CURCUMA (pharmacologie
rarement inférieur à 2 centimètres et fréquemment supérieur. Ordinairement, on les coupe et on les écliaude pour détruire leur vitalité et faciliter leur dessiccation. Les rhizomes sont très-durs et présentent une surface de cassure foncée, à aspect résineux, colorée en orange ou en brun orangé plus ou moins brillant; ils offrent une odeur et une saveur aromatiques particulières. Les tubercules du curcuma rond ne sont autre chose que les Matrices radicis Runiph. du Curcwna domestica var. major.
2" Curcuma ohloncj. 11 se présente en tubercules allongés, renflés au milieu, amincis aux extrémités et généralement recourbés. L'écorce est rugueuse, marquée de sillons transversaux plus ou moins nombreux et offre parfois des saillies correspondant à autant de bourgeons. Le curcuma oblong, qui est formé par les articles latéraux du Curcuma domestica major présente les mêmes propriétés physiques et orgnnoleptiques que le curcuma rond.
3" Curcuma long. On le trouve dans le commerce sous forme de tubercules allongés, à peu près cylindriques, c'est-à-dire d'un diamètre sensiblement égal dans toute leur longueur, malgré leurs sinuosités. Plus long et plus grêle que le précédent, ne dépassant jamais le volume du petit doigt, le curcuma long présente une surface grise, souvent un peu verdâtre on d'un brun noirâtre, rarement jaune, chagrinée ou plus souvent nette et unie. Intérieurement, il est d'une couleur rouge-brun, presque noire. 11 est doué d'une odeur aromatique très-développée, rappelant celle du gingembre ; sa saveur est aromatique, douce, sans amertume. D'après Guibourt, ce curcuma est constitué par les articles digités du Curcuma domestica var. minor. C'est probablement le même curcuma qui, sur les marchés anglais, est connu sous le nom de Curcuma de Java {C. longa var. p minor Hasskarl).
Le Curcuma de Chine est le plus estimé, mais on ne le trouve que rarement sur le marché européen; le Curcuma de Madras est une fort belle sorte^ se présentant en gros morceaux ronds ou oblongs. Le Curcuma du Bengale diffère surtout des autres variétés par sa coloration plus foncée, qui le faiJ surtout rechercher pour la teinture.
On trouve depuis un certain nombre d'années dans le commerce des curcumas ronds de Java et de Sumatra, qui ne sont pas mondés comme les autres curcumas ronds et sont grisâtres à l'extérieur et pourvus d'un grand nombre de tronçons de radicules.
Structure microscopique. La couche subéreuse est constituée par huit ou dix rangées de cellules tabulaires; le parenchyme de la couche corticale moyenne offre de grandes cellules polyédriques à angles arrondis; vers le centre du rhizome, on voit sur la coupe transversale, un cercle de faisceaux fibrovasculaires pressés les uns contre les autres et formant une sorte dégaine autour de la moelle. Le parenchyme limité extérieurement par ce cercle est traversé par des faisceaux épars; ses cellules renferment pour la plupart des grains d'amidon, arrondis ou anguleux, désorganisés par l'eau bouillante, mais se colorant encore en bleu par l'iode. On trouve encore dans certaines cellules des granules de résine colorés en rouge jaunâtre. Le tissu tout entier est imprégné d'une matière colorante jaune et offre de nombreuses gouttes d'huile essentielle qui, dans le rhizome frais, est sans doute renfermée dans des cellules particulières (Flùckiger et Hanbury).
Composition chimique D'après les analyses de Vogel et Pelletier, de Suida et Daube, Flùckiger, etc., le rhizome de curcuma remerme. outre du
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ligneux et de l'amidon, une huile volatile, élhérée, odoi'ante' et des matières résineuses, d'où l'odeur aromatique et la saveur acre et chaude du curcuma; une petite quantité d'un alcaloïde spécial (Gajewski), un peu de gomme, des. sels inorganiques, bioxalate de potassium, chloiure de calcium, etc.; enfin, une matière colorante jaune, la curcumine [voy. ce mot),
g 111. Thérapeutique. La plante indienne décrite parDioscoride sous le nom de Cyperus [K-j-nupoi) , semblable au gingembre, mais de couleur jaune et à saveur amère quand on la mâche, n'est probablement pas autre chose que le curcuma. Garcia d'Orta, en 1565, et Fragoso, en 1572, décrivent le curcuma sous le nom de Crocus indiens. Dans une liste de drogues qui se vendaient à Francfort, vers 1450, on trouve le curcuma à côté du zédoaire et du gingembre (Fluckiger). Dans les Indes, le curcuma est employé comme condiment et comme matière tinctoriale depuis les temps les plus reculés; en Europe, il a toujours été moins apprécié que les autres épices appartenant au groupe du gingembre.
Nous ne dirons rien des prétendues propriétés autiictériques, antiscorbutiques, antipsoriques, emménagogues, ocjtociques, etc. qu'on attribuait jadis au curcuma, et nous ne rappellerons que pour mémoire l'usage qu'on en fait aux Indes-Orientales contre les fièvres intermittentes, les maladies de la peau, les ulcères chroniques, etc. En réalité, les propriétés de ce rhizome se réduisent à peu de chose; il est tonique, apéritif, stomachique, excite légèrement l'estomac s'est montré utile parfois dans les diarrltées atoniques. En outre, d'après Gubler et les auteurs modernes, le curcuma est un stimulant diffusible doué d'une certaine énergie.
Ou prèle encore au curcuma des propriétés diurétiques et lithontriptiques, et on veut en trouver une preuve dans la coloration jaune foncé qu'il communique aux urines. En même temps, les excréments sont colorés en vert.
On voit que par quelques-unes des ses propriétés le curcuma se rapproche du salran; mais il est beaucoup moins énergique que ce dernier.
Rarement employé, le curcuma peut se prescrire à la dose de 2 à -4 grammes en poudre, et à la dose de 4 à 8 grammes en infusion ou en décoction.
En pharmacie, le curcuma sert à colorer certains onguents, entre autres l'ongnejit d'althaîa. 11 entre comme condiment, avec diverses autres épices telles que les semences de coriandre, le poivre noir, les semences de cumin et de lèuu-grec, etc., dans la confection de la poudre de Curry, d'un usage assez répandu en Angleterre, mais surtout dans les Indes.
Les Indiens se servent encore du rhizome frais pour colorer en jaune le riz et d'autres aliments. Mais ils en usent surtout comme d'un cosmétique; trituré dans l'eau, il sert à faire une pâte pour frotter le corps : les femmes l'emploient mêlé à l'huile pour des onctions destinées à embellir la peau et à donner de l'éclat au teint.
En parfumerie, le curcuma sert à colorer les pommades ; dans la confiserie, ou le fait infuser dans les ratafias et les liqueurs pour leur donner du goût et une coloration éclatante.
11 est employé quelquefois pour colorer le beurre. Mais c'est surtout dans la teinture que le curcuma est d'un fréquent usage; c'est la seule matière tincto-
* Cette huile éthérce, qui se trouve dans le i-liizome de curcuma dans la proportion de I pour 100, dévie à droile le plan de polarisation et est constituée par un hydrocarbure associé à une huile, isomère du carvol, qui a pour formule C'ojl»40.
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riale qui se fixe sans mordant; malheureusement, la belle et éclatante couleur jaune qu'il communique aux étoffes de laine et de soie n'est guère stable. Le curcuma est cependant d'une grande utilité pour rehausser la couleur des^ étoffes de soie teintes avec la cochenille et le kermès; il donne au jaune de gaude un reflet doré, et sert à colorer les papiers, les cuirs, etc. L. IIahn.
CURCUMIIN'E. C'°I1"'0\ Matière colorante jaune du curcuma, que l'on obtient en épuisant le rhizome par la benzine, après l'avoir débarrassé, par distillation, de son huile essentielle. On reprend par l'alcool les cristaux impurs obtenus, on précipite par l'acétate basique de plomb, on traite par l'hydrogène sulfuré et on fait recristalliser la curcumine dans l'alcool.
On peut encore employer le procédé suivant de préparation : le rhizome de curcuma est traité par le sulfure de carbone, pour enlever l'huile essentielle et les huiles grasses; on fait bouillir le résidu avec de l'alcool, on distille, on dessèche le résidu résineux, et on épuise par l'élher qui dissout la curcumine. On évapore, on fait bouillir le résidu dans de l'ammoniaque concentrée, puis on fait passer un courant d'acide carbonique qui précipite la curcumine sous forme deflocons. Par ce procédé, le rendement est de un tiers pour 100.
Par évaporation de la curcumine dans le chloroforme ou l'éther, on l'obtient en petits cristaux d'un beau jaune à reflets bleuâtres et à odeur vanillée, fusibles à 172 degrés, mais non sublimables. La curcumine paraît insipide de prime abord, puis offre une saveur acre et poivrée.
Presque insoluble dans l'eau, la curcumine se dissout aisément dans l'alcool, l'élher, le chloroforme, en communiquant à ces liquides une belle coloration jaune, à fluorescence verdâtre. Elle est soluble en outre dans la glycérine, le> huiles fixes et volatiles, les acides sulfuriquo, chlorhydrique, phosphorique et acétique. Elle se dissout dans les alcalis caustiques et les carbonates alcalins, en développant une belle coloration rouge de sang; on peut se servir de celte réaction pour déceler la présence d"un alcali dans un liquide; un fragment de papier humecté d'une solution alcoolique de curcumine prend, en présence d'un alcali, une belle coloration rouge-brun qui passe au violet par la dessiccation.
L'acide borique, seul de tous les acides, colore la curcumine en rouge; en effet, si on la fait bouillir avec l'alcool ou l'acide sulfurique, en présence de l'acide borique, elle prend une magnifique coloration rouge; en traitant la solution par l'eau, on obtient un précipité pulvérulent, cristallin, rouge, à reflets^ d"un vert métallique, insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, qui n'est autre chose que la rosocyanine de Schlumberger; par l'addition d'un alcali, la solution de ce corps prend une belle coloration bleue passagère.
« L'expérience suivante montre d'une manière frappante quelques-uns de ces changements de coloration : on place une petite quantité de curcuma broyé ou de la poudre de curcuma sur du papier buvard, et on l'humecte à plusieurs reprises avec du chloroforme qu'on laisse évaporer. 11 se produit sur le papier une tache jaune qui, sous l'influence d'une solution légèrement acidulée de borax offre, après dessiccation, une teinte pourpre. En humectant alors le papier avec de l'ammoniaque diluée, on voit la tache prendre une coloration bleue passagère. Cette réaction permet de reconnaître la présence du curcuma dans la poudre de rhubarbe et dans celle de moutarde. » (Flûckiger et Hanbury, Hist. des drog.d'orig. végétale, t. Il, p. 458, 1878).
Fondue avec deux parties de potasse, la curcumine donne de l'acide proto-