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C. Géographiques et cliraatériques. \ Froid, chaleur

Altitude, malaria, goitre et crélinisme.

Division du travail, excès cérébraux.

Professions.

D. Sociologiques ) Croisements ethniques.

' Sélection militaire.

Agglomérations urbaines.

Stérilité ethnique.

On voit que la pathologie presque tout entière est mise à contribution pour fournir les causes des dégénérescences ; il importe donc de limiter notre sujet si nous ne voulons le confondre avec l'un des chapitres de cette science. Or, nous avons fait pressentir notre définition au début de ce travail en assignant la stérilité finale comme critérium de dégénérescence. Tout ce qui y conduit est une étape de dégénéralion; la difficulté est de déterminer ce qui y conduit. Cependant les lois de l'hérédité ne nous sont point assez inconnues pour que nous ne retrouvions pas dans cet océan héréditaire quelques épaves qui nous permettent, non sans réserves toutefois, de reconstituer les désastres dont ils ont été les témoins. Qu'un homme soit affecté de syphilis constitutionnelle complète et

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qu'il se reproduise pendant la période ou la maladie est transmissible dans quelques-uns de ses éléments, il est vraisemblable qu'à tout jamais sa descendance serait affectée dans des proportions qui iraient toujours en s'atténuant si les croisements étaient par eux-mêmes excellents, mais qui iraient toujours en s'aggravant si les croisements étaient par eux-mêmes détestables. Sous quelle l'orme retrouvera-t-ondansle dernier cas, cettelacheoriginelle?Faut-il exiger avecrigueur

une lésion de forme syphilitique? Ou bien, peut-on admettre une série de transformations morbides selon les tissus et cependant similaires? Le rachitisme, la scrofule, les « dartres », ne sont-ils que des cousins à divers degrés d'une grande diathèse dont la syphilis serait la cause initiale? Ces questions aussi intéressantes que difficiles à résoudre se posent à propos de toutes les causes de dégénérescence dont nous avons fait le tableau. Il se peut donc que dans un fâcheux concours de circonstances pathologiques chacune d'elles puisse produire une déchéance qui conduise ou brusquement ou peu à peu à la stérilité. Dans ces conditions, les races humaines se maintiennent par la prédominance croissante des éléments purs et dégénèrent par l'introduction croissante d'éléments contaminés c'est-à-dire ou par la prédominance des causes sociologiques négatives sur les positives. 11 va de soi, dès lors, que la dégénérescence des plantes ou des animaux n'a aucun rapport avec ce que nous entendons ici par dégénérescence humaine. C'est au point de vue delà production, en vue d'une destination spéciale que se placent les horticulteurs et les zootechniciens ; ils disent qu'une race dégénère quand elle perd des quaUtés qu'on lui avait données par la culture et par la sélection. Ou pourrait peut-être tout aussi bien admettre qu'elle a au contraire dégénéré quand on l'a douée de qualités nouvelles. Qui pourra nous dire ce que l'églantier perd d'élégance, de durée, de solidité en devenant la rose : « l'églantine, beauté de nature, beauté simple, libre, indépendante ; la rose, beauté perfectionnée, mais dépendante, fragile, beauté d'art, de civilisation. » Ainsi de certains chiens, chevaux, lapins, coqs et porcs, dont la dégénérescence s'entend d'un retour à l'état de nature, tandis que la nôtre, à cause de l'élément pathologique s'entend, au contraire d'un élat en dehors de la nature, prœteimaturalis, aboutissant à l'avortement. La dégénérescence des naturalistes est toute conventionnelle, la nôtre est au contraire conforme à la nature.

En résumé, nous proposons de donner aux dégénérescences humaines la définition suivante : Altérations organiques et fonctionnelles transmissibles par Vhérédité et aboutissant à la stérilité. Par là le dégénérant est distingué du dégénéré.

Causes pathologiques des DÉGÉNÉRESCE^■CES. Les grandes maladies constitutionnelles que nous avons signalées dans notre tableau des causes de déf^énération sont l'objet d'études spéciales sous leur dénomination propre. C'est là que l'on trouvera l'analyse du processus d'envahissement et la constatation des phénomènes héréditaires. Nous ne pouvons que signaler ici à l'attention des médecins le très-grand nombre de faits qui montrent que l'hérédité morbide peut s'accomplir par l'acte de transformation pathologique et qu'il est trèscommun de rencontrer des familles de tuberculeux issue de parents scrofuleux ou réciproquement des enfants rachiliques ou darlreux dont les pères ont été atteints de syphilis constitutionnelle, etc. Sans doute les cadres ne sont pas absolument confondus, sans doute il est presque toujours possible de trouver des

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traits distinctifs entre les herpétides, les scrofulides et les arthritides par exemple ; mais très-souvent aussi on rencontre des sujets chez lesquels l'intrication de tares organiques est telle que leur descendance offrira, disséminées sur divers individus, les dialhèses qui s'étaient trouvées un moment réunies en plus ou moins grand nombre. J'ai en ce moment sous les yeux un homme à la fois syphilitique, scrofuleux et arthritique dont les quatre enfants sont l'un, rachitique avec arrêt ou tout au moins grand retard dans le développement, gonflement des épiphyses, tète volumineuse et épaisse; le cadet offre tous les attributs du tempérament dit scrofuleux, blépharite, lèvres lippues, gonflement des jugaux, adénites, catahrres, etc. ; l'aîné a la gravelle urique et quelques atteintes de goutte ; une fille a un seul enfant cachectique qui ae paraît pas devoir relever la famille. Ici le tableau est saisissant, mais dans nombre de cas les faits pour être moins saillants n'en sont pas moins réels.

Il existe ainsi un grand nombre d'affections liées à des maladies d'ascendants qui ont passé inaperçues qui sont parfois même des phénomènes d'ArAvisMÉ {voy. ce mot). A l'occasion des débats récents de la Société médicale des hôpitaux sur les rapports de la scrofulose et de la tuberculose, Cornil a fait remarquer que riiistologie est tout à fait insuffisante pour détei'miner les différences de deux maladies et qu'il faut yjoindre l'étiologie, la marche et la terminaison. A ces éléments d'étude l'hérédité doit être ajoutée, non pas seulement confondue dans l'étiologie par une singulière erreur de méthode, mais dans un chapitre distinct. L'iiérédité en effet n'est pas une cause ; d'hérédité en hérédité il faut toujours remonter à une cause en dehors de cette condition, et celte cause peut se représenter pour constituer Vhérédité accumulée. Ainsi la syphilis frappant un syphilitique héréditaire l'atteindra dans ses œuvres vives beaucoup plus profondément qu'elle n'eût fait d'un individu exempt de diathèse. La constitution de types transitoires de dégénérants aboutissant à la destruction de la famille est souvent le résultat de ces transformations morbides. La parenté des diverses familles pathologiques est d'ailleurs incidemment traitée dans nombre d'articles de ce Dictionnaire {voy. en particulier Scrofules, p. 318).

Selon le professeur Parrot le rachitisme découle de la syphilis et n'a aucun, rapport avec la scrofule; d'autre part Grancher reconnaît la parenté de la syphiUs et de la scrofule. « Rarement dit, cet auteur, la cause d'une maladie est simple et une. Si la maladie est une dystrophie, les causes de la maladie sont presque toujours, pour ne pas dire toujours, très-nombreuses. » C'est ce que nous avons indiqué en traitant des causes pathologiques de dégénérescence.

L'observation, en revanche, nous montre parfois de curieux phénomènes de régénération au moins apparente. On voit souvent des individus profondément débilités et dégénérants retremper leur race par des croisements sains et dans d'heureuses conditions. Un homme A..., atteint de scrofule aux trois péribdes de Bazin, épouse sa cousine germaine qui offrait par certains côtés de famille des conditions de santé excellentes et qui elle-même paraissait très-bien portante. Les cinq enfants issus de ce mariage, élevés dans les meilleures conditions de fortune, de climat, d'éducation physique bien dirigée, jouissent d'une bonne santé. La denture est généralement mauvaise, mais la taille, les aptitudes mentales et physiques sont très-satisfaisantes. Des cinq petits enfants issus du mariage de la fille et de l'un des fils de A... avec des individus de très-bonne apparence et de bonne souche, nés et élevés dans le milieu le plus parfait, un seul reproduit les traits de A..., en offre les mêmes dispositions avec un état

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mental qui sans être contigu à l'idiotisme n'en est pas très-éloigne'. Je puis donner à peu près les mêmes antécédents héréditaires à un enfant atteint d'atropliie musculaire polysarcique (paralysie pseudo-hypertropliique deUuchenne), maladie qui n'est autre à mes yeux que Ja persistance d'un état embryonnaire sur lequel l'adiposité est entée. Or nous sommes ici en pleine stérilité.

Il n'en reste pas moins que dans le cas de A..., et dans bien d'autres que je pourrais citer, il y a eu un degré véritable de régénération que d'heureux croisements dans des milieux favorables pourraient sans doute mener à bonne fin. C'est par des études du genre de celle dont j'indifjue ici quelques traits que la médecine agrandissant le cadre trop étroit où elle se meut, entre de plain-pied dans la sociologie oîi elle doit justifier le célèbre mot de Descartes que c'est par la médecine que les sociétés humaines peuvent progresser.

Causes toxiques des dégénérescences. L'alcool est le plus universellement répandu des poisons ethniques. Bien que sa découverte et son usage ne datent que du onzième siècle, ses ravages ont été terribles au point que nombre d'auteurs lui ont atlribué un rôle définitif dans les dégénérescences humaines auxquelles avaient échappé les anciens. Lancereaux dans l'article Alcoolisme de ce Dictionnaire a tracé de main de maître tous les détails de cette étude et a complété les travaux deMagnus Huss. Il n'y a donc pas lieu d'y revenir : « L'individu qui hérite de l'alcoolique dit-il est en général marqué du sceau d'une dégénérescence qui se manifeste tout particulièrement dans les troubles des fonctions nerveuses. Enfant, il est emporté par des convulsions ou d'autres désordres nerveux ; il reste idiot ou imbécile. Adulte, il a un cachet spécial. Sa tète est petite (tendance à la microcéphalie). Sa physionomie est hébétée , son regard sans expression ou stupide. Une susceptibilité ou une mobilité nerveuse plus accentuée ; un état névropathique voisin de l'hystérie, des convulsions épileptiformes ; des idées tristes, de la mélancolie ou de l'hypochondrie, tels sont ses attributs. » Au Congrès international pour l'étude des questions qui se rattachent à Talcoolisme (1878) le môme auteur a tracé le tableau le plus sombre de la progéniture des alcooliques. « Survenant chez le fœtus ou dans le jeune âge, dit-il, les désordres héréditaires de l'alcoolisme se traduisent dès lors par des lésions qui s'opposent au complet développement des organes; c'est ainsi qu'il convient d'envisager certaines atrophies partielles et le plus souvent unilatérales des hémisphères cérébraux, Ces atrophies par arrêt de développement présentent les caractères de la sclérose ; elles sont en général accompagnées d'une déformation de la tète plus ou moins marquée suivant l'état des os du crâne, d'épilepsie et d'hémiplégie avec atrophie du squelette des membres paralysés. D'autres fois les deux hémisphères peuvent être atteints ; la tête est peu développée, le crâne est petit, il y a microcéphalie et un développement trèsincomplet. Appliquez -vous à remonter aux antécédents des enfants ou des adultes qui présentent ces désordres pathologiques et vous trouverez que dan s beaucoup de cas les parents se sont laissés aller à des excès de boissons alcooliques qui ont dû jouer le rôle principal dans le genre des accidents dont sont frappés ces enfants. » Sur 85 enfants du service des idiots et épileptiqucs du service de M. Delasiauve à la Salpêtiière, M. Martin, alors élève interne de ce service a constaté 60 fois l'alcoolisme des parents. Dans les soixante familles auxquelles appartenaient les individus de la première série, le nombre total des enfants avait été de 301 ; 132 étaient morts au moment de l'observation. Sur

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les 169 survivants il y avait 60 épileptiques; 4S avaient eu des convulsions dans le jeune âge; 64 pouvaient être considérés comme bien portants.

La paralysie infantile est placée par plusieurs auteurs parmi les méfaits de l'hérédité alcoolique.

Dans son Avis sur les dangers de l'abus des boissons alcooliques, l'Académie de médecine en 1871 a placé la tubercidose et la scrofule à côté de l'épilepsie parmi les dégénérescences alcooliques par hérédité. Lancereaux revient avec énergie sur cette opinion et parle des faits effrayants de méningite tuberculeuse et de tubercules pulmonaires et péritonéaux qu'il a observés. « Aidé de la tuberculose, dit-il, l'alcoolisme est depuis longtemps une des principales causes de dépopulation dans un certain nombre de régions. La réunion de ces causes a beaucoup plus que le fer et le feu contribué à réduire de plus en plus le nombre des indigènes de l'Amérique et de l'Océanie... » Cette opinion mérite d'être confirmée. La dépopulation s'est observée, en effet, dans des races qui n'ont montré aucune appétence pour l'alcool, à la Nouvelle-Zélande et à la Nouvelle- Calédonie, c'est-à-dire chez certains Polynésiens et certains Papous métissés qui ont été réduits de moitié en cinquante années.

« Poussé à ses extrêmes limites, l'alcoolisme crée en quelque sorte une race spéciale qui peut bien se continuer pendant un certain temps avec des infirmités physiques et des tendances vicieuses, mais qui heureusement manque d'éléments suffisants pour se perpétuer; exposée à toutes sortes d'accidents et de maladies, vouée à l'impuissance et à la stérilité elle ne tarde pas à disparaître. » MM. Baer et Lunier attribuent à l'alcoolisme une proportion de 27 à 50 pour 100 dans la production des diverses formes de l'aliénation mentale. Morel (de Saint- Yon) dans son important traité des dégénérescences fait des dégénérés par alcoolisme quatre classes :

1° Ceux qui de dégradation en dégration tombent dans la paralysie et la démence sénile prématurée.

2" Ceux qui sont internés dans les asiles d'aliénés au titre d'êlres dangereux avec des caractères maladifs de corps et d'esprit ;

3" Les enfants d'alcooliques frappés a) d'un arrêt congénital de développement : imbéciles et idiots ou b) atteints, d'une durée limitée de vie intellectuelle avec phases critiques ;

4° Les enfants d'aliénés non alcooliques atteints eux-mêmes d'une prédisposition à l'alcoolisme par voie de transformation pathologique héréditaire:

Cette très-large classification a été à peu près adoptée par tous ceux qui, depuis le célèbre Magnus Huss ont traité de l'alcoolisme. Il s'en faut que l'enquête soit complète dans ses détails. Ce que nous en avons dit suffit à prouver que l'alcoolisme rentre bien dans notre définition de dégénérescence.

Vopium et le haschish sont bien aussi dans cette catégorie de poison dont Morel a dit que les causes les plus actives de dégénérescence dans l'espèce humaine sont celles qui s'attaquant directement et fréquemment au cerveau produisent des délires spéciaux et placent périodiquement celui qui en fait usage dans des conditions d'une folie momentanée. Mais le haschisch, soit en raison de l'extrême restriction de son usage, soit en vertu d'une moindre action sur les centres nerveux, peut être ici négligé.

Quant à l'opium dont la consommation est montée en Chine de 500 raille à 7 millions de kilogrammes en un siècle et demi, son usage peut être en tout comparable à celui de l'alcoolisme. Il y a une vingtaine d'années il s'était établi

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à Londres et à Paris quelques sociétés cVopium eaters et d'opium smokers, mais elles n'ont pas prospéré.

Un engraissement considérable d'après Ainslie, se remarque tout d'abord cbez les fumeurs d'opium; les forces s'épuisent, la démarcbeest embarrassée et chancelante, la mémoire s'oblitère, l'ensemble des facultés mentales décline et la démence se produit. L'anémie sous ses formes les plus graves, l'anorexie plus ou moins complète, le tremblement et l'atrophie lenle du système musculaire se joignent aux fréquentes hallucinations.

Le tabac, dont l'introduction d'Amérique en Europe date de la fin du quinzième siècle, a été fortement accusé; mais l'exagération munie de ces accusations a nui à une cause très-légitime. Cependant un certain nombre d'aliénistcs, Guislain entre autres, lui attribuaient une influence marquée sur le développement des affections mentales compliquées de paralysie générale. 11 ne paraît pas douteux que le tabac soit nuisible à la santé, mais ce n'est que de très-loin qu'il peut contribuer à produire une dégénérescence organique.

Dégénérescences par c\uses climâtériqces et géographiques. Quelque hypothèse que l'on ait adoptée sur l'unité ou la pluralité primitive des races humaines il s'en faut qu'elles soient, ainsi que l'ont prétendu quelques auteurs, cosmopolites. Elles ne peuvent vivre sous tous les climats. Quelques-uns sont favorables à certaines races, tandis que d'autres races y dégénèrent et s'éteignent après un certain nombre de générations si elles restent à l'état de pureté. A l'état de croisements entre races éloignées telles que les nègres d'Afrique et les Européens, elles s'éteignent de même si par un retour constant à l'une des races mères l'un des deux types ne l'emporte définitivement dans le cours du temps. Mais en ce cas on voit que le croisement vient compliquer l'adaptation climatérique, et le départ entre ces deux ordres d'influence est extrêmement diflicile. C'est ainsi que la dégénérescence des races européennes et des races nègres aux Antilles françaises est devenue impossible à préciser, depuis le régime des statistiques unitaires qui ne tiennent pas compte de l'élément etlinique sous prétexte que tous les hommes sont frères. Cependant il est certain qu'au point de vue de la valeur physiologique aucune des deux races ne vaut celles des pays d'origine, puisqu'elles seraient l'une et l'autre incapables de subsister, en dehors du régime de l'esclavage, sans l'inlroduction des coolies et des Chinois. Quelle part en effet donner au métissage dans les résultats généraux de la statistique? Il en est de même dans presque toute l'Amérique du Sud.

La question de croisement étant écartée, il est certain d'ailleurs que la dégénérescence des races par l'action du climat se réduit à la question de l'acclimatement ou du non-acclimatement, celui-ci étant considéré comme synonyme d'anéantissement en passant par une série d'étapes qui constituent les dégénérescences. Boudin, dans son célèbre mémoire sur le non -cosmopolitisme des races humaines {Mémoires de la Société d'anthropologie, t. 1) a prétendu que la race juive seule était cosmopolite et qu'aucune des races du nord ne pouvait s'acclimater dans l'hémisphère austral, sauf celles qui en sont originaires. On se reportera à l'article Acclimatement pour la discussion de ces opinions. ^ De l'influence climatérique qui comprend, suivant la définition de llumboldt, l'ensemble des yAv'iAihm atmosphériques qui affectent nos organes d'une manière sensible doit être séparée l'influence géographique qui se rapporte non plus à l'atmosphère, mais au sol. Les endémies telluriques et peut-être un certain

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nombre d'épidémies produisent par la constance de leur action des dégénérescences au sens où nous l'entendons ici. Les défrichements, les dessèchements lacustres, les déboisements, la composition des eaux potables, voilà autant de sources primitives de déchéance organique. Les questions relatives au crktinisme {voy. ce mot) et au goitre ont été savamment traitées par Baillarger et Krishaber.

L'mi/ja/uf/isme a été très-bien étudié parBurdel(de Vierzon) dans son mémoire sur la dégénérescence palustre {\81 5). La plupart des auteurs, Montfalcon, Michel- Lévy, Morel, expriment l'opinion que la dégénérescence palustre survient chez les descendants des cachectiques. « La cachexie dit Burdel diffère de la dégénérescence en ce que, si grave qu'elle soit, elle n'est qu'une altération morbide d'une durée limitée dont la mort peut être la terrible conséquence mais qui, le plus souvent encore, peut être suivie de guérison. Dans la dégénérescence, au contraire l'altération une fois produite ne disparaît plus ; au lieu d'être morbide elle est physiologique, c'est-à-dire que ceux des rouages organiques qui ont résisté à l'orage se replacent sous l'empire des lois physiologiques et de la vie végétative. En un mot, les troubles qui ont bouleversé l'organisme laissent une empreinte à jamais ineffaçable ». Selon le même auteur la dégénérescence palustre peut être congéniale ou acquise, complète ou incomplète. Dans ce dernier cas « la taille reste petite, tantôt grêle, tantôt épaisse et rabougrie, et toute leur vie ils conservent pour ainsi dire les caractères de l'enfance. 11 y a un véritable arrêt de développement; il semble que la matière est restée figée dans le moule de l'enfance; et malgré cela chez certains d'entre eux l'intelligence se développe, quoique avec lenteur. On dirait ces fruits tardifs qui, tout en croissant après les autres, sans jamais atteindre leur volume, sont malgré cela doués d'une saveur au moins ordinaire. Les mouvements du corps comme ceux de l'esprit se font avec beaucoup de lenteur. »

La taille des dégénérés palustres, on l'a vu, est très-petite; les exemples de hauteur 1™,20 à 1™,40 sont les plus nombreux. La rate est toujours énorme mesurant souvent 00 centimètres de diamètre ; l'estomac est dilaté, énorme ; des hydropisies varii'es atteignent les séreuses, la face est jaune et bouffie chez les enfiuits; apathiques, indifférents à tout, leur état mental est voisin de celui du crétin. Les fonctions de la reproduction, généralement affaiblies, sont abolies chez les dégénérés complets.

Ualtitude comme cause de dégénérescence des races humaines a été signalée par Jourdanet dans son magnifique ouvrage sur la Pression de l'air, 1875, t. 1. En étudiant la population des hauts plateaux du Mexique, du Pérou et de la Bolivie dont bien des villes sont placées à des altitudes extraordinaires (Chnquisaca, 2845 mètres; Le Paz, 5720 mètres ; Potosi, 4060 mètres) cet auteur a été frappé de l'affaiblissement général qui se traduit dans les chiffres de la statistique et surtout dans ceux de la natalité, comparés à ceux du niveau des mers.

L'habitant des hauts plateaux est, selon Jourdanet, anoxe'mique. Il ne supplée pas à la raréfaction de l'air par la vitesse ou l'amplitude de l'inspiration; il respire moins, il reste satisfait de celte pénurie d'oxygène et il calcule sa puissance sur des ressources affaiblies sur les hauts plateaux mexicains. « La raréfaction de l'air, ajoute l'auteur, entre 2000 et 2500 mètres a produit des effets plus nuisibles à notre espèce que les effluves de tout genre des parties tofrides du pays. »

Cette opinion si vraisemblable demande toutefois confu-mation. Il ne semble pas, en effet, que les populations du Thibet dont l'altitude moyenne est au-dessus

DÉGÉNÉRESCE>fCE (biologie ANTHRopoiOGiQuii). 221

de 5000 et dont quelques villes se trouvent placées au delà de 4000 mètres déo-énèrent notablement malgré les causes sociales et religieuses qui les affectent: le bouddhisme lamaïque, la polyandrie et le peu de fertilité du sol Ces questions sont trop complexes pour être étudiées sommairement.

DÉGÉiNÉRESCENCES DE CAUSE SOCIOLOGIQUE. Certains partisans de l'unité primitive de Vespèce humaine dogmatique ou scientifique considèrent les variétés de cette espèce ou quelques-unes d'entre elles comme des dégénérescences (Buffon, J.deMaistre, Marliiis, Morel). D'autres monogénistes, ceux qui croient à l'unité originelle des êtres vivants, au contraire dans les races humaines des étapes vers le perfectionnement. Les évolutionisles à outrance vont même jusqu'à croire que par suite du progrès fatal de la culture mentale le volume de la tête sera en raison directe de l'évolution, de sorte que nous pouvons espérer pour nos enfants des proportions a\issi monstrueuses que progressistes.

Ces hypothèses forcées n'ont aucun soutien. Le monogénisme et le polygénisme ont été des doctrines de combat. A l'époque des luttes ardentes sur ces questions, il s'agissait de savoir ce que la Genèse semblait dire et ce qu'elle ne disait pas. On approuvait ou désapprouvait selon le cas. Mais tandis que quelques polygénistes abandonnaient comme trop étroite la thèse de la pluralité originelle des races humaines et changeaient leurs batteries, les monogénistes restaient attachés à l'unité paradisiaque et Ha;ckel, le visionnaire de l'cvolutionisme se créait lui aussi son paradis dans le voisinage de la Lémurie de Sclater, dans la mer des Indes. Dégagée de toute préoccupation dogmatique ou pseudo-scientifique, l'étude des races humaines ne permet guère de trouver en dehors du miracle, par la seule action des causes connues, le secret de la transformation d'un couple primitif en Négritos, en Patagons, en Scandinaves et en IVègres. S'il y a des causes inconnues, qu'on lec trouve! On conçoit plus aisément la transformation de certains vertébrés en certains hommes que la transformation des blancs en Akkas ou vice-versa; nous repoussons donc absolument l'idée des transformations de races sous la seule action des milieux, si ce n'est pour amener sa destruction par voie de dégénérescence pathologique et par suite de nonacclimatement. Les diverses races humaines en leur état normal ne sont donc point composées d'êtres dégénérés; mais elles ne supportent pas notre phase sociale, pas plus, comme l'a dit Yvan, que la faune tertiaire n'a supporté le climat quaternaire, elles disparaissent en dégénérant.

Les croisements ethniques que l'on représente à tort comme un moyen d'éviter celle dégénérescence, nous en offrent au contraire le plus sûr moyen. Comment a-t-il pu venir à l'esprit, en dehors de l'inspiration dogmatique, que l'humanité pouvait gagner quelque chose à fondre ses races supérieures avec les inférieures, de façon à peupler le globe de métis? Si c'est par là que le progrès s'accomplit [voy. Clim.vt, p. 62), il sera sans doute permis de regretter qu'au lieu de « couvrir la terre entière de métis », la Providence n'ait pas préféré la couvrir de Périclès ou de Sénèqnes.

^ Sur la dégénérescence des populations métissées, sur leur extinction en voie d'accomplissement par dégénérescence régulière, nous avons accumulé des preuves très-nombreuses dans nos articles Métis et Croisements. Nous n'y reviendrons pas, nous bornant à ajouter ici que notre enquête ethnologique continuée pendant des années a renforcé nos convictions. Les croisements représentent un élément de dégénérescence en proportion de la distance anthropologique des races.

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Il y a donc lieu de rechercher l'acclimatement en dehors de tout croisement ou avec un minimum de croisement — ce qu'ont fait les Anglais — et de maintenir les barrières qui séparent les races en leur donnant des attributs et des fonctions distinctes.

Mais les agglomérations humaines organisées ont d'autres effets que les croisements expansifs et elles perdent une petite partie de leur mérite collectif par l'action même des efforts conservateurs ou progressistes. Le pasteur, le chasseur, l'agriculteur, ont un champ d'activité complet qui donne au travailleurun développement organique intégral. La division du travail, condition d'une production plus intense, restreint les limites et le mode d'activité, et le confinent souvent à une sphère très-étroite. La culture mentale excessive et exclusive est certainement une cause de dégénérescence et peut être la plus active parmi celles qui relèvent de la division du travail. La descendance des hommes d'un génie reconnu ne va pas loin à travers les dégradations cérébrales dont Moreau (de Tours) nous a tracé le remarquable tableau ; le génie et la folie, dit-il, in radice conveniunt. Mais aux génies reconnus, aux inventenrs heureux, aux grands hommes que la fortune a couronnés, il faut ajouter la liste des chercheurs d'idées, des inventeurs morts à la peine, 'les uns dont la gloire se lève comme celle de Denis Papin deux siècles après leur mort, les autres à tout jamais oubliés, ceux-ci aboutissant à l'imbécillité après un demi-succès, ceux-là traînant une vie entière dans la misère poursuivant sans relâche leur mouvement perpétuel ou leur quadrature du cercle. Nos asiles en sont remplis! Or, le dégénéré sous sa forme la plus complète est le dégénéré cérébral parce qu'il aboutit plus promptemeut que le paludéen à l'idiotisme et à la stérilité.

Les déformations, les affections, les empoisonnements qui résultent de la division professionnelle du travail n'ont pas jusqu'ici, que je sache, été accusés de donner lieu à des dégénérescences héréditaires. Sans doute, combinées à ralcoolisme ou à la sypliilis, les causes professionnelles qui font ici considérablement dégénérer l'individu, accélèrent et prolongent sa chute au delà de sa génération. Mais à elles seules elles n'entameraient que faiblement la descendance.

C'est ainsi que les attitudes déformantes, pas plus que les anomalies acquises, ne se transmettent par l'hérédité. Ni les durillons, ni lesdcrmites professionnelles, ni les synovites tendineuses, ni les hernies, ni les varices accidentelles, ni les lésions accidentelles des sens ne deviennent des causes connues de dégénérescence en dehors des individus. L'excellente Hygiène des professions et des industries d'A. Layet parlant de la supériorité des données fournies pour l'aptitudemililaire par les déparlements agricoles sur les départements manufacturiers, cite une statistique d'où il résulte que sur 20 000 conscrits la proportion des réformés avait été de 8058 dans les premiers contre 14 451 dans les seconds, mais il n'indique point que l'hérédité ait ici une part quelconque. Cependant la question mériterait d'être étudiée de près : quelle est l'ascendance, que devient la descendance de ces 14 000 dégénérants impropres au service militaire ?

Si l'on consulte les cartes teintées de A. Chervin sur la répartition des infirmités constatées chez les conscrits, on remarque que de 1850 à 1869 la proportion des infirmes a augmenté dans un tiers des départements. Les départements manufacturiers, la Seine-Inférieure, l'Eure, le Calvados, les Ardennes, le Tarn, le Nord, la Moselle, le Jura, etc., se trouvent placés sous ce rapport dans les plus fortement augmentés. L'opinion de Layet avait déjà été exprimée par Parne, Bossard, Miiller (cités par Tschouriloff) qui ont montré par des chiffres

DÉGÉiNÉRESCElNCE (biologie anthropologique). 225

la supériorité organique des districts agricoles sur les districts manufacturiers de l'Aude, des Ardennes, du Haut-Rhin et du Rliône.

En^elen a donné pour l'Allemagne selon les professions une progression croissante d'exemptés depuis le laboureur jusqu'aux marchands et employés qui fournissent selon l'ordre d'activité physique ou à l'air libre de 46 à 83 pour 100. Chassagne, dans notre travail Sur l'influence de la gymnastique, a constaté dans le 55= régiment d'artillerie que les sujets à profession agricole étaient bien supérieurs à ceux dont les professions étaient sédentaires.

Toutefois, il y a d'autres influences que celles de la division du travail et

que les professions industrielles pour amener un abaissement de la valeur soma-

tique. C'est ainsi, selon la remarque de Tschouriloff, que les sept départements

français : la Haute-Loire, les Hautes et Basses-Alpes, le Lot, la Lozère, le Jura et

les Pyrénées-Orientales, départements agricoles par excellence, donnent en

moyenne 56 pour iOO d'exemptés, c'est-à-dire 2 pour 100 de plus que toute la

France. Mais dans ces départements le sol est pauvre et le climat peu favorable.

En moyenne, dans ces départements, il n'y a que 194 jours favorables pour les

travaux champêtres, tandis qu'en général dans toute la France le nombre de ces

jours est de 226. On comprend alors facilement que l'absence d'autres moyens

d'industrie dans un pays ou le laboureur n'a à sa disposition que 19 i jours de

travail et oià le sol est mauvais doit occasionner la pauvreté et la misère. » De

même pour les pays oià le goitre est endémique, le développement de l'industrie

manufacturière ne peut donner que de bons résultats, tels qu'il en a donné

fréquemment au début dans les régions les plus fortement maltraitées aujourd'hui .

On ne peut donc accuser en bloc les fabriques de produire universellement une

dégénérescence générale.

La sélection militaire venait autrefois s'ajouter aux effets de la guerre même, sous sa forme destructive, en séparant de la population et en condamnant au célibat pendant une longue période dans la plupart des nations européennes, la fleur de la population. Mais aujourd'hui cette condition sociale paraît devoir disparaître avec l'accroissement des cadres des armées, la faculté de mariage et la réduction de service; il est même probable que le temps passé sous les drapeaux donnera bientôt une plus value notable à l'individu comme i\ la nation; cependant elle a duré trop longtemps pour n'avoir pas produit sur l'immanité de déplorables résultats qui eussent pu aboutir à la dégénérescence. « 11 est trèsvraisemblable, a dit Yillermé que les dernière guerres soutenues par la France jusqu'en 1815 et qui ont consommé chaque année tant de milliers déjeunes gens choisis autant qu'on le pouvait parmi les hommes de haute taille ont par leur longue durée fait baisser chez nous de quelques traits la taille commune. Je dis : il est vraisemblable, parce que je ne saurais en donner la preuve certaine ». Depuis lors, Dufour, Quetelet, Foissac et nombre d'autres auteurs ont donné cette vraisemblance comme une vérité définitive. En tout état de cause, il faut faire remarquer ici que la dimin\ition de la taille moyenne ne serait à notre sens qu'un amoindrissement de peu d'importance, surtout si elle était compensée par des progrès généraux sur d'autres points. Broca, dans son mémorable discours Sur la prétendue dégénérescence de la population française [Acad. de méd., 1867), a repris cette question en la serrant de près et en 1876 Tschouriloff a publié, dans la Revue d'anthropologie, une Étude sur la dégénérescence physiologique des peuples civilisés, un remarquable mémoire où les vues de Broca, généralement combattues, ne sont adoptées qu'en partie. D'ailleurs le travail de

224 DÉGÉiNÉRESCENCE (biologie ANTHnopoLOGiQUE).

Broca est spécial à la France et au recruleraent militaire, et vise particulièrement la taille, tandis que celui de Tschouiiloff porte un caractère plus général et envisage toutes les maladies.

Broca a voulu surlout établir que les désastres des guerres du commencement dusiècle (1792-1815) ont été réparés dès 1835. Tschouriloff prétend que si cela est vrai par rapport à la taille, cela cesse de l'être en ce qui concerne les infirmités dont Broca n'a point parlé. II évalue à 1 385 000 Français le nombre des victimes de la guerre et il fait remarquer que dans la supputation ultérieure du nombre normal des infirmes il faut tenir compte pour l'évaluation comparative, de la proportion d'infirmes qu'eût fournis la descendance de ces 1 585 000 hommes. Population amoindrie d'autant , proportion d'infirmes amoindrie ipso facto du tiers environ. Aussi la non-augmentation apparente du nombre des infirmes dans les périodes qui correspondent aux pertes par les guerres est liée à une erreur de méthode. En réalité les infirmes augmentent et la chose paraît logique, puisque dans les guerres de longue durée ce sont les infirmes qui ont le plus de chances de se reproduire, ce que Broca avait explicitement affirmé {Mémoire de la Société (V anthropologie, t. III, p. 204). Cette opinion est exprimée par M. Tschouriloff en celte phrase qui résume nombre de calculs ingénieux. « 11 est incontestable que l'effectif militaire de 500000 hommes en 1809 a eu pour résultat d'au;^menter de 3 pour cent la proportion des enfants qui, selon les lois de l'hérédité, seront infirmes. » [Revue d'anthropologie, 1876.)

Le rapport des exemptés pour infirmités aux visités qui est aujourd'hui de 56,25 pour cent, ne paraît pas en effet, avoir suivi la même marche que le rapport des exemptés pour défaut de taille qui, en tenant compte de l'abaissement de la taille et de la force des contingents, s'est manifestement amoindri.

D'ailleurs, il est fort douteux que ce soit exclusivement à la sélection militaire que l'on doive l'augmcnlalion du nombre des exemptés pour infirmités. Dans son bel Essai de géographie médicale de la France, A. Chervin établit 5 catégories régionales d'exemptés français. L'Eure, l'Orne, la Seine-Inférieure forment sur la carte une bande saisissante d'infirmes exemptés dans la proportion de 44 à 49 pour cent conscrits ! Mais cette même bande sur la carte teintée des exemptions pour défaut de taille est dans les teintes claires des moins exemptés, enfin elle se retrouve dans la teinte foncée dans les plus exemptés (de 20 à 25 pour cent) pour « faiblesse de constitution ».

Quoi qu'il en soit, on peut considérer comme très-heureux au point de vue qui nous occupe l'abaissement des conditions d'aptitude militaire, la plupart des défauts de l'institution sociale du service militaire obligatoire disparaîtront. On ne comprend même pas, eu égard à l'importance de cette fonction et à son utilité personnelle qu'il existe une seule catégorie d'exemptés, sauf celle des infirmes; les exemptions de sentiment ou celles qui sont fondées sur l'orphelinat, le veuvage, le grand âge des parents devraient imposer des charges à la commune, mais ne conférer à personne l'exemption d'un service qui devrait être considéré comme un prolongement d'éducation obligatoire.

Les agglomérations urbaines par le fait même de la diminution sensible de la population agricole et par les conditions pathologiques et physiologiques qu'elles créent constituent une source permanente de dégradation. Ce que l'on a appelé la malaria urhana est un produit complexe de l'encombrement de la misère et de l'alcoolisme qui exerce de véritables ravages ; Lagneau, dans ses

DKGÉNÉRËSCE.\CE (biologie a-mhiiopologique). 225

études de statistique anthropologique de la ])oj)ulation parisienne a montré que la descendance des immigrés établis dans le département de la Seine décroît et s'éteint rapidement. « Chaque génération procréée dans le département, dit-il, est environ de deux cinquièmes moins nombreuse que la génération procréatrice ». {Académie de médecine, 1809.) Par là s'explique l'extrême rareté des natifs de la troisième génération qui ne constituent plus que la neuvième partie de la population totale et des natifs de la quatrième génération qui n'en représentent que la ([uatorzième partie. On lira d'ailleurs dans les Études sur l'Angleterre de Faucher et dans le très saisissant tableau de Morcl {Dégénérescence, \). 655) les détails qui se rapportent au processus de ces dégénérescences. Les travaux tout récents de Thulié, de Mottt et de Charles Quentin sur le vagabondage des enfants parisiens (voy. le Rapport de M. le Directeur de r Assistance publique, 1880) montrent bien que c'est dans l'enfance que commence la succession des étapes de la dégénéraliou parisienne.

La stérilité ethnique est cet état propre aux races inférieures qui disparaissent totalement en quelques siècles, au contact de races supérieures ou plus civilisées. Ainsi, par exemple, disparaissent les Polynésiens qui ne représentent |)lus aujourd'hui que le dixième à peine de la population d'il y a un siècle. Parmi les causes qui accompagnent cette dépopulation il faut citer la stérilité des femmes. Cette stérilité est-elle volontaire, ou bien est-elle la résultante inconsciente des dégénérescences alcooliques ou pathologiques des indigènes? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. 11 est toutefois certain qu'aucune des races pleinement inférieures qui ont été mises en contact avec les Européens n'a pu résister aux causes de dégénérescence que ceux-ci amenaient avec eux et auxquels ils résistent victorieusement. La syphilis, la variole, l'alcoolisme, la tuberculose, ont enlevé les quatre cinquièmes et souvent même la totalité des indigènes aiiiéricains ou polynésiens qu'ils ont atteints. On a vu des races entières, telles que les Mandans de l'Amérique du Nord, disparaître, totalement en quelques mois sous l'influence de la variole. Les Papous et les nègres africains résistent sensiblement mieux, ce qui apporte un argument à l'homogénéité des étliiopiques océaniens et africains.

Des dégénérés. Si nous avions l'ambition de tracer l'esquisse complète d'un sujet trop peu étudié, nous donnerions ici le portrait des dégénérés. Le microcéphale, le nain , l'alcoolique confirmé, l'idiot, le cryptorchide, le crétin, le goitreux, le paludéen, l'épileplique, le scrofuleux confirmé, le tuberculeux, le rachitique, d'autres encore défileraient successivement sous nos yeux. Mais on trouvera à chacun de ces mots dans le Dictionnaire une élude spéciale et une description étendue, ce qui nous force à éviter un double emploi.

Des moyens à employer pour éviter l'extension de la dégénérescence humaine. En dehors des causes géographiques et climatériques que les modification du sol ou l'émigration peuvent seules supprimer nous avons vu que les causes pathologiques principales, la syphilis, la tuberculose, le cancer, exerçaient, par voie d'hérédité et de transformations morbides, d'énormes ravages. C'est donc surtout dans le choix des alliances qu'il convient de chercher à cet égard une atténuation au mal. Mais cette considération est généralement de peu de poids dans la société moderne. Le pivstige du capital qui semble donner aux hommes la toutepuissance terresi réel avec elle la santé et le bonheur, elface le plus souvent toute autre considération. Les taux titres, les « positions » acquises viennent ensuite et il est rare que l'on envie la santé, la force, la vraie beauté des époux comme me. E.Nc. XXVI, lg

22G ' DÉGÉNÉRESCENCE (biologie anthropoiogique).

des qualités de premier ordre. Pour ce qui est des moeurs, la ponctualité, la probité, la fidélité supposée, les vertus tranquilles, en un mot, sont dans certaines classes sociales prisées au premier chef. De là, une extrême légèreté dans l'examen des ares pathologiques au point de vue matrimonial.

D'ailleurs, quelque important que soit ce point de vue pour les individus, il perd de son importance dans l'ensemble, car un mariage manqué ici se fera plus loin dans un temps donné. La question de l'interdiction du mariage aux dégénérants épileptiques, imbéciles, nains et autres, est une de celles qu'il est difficile de traiter incidemment et plus encore de résoudre. Nous nous bornons à la signaler. C'est à dessein que nous n'avons pas parlé des mariages entre consanguins comme cause de dégénérescence. Les trop énergiques accusations portées contre ces mariages par Devay et Bouvier sont tombées devant une critique rigoureuse des faits que ces auteurs ont avancés. On a évidemment confondu l'hérédité morbide accumulée avec la consanguinité. Consanguinité saine, hérédité parfaite; consanguinité maladive, hérédité accumulée. 11 y a donc lieu d'éviter celle-ci et de n'-encourager les mariages consanguins que dans les cas avantageux. Toutefois il y a lieu de faire remarquer ici que la proportion des mariages consanguins aux autres mariages est d'environ un pour cent, et que les infirmes issus de ces mariages no dépassent pas sensiblement cette proportion. {Voy. CoNSANGCiMTÉ et France, Anthropologie y Matrimonialité.)

Les agglomérations urbaines en raison des causes exposées plus haut paraissent concentrer le plus puissant procédé de dégénérescence. Aussi, la mortalité infantile est-elle énorme et la mortalité générale l'emporte-t-elle du quart dans les villes sur les campagnes. D'après Lagneau, tandis que la population rurale offrait en 187-5 212 décès sur 10 000 habitants, les populations urbaines en offraient 271. L'émigration des nourissons (18 ou 20 000 par an) qui offrent une mortalité intense associée à l'immigration aux âges de moindre mortalité font que Pach paraît offrir une moindre mortalité, tandis qu'elle y est au contraire de beaucoup supérieure à celle de la population urbaine des autres départements. Dans son beau travail sur l'anthropologie de la France {voy. ce mot), Lagneau a montré qu'en 26 ans le quinzième de la population totale, soit 664 sur 10 000 habitants s'était porté vers les villes. « Cet abandon des campagnes pour le séjour des villes, dit-il, on l'observa jadis dans noire pays sous l'empire romain. Vainement on repeupla les régions désertes avec des prisonniers, avec des colons ou lœtès barbares. On continua à se porter vers les villes, lieux de plaisir et de lucre facile. Aussi la nation s'affaiblit-elle de plus en plus jusqu'au commencement du cinquième siècle où eurent lieu les grandes invasions des peuple d'Oulre-Pihin. Heureusement notre pays n'en est pas arrivé actuellement à ce degré de dépérissement social ; mais néanmoins on ne peut voir sans quelque appréhension nos campagnards déserter les travaux des champs, alors que des étrangers viennent dans nos départements du nord-est pour la moisson et les autres travaux agricoles bien plus salubres que les travaux industriels des villes préférés par nos compatriotes. » Puissent ces sages et patriotiques paroles avoir quelque retentissement !

La natalité française, on ne saurait trop le répéter, est inférieure à toutes les nations de l'Europe. Au taux actuel, il nous faudrait 144 ans, d'après Lagneau, pour doubler noire population, tandis que la Russie, la Prusse et l'Angleterre doublent la leur en 55 années. Quelle part faut-il faire à la volonté, quelle aux conditions sociales, quelle aux dégénérescences dans cette situation ? 11 est dif-

DÉGÉNËRESGEMCE (anatomie pathologique). 227

iicile de la déterminer. J. Bertillon, dans sa Statistique humaine de la France, (1880), a poussé un cri d'alarme En 1700, dit-il, la population de lu France était de 58 pour cent de population européenne. En 1789 elle n'en représente plus que 27 pour cent ; 20 en 1815 et 15 en 1880 ! L'étude des causes de cette décadence numérique est loin d'èlre faite et la restriction volontaire n'y joue peut-être pas un rôle prépondérant. Est-ce vraiment par ce côté, ainsi que le pense Lagneau, que se prépare la dégénérescence des peuples?

Quoi qu'il en soit, tout le monde est d'accord sur ce point qu'il faut apporter un remède énergique à la dépopulation des campagnes. Espérons que l'ère des grands travaux urbains est passée et que nos législateurs comme nos conseillers verront autre chose dans l'économie sociale qu'une question d'octroi ou de plus value foncière.

Quant à la prophylaxie des autres formes de dégénérescence, elle rentre dans le cadre de l'hygièue publique, science presque nouvelle, dont il faut attendre des résultats considérables. E. Dally.

I 11. Anatomie pathologique. Dégénérescence se dit de tout liquide ou solide de l'économie qui d'un certain naturel passe à un plus mauvais quelconque (Castelli, Lexicon medicmn, 1746). Contrairement à ce que croyaient les anciens, les tissus et les humeurs dégénèrent sans cesser pourtant de vivre, d'être reconuaissables pour ce qu'ils sont, sans changer en fait de genre ni même d'espèce.

La dégénération est l'action de dégénérer qui amène la dégénérescence ou détérioration ; mais, on donne parfois au mot dégénérescence un sens a\iatomi(jue en lui faisant désigner le produit de la dégénéralion, les productions morbides représentées par un tissu ou un organe altérés.

Quelques auteurs admettaient que la dégénérescence est la formation de toutes pièces, comme parasitaire (Huuter), de matières étrangères à l'économie, déterminant une augmentation de masse et une détérioration plus ou moins marquée de l'organe affecté.

On trouve souvent le terme dégénérescence employé pour désigner une altération quelconque d'un tissu ou d'un organe, soit avec ramollissement, soit au contraire avec induration; il devient synonyme ici à' altération.'

Pour Burdach {Physiologie, t. YIU, p. 551) « la dégénérescence consistait en l'admission, par le fait du travail plastique, d'un caractère hétérologue ou entièrement étranger à l'organisme normal ». Dans les solides elle consisterait soit en changements liétérologues au sein des parties déjà existantes, soit en formation de parties nouvelles hétérologues avec perte pour l'organe de son tissu propre.

Il ne veut point qu'on la confonde avec la simple accession de parties étrangères introduites du dehors.

C'est pourtant cette accession dans les unités anatomiques, avec les divers changements de structure et de caractères extérieurs qui en sont la conséquence, qui caractérise en réalité ce qu'on nomme souvent encore dégénérescence. Dans l'examen de ces questions de pathologie générale, en effet, il ne faut pas oublier que c'est par l'origine des choses organiques que nous en déterminons la nature et que cette détermination confirme rarement les préconceptions émises sur cette nature avant l'étude des unités anatomiques constituantes. C'est pai suite uniquement eu remontant pour chaque casa l'examen de ces unités mèmeh.

228 DÉGÉNÉRESCENCE (anatomie pathologique).

qui sont le siège des modifications accidentelles dont résultent tels ou tels aspects extérieurs, que par ce diagnostic anatomique élémentaire on peut saisir ce que ces modifications représentent aux points de vue de leur propre étiologie et du pronostic.

Les recherches modernes d'anatomie et de physiologie générales ont montré qu'il n'y a jamais dégénérescence des cellules ni des tissus dans le sens de transformation ou métamorphose. On ne voit jamais une espèce de cellule ou autre unité anatomique composant un tissu, perdre les caractères normaux qu'elle avait pour prendre ceux d'une autre espèce de cellules, ni acquérir des caractères nouveaux pouvant la faire reconnaître comme espèce autre que celle qu'elle représentait avant, et ainsi pour le tissu même. On voit que: 1° tantôt des éléments se multiplient (cellules fibro-plastiques, cellules épithéliales, etc.), et constituent bientôt une tumeur ; mais leur structure fondamentale est conservée, et leurs caraclèi-es spécifiques restent. On ne peut méconnaître leur identité spécifique avec lis éléments qui existent normalement dans le tissu de l'organe où s'est ainsi dévelo|)pée la tumeur. 2" Ailleurs ils se sont hypertrophiés et déformés plus ou moins, suivant les cas ; ils sont devenus plus ou moins granuleux ; mais on peut sur une même tumeur, suivie les phases graduelles de ces altérations des éléments analomiqucs qui relient les plus lésésà ceux qui sont encore sains: ils n'ont donc point passé d'une espèce à une autre, mais seulement par des phases d'altération de plus en plus avancées qui peuvent aller jusqu'à la destruction des éléments et à changer plus ou moins l'aspect extérieur du tissu affecté. Nous étudierons, ci-a[n-ès, ce dernier cas, des plus communs. 5" D'autres fois ce sont quelques-uns des éléments normaux principaux qui s'atrophient (faisceaux striés des muscles), tandis que les éléments accessoires (fibres lamineuses et faisceaux tendineux) deviennent plus évidents par cela même, ou se multiplient et en prennent la place (cellules adipeuses) ; mais ce ne sont pas les éléments musculaires qui deviennent des fibres lamineuses, des cellules adipeuses, etc., seul cas où il y aurait transformation; 4° tantôt entin ce sont des éléments nouveaux pour le tissu affecté qui se produisent accidentellement dans un tissu; mais alors la texture de celui-ci est toujours changée, en cela (fut important), que les éléments fondamentaux de ce tissu disparaissent, tandis que ceux qui sont produits accidentellement se substituent et prennent la place de ceux qui existaient normalement. Il y a donc dans ce dernier cas, le plus important de tous, substitution d'un élément anatomique, et par suite d'un tissu à un autre, mais non pas dégénérescence par transformation ou métamorphose {voy. Métamorphose). C'est ce qui a lieu, par exemple, lorsde l'Iiypcrgenèsedcs myéloplaxes se substituant aux autres éléments de la moelle et à l'os [voy. Moelle DES os [Anatomie et pathologie^ p. 53)].

Ainsi le terme dégénérescence est appliqué plus ou moins exactement : 1" à propos des organes, à la désignation de la production d'une lésion, d'une tumeur en généi'al; 2" dans l'étude des tissus sains ou morbides, une tumeur |ur exemple, à la production dans l'intimité même de leurs cellules de principes immédiats nouveaux, réunis sous forme de granulations graisseuses ou autres. Mais ici encore, le côté accidentel du fait et la nature des principes mis à part, ce n'est pas plus un changement de genre que lorsque les cellules du tissu cellulaire passent à l'état adipeux {voy. Adipecs, p. 13, et Régressiojn). La dégénérescence est du développement accidentel, soit progressif, soit au contraire atrophique ou même destructeur.

DÉGÉNÉRESCENCE (anatomie pathologique). 229

En chimie, le mot transformation est au contraire exactement em^iloyé lorsqu'on dit d'un composé qu'il se transforme en quelque autre. Il y a là, en eftiet, changement d'espèce, sinon de genre et de fonction chimique, formation d'une combinaison ou d'une décomposition poussée au delà de ce qui était, lorsque l'eau, l'ammoniaque, ou des corps simples, etc., sont fixés par un composé en telle ou telle proportion, ou se substituent à un ou plusieurs équivalents de l'un des composants, simple, binaire, ternaire, etc.

Nous avons dit qu'on a admis que les dégénérescences étaient des altérations d'où résulte la transformation d'nn tissu, d'un organe ou même d'un produit morbide déjà existant, tel qu'une tumeur, soit fibreuse, soit glan(iulaire, en une matière considérée comme essentiellement morbide. Tels seraient les cas dits de dégénérescences cancéreuses ou en matières cancéreuses ou carcinomateuses; car le mode d'évolution el la texture démontrent que ces deux termes sont synonymes. A leur tour les carcinomes ou cancers crus ou encéphaloïdes sont, comme les dégénérescences squirrheuses, des productions d'origine glandulaire et provenant plus particulièrement de l'épilhélium de ces parenchymes et autres {voij. Parenchyme). Ce sont des affections de l'épithélium des parenchymes, et accessoirement de la trame, tant fibreuse que vasculaire, de ceu\-ci. C'est en particulier cette dernière qui a reçu le nom de stroma fibreux, et ce sont les s-eclioiis des culs-de-sac qu'elle circonscrit qui ont été faussement con>idéiées comme des alvéoles cancéreux, alors que ce ne sont que les aspects offerts par la coupe des cylindres épithéliaux, ou mieux de la trame [ilus ou moins dure qui les entoure, avec ou sans conservation de la paroi propre. Mais il n'y a pas eu là changement de genre; le lien structural et de nature soit anatomique, soit génétique, qui unit la production pathologique, tumeur ou ulcère, à la partie normale dont elle provient, reste toujours nettement reconnaissable. La charpente fibreuse dite stroma est en particulier toujours très nettement reconnaissable, comme n'étant autre chose que la trame cellulaire ou conjonctive naturelle du parenchyme, soit plus ou moins hypertrophiée, soit au contraire atrophiée avec ou sans augmentation de consistance.

Il est démontré qu'alors les cellules épithéliales el autres éléments composant le tissu morbide, aussi bien que sa texture fondamentale, n'ont pas changé. Les cellules, les fibres et les vaisseaux n'ont fait qu'augmenter de nombre et de volume. Les premières et leur noyau n'ont fait que se déformer plus ou moins et s'hypertrophier simultanément. En même temps, et surtout, leur structure a été notablement modifiée par la production de granules graisseux et autres dans leur épaisseur. Delà les changements de couleur, de transparence, de consistance, de vascularité, etc., du tissu, comparativement à ce qu'il était auparavant. Mais sa nature fondamentale reste recormaissable.

Il n'y a là que des modifications évolutives exagérées, anormales, mais directes, qui ne sont en d'autres termes que la continuation de l'évolution naturelle se produisant dans des conditions accidentelles. Ces dtîrnières sont incontestables bien que généralement encore mal ou nullement déterminées, tant en ellesmêmes qu'en ce qui touche ce qui les fait survenir.

Malgré les changements intérieurs ou de structure des éléments, les détériorations de la texture et de la vascularité qu'ils entraînent, font disparaître plus ou moins tôt les propriétés caractéristiques du tissu dans l'organe, telles que la sécrétion dans les glandes, et ainsi des autres. Les usages de l'organe sont de la sorte inévitablement empêchés. C'est que dans les unités analomiques les élé-

230 DÊGÉINÊRESCENCE (anatomie pathologique).

ments mêmes du tissu, agonts physiologiques essentiels et directs, il y a souvent suraddition de principes qui n'y existaient pas auparavant, tels que les gouttelettes graisseuses {voy. Régression, p. 110), les granules pigmentaires qui, d'autre part, déterminent graduellement les changements de couleur, de consistance, etc., indiqués ci-dessus.

L'aspect dit dégénérescence céréhriforme ou encéphaloïde, en particulier, résulte de ce que l'accumulation dans les cellules de certains principes graisseux qui réfléchissent la lumière en blanc, plus ou moins jaunâtre, donne aux parenchymes et à leurs provenances, ainsi altérés, à peu près la couleur que la myéline cérébrale apporte dans le tissu nerveux. De même le suc dit cancéreux et mex:ic[emenl suc laiteux ou lactescent du carcinome n'est point à proprement parler le contenu des alvéoles des tumeurs de ce genre. Il est le cul-de-sac des parenchymes, l'épilhélium même qui les constitue, plus ou moins modifié, comme il vient d'être dit. Mais en outre le corps des cellules épilhéliales spécialement, plus on moins ramolli pathologiquement, avec ou sans liquide interposé, se prête à la dissociation de ces éléments ; plus souvent encore il est formé par la substance d'abord amorphe qui devait former le corps de ces cellules, qui dans ces conditions morbides ne s'est pas individualisée en cellules, malgré l'hypertrophie du noyau et du nucléole [voy. Cf.llule, p. 603). Elle passe alors à l'état plus ou moins fluide et la pression ou la seule élasticité de la trame de la tumeur le font suinter avec les noyaux et gouttes graisseuses qu'elle englobe. Alors même que la substance précédente, au jour de l'ablation chirurgicale, n'est pas encore diffluente, comme elle l'est sur les tumeurs d'une évolution plus avancée, alors même que ce suc ne suinte pas sur la coupe de celle-ci, on suit jour par jour les phases de sa production, par ramollissement cadavérique de la portion parenchymatcuse proprement dite ou cpithéliale de la tumeur observée, mammaire, parotidienne, tesliculaire, etc. (Gh. Robin, Soc. de Biologie, i^^%).

Ceux qui faussement considèrent les productions morbides comme douées d'une telle autonomie qu'elles pourraient être étudiées ou classées indépendamment de toute comparaison avec la génération et le développement des éléments et des tissus normaux, en sont venus à considérer les changements indiqués plus haut, comme étant à leur tour une dégénérescence graisseuse du carcinome o\\ cancer vrai.

Ce n'e;t là encore qu'un exemple de l'une des modifications nutritives graduelles offertes par les tissus, de l'ordre de celles dont il sera question ciaprès (p. 252 et dans l'article Régression). Ces remarques s'appliquent encore à ce qui est parfois encore appelé dégénérescence calcaire ou trans'ormation calcaire soit des tissus normaux, soit des tumeurs, qu'elle qu'en soit la nature; c'est-à-dire aux cas dans Ifsqnels aux éléments des tumeurs se fixent molécule à molécule des composés terreux venant changer plus ou moins, suivant leurs pro[iortions, la couleur et la consistance des tissus précédents ou autres {voy. Cancer et Carcinome).

Pour la dégénérescence colloïde, voy. Colloïde et Lamineux, p. 261 et suiv. (et Ch. Robin, Sur les tumeurs colloïdes. Comptes rendus et mém. de la Soc. de BloL, Paris, 1853, p. Qi). Sur l& dégénération ou dégénérescence mélanique, voy. Mélanose.

La dégénérescence caséeuse, induration ou phthisie caséeuse chronique du poumon, est caractérisée par des modifications diverses des épitliéliums et de la trame pulmonaire, par la production des leucocytes et surtout par la production

UÉGÉNÉRESCEA'GE (anatomie pathologique). 231

indéniable d'une quantité plus 'ou moins grande de matière amorphe. Celle-ci est une des principales causes de l'induration. Elle englobe les leucocytes, beaucoup de cellules épithéliales détachées des conduits, et comme ces éléments elle est plus ou moins remplie de granules graisseux. 11 y a donc ici accession de ces derniers et de plus production extra-cellulaire de la matière non cellulaire plus ou moins grenue sus-iiidiquée.

Dans la période grise, ardoisée, de cette dégénérescence, une matière amorphe, finement granuleuse, molle et friable, remplit les canalicules (vésicules pulmonaires) que circonscrit la trame des fibres élastiques. La morne matière se retrouve entre les éléments de celte trame qu'elle dissocie et dont les capillaires atrophiés n'existent plus. Aux faisceaux de fibres élastiques et suivant leur direction générale, s'interposent des cellules fibro-plastiques, enclievèlrées par leurs extrémités et prenant ainsi une disposition l'asciculée. La couclie épithéliale, qui dans l'état normal sépare le contenu des canalicules (vésicules) du tissu de la trame élastique, a parfois complètement disparu. Les épithéliums prismatiques et pavimenteux sont plus granuleux qu'à l'état normal, surtout les derniers; on les rencontre soit isolés, soit juxtaposés en pliques plus ou moins larges, dans lesquelles on voit des granulations graisseuses masquer le noyau de chaque cellule, celles-ci sont généralement hypertrophiées, parfois devenues vésiculeuses. Il y a des leucocytes, la plupart granuleux : les uns petits, régulièrement sphériques; les autres atteignant jusqu'à trois centièmes de millimètre, remplis de granulations graisseuses (coryjs granuleux de l' inflammation). Souvent, lorsque la lésion est ancienne, des granulutions ou de véritables gouttes d'huile se produisent dans la substance amorphe vers le centre des parties les plus volumineuses, les plus éloignées des vaisseaux. Elles lui donnent un aspect caséeux particulier, en déterminant l'apparition de marbrures blanchâtres ou jaunâtres, généralement plus molles ou plus friables que le reste du produit pathologique, elles tranchent sur la teinte grise de celui-ci et surtout sur les traînées ou les petites masses non-es de charbon pulmonaire dont il est quelquefois parsemé (Ch. Robin). Les parties d'un poumon atteintes ainsi peuvent être le siège d'un mode particulier de ramollissement qui aboutit à lu formation d'ulcérations, d'excavations pulmonaires plus ou moins spacieuses; ces excavations renferment un liquide ichoreux, séro-purulent, d'autres fois purulent [vomique ichoreuse d'Avenbrugger et de Corvisarl) ; leurs parois peuvent, dans quelques circonstances, devenii le siège d'une fonte gangreneuse. Ce ramollissement s'opère lentement, quelquefois sur plusieurs points en même temps; les excavations qui en sont la conséquence siègent liabituoll'iment dans les lobes inférieurs ou moyens, mais ils peuvent cependant aussi occuper les lobes supérieurs. Les lobes indurés, de même que les autres parties de l'organe respiratoire, sont tout à fait exempts de tubercules. Cette matière amorphe, finement granuleuse, de la pneumonie chronique, n'est pas sans quelques analogies avec celle de la lésion dite infiltration grise tuberculeuse. Mais cette dermère est beaucoup plus ferme, moins granuleuse, plus transparente que ■celle de h pneumonie chronique; elle contient des noyaux du tissu cellulaire {cellules embryonnaires ou jeunes de quelques modernes) plus ou moins nombreux, lesquels, du reste, ne sont souvent visibles qu'après l'addition d'acide acétique. On y trouve aussi des vaisseaux capillaires, peu nombreux, il est vrai, mais constants et apercevables, au moms après l'addition de l'acide acétique, qui n'existent pas dans les indurations grises e/jaMnes sus-indiquées.

252 DÉGÉNÉRESCENCE (anatomie pathologique).

Il est inutile de faire remarquer ce qu'a de peu scientifique l'expression dégénérescence caséeuse, appliquée à certaines périodes de l'évolution de plusieurs espèces de productions morbides du poumon et de nombre d'autres organes, alors qu'on peut actuellemeut déterminer la nature réelle de cette sorte d'altération des éléments anatomiques et des tissus, en partant de la connaissance de leur état etdeleur évolution naturels {voy. Hégression, p. 109 et 110). Mais partout et en tout cas il faut tenir compte de ce qu'à mesure que des cellules se remplissent de granules graisseux, jusqu'à destruction d'elles parfois, d'autres dans le même tissu se multiplient, ou s'altèrent d'une manière différente : d'où de nombreuses variétés d'aspect. Il faut se rappeler en outre que dans le tubercule, les granules qui le rendent jaune et ont cette couleur sous le microscope ne sont pas tous graisseux, se dissolvent pour la plupart dans l'acide acétique, fait en rapport avec celte particularité que les tubercules crus pulmonaires frais, triturés, macérés plusieurs jours dans un mélange d'élher et d'alcool, ne m'ont jamais donné que de 1 à 2 pour 100 de graisse. A ce point de vue de la composition, l'épilhète d'état caséeux est donc inexacte.

Ces remarques s'appliquent encore à ce que disent les pathologistes de la dégénérescence caséeuse du tubercule. La tuberculose en effet, est une maladie, du tissu cellulaire présentant des phases évolutives complexes aux points de vue anatomique et physiologique. Histologiquement, elle débute par une multiplication des noyaux cellulaires et de plus par la production fréquente de cellules à noyaux multiples {ceUides géantes de divers auteurs), ne différant guère des myéloplaxes que par l'absence en celles-là de la teinte rougeâtre de ces dernières (voy. Ch. Robin, Journal de Vanatomie et de la physiologie, 1864, in-8", p. 108, pi. 111, fig. 5, et l'art. Moelle des os, p. 9). C'est par cette multiplication nucléaire et cellulaire qu'il y a néoplasie dans la tuberculose et que le tubercule est un néoplasme; car le mot néoplasie n'a pas de sens, s'il ne désigne génération, la multiplication de cellules nouvelles, et particulièrement comme le voulait Burdach, la production de tissu cellulaire nouveau, masse organique fondamentale de toute formation morbide {voy. Néoplasie etLAMisEUx, p. 256, 258 et 259).

Ce qu'on nomme dégénération ou dégénérescence caséeuse du tubercule, quoique période précoce d'évolution, est précédé d'une phase durant laquelle cette complication structurale évolutive n'existe pas encore, celle où le tissu morbide nouveau n'est qu'à l'état de petites couches ou plaques et de granulations grises, au centre desquelles débute la production des granules jaunâtres. Cette portion centrale d'aspect graisseux est là sous forme sphéroïdale, lenticulaire ou irrégulièrement polyédrique suivant les cas, mais ne mérite à aucun litre, le nom de zone caséeuse que lui donnent quelques médecins. La portion grise, non encore devenue jaunâtre qui entoure immédiatement la précédente, ne mérite anatomiquement pas davantage le nom de ceinture ou zone de cellules embryonnaires. W ^ R là une progression ou complication pathologique survenant dès le premier développement de cet état embryonnaire du tissu cellulaire caractérisé par la production de granules, jaunâtres, dans les noyaux et les cellules, jusque dans la matière non cellulaire homogène qui les accompagne, pouvant aller jusqu'à une substitution plus ou moins complète. Le tissu cellulaire accidentel sous l'état, ou forme, appelé tubercule, existe comme tel et peut déterminer des accidents mortels (granulations grises) avant que surviennent les complications précédentes ; le nom de celle-ci par conséquent

DÉGÉNÉRESCENCE (anatomie pathologique). 255

ne saurait intervenir que très-secondairement dans la définition de ce produit morbide.

Cette complication morbide portant sur du tissu cellulaiie ou lamineux encore aux premières phases de son développement empêche l'arrivée de ses éléments jusqueà l'état défibres (w^/. Fibre et Lamineux, p. 255 et 258). Pourtant quelques auteurs pensent avoir constaté que la dégénération caséeuse peut s'airêter presque à son début, au centre même du tubercule, et faire place à la transformation iihreuse, périphérique d'abord, puis totale, c'est-à-iire à la guérison. Mais alors même qu'on appellerait /itrci/c le tissu celullaire ou conjonclif, qu'on peut dire de substitution cicatricielle, ce qui précède laisse encore inexacte la définition qui dit que : le tubercule est une néoplasie fibro-caséeuse à forme nodulaire. On voit aussi d'après ce [qui a été exposé plus haut, que le tubercule est encore moins une néoplasie pauvre et misérable, incapable d'organisation (Virchow). Il est manifeste qu'un néoplasme, le produit de la néoplasie, ne saurait être, s'il n'est déjà un tissu ou si l'on veut une cellule, c'esl-àdire un corps organisé. Pas plus avant qu'après la dégénération dite caséeuse, du reste, le tissu morbide n'offre quoi que ce soit qui puisse le faire appeler follicule tuberculeux, qui puisse le faire comparer à un follicule glandulaire ouvert ou clos, à [des organes d'origine soit endodermique, soit eclodernuque. Dire le tubercule un néoplasme d'origine épithélialc est tout aussi faux, d'autant plus que les caractères individuels de ses noyaux et de ses cellules, quand il en renferme, sains ou altérés, ne sont aucunement ceux des épithéliums, même nucléaires. Les caractères des noyaux d'origine des cellules et fibres du tissu cellulaire (cytoblastions) et leur texture dans les granidations grises {voy. Lamineux, p. 255) font mieux comprendre l'erreur de ceux qui disent que les gommes syphilitiques et les fongosités des tumeurs blanches ne sont que du tubercule. Les unes et les autres en effet, qu'on les appelle ou non dégénérescences, ont le tissu cellulaiie ou conjonclif pour point de départ anatomique et physiologique et les formes primitives de ces cellules les composent toutes, avec différences dans leurs proportions, leurs arrangements, leur vascularité, etc. {voy. Laminecx, p. 244 et 247, et Van Oordt, Des tumeurs gommeuses. Thèse, Paris, 1859, in-4°, p. 27).

La Usions à'ile dégénérescence amyloide ou crreî/se n'est pas plus que les altérations morbides précédentes des tissus un changement de genre de ceux-ci. 11 importe surtout de spécifier l'impropriété des termes qui servent à la désigner. Les corpuscules qui la caractérisent ne contiennent en effet ni de l'amidon, ni les principes de la cire. Ces corpuscules appelés grains de protéine par quelques chimistes ont une composition centésimale voisine de celle de la fibrine, des réactions analogues à celles de la caséine coagulée, mais avec insolubilité dans le suc gastrique.

Dans les tissus normaux où il y en a, ils siègent entre les éléments anatomiques et non dans leur épaisseur, comme le font les granules graisseux, au moins au début de leur formation. Dans les organes dont leur production détermine l'augmentation de volume, en même temps que l'atrophie et autres modifications de leurs éléments, c'est également entre ceux-ci et dans les cellules qu'ils se trouvent.

^ Ces corpuscules en un mot sont des concrétions azotées, et leur formation n'est pas une néoplasie, n'est pas une génération cellulaire multiplicatrice {voy. Amyloïde).

254 DEGLUTITION.

II importe de séparer absolument des préce'dentes les concre'tions ou calculs azotés, à couches conceniriques, incrustés ou non de phosphate de chaux, formés dans les acini prostatiques et dans les glandes uréthrales de l'homme et de la femme, qu'on trouve presque normalement dans le liquide prostatique et parfois même dans le sperme d'éjaculation {voy. Sperme). Les conditions de la formalion de CCS calculs sont très-différentes de celles des grains azotés ci-dessus et nulle analyse chimique ne permet encore de les rapprocher (Ch. Robin et Cadiat, Journal cVanatomie et de phjsioloçfie, Paris, 1874, p. 546), contrairement à ce que font divers médecins.

Il est possible qu'on arrive à reconnaître l'analogie ou l'identité de ces grains dits de 'protéine avec les concrétions ou sympexions normaux des glandes à vésicules closes (pituitaire et tliyréoïde) qui ont un aspect analogue à ceux que présentent les glandes lymphatiques et parfois le thymus atteints de dégénérescence cireuse.

Le changement d'état de la myéline, dans les tubes nerveux sectionnés, dit dégénérescence ou régression graisseuse des nerfs, ne consiste pas en une formation de gouttes graisseuses dans ces éléments, ni en une métamorphose de ceux-ci en granules graisseux {voy. Cellule, p. 579).

. Les altérations dites dégénérations ou dégénérescences musculaires sont étudiées aux articles Musculaire, p. C07, 701 et Régression, p. 110.

Jusqu'au siècle dernier, on appelait encore dégénération du sang, de la lymphe, etc., l'état dans lequel on supposait ces humeurs mêlées de substances étrangères [voy. Leococythémie, Lymphatique, p. 456, Mélakose, p. 408, et Sakg {pathologie). Ch. Robin.

IIEGLAXD (Jean-Vincent-Yves). Médecin et botaniste français, né à Rennes, le 20 janvier 1775, mort le 19 février 1841. 11 fit ses études à Montpellier et parcourut le midi, l'ouest et le nord de la France; il enrichit la flore de France de plusieurs nouvelles espèces. Degland fut appelé en 1803, sur la recommandation de Cuvier, à enseigner les mathématiques et l'histoire naturelle au lycée de Rouen, puis revint à Rennes vers la fin de 1807. 11 fut chargé dans sa ville natale de l'enseignement de la botanique et de la reconstitution du jardin botanique. Il y professa non-seulement la botanique, mais encore, pendant le semestre d'hiver, la minéralogie ou la zoologie. Il continua ce double enseignement jusqu'en 1815, où le gouvernement de la Restauration ordonna la suppression du Muséum de Rennes.

Degland était, paraît-il, sur le point de terminer une Flore du département d'Ille-et-Vilaine, lorsqu'il est mort. On a de lui :

I. Examen de cette question : La sève circule-t-elle dans les plantes à Viuslar du sang dans certaines classes d'animaux. T/ièse inaugurale. Montpellier, 1808. Et à la suite du Discours sur les causes du mouvement de là sève, etc., an Vlll, iii-4°. — IL De caricibus Galliœ indigents lenlamen. Parisiis, 1828, in-S". (Exlr.de Loiseleur-Deslongchamp?, Flora gallica. Ed. II). — III. Une monographie resté manuscrite des Graminées de la France.

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