IP
autre chose que l'amide correspondante à l'acide cyanurique (voy. mélamine). La cyanamide est déliquescente, très-facilement soluble dans l'eau : par évaporation de sa solution aqueuse il se forme encore de la mélamine : elle se dissout dans l'alcool et dans l'éther sans s'altérer. Si l'on ajoute une petite quantité d'acide azotique à une solution élhérée de cyanamide, on obtient de l'azotate d'urée :
C^Az^fF + H^O^ ^ C^fl^Az^O^
Cyanaïuide. Uiée.
Conservée longtemps, la cyanamide se transforme en un isomère, le param, qui bout à 180°, et que l'on obtient encore en faisant passer de l'acide carbonique sur de la monosodamide (Beilstein et Geulher).
Par action du chlorure de cyanogène sur la méthy lamine, l'éthylamine, l'amylaniine, on obtient des composés semblables à la cyanamide : ces composés, peu étudiés jusqu'ici, sont :
4C0 CYA^'lIYDRIOrE (Acii.k) (chimik).
r c^Az
La méthylcyanamide Az } C^H'
( H r C^Az l C^Az
L'éthylcyanamide Az -j C*H^ et l'amylcyanamide Az < C'"!!^'
(Cloëz et Cannizaro, loc. cit.)
On connaît encore d'autres cyanamides : ainsi dans les cyanamides primaires, outre la monamide qui fait le sujet de cet article, on connaît une diamide
( 2C2Az Az^ { IV : c'est ce produit qui se forme en même temps que la cyanamide
( H^ dans la préparation de celte dernière, et que Strecker a vu se produire en évaporant la cyanamide en présence d'un peu d'ammoniaque : elle est moins soluble dans l'eau que la cyanamide, ce qui peut permettre de l'en séparer. La trjamide primaire n'est autre chose que la mélamine. Parmi les cyanamides secondaires, on ne connaît que la cyanuramide secondaire I 5C^Az ou hydromellon Az^ \ 5C-Az.
Enfin dans les cyanamides tertiaires on peut ranger la cyanurotriaraide ( 3AzC^ Az' 3AzG^ , qui est le mellon pur de Liebig {voy. Mellojn). E. Borcker. ' 3AzC^
C¥A1VATES. Voy. Cyanique.
CYANELLA. Genre de plantes Monocotylédones appartenant à la famille des Liliacées et à la section des Asphodélées. Ce sont des espèces bulbeuses, à feuilles radicales lancéolées, elliptiques, engainantes, à fleurs longuement pédonculées, blanches, roses ou violacées. Le périanthe un peu irrégulier a six divisions, dont les trois extérieures un peu plus longues que les intérieures; les étamines, au nombre de six, sont insérées à la base du périanthe, les anthères sont biloculaires, introrses. Le fruit est une capsule subglobuleuse, trigone, membraneuse, à déhiscence loculicide. Les semences sont nombreuses et ansiuleuses.
Le CyaneUa capensis L., qui vient au cap de Bonne-Espérance, et qu'on reconnaît à sa tige flexueuse au sommet, à ses feuilles étroites et ondulées, à son périanthe violet, dont les pièces intérieures ont trois nervures, les deux latérales intérieures cinq, et l'inférieure sept. Son bulbe est comestible; les Holtentols, qui l'appellent Ognon de proie et Rofloch, le mangent après l'avoir fait griller.
Pl.
Bibliographie. — Linn'é. Species, 443. — Thunberg. Act. Hobmen, 179i, p. 196, et Voyages, II, 16. — Kunth. Enumeratio plantarum, IV, 655. Pl.
CYAlvnYDRATES. Voy. Gyanhvdrique.
CYANHYDRIOUE (Acide). § I. Chimie. Acide hydrocyanique ou prussique : Cyll =AzG-H. Ce corps, un des poisons les plus redoutables, a été décou-
CYANHYDRIQUE (Acide) (chimie). 461
vert en 1782 par Scheele : il fut étudié ensuite par Berthollet qui en reconnut la composition, par Proust et par Ittner ; mais c'est Gay-Lussac qui, le premier, en 1811, l'obtint à l'état liquide et pur. Suivant Hoefer {Histoire delà chimie, I, 226), l'acide cyanhydrique était connu dé^à dans l'antiquité des prêtres d'Egypte qui l'employaient pour faire périr les initiés qui avaient trahi les seciets de l'art sacré.
Cet acide existe tout formé en petite quantité dans les eaux distillées préparées avec les feuilles de laurier-cerise, du saule à feuilles de laurier, avec les feuilles et les fleurs du pocher, les amandes amères de l'amandier, du pêcher, de l'abricotier, du cerisier, du prunellier et des autres fruits à noyaux; il se trouve encore dans le produit distillé du suc de la racine de manioc : dans tous ces végétaux, l'acide cyanhydrique prend naissance par suite du dédoublement de l'amygdaline, principe spécial qui, en présence de l'eau, se transforme en glucose, acide cyanhydrique et essence d'amandes amères :
C*«H"AzO^'- -h 2H-202 = 2C''-lIi-0^- -h C'WO^ + C"lIAz
Amygdaline. Eau. Glucose. Essence Acide
d'amandes cyunliydrique.
amèies.
M. Berlhelot {Comptes rendus de VAcad. des sciences, t, LXVIl, p. 1141), a opéré la synthèse de l'acide cyanhydrique en combinant l'azote libre avec l'acétylène sous l'influence de l'étinceilc électrique : C*1P -+-Az^ = 2C-l]Az. Il se produit quelquefois aussi dans la distillation sèche des matières azotées, ou par la réaction de l'acide nitrique sur certaines substances organiques, par exemple, dans la préparation de l'éther nitreux. En décomposant le formiate d'ammoniaque par la chaleur rouge, il se produit également de l'acide cyanhydrique : C-H(Âzll*)Û* = C-nAz + 11*0*, d'après cela l'acide cyanhydiique peut être envisagé comme le nitrile de l'acide formique; et en effet, sous l'influence prolongée des alcalis ou des acides énergiques, il reproduit l'acide formique et l'ammoniaque, ce qui est une réaction caractéristique des amides.
Préparation. Les procédés de préparation que l'on emploie pour obtenir cet acide sont tous basés sur la double décomposition des cyanures métalliques au moyen des acides énergiques ; dans la préparation de cet acide, il faut opérer avec précaution, à cause de son extrême volatilité et de son action toxique violente.
Gay-Lussac le préparait en décomposant le cyanure de mercure par l'acide chlorhydrique : le cyanure en poudre était introduit dans une cornue tubulée avec un excès d'acide chlorhydrique concentré; l'acide cyanhydrique produit passait dans des tubes remplis de marbre et de chlorure de calcium, puis venait se condenser dans un ballon à long col entouré d'un mélange réfrigérant.
Le procédé de Gay-Lussac a été modifié par MM. Bussy et Buignet, de façon à donner un rendement plus considérable ; c'est ce procédé modifié que l'on suit généralement aujourd'hui pour préparer l'acide cyanhydrique employé en médecine ; pour cela on prend :
Cyanure de mercure 100 grammes.
Clilorliydrare d'atnmoniaque 45 —
Acide thlorliydri(iue à 1.17 90 —
On mtroduit dans une cornue de verre tubulée, le mélange intime de cyanure
462 CYÂNUYDRIQUE (Acide) (chimie).
de mercure et de chlorhydrate d'ammoniaque finement pulvérisés ; à la cornue est adapté un tube de 0"',50 de long sur 0"%0i5 de diamètre, dont le premier tiers est rempli de fragments de marbre, et les deux autres tiers, de fragments de chlorure et de calcium anhydre et fondu ; à la suite de ce tube, qui est disposé horizontalement, se trouve placé un deuxième tube courbé à angle droit, dont la branche verticale se rend dans un flacon ou dans un matras à long col enluuré d'un mélange réfrigérant de glace et de sel marin : l'appareil ainsi disposé, on verse l'acide chlorhydrique sur le mélange des deux sels placés dans la cornue, on chauffe avec précaution d'abord, puis plus fortement à la fin, jusqu'au moment où l'on ne voit plus de distillation d'acide cyanhydrique ; cet acide se trouve alors condensé dans le récipient refroidi. Avec les quantités indiquées plus haut, et en opérant convenablement, on obtient SO^^S d'acide cyanhydrique anhydre, ce qui représente les 95/100^ de la quantité théorique (Codex).
Vauquelin préparait l'acide cyanhydrique en faisant passer doucement un courant d'hydrogène sulfuré sec, dans un long tube rempli de cyanure de mercure bien desséché et portant à l'extrémité, du carbonate de plomb destiné à arrêter l'excès d'acide sulfhydrique ; l'acide cyanhydrique était reçu dans un récipient bien refroidi ; on arrêtait le courant d'hydrogène sulfuré dès que Je carbonate de plomb commençait à noircir.
Un autre procédé plus commode et moins dispendieux, dont on se sert souvent aussi, consiste à décomposer le ferrocyanure de potassium au moyen de l'acide sulfurique concentré ; en opérant suivant les indications de M. Pessina, on introduit dans une cornue lubulée un mélange refroidi de 9 parties d'acide sulfurique concentré et 12 parties d'eau, puis on y ajoute 8 parties de ferrecyanure de potassium pulvérisé ; la cornue, dont le col est incliné en haut, communique d'abord avec un ballon contenant du chlorure de calcium, puis avec un tube en U rempli de la même substance, tous deux maintenus dans de l'eau à 30 degrés environ ; les vapeurs d'acide cyanhydrique, desséchées par leur passage sur le chlorure de calcium, se rendent dans un récipient plongé dans un mélange réfrigérant où elles se condensent ; par ce procédé on obtient aussi de grandes quantités d'acide anhydre. Si l'on veut obtenir, au contraire, une solution aqueuse d'acide cyanliydrique, on dispose un peu autrement l'appareil qui ne comporte plus alors le llacon et le tube à chlorure de calcium ; le mélange de ferrocyanure de potassium et d'acide sulfurique est placé dans une cornue ou dans un ballon muni d'un réfrigérant de Liebig descendant, lequel communique avec un récipient refroidi dans lequel se rend l'acide cyanhydrique.
Procédé instantané pour la préparation de l'acide cyanhydrique (Thomas Clarcke). On prend : acide tartrique 4 grammes, eau distillée 30 grammes, cyanure de potassium ls^,6 : on fait dissoudre dans une fiole, l'acide dans l'eau, on y ajoute le cyanure, on bouche et on agite dans de l'eau froide ; on laisse reposer et on décante; le produit obtenu retient toujours une petite proportion de tartre acide de potasse en dissolution .
Propriétés, L'acide cyanhydrique anhydre est un liquide incolore, limpide, mobile, répandant une forte odeur d'amandes amères ; sa densité à 12 degrés = 0,697 ; à — 15 degrés il se concrète en fibres soyeuses; exposé à l'air, il se vaporise avec tant de rapidité qu'une partie se solidifie, il bout à 27 degrés; sa densité de vapeur = 0,9476 ; il s'enflamme au contact d'un corps incan-
CYANIIYDRIQUE (Acide) (chimie). 465
(lescent et brûle avec une flamme blanche violace'c; il rougit à peine le tournesol.
L'acide complètement pur se conserve très-bien, et mieux encore quand il renferme une trace d'un acide minéral ; mais presque tous les échantillons se décomposent, par suite de la présence de traces d'eau, d'ammoniaque ou de cyanure d'ammonium; le produit jaunit d'abord, brunit ensuite, et se transl'orme lentement en une matière noire, solide, insoluble, mêlée avec un peu de gaz ammoniaque condensé; cette altération de l'acide cyanliydrique, semble èlre le résultat de l'emploi, lors de sa préparation, de chlorure de calcium qui n'est pas parfaitement neutre; l'acide desséché sur du chlorure de calcium complètement neutre se conserve indéfiniment sans altération. L'acide cyanhydrique se mélange à l'eau en toutes proportions ; ces dissolutions sont plus stables que l'acide anhydre et peuvent être considérées comme de véritables combinaisons : le mélange d'acide cyanhydrique et d'eau donne lieu à un abaissement de température qui est maximum quand on opère avec des poids égaux d'acide et d'eau, ce qui correspond à 3 équivalents HO pour J équivalent Cyll ; cet abaissement de température est accompagné d'une contraction de volume assez notable, qui est maximum pour les quantités indiquées ci-dessus (Bussy et Buignet : Annales de chimie et de physique. A" série, t. III, p. 251).
L'acide cyanhydrique se dissout aussi facilement dans l'alcool.
L'acide gazeux, sous l'influence d'une série d'étincelles électriques, se décompose en partie en acétylène et azote : 2G'IIAz = GMP-|- Az^ ; l'action ne dépasse pas un certain terme parce que les deux corps formes se recombiuent sous l'influence de l'étincelle électrique et forment de l'acide cyanhydrique.
L'hydrogène naissant provenant de l'action de l'amalgame de sodium forme avec l'acide cyanhydrique de la méthylamine : C-HAz-j-211^=GMPAz. Si on fait agir sur l'acide, de l'acide iodhydrique à 280 degrés, on obtient au contraire du foi'mène et de l'ammoniaque :
CTIAz + oH^ = C^IP4- AzH^
Le chlore et le brome transforment l'acide cyaidiydrique en chlorure et bromure de cyanogène; le potassium chauffé dans un courant d'acide cyanhydrique donne du cyanure de potassium ; enfin sous l'influence de l'eau et des acides énergiques, l'acide cyanhydrique se change en acide formiqueet ammoniaque :
C^HAz -h 2 H^O^ + IICI = CHW -+- AzlP,Cl
Caractères distinctifs. L'acide cyanhydrique se reconnaît facilement aux caractères suivants :
1° Avec l'azotate d'argent, il donne un précipité blanc de cyanure d'argent soluble dans les acides concentrés et dans l'ammoniaque ; le cyanure d'argent recueilli sur filtre et desséché, puis chauffé dans un tube ouvert par un bout se décompose en argent métallique et en cyanogène gazeux que l'on enflamme à l'extrémité du tube, où il brûle avec une flamme pourpre caractéristique;
2<* En ajoutant à une solution d'acide cyanhydrique un mélange de sulfate ferreux et de sulfate ferrique puis un peu de potasse et, enfin de l'acide chlorhydrique, on obtient un précipité caractéristique de bleu de Prusse;
3° Si, dans un liquide renfermant de l'acide cyanhydrique, on ajoute assez de sulfhydrate d'ammoniaque jaune pour que le liquide paraisse jaune, puis un
464 G Y A N HTDKIULK (Acide) (chimie ) .
peu d'ammoniaque, si enfin on chauffe dans une capsule en porcelaine jusqu'à volatilisation complète du sulfliydrate d'ammoniaque, on obtiendra du sulfocyanurc d'ammonium qui, additionné d'un peu d'acide chlorhydrique, donnera une magnifique coloration rouge sang avec les sels de peroxyde de fer, le perchlorure par exemple; c'est une des réactions les plus sensibles pour reconnaître l'acide c] anhydi ique soit libre, soit combiné ;
4" Si l'on expose à l'action de l'air contenant des traces de vapeur d'acide cyanhydrique un papier à filtre trempé dans la teinture de gayac, puis humecté avec une dissolution de sulfate de cuivre, il bleuit par suite de l'action de l'oxygène mis en liberté à l'état d'oxygène actif.
3 CuO + 2 HCy = Cu^Cy,CuCy + 2 HO H- 0
Dosage. Le dosage de l'acide cyanhydrique en dissolution, aussi bien que celui des cyanures solubles peut se faire, soit par les pesées, soit par les liqueurs titrées : dans le premier cas, on verse dans la dissolution du cyanure ou de Cyll, un excès d'azotate d'argent, puis un peu d'acide nitrique, on laisse déposer sans chauffer, et on pèse le cyanure d'argent, après l'avoir rassemblé sur un filtre et séché à 100 degrés; ou bien on le transforme en argent métallique, en le calcinant dans un creuset de porcelaine jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de perte de poids ; du poids de l'argent on déduit facilement la proportion d'acide cyanhydrique.
Les procédés de dosage par les liqueurs titrées sont plus rapides et tout aussi exacts que le précédent; ils s'appliquent très-bien à la détermination de la quantité d'acide cyanhydrique dans la solution médicinale, dans les cyanures solubles, et dans les eaux distillées de laurier-cerise et d'amandes amères.
d° Procédé Liebig : le dosage se fait au moyen d'une solution titrée d'argent renfermant 16s'"j997 d'azotate d'argent pur par litre (solution normale décime); on ajoute à la solution d'acide cyaniiydrique un peu de potasse caustique (éviter un excès) jusqu'à réaction alcaline, puis un peu d'une dissolution de chlorure de sodium, et enfin au moyen d'une burette graduée, la solution d'azotate d'argent, jusqu'à ce qu'il se produise un trouble permanent ; le cyanure de potassium forme avec l'argent un cyanure double soluble, et la fin de la réaction, c'est-à-dire la transformation de tout l'acide cyanhydrique contenu dans la solution, sera indiquée par la formation du précipité permanent de chlorure d'argent ; du volume de la solution d'argent employé, on déduira facilement h proportion d'acide cyanhydrique en se rappelant qu'un équivalent d'argent employé correspond exactement à deux équivalents de cyanogène d'après la formule :
2 KGy + AgO,N05 = KCy,AgCy + KO,NO«
Il est évident, que pour doser par ce procédé le cyanogène dans le cyanure de potassium, on n'ajoute pas dépotasse caustique à la solution du sel.
2" Procédé Fordos et Gelis : employé surtout pour le dosage des cyanures de potassium du commerce, il peut servir aussi au dosage de l'acide cyanhydrique dans ses solutions ; il repose sur le principe suivant : si on verse une dissolution d'iode dans le cyanure de potassium, elle se décolore, et la coloration jaune ne persiste que lorsque tout le cyanure est décomposé ; dans cette réac-
CYiNHYDRIQUE (Acide) (pharmacologie). 465
lion un équivalent de cyanure de' potassium absorbe 2 équivalents d'iode selon la formule : GyK-f-21=:Kl + Gyl.
On se sert d'inie dissolution d'iode contenant 1/10 d'équivalent, c'est-à-dire l^s"",? d'iode par litre d'eau distillée (solution normale décime); l'iode est dissous dans Fiodure de potassium, et l'on prend le titre de cette solution au moyen d'une solution titrée d'iiyposiilfite de soude. Pour faire un essai, on dissout 5 grammes de cyanure de potassium dans 1/2 litre d'eau dislillée; au moyen d'une pipette on prend 50 centimètres cubes de cette solution, on les place dans nu ballon de 2 litres, on y ajoute 1 litre d'eau et 1 décilitre d'eau de Seltz et enfin à l'aide d'une burette graduée, la dissolution d'iode, jusqu'à ce que la coloration jaune soit persistante ; du volume de la solution d'iode employé ou déduit facilement la proportion de cyanure existant dans la solution: l'eau de Seltz est ajoutée dans le but de transformer la potasse et la soude ainsi que leurs carbonates, qui peuvent exister dans le cyanure, en bicarbonates qui n'absorbent pas d'iode.
5° Procédé de Buignet : très-élégant et très-rommode pour le dosage de l'acide cyanliydrique : on pn'pare d'abord une liqueur cyanimétrique contenant 238%0Î> de sulfate de cuivre cristallisé et pur pour un litre d'eau distillée ; ensuite on prend 1 centimètre cube du liquide à analyser si c'est la solution officinale d'acide cyanliydrique, et on l'étend d'eau distillée, ou bien 100 centimètres cubes ([uand il s'agit, par exemple de l'eau de laurier cerise ; on les place dans un verre à précipiter au-dessus d'une feuille de papier blanc, on y ajoute 10 centimètres cubes d'ammoniaque caustique, puis à l'aide d'une burette divisée en dixièmes de centimètres cubes, on y verse goutte à goutte, en agitant toujours, la solution titi'ée de sulfate de cuivre jusqu'à ce qu'il se forme une coloration persistante d'un bleu violacé ; la solution de sulfate de cuivre est faite de telle façon qu'à chaque division de la burette correspond 1 milligramme d'acide cyanliydrique : on obtient donc directement par simple lecture du nombre de divisions employées, la quantité d'acide cyanliydrique contenue dans le liquide à doser. " E. Burcker.
g II. Pharmacologie. L'acide cyanhydrique et plusieurs cyanures sont employés en médecine ; mais c'est surtout sous forme d'eau de laurier-cerise, d'essence d'amandes amères, etc., que cet acide est usité. Quant à Vacide cyanhydrique médicinal, ce n'est aulre chose que la solution au dixième de cet acide anhydre. On l'obtient en ajoutant à une partie en poids d'acide anhydre, neuf parties d'eau distillée ; cette solution se conserve pendant fort longtemps sans altération, il est utile pourtant d'y déterminer de temps en temps la proportion d'acide cyanhydrique au moyen d'un des procédés indiqués plus haut.
L'acide médicinal au dixième est rarement employé pur, on le met d'ordinaire dans des potions, des pilules; il sert à la préparation du sirop d'acide cyanhydrique que l'on obtient en mélangeant très-exaclement 1 partie de CyH médicinal et 1 99 parties de sirop de sucre : ce médicament ne doit être préparé qu'à mesure du besoin (Codex). 20 grammes (une cuillerée à bouche) de ce sirop renferment O^SlO d'acide cyanhydriqire médicinal correspondant à Os^Ol d'acide anhydre.
DICT. ENC. XXIV. ^0
-466 CYÂISHYDRIQUE (Acide) (pharm acoloiil).
POTION d'acide CYANHYDIllQUE
:^ Eau distillée 100 grammes.
Sirop 10 —
Sirop cyanhydiique 20 —
Mêlez.
POTION PECTORALE (mAGENDIe)
^ Acide cyanhydrique médicinal 15 goulles.
Inlusioii de lierre terrestre 100 grammes.
Sirop de guimauve 50 —
Mêlez. Une cuillerée toutes les trois heures.
LOTION CYAKHVDRIQUE (mAGENDIe)
^ Acide cyanhydrique médicinal 5 à 10 grammes.
Eau distillée 1000 —
Comme topique sur les dartres et les cancers ulcérés.
CÉRAX CYANHYDRIQUE (bIEST)
2^ Acide cyanhydrique médicinal 1 gramme.
Cérat 60 —
Ulcères syphilitiques.
Combinaisons de l'acide cyanhydrique avec les hydracides. Il se combine à l'acide chloihydrique pour former un chlorhydrate d'acide cyanhydrique AzC^H, HCl que M. Gautier a obtenu en chauffant dans un tube scellé, entre 35 degrés à 40 degrés, de l'acide cyanhydrique qui avait été saturé de gaz acide chlorliydriqiic sec à — 10°; il se forme des cristaux qui sont très-hygrométriques et qui te dissocient très-rapidement à l'air. L'iodhydrate d'acide cyanhydrique AzC-H,Hl se prépare de la même manière en substituant l'acide iodhydrique à l'acide chlorhydrique ; c'est un corps blanc, cristallin et très-altérable à l'air. Le bromhydrate AzG41,BrlI, s'obtient en dirigeant un courant d'acide bromhydrique dans de lacide cyanhydrique refroidi.
Combinaisons de l'acide cyanhydrique avec certains chlorures.
Cyanhydrate de perchlorure d^ antimoine : Sb^CP,5(AzC-H). Ce composé se produit quand on mélange l'acide cyanhydrique anhydre et le perchlorure d'antimoine, ou bien en faisant arriver les vapeurs d'acide cyanhydrique dans le perchlorure chauffé à 50 degrés.
Cyanhydrate de perchlorure d" étain : SnCP,2(AzC'^II). On l'obtient en beaux cristaux en faisant arriver l'acide cyanhydrique en vapeurs dans le perchlorure d'étain.
Cyanhydrate de chlorure de titane. Se prépare en versant de l'acide cyanhydrique anhydre dans du chlorure de titane : la masse pulvérulente Jaune que l'on obtient se sublime au-dessous de 100 degrés et se condense en petits cristaux jaune citron qui sont des octaèdres rhombiques.
M. Cech {Berichte der deutschen chemischen Geselsch, t. IX, p. 1020) a obtenu une combinaison de l'acide cyanhydrique avec le chloral; la formule de ce corps serait C-HAz,3(G4ICP0-); ce sont des prismes fusibles à 125 degrés, sublimables en partie, indécomposables par l'eau, décomposables par l'alcool chaud; on les obtient en ajoutant une petite quantité de cyanure de polassiura à une solution étendue de chloral. * E. Burcker.
Cyanures. Le cyanure de potassium s'emploie en solution comme topique,
CYANHYDRIQUE (Acide) (action physiologique). 467
soit dans l'eau, soit d'après la formule de Trousseau dans un mélange à parlies égales d'eau, d'alcool et d'éthcr. Josal l'a prescrit dans l'hystérie en pilules ou en sirop à la dose de 1 à 5 centigrammes, mais c'est un médicament si infidèle que cet usage ne s'est pas répandu.
Le cyanure de zinc a été pi^escrit aux mêmes doses en pilules et en sirop.
Le cyanure de mercure sert de base à la liqueur anli-syphililiqne de Charnier, qui renferme 25 milligrammes de sel pour 50 grammes d'eau. La pommade de Kock, contient 15 centigrammes de cyanure de mercure pour 15 grammes de véhicule.
Enfin le bleu de Prusse (cyanure ferroso-ferrique) a été employé à l'intérieur, sous forme de pilules à la dose de 20 à 30 centigrammes et même plus répétée toutes les six ou huit heures. II. Chouppe.
§ III. Action physJoiog^ique. Les composés du cyanogène ont une place très-importante parmi les agents toxiques ; la puissance nocive dont plusieurs d'entre eux sont doués les a rendus presque aussitôt après la découverte du cyanogène par Gay-Lussac (1814) l'objet, non-seulement des recherches des médecins et des physiologistes, mais encore d'une certaine curiosité puWique. Qui ne connaît en effet la puissance toxique de l'acide cyanhydrique? On peut dire que l'expérience qui consiste à tuer un lapin en lui projetant une goutte de ce corps sur la conjonctive est connue de tous et a plus d'une fois éveillé la curiosité publique; elle est classique, au point que c'est la première à laquelle assistent les élèves de nos lycées dans leurs cours de chimie.
Nous aurions voulu pouvoir faire suivre l'étude chimique de l'acide cyanhydrique de l'analyse de ses propriétés physiologiques, thérapeutiques et toxiques ; puis à la suite des cyanures nous eussions de même dans un chapitre d'ensemble exposé toutes les propriétés qui leur sont communes; enfin après chaque cyanure nous eussions résumé ses caractères propres tant sous le rapport physiologique que comme poisons. Cette méthode eut été plus séduisante, mieux appréciée du lecteur ; nous avons dû y renoncer. Déjà pour ce qui est de l'acide cyanhydrique nous sommes contraints à des répétitions à l'exposition de théories qui ont été données, dans l'étude de l'eau de laurier-cerise, que serait-ce donc si nous faisions un chapitre pour chaque cyanure, ou bien il faudrait à chaque alinéa renvoyer à l'acide cyanliydrique, ou bien reproduire à propos de chacun d'eux les mêmes faits à peu près dans les mêmes termes.
En présence de cette difficulté nous avons au mot Acide cyanhydrique décrit toute la théorie physiologique et toxique des cyaniques en général en nous bornant à indiquer les particularités que peuvent présenter les divers cyanures. Puis à propos des usages médicaux, nous avons à la suite de l'acide cyanhydrique fait un court paragraphe pour chaque cyanure.
Le sulfo-cyanure et le ferro-cyanure de potassium, qui présentent des pro* priétés particulières, ont été ou seront l'objet d'une étude spéciale {voy. Solfo-
CYANUPvE, FeRRO-CYAÏNURe).
Nous commencerons donc par l'étude de l'acide cyanhydrique, courte, cependant aussi complète que nous le permettent les développements donnés au mot Eau de la'ùrier-cerise, sans nous répéter constamment.
L'acide cyanhydrique, qui peut être considéré comme le type des composés cyaniques, agit sur l'économie animale avec une puissance tellement grande, qu'il est souvent difficile d'en apprécier les différents effets ; cependant en ayant
468 CYANUYDRIQUE (Acide) (action physiologique).
soin d'employer des doses faibles, Nicbols, Maddeu, Vater, Fontana, Uasorr^ Orfila, Fodéré, Deschamps (d'Avallon) et depuis eux presque tous les physiologistes contemporains, Bernard, Vulpian ont pu arriver à analyser assez bien l'action des composés cyaniques. Ce sont surtout des médicaments hyposthénisants, jouissant d'une action cardiaco-vasculaire.
La respiration de vapeurs d'acide cyanhydrique produit une pesanteur de tête, une sorte de fatigue intellectuelle, des vertiges, phénomènes que l'on peut considérer comme le minimum des accidents produits par ce poison. Si le sujet était maintenu assez longtemps dans un milieu saturé de vapeurs cyanhydriques les effets seraient les mêmes qu'à la suite de l'ingestion ou de l'absorption par une autre nmqueuse.
Si au contraire on administre au sujet en expérience une dose suffisante pour produire des phénomènes accentués, on constate des troubles du côté du cœur et de la respiration ; cette dernière est tantôt ralentie, tantôt au contraire accélérée, mais dans tous les cas irrégulière et douloureuse. La pesanteur de tête que nous avons signalée tout à l'heure devient une céphalalgie violente, accompagnée de troubles divers de la vue, d'excitations intellectuelles qui bientôt se transfoi nient en délire, ce phénomène devant lui-même faire place à la dernière période, à la stupeur et au coma.
En même temps les mouvements du cœur s'accélèrent, mais seulement pour un temps très-court (Becquerel), car bientôt après la puissance des contractions cardiaques diminue et souvent même leur fréquence. D'après Coze(de Strasbourg), les composés cyaniques, l'acide cyanhydrique en tèle, produisent des effets vaso-constricteurs qui varient suivant le moment de l'observation; au début les petites artères se contractent, poussant énergiquement le sang dans les capillaires et dans les petites veines. Dans une seconde période la conslriction s'étend aux gros vaisseaux et l'action vaso-constrictive se généralise.
D'après les recherches de GouUon, ces phénomènes de constriction vasculaire n'existeraient que dans les cas oii les doses administrées sont faibles et surtout peu prolongées. Si, au contraire, le poison est employé en quantité suffisante, laction dépressive et paralysante de l'acide cyanhydrique s'étend aux nerfs vasomoteurs et il en résulte une dilatation des vaisseaux avec accélération de la circulation. Bouland a émis l'opinion que l'influence des conqiosés cyaniques sur la circulation, est due en grande partie à des modifications éprouvées par les globules sanguins : « Ces globulls, dit-il (il écrivait à une époque où l'iiématopoièse était encore mal connue, 1865), sont décolorés et leurs éléments vitaux sont immobilisés et sont ramenés, pour ainsi dire, à un état physico-chimique permanent, imjiropre aux changements qui constituent la vie. »
Outre celte action sur la circulation on a encore noté une certaine influence des composés cyaniques sur la chaleur animale; à la peau il se produit une sensation de chaleur fugiiive, quelquefois à peine sensible, mais pouvant acquérir une assez grande intensité. Quand on reste dans les doses thérapeutiques, la chaleur centrale ne semble pas modifiée, ou du moins elle l'est peu et d'une façon passagère ainsi qu'il résulte des expériences de Duméril, Demarquay et Leconte. Tout ce que nous venons de dire se rapporte évidemment aux composés du cyanogène, employé à doses très-faibles et ne pouvant pas produire d'accidents toxiques ; nous verrons tout à l'heure combien au contraire deviennent graves les troubles produits par ces corps employés en quantité plus grande. L'acide cyanhydrique anhydre jouit de propriétés corrosives, et par conséquent
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placé sur la peau il peut produire une irritation locale, pourvu toutefois qu'il ne soit pas absorbé en quantité suffisante pour amener des accidents généraux. L'acide cyanliydrique médicinal est au contraire un corps inoffensif, lorsqu'il est appli(|ué sur la peau ou sur les muqueuses. Une solution de cyanure de potassium produit un sentiment de froid assez vif qui se dissipe dès que l'évaporation cesse d'avoir lieu ; peu après survient un prurit léger, avec sensation de picotements persistant aussi longtemps que dure i'applicalion du liquide; à ce niveau la peau présente une rougeur plus accentuée lorsqu'on a fait usage d'une solution alcoolique que quand on a employé une solution aqueuse. Si le •contact a été longtemps prolongé, si la solution est suffisamment concentrée, on voit persister un véiitable érytjjème parfois même accompagné de pblyctène. Telles sont en résumé les véritables effets pliysiologiques des composés •cyaniques, c'est-à-dire ceux que l'on peut chercber à obtenir dans un but tbéra- |)eutique. II. Choui'Pe.
^ IV. Emploi thérapeutique. La puissance toxique des composés cyaniques, l'action dépressive qu'ils exercent sur tout l'organisme devaient porter à croire que ces corps sont doués de propriétés thérapeutiques énergiques et pousser à les employer dans nombre de cas. Il est vrai que l'acide cyanliydrique est très-souvent appliqué, mais c'est presque toujours sous lorme d'eau de laurier-cerise ; par conséquent nous n'aurons presque rien à dire de ses indications et de son mode d'action qu'on trouvera sulfisamment développés ailleurs {Voy. Eau de laurier-cerise. Essence d'amandes amères).
Cependant l'on a aussi employé l'acide cyanliydrique médicinal. Certaines gastralgies et entéralgies qui n'ont pas élé améliorées par les opiacés ou les solanées vireuses sont favorablement modifiées par l'acide cyanhydrique. Dans ces conditions on voit également disparaître certains symptômes secondaires tels que les palpitations, les vertiges, la tendance syncopale, etc. Dans certains états nerveux, l'acide cyanliydrique produit de l'amélioration, mais il échoue presque toujours dans l'asthme et les grandes névroses, l'hyr-térie, l'épilepsij, le tétanos, et à plus forte raison la rage, contre laquelle on l'a naturellement administré à fortes doses.
On emploie avec succès l'acide cyanhydiique à l'extérieur dans les affections cutanées douloureuses ou prurigineuses, en particulier dans le prurigo et surtout dans celui des pnrties génitales, ainsi que dans l'eczéma, le lichen, etc. ■On l'a également conseillé en injection dans la chaudepisse cordée. Ajoutons que même dans ces cas l'eau de laurier-cerise et le lait d'amandes amères sont presque toujours préférables. Pour lotions on met de 4? à (S grammes d'acide prus.«ique médicinal dans un litre d'e,au distillée ou mieux d'eau de laitue. Le cyanure de potassium est presque exclusivement employé en applications topiques au l/'200 dans les céphalalgies, les névralgies et spécialement dans la migraine.
Le cyanure de zinc est employé comme l'acide cyanhydrique dans les grandes névroses; du reste, son action est aussi infidèle. Il a été employé comme anthelmintique.
Le cyanure de mercure qui a été proposé comme anlisyphilitique et comme succédané du sublimé est jusqu'ici regardé comme inférieur à ce sel.
Voy. Eau df, laurier-cerise. — Pêcher. — Amandes amères. — Sdlfo-cyajn'ure de potassium. — Ferro-cyanure de potassium. 11. Chouppe.
470 CYANIIYDRIQUE (Acide) (toxicologie).
§ Y. Toxicologie. L"acide cyanhydrique est un des poisons les plus énergiques que l'on connaisse; presque aussitôt après la découverte du cyanogène, Magendie qui avait expérimenté l'acide cyanhydrique, en décrit ainsi les effets : « L'extrémité d'un tube de verre trempée légèrement dans un flacon contenant quelques gouttes d'acide cyanhydrique pur, fut transporté immédiatement dans la gueule d'un chien vigoureux. A peine le tube avait-il touché la langue que l'animal fit deux ou trois grandes aspirations précipitées, et tomba raide mort. Il fut impossible de trouver dans ses organes locomoteurs la moindre trace d'irritabilité. Dans une autre expérience, quelques atomes d'acide ayant été appliqués sur l'œil d'un chien, les effets furent presque aussi soudains que les précédents et d'ailleurs semblables. »
L'acide cyanhydrique anhydre tue à la dose de 5 centigrammes pris en une seule fois; on voit même la mort survenir avec des doses plus faibles ; d'autre part on a observé des cas où une dose de dix centigrammes n'avait pas été suivie de mort. D'autre part, les vapeurs d'acide cyanhydrique jouissent de propriétés presque aussi énergiques. Dans les cas d'empoisonnement qu'on a observés chez l'homme on n'a pas vu de convulsions ; c'est une sorte de sidération de tous les phénomènes vitaux. Quand, au contraire, l'empoisonnement a lieu par des doses plus faibles, on constate une diminution notable des battements du cœur, le pouls cesse d'être perceptible aux artères radiales et temporales, mais on le sent encore dans les artères carotides. J>a rospii ation est rapide, entrecoupée de temps à autre de profonds soupirs. Les pupilles sont largement dilatées. Enfin l'haleine exhale une odeur très-marquée d'amandes amères.
En résumé, les principaux phénomènes observés sont des convulsions, la perte du sentimentet des mouvements volontaires. Quand la mort est foudroyante, on ne constate à l'autopsie aucune lésion cadavérique appréciable; quand, au contraire, elle se fait attendre davantage, voici ce que l'on remarque : amertume de la bouche, chaleur danslegosier et à l'estomac, nausées, salivation, sentiment d'étourdissement et de défaillance; respiration difficile, tantôt accélérée, tantôt ralentie; pupilles ordinairement dilatées; pouls faible, refroidissement des extrémités, puis enfin coma suivi de mort. Ces phénomènes se déroulent dans l'espace d'une demi-heure, rarement en quelques heures. Il s'y joint parfois des convulsions toniques et cloniques.
Ajouté au sang veineux, d'après Gubler, l'acide cyanhydrique le rend rutilant et néanmoins dans les lésions observées après la mort et qui se bornent à un état hyperémique des viscères on note une coloration noirâtre du sang, qui est fluide, visqueux et huileux. Les organes sentent manifestement l'acide prussique. Schônbein a reconnu que le sang, rendu rutilant par l'acide cyanhydrique, brunit au contact de l'eau oxygénée, ce qui fournit le moyen de constater la présence du poison.
Lecorché et Meuriot ont constaté que les globules du sang noirâtre, difflaent, trouvé sur le cadavre, ont perdu toute affinité pour l'oxygène et les raies de rhémoi;lobine observées au spectroscope se montrent élargies et moins nettement définies. Si la dose n'est pas toxique, ajoute le savant professeur, ou si l'organisme résiste, le sujet accuse de la céphalalgie, du trouble de la vision, de l'anxiété pi écordiale, des malaises nerveux, des vertiges, des étourdissements, de la dyspnée, de la fatigue et de la somnolence. Le pouls est tantôt lent, tantôt fréquent. 11 existe assez souvent de la salivation, quelquefois de la diarrhée, comme à la suite de l'ingestion des préparations de fleurs de pêcher. Pendant ce
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temps là l'haleine exhale une odeur appréciable d'amandes amères, témoignant de l'excrétion de l'acide cyanhydrique par les voies respiratoires, et démontrant du même coup la résistance de ce composé à l'action comburante de l'oxygène dans la circulation. La présence à l'état normal du sulfocyanure de potassium dans la salive porte à penser que l'acide prussique doit s'éliminer en partie par cette voie et que l'irritation sécrétoire qui en résulte explique le ptyalisme observé. U y a lieu de croire également qu'il en passe un peu par les reins. La salivation peut du reste être en partie attribuée aux nausées.
D'après les recherches de Millon, l'acide cyanhydrique jouit d'une propriété de contact très-remarquable qui lui permet par sa seule présence, même en très-petite proportion, de s'opposer à l'oxydation et au redoublement de car tains produits organiques. Si nous ajoutons que de récentes expériences de Dumas établissent que les composés cyaniques entravent ou même suppriment les fermentations on peut croire avec Gubler que ce corps se comporte de même dans le ton ent circulatoire et que mettant obstacle à l'hématose par son action toxique sur les globules rouges, il supprime ainsi l'influence du système nerveux, et arrête brusquement le jeu des organes essentiels. On peut ainsi expliquer tous les phénomènes qu'on observe dans les cas d'empoisonnement par les cyaniques, aussi bien la torpeur intellectuelle, que l'annihilation des sens et l'anesthésie cutanée. On comprend aussi, qu'il y ait au début suraclivité des fibres musculaires lisses soit dans les vaisseaux, soit dans l'intestin, le résultat étant tout à fait comparable à ce que l'on observe dans les cas où le sang est surchargé d'oxyde de carbone (Brown-Séquard).
Du reste l'expérimentation est venue corroborer l'explication que nous venons de donner. Si en effet, on met l'acide cyanhydrique en contact avec les troncs nerveux dénudés on n'ol)serve aucun phénomène toxique ; si au contraire, après avoir sectionné les nerfs de la langue on fait absorber le poison par la muqueuse linguale, on assiste à tous les phénomènes de l'empoisonnement.
Meuriot et Labbé ont vu que l'acide prussique excite le nerf vague et paralyse le bulbe rachidicn; Gubler admet ces résultats mais ne voit là qu'une action secondaire. Dans ses expéiiences, J. Jones a rais directement l'acide cyanhydrique en rapport avec le bulbe rachidien déjeunes alligators et a vu ce centre cesser de fonctionner. Que peut-on en conclure? Que l'acide cyanhydrique a une influence primitive sur les centres nerveux? On peut tout aussi bien admettre que dans ces circonstances il s'agit d'une action chimique directe capable de détruire les éléments nerveux. Il faut donc encore admettre que l'acide cyanhydrique a une action directe sur le sang et que tous les accidents observés ne sont que la conséquence de celte première et principale puissance toxique.
Ce que nous venons de dire pour l'acide cyanhydrique, nous pourrions le répéter textuellement pour les cyanures solubles ; le cyanure de potassium, le cyanure de mercure, le cyanure de zinc jouissent de propriétés toxiques tout à f lit analogues à celles de l'acide cyanhydrique, il serait donc fastidieux d'entrer dans des détails particuliers à propos de chacun d'eux sous le rapport de la toxicologie. Nous verrons plus loin qu'il n'en est pas de même de certains cyanures doubles qui feront l'objet d'articles spéciaux.
Si l'on est appelé à combattre un cas d'empoisonnement par l'acide hydrocyanique ou un cyanure soluble, deux indications se présentent : combattre les accidents causés dans l'organisme; enrayer l'absorption du poison, soit en le détruisant, soit en le faisant entrer dans des combinaisons insolubles.
472 CYANHYDRIQUE (Acide) (bibliographie).
Pour remplir la première indication on peut avoir recours à tous les excitants, toutes les substances qui aclivcnt les combustions dont le sang est le théâtre. En conséquence, les alcooliques, lopium, le phosphore, les inhalations d'oxygène pur peuvent rendre des services sous ce rapport. Les substances avides d'hydrogène, le chlore en première ligne, sont les contre-poisons chimiques de l'acide prussique. Les composés d'argent, et les oxydes mélalliques capables de former avec le cyanogène des composés insolubles peuvent également être utiles dans les cas oij on a le temps d'intervenir.
Rechebche de l'acide cyakhïdriqce et des cyanures DAiss LES CAS d'empoisonnement. La recherche de l'acide cyanhydrique dans les masses organiques ne présente de difficultés que lorsqu'elle est faile longlemps après l'ingestion du poison.
On introduit les débris sur lesquels on doit faire les recherches, après les avoir réduits en menus fragments, dans une cornue, et on ajoute de l'eau distillée et un peu d'acide tartriquc; la cornue est mise en communication avec un réfrigérant de Liebig et avec un récipient que l'on entoure de glace; on distille au bain d'huile, de mynicrc à recueillir dans le récipient une quantité de liquide représentant le quart au plus de celui qui a été contenu dans la cornue ; ce liquide renferme tout l'acide cyanhydrique qui passe avec les premières parties d'eau. 11 doit exhaler une odeur marquée d'amandes amèies et l'on y reconnaît la présence de l'acide cyanhydrique à l'aide de réactions chimiques dont voici les principales.
On précipite par le nitrate d'argent, on recueille le précipité sur un filtre, on le fait sécher el on l'introduit dans un petit tube bouché par un bout et qu'on effile ensuite en pointe à l'autre extrémité. En chauffant, on décompose le cyanure d'argent et on dégage du cyanogène, qu'on peut allumer à l'extrémité du tube effilé, où il briile alors avec les caractères qu'on a lus plus haut dans l'étude chimique.
Une précaution de la plus grande importance consiste à s'assurer que les matières dans lesquelles on doit foire les recherches ne renferment pas quelque composé cyanique, et spécialement le ferrocyanure de potassium reconnaissable à sa réaction en présence de sels ferriques avec lesquels il forme aussitôt un précipité d'un bleu foncé (bleu de Prusse).
La recherche des cyanures toxiques se fait exactement comme celle de l'acide cyanhydri(jue. Il en est de même des produits végétaux qui contiennent ces corps et spécialement de l'eau de laurier-cerise, de l'essence d'amandes amères, etc.