DAMAN
lande : l'un de ces animaux, provenant de la ménagerie fameuse de Blauwe Jan, mourut chez le professeur Vosmaer et fut remis au naturaliste Pallas, qui en fit réludc monographique et le rangea à côte des Cochons d'Inde, sous le nom de Cavia capensis. La même espèce fut appelée par Buffon Marmotte du Cap, par le comte de Mellin Blaireau des rochers {Klippdachs ou Klippdas), et devint en 1783, pour Hermann, professeur de zoologie à Strasbourg, le type d'un genre particulier, le genre Hyrax.
En 1804, George Cuvicr publia un mémoire sur l'osléologie du Daman qu'il compléta, quelques années plus tard, par des observations faites sur de nouveaux spécimens rapportés du Cap par Delalande ; il discuta les ressemblances du Daman du Cap et de celui de Syrie, et les classa tous deux parmi les Pachydermes.
Au commencement de ce siècle, sir Everard Home fit connaître la disposition en ceinture du placenta chez le Daman, et, de 1852 à 1850, M. Owen, M. Ilyrtl, M. deBlainville, ajoutèrent de nouveaux renseignements à l'histoire analomique 4e cet animal qui, dès 1844, fut mis dans un groupe spécial par M. II. Milne- Edwards. Cette opinion fut adoptée par M. de Blainville, M. Huxley et M. Carus, et ce dernier analomisle proposa même d'établir pour les Damans une famille à part, pour laquelle il reprit le nom de Lamnungia proposé par Illiger. Il est certain en effet, comme l'a établi M. le docteur George, dans sa Monographie du genre Daman, que ces petits mammifères ne peuvent rester ni dans le groupe des Pachydermes, ni dans celui des Rongeurs, parce que, s'ils se rattachent à chacun de ces ordres par un certain nombie de caractères, ils s'en éloignent aussi par des côtés opposés. Ainsi les Damans ont des affinités avec les Pachydermes dans leur dentition et dans quelques pièces de leur squelette, mais ils en diffèrent par le nombre des vertèbres lombaires, sacrées et caudales; d'un autre côté, ils ont l'aspect extérieur et le pelage des Rongeurs, mais ils possèdent deux caecums, l'un simple et l'autre double; chez eux, l'os hyoïde présente une structure spéciale, et l'urèthre s'ouvre dans le vagin. Les Damans enfin ressemblent aux Carnassiers par la forme de leur placenta et de leur cerveau, aux Edentés par le grand nombre de leurs côtes, aux Monotrèmes par la disposition des glandes sudoripares qui s'ouvrent au sommet des papilles.
Le genre Daman, qui constitue donc à lui seul un groupe particulier, une phalange dans la classe des Mammifères, comprend d'abord deux formes bien tranchées, deux types sous-génériques se distinguant l'un de l'autre par l'aspect de la boîte crcînienne, les Damans des rochers ou Damans proprement dits [Hijrax] et les Damans des arbres [Dendrohijrax). Dans le sous-genre Hyrax, il y a trois espèces : le Daman du Ga[) [Hyrax capensis) à pelage sensiblement uniforme, sauf sur le dos où règne une bande noire, le Daman d'Abyssinie {Hyrax habessinicus) à pelage gris de fer ponctué de noir, avec une bande dorsale noire, et le Daman de Syrie ou Daman Israël {Hyrax syriacus), à pelage jaunâtre avec une bande dorsale jaune. Enfin le sous-genre Dendrohyrax comprend probablement aussi plusieurs espèces : le Dendrohyrax dorsalis de l'Afrique occidentale, Daman dont le corps est revêtu de soies rudes comme celles d'un porc et présente en dessus, comme le nom même l'indique, une large bande longitudinale ; le D. arboreus ou Boomdas, qui a pour patrie l'Afrique australe et le pays de Mozambique, et dont le pelage offre un mélano^e de fauve, de rougeâtre, de bleu et de noir, le D. Blainvillei, à cercle orbitaire incomplet, etc.
576 DAMASONIUM.
Les Damans appartenant au genre Hyrax proprement dit vivent dans les endroits déserts et rocailleux, sur le flanc des montagnes; pendant la journée, ils se réuinsse\>t en troupes d'une dizaine d'individus pour brouter ou pour se chaulTer voluptueusement au soleil. Timides à l'eKcès, ils prennent la fuite au moindre bruit, grmipent avec l'agilité des geckos le long des parois les plus abruptes et disparaissent entre les pierres en poussant un petit cri tremblotant. Le voisinage d'un léopard, d'un cbien ou d'un aigle, leur inspire une terreur toute particulière. Les Damans des arbres au contraire se tiennent dans les grandes forêts ; ils restent pendant le jour accroupis sur les branches, ne sortent de leur torpeur qu'à la nuit tombante et se nourrissent de feuilles. Les uns comme les autres, les Damans de rochers comme les Damans arboricoles, sont des animaux d'une grande douceur, que l'on a pu à différentes reprises élever en captivité.
Au dire de tous les voyageurs, la chair du Daman est saine et d'un goût agréable, aussi les chrétiens de Syrie et les Bédouins d'Arabie s'en montrent-ils extrêmement friands ; au contraire, les habitants de l'Abyssinie, à quelque religion qu'ils appartiennent, considèrent cette viande comme impure,, sans doute par souvenir des prescriptions de Moïse.
Dans les endroits fréquentés par les Damans, on rencontre souvent, à la surface du sol, une substance qui se présente sous la forme de petites masses noirâtres, assez dures, à cassure vitreuse, et qui a reçu, à cause de sa provenance même, le nom àlxyracéum. Cette substance, rapportée pour la première fois en Europe par Hopp, a joui d'une certaine vogue à cause de ses propriétés excitantes, et a été employée comme succédané du castoréum. Elle exhale l'odeur de ce dernier produit, possède une saveur amère et se dissout dans l'eau chaude qu'elle colore en jaune. Pendant longtemps, on a supposé qu'elle était sécrétée par des glandes particulières analogues à celles qui existent chez le Castor ; mais aujourd'hui, grâce aux renseignements fournis par les colons du Cap, concordant avec les observations microscopiques de flyrtl et les analyses des chimistes français et étrangers, on sait que Vhyracéum n'est autre chose que la matière fécale des Damans, desséchée et durcie par le soleil. E. Odstalet.
Bibliographie. — Alpin. Historia naturalis jEgypti. Leyde, 1755, p. 79 et 80. — Th. Shaw. Voyages dans jAusieurs provinces de la Barbarie et du Levant. Trad. franc. La Haye, 1745, p. 73. — Koi.be. Caput Donœ Spei hodiernum, dus ist volhtândige Beschreibung des Afrikanischen Yorgebirges der Guten Uoffnung. Nùniljerg, 1719, p. 144, 145, 159. — Bhuce. Travels ta the Source of the Nile. Edimbourg, 1773-1790, t. V, p. 139-14t). — I'allas. Monographies : Description d'une espèce de Marmotte bâtarde d'Afrique. Amsterdam, 1767, et Miscellanea zoologica. La Haye, 1778. — ConUe de Mellin. Scliriflen der berlinischen Gesellschafl nalurfoschendcr Freunde. Derlin, \1M, t. III, p. 271 à 284. — G. Cumeii. Leçons d'anatomie comparée, l'aris (an YIII), t. 11, p. 60, et Annales du Muséum, 1804, t. 111, p. 171 à 182. — IIemphicc et Ehkenberg. Sijmbolœ pkysicœ. Berlin, 1828. — Sir Everard Home. Lectures on Compiral. Analomy, 1828, t. VI. — Owen. Proceedings of the Zoologital Society of Lomion, 1832, p. 20:i à 207. — de Blainvillk. Osléographie des Mammifères. 1859-1864, t. 111, genre IJyraj\ — 11. Milne-Edwards. Annales des sciences naturelles, 1844, 3^ série, t. I, p. 97, el liecherches j/our servir à L'histoire des Mammifères, 1868. Introduction. — J.-E. Crav. Révision of Ihe Species of Uyrax. In Anna'.s and Magazine of Nalural Hislory, 1868, t. I, p. 35-51. — lluxLtY. A Mamtal of the Anatomy of Verlebraled Animais, l.ondi'ès, ■1871, p. 411 et 452 à 434. — IIvrtl. Sitzungsber. der Akademie der Wissenschaften. Vienne, 1851, t. Vlll, p. 465. — Soubeiran. Eléments de matière méd., t. II, p. 2876. — \\. George. Monographie analomique du genre Daman. Paris, 1875. E. 0.
DAMASOMILm. Genre de plantes Monocotylédones appartenant à la famille
DÂMBONITE. 377
des Alismacées. Ce petit groupe a été séparé des Alisma de Linné dont il se distingue par des carpelles, au nombre de six à huit, soudés par la suture ventrale, divergents en étoile, à dos prolongé en épine. Ces carpelles contiennent deux graines, dont l'inférieure dressée, la supérieure horizontale, qui se réduisent rarement à une seule par avorlement.
La seule espèce intéressante est le Damasonium stellatiim Pers. (D. vuJgare Coss., et Germ. Alisma damasonium L.), qui porte le nom d'Eloile (Veau. C'est une petite plante aquatique, qu'on trouve dans le centre, le nord et l'ouest de la France, dont les tiges nombreuses et étiilées portent des pédoncides disposés en ombelles ou en verlicilles superposés. Les carpelles sont lancéolés-aigus, étalés presque horizontalement en étoile. Les feuilles sont toutes radicales, longuement péliolées, oblongues, à trois nervures, tronquées ou un peu en cœur à la base.
« La plante, dit Lemery, est détcrsive, rafraîchissante, propre pour faire perdre le lait aux femmes, *tant appliquée sur le sein. » Pl.
Bibliographie. — Limé. Species, 486. — Jussrçu. Gênera, 40. — Psiisnoy. Synopsis, I, 400.
— CossoN et Germakv. Flore de Paris, 521. — Grenier et Godrom. Flore de France, lit, p. 1(J7.
— Lemery. Dict. des Drogues. Pl.
DAMBOXITE, G*1I^0'. Principe cristallin, retiré par M. Aimé Girard d'une espèce de caoutchouc originaire du Gabon, et provenant de plusieurs grandes lianes dont l'espèce botanique n'est pas encore déterminée. Les indigènes désignent ces plantes sous le nom de alchime, ibôa, et la plus importante sous celui de ndambo. La dambonite a été observée pour la première fois en traitant le caoutchouc du Gabon par la chaleur pour le transformer en brai liiiuide ; on la trouva condensée dans des cheminées sous forme de fines aiguilles blanches et cristallines.
Préparation. La dambonite existe toute formée dans le caoutchouc, et 31. Aimé Girard a réussi à l'extraire du suc non encore épaissi, contenu dans l'intérieur des pains de caoutchouc l'écemment importés du Gabon. Pour l'obtenir, on fait évaporer le suc à une douce chaleur jusqu'à siccité, puis on traite par de l'alcool. L'alcool abandonne la dambonite, qui cristallise aisément. La proportion de ce corps obtenue est d'environ 5 pour lOOU.
Propriétés. La dambonite est une matière solide, blanche, très-solub!e dans l'eau, soluble dans l'alcool ordinaire, peu soluble dans l'alcool absolu ; elle fond vers l'JO degrés et se volatilise sans subir de décomposition entre 200 et 210 degrés. Sublimée, la dambonite se présente en longues aiguilles fines cl brillantes. Par évaporation spontanée dans de l'alcool à 95 degrés, elle se dépose en prismes hexagonaux terminés par un simple biseau et dérivés du prisme droit à base rhombe; ces crislaux sont anhydres. Les cristaux obtenus d'une solution aqueuse renferment 26,4 pour 100 d'eau, qu'ils peuvent perdre h. 100 degrés; ce sont des prismes obliques très-surbaissés.
Quoique offrant une saveur sucrée, la dambonite se distingue néanmoins par ses propriétés des sucres connus ; elle a pour formule brute C*H**0^.
L'acide sulfurique étendu n'a aucune action sur elle ; l'acide concentré et chaud la charbonne.
L'acide nitrique froid la dissout simplement ; à chaud il l'oxyde et la transforme en acides saccharique, oxalique et forraique.
Les alcalis concentrés, même à la température de l'eau bouillante, n'attaquent
^'^^ DAMBO.MTE.
pas la dambonite, mais en diminuent la solubilité dans l'eau et la précipitent imniédialement de sa soltilion aqueuse. Ce phénomène [n'a pas lieu avec l'eau de chaux, l'eau de baryte et l'acétale de baryte.
La li(|iieur lupropolassique est sans aciion sur la dambonilc, même après qu'on l'a fait bouillir avec de l'acide sulfuri(iue étendu. Elle ne présente ni la fermentation alcoolique, ni la fermentation lactique. Ces caractères la différencient nettement de tous les autres sucres.
L'ioduie de potassium transforme la dambonite en une belle substance cristallisée qui a pour formule :
(G*IPO-^)^KI.
L'acide iodhydrique en solution concentrée fait subir à la dambonite une transformation très-remarquable ; l'action commence à froid, mais à 100 degrés, en vase clos, file est terminée au bout d'une demi-heure. 11 se produit de l'éther méthyliodhydrique, et il reste en solution une substance nouvelle, le dambose, qui répond à la formule C^H^O'. La réaction s'exprime par l'égalité suivante :
C*H«0^' + 111 = C'II'O' H- Cir'I.
On obtient le même dédoublement au moyen de l'acide chlorhydrique , mais l'action est plus lente et il faut cbaulTer à 110 degrés.
Le dimbose est un corps blanc, cristallin, non volatil, neutre, doué d'une saveur sucrée peu prononcée, très-soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. Il cristallise en prismes à six p.ms dérivés d'un prisme clinorhombiqne. Il fond à 250 degrés, en se colorant légèrement; la liqueur fondue cristcdlise de nouveau par le refroidissement. Au delà de 250 degrés, le dambose se décompose.
La liqueur cupro-potassique est sans action sur lui. Le brome ne l'attaque qu'à une températui-e élevée, à 180 degrés, en donnant naissance à un corps brome et à de l'acide bromhydrique qui se dégage. Le percblorure de phosphore n'a d'action sur lui que vers 150 degrés; il se produit de l'acide chlorhydrique et un corps à oJeur camphrée.
L'acide nitrique fumant dissout le dambose à froid ; il le transforme à chaud en acides saccliarique et oxalique.
L'acide sulfurique monohydraté dissout aisément le dambose à la température ordinaire, en donnant naissance à de l'acide dambosidfurique, qui est soluble dans l'eau et dans l'alcool, altérable par la chaleur, qui décompose les carbonates et réduit le tartrate cupro-potassique.
Saturé par les carbonates de bar\te ou de plomb, il donne naissance à des sels incristallisables, très-solubles dans l'eau, insolubles dans l'alcool, analogues aux glycoso-sulfates, et ayant pour composition :
G^IPO». BaO. 2S0% CWO». PbO. 2S0\
Le dambose résiste à la fermentation alcoolique et à la fermentation lactique.
M. Aimé Girard envisage la dambonite non comme un alcool polyatoraique, mais comme l'éther mélhylique du dambose, lui-même assimilable à une glycose. Le dambose pourrait donc être considéré comme une glycérine dérivant d'un carbure CMl', comme la glycérine ordinaire dérive du carbure CMF. La dambo-