DEERING
DEDEKiiVD (Johann-Julius-Wxlhelm). Né à Scliappenstedt en 1742, fit ses études médicales à Helmstadt, où il fut reçu docteur en 1777. 11 fut nommé médecin pensionné de la ville de Koenigslutter, dans le duché de Brunswick, où il séjourna jusqu'en 1789, époque à laquelle il passa en la même quali'é à Holzminden. Il continua de se livrer à la pratique de la médecine jusqu'à sa mort arrivée le l*' juin 1799. On connaît de lui :
I. De remediis contra formicas, ad illuslrissitnam Academiam scientiarum regiam Parisinam. Helmstadt, 1777, in-S". — II. Kurart der natiïrlichen Pocken : eine Wochenschrifl. Holzminden, 1791, in-8\ A. D.
DEDU. Médecin et botaniste français, vivait à Moutpellier dans la seconde moitié du dix-septième siècle. On connaît de lui :
De l'âme des plantes, de leur naissance, de leur nourriture et de leurs progrès. Essai/ de physique. Paris, 1682, in-12. Impr. avec VAnatomie des plantes par Grew. Leyde, 1685, in-12. L. Hn.
DEE (Arthur). Né le 15 juillet 1579, à Mortlac, dans le comté deSurrey. Son père John Dee, le célèbre visionnaire et alchimiste anglais, l'astrologue de la reine Elisabeth, que les spirites de notre époque peuvent revendiquer comme un des leurs, en raison de la facilité avec laquelle il communiquait avec les esprits dans un simple verre d'eau, lui inculqua de bonne heure des notions d'alchimie, et l'emmena avec lui en Pologne et en Allemagne. A son retour, il fut place', à l'âge de treize ans, au collège de Westminster, puis bientôt à l'Université d'Oxford oiî il étudia la médecine. 11 ne paraît pas qu'il y prit ses grades, car, établi à Londres, le collège des médecins ne tarda pas à lui susciter des ennuis, et il quitta cette ville pour Manchester. Peu de temps après, il se rendit en Russie, oîi ses travaux d'alchimie le firent apprécier, et il fut même nommé premier médecin du czar, poste qu'il occupa pendant quatorze ans. Il revint alors en Angleterre, fut en grande faveur près de Charles !«'■ dont il fut aussi nommé le premier médecin. Après la mort de ce prince, Arthur Dee qui, comme son père, était toujours à la recherche de la pierre philosophale, partagea le sort et les travaux d'un autre alchimiste célèbre, John Hunniades, puis il mourut dans la misère à Norwich, en'septembre 1651. On connaît de lui un livre d'alchimie qui a eu les honneurs de plusieurs éditions.
I. Fasciculus chymicus, obstrusœ hermeticœ scientice ingressum, progressum, coronidem explicans. Bâle, 1575, 1629, 111-8°; Paris, 1631, in-8°. 4. p,
DEERIXG (Charles). Médecin allemand du dix-huitième siècle, né en Saxe, et sur lequel la biographie Didot donne les détails suivants : Il vint s'établir en Angleterre, vers 1720. Après avoir pratiqué plusieurs années la médecine à Londres et s'y être lié avec Dillen et Matyn, il se rendit en 1736 à Nottinn-ham, où la petite vérole faisait de grands ravages. Quelques innovations qu'il se permit, comme, par exemple, celle de soumettre les yariolés à un traitement antiphlogistique, n'ayant pas toujours été couronnées de succès, il encourut la censure de la Faculté. Dès lors, il vit tomber son crédit, et le chagrin qu'il en conçut abrégea ses jours. Il mourut vers l'an 1750. Il avait essayé de se consoler des revers de la fortune par l'étude de la botanique, qu'il aimait beaucoup. Il enrichit cette science de quelques découvertes importantes sur les plantes cryptogames. Il en fît part à Dillen, qui en profita pour son Histoire des imusses.
180 DEFECATIOX.
11 s'occupa aussi de recherches archéologiques, et entreprit une histoire de Nottingham. Robert Brown donna, en l'honneur de Deering, le nom de Deeringia à un genre de la l'amille des Amaranthacées. Nous connaissons de lui :
I. Lctlcr to sir Parkiiis on the Small-Pox. Nottingham, 1737, in-8". — II. Catalogue of Plants growing about NoUingham. Nottingham, 1758, in-8. — III. Notitighamea velus et nova. Nottingham, 1731, in-4''. L. Hx.
DÉFAILLAXCE [Defectio). Même sens que hjpothymie. Premier degré de la syncope. D.
DÉFÉt'ATioi^. (Physiologie). On donne ce nom à l'expulsion périodique des résidus de la digestion ou fèces.
Celles-ci se composent de deux sortes d'éléments, les uns provenant de l'accumulation des divers produits de sécrétions versés à la surface de l'intestin, les autres de la portion des aliments qui n'a pas été dissoute ni absorbée.
Les premiers comprennent (Malh. Duval, Étude microscopique des produits de la muqueuse digestive, 1875) : 1° du mucus formant des amas grisâtres, donnant à l'eau un aspect mucilagineux ; 2» seulement à l'état pathologique, des gahies entières de villosités dans les fèces de l'homme adulte, tandis que dans le mécouinm on en rencontre souvent à l'état normal ; 5° des granulations moléculaires très-fines animées de mouvement brownien, tantôt solubles dans l'acide acétique (granulations protéiques), tantôt solubles dans l'éther (granulations graisseuses); d'autres encore, plus volumineuses, que M. Duval a décriles sous le nom de Bacterium punctum, etc. ; ¥ quand la bile a été versée en quantité très-abondante (polycholie), des grumeaux amorphes vcrdàtres de matière biliaire; des aiguilles jaunâtres, des masses globuleuses, formées par des accumulations de cristaux aciculaires d'acide stéarique, margarique, oléique ; 5" enfin des filainents de l'Algue décrite par Robin sous le nom de Leptotlirix. Notons surtout, parmi toutes ces substances diverses, les matériaux provenant de Ja bile, qui donnent aux fèces leur couleur spéciale, ordinaire, et dont l'absence, comme dans l'ictère, s'accuse par la couleur grise de ce résidu.
Quant à la portion des matières fécales provenant des aliments non digérés, elle est d'autant plus abondante que l'aliment est plus grossier ; elle varie suivant qu'elle provient du règne végétal ou du règne animal : on y trouve dans le premier cas de la cellulose, reconnaissable à la couleur bleue qu'elle prend sous rinfluence du réactif iodo-sulfurique, la chlorophylle, des vaisseaux, des trachées, des grains d'amidon. Parmi les substances animales on i^encontre des débris de tendons, du tissu élastique, des poils, des parcelles d'os, des portions d'enveloppes de crustacés ; chez les enfants, des masses de caséum, puis des fibres musculaires, des accumulations de matières grasses non éinulsionnées (llath. Duval, ut supra). Notons encore tout spécialement des graines pourvues d'un épiderrae épais et qui ont pu germer après avoir traversé tout le canal alimentaire, des noyaux de fruits dont l'accumulation a pu obstruer le rectum et nécessiter l'intervention chirurgicale, enfin une foule de substances volatiles, ou colorantes, peuvent communiquer aux fèces une odeur ou une couleur spéciale (alcool, matière colorante du vin, etc.).
Bérard (Bérard, Cours de physiologie) e.time à 125 ou 150 grammes le poids des matières rendues dans une selle, mais ce chiffre n'a rien d'absolu; il doit
nécessairement varier avec la quantité d'aliments et de boissons, avec leur nature et le nombre des garde-robes dans un temps donné.
La consistance des fèces influe beaucoup sur le mécanisme de la défécation ; molles et presque liquides, elles sont expulsées sans efforts et fréquemment ; dures et concrètes, elles nécessitent l'intervenlion de contractions musculaires intenses, et les selles sont rares. Terminons cette note sur les fèces en rappelant qu'elles sont presque toujours entourées de gaz ou mêlés à ceux-ci.
A mesure que la pâte alimentaire s'approche de l'extrémité inférieure de l'intestin, sa marche se ralentit pour nous épargner les inconvénients qui s'attacheraient à son évacuation continue. De plus, un appareil musculaire maintient fermé et contracté l'orifice inférieur du canal alimentaire, qui ne livre passage aux fèces que d'une manière intermittente.
On admet généralement que c'est le rectum qui leur sert de réservoir. Cet intestin offre vers sa partie moyenne un évasement en forme d'ampoule; on voit, surtout chez les vieillards, le rectum rempli d'excréments durcis se laisser distendre et remplir le bassin ; de telle sorte que constipation et inertie de l'ampoule rectale marchent souvent ensemble, ce qui avait amené Bretonneau à traiter la fissure anale par l'emploi des lavements de ratauhia : il se proposait de faire cesser l'inertie des parois rectales pour supprimer la constipation qui, elle-même, serait la cause de la fissure.
Le docteur James O'Ceirn (de Dublin) a soutenu en 1853 que ce n'était pas le rectum, mais bien l'S iliaque du côlon, qui constituait le réservoir dans lequel s'accumulent les fèces dans l'intervalle des évacuations: il s'appuyait sur des considérations dont les plus importantes étaient les suivantes : 1" le chirurgien qui pratique le toucher rectal salit rarement son doigt; 2" certaines opérations qui détruisent le sphincter externe n'empêchent pas les opérés de retenir leurs matières fécales; o° le rectum a été exploré chez plusieurs individus, au moment où se manifestait le besoin d'aller à la garde-robe, et on l'a trouvé vide. Bérard, tout en admettant que dans certains cas les choses se passent ainsi, pensait que ce n'est pas la règle et que le plus souvent c'est bien dans la partie dilatée du rectum que l'accumulation des fèces a lieu.
Rôle des sphincters. Deux anneaux musculaires emboîtés l'un dans l'autre, comme les pièces d'un tuyau de lorgnette, entourent de leurs libres la partie inférieure du rectum : ce sont les sphincters, distingués en interne et en externe. Le premier fait partie des fibres circulaires du rectum; comme elles, il appartient aux muscles de la vie organique à fibres lisses.
Le sphincter externe composé de fibres striées descend plus bas que l'interne, il a 8 à 10 millimètres en hauteur, en arrière, mais il peut atteindre 2 centimètres en avant (Sappey, Traité d'anatomie descriptive). C'est ce muscle qui préside à l'occlusion de l'orifice anal. Mais il agit de deux manières très-distinctes, suivant qu'il doit s'opposer à l'issue brusque et non consentie des fèces, ou que celles-ci ne sont pas poussées au dehors. Dans le premier cas la volonté intervient, il y a contraction énergique, mais qui ne peut se prolonger indéfiniment; dans le second, « // nij a plus à commander d'une manière en quelque sorte permanente la contraction du sphincter; cette tâche ridicule ne nous est pas imposée » (Bérard, Cours de physiologie), et la fermeture de l'anus est opérée par une propriété musculaire toute différente : la tonicité; elle est caractérisée par la tendance continuelle du muscle à se raccourcir. Bichat l'appelle contractilité de tissu ; Malgaigno, retractilité; Richet, contractilité spontanée insensible;
182 bÉFÊCATION.
Sappey, dans son Traité cVanatomie descriptive, établit nettement la différence de la tonicité musculaire avec la contractilité et avec l'élasticité, c'est là qu'on pourra en prendre une idée plus complète.
Rôle du système nerveux. La contraction du sphincter interne est sous la dépendance du grand sympathique, par l'intermédiaire du plexus mésentérique inférieur, la tonicité et la contraction volontaire du sphincter externe sont régies par la moelle épinière; aussi les lésions de ce centre, en faisant cesser l'influx nerveux qui en émerge, produisent-elles le relâchement du sphincter et l'incontinence des matières fécales. 11 semble en être de même de certaines émotions morales vives, comme une frayeur intense.
Le système nerveux agit-il encore comme cause active de cessation de la tonicité'! C'est ce que Belliiigeri avait avancé après Hunter.
Défécation proprement dite. Des phénomènes qui s'y rattachent consistent 1" en une sensation, 2" dans l'expulsion des matières fécales.
La sensation semble siéger dans le rectum lorsqu'il est rempli ; elle est vague, quelquefois accompagnée de légères coliques, quand les matières sont molles ; elle est liée à l'intégrité de la moelle épinière et sert de point de départ au mouvement réflexe d'expulsion; lorsque la volonté lutte contre le besoin d'aller à la garde-robe, celui-ci peut s'éloigner et disparaître : d'oii la constipation habituelle.
Le besoin de défécation peut être illusoire et déterminé par une pression médiate exercée sur les parois du rectum. C'est ainsi qu'un calcul volumineux de la vessie, une tumeur de la prostate, la présence de la tète du fœtus dans l'excavation pelvienne, peuvent le faire naître. Une inflammation de la muqueuse comme dans la dysenterie, des hémorrhoïdes internes, peuvent produire un résultat de même nature. C'est ce qui constitue le ténesme.
Expulsion des matières fécales. Nous avons à étudier deux ordres de phénomènes : ceux qui ont pour siège l'orifice anal et qui sont relatifs à sa dilatation; les autres qui se passent dans les parties supérieures du rectum, ainsi que dans le diaphragme et les parois abdominales. Ces deux ordres de faits sont généralement simultanés, mais il est nécessaire de les étudier à part.
1° Comment l'anus se prête-t-il au passage des matières fécales? comment est-il ouvert? Et d'abord il est évident que toute contraction volontaire du sphincter externe est supprimée; mais la tonicité est-elle suspendue, comme le pensait Bellingeri, par une action de l'agent nerveux se transmettant par les cordons antérieurs de la moelle? Sans parler de la part que ce physiologiste fait ici aux cordons antérieurs et qui est en désaccord avec l'état de la science anatomique, son opinion est peu soulenable. La tonicité du sphincter persiste, comme le prouve la rigidité, la tension des lèvres de l'anus pendant l'expulsion des matières, ce qui explique les vibrations qu'y produisent les gaz à leur passage.
La tonicité n'est donc pas abolie; non, mais elle est vaincue, surmontée: d'abord par le bol fécal qui s'engage comme un coin dans l'anneau sphinctérien, et surtout par l'intervention de contractions musculaires qui ont pour siège d'une part les fibres musculaires de l'intestin, de l'autre le releveur de l'anus.
Action dilatatrice des fibres longitudinales du rectum. Pour l'intelligence de ce mécanisme, il est indispensable de rappeler en peu de mots la disposition anatomique de ces fibres, telle qu'elle résulte des recherches si précises de M. le professeur Sappey et du docteur Roux (de Versailles). De ces fibres, les unes;
font suite aux bandelettes longitudinales du côlon, qui de trois sont réduites à deux ; les autres naissent de la partie supérieure du rectum. Les unes et les autres se terminent en bas, en formant trois couches : une superficielle, dont un faisceau se réfléchit en arrière et en haut pour se fixer au sommet du sacrum, faisceau rétracteur de l'anus qui a pour usage d'attirer en haut et en arrière la portion terminale du rectum. Sur les côtés, les fibres longitudinales du plan superficiel s'attachent à la face profonde de l'aponévrose pelvienne supérieure. La seconde couche se fixe sur les côtés du rectum à une lame cellulofibreuse, par l'intermédiaire de laquelle elle s'unit aux fibres du releveur de l'anus avec lesquelles elle constitue de grandes anses à concavité supérieure ; en avant, les fibres longitudinales du plan moyen vont se fixer, par l'intermédiaire de l'aponévrose latérale de la prostate, sur les branches ischio-pubiennes.
Les fibres longitudinales de la couche profonde s'attachent à la peau du pourtour de l'anus par une foule de petits tendons ou ^faisceaux de fibres élastiques.
Toutes ces fibres forment deux courbes opposées : la première, supérieure, dont la concavité regarde l'axe du rectum ; la seconde, inférieure, à concavité tournée en dehors. Il en résulte que, lorsqu'elles se contractent, elles tendent à se redresser, et que la courbe inférieure qui correspond à l'anus, la seule dont nous devions nous occuper ici, se porte en dehors et par conséquent dilate cette ouverture; le faisceau rétracteur tirant en ariière, et les fibres qui se fixent aux branches ischio-pubiennes agissant en sens contraire en môme temps que cette dilatation s'opère, toute la partie inférieure du rectum est portée en haut et s'avance pour ainsi dire au-devant des matières fécales.
Quant au releveur de l'anus, formant ces grandes anses dont nous avons parlé avec les fibres longitudinales de la membrane musculaire, il contribue certainement à lutter contre la tonicité du sphincter en dilatant l'anus et le portant en haut : telle est l'opinion générale, appuyée du reste sur des noms autorisés, Sappey, Math. Duval, etc.
Mécanisme de la propulsion des fèces. Elle est produite de deux façons, savoir : l» par la contraction réflexe de la tunique musculaire du rectum ; 2» presque toujours en même temps par l'intervention du diaphragme et des parois abdominales, aidée de l'action du releveur.
Nous avons expliqué comment les fibres musculaires longitudinales du rectum agissent dans leur partie inférieure pour dilater l'anus; c'est par leur partie supérieure qu'elles poussent les fèces au dehors ; ces fibres, en effet, forment autour de la partie supérieure de l'ampoule rectale une sorte d'irradiation divergente; leur courbe, par sa concavité, regarde l'axe de l'intestin, et quand elles se redressent elles tendent à se rapprocher de cet axe. En même temps elles s'élèvent au-dessus de la masse stercorale et exercent ainsi sur elle une pression qui tend à la pousser vers l'orifice anal. Au reste, les fibres circulaires de la partie supérieure du rectum agissent dans le même sens par leur action péristaltique.
Quand le résidu de la digestion est liquide, les phénomènes ci-dessus peuvent suffire pour le rejeter à l'extérieur ; mais, pour peu qu'il ait une certaine consistance, il entraîne dans la défécation un véritable effort. Le diaphragme s'étant abaissé, la glotte se ferme, pour retenir dans les poumons une masse d'air suffisante pour servir de point d'appui aux côtes, les muscles des parois abdominales se confractent, la cavité du ventre est rétrécie, et les viscères avec leur
contenu sont poussés en bas suivant une ligne étendue de l'ombilic vers le sommet du sacrum. Au même moment, le releveur de l'anus étant contracté non-seulement soutient les organes pelviens, mais encore les repousse de bas en haut; en un mot, les matières fécales sont pressées dans tous les sens.
On a peine à croire (Bérard, Cours de physiologie) que des pliysiologisles aient regardé comme inutile ce concours du diaphragme et des muscles abdominaux, sur quoi Pitcairn dit, en parlant d'Astruc : « Credo Astrucum nunquam cacasse ».
Les efforts que nécessitent la défécation dans quelques cas de constipation ne doivent être perdus de vue ni par le médecin ni par le chirurgien, car, amenant une stase sanguine dans les parties supérieures, ils peuvent devenir une cause déterminante de congestion ou d'hémorrhagie cérébrales : quant à leur influence sur la production des hernies, leur étranglement, elle n'est aussi que trop connue. J- Aubry.
DÉFÉCATION (Pharmacie). La séparation des matières étrangères que contient un liquide {voy. Clarification). D.
DÉFÉRE\'T (Gakal), Voy. SpERMàTiQUES {Voies) et Testicule.
DÉFLEXioiv. Opération par laquelle, dans la présentation de la face, la tête de l'enfant fortement renverséee en arrière est ramenée dans la .position normale. Le quatrième temps de l'accouchement, celui dans lequel la tête se dégage, est aussi appelé temps de déflexion {voy. Accouchement, p. 380). D.
DÉFLORATIORI. Voy. ViOL.
DÉFORIIATIOX. Il est traité ci-après de la déformation comme condition préliminaire de la difformité proprement dite. Mais certaines déformations hmitées à un seul organe, à une seule pièce osseuse, par exemple, ne modifiant aucune disposition d'ensemble, ni même les rapports symétriques de la partie avec les parties voisines, ne sont pas habituellement rangées parmi les difformités. Tels sont les cals vicieux, qui ne changent rien à la direction générale de l'os et n'amènent aucun dérangement dans les fonctions; tels sont les exostoses, les atrophies ou hypertrophies musculaires, les mutilations ethniques, etc. Ces déformations sont traitées au nom des parties où elles siègent; un cliapitre spécial a été réservé aux Mutilations.
Isidore Geoffroy Saint-Hilaire a admis une classe d'anomalies de forme, intimement liées aux anomalies de volume, les premières étant produites par les secondes diversement combinées. L'auteur reconnaît que les anomalies de forme ou les déformations sont si nombreuses et si diverses, qu'il est impossible d'en tracer un tableau complet et bien méthodique; et il se borne à les partager en deux groupes, suivant qu'elles portent : 1» sur une ou plusieurs régions; 2" sur un ou plusieurs organes particuliers. Les déformations du crâne, les dilatations ou les rétrécissements de l'œsophage ou de l'estomac, les déformations du bassin dans le rachitisme, etc., sont les principaux exemples rappelés par Is. -Geoffroy Saint- Hilaire, qui y voit une application de ce principe tératologique : que « la fréquence des anomalies individuelles des organes est toujours proportionnelle à la fréquence des variations de même ordre que l'on rencontre dans la série des espèces animales ». On sait que Geoffroy Saint-Hilaire avait particulièrement
insisté sur le peu de constance et de fixité de la forme dans les espèces animales. Nous le répétons, l'histoire des déformations est rattachée dans ce Dictionnaire à celle des états pathologiques que peuvent présenter les diverses régions ou les divers organes de l'économie {voy. Crasse, Grétinisme, Os, Poitrine, Rachitisme, Mutilations ethniques, etc.). D-
DÉFORHATIOMS. On doit distinguer et séparer dans l'étude des dysmorphies humaines les déformations et les difformités. Ce dernier terme, en effet, se réfère au fait définitif, accompli, tandis que la déformation peut être souvent considérée comme une étape vers la difformité. Il y a des déformations curables; les difformités sont à peu près définitives. De plus, les déformations sont toujours acquises ; les difformités sont souvent congénitales. Les monstres et les hémilères sont difformes; les scoliotiques, les coxalgiques et les ankylotiques sont déformés .
La déformation suppose donc une forme normale antécédente perdue par une cause quelconque. La difformité est d'une part la résultante de la déformation, d'autre part l'expression géométrique de la malformation.
Les déformations sont produites tantôt par des modes fonctionnels anormaux, tantôt par des affections pathologiques des tissus, le plus souvent par l'action combinée de ces deux ordres de causes. La propriété la plus générale des corps vivants étant d'être soumis à l'action de la pesanteur, et cette action continue tendant à affaisser les articulations sur lesquelles elle s'exerce, des déformations plus ou moins importantes se produisent quand la résistance des moyens d'union est insuffisante, quels que soient d'ailleurs les motifs de cette insuffisance. De là une première catégorie de déformations, celles qui résultent des attitudes dans un équilibre anormal.
La suractivité totale ou partielle et l'inactivité produisent une seconde caté gorie de déformations moins étendues, moins générales.
Enfin les maladies et les affections traumatiques des divers tisssus osseux, musculaires et nerveux, entraînent consécutivement des déformations pathologiques. C'est selon cet ordre que nous diviserons notre travail.
Influence du poids du corps sur la production des déformations. LeS lorCCS
qui, prenant leur point d'appui médiat ou immédiat sur le sol, font équilibre au poids du corps et en maintiennent la forme, sont constituées par les muscles, les ligaments, les cartilages et les os. Mais les attitudes ne sauraient se prolonger sensiblement à l'aide des muscles, en raison de la fatigue qu'ils éprouvent. Dès lors, comme l'a très-bien établi M. Giraud-Teulon(ilfecanJ^Mearttwa/e, p. 87), ce n'est plus à la contractilité musculaire active, mais à une force tonique passive née de la distension, que l'équilibre fait appel. Tout au plus les muscles ramènent-ils le poids du corps dans la verticale du centre de gravité, quand il s'en éloigne. Les forces élastiques nées de la distension s'appliquent selon certains angles à des surfaces données pour équilibrer un poids déterminé pendant un temps dont la durée devient assez exactement appréciable ; mais, si cette durée maximum vient à être dépassée, soit quant à la continuité, soit quant à la fréquence d'une même attitude, les organes élastiques subissent eux-mêmes la pression ou une distension extrême, et le système s'affaisse tantôt sur un point, tantôt sur un autre point, selon les conditions préalablbs.
C'est ce que l'on observe dans les pieds plats, dans les genoux cagneux, dans
le déplacement coxo-fémoral, dans les torsions du bassin, les lordoses, les scolioses, etc. Là se montre l'action propre de la pesanteur partout où elle s'exerce, tandis qu'elle est à peu près nulle au membre supérieur. L'action de la pesanteur s'exerce sur les organismes sains et malades; les paralysies, les amyotrophies, les traumatismes, la voient s'ajouter à leur action propre. Mais la contraction musculaire active ne produit presque jamais de déformation ; celles qu'on lui a attribuées sont dues au contraire à ce que, la contractilité active étant insuffisante ou abolie, les tissus élastiques et les os représentaient seuls une résistance dont la durée est nécessairement limitée et au delà de laquelle l'organisme se déforme pour obéir à la loi la plus générale de l'univers, la gravitation. On voit donc que la plus grande partie de l'étude des déformations relève de la mécanique animale. 11 y a plus : quand l'équilibre statique est troublé, c'està-dire quand une molécule s'est définitivement écartée de sa distance normale au ■centre de gravité, il se produit un mouvement de compensation pour amener en sens opposé une quantité pondérale égale à celle qui s'était déplacée. C'est là un artifice qui rétablit la balance au détriment de la forme etquientraîne une succession de désordres morphologiques tout àfait comparables à ceux qui se produisaient sur les plateaux d'une balance, si l'on cherchait l'équilibre à l'aide de poids de forme, de substance et de volume différents. Il existe donc des déformations secondaires, comme conséquence rigoureusement mécanique d'une rupture primitive de l'équilibre pondéral. L'organisme substitue de la sorte à une déformation dont l'étendue croissante serait incompatible avec l'équilibre une seconde déformation de sens opposé mais dans une même direction finale grâce à laquelle la puissance ou pesanteur est ramenée dans la ligne verticale du centre, de gravité. Ce phénomène qui régit le mécanisme de la production des dysmorphies pourrait prendre la désignation deZoi des compensations d'équilibre. Nous l'avons vu réalisé dans l'évolution des courbures normales antéro-postérieures, et c'est par l'examen des causes mécaniques de leur exagération que nous commencerons cette étude.
Déformations du rachis. Déformations antéro-postérieures. L'inclinaison à 45 degrés en arrière du plan des apophyses articulaires cervicales motivée, ainsi que nous l'avons dit, par la nécessité de rejeter la tête en arrière pour ne pas tomber en avant, entraine la formation de la courbure cervicale antérieuie; c'est dire que le ligament vertébral postérieur l'emporte en force élastique sur le ligament vertébral antérieur dont la résistance maintient dans une certaine mesure les dimensions normales. Cette action mécanique renforcée par celle des hgaments in ter et sus-épineux est combattue par le poids de la tête qui, ainsi que M.^ Giraud-Teulon l'a fait observer, l'incline en avant, et par les fléchisseurs de la tète. A leur tour les extenseurs de la tête entrent en activité et servent d'auxiliaires aux ligaments extenseurs. De là une série d'antagonismes extrêmement compliqués dont la description minutieuse encombrerait inutilement notre démonstration et qui se reproduirait pour chacune des courbures de la colonne. Le point important est d'avoir constaté le processus de déformation de cette courbure, processus qui reste vrai, quelle que soit l'hypothèse que l'on admette sur la morphologie primitive des vertèbres. Rappelons ici que la courbure cervicale des quadrupèdes et même celle des anthropoïdes est à convexité postérieure, c'est-à-dire qu'elle est comme chez l'homme, mais en sens inverse, en raison de l'attitude de leur crâne.
Supposons maintenant que, soit à cause du poids excessif de la tête, de la faiblesse des fléchisseurs ou du ligament antérieur, de la fréquence de l'extension forcée [cœlumqiie titeri jitssit), l'équilibre instable de la tête soit rompu au profit de l'extension : l'occiput se rapprochera du dos, l'arc cervical antérieur se courbera davantage au point même de former un demi-cercle, et une défoimalion qui est extrêmement fréquente se produira. Le poids du corps, selon la verticale du centre de gravité, agira sur les deux extrémités de l'arc avec plus d'intensité. La (lèche de courbure cervicale sera donc plus grande et mécaniquement la courbure dorsale sera augmentée d'une quantité égale à la moitié au moins de cette augmentation, puisque la somme des deux flèches inférieure et supérieure doit être égale à la flèche dorsale. Ainsi se forment Fensellure cervicale, la lordose dorsale et souvent l'ensellure lombaire que d'autres causes du même ordre produisent parfois primitivement. Cette déformation est d'autant plus fréquente que bien des personnes s'imaginent que tenir la tête droite équivaut à la renverser en arrière, tandis que tout au contraire il faut rapprocher le menton du cou. En ce dernier cas, la verticale de gravité passe par les condyles de l'occipital, c'est-à-dire par les surfaces de résistance les plus étendues.
Le même mécanisme s'applique fréquemment à l'exagération de la courbure dorsale qui entraîne l'exagération des deux autres, ainsi qu'on le voit dans les gibbosités dorsales et aussi dans les voussures résultant de l'inclinaison prolongée vers la table ou vers le sol. Toutefois, de nombreuses variétés peuvent s'observer dans ces cas selon les points d'appui. La compensation peut se faire sur tous les segments inférieurs mobiles. C'est ainsi que le vieux vigneron courbé rétablit comme le gorille son centre de gravité en fléchissant les hanches et les genoux, c'est-à-dire en reportant en arrière une quantité proportionnelle du bassin. En tout cas, une attitude vicieuse prolongée de la colonne vertébrale est promptement suivie de l'usure des disques intervertébraux et de la roideur et même de l'ankylose des articulations.
On voit par ces faits très-communs que l'attitude des divers segments mobiles du tronc sera successivement déterminée par l'attitude de la portion supérieure et par l'augmentation successive du poids à supporter, il faut de toute nécessité que la résultante de toutes les forces de la pesanteur tombe dans l'aire de sustentation du corps, c'est-à-dire dans « le polygone sans angles rentrants qui embrasse tous les points d'appui du corps sur le sol » (Giraud-Teulon) .
Il convient de faire remarquer que la prépondérance de l'un des ligaments communs, antérieur et postérieur, est intervertie au niveau de la courbure dorsale. Ici comme là la résistance se produit sur la convexité, c'est-à-dire que c'est le ligament postérieur et les ligaments jaunes qui résistent à l'action continue du ligament antérieur auquel s'ajoute le poids du corps directement transmis au sacrum par les deux extrémités de l'arc dorsal. Les ligaments postérieurs reprennent au contraire leur prépondérance au niveau de la courbure lombaire.
La pression exercée par les poumons et le cœur dans la cavité thoracique et le poids des viscères abdominaux insérés par le mésentère aux vertèbres dorsolorabaires tendent respectivement à augmenter les courbures du dos et celles des lombes : aussi l'ensellure lombaire est-elle la règle chez les obèses et chez les femmes en état de grossesse; mais chez ces dernières il faut faire une part dans la production de cette dysmorphie à l'action des muscles dorso-pelviens qui luttent contre l'entraînement du corps en avant.
Cette succession de courbures compensatrices qui s'exagèrent solidairement
188 DEFORMATIOS.
et nécessairement ne s'arrête pas aux vertèbres: elle se prolonge jusqu'à la base. Ainsi une courbure lombaire excessive entraîne une inclinaison du bassin et par suite une attitude fléchie du fémur sur la cavité cotyloïde. A son tour celle-ci entraîne la llexion des genoux, et celle-ci la flexion du tibia et du péroné sur le tarse. C'est ce qui s'observe très-rigoureusement chez les }>ersonnes atteintes de luxation fémoro-iliaque. L'action incessante de la pesanteur façonne les surfaces articulaires en les déformant et les centres de résistance s'éloignent de distances égales de la ligne de gravité. Mais il arrive fréquemment, surtout lorsque l'inclinaison de l'un des segments du corps se rapproche plutôt de l'horizontale que de la verticale, que les courbures et les flexions compensatrices ne s'équilibrent pas de Tune à l'autre, mais de plusieurs à l'une d'elles. Tel est le cas des grandes courbures uniques du rachis avec flexion extrême du bassin sur le fémur qui s'observent dans certains cas de paralysie agitans et de sclérose médullaire ; ces déformations sont primitivement produites en général par d'autres causes que l'action de la pesanteur, mais celle-ci s'ajoute à celle-là.
La force élastique des disques intervertébraux et des cartilages d'encroûtement qui coopèrent dans une large mesure au maintien des formes disparaît rapidement dans deux conditions différentes : lorsque la pression exercée sur un point donné excède la force de résistance, et lorsque cette pression ne se produit plus. 11 semblerait, ainsi que le font remarquer MM. Bcaunis et Bouchard, que la pression exercée par les os les uns sur les autres soit la condition indispensable de l'existence du cartilage et de sa nutrition normale. On conclura donc que ces organes n'offrent qu'une résistance temporaire à l'action d'une pression anormale quand la résultante de la pesanteur ne passe plus par leur centre de gravité. 11 paraît d'ailleurs certain que le noyau central du disque plein d'un fluide qui jaillit sous le couteau, centre de mouvement du corps de chaque vertèbre sur ses voisines, joue un rôle considérable dans les résistances élastiques des articulations vertébrales; peut-être même le rôle d'un liquide incompressible. Toutefois cette cavité peut diminuer et même disparaître, ainsi qu'on le remarque dans l'âge avancé (voy. l'Analyse de Luschka, in Virchow's Archlv, IX, p. 516, et Humphry. Human Skeleton, p. 159), et dans les déformations vertébrales anciennes. Dès lors l'ankylose s'établit rapidement. Aussi dans les attitudes vicieuses, lorsque l'effort de la gravité ne se transmet plus par le centre, la force élastique n'offre qu'une résistance insuffisante. Toutefois dans l'état normal la diminution de hauteur de la taille est due non à la compression des disques intervertébraux, mais à l'augmentation des courbures antéro-postérieures. En résumé, ce ne sont pas les disques intervertébraux qui déterminent la forme de la colonne aussi longtemps que les pressions sont transmises selon leur axe ; mais, si pour une cause quelconque qui peut tenir soit à la direction de la pression, soit à l'état pathologique de la substance morne, leur force élastique est réduite, la forme est gravement compromise. Je rappelle ici que le judicieux Delpech pensait que c'est à une affection propre des disques qu'il fallait attribuer les courbures anormales, ce qui est parfaitement exact; ce qui l'est moins, c'est qu'à ses yeux cette affection était toujours primitive.
Nous venons de voir que l'augraenlation de la courbure dorso-lombaire entraîne le sacrum en arrière et avec le sacrum le bassin qui s'incline de haut en bas et d'arrière en avant. L'axe bicotyloïdien se déplace donc en arrière; les têtes fémorales tendent à s'opposer à ce mouvement, et s'efforcent de faire basculer le bassin en sens inverse ; le fémur prend alors une attitude oblique de haut en bas et
d'avant eu arrière, le genou se place dans l'extension forcée pour rejoindre en arrière le plan vertical de sustentation. Dans celte position très-difficile à conserver l'équilibre statique n'existe plus, et ce n'est que grâce à l'action énergique des extenseurs de la cuisse qu'elle se maintient. Toutefois la résistance qu'offrent les surfaces articulaires doublées, celle des cotyles renforcées de la large symphyse sacro-iliaque, de celle des fémurs munis de la masse trochantérienne, celle des genoux et celle de la voûte tibio-tarsienne s'opposent aux déformations que nous pourrions légitimement attribuer au poids du corps aussi longtemps que les supports sont doubles et que la composante passe par leur centra. Mais dès que le poids du corps se porte plus sur un membre ou, dans la position assise, sur un ischion plus que sur l'autre, les conditions mécaniques changent totalement et des déformations se produisent, temporaires ou permanentes selon les individus qui les subissent.
Déformations transversales. L'équilibre normal dans la station debout, de même que dans la station assise, exige une égale répartition du poids du corps sur les supports qui le transmettent au sol ; tous les points symétriques doivent se trouver à égale distance du plan antéro-postérieur. Dans cette condition le tronc est en équilibre sur les deux ischions dans la station assise, sur les deux têtes fémorales dans la station debout. La ligne biischiatique est horizontale de même que la ligne bicotyloïdienne ; la ligne de gravité se décompose en deux lignes obliques selon lesquelles se transmet respectivement soit à l'axe du cotyle, soit aux ischions, la moitié du poids des parties supérieures; les forces élastiques représentées par les ligaments vertébro et sacro iliaques sont proportionnelles au poids à supporter. Mais, s'il arrive que l'équilibre soit rompu entre les forces pondérales et qui agissent aux deux extrémités du levier, il se passera deux phénomènes mécaniques qui modifieront les effets généraux de la pesanteur : 1" la direction de la gravité restant verticale, le support surchargé s'en rapprochera le plus possible pour rentrer dans l'aire de sustentation très-rcduiteet s'inclinera à la taçon d'un fléau de balance; 2" les ligaments élastiques seront distendus outre mesure proportionnellement à l'accroissement du poids à supporter et à l'étendue du mouvement décrit. Ces deux phénomènes doivent être étudiés dans la station debout et dans la station assise ou session.
Déformations du bassin. Le type le plus ordinaire de la rupture de l'équilibre transversal debout est l'altitude connue sous le nom de hancher. Le support pédestre devient unique : or, comme la verticale du centre de gravité doit tomber dans l'aire de sustentation qui est circonscrite par un seul pied, la tète vient se placer au-dessus de celte base et, par un effort musculaire dont le point fixe est l'arllculation de la hanche, le tronc se déplace vers le support, mais bientôt les muscles iléo-lonibaires se fatiguent, ils cèdent, le bassin s'incline d'un côté et se relève de l'autre ; pour rétablir l'équilibre la masse du tronc se reporte au-dessus du support, ce qui ne peut s'exécuter que par une énergique toi sion-flexion latérale de la colonne vertébrale. Or, au point de vue qui nous occupe, c'est-à-dire au point de vue des résistances élastiques, que s'est-il passé dans ces mouvements d'équilibre?
L'une des moitiés du bassin s'est abaissée avec la tête fémorale son support, élevant nécessairement l'autre moitié autour de l'axe sacro-vertébral. Mais le peu d'étendue des mouvements latéraux de cette articulation exige la coopération de plusieurs vertèbres. Il s'est donc formé un arc latéral lombaire dont la convexité
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se trouve du côté abaissé. Le poids du corps se transmet au sol par la symphyse sacro-iliaque dont les facettes sousl'influence de la surcharge tendent à glisser l'une sur l'autre, la facette sacrée en avant, l'iliaque en arrière. Dans ce léger mouvement le sacrum entraîne avec lui le corps de la vertèbre qui par suite se retourne dans un sens opposé à celui de l'épine -.d'où, flexion, rotation et inclinaison; l'os iliaque tendant à glisser en arrière, son épine se trouve sur un plan postérieur, par suite sa congénère est située sur un plan antérieur. En même temps la tête du fémur presse le cotyle, non plus selon son axe, mais selon le bord supérieur. Il se produit donc dans cette région, aussitôt que l'action des muscles a cessé, par suite de fatigue, d'aider aux résistances élastiques, des déformations multiples, primitives, qui doivent être compensées par des déformations secondaires dans le sens du rétablissement de l'équilibre. Si les muscles et les ligaments résistent énergiquement, le maintien de la forme sera relativement assuré, mais à la longue aucune surface articulaire ne resterait avec sa contiguë dans des rapports normaux sous l'influence d'une augmentation de près de la moitié du poids à supporter. Aussi c'est par un déplacement fréquent du soutien latéral que les mauvais effets du hancher sont atténués. Mais, si l'une des symphyses sacro-iliaques ou même l'une quelconque des articulations latérales est plus faible que sa congénère, ou si la reproduction d'une même attitude asymétrique est, pour quelque motif que ce soit, beaucoup plus fréquenté d'un côté que de l'autre, il se produira une inclinaison latérale avec torsion du bassin, scoliose lombaire et torsion vertébrale de compensation. Notons ici que le hancher d'un côté se combine souvent avec la session (station assise) ischiatique du côté opposé et que ces deux attitudes vicieuses produisent le même effet mécanique (voy. plus loin station assise).
On voit par ce qui précède que ce sont des déformations du bassin qui agissent sur celle de la colonne vertébrale, de même que sur le fémur, mais non celle de la colonne vertébrale sur le bassin ; sauf pour quelques cas de courbures dans le plan antéro-postérieur, cela est même mécaniquement impossible. Cette tige articulée à nombreux et grêles anneaux ne peut vraiment pas agir sur le sacrum volumineux, et cet anneau osseux si solidement fixé. Le contraire est de toute évidence, et il est impossible que le bassin soit déformé, au moins dans sa région postérieure, sans entraîner un déplacement dans les premières vertèbres lombaires et par suite dans toute la colonne. Or on sait combien la déformation du bassin est fréquente dans notre civilisation. Les collections anatomiques sont encombrées de bassins déformés qui sont considérés comme normaux.
La question donnée au concours d'agrégation de 1880 : De V influence delà déviation de la colonne vertébrale sur la conformation du bassin eût due doue être retournée pour se trouver conforme aux faits d'observation que nous avons rapportés. Il est bien vrai que, quand ou examine une pièce anatoraique qui nous montre un bassin oblique-ovalaire avec abaissement latéral et inclinaison lombaire dorsale du même côté, on peut supposer un instant que c'est le rachis qui a déformé le bassin. Mais cette supposition tombe au plus léger raisonnement.
Eu dehors du cas où le bassin et le rachis sont simultanément frappés par une dystrophie quelconque, on peut être assuré que c'est toujours par le bassin, plus spécialement par l'une des symphyses sacro-iliaques, que les déformations rachidiennes ont été causées ; la réciproque est toujours inexacte et nombre de déformations rachidiennes existent sans que le rachis en souffre. Toutefois dans le sens antéro-postérieur les courbures exagérées de la colonne entraînent
presque toujours, par voie de compensations successives, l'antéversion plus ou moins considérable des os des iles (ensellure lombaire).
Déformations du membre Iinférieur. Si nous continuons l'examen des effets de la pesanteur sur les jointures du membre inférieur, nous remarquons que, quand les forces contractiles sont épuisées, la jambe qui supporte le poids du corps est dans l'extension forcée, et que le cotyle est repoussé en arrière; la longueur verticale du membre inférieur diminue ; la jambe libre au contraire se place dans la demi-flexion, en sorte que, si nous supposons, ce qui est fréquent, un hancber unilatéral habituel, les deux têtes fémorales affectent avec le cotyle des rapports de continuité anormaux ; du côté qui supporte le poids du corps la tète fémorale se met en contact intime avec la cavité, le ligament antérieur est fortement tendu, le bourrelet cotyloïdien est repoussé, aplati sur le sourcil, et la capsule fibreuse, si justement comparée à un manchon, est incapable de réagir contre un poids double de celui qu'elle devrait supporter. De l'autre côté, au contraire, la tète fémorale jouit librement de tout le jeu que lui laisse le bourrelet avant que le col vienne l'affleurer. On sait que la tète du fémur appartient à une sphère du même rayon que la cavité, mais que sa surface articulaire est plus étendue. On peut donc dire justement que la tête sur laquelle repose le poids du corps entre plus que sa congénère dans le cotyle.
De là, chez les personnes qui reposent constamment sur le même membre, une déformation de la cavité cotyloïde et par suite une altération manifeste de la forme de la fesse qui va jusqu'à simuler les lésions de l'arthrite coxo-fémorale. En même temps les mouvements sont plus étendus en tous sens du côté du membre habituellement libre ; on sent qu'ils se passent à la distance normale des deux surfaces.
L'extension forcée du membre inférieur tend à le placer en arc à convexité postérieure et légèrement oblique en dehors. Dans cette attitude et lorsque les résistances musculaires sont épuisées (avec les habitudes prises souvent même elles n'entrent pas enjeu) le centre de résistance est le centre de la courbure, en sorte que le bord supérieur de la rotule est repoussé en haut au delà de l'étendue de la surface rotulienne du fémur et que les condyles du fémur viennent presser sur la partie antérieure des cavités glénoïdes du tibia. En d'autres termes, au lieu d'être transmis sur le large plateau horizontal du tibia, le poids du corps est transmis par l'étroite surface du quart ou du tiers antérieur. De là aussi dans le hancher unilatéral habituel de fréquentes synovites et diverses altérations par érosion des cartilages semi-lunaires. Nombre d'arthropathies chroniques du genou avec hydarthrose n'ont pas d'autre cause. La fréquence d'affections unilatérales du genou doit mettre en éveil sur ce point ; ces hydarthroses sont trèscommunes chez les adolescents, alors même qu'aucun symptôme n'en indique l'existence, et j'ai observé qu'elles se montraient constamment du côté du hancher habituel.
Dans cette attitude vicieuse il peut se faire que le ménisque interne cède plus tôt que l'externe et réciproquement. Dans le cas où c'est le ménisque interne, le ligament latéral interne cède rapidement à son tour; le genou valgus ou cagneux se produit aisément, et le genou valgus entraîne le pied valgus; le poids du corps ne reposant plus sur la voûte calcanéo-métatarsienne sont tout entière, mais seulement sur ses points d'appui internes, le tarse tourne autour de
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rarrière-pied et la voûte s'affaisse en dedans sous l'inllueuce du poids total du corps.
Le mécanisme contraire produit plus rarement le genou et le pied varus.
Il arrive d'ailleurs fre'quemment que ni le genou ni le pied ne se déforment sous la seule influence du hancher. C'est le plus ordinairement la marche dans une attitude vicieuse du pied qui produit ces dysmorphies. Mais l'extrême rareté des déformations du membre supérieur par rapport à celles du membre inférieur, lequel n'a aucun poids à supporter, montre que c'est à l'action de la pesanteur que la presque totalité de l'excédant doit être attribuée.
Sans aucun doute il existe nombre de dysmorphies d'origine musculaire : les amyotrophies partielles, les contractures et les rétractions nous en fournissent une source importante, mais d'une moindre richesse que l'action de la pesanteur agissant inégalement par suite de causes multiples sur ses deux moitiés.
Jusqu'ici, dans l'étude des déformations selon l'axe transversal nous avons supposé l'action primitive du poids du corps inégalement répartie et entraînant par suite des torsions, des flexions et des extensions déformantes. Nous devons maintenant considérer une altératK)n primitive de la forme des os ou des rapports articulaires entraînant consécutivement une résultante anormale de l'action légitime de la pesanteur. Or l'observation nous a conduit à ce résultat, contrairement à toute attente, que les déformations dues à l'action de la pesanteur s'exerçant sur des membres déjà déformés n'étaient constantes que quand la dysmorphie était congénitale. Ainsi un développement imparfait des surfaces articulaires ou des moyens d'union d'une jointure donne lieu à des luxations qui ont souvent été considérées comme congénitales alors qu'elles étaient consécutives à la station ou à la marche prématurées. li'autre part, on a pu observer nombre de coxalgies et même d'ankyloses dans la flexion, de pieds bots et même d'amputations d'un membre, ne donner lieu à aucune déformation transversale, ce qui peut tenir en partie à ce que les individus atteints de la sorte l'ont été à une époque postérieure à l'enfance, en partie à ce qu'ils ne peuvent prendre ou qu'ils évitent les attitudes unilatérales dans lesquelles l'action de la gi'avité est à son maximum. Mais, en général, s'il existe à la naissance une inégalité de développement et que dans la première année l'équilibre ne se soit pas rétabli, la pesanteur exercée produit sur les parties faibles une action déformante trèsrapide. Ainsi se dessinent sous l'influence de la station et de la marche relativement prématurées les luxations dites congénitales du fémur, les genoux cagneux, les pieds plats et les diverses formes de pieds inclinés.
Quand des déformations multiples se produisent à la suite d'une arthropathie, c'est bien plutôt sous l'influence des mouvements que sous l'influence de la statique d'équilibre. En effet, la suppléance des articulations est la règle; quand un mouvement est aboli ou diminué dans une ou plusieurs jointures, il se retrouve en excès dans celles qui leur succèdent ou les précèdent, et cet excès dans l'excursion habituelle des surfaces produit une déformation. Ce point sera étudié en son lieu.
Déformations dans la station assise. LeS faits que nOUS avOUS jUSqu'à CC
moment exposés se rapportent exclusivement à la station debout, dont l'aire de sustentation est circonscrite par les pieds. Dans la station assise, l'équilibre obéit à d'autres conditions, et l'ampleur de la base est telle qu'elle permet au centre de gravité de tomber sur un point quelconque d'un vaste polygone. Aussi la bgne de gravité devient-elle tangente à la courbure anté-
rieure lombaire pour tomber d'ordinaire vers le centre du détroit inférieur du bassin. Il s'ensuit que, si l'influence de la pesanteur dans la station assise naturelle exagère d'ordinaire la courbure cervicale, elle redresse la courbure lombaire et la courbure sacrée postérieure. Le bassin vient en effet basculer de haut en bas et d'arrière en avant et le poids du corps se transmet par le sacrum et la symphyse sacro-iliaque, non plus aux cotyles, mais aux ischions et au coccyx, aux trochanters et aux parties molles qui les enveloppent. Il semble donc que la station assise soit en tous points utile et même nécessaire pour contre-balancer les effets de la station debout; il en va certainement ainsi quand la tête s'incline légèrement sur la poitrine, car, dans le cas où on la redresse, la courbure cervicale antérieure s'accentue et il se trouve que dans l'attitude légèrement renversée les surfaces articulaires occipitoatloïdiennes sont presque horizontales, l'effort musculaire à l'équilibre devient presque nul : de là la fréquence de cette attitude en dehors du travail manuel.
Déformations du bassin. D'un autre côté, il arrive fréquemment, surtout chez la iemme, que soit en raison d'une fausse éducation, soit à cause des corsets ou des vêtements, on s'assied verticalement en redressant le bassin et en exagérant la courbure lombaire antérieure. Par là tous les bcncficcs de la station assise sont perdus et les personnes qui s'asseyent habituellement de la sorte sont fréquemment affectées d'ensellure lombaire. On remarque enfin qu'au lieu défaire reposer le tronc sur plusieurs points de l'aire du détroit inférieur et des trochanters, bien des personnes limitent à l'un des côtés leur base de sustentation, de sorte qu'elles font supporter à l'un des symphyses sacro-iliaques et à l'un des ischions tout le poids du corps. Il en résulte que l'os iliaque du côté sur lequel on s'appuie tend à s'abaisser, entraîne le sacrum en raison de la résistance de la symphyse, et le bassin exécute autour des deux premières lombaires un mouvement de torsion et de bascule latérale qui aura pour conséquence l'élévation du bord supérieur du sacrum et de la crête iliaque du même côté ; l'axe transversal du bassin cessera d'être parallèle à l'axe des vertèbres et du tronc. Par suite du mouvement de bascule et de torsion du bassin, les crêtes iliaques seront d'inégale hauteur et les épines dans des places différentes. Toutefois j'ai hâte de dire que cette forme qui est la plus ordinaire offre plusieurs variétés dissemblables.
Cette déformation est très-commune, surtout chez les femmes ; elle est, je le démontrerai, l'origine de la plupart des scolioses vertébrales qui représentent des torsions de compensation de même q\ie les courbures anléro-poslérieures représentent des coui'bures compensatrices. Yoici les preuves que j'en apporte, les preuves anatomiques.
Il est très-commun, surtout chez les femmes, de rencontrer des bassins qui répondent à la description que je viens de donner. Ouvrez, par exemple, la magnifique thèse de M. Verneau sur le bassin dans les races humaines {? avis, 1875), et vous reconnaîtrez que sur les 28 projections horizontales du bassin le sacrum est toujours tourné de telle façon que son aile droite est comme l'os iliaque du même côté située sur un plan antérieur, sauf à la planche 12 où il y a symétrie, et à la planche 11 où le mouvement inverse est représenté. lien est de même au surplus dans toutes les planches anatomiques faites d'après nature et non pour les besoins de l'enseignement. Rarement les symphyses sacro-iliaques sont symétriques, rarement l'axe transversal du bassin est perpendiculaire à l'axe du corps.
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Que l'on examine non-seulement les bassins de scoliotiques, mais les bassins réunis dans les grandes collections du Muséum, et l'on constatera dans la grande majorité des cas la dissymétrie dont je parle, à quelque point de vue qu'on les examine. La projection horizontale du bassin, soit au niveau de la face supérieure, soit au niveau du détroit supérieur, n'est pas moins asymétrique.
La déformation décrite par Naegele et par Rokitansky sous le nom de pelvis oblique ovata et confirmée par Ilumpliry et d'autres auteurs représente la forme extérieure et pour ainsi dire complète de la dysmorphie que nous étudions. Elle comporte l'ankylose sacre-iliaque et le développement incomplet de l'os innominé. On arrive à ce point par une succession tellement graduée de déformations que l'on peut considérer la dissymélrie comme la règle. « S'il fallait ranger parmi les bassins viciés tous ceux qui n'en présentent pas une image fidèle, dit M. Depaul, on aurait grand'peine d'en trouver de loin en loin un exemplaire irréprocbahle. Telle est du moins la conclusion à laquelle on est conduit en faisant une analyse rigoureuse des caractères que doit offrir le bassin parfait. Ainsi de 50 bassins recueillis par Naegele sur les cadavres des femmes qui paraissaient bien conformées et dont aucune n'avait eu d'accouchement difficile, pas un ne fut jugé propre à la description du bassin régulier. Il en fut exactement de même de 45 bassins réunis par les soins du professeur Otto (de Breslau) » {io?j. Bassin). Nous pourrions multiplier singulièrement les citations à l'appui de notre thèse sur la fréquence des dyssymétries sacro-iliaques dans l'état normal ou très-voisin de l'élat normal; mais nous croyons que le fait est suffisamment établi. A fortiori, nous le montrerons plus loin, ces déformations sont-elles la règle dans les scolioses du racbis. Disons tout de suite que tout au moins dans les scolioses lombaires elles forment une règle sans exception. La question sera donc de savoir si la déformation débute par la symphyse sacro-iliaque ou par les vertèbres lombaires: or les faits ne nous laissent aucun doute à cet égard. Humphry est le seul auteur qui, à notre connaissance, ait posé la question sous une forme, il est vrai, dubitative. En parlant des déformations du bassin liées à la scoliose lombaire, il ajoute : « Encore est-il parfois difficile de décider si c'est la courbure de l'épine ou si c'est la déformation du bassin qui a été le point de départ de la déformation totale » (Euman Skeleton, p. 449). On sait que nous soutenons la seconde alternative.
Que si maintenant nous poursuivons les conséquences de la rotation du bassin, nous trouverons que l'une des cavités cotyloïdes se trouve reportée sur un plan relativement antérieur et que par suite des nécessités de l'équilibre c'est sur ce cotyle que portera l'effort de la gravité dans la station debout, fait dont nous étudierons plus loin les conséquences. On conçoit, en effet, que le tronc n'étant plus également suspendu, ce n'est qu'au prix de déformations multiples que l'équilibre peut s'établir.
Déformations sacro-lombaires par les attitudes habituelles de la station ASSISE. Or l'observation nous montre^ 1" que chez les jeunes sujets la station assise s'effectue le plus fréquemment et presque exclusivement sur la fesse gauche; 2" que les sujets du sexe féminin sont beaucoup plus longtemps assis que les garçons; 3" que les scolioses sont beaucoup moins fréquentes chez celles-là que chez ceux-ci ; 4» que les filles qui offrent une scoliose lombaire s'asseyent neuf fois sur dix sur la fesse gauche et que dans la même proportion la colonne lombaire s'incline à gauche tandis que leWps des vertèbres se tourne vers la droite
et que les apophyses épineuses, la quatrième, la troisième et Ja deuxième surtout, dessinent le mouvement en se rapprochant de la crête iliaque.
Il est ditflciie de décider si c'est en vertu d'une asymétrie ou d'une faiblesse primitive de la symphyse gauche que le côté gauche est préféré pour la station assise ; plus vraisemblablement la nécessité d'avoir une complète liberté de la main droite, soit pour les travaux manuels, soit pour assembler vers la droite les plis des jupons, soit enfin pour obéir aux préceptes du maître d'écriture, explique cette préférence incontestable. 11 est d'ailleurs certain que la scoliose est commune dans les villes, dans les couvents, dans les pensionnats, et rare à la campagne, c'est-à-dire que de même qu'à l'égard des sexes elle est plus commune chez les sujets qui dès l'enfance s'asseyent longtemps de suite.
Il arrive parfois que la station assise s'effectue principalement sur la fesse droite; en ce cas la déformation lombo-iliaque se produit en sens opposé; nous avons eu rarement, mais plusieurs fois, l'occasion de le constater. Ainsi la démonstration est complète en ce qui touche l'influence déformante de la pesanteur dans la station assise presque exclusivement unilatérale, toutes réserves faites sur les causes de cette attitude.
Sans empiéter sur un paragraphe ultérieur, poursuivons un instant les conséquences mécaniques de la déformation lombaire que nous venons de décrire. La torsion lombaire avec inclinaison vers la gauche va en diminuant jusqu'à la troisième ou deuxième vertèbre de cet ordre. Si elle continuait, le tronc devrait s'incliner tour à tour vers la gauche pour rejoindre le centre de gravité qui viendrait tomber en dehoi's du corps. Il n'y aurait plus d'équilibre vertical possible. Aussi, en cherchant énergiqueraent à revenir vers la base de sustentation, le tronc s'incline vers la droite à partir de la deuxième ou de la première lombaire dont les facettes articulaires sont presque verticales, fait nécessairement tourner ces vertèbres de façon à amener la face antérieure vers la gauche, l'épine vers la droite. Ainsi se produit une seconde courbure à convexité épineuse droite qui peut se prolonger plus ou moins haut ; une troisième et souvent une qualrième courbure se produisent par un mécanisme quelque peu différent, mais analogue, et en vue de revenir à la ligne verticale de gravité, au niveau des vertèbres dorso-cervicales et ccrvico-occipitales. En d'autres termes, des flexions (nécessairement accompagnées de Jlorsions) se produisent dans le plan transversal du corps en vertu des causes mêmes qui produisent les trois courbures verticales dans le sens antéropostérieur. Les différences géométriques résultent de la différence de la forme des leviers sur lesquels s'exerce l'action de la pesanteur et des forces contractiles ou élastiques qui sont mises en œuvre.
Sans aucun doute certaines lésions dorsales peuvent se produire par un autre mécanisme et notamment par vole d'hypertrophie osseuse, d'arthrites costovertébrales chroniques, d'épanchements pleuraux, d'adhérences et de rétractions costo-pleurales, mais elles sont moins communes que la scoliose iléo-lombaire dont je viens d'esfjuisser la morphogénie.
On pourrait objecter la force du ligament sacro-iliaque, la rugosité de ses faces articulaires et leur forme même; mais c'est précisément en raison de ces conditions de solidité que le sacrum est entraîné et qu'il entraîne avec lui la première lombaire en la faisant nécessairement tourner sur son axe, à cause de la disposition verticale des palettes articulaires. Le miracle serait que le phénomène ne se produisît pas !
Delpecb est à notre connaissance le seul auteur qui ait parlé de la station
monoischiatique. Mais il n'en a parlé que pour la nier. Critiquant l'insuffisanco des attitudes connues pour produire la scoliose, il dit qu'il faudrait pour produii'e une double courbure « affecter de tenir une hanche suspendue, ne pas reposer sur le siège la tubérosité de l'un des os ischions, afin qu'un premier déversement du bassin en nécessitât un second dans les épaules; altitude violente extrêmement pénible, à laquelle nous ne croyons pas que les muscles puissent suffire » {Orthomorphie^ t. I, p. 6i). C'est précisément parce que les muscles ne peuvent pas suffire qu'ils cèdent et abandonnent aux ligaments, qui cèdent à leur tour, le soin de résister à la gravitation. Les attitudes vicieuses produites par les muscles ne déterminent jamais de déformations permanentes dans la station. Ce sont celles que les muscles ne peuvent pas conserver et qui, par suite, retombent sur les ligaments, qui doivent être accusées.
Quant à la réalité de la « hanche suspendue », c'est un fait d'observation qui se constate aisément quand on fait asseoir des sujets déshabillés sur un siège sans dossier et sans ressorts ni coussins mous. 11 suffit au surplus de s'asseoir volontairement sur l'une des fesses pour que l'on se rende compte des effets désastreux d'une attitude qui est recommandée par la plupart des méthodes d'écriture modernes.
En résumé, nous avançons ici que la session monoischiatique entraîne par le poids du corps : 1° une inclinaison latérale double que M. Verneuil définit : une oscillation rappelant le mouvement horizontal du levier de la balance en vertu de laquelle un côté du bassin s'élevant, l'autre s'abaisse d'une égale quantité et réciproquement; et 2° « une rotation double, bilatérale, en vertu de laquelle une moitié du bassin se porte en avant tandis que l'autre fuit en arrière dans la même proportion » [déviation du bassin dans la coxalgie. Congrès scientifique de Lyon, 1873) ; 5" que ces mouvements qui peuvent se produire physiologiquement par l'action des muscles entraînent nécessairement par suite de l'action du poids du corps une distension de la symphyse sacro-iliaque, une inclinaison avec torsion dont les centres se trouvent dans les disques intervertébraux lombaires et une attitude asymétrique du fémur sur le bassin; 4° et que par la répétition et la continuité de cette action il se produit des déformations permanentes graves ou légères selon l'intensité de la cause et selon la résistance ligamentaire des sujets.
Les conséquences thérapeutiques qui découlent de ces recherches sont de la plus grande importance, mais ce n'est pas ici le lieu de les aborder. On nous permettra toutefois de faire remarquer que les insuccès ordinaires de la mécanique dite orthopédique tiennent en grande partie à ce que l'on méconnaît le siège primitif des déformations. La solidarité des courbures est à ce point évidente que les pressions que l'on exerce sur le rachis par l'intermédiaire des côtes ou des épaules ou du bassin ont pour effet immédiat d'augmenter la courbure sur laquelle on n'agit pas et souvent même d'en produire une nouvelle. C'est ainsi que, quand les épaules sont inégales, si l'on presse la plus élevée, on augmente la courbure dorso-lombaiie et l'on produit delà courbure costale inférieurement. Si au contraire on comprime fes côtes inférieures, on augmente la courbure dorsale et l'on élève une épaule. Si l'on cherche à comprimer simultanément, adroite et à gauche, en haut et en bas, on produit lapire des choses, une ankylose vertébrale, qui n'empêche en rien les voussures costales d'augmenter. C'est donc sur un tout autre plan que le traitement des déformations doit être établi, et nous en parlerons aux articles Gymnastique médicale et Manipulations,
Déformations scolaires. Quelques mots seulement sur la question de prophylaxie; ici j'ose dire que nos recherches, si elles étaient sanctionnées par le corps médical, rendraient à l'hygiène publique et à la pédagogie un service considérable. Car, si les déformations produites par l'action du poids du corps vicieusement équilibrée étaient supprimées, le nombre des déformés diminuerait dans de grandes proportions. Enfin la pédagogie, cette science si noble, si digne d'encouragements, verrait enfin ses enseignements bien déterminés et l'on ferait cesser l'incertitude où se trouvent les maîtres et les maîtresses sur les attitudes scolaires les mieux adaptées à la croissance. On a fait dans ces dernières années des recherches intéressantes sur les bancs et les pupitres et l'on est arrivé à des résultats importants ; mais on conviendra que les meilleurs bancs et les meilleurs pupitres ne valent rien, si les enfants s'y tiennent de travers. Et l'on surveillera tant que l'on voudra l'attitude des bras et des épaules sans aucun avantage, si l'on n'y ajoute la surveillance des reins et du siège. Or, à cet «gard, les opinions et les préceptes les plus disparates existent en pédagogie. Pour ne citer que les pratiques erronées, je signalerai le danger d'empêcher les enfants de se reposer sur une partie des avant-bras en arrondissant légèrement le dos et d'exiger qu'ils creusent les reins pour se tenir plus dioits. Dans la station debout, nous l'avons vu, se tenir droit pour bien des enfants et des maîtres équivaut à projeter le ventre.
Nous réclamons aussi au point de vue de l'éducation statique de l'enfance que l'on recommande d'éviter la marche prématurée; que l'on veille à l'attitude de Ja plante du pied sur le sol, à l'extension de la cuisse sur la jambe, à l'aplatissement de l'abdomen, à la saillie du thorax isolé. Dans la station assise, que l'on permette au sacrum, c'est-à-dire au bassin, de s'incliner en arrière et en haut, de façon que les reins puissent se fléchir et se reposer.
De la suractivité et de l'inactivité partielles. Lorsque la suractivité partielle n'est pas associée à l'action de la pesanteur, elle peut néanmoins produire deux genres de dysmorphies : l'hypertrophie et l'hypotrophie. Ce n'est toutefois que dans certaines circonstances exceptionnelles que les faits se produisent, contrairement à l'opinion accréditée par les orthopédistes et gymnastes du commencement de ce siècle. On admettait aisément que l'exercice partiel de l'un des deux bras entraînait la colonne d'un côté et que les diverses attitudes vicieuses agissaient en raison des tractions que les muscles exerçaient sur les articulations. J'ai montré plus haut que ce qu'il y a de réel en cela était dû à l'action de la pesanteur, non à celle des muscles. S'il en était autrement, si réellement les muscles avaient le pouvoir de déformer les jointures et les os, la plupart des artisans seraient de travers — ce qui n'est pas — en raison même des attitudes variées qu'ils prennent tout en se servant des mêmes muscles.
Cependant l'hypertrophie musculaire du deltoïde et du trapèze chez les chapeliers qui soulèvent le fer, celle des jambes chez les danseurs, celle des divers genres d'acrobates, touchent à la déformation. Mais il est rare qu'elle prenne, sous la seule inûuence des exercices actifs, des proportions véritablement dysmorphiques. Il arrive souvent, tout au contraire, que l'excès de travail produit de l'atrophie partielle et par suite des spasmes fonctionnels qui se manifestent pendant la synergie musculaire : telles sont les diverses crampes professionnelles, celle des paveurs, des pianistes, des écrivains, des piétons. Ici de véritables déformations atrophiques se produisent, la main ou l'avant-bras s'amai-
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grit ; les interosseux diminuent, les reliefs arrondis s'aplatissent et il se forme quelquefois tantôt à la main, tantôt au pied, des griffes qui résultent ou de la paralysie de quelques muscles, tandis que d'autres ont conservé leur contractilité spontanée, ou du défaut d'harn'onie dans la contraction totale par prédominance d'un groupe sur un autre groupe (Duchenne, Physiologie, p. 528).
Ces déformations qui seront individuellement décrites selon les régions retentissent parfois sur l'ensemble de la conformation. Le plus souvent elles restent limitées dans leurs effets. C'est ainsi que l'on voit des individus dont les pieds sont déformés par la prédominance de l'action des fléchisseurs des orteils sur les fléchisseurs du pied oHrir néanmoins une conformation régulière du membre inférieur; on en voit d'autres, il est vrai, mais en plus petit nombre, chez qui la modification décrite de la musculation- entraine une raideur articulaire du pied et des flexions permanentes plus ou moins étendues du genou et de la hanche.
V inactivité' ^nrlieWe ne détermine pas toujours des déformations sensibles, si le poids du corps n'entre pas en jeu. C'est ainsi que des paralysies atrophiques du membre supérieur survenues pendant l'enfance coexistent souvent avec une rectitude parfaite du squelette. Des contractures hystériques ont duré pendant des années sans amener ni raideur articulaire, ni déformation ; l'immobilité prolongée suite de fracture, quand les articles n'ont pas été lésés, n'entraîne qu'une raideur temporaire de peu d'importance, tandis que la plus légère arthrite peut être le point de départ de graves complications.
Cependant il est un certain nombre de régions qui se défoi'ment en liaison de la rupture de l'équilibre des antagonistes, alors même que l'action de la pesanteur n'intervient que très-faiblement. Les omoplates, par exemple, sont maintenues dans la verticalité par l'équilibre tonique entre les grands pectoraux qui produisent un énergique mouvement d'adduction de l'humérus, lequel entraîne l'angle externe de l'omoplate en avant, et d'autre part le trapèze, le rhomboïde et la portion supérieure du grand dorsal. Or, la tendance la plus ordinaire chez les sujets faibles est de favoriser l'action des pectoraux en laissant les bras tomber en avant, en élevant les moignons des épaules et en arrondissant le dos ; c'est l'attitude du frisson. L'attitude du port d'armes au contraire fait appel à la contraction du trapèze, du rhomboïde et du grand dorsal. Selon la prédominance résultant le plus souvent de l'un ou de l'autre de ces groupes musculaires, on réalisera une bonne ou une mauvaise attitude, laquelle aura une influence considérable^sur la conformation du thorax, le développement pulmonaire, etc. Il n'est point douteux cependant que, si le poids du membre supérieur ne venait s'associer à la contraction des adducteurs, la déformation en portemanteau dites des épaules serait beaucoup moins commune.
On conçoit que, pour peu que quelques inégalités se produisent dans la symétrie de l'attitude, les déformations deviennent très-complexes. Tel est le cas, si l'un des rhomboïdes est plus fort que l'autre, si le deltoïde ou l'angulaire ont une action inégale, etc. 11 est rare de trouver des omoplates régnlières, et cela non-seulement à cause de l'inégalité d'action des antagonistes, mais surtout à cause de l'inégale convexité des côtes sur lesquelles l'omoplate s'applique plus ou moins exactement.
Des faits du même ordre prennent au membre inférieur une gravité considérable de ce que le poids du corps intervient dans la marche et s'exerce sur des jointures, ne se trouvant pas dans des rapports normaux par suite de la
DKFRICHKMENT. 1^9
prédominance d'action de certains groupes musculaires. C'est ainsi que dans les amyotropliies infantiles qui frappent tantôt les muscles pelvi-trochantériens et fessiers il se produit des luxations iliaques. Si au contraire ce sont les adducteurs qui sont atteints, il se produit des luxations sous-pubiennes (P. Reclus, Luxations paralytiques du fémur, in Revue de me'd. et chir., 1878). Si les muscles de la hanche ont été frappés en masse, le moindre effort, la moindre pression et à fortiori l'attitude verticale produiront une déformation dont le sens sera accidentel.
On conçoit que, si à l'atrophie complète on substitue une simple diminution de force, il se produira des attitudes vicieuses de quelques segments du membre pendant la marche, et ces attitudes coufirmoront une déformation permanente.
Déformations articulaires de cause pathologique. LeS affeclions paralytiques
des centres nerveux donnent lieu à de nombreuses déformations. La paralysie infantile par exemple, en amenant la luxation atrophique de certaines jointures, détermine une rupture d'équilibre pondéral dont le résultat se traduit souvent en déformations dans les régions saines. C'est surtout quand l'atrophie a frappé l'articulation coxo-fémorale et la cuisse que le bassin et le rachis se déforment sensiblement. Il en est de mémo à peu près dans toutes les atrophies musculaires. Au contraire dans les simples paralysies du mouvement et de la sensibilité les déformations sont rares.
La luxation dite congénitale du fémur que les observations de Verneuil, de Gavaresse et les miennes ont montrée être consécutive à la marche relativement prématurée, est une déformation liée aux mêmes causes : faiblesse d'abord, laxité ligamentaire, usure osseuse, déplacement final.
Quant aux déformations articulaires qui dépendent de l'arthritisme, de la scrofulose, ou de la t'uberculose, ou de la syphilis ostéo-fibreuse, elles sont innombrables. Les ankyloses et les raideurs articulaires affectent des formas et des degrés très-variés. Nous renverrons aux articles spéciaux consacrés à ces sujets.
E. Dally.
DÉFRlCHE.tlEIVT (Drxinage, dessèchements,' irrigations, engrais naturels). L'on n'a une idée bien complète de la géographie physique générale [voy. Géographie médicale) que si l'on connaît les modifications imprimées sur l'œuvre de la nature parles mains de l'homme. Au premier rang se présentent les travaux si variés de l'agriculture qui cotnprennent les défrichements, les reboisements, les dessèchements, les irrigations, les améliorations du sol par les engrais et la création de la terre végétale.
Nous n'avons pas besoin d'un historique pour faire comprendre l'importance majeure d'un art tel que l'agriculture. Jamais peuples chasseurs, frugivores, radicivores, et même pasteurs, n'ont laissé leur profonde empreinte sur la terre', et la chronologie de l'histoire nous montre que l'agriculture fut toujours au' niveau de la civilisation des nations les plus avancées chez les Chaldéens, chez les Égyptiens, chez les Hindous, chez les Iraniens, chez les Grecs, pour ne parler que de l'antiquité. La civilisation des l'aces jaunes, personnifiée par les Chinois, fut égalée et même surpassée par le progrès de leur agriculture. Nous savons ce que celle-ci fut dans le monde romain, et si elle subit en Occident une éclipse partielle dans la nuit occasionnée par l'invasion des Barbares et prolongée dans la torpeur du moyen âge, ce ne fut que pour briller d'un éclat nouveau°dans les
temps modernes. De nos jours l'art de cultiver la terre el de maintenir sa fécondité si généreuse paraît être entré dans une période nouvelle, qui sera sans doute celle du développement scientilîque.
L'exposé sommaire des principes et de quelques pratiques de l'agriculture rentre d'autant mieux dans notre sujet que ces principes et ces pratiques intéressent toujours par quelque côté médiat et souvent immédiat, non-seulement l'existence des peuples, mais aussi et leur hygiène et leur pathologie.
Si nous ne parlions ailleurs [voy. Déboisement) du boisement et du reboisement, c'est par là que nous devrions commencer, car c'est par là que doit débuter l'œuvre de réparation destinée à effacer les dommages faits au sol par l'ignorance, la barbarie, la fureur de la guerre ou la cupidité imprévoyante et insatiable. C'est de là au surplus que doit naître la rénovation des marais, des déserts et des steppes, si jamais il est permis de les conquérir tout entiers à la fertilité et à la salubrité. Et puis n'est-il pas utile de rendre à la nature physique un peu de ce charme et de cette parure qui sont indispensables aux jouissances et aux besoins de l'homme civilisé?
Dans la tâche lourde qui consiste à accommoder la terre à son usage l'homme n'a pas qu'à réparer et à ajouter, il a beaucoup aussi à retrancher, œuvre non moins laborieuse, parfois irréalisable. Comment concevoir que le sauvage de l'Amazone puisse lutter contre la tyrannie de la végétation de ces contrées? Son bras débile, même secondé de l'incendie, est impuissant à repousser le déluge des forêts qui l'étreignent. Il faudra évidemment que le temps, ce rénovateur irrésistible de la surface du globe, devienne son aide et son complice.
En fait l'homme est obligé d'établir en petit cette lutte contre la nature pour maintenir l'intégrité du champ qui le fait vivre ; et ce sont toujours ou le fer ou le feu qui sont ses principaux instruments de labour et de défrichement. Défricher un sol, c'est le soustraire à l'empire delà végétation naturelle, pour l'ameublir et le rendre apte aux usages de la culture. Voici les principales règles usitées en matière de défrichement.
Tout défrichement en principe a pour but : 1° de faire circuler dans le sol de l'air atmosphérique, de l'eau, des gaz, d'y brûler les matières organiques; 2° d'y détruire les racines et les germes nuisibles; 5" d'y opérer le mélange, sauf exception, des cléments du sol et du sous-sol. Nous avons dit que le défrichement se fait à l'aide du fer ou du feu. Le procédé qui tient du fer, de la fonte, même du bois, dépend de la nature du sol et du genre de culture : il est dit superficiel quand il n'atteint pas 33 centimètres de profondeur, et profond q\iand il dépasse cette limite. Pour défricher le sol par les moyens mécaniques on utilise les instruments appelés charrues que l'on fait passer successivement au travers des couches du sol, à une profondeur d'environ 40 centimètres. Quand on ne veut pas mélanger le sous-sol avec le sol, on emploie des instruments spéciaux pour déchirer et remuer le premier surplace. En général les défrichements mécaniques s'effectuent avant l'hiver, afin de faciliter par cette saison la désagrégation tellurique et l'anéantissement des racines et des germes des plantes dont il s'agit de se débarrasser.
Les procédés de défrichement par le feu sont le hrûlis et Vécobuage. Le premier consiste dans l'incinération des matières végétales et le second dans celle des substances végétales et minérales. Les terres argileuses et humides sont presque les^ seules que l'on brûle avec avantage, surtout en Angleterre. Les brûlis convertissent en amendements les cendres et les matières charbonneuses
des végétaux, et détruisent les mauvaises herbes. Ou brûle les végétaux réunis en tas à l'étoulTée, puis on môle les cendres avec le sol par un labour superficiel. L'écobuage, déjà pratiqué par les Celtes, s'est encore coiiservé dans certaines régions du centre de la France et en Bretagne pour les landes. Cette opération s'adresse surtout aux sols trop argileux, marécageux, tourbeux, chargés de bruyères et d'humus acide. A cet effet des plaques plus ou moins profondes de gazon sont enlevées au moyen d'instruments appropriés, mises à sécher, puis réunies en tas, enfin livrées à l'incendie à petit feu. Au bout de quelques jours les fourneaux artificiels ont réduit toutes les matières en cendre que l'on répand plus tard sur la terre à l'époque des semailles.
On a reproché à la pratique de l'écobuage d'épuiser le sol outre mesure : suivant de Gasparin il faut en accuser non pas seulement l'écobuage, mais aussi la déraisonnable avidité avec laquelle on retire du sol d'un seul coup tout ce qu'il peut donner. Si jamais on peut appliquer en grand l'écobuage aux défrichements des pays tropicaux, on devra en retirer sans doute de beaux bénéfices : d'ailleurs les périodiques incendies dont on fait précéder la culture dans quel([ues parties de ces régions sont un rudiment du procédé de l'écobuage. La destruction de la végélation tropicale par le moyen du feu est, en effet, la seule arme qui est employée au préalable avec quelque succès pour protéger les cultures trop rares et trop précaires sous ces brûlants climats.
Les modes de défrichements sont variables comme les terrains auxquels ils s'adressent. On sait que les cailloux et les pierres peuvent être utiles à la culture en augmentant la porosité et les autres qualités estimables du sol : mais devant leur nombre ou leur masse trop considérables la charrue est impuissante, et l'on doit dissiper les roches trop massives avec la pioche ou mieux encore les enlever avec la dynamite. Les défrichements s'appliquent surtout avec avantage aux terrains disposés en plaines, aux vallées, aux plateaux, beaucoup moins aux montagnes, à cause des inconvénients dus aux inondations et à leurs pentes souvent trop raides. Cependant il y a d'heureuses exceptions en faveur des massifs montagneux à pente douce. C'est là que l'on peut contempler des zones de cultures riches et variées, disposées en étages superposés, depuis la vigne et les arbres fruitiers des pays chauds vers la base jusqu'aux céréales des pays froids au sommet. Tel est le massif de l'Etna sicilien qui ne nourrit pas moins de 500 000 habitants.
C'est par le défrichement patiemment poursuivi que l'homme entre, lentement, il est vrai, en possession du domaine des terres cultivables que la nature lui a destinées. En Europe on entame, chaque année, les landes, braudes ou ericeta des plages occidentales ; la pouszta hongroise et les terres noires de la Russie ont échangé leurs hautes herbes pleines de fleurs contre de riches moissons de blé ; peut-être la steppe ouralo-caspienne cédera-t-elle un jour venant à la culture ses stériles étendues. Le progrès a été rapide dans l'Amérique du Nord où les plaines du Mississipi sont devenues méconnaissables : car le fer et le feu maniés par la race européenne ont semé à la place des herbes géantes des prairies des champs illimités de blé et de muïs. Aujourd'hui le Nord-Amérique €st devenu l'un des premiers greniers du monde. Dans la partie équatoriale et australe du nouveau Continent l'agriculture n'est encore que rudimentaire : à part les îles fortunées des Antilles, acquises à une culture avancée, on ne trouve que çà et là quelques lambeaux d'agriculture : plantations de café, de cacao, de canne à sucre, de mais, de tabac, d'arbres fruitiers divers, etc. Dans les
pampas brésiliennes et platéennes paissent, il est vrai, d'innombrables troupeaux; mais il faudra du temps pour assujettir ces solitudes immenses à la production régulière de moissons appropriées à ces climats.
Quant à l'Afrique, la riche lisière de la Méditerranée exceptée, ainsi que la vallée du Nil et les terres d'Abyssinie, les régions du Gap et quelques districts du Soudan, sa massive surface est presque vierge du fer salutaire qui seul peut sérieusement féconder la couche superficielle de notre planète. L'Océanie est dans le même cas, sauf les plaines littorales et les hautes vallées des îles Malaises, et peut-être quelques districts australiens. Quant à l'Asie, le pasteur et le nomade y vaguent dans les déserts, les steppes et les solitudes sibériennes, dont l'ensemble forme les deux tiers de la surface asiatique. Quelques lambeaux de l'Asie antérieure et moyenne, l'Inde et le versant de la Chine et du Japon, constituent presque les seuls champs de labour du grand continent.
Au demeurant l'agriculture est encore dans l'enfance quant à ses procédés de défrichement et quant à son étendue actuelle. Elle possède à son actif à peine 12 millions de kilomètres carrés sur un total de 120 millions, soit le dixième de la superficie de la terre. En défalquant le tiers de la somme totale comme impropre aux cultures, il reste encore un linceul de 80 millions de kilom. carrés, presque huit fois autant que le carré actuel de culture. Or, si les défrichements ultérieurs devaient fournir des subsistances proportionnellement à leur étendue, ce ne serait plus un milliard et demi, mais huit milliards au moins de convives humains qui couvriraient l'inépuisable mamelle de la mère nourricière. Cette supposition est d'autant moins improbable que la densité d'une telle fourmilière est dépassée aujourd'hui par plusieurs districts d'Europe, de l'Inde et de la Chine.
La part d'influence que les pi'ogrès de l'agriculture et des défrichements exercent sur l'hygiène des populations est considérable [voy. Rurale [Hygiène]). D'une façon générale l'agriculture agit en bien sur la santé de ces populations, sauf quelques cultures spéciales comme celles du riz {voy. Rizières), du coton et de quelques autres récoltes qui demandent des terrains mouillés et secs alternativement. Nous connaissons les avantages et les inconvénients de la sylviculture: l'horticulture est des plus salubres : la culture des champs, même l'entretien des prairies, réalisent de satisfaisantes conditions hygiéniques, à part les exceptions inhérentes aux sols, aux localités, aux climats. En résumé, les progrès de l'agriculture traduisent leur influence sur la population par l'augmentation de densité, par la substitution de l'aisance et du goût du travail à l'insouciance et à la misère, sources de (ant de maux. Dans les contrées agricoles diminue la mortalité ; l'excédant des naissances sur les décès et l'accroissement de vigueur de la constitution y font prédominer la longévité.
Cette élévation du niveau des condilions de bien-être et d'alimentation produite par l'agriculture réagit sur la fécondité même du sol devenant plus généreux sous la main plus ferme et plus habile de ses habitants régénérés. C'est aussi au milieu de ces circonstances propices que l'agriculteur appelle avec succès la puissance des machines perfectionnées au secours de ses muscles mieux nourris. Le travailleur lui-même, comme modificateur de la nature physique, n'est guère autre chose qu'une machine à feu particulière : il rend en proportion de ce qu'il reçoit, dans une certaine limite. Nourrir convenablement le cultivateur, c'est atteindre un triple but dont les visées sont connexes : celui de l'hygiène, de l'agronomie et de l'humanité. Mais l'expérience
indique qu'il faut tenir compte, dans cette question, des diffe'rences du climat, de la race, des milieux, afin d'éviter des erreurs préjudiciables à la santé des travailleurs et à l'économie agricole. Il suffît, pour cela, de comparer l'agriculteur du nord de l'Europe, par exemple, l'Anglais, aux cultivateurs des plaines de l'Inde, de l'Indo-Chine, de la Malaisie, de la Chine ou des plantations coloniales d'Amérique. Cependant les uns et les autres donnent souvent le maximum de ce que peut fournir la machine humaine pour des exploitations, sous des climats et avec des organismes essentiellement différents. Que la nourriture animale soit le moteur par excellence de l'organisation de l'homme, et que le régime végétal, le riz surtout, ne soient guère que le foin des prairies plus dense et plus succulent, c'est un préjugé quasi-scientifique dont le règne doit être fini. Mieux avisée aujourd'hui, la physiologie nous montre que les céréales constituent d'excellente houille alimentaire pour maintenir le jeu de la machine vivante : elle nous donne l'explication d'un fait vieux comme le monde et clair comme le jour, la trempe vigoureuse et l'âprelé merveilleuse au travail de ces « mangeurs de riz )^ qui n'occupent pas moins de la moitié ou des deux tiers de la surface bien cultivée de la terre.
S'il est un fait bien évident, c'est le danger d'ouvrir et d'exposer à l'air les terres vierges ou en friche depuis longtemps, danger qui semble proportionnel à la chaleur et à l'humidité du climat. On connaît cv que coûte à notre espèce le « Minotaure i) nouveau appelé « impaludisme ». Plus récemment on a voulu désigner sous le nom de « tellurisme » cette source de maladies qui s'exhale des entrailles malsaines d'une terre fraîchement remuée. Malheureusement, quelle que soit la dénomination préférée, rien ne nous a révélé l'essence de ce mal, et pourtant c'est ce qu'il nous importerait au suprême degré de savoir, afin de chercher à en éviter ou à en neutraliser la redoutable puissance dans l'oeuvre des défrichements.
On dit bien que le poison gît dî\ns l'exubérance séculaire des matériaux organiques du sol, dont la périlleuse énergie est nuisible avant d'être utile; qu'il faut avant tout retourner la glèbe malsaine pour qu'elle devienne féconde, qu'il faut épuiser pour assainir le champ de labour. Le conseil peut être bon, mais il n'apporte au mal qu'un remède douteux et tardif : il équivaut à peu près au proverbe que le sang et la sueur des hommes sont le meilleur engrais et encore le meilleur mode d'assainissement des terres incultes. Sans doute il y a de la faute de l'homme dans l'état de délaissement et de corruption où souvent est tombé le sol maintenu fertile et sain par le travail discipliné de ses ancêtres. Mais ce n'est pas tout que de répai-er ce mal partiel. Il s'agit de marcher plus vite et plus loin dans la voie du progrès par l'extension et la généralisation des défrichements. Or c'est àla science de l'agronomie et de l'hygiène, encore, hélas! bien incomplète, que l'avenir devra demander des engins et des préservatifs pour réussir dans cette tâche sans imposer aux travailleurs de la terre de trop lourds ni de tj'op douloureux sacrifices.
Défricher est bien pour aérer la terre et la purger des mauvaises herbes, mai^ il y a plus encore ; il faut assurer aux cultures un juste tempérament de proportions d'humidité nécessaire à leur développement. C'est un problème des plus difficiles à résoudre. Aux terrains trop humides s'adresse h dessèchement, comme Virrigation est la compensation indispensable à l'excessive sécheresse du sol.
Les principaux moyens de dessèchement du sol consistent à y creuser des puits d' absorption, des canaux souterrains ou à ciel ouvert, pour y amener l'excédant
des eaux vers les rivières ou vers la nier. On emploie aussi dans ce but les machines éle'vatrices et diverses méthodes d'exhaussement du sol qui se trouve ainsi débarrassé de ses eaux stagnantes. On peut établir avantageusement des puits appelés « bois-tout i) dans les terrains à sous-sol très-perméable : la canalisation à ciel ouvert est réservée aux terrains pourvus d'une certaine déclivité; d'ailleurs elle demeure toujours assez limitée, et elle est loin de donner les avantages de la canalisation souterraine ou drainage.
Le drainage ayant été l'objet d'une étude spéciale à l'article Marais [voij. ce mot), nous nous bornerons à en tracer ici les indications générales applicables à tous les terrains autres que les marais, et les applications spéciales à l'agriculture et à l'hygiène générale. L'anglais to drain (égoutter) signifie, dans une acception générale, l'art d'égoutter et d'assécher les terres humides. Les phases successives du drainage, telles que la confection, le choix des drains, la direction ou pente à donner aux tranchées, basées sur des études préalables des terrains, la préférence à donner aux divers systèmes suivant la qualité de ces terrains, etc., toutes ces questions constituent une technique importante qui échappe néanmoins à la nature de ce travail. Voici quels sont, d'après une autorité des plus compétentes, les effets et les avantages du drainage, au point de vue de l'amélioration du sol :
« Le rapide écoulement des eaux de pluie à travers le sol, et l'abaissement des eaux stagnantes, quelle qu'en soit l'origine, à une profondeur suffisante pour ne plus nuire au développement des racines, sont les deux résultats directs et immédiats d'un drainage bien fait. De ces deux premiers effets résultent : une moindre évaporation à la surface de la terre, un accroissement notable de la chaleur du sol, une modification profonde de la constitution de la couche arable, qui a moins de tendance à se fendre et conserve plus de fraîcheur pendant l'été; une augmentation énorme de fertilité par l'introduction dans la terre des gaz et des substances les plus nécessaires au développement des récoltes : enfin une amélioration considérable dans l'état sanitaire de toute localité où les travaux de cette espèce ont été exécutés sur une assez grande échelle. Les eaux de pluie, se trouvant rapidement absorbées par les terrains drainés, ne peuvent plus se réunir, dégrader la surface des champs et délayer les fumiers en entraînant au loin leurs principes les plus pi'écieux : les terres humides deviennent susceptibles d'être labourées en toute saison. La santé des bestiaux s'améliore rapidement, la pourriture en particulier cesse d'attaquer les moutons. L'eau qui imbibe le sol et qui est entraînée par les tuyaux est immédiatement remplacée par de l'air, et ainsi de suite perpétuellement. Ce renouvellement continuel autour des racines des principes les plus nécessaires à l'alimentation des végétaux permet à ceux-ci de se développer dans de meilleures conditions. L'époque de la maturité des récoltes est notablement avancée par l'accroissement de chaleur qui résulte pour le sol d'un drainage bien exécuté... Souvent même les brouillards cessent de se manifester sur les terres assainies » (Hervé-Mangon).
D'après le même ingénieur les caractères des terrains à drainage sont les suivants : ils restent couverts de flaques d'eau plusieurs jours après la pluie; les trous que l'on y creuse, même après une longue sécheresse, présentent des suintements d'eau ; au printemps surtout on remarque des parties plus foncées que l'ensemble de la pièce; le matin on y voit souvent des vapeurs abondantes. La végétation y est languissante, peu hâtive; les tiges des plantes jaunissent en partant du pied longtemps avant la maturité. Après quelques mois de jachères
la surface du sol se recouvre plus ou moins complètement d'une espèce de petite mousse ; enfin les joncs, les prèles, les laiches, les renoncules, les colchiques d'automne, s'y rencontrent en grand nombre. »
C'est surfont en Angleterre que s'est répandue la pratique du drainage qui en 1859 y couvrait 900 000 hectares de terre, tandis qu'en France on ne comptait que 100000 hectares, et en 1866 tout au plus 200000 hectares de terres drainées. On a drainé certaines parties de l'Allemagne, de la Belgique et de la Suède, mais il s'en faut que le remède ait élc appliqué en proportion des besoins. Cela peut tenir à plusieurs causes, d'abord à la routine si tenace en agronomie, à la cherté du drainage, enfin, il faut bien le dire, aux mécomptes inliéionts aux applications inopportunes ou mal exécutées du moyen dans ceilaines localités. En Angleterre, comme du reste en France, les gouvernements ont fait des offres d'avance de fonds aux particuliers en vue de répandre le drainage : chez nous ces offres n'ont pas reçu un accueil suffisant (Règlements de 1856 et 1858).
Quoi qu'il en soit, le drainage n'a obtenu qu'un bien incomplet développement en France, puisqu'il résulte des calculs d'un agronome distingué qu'il nous reste, en nombres ronds, 12 millions d'hectares de terre qui doivent recevoir le bienfait du drainage, soit 20 pour 100 de la surface totale (Barrai, Drainage, irrigation, etc., Paris, 1858-1860.)
A part l'Amérique du Nord qui l'a utilisé sur quelques points, le drainage n'a guère été employé dans le reste du monde. S'il est encore discutable comme méthode d'application en grand à l'agriculture, il n'en est pas ainsi quand il s'agit de dessécher, d'aérer et de purifier le sol qui sert d'assiette aux villes, aux villages, aux maisons. Mais ce sujet échappe au cadre plus général de notre travail {voy. Villes).
S'il était besoin de faire connaître tout ce que l'hygiène et la médecine publiques attendent dés bienfaits du drainage, on pourrait avec Barrai le résumer ainsi qu'il suit : « Plus de rareté dans les brouillards qui sont à la fois moins nombreux, moins élevés et moins denses ; diminution considérable dans l'action des fièvres intermittentes et rémittentes ; disparition presque complète des rhumatismes si fréquents dans les contrées humides; amélioration notable de la santé générale des populations rurales, etc. o Si jamais le drainage devient applicable aux plaines marécageuses des régions tropicales, si les deltas et le littoral des grands continents chauds doivent être assainis par la canalisation souterraine, il en résultera une véritable révolution qui sera aussi une heureuse transformation dans la noso-géographie de ces contx'ées aujourd'hui fécondes seulement en insalubrité.
Pour débarrasser certains terrains de leurs eaux sans issue, on a employé diverses machines hydrauliques mues par le vent comme en Hollande, par les animaux, puis par la force plus économique de la vapeur. Par l'emploi seul ou combiné de ces méthodes avec les digues, le colmatage, etc., on a conquis a. l'agriculture de grands domaines sur les marais, sur les lacs, sur les mers. Une partie de la Hollande est une création de cette nature due au génie opiniâtre de son peuple : c'est de là que sont sortis ces magnifiques polders dont on admire la fertilité. C'est là qu'on peut contempler ces digues de 8 à 10 mètres de haut, sur 50 à 100 de large, aussi savamment construites que solides, qui protègent le sol des Pays-Bas sur plusieurs milliers de kilomètres de circuit et qui ne sont pas moins grandioses que les célèbres levées du Mississipi.
206 DÉFRICUEMENT.
Après les Pays-Bas, l'Anglelerre a le plus bénéficié des endiguemcnts : elle a récemment conquis plus de 700 000 hectares sur la mer, soit une valeur de deux milliards de francs. Malgré les tra\aux exécutés dans ce genre sur la Manche et l'Océan, il reste en France à endiguer plusieurs centaines de mille hectares. Ajoutons à ces travaux le dessèchement de plusieurs lacs, comme jadis du lac Copaïs, du lac de Fucino, de la mer de Harlem, la conquête future d'une partie du Zuyderzée, etc. ; la consolidation de certaines parties du littoral comme à la pointe de Graves sur la Gironde, les jetées et les levées destinées à refréner les rivières ou les mers. Tout cela n'est encore qu'un faible échantillon de ce qui resterait à faire pour dessécher et assainir les plages noyées de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique tropicales.
Les procédés d'assèchement des terrains bas au moyen de l'exhaussement des terres peuvent être basés sur les moyens naturels qu'ils utilisent. Parfois les inondations, les torrents, comme compensation à leurs ravages, servent à combler des marais ou des endroits insalubres. Le colmatage {voy. Marais) n'est pas autre chose que cette méthode naturelle régularisée par l'ingénieur. Par ce que nous savons de la richesse de certains fleuves en matériaux solides (Hoang-Ho, Gange, Nil, Rhône) il est facile de juger de l'avenir du colmatage appliqué en grand pour les cours d'eau, si toutefois le génie humain parvient à en dompter les irrégularités. Plus récemment on a proposé un procédé analogue au colmatage. « 11 s'agirait, dit l'ingénieur Duponchel, d'appliquer la force mécanique des eaux courantes, dérivées de leur lit à la sortie des montagnes limitant nos principaux bassins, et maintenues par des lignes de faîte, pour reproduire un triple travail comprenant : l'abatage des masses minérales convenablement choisies sur le flanc des collines et des plateaux qui s'étagent au pied des montagnes; la trituration et le mélange de ces débris, leur transport et leur répandage à l'état de couche limoneuse d'une épaisseur déterminée à la surface des sols à régénérer. »
Nous savons que la sécheresse est un fléau non moins redoutable que l'excès d'eau pour l'agriculture; que l'existence de vastes déserts dont le sol est susceptible de culture n'est due qu'à la malédiction de la sécheresse dépendant du ciel. Parfois la disette d'eau n'est que passagère, périodique, mais elle n'en est que plus désastreuse par ses ravages sur les populations affamées, comme cela se voit non rarement dans l'Inde, la Chine, l'Afrique, partout où l'inclémence du climat n'est pas corrigée par les soins et les prévisions des hommes. C'est là que l'aridité de quelques jours, le manque d'une pluie saisonnière, coûteront la vie à des millions d'êtres humains sacrifiés à la famine et aux maladies épidémiqnes qui en dépendent.
On a traité à l'article Climat, Atmosi-hère, etc. {voy. ces mots), de la répartition des pluies sur la surface de la terre ; nous n'y reviendrons point. Mais nous pouvons ajouter que le pouvoir de l'homme peut transformer au moins partiellement le régime des précipitations et couvrir d'un fécond manteau de nuages les localités aujourd'hui désolées par leur aridité. L'ouverture du canal de Suez et des lacs amers a changé le désert, par suite des pluies, en jardins et en oasis sur les deux rives du canal, oii vivent actuellement cinquante mille habitants. On a pensé à réunir les mers Noire et Caspienne par un canal intermédiaire analogue, qui peut-être changerait la steppe ouralo-caspienne : peut-être un canal pareil sera-l-il creusé pour amener les eaux du Pacifique dans les déserts déprimés du Colorado, et si jamais le seuil de Gabès s'abaisse pour laisser passer
l'eau bleue de la Méditerranée, il est probable que le régime des précipitations d'une partie du Sahara en sera amélioré.
Mais, laissant là ces projets grandioses de l'avenir, on peut se concentrer sur le présent en s'efforçant de réaliser le parti immense que l'homme industrieux peut tirer du trésor des eaux qui circulent dans la profondeur comme à la superficie du sol. L'histoire, la géographie, la géologie surtout, nous ont révélé un vaste royaume de fleuves souterrains coulant à bas bruit dans les perpétuelles ténèbres, entre des lames de terre imperméables comme des feuilles de métal, circulant l'apidement ou dormant en miroirs lacustres dans des coupes souterraines, bouillonnant ou grondant dans des cavernes, à travers les labyrinthes des Catavothras, avant de jaillir à la lumière du jour, ou de s'abîmer parfois dans les mers. 11 y a longtemps que l'homme a eu l'idée de perforer la pellicule qui recouvre ces réservoirs naturels pour en tirer de pures fontaines.
Les Perses et lesMèdes, les Égyptiens surtout, savaient dégager les eaux'captives du fond des sables. Olympiodore raconte plus de 60U ans avant notre ère comment ces derniers peuples tiraient d'une profondeur de plus de cinq cents aunes les sources qui ont créé leurs nombreuses oasis. Ni Mulot, ni Degouséc, ni les ingénieurs actuels, n'ont dépassé les fontainiers de la Chine qui, avec un outillage d'une simplicité primitive, vont chercher des nappes liquides à plus de 1000 mètres, dit-on. Nos puits artésiens sont d'origine plus récente que ceux des Chinois et du Sahara, quoiqu'ils remontent déjà à sept ou huit siècles.
Les lumières artificielles pratiquées à travers Je sol ne fournissent pas toujours des jets de liquide utiles à l'agriculture : tantôt ils ne donnent que de l'eau saumâtre, atramenteuse, nuisible ou inutile, plus ou moins chaude en proportion des profondeurs d'où elle vient. D'autres fois ce sont des jets de gaz carbures et hydrogénés, qui sont utilisés par l'éclairage conmie en Chine et en Amérique. Cependant il est rare qu'une perforation suffisante du sol ne récompense pas le travail qu'elle a coulé. Enfin il est un art du fonlainier qui diaguosfique l'existence probable d'une source aux symptômes suivants : la végétation spontanée de certaines plantes, la présence d'essaims de mouclierons ou de certains insectes, l'apparition de vapeurs matinales, le stationnement des animaux sauvages après de grandes pluies, etc.
Aujourd'hui, grâce aux progrès de la géologie et du perfectionnement des machines perforantes, on traverse avec plus de sûreté et de rapidité que jadis les terrains aquifères. « Les puits instantanés, dit Stanislas Meunier, dont il a été fait grand bruit il y a quelques années, sont l'application la plus simple de la recherche des nappes d'infiltrations souterraines. On les obtient en enfonçant dans le sol perméable un tube en fer creux, armé à sa partie inférieure d'un outil de pénétration au-dessus duquel se trouvent des ti'ous qui permettent l'arrivée de l'eau dans l'intérieur. Un petit boulet jeté dans le tube et retenu au-dessus de ces trous d'appel sert de clapet, et un piston que l'on y descend mis en mouvement, monte à la surface l'eau appelée par le vide. La première condition de succès est sans doute que le terrain dans lequel on opère contienne réellement de l'eau : mais en étudiant les conditions choisies pour le fora-^e on arrivera presque toujours à en obtenir une certaine quantité. Ce moyen peut d'ailleurs être utilisé pour une exploration préalable, à la suite de laquelle on creusera de véritables puits. »
La sonde de l'ingénieur a supplanté les procédés primitifs des habitants du Sahara algérien. Grâce à ce progrès, les oasis en souffrance par suite de l'ob-
struction de leurs puits ont repris de la vie; d'autres se sont augmentées, de nouvelles ont été créées et partout a refleuri l'agriculture négligée ou appauvrie. On a du reste étendu l'application des puits artésiens. Ceux qu'on a établis dans les bassins secondaires et terliaires de France sont déjà nombreux et continuent à se multiplier (St. Meunier). En dehors des puits qui sont du domaine de l'ingénieur, il y a quantité d'autres moyens plus modestes de recueillir les eaux d'infiltration. 11 existe de vastes prairies créées sur des plateaux arides et arrosées par une série de puits atteignant les aux souterraines avec des moulins à vent qui les remontent à la surface.
Ainsi doit se poursuivre le rôle providentiel qui paraît avoir été dévolu à l'empire des eaux souterraines. Les dédales de ces galeries pleines d'eau ne sont pas seulement les repaires des êtres chimériques de la légende aniique ; il est une flore et une faune hypogées d'une richesse admirable. Ces sombres réservoirs versent à la surface du sol, quand on sait les solliciter à propos, leurs trésors liquides, et si la fable faisait résider la vérité au fond d'un puits, aujourd'hui l'homme est en mesure d'en faire sortir toute une provision de félicités. Là gît la source de la fertilité présente ou future de grands espaces de terres jusqu'ici incultes ou peu prospères.
Vainement des théoriciens irréfléchis ont accusé les nymphes souterraines de corrompre les eaux, le sol et l'air, de produire les maux de la malaria, 11 est avéré que de ces méfaits elles sont innocentes. Non-seulement elles fécondent le sol qui nourrit les hommes et les animaux qu'il porte, mais parfois elles acquièrent, non loin des massifs montagneux, des vertus efficaces utilisées pour l'amélioration de la santé et la guérison des maladies {voir Eaux mikérales ET thermales).
L'usage de l'arrosage et des irrigations naturelles ou artificielles est peut-être encore plus ancien que l'utilisation des eaux souterraines. L'irrigation appliquée à l'agriculture est l'art de faire produire à la terre, par un bon usage des eaux dérivées, des récoltes plus abondantes, plus variées, plus régulières que celles qu'elle donne ordinairement. Mais il y a plus : dans la plupart des pays chauds et secs, l'irrigation est la condition sine quâ non des cultures.
Techniquement on distingue trois sortes d'irrigation : 1° l'irrigation par submersion, qui consiste ordinairement à retenir les eaux courantes au moyen de barrages transversaux munis de vannes. Ce procédé convient surtout aux prairies, aux fourrages, aux céréales, spécialement au riz. 11 s'applique convenablement aux vallons doués d'une pente modérée. C'est le jilus économique, mais il exige une abondante quantité d'eau ; 2'' l'irrigation par infiltration se pratique en conduisant l'eau sur le terrain à l'aide d'un petit canal appelé canal à'amenée, d'où on la fait refluer dans des rigoles horizontales, très-rapprochées et sans issue, dans lesquelles elle séjourne jusqu'à ce qu'elle se soit peu à peu infiltrée dans le sol. Ce système exige des travaux assez coûteux et convient aux cultures maraîchères ou aux prairies naturelles de grand rapport ; 3" l'irrigation ])ar ruissellement ou déversement amène aussi l'eau par des canaux sur le terrain à irriguer, mais ici le liquide est soumis à une incessante circulation. Ordinairement ce procédé s'applique en grand sur de vastes espaces de terrain : une contrée, tout un système ou bassin géographique. Il comprend diverses sortes de canaux : a) des canaux principaux; b) des canaux secondaires ; c) des canaux de fuite ou de décharge; d) enfin des canaux appelés colateurs. II suffit, pour avoir une idée générale de ce dispositif, de se rappeler le mécanisme de la cir-
culation du sang avec ses canaux de calibre divers et ses communications capillaires artérielles et veineuses. D'ailleurs la savante disposition des re'seaux irri dateurs relève plus spécialement de la science et de l'art de l'ingénieur.
Si les pratiques de l'irrigation sont d'une antiquité inconnue, on peut dire que nul peuple ne dépassa celui d'Egypte dans ses plus belles applications. Depuis le pied des monls de Nubie jusqu'à l'entrée des plaines de la Basse-Egypte, les crues du Nil étaient emmagasinées dans une série de réservoirs latéraux communiquant avec le fleuve sacré, et dont l'histoire nous a conservé quelques noms, tels que ceux de Memphis, de Méroé, de Gophtos, d'IIermontis, sans compter le plus fameux, le lac Mœris, dans le Fayoum actuel. Plusieurs milliards de mètres cubes d'eau limoneuse en excès sur la provision habituelle de la vallée n'étaient retenus momentanément dans ces lacs artificiels que pour être débités au fur et à mesure des besoins sur les terres arides ou appauvries. C'était le plus grandiose système connu d'irrigation et d'hydraulique ; il a été rétabli, mais seulement en partie sur les mêmeslieux. De bonne heure l'Inde, la Perse, la Mésopotamie, la Syrie et l'Asie Mineure furent dotées de systèmes analogues. L'œuvre des Chaldéens, des Ninivites et des Babyloniens pour irriguer les terres adjacentes à la Dipotamie assyrienne a laissé de nos jours quelques restes de canaux qui fonctionnent encore. Sous les Romains l'Afrique, et l'Espagne sous les Maures, construisirent de semblables digues et des dispositifs analogues pour les arrosages en grand.
Les Chinois n'ont peut-être pas de rivaux dans l'art des irrigations dont l'origine remonte au moins à l'époque des plus anciennes civilisations d'Egypte. Leurs merveilleuses cultures de riz ne s'obtiennent qu'au prix d'une circulation savante et patiente des eaux de leurs fleuves à travers le vaste empire du milieu. Aujourd'hui se perfectionne dans la vallée incomparable du Gange et dans d'autres plaines hindoues la pratique traditionnelle des ancêtres, et des travaux nouveaux s'ajoutent chaque année aux anciens. Dans les temps modernes on peut citer avec orgueil les irrigations du Piémont et du Milanais. Le Pô lombard à lui seul fournit par jour plus de cinquante millions de mètres cubes d'eau fertilisante, plus que le débit moyen de la Seine. C'est dans son magnifique réseau de canalisation, qui ne le cède guère qu'à ceux du Gange et de la Chine, que circulent les riches solutions salines et les poussières limoneuses empruntées aux roches alpines. La France compte les irrigations des départements des Pyrénées-Orientales, des Hautes-Pyrénées, des Bouches-du-Rliône, de Yaucluse, des Hautes et Basses-Âlpes. Ces dernières utilisent une partie des limons de la Durance qui n'en jette annuellement pas moins de 18 millions de tonnes dans la Méditerranée. L'Ebre espagnol, les rivières de Murcie et de Valence, le Guadalquivir et quelques autres cours d'eau, contribuent sur une large échelle à la fertilité brillante de quelques coins privilégiés de la péninsule ibérique. Bien d'autres grands fleuves, comme le Mékong cambodgien et cochinchinois, comme le Mississipi nord-américain, etc., répandent la vie et la sève des moissons au loin sur leurs gigantesques vallées, au moyen de pentes naturelles utilisées, sans beaucoup de frais et de travaux, par les agriculteurs riverains. L'Asie centrale offre l'un des plus beaux spécimens de ces rivières qui, comme la Sérafchâne dans la vallée de Samarkande, sont absorbées en entier par les saignées d'irrigation avant d'atteindre le fleuve principal. L'Oxus lui-même est tellement amoindri par les cultures des oasis riveraines et par le district de Kliiva, qu'il ne lui reste plus assez d'eau pour vaincre les sables qui ont obstrué son lit primitif vers la Caspienne.
Si l'irrigation agricole est une amélioration et une source d'amendement pour
210 DEFRICHEMENT.
toutes les récoltes en général, c'est une nécessité absolue et une oeuvre de création dans une très-grande partie des régions chaudes de la terre. Non seulement elle produit les céréales qui nonrissent l'homme, mais elle est l'élément principal des prairies qui nourisscnt les animaux utiles à l'homme, les herbivores aux chairs fortifiantes et savoureuses, le cheval et le bœuf, ses plus précieux compagnons. Dans les petits cours d'eau l'irrigation a l'inconvénient de nuire souvent aux chutes d'eau, aux usines, et quand il s'agit de cours d'eau navigables ou flottables, elle se voit parfois restreinte à de petites proportions. Le plus heureux concours de circonstances est celui qui satisfait à la fois aux trois grands intérêts sociaux : l'agriculture, le commerce et l'industrie.
Les dérivations aqueuses faites au profit de l'agriculture ne peuvent recevoir d'application en grand dans beaucoup de districts d'Europe, notamment en France, à cause du morcellement de la propriété foncière. Cependant, l'État met son intervention et sa contribution au service des populations dont l'intérêt général commande de grandes entreprises de cette nature. Les administrations des eaux et des domaines publics ont aussi des règlements pour établir leurs rapports avec les particuliers en matière d'irrigations empruntées aux cours d'eau navigables ou flottables.
L'eau constituant en quelque sorte le sang ou le milieu intérieur des végétaux qui y puisent leurs principes de nutrition, irriguer le sol c'est porter de Ja vie et de la sève aux plantes et par suite de la nourriture aux animaux. Cependant tout n'est pas bénéfice pour ceux qui exécutent les grands travaux hydrauliques comme pour ceux qui habitent ou cultivent les régions arrosées. On sait que les collections d'eaux destinées à cet usage, par leur stagnation, par les oscillations de leur niveau, par les infiltrations dans les terres, deviennent fréquemment des foyers d'impaludisme. Nous en avons un exemple frappant dans les rizières, dans les cultures du coton, etc., et tel fleuve répand avec son dépôt limoneux des germes funestes de maladie, de dégénérescence et de mort. C'est l'éternel problème du mélange des biens et des maux, qui fait que l'aspiration vers II perfection ne peut être satisfaite complètement. Néanmoins ici la somme du bien prédomine, et, règle générale, plus la circulation de l'eau est convenable, et moins grande devient l'insalubrité.
Puisque les trop grandes saignées épuisent parfois de grands cours d'eau, si jamais le régime des irrigations acquiert un développement proportionnel à ses besoins dans les contrées chaudes, il est à craindre que d'un autre côté le débit des fleuves n'en soit amoindri jusqu'à les rendre impropres à la navigation. De grandes rivières deviendraient ainsi des ruisseaux sans nom, et les irrigations seraient l'un des agents géologiques les plus énergiques dans les âges futurs. Mais nous n'en sommes pas là, et en attendant on peut toujours puiser à la rivière sans crainte de la tarir.
L'amendement des terres par les engrais ne doit recevoir ici qu'une simple mention. Outre le limonage naturel ou artificiel dû aux inondations ou aux arrosages, on se sert, pour engraisser le sol, de formations géologi([ues quaternaires appelées « diluvium » ou « lœss ». On les emprunte aux dépôts glaciaires comme dans les vallées du Rhin, du Danube, du Gange, du Mississipi, aux boues amenées par les déluges aqueux comme dans l'Ogowé, au\ lœss provenant de l'atmosphère comme ceux de Chine, du Mexique, des Pampas.
Les limons naturels des rivières « plus précieux que les sables d'or » (Torricelli) sont charriés par quelques-unes d'entre elles, il est vrai. Mais ils n'existent
DEGENER. '211
pas partout, surtout dans nos pays d'Europe. De là la nécessité d'utiliser les engrais les plus divers dont les principaux sont : le marnage, le chaulage, qui empruntent leurs matériaux aux de'pôts marins du littoral; l'emploi des engrais minéraux, gypse ou plâtre, dépôts de phosphates animaux ou guanos, de petits rognons de phosphates minéraux, amas de sel marin, etc.
En joignant à ces travaux ceux que nécessitent l'industrie des mines, les che mins de grande communication, la canalisation et les autres besoins du commerce et des transactions, on aura une idée des changements importants qui s'opèrent continuellement sur la surface de la terre habitée par des populations laborieuses et intelligentes. Mahé.
Bibliographie. — A. de Gasparin. Traité d'agriculture. — ïiovssi};o\vn. Économie rurale. Paris, 1851. — Barr*l. Drainage, irrigation, etc. Paris, 1858-18C0. — IIervé-Mangon. Le gp'nie rural. Paris, 1876. — Malaguti. Cours de chimie agricole. Rennes, 1861. — P. on Gasparw. Traité de la détermination des terres arables, etc., 5« édition. Paris, 1877. — A. BuRAT. Application de la géologie à l'agriculture. Paris, 187 2. — St. Munnier. La terre végétale : géologie agricole. Paris, 1875. — ISeuville. De V assainissement des terres et du drainage, 1851. — Henri Stephessos. Trai/é dw rfraina^fe, traduit de l'anglais parti. Faure. — Thackeraï. Philosophie du drainage. — Barré de Saint- Venant . Du drainage des terres. In Annales des chemins vicinaux, 1851. — Leclerc. Notice sur le drainage. — Voir en outre la bibliograpliie des articles suivants du dictionnaire : Marais, Rizières, Rdrale [Ihjgidnc), Déboisement, Sol, etc. M.
DEFRUTUM. Ce mot désignait chez les Latins le vin doux cuit jusqu 'à réduction de moitié. Dans la sapa, la réduction était portée plus loin. Il ne faut pas confondre le defrutum avec \epassum qui était un vin fait avec des raisins séchés au soleil. Dans certaines classifications des extraits aqueux obtenus avec les sucs des plantes, le defrutum, la sapa et le rob figurent dans la classe des extraits de fruits.] D.
DEGEX (August-Friedrich-Eunst). Chimiste allemand, professeur à l'École polytechnique de Stuttgard, né à Ludwigsburg, le 9 juin 1802, mort à Stuttgard, le 2 avril 1850, mérite d'être cité poar ses travaux sur les eaux minérales du Wurtemberg. Nous pouvons encore citer :
I. Eudiometer mit unvermischl. Platinschwamm. In Poggend. Annalcn, V,d. XXVll, 1833. — II. Verbessertes Reflexionsgoniomeler. Ibid., id, — 111. Verhallen der Kohie gegen Licht. Ibid., Bd. XXXV, 1835.— IV. Versuche ûber die Netibarkeil. Ibid., Bd. XXXVIII, 183G. — V. Un grand nombre d'analyses d'eaux minérales. L. Un.
DEGEXER OC DEGXER. (JoHANN-HàRTMANN) . Médecin allemand, né à Schweinfurt, le 19 juillet 1687, mort à 'Nimègue, le 6 novembre 1756. 11 était le fils d'un jurisconsulte distingué et fit ses premières études dans le gymnase de sa ville natale. En 1706, il se rendit à l'Université de Halle et y étudia le droit pendant trois ans, conformément aux vœux de son père. A la mort de ce dernier, il abandonna sa carrière juridique et se livra à l'étude de la médecine, d'abord à Berleuburg, sous Jean Junker, puis à Utrecht, où il prit le grade de docteur en 1717. Degner s'établit ensuite à Elberfeld, où il ne resta qu'une année, puis alla pratiquer son art à Nimègue et réussit en peu de temps à acquérir une grande clientèle; il fut nommé médecin pensionné de cette ville, dont il devint plus tard le bourgmestre.
Degner était membre de l'Académie des Curieux de la nature. Dezeiraeris renvoie pour plus de détails sur sa vie aux Commentaires de Leipzig.
212 DÉGÉlNÉRËSGENCE (biologie anthropologique).
I. Diss. de nolabili quodam casu febris petechialis complicatœ ; Ultrajecti,1717,in-4°. —
II. Diss. de lurfis, sistens liistoriam naluralem cespiliim comhuslibilium, qui in nndtus Europœ regionibus et prœcipue in Bollandia reperiuntur, ac ligni loco usurpanlur. Ultraj. 1729, in-4° ; trad. en allemand, Francfort, 1731, in-8° ; ibid., 1760, iii-8». —
III. Historia medica de dysenteria bilioso-conta^iosa anno 1756, quœ Neoniagi et in vicinis eidem pagis epidemice grassata fuit. In qua simul corticis simarubœ et radicis jalap, novoriim reincdiorum anlidxjsenlericorum, effectus et prœstantia explanatur. Ultraj., 1758, iii-8°; Louvain, 1750, in-8°; Utrecht, 1754. in-8». — IV. Acidulœ Ubbergenses ; of hort verhaal van een minérale gezond bron in de grafschap et heerlykheid Ubbergen. Nimègiie, 1745. 10-4°. — V. Plusieurs Mémoires dans les Ephémcrides des curieux de la nature et dans les Mcdicinische Abhandlungen publiés à Breslau. L. II.v.
Degner (Georg-Friedrich). Pharmacien à Schweinfurt, né dans cette ville, le 1" mars 1782, mort le 17 octobre 1852, laissant :
Hypothèse iiber Licht und Wàrme, 1822 (Buchner's Repertorium, Bd. XX}. L. Hn.
DËGÉKÉRATIUN. VoiJ. DlGÉSÉRESCENCE.
DÉGÉ^'ÉRESCEIVCE § I. Biologie anthropologique. La conception la plus large de la dégénérescence est intimement liée à l'existence supposée d'un type primitif parfait et d'une déchéance consécutive graduelle et cela dans tous les genres d'êtres vivants. Buffon, de Maistre, Flourens, Morel et Martius ont plus ou moins adopté cette hypothèse, d'origine théologique, et l'ont appliquée à la formation des variétés de l'espèce humaine. Du domaine de la biologie générale, l'hypothèse introduite dans la médecine a conduit à la notion de la dégénération des tissus organiques ou des humeurs et de leur tranformation en tissus ou en humeurs morbides. Le sang, la bile, pouvaient dégénérer; l'inflammation dégénérait en gangrène ; le squirrhe était une tumeur dégénérée qui elle-même dégénérait en cancer, etc.
Laennec a le premier nettement exprimé l'idée qu'une tumeur n'est point l'effet du changement de la nature des tissus au sein desquels elle se montre, mais « l'effet d'une création nouvelle ». Toutefois, par une singulière inconséquence, après une vue aussi claire, il entend appliquer le mot de dégénération à « une forme particulière des altérations de texture » et désigne « la transformation d'un tissu quelconque de l'écon omie animale en une substance de nature dilïérente ; ainsi, dit-il, le passage d'un ligament ou d'un cartihige à l'état osseux, le changement d'une glande lymphatique, d'un muscle, du parenchyme, d'un viscère, etc., en une matière tuberculeuse, sont des dégénérations. » On voit que l'illustre palhologiste n'a pas su tenir sa logique jusqu'au bout dans l'iirticle Dégénération du Dictionnaire en 60 volumes; il oscille perpétuellement entre le premier sens qu'il donne au mot, c'est-à-dire le sens de production accidentelle homœmorphe ou hétéromorphe et le sens de transformation dégénératrice auquel il revient volontiers.
De nos jours, l'ossification des tissus fibreux et cartilagineux, la tuberculisation pulmonaire, le sarcome du foie ou des muscles ne sont plus considérés comme des dégénérations, mais comme des substitutions qui coexistent avec la destruction des éléments anatomiques primitifs, ou lui sont consécutives. La dégénération n'est donc que le processus atrophique considéré dans quelques-unes de ses étapes.
11 en est de même pour la dégénérescence des individus et des races humaines frappés dans leur intégrité organique par l'une des grandes maladies constitutionnelles qui frappent les tissus et les appareils qui en modifient la modalité fonction.
DÉGÉNÉRESCENCE (biologie ANTnRoi'oi.of;iQUE). ^15
nelle; les malades atteints de syphilis, de rachitisme, de scrofules, de crétmisme d'impaludisme, ou ceux dont les centres nerveux ont subi les effets de poisonethniques, peuvent être considérés comme des individus en voie de dégénérescence, comme des dégénérants faisant ou non, selon les circonstances, souche de dé'^énérés. Le processus intime de cette dégénérescence est une substitution d'atrophies partielles aboutissant à l'amoindrissement total et finalement à
la stérilité.
Les dé^^énérés ne constituent donc pas de races viables. Mais en dehors de ces variétés maladives, coiivient-il d'appliquer le nom de dégénérescence aux phénomènes sociaux que nous offrent les sociétés dans leur période de déclin? Les races, c'est-à-dire ces groupes humains qui doivent une ceitaine homo- <^énéité soit à une origine commune, soit à un ensemble de conditions géographiques climatériques ou sociologiques qui les façonnent, les races ont en effet comme les inaividus leurs périodes d'état et de décadence. On les voit poindre dans les temps protohistoriques, comme dans l'ère modeine, se développei tumultueusement, puis, arrivés à l'apogée de l'unité et de la prospérité, se fragmenter tantôt par de brusques secousses et s'éteindre dans des convulsions tantôt se désagréger lentement et disparaître. Convient-il d'assigner à ces phénomènes sociologiques le nom de dégénérescence ? Les conséquences presque fatales de toute organisation collective, les agglomérations urbaines, la sélection militaire, le travail industriel, les restrictions dogmatiques et morales, le vêtement, le suicide, la surexcitation mentale et celle des sens, la lutte intensive pour l'existence constituent-elles autant d'agents dissolvants pour les groupes ou pour les unités sociales?
D'autre part, les maladies, la pellagre, la syphilis, la tuberculose, les endémies telluriques ou l'usage des poisons ethniques, sont-ils de nature à produire chez des individus par voie héréditaire des altérations qui de proche en proche détruiraient le groupe par insuffisance organique de ses membres? Ou bien est-ce par d'autres agents que la dissolution s'opère et notamment par l'invasion permanente et ses suites? Graves questions dont nous ne voulons retenir ici que les éléments qui ressortissent directement à la biologie.
Dans ce livre original, mais un peu trop dogmatique, qui porte le titre de Traité de dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de Vespèce humaine (1857), More), médecin en chef de l'asile de Saint- Yon, définit la dégénérescence une déviation maladive du type normal de l'humanité, sans toutefois déterminer ce type normal autrement que par des citations de théologiens. 11 donne aux dégénérescences les causes suivantes : intoxications, famines, milieu social, industrie, professions insalubres, misère, transformations palholologiques héréditaires, mal moral, infirmités congénitales ou acquises, hérédité.
Il est facile de voir d'une part que quelques-unes de ces causes, telles que les intoxications et les professions insalubres se confondent et d'autre part que parmi les intoxications il en est de fort différentes quant à la forme et au mode ; l'empoisonnement par le mercure ou par l'arsenic n'est le lot que d'un fort petit nombre d'individus, tandis que l'alcoolisme chronique frappe des populations entières. La famine et la misère ont des points communs. Quant aux transformations pathologiques et à l'hérédité, elles se touchent de très-près et se confondent même au point de vue qui nous occupe.
Tout en rendant pleine justice à la tentative deMorel,il nous paraît donc que sa classification n'est m méthodique ni fondée sur l'observation et que sa défi-