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DAREMBERG

séuni d'histoire naturelle, de De Blainville et de Gratiolet. Ce n'était pas là sa place, Daremberg étant fait pour vivre, non pas dans un amphithéâtre d'anatomie, mais bien au milieu des livres. Aussi, une vacance de bibliothécaire à l'Académie de médecine étant venue à s'ouvrir, il se mit sur les rangs et fut nommé; il devait occuper cette place pendant trois ans, et la troquer contre celle de bibliothécaire de la bibliothèque Mazarine (1849). C'est là qu'il a écrit plusieurs mémoires importants, et entrepris avec M. Bussemaker la traduction française des œuvres d'Oribase. C'est là aussi que sont venus le trouver des savants, justes appréciateurs de ses talents, et qui ont obtenu pour lui des missions littéraires et bibliographiques en Italie, en Allemngne, en Suisse, en Belgique, en Angleterre. Ses vingt voyages dans ces contrées, ses nombreuses stations dans les dépôts publics, ses collations de textes, ont emichi notablement la littérature médicale. Lorsqu'on 1871 la Faculté fut pourvue, après une longue interruption, d'une chaire de l'histoire de la médecine et de la chirurgie, Daremberg l'emporta sur ses concurrents; la voix publique l'y portait, et il fut nommé. Ou a beaucoup criliqué les leçons qu'il fit alors; on a dit que, peu propre à la vulgarisation, il s'y était montré trop savant, trop prolixe dans tous les détails de l'érudition pure, et que ces défauts, qui, en toute autre occasion, eussent été de précieuses qualités, avaient éloigné de l'amphithéâtre du professeur un grand nombre d'élèves plus disposés à se renfermer dans les limites étroites d'un programme d'examen qu'à se lancer dans les hautes sphères de la science historique. Ce jugement n'est pas sans fondement; Daremberg n'a pas (( brillé » dans sa chaire de la Faculté de médecine : sa vie, toute de cabinet, ne l'avait pas assez préparé au professorat. Il succomba, au Mesnil-Ie-Roy, village sur la lisière de la forêt de Saint-Germain, le 24 octobre 1872, Daremberg habitait là, dans une maison modeste, toute conforme à ses habitudes simples et recueillies, entouré d'amis dévoués, parmi lesquels on peut compter notre Littré, travaillant avec un zèle inépuisable, vivant dans cette retraite de son choix, à la manière des savants d'un autre âge. 11 a laissé une bibliothèque riche de 25,000 volumes, choisis avec le goût qui distingue les vrais bibliophiles; c'est l'Académie de médecine qui en hérita par suite d'un achat effectué par le ministère de l'instruction publique. Voici, dans l'ordre chronologique, la liste des ouvrages laissés par Charles Daremberg :

I. Exposition des connaissances de Galien sur l'anatomie, la physiologie et la jiathologie du système nerveux. Thèses de Paris, '20 août 1841, in-4°. — II. Aurelias, de Aculis passionibus. ISunc primus in lucem edidit... Yratislavix. Parisiis, 1847, in-8°. — III. Traité sur le pouls, attribué à Rufus d'Ephèse, publié pour la première fois en grec et en français, avec une introduction et des notes. Paris, 1848, in-8°. — IV. Fragments du commentaire de Galien sur le Timée de Platon. Paris et Leipzig, mars 1848, in-S». — V. Essai sur la détermination et les caractères des périodes de l'histoire de la médecine. Paris, 1850 , iii-S". — VI. Œuvres d'Oribase, texte grec et traduction française, avec une introduction et des notes par MiU. Bussemaker et Daremberg. Paris, 1851-1876, 6 vol. in-8". — VU. Lettre à M. le docteur Salvatore de Rémi (de Naples), sur un passage de Celse relatif à la division de la me'decine. Paris, 1852, in-S". — VIII. Notices et extraits des manuscrits médicaux grecs, latins et français, des principales bibliothèques d'Europe. Première partie : Manuscrits grecs d' Angleterre. Paris, 1855, gr. in-8°. — IX. Glossulœ quatuor magistrorum super chirurgiam Rogerii et Rolandi, nunc jjrimum ad fulem Codicis Mazarinei edidit. liiea.poU, •1854, 10-8°. — X. Œuvres anatomiques, physiologiques et médicales de Galien. Traduites pour la première fois en français, avec notes. Paris, 1854-1856, 2 vol. gr. in-8, avec figures. — XI. OEuvres choisies d'Hippocrate, accompagnées d'arguments, de notes, et précédées d'une introduction générale. Paris, 1855, '-° édit., in-S". — XII. Anonymi de secretis mulierum, de chirurgia, de modo medendi, pocma medicum nunc primum edidit. Neapoli, 1855, iii-8°. — XIII. Gymnastique de Philostrate, avec traduction française et notes. Paris, 1858,

DARISTE (Les trois). 6i5

XIV. A.-C. Celsi de medicina Itbri octo, denuo librorum ad fîdem optimorum recensuif, adnotatione critica indicibusque instruxit. Leipzig, 1859, in-12. — XV. La médecine. Histoire et doctrines, 2^ édit. Paris, 1865, in-8°. — XVI. la médecine dans Homère. Paris, 1865, iii-8°. Planche.— XVII. Collège de France. Cours sur l'histoire des sciences médicales, 18(55-1871. Résumé de Vhisloire de la médecine, depuis ses origines jusqu'au huitième siècle. Re'sumé de l'histoire de la médecine depuis le huitième siècle après Jésus-Christ jusqu'au quinzième. Résumé de l'histoire de la médecine durant les quinzième et seizième siècles. Démonstration historique de la supériorité des méthodes d' observation et expérimentale sur les méthodes à priori. — XVIII. Recherches sur l'état de la médecine durant la période primitive de l'histoire des Indous. Paris, 1867, in-8'>. — XIX. De l'état de la médecine entre Homère et Hippocrate d'après les poètes, les philosophes et les historiens grecs. Paris, 1809, in-8°. — XX. Histoire des sciences médicales, comprenant l'anatomie, la physiologie, la médecine, la chirurgie et les doctrines de pathologie générale. Paris, 1870, 2 vol. in-8°. — XXI. Galien considéré comme philosophe (s. d.), in-8°. — XXII. Art. Galien, in Dict. des se. philos., 2" édit. Paris, 1875, p. 568. A. C.

DARIAIVGAO. Sous ce nom, Ray (Hist., p. 86) parle d'un arbre des Philippines dont le bois est dur et pesant, et dont l'écorce laisse découler, par incisions, un suc gommo-résineux noirâtre, à odeur d'ambre, employé dans l'Inde comme parfum et à l'intérieur pour calmer les coliques.

Mérat et DE Lens. Dict. mat. tnéd., II, 589. Ed. L.

DARIOT (Claude). Médecin français, né à Pomar, en Bourgogne, en 1533, mort dans la même ville en 1594. La biographie médicale nous apprend qu'il professait la religion réformée. On connaît de lui :

I. De electionibus principiorum idoneorum rébus inchoandis. Lugduni, 1557, in-4°. Trad. en français. Lyon, 1558, in-4°. — II. Ad astrorum judicia facilis introductio de electionibus principiorum. De p)rœparatione medicamentorum. Lugduni, 1582, in-8°. Trad. franc. Lyon, 1582-1589, in-4'>. — III. Discours sur la goutte et trois traites sur la préparation des médicaments. Lyon, 1603, in-4"'. Monibéliard, 1608, in-8°. L. Hn.

DARIISTE (les trois). Ce n'est pas notre faute, si nous ne pouvons donner quelques renseignements biographiques sur ces trois médecins ; nous ne les connaissons guère que par leurs ouvrages :

Dariste (dit l'aîné). Il était chirurgien en chef de l'hospice militaire de la Martinique. Il a publié deux observations fort intéressantes d'opération césarienne pratiquée deux fois avec succès sur la même femme :

I. Observ. relative à une opération césarienne pratiquée avec beaucoup de succès, le 14 octobre 1804, à Saint-Pierre, Me Martinique. In Ann. de la Soc. de mc'd. prat. de M.vitpellier, t. XL, 1816, p. 33 i. — II. Journal d'observations relatives à une seconde opération césarienne, pratiquée sur la même dame Achard, avec succès, le 29 octobre IcOo. Ibid . p. 343. A. C.

Darîste (dit LE jeune). C'estlefils OU le frère du précédent. Il pratiqua aussi iivec distinction à la Martinique, etc. ; il signa, avec d'autres confrères, la rédaction des deux observations précédentes. C'est peut-être, du reste, le même que :

Dariste (François-Joseph), qui fut docteur de Montpellier (1820) et qui se dit natif de la Martinique, et qui exerçait à Bordeaux en 1825. On lui doit :

I. Des moyens que fournit la médecine pour modifier le moral de l'homme. Thèses de MontpeU., 23 aoùl 1820, in-4''. — II. Mémoire sur la non-contagion de la fièvre jaune, suivi de conseils aux Européens qui passent dans les pays chauds, et pai-ticuliêrement aux Antilles. Bordeaux, 1824, in-8°. — III. Conseils aux Européens qui passent dans les pays diauds, et notamment aux Antilles. Bordeaux, 1824, ia-8". — IV. Recherches pratiques sur la

C46 DARKACH.

fièvre jaune. Paris, 1825, in-8». — Y. Réclamation de M. Darhte sur un article inséré dans la Revue médicale. Paris, 1826, in-8^ — VI. Observations sur des corps avalés. In Jpurn. gén. de méd., t. XG, 1825, p. 329. Il s'agit, dans un .cas, d'un hameçon avalé avec la tête d'un poisson, et dans l'autre cas d'un enfant de trois ans qui avala une pièce de monnaie de la giandeur d'une pièce de cinq francs, mais à bords dentelés. Ces deux corps étrangers furent rendus spontanément par les selles et sans accidents. A. c.

DARLi\GTOi\[ (William). Médecin américain, néenPennsylvanie vers 1780 , étudia la médecine à Philadelphie, y prit le grade de docteur le 6 juin 1804, puis se fixa dans le bourg de Westchester, oii il partagea son temps entre l'exercice de la médecine et l'étude de la botanique, sa science de prédilection. Il est l'auteur d'ouvrages remarquables sur celte dernière et s'est efforcé d'étudier les plantes surtout au point de vue de leurs applications à la médecine. Il faisait des leçons publiques sur l'histoire naturelle devant la classe du Cabinet of natural science du comité de Chester.

Darlington mourut vers 1845, laissant :

I. An Inaug. Dissert, on llie Mutual Influence of Habits and Disease. Philadelphia, 1804 (reproduit dans CaldwelVs Médical Thèses of Philadelphia, vol. II, 1806). — II. Rem. on Dr. Ilugh Williamson's Opinions concerning Ihe Fascination of Serpents. In New-York Mcd. Iteposit., Hexade II, t. V, p. 257, 1808. — III. Obs. on Utérine Hœmorrhagy. Ibid-, p. 342. — IV. Obs. on Diseuses in an East-hulia Voyage. In Coxe's Philad. Med Muséum, t. V, p. 89, 18U8. — V. Florula Cesirica; an Essay towards a Catalogue of Ihe Phanerogamous Plants... in Chester County. ^Veslchei:ler, 1826, petit in-4°, pi. col. — VI. Flora Cestrica ; an Atlcmpt to enumerate and describe the Flowering and Filicoid Plants of Chester County. V\'estchesier, 1857, in -8°. — VU. An Essay on the Development and Modification of the External Organs of Plants. Westchester, 1839, in-8°. — VllI. A Discourse on the Chaacter, Properties and Importance to Man of the Natural Family of Plants called Gramiecc or True Grasses. Westchester, 1841,in-8°. L. H.\.

DARLLC (Michel). Médecin et botaniste français, né à Grimand, près de Fréjus, en 1717. Il voyagea pendant plusieurs années en Allemagne, en Italie et en Espagne, puis, après avoir étudié la médecine pendant deux ans à Barcelone, vint se livrer à cette science à Aix. Après un nouveau séjour à Barcelone, il vint suivre, à Paris, les leçons de Rouelle, puis alla exercer l'art de guérir à Callian. Il avait déjà acquis une grande réputation dans la pratique médicale, qr.and il fut nommé, à son insu, professeur de botanique à l'Université d'Aix.

I rendit, dans ce poste, de grands services à l'étude des sciences naturelles et pens a son temps, sa fortune, tout, pour leur avancement. Vicq-d'Azyr parle de lui avec les plus grands éloges.

Darluc fut nommé en 1777 associé régnicole de la Société royale de médecine,

II mourut en 1783, laissant :

î. Traite' des eaux minérales de Gréoulx en Provence. Aix, 1777, in-S" (anonyme). — II. Histoire naturelle de la Provence, contenant ce qu'il y a de plus remarquable dans les règnes végétal, minerai, animal, et la partie géoponique. Avignon et Marseille, 1782-86, 3 vol. in-8° (ouvrage couronné par la Soc. roy. de méd.). — III. Nombreux articles, principalement sur les épidémies qui ont régné dans diverses parties de la Provence à différentes époques, dans l'ancien Journal de médecine. — IV. Un poëme de V bwculation. L. Hn.

DARRACH (William). Médecin américain, de la première moitié du dixneuvième siècle, exerçait son art à Philadelphie. Il était chirurgien au Pennsijlvanian Eye and Ear Infirmary et a publié :

I. Earperiments with Regard to the Varioloid Disease. In Chapman's Philad. Journ. of Med. andPhys. Se., t. YIII, p. 434, 1824. — II. Remarkable Spontaneous Cure of Aneurism, with Observ. on Oblitération of Arteries. In Philad. Med. a. Phys. Journ., t. XIII, p. 115,^

18-26, 1 pi. — III. Drawings of the Analomy of ihe Groin, wilh Anatomical Remarks. Philadelphia. 1830, in-fol., pi. L. Hn.

DARTlGtJELO^'GUE (Jean). Médecin hollandais de la première moitié du dix-huitième siècle, a publié :

Apographe reruin physiologico-medicarum contra Carlesium plerosque alios, tant physices quam medicince doctores celeberrimos, nunc primum ab aulore inventarum. Ulmai, 1707, in-12. L. Hn.

DARTOS (^«prô;, écorché , lîapToî ;!iiTwVïç, membranes du scrotum). Le dartos consiste en une couche de fibres conlracliles sous-jacente à la peau du scrotum et qui y adhère ; il est séparé du crémaster [voy. ce mot) par une lame celluleuse sur laquelle il glisse très-aisément. Au niveau et le long du raphé, cette grande poche est partagée par un prolongement vertical qui s'étend du raphé au périnée et à la racine de la verge. Le dartos présente ainsi deux loges tout à fait distinctes et indépendantes, et les testicules sont séparés l'un de l'autre par une cloison. Le daitos ne se continue pas, à proprement parler, avec le tissu celluleux sous-cutané des parties environnantes. 11 est suspendu à sa partie supérieure par un système de libres élastiques disposées de la manière suivante : sur les côtés, une lame se rend des branches descendante» du pubis et ascendantes de l'ischion à la face profonde du scrotum, où elle rejoint le dartos. En avant, des faisceaux multiples descendent de la région hypogastrique, de la symphyse et de l'arcade pubiennes ; les faisceaux médians forment le ligament suspenseur de la verge {voy. Pénis), autour de laquelle ils envoient de chaque côté des anses qui l'embrassent et la fixent à sa racine ; en arrière enfin, une lame élastique insérée sur l'aponévrose périnéale inférieure va se perdre sur la face profonde du scrotum. C'est V appareil de suspension de Sappey.

Le dartos est constituépar une couche défibres musculaires lisses, qui existent d'ailleurs dans plusieurs autres parties de l'appareil génital de l'homme, telles que les vésicules séminales, les glandes de Cowper, etc. Elles sont mêlées de tissu conjonctif. C'est à la présence de cette couche que sont dus le resserrement et la corrugation du scrotum, ainsi que les mouvements vermiculaires (|ui se produisent sous l'influence du froid, ou d'une émotion violente, ou d'une vive inflammation de la tunique vaginale. D.

DARTRE. Mot employé par les vieux auteurs français pour désigner, sans doute, un groupe d'affections cutanées qui, bien que dissemblables sous le rapport de la forme ou des caractères extérieurs, n'en devaient pas moins être réunies à cause de leur identité d'origine ou de nature. L'étymologie de ce mot ne laisse pas que d'être assez obscure. Sil'onen croit Littré, le mot dartre viendrait de la langue celtique, qui elle-même se rattache au sanscrit, oij l'on trouve Derdru comme synonyme de dartre. Âlibert prétend que, dans le moyen âge, quelques auteurs ont écrit dertre ou derdre, et non pas dartre : ce fait, s'il est exact, viendrait à l'appui des opinions émises par notre savant linguiste. Le plus grand nombre des auteurs font dériver le mot dartre de l'adjectif grec Soipzbç, qui veut dire écorché, en raison des excoriations qu'on observe si souvent dans les dartres. Enfin, l'on trouve encore, dans quelques vieux traités écrits en latin, le mot darta (voir le glossaire latin du Dictionnaire de Vosgien, Paris, 1763); mais, évidemment, ce mot darta n'existait pas primitivement

dans la langue latine; c'est en quelque sorte un diminutif de dartre, darta ou darte, le mot dartre adouci pour désigner une variété bénigne. C'est ainsi que Riolan fils se sert du mot darta pour désigner la dartre furfuracée vulatile, pityriasis simplex (Riolanus. Encheiridion anatom., lib. IV, p. 500). Quoi qu'il en soit, l'expression française dartre a été traduite dans toutes les langues par un mot équivalent : c'est le tetter des Anglais, le Flechte des Allemands.

I. Considérations historiques. L'histoire des dartres ne commence véritablement qu'à la Renaissance. C'est à cette époque seulement que le mot dartre paraît dans la science. Mais il importe de savoir quelles étaient, chez les Grecs et les Romains, la nomenclature et les divisions des mahidies de la peau qui correspondaient aux affections que plus tard on désigna sous le nom de dartres, et aussi de connaître ce que devint la tradition gréco-romaine, à l'époque où fut fondée la classe des dartres.

Hippocrate a-t-il connu les dartres? Bien que dans les œuvres d'Hippocrate se tiouvent inscrits la plupart des noms par lesquels on désigne les affections dartreuses (pxora, impétigo, scabies, lepra, psoriasis, lichen, etc.), il est juste de reconnaître qu'Hippocrate a plutôt parlé des affections aiguës, exanthématiques, des affections cutanées critiques, de celles qui se montrent comme des dépôts (àTTôcTao-iç) vers le déclin des maladies aiguës, que des dartres proprement dites ; ce qui a fait dire à Lorry, à Alibert et à d'autres auteurs, que peutêtre ce silence devait être attribué à ce que, au temps où vivait le père de la médecine, les dartres étaient considérées comme des affections sans importance, plutôt comme de simples difformités que comme des maladies ; ou bien que, de nos jours, les dartres sont plus fréquentes à cause du relâchement des mœurs et de l'intempérance plus à la mode aujourd'hui qu'au siècle d'Hippocrate. C'est là, selon nous, une assertion sans preuves.

Celse, à l'encontre d'Hippocrate, a non-seulement donné une nomenclature et un classement des affections connues plus tard sous le nom de dartres, mais encore une description exacte de plusieurs formes dartreuses. Mais constatons tout d'abord que Celse a donné le premier cette division, qui s'est transmise traditionnellement d'âge en âge, des affections de la peau, en celles qui sont communes à toutes les régions du corps et en celles particulières à certaines régions. C'est au lib. V, cap. xxviii, intitulé De interioribus idceribus quœ aliqua corporum parte corrupta nascuntur, que Celse dénomme et décrit succinctement les affections comprises plus tard sous le litre général de dartres ; nous les trouvons aux paragraphes ci-après :

§ IV. Sacer ignis. Celse en admet deux espèces. Roussel rattache la première à sa dartre miliaire, la seconde à sa dartre érysipélateuse ou phlycténode, ce qui est évidemment une erreur, car la première espèce de Celse se rapporte au zona de Pline et de Scribonius Largus, affection que Roussel rattache à sa dartre érysipélateuse. Lorry, dans un très-long article sur Vignis sacer, commente longuement le texte de Celse. D'après lui, la première espèce se rattache au zona, et la seconde ne serait qu'une sorte d'érysipèle chronique ou d'essère, et, parfois, d'herpès labialis. Toujours est-il démontré que Celse parle, dans un paragraphe à part, du zona, qu'il ne confond pas avec le canchrias des Grecs. § XVI. Scabies. La peau est rouge, dure, il y vient des pustules sèches qui se terminent par des ulcères. Ce scabies de Celse, dont le texte a été fidèlement reproduit par Lorry, ne nous paraît être, ainsi qu'à Erasmus Wilson, que

l'eczéma psorique. Lorry, tout en admettant que ce scabies répond à la maladie que nous appelons gale, ne croit pas à la nature parasitaire.

§ XVII. Impétigo. Celse admet quatre espèces d'impétigo que Lorry ne distingue pas du scabies. Les trois premières n'étaient sans doute que la gale pustuleuse, ecthymatique et bulleuse ; la quatrième espèce, caractérisée par des tacbes squameuses, n'est autre pour Rayer que le psoriasis. Cette interprétation nous fait comprendre ce que dit Roussel de l'impétigo des Latins, qui, suivant lui, tenait le milieu entre le scabies et la lèpre : Impetiginem accuratius descripsere Step. Blanchardus, prce cœteris Willesius Suit la description de l'impétigo qu'il termine par les lignes qui suivent : atque sic

scabiem inter et lepram médium obtinet in deteriori tamen statu ad

lepram revocatur (Dissertatio de variis herpetum speciebiis, auctore de Roussel, 1779).

§ XVni. Papidce. Celse reconnaît deux genres de papules. Dans le premier, la peau rendue inégale et âpre au toucher par de petites papidœ rougit et s'érode légèrement (lichen simplex, eczéma arthritique des auteurs modernes). Le second est appelé par les Grecs àypîaç : les symptômes sont plus graves, la peau est plus ulcérée ; les poils sont cependant épargnés. S'il n'est pas guéri dès le début, il se transforme en impétigo {dartre vive, eczéma rubrum).

Lorry fait remarquer avec juste raison que Celse, sous le nom de papulœ (bourgeons ou boutons), n'entendait pas désigner de petites éminences ou tumeurs absolument sèches, mais qu'il appelait de ce nom des alfections correspondant aux herpetes, tandis que lui, avec Coelius Aurelianus, définit les papules : tumeurs discrètes, plus ou moins éloignées les unes des autres, faisant une saillie apparente sous la peau, circonscrites, se résolvant par une perspiration insensible, appelées par les Grecs 6X«a-9^;x«Ta, distinctes des pusiules qui se terminent par suppuration et ont été désignées par les Grecs sous les noms d'I^avô^aaira et mu-oLxai. Aux» papules se rattachent le prurigo de cause externe et le prurigo de cause interne, le lichen, qui peut se compliquer de phlyzacia et se transformer en impétigo.

Je ne parlerai pas du x/iptov ou cerium de Celse, qui fait partie du même chapitre, parce que cette affection, décrite sous le nom de mélicérès ou de melitagra Galeni, n'est pas, quoi qu'en ait dit Alibert, l'impétigo des auteurs modernes ; c'est tout simplement une affection qui répond, soit à nos acnés pilaris ombiliquée et varioliforme, soit à des kystes sébacés. Lorry a parfaitement démontré que le cérium de Celse était une affection des glandes sébacées

Pline ne nous intéresse ici que parce qu'il nous rappelle une erreur commise par tous les dermatologistes au sujet de la mentagre. On sait que la mentagre de Pline fut apportée d'Asie à Rome par le chevalier Perusinus, qu'elle était contagieuse et se transmettait par le baiser, mode de salutation en usage chez les chevaliers romains. Nous avons démontré, à l'article Mentagre de ce Dictionnaire, que cette maladie n'était autre qu'un sycosis parasitaire. Mais Lorry, qui croyait à la contagion des dartres parce qu'il avait vu, dit-il, la dartre vive {herpès erodens) se communiquer par le coucher en commun, Lorry ne manqua pas, s'appuyant d'ailleurs sur l'autorité d'auteurs recommandables, de rattacher la mentagre de Pline aux herpetes de Galien, ce qui lui fournissait une preuve de plus en faveur de son opinion sur la contagiosité des dartre?. Il combat l'opinion d'Astruc qui s'efforçait de rappi'ocher la mentagre de Pline de ïignis sylvester ou volatïlis infantum, et cependant cette affection, que les anciens

désignaient sous le nom d' « ignis volalilis infantum » n'était qu'une forme de h dartre, une variété de l'eczéma aigu.

On attribue généralement à Galien la division des affections de la peau en deux sections : la première qui renferme celles qui peuvent indistinctement se montrer sur toutes les régions du corps ; la seconde, celles qui sont propres à certaines parties, à la tête plus particulièrement. Nous venons de voir que cette division avait été déjà établie par Celse; ce qui est vrai, c'est qu'elle a été plus nettement encore formulée par Galien et acceptée dans les siècles suivants par les plus illustres dermatologistes, Mercuriali, Turner, Lorry, etc. Contrairement à Mercuriali, Riolan fils n'a pas adopté cette division, et a parfaitement démontré que le siège des affections cutanées n'en changeait ni la nature, ni même la forme, qui n'était que légèrement modifiée selon la disposition anatomique des parties atteintes. Et cependant la tradition a sur notre esprit une si puissante influence que beaucoup d'auteurs contemporains admettent encore cette division de l'antiquité grecque et latine, ces affections communes à toutes les régions et ces affections propres à telle ou telle partie du corps.

Galien place l'herpès (dartre humide) dans la première section des divisions cutanées, et le définit un ulcère qui ronge la partie superficielle de la peau, lequel ulcère diffère des ulcères phagédéniques en ce que dans l'herpès la destruction ne va jamais au delà de la peau, tandis que dans ces derniers elle s'étend aux parties sous-jacentes. Nous verrons que cette distinction n'a pas été admise par tous les auteurs, et que, pour le plus grand nombre, la dartre rongeante peut non-seulement détruire la peau, mais encore les parties sousjacentes jusqu'aux os.

Galien avait entrevu le rapprochement qui devait avoir lieu plus tard entre les dartres humides et les dartres sèches, puisque, ainsi que le fait observer Lorry, il dit {Meth. medendi, lib. IV) : a herpès non semper ulcus est », assertion évidemment en contradiction avec la définition qu'il donnait de l'herpès.

Galien reconnaissait trois espèces d'herpès :

1" "EpTTYjç /.zy^f^la.;, herpes railiaris ;

2° "EpTTvjî é'o-ôtôf^evoç, herpès erodens, serpigo ;

3° 'Epivri; y)iuxT«ivw5v3s, herpes phlyctinodes, phagedenicus.

L'herpès miliaris de Galien répond à l'herpès Willanique, notamment au zona; il comprend ainsi l'herpès phlycténode aigu, l'herpès récidivant, l'herpès iris de Bateman, que j'ai décrit sous le nom d'hydroa vésiculeux. Lorry cite un cas d'herpès récidivant guéri par lui : le malade en était atteint depuis dix ans; l'affection revenait chaque année et avait son siège sur le tronc ; ce cas rappelle l'herpès successif et chronique, de nature arthritique, siégeant sur n'importe quelle région du tronc et des membres, affection si bien décrite dans ces derniers temps par le docteur Bertholle, qui en a parfaitement reconnu la véritable nature, et qu'on s'étonne de ne pas voir même mentionné dans l'article Herpès de Hardy {Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques).

L'herpès erodens (dartre vive) réunit toutes les formes et variétés de l'eczéma de Willan. Lorry a tort d'y rattacher aussi la mentagre de Pline et la mélitagre. Nous venans de dire que la mentagre de Pline n'était qu'un sycosis parasitaire; quant à la mélitagre, expression qu'Alibert devait employer plus tard pour désigner l'impétigo willanique, nous savons qu'elle correspondait au xyj^tov ou cerium de Celse, c'est-à-dire à une hypertrophie ou à un kyste des glandes sébacées.

L'herpès phlycténode ou phagédénique de Galien et de Lorry est-il identique avec les alTections qui ont été désignées plus tard sous les noms de dartre rongeante et lupus ? Assurément non. Il était ordinaire de le voir disséminé sur tout le corps. Dans le jeune âge il pouvait guérir, en laissant la plaie couverte d'aspérités et de pustules. Dans la vieillesse, il résistait bien davantage et se montrait indistinctement sur toutes les parties du corps ; il n'était pas rare de l'observer en même temps que les autres variétés de l'herpès, sur le même sujet : Uude fit ut, cum eadem sit trium harumce specierum natura, possint omnes si7nul in eodem subjecto reperiri atque concurrere, ita ul ad aures herpès phagedenlcus reperiatur, in facie, coUo, dorso, observetur herpès îo-Qiopvo;, ad lumbos vero sœviat miliaris, quod tamen rarum occurrit quôd miliaris herpès modo sibi proprio invadat et acutius sœviora exerceat iniperia (Lorry, Tractatus de niorbis cutaneis, p. 516).

Bernard Gordon appelle le lupus herpès esthiomène : herpès esthiomenus est

ulcus corrosivus plus membrani mortificans quam cancer et vocatiis

alio nomine lupus. Interpretatur herpès esthiomenus seipsum comedens et corrodens (Gordon, p. 73).

Roussel ne confond pas la dartre rongeante avec le lupus des anciens : Cum crustaceo et esthiomenis crusta obductis quœdatitenus convenire diceres lupiim; verum suo cutis loco manet lupus, nec serpit, licet quadraginta annos inprimum obsessa parte nonnunquam visus fuerit, non samosus, nec dolore nec prurilu stipatus [DissertaLio de variis herpetum specicbits, 1779, p. 66).

Après avoir décrit toutes les formes si variées deresthiomène, Roussel ajoute : Varii autem sunt esthiomenorum fontes; puis il énumère toutes les maladies d'où peut procéder l'esthiomène.

1° Terminthus, barbarorum bothor. Nous avons dit déjà que le Termintlie des anciens se rapprochait plus du rupia que de toute autre affection ; 2" Psydracca (ecthyma) ; 3° Achore; ¥ Furoncle ; 5° Tœnia; 6° Scabies ; 7° Impétigo; 8" Phlyctenœ.

Ne retrouvons-nous pas ici toutes les lésions élémentaires de la scrofulide maligne que nous avons décrite sous le nom de scrofulide maligne crustacée ulcéreuse'? N'avons-nous pas dit aussi qu'il ne fallait pas la confondre avec la scrofulide maligne tuberculeuse ou lupus? Il me paraît donc évident que les médecins de l'antiquité ne confondaient pas la dartre rongeante ou l'herpès phagédénique avec le lupus, qui était un ulcère de mauvaise nature, mais distinct de l'herpès. Apud arabos et grœco-arabos medicos in génère nomen lupi inditian fuerit idceribus quos alias vocabant nomadas, seu proserpentes, de quibus videre est Arn. de Villanova, Gordonum, Mathœum de Gradibus et alios, tamen apud plerosque receptum est ut lupi haberentur et vocarentur pustulce phymatodes, seu suppurantes in cruribus et extremitatibus seniorum inferioribus (Lorry, p, 429).

Galien, sous le nom de lichen, a parlé de la dartre sèche ; il plaçait les lichenes dans les tumeurs de la peau, tumeurs sans doute bien peu élevées,

ainsi que le fait justement observer Lorry. Dans Aetius et Oribase, on trouve aussi mentionnée la dartre farineuse sous le nom de lichen.

Cœlius Aurelianus, Aetius, Alexandre de Tralles, n'ont apporté aucun changement à la nomenclature et aux divisions de Galien. Mais, bien que la plupart des auteurs grecs aient adopté les divisions de Galien, Rhazès, Avicenne et Paul d'Égine paraissent n'avoir admis que deux genres d'herpès sous le nom de jxypfxrjxéwç (formiceoc) : le premier, formica miliaris (herpès xepj^piaç) ; le deuxième, formica corrosiva (herpès erodens).

Jusqu'ici, il n'a pas été question du mot dartre; c'est qu'en effet ce mot ne commence à paraître qu'à l'époque de la Renaissance; mais les doctrines de Galien traversaient les siècles, et les médecins les plus recommandables des quinzième, seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, n'ont été, pour ainsi dire, que les copistes et les commentateurs du célèbre médecin de Pergame. Il est à remarquer que, pendant la période la plus brillante de l'histoire des dartres, les médecins les plus renommés se bornaient à reproduire les descriptions de Celse et de Galien, et leurs divisions des affections cutanées. Quelques extrails des principaux auteurs suffiront à prouver ce que j'avance.

En 1486, Fernel donne avec Celse le nom de papula à l'herpès des Grecs : papula est ardor culetn serpentibus minimis piistidis exasperans ac rodens, Grœcis herpès appellatiis. Ea quidem duplex : una simplex quœ herpès est miliaris, altéra fera quœ herpès exedens nuncupatur.

L'impétigo est constitué par des pustules sèches qui rendent la peau dure et âpre au toucher; ces pustules sont très-prurigineuses; l'impétigo se distingue du scabies en ce que les pustules, dans cette dernière affection, sont humides. Il y a quatre espèces d'impétigo. La première est l'impétigo simple : la peau est rouge, dure, très-prurigineuse; c'est le pruritus. La seconde est l'impétigo vrai, appelé lichen par les Grecs; elle vient souvent de la papula, et surtout de la papula fera, qui peut se transformer en lichen, puis en psore et en lèpre. La troisième espèce est la psora des Grecs ; la quatrième la lepra. Comme on le voit, ces quatre espèces correspondent tout à fait à celles de Celse et de Lorry.

Le scabies est une âpreté de la peau ou légère exulcération prurigineuse et quelquefois rongeante, provenant de pustules humides, pâles, livides ou noires, qui, en se rompant, donnent lieu à une ulcération humide, couverte de sanie, accompagnée de prurit, d'une légère rougeur au pourtour avec chaleur et douleur. Le scabies a coutume de se montrer sur tout le corps, mais quelquefois particulièrement à la tête. Fernel y rattache le favus, le /vjpîov et l'achor.

Remarquons que Fernel s'éloigne encore ici de la description de Celse reproduite par Lorry, qui dit positivement que la face est presque toujours indemne. Quant au favus, à l'achor et au cerium de Celse, ce sont des affections qui n'ont rien de commun avec le scabies, quoi qu'en ait pu dire Fernel.

En 1522, Pierre Forest {Observatiomim chirurgicarum Scholia, lib. II, p. 45) rapporte une observation de dartre rongeante qu'il appelle esthiomenus ; à cette occasion, il parle des divisions de Galien et de Fernel : Galien, dit-il, appelle simplement herpès Vherpes depascens, tandis que Valesco l'appelle hyperesthiomenus, c'est-à-dire ulcère se rongeant lui-même. Plus loin. Forez nous donne une observation dlierpes miliaris ou x.£xpî«ç, qu'il attribue au mélange de la bile et de la pituite; en un mot, pour la description des herpès et les doctrines humorales, Forest n'est qu'un commentateur des Grecs, des Latins et des Arabes.

En 1618, Seimert altère déjà la tradition galénique; ses divisions de l'herpès ne sont pas tout à fait celles de Galien ; il admet une dartre farineuse, qu'il appelle herpès simplex.

En 1630, Hafenreffer {TzavSox^tov oùolô^sp^ov, in qiio eûtes eiqiie adhcerentium partium affeetiis omnes singulari methodo et cognoscendi et ettrandi fidelissime tradunlur, etc.).

Titre pompeux que ne justifie guère la lecture de l'ouvrage. Aucun ordre ne préside à la distribution des maladies; les affections sont décrites très brièvement, d'une façon tout à fait incomplète. Disons cependant que Hafenreffer a rendu un véritable service aux historiens, en ajoutant à son livre un glossaire en quatre langues : l'arabe, le grec, le latin et l'allemand.

Le chapitre xiv est intitulé : De pruritu (xvïjcr^ô?). On y trouve indiqués les symptômes du prurigo et du lichen. Le pruritus est partiel ou général; il est léger, intense ou médiocre.

Le chapitre xv est intitulé : De scabie et ejiis speciebus : Scabies quœ cutis est defœdatio et corruptio, cum insigni pruritu, modo squamulas, modo crustulas uleerosas excitans; ex tenuibus salici, acribusque succis oriens : unde alla dicitur sicca, alia hurnida , alia benigna, alia acquisiia, aliacongenita, alia universalis, alia par ticularis ; secundum dictas species eliam diversa etspecialioria nomina hauriens . Primiim genus : sicca, furfurei, nhvpex. (porrigo capitis) ; secundum genus : psora; tertium genus : lepra.

Puis vient l'impétigo, en grec ').zi^}iv ; consimilis impetigini est serpigo, Grœcis {îpTZYiç) ; ignis sacer de Celse.

J'ai hâte d'arriver à Lorry pour trouver des descriptions plus complètes, plus exactes, et une plus juste entente des auteurs de l'antiquité grecque et latine.

Le Tractatus de morbis cutaneis de Lorry a paru en 1777. Nous dirons plus loin pourquoi Lorry n'a pas voulu accepter le mot dartre, ni le mot latin herpès comme synonyme de dartre. Lorry est resté fidèle à la tradition galénique, et a suivi pas à pas, dans ses descriptions d'affections cutanées comme dans ses doctrines médicales, Galien, l'auteur le plus considérable des temps antiques.

Les dénominations d'herpès et de lichen se retrouvent dans Lorry, avec le sens que leur attribuaient les Grecs et les Latins.

Les Uchenes, dit Lorry, sont les dartres farineuses; les auteurs en admetlent trois espèces auxquelles il faut en ajouter une quatrième :

La première espèce correspond au pityriasis simplex;

La deuxième, au psoriasis ; elle est constituée, dit l'auteur, par des cercles squameux, entourés d'un limbe rouge, érysipélateux ;

La troisième espèce est plus rare ; les cercles ne sont pas complets, mais le fond est rouge et souvent d'origine syphilitique.

Enfin, dans la quatrième espèce admise par l'auteur, la peau est blanche, les plaques circulaires farineuses sont disséminées sur tout le corps (psoriasis pityriasiforme) . Lorry cite un cas remarquable observé par lui, où la desquamation était générale; il y avait des symptômes généraux graves; troubles digestifs, amaigrissement, etc. Ce cas se rapportait sans doute à une herpétide exfoliatrice.

Avec Galien, Lorry admet les trois variétés classiques de l'herpès : miliaris, erodens ou esthiomenus, et phagédënique ou depascens. Remarquons ici que Vherpes esthiomenus de Galien et de Lorry n'est pas l'esthiomène de Guillaume

de Salicet et du plus grand nombre des auteurs : c'est tout simplement la dartre vive, le serpigo des Latins.

Quant à Therpes miliaris, Lorry comprenait sous cette dénomination les herpès fébrile et pblycténode de Willan, et très-certainement aussi des cas d'eczéma essentiellement aigus et vésiculeux, récidivants, extensifs, et d'une longue durée, ce qui, évidemment, les distingue de l'iierpès willanique ; il en exceptait le zona, dont il donne la description au chapitre intitulé : De tumoribus erysipelatosis singularem corporis pnrtem impetentibiix (art. ii, Ignia sacer).

Mais il ajoute (introductio, p. 98) : il est très-difficile de savoir ce que les anciens entendaient par ipiz-nç y.z^plxç; mais il est certain que, de nos jours, on désigne souvent sous le nom d'herpès miliaire un genre à'ignis sacer, d'une durée de quarante jours, et qui n'est autre qu'un crysipèle phlycténoïde. A la page 307, Lorry prévient les reproches qu'on pourrait lui faire de placer l'herpès miliaire parmi les autres espèces d'herpès, qui sont des maladies chroniques : Verum ex hac descriptione forsan videtur herpès noster miliaris à communi herpetum natura nimium abludere. Res tamen est ejusdem naturœ; si quidem non rnrum est alterum in alterum transire ; et defunctum herpete miliari corpus, herpete simplici remanet affectum. Herpès miliaris est quasi impetus virus herpetici inflammatorius.

Lorry décrit le prurigo et le lichen à l'article De papulis : In génère ad papidas tenuissimns refertur morbns ille quem veteres medici, Oribasius, Aetius, et inter Arabas Aviceunus et Haly-Abbas, sitb nomine pruritus descripsere. Hub psydraciarum nomine Paidus idem intellexit (214, ouv. cité).

Première époque de l'histoire des dartres depuis le moïen âge jusqu'à WiLLAN. Le mot dartre ou dertre, créé par un auteur du moyen âge dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, paraît pour la première fois dans les écrits des chirurgiens de lu Renaissance. On le trouve dans Guy de Cluuliac, à qui l'on doit, je pense, la division des affections en teignes siégeant à la tête, et en dartres siégeant sur le reste du corps; division attribuée à tort à Mercuriali et à Turner. Nous avons cherché, mais en vain, le mot dartre dans les œuvres de Guillaume de Salicet et de Lanfrauc, où nous pensions le rencontrer, puisque Guy de Chauliac était élève de Guillaume de Salicet, et n'est pas, à coup sûr, le créateur du mot.

Ambroise Paré (1509) parle des herpès et des dartre?, qu'il ne confond pas ensemble, dans deux chapitres fort éloignés l'un de l'autre. Au septième livre intitulé : Des tumeurs en général, chap. su, Des herpès, « tumeurs laites de la pure et sincère cholère, séparée et séquestrée des autres humeurs, laquelle pour sa ténacité l'effleure jusqu'à l'épiderme, et occupe seulement la supertîcie d'iceluy. Galien en fait trois espèces : herpès simple (pure cholère,.' médiocre en substance, ni grosse, ni grasse) ; herpès miliaris, accompagnée de quelque portion de pituite ; herpès exedens, mêlée à quelque portion de l'humeur mélancolique » {Œuvres d' Ambroise Paré, 12" édit., 1654).

En 1566, Thierry de Hery indique comme caractères distinctifs des dartres, ou scissures serpigineuses des mains, et de la parallèle affection squameuse de la paume des mains d'origine syphililique et très-commune, la dureté de la peau, la rougeur et la démangeaison qui existent dans la dartre et font défaut dans la syphilis [Méthode curatoire de la maladie vénérienne, par Thierry de Hery, lieutenant du premier barbier-chirurgien du roy, 1569^

En 1714, lwcmr{Treatise ofDiseases Incident ta t/ie Skin) définit les dartres :

pustules bilieuses, recevant différents noms selon les différentes formes sous lesquelles elles paraissent sur la peau. 11 en admet quatre espèces :

1° Discrètes, une à une, comme il arrive souvent à celles du visage; elles s'élèvent en pointe avec une base enflammée, dont la rougeur et la douleur disparaissent, et se sèchent d'elles-mêmes après avoir jeté la goutte de matière qu'elles contenaient.

2° Serpigo, vermis repens et mordicans, formica miliaris ou ambulatoria ; ignis sacer (Gelse). Mais ce dernier appartient plutôt à l'érysipèle, ajoute Turner.

5" Troisième espèce ; en monceaux formés de petites pustules, siégeant sur les lombes, les hanches, les cuisses ; accompagnée d'une petite fièvre et d'inflammation autour des pustules. Cette troisième espèce de Turner correspond évidemment à l'herpès de Willan.

4" Quatrième espèce : "EpTz-ai Ê'o-SidptEvoî.

En 1740, Sauvages place la dartre ou herpès dans la classe des vices (ordre 11, Les élevures). 11 la définit : un amas de boutons ou une élevure formée par de petites tumeurs rouges, ramassées, accompagnées de démangeaisons; qui se couvrent d'écailles furfuracées, rarement de croûtes.

Il en admet neuf espèces ; 1" La dartre farineuse, dartre sèche, herpès

simplex de Sennert. Formée par de petits boutons rouges, peu saillants, etc.;

mais cette définition de la dartre farineuse est aussi bien applicable à certains

lichens ou eczémas papuleux qu'aux différentes formes du pityriasis; d'ailleurs,

dans le pityriasis il n'y a pas de boutons.

2" La dartre encroûtée, herpès serpigo (deuxième espèce de Turner). Boutons corrosifs, réunis plusieurs ensemble; forme circulaire ou ovale; grandes démangeaisons et douleurs vives ; boutons opiniâtres, disparaissant pour reparaître bientôt dans le voisinage; il en sort une humeur claire, acre; ne suppurent point; ne viennent point à résolution; il y a plus de sensibilité et d'acrimonie dans cette espèce que dans la dartre simple (cette espèce de Sauvages comprend diverses formes de l'eczéma).

S** La dartre miliaire, herpès miliaris (troisième espèce de Sennert). Turner la définit mieux que Sennert. Ce sont de petits boutons ramassés, répandus sur différentes parties du corps, comme le col, les reins, la poitrine, les cuisses, dont le tour est enflammé; accompagnés d'une petite fièvre; à la pointe de ces boutons il se forme, lorsqu'ils sont crevés, une petite ci'oùte ronde, jaunâtre, semblable à un grain de millet, ce qui a fait donner à cette espèce de dartre le nom de miliaire.

4" Dartre rongeante, herpès exedens vel depascens (quatrième espèce de Turner). Herpès eslhiomenus de Galien (ce qui est inexact); elle diffère de l'érysipèle ulcéré en ce que celui-ci ronge les chairs, tandis que la dartre rongeante ne ronge que la peau.

5'' Dartre vérolique, herpès syphiliticus ou venereus d'Astruc. Elle ne se connaît que par les signes de la vérole qui l'entretient.

6" La jarretière, herpès periscelis des Grecs, zona et zoster de quelques auteurs. Dartre simple, farineuse, sèche, qui affecte le jarret à l'endroit où l'on met la jarretière.

7" Le collier. Au cou des ecclésiastiques, à cause de l'àcreté de la teinture de leur rabat.

8" Dartre boutonnée, herpès pttstulosus. Correspond à l'acné, au varus disseminatus d'Alibert.

9° Ceinture dartreuse, herpès zoster, zona ignea. C'est notre zona.

Telles sont les espèces de dartres admises par Sauvages.

En 1774, le Collège des médecins de Lyon proposa un prix pour celui qui l'emplirait le mieux le programme ci-après :

1" Quelles sont les différentes espèces de dartres?

2" Quels sont les différents principes des dartres ?

3° Quels sont les moyens de distinguer les différents principes des dartres?

4" Quelles sont les maladies internes que les vices dartreux produisent ?

5" A quels symptômes peut-on reconnaître les maladies internes que les vices dartreux produisent ?

6» Comment peut-on combattre les différents principes des dartres dans leurs différents états?

Le prix fut obtenu par de Roussel, qui adressa le mémoire intitulé : Dissertât io de variis herpetum speciehus.

Dans ce mémoire, Roussel fait preuve d'une très-grande érudition. Quelquesunes des formes cliniques appelées dartres sont parfaitement décrites, d'autres laissent beaucoup à désirer, la dartre farineuse, par exemple, oii l'on cherche en vain à reconnaître les différentes variétés de pityriasis, de psoriasis, de lèpre vulgaire. Sous la dénomination à'herpes miliaris, il confond évidemment l'eczéma vésiculeux avec l'herpès willanique. Le diagnostic spécial et, différentiel des dartres est tout à fait incomplet. Il ne parle nullement des teignes, et l'on se demande s'il en fait une classe à part, ou s'il les confond avec les dartres. Il insiste beaucoup trop sur les causes organiques et tout à fait hypothétiques des dartres et sur les différents degrés d'acrimonie de l'humeur dartreuse par lesquels il cherche à expliquer les différentes espèces de dartres.

Jetons un coup d'oeil sur ces espèces. Sauvages avait admis neuf espèces, Roussel n'en admet que sept, qui sont :

1° Herpès furfuraceus, dartre farineuse, male-dartre, papida mitis, herpès siccus, lichen mitis, impétigo sicca, impétigo furfuracea, furfur, furfuratio barbaronim, pityriasis quorumdam, darta, etc., etc. Centrum minus asperum, margines vero cum asperitate et furfurihus magis prominent, etc., sœpiiis in herpetem squamosum ahit (confond évidemment, comme Hardy, Andersen et Hebra, le pityriasis avec l'eczéma) ; dit que parfois il procède par plaques circulaires, mais ne décrit pas le psoriasis aussi bien que Lorry, ne parle pas du cercle rouge qui entoure les plaques psoriasiques.

2" Herpès squamosus, dartre écailleiise, dartre vive, tetter, herpès humidus, impétigo humida, lichen férus, impétigo agria, lichen agrestis, agriœ papida, prurigo, chrismos , rubrica, herpeticum ulcus, tinea furfurosa, serpigo humida, porrigo humida, etc. C'est l'eczéma suivi et parfaitement décrit dans toutes ses périodes, excepté dans sa période d'état, la plus essentielle pour le diagnostic.

3" Herpès discretus, dartre bénigne, feu volage (comprend l'achore, le porrigo larvalis, l'impétigo sycosiforme, l'acné miliaire).

A" Herpès crustaceus, dartre à croûtes. Roussel dit que cette dartre peut se transformer en esthiomène, ce qui est parfaitement exact. Nous savons en effet que l'impétigo ou la scrofulide bénigne peut se transformer in situ en esthiomène ou scrofulide maligne.

5» Herpès miliaris, dartre miliaire, hair-worm^ canchrias, ignis sacer

(primum genus Celsi), herpefi pitidtosus, herpès pustulosus, formica millark, serpigo miliaris, serpigo granosa, herpès granulem. Celte espèce de Roussel renferme les herpès fébrile et phlycténode de Willan; elle renferme aussi l'eczéma à la période vésiculeuse qui passe inaperçu dans la description de la dartre écailleuse : apparet macula lata, continua, rubicunda, suhaspera, nec tamen conspicids exarata pustulis; il confond encore parfois Vherpes miliaris avec le suivant, qui est le zona, car il dit en parlant de l'herpès miliaire : ante et post eruptionem, dolor erodens a spasmodica fibrarum structura artus fere semper sentitur.

6° Herpès erodens, phlyctenodes, dartre érysipélateuse, erysipelas ulceratum, erysipelas notham, erysipelas spiirium, erysipelas vasculare, vermis repens et mordicans, ignis sacer, formica miliaris seu ambulatoria. Il admet un zona henigna et un zona maligna.

1° Herpès esthiomenus, dartre carcinomateuse, dartre esthiomène, herpès ulcerosum, formica corrosiva, pustulœ cor rosivœ, cancri cutis exulcerati, nlcus virulentum, ulcus erodens, idcus depascens, nlcus exedens. cancer cutis, lupus vorax, papula fera, etc.

Il me paraît hors de contestation que, sous le nom de dartre carcinomateuse, Roussel a confondu les scrofulides maligne, pustuleuse et tuberculeuse, les cancroïdes, sarcomes et lymphadénomes de la peau.

Poupart [Traité des dartres, 2^ édit., 1784) réduit à quatre les sept espèces de Roussel :

1° Les dartres farineuses, qui comprennent les dartres farineuses et les dartres écai lieuses de Roussel.

2° Les dartres miliaires érysipélateuses. Celte espèce de Poupart réunit le zona et l'herpès phlycténode aigu, l'herpès récidivant; il en cite un cas qui avait résisté pendant douze ans à différents remèdes, et reparaissait tous les automnes; le malade fut guéri par ses soins.

3° Dartres vives, distinguées en sèches et humides; ici se trouvent décrites les différentes formes de l'eczéma.

4° Dartres rongeantes, é'o-ôiô^cvo; des Grecs, exedens et depascens des Latins. On les a confondues, dit Poupart, avec les ulcères ; mais les dartres rongeantes ne rongent que la peau, tandis que les ulcères s'étendent aux parties sousjacentes et même jusqu'aux os. Elles sont accompagnées de pustules, de démangeaisons, et ne diffèrent des dartres vives qu'en ce qu'elles sont presque toujours isolées; elles succèdent souvent aux autres dartres. Je suis très-disposé à croire que les dartres rongeantes de Poupart n'étaient dans |la^ plupart des cas que des ulcères cancroïdiques succédant souvent à l'acné sébacée que tous les traités sur les dartres rangeaient parmi les dartres discrètes, pustuleuses ou croùteuses.

Nous ne pouvons quitter Poupart sans fixer l'attention de nos lecteurs sur une réflexion de cet auteur qui nous paraît extrêmement juste. Après avoir dit combien le diagnostic différentiel de toutes les formes de dartres est parfois hérissé de difficultés, Poupart ajoute : « On les distinguera mieux en ajoutant au nom qui fait connaître leur état celui qui caractérise leur principe : ainsi, on peut les appeler rongeantes vénériennes, vives, scorbutiques, etc. Ce sont ces derniers noms que l'on peut regarder comme utiles à la guérison, puisqu'ils servent à déterminer le traitement propre à combattre le mal dans son principe. »

Poupart dit encore, en parlant de la nature des dartres : « Il en est de cause

DICT. ENC. XXV. 42

externe, qu'on appelle le collier, la jarretière. » 11 eût pu en citer bien d'autressans se borner à rappeler ces deux espèces de Sauvages.

Avant de passer à l'histoire contemporaine des dartres, voyons si l'introductioa du mot dartre a amené un progrès quelconque dans les études dermatologiques, sous le rapport du diagnostic et de la nature des affections cutanées.

De tous les auteurs dont nous venons de parler, il n'en est aucun (et sous ce rapport je suis sûr de n'être démenti par personne) qui ait autant contribué aux progrès de la dermatologie que le savant et judicieux Lorry. Eh bien, que pensait-il de l'introduction du mot dartre dans le langage scientifique? Voici ce qu'il a dit : Galli Dartres vocant morhi genus ita universale, ut ingens nomimim confusio diversissimas species eodem comprehendat vocabulo.

'Ep7r/3ç apud Grœcos, herpès Latinis dictus, si nominis universum ambitum spectes, duas, tertias morborum cutaneorum partes comprehendit; imo, etsi cum augustioribus coercerent Grœci Umitibus quam quos ipsis assignavere mediei recentiores, ei extensionem maximam videntur tribuisse, cum très ejus species recenseant :

llerpes furfuraceus seu farinosus; herpès miliaris; herpès esthiomenus.

Lorry montre que les auteurs qui ont admis le mot dartre ont compris sous ces trois espèces, qui ne correspondent nullement aux trois espèces de Galien, des affections très-dissemblables sous le rapport de la forme et de la gravité.

11 suffit d'ailleurs de jeter un coup d'œil sur les divisions des dartres admises par les auteurs pour voir combien peu elles se ressemblent sous le rapport du nombre et de la nomenclature.

Turncr admet quatre espèces de dartres; Sauvages en admet neuf ; Roussel sept; Poupart quatre; d'autres n'en reconnaissent que deux.

Dans les ouvrages écrits en latin, on trouve le mot dartre exprimé par le mot latin herpès qui, dit-on, est son synonyme, parce que herpès vient du grec spTxzhy et que tout ce qui rampe à la surface de la peau doit être de l'herpès. Mais c'est là une interprétation fantaisiste : le mot herpès avait, chez les Latins, une signification bien déterminée, et c'est le détourner du sens qu'il a toujours eu dans l'antiquité que d'en faire un synonyme de dartre. L'herpès, dit Galien, est un ulcère de la peau, et l'on ne peut admettre un herpès siccus ou farinosus. Aussi Lorry traile-t-il des dartres farineuses dans les tumeurs (lichenes), et des dartres humides dans les ulcères [herpetes). La doctrine des dartres brisait donc l'unité des affections, puisqu'elle rattachait au même genre des tumeurs et des élevures : de là le peu de sympathie qu'avaient pour la doctrine des dartres les illustres médecins restés fidèles aux doctrines de l'antiquité gréco-latine.

Nous avons dit que le mot dartre avait été créé pour désigner un groupe d'affections de la peau différentes de forme, mais identiques de nature. La ligae du progrès à accomplir était toute tracée : d'une part, établir le diagnostic différentiel des formes cliniques, de l'autre en déterminer la nature. 31ais les auteurs qui ont accepté le mot dartre, loin d'éclairer le diagnostic des affections de la peau, l'ont rendu plus obscur qu'il n'était au temps des Romains. Quant à la nature, on peut dire qu'ils n'ont pas fait un pas dons la ligne du progrès, ou que, s'ils en ont fait un, c'est à reculons. Il y a plus de cent ans que le Collège de Lyon mettait au concours une question bien intéressante, et qui aujourd'hui est encore pleine d'actualité: Quels sont les principes des dartres? Or, pour Roussel, qui a remporté le prix, les principes des dartres sont, comme pour Hippocrate et Galien, l'altération des humeurs, de la bile, de la pituite, du

DARTRE. 65f>

sérum du sang, les résidus excrémentiliels de la nutrition, les par'.icules salines,, gélatineuses, oléagineuses, qui ne sont plus évacuées par la transpiration insensible ou par la sueur. Les dilXérentes espèces do dartres sont expliquées par lesdifférences d'acrimonie de l'humeur dartreuse ; en un mot, la maladie, c'est la matière peccanie qui doit être éliminée du corps, et qui, en passant par la peau, l'irrite, l'enflamme et occasioime les dartres. Les altérations des humeurs et du sang existent-elles réellement chez les dartreux, ou bien ne sont-elles qu'à l'état d'hypothèses? Il est permis de croire que ce ne sont pas des mythes, puisque l'acide urique, d'après les expériences de Gigot-Suard, peut se trouver en quantité notable dans le sang des dartreux, et je trouve que M. Hardy s'avance un peu trop, quand il prétend qu'il n'existe rien, absolument rien d'anormal dans le sang ou dans les humeurs des personnes atteintes de dartres, et que le vice du sang n'est qu'un préjugé vulgaire : évidemment il y a ici dans l'anatomie pathologique un vide à combler par de nouvelles recherches. Mais, quand bien même l'existence de ces altérations ne ferait un doute pour personne, nous n'en serions pas mieux renseignés sur le principe du mal, car ces altérations du sang et des humeurs, improprement appelées causes organiques, ne seraient que des lésions ; il resterait à trouver la cause véritable, c'est-à-dire la maladie d'oii dépendent à la fois et les lésions et les symptômes. Nous reviendrons tout à l'heure sur cet intéressant ouvrage.

Les méthodes gréco-latines avaient produit tout ce qu'elles pouvaient produire avec Lorry, et l'on peut dire que cet auteur a élevé un véritable monument à la science antique.

Mais, en adoptant les doctrines et les méthodes des auteurs grecs et latins. Lorry se créait des difficultés inextricables. 11 possédait à un haut degré le sens médical, et s'efforçait de rapprocher les maladies de la peau par leurs caractères extérieurs et par leur natuie : de là des embarras sérieux. Ainsi, il se trouvait obligé de traiter à part des lichenes ou dartres sèches et des herpès (dartres humides), bien qu'il fit remarquer l'identité d'origine de ces deux ordres de maladies, parce que les lichenes sont des tumeurs, et que les herpetes sont des ulcères pour Galien. Il se voyait dans la nécessité de décrire, dans des articles à part, l'herpès miliaire et le zona, deux maladies dépuratoires et de même forme, parce que, en vertu de la méthode galénique, les maladies de la peau étaient partagées en universelles et particulières, et que l'herpès miliaire pouvait se montrer sur toutes les régions du corps, tandis que l'ignis sacer ou le zona affectait des régions particulières.

Il divisait les maladies de la peau en dépuratoires et non dépuratoires, et ne trouvait de place pour les dernières que dans sa thérapeutique générale.

Au temps de Lorry, les classifications étaient donc imparfaites, soit que l'on considérât les affections cutanées sous le rapport des caractères extérieurs, soit qu'on les envisageât sous le rapport de l'origine ou des principes qui les engendrent. La science ne pouvait en rester là.

Dès l'année 1775, Plenck {Doctrlna de morbis cntaneis qua hi in classes, gênera etspecies rediguntur) proposait un classemeni des aftections de la peau, reposant, non plus sur la période initiale ou la période terminale, mais sur la période actuelle, c'est-à-dire sur le symptôme organique : de là ses quatorze classes d'affections cutanées : macules, papules, pustules, tubercules, croûtes, ulcères, etc. Cette classification était plus défectueuse encore que celle de Galien, car elle exposait à placer la même affection dans plusieurs classes à la fois ;

avant d'être croûte ou ulcère, elle peut être macule, papule, pustule, etc. La classification de Plenck tomba bientôt dans l'oubli. Il n'en fut pas de même de celle de Willan, qui parut peu de temps après.

Tout le monde sait que Willan fonda ses ordres sur la période d'état, de maturité ou de plus grand développement de l'affection, et nous avons dit ailleurs que, par l'immense service rendu à la science, il s'était acquis une gloire impérissable; mais ce classement s'appliquait uniquement à des affections génériques : Willan supprimait du même coup la question de nature ou d'origine; le mot dartre disparaissait; il était rayé du vocabulaire dermatologique.

La classification de Willan eut un grand retentissement en Europe. Introduite en France par Biett, elle y fut popularisée par ses élèves Gibert et Cazenave ; Rayer et Devergie ne lui firent subir que de légères modifications.

Deuxième époque de l'histoire des dartres. Cette seconde époque commence avec Alibert. Duchesne-Duparc et Dauvergne de Valensole défendent dans la presse les doctrines de leur illustre maître. Hardy lui succède à l'hôpital Saint-Louis, et dans un enseignement, sinon aussi brillant, du moins aussi suivi que celui d'Alibert, s'efforce de réédifier la classe des dartres. S'il est vrai de dire que les dartres de Hardy paraissent rajeunies par l'emprunt qu'il a fait à Willan de sa nomenclature, il nous sera facile de prouver qu'elles se retrouvent en réalité dans le genre herpès d'Alibert, et que M. Hardy pouvait se dispenser de dire qu'il avait été obligé de les tirer du langage populaire, puisqu'il les a prises dans les livres des deux auteurs qui sont peut-être les deux plus célèbres dermatologistes des temps anciens et modernes, Willan et Alibert.

Le docteur Gailleton, ancien médecin de l'Antiquaille, maintient aussi la classe des dartres; meis nous allons voir que les dartres d'Alibert, celles de Hardy et celles de Gailleton, ne se ressemblent sous aucun rapport.

Alibert était médecin de l'hôpilal Saint-Louis dès le commencement de ce siècle. Dans son enseignement, il cherchait à réabiliter la classe des dartres que Willan et son élève Bateman venaient de supprimer. Voyons donc comment Alibert les envisageait, et passons en revue les divers classements qu'il en a donnés.

Dans un premier travail (art. Dartre du Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes), Alibert dit que, malgré les apparences variées des différentes espèces de dartres, elles conservent une physionomie analogue qui les fait rapporter au môme genre : « exanthèmes chroniques formés par des boutons pustuleux ou vésiculeux, environnés d'une aréole rouge, réunis en corymbes ou par groupes, qui enflamment la peau et provoquent un sentiment de prurit, de tension ou d'ustion. Bientôt les boutons se rompent naturellement ou artificiellement, et laissent échapper une matière ichoreuse ou purulente, laquelle se convertit en écailles ou en croûtes ; laissent souvent après elles des cicatrices indélébiles, succédant à l'altération profonde du tissu dermoïde. La peau est âpre et présente presque toujours une certaine tuméfaction au toucher ; elle est de couleur naturelle dans les environs; il n'existe pas de fièvre ». Comme on le voit, Alibert ne donne pas la définition de la dartre, ou même de ce genre dont il vient de parler. C'est un ensemble de caractères propres aux espèces, et tous ces caractères sont loin d'être communs à toutes les espèces. Il dit plus loin que parmi les dartres les unes sont contagieuses et que les autres ne le sont pas. Il admet cinq espèces de dartres :

1" Dartre farineuse ou furfuracée; 2" dartre squameuse; 5° dartre crustacée; 4" dartre pustuleuse; 5" dartre rongeante.

Cette nomenclature et ces divisions sont à peu de chose près celles de Roussel et de Poupart. Plus tard, en 1810 [Précis théorique et pratique sur les maladies de la peau, 2 vol. in-8°, l'* édit.), en 1822 (2'= édit.), en 1825, dans l'ouvrage qui a pour titre : Description des maladies de la peau observées à Vhôpital Saint-Louis, Alibert admet sept espèces de dartres :

1° Furfuracée; 2» squameuse; 5" crustacée; 4" pustuleuse; 5° rongeante; 6° phlycténoïde ; 7" érythémoïde.

Deux nouvelles espèces sont ajoutées à son premier classement, la dartre phlycténoïde correspondant à l'herpès miliaiie de Roussel, et lu dartre érythémoïde, qui n'est qu'un ecze'ma avorté ou un inlertrigo démangeant.

Enfin, en 1832, dans sa monographie des dermatoses et dans son grand ouvrage in-folio, orne de planclies coloriées, Alibert supprime les nouvelles espèces qu'il avait précédemment admises, l'herpès phlycténoïde et l'érythème, pour les faire rentrer dans sa première classe, les eczèmes, caractérisés par des inflammations locales circonscrites du tégument externe. Mais, d'un autre côté, il fait des espèces des genres, et reconnaît à la famille des dermatoses daitreuses quatre genres ainsi dénommés :

Premier genre. Herpès : dartre sèche, dartre humide.

Deuxième genre. Mélitaqre : dartre en croûtes.

Troisième genre, Varus : dartre pustuleuse.

Quatrième genre. Esthiomène : dartre rongeante.

Alibert définit l'herpès (premier genre des dermatoses dartreuscs) « dartre essentiellement caractérisée par une réunion de très-petites vésicules séreuses formant une ou plusieurs plaques irrégulières, sur une ou plusieurs régions du tégument, avec un prurit plus ou moins vif, ordinairement sans fièvre, s'étendant insensiblement pour envahir un plus grand espace, ou disparaissant parfois dans un lieu pour reparaître dans un autre. » Ce genre comprend deux espèces, l'herpès furfureux et l'herpès squameux. Mais la définition du genre ne s\)plique qu'à une espèce, l'herpès squamosus, puisque, d'après Alibert lui-même, l'herpès furfureux commence par une multitude de petits grains papuleux. Ainsi, la dilficulté qui avait arrêté Lorry plaçant avec Galien les lichenes ou dartres sèches dans les tumeurs et les herpètes ou dartres humides dans les ulcères, bien qu'il sentît que ces deux ordres d'affections devaient être réunis, n'arrête pas Alibert, qui tranche la question sans même chercher à la résoudre.

L'herpès furfuracé d'Alibert comprend deux variétés : furfuracé volatil (pityriasis), furfuracé arrondi (psoriasis).

La deuxème espèce ou ïherpes squamosus est une phlegmasie cutanée qui débute par de très-petits grains vésiculeux dépassant à peine le niveau du tégument, et qui se multiplient en provoquant un prurit excessif. Il en existe cinq variétés :

Première variété de forme. Herpès squamosus madidans. La peau irritée laisse transsuder continuellement une humeur semblable à de la rosée ; cette humeur s'échappe par petites gouttes quelquefois si abondantes qu'elle imbibe et travei^se tous les linges appliqués sur le corps. Alibert ne dit pas que les caractères du genre ne se retrouvent pas dans cette espèce.

Deuxième variété de forme. Herpès squamosus scabioides. C'est une des

variétés les plus connues. On la désigne ainsi parce qu'elle provoque des démangeaisons très-vives, analogues à celles de la gale {formica corrosiva des Arabes). On la rencontre au scrotum, à la verge, au gland, au prépuce, à la vulve, au périnée, à la partie entièrement supérieure des cuisses. Il s'y forme une multitude de papules vésiciileuses, ne dépassant pas le volume d'une tète d'épingle {ardentes papidce de Virgile). Le prurit revient par crises; les malades le comparent à des coups d'aiguille.

Troisième variété de forme. Herpès squamosus orhicularis. Siège autour des ouvertures naturelles ; offre l'aspect de plusieurs cercles concentriques d'écaillés qui tombent et se renouvellent successivement, très-fréquent au sein sur les nourrices, au nombril. Alibert rapporte un exemple d'herpès orbiculaire: jeune garçon portant aux joues deux plaques écailleuses de forme circulaire, qui avaient été précédées par de petits grains ve'siculeux, fournissant un suintement presque imperceptible dans les premiers instants de leur apparition.

Quatrième variété de forme. Herpès squamosus centrifugus. Uans le creux des deux mains, cercles plus ou moins orbiculaires, s'agrandissant tous les jours du centre à la circonférence, jusqu'tà ce que la face interne do la main se trouve totalement dépouillée de la cuticule ; accompagnés de sensation cuisante. 11 ne faut pas le confondre avec un accident syphilitique assez commun dans le même siège : la couleur cuivreuse suffit pour garantir de toute méprise à cet égard.

Ce que dit ici Alibert n'est pas parfaitement exact. Le diagnostic est souvent fort difficile, La syphilis localise la dartre sur cette région qui a été le siège de roséole squameuse précoce (plaques muqueuses), et le travail manuel contribue à l'entretenir; c'est pour cette raison qu'on la trouve sur la main droite plus souvent que sur la gauche, et sur la main gauche chez les gauchers. C'est le même travail morbide que celui de l'Iierpès prépntial récidivant chez les individus qui ont eu un chancre sur le prépuce et le gland : le chancre est depuis longtemps guéri, mais la syphilis antérieure a laissé sur le point envahi par le chancre une disposition organique qui localise la dartre arthritique ou l'herpès sur ce point, et le contact d'agents irritants, comme le coït avec une femme atteinte de flueurs blanches, les excès de boisson, agissent comme causes déterminantes.

Cinquième variété de forme. Herpès squamosus Uchenoides. Sous une forme absolument sèche : l'épiderme se sépare du derme en écailles dures, coriaces, blanchâtres, analogues par la forme et la couleur aux lichens parasites qui couvrent l'écorce des arbres. On se demande si cette variété ferait exception et ne présenterait pas le caractère essentiel du genre, la vésiculation ; mais, après la description de cette forme, Albert ajoute: l'observation suivante rendra ce tableau plus vivant et plus animé : « 11 s'agit d'un homme qui a été sous mes yeux pendant plus de quinze années, et qui a passé tout ce temps à souffrir. Il a consulté une multitude de médecins, et s'est confié à des charlatans. L'éruption s'était d'abord montrée sous forme dlierpès squameux humide, mais dans la suite elle s'est convertie en herpès squameux lichénoïde. »

Le DEUXIÈME GENRE cst la mélitagve (impétigo deWillan), composé de deux espèces, la melitagra flavescens {impétigo figurata) et la melitagra nigricans {impétigo sparsa).

Le TROISIÈME GENRE d'Alibcrt ou le varus est la dartre pustuleuse des anciens. C'est l'acné. Il comprend trois espèces : couperose, varus disséminé, mentagre.

Enfia, le quatrième genre est Vesthiomène ou dartre rongeante, qui renferme ■toutes les variétés de scrofulides malignes.

Quelque brillant que fût l'enseignement d'Âlibert à l'hôpital Saint-Louis, il ■devait échouer et échoua en effet devant l'enseignement rival de son ancien élève Biett, solidement appuyé sur la doctrine de Willan. Malgré son immense talent et le charme de sa parole, Alibert ne pouvait soutenir la concurrence, parce que la solution du problème qu'il se proposait de résoudre, c'est-à-dire exprimer cVun seul mot et à la fois (comme le dit encore aujourd'hui son trop fidèle élève Dauvergne de Valensole) la fo7vne et la nature des maladies de la peau, offrait des difficultés insurmontables que Représentait pas la classification ■de Willan, qui est un classement d'affections et non un classement de maladies.

L'une des plus grandes fautes qu'ait commises Alibert est d'avoir accepté la -division traditionnelle des maladies de la peau en maladies communes à toutes les régions, et en maladies exclusives à certaines d'entre elles. De là l'admission de dermatoses teigneuses et de dermatoses dartreuses, elles vains efforts qu'il ■déploie pour distinguer les teignes porrigineuses des dartres squameuses et furfuracées. « On ne confondra pas, dit-il, la dartre furfuracée du cuir chevelu avec la teigne porrigineuse ; dans le premier cas, l'affection est en placards arrondis, circulaires, relevés sur les bords ; dans le second cas, les écailles sont ^îontinues et recouvrent tout le cuir chevelu. » Évidemment, ce n'est pas le psoriasis, auquel fait allusion Alibert, qui est susceptible d'être confondu avec la teigne furfuracée ou muqueuse ; c'est le pityriasis, c'est l'eczéma chronique, ■qui simulent si bien la teigne furfuracée et la teigne muqueuse qu'il n'y a de ■différence entre ces affections que celle qu'impose une théorie hypothétique.

Une seconde faute, non moins grande que la première, est d'avoir dit que la dartre rongeante est dans la plupart des cas de nature scrofuleuse, et de l'avoir placée dans les dermatoses dartreuses au lieu de lui avoir assigné sa place natuj-elle dans les dermatoses strumeuses.

Enfin, une faute non moins grande encore est la création d'une famille de dermatoses scabieuses dont les genres n'ont d'autre caractère commun et différentiel que la sensation du prurit. Dans les dermatoses scabieuses aussi bien que dans les dermatoses teigneuses, nous ne trouvons que des dartres ou des affections parasitaires.

Quinze ans à peine s'étaient écoulés depuis la mort d'Alibert, que l'un de ses plus distingués élèves, le professeur Hardy, venait prendre sa place à l'hôpital Saint-Louis. Marchant sur les traces de son illustre maître, il crut pouvoir réussir là où ce dernier avait échoué. Suivant lui, l'insuccès d'Alibert ne tenait •qu'à des causes qu'il était aisé de faire disparaître, comme la comparaison ■allégorique de la peau dans l'état morbide à un arbre dont les branches, les rameaux et les ramuscules, représentent les familles, les genres et les espèces des affections cutanées, arbre qu'Alibert appelait pompeusement l'arbre des dermatoses ; comme encore la création de mots nouveaux, le rapprochement arbitraire de certaines affections de la peau, etc., etc. Pour le moment, nous n'avons à parler que d'une seule famille, celle des dartres : voyons donc les modifications que lui a fait subir M. Hardy.

Le mot dartre, pour Hardy, désigne une classe et non une maladie; les -espèces nosologiques qui font partie de cette classe offient les caractères qui suivent : « affections non contagieuses de la peau, constituées par des lésions élémentaires diverses, tendant à s'étendre au delà de leur siège primitif, affec-

tant habituellement une marche chronique, dispose'es sans re'cidives, s'accompagnant le plus ordinairement d'une sensation de cuisson ou de prurit, disparaissant sans laisser de cicatrices, et se développant fréquemment sous l'influence de l'hérédité. »

Ces caractères sont à peu de chose près les mêmes que ceux donnés par Alibert. Toutefois, remarquons que les dartres de Hardy ne sont pas contagieuses, et qu'elles ne laissent pas de cicatrices après elles. La contagion appartient aux affections parasitaires qui, comme je viens de le dire, ont été confondues par Alibert, soit qu'elles existent seules, soit qu'elles compliquent ces dernières. L'absence de cicatrices s'explique par l'exclusion des genres acné et eslhioraène des dartres de Hardy.

Mais quelles sont donc ces espèces nosologiques que Hardy appelle dartres? Dans une première classification, il en comptait quatre: 1" l'eczéma; 2° le pityriasis ; 3° le lichen ; 4" le psoriasis.

Aujourd'hui, avec Ilebra, il n'en compte que deux : 1" l'eczéma; 2" le psoriasis.

Espérons que, dans lui troisième classement, sous l'inspiration d'Erasmus Wilson, il n'en comptera plus qu'une, l'eczéma. Disons cependant qu'à l'heure qu'il est notre savant ami, quoi qu'il en dise, est bien loin de partager sur ce point les idées d'Erasmus Wilson, et que ses tendances visent au contraire une séparation absolue de l'eczéma et du psoiiasis, dont il fait deux diathèses distinctes. Alibert avait fait des espèces des genres, Hardy fait des genres des espèces : bien que ces deux procédés soient défectueux, j'avoue que je préfère le premier.

Les caractères communs des dartres de Hardy ne s'appliquent qu'à certaines espèces des genres eczéma, pityriasis et lichen ; la multiplicité des lésions n'existe pas dans le pityriasis et le lichen herpétiques, la tendance à s'étendre n'existe pas dans le lichen circonscrit, dans le prurigo scroti, pudendi muliebris, etc. La récidive n'a pas également lieu pour toutes les dartres, quelle que soit leur nature ; l'eczéma, l'impétigo des enfants, les gourmes dartreuses, guérissent, et le plus souvent sans récidive, tandis que l'eczéma et le psoriasis herpétiques récidivent et gagnent du terrain avec l'âge. Quant à l'hérédité, elle n'a rien de spécial aux dartres ; les lèpres, les cancers, sont également héréditaires.

Les caractères communs ne se retrouvent pas seulement dans les affections génériques, eczéma, pityriasis, lichen; on les rencontre encore dans d'autres genres, l'urticaire, le prurigo, le pemphigus. J'ai donné des soins à une dame atteinte d'urticaire très-rebelle; après deux saisons à Louesche, l'urticaire s'est trouvée remplacée par un eczéma général, lequel un peu plus tard s'est converti en herpétide exfoliatrice : n'était-ce pas un type de dartre'? J'ai donné des soins à une dame habitant Saint-Gratien, qui était atteinte d'un pemphigus arthritique, lequel a parcouru successivement toutes les régions du corps. Le pemphigus est guéri, mais la malade souffre aujourd'hui d'un rhumatisme chronique de presque toutes les articulations mobiles. Enfin, le prurigo furfuracé d'Alibert, le prurigo formicans, le prurigo podicis, pudendi midiebris, sont aussi des dartres. Le genre herpès emljarrasse beaucoup M. Hardy et l'embarrasse tellement qu'il voudrait le rayer du vocabulaire dermatologique. Il fait un eczéma de ï herpès prœputialis ; il ne veut pas que cette affection soit arthritique parce qu'elle peut avoir été précédée ou être suivie d'eczéma. Mais cette conélalion est au contraire pour nous une raison de plus d'admettre la nature

arthritique de l'herpès préputial et de tous les herpès récidivants dont ne parle pas notre distingué confrère.

En définitive, sous quels rapports les dartres de Hardy diffèrent-elles des dartres d'Alibert ? Les dénominations ne sont pas les mêmes ; Alibert a conservé le mot traditionnel herpès, serpigo, de ïfJTzû-j, ramper, le caractère le plus important des dartres, auquel Hardy lui-même attache une si grande valeur qu'il rapporte les paroles extraites des auteurs grecs et latins : ISomen morbi a serpendo, quod serpat per totum corpus. Mais pourquoi Hardy ne veut-il pas du mot traditionnel herpès, qui a été donné par tous les auteurs comme synonyme du mot dartre, et adopté par son illustre maître Alihert? Les raisons qu'il en donne ne nous paraissent pas d'une Lien grande valeur. C'est, dit-il, parce que Willan a donné un sens précis au mot herpès. Belle raison vraiment pour un auteur qui voudrait rayer ce mot herpès du vocabulaire dermatologique, et qui a singulièrement détourné de leur véritable sens toutes les dénominations willaniques, eczéma, impétigo, pityriasis, lichen ! Est-ce que Hardy ne devait pas se sentir plus de sympathie pour les partisans des dartres que pour les adeptes de Willan ? Il y a quelque chose de plus fort, c'est que Hardy ne se contente pas de préférer les dénominations willaniques à celles d'Alibert, mais, comme on le voit, il altère le sens de ces dernières: « Alihert seul, dit-il, après avoir désigné sous le nom d'olophlyctide l'herpès de Willan, a continué à désigner sous les noms d'herpès les maladies dartreuses connues sous les noms d'eczéma, de lichen, de pityriasis, de psoriasis, de certains herpès parasitaires, et leur a donné les noms assez pittoresques et assez inusités d'herpès furfureux volatil (pityriasis), d'herpès furfureux circiné {herpès circiné), d'herpès squameux humide {eczéma), d'herpès squameux scaboïde [lichen), d'herpès squameux orbiculaire {lèpre vidgaire), d'herpès squameux centrifuge {herpès circiné parasitaire), d'herpès squameux lichénoïde {psoriasis). Ces expressions sont à peu près oubliées aujourd'hui » (article Herpès du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques). Si M. Hardy n'a pas oublié les noms, il a du moins complètement oublié ce qu'Alibert désignait sous ces diverses dénominations. Je cfois vraiment que mon savant ami ne s'est pas donné la peine de relire Alihert, car il aurait vu que toutes ces dénominations si pittoresques et si inusitées ne s'appliquent qu'aux différentes variétés de forme de la dartre sèche {psoriasis de Hardy) et de la dartre humide {eczéma de Hardy).

Hardy dit encore, en parlant de l'eczéma : « Alibert mentionne à peine l'existence de vésicules, et fait consister le caractère essentiel de l'eczéma dans la production d'une sécrétion séreuse plus ou moins abondante à la surface de la peau, qui se fend, se gerce et s'exfolie... 11 propose de désigner cette maladie sous le nom pittoresque d'herpès squamosus madidans. » Nous prions le lecteur de vouloir bien jeter un coup d'œil sur les caractères donnés plus haut du genre herpès d'après Alihert, et sur les différentes formes de Vherpes squamosus : on verra qu'Alibert était un trop bon observateur pour avoir omis un caractère aussi essentiel. Nous ferons de plus remarquer que l'herpès squamosus madidans n'était pas tout l'eczéma pour Alibert, mais une forme, une variété seulement de l'eczéma.

La famille des dermatoses dartreuses se composait de quatre genres. C'est avec le premier et le second genre que M. Hardy a composé ses dartres. H fait rentrer le genre mélitagre ou l'impétigo dans le genre herpès d'Alibert.

Le genre varus ou l'acné d'Alibert ne compte pas parmi les dartres de

M. Hardy. Il a des relations évidentes, dans beaucoup de cas, avec les dartres : telle est, par exemple, la couperose dartreuse de Sennert ; mais la dartre, dit Hardy, change de siège et ne laisse jamais de cicatrice après elle, tandis que les pustules d'acné sont remplacées par des taches déprimées cicatricielles. Cela n'est vrai que pour certaines espèces ; il en est d'autres, comme l'acné niiliaire, qui changent parfois de place et ne laissent pas de cicatrices apparentes après la guérison. Hardy ne reconnaît aucim caractère diathésique ou constitutionnel à l'acné, et place cette affection à côté du pemphigus dans sa classe des maladies accidentelles de la peau. On conviendra sans peine que cette place est bien mal choisie ; que l'on considère le classement opéré du point de vue de la forme ou de la nature, peu importe. Hai'dy ne veut pas, et avec juste raison, laisser figurer l'esthiomène dans sa classe des dartres : nous nous sommes demandé nous-même pourquoi Alibert, qui en connaissait l'origine scrofuleuse, ne lui avait pas donné sa place naturelle dans les dermatoses strumeuses. Mais, si on lit avec attention les descriptions que les anciens auteurs ont données de l'herpès phagédénique de Galien ou de Yherpes depascens, on se convaincra facilement que leur opinion s'appuyait sur de solides raisons en le plaçant à côté des autres espèces d'herpès, quand ils voyaient chaque jour ce que nous voyons encore aujourd'hui, Yherpes crustaceus (impétigo) se transformer in situ en herpès dcpascens. En ce moment même, je soigne une petite fille sourde et muette, qui porte sur l'une des joues une scrofulide tuberculeuse fibro-plastique, sur les lèvres de l'impétigo simple, dont les croûtes sont tombées sans laisser de cicatrice, et sur l'autre joue un impétigo rodens (scrofulide pustulo-crustacée ulcéreuse). Je ne saurais admettre une nature différente dans ces trois affections qui coexistent sur la même figure et se transforment l'une dans l'autre.

Je me résume en disant que Hardy, voulant conserver dans la science la classe des dartres, eût mieux fait de rester dans le camp d'Alibert, en acceptant le mot herpès tel que l'entendait cet illustre maître, avec une espèce de plus, Yherpes crustaceus ou impétigo, que de mettre un pied dans le camp ennemi, en bouleversant, sans aucun profit pour la science, les ordres et la nomenclature de Willan. Il a cru simplifier l'étude des affections de la peau en réduisant à deux espèces nosologiques les cinq genres de Willan (eczéma, impétigo, lichen, pityriasis, psoriasis) ; mais, s'il est nécessaire de ne pas trop diviser, il importe pour le moins autant de ne pas trop réduire, car trop réduire, c'est tout confondre (Logique de Port-Royal).

Le docteur Gailleton, de Lyon, ancien médecin de l'Antiquaille, a fait paraître en 1874 un traité élémentaire des maladies de la peau dans lequel il reconnaît une classe des maladies de la peau et des muqueuses qu'il appelle dartres. Il définit ainsi ces maladiies : les dartres sont des maladies de la peau et des muqueuses, essentielles, non contagieuses, dues à une prédisposition spéciale héréditaire ou acquise, à marche chronique, récidivant à intervalles irréguliers avec persistance du type initial. Le processus morbide est une inflammation du corps muqueux, de la couche papillaire et du chorion. On voit de suite ce qu'en vertu de nos doctrines nous pouvons admettre et ce que nous devons rejeter de cette définition. Les dartres ne sont pas des maladies, mais des affections; ces affections ne sont pas exclusives à deux systèmes organiques seulement, la peau et les muqueuses appartiennent encore à d'autres systèmes et à d'autres organes; elles ne sont pas essentielles, car elles relèvent toutes d'une seule et même maladie constitutionnelle que la plupart des auteurs appellent la diathèse dar-

treuse ; rhérédité n'est pas la cause efficiente des dartres, mais une cause pre'disposante: la non-contagion, ia récidive et la persistance du type initial sont des caractères sur lesquels nous avons appelé toute l'attention de nos élèves pendant nos vingt années d'enseignement à l'hôpital Saint-Louis. Le processus morbide, dans les dartres, n'est pas toujours inflammatoire : hyperémie simple, inflammation, prolifération épidermique, hypertrophie, etc., sont des processus très-divers par lesquels la dartre se montre sur le tégument externe.

Le groupe des dartres comprend, suivant Gailleton, des affections de forme élémentaire très-variée ; voici le tableau qu'il en donne :

Èrythématcuscs Érylhème et urticaire chronique.

Piipuleuses Lichen, prurigo.

Squameuses Psoriasis, pityriasis, iciithyoses.

Yésiculeust'S Eczéma, herpès.

Pustuleuses Sycosis, acné.

Btilleuses Pemphigus.

Toutes ces affections génériques sont ou symptomatiques ou idiopathiques : elles peuvent être sympathiques de la scrofule et de l'arthritis, et s'appellent dès lors des scro fui ides et des arthritides ; si elles sont idiopathiques, ne relèvent que d'elles-mêmes, Gailleton les appelle des dartres: mais pourquoi des dartres, et non pas des érythèmes, des urticaires, des pemphigus, etc., essentiels, puisqu'il n'y a pas de cause commune à ces affections ou maladies? Pas plus que Hardy, Gailleton n'a le droit de se servir du mot darlre qui, dans l'esprit des médecins qui l'ont adopté, voulait dire maladies différentes déforme, identiques par la nature.

En résumant la première époiue de l'histoire des dartres, nous avons vu que l'introduction du mot dartre dans la science n'avait ni avancé l'étude des formes cliniques, ni éclairé l'origine des affections cutanées. Voyons si l'époque contemporaine a jeté plus de lumière sur le diagnostic différentiel et sur la nature des affections de la peau.

Alibert, sous le rapport du diagnostic des formes cliniques, a confondu le prurigo avec le lichen, les scrofulides pustuleuses avec les scrofulides tuberculeuses, sous le nom de dartres rongeantes. Il a fait un seul genre d'affections fort différentes de forme, les unes squameuses, les autres vésiculeuses. Sous le rapport de la nature, il admet, comme les anciens, un vice ou une humeur dartreuse pour expliquer la communauté d'origine des maladies dartreuses. Sous le nom de dartres, il confond les affections de cause externe et celles de cause interne, et n'en sépare que les syphilides qui avaient été décrites à part bien avant lui.

Hardy, sous le rapport des formes cliniques, a replongé la dermatologie dans le chaos d'où Willan l'avait fait sortir; sous le rapport de la nature, il se sépare de son maître Alibert en rejetant le vice dartreux qu'il remplace par la diathèse, non par une diathèse créée pour expliquer l'origine commune de toutes les maladies dartreuses, mais par une diathèse spéciale pour son espèce nosologique eczéma, et une autre diathèse spéciale pour son espèce nosologique psoriasis {vo2j. Dartre, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques) ; ce qui veut dire qu'il supprime la diathèse commune à toutes les dartres. A quoi bon dès lors conserver les expressions de diathèse dartreuse et de dartre?

Enfin, Gailleton a respecté les formes cliniques établies par Willan; mais sous le rapport de la nature, tout en rejetant le vice dartreux, il est resté avec l'an-

tique division des dartres en dartres symptomatiques et en dartres idiopathiques ou protopathiques essentielles. Pourquoi donc appeler dartres ces dernières aitections qui n'ont aucune relation avec les affections nerveuses ou viscérales, et qui ont chacune leur cause particulière? ne valait-il pas mieux les appeler tout simplement eczéma, lichen, psoriasis, etc., essentiels ou idiopathiques?

H- De la dartre et des dartres. Alibert Commence ainsi l'article Dartre du Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes : « Entreprendre de tracer « 1 histoire des dartres est une des taches les plus difficiles pour le pathologisle. (( En effet, celte histoire est si vaste et si fertile en phénomènes de tous les « genres qu'elle embrasse une série innombrable de points de doctrine. Les « questions les plus intéressantes viennent en quelque sorte se rattacher à la « théorie des affections herpétiques )/. Rien n'est plus vrai que ces paroles d'Alibert. Je dis plus, c'est qu'il est impossible d'aborder l'histoire des dartres sans faire connaître la doctrine et la méthode qui doivent servir de fil conducteur dans cette laborieuse étude.

Tous les auteurs, anciens ou modernes, qui ont admis des dartres, ont voulu désigner par cette expression un groupe de maladies de la peau différentes par les caractères extérieurs, mais identiques par la nature. Lorry lui-même, qui a rejeté le mot pour ainsi dire avec dédain, ne peut s'empêcher de reconnaître l'identité de nature de certaines maladies qu'il décrit dans des chapitres fort éloignés les uns des autres, comme le prouvent suffisamment ces paroles : « JSam morbi ovines isti affines inter se et ex eadem oriundi prosopia, plus gradu et nomine differunt quam natura. »

Notre doctrine à nous est celle de l'essentialité des maladies, notre méthode, celle de la distinction des divers états morbides, maladie, affection, lésion et symptôme, qui ne doivent pas être confondus. Mais voyons d'abord pourquoi nous repoussons les idées de Gaillelon et celles de Hardy sur la nature et le classement des dartres.

1" L'opinion de Gailleton repose sur la persistance indéfinie chez le dartreux de la même espèce de dartre. L'affection cutanée disparaît et se reproduit toujours sous le même type, et ce type ne change pas par l'hérédité; le fils d'un psoriasique est toujours psoriasique, le fils d'un eczémateux est toujours eczémateux.

2° Toutes les maladies qui peuvent compliquer les dartres n'ont aucun rapport d'origine avec celles-ci. Le vice herpétique, l'herpétisme, la diathèse dartreuse, sont de vains mots, des hypothèses stériles et complètement inutiles.

3» Les rétrocessions dartreuses sont des conceptions imaginaires. On peut et on doit combattre les dartres, sans aucune crainte de répercussion.

Malheureusement pour Gaillelon, l'observation séculaire proteste contre toutes ces allégations.

Bien que dans la très-grande majorité des cas l'eczéma et le psoriasis herpétiques se reproduisent sous la même forme, il n'est pas rare de voir des conversions réciproques de ces deux affections de l'une en l'autre : c'est l'eczéma qui se transforme en psoriasis, ou le psoriasis qui devient eczéma. J'ai vu le psoriasis des coudes et des genoux coexister avec un eczéma de la saignée des bras et des jarrets. D'un autre côté, quel est le praticien qui, ayant suivi des dartreux pendant une longue série d'années, n'ait pas été à même de voir le psoriasis, le pityriasis, l'eczéma et le pemphigiis se convertir, à leur dernière période, en

herpétide exfoliatrice ? J'ai cité plus haut le fait d'une dame qui a été successivement atteinte d'urticaire, d'eczéma généralisé et d'herpétide exfoliatrice.

Le vice herpétique, l'herpétisme, la diathèse dartreuse, sont des expressions doctrinales différentes, mais qui toutes conduisent au même but qui est de faire connaître la nature identique des espèces dartreuses.

La rétrocession ou la répercussion des dartres exprime un fait qu'on ne saurait nier sans s'exposer au reproche de manque d'expérience. C'est une de ces vérités traditionnellement admises dans les temps anciens et modernes. Nous avons donné des soins pendant quelques années à une jeune dame atteinte d'un psoriasis généralisé : trois fois, avec l'arsenic, nous avons fait disparaître complètement l'éruption psoriasique, et trois fois, immédiatement après la disparition de son psoriasis, sa famille s'était trouvée dans l'obligation de la faire enfermer dans une maison consacrée au traitement de l'aliénation mentale; elle était folle. Enfin, une quatrième fois, elle est encore revenue nous consulter secrètement pour la même affection, mais, suffisamment averti par le médecin de la famille et par le mari de la malade, nous nous sommes bien gardé de reprendre la médical ion arsenicale. Une autre de nos clientes était prise d'humeur noire chaque fois que nous la guérissions de son eczéma. Enfin nous n'en finirions pas, si nous voulions parler de toutes les phthisies ou pneumonies caséeuses, de tous les rhumatismes chroniques que nous avons vus se produire à la suite de la guérison de dartres scrofuleuses ou arthritiques, intempcstivement traitées par l'arsenic. Il nous est donc impossible de reconnaître, avec Gailleton, des dartres idiopathiques ou protopathiques essentielles, et des dartres deutéropathiques ou symptomatiques de la syphilis, de la scrofule et de l'arthritis.

Les objections que nous venons de faire aux doctrines de Gailleton, nous pourrons les adresser également à celles de Hardy. Gailleton admet les affections génériques de la peau, Hardy ne les admet pas et ne voit partout que des espèces nosologiques. Seulement, il croit échapper aux difficultés de la question en faisant des espèces de plusieurs genres, et, comme dartres, il n'admet que deux espèces nosologiques, l'eczéma et le psoriasis: mais nous lui dirons, comme à Gailleton : Pourquoi appelez-vous dartres ces deux espèces, puisque vous les séparez si bien que vous admettez pour chacune une diathèse spéciale? Que veut dire ici le mot diathèse? La diathèse est une cause commune à plusieurs espèces; si chaque espèce a sa cause efficiente à part, il n'y a plus besoin de diathèse, sans quoi il vous faudrait admettre une diathèse pour le zona, une pour le pemphigus, etc., à moins de comprendre dans votre diathèse eczémateuse et dans votre diathèse psoriasique des affections nerveuses et viscérales, les unes d'origine eczémateuse, les autres d'origine psoriasique. Cette contradiction tient uniquement à ce que Hardy n'a pas d'idée bien arrêtée sur ses dartres. Quand il admettait, il n'y a pas bien longtemps encore, quatre maladies dartreuses, et de plus, des angines, des bronchites, des névralgies, des asthmes et même des cancers d'origine dartreuse, il lui fallait une diathèse pour expliquer tout cela; mais, peu à peu, il se laisse aller aux tendances localisatrices, et bientôt nous le verrons entrer complètement dans le camp des llebra et des Erasmus Wilson.

Avant d'aller plus loin, je dois me demander ce qu'il faut entendre par nature de maladie et nature d'affection.

Les auteurs de l'antiquité gréco-latine, ainsi que nous venons de le voir, n'admettaient qu'une seule nature aux maladies de cause interne. Cette nature

n'était autre que l'altération des humeurs. Les altérations de la pituile pour Hippocrate, de la bile pour Galien,de l'atrabileet du mélange de la pituite et de la bile pour les Arabes, du sérum du sang pour Barbette, etc., telles étaient les causes efficientes des dartres. Cette doctrine^compte encore des partisans parmi les médecins de notre époque ; les altérations du sang sont regardées comme la cause première des dartres, qui sont assimilées aux affections pathogéniques telles (jue la roséole copahique. Il y a là une confusion ejitre les affections de cause interne et les affections de cause externe. Cette théorie ne peut être admise que quand l'agent morbifique vient d'être introduit dans le sang, comme corps étranger, et se trouve éliminé par la peau. Je ne nie pas absolument les altérations du sang et des humeurs chez^les dartreux, mais je dis que ces lésions sont l'effet et non la cause de la maladie.

Quand on croyait à la contagion des dartres, l'humeur dartreuse était regardée comme un virus qui devint plus tard le vice dartreux, et qui, sous l'inlluence de nouveaux systèmes, passa des liquides dans les solides, puis dans l'organisme tout entier, sous le nom de diatlièse, et sous ce nom on est arrivé à comprendre et la maladie et la cause première ;^mais pour nous, qui ne pouvons confondre la cause avec l'effet, la maladie avec la lésion, nous donnons le nom de diathèseà une maladie et non à une cause.

Comment donc arriver à déterminer la nature d'une maladie?

La maladie, dans son essence, est une inconnue pour nous ; l'essence des choses se dérobe et se dérobera probablement longtemps à nos moyens d'investigation ; nous ne pouvons étudier que les rapports, et, comme l'a très-bien dit mon ancien collègue et ami, feu le docteur Bouley, dans sa dissertation inaugurale sur la nature de la goutte, les questions de nature se réduisent aujourd'hui à des questions de rapports ou de classification : dire la nature d'une affection, c'est dire la maladie à laquelle elle se j'attache ; dire la nature d'une maladie, c'est indiquer la place qu'elle doit occuper dans les cadres nosologiques. Pour indiquer la nature des dartres, il nous suffit de rechercher la place qu'elles doivent occuper dans les cadres nosologiques. Ces cadres sont loin d'être bien établis, et surtout de recevoir l'approbation de tout le corps médical. 11 est des choses cependant dont on ne saurait révoquer en doute la légitimité eu raison des analogies frappantes qu'offrent les maladies qui les composent : telles sont les fièvres, les exanthèmes fébriles, les plilegmasies pour les maladies aiguës ; il en devrait être de même des maladies constitutionnelles, des diathèses et des cachexies, pour les maladies chroniques. Le plus grand nombre des auteurs n'admettent pas les différences que nous établissons entre les maladies constitutionnelles et les diathèses. Maurice Rajnaud trouve que la distinction n'est pas légitime parce que, dit-il, un seul caractère distingue ces deux ordres de maladies, l'existence d'un produit morbide unique dans les diathèses et de produits morbides multiples dans les maladies constitutionnelles ; et pour prouver que ce caractère n'est pas aussi important qu'il le paraît, il signale dans nos diathèses des lésions inflammatoires, des altérations des ongles, etc., que sais-je encore? accidents consécutifs secondaires qui ne jouent jamais le principal rôle dans la maladie diathésique. Il oublie ou passe sous silence l'un des caractères les plus importants et les plus distinctifs des maladies constitutionnelles, c'est-à-du-c la marche périodique de ces maladies, dans le cours desquelles on observe des intervalles plus ou moins longs de santé parfaite. Cette distinction est assez importante pour que le professeur G in trac ait cru devoir diviser les diathèses en

deux ordres, polygénique et monogénique. J'ai dit ailleurs les raisons qui, même avec cette division des diathèses, m'empêchaient de placer dans une même classe les maladies constitutionnelles et les diathèses ; ce n'est pas le lieu d'y revenir ici. Maurice Raynaud croit la séparation des maladies constitutionnelles et des diathèses d'autant moins nécessaire qu'on éloigne de la goutte, maladie constitutionnelle, des maladies diathésiques comme la glycosurie et la gravelle, qui ont la plus grande affinité avec elle. Cette réflexion serait fort juste, si l'arlhritis ne se trouvait pas placée dans le cadre nosologique, bien que maladie constitutionnelle, à côté desdiathèsesglycosurique et calculeuse, lesquelles non-seulement s'en trouvent, en effet, rapprochées, mais la compliquent souvent de manière à imprimer des caractères particuliers à ses manifestations, les arthritides : c'est ainsi que nous voyons l'eczéma vulvaire, le sycosis de la région pubienne, coïncider souvent avec la présence d'une quantité anormale de sucre dans l'urine, et l'eczéma nummulaire généralisé, l'eczéma de la muqueuse bucco-pharyngienne, coexister avec la gravelle urique {voy. Diathèse, Dict. de méd. et de chir. prat.).

Dans le système de Gailleton, le mot dartre devient complètement inutile : les dartres sont des maladies essentielles, séparées, ayant chacune une cause spéciale. Le vice dartreux,la diathèse dartreuse, sont des hypothèses qui ne font qu'encombrer la science. Le nom du genre avec l'épithète « essentiel » suffit à les désigner. On dira eczéma, psoriasis, herpès essentiels, au lieu de dire eczéma, psoriasis, herpès dartreux. Le nom de la classe sera, si l'on veut, dermatoses essentielles ou spontanées, protopathiques, idiopathiques. Cette dénomination a au moins l'avantage de ne pas permettre de confondre les dartres de Gailleton avec celles des anciens auteurs et des auteurs modernes.

Nous pourrions donner le même conseil à Hardy, c'est-à-dire de ci'éer une classe de dermatoses essentielles pour ses deux unités pathologiques, l'eczéma et le psoriasis; mais Hardy admet aussi des catari"hes, des angines granuleuses, des névralgies, des asthmes d'origine herpétique, et alors il faut une cause commune pour expliquer ces affections cutanées et muqueuses, névralgiques et viscérales. Hardy admettant que l'eczéma et le psoriasis ne procèdent pas de la même diathèse, il sera forcé de nous dire quels sont les angines, les catarrhes, les névralgies et les affections viscérales qui appartiennent à la diathèse eczémateuse, quels sont ceux qui appartiennent à la diathèse psoriasique. Ce sont les vœux que forme son fidèle élève Maurice Raynaud (art. Diathèse, Dict. de méd. et de chir. prat.).

Quant à nous, qui distinguons l'affection de la maladie, nous reconnaissons la dartre -maladie comme étant la source commune des dermatoses, des catarrhes, des névralgies, des lésions viscérales d'origine herpétique. Nous n'avons pas besoin du vice dartreux, de l'herpétisme, du principe herpétique, de la diathèse dartreuse, pour expliquer les rapports de toutes ces manifestations dartreuses. Il y a donc la dartre-maladie et les dartres-affections, et, pour éviter l'équivoque, nous avons proposé de remplacer le mot dartre par celui d'herpetis, et le mot dartre-affection par celqi d'herpétide, comme on dit syphilis et syphilide, scrofule et scrofulide, arthritis et arthrit^ide.

Mais on nous demande pourquoi nous ne voulons pas admettre la dartre parmi les diathèses, et en faire la diathèse herpétique. Notre réponse est bien simple. L'idée de cause est traditionnellement attachée au mot diathèse, et pour nous la diathèse est une maladie, et non une cause, ainsi que nous venons de le

dire. Nous ne saurions admettre avec Maurice Raynaud que la cause efficiente, la diathèse et la maladie, soient une seule et même chose : aussi aurions-nous dû depuis longtemps remplacer le mot diathèse par un autre nom pour désigner la classe des maladies diathésiques. Qu'il nous suffise de dire que la diathèsemaladie a le plus souvent une marche continue, et la maladie constitutionnelle une marche périodique ; que la diathèse est caractérisée par un produit morbide spécial (tubercule, cancer, lymphadénome, etc.), tandis que la maladie constitutionnelle est caractérisée par des produits morbides très-variables, des affections très -nombreuses et très-différentes sous le rapport du siège et du processus morbide ou de la modalité palhogénique.

Un médecin des plus distingués, le docteur Pidoux, admet trois maladies constitutionnelles, la syphilis, la scrofule et l'arthrilis, qu'il appelle capitales. La dartre ou l'herpétisme serait, suivant lui, un intermédiaire entre les maladies capitales et les maladies organiques. Cette opinion si différente de la nôtre s'explique par la différence qui existe entre nous sur la manière de comprendre la maladie. M. Pidoux partage en trois parties nos unités pathologiques et fait une entité morbide de chacune de ces trois parties. L'herpétis est tout aussi bien une maladie capitale que l'arlhritis ou la scrofule.

Nous allons maintenant exposer succinctement le tableau delà maladie-dartre ou herpctis, et quelques considérations générales sur les herpétides ou les dartres telles que nous les comprenons, renvoyant pour le reste à l'article Dermatoses et aux articles de ce Dictionnaire qui traitent de chaque affection de la peau en particulier.

PREMIÈRE PARTIE. De l'herpétis od de la dartre considérée comme unité PATHOLOGIQUE. L'hcrpétis est une maladie constitutionnelle non contagieuse, non inoculable, se traduisant par des affections ayant spécialement pour siège la peau, les nerfs et les viscères, et spécialement caractérisée par les récidives, l'extension graduelle, la ténacité des affections cutanées, et par l'abondance excessive de la prolifération épidermique.

L'herpétis se distingue de la syphilis par sa non-contagion et sa non-inoculabilité; de la scrofule par ses produits morbides différents (productions tuberculeuse, caséeuse, fibro-plastique dans la scrofule, productions épithéliales dans l'herpétis) ; de Varthritis par l'absence des manifestations articulaires, la ténacité, l'extension graduelle et indéfinie de ses affections cutanées.

Nous admettons, pour l'herpétis comme pour les autres maladies constitutionnelles, quatre périodes et des prodromes.

Prodromes, lis consistent dans un état particulier de la constitution, du tempérament, du caractère moral et des indispositions habituelles des sujets prédisposés à l'herpétis.

Bien que souvent robuste et fort, le dartreux est rarement surchargé d'embonpoint. Ce psoriasis herpétique, qui est le type de la dartre, a été appelé par Alibert et Hebra la maladie des gens robustes ; mais, si nous prenons l'eczéma, qui atteint bien plus souvent les arthritiques que -les dartreux, nous le rencontrons plus souvent chez des sujets maigres atteints d'herpétis, et sur des sujets gras atteints d'arthritis. Je rectifie ainsi les paroles de Hardy, qui me fait dire, et d'une manière générale, que les dartreux sont maigres et que les arthritiques sont gras.

Chez le dartreux, la peau est sèche et souvent démangeante, sans éruption

DÂRTRK. 673

papuleuse et squameuse : cette sécheresse et ces démangeaisons n'ont pas de siège déterminé. Chez l'arthritique, au contraire, la peau est souvent humide, la transpiration est facile, surtout aux extrémités, aux régions inguino-crurales et ano-génitales, sous les aisselles ; c'est aussi dans ces régions que le prurit se fait sentir. Le dartreux conserve souvent sa chevelure jusque dans une vieillesse avancée ; l'arthritique est sujet à la chute prématurée des cheveux. Le tempérament biliaire est assez ordinaire chez les herpétiques, qui sont bien souvent mélancoliques, irascibles, d'une grande susceptibilité; chez l'arthritique, le tempérament sanguin prédomine ; le caractère est moins irritable et moins disposé à la mélancolie. Les troubles momentanés des fonctions digeslives s'observent assez fréquemment chez les dartreux aussi bien que chez les arthritiques , mais chez les premiers on voit souvent la constioation alterner avec la diarrhée, tandis que la diarrhée est plus rare et la constipation plus ordinaire chez les seconds.

La peau est généralement très-impressionnable chez les sujets disposés à la dartre. Les mets épicés, les alcooliques, le poisson et surtout le poisson gâté, les crustacés, homard, langouste, moules, écrevisses, etc., provoquent des éruptions à la peau qui n'ont qu'une durée éphémère, mais qui plus tard peuvent surgir spontanément et donner lieu à une herpétide bien caractérisée.

Première période. La première période de l'herpétis est constituée par des accidents de la peau, des muqueuses ou du système nerveux, qui n'ont en général qu'une durée éphémère ; ces accidents disparaissent souvent spontanément, sont rarement accompagnés de phénomènes généraux; il reviennent à des époques indéterminées, ou sont périodiques, et dans les intervalles des poussées le sujet jouit d'une santé parfaite.

Notons sur les muqueuses et sur la peau des ophtlialmies avec prurit du bord libre des paupières, des coryzas, des bronchites, des diarrhées, des eczémas, qu'on ne doit pas confondre avec les éruptions artificielles si communes chez les enfants à la mamelle par suite du contact de l'urine et des matières fécales, des lichens strophulus qui se montrent surtout à l'époque de la dentition. Parfois à cette première période les affections cutanées sont déjà très-caractérisées, persistantes, très-tenaces, et ne disparaissent que par l'emploi de traitements plus on moins énergiques. L'eczéma, le lichen et le psoriasis peuvent se montrer avec ces caractères dès la plus tendre enfance; nous avons vu le psoriasis herpétique déjà très-étendu et parfaitement caractérisé par des plaques argentées chez un enfant de trois mois et demi. C'est dans ces circonstances qu'on a cru à la dartre congénitale; mais dans ces cas il s'agissait bien plutôt d'une ichthyose que d'une affection dartreuse. C'est à tort que Gailleton compte l'ichthyose au nombre des expertises ; l'ichthyose est une simple difformité de la peau, et non une affeclion pathologique ; elle est congénitale et non prurigineuse, ne serpente pas sur la peau, caractères qui la distinguent suffisamment des herpétides.

Enfin, dans un âge plus ou moins avancé, l'herpétis peut encore débuter par des éruptions cutanées généralisées, pseudo-exanthéraatiques, la roséole miliaire et 1 eczéma aigu généralisé. Ces deux affections ont une durée fort courte et disparaissent spontanément. Hardy met en doute l'existence de la roséole miliaire herpétique; mais de ce qu'une affection est rare, il ne s'ensuit pas qu'elle n'existe pas.

L'herpétis ne débute pas toujours par des affections des membranes muqueuses ou de la peau. Parfois la maladie constitutionnelle commonce par des migraines

DICT. ENC. XXV. A7y

ou des dyspepsies qui persistent périodiquement pendant un temps plus ou moins long avant l'apparition des manifestations muqueuses ou cutanées.

Deuxième période. Les affections de la peau sont mieux accusées, occupent de plus larges surfaces, ont une tendance marquée à envahir les parties avoisinantes, conservent leur Ijpe inilial pendant toute leur durée, sont fixes, et n'alternent pas encore avec les affections des muqueuses ou bien et surtout avec les affections viscérales ; récidivent au fout d'un temps plus ou moins long quand elles ont disparu sous l'influence des moyens thérapeutiques; disparaissent parfois spontanément pour reparaître aux changements de saison.

L'herpétis, dans cette période, se traduit mr la peau par des affections humides ou par des affections sècl es. La production épidermique est aussi abondante dans la première forme que dans la seconde. Cependant Iherpétis humide aboutit plus prcmptement à la cachexie darlreuse que l'herpétis sèche. L'herpétis humide résiste davantage à l'action des agents thérapeutiques, et, si le contraire a été dit, c'est qu'on a confondu l'eczéma arthritique, qui est de beaucoup le plus fréquent, avec l'eczéma herpétique.

Sur les membranes muqueuses on observe à cette période des catarrhes, secs ou pituiteux, des diarrhées séreuses, des otorrhées qu'on a beaucoup de peine à guérir, des blennorrhces et leucon bées provoquées le plus souvent par le virus blennorrbagique, mais entretenues par l'herpétis, ou, pour parler le langage des écoles, par le virus herpétique.

Sur le système nerveux, il faut signaler les névralgies franches avec irradiation des douleurs lancinantes sur les rameaux nerveux, les névralgies faciale, intercostale, cubitale, sciatique, etc., et souvent aussi les névralgies viscérales. ISous avons bien souvent observé chez les sujets atteints de psoriasis des coliques sèches, des entéralgies, des gastro-entéralgies.

Troisième période. La troisième période de l'herpétis est caractérisée par les allernar.ces des affections et les métastases. L'affection de la peau alterne avec celle des muqueuses, des séreuses ou du système nerveux ; elle se supprime brusquement pour être remplacée par une bronchite, par une anasarque ou une hydropisie quelconque, par une affection viscérale congestive et nei'veuse qui peut à son tour disparaître instantanément par le retour de l'affection de la peau. J'ai déjà cité le fait d'une jeune dame qui trois fois avait perdu la raison par suite de la disparition de son psoriasis, et qui trois fois l'avait recouvrée après le retour du psoriasis. Les exemples d'affections cutanées herpétiques alternant avec des accès d'asthme, des vomissements nerveux, des névralgies, des congestions cérébrales, ne sont pas rares, et pour notre compte nous ne serions nullement embarrassé, s'il fallait en rapporter de nombreux exemples.

Toutefois, il ne faut pas croire que dans cette troisième période de l'herpétis

tous les dartreux soient sujets à ces balancements d'affections de divers systèmes

anatomiques ou aux répercussions dartreuses ; on peut dire que ces faits sont

l'exception, et la persistance et l'extension graduelle de l'affection cutanée, la

^ègle.

Quatrième période. Lorsque le darlreux n'a pas succombé pendant la troisième période de Therpétis, soit à une affection métastatique, soit à quelque complication phlegmasique ou autre, il entre dans la quatrième période, le corps couvert de squames ou de croûtes. La peau est le siège d'une production abondante d'épiderme qui enveloppe le malade et répand une odeur nauséabonde et parfois des plus fétides. C'est l'affection que nous avons nommée herpétide

exfoliatrice, et dans laquelle se confondent eczéma, pemphigus, pityriasis, psoriasis. Ce fait ne saurait être nié par le médecin qui a assisté aux différentes phases d'évolution de l'affection dartreuse pendant une longue série d'années; il ne se concilie en aucune façon avec l'opinion de Hardy qui admet une différence profonde de forme et de nature entre l'eczéma et le psoriasis. Les cas de ce genre ne nous semblent rares que parce que l'on a rarement l'occasion de suivre le sujet atteint d'herpétide jusqu'à la quatrième période. Depuis longtemps découragé par l'insuccès des remèdes, le dartreux abandonne le médecin honnête pour se mettre dans les mains des charlatans qui bien souvent ne le soulagent qu'en mettant bien vite un terme à sa pénible existence par les remèdes incendiaires qu'ils lui font prendre.

Dans la quatrième période de la dartre, les accidents cutanés se suppriment parfois pour être remplacés par des affections viscérales telles que l'asthme, la bronchite capillaire, le ramollissement des centres nerveux, les paraplégies, les affections cancéreuses, etc.; d'autres fois, les accidents cutanés persistent en même temps que se développent ces mêmes lésions organiques.

Symptômes généraux. Dans mes leçons sur l'arthritis et la dartre, j'ai partagé les phénomènes généraux de l'herpétis en deux époques. Dans la première, de beaucoup la plus longue, les phénomènes généraux sont intermittents, périodiques, comme les affections qui les occasionnent, apyrétiques dans l'immense majorité des cas, et laissant le malade, pendant les intervalles qui les séparent, dans un état de santé parfaite. Pendant les poussées herpétiques, le sommeil est troublé par des démangeaisons que produisent les affections cutanées, par les migraines, les névralgies; les urines sont parfois épaisses, cbargées de phosphates, de mucus, mais non d'urates ou de graviers comme dans l'arthrite. Les digestions sont troublées dans la migraine et dans la dyspepsie. Mais, quand les accidents cutanés existent seuls, à part les fonctions de la peau, celles des autres appareils sont dans l'état normal; quelquefois même l'appétit est augmenté; les désirs erotiques sont plus vifs que dans l'état habituel, ce qui dépend, le plus souvent, du prurit des organes sexuels.

Dans la seconde époque se montrent les symptômes de la cachexie dartreuse : la dépression des forces, l'amaigrissement, la diarrhée colliquative, la fièvre hectique avec le type intermittent tout d'abord et plus tard avec le type continu, le marasme, etc. L'albuminurie existe parfois dans cette période, mais moins souvent que dans l'arthritis; elle est passagère et bien moins forte que dans la syphilis et la scrofule.

Marche. Durée. Terminaisons. Complications. Pour tous ces points de son histoire, l'herpétis ne se distingue nullement des autres maladies constitutionnelles ; sa marche périodique intermittente dans les premières phases de la maladie devient continue vers la fin. Elle se termine par la cachexie dartreuse, et le plus souvent par des complications viscérales qui amènent la mort. Sa durée est indéterminée ; elle peut guérir tout aussi bien que les autres maladies de la même classe, mais le plus ordinairement elle se prolonge pendant toute la durée de l'existence. On la voit parfois s'associer aux autres maladies constitutionnelles ou aux diathèses, souvent aussi aux maladies parasitaires, la ligne tonsurante, le pityriasis versicolore, la gale, le phthiriasis.

Anatomie pathologique. Pour moi, le caractère essentiel, pathognomonique, de la dartre ou de l'herpétis, c'est l'abondance de la prolifération épidermique. On la voit bien parfois dans certaines formes irrégulières de l'arthritis, mais cet

état est passager, tandis qu'il est permanent dans la dartre. L'urticaire, qui semble faire exception à cette règle, est rare comme affection herpétique, et de plus, quand elle se prolonge pendant un temps fort long, l'urticaire herpétique aboutit à une desquamation épidermique généralisée.

On a bien rarement l'occasion de faire dans les hôpitaux des autopsies de dartreux, et je ne crois pas en avoir fait plus de dix ou douze pendant les vingtcinq années que j'ai passées à l'hôpital Saint-Louis. J'ai vainement cherché des vésicules et des bulles sur les muqueuses bronchique et intestinale chez des sujets atteints de pemphigus ou d'eczéma ; je n'en ai jamais rencontré. Deux fois j'ai trouvé le poumon congestionné et carnifié sur des sujets morts de psoriasis à la dernière période, deux fois des ramollissements des centres nerveux.

J'ai la conviction qu'on arrivera, dans un avenir plus ou moins rapproché, à distinguer les lésions organiques d'origine herpétique, comme on distingue celles qui sont d'origine syphilitique ; c'est le seul service que l'histologie puisse rendre à la science médicale.

Étiologie, Les causes de l'herpétis sont efficientes, prédisposantes ou déterminantes.

La cause efficiente est une prédisposition spéciale, impénétrable dans son essence, qu'il faut admettre pour l'herpétis aussi bien que pour toutes les maladies, et qu'on ne doit pas confondre avec l'hérédité.

Les causes prédisposantes et déterminantes se rattachent à trois genres d'intluences que nous allons rapidement et successivement passer en revue.

1" Influences physiologiques. Aucun âge n'est à l'abri de l'herpétis; le plus souvent elle commence dans l'adolescence ; mais parfois on h voit débuter par des affections très-caractéristiques dès la plus tendre enfance. L'eczima et le psoriasis peuvent ég;dcment s'observer sur les enfants à la mamelle, mais à cet âge l'eczéma est plus souvent artificiel ou gourmeiix qu'herpétique, tandis que le psoriasis ou la dartre sèche est constamment herpétique.

Le sexe ne paraît avoir aucune influence sur l'herpétis, qui me semble aussi fréquente chez la femme que chez l'homme. Peut-être la femme est-elle plus exposée aux dartres humides, et l'homme aux dartres sèches; mais nous manquons d'une statistique suffisante pour appuyer cette proposition. Trèsprobablement aussi les migraines et les névralgies herpétiques, les répercussions dartreuses, sont plus fréquemment observées chez la femme que chez l'homme.

Nous avons déjà parlé de la conslilution et du tempérament chez les sujets atteints d'herpétis à l'occasion des prodromes, il est inutile de revenir sur ce point ; je dirai seulement que, si la constitution et le tempérament n'ont pas une action bien marquée sur le développement de l'entité pathologique, ils paraissent en avoir une bien prononcée sur le siège et la forme des affections. On ne saurait nier que les migraines et les névralgies soient plus fréquentes chez les sujets nerveux ; qu'il en soit de même des affections essentiellement prurigineuses, comme le lichen et le prurigo; que les affections vésiculeuses, impétigineuses, attaquent de préférence les sujets lymphatiques ; que les dartres sèches soient l'apanage des tempéraments sanguin et musculaire, etc.

Les révolutions physiologiques des âges, la grossesse, la lactation, ont une grande influence sur la détermination des affections herpétiques. Citons, pour «xemples, le lichen strophulus qui survient particulièrement à l'époque de la

dentition, la mélitagre flavescente ou l'impétigo tîgurala aux approches de la puberté, toutes les herpétides cutanées, névralgiques ou viscérales, qui débutent ou s'exaspèrent à l'époque de la ménopause.

Pendant la grossesse, les artliritides s'observent plus souvent que les herpétides; les dartres sèches et humides restent silencieuses ou même rétrogradent pour reprendre une marche plus active et plus extensive après l'accouchement, surtout quand l'allaitement n'a pas lieu {dartres laiteîises, lait répandu).

2" Parmi les influences pathologiques nous mettrons au premier rang ['hérédité. C'est à tort qu'on a confondu l'hérédité avec la cause efficiente ; l'Iiérédité n'agit pas fatalement, et l'herpétis débute souvent spontanément, sans qu'on puisse constater d'affection herpétique dans la famille ou les ascendants de celui qui en est atteint. L'hérédité peut s'exercer directement des parents aux enfants, ou bien sauter une génération. Elle a ordinairement un mode d'action croisé : le fils est en général plus exposé aux maladies de la mère, et la fille aux maladies du père. Toutefois cette règle n'est pas absolue, et nous avons bien des fois observé le contraire. Non-seulement l'herpétis est héréditaire, mais les affections spéciales le sont également : la migraine, les névralgies, l'asthme, etc., sont héréditaires de même que les affections cutanées. Il y a plus, c'est que, parmi les affections d'un même système, de la peau, par exemple, on remarque l'influence de l'hérédité sur la forme ou le genre de l'affection : l'eczéma est héréditaire comme eczéma, le psoriasis est héréditaire comme psoriasis. Nous avons vu cependant, quoique rarement, le père psoriasique donner naissance à des enfants eczémateux, et des eczémateux engendrer des psoriasiques.

Les maladies des parents ou des ascendants ne sont pas les seules qui aient de l'influence sur le développement de l'herpétis ; il en est d'autres qui, survenus avant l'apparition de cette maladie constitutionnelle, provoquent son développement, comme les maladies parasitaires et la syphilis. La gale est fréquemment accusée par les gens du peuple d'avoir été la cause des dartres dont ils sont atteints. La syphilis favorise l'apparition des dartres, et ces dartres provoquées en imposaient aux anciens, et en imposent encore à beaucoup de médecins de notre époque, pour des affections cutanées d'origine syphilitique ; on sait que ce ne sont pas les plus faciles à guérir.

5" Influences hygiéniques ou influences communes exercées par le milieu qui entoure le malade. A ce genre d'influences nous rapportons les causes morales, les émotions vives, et plus particulièrement les chagrins répétés et prolongés. Cette influence est très-remarquable sur la production des herpétides et des névralgies herpétiques; elle l'est moins sur la production des arthritides, et moins «ncore sur celle des scrofulides bénignes.

Les changements de saison favorisent le retour des accidents herpétiques ; les dartres se produisent sur les mêmes régions, et chaque jour gagnent du terrain.

Certains aliments ont une influence évidente sur les manifestations herpétiques : le poisson de mer, les coquillages, certains fruits, etc.; il en est de même des boissons alcooliques, de toutes les liqueurs fermentées.

Les professions qui exigent des travaux manuels, qui mettent certaines régions du corps en contact avec des substances irritantes, provoquent et entretiennent le développement des herpétides; toutefois il ne faut pas confondre pour cela, comme le fait M. Hardy, les dartres avec les éruptions artificielles. Personne ne -confondra l'eczéma psorique, l'eczéma arsenical, l'eczéma des cuisinières même

dis DARTRE.

avec l'eczéma hei^pélique; non-seulement les caractères objectifs ne sont pas les mêmes (polymorphie, tension, douleur remplaçant le prurit), mais l'eczéma artificiel disparaît bien plus vite par la soustraction de la cause que l'eczéma constitutionnel ; il ne s'étend jamais au delà des parties qui ont été en contact avec les substances irritantes, à moins de grattages réitérés ; l'autre, au contraire, obéit à la loi de l'herpétisme cutané, qui est de s'étendre et de ramper sur les parties circonvoisines.

Séméiotique. Diagnostic. Le diagnostic de l'unité pathologique que nous appelons herpétis repose sur la nosographie, l'étiologie et la thérapeutique. En effet, la nosographie nous apprend la marche et l'évolution des affections de chaque système organique; par elle on arrive aussi à la connaissance des caractères généraux et particuliers 'des affections. L'étiologie éclaire le diagnostic par les renseignements que donne l'examen de la [constitution, de l'âge, des professions, de l'hérédité, etc. Le traitement enfin peut jeter de vives lumières sur le diagnostic : quand une affection cutanée, par exemple, présentant tous les caractères objectifs des herpétides, a été traitée infructueusement pendant un temps fort long par l'emploi des alcaHns, c'est encore une raison de plus de croire à la nature herpétique de la maladie .

Pour être complet, le diagnostic de l'herpétis doit comprendre :

1" Le diagnostic de l'unité pathologique ;

2" Le diagnostic des affections herpétiques ou dartreuses, quel que soit le système organique sur lequel elles siègent ;

3° Le diagnostic des herpétides sous le rapport de la lésion élémentaire, de l'affection générique et de l'affection propre ou spéciale.

Parlons seulement pour l'instant du diagnostic de l'herpétis considérée comme unité pathologique.

L'herpétis est pour nous une maladie constitutionnelle, et non une diathèse. Elle attaque divers systèmes organiques, la peau, les muqueuses, les nerfs, les viscères ; ses manifestations sont nombreuses et ne se ressemblent en aucune façon sous le rapport de la modalité pathogénique ou du processus. Ce ne sont point des lésions deutéropathiques, consécutives à la formation d'un produit morbide spécial, comme dans les diathèses, mais des affections protopathiques. Dans l'immense majorité des cas, la maladie est périodique, et les périodes sont séparées par des intervalles de santé parfaite ; dans l'immense majorité des cas, les diathèses ont une marche continue; il n'y a qu'une lésion dominante et principale, les autres sont des lésions secondaires, consécutives.

Nous avons admis quatre maladies constitutionnelles, la syphilis, la scrofule, l'arthritis et l'herpétis.

La syphilis et la scrofule se distinguent si bien de l'herpétis que nous croyons pouvoir nous dispenser de rapprocher les manifestations de ces trois maladies constitutionnelles pour en établir le diagnostic. Nous aurons d'ailleurs à parler un peu plus loin du diagnostic des herpétides, et nous verrons quels sont les caractères qui les distinguent des syphilides et des scrofulides.

L'arthritis considérée comme unité pathologiqu e a plus de ressemblance avec l'herpétis; toutes deux ont des affections communes sur les mêmes systèmes anatomiques : l'angine et la bronchite sur les muqueuses, — les migraines, les névralgies sur le système nerveux, — la dyspepsie sur le tube gastro-intestinal, — l'asthme sur le poumon, — le cancer sur tous les organes — enfin, les affections cutanées.

Les affections cutanées commencent avec ces deux maladies constitutionnelles, mais chez les arthritiques on les voit habituellement disparaître dans les dernières périodes, tandis que chez les herpétiques ou véritables dartre ux l'affection de peau devenue générale persiste jusqu'à la mort et fait partie de la cachexie herpétique.

D'ailleurs, les affections qui sont communes ont des caractères spéciaux qui les distinguent dans les deux maladies constitutionnelles; la migraine arthritique n'est pas la migraine herpétique; l'asthme sec, dit essentiel ou nerveux, de Ifierpétis, n'est pas l'asthme humide de l'arthritis, etc. ; dans mes leçons sur l'arthritis et la dartre, j'ai indiqué ces caractères différentiels que je ne puis rappeler ici sans ra'exposer à donner trop de développement à l'article dartre.

Les rapports des affections entre elles contribuent à éclairer le diagnostic de l'unité pathologique. L'alternance de l'herpétide avec la névralgie franche est un signe de la dartre; l'atternance de l'arthralgie ou de la myalgie avec l'affection cutanée est un signe de l'arthritis.

Il importe aussi de connaître la place qu'occupent les affections dans l'évolution de la maladie constitutionnelle. Qu'un eczéma, par exemple, se produise dans le cours de la scrofule, pendant la troisième période, après la gnérison complète et définitive des accidents de la première et de la seconde période, on diagnostiquera soit l'arthritis, soit la dartre, soit une des complications ordinaires de l'arthritis, telles que la glycosurie, la lithiase urinaire. r Enfm l'herpétis, qui aboutit parfois à la dégéaerescence cancéreuse, pourrait être confondue dans cette période avec la diathèse cancéreuse ; mais on se rappellera que le cancer constitutionnel termine la maladie, qu'il a été précédé d'accidents herpétiques, qu'il est un symptôme de la cachexie dartreuse, tandis que le cancer diathésique commence et finit sans interruption par le cancer. Espérons qu'avec les progrès de l'histologie nous saurons un jour distinguer anatomiquement le cancer constitutionnel et le cancer diathésique.

Pronostic. Toutes les maladies constitutionnelles ont des formes bénignes, des formes communes et des formes malignes. Le pronostic varie beaucoup suivant la forme : la syphilis, qui est de toutes la plus accessible aux agents thérapeutiques, n'a-t-elle pas sa forme maligne qui, parfois, malgré les traitements les plus rationnels, conduit fatalement le malade au tombeau ?

Le pronostic varie suivant la période : est-ce la peine de dire que plus la maladie est avancée dans son évolution, plus fâcheux est le pronostic ; plus les récidives de l'herpétis sont rapprochées, plus grave est la maladie ?

Les affections font varier le pronostic. Quand la peau seule est atteinte, la maladie est moins dangereuse immédiatement que quand il s'établit une sorte de balancement entre les affections cutanées et les affections nerveuses ou vésicales. L'asthme et surtout la bronchite capillaire qui succèdent à la disparition des dartres sont des affections fort graves et bien souvent mortelles. II en est de même des dégénérescences cancéi-euses.

Le pronostic des herpétides varie suivant le genre d'affection cutanée, suivant son étendue, sa tendance à récidiver. Toutes choses égales d'ailleurs, je préfère les formes sèches aux formes humides. Les dartres humides se répercutent plus facilement sur les viscères ; elles épuisent les malades plus que les dartres sèches. Quant à la fréquence des récidives, on l'observe tout aussi bien dans les dartres humides que dans les dartres sèches; pour ce qui est de la curation, elle est tout aussi difficile pour les unes que pour les autres : je ne

parle que de la cuiation temporaire, de la guérison pour un temps plus ou moins long des affections. Quant à la guérison définitive de la maladie, il ne faut pas y compter, quelle que soit d'ailleurs la forme d'herpétide sous laquelle elle se présente. On a avancé que les périodes d'ajournement étaient plus longues pour l'eczéma que pour le psoriasis : c'est là une erreur qui ne s'explique que par les confusions des eczémas arthritiques avec les eczémas herpétiques.

Le pityriasis rubra chronique est une herpétide rare, mais très-rebelle, et plus grave que le pityriasis alba chronique.

Le psoriasis pityriasiforme est aussi une herpétide très-rare, qui ne doit pas être confondue avec rjciithyose ; son pronostic est à peu près le même que celui du psoriasis ordinaire.

Le siège topographique des affections, leur étendue, le prurit dont elles sont accompagnées, l'abondance des sécrétions, font également varier le pronostic.

L'herpétis offre donc des dangers sérieux par ses manifestations cutanées et par ses manifestations viscérales ; elle expose les sujets qui en sont atteints à des démangeaisons souvent insupportables, aux insomnies qui en sont la suite. Elle condamne souvent le malade à garder le lit ou la chambre, l'empêche de paraître dans le monde en raison du dégoût qu'il inspire, et engendre parfois le tœdium vitœ qui conduit au suicide.

Traitement. La thérapeutique générale de l'herpétis comprend : 1° le traitement préventif; 2° le traitement curatif; 3" le traitement palliatif.

Le traitement préventif ou hygiénique n'a d'action que sur les causes instrumentales ou déterminantes. Ce traitement consiste dans l'éloigncment de ces causes. Ainsi, aux personnes prédisposées à la dartre par hérédité, ou qui déjà en éprouvent les prodromes, on recommandera d'éviter autant que possible les émotions morales, de suivre un régime particulier qui consiste surtout dans l'abstention des mets épicés, de certains aliments, comme le poisson de mer, les cruslaccs, les viandes salées ou fumées, de certaines boissons comme le cidre, les vins aigrelets, le café et le thé, les liqueurs fermentées.

Le traitement curatif se compose d'une série d'indications fournies par l'unité pathologique, les périodes, les formes, les affections et les causes.

I. La connaissance des indications conduit à celle des médications qui sont un ensemble de moyens de traitement et de médicaments agissant tous dans une voie commune et tendant vers un but déterminé.

A. Indications fournies par l'unité pathologique. Les maladies constitutionnelles n'ont pas de spécifique dans le sens que l'on attribue généralement à ce mot. Les agents médicamenteux indiqués par l'unité pathologique sont ceux qui conviennent à des affections d'un même système organique diflérentes de forme et à des alfections de systèmes organiques différents. Or, il est évident que l'agent, dans l'herpétis, qui occupe la première place pour remplir ces conditions, c'est l'arsenic. L'arsenic convient aussi bien aux dartres humides qu'aux dartres sèches ; il convient encore aux névralgies, à l'asthme d'origine herpétique, et toutes les eaux minérales qui renferment de l'arsenic dans leur composition peuvent être utilement employées contre toutes les manifestations de cette maladie constitutionnelle.

Les balsamiques occupent le second rang dans le traitement de l'herpétis ; ils agissent non-seulement sur les herpétides, mais encore sur les catarrhes et les névralgies d'origine herpétique. Biett a employé la créosote, nous avons donné le genévrier et l'huile de cade à l'intérieur, Hardy a mis en usage le baume de

copahu. La térébenlhine cuite et l'essence de térébenthine ont été préconisées dans le traitement des affections d'origine herpétique à l'intérieur, à l'extérieur en inhalations et en fumigations.

La teinture de canlharides spécialement recommandée contre les affections cutanées a produit souvent d'excellents résultats, surtout chez les femmes où elle a moins d'action sur les organes génito-'Urinaires et peut en conséquence être administrée à plus forte dose.

Le soufre a été longtemps regardé comme un spécifique désaffections dartreuses ; aujourd'hui encore il jouit d'une assez grande réputation comme antiherpétique. Cette erreur des anciens ne tient qu'à ce qu'ils confondent les affections dartreuses avec les affections parasitaires, dans lesquelles, en effet, le soufre produit des effets miraculeux. C'est un des meilleurs parasiticides que nous possédions.

Le mercure a été préconisé contre les dartres dès les temps les plus l'eculés ; mais, si j'en crois mon expérience personnelle, le succès que l'on dit avoir été obtenu par ce médicament devrait être simplement attribué à une erreur de diagnostic, erreur fréquente chez les médecins des dix-septième et dix-huitième siècles, et qui n'est pas rare encore de nos jours : on n'est que ti'op porté à rattacher à la syphilis les dartres qui surviennent chez d'anciens syphilitiques. Je pourrais rapporter des exemples nombreux d'erreurs semblables commises par des médecins haut placés dans la science, par des professeurs de la Faculté de médecine de Paris. Dans un cas, il s'agissait d'un jeune prince atteint de psoriasis guttata généralisé qui, sur le conseil de son médecin ordinaire, l'un des professeurs les plus distingués de ladite Faculté, avait pris du mercure en quantité notable pendant six mois ; le psoriasis, loin de s'amender, s'était plutôt aggravé. Le professeur Gubler a cherché dans ces derniers temps à réintégrer le mercure dans le traitement des dartres ; il a cité le fait entre autres d'un psoi'iasis invétéi'é qui avait reçu mes soins, et que j'avais longtemps traité infructueusement par l'arsenic ; ce malade aurait été très-sensiblement amélioré par le traitement mercuriel. Enfin Gubler va jusqu'à donner le conseil aux médecins praticiens d'essayer le mercure comme altérant dans le traitement des dartres rebelles, quelles que soient leur forme et leur nature. Ce conseil à coup sûr simplifie beaucoup le diagnostic, mais il nous paraît aussi peu rationnel qu'il est dangereux pour les malades.

On a vanté beaucoup d'autres agents contre l'herpétis et les herpétides, en particulier la poudre de vipère, l'anémone pulsatile, l'orme pyramidal, l'hydrocotyle asiatique, le jaborandi, etc., etc. ; mais tous ces agents ne sauraient être mis en parallèle avec l'arsenic, la teinture de cantharides et les balsamiques.

B. Indications fournies par les formes. La forme de la maladie doit être prise en considération. La forme bénigne guérit seule assez souvent. La forme commune réclame une thérapeutique active : on débute généralement par de faibles doses du médicament mis en usage et on les augmente graduellement, jusqu'à une limite qui est indiquée par les effets pathogénétiques de la substance employée. Dans les formes malignes, le traitement le plus énergique reste presque toujours impuissant.

C. Indications fournies par les affections. Chaque affection a ses indications particulières pour l'étude desquelles nous renvoyons le lecteur aux mots qui expriment les manifestations de l'herpétis, quel qu'en soit le siège {voy. Asthme, Eczéma, Psoriasis, Névralgie, etc.). Ici, nous devons nous occuper seulement

des indications données par le processus ou le mode pathogénique des affections. Le mode inflammatoire réclame les antiphlogistiques, les vomitifs, les purgatifs, les diurétiques, les sudorifiques. Dans le mode hypertrophique on a recours aux frictions, aux vésicatoires, aux pommades fondantes. Dans le mode néoplasmatique ou dans les dégénérescences, l'arsenic me paraît encore devoir être essayé ; quelques auteurs paraissent s'être bien trouvés des préparations arsenicales dans le traitement du cancer : cette dégénérescence n'était-elle pas alors d'origine herpétique?

D. Indications tirées de Vétat des affections. Les herpétides pseudo-exanthe'matiques guérissant d'elles-mêmes ne réclament pas un traitement énergique : quelques bains, un régime doux, un léger purgatif, et parfois une saignée, sont les seuls moyens à employer. Les herpétides érytkémateuses, telles que l'urticaire et l'épinyctède, sont des affections fort rebelles, et contre lesquelles on pourrait employer peut-être avec avantage l'hydrothérapie. Le sulfate et le bromhydrate de quinine échouent dans ces cas tout aussi bien que l'arsenic.

Les herpétides squameuses réclament le traitement arsenical, qui peut être graduellement porté jusqu'à trente et même quarante milligrammes par jour, s'il ne survient aucun signe d'intoxication. On peut indifféremment employer l'arséniate de soude, de potasse ou d'ammoniaque, soit en dissolution aqueuse, soit en granules ou en pilules de un milligramme. L'arséniate de fer peut être administré à des doses beaucoup plus fortes, et que j'ai portées jusqu'à vingt et vingt-cinq centigrammes par jour; mais on n'est jamais aussi sur de son action que de celle de l'arséniate de soude. C'est aussi dans les herpétides squameuses qu'on a retiré le plus de succès des préparations balsamiques et ue la teinture de cantharides. L'huile de cade à l'extérieur, en frictions, est le meilleur topique ; mais à cause de sa couleur et de son odeur pénétrante, on la remplace souvent par la pommade de goudron. On a préconisé dans ces derniers temps les frictions avec l'acide acétique, l'essence de bouleau, etc. ; tous ces agents ne valent ni le goudron, ni l'huile de cade.

Les herpétides papuleuses doivent être traitées comme les herpétides squameuses.

Enfin les herpétides ve'siculeuses et huileuses, outre l'indication que comiuauuc tout d'abord leur mode inflammatoire de recourir aux antiphlogistiques, délayants, diurétiques, purgatifs, topiques émollients, bains adoucissants, etc., donnent lieu à deux indications spéciales : 1" la première, de commencer le traitement arsenical par des doses extrêmement minimes ; 2» de diminuer et d'arrêter définitivement la sécrétion par l'emploi de poudres absorbantes, d'amidon, de vieux bois, de tan, d'oxyde de zinc, etc.

E. Indications fournies par les symptômes prédominants. Le symptôme prédominant, dans les herpétides, c'est le prurit, qui ne fait jamais défaut et surtout fait le désespoir du malade et du médecin. Il est donc indiqué de calmer le prurit par tous les moyens en notre pouvoir .

Gomme moyens internes, l'arsenic, les opiacés, les antispasmodiques, sont mis chaque jour à contribution. On a aussi vanté l'aconit, qui ne me paraît avoir qu'une action faible et incertaine.

A l'extérieur, les topiques émollients, cataplasme de fécule de pommes de terre, lotions émollientes, bains adoucissants, n'ont d'action que sur les herpétides essentiellement inflammatoires, comme l'eczéma et l'impétigo, mais dans ces affections elles-mêmes ces moyens sont bien souvent insuffisants, et d'ailleurs

ils offrent un grand désagrément, c'est de favoriser la sécrétion morbide. Je préfère donc la conspersion de poudres absorbantes ou légèrement astringentes qui, en formant des croûtes, mettent les parties malades à l'abri du contact de l'air, et par suite calment les cuissons et les démangeaisons. Un autre agent qui , me rend chaque jour les plus grands services pour calmer le prurit et modérer la sécrétion morbide dans les herpétides vésiculeuses, c'est le coaltar saponiné de Lebeuf de Bayonne ; mais il faut avoir soin de l'employer à très-faible dose : une cuillerée à café de cet agent dans un demi-litre d'eau de son, de gruau ou de mélilot, suffit souvent à procurer une amélioration qu'on avait demandée en vain à une infinité d'autres agents médicamenteux.

N'oublions pas de mentionner les solutions mercurielles, celle de sublimé notamment, l'eau de chaux mêlée à l'huile d'amande douce, les solutions plombiques, celles de cyanure de potassium qui parfois aussi produisent d'excellents effets : ces dernières préparations s'emploient plutôt dans les herpétides papuleuses et squameuses superficielles, comme le pityriasis. C'est aussi dans les herpétides sèches, lichen et prurigo, pityriasis, eczéma squameux ou fendillé, psoriasis, qu'on a recours aux pommades mercurielles, au cérat calaminaire, à la pommade d'oxyde de zinc, aux glycérolés d'amidon, de goudron, de tannin, d'aloès.

F. Indications four7iies par les causes. Nous ne pouvons agir sur la cause efficiente, ou, comme on le dit, sur la diathèse : ce groupe d'indications ne se rapporte donc qu'aux causes déterminantes. Engager le dartreux à renoncer à une profession qui l'expose au contact d'agents irritants propres à reproduire les affections cutanées ; lui défendre les aliments qui ont de l'action sur la peau ; le faire renoncer, si cela est possible, aux habitudes de grattage qui ne font que maintenir et exaspérer son mal, telles sont les seuls moyens de remplir l'indication qui consiste à combattre ou à supprimer les causes.

Les eaux thermales nous donneraient-elles un moyen de prescrire un traitement préventif? Assurément, chez les malades prédisposés à l'herpétis par hérédité et qui déjà commencent à ressentir les prodromes de cette maladie constitutionnelle, il ne peut qu'être avantageux de prescrire une ou plusieurs saisons aux eaux arsenicales de la Bourboule, de Plombières, du Mont Dore. Pidoux va plus loin encore ; il croit que chez les sujets qui ont subi les atteintes de l'une des trois maladies qu'il appelle capitales (scrofule, arthritis, syphilis), et chez lesquels se sont produites des affections à la peau qu'il englobe sous le nom d'herpétisme, on peut prévenir par l'emploi des eaux Bonnes la tuberculisation pulmonaire, dernière étape de la maladie constitutionnelle.

II. Médications. La médication est un ensemble de moyens de traitement et de médicaments agissant tous dans une voie commune et tendant vers un but déterminé.

La médication a pour bases l'unité pathologique, les forces du malade, la modalité des affections, les complications.

L'unité pathologique indique ici la médication arsenicale.

La dépression des forces, l'anémie, commandent l'emploi des toniques et des reconstituants.

La modalité inflammatoire des affections prime la médication principale. Avant tout on doit recourir aux antiphlogistiques, aux adoucissants, aux purgatifs et aux diurétiques ; ce n'est que quand les symptômes d'acuité ont disparu qu'on peut employer avec succès la médication arsenicale.

Les complications phlegmasiques, dialhésiques ou constitutionnelles, seront combattues par le traitement propre à chacune de ces maladies : c*est ainsi que dans l'association de la scrofule et de l'herpétis nous employons simultanément l'arsenic et les antiscrofuleux, de même dans les complications de l'arthritis et de l'herpétis on combine les alcalins avec les arsenicaux.

III. Rapports des iîsdications aux médications. La solution de cette question ne peut être obtenue que par l'expérimentation. Le hasard seul peut nous faire connaître parfois le remède propre à la cure d'une affection spéciale; mais ces cas sont rares, et c'est à l'expérience qu'il faut demander les agents doués de quelque efficacité dans la thér apeutique d'une maladie quelconque. Mais quelle voie suivre pour arriver à la connaissance de ces agents? n'avons-nous d'autre méthode à suivre que celle qui consiste à essayer l'un après l'autre tous les agents de la matière médicale? C'est ici qu'il importe de connaître l'action des médicaments.

Tout agent médicamenteux a trois modes d'action sur l'organisme sain : l'une action topique; 2° une action physiologique; 3" une action pathogénétique. Dans le premier cas, il agit par ses propriétés physiques ou chimiques, et il est irritant, astringent, caustique, etc., etc. Dans le second cas, il manifeste son action physiologique par des phénomènes variés, et il est sudorifique, diurétique, purgatif, etc. Enfin, dans le troisième cas, il détermine des affections qui se rapprochent plus ou moins de celles qu'on observe dans les maladies.

On peut utiliser ces trois ordres d'action. L'action topique, absorbante, astringente, cathéréti que, etc., est d'un grand secours dans la thérapeutique locale. L'action physiologique, purgative, diurétique, etc., est mise chaque jour à contribution dans le traitement des dartres humides. Quant à l'action pathogénétique, il nous est prouvé par l'expérience qu'elle est susceptible de se transformer chez le sujet malade en action curative. Or, l'observation apprend que les agents qui ont une action directe sur les dartres exercent, dans l'état normal, une action pathogénétique sur la peau. C'est donc parmi les substances qui influencent la peau dans l'état physiologique qu'il faut chercher les médicaments à expérimenter. C'est ainsi que nous arriverions à mettre au premier rang l'arsenic et les balsamiques, le soufre, etc., si ces remèdes n'étaient depuis longtemps acquis à la thérapeutique antidartreuse.

On arrive encore à la connaissance des remèdes nouveaux par un autre procédé de raisonnement, en consultant les relations de nature des affections de divers systèmes organiques : le paullinia guérit la migraine : pourquoi ne l'essayerait-on pas dans le traitement des dartres herpétiques?

Enfin il est des médicaments qui ont une action mixte en quelque sorte, et conviennent dans l'association de plusieurs maladies constitutionnelles ; le soufre, par exemple, me paraît doublement indiqué dans l'association de la scrofule et de l'herpétis.

DEUXIEME PARTIE. Considérations générales sur les herpétides. Les herpétides sont les manifestations cutanées de Vherpétis ou de la dartre-maladie. Elles sont moins nombreuses que les arthritides, mais comme ces dernières elles peuvent être partagées en trois sections, et présentent des caractères communs aux trois sections et des caractères propres à chacune de ces trois sections.

Voici le tableau des affections que nous appelons herpétides :

EMIÈRE SECTIOIS.

Herpétides pseudo-exantuématiques ( Roséole miiiaire.

PREMIERE SECTIOIS.

IQUES I R

(Primitives, prinlanières). j Eczéma rubrum généralisé.

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