Petits pois conservés
1876. Décembre. Petits pois conserves 06',210
1877, — — • . . Oe',200
1877. Février. Haricots verts ()s',080
1877. — Pois verts U8',070
Moyenne Oe',127
M A. Gautier, à son tour, a trouvé les proportions suivantes :
Petits pois fins, récolte de 1877, un au de boîte 06%08r)
Haricots verts, récolte de 1877 O3',099
Petits pois fins, — Oe',125
— récolte de 1876 Os',024
Enfin, de récentes analyses, faites par MM. Riche et Magnier de la Source, donnent pour un kilogramme de haricots verts égouttés les chiffres suivants, provenant de trois échantillons : 0,ë'-045 ; 0,s''040 ; 0,s'035.
Il résulte de ces différents dosages que le cuivre qu'on rencontre dans les légumes reverdis paraît y varier dans des limites très-étendues, depuis 20 milligrammes par kilogramme en moyenne jusqu'à 2i0 milligrammes, et qu'on y trouve 90 milligrammes de cuivre par kilogramme de liquides égouttés, soit environ oO milligrammes par boîte. Ce chiffre est supérieur à celui avoué par le président de la chambre syndicale de Paris au préfet de police et qui était au plus de 15 milligrammes par boite.
Dans l'exposé de la question du reverdissage qu'ils ont présenté au Congrès international d'hygiène de Paris en 1878, MM. Bouchardat et Gautier se sont montrés quelque peu soucieux des exigences commerciales, et dans leurs conclusions ils arrivent à proposer des demi-mesures administratives, ce qui, selon nous, en matière d'hygiène, ne peut être que préjudiciable. A part cela, leur conviction est faite, ils condamnent en principe la pratique du reverdissage des légumes par les sels de cuivre, mais ils proposent de la tolérer momentanément jusqu'à une lim.ite précise qu'elle ne devra pas dépasser.
« Cette limite, disent-ils, est celle du minimum du sulfate de cuivre que, d'après nos recherches, nous avons constatée être suffisante pour conserver les légumes avec toute leur apparence de fraîcheur, soit 18 milligrammes de cuivre par kilogramme de légumes égouttés, ou 6 milligrammes par demi-boîte. »
Nous n'avons pas la même opinion que ces hygiénistes distingués sur l'effet d'une tolérance momentanée qui, loin de permettre de rechercher des méthodes de reverdissage pouvant être utilement substituées à l'emploi du sulfate de cuivre, laisserait, au contraire, la question dans le statu quo, parce qu'il n'y aurait pas un intérêt immédiat pour les fabricants à modifier une méthode qu'ils trouvent fort avantageuse par elle-même, et qu'ils ont jusqu'ici persisté à mettre en usage, malgré les arrêtés et tous les procès-verbaux de contravention auxquels ils ont donné lieu.
Il faut d'ailleurs reconnaître que le maintien rigoureux de l'exécution des arrêtés pris dans l'intérêt de la santé publique a déjà fait naître un certain nombre de procédés de reverdissage sans sel de cuivre, procédés qui ont donné, il est vrai, des résultats variables, et qui demandent encore la consécration du temps, mais qu'il est du devoir de l'administration de favoriser en persévérant dans la voie qu'elle a suivie jusqu'ici.
564 CUIVRE (hygiène).
Au moment même où nous écrivons ces lignes, la question a été de nouveau soumise par le Préfet de police au Conseil de salubrité de la Seine. Dans un rapport présenté au nom d'une commission composée de MM. Pasteur, Poggiale et Brouardel, rapporteur, rapport dans lequel sont résumés tous les faits qui précèdent, nous trouvons la conclusion suivante :
« L'administration peut tolérer l'usage du verdissage des conserves alimenlaires par les sels de cuivre, à la condition que sur les boîtes de conserves soit imprimée, en caractères lisibles, la déclaration de la substance par laquelle ce verdissage a été obtenu. »
11 est évident qu'un pareil moyen dégagera l'administration et l'industrie française de toute équivoque. Mais est-ce bien là se conformer aux exigences de l'hygiène ? Hé quoi ! c'est lorsque celle-ci va recueillir le fruit de la résistance opposée par le Comité consultatif à toutes les tentatives ayant pour objet de lui faire consacrer, pour a^nsi dire, l'innocuité d'un procédé sur laquelle les rapporteurs eux-mêmes sont loin de se prononcer; c'est lorsque, sous l'influence salutaire des prescriptions maintenues avec tant de force et tant d'autorité par ce comité, le reverdissage au cuivre tend à disparaître (M. Pasteur, sur 25 échantillons de conserves examinés, a trouvé que 6 seulement renfermaient du cuivre; à Bordeaux, vers la même époque (1877), sur 29 boites de légumes provenant de 17 fabricants, M. Micé, membre du conseil d'hygiène delà Gironde, ne constatait du cuivre que dans 3 seulement de ces boîtes fournies par 2 industriels); c'est lorsque, d'autre part, ceux d'entre les fabricants qui persistent à reverdir au cuivre arrivent à employer une quantité de moins en moins grande de ce métal (cela ressort de la comparaison des expertises) ; c'est, disons-nous, en présence de pareils résultats que l'on se déciderait aujourd'hui à laisser passer le reverdissage au cuivre, à condition que le consommateur ne soit pas trompé sur la nature du procédé ! Qui ne voit que sous cette rubrique une fois acceptée : « Légumes reverdis au sulfate de cuivre », il deviendra impossible de contrôler les quantités de sel employées ; et dès lors comment préserver le public du danger qu'il peut courir?
Croit-on que les industriels s'en tiendront à cette limite minimum de sel de cuivre demandée par M. Bouchardat et Gautier? Pour donner une plus belle apparence aux légumes, ils n'hésiteront pas à augmenter la dose; et l'on retombera dans les chiffres de 242 milligrammes par boîte de 550 grammes, comme cela a été constaté à Bordeaux; bienheureux si de tels chiffres ne sont pas dépassés !
Ainsi donc le côté industriel de la question obtiendrait gain de cause. Mais serait-ce bien à l'avantage de l'industi'ie française ? Croit-on qu'une fois le procédé avoué publiquement, les industries étrangères n'exploiteraient pas aux dépens des fabricants français, la méfiance des consommateurs? Seront-elles mises, elles aussi, dans l'obligation de faire une déclaration loyale du procédé employé?
L'Allemagne, qui pousse les hauts cris sur le danger que fait courir à ses nationaux une industrie française relativement inoffensive : « le pailletage métallique des étoftes n'exagèrera-t-elle pas avec plus de raison celui de nos procédés de reverdissage des légumes de conserves; et la fabrication allemande, dont on redoute tant la concurrence, ne saura-t-elle pas mieux encore exploiter la situation faite aux fabricants français ?
Dans l'intérêt de l'hygiène comme de l'industrie, il faut donc maintenir,
CUIVRE (hygièxe). 565
selon nous, la prohibition du verdissage au cuivre, prohibition qui forcera à trouver un procédé inoffensif et tout aussi efficace, en assurant à la fois la confiance du consommateur national et du consommateur étranger en la bonne fabrication de nos produits.
Nous devons maintenant dire un mot de la préparation du reverdissage au sulfate de cuivre et du principe qui peut guider les fabricants dans la recherche de procédés nouveaux.
a. Lorsqu'on emploie le sulfate de cuivre, voici comment on opère : dans une grande chaudière de cuivre, on place dOO litres d'eau et, suivant la nature des légumes et les habitudes des fabricants, de 50 à 70 grammes de sulfate de cuivre. On porte à l'ébullition et l'on introduit alors dans la chaudière de 60 à 70 litres de légumes verts et nouvellement cueillis contenus dans un panier métallique qui permet de les tremper et de les retirer à volonté. Au bout d'un temps plus ou moins long (cinq à quinze minutes) on retire les légumes et on les lave entièrement dans un courant d'eau froide. Ils sont ensuite versés dans leurs boîtes de fer-blanc que l'on finit de remplir avec une solution aqueuse de sèl marin et de sucre; le couvercle est soudé entièrement et la boîte portée à 105-110 degrés pendant quinze à soixante minutes dans une marmite de Papin.
A chaque opération, on rejette l'eau cuivriquc qui a servi à la précédente, et l'on recommence comme ci-dessus. Dans celte préparation, le sulfate de cuivre s'unit d'abord à la légumine et aux matières albuminoïdes de la couche corticale; elle les fixe sous forme d'albuminates insolubles, et cela d'autant mieux que le légume est plus frais et plus tendre. L'albuminate bleu et les produits jaunes qui accompagnent toujours la chlorophylle marient leur teinte pour reproduire du vert, enfin la chlorophylle elle-même est pour ainsi dire saisie et englobée dans cette combinaison insoluble (A. Gautier).
b. Le sulfate de cuivre, comme on le voit, agit en fixant les matières albuminoïdes et par suite la matière colorante des légumes. D'autres sels ont la même propriété. Malheureusement, au point de vue de l'hygiène, ils ne sauraient être plus acceptés que le sulfate de cuivre. Tel est entre autres le chlorure de zinc, employé dans le procédé Courtemanche, qui réussit assez bien à conserver aux légumes une teinte verte ou vert-jaunâtre naturelle, mais qui ne peut leur communiquer le ton vert franc si recherché par le consommateur.
c. Un certain nombre de procédés ont pour but de former avec la chlorophylle une laque peu altérable que l'on fixe au sein du tissu végétal. On emploie généralement pour cela un sel de soude. Nous nous contenterons de citer le procédé Garges (breveté en 1877), consistant à faire macérer les légumes dans une solution de carbonate de soude étendue, puis à laver dans un bain d'alun auquel on ajoute un peu d'alcool, blanchir au procédé ordinaire, remplir les boîtes et ajouter au jus du sel marin et 1 pour 100 de carbonate sodiquc ou de borax.
d. Il est un procédé de reverdissage sur lequel nous insisterons, en dernier lieu, parce qu'il a été l'objet d'une appréciation très-favorable de la part du Comité consultatif d'hygiène publique. C'est celui de¥M. Lecourt et Guillemare. Voici en quoi il consiste :
La chlorophylle s'altère pendant la coclion des légumes, sous l'inlluence d'une température élevée ; et cela d'autant plus que sa quantité est moindre dans le légume à conserver.
Le procédé Lecourt et Guillemare consiste précisément ù ajouter aux légumes
366 CUIVRE (uygiène).
qu'ils emploient une surcharge de chlorophylle , de manière qu'après la perte inévitable qu'entraîne la coction à 120 degrés ils en retiennent encore assez pour présenter la couleur verte des légumes frais. La chlorophylle ajoutée est empruntée à des végétaux comestibles, particulièrement aux épinards, qui en renferment une grande quantité et facile à extraire.
Par une manipulation appropriée, ils obtiennent la matière verte en dissolution dans l'eau alcalisée par la soude. L'application de la couleur se fait ensuite de la manière suivante : les légumes étant plongés dans l'eau bouillante, préalablement acidulée par l'acide chlorhydrique, on verse dans le liquide une quantité convenable de dissolution de chlorophylle ; par la saturation de la soude au moyen de l'acide chlorhydrique il se produit du sel marin et la matière colorante se dépose sur le tissu organique pour accroître l'intensité de sa couleur propre.
Les légumes ainsi traités sont soumis à plusieurs lavages avant d'être enfermés dans les vases où ils doivent subir la température élevée nécessaire à leur conservation. Tel est le procédé qui a obtenu une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878.
En résumé, quel que soit l'état de la question, le reverdissage des conserves des légumes prêtera toujours à la fraude, et cette considération n'est point de nature à le faire apprécier par l'hygiène, qui ne saurait accepter, en principe, que sous des apparences séduisantes on puisse dissimuler la qualité inférieure des produits alimentaires.
6" Absinthe. On a voulu innocenter la liqueur d'absinthe en accusant les sels de cuivre dont on se servirait pour la colorer artificiellement, comme si les effets pernicieux de cette boisson ne trouvaient pas dans l'alcool et dans l'essence ellemême de l'absinthe des raisons d'être autrement sérieuses. M. Derheims a signalé de l'absinthe colorée par le sulfate de cuivre. D'après M. Deschamps (d'Avallon), les traces de cuivre que l'on rencontre dans la plupart des absinthes ne peuvent être attribuées qu'à l'aclion de la liqueur sur les robinets de laiton qui sont adaptés aux bidons des cantinières ou à de petits tonneaux, ou bien encore aux vases dont se servent les débitants et quelques fabricants, et non à l'introduction du sulfate de cuivre {Compte rendu de V Académie des sciences, juillet 1865).
7" Bonbons et sucreries. Le cuivre que l'on trouve dans les bonbons provient soit des sels de cuivre, entre autres le carbonate de cuivre, avec lesquels on les colore; soit d'objets en cuivre, ou en alliage de cuivre introduits dans leur intérieur ; soit du papier coloré avec un sel de cuivre qui sert à les envelopper, ou bien encore des feuilles métalliques de bronze, de cuivre, de chrysocale, etc., avec lesquelles on les enjolive. Toutes ces substances sont formellement prohibées par l'ordonnance du 15 juin 18G2, dont nous citerons seulement l'article suivant.. .
Article 5. Il est interdit d'introduire dans l'intérieur des bonbons etpaslillages des objets de métal ' ou d'alliage métallique, de nature à former des composés nuisibles à la santé.
Les feuilles métalliques appliquées sur les bonbons ne devront être qu'en or ou en argent fin.
Les feuilles métalliques introduites dans les liqueurs devront êti^e également en or ou en argent fin.
CUIVRE (nYGiÈNE). 367
8° HiiUres. On sait que la coloration verte que présentent certaines huîtres du Nord leur est donnée par une culture spéciale qui a pour but de développer chez elles des qualités très-recherchées des amateurs. C'est à Marennes et à Ostende que se fait principalement cette culture.
' Un des moyens artidciels employés pour leur donner cette coloration consiste à immerger les huîtres dans des bains chargés d'un sel de cuivre et à les y abandonner jusqu'à ce qu'elles soient pénétrées par ce sel. Cette fraude est aisément reconnaissable parce que la coloration frappe à la fois par sa diffusion et par son intensité, et que toutes les parties de l'animal la présentent.
Cependant l'attention du consommateur n'est pas toujours éveillée, et des accidents ont été signalés à plusieurs reprises. Ce sont, en général, les huîtres dites de Portugal qui sont l'objet d'une pareille fraude.
Tout récemment, M. Jaillard, pharmacien en chef à l'hôpital militaire du Dey à Alger, a eu à constater des cas d'accidents par l'ingestion de ces huîtres. Il a trouvé, pour une douzaine d'huîtres, 247 milligrammes de sulfate de cuivre, et des personnes qui en avaient ingéré sept seulement furent malades.
M. Balland, pharmacien-major de l'armée, a aussi dosé le cuivre contenu dans ces huîtres du Portugal, et il a trouvé pour une seule huître 5 milligrammes à 3™™, 5 de cuivre correspondant à 12 milligrammes de sulfate de cuivre et 17 milligrammes d'acétate basique.
Maintenues, pendant quelques secondes, dans la bouche en les pressant avec la langue contre le voile du palais, de telles huîtres, dit M. Balland, laissent une sensation d'amertume et d'àpreté tiès-manifeste. Mises en contact pendant quelque temps avec une lame de fer bien décapée, elles déposent une mince couche rouge de cuivre métallique.
Le cuivre trouvé dans les huîtres peut avoir une autre origine que cette introduction artiticiellc d'un sel destiné à lui donner la couleur verte appréciée par les consommateurs ; il peut aussi provenir de la nature du terrain où les huîtres sont rencontrées. En 1865, M. Cuzent, pharmacien de la marine, était appelé à examiner, comme expert, des huîtres vertes de Marennes, saisies sur le marché de Rochefort pour avoir provoqué des accidents graves immédiatement après leur ingestion. L'enquête prouva que ces huîtres provenaient de bancs de la rivière de Falmouth, où existent des gisements de cuivre, et que de plus ces bancs recevaient les eaux de mines de cuivre placées dans le voisinage. Falmouth expédie aux éleveurs des quantités considérables de ces huîtres cuivreuses. A leur arrivée, il est en effet très-facile de voir qu'elles contiennent un sel de cuivre et qu'elles ont un goat acre très-prononcé. Mais, après un séjour de six mois au moins dans les parcs particuliers oîi elles sont déposées, toute trace de cuivre a disparu et leur goût désagréable a cédé la place à la saveur recherchée par le consommateur.
Les huîtres saisies à Rochefort avaient été achetées par un pêcheur de Marennes qui, poussé par le désir d'avoir un gain prématuré, ne les avait laissées séjourner dans son parc que quinze jours ou trois semaines. M. Cuzent a trouvé dans 25 des huîtres saisies environ 216 milligrammes de cuivre.
Il a le premier indiqué deux procédés très-simples pour constater la présence du cuivre. Le premier consiste à faire usage de l'ammoniaque pure. On en verse une quantité suffisante sur la chair du mollusque : si l'huître contient du cuivre, sa teinte qui, dans ce cas, est d'un vert-clair, prend la couleur bleu-foncé, qui
3C8 CUIVRE (hygiène).
distingue le sel de cuivre ammoniacal. On suit parfaitement, grâce à cette coloration, la trace du poison jusque dans les vaisseaux les plus déliés du corps de l'animal. Le second procédé a pour but d'isoler le cuivre à l'état métallique. On plante une aiguille à coudre dans les parties vertes de l'Iiuître et on verse aussitôt une quantité suffisante de vinaigre pour immerger le mollusque. 11 suffit quelquefois de trente secondes pour que la réaction soit complète et que la partie de l'aiguille enfoncée se recouvre d'un enduit rouge. 11 faut avoir soin avant l'opération de s'assurer de la pureté du vinaigre, et voir s'il ne rougit pas lui-même l'aiguille.
D'après M. Cuzent, les huîtres qu'il faut considérer comme suspectes, sinon dangereuses, sont celles dont le foie et les lobes du manteau sont parsemées de teinte vert-clair (vert malachite) ; on pourrait, au contraire, manger avec sécurité celles dont la nuance est foncée et d'un vert-hleuâlre.
M. Ferrand (de Lyon) a eu l'occasion d'étudier des huîtres vertes de même provenance que celles soumises à l'examen de M. Cuzent. Selon lui, toutes les huîtres contenant du cuivre ne sont pas vertes; il en est qui, au moment où ou les ouvre, présentent leur coloration blanche normale, c'est seulement à l'air qu'elles commencent à se colorer, surtout au niveau des branchies ; d'autres restent entièrement blanches, et cependant on trouve à l'analyse de notables quantités de cuivre. La quantité de cuivre obtenue par M. Ferrand est assez considérable. Une huître manifestement colorée, et du poids de 4s'', 50, a donné en passant par l'incinération 12 milligrammes de bioxyde de cuivre représentant 37 milligrammes de sulfate de cuivre cristallisé, soit 9 milligrammes de cuivre métallique. L'ingestion d'une douzaine de ces huîtres donnerait donc 1 décigrammc de cuivre ou 44 centigrammes de sulfate de cuivre! dose bien supérieure à celle trouvée par M. Cuzent; mais, suivant M. Ferrand, la matière minérale est combinée avec une substance organique relativement abondante qui prévient d'abord toute causticité et tend à diminuer ou à empêcher toute action toxique.
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas oublier que le mauvais goût des huîtres contenant du cuivre est pour ainsi dire caractéristique.
Comme procédé de dosage, nous recommandons celui employé par M. Balland, qui s'est servi de la pile, d'après les indications récentes de M. Riche pour le dosage des métaux.
Deux huîtres privées de leur coquille sont triturées dans un mortier et placées dans une capsule de porcelaine avec 200 grammes d'eau distillée, contenant 4 grammes d'acide sulfurique pur; on maintient l'ébuUition pendant plusieurs heures en ajoutant de temps à autre de l'eau acidulée pour conserver à peu près le même volume ; puis on expose le tout à l'action d'un petit élément de Bunsen dont les deux électrodes sont constituées par deux lames de platine rigoureusement tarées. Au bout de seize heures, M. Balland a recueilli, sur l'électrode négative et sous forme d'un enduit adhérent rouge, 6 milligrammes de cuivre, soit 24 milligrammes de sulfate de cuivre. On s'assure par l'évaporation des eaux mères et par la calcination du résidu que tout le cuivre a été précipité (in Journ. de pharm. et de chim., 4" série, t. XX VII, p. 469).
9« Moules. On a cru longtemps que les moules suspectes provenaient toujours de fonds cuivreux ou de doublages en cuivre de navires. La question a été traitée à l'article Moui.es de ce Dictionnjire, et l'on sait que généralement on ne trouve pas de cuivre dans la chair de ce mollusque, par la raison qu'il
CUPANIE. 385
Cupani avait été nommé directeur des jardins du prince della Gatoiica, et en décrivit les plantes rares. Le père Plumier a récompensé les services rendus par lui à la botanique, en nommant Cupania, un nouveau genre de la famille des Sapindacées, découvert en Amérique. Nous citerons encore de Cupani :
I. Catalogus plantarum Sicularum noviter inventarum. Panorini, 1692, in-fol. — II. Sijllabus jjlantaruvi Siciliœ nuper deteclarum. Panorini, 1694, in-16 (2° éd. du précédent). — III. Hortus calholicus, sive illustrissimi principis Cathoticœ, ducis Misilmeris, etc. Neapoli, 1696, in-4°avec supplément; nouv. supplém. Panormi, 1697, in-4'' L. Hn.
CIJPAI^IIE [Cupania L.) Genre de plantes, de la famille des Sapindacées, série des Sapindées, dont les fleurs sont, par conséquent, x'égulières, et polygames-dioïques. Leur réceptacle porte de 5 à 6 sépales, plus ordinairement cinq, libres, un peu concaves, ordinairement presque orbiculaires, largement imbriqués. Dans les Ctipo.nia de la section Mataijba (Aubl., PL Guian., I, 331, t. 128), les sépales sont petits ou très-courts, plus lâchement imbriqués ou même presque valvaires. La corolle est formée d'un nombre de pétales égal à celui des pièces du calice. Quelquefois elle disparaît complètement. Les pétales, quand ils existent, sont imbriqués, assez souvent doublés en dedans de poils ou d'une écaille accessoire, parfois tout à fait nus. Les étamines sont au nombre de 8, plus rarement de 5 à 7 ou de 9 à 12. Dans les fleurs femelles elles sont plus petites, en totalité ou en partie stériles, quoique leurs anthères puissent exister et paraître extérieurement bien conformées. Ici, comme dans beaucoup d'autres Sapindacées, le disque est extérieur à l'androcée ; il a la forme d'un anneau, entier ou crénelé, glabre ou chargé de poils Les filets staminaux sont courts ou plus ou moins longs, parfois longuement exserts (et la longueur de ces organes varie souvent dans les diverses fleurs d'une même espèce). Les anthères sont biloculaires, introrses et déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée, qui demeure petit ou rudimentaire, et qui peut même dispaïaître totalement dans les fleurs mâles, est dans les femelles, formé d'un ovaire central, souvent supporté par un pied court, surmonté d'un style terminal, dont le sommet est partagé en dents ou lobes stigmatifères, en même nombre que les loges, c'est-à-dire de 2 à 4, mais le plus fréquemment 3. Dans chaque loge se voit, vers la base de l'angle interne, un seul ovule, ascendant, anatrope, à micropyle tourné en bas et en dehors. Le fruit est une capsule, ovoïde ou obovoïde, stipitée ou à peu près sessile, ou obcordée, ou 2-4gone, ou 2-4-lobée, parfois coriace ou presque charnue. Les loges sont unies dans toute leur étendue, ou pi-esque libres, divariquées ou cymbiformes. Leur déhiscence est loculicide, ou bien elles se détachent de l'axe du fruit. Intériçurement, elles sont glabres ou garnies de poils, de soies. Les graines, ascendantes ou presque dressées, ont un testa glabre, coriace, souvent pourvu inférieurement d'un arille de dimensions très-variables. Leur embryon est charnu, dépourvu d'albumen; il a des cotylédons épais, plan-convexes, droits ou courbes, et une radicule ordinairement infère et souvent incurvée. Les Cupanies sont des arbres ou des arbustes qui croissent dans toutes les régions tropicales du globe. Ils sont nombreux en Amérique, eu Nouvelle-Calédonie et dans l'Asie tropicale. Leurs. feuilles sont alternes, pari- ou imparipennées, à folioles opposées ou alternes, le plus souvent non découpées. Les fleurs, souvent petites, sont disposées en grappes simples ou plus ou moins ramifiées, dont les axes sont le plus souvent chargés de cymes. On évalue à 100 le nombre des espèces décrites ; il yen a encore beaucoup d'inconnues. M. Radlkoffer, qui s'occupe spécialement de ces
DICT. ENC. XXIV. 25
386 CUPHEA.
plantes depuis plusieurs anne'es, accoi-deau genre Cupania des limites beaucoup plus larges que les autres auteurs ; il en modifie par conséquent les caractères et y comprend un plus grand nombre d'espèces.
Les Cupania ne sont guère usités que dans la médecine des pays chauds. Plusieurs ont les fruits ou les semences comestibles. On mange le fruit du C. sapida (C edulis Schum. et Thônîn. — Blighia sapida Kœn. — Aakezis africana Tuss. — Bonnania nitida Rafin.), espèce de l'Afrique tropicale, transportée dans l'Inde et en Amérique. On s'en sert pour assaisonner des ragoûts et pour confectionner, avec addition de sucre et de cannelle, une sorte de conserve cuite qui est employée au traitement des diarrhées. On fait aussi griller les fruits sous la cendre chaude, et on les applique sur les abcès comme matujalifs. Avec Its fleurs, dont le parfum est, dit-on, suave, on prépare une eau odorante qui est vantée comme cosmétique. Sur les bords de l'Orénoque, on prépare avec les graines du Cupania aniericana une liqueur fermentée et enivrante. L'embryon se mange comme les glands doux où les châtaignes dont il a le goût. On a vanté plusieurs Cupania américains contre les écoulements uréthraux, les flux, les diarrhées. En somme, ce sont des médicaments asUingents ; l'écorce de la plupart renferme une matière tannique. H. Bn.
Bibliographie. — Ploiier, Gen. amer., 49, t. 19. — L., Gen., n. 279. — Juss., Gen., 249. — Laiik, Dictionn. encijcl., II, 225; Suppl., II, 417. — G^rtn., De fruct., t. 177. — DC, Prodrom., I, 612. — Cambessèd., in jWni. du Mus., XVIII, 28, t. 3. — Spacr, Suit, à Buff., III, 57. — E^DL., Gen., n. 5(jl4.— Rentii. et J. IIook., Gen., I, 3!)9, 909, n. 24. — Rosemh., Synops. plant, diaphor., 781. — H. Bn., hist. des plant., V, 352, 387, 598. H. Bn.
CUPHEA. Jacq. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Lythrariées. Ce sont des herbes ou des sous-arbrisseaux à feuilles opposées, rarement verticillées, très-entières. Les fleurs, portées une ou plusieurs ensemble sur des pédoncules axillaires, sont blanches ou violacées. Le calice est tubuleux, à six dents, coloré; la corolle est formée de six pétales inégaux; les étamines sont au nombre de onze à quatorze, plus rarement de six à sept, inégales, insérées à la gorge du calice. Le fruit est une capsule membraneuse, recouverte par le calice, uni ou biloculaire, contenant des semences suborbiculaires, comprimées, sans albumen.
Deux espèces sont intéressantes dans ce grouge :
Le C. micropliyUa H., B. et Kunth, qui croît dans le Pérou : c'est un petit arbuste très-rameux, dont les rameaux, les feuilles et les fleurs sont couverts d'une pubescence visqueuse. Les feuilles sont ovales-oblongues, aiguës, arrondies à la base ; le calice d'un pourpre foncé noirâtre ; les pétales de couleur violacée; les étamines au nombre de onze, à filaments villeux, de couleur pourpre.
Le C. antisyphilitica IL, B. et K., de l'Amérique chaude, où il porte le nom de Cliiayari. Les tiges sont rudes, les rameaux pubescents, les feuilles ovales aiguës, les pétales égaux, violets, les étamines au nombre de onze, à filets villeux.
Ces deux plantes sont employées dans leur pays d'origine, en décoction, contre la syphilis et la gouorrhée. Pl.
Bibliographie. — Jacquin. Hort. Vind., II, p, 83. — Aug. Sai.nt-IIilaire. Mémoire du Muséum, I, p. 29. — HuMBOLDT, BoNPLAND et KuNTU. lYora gênera et Species aniericana, V, p. 196, 201 et 202. — De Candolle. Prodromus, III, 87. — Bentham et Hooker. Gênera Plantai-um.
Pl.
CURARE (botanique). 387
CLPRESSUS. Voy. Cyprès.
CURAÇAO (Géographie médicale). Voy. Antilles.
Avec les zestes d'oranges amères, dils curaçao, des giroiles et de la canelle, on prépare, par macération, une liqueur qui porte elle-même le nom de curaçao (50 grammes de zeste par 1000 grammes deau-de-vie). La macéralion doit durer 8 jours; après quoi, on ajoute 100 grammes d'eau et 250 grammes de sucre. Dans l'industrie, on donne une couleur rouge à la liqueur par l'extrait sec de campéche ou la cochenille, et l'on supprime souvent les girolles et la cannelle. On prépare un curaçao blanc de la manière suivante :
Faites macérer pendant cinq jours 50 grammes de zeste, 2 grammes de girofle, 2 grammes de cannelle dans 1000 grammes d'alcool à 75°, et distillez toute la partie spiritueuse. A 1000 grammes de l'ulcoolat obtenu, ajoutez un sirop fait avec 800 grammes de sucre et 1050 d'eau, et filtrez au papier blanc (Girardin).
Si nous entrons dans ce détail, c'est que, le curaçao bien préparé, convenablement aromatisé, est une des meilleures liqueurs digestivcs. En outre, il peut rendre une véritable service dans les affections fébriles accompagnées d'une soif intense et où les malades se dégoûtent promptement de toutes les tisanes. Celle qu'ils supportent peut-être le plus longtemps est une dissolution d'une petite quantité de curaçao dans de l'eau à la température de la chambre. 1).
CURAII5APALA. Nom donné au Neriuni antidysenterlciim, L.
CURACif;. Voy. Canaux, Egouts.
ccJRAi\CiA. JussiEU. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Scrofukrinées. L'espèce unique, qui représente ce genre, le Curanga amara Juss., est une plante herbacée, glabre ou à peine pubescente, portant des feuilles péliolées, ovales, crénelées sur les bords. Les fleurs en grappe ont un calice plane, quadripartite, une corolle rougeâtre, bilabiée ouverte, à lèvre supérieure émarginée, l'inférieure bifide; quati'e étamines didynames, ouvertes, dont les deux antérieures stériles ; une capsule ovale, ineluse dans le calice.
Le Curanga habile les Indes Orientales, les Moluques, les Philippines et Java. C'est le IScrofularia indica et le Daun Cucurangh de Rurnphius; le Gratiola amara de Roxburgh. Elle a une saveur amère et on l'emploie à Java et à Amboine contre les fièvres paludénnes. Pl.
Bibliographie. — Jussieu. Annales du Muséum, ÎX, p. 519. — E.vdlicheb. Gênera, p. 682. — RoxBunGu. Flora Indica, I, p. 156.— Rumi'hius. Herbarium amboinense, V, p. 459, lab. 170.
Pl. '
CL'RARE. § I. Botanique. Les plantes qui entrent comme éléments essentiels dans la préparation du Curare sont toutes des Strychnées, qui varient suivant les régions, dans lesquelles est préparé le poison. Des espèces d'autres familles y sont associées, mais ce sont des éléments accessoires, qui n'ont qu'une importance secondaire.
Les matériaux apportés depuis le commencement du siècle par les explorateurs de l'Amérique tropicale nous permettent d'indiquer avec certitude les principales espèces qui forment la base de la préparation. A cet égard, nous pouvons indiquer quatre régions principales, qui vont de l'ouest à l'est.
388 CURARE (botanique).
1° La région de la Haute- Amazone et des affluents de cette partie du fleuve. C'est une région fort étendue qui embrasse la partie supérieure du fleuve qui porte le nom de Maragnon et aussi celle qu'on appelle Solimoens, et les rivières du Javari, de l'Ica, du Yapoura qui s'écoulent dans l'Amazone. Les tribus qui, dans ces contrées, sont citées comme préparant le poison sont les Yaguas, les Oregones, les Pebas et les Ticunas. C'est même sous le nom de ces derniers, que le curare de ce pays a été apporté en Europe par La Condamine.
La plante principale de cette région est un Strychnos décrit par Weddell, à la suite de l'expédition de M. de Castelnau. 11 porte le nom de Ramou chez les Yaguas et de Tacato chez les Oregones. C'est le Strychnos Castelnœana Wedd. Dans certaines localités on y associe une Ménispermée du nom de Pani, chez les Yaguas {Bobougo des Oregones), à laquelle Weddell a donné le nom de Cocculus toxicoferus. C'est probablement un Abida. Enfin diverses plantes ont été indiquées récemment par M. Jobert et par M. J. Crevaux comme éléments accessoires de cette préparation. Ce sont des Pipéracées, des Aroïdées, des Aristolochiées, un Spigelia, le Petiveria alliacea, etc.
'■1° La région du Haul-Orénoque qui comprend le cours de ce fleuve depuis Esmeralda jusqu'aux cataractes d'Atures et de Maypures, le Cassiquiare, qui joint l'Orénoque au Piio Negro, et quelques localités des régions qui avoisinent ce curieux canal naturel. Les Indiens qui y préparent le curare sont les Maquiritares et les Piaroas.
Cette région a été explorée par de Humboldt et Bonpland en 1800, et ils ont donné, comme plantes principales de curare de ce pays, une espèce dont ils n'ont vu que les rameaux feuilles et que Kunth a rapproché du Rouhamon de la Guyane décrit par Aublet. La plante a été indiquée dans les JSova Gênera Americana de Kunth sous le nom de Lasiostoma ? Curare ; c'est le Rouhamon^. Curare D. C. du Prodrome. D'après les échantillons de la plante de Humboldt, qui sont au Muséum, l'espèce est distincte du Rouhamon Guyanense d'Aublet '
Cette espèce ne ressemble pas à la plante, qui a été envoyée, en 1867, en Europe, à M. Thirion, consul général du Venezuela, comme servant de base au curare du Ilaut-Orénoque et qu'un rapport ofiiciel indique comme croissant le long du fleuve jusqu'aux cataiactes de l'Atures et près du Cassiquiare et de la rivière Terni. Cette espèce, dont nous avons pu étudier les racines, les tiges et les feuilles, est celle que nous avons décrite sous le nom de Strychnos Gubleri.
3" La région de la Ginjane anglaise. Watterton, puis Schoniburgk nous ont fait connaître les plants qui entrent dans la composition du curare, qui est préparé vers le o° 10' latitude N., dans les montagnes granitiques de Camtku ou Conocou, qui bordent les savanes de la rivière Rupuruni, par les Indiens Macusis et aussi par les Orecunas et les Wopisianas. La plante principale est le Strychnos toxifera Sclionib., VUrari de cette région. On y associe deux autres Strychnos; le Strychnos Schomburgkii KIotz. et le Strychnos cogens Benlh., enfin quelques autres espèces mal déterminées, parmi lesquelles le Manuca, qui est la Zanthoxylée antisypliilitique.
4° La région du Haut-Pérou dans la partie méridionale de la Guyane française. Cette région a été explorée récemment par M. ,1. Crevaux, qui en a rapporté le Curare des Indiens Roucouyennes et Trios, et la plante qui en est le principal élément. Nous l'avons décrite, d'après ses échantillons, sous le nom
CURARE (action physiologique). 589
de Sti'ychnos Crevauxii. (Pour la description de ces divers Strychnos, voy.
VOMIQUIER.) Pl.
Bibliographie. — De Humbold et Boxplaxd. Voyage aux régions équinoxiales, II, p. 548. — Watterton. Wanderings in South America. — liicii. Schomburck. Reisen in Briltisch Guyana, 450-451. — R. SctioMBURGK. Annales of ISalural. Eislorij, 1" série, VII, 4H. — De Castel NAU. Expédition dans les parties centrales de V Amérique du Sud. Histoire du voyage, V, p. 14. — JoBEiiT. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 14 janvier 1878. — Gubler. Journal de thérapeutique, avril 1879, — G. Planchon. Comptes rendus de V Académie des sciences, 19 janvier 1880. — Journal de pharmacie et de chimie, 5" série, t. I, p. 198.
Pl.
§ II. Action physiologique. Le curare est une substance toxique dont les indigènes de plusieurs pays, particulièrement ceux de l'Amérique méridionale, se servent pour empoisonner la pointe des flèches et des lances dont ils font usage pour chasser les gros animaux et pour combattre ; de là le nom de poison des flèches, qui a été pendant longtemps synonyme de curare ; cette dénomination est abandonnée depuis qu'on sait que bien d'autres substances tirées de l'upas antiar, l'inée, etc, sont appliquées aux mêmes usages. On désignait encore le curare sous les noms de Woorara, Wonrari, Woorari, Ouvary, etc, aujourd'liui également presque oubliés.
Historique. C'est en 1595 que le curare fut apporté pour la première fois en Europe par Walter Raleigh, et l'on peut lire dans le récit de son voyage, récit émaillé de peuples géants, de montagnes d'or et de cyclopes, les merveilleux effets obtenus avec les flèches empoisonnées.
11 est fait de nouveau mention du curare dans la relation des voyages sur l'Amazone, des Pères d'Acunja et d'Aitieda (1659). Puis viennent Salvator Gilius, Alonso Martmez do Espinaz. Bartolomeo de Las Casas dont les narrations fantaisistes ne méritent d'être citées qu'à titre de curiosité. La Condamine vers 1 750 rapporta de la Guyane des échantillons de curare qui servirent aux expérience de Muschenbroek, Albinius et Van Swieten. Parmi toutes ces versions plus ou moins merveilleuses, un seul fait mérite d'être retenu, celui signalé par Bartolomeo : « Les Indiens, dit-il, se servaient de flèches préalablement trempées dans le curare, dans leurs luttes avec les Espagnols. Ceux d'entre ces derniers que leurs blessures n'avaient pas fait mourir immédiatement traînaient une existence maladive jusqu'à leur mort, laquelle survenait bientôt. »
Avec Bancroft, l'histoire du curare entredans une période plus exacte; on trouve dans ses récits quelques détails sur la préparation de ce poison, détails reproduits et modifiés par Martius.
De Huraboldt, qui a assisté à la préparation du curare, croit que la substance active provient d'une strychnée désignée sous le nom de bejuco de macure. Richard Schomburgk émet l'opinion que cette plante n'est autre que le Strychnos ro^</em. Watterton, Glapper ton, Goudot, parlent de venins de serpents, de fourmis, etc, comme entrant dans la composition de ce poison. Goudot donne même une description très minutieuse des diverses manières de préparer le curare ; il parle des danses, des conjurations qui précèdent la récolte des plantes, du feu entretenu d'abord par les vieilles femmes, puis par les guerriers ; enfin des cérémonies qui accompagnent le partage de substance toxique entre les différentes tribus {voy. ci-dess,uf<, Botanique).
Cet auteur publie un résumé des principales propriétés du curare, détails qu'on trouve reproduits par de Casteluau. Si nous ajoutons à ces noms ceux de
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MM. Roulin et Boussingault, nous aurons mentionné les voyageurs les plus connus parmi ceux qui, les premiers, nous ont révélé l'existence de ce singulier toxique.
Nous trouvons dans un mémoire récent du professeur Gabier, des renseignements certains sur la préparation du curare et sur son origine : « Le curare, dit un rapport officiel adressé à M. Eugène Thirion, consul de la république de Venezuela à Paris, est une liane dont le tronc peut atteindre la grosseur de 65 centimètres de circonférence ; son écorce a une épaisseur d'environ 3 millimètres et se divise en deux parties distinctes séparées, la première est une couche noire très-tine et la seconde une autre couche trois fois plus épaisse, de couleur jaune ; on extrait de ces deux écorces le poison appelé curare. » Cette plante se trouve dans tout le district du Haut-Orénoque : « La partie ligneuse de la tige est de couleur jaune ; sa fleur est petite et blanche. On trouve le curare dans les terrains élevés, dont la couche de terre végétale est noirâtre : jamais dans les terrains marécageux ou inondés; la racine possède une écorce louge dont on extrait aussi le poison. »
Voici maintenant comment ce rapport officiel expose la préparation du curare. « On râpe d'abord les écorces de la plante et de ses racines, puis on les fait bouillir pendant quelques heures jusqu'à ce qu'elles deviennent une espèce de pâte, que l'on passe ensuite dans un filtre aussi fin que possible ; on la soumet de nouveau à un feu lent jusqu'à ce qu'elle ait acquis la consistance d'un sirop épais : ce qui indique que le poison est alors arrivé à toute sa force. » Quand le poison est trop cuit, trop concentré, la chair des animaux tués avec des flèches empoisonnées devient amère et ne peut plus être mangée sans danger. Quand il est trop laible, on y ajoute le suc d'une autre liane, le Cariri. Les indigènes emploient aussi quelques fois le suc d'autres plantes, Picaton, Jare, Hueva. Quelqiies peuplades pour obtenir un curare plus toxique, ajouteraient le venin du Crotale ou du Mapanacé. Le curare est surtout préparé par les tribus des Maquiritares et des Piaroas.
En résumé, on savait que diverses peuplades américaines empoisonnaient leurs flèches avec un produit complexe dont l'absorption par la plaie amenait rapidement ia mort par suite d'alfaiblissement progressif et sans convulsions importantes. Mais comment agissait le curare? Quel était son principe toxique? Sur quel organe portait-il ses effets ? C'étaient là autant de points inconnus jusqu'au travaux de Claude Bernard (1844?) et aux leçons professées par lui au Collège de France en 1856. Cette date a une grande importance en physiologie car l'étude du curare a été non-seulement intéressante sous le rapport de l'analyse des propriétés spéciales à ce corps ; mais encore elle a marqué une ère nouvelle dans la méthode d'examen physiologique des poisons et a doté la science d'un agent des plus précieux pour l'étude expérimentale des diverses fonctions de l'organisme.
Depuis cette époque, le curare a fourni matière à de nombreux travaux dus, on peut le dire, à tous les physiologistes de tous pays, jusqu'à ce que les leçons de M. le professeur Vulpian vinssent une seconde fois fixer l'état de la science à ce sujet (1875).
On voit donc que, sous le rapport de la géographie, de l'ethnographie, de l'histoire naturelle, de la physiologie expérimentale et peut-être de la thérapeutique, le curare est une des substances les plus intéressantes que l'on connaisse; nous aurons, en conséquence, à l'étudier sous ces divers aspects.
Histoire naturelle. Le curare nous arrive sous trois formes : 1" dans des
CURARE (action physiologique). 391
petits pots ; 2° dans des callebasses et enveloppé de feuilles; 5° sur la pointe même des flèches qui en ont été enduites. Claude Bernard avait remarqué que le curare contenu dans les calebasses est beaucoup plus actif que celui renfermé dans des vases de terre; les envois reçus depuis cette époque sont venus confirmer cette observation du célèbre piiysiologiste.
Propriétés physiques. Quel que soit son mode d'importation, le curare se présente sous l'aspect d'une pâte plus ou moins dure, plus ou moins sèche, diine coloration brunâtre, rappelant celle des extraits végétaux ; desséché, il paraît conserver indéfiniment ses propriétés ou du moins il ne s'altère pas pendant un temps très long. Claude Bernard a souvent, dans ses leçons, tué des animaux avec des flèclies empoisonnées depuis plus de quinze ans. On a prétendu que, pour conserver ses propriétés, ce poison devait être gardé à l'abri de l'humidité; que les peuplades qui en font usage ont l'habitude de le placer dans les coins les plus secs de leurs habitations, et que de plus il fallait même l'exposer de temps en temps à l'action du feu. Cependant Claude Bernard {loc. cit.) a conservé pendant deux ans une solution aqueuse de curare sans que la puissance toxique de celui-ci se soit sensiblement modifiée. La chaleur n'altère pas le curare, et une solution de cette substance qui a été soumise à l'ébulition agit aussi rapidement qu'une autre qui n'a pas bouilh.
Nous avons vu que certains auteurs; (J. J. Ilartsinch, Bartolomeo de Las Casas, de La Condamine, Bancroft, de Pau, Martius, Richard Schomburgk, Cil. Watterton, Clapperton, Goudot, etc.) ont prétendu qu'il entrait dans la composition du curare un poison d'origine animale. Les partisans de cette manière de voir basaient surtout leur opinion sur ce fait longtemps considéré comme démontré que le curare n'est pas toxique quand il est introduit dans le tube digestif dont la muqueuse est intacte.
Nous aurons bientôt à voir jusqu'à quel point cet argument est exact ; mais sans aller plus loin, nous dirons que d'autres voyageurs, de Castelnau, de llumboldt, pour ne citer que les plus célèbres, disent qu'ils ont assisté à la préparation du poison et qu'il ne contient que des sucs végétaux. Marcoy, voyageur moderne, a assisté à la préparation du cvirare; il a constaté que les sauvages de l'Amérique du sud y font entrer des parties extraites de plusieurs animaux, serpents, fourmis, insectes divers; mais il croit que les deux plantes employées, une liane et un arbre, ont seules des propriétés actives. On pourait répondre qu'il peut se faire qu'il n'ait pas suivi cette préparation dans tous ces détails ; aussi Cl. Bernard fait-il remarquer que certains caractères propres au curare suffisent pour établir son origine végétale ; sa résistance à la chaleur, sa conservation en présence de substances qui fermentent, son inaltérabilité par certains corps qui détruisent les matières animales, le prouveraient surabondamment. Mais si tout le monde est maintenant d'accord pour reconnaître au principe toxique du curare une origine exclusivement végétale, il n'en est pas de même sur le nom de la plante qui le fournit.
La plupart des auteurs le font provenir d'une Strychnée, le StrycJmos toxifera; d'autres y font entrer les sucs de plusieurs plantes (Jobert), et chacun sait que Cl. Bernard, en faisant des expériences avec le suc du PaulUnia cururu, a obtenu des résultats très-comparables à ceux que fournit le curare *. On avait
* Cependant M. J. Crevaux, médecin de marine, qui a pu étudier sur les lieux mêmes, à la Guyane, croit (1877) que la plante qui fournit le curare est non pas une liane, mais im arbuste qui appartient à la famille des Loganiacées.
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cru pouvoir nier que le poison des Ticunas vint d'une strychnée, en comparant ses effets à ceux d'autres alcaloïdes extraits de plantes de la même famille; mais c'est là une raison sans valeur scientilique, et qui est bientôt détruite quand on compare, par exemple les résultats fournis par la solanine, la nicotine et l'atropine tirées des solanées ; par la thébaïne et la morphine données par une même plante, le pavot. 11 est du reste fort possible que divers sucs entrent dans la composition du curare, en lui donnant soit une plus grande toxicité, soit une rapidité d'action plus considérable. C'est ce qui semblerait résulter du travail de M. Jobert, sur le curare médicinal, le curare de chasse et même sur une troisième variété bien plus rapidement toxique, grâce à l'addition du suc de quatre pipéracées différentes, qui peut-être n'agissent alors qu'en activant l'absorption (Marey).
Le curare est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; du moins ce fuit est vrai pour son principe actif, car les i^olutions aqueuses de curare sont toujours troubles et laissent déposer différents résidus qui y sont seulement en suspen- ,^ion. Ce même principe actif est soluble dans tous les liquides de l'organisme, dans le sang, l'urine, la salive, etc. Les solutions légèrement acides ou alcalines le dissolvent également sans l'altérer.
Propriétés chimiques. Le curare, au point de vue chimique, n'est pas un corps nettement défini et dont on puisse exprimer la composition par une formule, c'est un mélange ; mais il n'en est pas de même de son principe actii, la curarine.
Boussingault et RouUin essayèrent les premiers d'isoler le principe actif du curare par plusieurs dissolutions successives dans l'alcool; par ce moyen, ils obtinrent un résidu incolore de consistance sirupeuse, qu'ils désignèrent sous le nom de curarine. Cette substance, évaporée dans le vide, prend un aspect corné. Pelletier et Petroz obtinrent, en agissant par l'éther, des résultats analogues et toujours un corps de consistance cornée. C'est une masse solide, d'un jaune pâle, disposée en couches minces ; traitée par l'acide nitrique, elle prend une teinte rouge sang; par l'acide sulfurique, elle devient couleur carmin. Elle a une saveur très-amère et, sous l'influence de la chaleur, elle se détruit en répandant des vapeurs épaisses.
Le corps obtenu par ces premiers chimistes n'a plus, en quelque sorte, qu'un intérêt historique, depuis que Preyer (1865) est parvenu à isoler une véritable curarine cristallisée, et dant la formule chimique est C^°H'^Az.
Dans le travail de M. Gubler, on trouve une vue nouvelle sur l'origine du curare. Nous avons dit que plusieurs physiologistes faisaient valoir, pour repousser l'idée que le curare est extrait de la famille des strychnées, que les alcaloïdes de cette famille sont tétanisants, tandis que le curare est paralysant. Sans donner à cet argument plus de valeur qu'il n'en a^ Gubler en tient cependant compte, et il croit avoir trouvé l'interprétation de ce fait dans les arguments sui\ anls et w dans les remarquables résultats obtenus en France et en Angleterre, à l'aide des dérivés de la strychnine, résultats dont personne, à notre connaissance, n'a eu jusqu'ici l'idée de s'emparer pour en faire l'application à l'interprétation des effets du curare. Ainsi les propriétés de V éthyl-strychnine offrent une singulière analogie avec celles du curare. Elle nous apparaît, dans les expériences de G. Brown et de Thomas Fraser, aussi bien que dans celles d'André Cahours et de Jolyet.» On pourrait alors admettre que, pendant la préparation du curare, ce corps passerait à l'état à' éthyl-strychnine ou deméthyl-strychnine. M. Gubler se proposait de soumettre cette vue de l'esprit à l'expérimentation.
CURARE (action physiologique). 593
La curarine se présente sous forme de cristaux très-hygrométriques qui brunissent à l'air en absorbant l'humidité; elle est remarquable en ce qu'elle ne contient pas d'oxygène. Elle se combine avec plusieurs acides minéraux pour former des sels très-déliquescents, qu'on peut cependant faire cristalliser. La crurariiie et ses sels sont très-solubles dans l'eau et forment des solutions qui se conservent très-bien. Les effets de la curarine sont tout à fait identiques à cause du curare (Bert) et d'une action incomparablement plus énergique et environ vingt fois plus forte que celle du curare dont elle provient, c'est-àdire de celui des calebasses (Cl. Bernard, Yulpian).
D'après Koch, l'acide sull'urique monohydraté serait un réactif de la curarine, d'une extrême sensibilité. On pourrait ainsi déceler dans les liquides et même dans les tissus la présence de quantités infinitésimales de curare (six centièmes de milligrammes). La solution prend d'abord une coloration rouge vif qui devient plus foncée, et au bout de quelques jours passe au rose.
Comme dernier trait se rapportant à l'étude du poison, nous dirons quelques mots des corps qu'on a signalés comme ses antidotes chimiques, c'est-à-dire de tous ceux qui détruisent ou tout au moins masquent la substance active du curare.
Braynard et Greene d'abord, puis Alvaro Reynoso ont publié sur ce sujet de très-importantes recherches que l'on peut résumer dans les données suivantes. Certains corps, tels que le chlore, le brome, détruisent complètement la substance toxique ; ainsi, si l'on a ajouté un de ces deux corps à une solution de curare, en quantité suffisante, on pourra l'injecter sous la peau des animaux sans produire intoxication curarique. En vain alors cherchera-t- on, par des procédés chimiques appropriés, à enlever le brome ou le chlore de la solution, jamais oelle-ci ne recouvrera ses propriétés toxiques ; le principe actif est détruit et ne peut être reconstitué. D'autres corps au contraire, s'ils sont mêlés au curare, empèclient, sans le détruire, ses effets toxiques de se produire ; l'iode est de ce nombre. Si, par exemple, après Cl. Bernard, on injecte sous la peau d'une greno\nlle un mélange d'iode et de curare, de telle façon que le poison y soit contenu en quantité plus que toxique, la grenouille souffre localement; mais on ne constate aucun symptôme d'empoisonnement par le curare. Cependant si, par des moyens convenables, on enlève l'iode, la curarisation a lieu ; dans ce second cas, la curarine était en quelque sorte masquée, combinée avec l'iode, formant un composé inoffensif, mais non détruite comme précédemment. L'iode a agi en retardant et même en empêchant l'absorption du curare, voilà tout. Nous voyons des effets analogues se produire lorsque nous employons l'acide sulfurique ou lacide nitrique ; de même avec la potasse, la soude, la chaux, etc., en un mot, tous les agents caustiques.
On a attribué (Monard) une action semblable au tabac ; mais ce fait n'est pas établi sur des données certaines.
Nous aurions pu léserver ces faits pour les développer lorsque nous nous occuperons de l'absorption du curare; nous avons cru qu'il n'était pas inutile de les signaler à propos de l'étude chimique parce qu'il n'y a là qu'un effet caustique qui n'a rien de spécial au curare, et qu'ils nous fournissent l'occasion de faire de suite justice de différents préjugés se rapportant à l'intoxication curarique datant presque tous de l'époque de la conquête de l'Amérique méridionale par les Espagnols. Nous citerons, en première ligne, le prétendu antidotisme du sel marin et du curare, les effets salutaires du sucre, etc.
594 CURARE (action physiologique).
Absorption du curare. Nous avons vu, plus haut, que l'un des arguments invoqués en laveur de l'origine animale du principe actif du curare était précisément sa non-absorption par les muqueuses intactes et partout revêtues de leur couche épithéliale ; cette manière de voir reviendrait à considérer ce principe toxique comme un virus. Mais c'est là une interprétation erronée d'expériences incomplètes ; l'on peut parfaitement empoisonner un animal en introduisant dans le tube digestif sain et sans érosion, une quantité suffisante de curare. Il est vrai que, sous ce rapport, cette substance présente des particularités singulières et que les doses nécessaires pour amener la mort d'un animal, après ingestion, sont beaucoup plus fortes qu'on eût du s'y attendre à première vue (Bernard, Vulpian).
11 est de règle, on le sait, que la quantité d'un poison capable d'amener le mort d'un animal soit toujours plus considérable par introduction dans le tube digestif que par injection sous la peau; tous les poisons végétaux, atropine, morphine, strychnine, par exemple, sont dans ce cas. La voie endermique, la muqueuse respiratoire absorbent plus facilement que la muqueuse digestive ; mais, quel que soit le rapport entre ces doses, il est toujours relativement faible. Pour le curare, rien de semblable, et les expériences de M. Yulpian vont nous permettre de l'établir. Cet émiuent physiologiste, en effet, a pu démontrer que, contrairement à l'opinion émise par beaucoup d'auteurs, le curare peut être absorbé par les surfaces muqueuses absolument intactes. Cependant, cette absorption étant ici très-lente, il n'existe pas de rapports constants entre la dose toxique par ingestion, cette dernière devant pi esque toujours être très-forte pour contrebalancer la perte par élimination.
Avant d'exposer les détails de l'absorption du curare par les divers organes, nous ferons remarquer que toutes les conditions qui retardent la circulation s'opposent à sa rapidité. Ainsi une grenouille laissée en liberté absorbe la substance toxique beaucoup plus vite qu'une autre fixée sur la planchette de liège au moyen de quatre épingles traversant les pieds et les mains et dont, dans de telles conditions, la circulation est entravée ; dans ce second cas, les effets peuvent ne se produire qu'au bout d'une demi-heure (Vulpian), tandis que dans le premier, quatre ou cinq minutes suffisent presque toujours pour produire la résolution.
Voici comment se fait l'absorption du curare par les différentes voies.
Par les organes digestifs, elle est beaucoup plus lente que par le tissu cellulaire sons-cutané; de plus, cette lenteur varie avec certaines conditions, telles par exemple, que l'espèce de l'animal, l'état de plénitude ou de vacuité de l'estomac. Cliez la grenouille, l'absorption par le tube digestif est relativement rapide ; chez les oiseaux, quand le poison est introduit dans le larynx, l'œsophage ou le jabot, les effets toxiques ne se font point attendre. Les jeunes cobayes présentent les mêmes particularités, ainsi que l'avait déjà démontré Fontana.
Ce qui avait pu accréditer l'erreur de la non-toxicité du curare, introduit dans les voies digestives, c'est que souvent alors, il est éliminé presque aussi vite qu'absorbé et qu'ainsi il ne se trouve pas a un moment donné dans le sang en quantité suffisante pour produire l'empoisonnement. C'est par le rein que le curare s'élimine, au moins en grande partie, et la preuve en est qu'avec le résidu de l'urine d'un animal curarisé (urine qui contient non-seulement du curare, mais encore du glucose) (Bernard), on peut empoisonner une grenouille.
CLIRARE (action physiologique). 595
Si donc, on empêche l'éliminalion du poison, soit en extirpant les reins (Bernard, Viilpian) soit par tout autre moyen, on permet ainsi l'accumulation de L'agent toxique dans le sang et, par suite, la production de tous les phénomènes de la curarisation.
La muqueuse vésicale n'absorbe pas le curare, et l'on comprend alors comment un animal soumis à la respiration artificielle peut revenir à la vie ; le curare s'accumule dans la vessie et, n'étant pas repris par la circulation, ne produit aucun effet jusqu'au moment où il sera expulsé avec l'urine.
La muqueuse des voies respiratoires (fosses nasales, larynx, trachée, bronches, poumons) paraît douée d'une grande puissance d'absorption pour le curare. Si l'on injecte, en effet, dans ces organes, une solution de curare, l'empoisonnement survient très-vite (Bernard). Cependant les vapeurs du curare, même lorsqu'elles sont très-abondantes, ne sont pas absorbées; c'est là du moins l'opinion des voyageurs modernes. Tout au contraire, la muqueuse branchiale des poissons se laisse difficilement pénétrer.
Nous avons vu le curare agir sur les vertébrés avec une intensité presque toujours la même; chez les invertébrés, son action se fait également sentir, mais plus faiblement et d'une manière moins constante. Ainsi, on a pu produire la paralysie curarique chez l'escargot, les paladines, les larves d'insectes (Vulpian); au contraire, les polypes d'eau douce et les planaires peuvent vivre longtemps dans une solution aqueuse de curare sans paraître en éprouver aucun accident particulier.
De ce que nous avons dit plus haut, il résulte que le curare mis en rapport avec des surfaces intactes peut être absorbé ; cependant, il faut bien reconnaître que, presque toujours, c'est après avoir été introduit par un traumatisme, au voisinage des vaisseaux, qu'il agit. Porté dans le tissu cellulaire sous-cutané, il produit des effets d'une intensité extrême; cela du reste n'est encore rien à côté de ce qu'on observe quand on l'injecte dans le tissu musculaire, dont le réseau capillaire est bien plus serré, et bien plus encore quand la solution est poussée directement dans la cavité d'une veine.
Doses. La dose toxique de curare est, chez les mammifères en général, proportionnelle au poids du corps de l'animal. Pour tuer un chien, il en faut de 8 à 10 centigrammes. Des voyageurs prétendent que plusieurs flèches sont nécessaires pour causer en deux ou trois minutes la mort d'un sanglier.
Il est facile de comprendre, après ce que nous avons dit de la lenteur de l'absorption du curare par le tube digestif, comment la chair des animaux tués avec des flèches curarisées peut être mangée sans produire aucun accident ; c'est ce qui explique que ces flèches sont employées, non-seulement dans toute l'Amérique méridionale, mais encore dans la plus grande partie de l'Afrique équatoriale au moins dans le bassin du Congo (Stanley).
L'action locale des solutions curariquesne paraît pas irritante ; en effet, quand on injecte cette solution sous. la peau d'un animal, il ne manifeste aucun signe de douleur. Si le sujet survit à l'empoisonnement, grâce à la respiration artificielle, le point où a été faite la piqûre ne se tuméfie pas, ne devient pas douloureux, en un mot, ne présente aucun des symptômes de l'inflammation. Chez l'homme, ainsi que nous aurons à le répéter à propos de la thérapeutique, l'action locale du curare est également à peu près nulle. Il n'y a pas de douleur au siège de l'injection ; tout au plus y remarque-t-on une légère rougeur avec gonflement œdémateux de l'étendue d'une pièce de 5 francs (Voisin etLiouville);
396 CURARE (action physiologique).
au bout de très peu de jours, toute trace de la piqûre a disparu. Ces phénomènes sont tout à fait comparables à ceux que l'on observe après les injections de morphine, d'atropine, en un mot, toutes les substances non toxiques.
Etude générale de l'action du caRARE. Les premiers expérimentateurs savaient seulement que le curare tue les animaux en produisant une paralysie générale et progressive ; c'est en cela que se résument toutes les connaissances acquises depuis Walther Raleigh jusqu'aux premières recherches de Claude Bernard (1845). A partir de cette épo()ue, les études sont entrées dans une voie nouvelle qui nous a conduits à de précieuses conquêtes.
Quand on empoisonne un animal avec une dose relativement forte de curare, voici ce que l'on observe : au moment même de la piqûre, l'animal qui ne soulfre pas, ainsi que nous venons de le dire, reste au repos ou se promène tranquillement ; puis peu à peu, après un temps variant avec la dose, la puissance du poison, l'espèce et le poids de l'animal, les phénomènes d'intoxication apparaissent ; le sujet fléchit d'abord sur un côté ou plus souvent sur son train postérieur ; il se couche, la tête tombe, les mouvements respiratoires s'accélèrent, mais diminuent d'amplitude ; on voit souvent se produire quelques mouvements convulsifs (Bernard, Vulpian), la respiration cesse et l'animal est en état de mort apparente, cependant le cœur bat encore. Tels sont, à grands traits, les symptômes de l'intoxication curarique.
Le cœur bat encore, avons-nous dit, mais ses contractions ne persistent que pend.int de très-courts instants, si l'on ne supplée pas par la respiration artiflcielle, à l'impuissance des muscles respiratoires. (Chez la grenouille, au contraire, les pulsations cardiaques persistent, sans qu'on ait recours à aucim artifice, pourvu que la peau soit maintenue humide, parce que chez elle la respiration cutanée suffit à entrelenir l'hématose).
Pendant toute la première période de l'intoxication curarique, alors que déjà la puissance musculaire est sinon détruite, au moins très-diminuée, la sensibilité générale et l'intelligence paraissent absolument intactes ; qu'un bruit se produise, qu'on appelle l'animal, son œil s'anime et cherche. Si l'on excite directement un point quelconque des téguments, on constate de grands efforts destinés à produire des mouvements défensifs mais qui restent très-limités, grâce au degré d'affaiblissement des muscles.
Tel est le tableau général de l'intoxication curarique, tel est l'ensemble des phénomènes observés par les voyageurs sur les animaux tués au moyen de flèches empoisonnées avec le curare. Tels sont aussi les symptômes que les Espagnols et les Portugais eurent trop souvent l'occasion d'analyser chez leurs soldats à l'époque de la conquête du Sud-Amérique et surtout de celle du Brésil.
De la mort dans l'empoisonnement par le curape. Comment survient la mort chez les animaux empoisonnés par le curare? L'analyse de la succession des symptômes, leur enchaînement, permettent d'établir que la mort est due à l'arrêt de la respiration, arrêt dont la cause prochaine est la paralysie des muscles respiratoires. En effet, les mammifères, les reptiles, les oiseaux, ne peuvent vivre qu'à la conrlition de faire pénétrer dans leur poitrine l'air destiné à fournir l'oxygène du sang; il faut donc, pour que la vie persiste chez eux, l'entrée en jeu et la contraction synergique d'un très-grand nombre de muscles striés. Or, nous avons vu que le curare paralyse les muscles à fibres striées : il en résulte donc un arrêt définitif de la respiration et par conséquent la mort. De plus,
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nous avons pu constater que les muscles respiratoires subissent, les derniers l'influence du poison, quand déjà depuis longtemps l'animal tremble, que ses membres fléchissent et ne peuvent plus supporter le poids de son corps ; à ce degré d'affaiblissement, déjà si prononcé, les fonctions purement vitales s'accomplissent encore régulièrement. Allons plus loin, dans cette analyse, tous les muscles respiratoires ne perdent pas en même temps leurs propriétés, ceux qui président à l'expiration, fonction qui, dans l'état normal, ne réclame pas de contractions puissantes et est en quelque sorte mécanique, sont atteints les premiers ; puis les muscles inspirateurs accessoires, les pectoraux, les muscles de l'épaule, etc., cessent de se contracter après avoir e\écuté d'abord des mouvements énergiques et désordonnés. Enfin c'est sur le muscle animé par le nerf phrcnique que l'action du curare paraît agir en dernier lieu : le diaphragme reste alors inerte, l'animal a cessé de respirer. A ce moment, tous les nerfs qui animent les muscles à fibres striées sont touchés par le poison ; les sphincters sont à l'état de relâchement; seules, de toutes les fibres striées, celles qui constituent le muscle cardiaque paraissent faire exception pour quelques instants. La constitution anatoniique propre, l'innervation toute spéciale du cœur, expliquent, sans qu'il soit nécessaire pour le moment, de chercher d'autre interprétation, cette particularité. Chez les poissons, chez les têtards, la mort survient par le même mécanisme, arrêt de la l'espiration dir à la paralysie des muscles qui écartent les lamelles branchiales ou soulèvent l'opercule qui recouvre les branchies.
Chez tous les vertébrés la respir.ilion s'ariête avant les mouvements du cœur; et l'on peut, par la respiration arliticielle, prolonger les contractions de cet organe assez longtemps pour permettre à tout le poison de s'éliminer et aux nerfs de recouvrer leurs fonctions et de présider de nouveau à la contraction des muscles striés (Watterlon, 1812).
Les mouvements du cœur des batraciens, chez qui la respiration cutanée est suffisante pour entretenir les échanges gazeux et présider à l'hématose, peuvent persister pendant plusieurs jours jusqu'à l'élimination complète du poison et par conséquent jusqu'au retour de la contractilité des muscles striés et des mouvements volontaires auxquels ils président.
Si la dose de curare est trop forte, la mort peut survenir par un autre mécanisme et alors les modificîitinns histochimiques sont trop pi'ofondes pour que la respiration artificielle suffise à empêcher l'an^êt des contractions du cœur. Cet organe s'arrête alors, non plus parce que le sang n'est pas suffisamment oxygéné pour exciter les contractions mais parce que les nerfs du cœur eux-mêmes ont subi l'influence du curare et sont devenus impropres à remplir leurs fonctions. Tout au moins il se produit dans les nerfs du cœur des phénomènes comparables à ceux qui ont lieu dans les nerfs des muscles striés. Avec une dose trop forte comme a\ec une dose moyenne, la mort est donc toujours, en dernière analyse, le résultat d'une paralysie.
Quel est le mécanisme de cette action paralysante? A priori, il peut tenir à diverses causes : 1° abolition des fonctions des centres nerveux; 2° suppression de l'influence des nerfs moteurs sur les muscles striés ; 3" disparition des propiiétés physiologiques spéciales des muscles, c'est-à-dire de leur contractilité.
De ces trois termes, il en est un que nous pouvons déjà éliminer, comme l'a f;ùt Claude Bernard, c'est la suppiession de la contractilité musculaire, car il est facile de s'assurer que cette fonction reste intacte. Mais si, après avoir fait contracter les muscles par une faible excitation électrique, nous portons l'excitateur
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sur le nerf correspondant mis à nu, les fibres musculaires restent au repos, aucune contraction ne se produit. Cette ex[)érience, si simple, permet d'affirmer, qu'au moment de la mort de l'animal, les muscles striés ont conservé leur contractilité mais que ce phénomène ne peut plus se produire sous l'influence d'une excitation portée sur les nerfs moteurs, Gela ne nous apprend rien sur l'élat des centres nerveux ; nous y reviendrons.
État des muscles et des nerfs daims l'iintoxication curarique. Muscles. Si l'on pousse plus loin l'étude de l'état des muscles chez l'animal curarisé, voici ce que l'on constate : la puissance de la contractilité musculaire demeure sensiblement la même et la faible diminution qui existe en réalité (Rosenthal) est très-difficile à apprécier. On peut vérifier cette vérité en excitant les muscles soit par l'électricité, soit par une excitation mécanique.
Nerfs. Gomment sont atteints les nerfs qui animent les muscles striés? Trois conditions peuvent se présenter : 1° les fibres nerveuses ont perdu leur pro[iriété dans toute leur étendue; 2° elles sont privées de la faculté de transmettre les excitations; 3" ou bien encore c'est le pouvoir spécial de porter l'excitation aux faisceaux musculaires striés qui leur est enlevé. Les recherches de Claude Bernard d'abord, celles de M. Vulpian ensuite, ont permis d'établir que c'est plutôt la troisième hypothèse qui se réalise, c'est-à-dire que les fibres nerveuses motrices, tout en demeurant excitables, en conservant la propriété de transmettre les excitations qu'elles ont reçues, ne peuvent plus avoir d'influence sur les fibres musculaires striées. Claude Bex^nard, par plusieurs expériences, a démontré que c'est sur la portion du nerf comprise dans l'épaisseur même du corps charnu du muscle que le curare porte son action. Ces fibres nerveuses, mises en contact direct avec le curare en dehors du muscle, peuvent encore être excitées et faire contracter celui-ci ; elles peuvent transmettre les excitations portées plus haut et provoquer l'entrée en jeu des fibres striées, pourvu toutefois que le contact du curare n'ait pas lieu dans la partie du nerf comprise dans l'épaisseur du muscle. Cette particularité avait déjà été remarquée depuis longtemps (Fontana). De plus, les nerfs conservent tout à fait intacte leur force électro-motrice; plusieurs auteurs croient même que celte dernière est un peu accrue et pensent pouvoir expliquer cette augmentation par la paralysie des nerfs vasculomoteurs (Valentin). On retrouve également dans ces nerfs la force électro-tonique et cette autre propriété connue sous le nom de variation négative.
Sur quel poiint du nerf porte l'action du curare? D'une part, les fibres musculaires striées et les fibres nerveuses conservent toutes leurs propriétés physiologiques ; d'autre, part les excitations lancées sur le tiajet d'un nerf n'arrivent pas au faisceau musculaire et ne le font point entrer en action; voilà ce que nous savons. Comment peut-on expliquer ce phénomène? Évidemment il ne peut être dû qu'à une interruption dans le circuit. Quel est le siège exact de cette interruption? C'est là une question qui a exercé la sagacité des physiologistes. Faut-il admettre, avecOttoFûncke, l'existence, ou point de jonction des fibres musculaires et nerveuses, d'une matière spéciale, qui serait la plaque terminale et sur laquelle agirait le curare? Pour M. Vulpian, on ne peut pas considérer comme établi que le curare agisse exclusivement et primitivement sur la plaque terminale des fibres nerveuses motrices. En effet, ce savant a pu constater que, chez l'animal curarisé, alors que les mouvements volontaires et réflexes sont complètement et définitivement abolis, on peut encore jusqu'à l'élimination du curare, par l'électrisation directe du nerf, provoquer des con-
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tractions dans les muscles. Ce phénomène se produit, répétons-le, quand, les mouvements volontaires ayant disparus , les muscles respiratoires euxmêmes vont cesser de se contracter et la respiration s'éteindre. Ajoutons qu'en se servant de moyens propres à graduer et à mesurer l'intensité des courants faradiques, on a reconnu qu'au moment de la mort par curarisation, la contractilité musculaire provoquée par des excitations électriques des muscles est plus intense qu'à l'état normal ou qu'au moment de la mort provoquée par d'auti'es moyens (Paul Bert). Si, continuant l'expérience, on cherclie à savoir ce que cette motricité devient, on constate qu'elle diminue très-vite et disparaît au bout de peu de temps. Les expériences que nous venons de relater ne résolvent donc pas les difficultés et le problème reste entier. Voici maintenant comment Claude Bernard interprète ces résultats : le curare, dans les premiers moments de l'intoxication, n'abolirait pas le fonctionnement des extrémités périphériques des fibres nerveuses motrices, il ne produirait alors qu'une modification toute spéciale; mais, presque aussitôt après, ces fibres motrices perdraient définitivement leurs propriétés, phéiiomcne qui marcherait du conlrc à la périphérie. Bernard a entrepris de vérifier son interprétation par des expériences dont nous allons exposer le résultat. Mettant à nu les racines antérieures des nerfs rachidiens, il a porté l'excitation électrique sur ces racines ellesmêmes et a pu s'assurer que celles-ci perdent leur excitabilité avec une excessive rapidité et avant le tronc nerveux; ce serait là une soUition si ce résultat ét;iit constant et absolument démontré. Or, pour M. Vulpian, qui a répété les expériences de Claude Bernard, il ne se présente pas dans tous les cas. De plus, ce dernier physiologiste a électrisé directement la moelle épinière au débat de l'intoxication curarique et il a pu, parce moyen, s'assurer que l'excitation faradique de ce centre nerveux provoque des mouvements dans les membres postérieurs. Ce qui est plusdémonstralif encore, il a renouvelé l'expérience quelque fois plus d'un quart d'heure après la cessation dn, la respiration spontanée, plusieurs fois chez un même animal en état de mort apparente.
Si on injecte dans la veine une assez forte dose de curare, la motricité disparaît assez vite dans la moelle épinière et ne cesse que quelques instants plus tard dans les troncs nerveux directement excités. Faut-il interpréter ce résultat dans le sens de la théorie de Claude Bernard? 11 ressort des recherches les plus récentes que, dans l'intoxication curarique, au moment où cesse la matilité volontaire et réflexe, les nerfs moteurs ont conservé un degré d'excitabilité au moins égal à celui qu'ils possèdent à l'état normal, et cela depuis la périphérie la plus extrême jusqu'à leur origine* dans les cellules multipolaires de la substance grise des cornes antérieures de la moelle épinière ou dans celle des parties correspondantes de l'isthme de l'encéphale ou mieux des noyaux gris en général.
. De ces expériences il ressort encore qu'au début de la paralysie curarique, les fibres nerveuses motrices ne sont pas physiologiquement détachées des faisceaux musculaires primitifs, puis(|U8 les excitations expérimentales portant sur les nerfs moteurs ou sur la moelle épinière, au-dessus des origines des nerfs des membres postérieurs, peuvent déterminer de forts mouvements de ces membres. Le problème est donc de savoir sur quel organe agit le curare. Est-ce en diminuant dès le début l'aptitude des centres nerveux, encéphale et moelle épinière, que le curare supprime les mouvements volontaires et réilexes? Celle hypothèse est inexacte et contredite par les expériences qui établissent que les
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centres cérébro-spinaux ont conservé leurs aptitudes fonctionnelles. Cependant, malgré toutes ces objections, l'opinion de M. le professeur Vulpian qui est la plus récemment émise est que : la cause de la paralysie initiale réside dans les points où, se fait la communication physiologique entre les fibres nerveuses motrices et les faisceaux musculaires primitifs.
Si nous avons si longuement insisté sur ces particularités de l'action du curare, c'est qu'il était de la dernière importance de bien établir où en est aujourd'hui l'état de la science. Le curare sert de type à certains poisons ; il est d'un usage journalier dans les recherches physiologiques tur le mode d'action des autres substances toxiques. On conçoit dès lors combien il est nécessaire de savoir exactement quelle part il faudra assigner au curare dans les symptômes observés.
Avant de passer en revue les effets du curare sur les différents organes et appareils, nous emprunterons aux leçons de M. Vulpian le tableau synthétique de sa puissance en tant que poison paralysant.
<( L'action paralysante du curare n'est pas due à une influence de ce poison soit sur la substance propre des faisceaux musculaires primitifs, soit sur les fibres nerveuses motrices elles-mêmes. Les faisceaux musculaires primitifs et les fibres nerveuses motrices conservent leurs propriétés physiologiques et leurs aptitudes fonctionnelles alors que les mouvements volontaires et rétiexes ont cessé et alors même que les excitations artificielles expérimentales des nerfs moteurs ne peuvent plus provoquer la moindre excitation musculaire. C'est dans le point de l'élément nerveux et de l'élément musculaire que s'exerce l'action du curare, au moins au début de l'intoxication et pendant une assez longue période après l'invasion de la paralysie curarique. Il y a comme une rupture physiologique entre la fibre nerveuse motrice et le faisceau musculaire innervé par cette fibre. Chacun de ces deux éléments a conservé ses propriétés : la fibre nerveuse, sa iiévrilité; le faisceau musculaire, sa contractivité; et cependant, les excitations conduites par la fibre nerveuse jusque dans l'intérieur du sarcolemme ne peuvent plus se communiquer à la substance propre du faisceau musculaire. Quant à ce qui concerne la nature de la modification produite par le curare, nous ne savons absolument rien. »
L'état de la température a une infiiience réelle sur l'action du curare, ainsi les nerfs moteurs conservent leurs propriétés jusqu'à ce que la paralysie curarique soit complète. Ce pliénomène est plus prolongé en hiver qu'en été.
Les nerfs, tout en conservant leurs propriétés physiologiques chez les animaux curarisés, cessent rapidement de pouvoir faire entrer les muscles en contraction (nous ne parlons, bien entendu, pour le moment, que des nerfs de la vie animale). Tous les nerfs moteurs ne perdent pas au même moment leur action sur les muscles ; il y a, en quelque sorte, un ordre qui semble se reproduire toujours avec la même régulai ité. Les nerfs des membres postérieurs paraissent être paralysés les premiers, puis ceux des membres antérieurs se prennent ; enfin les autres nerfs n)oteurs sont atteints dans l'ordre que voici ; Je cou, le tronc et enfin la face ; l'on voit, en effet, dans quelques circonstances, les mnscles de la face exécuter des contractions alors que tous les autres muscles de la vie animale sont paralysés depuis longtemps. M. Vulpian fait même remarquer que les muscles peauciers conservent bien plus longtemps leur contractilité que les autres muscles ; aussi on voit souvent des contractions réflexes des muscles peauciers de la face et du cou longtemps apiès que celles des autres muscles ont
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cessé de se produire ; ajoutons cependant que ces mouvements ne se produisent que dans les premiers moments de la paralysie curarique. Les nerfs phréniques conservent leur excitabilité quand déjà les autres nerfs ont perdu la leur ; ce fait vient corroborer cette particularité souvent remarquée, à savoir : que les muscles respiratoires forment en quelque sorte un intermédiaire physiologique, entre les muscles de la vie de relation et ceux de la vie organique, quoiqu'ayant une structure absolument identique à celle des autres muscles striés.
Quand un animal curarisé est soumis à la respiration artificielle jusqu'à ce que les mouvements reviennent dans ses muscles volontaires on voit les nerfs recouvrer leurs propriétés physiologiques dans l'ordre inverse de celui où ils les ont perdues; ainsi les muscles de la respiration sont ceux dont les nerfs récupèrent en premier lieu la faculté d'exciter des contractions; puis les mêmes propriétés reviennent dans les nerfs qui animent les peauciers ; ensuite dans ceux qui président aux mouvements de la face, du Ironc, du cou ; enfin reviennent à leur état normal les nerfs des membres ceux des membres antérieurs d'abord, puis ceux des membres postérieurs dont les propriétés paraissent tout à fait à la fin, comme ils ont été les premiers touchés. Or, ces particularités sembleraient indiquer que la connexion entre les fibres nerveuses motrices et les fibres musculaires striées ne se fait pas de la même manière dans tous les muscles de cette catégorie.
Action du curare sur les nerfs sensitifs. Presque en même temps qu'il découvrait l'action du curare sur les nerfs moteurs Claude Bernard établissait que cette substance toxique n'a aucune inlïuence sur les nerfs de sensibilité que dans les parties complètement paralysées la sensibilité demeure absolument intacte. Kœlliker démontrait de son côté le même fait. Ainsi quand chez un animal vertébré toute puissance musculaire est détruite par la curarisation. quand tous les mouvements musculaires, volontaires et rellexes, ont disparu ; quand la res[)iration elle-mêmç a tout à fait cessé, la sensibilité reste intacte dans les parties du corps directement soumises à l'action de la substance toxique. Voici le résumé des expériences qui permettent d'établir cette vérité d'une manière indiscutable.
On prend deux grenouilles vigoureuses, sur une on enserre le corps dans une ligature placée à la partie postérieure du tronc en ayant soin de ne laisser au dehors du fil que les nerfs lombaires ; sur l'autre on pratique une ligature de la cuisse vers le tiers supérieur de ce membre en épargnant le nerf sciatique; on sectionne transversalement la cuisse sans couper le nerf. L'une des grenouilles conserve la liberté de ses mouvements volontaires et réflexes dans ses deux membres postérieurs quoique la section du tronc ait été pratiquée : il en est de même chez la seconde dans le membre isolé. A ce moment on introduit quelques gouttes d'une solution de curare sous la peau de l'avant-bras des deux grenouilles de manière à se placer aussi loin que possible des membres isolés et à éviter ainsi toute chance de diffusion de la substance toxique.
L'intoxication se produit régulièrement. Les parties dans lesquelles la circulation a été interrompue sont les seules où les mouvements conservent leur intégrité. Or, si le curare détruit la sensibilité dans les points où il anéantit la motilité et où il provoque la paralysie musculaire, toute excitation portant sur ces pai lies ne provoquera pas de mouvements dans les régions dont la motilité a été conservée : on observe précisément tout le contraire. Toute excitation pratiquée en un point quelconque des parties curarisées provoque des mouve-
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ments dans les muscles qui ne sont pas soumis à l'influence du curare, mouvements réflexes ou même mouYements coordonnés pour fuir chez la grenouille qui a conservé ses deux membres postérieurs à l'abri du poison. Pour rendre ces phénomènes encore plus saillants il suffit d'introduire sous la peau des deux grenouilles une faible quantité de strychnine qui produit une exaltation des centres nerveux excitables (Vulpian).
Ce ne sont pas seulement les fibres sensitives qui échappent à l'action du curare; nous pouvons déjà signaler, point que nous développerons plus tard, que toutes les fibres nerveuses centripètes sont dans le même cas.
Action du curare sur le grand sympathique. Les fibres nerveuses motrices qui dépendent du système sympathique ne sont pas influencées par le curare de la même manière (jue les fibres nerveuses correspondantes du système cérébrospinal. Cependant les fibres sympathiques sont modifiées par ce poison, et cela dès le début de l'intoxication (Bernard). Au moment ou la curarisation se produit il y a un affaiblissement notable de l'action des nerfs vaso-constricteurs, phénomène qui persiste après que les nerfs moteurs- ont perdu leur puissance sur les fibres musculaires de la vie animale; mais les fonctions des fibres motrices du grand sympathique si elles sont affaiblies ne sont point détruites et l'on peut sur un anima! curarisé constater, à un degré moindre il est vrai, tous les résultats auxquels donnent lieu dans d'autres conditions soit les excitations, soit les solutions de continuité de ces nerfs.
On peut vérifier tous ces phénomènes sur le cordon cervical du grand sympathique, dans lequel persistent tous les effets que peuvent produire sur la face, l'œil, l'oreille, les excitations ou la section de ce filet. On peut encore faire des observations analogues sur le plexus hypogastrique.
Les filets sympathiques contenus dans les nerfs mixtes des membres conservent chez les animaux curarisés toutes les propriétés qu'ils auraient si ceux-ci n'avaient subi aucune intoxication préalable. Si, par exemple, on coupe les fibres sympathiques que renferme le nerf sciatique d'un chien, d'un lapin, d'un cobaye, alors que l'animal est curarisé et soumis à la respiration artificielle, on voit au bout de quelques instants que la température du membre postérieur correspondant est plus élevée que celle du membre dont le nerf sciatique est resté intact, que l'écoulement du sang y est plus facile ; si alors on électrise le bout périphérique du nerf sciatique coupé, on constate que l'extrémité du membre se refroidit ou que l'écoulement du sang s'arrête ; si on interrompt la faradisation, la chaleur reparaît et le sang recommence à couler. Or, nous avons pu voir en même temps que le courant électrique n'a produit dans les muscles striés de ce membre aucune contraction. M. Vulpian fait observer que jusqu'à présent on ne connaît pas le mode de terminaison des nerfs sympathiques dans les muscles lisses, et comme pour lui c'est sur l'appareil terminal des fibres motrices que le curare porte son action, les faits que nous venons de mentionner en dernier lieu viendraient à l'appui de sa manière de voir.
Or cette théorie est encore confirmée par l'observation minutieuse du mode d'action du curare sur certains nerfs qui fournissent en même temps des filets à des faisceaux musculaires lisses et à des faisceaux musculaires striés. Si l'on pratique la section d'un de ces nerfs chez un <;hicn fortement curarisé, on constate que le tronc nerveux a perdu toute influence sur les fibres musculaires striées tandis qu il conserve toute son action sur les fibres musculaires lisses, celles de l'iris, par exemple. Que l'on dilacère ensuite un fragment de ce nerf et
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qu'on le porte sous le microscope, que ce fragment soit pris à l'origine du nerf ou qu'il provienne d'une partie située au-dessous de la branche anastomotique qu'il reçoit du ganglion ophthalmique, Texamen révèle qu'il est presque exclusivement composé de fibres nerveuses complètes, c'est-à-dire munies de leur gaine de myéline. Ces diverses fibres semblent ne différer anatomiquement que par leur mode de terminaison. Un autre cxenipîe du mcnie genre est fourni par l'influence du curare sur la branche anastomotique que le nerf spinal fournit au nerf pneumogastrique. On admet en effet généralement que Vaccessoire de WlUis constitue la racine motrice principale du nerf vague ; c'est de cette branche que naissent, ainsi que les expériences de Claude Bernard l'ont péremptoirement établi, les filets nerveux qui vont animer presque tous les muscles du larynx. Ce sont encore des fibres nerveuses provenant du spinal qui forment dans le tronc du pneumogastrique les nerfs modérateurs du cœur, de lui que proviennent tous les filets moteurs fournis par le nerf vague à la tunique musculaire du pharynx de l'œsophage et de l'estomac. Or si sur un chien fortement curarisé on faradise au cou les nerfs vagues, on constate qu'ils ont perdu toute action sur les muscles du pharynx, du larynx et sur la partie de la tunique musculeuse de l'œsophage qui est composée de faisceaux striés, tandis qu'ils ont conservé leur influence motrice sur la partie inférieure de l'œsophage, c'està-dire sur la portion de ce conduit dont la tunique musculeuse est formée de fibres lisses, que cette action est également intacte sur les muscles de l'estomac.
Une nouvelle preuve que les nerfs gastriques n'ont rien perdu de leur action sur la tunique musculaire du viscère, est fournie par l'expérience suivante : si chez un chien curarisé on injecte dans le tissu musculaire sous-cutané une solution contenant 1 ou 2 centigrammes de chlorhydrate d'apomorphine on voit au bout de quelques minutes (5 à 5) la muqueuse qui tapisse l'estomac rougir, tandis que la couche musculaire entre en contraction et produit les mêmes effets que quand l'animal vomit. Cependant il n'y a pas vomissement à proprement parler; à peine se fait-il un peu de régurgitation : ce qui tient à l'inertie absolue du diaphragme et des muscles de la paroi abdominale antérieure qui sont complètement paralysés par l'action du curare.
Nerfs d'arrêt. Les fibres nerveuses motrices provenant du grand sympathique ne sont pas les seules sur lesquelles le curare reste sans action ; il en est de même des neifs d'arrêt. Ces derniers conservent leur influence pendant l'intoxication curarique, pourvu que l'empoisonnement ne soit pas porté trop loin, c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas le degré ou l'influence des nerfs moteurs sur les fibres musculaires à faisceaux striés est abolie. Dans ces conditions, la faradisation des nerfs du pneumogastrique au cou peut encore, comme dans l'état normal, arrêter le cœur au diastole. Cette dernière expérience semble démontrer, si toutefois on admet la théorie que nous avons exposée plus haut d'après le professeur Yulpian, qu'il doit y avoir au moins chez les vertébrés supérieurs une disposition terminale particulière des fibres cardiaques qui proviennent des nerfs vagues, puisque le curare, bien qu'il s'agisse ici des faisceaux musculaires striés, ne produit pas sur ces fibres nerveuses les mêmes effets que sur celles des nerfs destinés aux membres ; ou bien encore sur les fibres nerveuses cardiaques de la grenouille provenant des nerfs vagues. Chez la grenouille, en effet, après la curarisation, la faradisation des nerfs pneumogastriques ne produit plus l'arrêt diastolique du cœur.
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Les nerfs splancliniques, qui sont les nerfs d'arrêt de l'intestin (Bidder, Vulpian), conservent cette influence chez les animaux curarisés. On peut en effet, chez les animaux curarisés, arrêter les contractions péristaltiques de l'intestin par la faradisation des nerfs splanchniques.
ISerfs vaso-dilatateurs Les nerfs vaso-dilatateurs, dont le mode d'action sur les vaisseaux peut être rapproché de celui des nerfs vagues sur le cœur et des nerfs splanchniques sur le canal intestinal, ne sont point paralysés par des doses de curare qui déterminent une suppression complète de l'influence motrice des nerfs sur les muscles à faisceaux striés.
Influence du curare dans l'étude des nerfs vaso-moteurs. Le curare occupe une place des plus importantes dans l'étude de la physiologie des nerfs vaso-moteurs. On sait à quel point sont délicates les observations faites sur ces nerfs et combien on rencontre de difficultés. En effet, la sensibilité réflexe a une grande influence sur l'état de resserrement et de dilatation des vaisseaux; souvent des mouvements que l'animal, si bien maintenu soit-il, exécute pour fuir les traumatismes qu'on doit lui faire subir, produisent des variations dans l'état congestif ou anémique des différentes parties du corps. Ces variations peuvent être telles qu'elles produisent des erreurs dans l'interprétation des résultats observés, ou, si on les juge bien, qu'elles peuvent forcer à interrompre l'expérience.
Trouver un moyen qui immobilise l'animal, tout en respectant sa sensibilité; qui conserve les diverses fonctions des nerfs vaso-moteurs excepté pour ce qui est de l'action propre de la substance employée, action que l'on peut connaître à l'avance dans ses moindres particularités ; trouver un moyen de contention tel qu'aucun mouvement volontaire ou leflexe ne soit possible, moyen qui nécessite l'emploi de la respiration artificielle, soit un rhytlime respiratoire régulier et uniforme : c'était un pas immense fait dans l'étude physiologique des nerfs vdso-moleurs. Or, ce moyen c'est la curarisation. Appliquée d'abord par Claude Bernard, elle fut depuis mise en usage par tous les physiologistes, et notamment par M. le professeur Vulpian, qui l'a constamment employée dans les belles études qui ont servi de base à ses leçons sur la physiologie des nerfs vasomoteurs.
Les nerfs vaso-dilatateurs jouissent à l'égard du curare d'une immunité beaucoup plus grande que les nerfs vaso-constricteurs, et la conservent, même quand la curarisation est poussée jusqu'au point de supprimer l'influence des nerfs pneumogastriques sur le coeur. Pour le démontrer, M. Vulpian fait l'expérience suivante : sur un chien il pousse dans la veine crurale plusieurs injections successives d'une solution aqueuse de curare dans la dij'ection du courant sanguin; il pratique ensuite la faradisation des nerts pneumogastriques et constate qu'il ne peut plus produire par ce moyen l'arrêt diastolique du cœur. 11 électrise ensuite le bout périphérique d'un des nerfs linguaux, et il obtient encore la dilatation des vaisseaux de la moitié correspondante de la langue. La face inférieure de cette moitié prend une teinte rouge bien plus accusée qiie l'autre côté et les vaisseaux superficiels dilatés, au lieu de leur coloration veineuse, présentent une teinte qui les rapproche davantage de eellddu sang artériel. Ce physiologiste a pu voir en même temps que les nerfs vaso-constricteurs n'étaient pas complètement paialysés par le curare, car la section du nerf lingual avait produit par elle seule une dilatation des vaisseaux de la base de la moilée correspondante de la langue avec coloration plus vive du sang veineux
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et que l'électrisation du bout périphérique de ce nerf ne faisait qu'exagérer considérablement ces modifications ciriiulaloires. « L'effet vaso-dilatateur, dit M. Yulpian, produit sur la langue par la faradisation du nerf lingual, se manifestait encore sur un chien chez lequel ce même mode d'excitation, appliqué au bout supérieur du nerf vaso-sympalhique, n'avait plus d'action sur la pupille ni sur les muscles lisses orbito-oculaires. »
Ces nerfs vaso-dilatateurs eux-mêmes n'échappent cependant pas complètement à l'action toxique du curare. Claude Bernard a fait voir qu'il se produit une dilatation des petits vaisseaux dès le moment où une excitation directe des nerfs de la vie animale cesse de pouvoir provoquer des contractions dans les muscles striés. On constate effectivement une exagération notable des différentes sécrétions, les larmes, la salive, l'urine, tous les produits sécrétés, en un mot, coulent en plus grande abondance. Il se produit aussi une augmentation de chaleur de toute la périphérie du corps, se manifestant surtout aux extrémités ; tous ces phénomènes ont une durée variable, mais sont surtout évidents pendant la première période de la curarisation.
A quoi tient cette élévation de la température périphérique? Est-elle due à une action directe du curare sur les extrémités des nerfs vaso-constricteurs dont il produirait la paralysie; peut-on admettre, au contraire, que le curare influence les centres vaso-moteurs, bulbo-méduUaires et ganglionnaires? Dans celte dernière hypothèse le curare pourrait déterminer une dilatation de tous les petits vaisseaux des diverses parties du corps en paralysant jusqu'à un certain point l'activité tonique de ces centres. M. Vulpian fait remarquer que rien ne prouve qu'il existe des nerfs vaso-dilatateurs dans toutes les régions de l'organisme et que par conséquent une explication qui serait basée sur l'influence directe du curare sur les nerfs vaso-dilatateurs serait, dans l'état actuel de la question, absolument sans fondement. iJien plus, il n'est pas démontré que dans les organes qui possèdent des nerfs vaso dilatateurs, comme la langue, la glande sousmaxillaire par exemple, la suractivité circulatoire qui se produit pendant la curarisation, soit l'effet de l'action du poison sur ces filets nerveux, et l'on peut très-bien admettre qu'ici encore l'on a affaire à une influence paralysante du poison sur les filets ou les centres vaso-constricteurs.
Le curare augmente la sécrétion de la glande sous-maxillaire, ainsi qu'on le constate dans tous les cas. M. Claude Bernard a démontré que cet effet est dû à une action excitante, qui agit sur les filets vaso-dilatateurs et secrétoires qui se rendent à cette glande. Voici l'expérience qui le démontre. On place un tube dans chacun des deux conduits de Wharton, puis l'on sectionne, d'un côté seulement, le nerf lingual après qu'il a reçu l'anastomose de la corde du tympan ; toutes ces opérations préliminaires sont pratiquées sur le chien avant que l'on ne lui administre du curare. On injecte alors sous la peau les quantités voulues de la solution toxique ; dès que commencent à se montrer les premiers symptômes d'empoisonnement, on constate un écoulement exagéré de salive du côté seulement ou les nerfs sont demeurés intacts. Ace moment, évidemment, il y a une excitation directe des filets secrétoires de la corde du tympan, à leur naissance, ou mieux encore de leur centre d'origine. Si l'on voulait conclure par analogie, on arriverait à émettre l'opinion que toutes les fibres dilatatrices sont excitées par le curare ; cependant rien de moins exact, car si les fibres excitosécrétoires qui sont contenues dans la corde du tympan sont véritablement influencées, cette action n'est que transitoire ; tandis que la dilatation des petits
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vaisseaux de la périphérie du corps est persistante jusqu'à l'élimination du poison, et ne disparaît ({u'avec les symptômes de la curarisation. Nous ajouterons, ainsi que le fait justement observer M. Vulpian : « qu'on n'est pas autorisé à attribuer, sans réserves, ces deux effets, l'augmentation de la sécrétion de la glande sous-maxillaire et la dilatation des vaisseaux, à une seule et même cause. 11 est possible qu'il y ait, pendant un certain temps, coexistence d'un affaiblissement de l'activité tonique des fibres vaso-constrictives, et d'une légère excitation des libres nerveuses destinées aux éléments propres de la glande. « {Leçons surVappareil vaso-moteur, t. II. p. 605.)
Cette dilatation vasculaire à la suite de l'absorption du curare ne s'observe pas seulement chez les mammifères, on la remarque également chez la grenouille, dont tout le réseau périphérique reste gorgé de sang. Cet état des vaisseaux retcnlit sur le cœur dont la diastole auriculo-ventriculaire est moins ample, car le sang qui stagne à la périphérie arrive moins abondamment à l'organe central poiur chaque pulsation. Chez ces animaux, la température, variable dans la respiration cutanée, a une grande importance; cette stagnation du sang, en favorisant l'hématose à la périphérie, rend la respiration cutanée plus active pour suppléer à la respiration pulmonaire et favorise ainsi la prolongation delà vie de l'animal jusqu'à l'élimination du poison. Or on sait que, chez la grenouille, cette période d'élimination peut se prolonger pendant huit à dix jours. M. le professeur Vulpian a reconnu, et démontré par des expériences, que cette stagnation diu sang chez la grenouille et les modifications circulatoires qui ensont la conséquence produisent un retard considérable dans l'absorption des substances dissoutes que l'on introduit sous la peau. Prenons par exemple deux grenouilles fortes de taille égale, chez l'une on pratique la curarisation, l'autre ne subit aucune opération, quand la grenouille curarisée est en résolution complète, on introduit simultanément et symétriquement sous la peau de deux sujets une même dose d'une substance toxique, digitaline , nicotine, par exemple, et l'on voit que les phénomènes toxiques tardent bien plus à se produire chez la grenouille curarisée que chez celle qui ne l'est pas.
Quoi qu'il en soit de l'interprétation qu'on peut donner du mode d'action de curare sur les nerfs vaso-moteurs, il reste bien établi que ces nerfs ne sont que très-faiblement influencés par ce poison, au moins quand la dose de curare introduite dans l'organisme n'est pas excessive.
Nous avons fait voir qu'on peut chez les animaux curarisés obtenir par excitation directe des phénomènes vaso-constricteurs et vaso-dilatateurs. Là ne se bornent pas les résultats fournis par les expériences, car on peut étudier, grâce à la curarisation, toutes les actions vaso-motrices réflexes, constrictivcs ou dilatatrices. Le curare permet d'éliminer toutes les causes d'erreur qui résultent delà contraction musculaii e et des grands mouvements. Il est vrai qu'il ne paralyse pas entièrement les nerfs moteurs du cœur et que, par conséquent, il ne détruit pas les perturbations cardiaques, réflexes que provoquent chez les animaux les opérations préparatoires auxquelles on les soumet; mais il diminue l'étendue de ces perturbations et réduit cette cause d'erreur à son minimum.
Chez un animal curarisé, non-seulement l'élévation de la température des extrémités prouve qu'il y a dilatation des vaisseaux, mais encore l'abaissement de la tension intra-artérielle, que l'on constate quand l'hématose pulmonaire est entretenue par la respiration artificielle, vient à l'appui delà même interprétation.
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Théoriquement, puisque le réseau sous-cutané se dilate, puisque la température des extrémités s'élève, on devrait voir la chaleur diminuer dans les grandes cavités splanchniques ; la seule raison qui pourrait faire qu'il n'en fût pas ainsi serait qu'il se produisît sous l'influence du curare une suractivité des actes physico chimiques de la nutrition intime dans toutes les parties du corps. Or, MM. Llouville et Voisin ont avancé que, loin qu'il en soit ainsi, on constate ordinairement chez l'homme une surélévation de la température centrale, avec tous les phénomènes de la fièvre; faut-il chercher la cause de cette divergence dans les petites doses de poison que ces auteurs administraient, car il peut se faire que sous cette forme atténuée le curare produise une légère suractivité de la nutrition et de la combustion intimes. Quoi qu'il en soit, on n'observe jamais rien de semblable chez les animaux chez lesquels on injecte une dose de curare suffisante pour abolir la conlractilité des muscles striés. Ce fait a été vérifié par MM. Tscheschichin, Rôhrig, Zuntz, Riegel, Claude Bernard et Vulpian. Chez eux, au contraire, il se produit toujours un abaissement notable de la température centrale. Riegel a vu la température centrale diminuer de 3 degrés et M. Vulpian, en l'espace de deux heures et demie, a mesuré une diminution de 5 degrés. D'après Riegel, cet abaissement de la température centrale se iait d'une manière toujours régulière et progressive. La dilatation si prononcée et générale des vaisseaux sous-cutanés joue bien un rôle très-important dans cet abaissement considérable de la température centrale ; mais on ne peut pas admettre qu'elle en soit la seule cause. Si, en effet, on enveloppe l'animal en expérience d'une épaisse couche d'ouate, on diminue très-considérablement la déperdition de calorique par la peau, et alors il ne devrait se produire qu'un très-faible abaissement de la température des cavités viscérales; oi', il n'en est point ainsi. L'abaissement se fait sentir un peu plus tard, mais la température n'en est pas moins notablement diminuée. M. Vulpian fait remarquer que parmi les autres causes qu'on peut invoquer pour expliquer le refroidissement des cavités viscérales pendant la curarisation, il faut faire entrer en ligne de compte l'immobilité dans laquelle l'animal est tenu pendant toute la durée de l'expérience. Ainsi chez un chien sur lequel l'on n'avait pratiqué aucune opération ni fait aucune expérience, qui était seulement resté attaché pendant une heure et immobile sur la table, au bout de ce temps la température rectale avait diminué de 2 degrés.
Voici encore, d'après le même physiologiste {loc. cit., p. 670) les autres causes qu'on peut faire entrer en hgne de compte pour expliquer l'abaissement de la température centrale pendant la curarisation. « Les modifications de la circulation pulmonaire, olues à la dilatation des vaisseaux périphériques et à l'insufflation des poumons ; la diminution probable de la quantité d'oxygène absorbée, dans ces conditions, par le sang qui circule dans les organes respiratoires; l'amoindrissement du volume des ondées sanguines, lancées par le cœur dans l'aorte ; l'affaiblissement de l'influence exercée sur les actes de la nutrition intime par les centres nerveux; telles sont, suivant toute vraisemblance, les principales ciiconstances qui contribuent à faire baisser la température centrale chez les animaux curarisés et soumis à la respiration artificielle. » Nous ajouterons que l'air qui se trouve introduit directement par la trachée n'a pas eu à traverser la bouche, la gorge et Je larynx ou bien le nez et le larynx, et arrive ainsi notablement plus froid aux bronches que dans l'état normal, et enlève ainsi au sang une quantité notablement plus forte de calorique pour se trouver en équilibre de température avec les organes.
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Nous avons vu que le curare introduit dans l'organisme à doses moyennes ne produit que fort peu d'effet sur les nerfs vaso-conslricteurs. Voyons maintenant ce qui arrive quand on opère avec de très-fortes doses? D'après Claude Bernard, quand le curare est introduit en quantité considérable, il produit la paralysie des nerfs vaso-moteurs comme dans les mêmes conditions il supprime l'influence des nerfs pneumo-gastriques sur le cœur. M. le professeur Yulpian a fait de nombreuses recherches sur ce point spécial de 1 histoire du curare, et ses conclusions sont loin d'être aussi affirmatives que celles de l'illustre expérimentateur du collège de France. Voici, par exemple, une réserve qu'il fait : « En tout cas j'ai vu bien nettement le bout inférieur du nerf lingual uni, à la corde du tympan, provoquer encore de la congestion de la moitié correspondante de la langue, lorsqu'on soumettait ce segment de nerf à la faradisation chez des chiens assez fortement curarisés pour que le pneumogastrique n'eût plus d'action sur le cœur, ni le cordon cervical sympathique sur l'iris. Les nerfs vasodilatateurs conservent donc leur influence sur les vaisseaux chez les chiens trèsfortement curarisés ».
Pour pousser aussi loin que possible ces recherches, M. Vulpian fait l'vixpériencc suivante : on injecte dans la veine crurale d'un chien des solutions aqueuses progressives de curare; les animaux sont alors soumis à la respiration artificielle. D'un côté, on découvre le nerf vago-sympathique et le nerf lingual au-dessus du filet glandulaire; dans le canal de Wharton on introduit une canule ; les doses injectées dans la veine crurale vers le cœur sont de 5 centigrammes de curare en solution dans 15 grammes d'eau distillée. Après l'injection de 5 centigrammes, tous les mouvements volontaires et les mouvements respiratoires spontanés sont totalement abolis; or, on peut à un cliien injecter jusqu'à 35 centigrammes sans que les nerfs vaso-moteurs, vaso-dilatateurs et vaso-constricteurs, explorés au moyen de la faradisation après chaque dose de 5 centigrammes aient perdu leur action sur les vaisseaux. Quel que soit le procédé qu'on mette en usage pour explorer l'action des nerfs vasculomoteurs, on arrive invariablement à constater leur résistance quasi absolue à l'influence du curare.
A dose un peu considérable, le curare abolit l'action des nerfs vagues sur le cœur; ce fait est constant, et l'on peut suivre toutes les modifications dans l'action des nerfs depuis l'arrêt brusque jusqu'à la suppression complète de leur influence, et cela en variant la dose.
Cette action du curare est très-importante à connaître pour l'élude des poisons du cœur qu'on fait si souvent sur des animaux curarisés. Quand l'action d'arrêt des filets contenus dans les nerfs vagues est totalement supprimée, les fibres contenues dans ces nerfs et qui produisent, quand elles sont excitées, une accélération des mouvements du cœur, conservent leur pouvoir, de sorte que si à ce moment on pratique Télectrisation des pneumogastriques au lieu du ralentissement qui se produit dans l'état sain, on observe un certain degré d'accélération des mouvements du cœur (AVundt et Schelske, 1860).
Les nerfs de la tunique musculeuse de la partie inférieure de l'œsophage et de l'estomac résistent bien plus à l'action du curare que les filets cardiaques. Les nerfs sécréteurs conservent leur action, avons-nous dit, même après l'injection de très-fortes doses de curare. Cependant M. Bernard avait signalé h\ diminution de la sécrétion glandulaire quand on pousse une solution de curare dans l'artère qui se rend à la glande sous-maxillaire; M. Vulpian fait remarquer que ce
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procédé n'est pas concluant et rju'il pourrait fort bien en être de même avec tonte autre solution qui aurait une action locale sur les cléments de la glande. Sa manière de voir semble d'autant plus probable que chez les animaux qui ont reçu une très-forte dose de curare cette sécrétion n'est pas modifiée.
Cependant pour bien préciser tous ces résultats, souvent difficiles à comparer, il faudrait que les expériences soient faites avec la curarine, qui donnerait des résultats toujours comparables. Malheureusement, cette substance n'a pas été jusqu'ici préparée en quantité assez considérable pour entreprendre et mener à bonne fin toutes ces recherches. C'est là un desideratum qui sera, espéronsnous, bientôt comblé.
Action du cut.are sur les centres nerveux. Encéphale. Le curare paraît laisser, au moins pendant assez longtemps, les hémisphères cérébraux absolument intacts, de telle sorte que les affections et la volonté conservent toute leur puissance. Tous les expérimentateurs ont remarqué qu'un chien curarisé entend quand on l'appelle, qu'il tourne les yeux vers les personnes présentes, qu'il fait toutes les tentatives en son pouvoir pour exécuter des mouvements volontaires. Ces résultats seraient encore bien plus concluants si l'on pouvait, comme chez les animaux à température variable, conserver une partie du corps à l'abri de l'action du poison en supprimant le courant sanguio ; mais cette seule suppression suffisant alors pour abolir les mouvements volontaires et réflexes, on ne peut donc arriver par ce procédé à aucun résultat probant. Tout en ayant une moindre valeur, les observations faites sur la grenouille ne sont pas sans intérêt, et il est facile de s'assurer qu'en isolant le train postérieur, on voit Tanimal exécuter des mouvements qui ont de la manière la plus certaine les caractères de mouvemcuts volontaires. Cependant la molilité volontaire disparaît longtemps avant la motilitc réflexe. Faut-il en conclure que le curare exerce sur les hémisphères cérébraux une action paralysante, Jenteà se produire il est vrai, mais évidente? Cette conclusion serait probablement eironée, car il faut ici faire intervenir plusieurs circonstances étrangères, les opérations préalables, la suppression de la circulation artérielle, qui jouent un rôle majeur dans la cessation des mouvements volontaires.
Isthme de V encéphale et moelle épinière. Le curare ne produit pas un effet paralysant appréciable sur la partie excitable des centres nerveux ; bien au coniraire, il détermine un certain degré d'excitation de ces parties ou d'exaltation de leur excitabilité. C'est très-probablement à cette action du curare qu'il faut attribuer les secousses convulsives qu'on observe chez les mammifères, au début de la curarisalion, alors que l'excitation des centres nerveux peut être transmise aux muscles par les nerfs moteurs, non encore touchés par la substance toxique
On pourrait bien , il est vrai , mettre ces secousses sur le compte de l'asphyxie qui commence quand la puissance et la facilité des mouvements respiratoires diminuent; il est évident que l'asphyxie doit jouer un rôle. Il buffit, en effet, de cesser la respiration artificielle, si on l'a commencée avant la curarisalion complète, pour voir les secousses convulsives s'accentuer. Cependant, pour M. le professeur Yulpian, l'asphyxie ne doit pas seule être incriminée. Ces convulsions se produisent effectivement toujours, et cela dans bien des circonstances ou d'ordinaire l'asphyxie ne détermine pas de convulsions.
Par exemple, chez un ciiien chloralisé, on voit parfois la respiration spontanée s'arrêter brusquement, alors que les battements cardiaques ne sont pas inter-
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rompus ; dans de telles conditions la mort survient si l'on ne rappelle pas la respiration par des moyens appropriés. Or, si l'on curarise un chien chloralisé, on voit survenir des mouvements spasmodiques qui indiquent l'invasion des accidents curariques. On voit encore les convulsions se produire chez les animaux qui ont été soumis à la respiration artificielle presque aussitôt après l'injection de curare dans le tissu cellulaire. Ces mouvements convulsifs sont faibles parce que le curare a déjà agi sur les extrémités des nerfs moteurs; ils durent peu de temps parce que l'action de la substance toxique devient bientôt assez puissante pour les supprimer en paralysant totalement les nerfs moteurs et en les rendant ainsi impropres à provoquer les secousses musculaires.
Outre ces convulsions, on peut encore citer plusieurs détails qui prouvent cette excitation des centres nerveux, par exemple la dilatation de la pupille qu'on peut attribuer à une excitation du centre cilio-spinal. 51. Claude Bernard a observé chez les animaux curarisés une exagération notable de plusieurs sécrétions, de la salive, des larmes, etc.; pour lui cette exagération des sécrétions est due à une excitation des centres nerveux qui président à leur formation, et il l'a démontré par l'expérience suivante. On coupe le nerf lingual d'un côté, après son union avec la corde du tympan, puis après avoir introduit une canule dans le canal de Wharton, on soumet l'animal à la curarisation. Lorsque l'jntoxication commence, et même pendant un certain temps après qu'elle est devenue complète, on constate qu'il se fait par le canal de Wharton, du côté où la corde du tympan est intacte, un écoulement de salive plus considérable que dans l'état normal ; tandis qu'il ne s'écoule parfois pas une goutte de salive par le canal de Wharton, du côté où la corde du tympan a été sectionnée.
Cette période d'excitation des centres nerveux est de courte durée, et une sorte d'indifférence fonctionnelle lui succède ; les centres nerveux ne sortent alors de cet état que sous l'influence d'excitations expérirnentales. Les expériences que nous avons déjà citées nous permettent de dire que ce n'est pas seulement le pouvoir de produire les mouvements réflexes qui persiste dans les centres nerveux des animaux curarisés ; c'est encore la faculté de produire sous l'influence de certaine excitations des réactions complexes, adaptées, harmonisées, soutenues ou répétées telles que celles que provoque la tendance à l'attitude normale, lorsque cette tendance est mise en jeu, ou telles que celles qui détermine la locomotion automatique.
Pendant la période de résolution des muscles de la vie de relation, on peut encore constater la persistance du pouvoir réflexe des centres de la moelle épinière; on comprend de reste qu'on ne doit point interroger les faisceaux striés à l'exception du cœur, mais les organes qui contiennent des faisceaux de fibre musculaire lisse ; si par exemple l'on éclaire le fond de l'œil avec une lumière d'une intensité variable, l'on voit l'iris se contracter. Si l'on approche un corps étranger de la cornée, si l'on électrise un point quelconque de la surface tégumentaire chez un chien curarise, on constate soit un ressen'ement, soit une dilatation de la pupille. Chez les oiseaux, on voit se produire des phénomènes analogues ; de plus, dans des expériences faites sur le pigeon, M. Vulpian a pu constater la persistance des mouvements réflexes dans les muscles peauciers à une période de l'intoxication où tous les membres striés étaient depuis longtemps paralysés. Ce dernier résultat mérite une mention particulière, car il semble établir posilivement qu'il existe une différence entre les nerfs qui président à la contraction des muscles peauciers et ceux qui animent les autres
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muscles à faisceaux striés. Dans ces mêmes expériences, il a vu se produire un phénomène dont la cause échappe ; le voici : quand chez des pigeons curarisés, on excite les téguments, on constate, et cela dans des conditions absolument semblables, tantôt une dilatation, tantôt une contraction de l'iris.
Chez les mammifères, aussi bien que chez les oiseaux soumis à l'influence du curare, l'excitation des téguments produit une accélération des mouvements du cœur. Cette accélération est due vraisemblablement à une excitation réflexe des fdets sympathiques qui se rendent au cœur; il convient aussi de faire entrer en ligne de compte l'excitation réflexe qui se produit sur tous les vaisseaux munis d'une tunique de fibres musculaires lisses. Nous ne reviendrons pas ici sur les phénomènes réflexes observés dans les vaisseaux chez les animaux curarisés ; nous avons développé longuement cette question quand nous avons étudié l'influence du curare sur les nerfs vaso-moteurs.
On peut, d'une manière générale, provoquer des actions réflexes sur les animaux curarisés, dans tous les organes qui contiennent des fibres musculaires animées par le système du grand sympathique. L'estomac, par exemple, l'intestin, la vessie, en fournissent des exemples. La rate se contracte quand on électrise le bout central d'un nerf mixte (Bochefontaine). De plus, on peut constater des actions réflexes dans les nerfs sécréteurs, surtout ceux des glandes salivaires; on peut même obtenir une exagération dans la sécrétion de ces glandes en excitant un point quelconque des téguments (Owsjannikow et Zschivien).
On comprend combien la connaissance de ces faits est importante en physiologie; elle permet en effet d'étudier l'effet de beaucoup de substances chez les animaux curarisés, et par conséquent de se mettre en garde contre toutes les causes d'erreur qui résultent des grands mouvements ou des contractions musculaires dans la région où l'on opère.
Chez les animaux curarisés, les mouvements rhythmiques sont conservés, avec une régularité parfaite; c'est ainsi qu'on peut observer les mouvements des artères (l'artère centrale de l'oreille chez le lapin, par exemple), les mouvements de l'œsophage et du jabot chez les oiseaux. Quant aux battements du cœur, dès que l'hématose est entretenue d'une manière suffisante, ils sont conservés. Cependant les contractions cardiaques subissent des modifications importantes. En première ligne, on constate un affaiblissement marqué. Ce fait, facile à constater chez les grenouilles et chez les mammifères, a une grande importance au point de vue de la circulation générale. En effet, la diastole étant moins ample, la systole venlriculaire moins énergique qu'à l'état normal, il est évident que chaque révolution cardiaque lance dans les artères une quantité de sang bien moins considérable qu'à l'état normal. Si, d'autre part, on compare deux sujets pris autant que possible dans des conditions identiques, on constate que le nombre des pulsations est le même chez les deux. À quoi doit-on attribuer cet amoindrissement de la diastole chez les animaux curarisés? Evidemment la dilatation des petits vaisseaux périphériques joue un rôle ; dilatation qui est la conséquence de l'action du curare sur les nerfs vaso-constricteurs. Dès lors le sang étant retenu à la périphérie arrive en moins grande abondance au cœur, et par conséquent il y a diminution des ondées sanguines. Mais il est à peu près certain que ce n'est pas là la seule cause de ce phénomène. Très-probablement il existe une véritable action paralysante du curare sur le muscle cardiaque, ou mieux sur l'appareil nerveux de cet organe.
La diminution de la puissance du cœur, la dilatation générale de tous les
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petits vaisseaux munis d'une tunique musculaire sont deux causes qui suffisent amplement pour expliquer la diminution de la pi-ession sanguine dans les artères chez les animaux empoisonnés par le curare. Ce phénomène est facile à vériOer chez les mammifères mis en expérience. On comprend que c'est encore un des chapitres de l'histoire du curare des plus importants à connaître pour le physiologiste, soit qu'il veuille faire des recherches sur la circulation chez les animaux curarisés, soit qu'il étudie les poisons. Si dans ce dernier cas, on veut employer le curare comme agent de contention, il est nécessaire d'être informé que les modifications circulatoires qui se produisent dans la circulation, sous l'influence isolée delà curarisation, modifient l'absorption des substances toxiques en la rendant plus lente. Ce retard produit dans l'absorption des substances toxiques chez les animaux curarisés a aussi bien lieu quand ces dernières sont introduites par le tissu cellulaire sous-cutané que quand elles sont administrés par la bouche.
Les preuves de l'influence du curare sur l'appareil nerveux du cœur sont aussi nombreuses que concluantes ; nous avons vu que quand on donne une forte dose chez les mammifères, les nerfs vagues perdent leur action modératrice; de même, un choc fait à la partie postérieure de la tête d'une grenouille empoisonnée par le curare ne produit plus l'arrêt du cœur, comme cela a lieu chez ces animaux dans l'état ordinaire.
Les poisons du cœur n'ont pas la même influence chez les animaux curarisés que chez ceux qui ne le sont pas. L'action des poisons du cœur est dans ces conditions incomparablement moins puissante. Si l'on se sert de la digitaUne l'on éprouve les plus grandes difhcultés à obtenir l'arrêt du cœur chez les grenouilles curarisces, et même dans certains cas on ne peut pas y arriver avec des doses qui produisent ce phénomène extrêmement vite chez des grenouilles non intoxiquées. Si, au lieu do la digitaline, on se sert de poisons du cœur plus puissants, si l'on administre, comme l'a fait M. Vulpian, soit l'extrait à'inée, soit l'extrait d'Upas antiar, on parvient à produire l'arrêt du cœur, mais on n'obtient ce résultat qu'avec une extrême difficulté.
Enfin, comme preuve de l'action évidente du curare sur le cœur, on sait que Bezold en poussant très-loin la dose du poison est parvenu, malgré la respiration artificielle faite avec le plus grand soin, à arrêter complètement et définitivement les contractions cardiaques. Il est cependant probable que la dose n'est pas la seule condition nécessaire pour produire l'arrêt du cœur chez la grenouille, car malgré des quantités très-grandes de la substance toxique, l'on ne parvient que très-rarement à obtenir ce résultut. Dans la plupart des cas, on voit les contiactions cardiaques devenir d'une faiblesse extrême, la qu.inlilé de sang lancée par chaque systole diminuer dans de grandes proportions, mais les contractions persistent, et si elles s'arrêtent complètement ce résultat n'a lieu qu'au bout de plusieurs heures.
Chez les mammifères comme chez la grenouille, le curare administré à haute dose peut produire l'arrêt définitif du cœur ; ce phénomène a été constaté chez le rat et le lapin; on l'a également vu survenir chez le chien, mais chez ce dernier animal il est bien plus difficile à obtenir.
Il résulte de toutes les expériences que nous venons de citer que, dans certaines conditions, et quelque soin qu'on prenne pour entretenir la respiration artificielle, le curare produit l'arrêt définitif du cœur. Dans quelles conditions survient ce phénomène? c'est là un point qui reste encore obscur; on
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sait qu'il faut que la dose soit forte, qu'elle dépasse notablement la dose toxique ordinaire, mais cette condition ne suffit pas, et il en existe encore d'autres non dégagées. Il est probable que la plus ou moins grande rapidité de l'absorption et de l'élimination de la substance toxique joue un rôle; qu'il faut qu'elle pénètre rapidement dans le sang en quantité suffisante, et qu'elle y reste assez longtemps.
Si, en effet, la première condition d'absorption rapide était seule nécessaire, comment pourrait-on expliquer que certains cbiens chez lesquels le curare a été introduit en grande quantité dans la veine crurale n'aient pas présenté le phénomène de l'arrêt du cœur.
Comment le curare produit-il l'arrêt du cœur? Est-ce en agissant sur les nerfs excitateurs de cet organe comme il agit sur !cs nerfs musculo-moteurs ? c'est là un des points les plus importants à résoudre, mais qui reste encore indéterminé. Si en effet cette action est la même, il y aurait là une preuve irréfutable que les mouvements du cœur ont leur cause provocatrice dans les incitations transmises au myocarde par l'appareil qui innerve ce muscle.
M. le professeur Yulpian a démontré encore que le curare agit sur les cœurs lymphatiques de la grenouille. En effet, sur une grenouille curarisée, on constate aisément que ces petits organes, dont les parois sont constituées par des fibres musculaires striées ont perdu leurs contractions, et que leurs mouvements rhylhmiques ont cessé. Si la dose de curare employée, toute en étant suffisante pour paralyser tous les muscles moteurs, les cœurs lymphatiques ne sont pas complètement arrêtés; ils ont, il est vrai, perdu leurs mouvements rhythmiques, mais si on soulève la peau qui les recouvre et qu'on les mette à nu, on constate qu'ils exécutent de très-légers mouvements.
Le curare exerce encore sur le système lymphatique une autre action, au moins chez la grenouille. Quand une grenouille curarisée est conservée pendant plusieurs jours dans cet état, on constate que la lymphe remplit les réservoirs lymphatiques.
M. Tarchanof a constaté que le liquide qui, dans ces conditions, s'accumule dans les sacs lymphatiques, devient de jour en jour plus riche en leucocytes. En ■ même temps, le sang des grenouilles en expériences se concentre de plus en plus. M. Tarchanof a vérifié cette concentration du sang en faisant des numérations de globules rouges, au moyen de l'appareil de M. Malassez. En même temps le nombre des globule.» blancs du sang diminue. Les leucocytes accumulés dans les sacs lymphatiques sont bien vivants, et quand on les examine on les voit exécuter des mouvements amiboïdes. M. le professeur Vulpian, qui a pu vérifier l'exactitude des observations de M. Tarchanof, ajoute que, outre les globules blancs vivants on trouve aussi dans les sacs lymphatiques un certain nombre de leucocytes morts et devenu granuleux.
Pour M. Tarchanof la diminution des globules blancs du sang chez les grenouilles plongées dans la léthargie curarique est due à une migration de ces éléments qui passent du sang dans le liquide accumulé dans les sacs lymphatiques. Du reste jamais cet auteur n'a vu les leucocytes disparaître complètement du sang. Telle n'est pas l'opinion de M. Drezdoff; pour lui, dans certains cas les globules blancs du sang peuvent disparaître tout à fait, et ce phénomène est due à une destruction sur place de ces éléments,
M. le professeur Yulpian a soumis ces recherches à la critique de l'expérimentalion ; il ne nie pas la valeur des résultats de M. Tarchanof, qui, obtenus
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au moyen du compte-globules, sont entourés de toutes les garanties désirables ; mais il a pu constater que la diminution des globules blancs du sang n'est pas telle qu'elle soit appréciable au moyen du microscope ordinaire dans les préparations de sang. De plus, il a souvent répété sur des grenouilles curarisées l'expérience de Conlieim sur la migration des globules blancs de la grenouille au travers des vaisseaux du mésentère enflammé et il a pu s'asssurer que dans ces conditions l'expérience ne donne pas des résultats sensiblement différents de ceux qu'on observe chez les grenouilles non curarisées.
Quand une grenouille plongée dans la léthargie curarique revient à l'état normal les sacs lymphatiques se vident peu à peu et le liquide qu'ils contiennent passe dans le sang, celui-ci devient moins concentré et la proportion normale entre les globules blancs et les globules rouges se rétablit.
M. Tarchanof explique ce qui se passe alors par la paralysie des petits vaisseaux périphériques, d'où résulte une augmentation de pression dans les capillaires et dans les veines. 11 se produit alors une transsudation de la sérosité sanguine au travers des parois vasculaires et une migration des leucocytes, qui grâce à leurs mouvements amiboïdes gagnent de proche en proche et s'accumulent dans les sacs lymphatiques. Quand la curarisation cesse les petits vaisseaux se resserrent, la circulation reprend ses caractères normaux et il se produit un phénomène analogue en sens inverse. Il y aurait donc une sorte de balancement entre la circulation sanguine et la circulation lymphatique, suivant les besoins pathologiques. M. Vulpian ne croit pas que celte interprétation soit à l'abri de la critique.
11 faudrait d'abord démontrer que le liquide qui s'accumule dans les sacs lymphatiques est bien de la lymphe et non pas de la sérosité d'œdème comme celle qu'on observe dans presque toutes les parties du corps chez les grenouilles qui ont subi une longue curarisation. C'est là une objection capitale et qui a une valeur générale que nous signalerons une lois pour toutes. Il arrive souvent, en effet, surtout aux expérimentateurs débutants , de signaler comme lois nouvelles toutes les particularités qu'ils ont observées dans leurs expériences, et cela sans tenir un compte suffisant des faits signalés avant eux, sans voir si tel point qu'ils constatent ne pourrait pas se rapporter à des phénomènes plus généraux déjà vus : ainsi l'œdème des sacs lymphatiques peut fort bien se rapporter à l'œdème généralisé, comme le dit M. Vulpian.
Une autre particularité signalée par M. le professeur Vulpian est la suivante : « On trouve souvent, dit-il, dans ce liquide (celui qui s'accumule dans les sacs lymphatiques pendant la curarisation, lorsque la léthargie curarique dure depuis plusieurs jours, un certain nombre de corpuscules bactériformes, véritable vibrions, doués d'ailleurs de mouvements peu actifs. Quand le liquide épanché dans les sacs lymphatiques se résorbe à l'époque où les effets de la curarisation se dissipent, ces vibi'ions se détruisent soit sur place, soit dans le sang s'ils y suivent le liquide résorbé, »
Le curare, on le sait depuis les recherches de Claude Bernard, exerce une influence considérable sur les actes de nutrition intime qui se passent dans le foie ; de la provient la glycosurie passagère qu'on observe chez les animaux curarisés qui sont soumis à la respiration artificielle. 11 est probable que cette glycosurie tient à plusieurs causes : d'une part les capillaires du foie sont dilatés comme ceux des autres organes ; de plus il est probable que les filets nerveux sympathiques qui se rendent aux éléments propres du foie subissent uu
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affaiblissement comme tous les autres nerfs. Enfin le sucre que les veines sushépatiques versent dans la circulation générale doit éprouver une destruction beaucoup moins active qu'à l'état normal, l'hématose pulmonaire entretenue par la respiration artificielle étant beaucoup moins active qu'à l'état normal. En même temps le refroidissement général qui existe dans les parties profondes du corps diminue l'intensité des processus de combustion intime. Chez les grenouilles qu'on soumet à la curarisalion pendant l'hiver le foie se charge d'une plus grande quantité de matière glycogène en même temps que la graisse augmente aussi.
On ne sait rien, de précis de l'action du curare sur la sécrétion biliaire ; cette fonction ne paraît pas toutefois sensiblement modifiée. Chez les batraciens cependant il y a peut-être un certain degré de diminution.
Outre la glycosurie il existe encore d'autres altérations dans l'urine des animaux curarisés ; il est probable que la plupart des matières organiques et inorganiques qu'elle renfermes subissent des modifications quantitatives. Ce qui serait dij à des modifications de la nutrition générale et du fonctionnement des reins.
Chez les grenouilles curarisées, on a constaté des modifications qualitatives daj'urine. On trouve constamment dans le liquide accumulé dans les poches urinaires pendant la curarisalion un dépôt peu abondant, Uniment grumeleux el gris blanchâtre. Au microscope ce dépôt est composé de fines granulations et de très-rares bâtonnets extrêment grêles. On y voit de plus quelques tubes mycodermiques très-nets et de nombreux ci'istaux d'oxalate de chaux. Ces cristaux se trouvent aussi chez les grenouilles qui ont subi un empoisonnement par la strychnine oa la thébaïne, chez celles dont la moelle a été coupée en travers ; enfin chez celles qui ont simplement éprouvé une léthargie prolongée.
Le curare n'agit pas d'une façon bien nette sur le développement des tissus pendant la période embryonnaire. Toutes les tentatives faites sur des embryons d'oiseaux n'ont donne que des résultats fort incomplets et peu propres à élucider la question.
M. Vulpian a institué des expériences sur des embryons de grenouille ; au moment où ils se détachent de leur gangue gélatiniforme, des embryons de grenouille ont été plongés dans mie solution de curare. Si les branchies antérieures plongeant dans l'eau permettent la respiration sans l'intervention d'aucune action musculaire ou nerveuse, les larves peuvent vivre, cependant elles ne tardent pas à s'engourdir et tombent au fond des vases : transportées alors dans l'eau pure elles peuvent revenir à la vie. Dans le cas ou une action musculaire est nécessaire pour que la respiration s'accomplisse, la mort survient très-rapidement. Les larves qui ont été curarisées comparées à d'autres qui n'ont rien éprouvé de semblable sont arrivées au même degré de développement. Chez les larves de poissons d'eau douce on obtient des résultats identiques.
Ainsi même à celte période de développement si imparfait du tissu musculaire et du tissu nerveux, le curare, qui n'empêche pas le développement histogénique de ces tissus, supprime l'action des nerfs sur les muscles. C'est donc bien là son action spéciale. C'est cette propriété qui le caractérise et en fait un agent si précieux dans les recherches de physiologie expérimentale.
Henri Chouppe.
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