‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.24Chapitre 5 sur 56 · GRYPTORCHIOE · texte numérisé non relu

GRYPTORCHIOE

presque toujours marquée par uue complication qui attire sur elle l'attention du chirurgien ; chez les enfants qui ont dépassé cet âge, ainsi que le dit Curling, il est rare que la migration s'achève sans que le testicule soit accompagné d'une hernie. Ce fait ne peut nous étonner.

Nous savons d'ailleurs qu'une hernie peut exister à tous les degrés et constituer même une oschéocèle volumineuse, alors que le testicule reste fixé dans le trajet inguinal. La hernie accompagne donc la migration tardive d'une façon presque inévitable ; mais la production de cette hernie n'est pas nécessairement le gage d'une migration qui va se faire ; il s'en faut de beaucoup.

Les glandes en ectopie, dans tous les cas où elles ont fini par gagner franchement le scrotum et surtout dans ceux de migration brusque, semblent avoir présenté bientôt tous leurs caractères normaux. Nous ne possédons, il est vrai, aucun examen du sperme fourni par ces glandes, mais on ne dit pas que les enfants et même les jeunes gens chez lesquels l'ectopie bilatérale a disparu soient jamais demeurés inféconds. Dans le fait de Yerdier que nous avons signalé, le sujet, âgé de trente-quatre ans lorsqu'il fut brusquement guéri de son infirmité, se maria et eut des enfants.

Symptômes, complications et accidents de l'ectopie testiculaire. L'ectopie testiculaire se signale aux différents âges de la vie par des phénomènes trèsdivers, les uns légers, les autres assez graves.

Le médecin a le plus souvent affaire à des enfants. Ce sont quelquefois des nouveau-nés ; presque toujours ils ont un certain âge, l'âge des jeux bruyants et de la pleine activité physique, quatre ans, cinq ans et plus.

L'attention des parents s'est trouvée appelée chez eux par une petite grosseur placée au niveau du pli de l'aine. La tumeur est sentie d'une façon constante ou seulement par moments. Dans tous les cas elle devient plus apparente à la suite des mouvements violents, des cris, de la toux, et rétrograde au contraire au point de disparaître quelquefois dans l'abdomen sous l'influence du repos et surtout du décubitus. Les parents sont portés à voir dans cette tumeur changeante une hernie, et plus d'une fois, sur leur demande, quelque bandagiste ignorant applique sur elle un brayer qui sera plus ou moins bien supporté.

Le chirurgien reconnaît dans certains cas que cette petite tumeur a tous les caractères du testicule. Elle est arrondie, molle, constituée par deux parties distinctes, rattachée par un cordon particulier aux parties profondes de l'abdomen, sensible d'une façon toute spéciale, etc. Mais il peut trouver aussi à la place du testicule ou à côté de lui une tumeur ronde, lisse, tendue et sonore, qui se réduit sous le doigt : c'est une anse intestinale, ou encore une petite masse mollasse et lobulée qui ne lui donnera pas nettement l'idée du testicule et qui pourra bien être l'épiploon.

Pendant les cris, la toux, les mouvements énergiques, la tumeur, quelle que soit sa nature, s'avancera plus ou moins loin dans le trajet inguinal. On pourra constater, si sa composition est complexe, la mobilité relative des parties qui la forment.

Le testicule ectopique reste quelquefois fixe et immobile dans le trajet in^^uinal ; l'intestin ou l'épiploon viennent seuls au dehors.

Le plus souvent la glande et l'intestin ou l'épiploon sont chassés en même temps de l'abdomen. Le testicule précède le plus souvent ces dernières parties; il se laisse quelquefois dépasser par elles, La constatation exacte de ces diverses

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particularités est des plus importantes, à cause des indications thérapeutiques qui en peuvent découler.

Il est possible, lorsque les choses se présentent sous l'aspect que nous venons d'indiquer, de sentir nettement le testicule, de l'isoler, de le saisir même entre les doigts. On le maintient quelquefois au dehors pendant que l'intestin se réduit, mais souvent on retient du même coup l'intestin ou l'épiploon. C'est qu'il existe des adhérences entre ces parties et la glande testiculaire. Les liens qui les unissent sont, comme nous l'avons vu, tantôt lâches, tantôt serrés.

Les inconvénients de ces hernies sont à peu près ceux de la hernie ordinaire : une certaine gêne pendant la marche, une tension plus ou moins douloureuse sous l'influence des efforts, quelques coliques au moment de la digestion. Elles sont susceptibles de prendre avec le temps un grand développement et, comme toute hernie, de s'étrangler. Le testicule dans ce dernier cas a paru quelquefois contribuer à l'étranglement en rétrécissant le trajet de la hernie.

Les phénomènes que nous noterons maintenant appartiennent non plus à l'enfance, mais à l'âge adulte. Ce sont en quelque sorte les symptômes et les complications de l'ectopie confirmée.

Une certaine gêne habituelle peut s'observer dans toutes les espèces d'ectopie, sauf peut-être l'abdominale. Elle est plus marquée dans l'ectopie inguinale que dans les autres , mais là même elle peut manquer complètement, si bien que certains individus ne se ressentent en aucune façon de leur infirmité. Cette gêne est augmentée souvent au moment du coït, lorsque la glande congestionnée se trouve plus à l'étroit qu'à l'ordinaire dans la loge qui la contient.

Les ectopies inguinale et cruro-scrotale exposent le testicule à des froissements continuels pendant les mouvements de flexion et d'extension de la cuisse ou du tronc. Ces ^traumatismes légers, mais répétés à l'infini, entretiennent fréquemment dans la glande une inflammation sourde qui se traduit par des douleurs variées. Ce sont des élancements qui reviennent par accès, avec tous les caractères des douleurs névralgiques (Gosselin) ; dans d'autres cas, c'est une tension pénible qui ne disparaît p.ar moments que pour se reproduire en s'exagérant au bout d'un temps variable, sous l'influence de la moindre fatigue. Nous citerons à propos du traitement de l'ectopie et de ses complications des cas dans lesquels la castration a été le seul remède capable de rendre le repos aux malades. A la longue, sous l'influence du travail inflammatoire chronique dont nous venons de parler, le testicule prend des adhérences avec les parties qui l'avoisinent et subit, pour arriver finalement à l'atrophie, les dégénérations que nous avons indiquées ailleurs.

En ectopie périnéale, le testicule est exposé à un genre de traumatisme spécial : on conçoit qu'il puisse être froissé, comprimé dans la station assise. Il n'en est pas toujours ainsi, mais souvent l'inconvénient est réel, la douleur provoquée insupportable.

On voit parfois le testicule ectopique devenir le point de départ de phénomènes locaux et généraux qui rappellent V étranglement herniaire : douleurs locales vives, irradiées à l'abdomen, ballonnement du ventre, nausées, vomissements, tendance à la syncope et au refroidissement, etc. Une simple inflammation de la glande, sous l'influence de la blennorrliagie ou de quelque traumatisme, suffit à déterminer l'apparition de ces divers symptômes ; ils se montrent encore ftiieux lorsqu'un testicule habituellement placé dans l'abdomen ou dans le pli de l'aine vient à s'engager, sous l'influence d'un effort, dans une

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portion, trop étroite pour lui, du canal inguinal. Il y a véritablement alors un étranglement testiculaire.

Sous l'influence du repos et d'un traitement antiphlogistique simple, tous les accidents se calment le plus souvent au bout de quelques jours. Dans deux cas uniques jusqu'ici (Lodemann, cité in Lecomte, p. 39, et Mounier, ibid., p. 44) la mort serait survenue par le fait de l'invasion du tétanos. Si le testicule se trouve engagé et retenu dans le trajet inguinal, sa réduction mettra lin rapidement à la scène. Autrefois les chirurgiens échouaient assez souvent lorsqu'ils cherchaient à pratiquer celte manœuvre. L'extrême douleur qu'ils provoquaient les em[ièchait probablement de bien diriger leurs efforts, et ils étaient obligés d'attendre vingt-quatre ou trente-six heures, c'est-à-dire jusqu'au moment où les phénomènes douloureux et inflammatoires commençaient à diminuer. Grâce aux agents anesthésiques, le taxis peut maintenant se pratiquer tout de suite, avec toute l'énergie et la précision désirables. Il est probable qu'il n'y aura jamais lieu de suivre le conseil de Richter, qui regardait le débridement des anneaux comme indiqué dans le cas où il était impossible de réduire. Cette opération n'a été pratiquée que deux fois à notre connaissance et il s'agissait dans les deux cas d'une ectopie crurale.

Nous n'insisterons pas sur la physiologie pathologique de ces étranglements ; ils pouvaient paraître singuliers autrefois, avant que l'on eût une bonne idée de la pathogénie de l'étranglement intestinal; on a appris à faire dans ce dernier la part qui revient à l'arrêt des matières, et celle qui appartient à l'excitation vive et prolongée des nerfs sensitifs suivie de diffusions réflexes plus ou moins étendues. Le testicule possède lui aussi de riches plexus dont l'excitation explique parfaitement les accidents généraux les plus graves.

On retrouve naturellement chez l'adulte les hernies que nous avons signalées chez l'enfant. Il est inutile de revenir sur ce que nous avons dit des hernies congénitales ordinaires. Elles compliquent surtout la cryptorchidie inguinale, assez souvent la cryptorchidie cruro-scrotale, et peut-être (Malgaigne), mais le fait est très-douteux, la cryptorchidie abdominale, où elles emprunteraient le canal diverticulaire du'gubernaculum.

On a trouvé dans un cas une anse intestinale à côté d'un testicule en ectopie périnéale.

Nous rappellerons qu'à la rigueur on peut trouver à côté de l'ectopie une hernie ordinaire non vaginale, ainsi que Rizzoli l'a fait voir.

Une variété toute particulièi-e de hernie inguinale, la hernie inguino-interstitielle, a été rattachée récemment par Tillaux à l'ectopie testiculaire. Elle était connue, mais incomplètement, depuis assez longtemps. J. L. Petit, dans son traité des maladies chirurgicales, explique bien que certaines hernies incapables de forcer l'anneau externe du canal inguinal se réfléchissent, après avoir plus ou moins dilaté ce canal, entre l'aponévrose du grand oblique et l'oblique interne^ de façon à former une tumeur large et plate. Cette notion ne s'est pas perdue après Petit. On la retrouve telle quelle dans presque tous les auteurs qui suivent. En 1855 seulement parut un travail sur ce point particulier, celui de Dance, qui imposa à cette variété le nom de hernie intra-pariétale. Goyrand (d'Aix) peu après publia sur le même sujet un mémoire très-remarque. C'est lui qui créa le terme de hernie inguino-interstitielle. Des différentes données fournies par les auteurs précédents il semblait ressortir que cette variété constituait simplement un cas curieux et rare de hernie incomplète.

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Tillaux, dans un mémoire paru en 1871 dans le Bulletin de thérapeutique, a montré la coexistence de l'ectopie testiculaire avec la hernie inguino-interstitielle dans tous les cas avérés. Dancc l'avait déjà notée, mais en passant; Tillaux rattacha résolument l'un à l'autre les deux états pathologiques. Celte opinion a été développée dans la thèse inaugurale de son élève Gaston Dreyfus (1877) et corroborée tout récemment de faits nouveaux empruntés à la pratique de Benjamin Anger par Ghambat (1879). On trouve réunies dans ce dernier travail les sept observations publiées jusqu'à ce jour de hernies inguino-interstitielles authentiques. L'une d'elles qui appartient à Goyrand est peut-être discutable.

Tous ces cas sont remarquables par leur uniformité. 11 s'agit toujours d'adultes. Cinq fois sur six, si nous éliminons le fait de Goyrand, l'âge des malades est compris entre vingt et trente ans ; une seule fois (Anger) il était de cinquante ans. L'affection s'est toujours révélée au chirurgien par des accidents d'étranglement. En interrogeant le malade, on apprend qu'il avait dans le pli de l'aine depuis longtemps (huit, dix ans) une tumeur plus ou moins volumineuse qui rentrait aisément et ne nécessitait pas l'application d'un bandage. La tumeur, placée tout entière au-dessus du ligament de Fallope, est large, aplatie. Elle peut remonter Irès-haut du côté de l'ombilic, mais elle n'envoie aucun prolongement dans l'anneau externe. Il est facile de constater avec le doigt que cette ouverture est très-étroite. Tillaux, dans l'autopsie qu'il a faite, l'a trouvée réduite à un mince pertuis par lequel passait seulement un hlct nerveux. Le testicule se trouve dans le sac herniaire, le plus souvent au voisinage de l'anneau externe, et en contact direct avec les organes hernies. Il s'agirait donc ici d'une variété de hernie vaginale incomplète dans laquelle la loge anormale du testicule aurait pris un très-grand développement.

Maladies du testicule ectopique. L'ectopie testiculaire prédispose certainement à l'orchite et au cancer. Ces deux affections sont à peu près les seules d'ailleurs qui frappent le testicule ectopique.

L'orchite traumatique est produite par un coup violent, par les tiraillements qu'entraîne une fatigue exagérée. Ces causes n'ont pas la même efficacité dans les diverses espèces d'ectopie. Le testicule retenu dans l'abdomen échappe aux violences d'une façon à peu près complète, et en ectopie cruro-scrotale, grâce à la mobilité (|u'il conserve toujours à un certain degré, il n'est pas atteint trop fréquemment. L'orchite traumatique s'observe surtout dans l'ectopie inguinale. La glande ici est superficielle, souvent peu mobile, incapable de glisser sous le corps qui va la frapper ou la comprimer. Elle est quelquefois chroniquement enflammée, comme le témoignent la gêne et les douleurs dont nous avons parlé plus haut.

On peut dire que la hlennorrhagie hante volontiers le testicule ectopique. Ledouble a particulièrement insisté sur ce fait. Chez un monorchide, le testicule caché serait toujours, selon lui, frappé de préférence à la glande normalement placée. La prédisposition serait la même pour toutes les ectopies. Ledouble a un peu exagéré les choses, car Godard a r élevé six observations d'orchite blennorrhagique frappant précisément le testicule descendu, à l'exclusion de l'autre. La fréquence de l'orchite blennorihagique du côté de l'ectopie n'en reste pas moins bien établie.

Faut-il voir la cause de cette fréquence dans le raccourcissement des voies de communication entre l'urèthre et le testicule, ou dans l'état de congestion habi-

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tuelle et d'inflammation subaiguë de la glande ectopique? C'est une question à laquelle il est difficile de donner une réponse certaine.

L'orchite uréthrale à la suite du cathélérisme a été observée une fois (P. Robert).

On ne connaît pas d'exemple d'orchite des oreillons.

Les phénomènes produits par l'inflammation du testicule en ectopie sont tout à fait comparables, souvent, à ceux de l'orchite ordinaire : localement, une tumeur plus ou moins volumineuse, allongée, reproduisant quelquefois, non toujours, la forme du testicule, très-sensible à la pression, fluctuante, voire même transparente dans quelques cas. Un peu de fièvre, de l'anorexie, des douleurs abdominales et lombaires que les mouvements exaspèrent, complètent le tableau symptomatique.

Des phénomènes plus remarquables peuvent venir s'ajouter aux précédents, ceux de l'étranglement. Nous les avons déjà signalés plus haut.

L'inflammation du testicule se communique fatalement à la séreuse qui le tapisse; il en résulte des effets différents suivant les cas. Lorsque la vaginale testiculaire est isolée de la cavité péritonéale, l'inflammation ne la dépasse guère. Il se produit souvent alors un épanchement plus ou moins abondant, facilement appréciable à la pression, et qui a pu être ponctionné. Le sac vaginal est-il au contraire ouvert du côté de l'abdomen, comme on l'observe assez souvent dans l'ectopie inguinale, l'inflammation se propagera dans une certaine mesure au péritoine avoisinant et même au péritoine tout entier. A plus forte raison doit-il en être ainsi dans l'ectopie abdominale.

On ne connaît qu'un seul cas de mort à la suite de ces péritonites ; un seul du moins est publié. C'est celui que rapporte Curling (p. 58), Il s'agissait d'une orchite inguinale d'origine traumaticjue. Dans le seul cas connu d'orcbite iliaque (Dolbeau) les phénomènes inflammatoires du côté du péritoine furent relativement modérés. C'était une orchite blennorrhagique.

La terminaison se fait d'une manière générale par la résolution. Celle-ci s'obtient au bout de quelques jours à l'aide du repos et d'un traitement antiphlogistique convenable. On trouve dans la thèse de Paris l'histoire d'un fait de Sédillot dans lequel survint unevaginalite suppurée.

L'hydrocèle de la vaginale qui entoure le testicule ectopique a été observée un certain nombre de fois. Elle a été spécialement étudiée dans l'ectopie inguinale. Chassaignac, Morel-Lavallée, Debout, en ont fait chacun l'objet d'un petit travail particulier, et Ledentu a parfaitement résumé nos connaissances sur ce point, dans sa thèse d'agrégation. L'épanchement dans la vaginale du testicule ectopique peut se faire d'une fiçon aiguë, être symptomatique de l'orchite, ou même du cancer, comme on l'a noté dans une observation de Dupuytren et dans une autre de Nicaise que nous citerons plus loin. Il peut être chronique et semblable en tout à l'hydrocèle ordinaire.

On lui reconnaît alors deux formes principales : la forme congénitale réductible dans l'abdomen, et la forme enkystée, absolument comme à l'hydrocèle intra-scrotale.

Dans l'une comme dans l'autre, un prolongement de la poche in<Tuinale franchit souvent l'anneau externe et descend plus ou moins bas dans les bourses. Cette disposition ne peut nous étonner, car nous savons qu'en l'absence de tout épanchement il existe souvent un diverticulum vaginal de cette espèce au niveau du scrotum. Un fait intéressant noté par Jarjavay, Curiino-, Debout c'est

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la tendance que semble posséder quelquefois le prolongement exte'rieur à remonter sur la paroi abdominale plutôt qu'à descendre dans les bourses.

Le diagnostic présente rarement des dilïicultés sérieuses. Un point important est de déterminer si la collection est réductible ou non. 11 ne faudra pas prendre pom' ime réduction véritable l'accumulation du liquide dans la portion inguinale de la poche sous l'influence de la pression exercée sur la portion scrotale. Notons comme une curiosité anatomique que dans un fait de Cloquet rapporté par Duplay dans sa thèse sur les collections séreuses du pli de l'aine le testicule jouant le rôle de soupape s'opposait au reflux du liquide vers l'abdomen, quand on pressait sur la partie inférieure de la poche. Le traitement ne diffère pas de celui de l'hydrocèle ordinaire enkystée ou non enkystée.

Cancer du testicule ectopique. Le sarcocèle appartient en propre à l'ectopie inguinale. Nous ne le trouvons pas signalé dans l'ectopie périnéale ou crurale, ce qui pourrait tenir du reste en partie à la rareté relative de ces déplacements. L'ectopie abdominale, beaucoup plus commune, n'en fournit elle-même aucun exemple. Dans le cas souvent cité de Gama, le testicule occupait probablement le pu cruro-scrotal. Mais ce fait est unique, et la situation même de la glande n'est pas parfaitement établie.

Les traumatismes légers, mais (îontinuels, que subit le testicule inguinal, sont considérés à juste titre comme prédisposant tout particulièrement à la maladie dont nous parlons. Quelquefois une violence plus considérable, telle qu'un coup de pied, une fatigue excessive, ont déterminé son explosion subite. On n'a presque jamais vu chez un monocryptorchide le cancer siéger sur le testicule descendu et respecter le testicule aberrant. La proportion donnée par Godard de 7 contre 1 semble un peu faible. Le cancer du testicule en ectopie est relativement fréquent. Les recueils en publient chaque année de nouvelles observations.

Les symptômes de la tumeur ne présentent rien de bien spécial. Ce sont ceux de toutes les tumeurs malignes. Les douleurs, souvent très-vives, sont augmentées par l'extension de la cuisse et se propagent dans quelques cas aux membres inférieurs en suivant le trajet des nerfs cruraux. Le début est parfois brusque et la maladie évolue rapidement; dans d'autres cas, l'affection marche avec une certaine lenteur. Enfin il peut se produire de soudaines cxacerbations, à la suite desquelles une tumeur à évolution lente grossit rapidement au point d'acquérir en peu de temps des dimensions considérables. Une

hémorrhagie interstitielle a été souvent le point de départ de cet accroissement subit.

L'ulcération, comme dans le cancer du testicule descendu, est très-rare. Elle a été notée pourtant quelquefois.

La propagation aux ganglions lombaires et la généralisation semblent absolument de règle, comme pour le cancer ordinaire. Dans tous les cas où les malades ont pu être suivis, la récidive ganglionnaire a été observée au bout de fort peu de temps. Un cas de Larrey seul semble faire exception. Le malade était encore tien portant au bout de deux ans.

Nous ne possédons pas de renseignements particuliers sur les caractères anatomiques des tumeurs de mauvaise nature que nous réunissons ici sous le titre de cancer. L'examen d'une pièce présentée en 1867 par Nicaise à la Société anatomique ne semble pas avoir produit un résultat bien net.

Tumeurs autres que le cancer. Le testicule tuberculeux est loin d'être

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démontré dans le cas d'ectopie. Dans les deux ou trois observations déjà anciennes où le mot de tubercule a été prononcé il s'agissait, semble-t-il, de toute autre chose (P. Robert. H. Larrey. Sprengfield).

Le testicule syphilitique n'a même jamais été soupçonné. ^

Un cas de maladie kystique du testicule provenant d'un opéré de Jarjavay a été présenté en 1868 par Henocque à la Société anatomique.

En résumé, on peut avancer que 99 fois sur 100 les tumeurs qui envahissent le testicule ectopique méritent le nom de cancers.

Diagnostic. Le diagnostic doit résoudre les questions suivantes : Y a-t-il ectopie? De quelle espèce? La malformation est-elle compliquée de quelque affection accidentelle?

Toute ectopie est parfaitement reconnue et déterminée, si d'une part on a constaté que le scrotum est vide, et si d'autre part on a découvert la glande dans un des points où elle siège d'ordinaire lorsqu'elle n'a pas accompli sa migration normale. <

La vacuité unilatérale du scrotum et encore mieux la vacuité complète se reconnaissent presque toujours à la simple inspection, au moins chez l'adulte. La palpation rend cette notion plus certaine. 11 est indispensable de l'employer chez les jeunes enfants.

On pourrait, à la rigueur, commettre deux erreurs dans l'appréciation de la vacuité scrotale : croire à une vacuité qui n'existe point, ou au contraire la méconnaître alors qu'elle existe.

Premier cas. Le testicule frappé d'atrophie congénitale ou même d'alrophie accidentelle à la suite d'une orchite quelconque est réduit chez quelques individus à des dimensions si faibles qu'il peut au premier abord passer inaperçu. Un examen suffisant permettra toujours de reconnaître ses vestiges, quelque petits qu'on les suppose.

Deuxième cas. En l'absence du testicule, le sac scrotal présente un volume à peu près normal, nous le savons, lorsque certaines conditions accidentelles viennent à se rencontrer. Il suffit qu'une portion du canal déférent et de l'épididyme soit descendue au devant de la glande retenue dans l'aine pour que la vacuité scrotale se trouve plus ou moins masquée ; une hernie peut occuper la place de la glande; certaines tumeurs lîbro-graisseuses la simulent quelquefois assez bien. Mais la hernie a des signes propres qui suffisent à la faire reconnaître, et la descente isolée du canal déférent et d'une portion de l'épididyme se constate aisément par le palper. Quant aux tumeurs fîbro-graisseuses dont nous avons parlé, tumeurs fort rares, coïncidant d'ordinaire avec l'anorchidie, elles sont très-difficiles à appi-écier. Le plus souvent on ne pourra se prononcer à leur sujet. Il est inutile de parler ici de l'absence du testicule à la suite d'une castration antérieure. Les commémoratifs et la présence d'une cicatrice feraient toujours reconnaître la mutilation.

La vacuité scrotale unilatérale ou double étant bien constatée, la cryptorchidie ne doit être considérée comme certaine que lorsque la "lande a été reconnue dans sa situation anormale. Or, dans l'ectopie abdominale il est quelquefois impossible d'arriver à la sentir. Le diagnostic sur le vivant reste alors forcément suspendu.

Le testicule est facilement reconnu dans la majeure partie des cas. Le lieu qu'il occupe détermine l'espèce de l'ectopie. Si l'on n'avait pas pris garde à la vacuité scrotale, on pourrait assez facilement, suivant son siège et son état de

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fixité ou de mobilité, confondre la glande ectopique avec des tumeurs assez diverses.

Dans l'ectopie crurale, d'ailleurs si rare, la glande fera penser à un ganglion engorgé, à une petite épiplocèle ; lorsqu'elle est logée dans le périnée, on ne peut guère la méconnaître, car la peau très-mince qui la recouvre permet d'apprécier tous les détails de sa conformation et le cordon qui lui fait suite; au niveau du pli ci'uro-scrotal et dans le canal inguinal, le testicule, lorsqu'il est fixe, ressemble assez bien à un ganglion tuméfié ou à une hernie irréductible ; dans les mêmes conditions il peut simuler au niveau de la fosse iliaque une petite tumeur stercorale ou un phlegmon (?) (Godard).

Dans tous les cas que nous venons d'énumérer, l'erreur est à peu près impossible, si l'on pense à regarder le scrotum. L'absence bien constatée du testicule donnera l'éveil, et le chirurgien ainsi prévenu reconnaîtra sans peine que le petit corps soumis à son observation présente tous les caractères de la glande et possède en particulier une sensibilité caractéristique.

Lorsque le testicule ectopique se trouve logé dans le pli de l'aine et qu'il y possède une certaine mobilité, il ressemble par certains côtés à une hernie inguinale. Nous avons déjà signalé les erreurs si souvent commises à ce sujet. La simple constatation de la vacuité scrotale permettra presque toujours de les éviter. Le cas est plus complexe dès que l'ectopie s'accompagne de hernie. Nous savons qu'une hernie complète, véritable oschéocèle, peut s'établir à côté d'un testicule fixé dans le canal inguinal et tout à fait immobile ; nous savons aussi que, le plus souvent, testicule et hernie cheminent ensemble, la glande [irécédant d'ordinaire l'intestin ou l'épiploon. 11 faut s'attacher à découvrir aussi parfaitement que possible les caractères physiques des parties qui se présentent. On isolera, si on le peut, le testicule ; on tâchera de le retenir au pli de l'aine ou dans le trajet inguinal, tandis que l'on cherchera à réduire l'intestin ou l'épiploon. Le même examen servira à faire un diagnostic différentiel entre l'ectopie et la hernie, à reconnaître lorsqu'elle existe cette complication, et même, ce qui n'est pas indifférent, à montrer si la glande est indépendante de l'intestin ou de l'épiploon, ou si au contraire elle leur est rattachée par des adhérences plus ou moins étroites.

Nous ne nous étendrons pas sur le diagnostic des accidents de l'ectopie. L'orchite sera facilement reconnue d'ordinaire, quel que soit le siège de la glande, pourvu que l'ectopie soit au moins supçonnée. La seule difficulté consiste à distinguer, dans quelques cas, le testicule enflammé et élranj^lé, du véritable étranglement herniaire. Il y a danger à rejeter trop vite l'idée qu'il s'agit de l'intestin. Richter rapporte deux observation^ d'individus affectés d'ectopie testiculaire, et qui succombèrent par le fait d'une temporisation malencontreuse. On croyait n'avoir affaire qu'à de simples étranglements testiculaires, alors qu'il s'agissait bien, comme les autopsies le démontrèrent, d'un vériiable étranglement herniaire. 11 suffit de signaler la possibilité d'une confusion avec un abcès, une adénite, un bubon suppuré.

Nous n'avons que peu d'observations à présenter touchant le diagnostic des tumeurs du testicule ectopique. On sait déjà que dans tous les cas de ce genre on peut à priori, tant les exceptions sont rares, supposer que l'on a affaire à un cancer. Dès que la glande a acquis un volume suffisant pour constituer une tumeur, cette hypothèse est donc de mise. On a pu méconnaître une tumeur solide et croire à une hydrocèle, à cause de l'épanchement symptomatique ;

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dans le cas rapporté parNicaise un médecin pratiqua même une injection iodée. Mais, si l'on a pu hésiter quelque peu au début, bientôt la marche de l'affection a montré clairement de quoi il s'agissait.

Pronostic. Le pronostic de l'ectopie est infiniment variable suivant l'âge du sujet, l'espèce de l'ectopie, l'existence ou l'imminence de telle ou telle complication.

Lorsque chez un enfant un testicule ou les deux testicules sont arrêtés dans l'abdomen ou dans le trajet inguinal, la première question qui se pose est celle-ci : L'infirmité a-t-elle des chances de disparaître spontanément? Si l'enfant est très-jeune, s'il s'agit surtout d'un nouveau-né, on peut répondre pendant quelques jours, quelques semaines et même quelques mois : Oui, ces chances existent et elles sont très-grandes. A mesure que l'enfant prend de l'âge, la migration tardive devient moins probable. Elle peut par hasard se produire tout d'un coup quelque jour, à propos d'un effort violent ; mais il ne ftmt pas s'y attendre. Si elle s'achève, ce sera plutôt par une progression lente, graduelle, coïncidant avec l'évolution toute pareille d'une hernie.

Le pronostic, au point de vue du développement de l'individu et au point de vue de sa fécondité future, se déduit aisément des faits que nous avons exposés plus haut. La cryptorchidie unilatérale est sans influence, pourvu que le second testicule reste en bon état. Quant à la cryptorchidie double, ses effets sont un peu variables. Dans certains cas, elle ne met aucune entrave au développement. Les sujets sont grands, munis de poils, pourvus d'une verge bien conformée. Ils possèdent toutes les apparences de la virilité ; ils sont puissants, et nous avons vu qu'ils peuvent, à la rigueur, être féconds. Très-souvent le dicryptorchide sera un eunuque naturel non-seulement infécond, mais impuissant. Il est destiné dans ce cas à conserver toute sa vie un aspect enfantin ou féminin.

L'ectopie la plus simple et la plus dépourvue de complications peut être l'origine de douleurs, d'un sentiment de gêne habituelle, de petites poussées inflammatoires qui s'opposent à l'exercice de certaines professions, rendent la vie pénible et obligent quelquefois à recourir à une opération radicale. L'ectopie abdominale fait seule exception à cette règle. Elle est parfaitement supportée et passe pour ainsi dire inaperçue.

Les hernies qui accompagnent si fréquemment les ectopies inguino-scrotales et surtout inguinales sont d'un pronostic un peu plus fâcheux que les hernies ordinaires. Leur contention est difficile, parfois impossible. Le bandage que l'on emploie pour les maintenir contusionne souvent le testicule et le prédispose par suite à divers accidents morbides.

Nous savons que tout testicule ectopique est très-exposé à l'orchite blennorrhagique, et cette affection est peut être un peu plus grave ici que lorsqu'elle frappe une glande normalement placée.

Enfin nous avons vu que le testicule en ectopie inguinale est fréquemment atteint de cancer. Celui-ci se comporte sur la glande ectopique comme sur la glande saine, et entraîne par conséquent le plus fâcheux pronostic.

Pour quelques auteurs, Pétrequin entre autres, l'ectopie testiculaire unilatérale doit constituer un cas absolu d'exemption du service militaire. Lecomte pense que l'ectopie abdominale, lorsqu'elle n'a pas de tendance à devenir inguinale, peut permettre l'incorporation -sous les drapeaux.

Traitement de l'ectopie testiculaire et de ses complications. Ce que

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nous savons de l'ectopie testiculaire démontre surabondamment que ce vice est fâcheux à tous les points de vue et qu'il est très-désirable de le voir disparaître, même lorsqu'il est borné à un seul côté.

Il faut reconnaître un essai de traitement curatif dans les applications de ventouses que Chassaignac et Michon ont faites chacun de leur côté sur la moitié vide du scrotum. Ces manœuvres n'amenèrent du reste aucun résultat. Une méthode curative plus énergique et tout aussi peu employée consiste à aller prendre la glande dans le point où elle s'est anormalement logée, à l'isoler de ses connexions et à la transporter dans le scrotum où on la fixe. Cette opération a été pratiquée deux fois jusqu'ici. Dans le premier cas (Korck, de Munich), il s'agissait d'une ectopie cruro-scrotale ; le résultat fut médiocre. Dans le second, qui est tout récent (Ânnandale), le testicule se trouvait en ectopie périnéale. Le succès semble avoir été complet. Il faut dire que chez ces deux opérés la raison déterminante de l'intervention avait été le désir de faire cesser les vives douleurs que provoquait l'ectopie. Sans cette dernière circonstance, des opérations de ce genre ne seraient guère justifiées. U y a bien peu (le chances pour qu'à tous les autres points de vue un testicule ainsi transporté se trouve finalement dans des conditions meilleures que s'il était resté dans sa situation première.

D'une façon générale, le chirurgien ne peut pas espérer guérir l'ectopie. Son rôle est plus modeste. 11 se borne à surveiller l'évolution naturelle, à la favoriser par une hygiène bien entendue, à prévenir autant que possible les complications qui l'accompagnent souvent. La conduite à tenir est très-diflérente suivant les cas qui se présentent. Nous pouvons laisser de côté les ectopies périnéale et crurale. La première ne demande aucun traitement ; la seconde est tout au plus justiciable d'un bandage crural qui maintienne réduite la hernie testiculaire. Ce sont là des faits très -rares.

Les véritables cas de pratique sont fournis par les ectopies cruro-scrotale, abdominale et surtout inguinale.

Contre le testicule retenu dans l'abdomen on peut, théoriquement, recommander des exercices violents ou au moins animés, dans l'espoir que les efforts amèneront tout d'un coup ou graduellement la glande au dehors. Ces préceptes ne sont justement pas applicables au très-jeune âge, c'est-à-dire à celui pendant lequel les efforts auraient le plus d'efficacité.

L'ectopie inguinale et l'ectopie cruro-scrotale comportent les mêmes indications thérapeutiques.

Lorsque le testicule, dans ces deux situations, n'est pas accompagné d'une hernie, on peut dire qu'il n'y a pas à intervenir, quelque soit d'ailleurs l'âge du sujet. Quelques auteurs conseillent de pratiquer des frictions douces, d'exercer des pressions bien dirigées sur le testicule, de manière à favoriser l'achèvement de- la migration, dans les cas où la glande assez mobile semble disposée à descendre. Il ne semble pas que le succès ait jamais couronné ces louables efforts.

En présence d'une hernie concomitante, la conduite à tenir est variable, suivant l'âge du sujet.

Chez les nouveau-nés et jusqu'à deux ou trois ans, la règle est de laisser la hernie sans bandage. A cet âge, la hernie n'a pas une gravité considéi'able ; d'autre part, appliquer un appareil qui la maintienne en laissant passer le testicule est chose impossible. Pour faire disparaître une infirmité peu impor-

46 CRYPTORCllIDE.

tante, il faudrait se priver de tout espoir de voir la migration testiculaire s'achever. Le mieux est donc de temporiser. On cherchera plus tard à séparer le testicule de la hernie et à maintenir cette dernière seule dans l'abdomen.

On peut être embarrassé davantage lorsqu'il s'agit non plus de nouveau-nés, mais d'enfants de quatre ou cinq ans et plus. Gosselin n'est pas éloigné d'admettre avec Curling que l'on doit, autant que possible, refouler dans tous les cas de ce genre le testicule et la hernie dans l'abdomen. Cette conduite se fonde sur les raisons suivantes : la hernie présente de réels inconvénients à cet âge ; d'un autre côté, un testicule n'a guère de chance d'achever sa migration lorsqu'elle n'est pas faite à cet âge. Pourquoi dès lors garder un testicule inguinal exposé, comme on sait, à tant d'accidents? Un testicule dans l'abdomen vaut beaucoup mieux. Il n'y aurait rien à reprendre à ce raisonnement, si l'on était sûr qu'en effet le testicule n'achèvera point sa descente. Mais cela n'est jamais bien démontré, et le testicule est un organe trop important pour que l'on puisse consentir à le sacrifier d'un cœur léger. Pour dire toute notre pensée, nous croyons qu'ici encore il faut, autant qu'on le peut, temporiser. Seulement la temporisation doit être raisonnable et le sujet bien surveillé. On se le fera présenter souvent; on verra si d'une part le testicule fait mine de s'avancer au dehors, et si d'autre part la hernie tend à grossir beaucoup. Lorsqu'il "sera bien démontré que le testicule ne tend point à descendre et que la hernie s'accroît notablement, alors seulement on se décidera à renoncer au testicule et on appliquera le bandage destiné à refouler à la fois dans l'abdomen et l'intestin et la glande séminale.

A partir de la puberté, les préoccupations du chirurgien prennent un tout autre cours. Il ne s'agit plus de favoriser ou au moins de permettre la descente testiculaire ; celle-ci ne s'accomplira certainement pas, quoi que l'on fasse. La glande séminale est donc sacrifiée. Ce qui nous intéresse alors dans l'ectopie, ce sont ses complications seules.

La hernie est encore ici la principale des complications. Il faut la contenir vivant tout.

Si le testicule est assez mobile d'avant en arrière pour rentrer dans l'abdomen avec l'intestin, on appliquera bien vite un bandage qui mainlienne à la fois les deux organes. Mais cette condition relativement favorable n'est pas souvent remplie. Le testicule plus ou moins fixe refuse dans bien des cas de se laisser refouler. Il faut se contenter alors de réduire la hernie et de la maintenir au moyen d'une pelote spéciale, concave, ou en fourche, ou échancrée de façon diverse, construite, en un mot, de manière à ne pas presser sur la "lande. Il arrive malheureusement que les bandages les mieux étudiés blessent encore le testicule chez certains malades. Ceux-ci finissent après plusieurs essais infructueux par laisser leur hernie en liberté, ce qui est gros d'inconvénients.

On arrive quelquefois à un résultat tout aussi négatif chez des sujets pour lesquels un bandage ordinaire refoulant à la fois l'intestin et la glande avait paru d'abord suffire. Il peut se faire en effet que le testicule beaucoup pins mobile que l'intestin s'échappe continuellement sous la pelote et vienne se contusionner contre son bord inférieur. Si un bandage spécial ne remédie pas à cet état de choses, la hernie est souvent encore, au bout d'un temps plus ou moins long, abandonnée à elle-même.

Un examen attentif des parties a montré, dans des cas peu communs, il est vrai, que des adhérences établies entre le testicule et la hernie soit épip'loïque,

GRYPTORGHIDE. 47

soit intestinale, mettaient obstacle à la réduction de cette dernière. Un cas de ce genra est resté célèbre, c'est celui du philosophe Zimmermann, rapporté par Richter. Lorsqu'on réduisait la hernie, des tiraillements insupportables s'exerçaient sur la glande séminale. Zimmermann dut renoncer à porter un bandage.

Richter pensait que dans des cas de ce genre on est autorisé à aller détruire les brides qui unissent malencontreusement les deux organes ; il assurait même que l'opération avait été pratiquée avec succès. Godard, plus réservé, conseille de s'abstenir de toute intervention opératoire de cette espèce. Mais nous ne partageons pas son sentiment. Toutes les fois que des accidents sérieux tiennent à des adhérences bien constatées, le chirurgien nous paraît avoir le droit d'ouvrir le sac vaginal, pour séparer la hernie d'avec le testicule et la réduire dans l'abdomen. Nos modes actuels de pansement ont enlevé à ces opérations leur ancienne gravité.

L'ectopie nécessite souvent une intervention autrement sérieuse. La castration inguinale a été pratiquée au moins une cinquantaine de fois, d'après un relevé récemment communiqué par Gh. Monod à la Société de chirurgie. On n'a jamais enlevé le testicule dans les autres ectopies, sauf peut-être dans quelques cas d'ectopie cruro-scrolale qui se trouvent confondus avec les précédents.

La plupart des opérations, 42 sur 50, d'après Monod, ont été faites pour des tumeurs. Huit fois la glande a été enlevée à cause des accidents douloureux qu'elle provoquait. On ti'ouve dans Godard et dans Curling des observations de ce genre. Il semble que quelques chirurgiens soient actuellement disposés à faire bon marché de la glande ectopique. Le testicule retenu dans l'aine expose, disentrils, à des dangers que rien ne compense. 11 y a presque toujours avantage à en débarrasser le sujet par une castration préventive qui peut, les faits cliniques le montrent, se pratiquer sans danger. Telle est la conduite que préconise Szymanowski, après le docteur Baum. Il appuie son opinion sur 22 cas de castration inguinale qui tous furent suivis de succès, sauf un seul dans lequel la mort survint par le fait d'un érysipèle.

Le docteur Âubert, de Lyon, a soutenu la même idée au Congrès scientifique de Paris, en 1878.

Il nous semble impossible d'admettre à priori et dans tous les cas la castration préventive. Certains sujets ne souffrent en aucune façon de leurs ectopies, à aucune période de leur existence. Nous avouons pourtant que l'innocuité relative de l'opération, on pourrait presque dire son innocuité absolue, étant bien démontrée, nous n'hésiterions pas à pratiquer l'ablation de la glande toutes les fois que des douleurs vives ou modérées, mais continues, la rendraient difficile à supporter.

Comme nous le disions tout à l'heure, la castration a été faite une quarantaine de fois pour des tumeurs du testicule en ectopie. Chose remarquable ! elle n'a jamais présenté de difficulté sérieuse. La gucrison est la règle pour ain^i dire absolue : la guérison temporaire du moins. Il n'y a eu péritonite suivie de mort que dans un seul cas. On trouvera tous les faits auxquels nous faisons allusion analysés dans un travail que Ch. Monod vient de publier dans les Archives de médecine.

La crainte d'une communication entre la loge de la tumeur et la séreuse péritonéale, qui est si naturelle, ne se justifie presque jamais par l'observation clinique. Il n'y a donc pas lieu de recourir à des procédés spéciaux de castra-

48 CRYPTORGHIDE (bibliographie).

lion, comme celui qui est attribué à Cliopart (ligatures en masse), ou celui de Valette, de Lyon (emploi de pinces porte-caustique pour la section du cordon). On fera bien de se mettre en mesure d'employer ce dernier procédé en cas de besoin ; mais on peut compter faire presque toujours une opération assez simple, analogue presque, cordon à part, à l'ablation de n'importe quelle tumeur de la paroi abdominale.

Nous n'avons pas besoin de dire qu'il n'y a pas à songer à la castration lorsque la tumeur ne se limite plus bien dans sa loge, et qu'elle semble se prolonger plus ou moins loin vers les parties profondes de l'abdomen.

tf. Trélat et J.-J. Feyrot.

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DICT, ENC. XXIV. 4

50 CSUZI-CSEII.

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CRlfSTALLlî^E OU CRISTALLIi^E. Substance organique appartenant au cristallin [voij. Cristallin). jq

CStZI-CSEM (Jean). Prédicateur évangélique et médecin, naquit à Losontz, en Hongrie. Il étudia la théologie et la médecine en Hollande et se fit recevoir docteur à Franequer en 1702. Nommé prédicateur à Raab, il v exerça également la médecine et acquit ainsi une grande célébrité; il était surtout renonmié pour le traitement de la goutte. Au bout de six ans, il acheta de pauvres Hongrois un entant monstrueux à deux corps et le promena en Europe pendant trois°ans le montrant pour de l'argent. H revint ensuite à Raab, où il resta jusqu'à sa mort, arrivée en 1733. Cet homme, dont la crédulité égalait la science éprouvait autant de passion pour les rêveries de l'alchimie que pour les connaissances plus positives de la médecine. H faisait, dit-on, habilement des vers latins. Parmi les écrits qu'il a laissés, nous citerons :

CTENOCERES. 51

1. Dissert, de rachit'ide. Fi'anequer, 1702, 111-4°. — II. Islen eîeibe fel-vitetett Lelki Aldozat, avngij âliitatos Konyôrgesck. Raab, 1730, in-S" (livre de prières posthume). — En manuscrit: T?-agœdia poclagrica. A' Kôszvémjnek rend szerént valô folyâsàrol irt discursus et Praxis medica Csuziana. L. ll.v.

CTÉXE. Voy. Araigkée.

CTÉXOi'ÈRES {Ctenocera de Blainv.). Dans l'exposé méthodique du règne animal, publié en 1859 par P. Gervais et Van Beneden [Zoologie médicale, t. II, p. 546), le type des Polypes est divisé en cinq classes dont la troisième et la quatrième figurent sous les noms de Zoanthah^es et de Cténocères. Les animaux dont ces deux classes sont respectivement composées diffèrent entre eux autant par la structure de leurs polypiers, quand ils existent, que par le nombre et la disposition de leurs tentacules. Mais, comme ils ne présentent jamais de génération médusoide et que tous ont la cavité gastro-vasculaire partagée par autant de cloisons radiaires [replis mésentéro'ides) qu'il y a de tentacules, ils ne constituent plus, dans les classifications récentes, que deux ordres formant, dans l'embrancliement des Cœlentérés, la classe des Aiithozoaires ou Polypes proprement dits {voy. Polypes).

Quoi qu'il en soit, les Cténocères, qu'on appelle également Alcyoïiaires ou Octactiniaires, sont des animaux exclusivement marins dont la bouclie est entourée d'une couronne de tentacules, larges et bipinnés, constamment au nombre de huit. La plupart sont agrégés et constituent par leur réunion des colonies [Zoanthodèmes de M. Lacaze-Dnthiers), présentant des configurations très-diverses, et qui sont ou adhérentes ou bien simplement enfoncées dans le sable par leur base libre. Chaque colonie se compose le plus ordinairement d'un squelette axial ou polypier, tantôt mou, tantôt corné, tantôt pierreux, entouré d'une écorce moins résistante [Sarcosome) dans laquelle sont logés les Polypes et qui est parcourue par un système de canaux en rapport avec la cavité centrale de chaque individu ; ces canaux forment un réseau de tubes plus ou moins laro^es par lesquels le liquide nourricier est distribué dans la souche. Ils donnent naissance en même temps à des élargissements bourgeonnants qui deviennent de nouveaux polypes et déterminent ainsi l'accroissement de la colonie.

Excepté chez les Tubipores, où elle semble consister dans la calcification du sarcosome, la formation du squelette axial est due presque toujours à une léunion de corpuscules calcaires {Sclérites ou Spicules) contenus dans la substance fondamentale de la membrane sous-cutanée, et les différences qu'on observe dans la structure d\i polypier proviennent des rapports qu'ont ces corpuscules calcaires avec la substance organique qui les entoure. C'est ainsi que les squelettes axiaux peuvent s'étendre sur toutes les ramifications ou bien occuper seulement le tronc principal de la colonie, comme cela a lieu chez les Pennatules et les Rénilles. Ajoutons que ces dernières possèdent, en certains points du tronc commun, un ou plusieurs orifices extérieurs s'ouvrant dans une lar^^e cavité qui, d'après Gegenbaur, sert à régler l'entrée et la sortie du liquide remplissant l'appareil gastro-vasculaire.

Les Cténocères sont dioïques, c'est-à-dire que les sexes sont séparés sur des individus ou sur des colonies différentes ; cependant on rencontre certaines colonies qui portent à la fois des individus mâles, des individus femelles et des individus hermaphrodites. Leurs espèces, assez nombreuses, habitent surtout les mers chaudes, mais plusieurs sont répandues sous toutes les latitudes elles se

52 CTENOCERES.

répartissent dans six familles principales, savoir : les Fennatulidés, qui ont le polypier libre, puis les Alcyonidés, les Tubiporidés, les Gorgonidés, les Isididés et les Corallidés, dont les colonies sont fixées aux rochers par une base plus ou moins large et épaisse.

1» Pen>atdlidés. Les représentants de ce groupe constituent des colonies de polypes, le plus souvent soutenues par un axe corné flexible ; ces colonies ne sont jamais adhérentes, mais elles peuvent s'enfoncer dans le sable ou dans la vase au moyen de leur base libre qui a l'aspect d'une tige. Les polypiers sont tantôt cylindriques {Veretillum cynomorium Pall., de la Méditerranée), tantôt réniformes [Benilla reniformis Pall.), parfois en forme de baguette allongée {Virgularia juncea Pall. et Pavonaria quadrangidaris Pall.), ou bien ils sont munis de prolongements latéraux disposés symétriquement comme les barbes d'une plume et sur lesquels sont insérés les polypes. Telles sont les Pennatules [Pennatidah.], dont plusieurs espèces, entre autres les P. rubraL., P. griseal. et p. phosphorea Ellis, se rencontrent assez communément dans les mers de l'Europe. Ces dernières sont phosphorescentes et la lueur qu'elles émettent est produite, suivant Panceri [Ann. des se. nat., 1872) par huit cordons lumineux qui adhérent à la face externe du tube œsophagien des polypes.

2" Alcyonidés. Seuls parmi les Cténocères, les Alcyonidés forment, quand ils sont agrégés, des colonies charnues dépourvues de squelette axial. Ils se divisent en deux groupes, les Cornulaires et les Alcyoniens. Dans les premiers, les polypes vivent isolés ou bien sont réunis en petit nombre par des bourgeons basilaires et des stolons radiciformes; ils sont rétractiles dans le genre Cornulania Lamk [C. cornucopia Schweig., C. erassa M.-Edw., de la Méditerranée) et non rétractiles dans les genres Rhyzoxenia Ehbg. {R. rosea Dan., de la Méditerranée, R. filiformis Sav., des côtes de la Norvège) et Sarcodietyon Forb. (S. colinatum Forb., des côtes de l'Ecosie). Quant aux Alcyoniens, ils se réunissent en colonies lobulées ou digitées, dont la surface est lisse chez les espèces du genre Alcyonium L. [A.digitatumL., A. palmatum Pall.,i. arboreum Sars) et hérissée de larges spicules naviculaires dans celles des genres Nephthya Sav. et Spoggodes Less.

5° Tdbiporidés. Ce groupe comprend le seul genre Tubipora L., dont les représentants, appelés vulgairement Orgues de mer, constituent des colonies formées de tubes calcaires cylindriques, verticaux, disposés parallèlement et unis entre eux, de distance en distance, par des lamelles horizontales également calcaires que traversent de nombreux canaux simples ou bifurques ; les polypes sont complètement rétractiles dans les tubes. Le» deux espèces les plus connues [T. musicaL. et T. purpurea Dan.) se rencontrent dans la mer Rouge.

4° GoRGO^NiDÉs. Le principal caractèi^ de cette famille réside dans la nature cornée du polypier; celui-ci, ramifié en forme d'arbre ou d'éventail, est recouvert d'un sarcosome mince et lisse constitué par la réunion de petits corpuscules calcaires, pour la plupart ftisiformes. On connaît un assez grand nombre d'espèces de Gorgonidés, répandues surtout dans les mers des régions chaudes, tels sont les Rhipldogorgia flabellumL., de la mer des Antilles, et Lophogorgia palma M.-Edw., du sud de l'Afrique. Cependant les mers des régions tempérées fit froides en possèdent plusieurs, parmi lesquelles il convient de citer : Gorgonia verrucosa Pall., de la Méditerranée, Leptogorgia viminalis h., de l'Océan Atlantique, Briarium gorgonideum Blainv., et Paragorgia arborea M.-Edw. (Alcyonium arboreum L.), qui habitent la mer du Nord.

CTENOPHORES. 55

50 IsiDiDÉs. Cette famille établit le passage entre les Gorgonidés et les Goral. lidés. Elle renferme les genres îsis Lamk et Melithœa Lamx, dont les diverses espèces ont le squelette axial arborescent et composé de cylindres calcaires articuliformes, striés, que séparent alternativement des intervalles pins ou moins considérables de tissu corné, parfois spongieux et renflé. Ulsis hippuris Eli. se rencontre sous presque toutes les latitudes, tandis que 17. elongata Lamk et le Melithœa ochracea L. paraissent propres à l'Océan Indien.

6° CoRALMDÉs. Les Corallidés ressemblent aux Gorgonidés et aux Isididés, mais ils s'en distinguent nettement en ce que le squelette axial, inarticulé, est formé de nombreux spicules calcaires reliés entre eux par une substance intermédiaire de même nature ; ce qui lui donne une consistance pierreuse trèsrésistante. Ce groupe renferme le seul genre Corallium Lamk, dont l'espèce principale, C. rubrum Cuv. {Gorgonianobilis h. ),hah'iiej)resque exclusivement la Méditerranée {voy. Corail). Ed. Lefèvre.

CTÉ\OPUORE!$ [Ctenophora Eschsch.). Animaux gélatineux, exclusivement marins, pourvus d'un appareil gastro-vasculaire et chez lesquels le type radiaire tend à être remplacé par le type symétrique.

Les Cténophores constituent, dans leur ensemble, la première classe du Type des Polypes de Gervais et Van Beneden, laquelle correspond aux Ciliobranches de de Blainville ainsi qu'à une partie des Acalèphes-hydrostatiqiies de Cuvier ; mais, dans les classifications récentes {voy. Schmarda, Zoologie, I, 1879), ils font partie de l'embranchement des Cœlentérés et forment le troisième ordre de la classe des Méduses,

Le corps, ordinairement sphérique ou ovalaire, quelquefois rubané, est plus ou moins comprimé latéralement et souvent pourvu d'appendices lobés ou de filaments tactiles. Sa superficie est munie en général de huit bourrelets épidermiques (4 seulement chez les Cestidés), formant autant de côtes longitudinales saillantes sur lesquelles sont insérées des séries de palettes natatoires hyalines (sortes de cils vibratiles transformés), superposées les unes aux autres par leur base élargie et profondément divisées à leur bord libre ; ce qui les rend pectiniformes. Par les oscillations régulières et très -rapides que leur imprime l'animal, ces palettes natatoires, que plusieurs auteurs considèrent comme des organes respiratoires, aident puissamment à la locomotion ; mais les diverses séries d'une même côte sont indépendantes entre elles quant à leurs mouvements et en général l'excitation portée sur l'une n'influe pas sur l'action des séries voisines ; les mouvements cessent d'ailleurs aussitôt que l'on touche à la partie qui en est le siège.

Le corps, de consistance gélatineuse et doué d'une contractilité remarquable qui joue également un rôle important dans la locomotion de l'animal, est essentiellement formé par un stroma de tissu conjonctif, dont les fibres s'entrecroisent avec les cellules fusiformes du tissu musculaire ; ce dernier constitue des bandes horizontales en relation directe avec les séries de palettes natatoires. On trouve encore, disséminées dans la masse du parenchyme, des cellules étoilées que M. Eimer regarde comme des cellules ganglionnaires multipolaires.

A l'exception des Be'roïde's, des Rangiidés et des Mnémiidés, tous les Cténophores possèdent deux tentacules creux, qui sont placés symétriquement de chaque côté du corps et qui se gonflent et font saillie au dehors par suite de la stagnation du liquide qu'ils renferment; ces tentacules, parfois pourvus d'ap-

54 CTÉN0PllUliE8.

pendices secondaires, peuvent rentrer dans des poches spéciales ; leur paroi est formée de fibres musculaires qu'enveloppe une couche de tissu cellulaire dans lequel se rencontrent de nombreuses cellules urticantes.

L'appareil de nutrition se compose d'un estomac tubuleux occupant 1 axe du corps et communiquant à l'extérieur par une ouverture buccale simple, quelquefois entourée de lobes ou de filaments tactiles. Ce tube stomacal, directement circonscrit par le tissu conjonctif du corps et pourvu de deux bandes de substance hépatique, est parfois très-large (chez les Béroés, par exemple). 11 conduit, par une ouverture que des muscles peuvent clore, dans une cavité abdominale centrale, à laquelle on *a donné le nom d'entonnoir; celui-ci se prolonge sous la forme d'un canal jusqu'au pôle supérieur, où deux vaisseaux le mettent en communication avec deux canaux terminaux, élargis et contractiles, qui débouchent à l'extérieur par autant d'ouvertures susceptibles de se fermer. De l'entonnoir partent quatre paires de vaisseaux rayonnants (deux seulement chez les Pleurobrachia), donnant naissance, par dichotomie, aux canaux des côtes, lesquels se terminent brusquement, comme dans les Cydippiclés, ou bien se jettent dans un canal annulaire qui entoure l'ouverture buccale, comme cela a lieu chez les Béroïdés, les Calllaniridés, etc. Dans les Cestidés, les Bolinidés, les Mnémiidés et les Cahjmnidés, le canal circulaire de la bouche reçoit, en outre, deux autres vaisseaux venant de la portion la plus élargie de la paroi stomacale ; dans les Cydippidés, ces deux derniers vaisseaux existent e'galement, mais ils se terminent en cul-de-sac et ont une largeur tellement considérable que le tube stomacal semble être placé au milieu d'une cavité viscérale.

Un liquide incolore, que M. Gegenbaur compare au chyme des animaux supérieurs, circule dans le système de canaux dont nous venons de parler et paraît être mis en mouvement principalement par l'épilhélium vibratile qui garnit la paroi interne de l'estomac, de l'entonnoir et de ses vaisseaux.

Au fond de la cavité digestive sont situés plusieurs ganglions qui envoient, dans la masse gélatineuse du corps, un grand nombre de ramifications nerveuses très-fines, olfrant dans leur parcours des renflements variqueux.

Enfin, au pôle supérieur et dans le voisinage immédiat du nœud ganglionnaire, existe un organe vésiculiforme contenant des concrétions solides analogues aux otolithes et que l'on considère comme une vésicule auditive, bien qu'Agassiz l'ait regardé comme un organe de la vue.

Dans l'état actuel de la science, les Cténophores sont assimilés à des Méduses à reproduction directe, c'est-à-dire pour lesquelles on ne connaît pas d'étal hydraire ou polypoïde. Tous sont monoïques. La formation des organes génitaux s'opère dans des expansions latérales en forme de caîcums qui se développent le long des canaux costaux, dont un des côtés est garni de lobules testicuîaires et l'autre de follicules ovifères. Arrivés à maturité, les œufs pénètrent dans la cavité gastro-vasculaire, puis dans le tube stomacal d'où ils sont expulsés au dehors par l'ouverture buccale. La plupart se développent sans métamorphose et les jeunes Cténophores ne diffèrent des adultes que par leur organisation moins complète, la petitesse de leurs côtes et la brièveté de leurs filaments tactiles.

Les Cténophores se rencontrent dans toutes les mers, mais principalement dans celles des pays chauds, où ils apparaissent souvent en très-grand nombre. On en connaît environ une centaine d'espèces parmi lesquelles se distinguent

CTENOPIIORES. 55

•cinq types principaux formant autant de familles, savoir : les Béroïdés, les Cydippidés, les Callianiridés, les Cestidés et les Mnémiidés.

Les Béroïdés sont caractérisés surtout par l'absence d'appendices lobés et de lilaments tactiles. Le genre Beroë Brown en est le type. Ses représentants ont le corps ovalaire, comprimé latéralement, entièrement contractile et muni à sa superficie de huit cotes saillantes à palettes natatoires profondément divisées à leur extrémité libre ; le tube stomacal est volumineux et l'ouverture buccale très-large, entière sur ses bords. On rencontre assez fréquemment dans l'Atlantique le B. jmnctata Cham., et dans la Méditerranée le B. ForskaU Miln.-Edw. [Mediisa Beroë Forsk. — Beroë ovaùis Lamk, etc.). Ce dernier abonde surtout dans la baie de Nice, où il apparaît à la surface de la mer principalement au moment du crépuscule du matin. II présente des variations individuelles trèsconsidérables; mais, dit M. Mil ne-Edwards {Ann. Se. nat., 2* série, t. XVI, I84I, p. 208), « ces différences paraissent dépendre de l'âge et l'on trouve facilement tous les degrés intermédiaires entre les états les plus disparates. Les individus de petite et de moyenne taille sont presque incolores, tandis que ceux de grande taille offrent une teinte ferrugineuse ou rose violacé plus ou moins intense, due à une multitude de petits points de cette couleur répandus dans le tissu hyalin du corps. »

La présence de deux tentacules creux latéraux rétractiles et l'absence de •canal annulaire autour de l'ouverture buccale sont des caractères communs aux Cydippidés et aux Callianiridés. Ces derniers, dont le corps cylindrique est pourvu au pôle buccal d'expansions latérales en forme d'ailes, renferment le seul Callianira diploptera Lamx (non Dell. Chiaj.), espèce de l'Océan Indien qu'on ne rencontre que très-rarement dans les mers de l'Europe. Les Cydippidés, au contraire, ont le corps sphérique, peu comprimé, muni, comme celui desBéroés, de huit côtes également développées et disposées comme des méridiens. Ils se divisent en plusieurs genres selon que les côtes s'étendent d'un pôle jusqu'à l'autre, comme dans les Pleiirobrachia Flem. [Cydippe Eschsch.) [voy. Ann. Se. nat., A"^ sér., t. VÎI, pi. 16, fig. 2], ou bien qu'elles s'arrêtent à la moitié ou aux deux tiers des méridiens, ainsi que cela a lieu chez les Eschscholtzia Less. et chez les Cydippe Gegenb., non Eschsch. {Hormiphora Agass.). Ces derniers sont caractérisés en outre par les ramifications et les appendices lamelleux qui accompagnent les tentacules. Comme espèces principales de Cydippidés, il convient surtout de mentionner : Pleurobrachia pileus Flem., décrit et ■figuré par Gronovius dès 1748, qui habite la mer du Nord et qu'on rencontre abondamment sur les côtes de Belgique; Eschscholtzia dimidiata Less. et E. glandiformis Less., tous deux de l'Océan Pacifique austral, enfin le Cydippe plumosa Sars (C. hormiphora G^genh.), qui vit dans la Méditerranée

Les Cestidés possèdent également deux tentacules, mais leur corps fortement comprimé, considérablement élargi latéralement en forme de ruban et muni de quatre côtes seulement, permet de les distinguer nettement de tous les autres types. En outre, chacun des tentacule? est accompagné d'un filament accessoire à ramifications frangées et pendantes. Dans le Yexilliim paraUehim Fol., espèce des îles Canaries, le tube stomacal est court et le canal de l'entonnou' trèslong. C'est le contraire dans le genre Cestum Less,, dont on connaît principalement trois espèces : C. najadis Eschsch. et C. amphitrites Mert., propres à l'Océan Pacifique, et C. Veneris Less. ou Ceinture de Vé^ms, qui n'est pas rare dans la Méditerranée et qui a été l'objet de travaux importants de la part de

MM. Eschscholtz {System der Acalephen, 1829, pi. I,fig. 1^ et 1'^), Délie Chiaje [Memorie sidla sloria e anotomia degli animali senza vertèbre del regno di Napoli, 1829, t. IV, pi. 52, fig. 2), Mertens [Beobacht.und Untersuch. ùber die heroeartigen Akalephen, in Mém. de VAcad. de Sainl-Pétersb., t. II, p. 4/9,. pl. 1, fig. 1-5) et MilneEdwards [Ann. Se. nat., Zoologie, 4-= sér., t. YIl, p. 290, pl. 15).

Quant aux Mnémiidés, leurs caractères distinctifs principaux résident dans le développement inégal des côtes, dans l'absence des tentacules et dans la présence d'appendices lobés dans le voisisage de l'ouverture buccale. Leur corps, plus ou moins comprimé latéralement, est lisse (genre Mnemin Eschsch. et Lesueiiria Miln.-Edw.) ou bien couvert de papilles (genre Chiaja Less.). Les Mnemia, qui sont tous américains, ont le lobe buccal simple, tandis que dans les Lesueuria ce même lobe est denté sur les bords. Le L. vitrea Miln.-Edw. habile la Méditerranée et se rencontre assez fréquemment dans la baie de Nice (voy. Ann. Se. nat., Zoologie, 2" sér., t. XVI, p. 199, pl. 2, 5 et 4). Enfin,, parmi les Chiaja, qui sont si remarquables par le développement souvent énorme que prennent les côtes latérales, nous mentionnerons les Ch. papillosa M.-Edw. {Alcinoë neapolitana Less.), Ch. multicornis M.-Edw., et Ch. palermitana M.-Edw., qu'on trouve dans la Méditerranée, principalement dans le voisinage des côtes de la Sicile (voy. Ann. Se. nat.. Zoologie, A" sér., t. VII, p. 285, pl. 14). Ed. Lefèvre.

CTÉSI.IS appartenait à la branche Cnidienne de la famille des Asclépiades, et florissait vers l'an 400 avant Jésus-Christ. Il accompagna l'armée grecque qu'avait enrôlée Cyrus le Jeune pour aller déti*oner son frère, Artaxercès-Mjiémon. Après la défaite de Cunaxa, il fut fait prisonnier par .Artaxercès, qu'il guérit d'une blessure. Il se fixa alors en Perse, à la cour du roi, où il demeura pendant dix-sept ans, et occupa ses loisirs à rédiger une histoire des Assyriens, des Mèdes et des Perses, en vingt-trois livres, qu'il avait tirée, disait-il, des archives des souverains. Bien que Diodore de Sicile et surtout Trogue-Pompée aient cru pouvoir utiliser, pour leurs travaux historiques, le livre de Ctésias, il n'a joui dans l'antiquité que d'un crédit très-limité; on le regardait comme rempli de légendes et de fables. En tant que médecin, il ne nous est connu, que pour avoir blâmé le chef de l'école rivale de celle de Guide, Hippocrate, de tenter la réduction des luxations du fémur (Galien, in Lib. de artic., comment. III). Ctésias est un nom trop connu pour que nous ayons pu le passer sous silence, quel que soit le peu de mérite du personnage. E. Bgd.

CCBA (Johakn). Médecin et naturaliste allemand, natif d'Augsbourg, vivait vers le milieu du quinzième siècle. Il pratiqua la médecine successivement à Augsbourg et à Francfort. L'amour de l'histoire naturelle et particulièrement de la botanique le détermina à entreprendre, en compagnie d'un peintre, un voyage en Grèce et en Orient, pour étudier les productions de ces pays et récolter les plantes qui y croissent. Comme résultat de ses investigations, il a laissé un traité de matière médicale, contenant les trois règnes de la nature, l'un despremiers livres d'histoire naturelle qui ait été publié avec des figures; ces dernières, il est vrai, sont détestables, surtout dans les premières éditions. L'ou- A'rage lui-même est intitulé : Garten der Gesundheit. Mainz, 1485, in-foL; Wien, 1486, in-fol., etc. ; la traduction latine parut à Mayence, en 1491, sous

le titre de Ortus [Hortus) sanitatis, in-fol., la traduction fiançaise à Paris, en 1559. Parmi les nombreuses éditions qu'a obtenues ce livre, les meilleures sont dues à Egenolph, à Rhodion , à Dorsten et surtout à Lonicer (Francfoi t, 1573, in-fol.). La première partie, qui traite des plantes, a été imprimée séparément sous le nom de Krâuterhuch. Enfin, Cuba est encore l'auteur d'un ouvrage sur les maladies des femmes, qui a été inséré dans la collection d'opuscules sur le même sujet, publiée à Erford, in-8°, sans désignation d'année, sous le titre de : Ehestands Arzneybuch. I^- Hn.

CUBA. Ile de l'océan Atlantique et l'une des plus grandes du globe, située à l'entrée du golfe du Mexique entre les 19" 49' et 25" 13' de latitude septentrionale et entre les 67" 51' et 78" 40' de longitude occidentale du méridien de Cadix. Découverte par Cristophe Colomb, en 1492, et soumise par Yclasquez , de 1511 à 1514, au profit de la couronne d'Espagne dont elle est restée la propriété jusqu'à nos jours. La forme générale est celle d'une terre longue et étroite disposée en arc de cercle dont la convexité regarde le nord. Son orientation est légèrement oblique de l'est à l'ouest et du sud au nord. L'iie est abritée de ce côté par l'archipel des Bahamas ou Lucayes et par la Floride, du côté de l'est-sud-est par Haïti et la Jamaïque, enfin vers l 'ouest-sud-ouest par les côtes du Yucatan. — En outre, ses côtes sont défendues dans les deux tiers de leur étendue par deux chaînes d'îles basses et de récifs séparés d'elles par d'étroits canaux navigables seulement aux petits bâtiments. Une seule des îles annexes fait exception par sa constitution géologique et son étendue, c'est l'île de Pi7ios au sud-ouest, dont l'area, suivant Humboldt, excède quatre fois celle de la Martinique.

L'île de Cuba a 220 lieues marines de longueur, 16 en moyenne de largeuiet 3824 de superficie ; ce qui la rend d'un tiers plus grande qu'Haïti et presque égale à toutes les Antilles ensemble. Mais, si Ion y ajoute la superficie de ses annexes, elle a 5975 lieues carrées et, par conséquent, plus de territoire que toutes les autres Antilles réunies, plus que le Portugal et autant que l'Angleterre proprement dite.

Les côtes pourvues d'un nombre considérable de ports, dont quelques-uns sont au rang des plus grands et des plus commerçants du monde, se déroulent sur une étendue de 600 lieues marines.

I. Géologie et miîséralogie. L'île de Cuba dans les 4/5 environ de son étendue n'offre que des terrains plats ou doucement ondulés qui ne sont élevés que de 90 à 1 20 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, suivant Alexandre de Humboldt. Des groupes de montagnes inégalement répartis de Tune à l'autre extrémité occupent le reste du pays. Le plus remarquable est celui qui parcourt le département oriental dans toute son étendue du cap Maisi au cap Cruz, d'une part, et aux grandes plaines du département central, d'autre part. C'est la sierra Maestra ou sierra del Cobre, qui élève sa masse imposante sur une étendue de côtes de 40 lieues de longueur sans autre interruption que les gorges et les vallons qui servent de lit aux torrents nés dans les forêts vierges qui couronnent ses inaccessibles sommets. Au sud, les flancs abruptes de la sierra plongent directement dans la mer, tandis que les pentes septentrionales plus douces et plus fertiles donnent naissance à de nombreux chaînons qui s'étendent vers le N. E., laissent entre eux de larges bassins arrosés par de grands cours d'eau dont l'un, le Cauto, est un fleuve majestueux, de 60 lieues de cours, na-

vigable dans le dernier tiers de son étendue. Les sommets les plus élevés de cette cbaîne et de l'île tout entière sont YOjo del Toro et le Turquino, qui atteignent HOO mètres et 2,600 mètres au-dessus du niveau de la mer.

La Sierra-Maestra est composée de schistes primitifs, de gneiss et de granit dans sa plus grande portion. De ces formations sont venues probablement les alluvions de sables aurifères que l'on a exploités avec ardeur dans les premiers temps de la colonie, pour le plus grand malbeur des indigènes, et qui, en vingt-six ans, rendirent au moins un million et demi de piastres, en calculant la production d'après le tribut du cinquième [real quinto) qui fut payé à l'Etat. On en trouve encore quelques traces dans certaines rivières, comme aussi dans les mines de cuivre, mais nulle part en suffisante quantité pour payer les frais d'extraction. — Les mines de cuivre qui ont fourni de 1830 à 1859 environ la septième partie de la quantité du même métal ulilisé par l'industrie des nations civilisées vont déclinant depuis cette époque. Leur principal gisement •est dans la chaîne dont nous venons de nous occuper, nommée pour cela sierra del Cobre, où les différentes classes de minerai se mêlent en grande abondance aux «chistes amphiboliques, au diorite et à l'euphotide. Certains échantillons renferment jusqu'à fiO pour 100 de métal pur. Les liions exploités depuis longtemps sont seuls près d'être épuisés, mais il en reste bien plus encore à arracher aux entrailles de la terre.

Il existe aussi une grande quantité de minerai de fer, particulièrement à Jurajua, près de Santiago de Cuba, où l'on découvre en abondance le fer oxydulé magnétique. L'asphalte, le pétrole, l'alun, se rencontrent aussi en plusieurs localités. Du centre de la sierra Maestra, sous le méridien de la baie de Nipe, se détache une arête principale qui se dirige de l'est à l'ouest, vers les premiers escarpements du groupe central de l'île, laissant au sud le vaste bassin du Cauto et s'appuyant, vers le nord, sur une série de contreforts qui forment, entre l'arête principale et la côte occidentale, un terrain accidenté de hautes collines, de riantes vallées et de beaux plateaux. Celui de Holguin est le plus remarquable par sa fertilité et la. douceur de sou climat. Au point où expirent les derniers contreforts méridionaux de la chaîne que nous venons de décrire commence un autre groupe d'une constitution bien différente qui, des environs de Santa Cruz jusqu'à ceux de la Havane, parcourt de l'E. S. E. à l'O. N. 0. les deux tiers moyens de l'île. C'est \e groupe central, qui occupe une superficie de plus de 120 lieues marines. Les principaux rameaux, beaucoup moins élevés et moins scabreux que ceux de la sierra Maestra, ont au sud les Lomas ou collines de San Juan, dans le territoire de Trinidad, les montagnes de YEscambray, dans les environs Je Yilla-Clara, celles de Cubitas entre Puerto-Principe et la série de collines qui s'étendent entre la Havane et Cardenas plus ou moins près de la même côte et qu'on nomme sierra de Béjucal. Les Lomas de San Juan sont des montagnes calcaires de 600 à 700 mètres de hauteur, très-escarpées vers le sud, arides à leurs sommets, qui tantôt s'arrondissent en croupes, tantôt s'élancent en aiguilles légèrement inclinées. La sierra del Escambray est formée de roches serpentineuses et siénitiques où l'on découvre et où l'on a exploité du minerai de cuivre argentifère et d'où sourdent des sources de pétrole. On y trouve aussi l'asphalte solide qui, distillé avec quantité égale de charbon de terre, sert à préparer le gaz qui éclaire la ville de Santa Clara et n'est nullement inférieur au gaz d'éclairage ordinaire. Des alluvions entraînées par les rivières de l'Escambray, a été tirée une partie de l'or envoyé en Espagne, peu

d'années après la conquèle. Les sommetsculminaiits de ces montagnes atteignent «n millier de mètres de hauteur. La petite sierra de Cubilas, qui forme comme un groupe isolé au milieu de la plaine, n'a de remarquable que les grandes cavernes orndi s de stalactites et de stalagmites au milieu desquelles on se pei'd dans un labyrinthe qui servait jadis de refuge aux pauvres Indiens et ua- •Tuère aux nègres marrons. La constitution de ces montagnes est en majeure partie calcaire.

Enfin la sierra de Bejucal, qui s'étend entre Gardenas et la Havane, n'est

•fju'un modeste groupe de collines dont les points culminants connus sous le

nom de Pan de Matanzas, Arcos de Canasi, etc., ne dépassent pas 430 mètres

■de hauteur. De formation calcaire elles se rattachent, suivant Humboldt, aux

terrains de même nature des Bahamas et de la Floride.

A l'est de la Havane le terrain s'aplatit jusque par le méridien de Mariel, où il se relève pour donner naissance au groupe occidental qui se déroule sur une •étendue de 40 lieues jusque par le travers des baies de Cortis et de Guadiana. En ce point, l'île se rétrécit considérablement et devient basse et même marécageuse jusqu'à son extrémité occidentale qui semble détachée de la presqu'île du Yucatan et qui peut lui être comparée. Les principaux accidents de la cordillère occidentale sont le Pan de Guaijabon, haut de 800 mètres, et les montagnes de San Diego où se trouvent des carrières de marbre et des eaux minérales sulfureuses assez fréquentées. On trouve aussi dans toute l'étendue de cette cordillère des filons de minerai de cuivre et des indices de quelques autres métaux. Mais la principale richesse, ici comme dans la plus grande partie de l'île, réside en l'admirable fertilité des vallées et dans l'abondance des bois iprécieux qui couvrent d'une éternelle verdure les flancs et les cimes des monts. La partie centrale et occidentale de l'jle renferme, suivant Humboldt, deux •formations de calcaire compacte, une de grès argileux et une autre de gypse. La première de ces formations offre quelque ressemblance avec celle du Jura, ^i ce n'est qu'au lieu des ammonites et des gryphites on trouve des pétrifications ou plutôt des moules de peclen, de cardites et de térébratules ainsi que des madrépores. La chaîne des collines de Béjucal appartient à cette variété de calcaire où les couches oolithiques du véritable terrain jurassique sont remplacées ]iar des couches poreuses et même caverneuses renfermant des nids de fer brun ocracé. La même roche forme les collines de San Juan, entre Trinidad et Cienfuegos, et celles de Matanzas où l'on trouve creusées d'immenses cavernes de même nature que celles de Cubitas dont nous avons parlé. L'île abonde en cavernes semblables où s'engouffrent quelques petites rivières pour y disparaître ou simplement pour les traverser. En outre des minéraux précieux dont nous avons déjà eu occasion de parler, on a rencontré des traces de plornb, d'antimoine et de bismuth. La calcédoine, l'opale, la cornaline, les agates, se rencontrent dans les alluvions des rivières et dans les filons quartzeux. On exploite à l'île des Pins, qui est de formation calcaire comme le centre et l'ouest de Cuba, des carrières de marbre et de jaspe de la plus belle qualité. La serpentine et l'albâtre, qui pourraient être utilisés dans les arts, eu égard à leur beauté, se rencontrent en grandes masses dans des localités que nous avons déjà désignées. Le plâtre et le kaolin aussi fin que celui qui sert à faire la porcelaine de Sèvres sont très répandus et quelquefois exploités dans le département occidental. Il y a des gisements de sel gemme et surtout des salines naturelles dont on ne prend aucun soin dans les nombreuses anses de la côte. Les principales salines

sont celles de l'anse de Majana, celles de Choco, qui rendent plus de mille livres par an, celles de Punta del Padre, de Malagueta, de Nipe, de Guantanamo.

II. Hydrographie. L'île de Cuba est arrosée par plus de 200 rivières dont quelques-unes seulement sont navigables, dans la dernière partie de leur cours.

Elle abonde en eaux minérales ferrugineuses, sulfureuses et salines. Les plus célèbres sont celles de San Diego dans le département occidental, renommées pour la cure des affections herpétiques et rhumatismales ; celles de la Isla de Pinos, qui conviennent aux maladies scrofuleuses et tuberculeuses, et celles du Cédron dans le département oriental.

La configuration de l'île — étroite et longue — et l'orientation des montagnes indiquent assez, sans qu'il soit besoin d'y insister, que le cours des rivières est généralement de peu d'étendue, et que leur longueur est en proportion de la largeur de l'île à l'endroit où elles naissent. C'est ainsi que, le plus grand diamètre étant du cap Cruz à Nuevitas, nous y trouvons les plus grands cours d'eau, tandis que la zone d'une douzaine de lieues comprise entre Mariel et Batabano est la moins arrosée qui existe. — D'une manière générale l'ouest et le Centre sont beaucoup moins bien partagés sous ce rapport que l'est, qui possède les plus hautes et les plus nombreuses montagnes.

Le déboisement des plaines et la texture caverneuse des formations calcaires contribuent d'ailleurs à la sécheresse relative des deux premières régions. Mais l'abondance de la rosée compense dans les terrains plats la rareté des cours d'eau et suffit pour entretenir une verdure toujours renaissante sur l'épaisse couche de terre végétale qui recouvre la roche et qui dispense de l'usage des engrais, même dans les plus opulentes plantations.

Les marécages sont nombreux et très-étendus, surtout sur la côte méridionale. C'est ainsi que de Batabano à la baie de Cienfuegos, sur une longueur de 60 lieues de l'ouest à l'est et sur une profondeur de quelques lieues, s'étend la Cienaga de Zapata, marécage à peine interrompu par quelques savanes où l'œil attristé n'aperçoit derrière le rideau de rhizophorées qui borde la côte que les troncs rabougris des palmiers s'élevant comme des mâts brisés au milieu des touffes de joncacées et d'iridées. Les caïmans et les crocodiles peuplent seuls ces affreuses solitudes. La Cienaga del Buey à l'embouchure du Cauto et la Liguanea, qui occupe la moitié méridionale de l'ile des Pins, sont les principaux marécages de la côte sud, mais il y en a beaucoup d'autres de moindre importance, particulièrement à l'embouchure des rivières. — Le nombre et l'étendue des marécages est moins considérable sur la côte nord. Cependant celui de Majaguillal près de la ville de Gardenas, construite elle-même au milieu des vases et des palétuviers, celui de la Giianaja, dans la baie du même nom, et quelques autres, occupent en somme une superficie assez considérable.

Il y a aussi beaucoup de lacs et d'étangs d'eau douce : le plus grand est la Laguna de Ariguanabo , qui a deux lieues de superficie et jusqu'à 5 mètres de profondeur. Les nombreuses îles dont la côte est semée méritent qu'on en dise quelques mots parce qu'elles diffèrent essentiellement de la grande terre, si ce n'est l'île de Pinos. Celle-ci est de même nature, en partie montagneuse, arrosée par 5 rivières, riche en bois précieux, surtout en acajou. On y a même découvert des indices de mercure et d'argent. Toutes les autres îles ne sont que des rochers madréporiques à fleur d'eau ou fort peu élevés au-dessus de son niveau. 11 en est d'assez grandes, comme Cayo- Romano, qui a d6 lieues de long sur 2 de large, Cayo-largo, qui a 52 milles

carrés, etc. — Quelques-unes ont de petits bassins d'eau douce qui permettent d'y élever les troupeaux, car ces rochers ne sont pas sans végétation. La plupart, au contraire, sont couverts de verdure, «, verdes, Uenos de arboledas y graciosos — pleins de gracieux bosquets )), a dit Christophe Colomb, qui leur donna pour cette raison les noms de Jardines et Jardinillos. Cependant ils sont ou déserts ou habités seulement par des pêcheurs et des bergers. C'est un curieux spectacle que ce labyrinthe de rochers à peine émergés dont le sol n'est qu'une agrégation de roches anguleuses cimentées par le sable que la mer y a déposé et par les détritus de coquilles et de coraux qui, unis à une petite quantité d'humus, forment toute la terre végétale sur laquelle croissent des graminées, de petites, euphorbes, l'avicenia, le bâtis, le superbe tournefortia à feuilles argentées et dont la fleur embaume l'air du plus suave parfum. Quelques-uns de ces îlots ont perdu toute trace de lagon, mais d'autres sont encore légèrement déprimés au centre où ils conservent de petits bassins d'eau douce, réceptacles des eaux pluviales ou de sources alimentées par les filtrations de la côte voisine.

Cette dernière supposition est la plus probable, parce qu'il est difficile que l'eau pluviale se conserve sur une terre aussi poreuse et sous un soleil si ardent, tandis qu'il se peut très bien que les filtrations qui se font dans les couches de calcaire jurassi(pe de la côte voisine soient amenées par une pression hydrostatique, entre les strates sous-marines de la même roche, à sourdre à la surface des îlots. C'est sans doute par la même opération de la nature qu'on voit des sources d'eau douce jaillir en bouillonnant au milieu de la mer, à 2 ■ lieues de la côte de Cienfuegos, en si grande abondance qu'elles causent un clapotis dangereux pour les canots, et que les barques de pêcheurs y renouvellent leur provision d'eau aussi bien qu'à terre. La sonde prouve que ces îlots s'élèvent à pic sur des fonds de 20 à 50 mètres. Sur quel terrain reposent-ils ? sur le calcaire jurassique de la côte ou sur le schiste^ardoisier et les phyllades qu.i percent la vase sur cette même côte à travers les racines des palétuviers et qui forment peut-être le fond sur lequel repose la formation calcaire de Cuba ? C'est ce que nous ne saurions établir. Toujours est-il que le travail des polypes coralliens continue de nos jours sous les eaux qui baissent, comme disent les pilotes, dans le sud de l'île de Cuba. C'est-à-dire que le fond s'élève, et qu'un jour viendra oij, sans révolution brusque, sans un seul de ces changements à vue dont les anciens géologues étaient si prodigues , l'île de Cuba doublera d'étendue par l'adjonction des îlots, des récifs et des bas-fonds qui lui font comme une ceinture. Et cette nouvelle formation calcaire présentera quelque analogie de structure et une identité de composition chimique avec le calcaire poreux, semi-caverneux et riche en fossiles de mollusques et de polypiers, qui couvre aujourd'hui la plus grande partie de l'île et qui a été lui-même formé sous les eaux de la mer.

m. Flore. Un voyageur que sa grande expérience des régions tropicales pouvait rendre difficile, Alexandre de Humboldt, a dit : « L'île de Cuba, par sa surface ondulée, sa verdure toujours renaissante et la distribution de ses formes végétales, offre, à chaque pas, le paysage le plus varié et le plus agréable. Deux arbres à grandes feuilles coriaces et lustrées, le Mamrnea et le Calophyllwn Calaba, cinq espèces de palmiers (la Palnia real ou Oreodoxa regia, le cocotier commun, le Cocos crispa, le Corypha Miraguama et le C. maritima) et de petits arbustes constamment chargés de fleurs ornent les collines et les savanes. Le Cecropia peltata marque les endroits humides. On serait tenté de croire que

toute l'île a e'té dans l'origine une forêt de palmiers, de citronniers et d'orangers sauvages. Ces derniers, à très petits fruits, sont probablement antérieurs i l'arrivée des Européens qui ont apporté les agriimi des jardins. — Comme la végétation de l'ile de Cuba offre tous les caractères de la végétation des régions les plus rapprochées de l'équateur, on est surpris d'y trouver, dans les plaines mêmes, une forme végétale des climats tempérés et des montagnes de la partie équatoriale du Mexique. Les pins [Pinus occidentalis), qui n'existent ni dans les petites Antilles ni même à la Jamaïque, couvrent les montagnes de la Isla de Pinos et du groupe occidentale de l'ile de Cuba ; ils y acquièrent 60 à . 70 pieds de haut; et, ce qui est bien remarquable, l'acajou et les Pins végètent à l'île de Pinos dans la même plaine. Vers le sud-est de l'île de Cuba on trouve aussi des pins sur la pente de la sierra del Cobre sur un sol aride et sablonneux. ))

Après ce tableau d'ensemble tracé de main de maître, nous nous contenterons de donner la noraenclatui^e des végétaux cultivés et de ceux qui sont employés dans les arts, en médecine, ou enfin qui servent à la nourriture des habitants.

La Canne à sucre, dont il y a plusieurs variétés, l'une dite créole, qui fut apportée des Canaries du temps de Colomb, celle de Taïti, importée en 1795, celle de la Nouvelle-Orléans, introduite en 1826, et enfin la Canne violette (Morada), originaire de Java.

Le Caféier, dont Ks premiers plants furent apportés de Saint-Domingue à une époque déjà fort ancienne, mais qui ne commença à être cultivé que par les émigrés français de cette colonie à la fin du siècle dernier.

Le Tabac indigène est le meilleur du monde entier. Colomb raconte dans lu relation de son premier voyage que les émissaires qu'il envoya au cacique du Camaguey, qu'il croyait être le grand kan des Tartares, virent tous les Indiens qu'ils rencontraient en chemin avec.des rouleaux de feuilles allumées d'oîi ils tiraient des bouffées de fumée. Le mot de Tabac appartient lui-même à la langue des indigènes de Cuba, qui appelaient Tabaco les rouleaux de feuilles, comme on appelle encore aujourd'hui les cigares dans le pays, et qui donnaient à la plante le nom de Cohiba.

Le Cotonnier, également indigène et qui servait aux Indiens à filer des tissus dont ils se couvraient. Colomb vit sur la côte sud de l'île « un roi mystérieux qui ne parlait à ses sujets que par signes et marchait entouré d'un groupe d'hommes vêtus de longues tuniques blanches, comme les moines de la Merced. tandis que le reste du peuple était nu ».

Le Cacaoyer, dont la culture a été introduite de Caracas depuis une vingtaine d'années, et qui réussit à merveille au milieu des plantations de café.

Le Riz vient très-bien, soit dans les montngnes, soit dans les plaines humides. Les deux espèces font l'objet d'une culture assez restreinte, comparativement à l'étendue de l'île et aux besoins de la consommation locale. Cependant la récolte de 1862 a monté, d'après la statistique, à vingt-cinq millions de kilos.

Le Maïs indigène et anciennement cultivé par les Indiens se récolte en grande abondance. Les grains sont plus petits que ceux des Etats-Unis.

Le Froment; (exotique). Il réussit très-bien dans le territoire dit des Cuatrovillas, particulièrement à Villa Clara où, jusqu'en 1820 et même 1850, on n'eu a guère consommé d'autre. Quoique la farine qu'il donnait tût de belle qualité, on en a abondonné la culture pour d'autres plus lucratives et mieux appropriées

au climat. La même raison tiiit dédaigner la culture de la Vigne. Les pLants qu'on cultive pour manger les fruits viennent d'Europe, mais il y a aussi une vigne sylvestre qui a servi à faire du vin dans les premiers temps de la colonie, ainsi que le prouve ce passage d'Herrera, historiographe de la conquête : « De muchas parras monteses con uvas se ha cogido vino aunque algo agrio. D'une grande quantité de grappes de raisin sauvage, on a fait du vin, mais un peu aigre. » J'ai vu les mêmes vignes dans les montagnes du département oriental, et les grappes, quoique mûres en apparence, étaient très-aigres. Ce n'est pas le vrai Vitis vinifera, mais une espèce très-rapprochée que les botanistes de Cuba ont classée en deux variétés, le Vilis inilica et le Vitis labrusca. Peut-être est-ce la même que Humbolt a trouvée en divers pays d'Amérique et qu'il appelle Vitis tilœfolia.

Le Haricot se cultive en très-grande abondance et est d'excellente qualité ^ surtout la petite espèce brune, le frijol par excellence, qui a été importé de l'Amérique centrale au seizième siècle.

L'Igname {Dioscorea alata), le Manioc {Jatropha matiihot)^ dont deux espèces sont indigènes, le Faro ouMalanga [Arum esculentum et sagittœfolium), la Patate {Convolvulus hatatas), sont des racines féculentes qui font avec la Banane la principale nourriture des nègres et des gens de la campagne. Ils sont pour le pays ce que le blé est pour la France.

LtQananier [Musa par adisiaca, Regia, Eosacea, sapientium (exotique). C'est le plant qui, sur une étendue donnée, produit la plus grande quantité de substance alimentaire.

Les Pois, Clioux, Carottes et presque tous les légumes d'Europe, en un mot, sont cultivés pour l'approvisionnement des marchés autour des villes et pour la table des maîtres dans les habitations rurales. La plupart des arbres fruitiers d'Euiope auraient été acclimatés autrefois dans les caféières de la Sierra Maestra, à une altitude de 800 à 1200 mètres; mais, ces habitations ayant été abandonnées, les arbres se sont en grande partie perdus. Heureusement que la Pomone indigène est assez riche pour se passer des dons de sa sœur d'Europe et qu'elle peut montrer avec orgueil une grande variété d'arbres fruitiers comme le Mangotier {Mangifera indica), exotique, il est vrai, mais aujourd'hui réussissant en plein champ et en telle profusion qu'il semble n'avoir jamais eu d'autre patrie.

Le Mamoncillier {Mellioçca bijuca), arbre magnifique, tant pour l'élégance et l'épaisseur de son feuillage que pour la majesté de son port. Le Mamon {Anona glabra) et le Maranon [Anacardium occidentale). Outre son fruit, cet arbre produit une gomme analogue à la gomme arabique. Le Sapolier à gros fruit (Mammea americana) età petit fruit [Lucuma Bomplandi) , le Sapota mammosa, le Lucmna serpentaria vel achras mammosa et le Dyosipios obtusifolia, sont en même temps des arbres fruitiers et des bois de construction.

La Pomme-rose [Eugenia jambos), arbuste couvert de fleurs et de fruits presque toute l'année. Son fruit parfumé sert à faire une confiture qui nous a rappelé complètement la confiture de feuilles de roses des Orientaux.

Le Papayer (Carica papaya).

U Ananas [Bromelia ananas). La production annuelle est estimée à 600 000 douzaines, et l'on cite des exemples de récolte qui ont valu à un seul propriétaire GOOO piastres fortes ou 50 000 francs en un an. Il est originaire du Pérou.

Le Melon, importé de Gastille et de la campagne de Valence, donne des fruits superbes, sans culture et sans arrosage, dans les habitations oiî l'on ne se donne que la peine de le semer. Les maraîchers le cultivent avec soin autour des grandes villes pour qu'il produise davantage et ne dégénère pas.

L'Avocat {Persea gratissima), arbre très-commun qui produit l'excellent fruit du même nom. La décoction de ses semences est administrée dans la campagne comme emménagogue, et on la suppose capable de provoquer l'avortement.

VAjonjoli, qui produit une capsule dont les graines sont oléagineuses et sont supposées propres à exciter la sécrétion du lait chez les nouiTices, On en fait des gâteaux analogues au nougat.

VAnon {A^iona squamosa), dont le fruit renferme une pulpe aromatique et sucrée qui imite le sorbet.

Le Caimitillo (Chrysophyllum oliviforme), arbre fruitier et de construction, et le Caim'ito [Chrysophyllum caimito), analogue au précédent.

Le Cocotier {Cocos nucifera, Cocos crispa, etc.), très-répandu comme les diverses espèces de palmier.

Le Dattier, exotique, mais déjà assez commun, donne de bons fruits.

Le Tamarinier [Tamarindus occidentalis), un des plus beaux arbres du pays.

L'Oranger et le Citronnier, dont une espèce est indigène.

Le Spondias dulcis et autres espèces du même genre.

Nous passerons rapidement en revue les arbres de construction et d'ébénisterie qui couvrent les montagnes et dont on ne retire presque aucun profit, faute de voies de communication.

L'Acajou, le Cèdre [Cedrela odorata), l'Ebénier [Diospyros) , le Granadillo [Brya ebenus), le Guaiacum sanctum, le Ciiratella americana, d'un bois jaspé magnifique, VErythalis fruticosa, VAchras dissecta, dont le bois est incorruptible, le Colubrina ferriiginea, le Cerasus occidentalis, le Combretim dipterum, le Bignonia quercus, le Guazuma polybothria, dont l'écorce est savonneuse, le Bumelia salicifoiia, le Bucida capitata, dont le bois est trèsdur et qui donne une gomme analogue à celle du Sénégal, le Calophylhim calaba, dont le fruit fournit une huile qui sert pour la peinture et les vernis, et dont le bois passe pour incorruptible ; le Pin {Pinus occidentalis) ,\e Podocarpus, conifère à fruit monocarpe, qui attira vivement l'attention de Colomb : « Ces pins très-hauts, dit-il, qui ne portent pas de pommes de pin, sont constitués de telle sorte par la nature qu'ils ressemblent aux Oliviers de Séville » ; YEriodendrum anfractnosum, appelé dans le pays Seiba, le géant du règne végétal de Cuba et dans le tronc duquel les Indiens creusaient de grandes pirogues. Plusieurs cabanes peuvent trouver un abri contre les ardeurs du soleil sous son splendide feuillage; VExcœcaria lucida, à bois sombre et très-dur; le Giiara trichiloides, dont le suc gommo-résineux est un poison comme celui du Mancenillier.

Les bois de teinture sont une des richesses de la flore de Cuba. Les principaux sont : le Bois de Campêche (Hœmatoxilum campechanum) , le Fustet [Broussonetia tinctoria) , dont on exporte une grande quantité en France et ailleurs ; le Bois du Brésil (Cœsalpinia crista et Brasiliastrum americanum) ; V Indigo fera cytisoides, qu'on appelle dans le pays Indigo marron ; le véritable Indigo, introduit à Cuba au milieu du seizième siècle et dont la culture a été abandonnée, mais qu'on trouve encore à l'état sylvestre ; le Curcuma lonqa, dont les campagnards tirent une teinture jaune en faisant bouillir la racine

avec du Citron. Ils l'appellent Madras, Il y a un parasite très-commnn dans les bois où il s'enroule en longs filaments autour des branches et forme des réseaux qui pendent jusqu'à leire. On l'cinplolc en guise de crin et de laine pour faire des matelas, ce qui lui a valu le nom de laine végétale ; c'est le Fillandria usnioides, en espagnol Guujaca. Citons encore le Manglier {Rhizophora mangle) qui couvre toutes les plages marécageuses et dont l'écorce, riche en tannin, sert à préparer les cuirs; le Colcliorus sUiquosus, vulgairement Té de la tierra, analogue au Thé de Chine; le Vanillier {Epidendrum vanilla), différent de celui du Mej^ique par ses fleurs blanches et la moindre longueur de ses gousses.

Voici venir enfin une liste abrégée des végétaux doués de vertus médicinales ou toxiques : Quiiia de la tierra {Bnicea racemosa et Picramnia pentandra), sylvestre et fébrifuge; Hibiscus sabdarifa, malvacée émolliente ; Terebinthus americana produit une résine analogue à la térébenthine; Anserina anthelminthica, passe pour vermifuge et fébrifuge ; Ambrosia artemisifo/ia, Pothos scandem. vulgairement Bejuco de lombrices, très-usité à la campagne comme anlhelmintbique. J'ai pu constater son efficacité. Borrago of/icinalis, Piper umbellatum, espèce d'anis ; Asclepias cîirasbica, émétique et purgative ; Cassia ftslula; Argemone mejicana, analogue à notre Chardon bénit et fébrifuge; Spigelia anthelminthica, vermifuge ; Amomum tlnjrsoidium erectiim, très-diurétique; Icica copal, donne une résine balsamique très-usitée dans le pansement des plaies cl en emplâtre rubéfiant; Datura stramoniiun. U Eiipatorium mikania est la liane si connue sous le nom de Guaco pour ses vertus curatives des morsures de serpent et autres animaux venimeux. On l'a aussi employée dans le choléra et la syphilis. C'est un puissant sudorifique, mais il a aussi une action locale très-efficace pour déterger les plaies, soit qu'on le fasse bouillir dans l'eau, soit qu'on eu prépare une teinture alcoolique. Lœtia apelala. donne, par des incisions faites à son éco:ce, une résine purgative employée dans les campagnes; Commocladia dentata, très-abondant et très-dangereux par le suc laiteux qui s'en écoule, lequel brûle la peau et détermine des ulcères. Dormir sous son ombrage suffit pour gagner une éruption prurigineuse. C'est ranalo^uc du Rhus atra. Ricinus commnnis ou. PalmaChristi ; Lobelia injlata ; Plantaqo latifolia ; Alacrités triloba, donne une noix huileuse et purgative; Siinarouba glaiica, de mêmes propriétés que le S. officinalis; Euphorbia myrtifolia, dont le suc est un violent vomi-purgatif; Melia azedarach; Ahrus precaiorius ou Réglisse créole; Dolichos pruriens, anthelmintique très-usité; Jatropha ciircas donne une amande très-riche en huile drastique analogue à celle de Croton- Hydrocotijle wnbellata, anlihcrpéliiiue; Smilax zarzaparilla ; Rumex patientia • Salvia ; Laurus sassafras ; Sainlmciis; Cactus splendidus, coccinilifer, etc.; Verbena jamaicensis; Oxalis frutescens, acetosa, violacea, corniculata; Menlha saliva; Cassia occidentalis passe pour efficace dans la dysenterie, de même que le Rumex sanguineus; Heabrum lanatiim ; Spermacoce verticillata, employé contre l'éléfilianliasis; Aloe vulgarisai succotrina.

IV, Faune. Le règne animal, dans l'Ile de Cuba, se faisait remarquer, lors de la découverte, par la rareté des Mammifères. Les ^euls que les conquérants rencontrèrent et dont ils nous ont 'aissé des descriptions qui laissent beaucoup d'incertitiule sur les espèces aujourd'hui perdues sont :

l°Le Perro mudo (chien muet), « qui n aboyait jamais, même quand on Vassommait », disent-ils dans leur langage naïf. Les chiens muets existent DICT. ENC. XXIV. 5

encore en troupes nombreuses, dans les pampas de l'Amérique du Sud, et Prichard t'ait remarquer que les chiens sauvages n'aboient pas en général.

2° UAlmiqui, dont l'espèce s'est conservée et qui vit d'insectes. C'est une espèce de musaraigne.

3° La Juiia, en français Agouti ou lièvre d'Amérique.

■4° Le Curiel ou Lapin d'Amérique, autre rongeur fort semblable au cochon d'Inde.

Les mêmes annalistes ont signalé encore le Mojui, le Giiaviiiiquinar et Y Aire qui sont ou des variétés des espèces précédentes ou qui ont disparu.

Les Chéiroptères et les Cétacés compensent par leur nombre la rareté des Mammifères quadrupèdes dans l'île de Cuba. On compte plus de vingt espèces de Cliauves-souris, et les côtes abondent en Dauphins, Marsouins et Lamantins.

Les Espagnols ont introduit tous les animaux domestiques de l'ancien continent qui ont multiplié à profusion, et dont quelques-uns sont retournés à l'état sauvage, tels que le Chien, le Chat et le Cheval lui-même, qui, dans quelques districts inhabités fournit à plaisir ses courses vagabondes au milieu des fourrés et des grandes herbes de la savane. Ils ont introduit aussi le Chevreuil, le Rat et la Souris.

Oiseaux. Les Oiseaux sont aussi nombreux que remarquables par leur variété et l'éclat de leur plumage, depuis l'étincelant Colibri jusqu'au splcndide Paon royal; mais il y a peu d'Oiseaux chanteurs. Ainsi l'on ne connaît ni le Rossignol, ni le Merle, ni le Serin, mais bien le Sansonnet, le Chardonneret, l'Alouette, la Grive, le Martin-pècheur, le Cardinal. H y a beaucoup de Tourterelles et de Cailles; point de Perroquets, mais de jolies Perruches. Les Oiseaux aquatiques abondent, parmi lesquels le Pélican et le Flamant. Le plus commun des Oiseaux de proie est le Vultur aura. Bref, on compte deux cent cinquante espèces A' Oiseaux, non compris celles importées par les Européens, qui sont les Oiseaux domestiques et quelques Oiseaux de chasse. Le lecteur curieux de l'ornithologie cubaine peut consulter l'ouvrage remarquable de Lambeye : Ornitologia de la Isla de Cuba.

Reptiles. Le seul redoutable est le féroce Crocodile à museau pointu et à jambes dentelées pareil à celui du Nil [Crocodilus acutus de Cuvier). 11 habite la cienaga de Zapata et l'embouchure marécageuse du fleuve Cauto, dont il s'écarte jusqu'à une lieue de dislance pour dévorer les porcs dans l'intérieur des terres. Il atteint jusfju'à huit mètres de long, est très-agile et très-hardi au point de poursuivre et d'attaquer l'homme.

Le Caïman ou Alligator, à museau obtus et à jambes sans dentelures, est beaucoup plus petit et beaucoup moins hardi que le précédent. Il habite les mêmes parages et, en outre, la plupart des grandes rivières.

Vlguane est de grande taille (l'",25 de longueur), on mange sa chair qui passe pour très-savoureuse. Les lézards les plus remarquables sont VAnoUs equestris, qui change de couleur comme le caméléon, et le Spkœsios dactylus sputator, très-joli petit animal dit culehrita de ciiatro patas, à cause de sa ressemblance avec une couleuvre.

Les ophidiens sont nombreux, mais aucun n'est dangereux. Le Boa qui atteint jusqu'à i et 5 mètres de longueur, est Irès-timide et d'ailleurs sans venin. 11 en est ainsi des couleuvres telles que les Coluber cantherigerus, Dromicus cursor. Amphysbœna punctata. Cette dernière est appelée dans le pays Culebrita ciega, parce qu'on ne lui voit point traces d'yeux.

Les tortues sont nombreuses sur la côtes et dans les rivières. Les plus remarquables sont le Carey dont l'écaillé précieuse alimente une branche de commerce, la Chelonia caoïmna-ceplialo plus grande, mais d'une écaille moins belle et VEniTjs decussata {Jicotea), la plus commune des tortues d'eau douce.

Poissons. On en compte 600 espèces, soit de mer, soit de rivière. La plupart ont une chair saine et agréable; mais quelques-unes sont sujettes à acquérir des propriétés vénéneuses qui procurent la maladie appelée, dans le pays, Siguatea, et qui n'est autre qu'un empoisonnement. On confond, du reste, sous ce nom les accidents dus à l'ingestion du poisson gâté et ceux qui relèvent du principe vénéneux contenu dans la chair et surtout dans les œufs de certaines espèces, telles que le Bonasi et le Jocu, de la famille des Percoïdes, la ^phyrœna hecnnai VEscolar {Thyrsites scholaris Poëyj, le Lepidosteus Marjnari de Poëy, poisson de rivière dont les oeufs seulement sont plus ou moins toxiques, tandis que la chair reste saine. Dans les autres poissons, les œufs sont bien la partie la plus vénéneuse, mais la chair elle-même acquiert des propriétés malfaisantes à l'époque du frai. Il y a vingt ans que, dans la thèse inaugurale de l'un de nous [Topographie hygiénique et médicale de la Nouvelle-Calédonie, par de Uochas. Paris, 1860) nous établissions ce fait que des poissons, sains en temps ordinaire, deviennent toxiques à l'époque du frai, que le principe vénéneux est surtout contenu dans les œufs, à tel point que ceux-ci donnent la mort alors que la chair du même sujet ne cause que peu ou point d'accidents. Nous avons eu depuis lors occasion, à Cuba, de faire une observation identique sur des espèces différentes et un peu moins toxiques. Des poissons dont on fait une consommation journalière deviennent accidentellement la cause de symptômes graves, et dans les cas, assez rares du reste, que nous avons eus à traiter, nous avons pu constater d'une manière certaine que le poisson n'était nullement gâté, mais garni d'œufs; et les personnes les plus malades étaient précisément celles qui avaient mangé de ces œufs. Le mal s'annonce peu de temps après le repas par des fourmillements suivis d'évacuations abondantes par haut et par bas avec algidité et prostration extrême comme dans le choléra. La convalescence est assez longue (huit jours au moins), pendant laquelle persistent les fourmillements et la prostration. Nous n'avons point vu, à Cuba, de cas mortels, et il est possible que les phénomènes précités, si différents de ceux que nons avions observés en Océanie, ne soient pas constants mais variables, au contraire, suivant la quantité de substance ingérée et l'espèce dont elle provient.

Les poissons qiii méritent une mention particulière pour leur nombre ou la délicatesse de leur chair sont la dorade, la perche, l'anguille, le rouget, le mulet, la sardine, la vieille, VAstronistus Richardsoni, de la famille des saumons, ÏUpeneus maculatus, espèce de mulet rouge, diverses espèces de raies, la barbue, etc.

Les côtes foisonnent de squales (requin et scie). Le premier acquiert des proportions monstrueuses et est beaucoup plus commun que la deuxième. (Chose intéressante à signaler au point de vue géologique, c'est qu'on rencontre dans les strates calcaires de l'intérieur de l'ile des dents fossiles d'un requin gigantesque, le Squalus cœrcharius qui mesurait, croit-on, 25 mètres de long).

Nous citerons, à titre de curiosité, le Rémora, petit poisson du genre Echeneis qu'on trouve souvent fixé, par le disque cartilagineux qui fait l'office de ventouse et qu'il porte snr la tète, à la peau des requins. Le rémora, qui se laisserait plutôt mettre en pièces que de lâcher le corps auquel il adhère, dit Christophe

Colomb, était employé par les Indiens à la pèche des grosses tortues de mer. Ils lui aftacliaient une corde à la queue et le laissaient aller se fixer sur sa proie: (t Non aliter ac nos cauibus gallieis per œquora campi lepores insutamur, incolae Cubai insuliE, venatorio pisce, pisces alios capiebant, » dit Anghiera, annaliste de la conquête.

Crustacés. Très-nombreux : crabes de mer et déterre, langoustes, homards, crevettes et un petit crabe d'eau douce. Tous sont comestibles, mais ou dédaigne celui de terre ou plutôt de rivage, dit tourlourou dans les Antilles, qui grimpe dans les cocotiers et, avec sa forte pince, parvient à déchiqueter et ouvrir la noix si dure du coco.

Mollusques. Très-nombreux et la plupart comestibles. La petite huître de palétuvier est exquise et ne l'ait jamais de mal.

Arachnides. Le scorpion et une grosse araignée velue (mygale) sont venimeux, mais ne causent jamais d'accidents graves.

Insectes. Us sont innombrables. Le ravet ou cancrelat et le moustique sont les plus incommodes. Une grosse araignée particulière au pays (bibijngua) cause de grands dommages dans les jardins. Une petite fourmi rouge fait des piqiires très-cuisantes. Enfin, la fourmi d'Europe a été introduite à Cuba et s'y est multipliée.

La puce, la punaise et la chique — puJecc jienelrans — pullulent. Cette dernière est siiitout répamlue par les porcs, dans les campagnes, et les personnes qui marchent piids uns, comme les nègres, en sont souvent attaqués.

La mazamorra est un infusoire qui vit dans les flaques d'eaux stagnantes et qui s'introduit dans la peau des animaux et des hommes qui traversent ces flaques d'eau pieds nus. Elle ne cause, du reste, pas d'autre accident qu'une démangeaison insupportable.

La mouche, dont il y a plusieurs espèces et la guêpe compléteront la liste des Insectes nuisibles ou désagréables. Il n'y en a pas moins d'utiles et de gracieux. Citons au premier rang Y abeille qui est une des richesses agricoles du pays. Elle est originaiie d'Espagne et a été importée en 1763 de la Floride, alors colonie espagnole. Mais il y a aussi une abeille indigène qui produit une cire noire et qui ne vit qu'à l'état sylvestre. Elle était sans doute plus commune à l'époque de la découverte qu'aujourd'hui : car elle était connue des conquérants, tandis que la plnpart des habitants ignorent aujourd'hui son existence.

La cochenille nopal existe, mais n'est pas cultivée. 11 y a une cantharide, pareille à celle d Europe. On compte 300 espèces de papillons, et plusieurs espèces de taupins, dont le plus brillant est le cocuyo {Elater noctifocus), qui porte un disque lumineux de chaque côté du corselet et un sous l'abdomen. Une espèce grosse comme une mouche et qu'on appelle animita dans le pays, est remarquable par l'éclat intermittent de son appareil lumineux. Durant les nuits chaudes de l'été, le nombre de ces divers insectes phosphorescents est innombrable. L'air est sillonné de lumières vagabondes, l'herbe de la piairie, les feuilles de la foièt, tout reluit, étincelle. Ou dirait- la voûte étoilée du firmament abattue sur la campagne.

Vers. Nous citerons seulement le cachazulo (Spix caroUna) qui ronge le. feuilles de tabac snr pied, le Lomhriz de hiijado, hydatide qu'on rencontre dans le foie des vaches, les ascarides lomhricdides très-communs surtout chez les négrillons et chez les femmes qui font usage de nourriture sucrée et féculente, sans mélange de spiritueux, le Tcenia solium, dont le degré de fréquence paraît

être ù peu près le même que chez nous. Le ver de Guinée ne se rencontre guère que chez les nègres nouvellement arrivés d'Afrique, et il ne paraît pas s'être propagé dans le pays. On trouve dans les marais des environs de iSayamo une petite sangsue analogue à celle de la Martinique et une autre espèce aplatie dans les marais de Caïuarones près Cienfncgos.

Zoopinjles. Le lecteur sait déjà que les côtes abondent en /)o////;eA' litltophijtes. On y trouve aussi des astéries, des époncjes. des méJuses, etc., etc.

V. Clim.vtoi,o<ue. L'îîe de Cuba se trouve à peu près plaic'e au niveau du tropique du Cancer. Il résulte de celle situation que celle contrée doit être classée dans la section climatologique à laquelle l'un do nous (Féris, Études sur les climats éi/uatoriaux, in Arch. méd. nav., nov. 1870) adonné le nom dcdiorique {Siç^ deux et ôpa saison). En effet, l'année météorologique peut être partagée en deux saisons à Cuba comme dans le reste des Antilles : l'une chaude, ou hivernage, est aussi l'époque des pluies; elle com])rend les mois dejuin, juillet, août, septembre et même octobre; Li seconde, fraîche, est composée des mois de novembre, décembre, janvier, février, mars et avril.

D'après les observations recueillies à la Havane, dans l'espace de cinq ans, de 1867 à 1871 , la tcmpératiu'e moyenne de l'année est de '26*', 3, celle du mois le plus chaud (août) est d'environ 28 degrés; celle du mois le plus froid (janvier) approche de 22 degrés. Ces chiffres sont loin de donner la Ihermomélrie exacte de l'île tout entière; car elle varie suivant l'orientation, l'altitude, le système géologique et hydrographique des diverses localités.

On a vu plus haut qu'une chahie de collines partage Culia dans le jcns de sa longueur, 11 existe une différence de climat entre la région située au nord et celle placée au sud de celte arête montagneuse. Ainsi, sur la cote septentrionale, prinripalcmeiit depuis Matanzas jusqu'au cap San Antonio, les vents du nord entretiennent la fraîcheur de la bonne saison, et les brises de l'est calment l'ardeur de la période chaude.

La côte méridionale est privée en grande partie de l'action bienfaisante des vents alizés; c'est là que Tascension du thermomètre présente la plus grande hauteur. En effet, Santiago de Cuba, qui esteutouréc de montagnes élevées, présente une moyenne annuelle d"au moins 27 degrés; celle du zuois le plus chaud est de 28°, 4; celle du mois le plus froid de 25s2.

TEMPERATURE DE L.V lUVANE

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