DICT. E.\C. XXIV
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§ ni. Effets thérapeutiques du curare. L'idée d'employer, pour combattre certaines affections où les muscles jouent un rôle, une substance ayant comme le curare une action parfaitement définie sur les agents de la locomotion, semblerait avoir dû venir aux premiers médecins qui l'ont connue ; il n'en est cependant rien. Il faut arriver à Cl. Bernard pour voir nettement formuler comme un précepte l'emploi du curare : Ne pourrait-on pas, disait-il en 185G,faire du curare un médicament qui serait indiqué là où il soldait utile de diminuer l'action des nerfs moteurs ; et ce médicament ne pourrait-il pas rendre quelques services dans certaines affections convulsives?
L'élan était donné, l'on n'avait pour ainsi dire pas à tâtoimer, puisqu'en même temps que le conseil l'illustre professeur du Collège de France avait donné sur le mode d'action et la toxicité du médicament des renseignements précis. D'autre part, en relisant les récits des voyageurs anciens, on y trouvait des descriptions assez complètes des symptômes présentés par les victimes de blessures faites par les armes empoisonnées au moyen du curare. On avait ainsi deux bases. L'appel de Cl. Bernard fut entendu et l'on voit à partir de ce moment les tentatives se multiplier. L'antagonisme démontré par les physiologistes entre la strychnine et le curare d'une part, de l'autre la gravité extrême de l'affection, firent du tétanos le champ des premiers essais ; en fort peu de temps parurent les observations de Thibeaud, Vella, Chassaignac, H. Gintrac, FoUin, Mance, Vulpiau, Gosselin, Broca, Adolphe Richard, Aronssohn, Spencer Wells, Sayres, etc. Cependant, si nous en exceptons Vella et Chassaignac, ces premiers auteurs échouèrent et la principale cause de ces insuccès est, il faut le reconnaître, l'incertitude oh ils étaient des doses qu'on pouvait administrer chez l'homme sans produire d'effets toxiques dangereux.
Après le tétanos, une affection convulsive plus incurable encore, l'épilepsie, devint un nouveau champ d'expériences, et nous devons citer en première ligne les tentatives de Thiercelin, de Benedikt ; puis celles entreprises d'après les conseils mêmes de Cl. Bernard par Henry Liouville et Auguste Voisin. Ajoutons que, pendant son voyage en Amérique, Boussingault avait vu un général colombien épileptique traité par le curare.
Ce poison a été encore employé dans plusieurs autres affections convulsives : dans la chorée, dans le tic douloureux de la face, dans l'empoisonnement par la strychnine et dans la rage; ces tentatives sont dues à MM. Kïdme, Bee^el, Du Cazal, Gualla,Hermann, Bùrow, Jousset de Belleymeet Vulpian. Dans ces cas encore les expérimentateurs ont dii hésiter avant d'arriver à connaître les doses ; les uns beaucoup trop timides osaient à peine injecter sous la peau un milligramme de curare; d'autres un peu plus hardis introduisaient dans la circulation jusqu'à un centigramme, mais presque personne n'a dépassé cette dose; cela a eu pour
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conséquence que l'on a perdu beaucoup de temps sans arriver à aucun résultat, celte quantité étant infiniment trop faible. Il faut reconnaître que sous ce rapport le mémoire de MM. Voisin et Liouville a rendu de réels services. Du reste, le curare est une substance excessivement variable et mal déterminée ; il est impossible de préciser une dose applicable à tous les cas, car une quantité égale de curare des calebasses et de curare conservé en pots ne présente ni des effets ni des dangers semblables ; on ne peut même pas comparer d'une manière absolue deux échantillons de curare des ! calebasses, de curare des flèches, etc. Dans de telles conditions, sans tenir compte des susceptibilités individuelles, on peut dire que le seul critérium pour doser le curare, c'est l'essai. 11 faut, avant d'employer sur un malade ce poison,- quelle que soit sa provenance, mesurer sa toxicité chez un animal, le chien de préférence, et alors seulement, en s'appuyant sur les données de la physiologie, le poids de l'animal, déterminer la dose initiale qu'on devra employer sur l'homme. Mais, et nous ne saurions trop insister sur ce point, si l'on change de curare, il est nécessaire de renouveler les expériences.
Comment faut-il administrer le médicament ? MM. Voisin et Liouville n'admettent avec raison que l'injection hypodermique; cependant, depuis que les travaux de M. Oré ont démontré qu'on peut impunément introduire dans les veines plusieurs substances très-irritantes, il est permis de se demander si ce ne sera pas là un jour un moyen d'injecter le curare quand on voudra obtenir des effets excessivement rapides, surtout si jamais on parvient à extraire la curarine en quantité suffisante pour se servir de cet alcaloïde ; quant à l'introduction par toute autre voie, d'après ce que l'on a dit plus haut, on sait qu'elle est incertaine et qu'il suffu'ait d'une complication imprévue, anurie, par exemple, pour la rendre dangereuse.
On a encore employé la méthode endermique, mais l'incertitude de la rapidité de l'absorption qui existe alors a fait renoncer à ce procédé. MM. Chassaignac et Vella ont utilisé le curare en lotion sur les plaies ; cette manière d'agir pourra être appliquée dans quelques cas, mais elle ne peut être érigée en précepte, car elle dépend absolument de circonstances fortuites. C'est donc aux injections hypodermiques qu'il faut avoir recours, en ayant soin toutefois de suivre certaines règles.
Les accidents traumatiques qui peuvent survenir alors sont les mêmes que dans tous les cas où on introduit par injection un liquide dans le tissu cellulaire sous-cutané : la production ultérieure d'un abcès comme accident consécutif et comme complication immédiate, la piqûre d'un nerf ou l'introduction de l'aiguille dans la cavité d'une veine.
. Nous avons vu que la solution aqueuse de curare n'est pas irritante, car les animaux ne manifestent pas de douleur au moment de l'injection, et l'on a'observe pas de congestion notable au point d'introduction du liquide, mémo chez les sujets qui ont survécu plusieurs heures. Cependant, comme la sensibilité (Je l'homme est plus exquise et que son tissu cellulaire suppure plus facilement, il faut, lorsqu'on injecte le cui^are chez lui, prendre certaines précautions que l'on peut omettre dans l'expérimentation. Voici celles qu'indiquent MM. Liouville et Voisin : « Chaque pesée de curare doit être faite pour le jour ou le moment où on en. a besoin. Ce médicament doit être réduit en poudre très-fine, puis délayé dans un peu d'eau distillée (le contenu d'une seringue hypodermique), et enfin filtré à travers un papier Berzelius. C'est ainsi que nous l'avons employé dans ces deux dernières années : aussi nous n'avons plus
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en à observer un seul cas d'abcès. Il faut, au contraire, savoir que, si on prépare d'avance nue solution qui doit servir un certain nombre de jours de suite, il se précipite de nouveau dans le liquide des matières extractives qui le troublent et irritent le tissu cellulaire jusqu'à formation de pus. » C'est faute d'avoir pris ces précautions qu'on a vu dans beaucoup de cas (les premiers de MM. Liouville et Voisin, par exemple) survenir de vastes collections pnrulenles, quelquefois «^raves par elles-mêmes, et qui ont été un des arguments mis eu avant par le professeur Hirtz pour combattre la médication curarique. En prenant les précautions mentionnées plus haut, les auteurs dont il est question ont pu pratiquer plus de deux cents injections sans avoir à regretter aucun phénomène inflammatoire de quelque importance. On a objecté qu'une certaine quantité de la substance active devait rester sur le filtre ; cet argument tombe de lui-même, puisqu'on sait que la curarine est facilement soluble dans l'eau et que les matières qui restent en suspension seront constituées par les débris végétaux, résine, etc.
Quant au siège de l'injection, il peut être théoriquement choisi dans toutes les parties du corps ; néanmoins, c'est de préférence sur les faces postérieures et externes des avant-bras qu'on les pratique ; on pourrait encore les faire dans la région rachidienne, qui est la moins sensible et la moins exposée à la suppuration.
La canule doit être introduite dans le tissu cellulaire sous-cutané et la pointe y rester parfaitement libre ; on sait en effet que, si on pénétrait dans les muscles, l'absorption serait beaucoup plus rapide et qu'on courrait plus de danger d'avoir des lésions locales.
Le piqûre d'un nerf est une complication qui n'a rien de spécial aux injections de curare, il est important néanmoins de l'éviter : aussi devra-t-on piquer loin des troncs nerveux et des plexus sous-cutanés.
Pour ce qui est de l'introduction de la canule dans le calibre d'une veine, l'accident a d'autant plus d'importance que le curare est d'ordinaire- un médicament dont l'absorption est lente ; alors au contraire il se trouverait instanlanéraent entraîné dans le torrent circulatoire. Il faut bien se garder de croire qu'en évitant les grosses veines visibles, ou dont le trajet est connu, on n'aura rien à craindre de semblable ; nous avons fait voir ailleurs [Société de biologie, 1876) que c'est une complication fréquente des injections de chlorhydrate de morphine, et que dans ces circonstances on peut voir se produire des symptômes redoutables. Pour se mettre en garde contre cette éventualité nous conseillerons donc de procéder comme il suit : On fait la piqijre avec la canule seule, ou s'assure que la pointe est bien mobile, et on attend quelques instants avant de continuer l'opération pour voir s'il ne s'écoule pas de sang par l'extrémité libre de l'aiguille ; c'est alors seulement qu'on adapte la seringue et qu'on pousse l'injection. Pour plus de sûreté encore, comme la canule pourrait être obstruée par le moindre grain de poussière, ou introduit par son extrémité libre un fil d'argent pour permettre l'écoulement du sang, s'il y a lieu. Après s'être entouré de toutes ces garanties on peut, croyons-nous, introduire le liquide sans crainte de complication.
Doses. D'après le mémoire de MM. Liouville et Voisin, dans le tétanos on doit injecter de prime abord un décigramme de curare, puis une autre dose d'un décigramme sera injectée en trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures. La même dose sera répétée les jouis suivants jusqu'à ce que l'on obtienne des
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effets. Lorsqu'on administre ce médicament dans les maladies chroniques, les doses quotidiennes sont inférieures, mais peuvent être augmentées chaque jour de manière que le malade arrive à prendre jusqu'à deux décigrammes de la substance toxique dans les vingt-quatre heures.
Effets locaux. Le curare injecté sous la peau ne produit qu'une irritation peu prononcée entourée d'une légère auréole rougeâtre.
Il nous faut maintenant voir quels sont les phénomènes observés chez les malades soumis à la médication curarique. De ces effets les uns sont constants et reproduisent en quelque sorte ceux qu'on observe chez les animaux empoisonnés par le curare ; d'autres au contraire ne surviennent que dans les cas graves quand on administre une forte dose du poison. Les phénomènes ordinaires se manifestent dans l'ordre suivant : d'abord on constate une diplopie légère, la vue est troublée, il semble qu'il y ait un nuage devant les yeux, la paupière supérieure s'abaisse involontairement, puis, et presque en même temps, la circulation s'active, les mouvements aspiratoires deviennent plus fréquents, la température du corps s'élève et les sécrétions s'exagèrent. D'après les auteurs déjà cités ces phénomènes sont, on peut le dire, tardifs, et ils ne se produisent au plus tôt que quinze ou vingt minutes après l'injection de la solution curarique. Il faut donc que cette substance ne s'absorbe que très-lentement ; en effet, les symptômes produits par une injection sous-cutanée se manifestent bien plus vite ; chacun sait en effet que la cessation de la douleur est déjà très-appréciable cinq minutes api'ès une injection de morphine ou d'atropine ; que les vomissements provoqués par la morphine surviennent au plus trois à quatre minutes après l'injection de cette substance. Les phénomènes oculo-palpébraux durent peu, une heure ou deux au plus, mais l'excitation circulatoire quasi-fébrile se prolonge bien plus, quelquefois pendant plus de vingt-quatre heures : « Assis ou courbé dans son lit, dit M. Voisin, le malade éprouve, pendant les quelques heures qui suivent les injections de huit centigrammes et plus, un sentiment de lassitude, de courbature dans les membres inférieurs; ce phénon)ène se fait sentir surtout dans la station debout ; j'ai même observé quelquefois du trébuchemcnt. Des malades resseutent celte fatigue pz^ès de vingt-qualre heures après la médication. »
On observe aussi chez les individus curarisés une tendance irrésistible au sommeil que plusieurs expérimentateurs ont signalée chez les animaux.
Il est un fait constaté par MM. Liouville et Voisin et qui a servi en quelque sorte de base théorique à leurs recherches. Pour eux les malades curarisés ont de la fièvre : or le tétanos est une maladie essentiellement apyrélique, et ces auteurs ont pressenti qu'en provoquant la fièvre ils mettraient le sujet dans des conditions nouvelles favorables à la guérison ; reste à savoir cependant si la base est exacte et d'abord si les malades curarisés ont véritablement de la fièvre, quoiqu'en en présentant les caractères extérieurs. Si le pouls, si la respiration deviennent plus fréquents, le troisième phénomène qui caractérise la fièvre existet-il ? y a-t-il exagération des combustions el augmentation de la quantité d'urée? Sur ce dernier point les expérimentateurs sont muets, ce qui a permis de battre en brèche le côté théorique de leurs recherches.
Voilà quel est l'ensemble des symptômes produits par la curarisation. Nous allons maintenant étudier leur marche et rechercher leur genèse.
Nous avons signalé en premier lieu le prolapsus des paupières supérieures, phénomène qui, d'après MM. Liouville et Voisin, serait constant et pourrait
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même, dans les cas où la dose est très-fiiible, être la seule manifestation. Pour peu que la quantité employe'e soit plus forte, à ce premier symptôme s'ajoute la diploplie, phénomène très-bien étudié par les mêmes auteurs qui en ont fait le sujet d'une communication à l'Institut. C'est le plus souvent du strabisme externe avec dilatation pupillaire liée à un effet paralytique exercé sur les nerfs moteurs de l'œil (nous soulignerons ce fait qui peut avoir son importance dans l'étude, actuellement à la mode, des centres moteurs de l'écorce cérébrale). Nous allons donner le résumé des expériences faites à ce sujet par les savants que nous venons de citer. « Une injection sous-cutanée, dit M. Voisin, de o milligrammes de curare, est faite à la patte postérieure d'un lapin à jeun ; quinze minutes après, on observe les signes de l'intoxication, dont les principaux sont : un tremblement fibrillaire général, la paralysie du train postérieur, le prolapsus des paupières supérieures, de la dilatation pupillaire, puis, à la vingtième minute, il se produit une exophlhalmie très-prononcée. L'intoxication suit ainsi son cours, et l'animal meurt en une heure.
« L'un des yeux enlevés, nous constatons que le nerf moteur oculaire commun est insensible au courant électrique, tandis que les muscles auxquels il se rend sont facilement contractiles.
« Dans d'autres expériences, nous nous sommes assurés que cet état paralytique du moteur oculaire commun était partagé par les autres nerfs moteurs de l'œil, ce Iqui nous a expliqué Vexophthalmie, sur laquelle Liouville et moi nous avons insisté, comme fait d'observation, chez les animaux curarisés. L'observation des malades nous a permis, du reste, de constater que le nerf moteur oculaire commun n'était pas moins atteint que le moteur externe, le nerf du grand oblique, et que, si la paralysie du premier semblait prédominante, cela devait tenir à ce qu'il se rend à un plus grand nombre de muscles que les deux autres; il est bon aussi d'ajouter que, si les phénomènes les plus fréquents vus sur les malades appartiennent aux rameaux nei'veux de la troisième paire qui se distribuent dans le muscle droit interne, dans le releveur de Id paupière supérieure et dans l'iris, on en observe aussi qui indiquent que le nerf du petit oblique est touché par l'agent thérapeutique. »
Ces premiers symptômes ont une importance beaucoup moins considérable que ceux dont le groupement constitue l'état que ces auteurs ont désigné sous le nom de fièvre ; nous emprunterons encore k M. Voisin l'exposé de cet état : « La fièvre a été très-franche chez les malades qui recevaient en injection souscutanée 70 milligrammes et plus de curare d'une force moyenne. Elle a débuté plusieurs fois par un frisson très-violent avec des doses supérieures à 1 décigramme ; ce frisson survient au bout d'une heure et demie au plus et dure trois heures au plus; en même temps, la température axillaire augmente tellement, qu'elle a pu atteindre le chiffre de 40°,4 ; le pouls devient, dès le début du frisson, petit et fréquent, Mais, lorsque la période de froid est passée, les pulsations deviennent impulsives, tout en restant aussi, sinon plus fréquentes, et les tracés sphygmographiques montrent la ligne ascendante presque verticale, le sommet élevé du double au moins.
« Le pouls nous a présenté dans tous les cas des phénomènes curariques intenses, un dicrotisme excessivement marqué, ainsi qu'on en peut juger par les tracés.
« La respiration présente toujours quelque chose d'anormal ; le malade pousse des soupirs, des plaintes, comme dans le stade de froid de la fièvre intermit-
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tente ; la respiration est entrecoupée, le nombre des inspirations augmente et, croisîîant en même temps que celui des pulsations et l'élévation de la température, il peut atteindre le chiffre de trente-six par minute. Les tableaux graphiques indiquent les diverses manifestations de la fièvre curarique.
« La peau du corps qui, dans la période de froid, prend une teinte pâle, offre quelquefois, pendant la période de chaleur, une rougeur assez intense analogue au rash, qui disparaît à la pression, puis l'état de la chaleur sèche, brûlante, de la peau, est remplacé parfois par de la moiteur ou de la sueur, qui a été excessivement abondante dans certains cas. C'est ainsi qu'elle baignait la face sous forme de perles et que les draps du malade ont dû èlre changes, tellement ils avaient été mouillés. La sécrétion de sueur a été tellement profuse à plusieurs reprises, que nous avons pu en recueillir et en injecter sur des grenouilles, atin de nous assurer si elle renfermait du curare, w
Dans les expériences faites sur les animaux par M. Claude Bernard, ce savant avait observé des phénomènes du même genre que ceux constatés par MM. Liouville et Voisin ; mais il n'avait pas reconnu leur identité avec la fièvre. Voici du reste ce qu'il dit à ce sujet : « Lorsque les propriétés vitales d'un nerf sensitif ou moteur Yont disparaître sous l'influence d'une perturbation quelconque, elles s'exaltent d'abord pendant un certain temps. Il se produit une surexcitation plus ou moins forte qui, chez les lapins soumis à l'inllueiice du curare, se traduit par de légers frissonnements dans les muscles peauciers. Les nerfs vasomoteurs sont dans le même cas ; avant d'être détruits par le curare, ils sont surexcités pendant un certain temps et, par suite, les vaisseaux se resserrent d'abord un peu avant de se dilater. »
Tel est encore aujourd'hui, à ce sujet, l'état de la science ; et cependant il est très-important de s'assurer si la fièvre se manifeste réellement dans l'intoxication curarique, ou bien si l'on a affaire à un ensemble de troubles qui la simulent, sans la constituer véritablement. Wieger (de Strasbourg) et M. le professeur Germain Sée ont objecté que l'on obtenait bien deux des phénomènes qui constituent la trilogie fébrile, mais que l'on ne pourrait affirmer l'eirstence réelle d'un état pyrétique que si l'on trouvait le troisième symptôme, c'est-à-dire l'augmentation considérable d'urée dans l'urine. M. Voisin a répondu à cette objection dans \e Dictionnaire de médecine pratique et a rapporté l'observation d'une femme qui, pendant la lièvre curarique provoquée, avait rendu 1000 grammes d'urine contenant 31 grammes d'urée, quantité incomparablement plus forte que celle qu'on trouve à l'état normal et même dans certaine pyrexie; il maintient donc les conclusions de son premier mémoire en collaboration avec M. Liouville, c'est-à-dire que, dans l'empoisonnement par le curare, il existe une véritable fièvre. Ce fait a été confirmé depuis par des publications faites à Nancy et à Paris par MM. Victor Parisot et du Cazal ; ces deux auteurs, approuvant les théories émises par MM. Liouville et Voisin, ont reconnu non-seulement que l'on donnait la fièvre aux tétaniques en leur administrant du curare, mais que, de plus, l'on pouvait, chez des individus sains, provoquer d'emblée un état fébrile par le même moyen. La production de la fièvre, dans le tétanos, pouvait servir de point de départ théorique au traitement de cette maladie par le curare; on sait, en effet, que dans les affections convulsives l'apparition de la fièvre coïncide en général avec la cessation des spasmes ; et dès lors, l'emploi du curare, dans le traitement du tétanos, n'était autre chose que l'application de cet ancien adage : Fehris spasmos solvil.
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En dehors de la fièvre, le curare produit d'autres troubles de l'économie, tels que soubresauts de tendons, secousses musculaires, qui ne rappellent du reste en rien les convulsions produites par la strychnine. Dans quelques cas, cette agitation est assez violente pour faire changer le malade de position. Du reste, il faut reconnaître que ces accidents, signalés par MM. Liouville et Voisin, sont loin d'èt)e les plus fréquents; ils correspondent à de petites doses de curare et rappellent de tout point l'agitation qu'on observe chez les animaux au début de l'intoxication curarique, alors que l'absorption est incomplète. Dans la majorité des cas, ce sont au contraire des accidents paralytiques qui se produisent; d'abord les membres inférieurs se prennent; d'autres l'ois, mais alors avec des doses plus fortes, la parésie envahit un plus grand nombre de muscles et peut même devenir une source d'inquiétude, comme, par exemple, dans le fait suivant rapporté par 51. Voisin, où il s'ugit d'un malade auquel, par suite d'une erreur de l'interne en pharmacie, on avait administré une dose trop forte de curare ; non-seulement chez lui il y eut de la paraplégie presque complète, mais encore on observa de l'affaiblissement considérable dans les membres supérieurs, dans les muscles du larynx et des parois thoraciques, de la dysphagie et même un commencement de paralysie du diaphragme. Dans aucune des observations rapportées par les auteurs on n'a constaté d'altération de la sensibilité, fait facile à prévoir, après ce que nous avons dit de l'action élective du poison pour les nerfs moteurs. Si nous ajoutons que l'intelligence a toujours été conservée, nous aurons énuméré tous les effets du curare. La sécrétion urinaire est presque toujours augmentée , et les urines, outre la plus grande (piantité d'urine dont nous avons déjà parlé, contiennent encore une assez forte proportion de sucre, comme chez les animaux intoxiqués par le poison. C'est par les reins que se fait l'élimination du curare, point important à citer en médecine légale. MM. Liouville et Voisin ont observé une augmentation dans la quantité des larmes et des sécrétions muqueuses, mais n'ont pu révéler la présence du poison dans ces derniers liquides.
Y a-t-il accoutumance pour le curare? Ce fait est douteux pour Claude Bernard et M. Bert ; MM. Liouville et Voisin tendraient à se prononcer pour l'affirmative, car ils ont toujours remarqué dans leurs, observations que les effets de la substance toxique étaient plus intenses au début du traitement que dans les jours consécutifs ; ils ont vu qu'après plusieurs mois de traitement ou pouvait arriver à faire prendre à un malade plus de d 4 centigi-ammes en vingtquatre heures, sans produire de phénomènes généraux intenses, et cela avec un curare qui avait conservé toute son activité, ainsi qu'ils ont pu s'en convaincre dans leurs expériences sur les animaux.
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent de l'emploi thérapeutique du curare a trait presque exclusivement au traitement du tétanos : or, dans cette maladie elle-même, on ne peut obtenir d'effets réels qu'à la condition d'administrer des doses un peu fortes du poison. Tous les médecins qui l'ont donné aux doses inférieures de 1 centigramme à 1 centigramme et demi au plus n'ont obtenu aucun effet ; pour produire au moins une amélioration passagère, il faut donner environ i décigramme dans les premières vingt-quatre heures, dose qui sera augmentée de !2 à 5 centigrammes par vingt-quatie heures pendant les jours suivants et devra être continuée aussi longtemps que le malade présentera des accidents tétaniques. C'est en effet seulement par cette méthode que l'on a obtenu des succès, soit que le curare ait été administré en injections
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sous-cutanées, soit, comme l'ont fait Vella (1859) et Chassaignac (1859), que l'on se soit servi d'une solution concentrée du poison pour laver et panser la plaie. Il y a encore à noter, dans le traitement du tétanos, une contre-indication qui serait formelle, d'après MM. Liouville et Voisin, et qui serait la conséquence directe de leur théorie sur le mode d'action du curare : c'est l'existence d'une fièvre primitive, surtout si celle-ci est un peu intense. « 11 nous paraîtrait en effet défavorable, dit M. Voisin, de s'exposer à surajouter à la fièvre morbide une nouvelle fièvre artificielle, curarique. C'est, du reste, cette ligne de conduite que nous avons suivie avec Liouville, dans un cas de l'Hôtel-Dieu (1866).
Nous devons ajouter que les cas de guérison sont rares, du moins dans les tentatives qui ont été faites en France par Manec, Follin, Gintrac, Ad. Richard, Liouville et Voisin. Parmi les succès, il faut citer ceux de Vella, de Chassaignac, huit guérisons de Demno sur vingt-deux cas, et enfin cinq de Busch sur onze malades.
Ce n'est pas seulement dans le traitement du tétanos que le curare a été proposé : parmi les maladies où on l'a employé, nous citerons en première Vigne Vépilepsie. L'idée d'appliquer le curare dans le traitement de cette terrible affection a été suggérée par ce fait rapporté dans les récits de voyage de de llumboldt et de Boussingault, qui affirment que les indigènes de l'Amérique du Sud s'en servent avec succès contre cette maladie. ftJM. Liouville et Voisin, qui l'ont employé dans ce cas, basent leur indication sur ce fait, que cet agent affaiblit et paralyse les nerfs moteurs et doit, par conséquent, diminuer l'intensité des convulsions.
La première tentative rationnelle qui ait été faite dans cette voie est due à Thiercelin, dont du reste les recherches sont fort incomplètes, non-seulement parce que le curare lui a fait défaut, mais encore parce qu'il a mal dosé !;on médicament.
Après lui vient Benedikt, qui a obtenu quelques succès, mais dont les malades, suivis trop peu de temps, ne peuvent servir à juger la valeur de la substance. MM. Liouville et Voisin ont traité d'abord à Bicêtre six épileptiques, pris parmi les plus malades et les plus déments. Dans cette première série, ils n'ont obtenu aucun résultat. Plus tard, chez un autre sujet atteint du même mal, mais intelligent, ils virent diminuer la force et la fréquence des attaques. Enfin, chez une femme, les grandes attaques disparurent à peu près complètement, mais elle conserva les préludes et les vertiges. En résumé, pour M. Voisin, les épileptiques soumis au curare ne paraissent plus aussi impressionnables qu'avant l'administration de cette substance. M. Liouville et lui ont remarqué que les malades qui, après les crises, tombaient ordinairement dans un état de démence et de manie furieuse, ont vu ces accidents disparaître quand on les a traités par le curare.
Nous devons ajouter ici une opinion émise par M. Voisin. L'action salutaire qu'il avait observée dans la manie épileptique l'a porté à penser que la manie et l'exaltation maniaque simple seraient peut-être favorablement modifiées par l'administration du curare. Des essais faits dans ce sens n'ont donné aucun résultat. Or, si l'on considère sur quelle donnée théorique cet auteur avait basé son opinion, son insuccès n'aura rien qui doive nous surprendre; il attribuait, en effet, les avantages obtenus dans l'épilepsie, aussi bien que ceux qu'il attendait dans la manie simple, à une ischémie cérébrale, laquelle serait produite
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par l'action paralysante du curare sur les nerfs vaso-moteurs de l'encéphale ; la théorie était fausse. Nous avons vu dans la partie physiologique que des doses de curare suffisantes pour anéantir toute influence des nerfs moteurs sur les muscles striés restaient sans action appréciable sur les nerfs des vaisseaux (vasoconstricteurs et vaso-dilatateurs). Si donc l'ischémie cérébrale devait être avantageuse, ce n'était pas au curare qu'il fallait demander cet effet.
Chez les épileptiques, il faut administrer d'emblée des doses de 2 à 3 centigrammes tous les deux jours ; l'on peut ainsi, en augmentant de 5 à 10 milligrammes, arriver progressivement à celle de 18 centigrammes, qui n'a jamais €té dépassée. C'est, en général, entre 8 à 10 centigrammes, que l'on oscille; nous répéterons ici, une fois de plus, que la force du curare doit toujours être essayée de manière à ne pas s'exposer, en administrant un curare plus fort, à produire des accidents toxiques.
Dans le tic douloureux de la face, le curare a été employé avec succès. Dans un cas signalé par Gualla, et où les convulsions occupaient tout le côté droit de la face et s'étendaient jusqu'aux muscles du cou, en comprenant le masséter, le temporal et l'orbiculaire des paupières, tous les moyens avaient été mis inutilement en usage. L'auteur fit au niveau de l'articulation temporo-maxillaire une petite plaie qu'on recouvrit de compresses imbibées d'une solution concentrée de curare ; de plus, on pratiqua dans les muscles de la face des injections avec la même substance. MM. Liouville et Voisin font remarquer que ce x^ésultat était d'autant plus facile à prévoir que, ainsi qu'ils l'ont démontré dans leurs expériences, le curare jouit d'une sorte d'action élective sur les muscles moteurs des y^ux et des paupières.
Le poison dont nous nous occupons a été employé sans succès dans la chorée par Beigel.
Chez un enfant de douze ans atteint de rage, M. le professeur Vulpian administra en différentes fois une dose de 5 centigrammes de curare, et cela sans succès.
L'idée d'utiliser le curare pour combattre les accidents produits par la strychnine devait venir tout d'abord ; Claude Bei'uard constata en effet qu'un animal qui a reçu une quantité de strychnine suffisante pour le tuer ne succombe pas lorsqu'on lui injecte du cui'are. Virchow plus tard renouvela les mêmes expériences et arriva aux mêmes l'ésultats. Jusqu'ici on ne connaît chez l'homme qu'un seul cas d'empoisonnement produit par la strychnine et traité par le curare, il est dû à Bûrow; le malade guérit. Ce fait, quoique isolé, a une grande importance et autorise dans de semblables conditions à employer le curare. 11 est vrai que depuis l'époque où il a été publié les recherches d'Oré, de M. Vulpian, sur le chloral, ont établi que cette dernière substance serait probablement, dans les cas de strychnisme, plus utile que le curare. Quoi qu'il en soit, l'observation de Biirow i"este avec ses conséquences.
Nous devons cependant faire ici, à propos de l'antidotisme du curare et de la strychnine, une remarque qui du reste s'applique également au chloral hydraté ; quand, chez un animal intoxiqué par une dose mortelle de strychnine, on injecte soit du curare, soit du chloral hydraté, en quantité suffisante, les convulsions ne se produisent pas, si on a soin de maintenir le sujet sous l'influence de ces substances jusqu'à élimination de la strychnine; mais l'on n'est pas en droit pour cela d'affirmer sa guérison, car, si la dose a été trop forte, il n'est pas rare de voir l'animal succomber au bout de quelques jours ; dans ces cas, la mort est
CURARE (thérapeutique). 427
probablement due à des lésions matérielles de la moelle épinière développée sous l'influence de l'agent convulsivant.
Jusqu'ici le curare n'a pas été employé dans le traitement de Véclarnpsle puerpérale, il y aurait peut-être là une indication.
Nous ajouterons, pour compléter la liste des cas dans lesquels le curare a été proposé, que MM. Liouville et Voisin, se fondant sur l'influence que cette substance exerce sur les sécrétions, en ont proposé l'usage dans le choléra asiatique. Pendant l'épidémie de 1866, Isambert essaya sur deux cas graves; les malades guérirent. Mais à ce propos -M. Voisin fait remarquer que le curare injecté dans le tissu cellulaire sous-cutané ne fut absorbé qu'au momeiit de lu convalescence et ne joua par conséquent aucun rôle dans la guérison des malades. En conséquence il conseille, pour renouveler ces tentatives, d'employer le poison sous forme de poussière aqueuse, dont on tenterait l'absorption par la muqueuse des vésicules pulmonaires. On pourrait encore l'injecter dans les veines.
Puisque, ainsi que nous venons de le voir, l'usage du curare, comme agent thérapeutique, a été l'objet de recherches sérieuses de la part des hommes les plus compétents, nous ne croyons pas inutile de faire suivre le tableau précédent des critiques qu'il soulève. C'est aux leçons de M. le professeur Vulpian que nous emprunterons la plupart de nos remarques, nous n'avons pas besoin de dire qu'avant de les formuler il les a soumises au critérium de l'expérimentation.
La base sur laquelle on a institué le traitement du tétanos par le curare est que le curare fait cesser les convulsions produites par la strychnine, et peut ainsi être employé pour combattre les effets de cette substance loxique. Or, quelles sont les conditions nécessaires pour que le curare soit le contre-poison de la strychnine? Il faut, d'une part, que la quantité de strychnine absorbée ne soit pas trop forte et ne produise pas la mort, ainsi que nous lavons dit plus haut, par des lésions matérielles de la moelle épinière. 11 faut, d'autre part, que le curare soit administré à dose suffisante pour amener une paralysie, ou tout au moins un affaiblissement des muscles respiratoires assez grand pour que ceux-ci ne puissent plus être le siège de convulsions et que la mort ne soit pas due à l'asphyxie : donc il faut qu'on supplée à l'action des muscles qu'on a supprimés par des moyens mécaniques, par la respiration artificielle, en un mot.
Voilà ce qui est nécessaire pour combattre l'empoisonnement strychnique.
Pour obtenir, dans le traitement du tétanos, des résultats sérieux, il faudrait agir de la même manière. Il est évident que les lésions médullaires devront ici être négligées dans la pratique, car, même en admettant qu'on sache qu'elles Ont été produites chez un malade condamné à une mort certaine, il ne faudrait point hésiter à employer un moyen, si peu de chances qu'il puisse offrir.
Mais il n'en est pas de même de la seconde condition à remplir, c'est-à-dire du degré auquel il faut porter la curarisation.
C'est en effet toujoùi^s une opération bien grave que de pratiquer chez l'homme la trachéotomie. Pour faire la respiration artificielle, et dans les cas où la mort ne paraît pas absolument inévitable, les chirurgiens les plus téméraires reculeront le plus souvent devant une telle éventualité.
En résumé, d'une part, si l'on veut obtenir par le curare des résultats véritablement utiles dans le traitement du tétanos, il faut conduire la curarisation jusqu'à paralysie des muscles respiratoires et par conséquent avoir recours à la respiration artificielle ; d'autre part, c'est là un moyen héroïque qui ne
428 CURARE (tuiîkapeutique).
pourrait être érigé en précepte que si le curare était véritablement destiné à donner, dans la plupart des cas, des avantages sérieux.
Ici nous voyons réapparaître ce que nous disions à propos de l'intoxication par la strychnine ; dans l'un comme dans l'autre cas, les convulsions ne constituent pas tout le mal, il y a des lésions des centres nerveux contre lesquelles le curare sera absolument impuissant.
Le curare n'est donc pas un agent héroïque dans le traitement du tétanos ; son emploi permet seulement de combattre un des symptômes les plus graves, et cela au prix de dangers sérieux.
Nous sommes revenu avec insistance sur ce point de l'histoire du curare, parce que le tétanos est la seule al'fection dans laquelle son emploi ait été prescrit avec quelque raison, et que nous voyons que dans ces cas mêmes il ne mérite que peu de créance.
En somme, dans l'état actuel de la science, le curare est un agent utile dans les recherches physiologiques, il a rendu et rendra encore des services de premier ordre; mais nous n'hésiterons pas à dire en terminant : le curare nest pas un médicament, et jusqu'à présent il n'a pas sa place au nombre des substances utiles dans le traitement des maladies.
Nous ne voulons pas terminer sans signaler un petit fait mentionné par M. Voisin ; il s'agit d'une action tout à fait imprévue du curare sur la muqueuse des premières voies respiratoires et surtout sur la muqueuse nasale : « Nous nous sommes assuré dans maintes circonstances, dit-il, qu'une prise de curare en poudre mise dans le nez guérit le coryza ordinaire à son début. »
Traitement des accidents curariques. Soit que la dose administrée comme médicament ait été plus forte qu'on ne le voulait ou bien encore que le curare ait pénétré dans une veinule, il peut arriver que cet agent thérapeutique devienne la source d'accidents. Ceux-ci peuvent encore se produire, si le curare a été donné dans un but criminel ou absorbé par erreur. Dans tous ces cas le médecin devra intervenir : nous allons donc passer en revue les moyens qu'il peut mettre en usage. Plusieurs conditions peuvent se présenter : ou bien l'on s'aperçoit du danger avant que l'absorption soit complète, ou bien encore c'est la production des accidents qui seule vient éclairer le praticien. Dans le premier cas l'indication principale consiste à s'opposer à l'absorption totale du poison, et le meilleur moyen consiste à faire une ligature sur le membre entre le coeur et le siège de l'introduction de la substance toxique. Il importe que cette ligature soit au début assez fortement serrée, mais il n'est pas nécessaire de la maintenir bien longtemps, et on peut l'enlever définitivement au bout de quelques heures après l'avoir préalablement desserrée peu à peu : si le curare a été introduit par une plaie largement ouverte, on a conseillé l'application des topiques ci-dessous qui sont particulièrement utiles : acide phénique (Paul Bert), sel marin (Perreiras) ou bien iodure de potassium et chlore (Alvaro-Reynoso). Outre ces agents, des succions faites au niveau de la plaie, l'application de ventouses, seront encore d'une efl'icacité réelle. Admettons que tous ces moyens ont été insuffisants et que les accidents se sont produits : il faudra alors entourer le malade de linges chauds, faire des frictions excitantes et lui faire absorber en grande abondance des boissons délayantes et diurétiques. Enfin, si malgré cette thérapeutique les accidents progressent, si la paralysie du diaphragme menace d'asphyxie imminente, il faudra immédiatement recourir à la respiration artificielle, soit au moyen d'un tube introduit directement dans le larynx, soit après avoir fait la
CURARE (bibliographie). 429
trachéotomie par la canule trachéenne. Cette respiration doit être faite largement en fournissant au malade le plus possible d'air respirablc.
MM. Liouville et Voisin se sont demandé s'il n'y aurait pas avantage à px'ovoquer des hémorrhagies dans le membre par lequel le poison avait pénétré ; pour vérifier cette hypothèse, leurs résultats ont toujours été négatifs.
Etudes médico-légales. Jusqu'ici il n'existe en Europe aucun cas dans lequel le curare ait été donné pour produire un empoisonnement criminel. 11 n'est cependant pas sans intérêt d'étudier rapidement cojnment l'on pourrait, le cas étant donné, parvenir à constater le crime et à déceler la présence de l'agent toxique. La première donnée sur laquelle on baserait une recherche médicolégale, c'est l'élimination du curare parles urines, fait qui a été vérifié dans toutes les expériences sur les animaux et dans les reclierches thérapeutiques sur l'homme ; cependant deux cas peuvent se présenter dans lesquels l'examen des urines ne fournirait aucun renseignement : si, par exemple, les urines que l'on examine ont été recueillies très-tard, elles ne contiennent plus que des traces excessivement faibles du poison et ne permettent plus de conclure affirmativement à son emploi. Dans d'autres circonstances la dose de curare a été tellement considérable que le malade a été foudroyé avant que l'élimination ne commence; et dans ces conditions encore l'absence de poison dans l'urine n'est pas un renseignement absolument certain. 11 fallait donc recourir à un autre moyen pour avoir des données scientifiques et concluantes. Pour ce taire on prend tons les viscères du sujet intoxiqué et par une méthode de lavage successif, que M. Roussin a préconisée pour la recherche d'autres poisons, on obtient sous un petit volume un résidu clair et limpide qui renferme tout ce que l'on a extrait des organes. Si ce résidu contient du curare, les réactifs cbimiques ne donnent aucune réaction positive ; nous verrons tout à l'heure quel renseignement il pourrait fournir sur la curarine. Heureusement l'on possède un autre ordre de réactif, c'est l'action sur les animaux ; ce qu'on a désigné sous le nom de réactif physiologique.
Voici comment l'on procède : on injecte à un animal la plus grande quantité possible du résidu et l'on observe les phénomènes qu'il présente. S'il s'agit de curare, on constate toute la succession des accidents que nous avons plusieurs fois décrits, entre autres l'augmentation de la chaleur périphérique avec diminution de la chaleur centrale, et non augmentation, comme l'a dit à tort M. Voisin. Si l'ensemble des phénomènes observés pendant la vie et après la mort concorde de tout point avec ceux que l'on observe chez les animaux curarisés; si de plus on démontre la présence du sucre dans l'urine, on peut affirmer csans ourir risque de se tromper que le curare est bien l'agent toxique.
Supposons qu'on ait employé la curarine les réactions signalées par Prever et que nous avons mentionnées précédemment pourront l'ournir des renseignements utiles.
En résumé, on éprouve pour la recherche du curare dans l'économie animale les mêmes difficultés que pour les autres poisons végétaux ; et c'est surtout aux études physiologiques que, le cas échéant, l'on devrait de pouvoir reconnaître l'agent du crime. H. Ghouppe.
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430 (JLKATELLE.
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CORARIl^E. Voij. Curare.
CURATELLK {Curatella h.). Genre de plantes, de la famille des Dilléniacées, voisines des Tetracem, à fleurs 4-5-mères, avec un calice et une corolle imbriqués, des étamines en nombre indéfini, et deux carpelles à ovaire pluriovulés, devenant des fruits secs, déhiscents, avec une ou deux «^raines arillées dans chacun d'eux. Ce sont des arbustes grimpants de l'Amérique tropicale, à feuilles alternes, à nervures secondaires nomlDreuses, rapprochées, parallèles, obliques ou presque transversales. Leurs surfaces sont scabres ou ruoueuses, surtout en dessous. Ce caractère est dû à l'accumulation dans l'épaisseur de ces feuilles d'un grand nombre de concrétions siliceuses, qui résistent à tous les acides, sauf à l'acide fluorhydrique. Nous les avons étudiées dans le C. ameri-
CURCAS. 431
cana qui sert, en Amérique, à polir les bois et les métaux mous comme l'étain, et nous avons ^a^ que « les rugosités dépendent uniquement de la saillie que forment ces nombreuses concrétions siliceuses situées sous le feuillet superficiel de l'épiderme ; elles sont globuleuses, inégales entre elles et finement mamelonnées à la surface, à la façon d'un chou-fleur ». Cette plante est, en outre, astringente. Le C. Camhaiba, qu'A. Saint-Hilaire a distingué spécifiquement, est également astringent. Aussi se sert-on, au Brésil, de sa seconde écorce pour laver les plaies, dont il hâte la cicatrisation. H. Bn.
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CURAUDAL' (François-Réné) . Né à Séez,en Normandie, en 1 765, et mort à Paris, le 25 janvier 1813, n'était pas médecin ; mais, comme pharmacien et chimiste, il a rendu des services si éminents que nous croyons devoir lui consacrer quelques mots dans ce Dictionnaire. Reçu membre du collège de pharmacie à l'âge de vingt-deux ans, il s'établit d'abord à Vendôme, mais il ne tarda pas à quitter son officine pour venir à Paris, et se livrer tout entier à ses travaux de chimie. Parmi les nombreux perfectionnements qu'il apporta aux diverses branches de l'industrie, nous signalerons seulement ceux qu'il introduisit dans la fabrication du sucre de betterave, l'épuration des huiles à brûler, le blanchissage à la vapeur, la fabrication du savon, le tannage des cuirs, etc. ; il établit lui-même une belle tannerie et une fabrique d'alun artificiel, et inventa des appareils ingénieux pour diminuer la consommation des combustibles. Il fit de nombreux cours publics et gratuits pour démontrer les avantages de ses appareils et pour faciliter l'application des méthodes nouvelles qu'il avait imaginées.
Curaudau était membre de plusieurs sociétés savantes, entre autres de l'Athénée des arts, de la Société d'encouragement, mais il fréquentait surtout la société libre des pharmaciens de Paris, à laquelle il communiquait ses recherches chimiques les plus importantes. On trouvera ses travaux consignés dans divers recueils, tels que les Annales de chimie, le Journal de physique, le Bulletin de pharmacie, le Journal d'économie rurale et la Bibliothèque des propriétaires ruraux ; il a également fourni plusieurs articles h la dernière édition du Cours d'agriculture de Rozier. Nous citerons seulement de lui :
I. Traité sur le blanchissage à la vapeur. Paris, 1806, in-8°. — 11. Observations sur la décomposition du muriate de soude. la Ann. decliim., t. XIV, p. 15. — lll. Sur la nature et les nouvelles propriétés du radical prussique. Ibid., t. XLVI, p. 1481, 803. — IV. Nouv. procédé Jjour fabriquer l'alun artificiellement, etc. Ibid., p. 218. — "V. Sur les causes d'imper fection des fourneaux d' évaporation et sur une nouvelle manière de les construire, etc. Ibid., p 279. — VI. Description d'une série de fourneaux connus sous le nom de r/alères, etc. Ibid., t. XLVIII, p. 193.— VU. Obs. pyrotechniques, etc. Ibid., t.L, p. 134, 1S04. — VIII. Réflexions sur les propriétés parlicul.de l'alun de Rome. Ibid., t. LI, p. 328, 1804. — VIII. Descripl. d'un procédé à la faveur duquel on peut métalliser la potasse et la soude sans le concours du fer ni de la pile. Ibid., t. LXVI, p. 97, 1808. —IX. Exp. s. le soufre, etc. Ibid, t. LXVH, p. 72. — X. De l'influence que la forme des alanib. exerce sur la qualité des produits de la distillation. Ibid., p. 198. — XI. Construct. pyrotechniques. Ibid., t.LXVlII, p. 9i, 1808. — XII. Note sur l'évapor. par l'air chaud. Ibid., t. LXXX, p. 109, 1811. — XIII. On trouvera dans le Bulletin de pharmacie, t. V, p. 134, 1813, une notice sur a vie et les travaux, de Curaudau par J.-P. Boudet. L. Hu.
CURCAS. Adanson [Fani. des pi., II, 356) a fait un genre de plantes pour le Jatropha Curcas de Linné. Ses caractères sont ceux des 3Iédiciniers en gêné-
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rai, mais sa corolle est gamopétale ; fait remarquable dans un groupe tel que celui des Jatropha, dont les uns ont les pétales libres, tandis que les autres sont dépourvus de corolle. C'est là un des faits qui condamnent le plus évidemment la valeur donnée dans la Méthode de Jussieu aux caractères tirés de la corolle. lUiiz et Pavon ont donné à ce môme genre Curcas le nom de Castiglionia, et nous avons dû réunir aux Curcas les Loureira de Cavanilles, c'est-à-dire les Mozinna d'Ortega, qui ont aussi une corolle gamopétale, avec les autres caractères de la (leur des Jatropha (voy. Étucl. gén. du gr. des Eiiphorbiacées, 315, t. 15, lig. 1-18; 19, fig. 10, 11). Plus récemment, nous avons {Hist. des plant., V, 114), à l'exemple de M. 3Iueller d'Argovie (Prodr., XV, s. 11, 1076), réduit les Curcas au rang de section dans le genre Jatropha. Quoi qu'il en soit, les Curcas, genre ou section du genre Médicinier, sont caractérisés de la façon suivante. Les fleurs sont monoïques ou dioïques. Les mâles ont un calice gamosépale à cinq divisions quinconciales ; une corolle gamopétale, urcéolée ou campauulée, à cinq divisions alternes avec celles du calice, ordinairemeut garnies d'un bouquet de poils à la base de leur face interne, imbriquées ou plus souvent tordues dans la préfloraison. Les étamines sont disposées sur deux verticilles, soit au nombre de dix (Eucurcas), dont cinq superposées aux divisions du calice, et cinq à la corolle ; soit au nombre de huit, comme il arrive souvent dans les Mozinna où le verticille intérieur de Tandrocée peut être réduit à trois pièces. Les filets staminaux sont inférieurement nionadelphes, et les anthères sont biloculaires , déhiscentes par deux fentes longitudinales, toutes finalemenl extrorses. Un disque de cinq glandes, alternes avec les divisions de la corolle, entoure le pied de la colonne androcéenne. Dans les fleurs femelles, le périantbe et le disque sont organisés quant aux points essentiel^ comme dans la fleur mâle; i'androcée est représenté par 5-10 staminodes, et le gynécce fertile est formé d'un ovaire à 2, 5 loges, surmonté d'un style à 2, 5 branches, bifides à leur sommet stigmatifère. Le fruit, d'abord plus ou moins charnu extérieurement, est finalement capsulaire, à 2, 5 coques bivalves et monospermes. La graine est, comme l'ovule, solitaire dans chaque loge, descendante, avec le micropyle supérieur et extérieur, coiffé d'un arille caronculaire, souvent bilobé, et elle renferme, sous ses téguments, un albumen épais, charnu et huileux, entourant un embryon à radicule supère et à larges cotylédons foliacés. Les Curcas sont des arbustes de l'Amérique tropicale, à feuilles alternes, pétiolées, accompagnées de deux stipules latérales, caduques. Leurs fleurs sont disposées en cymes axillaires, terminales ou oppositifoliées, dans lesquelles les fleurs femelles sont généralement centrales et peu nombreuses, et les mâles, périphériques.
L'espèce la plus importante au point de vue pratique, le Curcas purgaiïs Medic. {Ind. pi. Hort. Manhem., 1, 90), est le Jatropha Curcas L. {Spec, 1806), ou J. Condor Wall., J. moluccana Wall., Curcas indica Ricu. et Castiglionia lobata l\. et Pav. C'est un arbuste glahre, à bois mou, dont la tige atteint de 1 demi-mètre à 5 mètres, et dont les feuilles alternes sont orbiculaires-ovales, à 5-5 lobes plus ou moins prononcés, cordées à la base, d'un vert brunâtre, veinées-réticulées, à lobes souvent aigus ou triangulaires. Les indorescences sont ordinairement plus courtes que les feuilles. Les fleurs sont blanches, petites, rappelant assez pour la forme et la taille celles du Muguet de mai. Le fruit, ovoïde, de la grosseur environ d'un œuf de pigeon, a un exocarpe lisse, d'abord vert et charnu, qui perd finalement de son épaisseur et devient
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sec. L'endocarpe se sépare à la maturité en coques déliiscenles. Les graines sont les Grands Pignons d'Inde des pharmacies, ou Amandes, ou Graines de Grand Médicinier, de M. purgatif, ou Pignons des Barbades. Iilles ont la forme générale des semences de Ricin, plus grandes, oblongucs-eilipsoïdes, à tégument superficiel d'abord blanchâtre quand il est frais, puis desséché, noirâtre, tout parsemé de stries et de rugosités inégales, plus ou moins réticulées, analogues à des rides. Sous les téguments se trouvent un albumen huileux abondant et un embryon dont les cotylédons minces, nervés, ont à peu près la largeur de l'albumen lui-même. L'arille, qui surmonte la graine et qui est blanchâtre, se trouve partagé en deux lobes latéraux qui descendent de chaque côté sur le tégument séminal en formant une sorte d'oreillette finement lobulée sur les bords. Ces graines atteignent jusqu'à 2 centimètres de long sur 1 de large. On les récolte partout où est cultivée la plante, c'est-à-dire dans toutes les régions tropicales du globe. Les téguments épais, durs, ont une cassure résineuse. La pellicule interne, blanche, mince, est souvent chargée de paillettes cristallines brillantes. Le principe purgatif réside aussi bien dans l'albumen que dans l'embryon, contrairement à l'opinion d'Adr. de Jussieu et de ceux qui ont reproduit sa manière de voir. C'est par expression qu'on en relire l'huile, trèspurgative, que ces parties renferment. Elles rancissent, malheureusement, de très-bonne heure. L'huile évacuante qu'elles fournissent était souvent mélangée autrefois à celle de Ricins, qu'elle rendait beaucoup plus active. Trois graines de Cîircas, dépourvues de leurs téguments, et écrasées dans du lait, produisent une purgation énergique. L'huile elle-même purge violemment à la dose de 8 à 'iO gouttes. Cette huile diffère d'ailleurs de l'huile de Ricin par son peu de solubilité dans l'alcool. 1 kilogramme de semences de Curcas donne près de 500 grammes d'huile, incolore, fluide et laissant précipiter par le refroidissement beaucoup de stéarine. On débarrassait cette huile d'une grande partie de son principe acre, en la soumettant à une ébullition prolongée (Guib., Drog. simpL (éd. 7), 11, 357, fig. 471). Nous avons donné dans VHistoire des plantes, (V, 112), une figure faite d'après la plante fraîche, de la fleur, du fruit et de la graine du Curcas. Les anciens noms officinaux des semences du Curcas purgans étaient : Semina Ricini majores, Semina Ficus infernalis, Nuces catharticœ americanœ s. barbadenses. L'huile purgative qu'on en extrayait était ['Oleum Ricini minoris, Oleum infernale s. cicinum.
Le Curcas mullifida Endl. est le Jatropha multifida L., ou Médicinier d'Espagne, Petil-Médicinier. H. Bn.
CCRCULIftO. Genre de plantes Monocotylédones qui, après avoir été placé dans diverses familles, constitue actuellement avec les Hyponis le petit groupe des Hyponidées. Ce sont des plantes herbacées, acaules, à racine tubéreuse, dont les feuilles, toutes radicales, sont linéaires, entières, plissées, à nervures parallèles. Les fleurs, de couleur jaune, sont toutes radicales ; elles ont un périanthe pétaloïde, à six divisions, à segments bisériés, les externes plus velus. Les étamines sont au nombre de six, à anthères introrses ; l'ovaire est infère, uniloculaire, à trois placentas pariétaux. Le fruit capsulaire contient de nombreuses graines,- à testa noir, crustacé, appendiculées au bile et portant une sorte de bec qu'on a comparé à celui des Charavgons ou Curculio.
Les espèces employées sont :
Le Curculigo orchioïdes Gœrtn., dont la racine a des tubercules semblables DICT. ENC. XXIV. 28
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à ceux des Orcliidées ; ces parties amylacées acquièrent par la dessiccation la transparence du succin ; elles sont mucilagineuses et amères, et on les prescrit dans l'Inde, comme toniques, en élecluaire.
Le Curculigo stans Labillardière. C'est une plante de la Nouvelle-Calédonie et des îles Matiannes dont les racines sont comestibles. Pl.
CURCULIOXITES. Les Gurculionites ou Curculionides , appelés aussi Rhynchophores (p^Yxoç, bec, <fipzvt, porter) et vulgairement Porte-becs, Charançons, constituent une très-nombreuse famille d'insectes, dont plusieurs espèces sont fort nuisibles. Le nom de la famille vient du genre Curculio Linné.
Les caractères des Curculionides sont les suivants : corps dur, convexe, avec la tête prolongée, plus ou moins fortement, en une sorte de bec ou de trompe, la bouche étant située à l'extrémité. Mandibules robustes quoique petites. Antennes rarement droites, plus souvent coudées, terminées en massue, quelquefois dentées et pectinées, très-rarement fdiformes. L'abdomen est formé de 5 segments; les tarses, au nombre de 4 articles, exceptionnellement de 5 articles; l'avant-dernier est bilobé.
Ces insectes vivent à l'état parfait et surtout à celui de larve aux dépens des végétaux; ces larves détruisent les graines ainsi que les fruits <;t causent des ravages dans les provisions de céréales : Calandra (Sitophilus) granaria L. et C. oryzœh., etc. D'autres perforent les tiges d'arbre ou rongent les écorces, les bourgeons; elles nuisent beaucoup aux vergers et aux forêts.
Les insectes à l'état parfait recherchent les fleurs, les feuilles des plantes ; parfois ils vivent sous les écorces ou à terre.
Les Curculionites sont divisés en Orthocères, ou avec les antennes droites {6p- 6ô;, droit, zsoati; corne), et en Gonatocères ou avec les antennes coudées {yôw, genou, y.épxi, corne) {voy. RHviscHOPHORES et Lnsectes). A. Laboulbènb:.
CURCUMA. § 1. Botanique. Genre de plantes Monocotylédones appartenant à la famille des Amomacées, et à la tribu des Zingibéracées. Ce sont des espèces herbacées, à tiges annuelles, à feuilles munies d'une nervure médiane, d'où se détachent de nombreuses nervures secondaires parallèles entre elles. Les fleurs, groupées vers le sommet en une grappe spiciforme entremêlée de bractées, ont un périanthe dont les trois pièces extérieures soudées enire elles forment une sorte de calice tridenté, dont les intérieures forment une corolle tubuleuse tripartile. L'audrocée est formé d'un premier verticille de staminodes pétaloides, soudés entre eux, dont un en forme de lobule bifide, d'un second verticille de trois étamines, dont les deux latérales réduites à un éti'oit filet linéaire, et la supérieure fertile à anthère biloculaire, chaque loge prolotigée eu éperon. L'ovaire à trois loges est surmonté d'un style capillaire et d'un stigmate capité.
Dans la plupart de ces espèces, la base de la tige s'épaissit pendant la première année en une souche ovale ou arrondie, qui émet des rhizomes latéraux, d'où partent les racines adventives. Ces dernières restent fibreuses en se ramifiant ou bien se renflent, à leur extrémité, en tubercules fusiformes, chargés d'amidon. Ce sont ces parties souterraines qui rendent surtout les Curcuma intéressants, parce qu'elles sont employées en nature ou parce qu'elles fournissent une grande quantité de matière féculente.
Les espèces les plus importantes sont :
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1° Le Curcuma'donga L., dont la synonymie est assez compliquée. C'est le Curciima domestica major et minor de Rumphius ; le Curcuma tinctoria Guib., VAmomum curcuma Jacq. Ses souches sont tube'reuses, colorées intérieurement en jaune-orangé foncé. Les feuilles sont alternes, longuement pétiolées, lancéolées, atténuées aux deux extrémités. Les fleurs sont à l'extrémité d'une hampe florale courte, et forment avec leurs bractées un épi oblong vert. Elles sont jaunes et aussi courtes que les bractées.
Celle plante est l'origine du Curcuma ordinaire. La partie centrale de la souche arrondie forme le Curcuma rond ; les rhizomes latéraux, le Curcuma long et oblong.
2" Le Curcuma leucorhiza Roxbiirgh. Cette espèce, qui se distingue par sa hampe florale latérale, par son rhizome lubéreux, émet de nombreuses racines, tubéreuses à leur extrémité, blanches à l'intérieur et qui donnent une fécule connue sous le nom d'Arrow-root de l'Inde.
5" Le Curcuma anguslifoUa Roxb., à feuilles très-étroites, lancéolées, trèsaiguës, pouvant atteindre jusqu'à 90 centimètres, à fleurs plus grandes que les bractées, fournit également par ses tubercules radicaux une partie de V Arrow-root indien qu'on nomme aussi Arrow-root de Travancor de la localité où on l'exploite. Les tubercules eux-mêmes desséchés constituent une espèce particulière de Curcuma, que les Chinois nomment Yuh-Kin.
4" Le Curcuma aromatica Roscoë (Curcuma zedoaria Roxb.) est une espèce des Indes-Orientales, dont les feuilles pétiolées sont largement lancéolées, atténuées aux deux extrémités, vertes, \m peu pubescentes à la face inférieure. L'indorescence est munie de larges bractées qui, à la partie inférieure, abritent des fleurs jaunes et à la partie supérieure sont sans organes floraux et forment une sorte de couronne de couleur rosée. Elle donne le Zerumbet de Ginopion, de Poucet et de Lémery, ou la Zédoaire ronde [voij. Zéûgaire).
5° Le Curcuma zedoaria Roscaë [Curcuma zsrumbet Roxb.). Cette espèce diffère de la précédente par ses tubercules pâles et non de couleur jaune ; par ses feuilles colorées en pourpre dans leur milieu; par ses fleurs à verticille extérieur du périgoue plus court; par les bractées stériles de l'épi de couleur pourpre. C'est le /iCtta de Rheede ; l'imomum zedoaria Wall., qui produit la Zédoaire longue. (Fo?/. Zédoaire.) Pl.
Bibliographie. — Linné. Gênera, n" 0. Species, 5. — Endlicheu. Gênera, n" 5. — Roscoë. Scilamiitëes, tab. 103. — Wigiit. Icônes Ind. orient , VI, 2005. — Lindleï. Médical Botany , p. 48. — RoxBURGH. Flora indica orient., I, -23. — Ot. Beug. Officinelle Gewàchse, XXXIV, 'i. — GuiBOBur. Drogues simples^ 2° édit., II, 210. l.
g IL Pharmacologie- Comme on l'a VU plus haut, le curcuma du commerce est constitué par deux sortes de rhizomes, provenant de la même espèce, le Curcuma longa II. (C. domestica Rumph.) ; les rhizomes du centre fournissent le Curcuma rond, les rhizomes latéraux le Curcuma long ou oblong.
{" Curcuma rond. Il est en tubercules sphériques, ovoïdes ou piriformes, parfois pointus au niveau de l'extrémité supérieure et couronnés par des restes de feuilles; ces tubercules sont recouverts d'une écorce extérieure fauve, munie de radicelles et creusée de sillons annulaires ; dans l'intervalle de ces sillons, on remarque des stries obliques, se dirigeant alternativement à droite et à gauche, dans les anneaux successifs. Le diamètre de ces tubercules, très-variable, est