‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.24Chapitre 7 sur 56 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

Maxima ,

Moyenne

L'hygrométrie réelle, c'est-à-dire la quantité d'humidité répmdue dans l'atmosphère ou mieux la tension de la vapeur d'eau est très-considérable ; il suffit pour s'en convaincre de songer que la température moyenne de Cuba est de 26 à 27 degrés et que la capacité de l'air pour la vapeur d'eau croît rapidement avec la température.

Dans la saison des pluies, avec les vents de sud et de sud-sud-est, alors que l'hygromètre marque de 99 à 100 degrés, le thermomètre 35 degrés, on conçoit combien peut être excessive dans l'île l'humidité atmosphérique; ces réflexions s'appliquent d'ailleurs à tous les pays chauds. Ceci explique la fréquence des brouillards, qui sont dus à la condensation de la vapeur d'eau dès que l'air se refroidit; c'est pour cela qu'ils apparaissent surtout le malin, où ils ne sont dissipés que lorsque le soleil a acquis par son élévation un pouvoir calorifique suffisant.

Il est probable que la production de l'humidité ainsi que des brumes est

grandement développée par le voisinage des eaux chaudes du Gulf-Strcam dans les parties de la côle cubaine contournées par le grand fleuve tiède de l'Océan*

A la mer, à une certaine distance autour de l'île, l'alizé du N.-E souffle régulièrement de mars à octobre.

Dans le reste de l'année, il se redresse vers le nord et même vers le nordouest. 11 devient quelquefois très-violent dans les mois de décembre et janvier, où il peut former de véritables tempêtes.

Dans l'île de Cuba, le régime des vents varie nécessairement suivant que l'on considère la tôte non! ou la côte sud; cette dernière est en effet abritée contre les alizés par dos reliefs montagneux qui, nous l'avons vu, atteignent sur certains points une grande élévation.

La côte méridionale est soumise à des brises alternatives de terre et de mer. Suivant Pli. de Kcrliallet, la brise de terre commence le soir, peu de temps après le coucher du soleil, et souffle jusqu'au matin. Elle s'affaiblit peu à peu jusque vers sept lieuns. A un moment de calme succède, vers neuf ou dix heures le vent du large, dont la force augmente en même temps que réchauffement des terres jusque vers une heiu'e ou deux heures de l'après-midi : elle décroît ensuite graduellement pour tomber le soir.

Sur la côte nord, les vents alizés sont dominants. Ils soufflent en toute saison, mais avec une force et une continuité variables. Dans la saison des pluies, les veiils de sud et de sud-sud-est régnent souvent pendant les orages; d'après les observateurs, ces brises ne dureraient que vingt-quatre heures et seraient presque toujours suivies de vents de nord ou de nord-ouest soulflant pendant deux jours de suite avec impétuosité.

Les brises diurnes de terre et du large sont en général moins marquées que sur la côle opposée et soufflent de la partie de l'est.

Celle qui vient du côté de la mer s'élève à dix heures du matin, fraîchit, puis mollit au coucher du soleil; elle vient du nord-est à l'est-nord-est. la brise de terre règne tout la nuit, prenant une direction qui varie entre le sud et l'esl; bien souvent il n'existe pas de période de calme séparant ces deux vents ([uotidiens; le demi-tour du compas se fait graduellement et sans interruption du nord-est au sud et inversement.

Les ouragans sont moins fréquents à Cuba que dans les autres Antilles; ils se développent pendant l'hivernage et surtout depuis le mois d'aoïit à la iin d'octobre; à l'époque des équinoxes, ils sont quehiuefois terribles; ceux de 1844 et de 1846 furent, dit-on, les plus violents de ceux qui ont été ressentis depuis le commencement du siècle. Les orages et les ras de marée sont presque inconnus de décembre à mai ; ils ne commencent qu'en juin. Après avoir précipité ses ondes torrenli elles et s'être dégagé de son immense surcharge électrique, la teinpète disparaît découvrant un ciel d'une grande pureté; à la chaleur suffocante qui accompagne ce bouleversement atmosphérique succède une agréable fraîcheur.

Les jours purs sont bien plus communs ici que dans les petites Antilles; ils sont fréquents surtout à l'époque delà saison sèche : c'est alors que le lirmament présente souvent une teinte azurée unilurme et presque immaculée ; les nuits sont encore plus belles et les étoiles brillantes scinlillent vivement sur le sombre manteau du Cicl. Les jours complètement couverts sont extrêmement rares à Cuba, même pondant la saison des pluies : les rayons du soleil réussissent toujours à se frayer une voie à travers l'écran nuageux.

Les mouvements baromélriques suivent de même les variations saisonnières. Voici à ce sujet les résultats obtenus par le U. P. Yiùcs, directeurde l'observatoire météorologique de la Havane : les mois d'biver ou de sécheresse sont caractérisés par une élévation plus grande du baromètre, ainsi que par une amplitude plus considérable dans les oscillations tant quotidiennes qu'accidentelles; c'est l'inverse pour les mois des pluies ou d'été ; de sorte que la course barométrique est étendue dans la saison fraîche, tandis qu'en été l'instrument semble paralysé, vu la diminution de ses variations diurnes; mais dans cette dernière saison (l'hivernage) sa marche est souvent troublée par des perlurbations momentanées dues aux IVétiuents orages ou aux sautes brusques de vent : dans l'ouragan du 10 octobre 184G le maxinmm atteintlutdc 770""", 42, le minimum descendit jusqu'à 700""". D'après les observations recueillies à l'observatoire de la Havane pendant un intervalle de quatoize ans lahaulcur moyenne barométrique atteint 7(31 "'"',54 dans une période sai.-onnière et 765""", 42 dans l'autre.

Dans les Antilles, il ne se passe pas d'année qu'on ne ressente des tremblements de terre ordinairement légers; mais ([ucbiuefois les secousses sont tellement violentes qu'elles produisent d'immenses désastres, témoin la destruction en 1859 et 1845 des villes de Fort-de-France et delà Pointe-à-Piire. A Cuba, ces ébranlements sont heureusement plus rares. M. A. Poey ne mentionne que sept cas constatés dans le rayon de la Havane en 1078, 161)5, 1777, 1810, 1845 et 1855. Mais dans le département oriental de Pile, aux environs de Santiago de Cuba, les commotions sont presque annuelles; celle qui eut lieu en 1855 fut d'une gravité exceptionnelle.

\I. Anthropologie. Plusieurs races constituent la population de Cuba; celleci comprend en effet les Cubains proprement dits, ou créoles nés dans le pays, les mulâtres, les Européens, les noirs africains et les Chinois. Quant aux Indiens aborigènes, ils existaient encore vers la fin du siècle dernier, mais ont à peu près disparu aujourd'hui.

Ce sont les Espagnols qui forment, et cela se conçoit, la plus grande partie de l'immigration europémnu: ils occupent presque toutes les fonctions publiques. Les autres étrangers sont surtout Américains, Anglais, Fiançais et Allemands. Toute celte classe est nombreuse et tient entre ses mains une bonne partie de la fortune ])ubliqne.

La race créole est composée des fds du pays (hijos del pais) nés à Cuba de parents blancs, l.lle est intelligente, aimable, alerte, labori( use et prospère; elle offre un remarquable exemple de racclimalement possible de certains peuples iiuropéens sous les tropiques; l'adaptation complète et absolue de l'Espagnol au climat de Cuba est un fait acconiph et bien remarquable; les descendants de cette race peuvent sans grand inconvénient se livrer aux travaux les plus pénibles et aussi, chose inconnue dans la plupart des pays chauds, travailler la terre par eux-mêmes. Toutes les couches de la population prospèrent et 'se multiplient (les esclaves exceptés); partout il y a un excédant de naissances sur les décès.

Un des traits distinctifs et vraiment typiques des créoles est la petitesse, la lar. geur relative est la cambrure du pied ; cette conformation spéciale est due sans doute au manque d'exercice; ils marchent très-peu et seulement dans l'intérieur des maisons ou pour se rendre à un lieu très-voisin : il existe à Cuba une habitude générale de la voiture ou du cheval. Le créole est aussi du reste remarquable par sa petite main. Quant aux Cubaines, elles n'ont rien à envier au sexe

fort. Dans cet heureux pays, toutes les femmes sont ravissantes, la beauté des formes y est sans seconde.

La race africaine fut introduite à Cuba en 1524. Cette belle possession espagnole et aussi l'empire du Brésil, composent les rares contrées où l'esclavage existe encore; l'Espagne maintient volontairement cet état social, si bien qu'en 1867 un de ses ministres déclara que le gouvernement se refusait à traiter les négriers comme pirates.

La métropole paraît avoir tout intérêt à peupler la colonie de noirs étrangers, qui, par leur nombre, sont forcément un obstacle aux velléités d'indépendance de la population cubaine.

Les esclaves ne sont guère surmenés qu'à l'époque de la récolte; on ne leur accorde à ce moment que six heures pour le sommeil et deux heures pour les repas; tout le reste de la journée est employée au travail, même les dimanches. Pendant l'autre partie de l'année, la durée du travail quotidien ne dépasse pas douze heures et il y a un jour de repos par semaine.

Néanmoins, l'esclave est et a toujours été mieux traité à Cuba que dans tous les autres pays où furent jadis entassées ces malheureuses victimes de la cupidité humaine; la mortalité de cette race est pourtant considérable et de beaucoup supérieure à celle de la race blanche.

Un certain nombre de planteurs de l'île possédant une propriété d'environ 100 000 esclaves ont signé une pétition adressée au gouvernement espagnol et demandant l'abolition de l'esclavage. On ne saurait trop louer ce beau mouvement qui malheureusement n'a pas été couronné de succès.

La traite des noirs est aujourd'hui bien entravée par la chasse impitoyable que font aux négriers les croiseurs de la France et de l'Angleterre. Aussi, depuis quelques années, Cuba emploie comme travailleurs des engagés chinois. L'importation des coolies commença en 1847 ; il en existe aujourd'hui près d'une centaine de mille. Ils sont réputés libjes, mais leur sort n'est guère préférable à celui des esclaves.

En 1855, Cuba avait tenté d'introduire dans le pays en qualité de colonisateurs des Indiens du Yucatan ; mais cet essai rencontra une certaine résistance de la part du Mexique et des puissances de l'Amérique centrale ; aussi les représentants de cette race sont-ils aujourd'hui très-peu nombreux dans l'île.

Il est intéressant d'étudier les résultats du mélange du sang des divers types humains composant la population Cubaine. L'un de nous [Voy. de Rochas, Essais sur la population de l'île de Cuba, mémoire adressé à la Société d'anthropologie) a constaté que dans le croisement du*'nègre et du blanc le produit tend à s'incliner davantage vers le type nègre ; il en est de même de l'union de deux mulâtres à degrés inégaux. Il semble que la race noire possède une puissance plus grande pour imprimer aux métis son cachet caractéristique ; ses caractères ethniques seraient plus persistants que ceux du blanc. Cependant, malgré cette prédominance du sang, malgré l'importation incessante d'esclaves, le type nègre tend constamment à disparaître ; cette action prépondérante, qui est manifeste quand on étudie des couples isolés, arrive à s'éteindre dans la collectivité. La contradiction n'est qu'apparente : on en trouve l'explication dans la préférence (instinctive ou intéressée) de la femme blanche ou de couleur pour l'homme blanc qui par le fait de cette sélection devient le générateur le plus important et détermine ainsi l'effacement du type nègre.

Les métis présentent, avec les variations que nous venons d'indiquer, des

caractères ethniques intermédiaires à ceux de leurs progéniteurs. Aussi, quand le croisement continue à s'opérer dans une même ligne soit noire, soit blanche, les sio^nes distinctifs de l'une des deux races finissent par disparaître entièrement ; c'est ainsi qu'au delà de l'octavon, on recherchait vainement la trace du sang mêlé.

Quant à la race chinoise, elle présente une ténacité remarquable, plus grande que celle de la race nègre et à plus forte raison que celle de la race européenne. Le demi-sang négro-chinois se rapproche bien plus du type chinois que le demisang négro-espagnol ne se rapproche du type péninsulaire.

VU. Démographie. La population de Cuba a augmenté rapidement avec la prospérité de l'île ; elle a plus que doublé dans l'espace d'un demi-siècle. En 1827 elle n'était que de 704 487 habitants; en 1842, elle était montée déjà à 1 007 624. Voici le rapport entre les diverses classes de la population d'après le recensement de 1846 :

Proportion pour 100.

Blancs 425,767 47

Li lires de couleur. . . 149,220 17

Esclaves 525,rj79 30

Aujourd'hui le chiffre des habitants s'élève à environ 1 600 000, nombre supérieur à celui que donnent les statistiques officielles, que l'on regarde généralement comme incomplètes, et au-dessous de la vérité. C'est sur la quantité d'esclaves que reposent les erreurs du recensement; comme ces malheureux sont taxés, un très-grand nombre est soustrait au cens et il est difficile d'obtenir un résultat exact. Les rapports du gouvernement accusent 400000 esclaves; mais on admet en général que ce chiffre s'approche de 800 000. Le nombre des créoles blancs, qui constituent la société civilisée et qui jouent le plus grand rôle dans les bouleversements politiques qui déchirent celte belle contrée, peut être évalué à plus de 600 000 individus.

Ces créoles à Cuba et à Porto-Rico, dernières colonies que possède encore l'Espagne dans cette partie de l'Amérique, constituent une race ne jouissant pas des mêmes droits et des mêmes privilèges que les Espagnols proprement dits ; c'est cette situation arbitraire et odieuse qui est une des causes des révoltes incessantes des Cubains contre la métropole.

La population de cette île tend constamment à s'accroître ; et cette augmentation continue est due non-seulement à l'apport journalier que lui fournit l'im.migration des Européens, des Africains et des Asiatiques; mais encore, ainsi que je l'ai dit plus haut, à la supériorité du chiffre des naissances sur celui des décès. La race espagnole s'y est donc entièrement acclimatée et y prospère admirablement; on sait du reste qu'il n'existe pas de peuple en Europe qui présente une facilité d'adaptation aux climats torrides aussi développée que les habitants de la péninsule ibérique. Espagnols et Portugais; il faut chercher la raison de ce privilège spécial et dans l'espèce d'accoutumance que leur donne déjà l'exisfence dans un pays chaud, situé à l'extrémité méridionale de l'Europe, et peut-être aussi à l'imprégnation de leur organisme par un sang arabe, qui leur fut infusé lors de la domination des sectateurs de Mahomet. Le Portugais fait souche au Brésil même sur des points très-rapprochés de l'équateur, Bahia, Pernambuco et même le Para. Ce qui démontre que ce phénomène est bien particulier à certaines races, c'est que sous les mêmes latitudes (aux Antilles par

exemple) les Français el les Anglais surtout sont loin de pre'senter le même degré de prospérité.

Les documents ofOciels démontrent que pour la race noire le chilfre des naissances est un peu supérieur à celui des décès, et par consécjucnl elle a dû presque s'accroî Ire dans la même proportion que la population blanche, comme cela a lieu dans les États-Unis; mais il faut ajouter que c'est seulement à la partie de cette race qui jouit de la liberté qu'il faut attribuer celte augmentation; les esclaves sout, on le conçoit, dans un état physique et moral qui est loin d'être favorable à leur développement.

Le rapport des mariages existants à la population générale est, d'après le recensement de 1860 de 12 pour cent habitants. Quanta la race noire, les unions légitimes paraissent ici bien plus fréquentes qu'on ne pourrait le supposer d'abord dans une population formée en partie d'individus soumis à l'esclavage ; la proportion jiar rapport aux familles blanches est de 2 à 3. En comprenant les enfants naturels dans les chiffres suivants, on voit qu'à la Havane il y a 0,5 naissances pour un mariage blanc et 11,6 pour un mariage de couleur; ce chiffre prouve que le libertinage et les unions extra-légales ne sont pas trèsrépandus parmi les Africains, puisque le nombre des naissances conserve avec celui des mariages à peu de chose près le même rapport pour la race noire que pour la r.ice blanche. Quant à la mortalité, nous emprunterons nos renseignements aux laborieuses recherches de don Ambrozio Gonzalez del Yalle. Voici le chiffre des décès à la Havane pendant un intervalle de cinq années.

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