CYCAS
ClATMOSTOME, Oii a décrit sous ce nom un \er voisin des syngames et qui habite les losses nasales de diverses espèces d'oiseaux du genre mouette.... Le mâle est beaucoup plus petit ([ue la femelle. D,
Cl'ATMTS. Voy. NlDULARlÉES.
iYBKî.Lio:\;. Nom grec domié à la violette, Viola odorata L.
Bibliographie. — Homèhe. Iliade, XIII, 589. — IIippocrate. Morb. tnulier., I, 008. — TheopiiRASTE. Hhtor. plant., lY, 10. — Dioscoride. Mat. médical II, 128. Pl.
CICADÉES. Famille de plantes qui, avec les Conifères, constitue le groupe auquel on a donné le nom de Gymnospermes. Ce sont de curieux végétaux dont le tronc, le plus souvent doué d'une grande longévité, est couronné par un certain nombre de feuilles pennées, qui leur donnent l'aspect de certains palmiers. Les fleurs sont dioïques, dépourvues de périanthe. Les mâles sont disposés on cônes terminaux et formés d'écaillés qui portent sur leur face dorsale de nombreuses anthères uniloculaires. Les fleurs femelles sont extrêmement simples ; elles se réduisent à des ovules nus, orthotropes, qui, tantôt solitaires, sont insérés dans les crénelures d'appendices foliacés, velus; tantôt s'insèrent deux par deux à la face inférieure d'écaillés pellées. La graine contient dans un albumen un embryon dicotylédoné.
Les Cycadées habitent les pays chauds et spécialement l'Inde, les grandes îles de l'archipel Indien, Madagascar, l'Afrique équatoriale et l'Amérique tropicale. Ce sont des plantes intéressantes pour l'alimentation des pays où elles croissent. Leur tronc, qui a souvent une moelle Irès-développée, fournit une sorte de sagou dans les Cycas et dans VEncephalnrtos, qui vient dans le pays des Hottenlols et que les colons hollandais appellent arbre à pain. Les graines de plusieurs Cycas et Zamia sont comestibles et quelques-unes médicinales. Pl.
(ÏpiiLKK.uAPiiiE. — Robert Brown. Prodromus. — Li.ndley. VegctahJe Kingdom, 225. Exo-
i.iciit.R. Gciicra piaulai um. — Le JIaoit et Dkcaisne. Traité général 'de botanique, 553.
Pl.
l'iCAS L. Genre de plantes Gymnospermes, appartenant à la famille des Cycadées. Ce sont des arbres à tige cylindroïde, marqués de cicatrices circulaires et couronnés au sommet par de belles feuilles pennées. Les fleurs sont dioïques ; tes mâles, disposées en cône, composées d'écaillés cuspidées, couvertes sur toute leur face dorsale de nombreuses anthères ; les femelles sont formées d'ovules nus insérés un à un dans les crénelures de feuilles modifiées, toutes pubescentes. Les graines, qui succèdent à ces ovules, ont un testa charnu, crustacé intérieurement et simulant un drupe. Elles ont un albumen charuu contenant un embryon à radicule supère, à cotylédons inégaux, cohérents entre eux de façon à donner à l'embryon l'apparence d'un embryon monocotylédone.
Les Cycas sont des plantes des Indes Orientales et de l'Archipel Indien, de Madagascar et des parties équatoriales de l'Afrique.
L'espèce la plus importante est le Cycas circinalis L., arbre à feuilles pennées, à folioles linéaires lancéolées, planes, dont les Heurs mâles forment un cône d'une belle couleur aurore, et dont les graines ont la grosseur et l'apparence d'une prune de Monsieur. Le ironc a une moelle abondante, toute remplie de fécule, qu'on utilise comme celle des sagoufiers, pour en faire une sorte de
sagoti. Les graines ont une portion charnue relativement assez mince, douceâtre, mais astringente. Mises à fermenter dans l'eau, elles donnent une liqueur alcoolique. L'albumen constitue une amande amère et vomitive à l'état ordinaire; mais grillées et fermentées, ces graines deviennent comestibles.
Les pieds femelles de cette espèce laissent sécréter assez abondamment une sorte de gomme blanche plus soluble que la gomme adragante et qu'on emploie pour le pansement des ulcères. La plante croit dans les Indes, aux Moluques cl à l'Ile de France.
Une autre espèce qu'il convient de citer est le Cycas revohda Thunb., qui vient au Japon et dont les habitants font un sagou, qui n'est généralement pas importé en Europe. Les graines ovales, ronges, comprimées, longues de 5 à 4 centimètres, sont mangées dans le pays.
ClCÉOX (xu/.ewv, de vtuy.âcj, je mélange). Aliment liquide très-employé • autrefois par les médecins grecs ou latins, et préparé avec du vin (quelquefois de l'eau), diverses farines, principalement la farine d'orge, du miel et du fromage. Ce fromage était du lait caillé, souvent du lait de chèvre. Le mot Cycéon désigne, en un sens plus général, un breuvage composé. D.
CYCLAWE {Cyclns Brug.). Sous ce nom de genre, Bruguières a réuni un certain nombre de Mollusques-Lamellibranches-Siphoniens, confondus par Linné avec les Telllnes et les Véfius et caractérisés surtout par la structure de leur coquille. Celle-ci est orbiculaire, fortement bombée, équivalvc, ordinairement très-mince et recouverte d'un épidémie corné, verdàtre ou brun, jamais escorié. La charnière, dont le ligament est extérieur, présente deux dents cardinales médianes très-petites ainsi que deux autres dents latérales plus ou moins allonaées transversalement et lamelliformes.
Les Cyclades sont hermaphrodites et vivipares. Elles habitent exclusivement les eaux douces et se rencontrent surtout dans les ruisseaux et les rivières à courant peu rapide oii elles vivent enfoncées dans la vase en ne montrant que l'extrémité de leur siphon. On en trouve des représentants dans presque toutes les régions du globe. Les espèces les plus répandues en Europe sont : Cydas cornea L., C. rivicola Leach, C. RyckhoUi ^orm., C. solida Norm. et C. lacHStris MulL; la première est la Came des ruisseaux de Geoffroy.
Ed. Lefèvre.
CïCLAME. CyclamenL. g l. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Primulacées. Ce sont des herbes à tubercule charnu subglobuleux ou disciforme, à feuilles radicales pétiolées, ovales, cordées, arrondies ou anguleuses. Les fleurs sont très-élégantes, le plus souvent pendantes ; le calice campanule est quinqui-parlite. La corolle hypogyne a un tube court, et un limbe réfléchi, partagé en cinq divisions égales plus longues que le calice. Les étamines, au nombre de cinq, sont conniventes au sommet. Le fruit est une capsule coriace, globuleuse, s'ouvrant en cinq valves et contenant des graines albumint'es.
Les Cyclames sont des plantes de la région méditerranéenne et de l'Europe moyenne. La plante officinale du groupe est le Cyclamen europœum L., qui porte le nom de Cyclame ou de Pain de pourceau ; c'est YArthanita des officines. Elle croît spontanément dans les rochers et les forêts ombragées de la France,
CYCLAME (emploi médicai.). 517
de la Suisse, de l'Italie supérieure, de l'Istrie, etc. Les feuilles sont réniformes, arrondies, obtuses, crénelées, cordées à la base, marbrées en-dessus, rougeàlres en-dessous. Les (leurs sont purpurines, à pétales courts et obtus.
Le rbizonie a la forme d'un pain orbiculaiie aplati, l)rLui en dehors, blanc en dedans, garni de radicules noirâtres. Pl.
BiBUOGRAPHin. — LiN^K. Goicra, 201. Spccics, 207. — G.ertxkr. Bc fiudihus, lll, p. 25, tab. 183. — Geoffroy. Matière médicale, I. — Endlicher. Grnrra. — Gdibourt. Drogues simples, 1' cdit., II, p. 458. Pl.
§ H. Emploi mi-dipal. Le rbizome de cyclame, la seule partie de la plante qui soit employée en médecine, est inodore, mais offre à l'état frais une saveur acre, brûlante et amère ; plus ou moins dangereux pour l'homme, il est mangé sans inconvénient par les cochons, ce qui lui a fait même donner le nom de pain de pourceau. Les anciens, dit-on, se servaient du suc de ce rhizome pour empoisonner les flèches. Dans certaines parties de l'Italie, on s'en sert encore pour tuer les poissons {voy. Cvci.amine) ; cette pratique est signalée déjà par Pline l'Ancien {JSat. Hist., lib., XXV, cap. viii, Lugduni, 1548).
Desséché, le rhizome de cyclame perd une grande partie de son âcreté et de ses propriétés actives. On le récolte en automne, on le coupe par tranches et on le fait sécher au soleil ou à l'étuve ; chez les herboristes, on le trouve sous forme de tubercules durs, raboteux, brunâtres, semblables à des figues desséchées. La lorréûtction lui enlève complètement ses propriétés actives, en lui donnant un goût mucilagineux, et le rend susceptible d'être mangé.
Ce rhizome a été analysé par De Luca; ce chimiste a trouvé par l'incinération qu'il contient 80 pour 100 d'eau et laisse 1/2 pour 100 de ccnilres; on y constate, en outre, la présf'nce d'une matière sucrée fermentescible, d'amidon, de principes acres, irritants et toxiques, dont l'un, particulièrement défini, a reçu le nom de Cyclamine {voy. ce mol).
Les propriétés médicales du cyclame sont connues de toute antiquité ; déjà Hippocrale et Galien l'employaient comme résolutif; Dioscoride a signalé la redoutable faculté dont il jouit de provoquer l'avortement ; les médecins arabes, Séiapion, les médecins de l'Ecole de Salerne, mentionnent ses propriétés apéritivcs, résolutives, emménagogues, aborlives, etc.
« Sa racine fraîche, dit Bulliard, à la dose de 5 gros en décoction dans un (lemi-seti.er d'eau, peut purger violemment par haut et par bas un homme d'une constitution robuste. Dans les provinces septentrionales de la Fraricc, où cette plante est commune, on l'emploie assez fréquemment pour se purger; mais souvent à de grands vomissements on voit succéder des sueurs froides, accompagnées de tintements d'oreilles, de tournoiements et de mouvements convulsifs ; souvent aussi le malade rend le sang par le vomissement et par les selles, et quelquefois à tous ces accidents succède encore une superpurgation qui conduit le malade au tombeau. » Geoffroy, Murray et d'autres auteurs rapportent que le cyclame a fréquemment provoqué une inflammation de la gorge et des voies digestives. En un mot, il agit comme un drastique puissant et même comme un poison acre et irritant, susceptible de provoquer de la gastro entérite, des selles sanguinolentes, des sueurs froides, des vertiges, [ arfois même des convulsions et la mort.
Le rhizome de cyclame a été encore préconisé comme enmiénagogue, comme
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résolutif, etc., ot particulièrement contre les obstructions atoniques des viscère;;, contre l'engorgement des glandes mésentériques, le carreau, contre les affections scrofuleuses des enfants, l'ictère, les hydropisies, etc. Selon Mattliiole, qui en parle longuement, l'eau distillée de ce rhizome arrête les hémorrhagies ; heureusement la thérapeutique possède des moyens plus efficaces et moins dangereux. Gilibert assigne au cyclame une place distinguée dans la matière médicale : « C'est, dit-il, un de ces médicaments précieux que la pratique des médecins anodins a chassés des boutiques, qui offre cependant de grandes ressources dans les maladies chroniques. » Suivant Bodart,le rhizome conservé pendant un an dans un lieu sec -et pulvérisé à la dose de 5 centigrammes, puis trituré avec de la gomme, purge très-bien et sans tranchées; on peut aller ju>qu'à 1 gramme; chez les enfants, la dose est de 25 à 50 centigrammes. Le suc peut se prescrire à la même dose. La racine fraîche se prescrit en décoction, à la dose de 4 à 12 urammes dans 500 grammes d'eau.
Cependant, Spielman regarde le cyclame comme un médicament incertain ; Cazin exprime la même opinion, et la plupart des médecins modernes l'ont abandonné, du moins comme médicament interne, à cause de ses propriétés dangereuses. On peut l'employer sans danger en applications externes, soit ■<ous forme de cataplasmes, soit comme partie constituante d'emplâtres ou d'onguents. La pulpe du rhizome de cyclame appliquée sur le ventre agit comme purgatif, plus ou moins énergiquement, suivant la dose. Jadis, ou employait beaucoup, en frictions sur le ventre ou sur les reins, Vonguent d'artlianita, dont le suc de cyclame fait la base et où entraient en outre le suc de momordique, la coloquinte, le turbilh, la scammoimée, l'aloès, l'euphorbe, le fiel de bœuf, la myrrhe, le gingembre, etc. Cet onguent, aujourd'iiui complètement inusité, avait la réputation de faire vomir, de purger, d'expulser les vers, d'exciter la sécrétion uriuaire, etc., selon qu'il était appliqué sur l'épigastre. sur le venire ou dans la région des reins ; on l'employait principalement chez les enfants. Riolau en faisait des frictions sur l'abdomen, pour foire évacuer l'eau des hydropiques : « Quo si line.atur hypogastrium , subdiicet alvum et aqiias educet » {Ars medica. Paris, 1651, p. 1-40). Cazin ajoute : « Je regrette que Von ait abandonné l'usage de l'onguent d'arthanita. Je l'ai employé en irictions, sur l'abdomen des enfants, comme purgatif et vermifuge : il m'a presque toujoui's réussi. »
Autrefois, le rhizome de cyclame entrait également dans ï emplâtre diaboiaîiuni qui a joui d'une grande vogue.
Réduit en pulpe, ce même rhizome est un bon résolutif, utile contre les tumeurs scrofuleuses, les engorgements indolents, l'œdème, etc.; par son action locale inilante, il favorise la granulation des ulcères atonique>.
Tissût en recommande la décoction en topiijue contre les engelures, mais lui reproche de jaunir les endroits lotionnés. L. Hahiv.
CYCLAMs:\E. § 1. Chîmisie. Principe actif du rhizome du Cyclamen Etirupœum L. {Arthcmita offtcinalis), découvert en 1850 par Saladin, qui lui donna le nom d'arthanitine ; le même chimiste retrouva ce corps dans diverses autres plantes de la famille des Primulacées, mais en moins grande quantité que dans le cyclame. La cyclamine fut obtenue de nouveau, en 1851, par Buchner et Herberger. Enfin, De Luca l'a isolée à son tour à un plus grand état de pureté que ses prédécesseurs et lui a assigné la formule empirique (C-H^O)'; Martius
CYCLAMINE (chimie). b\\)
attribue à ceglycoside la composition (C-^IF^O'"), qui est conforme aux résultats obtenus par les analyses efiecluées par Klinger.
Préparation. Saladiu préparait la cyclamine en épuisant par l'alcool le rhizome frais de cyclame, évaporant la solution à consistance d'extrait, puis lavant successivement à l'éther et à l'eau froide ; la partie insoluble constitue Ja €yclamine, qui est purifiée ensuite par évaporalion de sa solution alcoolique et par le noir animal.
De Luca a considérablement modifié le procédé de préparation; nous le donnons ici textuellement : On a opéré sur 4 kilogrammes de tubercules de Cycla men Europœum : après les avoir lavés extérieurement à l'eau distillée et les avoir coupés ensuite en petits morceaux, on les a introduits dans un grand flacon avec 4 litres d'alcool rectifié. On a abandonné le tout pendant quarantecinq jours dans un endroit à l'abri de la lumière et après ce ttmips on a retiré l'alcool par décanlalion. Les mêmes tubercules ont été ensuite écrasés dans un mortier et introduits dans le même flacon avec 5 litres d'alcool et, au bout d'un mois, on a retiré l'alcool par expression. On a réuni l'alcool de ces trois traitements et, après l'avoir filtré, on en a condensé la plus grande partie par distillation au bain-marie. Le résidu obtenu ainsi, d'un aspect gélatineux, a été évaporé à sec, à l'abri de la lumière, dans une capsule de porcelaine au bain-marie, et épuisé ensuite à froid par l'alcool rectifié.
Les solutions alcooliques de ces traitements, réunies et filtrées, ont été placées dans une capsule et abandonnées à l'évaporation spontanée pendant quarante jours au fond des caves du laboratoire de chimie du Collège de France. Après ce temps, il s'est déposé au fond de.la capsule une matière blanchâtre, amorphe, sous la forme de petites agglomérations. On a recueilli cette matière avec soin, on l'a lavée plusieurs fois avec de l'alcool froid et ensuite on l'a dissoute avec de l'alcool bouillant. Cette solution alcoolique dépose par le refroidissement la matière dissoute, toujours sous la même forme de petites agglomérations amorphes : c'est la matière active contenue dans le tuDercule de cyclame, la cyclamine, que l'on dessèche à l'abri de la lumière, dans le vide et en présence de l'acide sullurique concentré.
Martius fait simplement digérer les tubercules de cyclame avec de l'alcool chaud, d'un poids spécifique de 0,82, enlève ensuite la plus grande partie de l'alcool par la distillation, renferme la liqueur filtrée dans un flacon de verre et laisse séjourner pendant un ou deux mois ; la cyclamine se dépose et on la purifie par cristallisation dans l'alcool et par le noir animal.
Propriétés. La cyclamine est une substance blanche, amorphe, opaque, friable et légère, sans odeur, neutre aux réactifs; à l'air humide, elle absorbe de l'eau et augmente de volume. Au contact de l'eau à froid, elle acquiert une certaine transparence et prend l'aspect d'une gelée visqueuse, lentement soluble dans environ 500 parties d'eau. Par évaporation spontanée de sa solution alcoolique faite à froid ou par le refroidissement de sa solution alcoolique taitè à chaud, elle se dépose sous la forme de petites agglomérations amorphes et blanclies, qui brunissent par l'action directe de la lumière; à froid, elle se dissout aisément dans l'eau, et cette solution produit une mousse abondante par l'agitation comme l'eau de savon et a en outre la singulière propriété de se coaguler, comme l'albumine, à la température de 60 à 75 degrés. Par le refroidissement et après quelques jours de repos, la partie coagulée se redissout dans l'eau-mère et peut se coaguler de nouveau par l'action de la chaleur.
590 CYCLAMINE (chimie).
La cyclamine ne contient pas d'azote et se dissout en grande partie dans l'alcool à l'aide d'une légère élévation do température; elle ne contient ni phosphore ni soufre, et laisse, lorsqu'on la chauffe sur une lame de platine, un charhon volumineux qui brille complètement sans résidu ; sa solution aqueuse n'est pas colorée par l'iode, même après coagulation par la chaleur, et ne fermente pas par l'action de la levure de bière ; elle ne réduit pas le tartrate cupropotassique.
La solution aqueuse de cyclamine absorbe facilement la vapeur de brome et se coagule sans se colorer, lorsque le brome n'est pas en excès; le chlore a une action analogue. Sous l'influence de la synaptase et à une douce température, de 50 à 35 degrés, au bain-marie, la cyclamine se dédouble en qjclamirétine et en glycose, qui réduit le tartrate cupro-potassique et fermente avec production d'acide carbonique et d'alcool :
C^ofpicio ^ 2IL'0 = C^nP'O^ + CH'-'O"
Cyclamine. Cyclamiiétiiie. Glycose.
En faisant^bouillir la cyclamine avec un acide étendu, on obtient la même réaction. La cyclamirétine n'a pas encore été étudiée ; du reste, en même temps qu'elle, plusieurs autres produits encore inconnus prennent naissance.
L'acide acétique dissout la cyclamine à froid et ne la coagule pas avec l'aide de la chaleur; l'acide chlorhydrique la dissout également à froid et la coagule vers 80° avec production de glycose ; l'acide sulfurique concentré forme avec elle une solution d'abord jaune, qui prend ensuite une coloration d'un rouge violet persistant ; cette colorai ion disparaît par l'addition d'un excès d'e;iu et en même temps il se produit un précipité blanc. Le bichlorure de mercure n'agit pas à froid sur la cyclamine en solution aqueuse, mais l'acide gallique la coagule. L'acide nitrique, même à froid, attaque la cyclamine et donne naissance à des composés acides qui se combinent av^c les alcalis ; cette action diffère suivant le degré de concenlration de l'acide nitrique et est favorisée par la chaleur. Fondue avec de la potasse, la cyclamine dégage de l'hydrogène et donne naissance à uii acide particulier peu soluble dans l'eau.
La cyclamine se dissout à chaud sans décomposition dans la glycérine, dans l'alcool absolu, dans l'alcool ordinaire et l'alcoul mélliyliquc, dans les alcalis ; les alcools la dissolvent à froid en petite quantité. Elle est insoluble d.msréthcr, le sulfure de carbone, le chloroforme, l'essence de térébenthine, les huiles essentielles.
Une dissolution aqueuse de cyclamine, renfermée dansun tube de verre, dépose,, avec le temps et progiessivement, sous l'influence de la lumière, une substance blanche, amorphe, insoluble dans l'eau à la température ordinaire, mais soluble à une température un peu plus élevée ; si l'on continue à chauffer, le liquide se trouble de nouveau par suite de la coagulation de la cyclamine. De Luca suppose que la substance qui se dépose sous l'influence de la lumière est isomère de la cyclamine. La solution de cyclamine dans l'eau observée avec les appareils de lliot est faiblement lœvogyre.
Récemment, De Luca a observé que la cyclamine coagulée ou en solution aqueuse, abandonnée à elle-même pendant plusieurs mois, en présence de l'humidité, se dédouble en glycose et en mannite cristallisée.
Une solution aqueuse de cyclamine, exposée à l'air libre dans des vases à petite-
CVCLAMINE (action PHYsiOLOoiQfE). 52J
oiiverUiro, ne tarde pas à se couvrir d'une couche de cryptogames, parmi lesquels on remarque une production rouge pourpre, et dans la solution qui prend une teinte rose on observe des points d'un rouge plus intense qu'on peut considérer comme des centres de végétation, f.a cyclamine sèche, placée dans une atmosphère humide, se gonlle, absorbe une quantité d'eau qui peut dépasser 50 pour 100, puis se charge des mêmes productions cryptogumiques. Si l'on expose à une douce chaleur, dans une étuve, le rhizome de cyclame coupé en tranches, ou remarque qu'après quelque temps les surfaces intérieures, mises à découvert, se colorent vivement en ronge par places, et qu'il s'y développe des centres de végétation. Enfin, en laissant sécher spontanément à l'air libre la cyclamine pure déposée de sa solution alcooli(|uc faite à chaud, elle perd d'abord son alcool, puis elle absorbe l'humidité de l'air en se couvrant d'une couche épaisse de cryptogames; en traitant par l'alcool qui dissout seulement la portion de cyclamine non altérée, on sépare aisément ces petits organismes.
Parmi ces cryptogames, M. Montagne a découvert une algue nouvelle, VHygrocrocis cijclaminœ. De Luca a signalé la coïncidence curieuse que l'on observe au microscope entre la forme de cette algue et celle de la cyclamine elle-même, déposée de sa solution alcoolique faite à chaud. Dans les deux cas ce sont des séries de globules disposés en chapelet.
En résumé, nous ferons remarquer avec De Luca, au sujet des propriétés chimiques de la cyclamine, que ce principe, par sa propriété de se coaguler par la chaleur, icssemble à l'albumine; par la manière de se déposer de ses solutions alcooliques, se rapproche delà mannite; par le caractère de mousser par l'agitation de sa solution aqueuse, paraît analogue à la saponine ; par sa solubilité dans l'eau après la coagulation pourrait être confondue avec quelques sels organiques (le chaux ; enfin, par ses dédoublements, présente le caractère de la salicine et de la populine. C'est un glycoside, formé par l'association de deux matières sucrées, la glycose et la mannite ; c'est le premier exemple d'une pareille association, et il est très-remarquable qu'un pareil composé possède des propriétés toxiques. Reste à étudier ses propriétés physiologiques, son action sur l'organisme animal.
§11. Action pii7sÊo!og;ique. L'action toxique du principe actif du rhizome (le cyclame est connue depuis longtemps et surtout utilisée par les pêcheurs C.dabrais. Ceux-ci, pour prendre le poisson, écrasent le rhizome, l'inlrodui.sent dans un sac, puis le compriment avec les pieds dans uu cours d'eau pour faire nièlcr le jus à colle eau; les poissons, engourdis, viennent surnager et leur capture devient alors aisée.
Cette pratique éveilla l'attention des physiologistes sur les propriétés du suc de cyclame. De Luca, l'un des premiers, entreprit des expériences dans ce sens ; il constata que ce suc, dissous dans une grande quantité d'eau (un centimètre cube de jus pour deux à trois litres d'eau), agit comme toxique sur les petits poissons, tandis que 10 à 20 grammes de ce même suc, introduits dans l'estomac d'un lapin, ne lui donnent pas la mort.
Claude Bernai d lit à son tour quelques expériences avec le jus extrait de deux rhizomes que De Luca lui avait donnés; il l'injecta dans les poumons et dans le tissu cellulaire pour voir si le principe actif offre quelque analogie avec le curare. Il employa du jus qui avait été exprimé depuis trois jours et il fit les expériences suivantes :
hî'-I CVCLAAJINE (action riivsioLOGiQiE).
1" On injecle deux grammes de jus de cyclame dans le jabot d'un grand veidier qui meurt avec une grande rapidité;
2" On injecle quatre grammes dans la trachée d'un lapin qui meurt en dix minutes avec des convulsions;
S" Un gramme du liquide introduit sous la peau d'un verdier produit la mort au bout de vingt minutes avec convulsions ;
4" Une grenouille reçut sous' la peau deux grammes de la dissolution ; elle mourut au bout d'une demi-heure; le cœur ne battait plus, les nerfs et les muscles étaient très-peu excitables; les intestins étaient considérablement méléorisés et distendus par des gaz.
Claude Bernard conclut de ces expériences que la matière active du cyclame ^igit sur r économie animale à peu près comme le curare, mais moins énergiquement que ce dernier. L'action d'une solution aqueuse de cyclamine a été trouvée semblable.
Le brome neutralise en grande partie cette action toxique, comme celle du curare. Des expériences faites dans le laboratoire de Claude Bernard ont donné le résultat suivant :
I" On a introduit sous la peau d'une grenouille un centimètre cube d'une solution aqueuse de cyclamine, et elle est morte au bout de cinq minutes;
2" Une seconde grenouille, par le même traitement, mais en opérant avec la solution de cyclamine saturée de vapeurs de brome, est morte après trois heures et demie;
5° On a introduit sous la i)eau d'une autre grenouille deux centimètres cubes de jus de cyclame, et elle est morte avec convulsions au bout de vingt niinutL's ;
i" La même quantité de jus saturé de vapeurs de brome a produit la mort ^l'une grenouille après quatre heures.
Dès l'année suivante, en 185S, M. Yulpian vint ajouter un fait nouveau à ceux déjà observés, c'est Vaclion vésicante que la cyclamine, même en solution faible, «xerce sur l'enveloppe cutanée des grenouilles et bien plus énergiquement sur celle des têtards. Nous reviendrons plus loin sur ces exiiériences.
Vers la même époque, une commission de la Faculté de médecine de JVaples fut instituée pour examiner si l'usage de la pêche à l'aide du cyclame offrait des dangers au point de vue de l'alimentation publique; cette commission, composée des professeurs St. délie Chiaje, F.-R. Scarpati, Pasquale Curti, G. Trinchera et Salvide Renzi, rapporteur, publia un rapport très-étendu, contenant de nombreuses recherches toxicologiques et physiologiques. Les expériences ont été faites par Errico de Renzi, et répétées, pour la plupart, par la commission.
Voici les conclusions générales énoncées par cette dernière:
1" Les poissons ressentent d'autant plus facilement l'action du cyclamen qu'ils sont plus petits et plus délicats ;
2° L'effet immédiat et le plus sensible de l'empoisonnement par la cyclamine est l'abolilio!) de toute faculté des nerfs moteurs, suivie de l'altération du sang, de l'asphyxie et de la mort ;
5" Les poissons récoltés par ce moyen ne sont pas vénéneux pour l'homme qui les mange, mais ils peuvent devenir insalubres quand ils ne sont pas mangés aussitôt après avoir été récoltés, à cause de leiu^ corruption facile et rapide ;
A" L'eau de la mer et des fleuves qui lient en solution une petite quantité de suc de cyclame ou de cyclamine devient vénéneuse pour des générations entières
CïCLAMINE (action phvsiologique). â*2â
de poissons, fait mourir plus facilement les petits poissons éclos depuis peu, et rend ainsi plus rare et plus coûteuse une nourriture si utile à l'économie animale et si importante pour l'industrie ;
5° On doit donc éviter la pêche à l'aide du cyclame, parce que c'est un moyen qui empoisonne les poissons et qui livre au commerce un aliment peu salubre, et parce qu'il faut ménager un aliment précieux et sain.
D'après ses expériences, Errico de Renzi était encore arrivé à ce résultat que l'action toxique du cyclame n'est pas due uniquement à la cyclamine, que le cyclame produit toujours la mort chez les oiseaux, quelle que soit la manière dont on l'introduit dans l'organisme de ces animaux, qu'introduit dans l'estomac des mammifères il est à peu près inoffensif et n'exerce qu'une action irritante, mais qu'injecté dans la trachée ou dans le tissu cellulaire il est toxique, détermine une gangrène et facilite la putréfaction du sang ; mais cette action est lente et exige pour se produire de fortes doses; enfin qu'il doit être rangé parmi {(■s poisons narcotico-âcres .
D'après la commission napolitaine, l'effet immédiat et le plus sensible de l'empoisonnement par la cyclamine est V abolition de toute faculté des nerfs moteurs, effet qu'elle exjilique de la façon suivante: L'action de la cyclamine se produit tout d'abord sur le cerveau, puis sur la moelle épinière, ensuite sur les nerfs et eu dernier lieu sur les muscles ; outre celte action générale, la cyclamine exerce une action locale sur les nerfs, détruisant dans le lieu d'application l'ii-ritabilité nerveuse ; l'action de la cyclamine porte sur les nerfs moteurs, en respectant le pouvoir sensitif des mômes nerfs. Quant au système musculaire, le cyclame, après avoir détruit le pouvoir moteur des nerfs, abolit l'irritabilité musculaire : d'où il résulte que par son action sur le pouvoir moteur des nerfs et sur les muscles /e ci/c/ame diffère beaucoup du curare. Déplus, chez les mammifères, la mort survient en partie par l'action générale, mais spécialement par la gangrène qui survient au point oîi a été faite l'injection; chez les grenouilles et les poissons, elle est due à l'action vénéneuse de la cyclamine sur le système nerveux.
Les expériences de Pelikan et surtout celles de M. Vulpian ont donné lieu à une interprétation toute différente des faits que nous venons de signaler.
Pelikan administra à des grenouilles des doses de 0,01 à 0,06 centigrammes de cyclamine, soit à l'intérieur, soit par voie hypodermique; une analyse minutieuse des symptômes observés et le résultat de l'ouverture de ces animaux lui firent reconnaître que la cyclamine n'agit en premier lieu ni sur le cœur ni sur les nerfs moteurs et les muscles : il rangea en conséquence ce principe parmi les poisons irritants.
Quant à l'arrêt des battements du cœur observé par Claude Bernard, il l'explique par le degré élevé de concentration de la solution employée par cet éniinent physiologiste. Personne n'ignore en effet que des solutions concentrées de substances, même inofiensives, telles que le chlorure de sodium ou tout autre composé chimi(]ue avide d'eau, sont capables, en enlevant au sang une partie de son eau, de donner lieu à des phénomènes spéciaux, notamment à la diminution de la conlractilité et de l'excitabilité nerveuse.
M. Vulpian, de son côté, entreprit de nouvelles expériences pour compléter ses recherches antérieures et en publia les résultats en 1860. Nous ne mentionnerons avec quelques détails que les plus importantes d'entre elles.
Les embryons de grenouille et de tritons sont extrêmement sensibles à l'action
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de lacyclamine ; plongés dans une solution même faible de celte substance, ili> s'agitent avec rapidité, et il est bien évident, parla nature de leurs mouvements, qu'ils éprouvent une impression douloureuse très-vive. Bientôt épuisés, ils tombent au fond du vase et font de vains efforts pour revenir à la surface du liquide; les mouvements deviennent irréguliers, et quelques instants après ils se débattent sur place et se courbent brusquement en cercle alternativement à droite et à gaucbe ; enfin, ils ne quittent plus le fond et ne font plus que remuer faiblement la nageoire caudale.
« Ce qui est le plus remarquable, continue M. Vulpian, dans l'inOuence exercée sur les larves de grenouille par la cyclamine, c'est la rapidité avec laquelle leuis tissus se désagrègent. Dès les premiers moments de l'action de la substance, la peau se revêt comme d'un léger voile blanchâtre, puis une sécrétion muqueuse s'y produit; la larve, couverte ainsi d'une matière visqueuse qui se soulève en certains points sous forme filamenteuse, retient tous les corpuscules avec lesquels elle se trouve en contact. Avant même que les mouvements aient complètement disparu, on aperçoit que la peau se détache du corps, principalement sur la nageoire caudale : celle-ci paraît tomber en détritus. C'est quelques minutes après que la larve a été mise dans la solution que l'on voit se produire ce phénomène. Si Ton examine alors l'animal au microscope, on voit les fragments d'é[)iderme séparés du corps, et déjà les tissus sous-jacents s'altèrent; les cellules sont plus transparentes, leur noyau plus accusé, çà et là des cellules se disjoignent ; d'autres sont même isolées et se disséminent dans le liquide sous l'induence de la préparation. Si l'on tarde trop à iàire l'examen microscojiique et si la solution n'est pas trop diluée, la larve n'offre plus, un quart d'heure ou une demi-heure après la mort, qu'une petite masse grisâtre produite par le deliquium presque complet des tissus dont on reconnaît encore cependant au microscope les parties les plus centrales.
« Lorsque les embryons de grenouille sont plus âgés, on observe encore les mêmes phénomènes ; mais ils sont moins rapides et les effets sont moins profonds. Chez les têtards déjà bien développés, comme chez les larves, on voit se manifester une teinte blanchâtre sur toute la surface du corps. Une sécrétion muqueuse se montre pareillement emprisonnant des bulbes d'air ou les corpuscules flottants du liquide. La teinte blanchâtre est due à l'altération de la couche superficielle de l'épiderme. Lorsque la solution est assez concentrée, qu'elle contient, par exemple, un deux-millième de son poids de cyclamine, on reconnaît très-bien, par l'agitation extrême du têtard , combien l'action de la substance est irritante. Quand l'influence est déjà bien prononcée, l'épiderme se détache avec la plus grande facilité. Ce soulèvement de l'épiderme chez les têtards et la désagrégation des parties plus profondes chez les larves se déclarent dès avant la mort complète ; et c'est là un fait dont il faut tenir grand compte dans l'appréciation des causes de ces phénomènes.
« Un autre l'ait qui doit aussi êtrepris en considération, c'est que ces altérations se produisent par action directe sur les tissus et qu'il n'est besoin ni de l'intermédiaire du sang ni du concours du système nerveux pour qu'elles s'opèrent. Des larves de grenouilles retirées de leur sphère enveloppante, n'ayant point encore de circulation, subissent les mêmes effets que les larves plus développées. Une queue, détachée du corps d'une larve et plongée dans une solution de cyclamine, ofl're exactement les phases d'altération précédemment indiquées, et ces phases sont aussi rapides.
CYCLAMINE (.vction physiologique). b'ili
« La solution aqueuse de cyclamine est léthifère pour les têtards et les larves de grenouille, alors même qu'elle est à un haut degré de dilution. De gros têtards meurent dans une solution contenant moins de un cent-millième de son poids de cyclamine. Des larves à branchies extérieures succombent dans una solution au deux, cent-millième; mais dans des solutions aussi diluées la mort n'arrive qu'au bout de plusieurs heures. Dans une solution contenant un millionième de son poids de cyclamine, les têtards et les embryons ne meurent pas, et ils s'y développent très-bien.
'( L'action de la cyclamine sur les poissons ne paraît pas différente de ce qu'elle est chez les têtards. Dans une solution aqueuse contenant un vingtmillième de son poids de cyclamine, des petites carpes ayant les unes 8, les autres 10 centimètres de longueur, sont mortes en moins d'une heure et demie. Dix minutes après son immersion dans la solution toxique, le poisson offrait déjà une teinte opaline très-marquée sur la surface du corps, et cette teinte envahissait bientôt la surface des yeux. Au bout de vingt minutes, l'animal paraissait souffrant : une demi-heure après le début de l'expérience, ses mouvements respiratoires avaient diminué d'amplitude; il se renversait sur un des côtés du corps et ne se relevait plus que de temps en temps ou bien sous l'influence des excitations. Bientôt le poisson n'effectuait plus aucun mouvement spontané; les excitations répétées et vives déterminaient cependant encore de très-légers mouvements de la nageoire caudale et des autres nageoires. Enfin l'immobilité devenait absolue, le poisson était mort. L'examen de la couche blanchâtre développée sur le corps et sur les yeux a été fait au moyen du microscope; c'était partout de l'épiderme soulevé. En écartant h s opercules, on voyait les branchies plus ou moins décolorées, gonflées et recouvertes aussi d'une couche blanchâtre qu'on détachait facilement. Cette couche était constituée par de l'épithélium des branchies; elle augmentait beaucoup d'épaisseur après la mort, lorsqu'on laissait le poisson dans l'eau.
« Ce sont là les phénomènes les plus constants déterminés sur les poissons par la solution aqueuse de cyclamine. Toutes les fois que la mort a eu lieu, on a vu très-nettement la couche blanchâtre formée par le soulèvement de l'épiderme. La marche des phénomènes est d'autant plus rapide que la quantité de cyclamine est plus considérable. Dans une solution contenant un deux centmillième de son poids de cyclamine, une petite carpe de 10 centimètres de longueur ne meurt qu'au bout de plusieurs heures, bien que dans ces conditions on constate déjà la présence de la couche blanchâtre d'épiderme soulevé au bout d'un quart d'heure, et que l'équilibre soit perdu deux ou trois heures après le début de l'expérience. Dans une solution au millionième, des carpes d'une dimension analogue ne meurent pas.
« Lorsque la mort se produit lentement, la putréfaction ne semble pas s'emparer aussi vite des poissons que lorsque l'intoxication est plus prompte.
Ki. La cyclamine hiit périr non-seulement les poissons, mais encore certains animaux aquatiques; et, ce qui est assez remarquable, elle est sans influence manifeste sur d'autres animaux vivant également dans l'eau. Les naidcs succombent en dix minutes dans une solution contenant un quarante-millième de son poids de cyclamine. Elles s'agitent d'abord violemment, puis perdent peu à peu leur vivacité et se couvrent d'une exsudation visqueuse à laquelle adhèrent toutes les particules flottantes du liquide. Elles deviennent enfin presque opaques, et leur sang se répartit irrégulièrement dans les différents points du
526 CYCLAMIN ^ __^.
corps. Lorsqu'on veut examiner les naïdes mortes au microscope, on constate qu'elles sont fortement ramollies; elles se brisent sous l'induence seule de leur poids.
« Parmi les infusoires, les vorticelles sont ceux qui sont le plus sensibles aux propriétés de la cyclamine; leur mort a lieu en quelques minutes dans une solution étendue de cyclamine. Leurs mouvements cessent; les animaux se ramassent sous forme de boule, et, de leur orifice resserré, sortent immobiles leurs cils vibratiles réunis en pinceau. Leur structure intérieure ne tarde pas à se modifier, ils ont alors perdu toute faculté de revenir à la vie dans de l'eau pure. Souvent leurs lilaments pédiculaires se contractent jusqu'à amener au contact tous leurs tours de spirale, et demeurent ainsi raccourcis après la mort.
« Comme contraste de ces faits, on doit mentionner l'immunité dont jouissent d'autres animaux. Les cyclopes résistent complètement à l'action des solutions étendues de cyclamine ; j'ai vu de même un argule et des larves de chironomiis plumosus n'éprouver aucune atteinte. Ainsi la cyclamine n'agit pas avec la même énergie sur tous les animaux aquatiques. Quoi qu'il en soit, ces expériences montrent aussi combien la destruction produite par cette substance dans les eaux est étendue, puisque des populations entières d'infusoires et d'autres animaux aquatiques sont atteintes en même temps que les poissons. »
Quand on place une grenouille adulte (avec une partie de la tète hors du liquide, pour ne pas entraver la lespiralion) dans une solution assez faible de cyclamine, on observe souvent, dès le début, de l'agitation, des efforts pour fuir. Peu de temps après, d'autant plus rapidement que la solution est plus concentrée, on reconnaît déjà par quelques signes l'action de la cyclamine. La peau, sur diverses parties du corps, prend une teinte blanchâtre; les paupières sont dans le même cas et perdent peu à peu leur transparence. En même temps on constate une injection assez intense de la membrane interdigitale, et parfois une vascularisation anormale des yeux. Ce sont là les phénomènes des premières heures; si la mort survient, la grenouille se trouve dans une attitude normale, sans que rien puisse dénoter qu'elle ait eu des convulsions dans les derniers temps de la vie. Dans une solution de 5 centigrammes de cyclamine dans 150 grammes d'eau, une grenouille meurt en une heure; ici les phénomènes sont plus rapides, il n'y a point de convulsions; le cœur continue encore à battre après la mort de l'animal; on peut retrouver quelques traces d'excitabilité nerveuse et de contractilité musculaire dans les muscles des membres, de l'appareil hyoïdien, de l'estomac, etc. Souvent les membranes interdigitales sont gonflées et infiltrées d'une sérosité sanguinolente ; dans d'autres cas c'est l'épiderme qui est soulevé par cette sérosité sous forme de phlyctènes. Les membres eux-mêmes paraissent quelquefois tuméfiés et infiltrés. Ces altérations continuent à se produire, même après la mort. Le sang passe dans le liquide par exosmose.
La peau, longtemps avant la mort, présente une injection sanguine intense, d'une teinte noiràtie, et qui peut s'expliquer par l'excitation des nerfs cutanés et par les modifications nutritives déterminées directement dans les éléments de la peau par la cyclamine. La muqueuse buccale est injectée et souvent les mucosités acumulées sur la glotte sont assez abondantes pour produire l'asphyxie.
Une solution de cyclamine à 1/6000 suffit pour tuer une grenouille qui y séjourne; les grenouilles restent vivantes dans une solution au quarante-millième.
CYCLAMIiNE (action physiologique). 527
Les tritons meurent également dans une solution de cyclamine, et le phénomène le plus saillant après la mort, c'est le soulèvement de l'épidcrme.
M. Vulpian a encore cherché à tuer des grenouilles en introduisant la cyclamine solide soit sous la peau, soit dans l'estomac, soit dans le rectum. La mort a lieu presque toujours dans ces conditions, mais elle n'arrive que lentemenl. et guère avant vingt-quatre heures. Les grenouilles qui ont survécu sont celles chez lesquelles la substance avait été introduite dans l'estomac; M. Vulpian a constaté qu'elles n'avaient échappé aux elft Is ordinaires que par suite même de l'action irritante de la cyclamine : il y avait eu une sécrétion abondante d'un mucus épais et tenace, lequel avait enveloppé le fragment de matière étrangère, et le tout avait été rejeté par des efforts de vomissement. Lorsque les grenouilles ont au contraire conservé dans l'estomac la cyclamine ingérée, elles sont mortes et l'on a remarqué une teinte rouge sombre des voies digestives supérieures et une sécrétion considérable de mucosités.
Eiilîn, M. Vul{)ian a fait quelques expériences sur les oiseaux; chez ceux qui sont morts, l'asphjxie a joué le rôle principal, et il n'est pas possible de rien en conclure relativement à l'action de la cyclamine sur ces animaux.
Avant de rapporter les expériences de divers auteurs allemands et italiens, voyons quelles conclusions M. Vulpian a tirées de ses expériences, au point de vue de Faction de la cyclamine et du mécanisme de la mort déterminée par elle.
Un effet constant parmi ceux que produit la solution de cyclamine sur les animaux qui y sont plongés, c'est l'excitation déterminée sur les tissus cutanés. Cette excitation se traduit par les phénomènes suivants : Agitation vive de l'animal, qui cherche à fuii' ; altération très-rapide de la couche superficielle de lépiderme ; cessation rapide des mouvements des cils vibratiles ; formation de phlyctènes sur divers points du corps de la grenouille, principalement sur les membres postérieurs et les membranes interdigitales ; injection vive de la peau ; exsudation cutanée, continuant après la mort de l'animal, et favorisant le développement des vibrions qui prennent naissance en grand nombre dans la solution de cyclamine; pareil phénomène ne s'observe pas dans une solution de contrôle où n'était point plongé d'animal.
Quel est le mécanisme de la mort chez les animaux plongés dans une solution de cyclamine? Chez les larves de grenouille et les grenouilles elles-mêmes, M. Vulpian n'hésite pas à admettre qu'elle est duc à la pénétration de plus en plus profonde de la substance délétère dans les tissus ; sur le microscope on voit les couches sous-épiderniiques s'altérer, los cellules devenir transparentes ; peu à peu tout mouvement cesse; les muscles sont alors eux-mêmes atteints et modifiés ; c'est, selon ^exprc^sion de M. Vulpian, une lésion partielle et successive de tous les éléments, amenant la mort de l'individu ; tout se borne à des phénomènes physico-chimiques qui envahissent de proche en proche toutes les parties élémentaires des tissas et y détruisent les conditions nécessaires aux manifestations vitales. La circulation ne joue aucun rôle ici.
« La mort des muscles, dit M. Vulpian, celle des nerfs, lorsque ces organes sont plongés dans la solution de la cyclamine, n'ont rien qui puisse nous étonner. La conservation de la sensibilité dans les nerfs, alors que la motricité y semble perdue, s'explique encore facilement. Ce n'est là qu'une apparence : la cyclamine n'a aucune action élective sur les nerfs moteurs ; mais avant d'avoir détruit l'irritabilité musculaire, elle a déjà agi assez puissamment, soit sur les muscles eux-mêmes, soit sur les points intermédiaires aux extrémités nerveuses
bis CYCLAr
et aux muscles, pour que les excitations artificielles des nerfs ne puissent jjIus déterminer des contractions. La sensibilité, au contraire, a encore ses organes de manifestation intacts, et, dans les expériences appropriées à cette démonstration, l'excitation des nerfs des membres atteints par la cyclamine se traduit par des mouvements dans les membres préservés. »
Reste à expliquer le mécanisme de l'action de la cyclamine sur les poissons. De même que chez les grenouilles, on observe chez eux une vive irritation de la peau, un soulèvement de l'épiderme et une sécrétion muqueuse sur toute la surface tcgumentaire ; ces phénomènes se manifestant également sur les branchies, l'hématose ne se fait plus qu'imparfaitement et il en résulte une asphyxie incomplète, qui contribue à la mort. Schroff a également observé de l'injection et de la tuméfaction des branchies. Dans les pêches faites à l'aide de la cyclamine, c'est cette asphyxie qui joue le rôle principal ; les poissons, engourdis, viennent à la surface de l'eau, et on les prend aisément. Cependant, s'ils restent plongés dans une solution de cyclamine, les tissus profonds hnissent pai 3 altérer également de proche en proche.
De tout ce qui précède M. Vulpian conclut que la cyclamine ne détermine jamais de troubles morbides qui puissent être l'indice d'une action élective sur le système nerveux central ou sur les nerfs mAeurs, comme l'admettait la commission de Naples. 11 n'y a donc point de véritable intoxication selon lui, et la cyclamine ne peut d'autre part en aucune façon être comparée au curare.
C. Schroff, dans des expériences sur des lapins, est arrivé, en 1859, à des résultats analogues, et a noté en outre comme l'un des symptômes, la parahjsie. 11 en est de même des expériences de Pelikan, qui a surtout opéré sur des grenouilles. Cet auteur signale comme phénomène le plus constant la diminution rapide des réflexes et leur abohtion souvent une heure et demie après l'introduction de la cyclamine dans l'organisme ; il a également vu persister les contractions cardiaques pendant deux, trois heures et davantage. Eii même temps on observait de la paralysie; cette paralysie, en cas d'injection sous-cutanée pratiquée sur le dos, envahissait tout d'abord le train postérieur, pour gagner ensuite les membres antérieurs.
C. von Schroff fit, en 1872, des expériences semblables; il injecta à une grenouille un centigramme de cyclamine; les réflexes étaient abolis trois heures trente-trois minutes après l'injection, mais le cœur était encore excitable après cinq heures vingt-quatre minutes. La mort survint au bout de seize minutes. Ici encore la paralysie atteignit tout d'abord l'arrière-train, de telle sorte que l'attitude du batracien était toute particulière, les membres postérieurs formant un angle avec l'axe du corps, comme dans l'intoxication par la saponine.
L'irritation spéciale observée au lieu d'injection par C. Schroff, senior, et par Pelikan, ne fut que très-faible dans le cas de C. von Schroff.
Yon Mosengeil, en 1875, à son tour, reprit ces expériences sur une vaste échelle. Chez les grenouilles les injections étaient toujours suivies de paralysie, puis de la mort, et cela d'autant plus vite que la dose était plus élevée. La contractilité musculaire disparaissait en premier lieu dans les membres où l'injection avait été pratiquée, plus vite dans les membres qui n'avaient point été liés que dans ceux sur lesquels on avait posé une ligature; l'excitabilité musculaire persistait plus longtemps chez une grenouille saine, mise à mort au moment même où succombait une grenouille cyclaminisée, que chez cette dernière.
Mais le but principal que se proposait von Mosengeil, c'était de vérifier le lait
CYCLAMINE (action physiologique). 529
déjà constaté par la commission de Naples, relatif à la rapide putréfaction des animaux tués par la cyclamine, fait confirmé par M. Yulpian. Cet éminent observateur démontra en effet dès 1860 que la cyclamine détermine chez les grenouilles une rapide décomposition des liquides avec lesquels elle se trouve en contact et une production de vibrions dans ces li(juides, un certain temps avant la mort. Ces liquides ne tardent pas à faire participer les tissus qu'ils baignent au mouvement de décomposition qui les travaille : la putréfaction née dans les parties les plus superficielles du corps pénètre peu à peu dans les parties profondes; la cyclamine étant une substance très-altérable précipite peutêtre ces phénomènes. Après avoir introduit de la cyclamine solide sous la peau de grenouilles saines, il a vu,, au bout de vingt-quatre heures, alors que les animaux étaient encore vivants, le liquide sous-cutané rempli de granulations et de très-nombreux vibrions.
Nous empruntons à M. Yulpian le récit des nouveaux faits de cette nature qu'il a été à même d'observer.
« On voit se développer, dit-il, des vibrions dans le sang des grenouilles empoisonnées par la cyclamine, non-seulement lorsque celle substance est introduite sous la peau, mais encore lorsqu'elle est portée dans l'œsophage, avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas produire la moindie plaie des membranes muqueuses avec lesquelles elle peut se trouver en rapport. La grenouille, dans l'œsophage de laquelle ou a ainsi fait pénétrer de la cyclamine, paraît bien portante pendant deux ou trois jours, puis elle s'affaiblit et meurt. Si l'on a examiné, avant qu'elle he soit morte, mais lorsqu'elle est déjà évidemment très-souffrante, le sang ou la sérosité sanguinolente qu'on obtient en excisant la dernière phalange d'un des doigts d'un membre quelconque, ou trouve toujours dans ce liquide de fines granulations animées de mouvement brownien et quelques vibrions bacillaires très-grêles, très-courts, qui sont doués d'une mobilité plus ou moins grande. Le sang du cœur, pris même un peu avant la mort, renferme aussi quelques vibrions. Dans l'œsophage il y a d'ordinaire un mucus assez abondant, grisâtre, contenant d'innombrables vibrions.
« Ainsi l'on peut, avec la cyclamine, provoquer à volonté chez la grenouille le développement de vibrions dans le mucus sécrété par la membrane muqueuse œsophagienne (il en serait de même pour le rectum). La cyclamine a d'abord augmenté, par irritation locale, la sécrétion de ce mucus, puis elle y a fait naître un rapide mouvement de décomposition. Mais ce qui est surtout remarquable, c'est que les vibrions ou leurs germes peuvent alors s'introduire au travers du revêtement épithélial de la membrane muqueuse et arriver jusque dans l'appareil circulatoire sanguin.
« Et ce n'est pas tout : le sang ainsi altéré peut, par inoculation, déterminer chez d'autres grenouilles une sorte de maladie toute semblable à celle qui a fait périr l'animal sur lequel on l'a pris, et cette maladie est ensuite indéfiniment transmissible d'individu malade à individu sain La pénétration des
vibrions dans le sang des grenouilles se fait probablement d'une façon diflérente, suivant qu'il s'agit de l'animal primitivement empoisonné par la cyclamine ou de ceux sous la peau desquels on inocule ensuite le sang contenant des vibrions. Dans le premier cas, c'est au travers de l'épilhélium de l'œsophage que les vibrions s'introduisent dans les tissus profoncis, et il est possible qu'ils s'ouvrent peu à peu un passage au travers des parois des capillaires sanguins sans passer par les voies lymphatiques. Dans le second cas, il se peut
DICT. ENC. XXIV. 34
530 C Y LL AMI n t ^Aiiimn rui mul.ui.ii^u c;.
que les vibrions n'arrivent dans l'appai-eil circulatoire sanguin que par l'intermédiaire des trajets lymphatiques. Toujours est-il que les vibrions, lorsque l'intoxication d'une grenouille a lieu par l'inoculation du sang d'une autre grenouille précédemment empoisonnée, commencent par se multiplier dans les espaces sous-cutanés, et qu'ils s'y trouvent en quantités innombrables à un moment où le sang n'en contient encore qu'un nombre relativement très-reslreint. « La présence des vibrions dans le sang ne détermine qu'à la longue une altération du plasma, suffisante pour rendre les phénomènes de la vie impossibles. Aussi est-ce peu à peu qu'apparaissent les symptômes de cet empoisonnement spécial, symptômes qui se résument en un affaiblissement progressif. Lorsque la mort a lieu, deux jours quelquefois après le moment où l'on a constaté l'existence de vibrions dans le sang, ce liquide est d'ordinaire noirâtre, de teinte un peu violacée, et il ne paraît guère plus susceptible de rougir sous l'influence de l'exposition à l'air.
« Si l'on examine, à l'aide du microscope, le sang, soit après la mort, soit la veille du jour où elle a hou, on constate que les globules rouges et les globules incolores du sang ont conservé leurs caractères normaux. Cependant il m'a semblé que quelques globules rouges contiennent des vibrions dans leur intérieur même : le plus ordinairement les vibrions en rapport avec les globules sanguins sont simplement adhérents par agglutination. On aperçoit aussi des vibrions dans quelques leucocytes.
« Dans le plasma, soit directement, lorsqu'il n'y a pas mi trop grand nombre de globules sanguins, soit après addition d'eau, dans le cas contraire, on voit des vibrions et des granulations moléculaires. Ces granulations sont brillantes, à bords réfringents; elles sont douées de mouvement brownien, et plusieurs d'entre elles sont sans doute des germes de vibrions. Quant à ceux-ci, ils ont le plus souvent de 2 à 5 millièmes de millimètre de longueur et moins d'un millième de millimètre d'épaisseur ; ils ont fréquemment leurs extrémités arrondies, comme émoussées. On en trouve toujours quelques-uns qui ont une longueur deux ou trois fois plus grande que les autres. Parfois, mais rarement, il en est qui sont composés de deux ou trois articles. Ils ont souvent une mobilité et une rapidité de mouvement des plus remarquables. »
M. Vulpian conclut de ces faits que la physiologie expérimentale a entre les mains le moyen de provoquer chez les batraciens une maladie putride particulière caractérisée histologiquement par la présence de vibrions dans le sang et transmissible par voie d'inoculation à des animaux sains de la même espèce. Yon Mosengeil de son côté chercha à établir le rôle de la cyclamine, dans les phénomènes de la putréfaction ; les résultats auxquels il est arrivé ne concordent nullement avec ceux qu'a obtenus M. Vulpian.
Il se servit tout d'abord de cyclamine préparée par le procédé de Wittstein ; il constata que ce corps ne présentait que faiblement la réaction violette caractéristique par l'acide sulfurique, mais que le résidu résineux de cette opération l'offrait très-manifestement. Il mit en contact avec ces deux matières de l'urine et du liquide d'hydrocèle et nota un développement plus abondant de vibrions avec la substance résineuse qu'avec la cyclamine elle-même. Il se servit également de cyclamine préparée par le procédé de Gerhardt, mais n'obtint que des résultats contradictoires. Ayant ajouté de la cyclamine pure, obtenue par le procédé de Martius, à de l'urine, à du liquide provenant de kystes, à du sang défibriné, à une solution de sucre, à du tissu musculaire, il trouva même qu'en
CYCLAMINE (action physiologique). 53i
général ce principe retarde la formation des vibrions, et que ceux-ci sont toujours plus petits et moins vifs dans les liquides additionnés de cyclamine que dans les liquides de contrôle.
Dans ses expériences sur les animaux, il n'observa pas de vibrions dans le sang, quand la dose de cyclamine injectée était assez forte, Ûs^OOo à 08',01 ; chez des grenouilles, auxquelles on n'avait injecté au contraire que Oe^OOl à O^^OOSS de cyclamine, on trouva des granulations et des vibrions dans le sang et dans les autres liquides de l'organisme, môme avant la mort des animaux. Toutes les fois que les liquides injectés contenaient des vibrions, on en retrouvait dans le sang de l'animal en expérience.
Yoici comment von Mosengeil explique la présence des vibrions dans les liquides des grenouilles cyclaminisées. Par suite de l'action toxique spéciile de la cyclamine, les phénomènes sécrétoires et excrétoires sont considérablement modifiés et se traduisent par des évacuations nombreuses et une desquamation épithéliale abondante, qui souillent l'eau où se tient la grenouille ; cette eau acquiert la propriété de mousser très-fortement, se trouble, dégage une mauvaise odeur, et, grâce aux substances azotées excrétées, de nombreux vibrions y prennent naissance. Ces vibrions pénètrent ensuite dans les tissus de l'animal, où ils peuvent se multiplier et vivre grâce à la diminution de la vitalité dans les membres paralysés et à la cessation des échanges moléculaires nécessaires à la nutrition.
Des grenouilles empoisonnées par d'autres agents paralysants, tels que la quinine et le curare, ont présenté des phénomènes analogues, quoique de moindre intensité, pourvu que la durée de la vie permît leur apparition. Pour reproduire autant que possible les conditions de l'intoxication par la cyclamine, von Mosengeil lia en masse les deux membres postérieurs d'une grenouille et en détermina ainsi la putréfaction ; les vibrions restèrent limités aux membres morts; après quoi l'animal fut empoisonné par le curare, et aussitôt les vibrions firent leur apparition dans le sang et dans les autres liquides de l'organisme.
C'est sur ces expéi iences que se fonde von Mosengeil pour refuser à la cyclamine toute action spéciale dans la production des fermentations putrides et des phénomènes analogues. Nous ne pensons pas cependant que les faits avancés par le physiologiste allemand présentent un caractère d'évidence tel que les résultats obtenus par M. Vulpian puissent être considérés comme définitivement erronés. La pénétration des vibrions du liquide où est plongé l'animal cyclaminisé, dans les tissus de ce dernier, n'est en effet qu'une pure hypothèse, et von Mosengeil n'a point apporté de preuves suffisantes à l'appui.
Récemment un auteur italien, Chirone, élève du professeur De Luca, a repris l'étude de la cyclamine et en a recherché les effets non-seulement sur les batraciens, mais sur une série de petits mammifères tels que rats, chats, cochons d'Inde, lapins. Dans la conviction que les résultats contradictoires obtenus par ses prédécesseurs étaient dus principalement à ce que les expériences n'avaient pas été faites avec un produit identique, il ne se servit pour les siennes que de cyclamine chimiquement pure, préparée par De Luca lui-même, et qu'il injectait dans le tissu cellulaire des animaux; dans toutes ses expériences, pour le détail desquelles nous renvoyons au mémoire original, il fit usage d'une solution aqueuse renfermant 5 centigrammes de cyclamine pure par gramme. Voici les résultats principaux auxquels est arrivé l'auteur italien.
1* Symptômes. Le symptôme le plus saillant dû à l'action de la cyclamine, quelle que soit l'espèce d'animal qui y ait été soumise, c'est la stupeur. Apre*
552 CYCL AMIlNrj iactioin hUïsioLuuiuuiii.
un temps variable, suivant la dose et l'animal, celui-ci reste hébété, les yeux fixes ou fermés, et ce phénomène se prolonge jusqu'à la mort, si la quantité de cyclamine administrée est suffisante. Chez le lapin, cet état de stupeur peut prendre des proportions extraordinaires ; l'animal reste dans un coin, absolument immobile, la tête pendante, couchée sur le sol, à tel point qu'on pourrait le croire paralysé ; mais, quand on le touche, il réagit et se sauve, il est simplement hébété. Dans aucune de ses nombreuses expériences Chirone n'a observé de paralysie, contrairement aux observations publiées par Pelikan, par Cari von Schroff et par flarnack ^
La respiration est tantôt accélérée, superficielle et irrégulière, tantôt ralentie et paiticulièrement pénible ; le cœur bat normalement pendant un temps plus ou moins long, selon l'espèce d'animal, après quoi ses contractions s'affaiblissent peu à peu et augmentent de fréquence.
La température du corps s'abaisse graduellement jusqu'à la mort, mais, quand on donne à l'animal des doses croissantes de cyclamine, la température, après un abaissement initial, se relève et dépasse même la normale, puis elle offre de nouveau un abaissement considérable, qui cette fois est définitif et va en s' accentuant jusqu'à la mort.
La sensibilité est conservée; l'insensibilité du globe oculaire qu'offrent les grenouilles au début de l'intoxication n'est que passagère; il ne s'agit laque d'un défaut de perception. Chez les petits mammifères on observe de l'hyperesthésie et des accès de trémulation des membres. Chez un jenne rat, c'étaient de véritables accès de paralysie agitante, pendant lesquels l'hyperesthésie atteignait son summum d'intensité. Cette trémulation est un phénomène constant, mais très-variable d'intensité. Les effets du poison, du reste lents à s'établir, persistent longtemps dans les cas où. son introduction dans l'organisme n'a pas occasionné la mort.
Ajoutons que G. Schroff, senior, a vu chez l'homme la cyclamine provoquer une sensation de cuisson à i'épigastre, des nausées, de la céphalalgie, de la salivation, mais point de phénomènes de gastrite.
2° Siège des lésions et pathogénie. Nous avons vu plus haut que M. Vulpian explique les phénomènes présentés par les animaux cyclaminisés et leur mort par l'action irritante locale qu'exerce la cyclamine sur les tissus avec lesquels elle est mise en contact. Chirone a également constaté cette action locale de la cyclamine, mais il ne lui assigne qu'un rôle tout à fait secondaire dans l'interprélation des symptômes; selon lui, ce glycoside exerce une action générale sur l'organisme. Si autour du lieu d'injection se produisent des gangrènes et des ulcérations parfois très-étendues, ces dernières finissent le plus souvent par guérir. Mosengeil a cité des faits analogues, observés, comme dans les cas de Chirone, surtout sur des mammifères. L'auteur italien peut être fondé à dire que les expériences de M. Vulpian, n'ayant point porté sur les mammifères, ne prouvent rien au point de vue de ces animaux, mais notre éminent physiologiste n'a pas généralisé et s'est borné à constater les effets de la cyclamine sur les grenouilles et les poissons.
Chirone prétend de plus que, même dans les expériences de M. Vulpian, que nous avons rapportées plus haut, p. 523 etsuiv., les phénomènes observés peu-
* Cet auteur aflirme que la cyclaiiiine a une action spéciale sur les muscles, et rapprocLe ce glycoside de l'apomorphine, qui, comme elle provoque chez les uiammitères un état nauséeux et des vomissements.
CYCLAMINE (action physiologique). 553
vent s'expliquer, au moins en partie, par la pénétration de la cyclamine dans les vaisseaux branchiaux ou cutanés des poissons, têtards ou grenouilles. Mais on peut lui objecter que l'action de la cyclamine est la même sur des larves de grenouille, extraites de leur sphère enveloppante et ne présentant pas encore de circulation, que sur les larves plus développées {voy. p. 524).
D'un autre côté, Chirone pense que les résultats contradictoires obtenus par Claude Bernard, qui assimile la cyclamine au curare, et par Errico de Renzi, qui lui attribue une action directe sur les centres nerveux, trouvent leur explication dans la non-identité et l'impureté du produit employé par ces observateurs ; la cyclamine étant un principe extractif peut entraîner, si sa purification n'est pas absolue, des petites quantités d'acide acétique et d'alcool, et ces dernières substances, par leur action propre sur l'organisme, viennent troubler, l'alsifier, pour ainsi dire, les effets se rapportant à la cyclamine même. Néanmoins la manière de voir de de Renzi a pour elle au moins les apparences de la vérité, l'interprétation seule des phénomènes étant défectueuse. Quant à l'opinion qui veut faire de la cyclamine un poison analogue au curare, l'examen des symptômes que nous venons de décrire, d'après les expériences de Chirone, en fait voir toute la fausseté. Pour rendre l'erreur plus palpable, cet auteur a dressé un petit tableau comparatif des effets du curare et de la cyclamine sur l'organisme.
CUliARE
Paralyse les nerfs moteurs.
Laisse la sensibilité intacte.
IV'a aucune action sur le sang.
N'agit pas sur la circulation.
K'a aucune action sur les centres intellectuels.
CYCLAMINE
Laisse les nerfs moteurs intacts.
Produit une hyperesthésie intense.
Attaque les globules rouges du sang.
Détermine de la faiblesse et de l'irrégularité des contractions cardiaques.
Produit de la stupeur, etc., etc.
Passons maintenant à l'examen des lésions déterminées par la cyclamine dans les divers organes et à leur pathogénie.
La cyclamine n'a pas d'action directe sur l'appareil circulatoire. En ouvrant les animaux tués par cet agent, on trouve le cœur arrêté en diastole, ce qui est un effet purement cadavérique.
Quant au système musculaire, il n'est pas altéré; l'excitabilité des muscles persiste même après la mort. Il en est de même des nerfs moteurs, dont les extrémités périphériques ressentent l'excitation électrique.
La sensibilité, d'abord intacte, ne tarde pas à s'exalter, en même temps qu'il y a exagéi'ation des réflexes, que le pouvoir excito-motcur de la moelle spinale et de la moelle allongée augmente dans des proportions considérables. Cependant l'animal cyclaminisé ne perçoit plus les stimulants extérieurs.
Chirone en conclut que la cyclamine agit tout d'abord sur les centres cérébraux (stupeur, abolition de la perception des excitants extérieurs), puis sur la moelle allongée (désordres respiratoires), et sur les centres spinaux (exagération des phénomènes réflexes, hyperesthésie, convulsions).
Mais l'action de la cyclamine sur les centres nerveux est-elle primitive ou secondaire? Ce principe agit-il directement sur le système nerveux central ou par l'intermédiaire du sang? C'est la question que Chirone a cherché à résoudre par de nouvelles expériences, que nous indiquerons brièvement.
a. Une grenouille plongée dans une solution de cyclamine au vingtième offre les phénomènes bien connus d'irritation superficielle ; la solution prend une
S34 CYCLAMllNE (action phïsioi,ogique).
teinte rose, qui ne peut être due qu'à de riiémaline mise en liberté ; point de globules rouges dans le liquide à l'examen microscopique.
b. Dans les cavités séreuses, où souvent des transsudations abondantes ont lieu, on trouve également un liquide légèrement teinté en rose ; même absence de globules.
c. Des globules sanguins de divers animaux, mis en contact avec une solution de cyclaminc, se désagrègent rapidement et se réduisent à leur noyau et en ime substance granuleuse, en communiquant à la solution une teinte rouge plus ou moins foncée.
d. Après avoir pratiqué sur une grenouille une injection de cyclamine, on examine au microscope le sang circulant dans la membrane interdigitale. Les globules conservent leur forme normale, mais se décolorent et deviennent transparents; leurs bords conservent de la netteté et le noyau devient très-apparent.
e. i,es globules sanguins, chez les lapins morts par l'action de la cyclamine, offrent au microscope des bords comme frangés et une forme éloilée caractéristique.
f. Au contact de la cyclamine, le sang prend une teinte rouge-violet, d'autant plus foncée que la dose de cyclamine employée est plus considérable ; cette teinte passe finalement au jaune-tabac. A l'exauien par le spectroscope, les deux raies de Toxyliémoglobinc font défaut, et l'on voit apparaître à leur place la raie de l'hémoglobine réduite. Cette dernière substance conserve cependant plusieurs jours la propriété d'absorber l'oxygène; il suffit, pour s'en assurer, d'agiter sa solution à l'air, et l'on voit alors reparaître les deux raies de loxyliémoglobine; mais sous l'influence prolongée de la cyclamine l'hémoglobine finit par se transformer en hématine. On voit en effet apparaître les trois raies caractéristiques de l'hématine, une raie noire dans le voisinage de la raie G de Frauenliofer et deux raies très-fines entre les stries 0 et E; ces raies ne disparaissent que lors de la décomposition spontanée de l'hématine. L'action est d'aulant plus prompte que la dose de cyclamine est plus élevée.
Rappelons ici que M. Vulpian a également vu, au contact de la cyclamine, les globules perdre leur aspect normal. On n'aperçoit plus, dit-il, que leur noyau environné à une certaine distance par un contour plus ou moins difficile à reconnaître. La matière colorante a abandonné le globule pour passer dans le liquide ambiant. Mais il assure d'autre part que le sang, dans ses vaisseaux, ne subit point d'altération, du moins chez les grenouilles; sauf toutefois la présence de vibrions dans ce sang.
Peut-être, dit Chirone, la cyclamine agit-elle comme un ferment spécifique sur le sang. Hoffmann [Beitrage zur Spectralanalyse des Blutes, in Berichte der naturforsch. Versammlung in Insbriick, 1874, et Cenlralbl. der med. Wissensch., 1875, n" 24) a fait voir en effet que dans le sang abandonné à luimême la réduction de loxvhémoglobine a lieu spontanément, grâce à une sorte de fermentation provoquée par le développement de microzoaires. Or, de Renzi avait déjà remarqué que la cyclamine facilite la putréfaction du sang, et de son côté M. Vulpian a vu ce principe provoquer chez les grenouilles une vraie bactérihémie; ajoutons qu'il n'y a rien d'extraordinaire à admettre que la cyclamine favorise le dévelop[iemcnt des microzoaires, du moment qu'elle favorise celui de certains micropbytes {hygrocrocis cyclaminœ). De là à conclure que la cyclamine agit comme un ferment il n'y avait donc pas loin.
Du reste, les phénomènes qui se produisent dans une solution sanguine aban-
CyCLAMIJNE (action physiologique). ô55
donnée à Ja pulréfaciion spontanée et dans une solution additionnée de cyclamine présentent une analogie frappante.
Eu effet, dans l'un et l'autre cas, le sang prend d'abord une teinte foncée, qui passe ensuite au jaune, et après un séjour plus ou raoins long laisse se former un dépôt; l'hémoglobine est réduite dans les deux cas, et l'action devient beaucoup plus intense et plus prompte, quand on fait agir Ja cyclamine sur un sang déjà en voie de putréfaction.
Cependant voici les faits qui semblent contredire l'hypothèse du développement des microzoaires sous l'influence de la cyclamine ; c'est que :
1° La cyclamine communique une coloration foncée au sang au moment même du contact, donc bien avant qu'il y ait des indices de putréfaction de ce liquide ;
2° La raie de l'hémoglobine réduite apparaît également bien avant que la putréfkction ait commencé, et il est bien évident que l'effet ne peut précéder la cause ;
3° Le précij.ité formé est très-différent dans les deux cas; en cas de putréfaction spont;inée, c'est un simple détritus organique, s'offrant sous la forme d'une bouillie fétide; le précipité déterminé par l'aclion de la cyclamine au contraire forme sur les parois du vase un enduit de coloration cendrée, passant ensuite au jaune tabac, et dépourvu de toute odeur, si l'on a ygi sur du sang frais;
4" Les transsudats séreux formés dans le corps des animaux cyclaminisés renferment de l'hématine, sans putréfaction préalable du sang, puisque dans un grand nombre de cas les animaux guérissent;
b" Il est vrai que dans une solution de cyclamine se développe également une algue spéciale, mais on a observé que les moisissures n'y trouvent pas un terrain aussi favorable que dans une solution sanguine en voie de putréfaction ;
6° Une solution sanguine simple ou ne renfermant qu'une faible quantité de cyclamine dégage une odeur ammoniacale, tandis qu'une solution contenant une forte dose de cyclamine présente plutôt une légère odeur de caséine.
Chiroiie a particulièrement étudié le précipité déterminé par la cyclamine dans une solution sanguine : c'est un corps d'un aspect presque caséeux, de coloration gris-blanchàtre, passant au jaune-tabac, peu soluble dans l'eau, un peu plus soluble dans l'alcool ; la solution aqueuse mousse par l'agitation. Cette .substance présente donc plus ou moins les caractères de la cyclamine. L'auteur italien incline à croire que c'est une combinaison de cette dernière avec la globuline; on comprend dès lors qu'au moment où ce composé prend naissance l'hématine se trouve mise en liberté, et ainsi s'expliqueraient tous les phénomènes qui se passent dans le sang. 11 suppose, en outre, que la cyclamine a subi une légère modification moléculaire pendant son action sur le liquide sanguin, et cette action elle-même pourrait, jusqu'à un certain point, être comparée à un phénomène catalytkpie , si ce n'était là rétrograder et revenir à l'ancienne théorie des fermentations établie par Berzelius. Chirone ne s'explique du resle pas d'une manière suffisnntc sur ce point.
Ouoi qu'il en soit, cet auteur conclut que la cyclamine agit primitivement sur le sang contenu dans ses vaisseaux et, par l'intermédiaire de ce liquide profondément modifié dans sa composition, sur les éléments nerveux, qu'elle trouble ainsi dans leur fonctionnement. De là des perturbations qui ont pu être rapportées par certains auteurs à des lésions primitives des centres cérébraux et spinaux, tandis qu'il ne s'agit ici que de lésions absolument secondaires.
Par suite de la réduction de l'oxyhémoglobine, le sang perd son oxygène et il se produit cette altération spéciale qui a reçu le nom tïanoxijhémie. Il en
556 CYCLAMINE (action physiologique).
résulte un abaissement de la thermogénèse, une diminution des actions vitales dans l'intimité des tissus et, par suite, un affaiblissement de l'activité cérébrale (cellules corticales), qui se traduit par la stupeur et Y abolition de la perception des excitants extérieurs.
Le défaut d'excitation des centres nerveux intrinsèques et extrinsèques de l'appareil circulatoire explique de même V affaiblissement et la fréquence des contractions du cœur, ainsi que l'irrégularité de leur rhythme. Le défaut d'excitation des centres respiratoires, le besoin, la faim d'oxygène, rendent compte de la dyspnée; les mouvements respiratoires devenant de plus en plus pénibles, et la force de l'inspiration diminuant, la respiration, de lente et profonde qu'elle était, devient superficielle, fréquente et irrégulière ; c'est l'explication que Chirone donne de ces modifications dans le rliythme respiratoire. Mais pourquoi le trouble respiratoire n'est-il pas identique dans tous les cas, pourquoi la respiration est-elle lente et profonde dans les uns, et, au contraire, superficielle et fréquente dans les autres? Chirone ne peut expliquer cette contradiction et fait simplement observer que tous les poisons qui ont une action spéciale sur le sang sont dans le même cas à cet égard (jue la c\ clamine.
D'autre part, comment expliquer Vhyperesthésie et les convidsions, dont la production implique une exaltation des fonctions de la moelle? Chirone se tire encore de cette difficulté en attribuant la même action aux autres agents toxiques, tels que l'oxyde de carbone, l'hydrogène sulfuré, le sulfure ammonique, qui ont pour propriété d'attaquer les globules sanguins et de réduire l'hémoglobine; il fait observer, en outre, que les mêmes phénomènes se produisent dans les cas de mort par anémie traumatique.
Quant à Vélécation de température qui survient à un moment donné, elle peut s'expliquer par les processus chimiques qui accompagnent la décomposition de l'hémoglobine et par les réactions anormales dues à l'exaltation des échanges interstitiels qui sont la conséquence de la diminution de plasticité du sang. Le coma profond qui précède la mort a sa raison dans l'altération même du sang et est comparable au coma qui s'observe dans les maladies infectieuses.
Reste à expliquer la persistance de V excitabilité des nerfs moteurs et des muscles; ce phénomène ne présente rien d'extraordinaire; il se produit dans les muscles séparés du corps et est le dernier à disparaître dans la mort naturelle; il persiste quand les centres nerveux sont morts ou privés de leurs fonctions, il s'observe chez les animaux morts par hémorrhagie traumatique; la cyclamine n'agissant sur aucun organe particulier, mais sur le sang, et entravant ainsi la nutrition et le fonctionnement des éléments histologiques de l'organisme tout entier, les conditions sont à peu près les mêmes que dans la mort naturelle, et il n 'est pas étonnant que, comme dans celle-ci, l'excitabilité des nerfs moteurs et l'irritabilité musculaire soient les dernières à disparaître.
Si le même phénomène ne s'observe pas parmi les elfets des autres poisons doués d'une action spéciale sur le sang, c'est que ceux-ci, en se combinant avec les éléments de ce liquide, donnent naissance à des composés qui offrent des propriétés spéciales et produisent, pour leur propre compte, une excitation particulière.
Chirone explique la lenteur de l'action dynamique de la cyclamine par la lenteur même de son absorption, cette dernière étant entravée par l'action locale, si bien étudiée par M. Yulpian.
Qu'il nous soit permis maintenant de présenter un résumé rapide des résultats obtenus par les divers physiologistes, cités dans le cours de ce travail,
CYCLAMINE (bibliographie). 537
comme ayant étudié l'action du principe actif du rhizome de cyclame, ainsi que des théories si contradictoires qui en ont été la conséquence.
Pour Glande Bernard l'action de la cyclamine est analogue à celle du curare, mais plus faible qu'elle.
Cari von Schroff est d'avis de ranger la cyclamine dans le groupe de la saponine, à côté de la quillacine, de la sénégine, de la gitliagine et de la smilacine, tout en lui attribuant des propriétés plus énergiques qu'à ces dernières.
Harnack la rapproche de l'apomorphine.
La commission de Naples est arrivée à cette conclusion, que l'action de la cyclamine se produit d'abord sur le cerveau, puis sur la moelle épinière, ensuite sur les nerfs moteurs et les muscles, ces lésions étant suivies de Valtération du sang et de l'asphyxie.
Pour Chirone, au contraire, la cyclamine agit en premier lieu sur le sang et, par l'intermédiaire de ce liquide modifié dans sa composition, sur les centres nerveux.
Enfin, d'après M. Yuipian, tout dans l'action de la cyclamine se borne à une irritation, à une altération locale des tissus au contact de cet agent délétère, à la pénétration progressive de celui-ci, des couches superficielles vers les couches profondes, à la formation de vibrions dans les humeurs sous l'influence de la cyclamine, vibrions qui finissent par pénétrer dans le sang et par déterminer une vraie baclérihémie inoculable.
Quel est donc en réalité le mode d'action de la cyclamine? Une ri'ponse satisfaisante à cette question n'étant possible qu'après des expériences pratiquées avec de la cyclamine chimiquement pure, non-seulement sur des batraciens et des poissons, mais encore sur des mammifères, Chirone a cherché à se placer dans ces conditions et a obtenu des résultats qui nous semblent dignes de toute l'attention des physiologistes; cet observateur consciencieux n'est pentètre pas loin de la vérité, mais la question ne sera pas entièrement résolue tant qu'on n'aura pas démontré d'une façon indiscutable, en présence des résultats négatifs obtenus par M. Vulpian, que la désagrégation des globules sanguins a lieu dans l'intérieur même des vaisseaux, et il restera de plus à établir la part qui revient à la bactérihémie dans l'étiologie des désordres fonctionnels engendrés par la cyclamine, L. ILvhn.
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