CAS. GUÉRISONS
Diphthérie du pharynx traitée dès le début -S 25
Diphthéries pharyngiennes et cutanées traitées dés le début. ... 5 5 Dipliihérics pharyngiennes, laryngées, géncialibées, graves, traitées dès le début '* o
A une période avancée ^ "-^
Sur les 5 guérisons de diphthérie avec croup, 2 ont été obtenues à l'aide de la trachéotomie.
Pour nous en tenir au sujet qui nous occupe, au croup, nous voyons que le traitement a donné 5 guérisons sur 9 cas traités. Supposons que cette proportion ait été obtenue sur un très-grand nombre de faits, elle aurait une valeur réelle, et donnant 55 pour 100 de guérisons, mériterait d'être prise en très-sérieuse considération : mais c'est tout le contraire qui existe ; on peut parfaitement invoquer le hasard d'une série heureuse. Ajoutons à cela l'obligation où l'on a été de pratiquer deux fois la trachéotomie malgré l'usage du perchlorure, ce qui n'est pas de nature à relever le mérite de ce dernier (comparer aux résultats ordinaires). Ce qui est vraiment merveilleux, c'est le résultat obtenu dans les cas d'angine couenneuses. Cette particularité est encore de nature à faire croire que Aubrun est tombé sur des cas heureux. D'ailleurs après lui, ni Trousseau, ni moi, ni bien d'autres, n'ont vu le perchlorure de fer justifier la confiance qu'il lui avait donnée. Les résultats obtenus par les divers observateurs, se rapprochent tout à fait de ceux fournis par d'autres méthodes. Je sais qu'Aubrun se plaignait de ce que sa méthode n'était suivie qu'en apparence , qu'on donnait bien le perchlorure, mais sans y mettre l'esprit de suite, de régularité, de persévérance exigé par lui, pour que le succès fut aussi sûr que possible; d'autant que suivant lui, le médicament ne commence à agir qu'alors qu'il en a été pris une notable quantité, et après le troisième jour. Aubrun met dans un verre d'eau sucrée de 20 à 50 gouttes de perchlorure et donne ce mélange par cuillerées assez rapprochées pour que les malades prennent de 7 à 10 verres de cette solution, pendant les premiers jours, de sorte que dans le premier cas. Tentant, car c'est presque toujours d'un entant qu'il s'agit, prend 140 ou 550 gouttes de perchlorure, et lorsqu'il y a 10 verres d'absorbés 200 ou 500 gouttes: si bien qu'un enfant doit prendre, pour que l'on puisse compter sur une action efficace, de 7 à 25 grammes de perchlorure. Voilà de bien grandes quantités de liquides et de bien grosses doses de médicament. Aussi n'est-on pas surpris que la généralité des médecins ait eu de la peine à appliquer celte méthode dans toute sa rigueur. Il est entendu que ces solutions ne doivent pas être administrées avec une cuiller de métal, mais en bois, ou avec une petite tasse à bec en porcelaine, de façon à ne pas provoquer de décomposition du sel de fer. On ne doit non plus donner à prendre à l'enfant aucune substance capable de décomposer le perchlorure, et Aubrun recommande de donner beaucoup de lait, dont il est bon de faire prendre une gorgée après chaque prise de médicament ; ce qui atténue beaucoup la saveur désagréable du médicament. L'auteur m'a fait voir dans sa clientèle, des cas traités rigoureusement par sa méthode, et qui ont guéri, alors que je désespérais et regardais la mort comme certaine; c'est une méthode à employer.
Baume de copahu et poivre cuhèhe. Le docteur Trideau d'Andouillé (Mayenne) a cru pouvoir rapprocher les affections diphthéritiques des muqueuses, quelles quelles fussent, celles du larynx et de l'arbre bronchique aussi bien que celles du pharynx, des affections catarrhales dont sont atteintes si fréquemment ces mêmes muqueuses. Cette conception est d'ailleurs assez étrange, et s'il est vrai que les afiections diphthéritiques soient plus fréquentes précisément dans les mêmes phases de l'année, où prédominent les maux de gorge simples et les phlegmasies catarrhales laryngo-bronchique ; si dans les diphthéries il y a toujours plus ou moins de catarrhe, par la raison seule qu'il y a inflammation de
la muqueuse, il est difficile d'établir un rapprochement sérieux entre deux genres d'affections absolument dissemblables, et aussi éloignés que possible, l'un de l'autre, par les lésions, les symptômes ou conséquences, locales et générales. Quoi qu'il en soit, c'est cette manière de voir qui a amené le docteur ïrideau à employer contre la diphthérie les balsamiques, comme étant les agents thérapeutiques qui possèdent au plus haut degré la propriété de tarir les sécrétions catarrhales, et on ne peut nier qu'entre ses mains et celles d'autres médecins, bons observateurs, cette médication n'ait donné des résultats sérieux.
Trideau a commencé par employer le copahu, auquel il a bientôt dû renoncer en partie. Voici ce qu'il dit lui-même : (i Le goût nauséabond de ce médicament, les troubles gastro-intestinaux qu'il produit, et la perte de l'appétit qu'il peut occasionner m'en ont fait restreindre l'emploi aux cas les plus graves, et surtout chez les adultes. « Sa formule en copahu était la suivante :
Copaliu 80 grammes.
Gomme en poudre 50
Eau 50
Essence de menthe poivrée 16 gouttes.
Sirop de sucre 400
Émulsionnez le baume de c»paliu avec l'eau et la gomme et ajoutez l'essence et le sirop.
Donner une demi-cuillerée à bouche toutes les deux heures, et chez les adultes, dnns l'intervalle,! gramme de poivre cubèbe récemment pulvérisé dans une cuillerée de sirop.
Au copahu, Trideau substitua le poivre de cubèbe, récemment pulvérisé, et voici les doses employées par lui ainsi que le mode d'administration. Je copie:
« Pour un enfant de six ans, depuis 12 jusqu'à 20 grammes de cubèbe dans les vingt-quatre heures, suivant la gravité. Le cubèbe est pulvérisé finement au moment de s'en servir, et la poudre est suspendue dans un julep fortement sucré. » Voici une formule de l'auteur :
Poivre cubèbe 12 grammes.
Sirop simple 100
Vin de Malaga 1 ~ ^0
Eau 1
Augmenter la quantité du véhicule, si l'on augmente celle du culièbe.
Quand il n'existe plus de fausses membranes, continuer le médicament à doses décroissantes.
Pour les adultes, la dose de cubèbe est de 25 à 30 grammes en vingt-quatre lieures.
Si la maladie est très-grave, donnez en outre vingt à trente des pilules dont voici la formule :
Copahvi solidifié oflkiiir.l 0,30
Cubèbe 0,20
Pour une pilule.
Il a quelquefois donné de ces pilules aux enfants, émiettées dans de la pomme cuite et a réussi. 11 conseille d'en donner chaque jour un nombre égal à celui des années qu'a l'enfant.
Quand les enfants n'ont pu prendre le cubèbe, il a tenté de le donner en lavement sans dire précisément avec quel succès.
La difficulté de faire prendre le cubèbe en poudre m'a amené, comme beau-
:.io CROUP.
coup de mes confrères, à lui substituer l'extrait alcoolique et éthéré de cubèbe, beaucoup moins difficile à faire accepter.
Cet extrait est buit fois plus actif que la poudre de cubèbe, de sorte qu'en en donnant 1 gramme soit dans une potion, soit sous forme de saccbarure :
Extrait de culièbe 10
Sucre en poudre 70
Gomme arabi(|uo 20
on administre l'équivalent de 8 grammes de poudre de cubèbe et qu'on peut facilement se conformer aux doses indiquées par le docteur Trideau.
Les effets du cubèbe sur la maladie sont les mêmes que ceux du copahu; en outre, il est plus facile à administrer et ne détermine pas de diarrhée.
En lisant le mémoire de Trideau, il est aisé de voir qu'il a surtout réussi contre l'angine couenneuse prise à son début. 11 avoue qu'il a généralement échoué d;ms le croup secondaire à cette dernière, c'est-à-dire dans celui qui •est de beaucoup le plus fréquent. Les raisons qu'il en donne sont acceptables ou non, mais le lait reste : il affirme avoir réussi contre le croup d'emblée. Il y a ici une question de diagnostic qui commande la réserve.
J'ai insisté sur ce mode de traitement, parce que c'est un des meilleurs, ou si l'on veut des moins mauvais contre la diphlhérie pharyngienne, et même ■contre lu croup, lequel, n'en déplaise à mon honorable confrère, est bien la diphtliérie laryngée, et demande à ne pas être confondu avec la trachéite et la bronchite, non plus qu'avec la broncho-pneumonie, etc., en dépit de la coexistence habituelle de toutes ces altérations. C'est donc comme agent actif contre l'angine couenneuse qu'il faut particulièrement compter sur le copahu et le cubèbe, qui sont alors des médicaments préventifs du croup.
Antispasmodiques. Rilliet et Barthez font de leur administrations l'une des indications du traitement du croup, et le fait est que, puisqu'on admet généralement que le spasme joue un rôle important dans la production des accès de suffocation, il est tout naturel, dans les cas surtout où ces accès sont accusés, de recourir pour les modérer à l'emploi des antispasmodiques. N'ayant jamais ■eu l'occasion de les employer ni de les voir mettre en œuvre par d'autres, nous transcrivons le passage de Rillietet Barlhez qui les concerne: « Nous n'avonspas trouvé dans les auteurs une seule observation de vrai croup traité par cette méthode seule. Dans tous les cas où ces médicaments ont été prescrits, on lésa dirigés contre certains symptômes spéciaux, la toux, les accès de suffocation, etc., et si bon nombre d'observations sont intitulées croups guéris par la méthode antispasmodique, il s'agit évidemment, dans ces cas, de la laryngite striduleuse. L'asa fœtida, le musc, le camphre, sont les médicaments qui ont été les plus vantés. Il est, ce nous semble, rationnel d'avoir recours à ces remèdes : 1" quand les accès de suffocation sont nombreux et rapprochés ; 2" quand ils persistent après le rejet de fausses membranes, et que l'examen attentif du malade prouve qu'ils ne sont liés à aucune lésion organique évidente (cette notion exacte est difficile à acquérir) ; 3" quand l'enfant est tiès-alfaibli et que les vomitifs n'opèrent plus, c'est au musc que nous donnons la préférence », 50 à 60 cenligr. dans une potion.
Révulsifs. Je ne parlerais pas des vésicatoires s'il n'était nécessaire d'insister encore aujourd'hui sur leur inefficacité absolue contre la diphlhérie laryngée et sur les^ dangers qu'il font courir aux malades en créant une surface
(l'implantalion à la diphtliéiie cutanée. Ceux qui les emploient, et heureusement le nombre diminue tous les jours, à mesure que les saines doctrines se propagent, les placent ou sur la partie antérieure du cou ou sur la poitrine, à la partie supérieure du sternum. Dans la première situation, ils gênent au moment de l'opération de la trachéotomie, si celle-ci devient nécessaire, et dès les premiers jours après l'opération, ils se recouvrent de pellicules diphthéritiques. Dans le second siège, les résultats sont à peu près les mêmes, malgré toutes les précautions prises pour éviter ce résultat, les mucosités bronchiques viennent baigner la surface vésiquée, et celle-ci ne tarde pas à s'ulcérer et à se recouvrir de fausses membranes. Les vésicatoires doivent donc être proscrits absolument du traitement du croup. Je vais plus loin et je dis que pour opposer un vésicatoire à une laryngite striduleuse qui a produit un haut degré de suffocation, il faut être deux fois sûr qu'on n'a pas .affaire à un croup d'emblée, car dans ce cas on aura, si la trachéotomie est nécessaire, tous les inconvénients dont je viens de parler, comme je l'ai vu arriver dans la prAtique des hommes les plus recommandables.
Médication tojiique. C'est contre l'angine couenneuse que cette médication a été et est encore employée. Nous avons dit qu'il pouvait en être question dans le traitement du croup à titre préventif. En détruisant les fausses membranes dans l'arrière-gorge, on peut avoir l'espérance de diminuer les probabilités, sinon de détruire la possibilité de l'apparition du croup, comme l'avait dit Bretonneau et comme le répètent les' partisans de la nature primitivement locale de la maladie, opinion qu'il faut se garder de partager. Nous n'avons pas Tintention de parler même brièvement de tout ce qui a été fait pour détruire les fausses membranes dans l'arrière-gorge, renvoyant pour l'étude de ces questions à l'article Angine couenneuse de ce même dictionnaire. Nuus nous bornerons à insister sur ce qu'on a tenté, dans ce genre, du côté du larynx en imitation de ce qui avait été fait pour l'angine pharyngée. Bretonneau devait avoir l'idée de faire pénétrer un agent modificateur dans le larynx tapissé de fausse membrane, et il a imaginé un(î tige à extrémité articulée pour pénétrer dans la trachée et y instiller des liquides modificateurs, mais il ne devait pas tarder à abandonner cette pratique; et il devait en être ainsi, puisque ayant pratiqué des instillations d'une solution faible de nitrate d'argent dans la trachée, après la trachéotomie il crut pouvoir rapporter à cette pratique des noyaux de broncho-pneumonie qu'il trouvait à l'autopsie, ce qui d'ailleurs n'était pas exact.
En 1839 Dieffenbach aurait obtenu un résultat favorable sur un enfant atteint de croup à l'aide de la cautérisation du larynx. Le chirurgii'n allemand, après avoir entouré la phalange métacarpienne de l'index gauche avec un petit tube de fer-blanc, portait le doigt jusqu'au fond de la Louche, et pendant que l'enfant mordait l'anneau métallique maintenait l'épiglotle relevée avec l'extrémité du doigt, ce qui lui permettait d'introduire facilement dans le larynx une sonde courbe portant un caustique. Nous allons voir cette méthode reprise par Loiseau de Montmartre, qui s'en était attribué la découverte, ne sachant évidemment pas qu'elle eût été pr.itiquée avant lui. Le but cherché est de détruire les fausses membranes, et, en modifiant les surfaces, de s'opposer à leur reproduction. C'est donc, en un mot, la répétition de ce qu'on se propose en cautérisant dans 1 angine couenneuse, mais avec des difficultés d'exécution et des dangers inconnus dans ce dernier cas.
Pour pratiquer le cathétérisme laryngien d'après la méthode de Loiseau, il
fallait avoir (j'emploie le passé, attendu que ce mode de traitement est aujourd'Iiui abandonné) : 1° un anneau de 2 à o centimètres de largeur, pour armer la première phalange de l'indicateur gauche et la garantir contre les morsures; 2" un tube laryngien ; 5° une baleine terminée par une éponge, un porte-caustique, une curette suivant ce qu'on se proposait ; le tout de dimension à pénétrer à travers le tube. Quant au manuel, voici en quoi il consiste : plonger le doigt dans la bouche assez profondément pour aller relever l'épiglotte; avec la main droite conduire sur l'index gauche qui sert de conducteur, le tube, jusque dans le larynx, ce que l'on reconnaît sijrement au bruit que fait l'air en le traversant ; après quoi on peut ramoner le larynx avec l'éponge, la curette, y introduire un liquide caustique, des poudres astringentes, ou bien introduire par le tube des pinces très-longues destinées à retirer les fausses-membranes.
Loiseau employait son traitement : 1° dans le croup confirmé, mais sans gêne de la respiration, et alors il introduisait seulement des topiques et des liquides styptiques; 2° s'il y avait commencement d'asphyxie, avant d'introduire la topique, il cherchait à détruire les fausses-membranes à l'aide du balayage et du grattage. L'opération du calhéterisme a été répétée jusqu'à 18 fois en quelques jours !
Dans les cas d'asphyxie très-avancée, Loiseau pratiquait la trachéotomie ; de sorle que, le seul moment où sa méthode de traitement pourrait être applicable serait au commencement de la période asphyxique, attendu que personne ne pourrait raisonnablement penser à s'en servir alors qu'il n'y a pas de gène de la respiration.
Les expériences et les discussions qui ont eu lieu lorsque parut le travail de Loiseau, démontrèrent que non-seulement le cathétérisme n'avait pas l'efficacité que lui attribuait son auteur, mais qu'il exposait les malades à des dangers réels. Quand on soumet les cas où la méthode a été appliquée à une critique sévère, comme l'a fait Barthez, on trouve que sur 6 guérisons, il n'y en a que 4 qui puissent être rapportées à ce traitement, ce qui fait 4 guérisons sur 26 malades traités pendant que la trachéotomie a donné 9 guérisons sur 26 malades, chez lesquels avait échoué le procédé de Loiseau. Il y a loin de là à la guérison presque constante annoncée par l'auteur.
Les dangers sont les suivants : 1° le cathétérisme produit chez les enfants dont l'asphyxie commence, une exagération considérable de ce symptôme, exagération qui a lieu rapidement et peut être portée jusqu'à déterminer la mort avant qu'on ait le temps de trachéotomiser. J'ai été demandé pour opérer un enfant qui, une heure avant, avait été cathétérisé pour un croup à asphyxie commençante et que je trouvai mort en arrivant. Si l'on se décidait à employer ce traitement, il faudrait avoir tout préparé pour pratiquer la trachéotomie en cas d'urgence ; 2" s'il y a des fausses-membranes épaisses et résistantes, on peut les refouler, les pelotonner, de façon à ce qu'elles produisent l'occlusion de l'aire de la glotte, sans que le malade ait la force de les rejeter; 3» l'introduction des styptiques et des caustiques, même légers, ne manque jamais de provoquer une turgescence de la muqueuse d'où l'augmentation de la gêne respiratoire, et de plus, eu dehors de cet inconvénient, leur introduction dans les petites bronches, peut aider à la production de la broncho-pneumonie si facile à évoluer en pareille circonstance.
Sérullas a proposé [Gazette médicale de Lyon, 1865) un procédé plus simple de cathétérisme du larynx. Il prend une baleine longue de 25 à
50 centimètres, grosse de 5 à 4 millimètres; à l'une des extrémités se trouve fixée une petite éponge taillée en olive, et à l'autre un bourrelet de charpie de même forme et de même volume. Ceci fait, on place un coin de bois entre les dents, on appuie sur la base de la langue pour la déprimer et on introduit l'éponge dans le larynx en se servant d'un des doigts comme guide. Aussitôt que l'éponge a pénétré, on ramone l'organe par un mouvement rapide de va-etvient, puis on la retire pour laisser respirer le malade qui suffoque. Quand il est remis, on se sert de l'écouvillon en charpie imbibé d'une très-faible solution de perchlorure de fer. Cliaque manœuvre ne dure que quelques secondes. Combien doit-on les répéter souvent? toutes les dix minutes au début, toutes les heures quand vient le mieux, puis à de rares intervalles. Sérullas a cité un cas probant, mais je ne sache pas que la méthode ait été employée depuis.
Tubage de la glotte. Je pourrais le mentionner sans y insister, car soninventevn-, le docteur Bouchut, qui est à la tête d'une des salles de l'hôpital des Enfants, l'a lui-même abandonné. Quiconque serait tenté d'en faire de nouveau l'application, devra avoir à sa disposition :
1" Des viroles d'argent, longues de 1 centimètre et demi à 2 centimètres, présentant à leur extrémité supérieure deux bourrelets placés à 6 millimètres l'un de l'iiutre, et un trou destiné à recevoir une amarre de soie pour fixer en dehors la petite virole. Ces viroles sont cylindriques, droites, de volume variable suivant l'âge des malades.
2° Un anneau protecteur de l'index et un dilatateur des mâchoires.
3° Des sondes d'homme courbes, de grosseurs différentes.
La virole est enfoncée dans le larynx, de façon à ce que son bord supérieur soit au-dessous du ligament arythéno-êpiglotfique, une fois placée, elle tient bien d'elle-même.
Des enfants ont gardé cette virole jusqu'à quarante heures. Bouchut crut siooti à l'efficacité du moins à l'innocuité de cette pratique destinée dans sa pensée à détrôner la trachéotomie. Après quarante-huit heures de séjour d'une de ces viroles sur des chiens, Trousseau et Bouley, ont constaté des ulcérations, des destructions de la muqueuse, la dénudation des cartilages.
Trachéotomie. Aucun traitement médical n'a pu enrayer la marche du croup et la vie du malade, menacée, dans un temps plus ou moins long, par la diphthérie, l'est d'une manière actuelle, imminente, pressante, par l'asphyxie : c'est la mort par suffocation, par une sorte d'étranglement interne qu'il s'agit d'éviter et sans retard. Pour atteindre ce but, nous ne connaissons jusqu'à ce jour qu'un procédé, c'est d'ouvrir à l'air une porte d'entrée au-dessous du larynx que nous n'avons pas su désobstruer. En un mot, c'est de pratiquer la trachéotomie. J'ajouterai ici que, dans le sens propre du mot la trachéotomie n'est pas un mode de traitement du croup, qu'elle ne s'adresse point à la nature de la maladie et n'est qu'un expédient qui vient parer à la conséquence la plus directe et la plus immédiatement menaçante du croup, l'asphyxie. La trachéotomie n'est donc qu'un expédient, mais d'une utilité assez grande pour que 30 pour 100 environ (les enfants opérés lui doivent la vie, c'est-à-dire une des plus belles conquêtes de la médecine moderne, puisque les enfants opérés se comptent maintenant par milliers ; et si la vulgarisation de cette précieuse ressource continue; si l'instruction médicale s'élève à la hauteur de l'impcrlance que tend à prendre le croup, et que chaque médecin considère la trachéotomie comme une opération obligatoire à l'égal de celle de la hernie étranglée, aucune autre opération ne
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pourra bientôt revendiquer la conservation d'autant de vies humaines. La question n'est pas, d'ailleurs, de savoir quelle proportion de succès la Iracliéotomie comparée à telle ou telle autre opération peut donner, miiis bien de savoir qu'elle est absolument nécessaire, obligatoire, puisqu'elle donne, et parce qu'elle donne environ 50 pour 100 de guérisons dans des cas oii la mort peut être considérée comme cerlaine ; et cela maintenant sur des milliers de cas, bien qu'elle ne soit peut-êtie encore pas pratiquée sur la moitié des enfants en état d'être opérés (il y a ici matière à faire une statistique qui n'existe pas) ; on ne sera donc pas surpris que je donne à cette question de la trachéotomie appliquée au croup, l'importance qu'elle mérite en la traitant avec un certain développement.
Historique. Je ne m'attarderai pas à traiter longuement cette question antérieurement à l'époque actuelle. Asclépiade l'a-t-il pratiquée? C'est possible, comme le disent Cailius Âurelianus et Galien, mais nous ne savons rien de son procédé. On est un peu plus avancé pour Antyllus ; mais, paraît-il, ce chirurgien opérait avant que l'angine n'eut envahi le larynx et il faisait une ouverture transversale entre deux anneaux de la trachée, au-dessous du troisième ou du quatiième anneau. On voit qu'Anlyllus ne peut servir de modèle, ni quant au moment opportun pour opérer, ni quant à la manière défaire, et je me demande comment une section transversale à la hauteur indiquée était possible sans accidents hémorrhagiques mortels.
A la (in du seizième siècle, un chirurgien du nom de Santorio pratiqua l'opération à l'aide d'un trocart dont il laissait la canule dans la trachée (Palavicini).
Plus tard on inventa des instruments auxquels on donna le nom de bronchotomes, mais ces instruments étaient dangereux. D'ailleurs disons qu'à ces époques éloignées la trachéotomie était surtout pratiquée pour les corps étrangers introduits dans les voies aériennes. Nous avons vu, dans l'historique, que Home la conseilla d'une manière formelle à la période de suffocation, surtout dans le but d'obtenir l'expulsion des fausses membranes-
Borssieri rapporte une observation de guérison obtenue par John Andrew, de Londres; on obtint à Londres une nouvelle guérison du croup par la trachéotomie due à Thomas Chevalier au commencement de ce siècle, 1814. Quelques années auparavant , un chirurgien dont les mémoires sur la trachéotomie constituent à peu près tout le bagage scientifique, Caron, avait fait une campagne soutenue en faveur de cette opération dans le croup. 11 l'envisageait surtout comme devant permettre de retirer la fausse membrane de la trachée. Mais heureux dans un cas où il s'agissait d'un corps étranger, il échoua contre le croup, ce qui, d'ailleurs, n'ébranla pas sa conviction.
Après deux tentatives infructueuses en 1818 et 1820, Bretonneau réussit à sauver par la trachéotomie la fille du comte de Puységur.
Cet illustre médecin peut être considéré comme ayant eu l'idée la plus juste que l'on puisse avoir sur le but de la trachéotomie, les conditions qu'elle doit réali.^er pour être efficace, et les soins consécutifs qu'il importe de donner aux opérés. Ainsi, se séparant nettement de ces prédécesseurs, il dit : « C'est moins pour extraire les concrétions que pour leur préparer une issue et livrer passage à l'air qu'il convient de pratiquer une ouverture artificielle à la trachée. Si l'on voit mourir tant d'enfants après l'éjection de fausses membranes, c'est qu'elles ne tardent pas à se régénérer, c'est que des lambeaux détachés et flottants
opposent souvent à la respiration un obstacle mécanique plus insurmontable que la concrétion membraniforme qui était encore adhérente. » Il s'assure par des expériences sur les animaux que la trachée peut très-bien supporter pendant plusieurs jours la présence de corps étrangers; et introduit dans la trachée de ses opérés une canule qu'il y laisse jusqu'à la guérison. Il critique la pratique qui consistait, jusqu à lui, à fdire une toute petite ouverture à la trachée. « Ils s'accordent, dit-il, parlant de ses prédécesseurs, à penser que le moindre pertuis doit laisser pénétrer une quantité d'air assez grande pour suffire aux besoins delà respiration» et il montre ce que cette manière de faire avait d'erroné. 11 ne possède pas encore la canule double mais il la conseille et prévoit tous les -ervices qu'elle est appelée à rendre, et dont le plus grand est de pouvoir maintenir libre le canal qui permet au malade de respirer librement et de rejeter au dehors le mucus ainsi que les fausses membranes.
Eu 1833 Trousseau publiait un second succès [Journ. des Connaiss. méd. chiriirg., septembre). Elève de Bretonneau et partageant toutes ses idées, il ne chercha pas, comme les anciens chirurgiens, à retirer la fausse membrane et à laisser la plaie se refermer, ou à ne ménager à l'air qu'un accès insuffisant. Il professa, au contraire, qu'il fallait faire à la trachée une large ouverture pour y pouvoir introduire une canule volumineuse donnant libre accès à l'air et capable de permettre l'expulsion des fausses membranes ; cette canule, double à cette époque, devait rester dans la trachée jusqu'à ce que le larynx devint libre. En même temps Trousseau légla les soins consécutifs à l'opération ; l'alimentation des malades; et son enseignement aussi solide que passionnant sur toutes ces matières commença l'œuvre de vulgarisation qu'il eut la gloire d'achever avant de mourir.
A partir de 1835, le nombre des trachéotomies va en augmentant : en 1839 Trousseau en avait pratiqué 80 avec 20 succès; Bretoimeau 17, guérisons 5 ; Gerdy6, guérisons 4.
Tous les autres opérateurs n'avaient que des insuccès, notamment Baudelocque qui avait perdu 15 enfants opérés à l'hôpital des Enfants. Aussi ne croyaiton guère à la trachéotomie, lorsque Trousseau entra dans cet établissement en 1848. Avec lui, la face des choses changea complètement et la trachéotomie donna un peu plus du quart de guérisons. De 1849 à 1858, 466 trachéotomies donnèrent 126 guérisons. M. le docteur Sanné vient de publier (1877) un trèsexcellent Traité de la diphthérie ou toutes les questions de statistique et autres sont traitées avec le plus grand soin. Je ferai à cet ouvrage de nombreux emprunts.
En 1859 Bricheteau, au nom d'une Commission nommée par l'Académie, constatait dans la science les opérations du croup avec 18 guérisons; et la discussion qui eut lieu donnait comme certaine la statistique suivante: trachéotomies, 138; guérisons, 29.
En 1858, alors qu'elle était acceptée par tous les bons esprits, l'opération se trouva menacée par le tubage de la glotte qui, bien qu'incomplètement expérimenté et ayant fourni des résultats nuls ou déplorables, ne fut pas moins lancé avec une précipitation regrettable comme devant détrôner la trachéotomie. Cette dernière fut défendue à l'Académie de médecine par Trous seau et Bouvier, mais attaquée violemment par Malgaigue qui étayait son argumentation de la statistique suivante, empruntée aux chirurgiens les plus éminents de Paris.