INTOXICATION
Mort.
âgé de i ans.
(jueris.
âgés de 27 mois
à 13 ans,
On peut voir, par ce tableau, la confirmation de ce que nous disions plus haut sur l'inlluence funeste de l'intoxication ; mais, ce qu'il y a de plus frappant dans ce petit nombre de fliits, c'est l'opposition entre les résultats dus à la trachéotomie et au traitement médical. La supériorité de celui-ci s'y montre telle qu'on se demande pourquoi on ne s'en rapporterait pas à lui et pourquoi on opérerait à cette période (je dois faire observer que les caractères des périodes admises par Barthez, sont les mêmes que ceux tracés par nous) ; mais, je dois dire que ce résultat digne de toute confiance, d'après son origine, ne me semble pas pouvoir s'appliquer aux faits pris en général ; jamais ni avant, ni depuis cette publication, je n'ai vu le croup arrivé à la deuxième période, c'est-à-dire bien confirmé, céder aussi fréquemment au traitement médical.
A lu troisième période, la guérison par le traitement médical est tout à fait une exception, et s'obstiner à l'espérer, c'est exposer le malade à une mort à peu près certaine.
Tr.vitemeîst. Il y a eu, et il y a encore aujourd'hui de nombreux modes de traitement du croup; mais, à vrai dire, il n'y a pas, comme nous le dirons, un seul traitement de cette redoutable maladie à l'aide duquel on puisse se flatter de l'arrêter dans sa marche. Le plus souvent, la thérapeutique médicale ayant échoué, on se trouve acculé à la nécessité de pratiquer la trachéolomie. Or, cette opération, toute précieuse qu'elle soit, ne peut passer pour une manière de traiter le croup en tant qu'affection diphthéi^itique ; elle n'est autre chose qu'un expédient : elle en supprime les effets immédiats, permet au malade de vivre et de guérir, si la diphthérie a de la tendance à s'arrêter dans sa marche, mais elle n'agit point sur la maladie elle-même. D'où viennent à la fois la richesse apparente de la thérapeutir|ue opposée au croup, et la pénurie réelle oii nous sommes? De causes multiples. L'idée particulière que chacun a pu se faire de la maladie a donné lieu à autant de modes de traitement. Ceux qui y ont vu une inflammation ont tout naturellement, comme Home et ses succès-
seurs, adopté la médication aiitiphlogistii|ue; tandis que d'autres, reconnaissant -au mal une nature spécifique, ont institué une thérapeutique répondant à l'idée qu'ils s'étiiient faite de cette spécificité. C'est de cette façon qu'on en est venu à proposer les fondants, les altérants, les balsamiques, etc., comme des moyens capables d'airêter le croup dans sa marche et d en prévenir le développement, à la suite de l'angine couenneuse. Non-seulement, le traitement général est né de l'idée q\i'on s'est faite de la diphthérie, mais même le traitement local. Ainsi voit-on Bretonneau, qui regarde l'alfection comme primitivement locale et susceptible de se propager de proclie en proche, insister, à l'exemple des anciens qui croyaient à une gangrène, sur la nécessité de détruire l'angine pharyngée in situ, si l'on veut prévenir le croup, qu'il regardait comme étant la règle à la suite de l'angine pelliculaire. On voit encore des médecins, persuadés du caractère primitivement local de la maladie, insister sur les cautérisations, même sur l'ablation des amygdales pour éviter, soit l'infection générale, soit la propagation au larynx. Tandis que d'autres, au contraire, convaincus de la nature primitivement générale de la diplilhérie, n'attachent qu'une médiocre importance à la destruction des couennes dans l'arrière-gorge comme moyen de prévenir le croup , et surtout ne tentent rien pour aller détruire la fausse membrane dans le larynx. Ajoutons que bien des agents thérapeutiques, vantés comme spécifiques, n'ont dû leur réputation qu'à des erreurs de diagnostic qui avaient fait croire au croup quand il n'existait qu'une laryngite aiguë ou une laryngite striduleuse.
Il est un genre de difficulté facile à comprendre, et difficile à éviter dans l'exposition du traitement du croup : c'e^t celui qui consiste à ne pas traiter, à propos de cette dernière affection, de fout ce qui a trait à l'angine couenneuse et aux autres manifestations diplithéritiqucs. Aussi tàcherons-nous, dans cet article, autant que possible, de nous l'eslreindre à ce qui regarde la laryngite pseudo-membraneuse.
En somme, au lit du malade, les indications à remplir peuvent se résumer de la façon suivante :
1" Prévenir l'envahissement du larynx. Cette indication ne se présente que dans les cas, d'ailleurs les plus nombreux, où la première manifestation diphthéritique se produit sous forme d'angine pseudo-membraneuse. Elle pourrait exister dans le croup ascendant, si la bronchite ou k trachéite pseudo-membraneuses pouvaient être diagnostiquées, ce qui n'est pas. Quant au croup d'emblée, on n'a point à le prévenir, parce que rien ne le peut faire prévoir.
2" Le croup existant, il faut, par les moyens que l'on jugera les plus propres à atteindre ce but, débarrasser le larynx du produit pseudo-membraneux et combattre l'inllammalion de la muqueuse.
5" Si on ne peut arrêter le croup dans sa marche et que l'asphyxie devienne une cause de péril qui prime toutes les autres, il faut ménager à l'air une entrée arlificiclle au-dessous de l'obstacle qui le retient, en pratiquant la lai'yngotrachéotoinie ou la trachéotomie.
Telles sont, sommairement, les indications principales auxquelles tous les médecins oat cherché à satisfaire : les nus par une médication, les autres par une différente, un grand nombre en employant divers moyens à la fois ; ce qui rendtrès-dilficile le jugement à porter sur le degré d'efflcacilé de chacun d'eux en particulier.
Pour n'avoir pas à revenir sur la première des indications que nois venons
r.oo CROUP.
de poser, nous dirons qu'on cherche à y satisfaire en recourant au traitement soit général, soit local, à l'aide duquel on espère pouvoir triompher de l'angine diphthéritique, suivant l'idée qn'on s'en est faite. C'est ici que les partisans de la nature primitivement locale de la maladie, insistent sur les cautérisations, les attouchements avec des substances propres à détruire les fausses membranes, et à arrêter leur marche envahissante de proche en proche ; les uns emploient des caustiques violents, comme l'acide chlorhydrique ; d'autres touchent avec des solutions d'acide citrique, de soude caustique, d'acide phénique, font des insufflations de tanin, d'alun, des projections de poudre de nitrate d'argent, etc., et un grand nombre de ces médecins qui déclarent que la maladie est primitivement locale, instituent en même temps, sans tenir compte de la contradiction de leurs idées, un traitement général ; qui par le mercure, qui par l'émétique, dans le but d'enlever au sang de sa plasticité, etc. En un. mot, pour nous résumer, on fait le traitement de l'angine, dont l'un des buts est de prévenir le croup, en arrêtant la diphthérie à sa première manifestation. C'est donc le traitement de l'angine couenneuse devenant secondairement traitement préventif du croup. Nous aurons à apprécier quel est son importance et ses succès.
La deuxième indication qui résume, à proprement parler, le véritable traitement du croup, a été abordée différemment par les praticiens, suivant l'idée qu'ils s'étaient faite de la maladie, et les moyens qu'ils ont mis en œuvre constituent autant de procédés, autant de modifications que nous allons passer en revue et apprécier.
Méthode antipJilogistlque. Celui à qui doit être rapportée cette méthode de traitement est Home. 11 divisa la maladie en deux périodes : une première luflammatoire, une seconde purulente. Contre la première, sa ligne de conduite l:it toute tracée par son idée sur la nature du mal, et il employa le traitement autiphlogistique dans toute sa rigueur. Il s'y trouva d'autant plus encouragé que la guérison rapide suivit souvent dejprès son intervention [Voir à l'historique comment, dans ce cas, il s'agissait de laryngite striduleuse). Bard, qui écrivait peu après, s'éleva contre ce traitement appliqué ;i une maladie dont le caractère de putridité n'était pas douteux pour lui ; mais Michaelis, médecin de cabinet, qui paraît n'avoir guère vu de croup, s'élève contre cette idée de Bard et dit : « Le croup est une maladie inflammatoire et non putride, comme le pense Bard, qui administre les antiseptiques et perd presque tous ses malades, tandis qu'un autre médecin de New-Yorck' (pas de nom), qui traite le croup comme une maladie inflammatoire sauve presque tous les siens. »
L'impulsion donnée par Home, les occasions relativement rares d'observer le croup, peut-être aussi une modalité un peu différente de la maladie, firent que le traitement autiphlogistique fut adopté généralement. Les mémoires du fameux concours institué par Napoléon le préconisèrent ; le rapporteur, Royer- (,oilard, dont le travail, remarquablement écrit, n'indique pas un grand sens pratique, se range à l'avis de ceux qu'il devait juger. La doctrine de Broussais n'était pas faite pour modifier les idées à cet égard, comme en témoigne l'apologie qu'a faite Desruelles, de la saignée contre le croup dans son Traité de la ,'iphthérite. Aussi n'y avait-il qu'une manière de traiter les enfants atteints de croup, c'était les saignées locales dans tous les cas, et souvent la saignée générale.
Cette pratique régna sans discussion jusqu'à Bretonneau qui en contesta l'opportunité dans le croup épidémique; après l'avoir mise en œuvre contre
croup; 501
cette maladie qu'il considérait comme une phlegmasle spécifique et non plus, à l'exemple des anciens, comme une maladie putride gangreneuse, il finit par la proscrire complètement comme donnant les plus mauvais résultats. A partir de ce moment, il y eut un revirement complet. Non-seulement les maîtres n'admirent plus l'utilité des émissions sanguines mais on les proscrivit d'une manière à peu près complète. Trousseau surtout, de notre temps, s'éleva vigoureusement contre cette pratique et tous ceux qui suivirent l'École de l'hôpital des enfants se firent les propagateurs de la même idée. Mais la pratique proscrite persista encore longtemps et l'on continua à mettre assez souvent des sangsues. 11 n'y a que quelques années, il n'était pas rare de voir apporter à l'hôpital, déjeunes enfants pâles, anémiés autant par le traitement que par la maladie. Ce n'est pas sans un certain étonnement que l'on voit Barrier faire des réserves en ce qui concerne le croup sporadique auquel il conseille d'opposer le traitement antiphlogistique. Cette réserve ne peut être maintenue ; le croup sporadique, généralement beaucoup moins grave que celui qui est endémique ou surtout épidémique n'est pas moins de la même nature que ces derniers ; chez les enfants qui en sont atteints, il y a, comme chez les autres, tendance à la diffluence du sang, à l'anémie, à l'albuminurie consécutive, et dans ces conditions, la saignée est irrationnelle, même en présence d'une certaine réaction inflammatoire qui, d'ailleurs, n'est jamais portée très-haut. Que si, malgré ce traitement spoliateur un certain nombre de croups sporadiques ont guéri, ce résultat est explicable par la gravité du croup, beaucoup moindre dans cette condition spéciale ; sans compter les succès qui peuvent être attribués à des erreurs de diagnostic qui auraient fait admettre comme croup des exemples de laryngite simple ou de laryngite striduleuse. Tant que le croup restera la maladie que nous voyons, les émissions sanguines resteront bannies de son trailement; et s'il peut y avoir une méthode utile de traiter le croup, toute idée sur la spécificité du mal mise de côté, c'est la médication tonique.
Le traitement antiphlogistique à l'aide des émissions sanguines abandonné, a été, dans ces derniers temps, repris sous une autre forme par l'administration de l'émétique à dose rasorienne. C'est mon collègue à l'hôpital des enfants, Bouchut, qui a surtout soutenu les bons effets de ce mode de traitement qui pourtant, avait été mis en œuvre antérieurement par d'autres. Ainsi le docteur Chapelle d'Angoulème, envoyait à l'Académie de médecine un mémoire sur les succès obtenus par le traitement du croup avec l'émétique à dose rasorienne (1852). Mais, en 1859, un second mémoire du même médecin accusait des revers si multipliés qu'il avait dû renoncer à ce mode de traitement. En 1853, le docteur Gigon d'Angoulème, était partisan de l'émétique et émettait la théorie suivante : (( A dose vomitive, dit-il, on necombat qu'un accident : l'obstruction du larynx ; tandis que l'émétique à haute dose, ce fluidifiant par excellence combat la diathèse morbide sous l'influence de laquelle l'albumine du sang se concrète et passe à l'état de membrane. » Le tartre stibié, dit Bouchut, est, dans ces cas, employé comme dans la pneumonie aiguë et, sauf exception, il ne produit pas d'affaiblissement ni de prostration inquiétants. Il semble bien résulter de celte proposition, qui peut servir de prémisse générale a tout le travail que M. Bouchut devrait regarder la pneumonie aiguë et le croup comme des plegmasies comparables, sinon comme nature au moins comme intensité : ce que nul, croyons-nous, ne peut admettre, pas même l'auteur. Si donc il a été conduit à cette méthode de traitement par induction, on peut dire que celle-ei
était forcée. Mais voyons les résultats qui, en thérapeutique, peuvent légitimer tout, même les plus grandes hardiesses. M. Bouchut a pu reunir H 5 cas traités par cette méthode et qui ont donné 88 guérisons. Ces faits sont empruntés à différents auteurs, cntr'autres à M. le docteur Constantin d'Amiens qui cite, à l'appui de son traitement, 46 guérisons sur 53 croups traités : ce qui paraît absolument prodigieux.
Mais la statistique de M. Bouchut a un tort grave, c'est d'avoir emprunté à Valleix 55 faits où l'émétique n'avait pas été employé seul et surtout n'avait été employé que comme vomitif. Voici donc presque la moitié des cas d'une statistique qui ne justifient à aucun titre leur emploi et qui, pas plus que les vues théoriques de M. Gigon ou la comparaison de Bouchut, ne peuvent justifier l'usage de l'émétique à doserasorienne
Que se passe-t-il quand on donne l'émétique à haute dose? Bouchut ne nie pas qu'il en résulte un certain degré d'affaiblissement et de prostration ; seulement ces phénomènes ne vont pas jusqu'à être inquiétants. Us sont dus soit à l'action vomitive et purgative, car, pour mon compte, j'ai toujours vu les deux. résultats suivre l'administration de l'émétique ; soit à l'action dépressive que ce médicament exerce sur tout l'organisme par son action interne. La plupart des médecins ont noté ces effets ; et on se demande quel résultat utile on peut attendre de celte action débilitante dans une maladie qui, comme la diphlhérie, est si puissamment débilitante d'elle-même. A ceux qui voudraient suivre cette thérapeutique nous donnerons un conseil : c'est de la suspendre à la deuxième période et surtout quand arrivera la période asphyxique ; particulièrement qnand il y a des accès, sous peine de voir succomber le malade avant qu'on ait eu le temps de le secourir à l'aide de la trachéotomie.
Dans une excellente thèse, M. Garnier, interne de l'hôpital Sainte-Eugénie en 1859, a fait de la méthode qui nous occupe une très-juste critique.
« L'émétique à haute dose fut employé, dit-il, chez 6 enfants. Dans 3 cas la trachéotomie dut être pratiquée et les 3 enfants succombèrent. Le premier y fut soumis dès le début du croup et prit ce médicament pendant o jours à la dose de 20 centigrammes ; des vomissements abondants sans diarrhée se produisirent, mais la dyspnée n'en fit pas moins de progrès, et l'opération devint nécessaire. Les deux autres sujets prirent, seulement pendant un jour, 20 centigrammes d'émétique : chez l'un il détermina de la diarrhée seulement, chez l'autre de la diarrhée et des vomissements. Nous ne parlons pas d'un quatrième enfant chez lequel les premières cuillerées déterminèrent une telle diarrhée, qu'on dut en suspendre l'emploi.
« Sous l'influence des préparations stibiées, 3 enfants ont échappé à la trachéotomie. Le premier prit pendant 4 jours 20 centigrammes d'émétique, le premier jour il eut des selles abondantes et les autres jours de la diarrhée et des vomissements. La première période du croup ne fut pas dépassée, mais le sujet mourut subitement alors que les accidents laryngés avaient disparu.
« Le deuxième prit pendant 3 jours 20 centigrammes d'émétique et eut des vomissements et de la diarrhée : il guérit.
« Le troisième enfant fut le plus gravement atteint et l'asphyxie en vint à un tel point que l'opération fut jugée nécessaire : Chez lui l'émétique présenta cette particularité, que l'effet vomitif ne se manifesta que six ou sept heures après son ingestion. Six potions de 20 centigrammes furent administrées et la
guérison obtenue ; on le renvoya dans sa famille ; mais deux ou trois jours après, il mourut subitement. »
Voilà ce que l'on obtiendra en donnant l'émétique à haute dose. Constamment, ou à peu près, des vomissements ou de la diarrhée ; le plus souvent les deux, au grand détriment de la résistance du sujet. M. Garnier constate deux morts subites sur deux enfants traités et au moment oîi on ne s'y attendait pas. J'en ai vu plusieurs exemples mais au milieu de la période asphyxique.
Voici pour les médecins qui voudront recourir à cette médication, que je considère comme dangereuse directement, et compromettant les succès de la trachéotomie quand on n'arrive pas à l'éviter, les formules des deux auteurs qui s'en sont le plus servi.
Bouchot.
Julep gommeux 100,00
irop diacode 15,00
Tarlre slibié 0,50 à 0,75
Une derai-ciiillerée à bouche toutes les heures.
COKSTANTIJT.
Julep gomnieux .... 2.j0,00
Sirop de morphine 60,00
Tarlre stibié 1 ,00
Une cuillerée à bouche toutes les heures. — On peut commencer par des doses moins élevées.
Médication altérante. Cette médication peut être placée à côté de la précédente ; elle se propose, comme elle de combattre l'inflammation, d'empêcher la formation de la fausse membrane et d'en amener la fonte, la destruction et le décollement. Un de ses principaux moyens est le mercure.
La pratique qui consiste à donner les mercuriaux (le calomel surtout) a pris naissance en Amérique et y a acquis un degré de confiance absolu. Nous ne ferons pas l'iiistorique de son développement. Ses promoteurs et ceux qui les imitèrent se proposaient comme but immédiat : d'augmenter les sécrétions muqueuses de la bouche et de l'arrière-gorge, de les rendre plus fluides et d'empêcher ainsi la formation de la fausse membrane (vue toute théorique). Les doses auxquelles on le donna varièrent de 20 à 30 centigr.immes jusqu'à 2 grammes par jour (àdesenfants d'un au).Onajouta quelquefois l'opium dans la proportion de 1/20 à 1/16 pour atténuer son action nuisible. Le traitement du croup par le mercure passa d'Amérique en Europe oià on y donna le médicament avec non moins de libéralité, en général. Les Allemands joignirent à l'emploi du calomel à l'intérieur, les frictions avec l'onguent mercuriel. Quelques médecins se signalèrent, soit par leurs vues particulières, soit par leur audace à administrer le mercure. Ainsi, en Allemagne, Autenrieth avait la prétenlion d'éteindre l'inflammation des voies aériennes en en déterminant une autre sur l'intestin. 11 administrait habituellement de 0,75 centigrammes à 1 gramme de calomel associé à de la magnésie, en 24 heures ; et faisait donner des lavements fortement vinaigrés dans le but de déterminer une forte fluxion sur l'intestin. 11 eut, dit-il, des succès, contestés par ses contemporains. En France, où l'engouement fut bien moins grand on se tint à des doses plus modérées et Miquel,. d'Amboise, donna une formule qui a servi de guide à toute une génération médicale. Elle consiste à donner alternativement, toutes les deux heures, 0.10 de calomel et 0,15 centigrammes d'alun. Le but de ce dernier est de diminuer la plasticité du sang et de favoriser l'absorption des produits déjà déposés sur les muqueuses, tout en prévenant les accidents mercuriels. Ceux-ci avaient déjà été
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constatés par Bretonneau qui, au début de l'épidémie observée par lui en Touraine, avait commencé par traiter ses malades à l'aide des mercuriaux et avait cru devoir leur rapporter certains succès. Ainsi, chez un malade, il avait vu l'administration du calomel suivie d'une expectoration plus facile et du rejet d'un long tube membraneux. Une autre fois c'est la suffocation qui diminue après un certain temps du traitement qui avait été poussé avec activité. Ailleurs ce sont les accès de toux qui s'éloignent et sont moins pénibles. Et toutes ces modifications, Bretonneau crut pouvoir les attribuer à l'aclion dissolvante du mercure sur les fausses membranes du larynx. Il n'y eut, d'abord, pas d'accidents, mais ceux-ci survinrent et l'aulcui' les attribua d'abord à l'abaissement de la température, ou à quelque altération de la bouche antérieure à l'administration du mercure. Ces accidents furent la liquéfaction extrême du sang, la gangrène de la bouche, la carie des maxillaires, etc. Ces accidents sont ceux que produit le mercure avec ou sans cause occasionnelle; et il n'y a pas lieu de s'étonner que Bretonneau les ait observés, quand on voit qu'il donnait 0,20 centigrammes de calomel d'heure en heure, en même temps qu'il faisait faire des frictions avec l'onguent napolitain toutes les trois heures.
Dans notre pays, la médication mercurielle ne tarda pas à être abandonnée et elle le fut précisément pour les raisons qui y avaient fait recourir, c'est-à-dire à cause de l'action irritante du calomel sur les muqueuses et de la propriété dont il est doué d'appauvrir le sang, de disposer aux hémorrhagies, aux ulcérations, etc. Et, en effet, il faut reconnaître que les conséquences les plus probables de l'administration du mercure aux doses élevées que nous avons indiquées, seront toujours, les salivations, les ulcéi'ations des gencives, les diarrhées incoercibles et épuisantes, des hémorrhagies : en somme un véritable état cacliectique. Si au prix de tels risques, on pouvait espérer que les mercuriaux amenassent réellement la destruction des fausses membranes et fussent capables d'enrayer la marche du croup, on pourrait y exposer les malades, mais il faut reconnaître qu'il n'en est pas ainsi.
Chlorate de potasse. Un moment on a cru trouver dans ce- sel un spécifique contre les productions pseudo-membraneuses quelle que fut leur cause et quel que fut leur siège. L'action dissolvante du chlorate de potasse sur certaines productions pellicuiaires de la bouche, telles que celles qu'on observe dans la stomatite mercurielle et dans la stomatite ulcéro-membraneuse, n'est pas douteuse et est même des plus remarquables. Mais, il est loin qu'il en soit de même pour les fausses membranes diphlhérititjues ; que celles-ci siègent dans le pharynx ou dans le larynx. Il y a peu d'années, les auteurs d'un beau mémoire (Fischer et Bricheteau), pouvaient écrire « personne ne conteste plus l'utiUté du chlorate de potasse dans le traitement de l'angine couenneuse, mais il n'en est plus de même quand il s'agit du croup. » Aujourd'hui, nous pouvons dire que l'utilité de ce médicament contre la dipthérie, quelle que soit la localisation des produits de cette dernière est au moins douteuse.
Ce n'est pas à dire qu'on ne trouve des observations de guéi'ison de croup à la suite de l'administration du sel de potasse, Isambert en a cité et après lui André et Millard; ce dernier a toutefois été dans ses conclusions, d'une réserve qu'il est bon de citer : « Le chlorate de potasse me semble favoriser souvent la guérison des opérés (de crr^up), en tout cas, il est parfaitement inoffensif. Je ne vois aucun inconvénient à l'administrer. » Je n'en vois pas davantage que mon judicieux ami, mais il faut savoir qu'on administre là un remède d'une
utilité très-douteuse et ne pas trop compter sur son action, surtout avant l'opération, sous peine de perdre un temps précieux ; je ne l'ai jamais vu avoir aucune influence sur la solution des nombreux cas de croup dans lesquels je l'ai administré, et fous les raisonnements sur ceTque son administration peut avoir de rationnel à cause de ses propriétés physiologiques et dissolvantes mises en lumière [)ar Isambert, ne peuvent être suffisants pour résister à cette conclusion de la pratique générale ; et notre conclusion est que le chlorate de potasse, sorte de spécifique contre les stomatites mercurielles et ulcéro-membraneuses, est un agent inerte contre le croup. Ce que nous disons ici, s'applique également au chloiatede soude.
Bicarbonate de soude. II a été proposé par Marchai (de Calvi), sur les idées théoriques suivantes : 1'^ qu'il a la propriété de ramollir et de dissoudre la fibrine; 2" sur ce que le sang des diphthéritiques contient un excès de fibrine. La dose était 12 grammes par jour 1 gramme toutes les heures. Le traitement devait être commencé dès le début et continué pendant cinq ou six jours. Donné plus tard ou à dose insuffisante, il est sans action. Cette méthode n'a pas donné les résultats que promettait son auteur et est généralement abandoimée. Sulfure dépotasse (foie de soufre). C'était un remède souvent employé à Genève, où il paraît, d'après ce qu'en disent Rilliet et Barthez, avoir rendu des services. Ces mêmes auteurs disent l'avoir fait accepter facilement aux jeunes malades, malgré sa saveur acre et son goût désagréable. Comme il agit vivement sur le tube gastro-intestinal en provoquant des vomissements et de la diarrhée, il faut être circonspect dans son administration aux enfants, à ceux surtout qui sont enclins à avoir de ces sortes de dérangements.
Voici les doses et le mode d'administration conseillés par un auteur allemand Senff De un à deux ans, de 5 à 9 centigrames, aux plus âgés de 10 à 20 centigrames toutes les deux heures dans de l'eau bien sucrée, ou en pilules avec de l'extrait de réglisse. MM. Uilliet et Barlbez estiment ces doses un peu fortes et conseillent comme maximum, suivant l'âge, de 5 à 10 centigrammes tontes les deux heures, de façon à ne pas dépasser de 50 centigrammes à 1 gramme en vingt-quatre heures, dans un looch. C'est un remède abandonné, mais qui pourrait être repris.
Expectorants. Le Polygala, le carbonate d'ammoniaque et la gomme ammoniaque, qui sont des expectorants, ont été donnés presque comme spéciiiques. Ainsi un médecin américain, Archer, a fait du polygala un médicament d'une trèsgrande activité contre le croup. Voici la préparation qu'il préconise ; faire bouillir 15 grammes de polygala dans 250 grammes d'eau, jusqu'à réduction à 125 grammes. Une cuillerée à café d'Iieure en heure. Pour compter sur son action, il fallait l'administrer avant la formation de la fausse membrane. Dans les cas graves, Archer donnait concurremment les mercuriaux, preuves d'une médiocre confiance dans le spécifique. Nous retrouverons ce médicament quand il sera question des vomitifs.
Médication vomitive. C'est la seule qui ait conquis l'assentiment général et qui ait été employée de tout temps. Ici l'esprit n'est point préoccupé de théories plus ou moins hasardées sur des propriétés fondantes altérantes ou autres. Un ne poursuit qu'un but, provoquer le décollement et le rejet de la fausse membrane. Peu de médecins ont employé les vomitifs seuls, et dans ces médications complexes, il est difficile, lorsqu'arrive une solution heureuse, de savoir quelle est la part à faire aux vomitifs. Valleix lui-même déclare ne les avoir employés
que comme médication principale (résumé de thérapeutique générale). « Dans 55 cas, dit-il, on a employé trente et une fois, comme médication principale, l'émétique et l'ipécacuanha, et il y a eu 15 gucrisons, c'est à peu près la moitié ; tandis que dans 22 autres, oiî les vomitii's ont été donnés avec parcimonie, il n'y a eu qu'une guérison. En envisageant le sujet sous un autre point de vue, on arrive à un résultat qui ressemble beaucoup au précédent. Parmi les 51 sujets qui ont ététrailés par les vomitifs énergiques, 26 ont rendu des fausses membranes dans les efforts de vomissement, et de ce nombre, 15, ou près des trois cinquièmes, ont guéri. Les 5 autres, au contraire, n'ont pas rendu un seul fragment de l'ausse membrane et ils sont tous morts. Restent maintenant les 22 sujets chez lesquels les vomitifs n'ont été employés que d'une manière timide et comme médication secondaire. De ce nombre, 2 ont rejeté des fausses membranes et 1 a guéri ; les 20 autres n'ont pas rendu de 1. imbeaux pseudomembraneux et ils sont tous morts. » Cette statistique de Valleix est citée par tous les auteurs, pour prouver refficacité de la méthode vomitive ; mais aucun n'a depuis été aussi heureux, et nous-même avons souvent employé la méthode d'une façon ti ès-rigourcuse, combattant pas à pas la dyspnée par des vomitifs répétés chaque fois que l'oppression augmentait, sans obtenir rien qui approche, même de loin, du résultat signalé par Valleix. Nous dirons toutefois, avec tous ceux qui ont eu recours à celte manière de faire, qu'elle soulage les malades, relarde la marche des accidents et, dans certains cas, contribue à la guérison. Les agents de la médication sont l'ipécacuanlia, le polygaJa, l'émétique, le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc.
A quelle période doit commencer ce traitement spécial? Suivant moi, dès que les symptômes laryngés se montrent. Ainsi, je ce comprends pas bien l'usage du vomitif tant qu'il n'y a qu'angine couenneuse, à moins que celle-ci soit tellement intense, que le malade parvienne difficilement à débarrasser l'arrièregorge des mucosités qui l'encombrent. Mais, dès que les symptômes du croup se montrent, c'est-à-dire, dès que l'on constate les altérations de la voix et de la toux qui marquent le début de l 'envahissement du larynx, il y a indication de faire vomir. Si le succès suit cette médication, est-on bien sûr d'avoir guéri un ci'oup? C'est probable. Mais la certitude n'existe pas, car la simple tuméfaction inflammatoire des cordes vocales, un léger dépôt sur les téguments aryténo-épiglottiques sulfisenl pour donner lieu à ces phénomènes morbides, comme je l'ai vu à l'autopsie sur des enfants morts dans ces conditions avec une angine couenneuse. Mais, il ne faut pas être trop exigeant et l'on peut accorder comme guérisons dues à la médication, celles qu'on obtient dans^ ces cas. En esl-il de même dans les cas où on administre les vomitifs dès le début d'une affection laryngée donnant l'idée du croup, mais sans manifestation diphthéritique en aucun point? non parce que le diagnostic est trop incertain. Quand il y a dyspnée en même temps qu'altération de la voix et de la toux, et que cette dyspnée tend à faire des progrès, il faut les administrer fréquemment, c'est-à-dire plusieurs fois dans la journée, en tenant compte de la résistance du malade ; et, quant au mode d'administration et au choix du médicament, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à Killiet et Barthez le passage suivant, qui répond tout à fait à l'idée que nous nous faisons de la manière d'administrer les vomitifs, o Comme le médicament doit être renouvelé à plusieurs reprises, il faut employer d'abord les plus doux, puis les plus énergiques. Nous commençons par un mélange de sirop et de poudre
d'ipécacuanha (60 centigrammes de poudre pour 50 grammes de sirop), puis nou& donnons une potion composée de 10 à 20 centigrammes d'émétifjue, 60 grammes d'eau et 60 grammes de sirop d'ipécacu:\nha. Une cuillerée à soupe toutes les huit minutes jusqu'à effet vomitif. Quand l'effet vomitif de ce médicament est épuisé, nous remplaçons dans cette potion l'eau, par une infusion concentrée de polygala, 5 à 4 grammes pour 90 grammes de véhicule. Il est très-rare que ce vomitif ne produise pas l'effet désiré. Nous aidons son action en plongeant les. jambes de l'enfant dans un bain chaud sinapisé; nous avons donné jusqu'à 40 et 50 vomitifs à un enfant qui a guéri. » Je ne suis jamais allé aussi loin et je me demande s'il est bien prudent de le faire. D'ailleurs, il est certain que les vomitifs même puissants ainsi répétés, cessent généralement de fiiire de l'effet. Ceci se voit surtout dans les périodes avancées, alors que la dyspnée est portée très-haut : les émétiques cessent d'agir comme vomitifs et produisent au contraire des diarrhées souvent incoercibles qui épuisent les malades sans effet utile ; insister serait funeste : il faut, au contraire, administrer quelques médicaments capables de relever les forces tout en modérant la diarrhée.
11 arrive qu'en changeant d'agent, lorsqu'on n'a i^ien obtenu avec celui précédemment employé, on parvienne à faire vomir le malade. C'est ainsi que nous avons souvent donné le sulfate de cuivre et obtenu un effet vomitif alors que ripécacuanha et l'émétique avaient cessé d'agir. Seulement, on fait au sulfate de cuivre le reproche d'exercer sur le tube giistro-inteslinal une action irritante nuisible, ce que je n'ai point constaté qui eut lieu à un degré plus marqué qu'il n'arrive avec l'émétique, par exemple. Je ne voudrais point dire que le sulfate de cuivre mérite tous les éloges qu'en a fait Hoffmann, dès 1821; lequel d'ailleurs,^ le donnait comme altérant. Le professeur Stœber, de Strasbourg, s'est également beaucoup loué de son emploi. Comme, en définitive, on ne peut nier qu'il n'ait une action locale irritante et une induence générale déprimante, il faut l'administrer à petite dose comme 20, 30 ou 40 centigrammes dans GO à 100 grammes d'eau sucrée, dont on donnera une cuillerée à dessert toutes les 8 ou lOminutes, jusqu'à ce que l'enfant ait bien vomi.
Ce médicament a, comme nous l'avons dit, été préconisé comme altérant et même comme spécifique. Employé dans ce but, il doit être administré à dosesréfractées et continué pendant plusieurs jours.
Le sulfate de zinc a exactement les mêmes propriétés que le précédent seU et il n'y a rien que nous ayons dit de celui-ci qui ne s'applique à celui-là.
Nous allons maintenant passer en revue certains modes de traitement qui ont été regardés par leurs auteurs comme spécifiques, et qui, la plupart, ont été conçus d'après certaines vues théoriques, dont la justesse est souvent plus ou moins contestable.
Traitement par le perchlorure de fer. Aubrun a employé cet agent thérapeutique intrus et extra, et les succès qu'il a obtenus le lui font regarder comme un vrai spécifique dans le traitement de l'angine et du croup. En ce qui concerne ce dernier, l'aclion topique ne peut être invoquée; reste donc l'influence générale. Voici d'abord la statistique d'Aubrun, qui, par malheur, est un peu restreinte comme faits.