CUSSON
l'intoxication paludéenne et les suites de fièvre intermittente. En suivant l'ordre de cette dnumcration, quels sont les états maladifs dans lesquels les eaux de Gusset doivent avoir la préférence et donnent de meilleurs résultats que les eaux justement célèbres de Vichy? Comme ces dernières, elles sont opposées avec succès aux dyspepsies stomacales et intestinales. 11 en est de même des états physiologico-pathologiques et pathologiques propres aux organes hépatique et splénique, des maladies des pays chauds; de la gravelle, de la goutte et du diabète. L'eau de la source Elisabeth contenant un gramme au moins de bicarbonate de soude de plus que les sources de Yichy, il est certains cas où elle doit être préférée. 11 en est d'autres où la source Sainte-Marie bicarbonatée au même degré que celles de Vichy, et contenant en outre une proportion notable de fer et de manganèse, est indiquée avant ces dernières. C'est lorsqu'il s'agit d'appliquer le bicarbonate de soude renfermé dans une eau minérale à dose déjà considérable, comme fluidifiant et résolutif. Elle ne fait pas éprouver au malade cette hyposthénisation, cette dépression des forces redoutable, comme les eaux bicarbonatées fortes et surtout Vichy, après une maladie longue, ayant exigé un traitement énergique, accompagné de privation de nourriture et suivi de mauvaises digestions. Les eaux de la source Sainte-Marie, analeptiques et reconstituantes par leur fer et leur manganèse, soutiennent l'organisme et permettent de faire une cure favorable quand il eût été quelquefois périlleux de la tentera Vicliy dont les sources contiennent ces principes minéralisateursen trèspetite proportion. Aussi dans la chlorose, les eaux de Sainte-Marie de Cusset, convenant dans tous les cas où peuvent être conseillées celles de Vichy, prises aux sources, doivent toujours leur être préférées, en vertu de la quantité plus grande de fer et de manganèse qu'elles renferment.
Des indications spéciales des eaux de Cusset découlent leurs contre-indications, et il est inutile d'ajouter qu'elles doivent être défendues ou administrées avec la plus sage réserve aux malades pléthoriques, menacés ou affectés de congestions pulmonaire ou cérébrale, à ceux qui ont des lésions du coeur ou des gros vaisseaux, toutes les fois enfin que la médication ferrugineuse a des dangers.
La durée de la cure est de 25 à 30 jours.
Les eaux de Cusset supportent parfaitement le transport ; aussi sont-elles exportées sur une assez vaste échelle. Leur composition très-fixe et une analyse chimique rigoureuse ont convaincu M. Bouquet que l'eau de la source Sainte- Marie principalement conserve après un temps très-tong ses principes ferrugineux et manganésiens à l'état de dissolution parfaite. Cette propriété doit faire donner la préférence aux eaux de Gusset sur toutes les eaux bicarbonatées sodiques et ferrugineuses, et elle assure à l'établissement de Cusset un trèsgrand avenir, non-seulement par ses eaux consommées sur place, mais encore par leur débic qui s'augmentera beaucoup, lorsque les médecins éloignés apprécieront les énormes avantages de leur fixité plus grande que celle de toutes les sources similaires. A. Rotureau.
Ct^SSO.U (Pierre). Médecin et botaniste distingué, membre de l'Académie royale des sciences de Montpellier, naquit dans cette ville, le 14 août 1727. Il fit ses études au collège des Jésuites et fut admis dans leur ordre, à l'âge de dix-sept ans. Il fut envoyé par ses supérieurs dans différents collèges pour y enseigner les balles-lettres; mais, à l'âge de vingt-cinq ans, il rentra dans Ift
GUSSON. 451
monde et revint à Montpellier pour étudier la médecine ; il prit le bonnet de docteur en 1753. De bonne heure, il avait témoigné un vif goiit pour la botanique et l'histoire naturelle. Désigné, sur l'avis de Bernard de Jussieu, pour aller étudier la flore de l'Espagne, il employa toute l'année 1754 à parcourir les îles Majorque et Minorque, les Baléares et la Catalogne et rapporta une riche collection de végétaux. L'état de sa santé l'obligea de mener désormais une vie sédentaire ; aussi se tourna-t-il vers la médecine pratique, qu'il exerça d'abord à Sauve, petite ville située à huit lieues de Montpellier, dans les Gévennes. Sa réjiutation s'étendit bientôt jusqu'à Montpellier même, où il alla se fixer dcfmitiveraent cinq ans plus tard. 11 fit d'abord des cours libres de médecine pratique, qui attirèrent de nombreux élèves, puis en 1769, il fut chargé, en quaUté de vice-professeur, du cours d'anatomie et de botanique à la faculté de médecine. Dix ans plus tard, la Société royale le nomma titulaire de la chaire de mathématiques à l'Université. « Cusson avait une grande connaissance des belles-lettres, et il possédait plusieurs langues ; il était initié dans toutes nos sciences, et les académies étrangères qui l'avaient adopté, et ses correspondances avec les divers savants de l'Europe, prouvent que sa réputation s'était étendue bien au delà du pays qu'il habitait » (De Batte).
Cusson est l'auteur de travaux importants ; il prit part à la rédaction de la Nosologie méthodique de Sauvages : le genre des ischuries ou rétentions d'urine lui appartient en entier. En outre, il a publié une série de dissertations remarquables, la plupart imprimées séparément et sous des pseudonymes; d'autres ont paru dans des cahiers intitulés : Assemblées publiques de la Société î'oyale des sciences de Montpellier, cahiers qui n'ont pas été réunis en volumes, et qui sont devenus très-rares (Quérard). Nous mentionnerons particulièrement son mémoire sur la cataracte, publié en 1779, et qui le lit admettre au nombre des membres de l'Académie de Montpellier. Mais les travaux les plus remarquables de Cusson sont relatifs à la botanique. Frappé de l'imperfection de la famille des Ombellifèrcs, il parvint, par une correspondance active et soutenue avec tous les botanistes célèbres de l'Europe, à en former un herbier très-complet; ses observations s'attachèrent surtout à l'organisation du fruit et s'il ne découvrit pas l'organe qui entoure l'embryon, et qu'il a.pçGla. périembryony il est du moins le premier qui en ait donné la description complète. Ses mémoires sur les Ombellifèrcs n'ont été publiés que par extraits dans le recueil de l'Académie royale de médecine de Paris par les soins de L. de Jussieu, qui les estimait beaucoup. Linné a donné le nom de Cussonia à un genre de la famille des Araliacées.
Cusson fut non-seulement un savant, mais encore un excellent praticien et un homme très-charitable, très-aimé des malades, et sa mort, arrivée le 15 novembre 1785, laissa des regrets unanimes.
Nous avons de lui :
I. Diss. de bradijspcrmatismo, seu tardiore seminis emissionc (publ. sous le pseudonyme de Mich. Perrier). Monspelii, 1701, in-4''. — II. Leçons de botaniqiM, faites au Jardin royal de Montpellier par M. hnhprt, etc. Hollande (Avignon), 17C2, in-i'i (Avec Gouan et Crassons; c'est une satire virulente contre le professeur Imbert). — III. Diss. de singuUu. Monspel., 1704, in-4° (puhl. sous le pseudonyme de Nie. Bauge). — lY. Diss. de proctoslenia ilonspel., 1777, in-4° (publ. sous le pseudonyme de Jourdan Luchadoï). — V. Remarques sur la cataracte. Montpell., 1779, in-8\ — VI. Mémoires sur les plantes oinbellifères...^ extr. publ. in Mémoires de la Soc. roi), de méd. de Pans, partie historique, p. 127 (Eloge de Cusson par L. de Jussieu), 1782-83. Paris, 1787. — VIL Autres disserlauons : Ds Diabète, 1758; De Cystocele, 1759; De Ischuria, 1701; De Tcrliana, 1702; De Purpura, 1702 ; De
452 CUVIER (Les).
lue venerea, 17G5; De Physconia, 17C3 ; De AH/irilide, 1769; De Morbo nigro seu Metcena, 1775. — VIII. Entre autres mémoires lus par Gusson à r.\cadéitiie de Montpellier, nous signalerons celui qui contient l'cxposilion d'une méthode de classification des oiseaux (1754) el un autre S!<r la nosologie de Sauvages (1758). L. Un.
CUTA^'É IXTEBIXE (Nerf). Yoy. Brachial (Plexus).
CL'TÉRÈBRK. (De cutis , peau , terehrare , percer). Genre d'insectes diptères parasites de la famille des Œslrides, établi par Bracy Clark en 1815, adopté par Jlacquatt, Joly, etc., a|)pclc Tnjpoderma par Wiedemann.
Les Cutércbres, toutes du Nouveau Monde, ont été subdivisées par B'rauer en Cutérèbres proprement dites et en Dermatohies. Celte division importante a été établie non-seulement sur les insectes parfaits, mais d'après la considération des larves (Foy. Œstres). Les Cutérèbres les plus célèbres, celles qui attaquent l'homme rentrent dans ce genre Dermalobie.
Les vraies Cutérèbres, sont de grosses mouches provenant de larves parasites vivant dans plusieurs contrées du Nouveau Monde, tempérées comme chaudes, sur diverses espèces de Kanguroos, d'Écureuils, de Lièvres, etc. Les insectes parfaits dont on a décrit environ 17 espèces {C- ephippium Latreille; C. horripilvm Clark; C. ciiniculi Clark; C. americana Fabricius; C. rnfiventris Macijuart; C biiccata Fab.), ont une taille de 15 à 20 millimètres et un peu l'aspect de nos Taons des Bœufs. La coloration est brune ou noire, avec l'abdomen parfois noirâtre, bleu ou roux; les poils sont bruns, noirs, argentés, jaunes, elc.
Les larves ressemblent beaucoup à celles àe% Hypodermes ; elles sont charnues, très-annelées el mamelonnées, ovoïdes, sans spinules, et surtout non atténuées fortement en arrière.
Il faut rapporter aux Dermatobies les Œstres de l'homme et les Cutérèbres nuisibles décrites par S. Gondot, Boulin, Macquart, sous les noms de Cuterebra norialis, de C. Cyaniventris, et dont les larves épineuses et atténuées en arrière vivent sous la peau de l'homme au Mexique, à Cayenne, à la Nouvelle-Grenade, dans le tissu cellulaire sous-cutané {Voy. Ajnimaux nuisibles, Der>]atobie et Œstre). A. Lacoulbène.
CUVAGE. Nom donné au poivre {Polygonum hydropiper L.) [Voy. Rekouée et Polygonum). Dans les Antilles, on donne aussi cette dénomination au Commelina Zanonia L. Pl.
CUVE-DE-1'ÉXIIS. On a donné parfois ce nom au Chardon à foulon {Dipsacus fuilontcm L.), à cause de l'espèce de réceptacle que forment les feuilles opposées et connces de cette plante, et dans lequel se rassemble souvent l'eau de pluie. Pl.
CUVIER (Les deux frères).
Cuvier ( Georges-Léopold-Chrétien-Dagobert ). Né à Montbéliard, le 23 août 1769, de Jean-Georges Cuvier, officier dans un régiment suisse, et de demoiselle Clémentine-Catherine Cliatel. « Plus savant et plus difficile à convaincre, et cependant moins philosophe qu'Aristote, meilleur physicien et auteur plus véridique que Pline, mais écrivain moins élégant et moins nerveux, natu-
CUVIER (Les). 4n.->
ralistc aussi méthodique que Linné, avec un esprit d'un ordre au-dessus du sien, plus exact et d'un génie plus étendu, mais moins élevé, moins majestueux que Buffon, Cuvier fut le premier naturaliste des temps modernes, quoiqu'il comptât parmi ses contemporains Lamarck, Bkimembach, Kielrneyer, Lacépède et de llumboldt. Il fut le premier des écrivains parmi les savants ses confrères, et, de tous les écrivains, le seul qui, à cette mémoire curieuse de connaissances universelles, joignit une parole puissante et toujours .écoutée; le seul qui, méprisant également les caresses et le courroux des partis, prêta constamment secours à un pouvoir chancelant, sans presque rien perdre de sa popularité; le seul qui sut embrasser la science de tous en même temps qu'il se créait une science à lui, dans laquelle il n'eut que des disciples et pas un émule. Il illustra par des éloges funèbres ceux de ses collègues qui le précédèrent dans la tombe, après les avoir tour à tour surpassés par ses succès, et il fit de ces notices individuelles autant d'ouvrages mémorables, en y mêlant l'histoire des temps orageux que ces hommes célèbres avaient traversés. 11 eut des milliers d'élèves, fit interroger en son nom toutes les parties connues du globe, remplit à la fois, durant quinze ans, jusqu'à dix places ou magistratures, composa près de deux cents ouvrages, eut de nombeux admirateurs; mais il n'eut de rivaux que pour les vaincre, de contradicteuis que pour en triompher, et, quant aux ennemis, je ne sache pas qu'il s'en soit montré plus d'un, et celui-là, le dédain silencieux de Cuvier le bannit loin de Paris et abrégea ses jours. Sciences diverses, art du dessin, langues mortes et vivantes, aptitude à tout savoir, à tout exprimer à tout classer avec bonheur, à tout débrouiller, tout agrandir : voilà Cuvier. Il était savant anatomisle, naturaliste sans pareil, professeur érudit. administrateur habile; son activité était inconcevable, sa science quasi universelle, sa mémoire un prodige. Il dissèque le matin, ensuite il compose, ensuite il professe, et ne quitte la chaire que pour la tribune; puis c'est un rapport ou un mémoire à l'Académie, un discours au Conseil d'État, un arrêté en Sorbonne, une saillie dans le tête à tête, et le soir une facile causerie d;ms un salon. Que d'hommes, dont une vie de soixante années offrent moins d'activité qu'un pareil emploi de vingt-quatre heures. » Ce portrait de Cuvier est dii à la plume d'Isidore Bourdon, qui connut particulièrement l'illustre naturaliste, qui vécut dans son intimité. Nous emprunterons aussi quelques détails au remarquable article qu'il lui a consacré dans le Dictionnaire de la conversation (1835, t. XVIII, p. 461-497). On ne pouvait puiser à meilleure source.
A quatorzç ans, Cuvier avait terminé d'une mimière brillante ses études de collège, et son père tenta de diriger son esprit vers l'état militaire; mais son dégoût pour celte carrière, non moins que la faiblesse do sa santé, contraignirent sa famille à abandonner ce projet. Le jeune homme se livra alors avec ardeur à l'étude du droit et de la théologie, qui étaient les principaux moyens de fortune dans la province protestante de Montbéliard, alors sous la souveraineté du duc de Wurtemberg. Un jugement injuste, rendu à son préjudice dans un concours général, l'arrêta subitement dans celte carrière; mais le prince, pour réparer le tort que lui causait une iniquité manifeste, lui donna une bourse dans un établissement de haute instruction à Stuttgard, oii Cuvier eut pour condisciple le célèbre Schiller. Pendant quelques années qu'il y passa, il consacra toutes ses facultés à l'étude du droit et de l'histoire naturelle, et, en rentrant dans sa famille, à l'âge de dix-huit ans, il rapporta un Herbier composé par lui-même, et une Iconographie d'un grand nombre d'insectes, dont il fut
454 CUVIER (Les).
à la fois l'observateur, le peintre et l'historien. Le peu de fortune de ses parents et les commencements d'une révolution qui troubla tant d'existences, l'engagèrent à accepter en Normandie, chez le comte d'Héricy, une charge de précepteur, dont les loisirs lui permirent de se livrer à son penchant favori pour l'histoire naturelle, et qu'il occupa pendant sept années (1788-1795). L'on a, de cette période, un document très-cui'ieux, c'est une Lettre si(r T entomologie, datée du 18 novembre 1790, et que ce jeune admirateur de la nature adressa au fameux Hartmann, préludant ainsi aux magnifiques travaux qui devaient l'illustrer. Cette lettre a été rendue publique un an après la mort de son auteui', et elle a été insérée dans la Revue enlomoJogique de Silbermann (t. I, 1855, p. 149-210).
Au mois d'avril, Cuvier arrivait à Paris, apportant de sa retraite du château d'Héricy, des travaux fragmentaires qui furent aussitôt publiés, signés soit de lui seul, soit avec Geoffroy, son premier mriîtreet son ami. On ne touche pas sans émotion ces premiers linéaments d'une œuvre immense. Ce sont : une Lettre surlerhinocétos bicorne, une Description de deux nouvelles espèces d'insectes, l'Asilus mantiformis et le Phalangiiim dentatum, une note sur l'Organisation des animaux à sang blanc, une autre sur le Larynx inférieur des oiseaux, un Mémoire sur le Tarsier, Didelphus macrotarsus, une Histoire naturelle des OrangS'Outangs, une 7\ouveUe classification des mammifères (Voir le Magasin encyclopédi(p(e de Miilin, année 1795 (t. I, p. 205, 526 ; t. H, p. 164, 530, 455; t. III, p. 147, 451). A partir de cette époque, Cuvier fit des pas de géant dans la carrière scientifique et administrative, devenant à l'instant, comme l'a dit un homme d'esprit, l'égal de ses maîtres et le maître de ses égaux. II fut successivement collaborateur du Magasin encyclopédique et de la Décade philosophique, membre de la Commission des arts, professeur à l'Ecole centrale du Panthéon, professeur adjoint au Muséum d'histoire naturelle, membre de l'Institut, professeur au Collège royal, secrétaire perpétuel de l'Institut, maître des requêtes, conseiller d'État, chancelier de l'Université, grand maître des cultes dissidents, pair de France, membre de l'Académie française, de l'Académie des inscriptions, de l'Académie de médecine, baron de l'Empire, grand officier de la Légion d'honneur. C'est à ses soins, et même à ses sacrifices, que la France doit le cabinet d'anatomie comparée du Muséum, collection admirable qui fut la mise en œuvre des méthodes développées dans ses divers ouvrages. Il raconte lui-même qu'il allait chercher dans les mansardes du Muséum les vieux squelettes autrefois réunis par Daubenton, et que Buffon, dans un moment d'humeur, y avait fait entasser avec des fagots.
Le grand mérite de Cuvier a été d'établir dans les êtres organisés cette magnifique loi de subordination et de coexistence, qui devint le nœud de toutes ses découvertes. Rejetant les motifs frivoles et capricieux de classification imposés par Linné, et voulant faire pour lu distribution des animaux, ce que Jussieu avait fait pour celle des plantes, il voulut une classification basée sur l'état des organes les plus significatifs. Or, pour se donner le droit de ranger les animaux d'après les organes, il devenait nécessaire d'assigner aux organes eux-mêmes un ordre de suprématie, de les subordonner entre eux. En conséquence, Cuvier assigna le premier rang aux organes qui sont les plus constants dans la chaîne animale, qui en ont d'autres sous leur dépendance, et dont la soustraction serait mortelle et la lésion vivement sentie. La charpente osseuse tint la première place ; les animaux furent divisés en vertébrés et invertébrés. Les organes de la
CUVIER (Les). 455
circulation vinrent ensuite : l'animal a une circulation sanguine ou il en est privé ; il respire par des poumons comme nous, ou par des branchies comme les poissons, par des trachées comme les insectes, ou par la peau comme les polypes. Après cela, vient la reproduction : les animaux sont vivipares et mammifères, ou bien ils sont ovipares ; il en est même qui naissent par bourgeons : les geramipares. Après, viennent les nerfs réunis en un même centre chez les vertébrés, éparpillés chez les mollusques, plus sim[)les dans les insectes, nuls dans les polypes. Les organes de la nutrition ont de même une grande importance aiu yeux du classificateur : l'animal qui se nourrit de chair n'a ni les ■dents, ni l'estomac, ni les intestins organisés comme les animaux herbivores ; il n'y a pas jusqu'à son crâne et jusqu'à ses pieds qui ne diffèrent assez pour faire reconnaître sa nature et ses besoins. Le vrai carnassier, non-seulement a les intestins plus courts et moins complexes que l'herbivore, non-seulement il a l'estomac plus étroit et pourvu de parois moins épaisses et plus faibles, mais encore ses mâchoires sont armées de dents propres à dévorer la chair vivante ; ses pattes ont des griffes pour la saisir et pour la déchirer ; ses reins et ses membres, des muscles puissants pour la poursuivre et pour l'atteindre ; il a de même des sens assez parfaits pour l'apercevoir de loin...
Ces lumineuses données, qui font subordonner, chez le même animal, l'état ■de l'un de ses organes à l'état des autres, conduisirent Cuvier à l'une des plus magnifiques conquêtes de la science moderne. Nous voulons parler de la merveilleuse méthode qui consiste à retrouver, à refaire, en quelque sorte, un animal au complet, rien qu'au moyen d'un os ou même d'un fragment d'os qui lui a appartenu, et de déterminer, par cette seule épave, ses caractères anatomiques, ses habitudes, le rang qu'il doit occuper dans l'échelle des êtres. Cuvier résolut l'énigme des fossiles; il devina que, puisque chaque être organisé forme un système unique dont toutes les parties se correspondent mutuellement ; que, puisque chaque animal est un ensemble plein d'harmonie, aucun des organes ne saurait changer sans que les autres changent ; et que, par conséquent, on peut juger de tout animal par un de ses organes, et du tout ensemble par une de ses parties. Cuvier possédait des squelettes de tous les quadrupèdes connus jusqu'à lui ; il lui fut possible de vérifier de laquelle de ces espèces existantes, tel ossement fossile pai'aissait le plus se rapprocher, en quoi il en différait. Si des griffes et des dents déchirantes désignent un animal carnassier, un pied à sabot et des dents à couronne plate doivent appartenir à un animal herbivore ; plus occupé de soutenir sa lourde marche que de chercher sa pâture, ce dernier animal ne peut avoir ni les mêmes membres que le Carnivore, ni les mêmes jointures, ni les mêmes mâchoires, ni des muscles aussi puissants pour mouvoir celles-ci, ni des empreintes aussi profondes pour attacher ses muscles ; d'ailleurs, cet animal rumine, et dès lors sa mâchoire doit se mouvoir horizontalement et le condyle dès lors en devra être aplati. Ainsi donc, il suffira de la dent meulière ou du pied fourchu d'un animal à sabots pour conclure que cet xmimal était herbivore, qu'il ruminait, qu'il avait quatre estomacs, des cornes au front, et nulle dent incisive à la mâchoire supérieure ; et, comme tous les organes du même être se trouvent associés d'après des règles constantes et invariables, il suffira d'une seule facette osseuse de sa charpente pour découvrir à quel animal actuel une espèce perdue ressemblait. C'est en raisonnant ainsi, et grâce à beaucoup de patience et de sagacité, que Cuvier sembla ressusciter plus de cent soixante espèces d'animaux perdus ; sans presque sortir de son
456 CUVIEII (Liis).
cabinet, il fit ainsi plus de découvertes dans les siècles passés que n'en font de nos jours les voyageurs les plus habiles ; et il est arrivé plus d'une fois que l'exhumation inattendue d'un squelette fossile entier ne fit que confirmer l'exactitude de la description qu'il venait de faire de tout l'animal sur le simple examen de quelques fragments de l'un de ses os. Les limites imposées à celte notice ne permetlent pas de développer les idées de Cuvier touchant les révolutions qu'a subies notre globe, et sur l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre. Son puissant génie, embarrassé dans les mailles de la foi, et arrêté par la volonté de respecter les croyances et de faire concorder la science avec les livres sacrés, n'a pas su franchir les immensités conçues et prouvées par les investigations de ses successeurs. Fidèle à la tradition diluvienne, il enseignait que la surface de la terre avait été victime d'une grande et subite révolution dont la date ne pouvait remonter beaucoup au delà de 5 à 6000 ans ; que celte révolution avait enfoncé et fait disparaître les pays qu'habitaient les hommes et les espèces d'animaux aujourd'hui les plus connus; qu'elle avait, au contraire, rais à sec le fond de la dernière mer, et en avait formé les pays habites aujourd'hui. 11 soutenait que c'était depuis celte dernière révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle s'étaient répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis iî sec; et que, par conséquent, c'était depuis cette époque seulement, que nos sociétés avaient repris une marche progressive, formé des établissements, élevé des monuments. 11 déclarait enfin que jamais on n'a trouvé, que jamais on ne retrouvera d'hommes fossiles. On sait le démenti éclatant que les découvertes modernes ont donné à l'illustre naturaliste.
Georges Cuvier mourut le 13 mai i832. Pour ceux qui voudraient avoir des détails très-précis sur sa vie intime, sur son caractère et sa physionomie, sur ses mœurs, ses opinions, sur la maladie qui l'emporta à l'âge de soixante-trois ans et sur ses derniers moments, nous renvoyons à l'article d'Isidore Bourdon, au Journal des Débats, n" du 15 mai 1832, et à l'excellent article qui lui a été consacré dans la France prolestante. Nous ne pouvons qu'indiquer ses principaux ouvrages :
I. Analyse des travaux de l'Acad. roy.des se, années 1811-26. Paris, in-4°. — II. Discours sur les révolutions de la sur face du globe... Paris, 1828, 5°édit., in-8°. — III. Descript. géolog. des environs de Paris (avec Brongniart). Paris, 1822, in-4°. — IV. Éloges hist. des membres de l'Acad. roy. des se, dep. 1800 jusq. 1827. Strasb. et Paris, 1819-1827. 3 vol. in-S". Mouv. édit. Paris, 18G1, 3 vol. in-8°. Les savants compris dans ces éloges sont : Daubenton, G. Lemonnier, Ch. L'Héritier, Gilbert, Darcet, Pi-iestley, Celse, Adanson, Boussonet, Lassus, Ventenat, Bonnet, de Saussure, Desessarts, Cavendisli, Pallas, Parmentier, Rumfort, Olivier, Tenon, Werner, Desmarets, Riche, Palisot de Beauvais, Banks, Duhamel, Haûy, Bertholk-t, Richard, Thouin, lacépède, Halle, Corvisart, Pinel, Fabb'oni. — V. Extrait d'un ouvrage sur les espèces de quadrupèdes dont on a trouvé les ossements dans l'intérieur de la terre. Paris, 1801, ia-4°. — VI. Histoire naturelle des poissons (avec Valenciennes). Paris, 1828. in-8° et in-4°. — VII. Leçons d'anatomie comparée... publiées par Duméril et Duvernoy. Paris, 1816, in-4°. — VIII. Mémoires pour servir à V anatomie des mollusques. Paris, 1816, in-4°. — IX. Rapport fait à VAcadém. des se. sur un ouvr. de M. J.-Vict. Audoin, ayant pour titre : Rec/ierches anat. sur le tliorax des anim. articulés. Paris, 1825, in-4°, — X. Rapport histor. sur les se. nalur., depuis \189 jusqu'en 1808. Paris, 1810, in-4'>.
— XI. Recherches anat. sur les reptiles regardés comme douteux. Paris, 1807, in-4''. — XII. Recherches sur les ossements fossiles des quadrupèdes. Paris, 1821 et ann. suiv., 7 vol. in-4°. — XIII. Le règne animal distribué d'après son organisation. Paris, 1810, 4 vol. in-S".
— XIV. Tableau élément, d'hist. nat. des animaux. Paris, 1798-l'i99, in-8°. —XV. Hist. des se. natur. depuis leur origine jusqu'à nos jours, chez tous les peuples connus... rédigée, annotée et publiée par Magdeleine de Saint-Agy. Paris, 1841-1845, 5 vol. iii-8\ — XVI. Un grand nombre d'articles dans plusieurs recueils, et parmi lesquels nous citerons : Mémoire
CYAÎIÉLIDE. 457
sur la nutrition des insectes. In Soc. d'/nst. nat., i. i, 17C9. — Mcm. sur le Bulla aperta. Aitn. du Mus. d'Iiist. nal., t. I, 1802. — Mém. sur l'Ibis des anc. Egyptiens. Ibid., t. IV, 1804. — Obscrv. sur Vosléologie des paresseux. Ibid., t. V, 1804. — Rapport sur un mémoire de MM. Gall et Spurzheim sur le système nerveux. Ibid., t. XVIII, 1811. A. G.
Cuvîer (Georges-Frédéric). Frère cadet du précédent, membre de l'Académie des sciences, directeur de la ménagerie au Jardin des plantes, professeur de physiologie, inspecteur général de l'Université, etc. Il naquit à Monlbéliard, le 28 juin 1775, et mourut à Strasbourg, le 24 juillet 1858. La gloire de son frère n'a pas, comme cela arrive trop souvent, anéanti la sienne. Frédéric Cuvier s'est distingue par son enseignement et par ses livres. Flourens lui a rendu justice en lui consacrant un éloge qu'on pourra lire dans les Mémoires de r Académie des sciences, i. XVIll, 1840, à la Préface, et en donnant la liste complète de ses publication*, parmi lesquelles il faut citer : sou remarquable travail sur les Dents des mammifères considérées comme caractères zoologirjues (4825, in-8") ; ses Stipi>léments à l'histoire naturelle de Buffon (1851-1852, in-8°) ; son Histoire naturelle des Mammifères, écrite en collaboration avec Geoffroy Saint-llilaire (1842, 7 vol. in-fol.).
Les dernières paroles de Frédéric Cuvier doivent être conservées à la postérité : Que man fils mette sur ma tombe : Frédéric Cuvier, frère de Georges CnviER. A. C.
CYAME {Cyamus Latr.) ' Genre de Crustacés formant à lui seul la famille des Cyamidés dans l'ordre des Lœmodipodes. Les animaux qui le composent ont la tête petite, conique, tronquée et munie sur le vertex de deux ocelles disposés transversalement ; les antennes antérieures, beaucoup plus longues que les postérieures, sont épaisses et formées de A articles dont le dernier est très-petit. Le corps, large, orbiculaiie, aplati, se compose de six segments transversaux séparés entre eux par des entailles profondes; l'abdomen est rudimcntaire. Les pattes, courtes, robustes, comprimées, se terminent par des griffes plus ou moins fortes; elles sont au nombre de dix et insérées sur les 1", 5" et 6'' segments thoraciques; sur les 5*^ et A" segments, elles sont remplacées par deux longs tubes branchiaux, à la base desquels est placée, chez les femelles, une bourse ovigère.
Les Cyames, vulgairement nommes Pom^c de Baleines, vivent en parasites sur les grands Cétacés dont ils rongent la peau ; ils se fixent parliculièi emcnt sous les ailerons ou bien autour de l'anus. L'espèce type {Cyamus ceti Latr.), que Linné et ensuite Pallas [Spic. zooL, fasc. 9, tab. IV, fig. 14) rangeaient parmi les Cloportes sous le nom d'Oniscus ceti, a de 25 à 50 millimètres de longueur. C'est le Squille de la Baleine, décrit et figuré pnr Degéer {Mém. sur les insectes, t. Vil, pi. 42, fig. 6-7) et le Pycnogonum ceti de Fabricius {Ent. syst. Suppl., p. 670). Ed. Lefèvre.
CTAMÉLIDE. Corps polymère de l'acide cyanique : cet acide se transforme immédiatement en cyamélide avec dégagement de chaleur, dès qu'il est mis en liberté par l'action d'un acide sur un cyanate : l'acide cyanurique, par distillation et même à froid se transforme aussi en cyamélide.
La cyamélide est une masse blanche, amorphe, inodore, insoluble dans les dissolvants : soumise à la distillation sèche elle se tiansforme en son polymère, l'acide cyanique : traitée par une solution de potasse elle produit du cyanurate.
E. BURCKER.
458 CYANAMIDE.
CTAMÉLURIQICE (Acide). Se produit lorsqu'on traite le mellonure de potassium par la potasse bouillante : il se dégage de l'ammoniaque et il se dépose des cristaux de cyamélurate de potasse dont on sépare l'acide cyamélurique au moyen de l'acide clilorhydrique. Liebig assigne à cet acide la formule C*"^tPAz''0® qui s'accoi'de parfaitement avec les réactions : il se présente en masses blanches, légèrement solubles dans l'eau; au-dessus de 400° il se décompose en acides cyanique et cyanurique et laisse un résidu d'hydromellon.
II se combine aux bases et forme trois espèces de sels :
1" Des cyamélurates tribasiques, C'^M^Az'^O®;
2° Des cyamélurates bibasiques, C^-M-HAz''0^;
3° Des cyamélurates monobasiques, QmWAz'O^.
On connaît surtout les cyamélurates de potasse, de soude, de baryte, de magnésie, de cuivre, de fer et d'argent : tous ces sels, traités par un acide énergique, donnent de l'acide cyaméiurique libre. E. Burcker.
CYAMÉTHirVE. C'est un polymère de l'éther méthyl cyanhydrique :
3 [GnP(AzCTI)] = C^^IFAz'
Élher mctiiylcyan- CyamiHIiine.
hydrique.
on l'obtient en faisant agir le chlorure d'acétyle sur le cyanate de potasse (Cloëz).
3(C4P0SC1) + 3(AzC^K02) = 3 KCl + 3 0^0* + C'^H^Az"^
Chlorure d'acétyle. Cyanate Chlorure Acide Cyaméthine.
de potasse. de potassiuiti. carbonique.
La cyane'thine, homologue de la cyaméthine, est un polymère de l'éther cyanhydrique ordinaire :
3 [C*H*{AzC2H)] = C'SR'^Az^
Élher cyanhydrique. Cyanéthine.
Ce corps se produit en même temps que l'hydrure d'éthylère et le cyanure de potassium, quand on fait agir le potassium sur l'éther cyanhydrique humide.
M. Cloez l'a obtenu par action du chlorure d'acétyle sur le cyanure de potassium. E. Burcker.
CTAMOS. Le nom grec xOaptoç s'appliquait aux fèves des marais ; on le trouve avec cette signification dans Homère, Hippocrate, Dioscoride. Mais il s'applique aux fruits des ISelumbivm speciosiim L., qu'Hippocrate et Dioscoride nomment y.\>yy.oi aiyvnTioç, et Théophraste, simplement zOa^o;. Les auteurs latins ont traduit le mot par Cyamiis, et quelques auteurs français par Cyame.
Pl.
(H CYANAUIIDE. Lorsque dans une molécule d'ammoniaque Az ( H on rem-
IH
place un équivalent d'hydrogène par le radical cyanogène AzC^, on obtient la
( AzG^
cyanamide Az { H qui est donc une monamide primaire. On la prépare en IH
CYANAMIDE. 459
faisant agir le clilonuc de cyanogène sur l'ammoniaque; le procédé le plus commode pour obtenir un produit pur, consiste à faire passer un courant de chlorure de cyanogène gazeux dans de l'étlier anhydre saturé de gaz ammoniaque ; il se dépose du chlorhydrate d'ammoniaque que l'on sépare par le filtre, et le liquide filtré, distillé au bain-marie pour chasser l'éther, laisse de la cyanamide entièrement pure.
2 Azir- + AzC^Cl = AzTISCl + Az^C^H^
Ammoniaque. Chlorure Chlorure Cyanamide.
de cyanogène. aiiimonique.
(Cloëz et Cannizaro, Comptes rend, de lAc. des se, t. XXXIl, p. 62).
Une des difficultés de la préparation de la cyanamide est sa transformation facile en dicyanamide : il serait pourtant d'un grand intérêt de trouver un mode de préparation facile de cette matière, qui permit de l'obtenir en grande quantité, à cause des relations de la cyanamide avec un certain nombre de substances qui constituent l'organisme humain : on pourrait alors aborder la synthèse de plusieurs de CCS composés, par exemple, de l'acide urique et de ses nombreux dérivés. C'est dans ce but que MM. Baumann et Volhard [Berichte der deutschen chemischen Gesellschaft, tomes VI et YII) ont cberché à préparer la cyanamide en grande quantité par action de l'oxyde mercurique sur l'urée sulfurée : on opère en solution aqueuse avec de l'oxyde de mercure précipité : si l'on a soin de faire agir à froid, l'oxyde bien lavé sur l'urée sulfurée, on n'obtient que de la cyanamide. L'extraction de ce produit de sa solution aqueuse présente quelques difficultés et ne s'opère pas sans qu'une petite quantité se transforme en dicyanamide : on évapore aussi rapidement que possible au bain-marie la liqueur aqueuse, jusqu'à ce que le résidu se solidifie par refroidissement : on le traite ensuite par l'éther pur qui dissout la cyanamide, que l'on isole par évaporalion : avec 30 grammes d'urée sulfurée on obtient par ce procédé de ^ à iO grammes de cyanamide. La cyanamide est une substance blanche, cristalline : elle lond à 40° et peut rester liquide bien au-dessous de cette température : chauffée à 150° elle se solidifie brusquement en dégageant beaucoup
( (Azc^)=
de chaleur et se convertit en un isomère, la mélamine Az^ \ IP , qui n'est