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L. llK

CYCLOCÉPUALIE. VoiJ. Cyclopie.

Cl'CLOPE, CYCLOPIE. La cyclopie ou, en d'autres termes, la synophthalmie, caractérisée extérieurement par le rapprochement ou par la l'usion plus ou moins complète des deux yeux dans une orbite commune, située au milieu du vi.sage, ne doit pas être confondue avec la monopsie ou motiophthalmie, dans laquelle, l'un des deux yeux ne s'étaut pas développé, il n'existe, en réalité, qu'un seul œil, logé dans une orbite située latéralement, en un point plus ou moins rapproché de la ligne médiane.

Les véritubles cyclopes, dont le nom éveille naturellement quelques souvenirs de l'antiquité, mais dont aucun fait authentique ne prouve réellement qu'un seul, d'entre eux ait jamais vécu, possèdent tous, du côté des centres nerveux, une constitution anatomique fondamentale, qui s'oppose en elfet à la persistance de leur existence au delà d'une certaine période du développement.

Chez les divers monstres appartenant à ce groupe tératologique [Cydocépha' liens, Isid. Geoffioy-Saint-Hilaire; Cyclencéphaltens, N.), le prosencéphale a subi de bonne heure un arrêt de développement, par suite duquel, la division de la vésicule encéphalique antérieure ne s'étant pas produite, les vésicules oculaires primitives, situées originairement très-près l'une de l'autre, sont restées intimement voisines ou même se sont plus ou moins complètement confondues en une seule.

Dans le premier cas, chacune des deux vésicules, en se développant, a pu donner lieu à un œil distinct, pourvu de son orbite propre, et l'anomalie consiste seulement dans le rapprochement inusité des deux moitiés de l'appareil de la vision, coïncidant avec une étroitesse excessive des cavités nasales {Cébocéphalie, Isid. Geoffroy Saint-Ililairi), ou avec la transformation du nez en une sorte de trompe {Ethmocéphalie, Is. Geoff.). Les faits de ce genre, dont on n'a encore observe que de rares exemples dans l'espèce humaine, constituent eu réalité un lien de transition entre l'état normal et la véritable cyclopie, dans laquelle les différentes parties constituantes des deux globes oculaires, restées distinctes ou, au contraire, plus ou moins confondues d'un côté à l'autre, sont contenues dans une orbite commune, dont les dimensions, la forme et même la composition sont loin d'être semblables chez tous les sujets.

Dans bon nombre de cas, l'atrophie concomitante de l'appareil nasal, condition inséparable de la production d'une pareille anomalie, s'accuse par l'existence d'une sorte de trompe, qui remplace le nez, et qui se trouve insérée au b^as du front, au-dessus de l'orbite [Rhinencéphalie, Et. Geoff.; Rhino-cyclopie, Gintrac) ; dans d'autres, il n'existe plus la moindre apparence d'un appareil nasal

CYCLOPE. — CVCLOPIIî;. 659

quelconque {Cijclopie simple , Gintrac ; Cyclocéphalie proprement dite , Is. Geoff.).

Ces différences tiennent au degré d'arrêt de développement que l'appareil olfactif a subi sous l'influence de l'arrêt de la vésicule encéphalique antérieure elle-même. Le défaut de séparation de celte vésicule en deux hémisphères cérébraux a, en effet, pour conséquence, le déftiut de séparation des deux fossettes olfactives, qui forment alors, à l'extrémité antérieure de l'hémisphère unique, un appareil olfactif unique aussi, plus ou moins rudimcntaire ou, au contraire, plus ou moins développé, mais toujours situé au-dessus de la masse oculaire, dont l'interposition l'empêche de se mettre en communication avec la cavité buccale (Daresle).

Lorsque la trompe existe, elle est tantôt très-petile et tantôt plus ou moins développée. Dans le premier cas elle consiste simplement en un sorte de tubérosité arrondie, dure, élastique, formée de tissu cellulo-libreux (Otto). Mais le plus souvent elle mesure 0'",02 à 0"',05 de longueur, et d'ailleurs, variable sous le rapport de la configuration, elle se montre ou cylindrique ou aplatie dans toute son étendue, plus ou moins large ou étroite à sa base, renllée ou non à son extrémité libre, sur laquelle on distingue plus ou moins nettement l'orifice extérieur d'un petit canal, qu'elle loge dans son épaisseur, et qui, la parcourant dans une plus ou moins grande étendue de sa longueur, ne communique pas, du reste, avec l'intérieur de la cavité crânienne. La structure anatomique de cet appendice est d'ailleurs assez simple et consiste uniquement en une enveloppe tégunieutaire externe (qui n'est qu'un prolongement de la peau avoisinante), une membrane muquause (qui tapisse le petit canal susindiqué), du tissu cellulo-tibreux ou même fibro-cartiJagineux, et, enfin, dans certains cas, outre quelques fibres musculaires, de petits cartilages (Bardinel) ou même de véritables lamelles osseuses (Billard), qui se rattachent à l'os frontal, soit directement (Lacroix), soit par l'intermédiaire de fibres ligamenteuses (Tiedemann).

Que la trompe existe ou non, l'appareil de la vision présente, dans tous les cas, un ensemble d'anomalies, plus ou moins dilférentes du type régulier, mais se rattachant toutes à la fusion plus ou moins complète des deux cavités orbitaires en une seule.

Au degré le moins avancé, on trouve encore, parfois, à l'extérieur, quelques rudiments de la cloison interoculaire (J.-F. Meckel) et, dans une orbite unique, mais très-étendue transversalement, deux yeux distincts, n'ayant tout au plus de commun que la conjonctive, et derrière lesquels les deux trous optiques sont confondus en un seul. A un degré plus avancé, les deux yeux réunis ne forment plus qu'un seul globe, de forme ellipsoïde, plus volumineux qu'un œil ordinaire, et qui renfeime en lui les éléments encore distincts de deux globes oculaires normaux. On trouve ainsi deux cornées, tantôt réunies en une seule, alors très-large et de forme ovale ou bien rappelant l'aspect du staphylôme ou la figure d'un oo (Isid. Geoffr.), tantôt entièrement séparées et complètes, disposées comme deux cercles tangents, ou même séparées par un intervalle linéaire. L'iris, double aussi, est habituellement de forme ovale ; les pupilles correspondantes, tantôt sont complètement distinctes et tantôt réunies en une seule, ainsi que les cristallins, tandis que la fusion respective des corps vitrés, des choroïdes, des rétines et des sclérotiques, est généralement plus intime, si ce n'est quelquefois dans leur portion postérieure, oîi leur étendue, plus consi-

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dérable que dans l'état normal, n'atteste plus seule la dualité de leur composition.

A un degré plus avancé encore, la fusion des deux globes oculaires est telle qu'il n'existe plus qu'une seule cornée, une seule pupille et un seul cristallin ; et, si l'on ne tenait compte du volume considérable de l'organe (et, dans quelques cas, de la forme ovale de ses différentes parties constituantes), on croirait n'avoir devant soi qu'un œil, originairement simple.

Enfin, la fusion des deux organes en un seul n'étant pas même le dernier terme des modifications que peut subir chez les cyclencéphaliens la portion bulbaire de l'appareil de la vision, le globe oculaire est parfois réduit chez eux à l'existence isolée et plus ou moins obscure de quelques-unes de ses parties constituantes, ou môme, quelquefois, à l'absence complète de toute trace de la moindre d'entre elles [Anophthalmia cyclopica, Gurlt, Iluschke).

Le degré d'anomalie des parties complémentaires de l'appareil de la vision est généralement en rapport avec celui des globes oculaires ; et l'on peut dire, par exemple, d'une manière générale, que, lorsque l'œil devient simple, les parties accessoires de l'appareil se simplifient de même, à part toutefois celles qui, comme les glandes lacrymales, étant placées au côté externe de l'œil, demeurent encore indépendantes.

Les paupières, qui font quelquefois plus ou moins complètement défaut ou sont privées de cils, et qui sont, dans bien des cas, trop petites pour recouvrir entièrement le bulbe oculaire (lorsqu'il est double ou très-volumineux), sont souvent (mais non toujours) au nombre de quatre, dont deux supérieures, unies entre elles sous un angle variable, et deux inférieures, offrant une disposition semblable; de telle sorte qu'il existe quatre angles palpébraux, dont deux, externes et normaux, sont formés par la rencontre des deux paupières du même côté, tandis que les deux internes, anomaux, résultent de la rencontre des paupières supérieure et inférieure d'un côté avec les analogues de l'autre côté. Les bords libres de ces diverses paupières circonscrivent ainsi quelquefois un espace intermédiaire, dont la figure rappelle celle d'un quadrilatère (Jourdan) ou d'un losange (Lacroix). Quelquefois aussi ils se montrent parfaitement continus, et forment un véritable cercle autour de l'œil (Otto, Vrolik, Gintrac).

Les muscles de la portion bulbaire de l'appareil de la vision offrent, sous le rapport du nombre, de très-grandes variétés individuelles, et souvent même ils sont réduits à quelques rares faisceaux (Collomb) ou simplement à quelques bandelettes fibreuses, disposées assez régulièrement (Tiedemann, Bardinet) ou plus ou moins confondues entre elles (Knape).

Quant aux sourcils, tantôt ils sont tout à fait absents (Caradec) ou bien réduits à l'existence d'un seul d'entre eux (Raddatz), et tantôt, au contraire, étant au nombre de deux, ils sont dirigés transversalement, comme d'ordinaire, ou suivant deux lignes, plus ou moins régulièrement obliques (Delarue, Laroche, Jourdan, Rœmer), quel que soit d'ailleurs l'aspect du front, qui, dans quelques cas, se montre plus ou moins saillant (Knape, Jourdan),

Les nerfs olfactifs font généralement défaut ou ne laissent apercevoir que des traces légères de leur existence (Jourdan) ; et, quant aux nerfs optiques, dont l'absence coïncide habituellement avec l'anophthalmie (Dugès, Lacroix, Roemer, Caradec), lorsqu'ils existent, ils sont allongés, grêles, aplatis, doubles en arrière, et accolés en avant, en un cordon plus ou moins dense.

Mais c'est surtout du côté des centres nerveux que se montrent les anomalies

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les plus importantes, soit que la séparation normale des deux hémisphères se trouve à peine distincte ou entièrement effacée, soit qu'il y ait atrophie et réunion des deux lohes antérieurs en un seul, ou que les circonvolutions et les anfractuosités se trouvent remplacées par une surface uniforme et convexe, et que les ventricules ne forment qu'une seule et étroite cavité. Dans certains cas, les corps striés manquent (EUer, Tiedemann, Duane), ainsi que le corps calleux (EUer, Lacroix, Roy), la voûte à trois piliers (Eller) et les tubercules mamillaires (Tiedemann, Lacroix) ; et, quelquefois même, le cerveau tout entier se trouve réduit à l'existence d'une masse informe, de très-petit volume (Caradec). Quant au cervelet, au mésencéphale, au bulbe rachidien et à la moelle, lorqu'il n'existe pas concurremment d'autre anomalie capable d'entraîner l'implication de ces centres nerveux, ils se montrent habituellement avec leur apparence normale. Enfui, les vaisseaux des parties cérébrales intéressées, de même que l'artère ophtlialmique (qui quelquefois est double, alors môme que l'œil est presque simple), n'ont pas eux-mêmes subi toujours, dans leur étendue, une réduction proportionnée à la leur (Jourdan) ; ce qui seaible indiquer que l'agénésie n*a pas été le résultat d'une privation du fluide nourricier (Gintrac). ftlais, en revanche, la tète des cyclopes est généralement de petit volume, à moins que quelque autre anomalie ou quelque état morbide concomitant n'ait déterminé la distension des parois du crâne ; et quant aux téguments crâniens, ils paraissent quelquefois uotablenieut plus amples que ne le comporte le développement des surfaces osseuses sous-jacentes (Hoy, Eller), qui, comme les deux pièces du frontal, sont parfois intimement soudées ou, au contraire, presque entièrement absentes (Caradec), ainsi que la faux du cerveau et l'ethmoïde, qui, dans la plupart des cas, font complètement défaut.

Telles sont, dans leur ensemble, les particularités les plus habituelles de la cyclopie. Il est bien évident que leur réunion ou l'absence de plusieurs d'entre elles, chez tel ou tel cyclope, dépend absolument du degré plus ou moins avancé qu'avait atteint le développement normal du proscncéphale et de ses dépendances, au moment où le cours régulier de ce développement s'est trouvé détourné ou même complètement arrêté, c'est-à-dire, le plus souvent vers la troisième ou vers la quatrième semaine.

Les causes, absolument encore inconnues, qui peuvent avoir déterminé ce désordre, ont été vainement cherchées dans les diverses voies ouvertes à l'imagination ; et, jusqu'à présent, le seul cas dans lequel une sorte de prédisposition à la production des cyclopes ait été observée est celui d'un monstre de ce nom, dont la mère, atteinte elle-même de strabisme, avait eu déjà quatre autres enfants, dont l'un, du sexe féminin, présentait la même anomalie ((^laradec).

Aucune particularité importante n'a été jusqu'à présent notée relativement à la durée de la gestation des cyclopes, qui, tantôt naissent à quatre mois (Dugès), et tantôt à sept (Delarue, Hooper, Collomb), ou à huit mois (Raddalz), mais plus souvent encore à neuf (Eller, Laroche, Raddatz, Billard, Lacroix, Caradec, Gintrac), et qui, du reste, qu'ils aient ou non fait entendre quelques vagissements ou même quelque bruit annonçant comme un effort de déglutition, meurent tous, au bout d'un temps très-court, tel que quelques secondes (Ilooper), un quart d'heure (Clauzure), vingt minutes (Duane), une demi-heure (Ploucquet), deux (Jourdan), trois (Collomb) ou même quatorze heures (Roy). C'est par exception (et les faits de ce genre sont encore extrêmement rares dans les annales de la science)qu'un cyclope, ayant survécu — huit jours, dans deux cas (Drouet,

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