et au larynx. L'auteur note avec le plus grand soin les symptômes qui accusaient la propagation du mal à ces différentes parties. La toux était regardée par lui comme un symptôme snspect, parce qu'elle indiquait l'affection de la trachée-artère et des bronches, cas presque toujours mortels. Quand la maladie gagnait les canaux aérifères, la toux devenait rauque et sourde, le malade avait même quelquefois de l'aphonie; puis survenaient de l'oppression, des secousses d'une grosse toux ferme, mais sourde. Elle n'était pourtant pas constante, et alors l'oppression pouvait exister seule. Il pense que la toux était produite par une exfoliation : du moins a-t-il vu souvent les malades qui toussaient rendre des lambeaux d'eschare? Marteau eut l'occiision de voir im fait de croup sans angine dipbthéritique, préalable ou concomitante, ce que nous appelons un croup d'emblée. Ce fait fut observé à la suite de l'épidémie, et publié à part dans le Journal de Médecine de Roux, octobre 1769, p. 302. La maladie commença bien par du mal de gorge, mais il n'y eut dans l'arrière-gorge aucune tache blanche ou autre. Au quatrième jour, une violente quinte de toux arracha un lambeau d'ex foliations gangreneuses, de membranes roide'es. Le malade parut respirer avec un peu plus d'aisance, mais ce n'était qu'une trêve; le lendemain il étranglait, il étouffait, sa voix était éteinte, il avait de violentes quintes d'une toux sourde. Il n'y avait rien dans la gorge. Marteau n'avait vu que le croup consécutif à l'angine gangreneuse ; il ne l'avait jamais vu isolé ; pourtant, en retrouvant ici tous les caractères qu'il avait déjà trouvés dans quelques esquinancies gangreneuses, le rejet de fausses membranes compris, qui avaient spécialement affecté les organes de la respiration, il annonça, sans hésiter, l'expectoration future d'eschares de gangrène blanche et une mort inévitable. Sur ce dernier point seulement son pronostic se trouva être en défaut. Après plusieurs saignées, les accidents se

calmèrent, Texpectoralion des eschares gangreneuses commença et se soutint jusqu'au onzième jour. Leur épaisseur était au moins d'une demi-ligne. Ayant été rassemblées et étendues à mesure sur un papier, elles avaient la forn)e intérieure des voies aériennes. Marteau, étonné que le malade eût pu survivre à l'expectoration d'une si grande quantité d'eschares, et que les parties dont elles s'étaient détachées aient pu se cicatriser, les fit graver, afin que les anatomistes pussent juger, par la somme totale des surfaces, si elles excédaient celle de la trachéeartère d'un homme de moyenne taille.

On voit, par ce qui précède, que Marteau, moins bien avisé et moins bien observateur que Ghisi, dix ans auparavant, a imité l'erreur de Starr en regardant les fausses membranes comme des exemples d'exfoliation de la membrane muqueuse trachéale et broncliique.

Nous voici arrivé à une époque célèbre dans l'histoire du croup, époque oîi ce mot passe du langage populaire dans celui de la science, où on s'en sert pour la première fois. En 1765 paraît le Traité de Home; ce n'est plus la relation simple d'une épidémie, mais l'histoirÊ d'une maladie méconnue, que l'auteur croit découvrir, et qu'il expose, sans tenir compte des travaux de ses devanciers, affirmant qu'il n'y a rien dans la science qui se rapporte au sujet qu'il traite. {( Je ne connais, dit-il, aucun écrit sur cette maladie (le croup), à l'exception d'une thèse, dans laquelle l'auteur ne nous rapporte aucun fait, et classe le croup parmi les maladies spasmodiques, quoiqu'il ne leur ressemble ni dans sa marche ni dans son traitement, etc. Je regarderai donc le croup comme absolument inconnu dans sa nature, ses causes, ses effets et son traitement. >> Home a pourtant lu le travail de Starr, mais il n'en parle qu'incidemment, et considère les faits qu'il contient comme des exemples d'angine maligne. Or, son but est de séparer de cette dernière la maladie qu'il décrit, et sa prétention à une découverte ne peut se justifier que de cette laçoii. Voici, d'ailleurs, ce que renferme le travail de Home. Gomme ses prédécesseurs, dont il parle peu, il observe la maladie surtout chez les enfants; rarement chez ceux à la mamelle; jamais an-dessus de douze ans. Ayant observé la maladie au bord de la mer, il croit qu'il y a là une influence locale importante. L'auteur rapporte douze observations, dont il tire ensuite, des corollaires. Dans la première observation, il s'agit d'un enfant de quinze mois, souffrant la veille, qui le matin présentait les symptômes suivants : la respiration était difficile, le pouls fort, donnant 150 pulsations par minute. La voix devint aiguë et striduleuse, semblable à celle du coq: ce qui constitue le véritable diagnostic de la maladie. Ghez cet enfant, soumis au traitement franchement antiphlogistique, tous les symptômes avaient disparu le lendemain (c'est là un faux croup). L'observation dans laquelle il s'agit d'une fille âgée de dix-huit mois qui guérit par le même traitement, bien qu'un peu moins vite, se prête aux mêmes réflexions. Dans la troisième observation, il s'agit d'un enfant de deux ans, à peine guéri de la petite vérole, qui a, le 8 août, la voix croupale (croupy). Home le voit le 12 : il y a gène marquée de la respiration, gonflement du cou; il prescrit des fumigations et des sangsues; le 13, l'enfant est mieux; le 14, tons les symptômes ont disparu.

« Je ne rapporterai pas un plus grand nombre de faits de cette espèce (dit l'auteur); ceux-ci me paraissent suffisants pour faire connaître le caractère d la maladie, toutes les fois ({u'elle se présente sous le même aspect. » Je remarquerai seulement que les symptômes observés chez les trois malades, et la méthode curative démontrent évidemment que le croup, dans tous les cas sem-

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blables, est de natua-e inflammatoire, qu'il attaque les organes de la respiration, et principalement la partie supérieure de la trachée, et que cette inflammation locale se termine souvent par la résolution. » Ces trois observations se rapportent évidemment à des laryngites : les deux premières catarrhales ou érythémateuses; la dernière secondaire à la variole et également superticielle. Ce ne sont point là des cas de croup. Les neuf autres observations du mémoire sont bien des exemples de croup, et à l'aide d'autopsies pratiquées avec soin, l'auteur qui, comme l'ont fait ses devanciers, est tenté de voir dams la première fausse membi'ane trachéale qu'il a sous les yeux, une altératioiii de la muqueuse elle-même, reconnaît qu'il s'agit là d'un produit pathologique, le décrit, l'étudié en luimêra/e, et dans ses rapports avec les autres parties, d'une façon assez complète. Mais on sent qu'il est préoccupé de l'idée de bien séparer l'affection trachéale de toute communauté avec l'angine pharyngée, dont il ne peut pourtant méconnaître l'existence chez un de ses malades. La symptomatologie est bien tracée pour le temps ; soit pour les signes locaux, soit pomr les phénomènes généraux. Comme l'auteur a confondu, dans les trois premières observations, la larpgite striduleuse avec le vrai croup, c'est pour lui une cause d'embarras dont il croit se tirer en admettant deux états tout à fait différents. « Dans le premier, dit-il, qui est moins grave, le pouls est généralement fort, la face rouge, la toux considérable, el les évacuations sanguines peuvent être utiles. Dans le second, qui est extrêmement dangereux, le pouls est petit et très-fréquent, la langue humide, et les évacuations ne font que précipiter la mort. L'un de ces états peut s'appeler état inflammatoire, et l'autre état de suppuration.

Le siège principal du mal est dans la trachée à un pouce au-dessous do larynx. C'est à ce point que les malades rapportent la douleur. C'est de là aussi que partirait le plus souvent la fausse-membrane, qui est plus épaisse et plus constante sur la partie non cartilagineuse de la trachée. Home voit dans la pseudo-membrane du mucus concrète par la perte de l'eau qui entre dans sa composition, etc.

Dans l'étiologie, l'auteur insiste sur l'influenee des saisons froides. 11 signale aussi l'influence de certaines maladies éruplives, telles que la rougeole et la petite vérole. La marche de la maladie, son pronostic sont justement appréciés.

La division admise par l'auteur, et signalée plus haut, lui sert de base pour exposer son mode de traitement qui est antiphlogistique pendant la durée de l'état inflammatoire et cesse de l'être pendant la période dite de suppuration. Il ne s'agit alors que d'évacuer les matières produites, mais l'auteur ne croit pas aux vomitifs qui n'agissent que sur l'estomac et on sent qu'il n'a guère confiance dans les ressources de la thérapeutique. Il le dit d'ailleurs d'une manière explicite : « Lorsque la fausse-membrane est complètement formée et qu'elle a acquis un certain degré de consistance, il me paraît impossible qu'aucun médicament, tant interne qu'externe, puisse la résoudre ou l'expulser des voies aériennes. Le seul moyen que nous ayons alors de sauver la vie du malade est de tenter l'extraction de cette membrane en faisant une incision à la trachée. Pourquoi n'aurait-on pas recours à cette opération dans les cas désespérés ? Je ne vois pas qu'on puisse la combattre par aucune objection solide. On en fait tous les jours de plus hasardeuses, et l'on aurait d'autant plus lieu d'espérer un heureux succès, que, la membrane étant libre, il parait facile d'en faire l'extraction. »

Tel est, très-abrégé, le premier traité spécial sur le croup, qui a fait à Home sa réputation. Si celui-ci eût tenu compte des travaux de ses devanciers et n'eût pas, dans le désir, peut-être, de décrire une maladie nouvelle, méconnu les liens

t|ui existent entre le croup et la diphthérie décrite alors sous le nom d'angine maligne, ce travail eût fait faire un grand pas à la science et Foeuvre de Bretomieau n'eût pas eu de raison d'être.

Ce défaut de l'ouvrage du célèbre médecin d'Edimbourg est d'autant plus frappant que cette production se trouve placée entre le mémoire de Starr qui le précéda de quinze ans, et celui de Samuel Bard de New- York qui parut six ans après.

L'erreur de Home peut pourtant, en partie, s'expliquer parles conditions que [irésentèrent les sujets de ses observations, et par l'état de la science à l'époque oiî il écrivit. Les neuf observations qui font la base de son mémoire, ont été recueillies en un assez long espace de temps et paraissent des cas de croup isolés, sporadiques, qui n'ont point été précédés d'une angine considérable ou même appréciable, comme c'est encore aujourd'hui assez souvent le cas, en pareille circonstance; peut-être est-il tombé sur une série de ces exemples de croups d'emblée dans lesquels l'angine pharyngée manque complètement, ou ne vient qu'après l'affection du larynx, et à une époque où on ne songe plus à la rechercher, il est certain qu'il y a une différence comme expression symjitomatique entre les faits qu'il rapporte et ceux auxquels on avait applique' les noms de garolillo, de morbus strangulatorins et qui avaient été décrits dans les différentes épidémies. Il restait pourtant un lien commun entre les cas d'angine gangreneuse ou maligne terminée par les sjmptôu'.esdu garotillo,et la maladie que Home pensait découvrir ; c'était la fausse membrane trachéale présente et invariablement présente dans les deux ordres de faits, toutes les fois qu'on l'avait cherchée; et Home sera pour toujours inexcusable de n'avoir pas tenu compte de ce fait capital. Il a tenu trop de compte des symptômes. Jusqu'à lui, on n'avait décrit que des épidémies d'angine maligne, frappant un trèsgrand nombre d'individus ; épidémies, dans lesquelles le croup était précédé d'une angine pharyngée avec plaques blanches, grises, noires, fétidité de l'haleine et autres signes de putridité. — La strangulation (croup) y était moins regardée comme une maladie que comme la période ultime de l'angine maligne. Aussi quand Home la rencontra sans le mal de gorge préexistant, quand il vit ce qu'on a, depuis lui, appelé très-improprement le croup simple, il put croire qu'il avait affa re à une maladie nouvelle. Pourtant Ghisi avail sign-alé des croups sans angine, ou à peu près. Enfin, après avoir cherché les motifs qui peuvent expliquer l'erreur de Home, terminons en disant qu'il sera toujours difficile de comprendre comment, s'il avait une connaissance exacte des travaux de ses prédécesseurs, il n'ait pas vu dans l'ideutité des lésions analomiques des voies respiratoires avec celles de l'angine pharyngée une raison suffisante vj pour effacer l'impression que, de prime-abord, quelques différences symptomatiques pouvaient faire sur son espi it.

L'épidémie de New-York (1771) présente la plus grande ressemblance avec eelle décrite vingt-deux ans auparavant par Ghisi. Comme le médecin de Crémone, S. Bard paraît avoir rencontré trois variétés de son angine. Dans certains cas, elle n'affectait que l' arrière-bouche, et alors le malade n'offrait d'autres symptômes que ceux du mal de gorge gangreneux. Dans d'autres cas, les voies aériennes étaient primitivement et seules affectées. Enfin, chez le plus grand nombre des malades, l'affection commençait par la gorge, et de là s'étendait dans les conduits aérifères. Dans ce cas, l'angine suffocative se présentait avec tous les caractères du garotillo et du morbus strangulatorins.

S. Bard vit l'angine seule, notamment chez deux femmes, ce qui prouve, comme il le dit, que la maladie peut passer des enfants aux adultes. « L'une d'elles qui donna des soins à deux enfants qui moururent de celte maladie, qui d'abord ne semblaient annoncer qu'une angine inflammatoire ; mais le troisième jour, les amygdales se recouvrirent de mucosités épaisses ; le pouls devint petit et faible, la peau était humide, et il y avait de l'abattement et de l'anxiété, mais la respiration n'était point gênée comme chez les enfants. »

En voici un autre exemple. La femme d'un soldat, après avoir éprouvé une petite fièvre, ressentit quelques douleurs à la gorge; les amygdales se gontlèrent et se couvrirent, ainsi que celles des enfants, d'un mucus épais; mais son haleine exhalait une odeur plus désagréable, et il n'y avait point de suffocation.

Le second sujet, dont S. Bard fit l'autopsie, est un exemple de croup sans angine couenneuse. « C'était un enfant d'envii-on sept ans qui avait éprouvé tous les symptômes de la maladie, quoique les glandes de V arrière-houche et la partie supérieure du larynx fussent restées entièrement saines. Le mal se bornait à la trachée, qui était tapissée d'un mucus épais, et assez coriace pour former une espèce de membrane. 11 nous fut facile de l'extraire des grandes divisions delà trachée, et l'on voyait évidemment que les petites ramifications bronchiques en étaient obstruées. »

Dans les deux autres autopsies, Bard trouva la même fausse membrane tapissant les voies respiratoires, mais, de pins, la pseudo-membrane existait dans le pharynx, et dans ces deux cas, l'identité ainsi que la continuité des lésions pharyngiennes et laryngées furent parfaitement saisies par lui. Voici une de ces autopsies : à l'ouverture dû cadavre qui se fit le jour de la mort, vers le soir, on trouva toutes les parties postérieures de la gorge et la base de la langue couvertes çà et là de croiites blanchâtres, et les parties subjacentes plutôt plus pâles qu'enflammées ; nulle odeur désagréable ne s'exhalait de ces membranes ni du corps ; œsophage sain, épiglotte légèrement enflammée et recouverte, ainsi que toute la cavité du larynx, de mucus blanchâtre semblable à celui qui venait des glandes de l' arrière-bouche ; toute la trachée jusqu'aux divisions bronchiques était tapissée d'un mucus épais en forme d'une membrane ferme et coriace. Parvenue dans les bronches, celle-ci devenait plus mince et finissait par disparaître entièrement; elle était tellement coriace qu'il fallait employer une force assez considérable pour la déchirer. Elle n'était nullement adhérente et avait l'apparence et l'épaisseur d'une légère peau de chamois. La membrane propre de la trachée offrait quelques traces d'inflammation. Les poumons étaient également enflammés comme à la suite d'une péripneumonie ; l'inflammation était surtout manifeste au lobe droit, où l'on remarquait de larges taches livides, quoiqu'elles ne fussent ni corrompues ni putrides. Le lobe gauche était couvert de petites taches qui ressemblaient à celles imprimées sur la peau par la poudre à canon (ecchymoses).

L'auteur a vu pendant cette épidémie des manifestations cutanées de la diphthérie, comme on peut en juger. M. W., de New-York, avait 9 enfants qui furent tous atteints. Les 4 premiers eurent la forme ordinaii^e; 5 succombèrent. Chez les 3 plus grands, il y eut une diphthérie cutanée qui commença par des petits boutons rouges comme chez les malades de Starr ; après quoi survint une ulcération, d'où s'écoulait un liquide ichoreux qui corrodait les parties voisines; de sorte qu'en peu de jours, les parties postérieures des oreilles et du cou ne

CROUP. A"i

formaient plus qu'une croûte. D'autres enfants eurent de semblables ulcères derrière les oreilles, et chez quelques-uns la respiration fut très-gênée. Mais, dit S. Bard,ce symptôme ne fut jamais alarmant tant que cette évacuation eut lieu. Bard a vu la paralysie diphthéritique survenir chez une petite fille, qui avait en même temps Yangine suffocante et de la diphthérie cutanée. « Le larynx conservait une sensibilité particulière par rapport aux liquides, de sorte qu'au moment où la petite malade cessait de boire, elle tombait dans un accès de toux, bien qu'elle pût avaler les aliments solides sans difficulté. Ces symptômes s'évanouirent, à l'exception de la faiblesse et de l'aphonie qui persévérèrent pendant plus longtemps; de sorte qu'au dernier mois, elle pouvait difficilement marcher seule et élever la voix au-dessus du chuchotement. » Rapprochant les symptômes et les lésions anatoraiques observés par lui de ce qu'avait dit Home, quelques années avant, l'auteur conclut avec raison qu'ils ont observé l'un et l'autre la même maladie et il fait cette réflexion très-juste. « 11 est vrai que Home ne compte parmi les symptômes ordinaires, ni le gonflement des amygdales, ni la croûte muqueuse dont elles se recouvrent ; mais ces symptômes ne furent pas constants chez tous mes malades, et quelques-uns des siens eurent les amygdales et les glandes de la base de la langue recouvertes de mucus ; on ne peut donc pas s'empêcher de regarder ces deux maladies comme identiques. » Après une longue discussion très-bien conduite, il arrive à cette conclusion que je partage à peu près complètement. « Tout porte donc à croire que la maladie strangulatoire des Italiens, le croup du docteur Home, le mal de gorge de Huxliam et de Fothergill, la maladie que j'ai observée à New- York, celles du docteur Duglass de Boston, quelque différentes qu'elles puissent être' sous le rapport de la pulridité et de la malignité, ont cependant entre elles une grande affinité; qu'elles procèdent d'un même levain. » 11 n'y a quelque restriction à faire que pour les angines décrites par Fothergill et Huxham. Cet auteur admet franchement la contagion directe. Au traitement S. Bard parlant de la saignée, dit qu'il faut en être sobre et il justifie son opinion ainsi. « Parmi ceux qui ont eu recours à ce remède, dans la maladie qui a régné ici, je ne connais personne à qui il ait été utile; je n'oserais donc le prescrire. » L'auteur regarde la fausse membrane comme le résultat d'une affection des glandes muqueuses qui en serait la cause prochaine. « Je crus d'abord, dit-il, que ce mucus était une espèce de pus semblable à celui que l'on rencontre, quelquefois, à la surface des membranes enflammées; mais après l'avoir enlevé, la membrane propre ne paraissait pas assez enflammée pour confirmer cette opinion, et d'ailleurs, la trachée d'un homme qui mourut, il y a quelque temps, d'une violente inflammation de la membrane trachéale ne contenait aucune espèce de mucosité. De cette idée, à celle de quelque chose de spécial dans la nature du travail inflammatoire, à la nature de la spécificité^ il n'y avait qu'un pas, mais Samuel Bard ne le fit point. H faut arriver à Bretonneau pour voir ce progrès s'accomplir ; mais on doit reconnaître après ce que nous venons de dire que l'œuvre du célèbre médecin de Tours fut singulièrement bien préparée par ses devanciers. Bard, à l'exemple de Duglass, préconisa le traitement par le mercure, comme fondant, dans le but d'empêcher la concrétion du mucus, d'amener la liquéfaction des produits pseudo-membraneux et de favoriser les sécrétions glandulaires ainsi que l'expectoration. Il conseilla, en même temps, les sudorifiques et le polygala. Regardant les engorgements ganglionnaires comme une fluxion salutaire critique, il conseilla les vésicatoires au cou. Ayant outlié ou n'ayant pas lu ler

observations de Starr, ce médecin conseilla d'entretenir les ulcérations derrière les oreilles qu'il regardait comme salutaires et dérivatives, en raison sans doute des idées humorales régnantes. 11 ne conseille de les guérir qu'au cas où elles durent trop longtemps, et il arrive à ce but avec une très-faible disso lution de vitriol blanc. Il faudrait se garder de suivre tous ces conseils sous peine d'augmenter l'infection diphthéritique.

Pendant que S. Bard publiait son travail à New-York, paraissait à Stockholm le Traité des maladies des enfants, de Rosen, où se trouve un chapitre consacré à la Croup ou suffocation striduleuse, et où on trouve les traces de l'influence du travail de Home. « Ce mal de gorge s'est montré, dit-il, non-seulement à Stockholm, mais encore à Upsal et a fait tant de ravages en 1761 et 1762, qne tous les enfants en furent enlevés dans nombre de maisons. Les uns en mouraient le deuxième jour, mais la plupart le quatrième ou le cinquième de la maladie. Ils vomissaient quantité de flegmes et quelquefois des lambeaux d'une espèce de pellicule. Les enfants qui allaient voir leurs camai'ades étaient bientôt attaqués du même mal. On doit la distinguer (celte maladie) d'un autre mal de gorge qui était presque oublié, et qui a reparu depuis peu en Suède, en France et en Angleterre, où il a fait périr beaucoup d'enfants. » Ce mal de gorge est l'angine gangreneuse (c'est-à-dire notre angine diphthéritique). A peine Rosen a-t-il fait cette recommandation qu'il rapporte deux observations de croup avec angine gaingréneuse ou diphthéritique des plus manifestes, comme on peut en juger par les détails suivants : « Déglutition de plus en plus difficile aux approches de la nuit..., croûte brune dans la bouche, à la luette, au voile du palais (etc.), c'est-à-dire, ce que nous voyons journellement chez nos malades avant que n'apparaissent les symptômes du croup.

A partir de Samuel Bard, les successeurs de Home paraissent n'avoir rencontré que le croup simple, c'est-à-dire dégagé de tout lien avec l'angine gangreneuse. Peut-être sous l'influence des préoccupations du moment, mettait-on de côté les faits qui se présentaient avec ce double aspect. 11 faut toutefois reconnaître qu'ils ont du être moins fréquents pendant une longue période, mais il était impossible de ne pas tenir compte des faits observés antérieurement et dont nous avons fait l'ibistorique. Qu'en faire? Quelle place leur assigner? L'embarras devenait grand quand on arrivait, forcément, à les comparer aux faits actuels avec lesqifels on ne pouvait récuser leur parfaite ressemblance symptomatique et anatomique, la question de l'âge mise à part.

Cet embarras se montre d'une manière saisissante dans l'ouvrage de Michaëlis, qui parut à Gottingue, en 1778, sous le titre à' Angine polypeuse. L'auteur n'a observé personnellement qu'un seul fait, et les autres observations sont empruntées à Zabel, Ghisi, Bloom, Wahlbom, etc. 'Pour lui comme pour Home, le croup est une entité morbide de nature inflammatoire, mais il ]'ait intervenir l'élément nerveux, qui joue, suivant lui, un plus grand rôle que le volume de la concrétion dans la production de la mort. Tout ce travail de cabinet était facile avec un peu d'imagination. Mais quel est le rapport de ces faits, avec les cas d'angine gangreneuse terminés par S'UfIbcation croupale et où on a tronve, comme dans le croup simple de Home, la même fausse membrane tracliéenne et les mêmes lésions anatomiques ? Pour Michaëlis, la séparation est éfabhe pr la présence ou l'absence de la putridité- Existe-t-il une haleine infecte, la langue est-elle recouverte d'un enduit bilieux; existe-t-il des iilGerations de h boacbe, des taches blanches, griset ou noires dans l'isthme du gosier, il y a corntpt'w^^

putride des huMeurB;i\ s'agit d'une angine gangreneuse. Dans le croup, par opposition rien de semblable, pas de signes de putridité à l'arrière-gorge ; il n'y a cfue les troubles de la respiration et l'expulsion de fausses membranes par les eflorts de toux. A l'aide de ce singulier raisonnement, qui est, si je ne me ti'ompe, une pétition de principe, Michaëlis croit s'être tiré d'affaire et ne s'aperçoit pas qu'il a laissé la question entière. Il avoue pourtant son embarras en face des observations de Starr; et il aurait pu en faire autant pour celles de Ghisi et de Samuel Bard. Il fait ici usage d'un procédé dont on use en pareilte occurrence : Starr, dit-il, a cru n'observer qu'une seule et même maladie là où il en a réellement observé trois ; l'angine gangreneuse, celle-ci compliquée de symptômes de suffocation, et enfin, le croup. Celui ci est la même maladie que celle que lui-même décrit; quant aux deux autres, elles n'ont rien à faire avec elle. Mais Starr a été si précis dans la dernière observation que nous avons rapportée, que Micbaëlis doit employer, pour rejeter ce fait, un argument qui sent presque la mauvaise foi. Le corps membraniforme expectoré, n'était pas, dit-il, nme concrétion polypeuse, mais la iunique interne des voies aériennes gangiiénées. Il prend, comme on le voit, au pied de la lettre, l'erreur commise par Starr, et il cherche à prouver que ce dernier a eu raison de croire à une exfoliation de la muqueuse trachéale. Mais, si Michaëlis a pu se servir ainsi d'une erreur qu'il admet avec trop de complaisance comme une vérité, que fera-t-il des observations de Ghisi et de Samuel Bard? Il n'en parle pas, et cela tranche k difticulté. Ce fut d'ailleurs une manière de procéder à peu près générale, à partir de cette époque; on a tellement perdu de vue les rapports existant entre les deux maladies, les liens qui les unissent l'une à l'autre, qu'on ne ciierche plus à établir le diagnostic entre ces deux affections. On semble avoir oublié les ti"avaux<5ni ont été publiés antèrieiu"ement, par Ghisi, Silarr, Marteau deGrandvilliers, Samuel Bard; et comme il arrive de rencontrer des cas de croup où il •existe en même temps une angine gangreneuse (pseudo-membraneuse), on voit dans celle-ci une complication, ou bien, le cas est rayé du catalogue des croups. Eu veut-on un es.emple, on le trouvera dans l'ouvrage de Des Essarts. « La gangrène, dit-il, n'a été vue chez aucun malade ni pendant la durée de la maladie, ni après la mort. Un seul exemple offre cette dépravation mortelle de la bouche ; mais en rassemblant tous les symptômes, il sera aisé de reconnaître que l'enfant qui en est le sujet a été victime non du croup simple, mais d'une affection aphlheuse véiitablement inflammatoire, et que c'est mal à propos qu'on l'a inséré dans le catalogtie des enfants morts du croup. »

Tel était l'état de la question à l'époque oii mourut le fils de Louis Bonaparte. On n'y connaissait plus que le croup simple, tel qu« l'avait décrit Home.

Le grand concours provoqué par la mort du jeune prince ne modifia point le Courant des idées. Il y eut certainement d'excellents travaux, mais le meilleur d'entre eux, celuide Jurinede Genève^ n'est qu'un exposé^xact des idées du temps. En 1802, Schwilgué, dans un travail où la fausse-membrane est soigneusement décrite, avait reconnu que l'angine gangreneuse était souvent confondue avec le ca'oup et réciproquement ; que cotte dernière affection était souvent compHquée de la première. Jurine accentua cette idée et exprima même des doutes sur la nature gangreneuse de l'angine de ce nom. C'est au moins ce qui ressort d'un puisage cité par Rilliet et Barthez qui ont lu le mémoire. « Il est une autre maladie épidémique et peut-être contagieuse, avec laquelle le croup se complique ordinairement^ et qui, sous quelques rapports, ressemble à l'angine

gangreneuse ordinaire, tandis qu'elle en diffère assez sensiblement sur d'autres pour mériter de forcer l'attention des médecins; cette maladie est l'angine gangreneuse des enfants. Lorsqu'on lit les ouvrages des auteurs qui ont décrit les symptômes de cette maladie, et que l'on réfléchit sur la disposition que les enfants ont à la prendre, sur la promptitude avec laquelle la concrétion se forme dans la trachée, sur la nature des taches ou ulcères qui tapissent les amygdales et le fond de la gorge, et enfin, sur sa terminaison, on sent s'élever des incertitudes sur l'existence de la gangrène dans la plupart des angines; de sorte qu'on serait tenté de supposer que ce n'est que le croup lui-même, déguisé par l'influence putride de l'épidémie, et en conséquence, de le nommer croup aphtheux, putride ou malin. » Comme on le voit, Jurine se rapprochait des idées de l'école ancienne et n'était pas loin de reconnaître l'identité qui fut plus lard proclamée; mais sacrifiant aux idées du temps, il ne s'en applique pas moins à séparer le croup 6e l'angine gangreneuse. On trouve entre autres choses excellentes dans son travail, la séparation du croup spasmodique (laryngite striduleusc), du croup proprement dit. 11 émet aussi des idées fort justes, qui s'étaient déjà produites, d'ailleurs, sur le croup secondaire à différentes affections, particulièrement à la rougeole. Royer-CoUard, chargé de rendre compte du concours de 1807, adopta les idées de Jurine et n'alla même pas aussi loin que lui par rapport au rapprochement à faire entre l'angine maligne et le croup. Dans les cas, dit-il, où la réunion des symptômes de l'angine maligne et du croup se présente à la fois, il faut croiie qu'il y a complication des deux maladies, et ce n'est pas, selon lui, l'angine gangreneuse qui simule le croup; c'est le croup qui complique l'angine gangreneuse.

Dans tous les travaux de cette époque, la maladie est considérée comme une phlegmasie des voies aériennes ; phlegmasie qui se rapproche des affections catar rhales et dans laquelle le travail inflammatoire est plus ou moins intense : quand la réaction est très-vive, le croup est dit sthénique; dans le cas contraire, il est dit asthénique. On y distingue un croup secondaire qui se montre de préférence dans la rougeole, la variole, la scarlatine; mais il est aisé de voir que les auteurs des mémoires du concours de 1807 ont souvent qualifié du nom de croup des pharyngo-laryngites morhilleuses, varioliques, qui n'avaient rien de commun avec le croup, et Albers, de Brème, rapporte au croup un bon nombre de faits où il ne faut voir que des angines scarlatineuses suivies de mort. Pour répondre à une des questions qui leur était adressée, les auteurs de ces mémoires cherchèrent à produire le croup artificiellement, à l'aide d'irritants ; leurs expériences sont incomplètes; pourtant ils arrivèrent à produire des laryngo-trachéites plus vives que dans le croup, avec production d'un exsudât membraneux, et pendant la vie, des symptômes du côté de la voix et de la respiration assez analogues à ceux du vrai croup ; mais, ils sont unanimes à reconnaître que ces phlegmasies sont un fait purement local ; que la fausse-membrane naît et meurt sur place sans tendance à se propager; que la muqueuse est plus vivement enflammée; qu'il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire, etc.

Terminons par cette réflexion de Deslandes. La manière dont Jurine, Schwilgué, Royer-Collard et leurs contemporains considérèrent la question, était le résultat inévitable de la position dans laquelle ils se trouvèrent placés. L'angine gangreneuse est rarement sporadique. et le hasard paraît avoir fiut qu'il ne se montra pas d'épidémie de celte affection depuis que les recherches nécroscopiques avaient pris un si brillant essor. Ils écrivaient donc sous l'influence des

idées qu'on s'était faites de l'état local dans les angines gangreneuses ; et ces idées n'étaient rien moins qu'exactes. D'une autre part, l'éclat donné au travail de Home, le concours ouvert, en 1779, par la Société royale de médecine, et celui à jamais célèbre du 4 juin, avaient fait recueillir tous les exemples de croup qui s'étaient sporadiquement présentés. Dès lors, la masse des observations de cette angine devint énorme, et c'est avec elles et d'après elles que les auteurs cités plus haut ont cherché à poser les limites de leurs réllexions. Ce sont ces faits, enfin, qui ont servi de base, de point de départ à leur jugement ; mais, l'époque n'était pas éloignée où, tout en profitant des progrès que tant de travaux accompHs depuis l'époque de Home avaient fait faire au croup; on allait pourtant se faire une opinion différente de la maladie et revenir aux idées contenues en germe dans les travaux de Ghisi, Starr, Samuel Bard, etc.

En 1818, la légion de la Vendée vint tenir garnison à Tours; il y avait déjà, parmi les soldats qui la composaient, une épidémie de fégarite (stomutite iilcéromembraneuse), et au dire de Bretonneau, chez quelques malades, celte affection de la bouche s'étendait au pharynx. En tout cas, ces angines, regardées d'abord comme gangreneuses, se déclarèrent surlesmilitaires et chez des civils au voisinage de la caserne ; ces angines se terminèrent, pour la plupart, pur la mort des malades, laquelle survint avec tous les symptômes du croup alors bien (connus ; et bientôt Bretonneau fut en mesure d'affirmer que, dans l'épidémie qu'il avait sous les yeux, le croup n'était que le dernier degré de l'angine maligne ou gangreneuse; que celle-ci n'est pas gangreneuse et qu'il n'y a aucun rapport entre le sphacèle, entre une mortification si superficielle qu'on la suppose, et les altérations que cette maladie laisse à sa suite. » Voici comment il prouve à l'aide del'anatomic pathologique l'exactitude de cette dernière proposition. Un enfant de cinq ans meurt après avoir présenté tous les signes de l'angine gangreneuse terminée par le croup. « Le voile du palais est d'une teinte grise noirâtre jusqu'à la hauteur de la voûte palatine; la décomposition putriae des amygdales paraît encore plus avancée; les eschares s'étendent de l'ouverture gutturale des fosses nasales à la naissance de l'œsophage; elles pénètrent dans la glotte, où elles prennent une teinte d'un blanc mat; leur circonscription est marquée par une vive rougeur; la membrane muqueuse de la trachée n'offre aucune trace d'inflammation. Cette altération gangreneuse a si peu gngnéen profondeur, que le voile du palais, divisé d'avant en arrière, présente une coupe vermeille entre deux lignes grises tout à fait superficielles. » Il était difficile, rien qu'avec cette observation seule, de voir là un travail gangreneux ayant détruit les parties; mais Bretonneau accumule les observations de même nature et les autopsies viennent démontrer la même intégrité de la muqueuse sous un produit qui est une fausse membrane, et par conséquent, l'absence de gangrène. Ce qui a fait croire à celte dernière, ce sont les aspects divers que la fausse- membrane peut prendre dans l'isthme du gosier. Pour démontrer que le croup et l'angine qui le précédait ne faisaient qu'un, Bretonneau aurait pu s'adresser à la symptomatologie, à la marche de la maladie à son étiologie. Pour le moment il préfère avoir recours à l'anatomie pathologique, et voici comment il rend compte de l'autopsie du sujet de sa troisième observation.

« De même que chez l'enfant qui fait le sujet de la première observation, les parois du pharynx sont en apparence^ recouvertes d'eschares ; mais des différences inattemlues se remarquent à l'intérieur de la trachée; un tuyau de substance membraniforme, blanc, souple, élastique, consistant, qui adhère faiblement à la

membrane muqueuse, ou même ne lui est qu'appliqué, s'étend de l'orifice du larynx aux dernières divisions des bronches. »

Il devient impossible de méconnaîti-c la fausse-membrane qui caractérise le croup, et de douter que les voies aériennes n'aient été le sie'ge de cette maladie. Les conjectures naissent en ioule d'un examen plus circonstancié. Le conduit inorganique invagiué dans la trachée, se continue avec les eschares de l'isthme du gosier, et ces prétendues eschares figurent le pavillon d'un euloimoir dont le tuyau trachéal forme la tige. Celle des faces de la fausse membrane qui, dans le pharynx, est en contact avec le tissu muqueux, n'est ni grise ni no^irâlre, comme l'est celle du côté opposé; elle a la blancheur, la consistance et l'aspect inorganique de la concrétion retirée de la trachée et des bronches. Ce qui est plus digne de remarque, c'est que les concrétions une fois enlevées (et, pour les enlever et les détaeber, il a suffi de les soulever avec des pinces à disséquer), les parois du pharynx n'offrent pas la moindre trace d'altération gangreneuse, des taches rouges, et pointillées elles-mêmes de rouge plus foncé, sans érosion, sans épaississement de tissu sont les seules marques d'inflanmiation qu'on y puisse observer; la rougeur inflamanjiloire est encore moins prononcée dans la ti^achée. « A quelle affection cet enfant avait-il succombé? était-ce au croup, à l'angine maligne, ou à la complication de ces deux maladies? Jusqu'à ce jour, tous les

symptômes de l'angine maligne avaient seuls été signalés Pendant la vie de

l'enfant, l'affection du gosier avait présenté tant de similitude avec l'angine maligne, que la natui'e du mal n'avait pas laissé de doute. Après la mort, l'anatomie pathologique découvrit avec le croup des rapports plus certains et plus positifs, et sous le point de vue de la lésion inflammatoire du tissu muqueux, et sous celui de l'exsudation eouenneuse qui en était le produit. »

Sur 55 autopsies faites dans l'espace de deux ans, une seule fois il est arrivé <}ue la fausse-membrane ait existé dans la ti-achée sans qu'il se soit trouvé de concrétions ni sur les amygdales ni sur les autres points du pharynx : et dans aucun cas, lors même que l'angine maligne avait pris le cai'actère le plus repoussant, Cretonneau n'a rien pu découvrir qui ressemblât à iine lésion gangreneuse.

Mms qu'est-ce au fond que cette maladie qui se traduit par un produit pathologique que l'on retrouve sur la muqueuse du pharynx, sur celle des voies aériennes et sur la peau dénudée de son épidémie, comme le constate Bretonneau après Starr et Samuel Bard? Est-ce une inflammation dont les caractères sont ■dus à la nature des tissus enflammés? Cette explication ne peut satisfaire Bretonneau et s'il voit là un travail inflammatoire, il le considère comme d'une natm-e toute spéciale, toute spécifique, en raison de sa cause, de son génie propre ; et il «'exprime d'une manière catéganque à ce sujet. « L» spécificité de l'inflammation, dit-il, bien plus que son intensité, bien plus que la nature du tissu qui en est le siège, influe sur le trouble que cliaque lésion apporte dans les fonctions. C'est à la spécificité de l'inflammation que se rapportent la durée, la gravité de

la plupart des pyresies et forçant la note à l'extrême, il ajoute: « Jeneè-

rais pas toute ma pensée, si je n'ajoutais qne je tcms daas cette ioflammatiom eouenneuse une phlegmasie spécifique, aussi différente d'une phlogose catarrhale, que la pustule maligne l'est du zona; une maladie plus distincte de l'angine scai'latineuse que la scarlatine elle-même l'est de la petite vérole; enfin mie affection morbide sui generis qui n'est pas plus le dernier degré du catarrbe que ia dartre squameuse n'est le dernier degré de l'érysipèle. »

iretonneau avait du coup ciréé la doctrine de la spécificité et une maladie, une entité morbide spécifique à laquelle il donnait le nom de ^i^Sipoc (Pellis), maladie qui comprenait l'angine couenneuse (maligne, gangreneuse dos anciens), le croup et d'autres manifestations pseudo-membraneuses, soit sur les muqueuses soit à la peau.

Je ne continuerai pas plus longtemps l'analyse de l'œuvre de Bretonneau qui est si complète que j'aurai à chaque instant des emprunts à lui faire dans les développements de cet aiiicle. Je veux seulement terminer par une réflexion, c'est qu'il n'a pas été au fond aussi exclusif qu'il le pensait. Certes pour lui, comme raaintendnt pour la majorité des médecins français, la diphthérie est la grande ■ cause de production des pseudo-membranes. Mais Bretonneau admet qu'il en peut exister d'autres, et en voici la preuve : « Si l'on fait attention, dit-il, que les surfaces muqueuses sont rarement excoriées sans qu'elles se recouvrent d'une exsudation couenneuse, on comprendra aisément que l'existence d'une concrétion dans le lai^'nx n'est pas l'indice certain d'un seul et même mode inflammatoire. » " De même s'il affirme que l'angine maligne, telle que lui et ses devanciers l'ont observée n'était point une gangrène, il admet qu'il puisse y avoir des cas où il ' se produise une exfoliation gangreneuse « Je ne conçois pas pourquoi, dans quelques circonstances, elle (la gangrène) ne succéderait pas à l'intlammation *' diphthéritique, mais ce cas doit être fort rare puisqu'il ne s'est pas présenté '•^ iine seule fois dans plus de 50 ouvertures de cadavres. » Comme l'illustre méde- 'i" cin de Tours avait vu l'angine diphthéritique surtout sous forme épidémique, il T est disposé à reconnaître que certaines histoires particulières d'angines mem- 1" braneuses ne semblent pas se rapporter à l'angine maligne (par conséquent à la diphthéiie) et il donne à ces faits le nom d'angine membraneuse ou polypeuse '* sporadique, il en voit un exemple dans l'histoire d'une femme rapportée au pâli' ragi'aphe 124 de son livre II. Parmi les nombreuses observations de ci'oup pu- '■' blices dans les ouvrages périodiques, dit-il, il en est plusieurs ou la maladie se II'" termine par l heureuse expulsion d'une fausse -membrane. L'intensité de la fièvre, ï? Ia douleur rapportée au larynx et la marche entière de la maladie semblent indiquer une iullammation d'une tout autre nature que l'angine maligne. J'ai renlii' contré un exemple remai'quable de cette affection sporadique chez une femme is' adulte.

W « Une vive douleur, accompagnée de fièvre et rapportée au larynx, se fit sentir

tiBi avant et surtout après l'éjection d'une fausse-membi'ane qui fut trouvée flottante é au milieu de crachats abondants et visqueux ; elle avait plus d'une demi-ligne iii! <l'épaisseur et, par sa demi-transparence, elle ressemblait moins aux concréf tions croupales qu'à la couenne pleurétique », la malade guérit. Cette affection till que Bretonneau a de ht tendance à séparer de la diphthérie, s'est toujours monstl trée isolément : on a pu la rapporter à des causes appréciables. Les symptômes if inflammatoires y sont plus prononcés que dans l'angine diphthéritiijlie, il y a inf douleur au larynx dès le début, plus vive encore après l'expulsion de la concré- (|ii tion qui ne paraît pas s'accroître à la manière des concrétions diphthéritiques. ]fi Bretonneau cite l'exemple emprunté à Marteau de Grand-Villiers, dont nous avons alf parlé. 11 paraît bien évident que, d'après le paragraphe emprunté au livre de ,) Bretonneau (p. 281), notre auteur admet des fausses-membranes et un croup 0 non diphthéritique. Nous verrons ce qu'il en faut penser. Bretonneau d'aillews 0 diminue la certitude des opinions pi-écédentes en admettant la diphthérie sporadique.

« Nul doute, dit-il, que l'angine diphthéritique trachéale, comme toute autre affection contagieuse épidémique, ne puisse quelquefois se montrer isolément. )>

« On voit aussi la variole, maladie si éminemment transmissible, attaquer un seul individu au milieu d'une nombreuse population. »

Ce fut à l'époque de Bretonneau que l'on sépara définitivement d'avec le croup une affection laryngée qui avait été et qui est encore, je le crains, souvent confondue avec lui ; j'ai dit que les trois premières observations du mémoire de Home me semblaient des exemples de faux croups. 11 s'en présentait probablement des exemples à tous les observateurs et ce sont surtout ces faits qui ont permis à certains médecins de guérir un si grande nombre de croups. C'est d'eux, autant qu'on peut le croire, d'après la description obscure qu'il en donne, que Millar a voulu parler dans son traité de ï Asthme aigu. Wicbmann s'en est occupé sans trancher définitivement la question. Jurine et Albers de Brème séparent également du vrai croup le croup spasmodique dont le caractère anatomique se trouve dans l'absence de la fausse-membrane. Geursent l'envisage de la même façon, et le décrit sous le nom de pseudo-croup. Enfin, Bretonneau dans un paragraphe consacré à cette affection, reconnaît qu'elle peut simuler le croup mais n'en est pas un : ce qui ressort de sa marche de son peu de gravité en général et surtout de l'absence de fausse-membrane. Il en fit une affection catarrhale sous le nom de laryngite striduleuse.

Enfin, je ne peux quitter l'œuvre de Bretonneau sans ajouter qu'il a obtenu le premier cas authentique de guérison par la trachéotomie. D'autres l'avaient proposée, pratiquée même; à lui revint le mérite d'avoir montré qu'elle pouvait être couronnée de succès. Nous veiTons ce qu'est devenu, par la suite cette précieuse conquête.

L'oeuvre de Bretonneau, commencée en 1818 par des recherches, fut établie dans un premier mémoire en 1821, et terminée par la publication de son Traité de la Diphtliérite en 1826.

A partir de cette époque, le croup, pour l'école française, se trouve n'être qu'une dépendance de la diphthérie, il est en partie intégrante et tout ce qui se dit ou se publie sur l'un s'applique à l'autre. Trousseau, qui adopta les idées de Bretonneau et en fut le propagateur autorisé, complète la doctrine et émet sur la diphthérie des idées que nous trouvons applicables de tout point au croup, ce qui nous engage à les citer.

La diphthérie, dit-il, est une de sa nature... On n'en peut douter quand on voit dans les épidémies, la diphthérie affecter des localisations si diverses et se transmettre d'individu à individu sous diverses variétés de localisation. Lorsque l'on considère combien sont grandes les différences qu'offrent entre elles les diverses formes de la maladie ; il semblerait que celle qui tue par propagation aux voies respiratoires et celle qui tue par intoxication générale, peuvent être de nature très-distincte. Eh bien, sous cette diversité de formes comme tout à l'heure sous la variété des manifestations locales, nous retrouvons toujours la même maladie. 11 en est de la diphthérie comme de la variole qui, confluente ou discrète, bénigne ou maligne, est toujours la variole. La comparaison que nous établissons à ce point de vue entre la diphthérie et la variole, nous semble d'autant plus acceptable, qu'indépendamment de ses formes simples et mafignes, la maladie pélliculaire, en revêt en quelques circonstances, une autre qui semblerait être à celle-ci, ce que la varioloïde est à la variole. Dans certaines épidémies, en effet, on a vu des individus prendre des angines qui, par leurs carac-

tères anatomiques, semblaient être toutes des angines couennenscs communes, celles que produit l'herpès du pharynx, soit même des angines simples, bien qu'en réalité on ait à faire à des angines dipthéritiques, mais à des angines diphthéritiqiics singulièrement modifiées : ce qui rend notre comparaison acceptable en tout point, ce qui prouve l'identité de nature de ces différentes formes. Trousseau fut le propagateur infatigable de la trachéotomie; il enseigna aux élèves qui suivaient ses leçons, à l'hôpital des Enfluits, à la pratiquer, démontra l'importance des soins consécutifs, et imprima une impulsion des plus efficaces à l'étude de tout ce qui concerne le croup. A partir de cette époque (1848), les thèses se multiplient, les mémoires abondent sur ce sujet. Ici, on discute sur les indications et contre-indications de l'opération ; sur la période du croup où il est le plus avantageux de la j)ratiqurr; là, on apprécie les avantages de tel on tel procédé ; celui-ci se livre à l'étude des accidents qui peuvent se produire pendant l'opération, à celle des complications qui la suivent, tandis qu'un autre expose en détails les soins que réclament les opérés, modifie les instruments, imagine quelque procédé nouveau, etc. Il serait trop long et sans avantage d'énumérer tous les travaux auxquels le croup a donné lieu depuis cette époque jusqu'à aujourd'hui. Quiconque voudra faire l'étude d'un point particulier de cette maladie, pourra trouver à la bibliographie l'indication des travaux qu'il devra consulter et on peut dire qu'il n'est peut-être pas une seule particularité qui n'ait fait l'objet d'un travail spécial.

Anatomie pathologique. Le caractère nécroscopique essentiel du croup consiste, comme nous l'avons dit déjà, dans la présence d'une pseudo-membrane, d'une pellicule diphthérique, qui tapisse le larynx en totalité ou en partie. — C'est là la condition pour qu'il y ait croup : mais, on voit qu'à l'autopsie la membrane peut manquer dans le larynx, bien qu'elle ait existé pendant la vie. — On la trouve aussi dans la trachée (c'est même souvent en ce point qu'elle apparaît le plus nettement à première vue (aussi Home faisait-il du croup une trachéite), et très-fréquemment dans les bronches, même jusqu'à leur termison. C'est donc cette fausse-inembrane qu'il faut tout d'abord étudier; nous la retrouverons aux symptômes, voyons-la maintenant sur le cadavre.

Quand on la trouve avec sa forme type, on a sous les yeux une membrane qui a pris la disposition des parties qu'elle tapisse et qui paraît s'y être coulée comme dans un moule. Mais il ne faut pas compter la trouver souvent à ■ce degré de perfection, parce qu'elle n'est pas souvent aussi complète; ou bien que, si elle l'a été, elle s'est en partie détruite en veillissant. Si bien que, dans l'une ou l'autre de ces deux conditions, on trouve, au lieu d'un revêtement continu, des bandes plus ou moins larges, et allongées; des plaques plus ou moins espacées, et de dimensions variables, dont quelques-unes n'ont pas plus de surface qu'une lentille ; quelquefois il n'y a que des sortes de grains disséminés sur la membrane muqueuse. Ces dispositions, comme je viens de le dire, tiennent, ou à ce que la fausse-membrane n'est qu'incomplètement développée, et dans ce cas le produit est plus ou moins adhérent; ou bien, à ce que le produit diphthéritique, déjà ancien, est en voie de régression, de disparition; auquel cas, son adhérence aux parties sous-jacentes est des plus minimes. Mais ce qu'il faut savoir, sous peine de ne rien comprendre au désaccord qui existe entre les symptômes constatés pendant la vie et les lésions trouvées après la mort , c'est que la fausse-membrane peut manquer comyilétement ; ceci se voit surtout après les croups qui ont duré longtemps, et particulièrement danslescasoùla trachéo-

tomie a prolongé la vie assez pour faire espérer la guérison. Sans tenir compte du rejet de fausses-membranes pendant la vie et des lésions concomittantes de la muqueuse ou du tissu pulmonaire, on trouverait, daiis ces cas, une preuve de l'existence passée de la pseudo-membrane : dans la présence d'une matière demi-li(iuide composée (à l'examen microscopique) d'un amas énorme de cellule*; épithéliales cylin-driques à cils, de globules pyoïdes et de matière granuleuse sans mélange de globules de mucus et de pus ; dans une sorte de diphthérUe coulante, suivant l'expression de M. Peter, auquel j'emprunte ces détails. D'après une sUitistifjue due à Bretomreau ot à Hussenot, il est établi que, sur 171 autopsies, on n'a trouvé des fausses-membranes que 150 fois et que 21 fois elles manquaient, c'est-à-dire que, sur 8 autopsies de croup bien diagnosliqné, on constatera une fois l'absence de fausses-membranes dans les voies respiratoires. Sur 105 autopsies, Peter a trouvé des fausses-membranes dans le larynx 81 fois seulement.

La fausse-membrane, quelle que soit sa disposition, ne se trouve pas avec mm égale fréquence sur tous les points du larynx ou des autres parties de l'arbre respiratoire. — Dans le larynx, on la voit particulièrement à la base de l'épiglotte, sur les ligaments aryténo-épiglottiques, à la partie postérieure ou intcraryténoïdieune, dans les ventricules, à la face supérieure des cordes vocales. — Dans la trachée, c'est surtout à la partie postérieure ou partie membraneme qu'elle prédomine. Il est des cas où on trouve la trachée tapissée de faussesmembranes plus ou moins étendues, sans qu'il en ait dans le larynx : ce qui signilie seulement quelles se sont détruites dans cette dernière paitie.

Les pseudo -membranes laryngées et trachéales, ainsi que celles des bronches, sont habituellement d'un blanc crème, et elles doivent, sans aucun doute, à leur siège qui les met à l'abri de toute contamination, et à la rai'eté des sugillations sanguines en ces régions, de conserver cette couleur blanche, primitive, propre à toute fausse-membrane diphthérilique naissante. Toujours est-il qu'on ne les voit pas, ou très-exceptionnellement, devenir grises, noirâtres, comme celles qui tapissent l'arrière-gorge dans la diphthérie pharyngée.

L'épaisseur de la fausse-membrane est variable : quelquefois, elle ne forme qu'une pellicule si fine qu'on la laisserait passer inaperçue si on n'exerçait un léger grattage; généralement, elle est plus solide, et atteint à 1 ou 2 millimètres d'épaisseur ou même plus. Elle est alors très-résistante et doune de prime abord l'idée d'un tissu organisé : ce qui explique comment les premiers observateurs ont cru reconnaître dans les tubes expectorés une exfoliation de la membrane muqueuse. La surface libre paraît généralement lisse et lubrifiée par une sorte de matière muqueuse. Du côté de la face adhérente, la membrane est comme tomateuse, villeuse, ce qui tient ^ une multitude de petits prolongements par lesquels elle adhérait à la muqueuse sous-jacente ; on a observé, assez souvent. sur cette surface des points, des stries rougeâtres, qu'on a pu prendre, mais h tort, pour un commencement de vascularisalion et qui ne sont dus qu'à une imbibition sanguine produite par des petites héraorrhagies à la surface de la muqueuse. Le produit d'exsudation qui caractérise la diphthérie constitue une fausse-membrane dans le sens propre attribué aujourd'liui à ce mot, et non point une néo-niemhrane. Ce qui signifie qu'elle n'est pas susceptible de s'organiser comme on a pu s'en assurer par des examens microscopiques multipliés.

La séparation de la fausse-membrane d'avec la muqueuse des voies aériennes est généralement facile, beaucoup plus facile que dans le pharynx; mais i!

CROUP. 4iT

existe des différences suivant l'âge du produit et suivant son siège. Dans le& croups à évolution rapide, qui enlèvent les malades en quarante-buit heures par exemple, on trouve l'adhérence beaucoup plus grande ; elle est au contraire beaucoup moindre quand la maladie est ancienne. Les fausses-membranes se détachent même constamment, alors, et c'est pour cela que les malades peuvent en expectorer |)endant la vie, et qu'à l'autopsie on en trouve qui sont flottantes, à l'état de débris et même qu'on en peut constater l'absence complète. L'adhérence serait plus considérable là où existent des plis, des inégalités, des anfractuosités et un système glandulaire plus développé, comme au larynx et à la partie postérieure de la trachée. Je n'ai pas été frappé par ces faits qui ne s'accordent pas absolument avec la manière de voir de ({uelques micrographes. — Suivant ceux-ci la fausse-membrane, d;ins les voies respiratoires, n'est à aucun moment de son développement intimement unie au chorion; la membrane amorphe, normale, l'en sépare; d'ailleurs, les glandes muqueuses, dont le conduit excréteur est oblitéré par la fausse-membiane continuant à sécréter, leuj' produit s'accumule au-dessous de la fausse-membrane qu'il contribue à détacher; d'où il résulte qu'à aucune période la faiisse-meniibrane des voies respiratoires n'est très-adhérente. Au moment où elle se détache, la fausse-membrane est ramollie et tend à la diffluence, ce qui en partie dépendrait de ce q.ue la fibririe qui la constitue s'altère et se transformerait, partiellement au moins, en mucine,elc. Nature et mode de formation. On a, suivant les époques, considéré les iausses-membranes comme du mucus concret, comme un exsudât albumiaeux; maintenant, en tenant compte de leurs caa'actères physiques et chimiques, on les considère comme composées de fibrine. D'après Laboulbène, qui a étudié la fausse-membrane dans ses deux principaux sièges, le pharynx et le larynx, elle est constituée par 1" de la fibrine amorphe parsemée de fines granulations moléculaires animées du mouvement brownien; 2° de la fibrine offrant l'aspect de fibrilles grêles, étroites, parallèles ou entrecroisées; 5" de la matière grasse formée de globules arrondis, ambrés, de dimensions variables, solubles dans l'éther ou la térébenthine; 4° des éléments épilhéliaux à des degrés divers de développement; 5" des végétaux sous forme de spores et de mycélium; 6° des vibrioniens du genre bactérie, surtout reconnaissables à leurs corps filiformes et raides ; 7° des globules de pus et des corps granuleux (leucocytes hypertrophiés, emprisonnés dans la matière amorphe et les fibrilles.

D'après cet examen, on voit que la fausse-membrane est le résultat d'une exsudation fibrineuse, emprisonnant lors de sa coagulation, des éléments épithéliaux, de la matière grasse, des produits d'inflammation et quelques parasites végétaux et animaux venant probablement du dehors.

Un auteur allemand, Wagner, qui considère aussi la fausse-membrane comme dénature fibrineuse, lui assigne une autre genèse assez facile à comprendre, lorsqu'il s'agit d'une muqueuse à épithélium pavimenteux, comme la gorge, mais qui s'explique moins bien lorsqu'il s'agit, comme pour les voies aériennes, d'une muqueuse à revêtement épithélial cylindrique. Voici ce mode de formaition aussi abrégé que possible. Tout étant disposé suivant les règles mierographiques, la fausse-membrane se présente sous forme d'un réseau clair, homogène, foirmé par dos cellules lymphoïdes ou de vrais globules de pus, quelquefois des globules rouges, dont la proportion variable inllue beaucoup sur les couleurs du produit; des éléments dont on ne peut pas toujours déterminer la natm'e cellulaire ou nucléaire. Enfin des granulations protéiques ou graisseuses. Les

trabécules, les linéaments, qui limitent les mailles ont une grosseur variable. Du côté de la surface libre, le réseau est recouvert par les cellules aplaties de l'épithélium, dont les noyaux sont plus ou moins reconnaissables ; du côté de la face profonde, il est, aussi, nettement délimité et n'atteint pas le cliorion.

Suivant Wagner, ce réseau, qui est la membrane diphthéritique résulte d'une métamorphose particulière des cellules épithéliales pavimenteuses.

Ces cellules commencent à s'agrandir suivant tous leurs diamètres; cet agrandissement est dû à une sorte de distension produite par l'accumulation d'éléments protéiformes ; le noyaux devient plus volumineux qu'à l'étal normal et présentent plusieurs nucléoles. Dans cette cellule agrandie, surtout à la périphérie, se forment de petits espaces clairs, ronds ou ovales, qui, en s'accroissant la déforment considérablement. En même temps, le protoplasma de la cellule subit des modifications, dans sa composition chimique, qui rapprochent cette dernière de celle de la fibrine. Il résiste davantage aux réactifs. Le noyau disparaît, de nouveaux espaces se développent, de telle sorte que le protoplasraa de la cellule, repoussé en divers sens, revêt les formes les plus irrégulières et les plus bizarres. Les extrémités qui en résultent se réunissent à celles des cellules voisines et le réseau se trouve ainsi formé. Les cellules les plus superficielles de la couche épithéliale ne participent pas à ces altérations.

Sur la face postérieure de l'épiglotte et sur les cordes vocales supérieures où la muqueuse présente une structure presque identique à celle de la muqueuse du pharynx, la fausse-membrane offre les caractères sus indiqués. Au-dessous de la glotte et dans la trachée, elle se distinguerait par la ténuité extrême des fibres du réseau. Les éléments contenus dans les intervalles des mailles seraient relativement plus abondants. Wagner attribue la formation de la pseudo-membrane à la transformation des cellules cylindriques de l'épithélium, mais il reconnaît que cette transformation est bien plus difficile à voir.

Cette interprétation de la formation des pseudo-membranes diphthéritiques est contestée, même en Allemagne, ou, du moins, n'est pas acceptée par tous, et beaucoup croient encore à un exsudât fibrineux d'abord liquide, dans lequel la Tibrine, comme c'est sa tendance, à l'air libre, s'est disposée en fibres qui constituent un réseau emprisonnant divers éléments normaux ou pathologiques.

Voici ce que disent Robin et Yerdeil [Chim. anat., t. III, p. 267): «La couenne diphthéritique, quelle que soit son origine, est composée de fibrilles de fibrine entrecroisées en tous sens, très-adhérentes entre elles, souvent flexueuses, difficiles à isoler dans une longueur un peu notable. Elles entraînent toujours des granulations moléculaires, souvent des globules de pus, des cellules épithéliales de la muqueuse où elles se sont formées. Quand elles sont anciennes ou, au contraire, récentes, encore très-molles, la fibrine perd son aspect fibrilleux ou strié et prend un aspect homogène grenu. Mais dans la majorité des cas, surtout quand les plaques membraneuses sont très-blanches, on reconnaîtau microscope les caractères de la fibrine de la manière la plus nette ». C'est le cas des faussesmembranesdes voies respiratoires. A sa naissance et à sa fin, la fausse-membrane serait donc fluide ; l'exsudat fibrineux, fluide à son apparition, deviendrait de nouveau liquide, en se désagrégeant.

Mise au contact de divers réactifs, la fausse membrane éprouve des effets différents.

La fausse-membrane est insoluble dans l'eau froide ou chaude.

L'acide azotique la ratatine, la jaunit, mais ne la détruit pas : au moins après une journée entière, le réseau est-il encore parfaitement visible.

L'acide sulfurique la fait se contracter, la brunit et la dissout en un temps qui varie entre quelques minutes et une heure.

L'acide chlorhydrique, tant vanté par Bretonneau et Trousseau, fait gonfler la fausse membrane et en détermine le ramollissement.

Sous l'influence de l'acide acétique, les fibrilles se gonflent au point de faire disparaître les mailles du réseau, mais la fausse membrane ne disparaît pas pour cela.

D'après Adrian et Bricheteau, l'acide citrique diminuerait l'épaisseur des fausses membranes sans en opérer la dissolution, mais la trame restant dans l'éprouvette serait très-mince.

Acide lactique. D'après les mêmes expérimentateurs, 2 gouttes de cet acide dans 5 grammes d'eau réduisent, en quelques secondes, la fausse membrane à une trame translucide, et, après quelques minutes (10), il ne reste plus qu'une substance gélatiniforme semblable à de l'écume. Après l'addition de quelques gouttes d'acide, il ne restait plus qu'un léger nuage transparent.

Sanné a expérimenté avec la même solution, c'est-à-dire 5 grammes d'acide pour 100 grammes d'eau, et a obtenu très-promptement l'amincissement de la trame cellulaire, sans pouvoir même, en augmentant l'acide, la faire disparaître complètement.

Alcalins. Kùchenmeister, de Dresde, a signalé le pouvoir dissolvant de l'eau de chaux sur la fausse membrane diphthéritique. Cette action puissante et rapide a été constatée depuis par Biermer, de Berne, et par Sanné. Ce dernier a toutefois obtenu des résultats variables qu'il ne sait pas comment expliquer.

La soude caustique en solution dans l'eau ou la glycérine, dans la propoi'tion de 25 sur 100, amène rapidement la désorganisation des fausses membranes pharyngiennes (Roger et Peter).

Le chlorate de potasse et le chlorate de soude en solution ont un pouvoir dissolvant (Isambert et Barthez), mais lent. Celui du brome et du bromure de potassium est également réel, mais plus lent encore (Ozanam).

État de la muqueuse. La membrane muqueuse sous jacente à la fausse membrane peut être, dit-on, parfaitement saine: et les meilleurs observateurs affirment l'avoir constaté : mais, il ne faut pas prendre cette donnée au pied de la lettre. Oui, la membrane peut paraître saine à l'œil nu ; mais en fait, elle a toujours perdu sa couche la plus superficielle, son épithélium, dont la production diphthéritique entraîne la destruction. J'ai vu des plaques de diphthérie se développer sur la muqueuse des lèvres ; et, à l'oeil nu, on pouvait voir que l'exsudation se faisait au-de£sous de la couche épithéliale la plus externe : celle-ci était conservée et servait de revêtement à la fausse membrane pendant vin^^tquatre à trente-six heures, puis elle se détruisait. Ce que j'ai pu voir maintes fois s'accorde avec ce que nous disent les micrographes du développement du réseau diphthéritique dans l'épaisseur de l'épithélium, en dehors de la membrane amorphe qui sépare celui-ci du chorion muqueux. J'ai vu souvent la muqueuse du voile du palais, de ses piliers, érodée, d'un rouge tomenteux à^la suite, et après la chute des fausses membranes ; mais, il faut reconnaître que dans les voies respiratoires, les lésions sont beaucoup moins marquées. Déjà Âlbers avait noté que la muqueuse paraissait absolument saine ; tout en faisant observer que cet état ne devait pas être regardé comme la représentation DicT. ESC. XXni. -J'J

exacte de ce qui se passe pendant la vie. Depuis qu'on se sert du laryngoscope, on a pu constater avec son aide que dans tous les cas de croup où on s'est servi à temps de cet instrument, il y avait une rougeur très-vive de la membrane muqueuse laryngée précédant la formation de la pseudo-membrane ; on la constate aussi sur les points exempts de la production diphthératique, d'oiî on peut conclure qu'il existe une hyper bémie qui disparaît après la mort. Il est certain qu'après la mort on trouve, assez souvent, la muqueuse du larynx pâle et en apparence parfaitement saine : particularité sur laquelle on a surtout insisté à l'époque où on avait à démontrer que la diphtbérite était une espèce morbide qui n'avait rienà fiaire avec la gangrène et ne relevait pas de l'intensité de l'inflammation. Mais on trouve la muqueuse, dans d'autres cas, injectée, rouge et même quelquefois d'«un rouge très-foncé ; et nous avons dit qu'il se fait quelquefois à sa surface de petites bémorrbagies ; résultat certain d'une érosion. On a aussi trouvé des globules sanguins extravasés dans les coucbes superficielles du chorion, des granulations amorphes de la matière grasse et quelquefois même des globules de pus. Jurine a noté la dilatation des oritices des canaux excréteurs des glandes.

La muqueuse, en général, ne se montre ni épaissie ni ramollie. Rilliet et Barthez ont pourtant vu chez deux de leurs malades, et j'ai eu l'occasion de faire la même constatation, une tuméfaction des ligaments aryténo-épiglottiques capable de rétrécir l'orifice supérieur du larynx. Enfin, ils ont quelquefois, et le fait est réel, constaté un peu de ramollissement de la muqueuse laryngée. On trouve souvent dans le larynx et la trachée, en même temps que le produit d'exsudation ou sans lui, un liquide d'aspect muco-purulent qui provient des sécrétions glandulaires altérées par l'inflammation, ou de la fonte des éléments de la au sse membrane en voie de régression.

Lésions concomitantes. Angine couenneuse. Sur QO cas de croup, Bretonneau n'en a vu qu'un où il n'y eut pas, en même temps, de la diphthérie dans le pharynx. Cet accompagnement serait ainsi, d'après lui, à peu près constant. Mais il faut remarquer que le résultat était constaté en temps d'épidémie, c'est-àdire, au milieu de conditions qui peuvent ne pas se présenter dans toute autre épidémie, surtout dans le cas de croup sporadique. Garnier (thèse de Paris, 1860) a vu 75 fois l'angine couenneuse sur 95 cas de croups.

Sur 30 observations recueillies dans mon service et que j'ai sous les yeux, 25 foison a constaté l'existence de fausses membranes dans le pharynx, soit dans les 5/6 des cas : d'où il résulte que cette affection, sans être aussi constante que le pensait l'auteur du traité de la diphtbérite, est très-commune ; mais c'est plutôt pendant la vie qu'on doit en faire la constatation qu'après la mort, car, à ce moment, l'absence de fausses membranes peut tenir à ce qu'elles ont disparu. La diphthérie pharyngée peut d'ailleurs se présenter, soit pendant la vie, soit après la mort, avec tous les caractères que l'on trouvera à l'article angine diphthéritique et dont nous n'avons pas à traiter. Nous reparlerons de cette question aux symptômes.

Trachée et bronches. On peut admettre comme une vérité que toutes les fois, ou à peu près, que le croup existe, c'est-à-dire qu'il y a diphthérie laryngée, on doit, en même temps, trouver la même lésion dans la trachée. Pour ce qui concerne les bronches, la pseudo-membrane ne s'y trouve pas aussi habituellement, mais y existe souvent, comme on va le voir.

Sur 63 autopsies, Bretonneau a trouvé 25 fois la diphthérie bronchique.

Hussenot, sur 87 19 fois. (Thèse de Paris, 1833.)

Garnier, sur 95 33 fois. (Thèse de Paris, 1860.

Miilard, sur 55 16 fois.

De ces quatre statistiques réunies, il résulterait que la diphthérie bronchique, accompagnant le croup, n'existe pas tout-à-fait une fois sur trois. Mais on peut admettre que, pendant la vie, elle a existé au moins une fois sur trois, car il y a, comme nous le verrons, des crou])S avec diphthérie bronchique qui guérissent, et d'autres où on n'en trouve pas à l'autopsie, bien qu'il y en ait eu pendant la vie, comme l'a prouvé le rejet de fausses membranes tubulées et ramifiées venant évidemment des bronches.

L'étude de cette question a été reprise et poussée très-loin par Peter pendant l'épidémie de croup de 1858 (condition qui n'autorise pas à étendre ses conclusions au croup en général).

Voici ce qu'il a vu à l'hôpital des Enfants :

Sur 105 autopsies de croup où il a cherché la diphthérie bronchique, il en constate l'existence 52 fois, soit à peu près dans la moitié des cas, et pour avoir une idée de la rapidité de la production il a noté la date de la mort.

DATE DE LA MOnr. DIPIITHÉniE JBRO.NCHIQDE,

3' jour 6 cas. \

i' jour 12 I

5' jour 6 > 56 cas-

6' jour 8 1

7° jour i /

8' jour 1 j

9' jour 4 I

10° JO" 1 15 cas.

11° jour 1 '

12° jour 2 I

Zi' jour 1 ;

Total 46

Ce tableau montre, d'une part, la fréquence de la diphthérie des bronches, et ■d'autre part, une rapidité de production (dans cette épidémie au moins) qu'on ne soupçonnait point : puisque, en 4 jours, cette membrane muqueuse a pu être tapissée par la fausse membrane dans une étendue considérable. Dans les 6 faits de diphthérie bronchique observée au ti-oisième jour, 4 fois le produit morbide cessait à partir des grosses divisions ; 2 fois il pénétrait dans presque toute l'étendue de l'arbre bronchique. La rapidité de s:i production et l'identité de ses caractères dans les difféi-ents points tendraient à faire croire que la diphthérite a évolué partout simultanément. En général, la fausse membrane était alors résistante et -adhérente à la muqueuse sous-jacente. Au quatrième jour, même proportion d'extension aux radicules bronchiques. Aux jours suivants on trouvait un peu moins souvent les fausses membranes dans les radicules bronchiques, et à cette époque elles se présentaient plus souvent sous la forme de plaques, de fragments, de filamenls peu adhérents, et mélangés à un liquide muco-purulent dont j'ai parlé déjà, et qui résulte de la fonte de la pseudo-membrane, plus, des sécrétions de la muqueuse inflammée. En somme, la diphlhérite capillaire existe dans le tiers à peu près des cas de diphthérie bronchique. Quand les petites bronches sont ainsi envahies et que la fausse membrane n'a pas eu le temps de se désagréger, elle forme de petits cylindres creux, coulés dans les bronches d'où on peut les retirer comme de petit tubes de macaroni : j'ai vu des fausses membranes

bronchiques qui n'avaient pas plus de deux jours de durée dans des cas de croup^ et Millard dit qu'il y en avait chez plusieurs de ses malades dans cette même condition : d'où l'on peut conclure que cette production est quelquefois trèshâtive.

Il va sans dire que la distribution n'est pas égale dans les deux arbres bronchiques, qu'elle peut prédominer d'un côté, n'exister môme que d'un seul côté, fait rare ; et quand elle est capillaire, envahir tous les lobules, ou se distribuer à quelques-uns seulement. Il est impossible et inutile, dans une description générale, d'insister sur toutes ces particularités.

Toute la membrane muqueuse qui est, ou a été couverte de fausses membranes, porte des traces d'inflammation dans la trachée, et aussi bien dans les bronches : quelquefois, un peu ramollie, elle présente une coloration rouge plus ou moins intense, même violacée et comme noirâtre. Je l'ai toujours trouvée, enmême temps, baignée d'un liquide muco-purulent qui, dans certains cas, paraît assez abondant et assez visqueux pour devoir être capable d'empêcher la libre cii^culation de l'air. Je suis donc de l'avis de M. Rilliet et Barthez, qui se contentent de dire {Traité des maladies des enfants), qu'ils ont trouvé les bronchesenflammées à divers degrés chez tous les malades qu'ils ont observés. II y avait phlegmasie bronchique chez les 52 malades de Peter qui avaient de la diphthérite des bronches. Mais, en dehors de cette dernière, il a trouvé 42 fois des traces d'inflammation des bronches, ce qui, pour les 121 autopsies où les recherchesont été dirigées dans ce sens, montre cette lésion existant dans les cinq sixièmes^ des cas. C'est ce que je constate tous les jours.

Broncho-pneiimonie. Ce que nous venons de dire fait présager que cette affection doit être fréquente et c'est ce qui a lieu ; les anciens auteurs avaient vu les altérations pulmonaires, comme nous avons eu occasion de le signaler dans notre étude historique : mais, ce sont les modernes qui ont fait surtout cette étude. C'est la lésion pulmonaire que j'ai le plus fréquemment rencontrée, dans les très-nombreuses autopsies de croup que j'ai pratiquées : Rilliet et Barthez admettent que les lésions pulmonaires, broncho-pneumonie, ou pneumonie, existent dans les cinq sixièmes des cas, c'est-à-dire au moins aussi souvent que la phlegmasie bronchique. Millard, sans donner de chiffre, signale ces lésions commeétant des plus communes. Peter {Op. cit.) regarde aussi cette lésion comme une des plus fréquentes. On peut même dire, suivant lui, qu'elle vient immédiatement après la diphthérie du larynx. Voici en effet le résultat général que lui ont fourni les 105 autopsies dont j'ai parlé. Diphthérite laryngée, 81 ; pneumonie, 98 ; diphthérite bronchique, 52.

Cet observateur a ensuite fait un tableau indiquant la date de la mort, à partir du début de la diphthérie, et le nombre de cas de pneumonie correspondant à chaque date ; ce qui a donné le résultat que voici :

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