Par déplacement de la vessie
9. Par propagation d'une aflcction des organes voisins (utérus, reclum, etc.).
L'auteur anglais, on le voit, fait la part bien petite aux influences ge'nérales, et parmi les causes locales il considère comme la plus commune et la plus ignorée l'impuissance de la vessie à se vider entièrement de son contenu, soit par atonie, soit par obstruction pi^dstatique. Les auteurs anciens, fout en accordant une influence trop grande aux conditions météorologiques (froid, humidité) et constitutionnelles (gouttes, rhumatisme), n'avaient pas été sans reconnaître l'action si évidente des obstacles au cours de l'urine. Ducamp, Chopart, Desault, etc., avaient signalé la fréquence du catarrhe vésical dans les rétrécissements anciens de l'urèthre. Mais c'est aux spécialistes modernes, surtout à A. Mercier, que revient l'iifinncur d'avoir démontré l'influence prépondérante des coarctations urétbrales,' quelle que soit leur nature, sur le développement de la cystite chronique. Difficultés mécaniques de la miction, séjour prolongé du liquide dans la vessie, nécessité d'efforts plus considérables, hypertrophie de la tunique musculeuse, altérations de l'urine, désorganisation des tuniques et surtout de la membrane muqueuse chroniquement enflammée, telle est la marche ordinaire des accidents. Sans doute, les spécialistes ont pai^fois trop insisté sur la nature particulière des obstacles, les uns ne voyant que valvules du col, là où d'autres ne constatent que de simples hypertrophies de la prostate; mais ces études poursuivies avec persévérance, ces idées défendues avec obstination, ont eu pour résultat de montrer l'excessive rareté des inflammations essentielles de la muqueuse vésicale.
Il est certain que, si le catarrhe de vessie se montre bien plus commun dans la vieillesse, c'est que les obstacles à la miction sont de beaucoup plus fréquents à cet âge de la vie.
Les corps étrangers, les calculs surtout, par l'irritation incessante qu'ils provoquent, par les traumatismes répétés qu'ils font subir à la muqueuse, par la gène qu'ils apportent à l'exercice normal des fonctions, conduisent naturellement au développement d'une inflammation sourde et lente.
La paralysie, l'atonie, la rétention d'urine, agissent surtout par les altérations du liquide, consécutives à son séjour prolongé dans le réservoir. Il n'est pas de chirurgien qui n'ait eu l'occasion de constater le développement d'une cystite lente, dans les conditions suivantes : Un homme, généralement près delà vieillesse, est atteint d'une rétention d'urine qui nécessite le cathétérisme. L'urine s'écoule limpide et sans mauvaise odeur ; mais la rétention persistant, il faut passer la sonde deux ou trois fois par jour. Au bout de quelques séances, le liquide devient louche, il contient des flocons et laisse rapidement déposer une couche abondante de pus ou de muco-pus ; les dernières gouttes qui s'écoulent par le cathéter sont épaisses, lactescentes. Cette urine, abandonnée à l'air, se décompose avec rapidité, et bientôt, à sa sortie de la vessie, elle présente une
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odeur putride ou ammoniacale. La fièvre éclate, le malade maigrit, perd l'appétit, s'épuise, et des accidents urcmiques viennent plus ou moins rapidement terminer la scène. B. Brodie avait déjà signalé ces faits, que l'on attribuait au séjour prolongé de l'urine et à sa décomposition dans la vessie.
Traube observe un bomme de soixante-treize ans, atteint depuis deux ans de rétention d'urine incomplète. Un jour, la rétention devient absolue et l'on pratique le catbétérisme avec la sonde d'argent du service commun delà salle. A la première séance, l'urine est parfaitement limpide. Aux suivantes, le liquide se montre de plus en plus trouble et opalescent; son odeur est ammoniacale, et alors éclatent de violents accès de fièvre. Le microscope montre que l'opalescence résulte uniquement d'une agglomération colossale de vibrions. D'après Traube, ces infusoires, cause de la décomposition de l'urée, n'ont pu être transportés que par la sonde. Donc, si l'on se sert d'une sonde d'argent, il faut la laver avec une forte solution pbéniquée et la passer préalablement dans l'eau bouillante.
Les sondes de gomme ne doivent jamais être employées deux fois. La cystite qui suit l'altération des urines serait donc d'origine extérieure; elle résulterait du transport dans la vessie, par les instruments du cbirurgien, des microbes qui déterminent la fermentation ammoniacale de l'uriue.
La présence de ces organismes inférieurs dans l'urine extraite de la vessie a été constatée par de nombreux observateurs. Nous avons dit que Lancereaux attribuait à l'action de ces microbes la production des abcès du rein, dans lesquels on les trouve en grande quantité, quand la cystite ammoniacale s'accompagne de pyélo-népbrite suppurée.
Pasteur qui, dès 1862, avait signalé le ferment végétal de l'urine ammoniacale, se montre grand partisan de l'origine parasitaire de la cystite, dans les conditions que nous venons d'indiquer. On peut lui objecter assez justement la rareté de ces accidents, en opposition avec les cas si nombreux où des sondes, des bougies plus ou moins propres, sont introduites journellement dans la vessie, soit par le cbirurgien, soit par les malades eux-mêmes. Nous reviendrons sur ces faits, en étudiant les altérations de l'urine dans la cystite clironique. Disons cependant que Colin, d'Alfort, a fait plusieurs fois, dans la vessie de la vache, des injections de quantités assez considérables d'urine putréfiée au contact de l'air, et très-chargée de la petite torulacée qui passe pour jouer le rôle de ferment, à plusieurs reprises, séparées par des intervalles de vingt-quatre heures, sans donner lieu, ni pendant, ni après, à une fermentation quelconque.
Chez la femme, les affections chroniques de l'utérus et de ses annexes sont la cause la plus fréquente du développement du catarrhe de la vessie.
Cazeaux le signale aussi dans les derniers mois de la grossesse, mais alors l'inflammation disparaît presque sans soins après l'acconchement. Courty insiste également sur ces accidents des maladies utérines. Tantôt l'inflammation revêt une marche aiguë, tantôt elle prend une allure chronique. Les urines contiennent un dépôt floconneux, visqueux, filant, muqueux ou muco-purulent, coïncidant ou alternant avec un précipité abondant, pulvérulent, de phosphate ammoniaco-magnésien.
Souvent aussi, en dehors de toute cause locale, on rencontre chez les femmes d'un certain âge des cystites chroniques, remarquables par leur persistance, leur intensité et leur résistance aux traitements les plus rationnels. C'est dans ces cas qu'on se trouve, pour ainsi dire, en présence du résultat négatif des
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explorations, contraint d'admettre la nature catarrhale de l'affection, au sens •que lui donnaient les anciens.
Si la cystite chronique reconnaît le plus souvent une cause locale déterminante, les variations de température, les habitudes sociales, les tempéraments, ont sur la marche des accidents une influence incontestable. Aggravée par le froid, surtout par le froid humide, elle s'atténue par le séjour dans un pays sec et chaud, par l'habitation dans une demeure largement aérée et exposée au soleil. Une alimentation trop azotée, l'abus des boissons alcooliques ou excitantes, les occupations sédentaires, le travail intellectuel trop assidu, agissent d'une manière fâcheuse, soit en rendant les urines plus irritantes, soit par le séjour prolongé outre mesure du liquide dans la vessie. Il ne faut donc jamais résister au besoin d'uriner, mais le satisfaire aussitôt qu'il se foit sentir.
Nous avons vu la cystite chronique succéder à la gravelle urique ; nous l'avons rencontrée dans le c()urs de la gravelle phosphatique, sans pouvoir affirmer si celle-ci était la cause plutôt que l'effet de l'inflammation.
L'influence des diurétiques, de la maladie de Bright, et des lésions primitives du rein, nous paraît plus contestable. La néphrite est le plus souvent postérieure à la cystite, sauf dans les cas de tuberculose urinaire. Cependant Mercier signale comme cause possible de la cystite : l'usage de l'iodure de potassium chez les personnes dont le col est le siège d'une sensibilité exagérée, l'abus des préparations opiacées et surtout de la morphine à doses élevées. Hoffmann [Opéra., sect. 2, cap. ix, t. Il) et Bally [Mém. Acad. méd., t. I) citent des faits d'inflammation de la vessie par l'usage immodéré de l'opium.
Bien plus contestaWc est le catarrhe métastatique, par suppression brusque de la transpiration, par répercussion de la goutte.
Il ressort de cette exposition que, 9 fois sur 10 au moins, la cystite chronique n'est qu'une affection symptomatique d'une lésion des voies urinaires. Il est donc naturel que ses symptômes soient d'ordinaire en partie confondus avec ceux de la lésion qui lui a donné naissance, et dont on néglige trop souvent la recherche.
Dubelt, étudiant la pathogénie du catarrhe vésical, constate que dans l'état normal :
1° Lorsque la vessie est distendue, ses vaisseaux sont comprimés de dedans en dehors par l'urine, et de dehors en dedans par les parois abdomidales ;
2° lorsque la vessie est vide, ses vaisseaux sont comprimés latéralement par la rétraction musculaire des parois du réservoir ;
3° Ces compressions varient en sens inverse.
Les troubles circulatoires pouvant amener le catarrhe vésical rentrent dans
trois catégories :
A. Causes d'irritation agissant sur les parois :
1° Irritants mécaniques (calculs, corps étrangers); 2° Irritants chimiques (produits de fermentation, balsamiques, cantharides) ; 5° Inflammation des or-
ganes voisms.
B. Inflammations par liyperémie de la muqueuse.