L. Hif
DÉGLUTITION, {Deglutitio, de deglutire, avaler). On donne ce nom à une série d'actes réflexes sous l'influence desquels les aliments et les boissons passent de la bouche dans l'estomac, en traversant le pharynx et l'œsophage.
La déglutition est rapide, simple en apparence; cependant c'est elle que Haller a appelée difficillima particula physiologiœ, et que Magendie a considérée comme la plus compliquée de toutes les actions musculaires qui servent à la digestion. Aussi, ne faut-il pas s'étonner si la déglutition a donné lieu à beaucoup d'écrits et de dissertations. La difficulté que l'on a éprouvée à s'entendre sur son mécanisme tient surtout à la rapidité avec laquelle s'exécutent les actes successifs qui la constituent et aux procédés employés jusqu'ici pour l'étudier, procédés qui laissaient toujours une porte ouverte aux contradictions. Exposons rapidement ce qui fut fait dans cette voie.
Moyens d'étude. Tout d'abord, c'est par l'anatomic et l'observation de soimême que l'on chercha à expliquer le mécanisme de la déglutition. Parmi les anatomistes et les physiologistes qui adoptèrent cette méthode, nous citerons Boeder, Boerhaave, Walter, Schul, les frères Âlbinus, Haller, dans le siècle dernier; Sandifort, Bithat, Gerdy, Dzondi, Bidder, Bérard, etc., etc., depuis le commencement du dix-neuvième siècle.
On pressent que cette méthode laissait une trop large part aux considérations mécaniques ainsi qu'à l'imagination des auteurs. 11 est vrai que l'expérimentation vint s'associer de bonne heure à l'anatomie. Haller parle déjà d'expériences entreprises par Ferrein (1741) sur la fermeture de la glotte pendant la déglutition. En dehors de ce fait isolé, il faut arriver jusqu'à Magendie pour voir l'expérimentation participer à la détermination du rôle de l'épiglotte, de la glotte, de l'œsophage, etc. Longet, Cl. Bernard, MM. Chauveau, VVild, Schiff s'attachèrent aussi à déterminer par des vivisections soit le rôle des organes de la déglutition, soit la source nerveuse d'où ces organes tirent le principe de leur sensibilité et de leurs mouvements. L'expérimentation prit une autre forme entre les mains de .Maissiat et de Debrou. Opérant sur euxmêmes, ces auteurs cherchèrent à se rendre compte de l'état des pressions qui régnent dans l'appareil naso-pharyngien (Maissiat) ou du mouvement des parois pharyngiennes (Debrou), à l'aide de l'exploration des cavités nasales par des appareils simples (manomètre, stylet mobile) dont les indications étaient visibles au dehors.
Les physiologistes voulurent profiter aussi d'expériences préparées accidentellement sur l'homme, ce qui permit aux cliniciens (Mercklin, Pelletan, Percy, Larrey, etc.) d'apporter leur contingent.
En 1861, M. Moura eut l'idée d'appliquer à l'étude de la déglutition pharyngienne un procédé relativement nouveau : lalaryngoscopie. 11 fut suivi dans cette voie par M. Guinier et M. Krishaber. Au premier abord, on croirait que le laryngoscope dût permettre de déceler tous les secrets de la déglutition. Malheureusement il n'en est pas ainsi. Le laryngoscope ne peut lever toutes les difficultés parce que, pour voir dans la cavité pharyngienne, il faut maintenir la bouche ouverte et qu'il y a loin de la déglutition opérée dans ces conditions à la ■déglutition normale qui nécessite la fermeture de la bouche. Au surplus, la laryngoscopie ne donne que des renseignements limités; elle ne nous dit rien sur les pressions qui régnent dans les voies respiratoires et les premières voies digestives; rien, non plus, sur la déglutition œsophagienne.
Tels sont les procé lés mis en usages jusqu'à ce jour pour découvrir le mécanisme de la déglutition. Malgré leur variété, le désaccord existe encore sur plusieurs actes de cette fonction. Cette question demandait donc de nouvelles études avec une méthode nouvelle. Nous les avons entreprises en employant la
méthode graphique qui nous a paru satisfaire, dans le cas présent, à plusieurs desiderata.
En effet, les actes nombreux (mécaniques ou physiques) qui, par leur enchaînement, constituent la déglutition, se passent dans des cavités où il est impossible de plonger le regard sans modifier les conditions du phénomène naturel, et s'exécutent la plupart avec une rapidité telle qu'il est impossible à l'obsei'vateur aidé de ses seuls sens de les démêler. La méthode graphique qui permet de se rendre un compte exact des phénomènes mécaniques ou physiques qui se produisent dans une cavité en explorant seulement son entrée ou en portant dans ses profondeurs des ampoules élastiques qui ne gênent pas sensiblement le jeu des organes, la méthode graphique qui laisse une trace persistante des moindres phénomènes, et permet de juger de la durée, de l'énergie, de la simultanéité ou de la succession d'actes associés, nous a semblé très-propre à s'adapter à l'étude des phénomènes de la déglutition.
Nous avons appliqué cetle méthode sur l'homme et les animaux, et surtout sur les grands animaux domestiques qui mangent et boivent en dépit des mutilations qu'ils ont subies (voir Comptes rendus de V Académie des sciences, 2 novembre 1874 et 24 mai 1875). A la même époque, M. Carlet eut aussi l'idée de se servir des appareils enregistreurs pour étudier la déglutition buccopharyngienne. Il expérimenta seulement sur lui-même et se contenta d'enregistrer les pressions de la cavité buccale et les mouvements ascensionnels du larynx.
Enfin, depuis la publication de ces dernières notes, M. L. Fiaux entreprit une étude sur les mouvements du voile du palais dans la déglutition, en réalisant expérimentalement sur les animaux les traumatismes que Bidder, Kobelt avaient observés accidentellement chez l'homme.
C'est avec les matériaux puisés à ces sources diverses que nous entreprenons la description de la déglutition. Avant d'aller plus loin, indiquons la marche que nous suivrons.
Divisions. Dans le but de faciliter l'intelligence de cette fonction, les auteurs se sont attachés à la diviser artificiellement. S'inspirant du trajet que suivent les aliments, ils ont divisé la déglutition en trois temps : temps buccal, temps pharyngien, temps œsophagien .
Mais si presque tous les physiologistes sont d'accord sur le nombre des temps, ils sont loin de s'entendre sur les limites de chacun d'eux. Ainsi, dans le premier temps, Albinus, Gerdy, Maissiat, Bérard, Longet, Muller, etc., conduisent les aliments jusqu'à l'isthme du gosier en avant du voile du palais, tandis queHaller, Magi^ndie, Dzondi, Chaussier, Adelon les conduisent au delà de cette cloison. 11 est évident, d'après cela, que le deuxième temps commencera plus tôt ou plus tard. Quant au moment où il se termine, pour faire place au' troisième, on ne s'accorde pas davantage : les uns le faisant se terminer avec l'entrée des aliments dans l'œsophage; les autres, avec l'introduction de ceux-ci à une profondeur variable dans ce conduit.
En 1866, dans un mémoire sur l'acte de la déglutition, M. Moura chercha à faire prévaloir une division en deux temps. Pour l'auteur, cet acte ne commence qu'au moment où les organes destinés à opérer le transport du bol de la bouche à l'estomac se mettent en mouvement. Par conséquent, lai-saut de côté la préparation du bol sur le dos de la langue, il fait commencer le premier temps
DÉGLDTITIOX. 237
à l'airivée des aliments dans l'arrière-bouche, le second, à l'entrée des aliments dans l'œsophage.
Une division en deux temps nous paraît préférable à la division classique. En effet, pourquoi voudrait-on considérer l'arrangement des aliments sur le dos de la langue comme un acte de la déglutition ? A ce compte, la déglutition des boissons aurait un temps de moins que celle des solides. Nous croyons rationnel de regarder la formation du bol comme la fin de la mastication. Nous savons bien que dans quelques cas la formation du bol est un temps préparatoire de la déglutition ; ainsi il arrive que la mastication cesse et que la langue, les joues procèdent au rassemblement des particules cparses dans la bouche; mais le plus souvent cette opéiation se fait sans que la mastication soit suspendue. De plus, il faut distinguer la vraie déglutition qui s'accomplit fatalement dès qu'elle a commencé et pendant laquelle la respiration se modifie, de ces essais volontaires de déglutition que nous arrêtons à volonté. La déglutition ne débute réellement que lorsque le dos de la langue fortement appliqué contre la voûte palatine ne peut plus s'en détacher avant que le bol ait dis[)aru de la cavité bucco-pharyngienne, bornée en haut par la voûte palatine et le vélum staphylin; en arrière, par la paroi postérieure du pharynx; en bas par le dos de la langue, la face supérieure de l'épiglotte et l'entrée de l'œsophage. Nous diviserons donc la déglutition en deux temps ; le premier ou bucco-pharyngien caractérisé par l'ascension du larynx et le passage du bol du fond de la bouche à l'entrée de l'œsophage; le second ou temps œsophagien commençant avec la chute du larynx et consistant dans le transport du bol jusque dans l'estomac.
La plupart des physiologistes ont eu le soin de distinguer la déglutition des solides de celle des liquides et des boissons. Nous n'adopterons pas cette distinction, car les différences qu'offre le mécanisme de la déglutition dans les deux cas reposent sur le mode d'après lequel les déglutitions succèdent les unes aux autres plutôt que sur l'état physique des bols. Plus loin nous dirons que la déglutition de la salive ou d'une gorgée de liquide s'opère de la même manière que celle d'un bol de pain, tandis que le mécanisme est différent, lorsque les gorgées de boissons sont abondantes et se succèdent sans interruption. Pour ce motif, nous décrirons des déglutitions isolées et des déglutitions associées et successives, au lieu des déglutitions de solides et des déglutitions de liquides.
Notre cadre est pour ainsi dire tracé par ces considérations préliminaires. Nous étudierons d'abord le temps hucco-pharijngien et le temps œsophagien pendant les déglutitions isolées et pendant les déglutitions associées. 11 nous restera à examiner la nature des mouvements de la déglutition, les actions nerveuses qui président à cette fonction. Enfin," nous terminerons par un court aperçu du mécanisme de la déglutition dans les animaux autres que les principaux mammifères terrestres.
L ^Premier temps ou temps bucco-pharyngien. Le mécanisme de ce piemier temps sera étudié dans les déglutitions isolées, puis comparativement, dans les déglutitions associées.
1° DiiGLUTiTioNS ISOLÉES. Ccs déglutilions sc présentent dans les cas suivauts : quand on ingère des aliments solides ou demi-liquides, lorsque l'on avale la salive sécrétée pendant l'abstinence ou des boissons gorgée par "ç>v"éQ.
Supposons qu'il s'agisse d'aliments solides et que ces aliments mâchés et
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humectés soient rassemblés sur le dos de la langue, eu avant de l'épiglotte, dans la région que les examens laryngoscopiques ont nettement déterminée {voy. Mastication). Supposons que sous l'action de la langue, des lèvres et des joues, la [)âte alimentaire soit disposée en un bol plus ou moins volumineux; ce bol sera brusquement et rapidement entraîné vers l'entrée de l'œsophage dès qu'un véritable mouvement de déglutition commencera à s'accomplir.
Ce mouvement de déglutition s'annonce habituellement par un très-léger temps d'arrêt dans la mastication, le rapprochement des mâchoires, l'occlusion de la bouche, et l'application de la langue contre la voûte palatine. Il est déterminé par xme sensation qui devient le point de départ d'une série de phénomènes réflexes sur lequel notre volonté est absolument impuissante.
Les influences qui entrent en jeu et font disparaître le bol de la cavité buccopharyngienne seraient simplement mécaniques pour les uns , simplement physiques pour les autres. Nous pensons pouvoir démontrer que le bol chemine sous l'influence de la contraction de muscles variés et de forces physiques dont la cause première réside dans l'activité des muscles.
Depuis longtemps déjà l'action des agents mécaniques de la déglutition bucco-pharyngienne a été parfaitement décrite. Les deux Albinus, Haller, Sandifort ont remarquablement inteiprété le rôle de la plupart des muscles des mâchoires et de l'appareil laryngo-pharyngien, à ce point que les Magendie, les Gerdy, les Dzondi, les Debrou, etc., n'ont ajouté que quelques détails aux descriptions qu'ils avaient données.
La plupart des physiologistes admettent aujourd'hui que pendant la déglutition pharyngienne la mâchoire inférieure se maintient rapprochée de la mâchoire opposée, que la langue s'applique sur la voûte palatine, que le larynx se porte en avant et en haut en changeant légèrement de direction, que le voile du palais se soulève, que le pharynx se raccourcit et va pour ainsi dire au-devant du bol, que la glotte se lérme, que l'épiglotte s'abaisse et que les constricleurï entrant en jeu, le bol alimentaire, pressé de toutes parts, excepté en bas, se dirige forcément vers le fond du pharynx. Maissiat a prétendu qu'il était appelé par une sorte d'aspiration ou de tendance au vide qui agirait dans la même direction.
Examinons chaque point eu particulier. Celte étude nous fournira l'occasion de discuter les principales divergences des auteurs.
A. Rapprochement des mâchoires. Tous les physiologistes ont signalé ce fait comme l'acte initial de la déglutition.
En enregistrant les mouvements de mastication, nous avons pu nous convaincre que dans le cas où le bol est assez volumineux, les muscles rapprochenrs des mâchoires se contractent à peine pour le produire. Souvent, le retour des muscles à la forme naturelle suffit pour amener l'occlusion de la bouche. Mais si le bol est petit, les masséters et les temporaux se contractent et leur activité croît en sens inverse du volume du bol. Tout cela s'explique aisément, quand on connaît le but du rapprochement des mâchoires qui est : 1" de fixer le maxillaire, afin que cet os offre un point d'appui immobile aux muscles génio-hyoïdiens, mylo-hyoïdiem et digastriques, élévateurs du larynx ; 2° de permettre à la langue de s'appliquer plus facilement et plus exactement contre la voûte palatine, afin d'isoler et de clore la cavité bucco-pharyngienne à l'entrée de laquelle se trouve le bol à déglutir.
Le rapprochement n'est donc pas destiné à faciliter l'occlusion de la bouclie
proprement dite, ainsi que certaines théories physiques tendraient à le faire admettre. La preuve, c'est que nous avalons en dépit de l'écartement des lèvres et même de l'écartement des mâchoires, pourvu que nous puissions étaler la langue contre la voûte palatine et immobiliser le maxillaire. Si nous offrons un point d'appui à la mâchoire inférieure en interpo^ant un manche de canif, ou un crayon entre nos dents, nous déglutirons avec facilité, la bouche entr'ouverte.
B. Ascension du larynx. C'est la manifestation extérieure de la déglutition qui survient immédiatement après le rapprochement des màclidires. On voit la pomme d'Adam courir sous la peau du cou d'abord de bas en haut, puis de haut en bas. Les agents qui élèvent le larynx sont faciles à délcrm.iiier: ce sont évidemment les muscles qui, partis de l'une ou l'autre ninclioiro, eiilictiennent des relations avec l'hyoïde, tels que les digastriques, les génio-hyoïdiens, les génio-glosses, ou bien quelques muscles du lar\nx, tels que les hyo-lhyroïdiens.
11 ne faut pas oublier qu'il y a deux temps à considérer dans le déplacement du larynx : l'ascension relativement insignifiante et lente (pii coïncide avec l'application de la pointe de la langue sur le plafond de la bouche; et l'introduction brusque du larynx dans la fourche hyoïdienne.
Cette deuxième partie du phénomène est le fait capital, car il enfrahie le renversement de l'appareil laryngien et donne le signal de la déglutition. Elle s'exécuterait immédiatement après l'occlusion de la bouche d'après Ilaller, en même temps que le pharynx se soulève d'après Magendie et Gerdy. l)zondi, Maissiat et Longet ont partagé cette opinion. xM. Carlet prétend, au contraire, qu'il peut se produire quelques modifications dans la cavité buccopharyngienne avant que le larynx ait commencé son mouvement ascensionnel. Les raisonnements anatomiques viennent à rencontre de cette dernière manière de voir. Il est difficile d'admettre que le larynx ne soit pas déplacé par les muscles qui meuvent la Fig. i.
langue et le voile, attendu que
ces muscles prennent une insertion médiate ou immédiate sur le larynx. Du icsle, nous avons étudié la question expérimentalement sur l'homme et sur les animaux. Soit B, par exemple, le tracé des pressions subies par une ampoule placée au fond de la bouche d'un homme; L, la ligne des déplacements de la pomme d'Adam. On constate que l'ampoule commence à être comprimée par la langue (G) avant que le larynx se soit réellement déplacé, que celui-ci se projette rapidement en av;mt (s) au moment où le voile du palais se soulève et que l'ampoule cesse d'être comprimée (d) comme l'indique la descente du Jîrapliiquo (fig. i).
Ce fait, uni à d'autres que nous citerons plus tard, nous fait admettre que le déplacement efficace du larynx cominencc avec l'clévation du \.m\v, le raccour-
cissemeiit du pharynx, c'est-à-dire au moment où la langue est fortement appliquée contre la voûte palatine.
C. Rùle (le la langue, du voile du palais et de V isthme du gosier. Lorsque la langue s'est étalée sur le palais, le bol est séparé de la bouche et situé à l'entrée d'une gouttière aplatie limitée en avant par la langue, en arrière par le palais et le vélum staphylin, en bas par l'isthme du gosier. Il doit parcourir cette gouttière qui, au moment décisif, s'allonge en arrière jusqu'à l'origine de l'œsophage. C'est le moment de la véritable intervention de la langue, du voile et de l'isthme. Comment ces organes agissent-ils?
Tout le monde admet que la langue se gonfle, s'applique d'avant en arrière sur la voùle palatine et comprime le bol ; mais on est loin de s'entendre sur le rôle du voile. Les physiologistes, sur ce point, se partagent en trois camps : les uns, avec Albinus, Ilaller, Sandifort, Gerdy, Dzondi, Muller, etc., pensent que le voile se tend et s'abaisse sous l'influence de ses piliers pour presser le bol contre la langue et le projeter dans le fond du pharynx. Une importante majorité ayant à sa tête Valsalva, Boerhaave, Bichat, Magendie, Chaussier, Maissiat, Debrou, admet l'élévation primitive et active du voile qui, soulevé, prolongeiait la voûte palatine jusqu'à la paroi postérieure du pharynx. Viennent maintenant les physiologistes qui professent une opinion en quelque sorte éclectique, tels que Bérard, Surget, Oré et ceux qui, tout en admettant l'élévation du voile, croient à une élévation passive dont l'agent serait le bol alimentaire (Brachet) .
Quant à l'isthme du gosier, son rôle change singulièrement selon le jeu que l'on attribue au voile palatin. Si l'on croit à l'élévation primitive du voile, l'isthme doit primitivement s'agrandir, puis se resserrer sur le bol et eu arrière du bol. Si l'on pense avec Gerdy, Dzondi, que le voile tendu par ses pihers, qui se rapprochent, s'abaisse sur le bol, l'isthme doit se fermer et interrompre les communications entre la bouche et le pharynx. Cette conséquence plaide fort peu, au premier abord, en faveur -de la théorie de l'abaissement.
Cherchons à trouver la véiité.
On savait déjà que Maissiat en fixant un petit manomètre dans une narine, que Debrou et Ménière en introduisant un stylet sur le plancher des cavités nasales, avaient observé le soulèvement du voile palatin au début de la déglutition. Les cas cliniques de Bidder, Kobelt, Maisonneuve avaient permis de constater ce fait de visu. Nous avons cherché à étudier plus complètement le phénomène en explorant simultanément avec des appareils graphiques le fond de la bouche et l'entrée des cavités nasales de l'homme, la base de la langue et le voile, les cavités nasales et la partie supérieure du pharynx du cheval, en plaçant les sujets dans des conditions physiologiques.
Déjà sur le tracé B, fig. J , on voit que l'ampoule placée au fond de la bouche de l'homme est comprimée de c en f, c'est-à-dire depuis l'application de la langue sur le palais jusqu'à la chute du larynx, mais que la pression qu'elle su[)porle éprouve plusieurs diminutions dont la principale se produit en d. Celte diminution principale est due à l'élévation du voile du palais démontrée, d'autre part, par le tracé des cavités nasales qui accuse au nième instant une augmentation de pression (1 à 2 millimètres de mercure) (voy. fi"-. 5).
En expérimentant sur le cheval nous avons obtenu les graphiques de la figure 2. B répond à une ampoule engagée entre la langue et la face antérieure du voile du palais eu passant entre le corps du cartilage thyroïde et la fourche hvoïdicnne;
P, à une ampoule située entre le voile et la face postérieure du pharynx; N donne la pression dans les cavités nasales. On voit : 1° qu'en a la pression s'abaisse légèrement en avant du voile pendant qu'elle s'élève derrière le voile (a') et dans les cavités nasales (a"); 2» qu'à la suite de cette dépression, l'ampoule de l'isthme et l'ampoule du pharynx sont vivement comprimées, tandis que la pression diminue dans les cavités nasales.
De ces résultats, il faut conclure que lorsque la langue se gonlle et presse le bol contre le palais, le voile palatin se soulève, au début du second temps des auteurs, pour aller à la rencontre du pharynx, et en se soulevant détermine une sorte d'aspiration qui contribue à faire glisser le bol vers l'œsophage. En outre, le voile, toujours soulevé, est ramené en avant par la contiaction des parois pharyngiennes et s'oppose à la base de la langue qui, se voussant de plus en plus, force le bol à cheminer vers le fond du pharynx.
Dans cette interprétation, nous nous trouvons d'accord avec M. Carlet, car ce physiologiste admet également l'existence d'une aspiration produite par le soulèvement du voile. Nous nous trouvons d'accoi'd aussi avec M. Moura et avec M. Fiaux. Ce dernier a vu, sur le chien, Je voile se soulever, faire gros dos et fermer la cavité naso-pharyngienne.
11 est donc démontré pour nous que le voile du palais se soulève au début de la déglutition et ferme l'espace compris entre la voûte osseuse palatine et la paroi spinale du pharynx. Il prend cette position, quels que soient le volume et la consistance des aliments à déglutir; par conséquent, sous l'influence de la poussée du bol. Le voile est soulevé par les muscles péristaphylins externes, aidés par les pharyngo-staphylins ou muscles des piliers postérieurs dont la contraction élève en même temps le larynx et /e fond du pharynx. Cette manière d'envisager le rôle du vélum staphylinum diffère complètement de l'opinion d'Albinus et de Gerdy; elle réfute du même coup la théorie de l'abaissement primitif du voile et la théorie dite du rideau, dans laquelle les piliers, se contractant, marcheraient à la rencontre l'un de l'autre, de manière à ne laisser entre la bouche et le pharynx qu'une fente de plus en plus étroite, et à la fin, linéaire. Le soulèvement du voile du palais, très-court dans la déglutition, peut être prolongé ou provoqué à volonté et rendre des services à la thérapeutique (douches deWeber, douche aérienne de Politzer). Dans tous les cas le mécanisme du soulèvement est le même.
Il s'ensuit qu'à un moment donné le pharynx est divisé plus ou moins obliquement, selon les espèces, en deux parties : l'une supérieure ou nasale qui habituellement s'agrandit peu à peu de haut en bas pendant que s'achève la déglutition pharyngienne ; l'autre inférieure qui diminue dans le même sens
DICT. ENC. XXVI. ,«
Fig. 2. — Tracés ; U, d'une ampoule engagée entre la liase de la langue et la face antérieure du voile du palais. — P, d'une ampoule située dans le pharynx, sur la face supérieure du voile. — N, de la pression dans les cavités nasales (cheval).
^2i2 DEGLUTITIO-N.
Ces phénomènes modifient l'isthme du gosier. En effet, lorsque le voile est au repos, l'isthme est limité en haut par le bord inférieur de la cloison staphyline, sur les côtés par l'espace compris entre les piliers antérieurs et postérieurs. Lorsque le voile se soulève, il oscille autour de son bord supérieur, et sa face inférieure, devenant horizontale ou fortement oblique, convertit l'isthme en un canal dont elle forme la voûte et dont les piliers constituent les parois latérales. C'est dans ce canal nouveau et temporaire que s'engage le bol. Il y est énergiquemcnt comprimé entre le voile tendu par les përistaphylins externes, les piliers postérieurs et la base de la langue qui est attirée en arrière et en haut par les piliers antérieurs (muscles glosso-staphylins) dont l'insertion fixe est sur le voile préalablement relevé. En un mot, l'isthme du gosier se transforme, s'efface en quelque sorte pour faire partie du canal bucco-pharyngo-staphylin dans lequel doivent cheminer les aliments. Aussi est-ce une raison de plus pour r jeter la séparation que plusieurs auteurs voulurent établir entre le passage du bol à travers le fond de la bouclie et le passage à travers l'isthme du gosier.
L'étude des faits expérimentaux conduit donc aux connaissances que nous venons d'exposer sur le rôle de la langue, du voile et de l'isthme du gosier. Elle tranche l'indécision dans laquelle nous nous trouvions en face des opinions dissidentes de la plupart des physiologistes. Mais quelques opinions particulières ont échappé jusqu'à présent à la discussion; telle est celle de Maissiat d'api'ès laqu lie le bol, élevé au-dessus du pharynx, par l'action combinée de la base de la langue et du voile, tombe dans l' arrière-bouche parce qu'il y est appelé par le vide qui s'y produit; telle est encore l'hypothèse de M. Moura où l'auteur admet bien le soulèvement du voile, mais prétend que les aliments ne sont pas ordinairement comprimés par la langue contre le voile; ceux-ci passeraient dans le pharynx parce que la base de la langue agirait sur eux à la manière d'un piston.
Nous verrons bientôt ce qu'il faut penser de la théorie de Maissiat; celle de M. Moura est inacceptable. D'abord M. Moura est à peu près le seul qui ait pu avaler des bols imprégnés d'encre sans noii'cir la face antérieure du voile du palais. De plus, sur les animaux, chez lesquels la déglutition est absolument dépourvue d'artifices, les ampoules que l'on place entre la base de la langue et la face antérieure du voile sont toujours fortement comprimées {voy. fig. 2).
Devons-nous supposer encore avec M. Moura que le voile du palais est plus ou moins utile à la déglutition suivant les espèces ; par exemple, qu'il soit indispensable à l'homme, indifférent au chien? Non. De ce qu'un chien sans voile ni piliers parvient quelquefois à déglutir seulement avec un peu de difficulté les gros morceaux sans que ni aliments, ni boissons ne reviennent par les fosses nasales {Mémoit^e sur l'acte de la de'glutition, p. 15), faut-il conclure à l'inutilité du voile? S'il en était ainsi, nous pourrions répondre qu'il est également inutile à l'homme; puisqu'il est notoire que par suite de l'habitude et de l'éducation des individus mangent assez facilement avec de larges perforations du voile du palais sans que les aliments ou les liquides sortent par le nez. D'ailleurs si le voile du palais est utile à l'homme chez qui il est réduit à de minimes dimensions, il nous paraît juste de déclarer son utilité dans les espèces où il présente plus d'étendue, comme dans l'espèce canine.
On a émis sur le rôle de la luette, des idées fort différentes. Quelques physiologistes se sont laissés entraîner jusqu'à attribuer à la luette une sorte d'in-
telligencc qui lui permettrait d'apprécier le degré de mastication nécessaire à une bonne déglutition. La luette ne paraît pas devoir remplir un rôle spécial dans la déglutition; autrement, elle existerait chez tous les grands mammifères terrestres dont la déglutition s'opère d'après le même mécaisme que chez
l'homme.
Il nous semble que l'on peut apprécier le rôle de la luette en examinant le vélum des carnassiers. Si on compare le voile du palais de l'homme à celui des solipèdes et des ruminants, on s'aperçoit que la luette est le reste d'une double échancrure faite dans la partie inférieure du voile; elle répète sur les parties molles, qui concourent à séparer les voies digeslives des voies respiratoires, l'épine nasale postérieure osseuse.
Que faudrait-il faire pour convertir le voile du palais de l'homme en un voile du palais du chien? Simplement étendre les parties latérales jusqu'au sommet de la luette. La luette est donc bien le reste d'un organe légèrement atrophié, et comme tel elle doit remplir les mêmes usages que l'organe tout entier. Elle tlevra concourir dans la mesure du possible à séparer l'arrière-bouche de la cavité naso-pharyngienne.
D. Pharynx. Dès que le voile du palais se soulève, le pharynx se raccourcit en même temps que le larynx s'élève, sous l'influence des mêmes muscles, auxquels il faut ajouter les stylo-pharyngiens. Grâce à ca premier mouvement, le phai ynx va en quelque sorte au-devant du bol, le reçoit et l'entraîne par l'action non interrompue des constricteurs. Gerdy a présenté le pharynx « se contractant, embrassant le voile par sa face supérieure et son bord libre, puis le comprimant de haut en bas et l'entraînant dans ce sens avec le bol qui est au-dessous. 11 ajoute même que dans ce mouvement le pharynx tend à avaler le voile, et l'avalerait si celui-ci n'était solidement fixé à la voiite osseuse ».
Cette interprétation tirée principalement de l'observation de soi-même fut acceptée par quelques physiologistes, vivement critiquée par d'antres. Nous devons dire que les ampoules introduites sur le cheval entre la face postérieure du voile et la paroi spinale du pharynx, en passant à travers les cavités nasales ont toujours été vivement comprimées pendant la déglutition. Du reste, il serait difficile qu'il en fût autrement sur les solipèdes dont le voile, très-développé, s'applique toujours par une certaine partie de son étendue sur le plan postérieur de l'arrière-bouche.
Mais les choses doivent se passer de la même manière, à l'intensité près, chez les espèces dont le voile est plus court. Le pharynx en se raccourcissant et en se resserrant presse évidemment sur tous les corps suspendus dans sa cavité ; de plus, comme sa contraction s'opère successivement de haut en bas, il doit tendre à les avaler. ISous eûmes parfois à souffrir de cette tendance, car quelques-unes de nos ampoules situées sur le dos du voile, chez le cheval, ont été arrachées de leur sonde et entraînées dans l'œsophage pendant les mouvements de déglutition. En présence de ces contre-temps, nous nous sommes demandé ce qu'il adviendrait du voile s'il n'était pas plus solidement fixé que nos ampoules. En un mot, l'expression de Gerdy est vive, cependant nous la tenons pour vraie.
Au surplus, ce n'est pas là le point principal de la question que nous examinons en ce moment. Il est plus intéressant de rechercher si la contraction des muscles du pharynx est l'unique force qui fait glisser le bol vers l'œsopha^-e.
llaller a admis une dilatation du pharynx au deuxième temps de la déglutition (voy. EL physioL, t. IY,p. 90). Cette assertion du célèbre physiolo^iete
2 il
ne paraît pas avoir vivement frappé les esprits, car elle fut reprise seulement par Maissiat en 1858. «t Une conséquence évidente du transport en avant de l'os hyoïde et du larynx, dit Maissiat, c'est l'ampliation du pharynx derrière eux ; il devra donc s'y faire ventouse », Pourvu qu'il ne puisse être satisfait à cette ventouse que par le haut où est le bol, l'auteur s'explique la déglutition pharyngienne. « Ainsi l'atmosphère me suffit, ajoute-t-il, et je ne puis accepter plus grande force, force active de contraction des piliers postérieurs du voile. »
En 1805, M. Guinier, se livrant à des expériences très-simples sur lui-même (voy. Gazette hebd., p. 436), fut conduit aussi à admettre que l'œsophage s'entr'ouvre et agit sur le bol à la manière d'une ventouse. Il se trouve sur le même terrain que Haller et Maissiat; il se trompe donc quand il croit que cet acte d'aspiration n'a été signalé par aucun physiologiste avant lui.
L'opinion de Maissiat fut combattue par Debrou, Bérard, Longet, Moura. Récemment encore la dilatation du fond du pharynx a été niée parCarlet. Pourtant elle existe; nous l'avons mise en évidence de la façon suivante : Après avoir pratiqué, sur le cheval, une œsophagotomie au lieutl'éiection, nous introduisons de bas en haut dans l'œsophage une sonde assez rigide munie à son extrémité d'un doigt de gant moyennement distendu par des fragments d'épongé. Nous nous arrêtons quand nous sentons la résistance considérable qu'opposent à la sonde les piliers postérieurs du voile du palais. Lorsque l'ampoule est placée dans de bonnes conditions, elle fournit à chaque déglutition des graphiques comme on en voit un en 0 fig. 5.
Ici l'animal mange, aussi les mouvements de mastication sont-ils indiqués en m, m. En d survient une déglutition, la courbe s'abaisse brusquement au-dessous de zéro, puis remonte assez rapidement '^au niveau primitif qu'elle dépasse même beaucoup pour revenir enfin au zéro où nous voyons reparaître les mouvements de mastication m', m'.
Il est donc évident d'après ce graphique qu'une ampoule située au fond du plia-
— G, de la pression à l'oiigine de l'œsophage, rynx, à l'entrée de l'œSOphagC, SC trOUVC
r7n':-;:rif;il^\ttst ^^ ^^^^^^ d'une cavité qui
nasales. ccsse de la comprimer, autrement dit, au
milieu d'une cavité qui s'agrandit.
La dilatation du fond de l'arrière-bouche et l'aspiration qu'elle exerce sur le bol ne nous paraissent donc pas douteuses. Aussi ne partagerons-nous pas l'opinion de M. Carlet qui, admet bien l'existence d'une diminution de pression dans la cavité pharyngienne, mais ne la croit pas due à l'ampliation du pharynx. M. Carlet en place la cause dans le soulèvement du voile du palais, et par conséquent, il doit en placer le siège entre la base de la langue et le voile.
Fig. 5. — Traces: L, de l'ascension ilu
aryux.
On peut faire à cette opinion une grave objection. En effet, M. Carlet s'est contenté d'explorer la cavité buccale ; comment peut-il savoir que la dépz'ession qu'il observe a son point de départ en avant ou en arrière du voile?
Quant à l'instant précis où la dilatation se produit, nous l'avons déterminé en enregistrant simultanément les déplacements du larynx L, la pression dans la cavité nasale N et dans la partie supérieure du pbarynx P. Sur celle série de tracés simultanés, on peut constater que la dilatalion du pharynx d débute avec l'ascension du larynx «, l'élévation du voile du palais d\ le refoulement de l'air dans les cavités nasales d". Par conséquent l'aspiration pharyngienne se fait sentir pendant que le pharynx se soulève, que le thyroïde entre dans la fourche hyoïdienne et que le voile du palais, soulevé, atteint la paroi postérieure du pharjTix. Elle dure autant que la compression de l'air dans les cavités nasales, et elle cesse quand le larynx commence à opérer sa descente (fig. 3).
Nous plaçons les agents de cette aspiration, comme Ilaller, MaissiatetM. Guinier, parmi les muscles chargés d'élever le pharynx, de transporter en avant et en haut et de faire basculer le larynx et de gonfler la base de la langue. A côté de ces agents, nous citerons, comme auxiliaire, une certaine aspiration thoracique sur laquelle nous nous expliquerons bientôt, aspiration (jui, au début de la déglutition, peut contribuer à raréfier l'air de la cavité pharyngienne en même temps qu'à fixer la partie inférieure de l'arrière-bouche.
Maintenant, est-ce à direquenousconsidérions l'aspiration pharyngienne comme l'agent unique du passage du bol dans l'œsophage, à l'exemple de Maissiat et peut-être de 51. Guinier? Non. La théorie exagérée de Maissiat tendrait à nier l'utilité des constricteurs du pharynx. Or, l'expérience a démontré que la section des pneumogastriques, au-dessus du plexus gangliibrme de AYillis, entraîne les difficultés les plus grandes de la déglutition. De plus, nous n'ignorons pas que les muscles du pharynx et du voile peuvent, à l'occasion, se passer de l'intervention de la pression atmosphérique. Debrou a démontré que l'on pouvait déglutir après avoir fermé hermétiquement la bouche et les narines ; nous avons répété cette expérience plusieurs fois, nous l'avons même réalisé sur des animaux après avoir pratiqué une trachéotomie, et la déglutition a paru se faire sans difficulté. Pourtant, chez l'homme, l'occlusion de la bouche et des narines n'est pas toujours absolument sans inconvénient. Lorsque le bol est très fluide, on sent quelquefois des parcelles alimentaires se projeter dans les cavités nasales au moment où le voile du palais se détache de la paroi postérieure du pharynx.
Nous conclurons donc en considérant la dilatalion et l'aspiration pharyngiennes comme une force adjuvante qui attire le bol, règle sa descente et ajoute à la rapidité de sa marche. C'était donc avec raison que nous prétendions que le bol disparaît sous l'influence de deux d'agents : l'un mécanique (contraction des muscles); l'autre physique (diminution de la pression au-devant du bol).
E. Rôle de l'appareil respiratoire. Les auteurs ont l'habitude de rattacher à la description du temps pharyngien de la déglutition l'examen de la question suivante : Comment le bol alimentaire, en traversant le pharynx, évile-t-il les cavités nasales et l'entrée des voies respiratoires?
La première partie de cette question a été jugée incidemment à propos du voile du palais. Nous avons démontré que cet organe venait toucher le pharynx par son bord postérieur, que le pharynx lui-même embrassait étroitement le vélum staphylin; il n'en faut pas davantage pour empêcher au bol alimentaire de prendre la voie des cavités nasales.
Quanta la deuxième partie de cette même question, ejle nous arrêtera plus longtemps. D'ailleurs, loin de nous borner, comme nos devanciers, à étudier seulement le rôle du larynx, nous porterons aussi notre attention sur les parties profondes de l'appareil respiratoire.
i° Aspiration thoracodiaphragmafique. Dans une note sur le mécanisme de la rumination, (voy. Co7nptes rendus de V Académie des sciences, séance du 24 août 1874). M. Toussaint a décrit des relations fort intéressantes entre l'appareil respiratoire et le mécanisme de la réjection. Nous avons montré depuis (voy. Comptes rendus de l' Académie des sciences, séance du 2 novembre 1874) que cet appareil entretient aussi avec la déglutition des relations très remarquables.
Si l'on fait communiquer la trachée avec un tambour à levier, on constate que le levier s'abaisse brusquement à chaque déglutition. Si l'on enregistre simultanément la pression trachéale T, les mouvements du thorax P et de l'abdomen F, ainsi que les déplacements du diaphragme D, ces derniers en insinuant une ampoule derrière la dix-huitième côte, entre le caecum et cette cloison contractile, on obtient la série de tracés ci-joints (figure 4).
En jetant les yeux sur ces tracés, on constate qu'au moment d'une déglutition d, toutes les courbes sont modifiées. Parmi les modifications, celle qui frappe le plus appartient à la pression trachéale qui subit une brusque et forte diminution. Au même instant, le thorax s'abaisse, le flanc se soulève et le diaphragme se contracte. (]es faits démontrent que la dépression trachéobronchique qui se produit pendant les déglutitions isolées a pour cause une dilatation de la cavité thoracique dont l'agent presque exclusif, chez le cheval, est le diaphragme. Chez le chien et l'homme, les parois costales prennent une part plus importante dans la production de celte dépression.
En rapprochant ce phénomène des actes de la déglutition pharyngienne, on remarque qu'il coïncide avec l'ascension du pharynx et l'élévation du voile du palais, c'est-à-dire avec les premiers phénomènes de la déglutition. On observe même, en étudiant ses rapports avec les mouvements de la glotte, qu il débute avant l'occlusion de cet orifice. La preuve en est fournie par les tracés de la figure 5, recueillis : le tracé P, en engageant une ampoule dans le pharynx à travers les cavités nasales; le tracé L, en enfonçant un trocart dans le vestibule laryngien, et la courbe T, en plongeant un autre trocart dans la trachée. On constate, en effet, que la dépression thoracique [a] se fait sentir un court instant {a') sur l'air du vestibule pharyngien, et même {d) jusque sur l'air de la cavité pharyngienne. On constate en outre que cette dépression cesse lorsque le pharynx est sur le point de se relâcher.
Maintenant que l'existence, la dui ée de l'aspiration thoraco-diaphragmatique et l'instant précis où elle se prodint sont démontrés, nous pouvons exa-
Fig. 4. — Traces : l*, des mouvements respiratoires du thorax recueillis avec le pneumographe de Marey. — F, des mouvements des flancs recueillis de la même iranicre. • — T, de la pression intra-trachcale.
— D, des déplaceraenls du diaphragme (cheval).
miner leurs conséquences. A nos yeux, elles sont fort iniporlanles. En effet, cette aspiration contribue à faire pénétrer les bols dans l'œsopbage, d'abord, en fixant je fond du pharynx, fixation que Scbiffa jugée utile à la déglutition et qui a déjà pour agents les stylo-pharyngiens, ensuite en raréfiant l'air de l'arrière-bouchc au devant du bol, et enfin en assurant l'occlusion du larynx pendant que les parois du vestibule et les lèvres de la glotte sont appliquées les unes contre les iuilres, et que les aliments passent au-dessus des voies respiratoires.
Tiï- 5. — Tracés supérieure ■trachéale (clievul)
dcés ; P, de la pression inlra-pliaryngieniic fournie par une ampoule engagée dans la pailic du pharynx. — L, de la pre?sion dans le voslihule sus-gloltique. — T, de la pression iiiira-
^* Larynx. Le larynx constitue une partie du planclier de la cavité parcourue par !e bol. Comment celui-ci ne s'introduit-il pas dans le vestibule laryngien? Restreignant ici la question aux déglutitions isolées, nous dirons avec les Albinus, Sandifort, Haller, etc., que le larynx évite pour ainsi dire le bol en se portant sous la base de la langue qui se gonfle de plus en plus, au fur et à mesure que l'appareil laryngien s'élève davantage, c'est-à-dire que la déglutilion pharyngienne est plus près de s'achever. De plus, l'épiglotte, dressée en <lehors de la déglutition, se renverse passivement sur le larynx, quelle que soit la consistance des bols avalés, et s'applique sur l'entrée du vestibule rétrécie par le jappi'ochement des aryténoïdes et des cordes vocales supérieures.
La glotte se ferme à son tour, passivement d'abord, aclivement ensuite, ainsi ■(jne l'avaient fait entendre Haller, Magendie, Maissiat, et ainsi que Longet l'a irréfutablement démontré. Ce physiologiste a vu effectivement la glotte se fermer après la section des nerfs laryngiens, d'oij il a conclu que les agents qui peuvent fermer la glotle pendant la déglutition ne sont pas les mêmes que ceux qui agissent habituellement dans la production des phénomènes respiratoires, et il place les premiers parmi les muscles du pharynx. Il serait sans doute plus aisé <le dire avec Schiff que l'occlusion de la glotte pemlant la déglutition peut s'ef-
fectuer sans le concours des organes qui meuvent cet orifice lors de la production des phénomènes vocaux et respiratoires. Quoi qu'il en soit, ces obstacles suffisent ponr protéger les voies aériennes. Insistons mnintenant sur deux points contestés: la fermeture plus ou moins complète du vestibule, le moment et l'importance de l'occlusion^de la glotte.
Presque tous les physiologistes de notre époque ont cru que l'épiglotte fermait hermétiquement l'entrée du larynx. M. Moura, dans ces derniers temps, a émis une opinion différente ; il pense avoir démontré expérimentalement, en introduisant dans le vestibule du chien un trocart qu'il laisse libre ou qu'il fait communiquer avec un manomètre, que le pharynx conserve des relations avec le vestibule laryngien. L'auteur fait l'emarquer que sur le chien l'introduction du trocart est difficile, et qu'on n'est pas toujours sûr du lieu où aboutit l'extrémité de la canule. C'est là justement l'objection que l'on doit faire à ses expériences. Quant à nous qui avons expérimenté sur des animaux plus volumineux, nous avons toujours constaté qu'à un certain moment de la déglutition, le vestibule est absolument clos. Nous renvoyons à la courbe L (figure 5), sur laquelle on constatera une ligne horizontale go qui démontre qu'à un moment donné la pression du vestibule est à l'abri des changements qui s'opèrent dans les parties voisines.
A propos de l'instant précis où la glotte se ferme, Haller, Magendie, Maissiat et Longet ont cru qu'il coïncidait avec le début du deuxième temps. Les graphiques de la figure 5 prouvent que cette opinion n'est pas rigoureusement exacte; ils montrent, en effet, qu'au moment où le voile et le larynx commencent à se soulever, l'aspiration thoracique peut encore se propager jusqu'au pltarynx; donc à ce moment la glotte n'est pas encore fermée. Nous avons calculé qu'il s'écoulait 3/57 de seconde, en moyenne, entre le début de la déglutition et l'occlusion de la glotte. Celle-ci n'est complète que lorsque le bol est arrivé au-dessus de l'entrée du larynx.
Nous savons que Ludwig a insisté beaucoup sur l'importance de rocclusion de la glotte, et que cette importance a paru fort grande à Magendie, puisque « c'est la raison pour laquelle aucune parcelle d'aliment ne s'introduit dans le larynx au moment où l'on avale ». Maissiat a accepté celte opinion sans réserve, car il se figurait que celte occlusion était nécessaire « pour qu'il ne soit pas satisfait au vide qui tend à s'établir dans le pharynx par l'air de la trachée. » P. Bérard, au contraire, a nie que la régularité de la déglutition soit due à la contraction de la glotte, parce que celle ouverture est située au fond d'une cavité dans laquelle les aliments ne descendent jamais. Longet, à sou tour, n'a pas admis l'absolue nécessité de l'occlusion de la glotte, car il a constaté sur deux moutons et sur deux chiens que la déglutition des solides se faisait facilement, malgré l'écartement artificiel des cordes vocales. Ces deux auteurs ont raison, et les graphiques que nous avons obtenus ont montré que l'épiglotte, les cordes vocales et les arylénoïdes suffisent pour fermer l'entrée des voies respiratoires. Ce qui ne veut pas dire que l'occlusion de la glotte ne constitue un moyen de proiection supplémentaire et efficace pour les voies respiratoires. Néanmoins, d'après cela, nous sommes étonné que Longet ait opposé les expériences que nous venons de citer à la théorie de Maissiat. En effet, lors même que la glotte esi enlr'ouverte, l'air de la trachée ne peut venir satisfaire au vide pharyngien, puisque l'entrée du vestibule est fermée; et d'ailleurs, à supposer que la trachée eût communiquée avec le pharynx, les phénomènes que nous
avons mis en évidence dans l'appareil respiratoire démontrent que cette communication eût été favorable plutôt que nuisible à la production du vide de Maissiat*.
Telle serait l'intervenlion des organes de la respiration dans le me'canisme des décflutitions isolées. Peut-être objectera-t-on que ces conclusions, tirées d'expériences faites sur les solipèdes, ne sauraient s'appliquer à l'homme. Inutile de dire que l'homme n'aurait pu sufûre à toutes nos expériences. Néanmoins nous croyons que nos résultats lui sont applicables, attendu que, si quelques phénomènes principaux sont communs à plusieurs espèces, il est infiniment probable que tous ou presque tous les autres seront identiques. L'aspiration Ihoracique, par exemple, est un fait capital qui doit primer la plupart de ceux que l'on peut observer sans vivisection. Partoutoù elle existera, il nous paraît certain que le larynx se comportera comme chez le cheval. Or cette aspiration fhoracique se présente très-manifestement dans le chien (où les côtes jouent un rôle considérable) ; elle existe aussi dans l'homme. En conséquence, nous pensons que notre description de la déglutition pharyngienne s'applique à ce dernier. Nous ne pouvons admettre qu'une légère modification dans la forme des organes entraîne un changement notable dans la fonction. Par exemple M. Moura a distingué sur l'homme cinq types d'épiglotte ; faudrait-il admettre que notre déglutition s'accomplit d'après cinq modes différents? Si nous nous arrêtons sur ce point, c'est garce que certains observateurs sont enclins à créer autant de mécanismes qu'ils rencontrent de variétés anatomiqups.
F. Relâchement du pharynx. Sous l'inlluence des agents mécaniques et physiques que nous venons de décrire, le bol se précipite de la bouche dans l'origine de l'œsophage. Ce passage, dont la durée s'étend depuis le début de la dépression thoraco-diaphragmatique jusqu'à l'ouverture de la glotte, se fait en 12/37 de seconde environ. Quand il est accompli la langue revient au repos, le larynx retombe en quelque sorte à sa position naturelle, le pharynx qui s'était raccourci et resserré reprend ses dimensions normales, le voile du palais relâché quitte la paroi postérieure de l'arrière-bouche, l'épiglotle se redresse, le vestibule laryngien et la glotte s'entrouvrent. Ces phénomènes débutent au même instant, comme par le jeu d'une détente, à la fm des déglutitions isolées pharyngiennes. Le relâchement est complet après 3/57 de seconde. Le retour brusque du pharynx à ses dimensions premières est le fait qui domine cet ensemble de phénomènes; c'est lui qui s'accuse le plus manifestement par l'influence qu'il exerce sur les cavités voisines mises tout à coup en comnmnication avec l'arrière-bouche. Ainsi, l'air du vestibule, des cavités nasales, de l'oreille moyenne est appelé vers l'organe qui s'agrandit et dont la pression tend à se mettre en équilibre avec celle de l'atmosphère ambiante et de l'arbre respiratoire. Il en résulte une seconde aspiration pharyngienne, visible sur tous les graphiques (o et r, fig. 5, — P et M, fig. 5, — B et P, fig. 2), consécutive au passage du bol et d'autant plus accusée que le pharynx aura éprouvé plus de difficulté à agir sur les matières à déglutir. C'est elle que Massiat mettait en évidence à l'aide d'un petit manomètre fixée dans une narine.
Cet auteur se trompait donc, ainsi que Kiiss le faisait remarquer dans son Cours (le physiologie [voy. p. 248), sur l'importance de l'aspiration qu'il observait dans une expérience ; mais, cette explication étant donnée, nous ne crai-
• Pour plus de détails sur le rôle de l'épiglotte, voir le Mécanisme des déglutitions associées.
gnons pas d'avouer que Maissiat était dans le vrai en affirmant la dilatation de rarrière-bouche.
Tels sont les phénomènes qui, par leur ensemble, constituent la déglutition bucco-pharyngienne isolée. Étudiés avec la méthode qui a pu nous renseigner sur leur simultanéité ou leur succession, sur leur intensité et leur siège, nous savons maintenant que les bols disparaissent de la bouche par l'action des muscles des mâchoires, delà langue, du voile du palais et du pharynx (agents mécaniques) aidée de certaines tendances au vide, de ventouses (agents physiques) dont le siège se déplace d'avant en arrière comme le bol lui-même, aidée enfin par les organes de la respiration dont l'intervention est signalée ici pour la première fois.
Avant de passer au mécanisme des déglutitions associées, il nous reste à dire un mot des déglutitions d'air. On av;de une petite partie de l'air de l'arrièrebouche avec les aliments et la salive sécrétée oendant l'abstinence, sans que l'on s'en aperçoive. A la suite d'une série de déglutitions ariifjciellejiiont provoquées «ur les animaux, la salive recueillie dans l'œsophage est parfois iortemeni spumeuse. Mais la inculte d'introduire de l'air seulement dans l'estomac (en laissant le vomissement de côté) est beaucoup plus rare. Cependant dans un mémoire très-ancien (1815), Magendie affirmait que la faculté de déglutir de l'air était plus commune qu'on ne le pensait, et que dans tous les cas il était assez facile de l'acquérir par l'exercice. L'introduction de l'air dans l'estomac se fait par déglutitions isolées. Celles-ci présentent une difficulté, c'est la préhension de l'air par le pliarynx. Ce gaz échappe aisément aux actions musculaires qui tendent à le saisir. Aussi, pour vaincre cette difficulté, est-on dans l'habitude de rapprocher le menton de la poitrine et de l'éloigner ensuite brusquement de cette région. C'est ainsi que l'on fait, du reste, chaque fois que l'on éprouve quelques difficultés à déglutir. Quant au mécanisme de ces déglutitions, il est, selon toute probabilité, identique à celui que nous avons décrit lorsiiu'il s'agit d'avaler de très-petits bols fluides.
2" Déglutitions associées et successives. Ailleurs, nous avons dit que ces déglutitions s'exerçaient sur les liquides. « Nous avalons ceux-ci, dit Magendie, ])ar le même mécanisme que les aliments solides; mais comme les boissou.s glissent plus aisément à la surface de la membrane muqueuse du palais, de la langue, etc. ; comme elles cèdent sans difficulté à la moindre pression et qu'elles présentent toujours les qualités requises pour traverser le pharynx, elles sont en général avalées avec moins de difficulté que les aliments solides. Je ne sais pourquoi l'opinion contraire est généralement répandue. » {Précis élément, de j)hysiologie, t. 11).
Les auteurs de l'article Digestion du Dictionnaire de médecine (édition de 1835) pensent, avec Gerdy, que les aliments et les boissons sont introduits dans l'œsophnge par un mécanisme absolument semblable. Longet, après avoir • écrit dans la première édition de son Traité de physiologie que l'épiglottc ne se renverse pas dans la déglutition des boissons et que celles-ci gagnent l'œsophage en suivant les rigoles qui régnent sur les côtés de l'orifice supérieur du larynx, est revenu sur cette assertion dans les éditions ultérieures. M. G. Colin, de hon côté, annonce de très-légères différences que l'on ne trouve pas dans la description détaillée qu'il donne de la déglutition des boissons.
Bref, les physiologistes qui n'ont pas aftiimé une identité absolue dans la fonction restent dans une indécision que nous nous expliquons parfaitement,
attendu qu'ils étaient plus préoccupés de l'état physique des bols que du mode selon lequel les déglutitions se succèdent. Voyons les enseignements que -donne la méthode graphique.
A. Mouvement des mâchoires. La préhension des boissons peut débuter à n'importe quelle période de la fonction respiratoire, tandis que les déglutitions isolées coïncident à peu près toujours avec la fin de l'inspiration. Si on explore les masséters, comme on l'a fait pour les déglutitions isolées, on constate que les mâchoires s'écartent moyennement et restent dans cette position qu'elles exagèrent un peu à l'introduction de chnqiie nouvelle gorgée, pour se rapprocher ;ilternativement de manière à revenir à leur éc;irtement moyen. La dilïérence pi inci- .paie que présente le jeu des mâchoires dans les déglutitions associées consiste donc dans la persistance de l'écarlement moyen des maxillaires. On conçoit aisément, du reste, la nécessité de cet écarlement, car il permet aux boissons de trouver place dans la bouche; on conçoit, pour une raison analogue, la nécessité d'un écaitement sup[)lémentaire à l'introduction de chnquc gorgée; enfin on comprend aussi la légère contraction des masséters à chaque déglutition, car c'est grâce à elle que les muscles élévateurs du larynx peuvent trouver un point d'appui solide sur la mâchoire inférieure.
B. Ascension du larynx. Elle s'opère par le même mécanisme et au mémo instant que dans le cas de déglutitions isolées. Seulement on remarque que le larynx tend à se fixer dans une position intermédiaire entre la plus basse et la
Fig. (J. — Tracé delà pressioD dans les cavités nasales del'homir.e pendant la préhension des boissons
d'un trait.
plus élevée et qu'il subit autour de celte position moyenne de petits mouvements d'ascension et de descente. Sur un tracé des déplacements du larynx d'une assez longue durée, on constate que les minima forment une courbe convexe qui croit tant que le sujet boit avec une grande rapidité et décroît ensuite au fur et à mesure que les gorgées s'éloignent les unes des autres. La précipitation avec laquelle les gorgées sont dégluties ne permet pas au larynx d'exécuter sa courbe dans toute sa carrière.
G. Rôle de la langue, du voile du palais et de Visthme. L'homme prend habituellement ses boissons de deux manières différentes : ainsi les boissons arrivent dans la bouche par le jeu de la langue qui fait office de piston (exemple : lorsque nous buvons avec une pipette ou dans un verre presque vidé) ; ou bien les liquides sont comme versés dans la bouche sous la forme d'une nappe continue du récipient au fond de la bouche (ex., lorsque nous buvons d'un trait dans un verre exactement rempli avec la tête un peu renversée). Ces différences dans la préhension en entraînent aussi dans la déglutition.
Dans le premier cas, les tracés du fond de la bouche et des cavités nasales
2à2 DÉGLUTITION.
ressemblent beaucoup à ceux que l'on obtient pendant les déglutitions isolées. 11 n'y a qu'à signaler dans les premiers une légère courbe positive entre le passage de deux gorgées, courbe qui correspond à l'accumulation des liquides dans la cavjté buccale sous l'influence de la langue qui manœuvre comme un piston. Par conséquent, dans ce cas, le voile et l'istbme n'offrent rien de particulier. Mais dans le second cas, on observe que la pression des cavités nasales s'élève légèrement au début [voy. fig. 6, a), puis reste uniforme pendant une partie de la durée de l'ingestion des boissons; puis en b, le niveau s'étant notablement abaissé dans le verre, les déglutitions s'éloignent les unes des autres, on retombe dans le premier cas et l'on constate les oscillations ordinaires de la pression dans les cavités nasales. D'où l'on peut conclure que, dans la déglutition des boissons d'un trait, comme on le dit vulgairement, le voile du palais se soulève et se fixe dans cette position. Par suite, si la respiration n'est pas suspendue, elle s'opérera par la bouclie. Les expériences que nous avons faites sur les amraaux ont confirmé celte assertion. Elles nous ont enseigné, en outre, que l'isthme tend à se dilater de plus en plus au fur et à mesure que les déglutitions se succèdent en plus grand nombre, et que les oscillations du voile du palais sont plus limitées qu'après le passage d'un bol solide. L'intervention de ces organes est fortement atténuée dans l'action de sabler ou de boire à la régalade.
D. Pharynx. Généralement le passage des boissons dans cet organe se fait en deux temps, ou mieux le liquide éprouve dans cet organe deux impulsions successives. Les graphiques témoignent que la première impulsion résuite du resserrement de l'isthme sur le bol el que la seconde est imputable à l'action des constricteurs du pharynx. Ce mode de progression du bol appartient aussi
¥}g. 7. Tracés: P, de la pression inU-a-pharyngienne; 0, de la pression à l'entrée de l'œsophsge
pendant une série de déglutitions associées.
aux déglutitions isolées ; mais il est incomparablement plus accusé dans les déglutitions associées ; c'est donc un de leurs caractères principaux. Ce n'est pas tout. Si l'on introduit une ampoule élastique dans la région moyenne du pharynx, une autre dans l'arrière-fond de cette cavité, on observe une augmentation de la pression moyenne dans le pharynx pendant l'ingestion des boissons (fig. 7), tandis que l'on obtient une dépression très-marquée à 1 origine de l'œsophage (Voir le graphique ci-joinl). P (fig. 7) nous donne
la pression intra-pharyiigienne; 0 (fig. 7), la pression à l'entrée de l'œsophage ; nous \oyons qu'au début a des déglutitions associées les minima s'élèvent dans le pharynx, s'abaissent, au contraire, dans l'anière-fMid de cet organe, et cela jusqu'en b où les courbes reviennent au zéro, c'est à-dire jusqu'à l'instant où surviennent les déglutitions isolées qui ont pour but de débarrasser les premières voies des gouttes qui restent attachées à leiu's parois.
Les conséquences qui résultent de ces faits s'accordent parfaitement avec les particularités que l'ascension du larynx nous a offertes. Le pharynx, lui aussi, n'a pas le temps de revenir à sa position première, entre deux gorgées successives ; par conséquent il reste dans un raccourcissement permanent qui s'accroît à chaque déglutition et a pour effet de dilater d'une manière permanente l'ori°'ine de l'œsopliage. Ces modidcations sont très-favorables à la prompte disparition des liquides.
E. Rôle de l'appareil respiratoire. Les physiologistes sont presque tous muets sur le jeu de l'appareil respiratoire pendant les déglutitions associées, à part celui de l'épiglotte.
1<* Cavité thoracique. M. G. Colin admet que lorsque les liquides sont déglutis en quantité un peu considérable, ils passent sous forme d'ondées pardessus l'orilice du larynx, et que dans l'intervalle de deux ondées la glotte s'ouvre pour livrer passage à l'air expiré et inspiré.
En explorant le thorax avec des appareils enregistreurs, on constate que la respiration est parfois complètement suspendue pendant la déglutition des boissons. Mais, dans la plupart des cas, la respiration continue. Les courbes respiratoires perdent généralement en amplitude et gagnent en longueur ; de plus, elles présentent des oscillations en nombre égal à celui des gorgées avalées dans la durée de l'expérience. Ces oscillations ont une forme renversée dans le thorax et le flanc. Combinées avec celles de la courbe intra-trachéale, elles démontrent que le diaphragme se contracte et s'abaisse à chaque gorgée comme il le fait dans les déglutitions isolées. Par conséquent, le jeu du thorax ne montre pas de différence fondamentale ; seulement, dans le cas présent, l'intervention du diaphagme revient plusieurs fois et indifféremment pendant l'inspiration et l'expiration, de telle sorte qu'elle imprime aux parois thoraciques et abdominales des ébranlements très-multipliés.
2" Larynx. Le larynx se comporte-t-il autrement dans l'un ou l'autre cas? Au fond, encore non. Le vestibule et la glotte se ferment, le larynx tout entier se transporte sous la base de la 1 angue, l'épiglotte se renverse pour laisser passer au-dessus d'elle les ondées de boissons; on observe une seule différence un peu importante pendant les déglutitions associées ; c'est la rapidité des oscillations de l'épigloUe. Elle est telle que l'air s'accumule en quelque sorte dans le vestibule laryngien. Ce fait devient surtout évident, lorsque les sujets maintiennent leur glotte exactement fermée, ou lorsqu'on isole la partie supérieure de la trachée. Dans les conditions habituelles, le mouvement de l'air à chaque déglutition rétablit l'équilibre dans la cavité du larynx.
En un mot l'appareil respiratoire se comporte toujours de la même manière. Néanmoins, comme le rôle de l'épiglotte a donné lieu à de mémorables travaux et à de nombreuses discussions, nous allons examiner avec plus de détails les opinions qui se sont produites à son sujet.
Galien attribuait à l'épiglotte un rôle important dans l'occlusion des voies aériennes, et il croyait que ce cartilage était renversé sur le larynx par la près-
254 DEGLUTITION.
sion du bol aliraeutaire. Hdller se faisait une idée non moins importante de ce rôle, tout en rejetant l'opinion de Galien sur le mécanisme de l'abaissement de cet organe. 11 pensait qu'à la suite de la destruction ou de la tuméfaction de ce cartilage la déglutition des liquides pouvait causer de funestes accidents : « Hinc ah epiglottide erosa, aut rigida, aut resoluta, ut inverti nequiret, ex illapso in laryngem potu, funesti eventus sequuntur ». {El. physioL, t. VI, p. 89). Jusqu'en 1813, l'assertion de Haller eut cours parmi les physiologistes; elle était, du reste, appuyée sur des observations cliniques recueillies par Mercklin, Ch. Bonnet, van Helmont. A cette époque, Magendie entreprit de Ja soumettre au contrôle de l'expérimentation. Après avoir enlevé l'épiglotte sur des chiens, ou après avoir annulé ses mouvements, tout en respectant le reste du larynx, Magendie s'aperçut que ces animaux avalaient les solides et les liquides sans la moindre gêne ; les difficultés survenaient lorsque l'ablation de l'épiglotte était accompagnée de la section des nerfs laryngés ; d'où il conclut que l'épiglotte est inutile à la déglutition des solides et des liquides. Malgré l'autorité de Magendie, l'opinion de Haller et les faits cliniques laissaient subsister des doutes sur le véritable rôle de l'épiglotte. D'ailleurs, déjà en 1816 Reichel avait constaté expérimentalement que l'absence de ce fibro-cartilage apportait une gêne à la déglutition des liquides. La physiologie était donc hésitante lorsque, ea 1841, Longet fit une série d'expériences analogues à celles de Magendie. Sa conclusion fut que « si les aliments solides passent facilement sans cet opercule (l'épiglotte), il n'en est plus de même des liquides, dont la déglutition est constamment suivie d'une toux convulsive ». Il compléta la partie expérimentale de son travail en rapportant de nouveaux faits cliniques dus à Pelletan, Larrey, Louis, etc., dans lesquels on avait toujours observé que la destruction de l'épiglotte était plus nuisible à la déglutition des liquides que les altérations de la glotte. L'épiglotte paraît donc inutile à la régularité de la déglutition des solides. Au contraire, elle semble utile à la déglutition des liquides. Dans ce cas, quel peut être son rôle? Schiff, qui confirma l'opinion de Magendie, Reichel et Longet, en ce qui concerne l'ingestion des solides, observa qu'après l'ablation de l'épiglotte la déglutition des boissons n'était pas fatalement accompagnée d'une quinte de toux. Quand l'animal a le temps de débarrasser, par des déglutitions isolées, sa bouche et son arrière-bouche des gouttes de liquide qui sont restées adhérentes à leurs parois, tout se passe sans accident. Mais si l'animal est brusquement dérangé pendant qu'il boit, ou s'iloubhe d'exécuter les déglutitions isolées dont le but est de vider parfaitement la bouche, la toux survient constamment.
Par conséquent, quand l'épiglotte est utile, son rôle n'est pas de protéger le larynx pendant le passage des ondes liquides, mais de prévenir l'introduction des gouttelettes qui s'amassent dans le vestibule, à la base de la langue, après la déglutition. Tel est, d'après Schiff, le rôle de l'épiglotte dans les déglutitions associées et successives.
Le cartilage entier ne serait pas indispensable à la régularité de la déglutition des liquides. Longet et Schilf sont d'accord pour affirmer que l'excision incomplète de l'épiglotte ne modifie pas sensiblement la déglutition des aliments et des boissons. Moura croit aussi que « le tiers inférieur de l'épiglotte de l'homme prend seul une part directe à l'occlusion du larynx pendant la déglutition et joue le rôle d'opercule. » D'après le même auteur, l'épiglotte parviendrait à remj)lir ce rôle par des déplacements aussi variés que sa forme. Si l'épiglotte
a la forme à'uu oméga, elle ne s'abaisse ni ne culbute; si elle est en fer à cheval, elle s'abaisse à peine, ses côtés se rapprochent et son bord libre se renverse légèrement en avant ; si elle est en demi-cercle ou en arc de cercle, elle s'abaisse ou culbute manifestement; enfin, si elle a la forme d'un cône tronqué, son abaissement, peu sensible, est plus ou moins marqué suivant son inclinaison sur le larynx, mais ses bords se rapprochent et sa partie libre se porte fortement en arrière. 11 paraît bien, en effet, que lorsque l'épiglotte est aiguë, elle se renverse sur le larynx, car M. Guinier, dont l'épiglotte a cette forme, a toujours vu la face laryngée de cet organe subsister avec sa couleur caractéristique après la déglutition de l'encre la plus noire. Chez le chien et les animaux qui ont l'épiglolte triangulaire ou en feuille de sauge, le phénomène s'opère d'après ce dernier mode. De sorte que, en définitive, l'épiglotte protège toujours le larynx, mais elle y parvient d'une manière différente et sa partie libre y prend une part plus ou moins importante.
On peut se demander maintenant pourquoi toutes les observations cliniques ne sont pas d'accord avec les données de la physiologie expérimentale. Nous répondrons à cela que toutes les conditions d'une lésion accidentelle ne sont pastoujours parfaitement connues. Le siège exact, les limites, l'étendue d'une blessure, d'une ulcération, sont souvent difficiles à préciser. En outre, les ulcérations syphilitiques ou tuberculeuses de l'épiglotte s'accompagnent presque constamment d'adhérences, de tuméfactions ou d'indurations irrégulières; delà, les difficultés apportées au jeu du larynx, de la langue, du pharynx, et conséquemment des troubles dans la déglutition indépendants de la destruction propre me dite de l'épiglotte. M. Moura rapporte deux cas où de petites tumeurs et un œdème gênaient les mouvements de l'épiglotte, rendaient la déglutition difficile et à chaque instant dangereuse {Mémoire sur la déglutition, p. 51). Il ne faut donc pas attacher une trop grande importance aux faits pathologiques et surtout mettre en doute les données de la physiologie, parce qu'elles ne rendent pas un compte satisfaisant de tous les cas cliniques.
A propos de l'épiglotte, nous ne pouvons nous dispenser de dire un mot de la discussion qui fut soulevée, il y a quelques années, par la question du gargarisme laryngien. En 1865, M. Guinier, agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier, consultant à Cauterets, fit voir qu'avec un peu d'habitude on parvient à introduire des liquides dans le vestibule laryngien et à les maintenir un certain temps au contact des cordes vocales rapprocliées. Les petites manœuvres à employer pour atteindre ce but consistent, d'après M. Guinier: 1" à relever légèrement la tète ; 2» à ouvrir légèrement la bouche ; 5° à avancer la mâchoire inférieure en élevant le menton ; 4" à se mettre en position d'émettre, ou chercher à émettre réellement le son de la double voyelle œ ; 5» à ré<ïler sa respiration.
Cette tolérance du larynx annoncée tout à coup surprit le monde médical. Les communications de M. Guinier allumèrent une discussion, quand on put croire qu'elles avaient la prétention d'affirmer que dans le mouvement normal de la dé-lutition le bol alimentaire passe directement, sans renversement préalable de l'épiglotte, sur le plancher formé par la contraction de la glotte.
C'était à l'aide du laryngoscope que M. Guinier démontrait sur lui-même que telle peut être la marche d'un bol alimentaire. Son langage, empreint probablement de 1 enthousiasme que communique toujours l'amour des méthodes nouvelles laissait deviner plus qu'il ne voulait dire. Tout d'abord, M. Guinier n'a voulu
256 DÉGLUTlTIOiN.
parler que d'un mouvement de déglutition artificiel. Son but était de prouver la .tolérance du vestibule pour les liquides. Aussi est-ce peut-être le fait d'un malentendu, s'il fut vivement attaqué par M. Krishaber qui démontra jusqu'à l'évidence que normalement la déglutition ne s'opère pas d'après le mécanisme que M. Guinier pouvait montrer à tout le monde. Quoi qu'il en soit, les études laryngoscopiques de M. Krishaber eurent pour second résultat de prouver que M. Guinier n'était pas doué, à l'exclusion de tous les autres, d'un lai'ynx tolérant, autrement dit que le gargarisme laryngien était possible avec un peu d'exercice. La discussion que nous venons de résumer fut publiée dans VUnion médicale de 1865. Depuis cette date, M. Guinier écrivit une étude sur le gargarisme laryngien (1868) dans laquelle il a rassemblé tous les matériaux de cette discussion, et après quoi il déclare qu'il serait prêt à abandonner les vues théoriques qu'il aurait pu exposer, en maintenant toutes ses affirmations l'elatives à la possibilité du gargarisme laryngien.
F. Relâchement du pharynx. Après le passage d'une ondée, l'appareil laryngo-pharyngien tend à reprendre sa position de repos; mais pendant la déglutition associée le pharynx ne se relâche pas complètement à chaque gorgée. Nous avons démontré ailleurs l'existence de cette particularité. Elle a pour couséquence une atténuation considérable de l'aspiration que le pharynx exerce sur l'air des cavités voisines, à la fin des déglutitions isolées. Cette aspiration n'apparaît réellement qu'à la suite des déglutitions qui ont pour but de vider l'arrièrebouche des gouttes de liquide qui ruissellent sur ses parois après la préhension des boissons.
L'étude comparative à laquelle nous venons de nous livrer a prouvé que le mécanisme de la déglutition pharyngienne ne présentait pas de changements fondamentaux, qu'elle s'exerçât sur des liquides ou des solides, et que les faibles modifications que nous avons signalées tiennent surtout à l'isolement ou à l'association de ces déglutitions, et non, comme les physiologistes paraissent portés à le croire, à l'état physique des substances à avaler.
II. Deuxième temps ou temps œsophagien. Sur ce point, les auteurs sont très brefs. Us se bornent à montrer l'oesophage saisissant les bols poussés dans sa partie initiale et les portant jusqu'à l'estomac par les contractions péristaltiques de sa couche charnue, et à signaler l'influence favorable que la laxité de la muqueuse ^ exerce sur la marche des aliments, laxité telle qu'elle permet à cette membrane de faire une saillie circulaire dans l'estomac au moment où le bol franchit le cardia (Halle). Magendie, Schiff nous ont encore appris que la progression du bol est lente, qu'elle va en diminuant de haut en bas, qu'elle se suspend quelquefois et attend l'arrivée d'un autre bol, enfin (Schiff) qu'au voisinage du cardia elle s'accélère et se termine par une impulsion rapide et continue. L'étude du mécanisme de la déglutition œsophagienne ne peut se borner à ces quelques faits. Ce mécanisme ne présenterait-il jamais de différence, qu'il s'agît de déglutitions isolées ou de déglutitions associées ? Dans l'un et l'autre cas, comment se fait-il que le bol ne reflue pas dans le pharynx lorsque l'œsophage tend à agir sur lui et à l'entraîner? Ces points sont intéressants et méritent d'être examinés.
1 On ne saurait douter de ceUe influence, car on observe chez certains animaux où la muqueuse adhère à la tunique charnue, que la mobilité est remplacée par un développement extraordinaire de glandes mucipares.
1" Déglutitions isolées. On a vu dans la description du premier temps que le bol était poussé et appelé tout à la fois, vers l'entrée de l'œsopliage, dans une cavité située en arrière et au-dessous des aryténoïdes. Lorsque le pharynx retombe et que l'oesophage entre en contraction, pourquoi le bol ne retourne-t-il pas dans l'arrière-bouche ? Pour résoudre cette question, il faut se reporter à la disposition anatomique de la région pharyngo-œsophagienne, et, pour bien comprendre celte dernière, l'examiner chez les mammifères domestiques et chez l'homme.
Sur les solipèdes^ on constate que l'œsophage commence par une sorte de cavité urcéoliforme limitée en haut par un cordon librcux qui semble se porter d'une articulation crico-thyroïdienne à l'autre. A l'intérieur, le pharynx est nettement séparé de l'œsophage par les piliers postérieurs du voile du palais qui contournent les aryténoidcs et se rejoignent au-dessous de ces cartilages. Le doigt s'engage difficilement au-dessous de ce repli muqucux, mais quand il l'a franchi, il se trouve à l'aise, soit du côté du pharynx, soit du côté de l'œsophage. Cette disposition est complétée par des muscles dont l'agencement est foi t remarquable. En effet, pour ne parler que d'un seul faisceau du constricteur inférieur, on constate que le muscle crico-pharyngien se décompose en deux [>ortions qui se recouvrent en partie : la portion superficielle, la plus forte, est constituée par des fibres dirigées de bas en haut, d'arrière en avant, venant se fixer sur le cordon fibreux situé en arrière des piliers postérieurs du voile; la portion profonde se dirige transversalement vers le bord de l'œsophage où elle se divise en deux bandelettes qui passent, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de l'origine de ce conduit, et vont à la rencontre de celles du coté opposé. Cette portion est disposée à peu près comme le muscle de Wilson autour de la partie pelvienne de l'urèthre.
Sur le chien, les piliers postérieurs du voile ne contournent pas les cartilages aryténoïdes ; l'anneau qu'ils constituent est interrompu, de chaque côté, dans sa partie moyenne, mais il reparaît en arrière de l'entrée de l'œsophage sous la forme d'un cordon muqueux et glandulaire. Quant à l'appareil musculaire, il rappelle celui du cheval.
Enfin, sur l'homme, on ne trouve plus trace des limites intérieures du pharynx et de l'œsophage. Les piliers postérieurs du voile du palais sont déjà affaissés, lorsqu'ils arrivent en face des replis ary-épiglottiques. Mais la musculature affecte une disposition analogue à celle des solipèdes. Ainsi, le faisceau profond du constricteur inférieur (crico-œsophagien ou œsophagien de Winslow et de Santoriui) est constitué par des fibres transversales qui se confondent avec celles du faisceau opposée
A l'aide de ces notions anatomiques, on devine aisément la marche que suivra le bol. Par suite du raccourcissement du pharynx, ce bol s'est engagé au-dessous des piliers postérieurs du voile du palais ou du point qui répond à leur situation. Quand le pharynx se relâche en haut, le crico-pharyngien entrant en contraction tendra, grâce à la direction de ses fibres, à appliquer la partie postérieure de
* A notre avis, ce faisceau doit être rattaché à l'œsophage, ainsi que les faisceaux longitudinaux qui partent du larynx pour se perdre sur ce conduit. Cruveiihier (Splanchnolooie p. 105) se plaît à faire remarquer que les constricteurs du pharynx sont imbriqués de haut en bas et de dehors en dedans pour faciliter la progression du bol alimentaire et éviter l'engouement du canal digestif. Or, ce faisceau du crico-pharvngien se comporte autrement Cet argument ne viendrait-il pas s'ajouter à ceux que nous avons déjà produits pour démontrer que cet organe appartient plutôt au système musculaire de l'œsophage qu'à celui du pharynx.
DICT. ENC. XXVI. J7
celte cavité contre la face correspondante du larynx. Parce premier mouvement, le pharynx se trouvera séparé de l'œsophage; il sera donc impossible au bol de refluer vers son point de départ. En outre, comme le crico-pharyngien tire la paroi postérieure du pharynx de haut en bas, en rasant les aryténoïdes, il entraînera le bol dans une région plus profonde.
Tel serait, d'après nous, le mécanisme de l'emprisonnement du bol dans l'œsophage. L'action du crico-phanjngien devient le signal de la contraction à&scrico ei arijléno-œsopliagiens longitudinaux. Celle-ci entraîne à son tour l'action des plans charnus de l'œsophage proprement dit, et le bol est ainsi promené de la bouche à l'estomac, avec une vitesse moyenne de 0™,200 par seconde dans la région cervicale, de 0™, 050 dans la partie blanche ^
L'onde périslaltiiiue qui transporte le bol peut quelquefois le laisser en route et continuer néanmoins sa marche jusqu'à la partie blanche. Ce caractère du péristaltisme de l'onde œsophagienne a été découvert par Chauveau, conslaté par Wild et par nous-mème. Nous nous en servirons bientôt pour préciser le rôle du conduit dans les déglutitions associées.
Quant à l'intensité de la contraction de l'œsophage, elle est d'autant plus grande que le bol à avaler est plus volumineux et plus grossier ou plus petit ou plus fluide. On pressent les conséquences pratiques qui découlent de ce fait; lorsqu'il y aura intérêt à ménager l'œsophage (œsophagite légère), il faudra prendre des bols moyens, bien délayés, plutôt que des bols très petits.
2° Déglutilions associées et successives. On a cru que l'œsophage agissait toujours de la même manière, quel que soit le mode de succession des déglutitions et la nature des substances dégluties: dans les déglutitions isolées, la contraction ondulatoire marcherait avec lenteur ; elle marcherait avec une grande rapidité pendant la déglutition des boissons, « comme on peut s'en convaincre, dit MùUer, chez un cheval qui boit « .
Ce changement brusque et considérable dans la vitesse de l'onde péristaltique œsophagienne a fait naître dans notre esprit des soupçons sur l'identité du rôle de l'œsophage dans les deux cas. Ces soupçons s'accentuèrent davantage, quand nous eûmes comparé les courbes fournies par des am[ioules élastiques introduites dans l'œsoi liage pendant les déglutitions isolées et pendant les déglutitions associées et successives. Aujourd'hui nous pouvons affirmer que, dans ce dernier cas, la tunique charnue de l'œsophage reste inerte et que l'œsophage tout entier est réduit à l'état de simple tube de conduction.
a. Si l'on introduit une ampoule élastique dans la partie cervicale de l'œsophage d'un cheval et que Ton fasse boire cet animal, on obtient le tracé A (figure 8) ; de il à c?, on voit la forme des trois dernières déglutitions de boissons; en cl, l'animal fait une de ces déglutitions isolées dont le but est de débarrasser la bouche des gouttes de liquide qui y sont restées, et l'on peut constater une très grande dilléreiice entre les premières courbes et les dernières. Celles-ci étant semblables aux courbes de la contraction physiologique de l'œsophage, on sent déjà que si le conduit s'est contracté pendant que l'animal prenait ses boissons, la forme de celte contraction est loin de ressembler à celle des contractions qui accompagnent les déglutitions isolées. Mais nous allons démontrer que de A en d l'œsophage était complètement inerte.
* Ces cliiffres ont étéTecueilIis sur le clieval. Cliez l'homme, dont la partie thoracique de l'œsophage est plus riche en fibres striées, la vitesse dans cette portion doit être plus considérable.
b. Nous savons que l'un des caractères de la contraction œsophagienne est de se présenter comme une onde péristaltique qui chemine le long du conduit, malgré la sortie du bol qui l'avait de'terniinée.
Le péristaltisme n'existe plus pendant la déglutition des boissons à gorgées précipitées. Les graphiques de la figure 8 le démontrent manifestement : on découvre l'œsophage vers le milieu du cou; on lie la membrane muqueuse, et on pratique une fistule au-dessus et au-dessous de la ligature. Par ces fistules on introduit deux ampoules, l'une vers la tête, c'est-à-dire dans la partie de l'œsophage qui sera parcourue par le liquide, l'autre vers la poitrine, en dehors de
■Fig. 8. — Tracés fournis par deux ampoules élaslirpies inlroiluiics Jans l'œsopliage (partie rovige) iln clieval penilantla prehensiou des boissons. — A, ampoulo siluée sur le trajet du liquide. — A', ampoule placée au-dessous du poiut de sortie des boissons par une listulc faite à l'œsophage.
l'action de ce dernier. La première ampoule donne le tracé A, la seconde, le tracé A'. On constate sur ces tracés enregistrés simultanément que la première ampoule seule est modifiée pendant le passage des boissons, tandis qu'elles le sont toutes deux successivement [d et iV] quand le sujet, ayant cesse de boire, fait une déglutition isolée.
Nous pourrions donc conclure de ce premier fait, que l'œsophage ne se contracte pas durant la préhension des boissons à gorgées successives et précipitées.
c. Celte assertion est encore appuyée par des considérations tirées dé la vitesse de l'onde péristaltique. Nous avons déterminé celte vitesse, et il est résulté de nos calculs qu'un bol solide ou liquide, qui serait conduit à l'estomac p.ir la contraction de l'œso phage, mettrait eu moyenne dix secondes, sur le cheval, pour arriver au but. Cette lenteur est incompatible avec la rapidité des déglutitions associées. 11 ne faut pas oublier qu'un cheval peut ingérer de 90 à 115 gorgées par minute, que chaque gorgée pèse environ 200 grammes et occupe un segment de l'œsophage long de 0'",15 en moyenne; de sorte que, en moins de dix déglutitions, c'est-à-dire en moins de cinq secondes, l'œsophage serait rempli d'un bout à l'autre et, de plus, contracté jusqu'à son origine, s'il agissait comme il le fait dans les déglutitions isolées. Or, on sait que la déglutition des boissons ne se suspend pas à chaque instant pour attendre la désobstruction de l'œsophage. Par conséquent, la membrane charnue n'entre pas en contraction.
d. Malgré ces preuves, on pourrait être tenté de croire que les courbes de A
à d (fig. 8) traduisent réellement des contractions qui s'arrêteraient brusquement là où le liquide cesse de circuler dans l'œsophage. Il est facile de lever ce scrupule. Partant de ce fait incontestable que toute partie musculaire qui se contracte se gonfle proportionnellement à l'intensité de sa contraction, si l'on saisit seulement lu tunique charnue de l'œsophage entre les mors d'une fine pince myographique et si l'on engage une ampoule dans le conduit, à la même hauteur, une déglutition accompagnée d'une contraction de l'œsophage devra produire les modifications suivantes : 1" du côté de J 'ampoule, une très-légère
Fig. 9. — G, tra fourni par une poule 0 (cheval)
ce d'une ampoule engagée dans l'œsophage pendant une déglutition isolée. — P, tiacé s pince myographique saisissant la tunique charnue de l'œsophage en face de J'am-
compression (c) due à l'arrivée du bol, suivie immédiatement d'une constriction énergique (c') imputable à la contraction de l'œsophage {voy. 0, fig. 9); 2» du côté de la pince, un léger rapprochement (r) des mors causé par l'arrivée du bol et l'agrandissement du diamètre de l'œsopliage, puis un écartement prononcé (r'), synclironc avec la compression énergique de l'ampoule et dont la cause ne saurait être placée ailleurs que dans la contraction de la tunique charnue {voy. P, fig. 9).
Par conséquent, si la tunique charnue de l'œsophage se contractait réellement sur le liquide qui passe au-dessous d'elle, chacun des accidents du tracé de l'ampoule engagée dans le conduit devrait être accompagné d'une modification de la pince myographique semblable à celle que nous venons d'indiquer. Maisil estloin d'en être ainsi, comme on peut en juger sur le graphique numéro 10. 0 répond à l'ampoule intra-œsophagienne ; P, à la pince myographique. On constate que {d ou d') le passage de chaque gorgée détermine toujours un amincissement [d, dS d^) de [Isl tunique charnue de l'œsophage, et n'entraîne jamais une contraction, puisque les maxima de la ligne P se maintiennent au-dessous du
DÉGLUTITION. 2j1
zéro. Mais quand l'animal, cessant de boire, exécute une déglutition isolée [d'), on voit la tunique charnue se gonlier très-manifestement {d').
e. 11 nous paraît donc évident, d'après cela, que les modifications de l'ampoule introduite dans l'œsophage sont dues uniquement au passage des boissons entre ses parois et celles du conduit, et aux tractions que subit l'œsophage de la pari du larynx et du diaphragme. En conséquence, si les gorgées de liquide descendent avec tant de rapidité vers l'estomac, ce n'est pas sous l'influence de l'onde péristaltique œsophagienne, mais sous l'influence du pharynx qui, par ses contractions, les injecte dans l'œsopliage.
Le pharynx joue le rôle principal. L'action de la pesanteur n'intervient que pour une faible part dans le phénomène, car les tracés que nous avons recueillis offraient toujours les mêmes caractères, que les animaux prissent leurs boissons à leurs pieds ou à la l'.auteur de la tête. On sait aussi que des bateleurs boivent
^ig. 10. — 0, tracé d'une ampi^ule (';lasliqiH ini.roikule daub l'œsopluge iieiulaiU et après la dêglulilioii des boissons. — P, tracé fourni par une pinte myograplii'iuo saisissant la tunique tliarnue en lace de l'ampoule 0.
et mangent la tête en bas. Toutefois, dans ces conditions, les muscles cricoœsophagiens ferment éiiergiquement l'entrée de l'œsophage une fois que les liquides y sont introduits. Au sur|)lus, il est digne de remarque que dans les mammifères ce muscle est d'autant plus puissant que l'œsophage s'éloigne davantage de la direction verticale.
La cause qui entraîne l'inertie de la partie rouge de l'œsophaie impose à la partie blanche de ce conduit (quand celle-ci existe manifestemeni) une modification fort remarquable sur la nature de laquelle nous ne saurions rien affirmer pour le moment. Mais nous avons parfaitement constaté que cette partie se dilate en dehors de l'action du thorax, de manière à donner un facile écoulement au liquide qui a été injecté dans la partie lâche et extensible de l'œsophage. Cette dilatation active s'établit peu à peu au fur et à mesure que le sujet prend ses boissons; elle disparaît graduellement et se termine par une série de contractions plus ou moins énergiques quand l'animal ces.xe de boire.
Tel est le rôle de l'œsophage dans la déglutition. La descente des aliments dans cet organe est aidée par l'action du thorax qui exerce sur ses parois et par suite sur les bols une série d'aspirations et de compressions, ainsi que M. Goubaux l'a démontré en engageant un tube rempli d'eau dans la portion llioracique de l'œsophage.
Le passage des bols à travers les premières voies digestives est facilité aussi
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par le produit de l'appareil salivaire et des glandules muqueuses pharyngienne* et œsophagiennes. Les physiologistes savent que si l'on fait couler une partie de la salive hors de la houche, la déglutition devient difficile et même pénible. M. Cl. Bernard avait distingué un appareil salivaire dont la sécrétion serait liée exclusivement à la déglutition. Les expériences entreprises par M. Colin sur lessolipèdes et les ruminants ne lui ont pas permis d'accepter cette distinction. Il paraît probable que toutes les salives facilitent la déglutition ; mais il est probable aussi que celles dont la viscosité est plus propre à engluer les bols, à les rendre glissants, jouent un rôle plus important que les autres. D'ailleurs, ne voyons-nous pas sur le trajet suivi pas le bol des organes dont les produits offrent ce cai'actèie à un très-haut degré? N'est-ce pas au niveau de l'isthme du gosier que nous trouvons les glandules du voile du palais, les amygdales ou des organes qui en tiennent lieu? n'est-ce pas dans la muqueuse œsophagienne que l'on rencontre les glandes mucipares dont la sécrétion est particulièrement visqueuse?
En résumé, les expériences faites sur plusieurs espèces démontrent que toutes les salives aident à la déglutition des aliments. Toutefois, il semble juste d'attribuer aux salives les plus visqueuses et au mucus un rôle mécanique prépondérant [voy. S.vlive).
III. Nature des mouvements de la. DÉGLunrioN. Les mouvements de la déglutition proprement dite, telle que nous l'avons délimitée, sont soustraits à l'influence de la volonté. Nous pouvons agir sur les phénomènes pi'éparatoires; mais dès que le bol suffisamment humecté impressionne les organes qui constituent l'isthme du gosier, tout le mécanisme entre en activité comme par le jeu d'une détente, et, malgi'é les plus violents efforts, il est habituellement impossible d'arrêter le mouvement commencé. Miiller fait remarquer que le pharynx est encore mobile volontairement ; toutefois, pendant la déglutition, les mouvements peuvent être regardés comme un type de phénomène réflexe. La preuve, c'est qu'il est impossible de déglutir à vide : « Cherchez à exécuter de suite cinq ou six mouvements de déglutition, dans lesquels, dit Magendie, vous avalerez la salive contenue dans la bouche : le premier et même le second se feront facilement, le troisième sera plus difficile, car il ne restera que très-peu de salive à avaler; le quatrième ne pourra êtie exécuté qu'au boul d'un certain temps, quand il sera arrivé de nouvelle salive dans la bouche ; enfin le cinquième et le sixième seront impossibles, parce qu'il n'y aura point de salive à avaler », c'est-à-dire point de bol pour exciter les nerfs sensitifs de l'isthme du gosier.
L'œsophage ne peut être mù volontairement. AVild, Chauveau ont remarqué que les mouvements péristaltiques de la déglutition œsophagienne ne s'exécutaient qu'à la condition d'être précédés de la contraction du pharynx. Chauveau a même signalé le premier que tout mouvement de déglulition commencé se propageait sur toute la longueur de l'œsophage, malgré la section transversale de ce conduit et la sortie du bol alimentaire, mais il n'a jamais pu faire mouvoir l'œsophage des solipèdes en excitant la face interne de la membrane muqueuse, même avec l'électricité. Pourtant, Mosso, puis Ranvier ont observé que l'œsophage du chien peut entraîner plusieurs fois de suite une boule placée à son intérieur par des mouvements automatiques, mais ces mouvements cessent par la fatigue, et dans ces conditions, il faut provoquer une déglutition pharyii-
gieniie, pour voir descendre la boule. Si la contraction de l'oesophage doit être forcément précédée de celle du pharynx, la contraction du pharynx n'entraîne pas fatalement celle de l'œsophage. Ou se rappelle que dans les déglutitions associées le tube œsophagien est inerte, et cependant l'impétuosité avec laquelle les boissons sont poussées témoignent assez de l'activité du pharynx. Mais il est rationnel de supposer que, dans ce cas, la contraction du pharynx n'est pas une contraction péristaltique comme dans les déglutitions isolées.
Ce fait montre que la nature de l'excitation des nerfs sensitifs de la déglutition exerce une jnlluence sur la forme et l'étendue des mouvements qui lui succèdent.
En résumé, les mouvements de la déglutition sont des mouvements réflexes. Si les mouvements du pharynx n'ont donné lieu à aucune discussion ; il en est autrement de ceux de l'œsophage. Ranvier a résumé dans ses leçons sur les appareils nerveux terminaux (1877-1878) les diverses théories qui se sont produites sur la déglutition œsophagienne, notamment celle de Marshall-IIall, Yolkmann, V\i\à, Mosso.
D'après Marshall-IIall les mouvements péristaltiques de l'œsophage seraient le résultat de l'excitation directe produite par le bol alimentaire. Pour Volkniann, ils seraient associés aux mouvements du phiuynx et ressembleraient aux mouvements associés de quelques autres fonctions. \\ ild et Mosso pensent que les mouvements péristaltiqutis se propagent de haut en bas sous l'influence d'une sorte de clavier situé dans les centres nerveux et dont le pneumogastrique transmettrait les excitations successives. Mais Uanvier fait observer qu'aucune de ces théories n'est parfaitemejil conciliable avec les faits révélés par l'expérimentation. Ranvier croit que le plexus ganglionnaire œsophagien qu'il a étudié sur plusieurs animaux joue un rôle; il serait disposé à admettre que les cellules du plexus recueillent et emmagasinent une excitation motrice venue des centres et la distribuent ensuite dans un certain ordre; de sorte que l'auteur regarde conmie probable l'existence d'un clavier central et d'un clavier périphérique reliés par des cordons nerveux dont nous allons examiner le rôle.
IV. Nerfs de la déglutition. Puisque la déglutition consiste eu une suite de phénomènes réflexes, il faut étudier les voies centripètes et les voies centrifuges de ces réflexes.
A. !•=' temps. On détermine des déglutitions en titillant la base delà langue, le voile du palais ou les piliers, de sorte que les glos50-pharyngiens et les rameaux palatins qui se distribuent dans ces régions doivent jouer un rôle comme nerfs sensitifs de la déglutition.
Il est incontestable que le glosso-pharyngien peut sirvir de voie centripète au réflexe de la déglutition, mais il n'est pas indispensable à la production de ce réflexe. Il en est de même des rameaux palatins du nerf maxillaire supérieur. L'ablation du ganglion sphéno-palatin et la section des nerfs précédents n'ont pas paru à Schiff altérer notablement la déglutition. Par suite de la difficulté <iue l'on éprouve à conserver les animaux qui ont subi des sections intracrâniennes du trijumeau, on ne connaît pas les effets de la double section de la neuvième el de la cinquième paires.
La paire vague serait fort importante à la déglutition par ses rameaux sensitifs et moteurs. On sait aujourd'hui, grâce aux travaux de Valentin,Cl. Bernai-d, Chauveau, etc., que les racines des pneumogastiiques sont mixtes dès leur
2o4 DÉGLUTITIOiN.
origine et que les branches qu'elles fournissent peuvent renfermer des fibres centripètes et des fibres cenlrHu^cs.Les rameaux pharynyie7ïs sont dans ce cas; ils recueillent les impressions sensitives sur les parois latérales et postérieures du pharynx.
Les nerfs laryngés supérieurs sont en grande partie sensitifs et servent à protéger indirectement les voies respiratoires, en se ramifiant dans la muqueuse de la glotte et du vestibule sus-glollique. Dans la déglutition normale, le vestibule étant exactement clos, ce nerf n'entre pas en activité. Il devient fort utile quand la déglutition s'opère d'après un mode anormal (Schiff). Si, par exemple, des liquides s'engagent précipitamment dans le fond du pharynx avant que le mouvement de déglutition ait commencé, le vestibule est saisi entr'ouvert, les liquides y pénètrent, les laryngés supérieurs sont excités et il en résulte un rcllexe excessivement rapide qui amène l'occlusion de la glotte. C'est parce que la déglutition se fait anormalement chez les personnes malades couchées sur le dos, que la toux survient si fréquemment lorsqu'on leur offre à boire (Maissiat, Schiff).
Quant aux nerfs laryngés inférieurs, Wallcr et Prévost auraient constaté que l'excitation de leur bout central, sur le lapin donne lieu, à des mouvements de déglutition doués d'un caractère rhytlimique moins accentué que dans ceux qui succèdent à l'excitation des laryngés supérieurs. D'après ces physiologistes, les récurrents devraient trouver place parmi les nerfs sensitifs de la déglutilion. Cependant, rien dans la distribution de ces nerl's ne vient légitimer cette conclusion. Tous les auteurs les rangent parmi les nerfs moteurs. Au surplus, les mouvements observés par Waller et Prévost n'étaient pas des mieux caractérisés comme mouvements de déglutition. C'est un aveu bon à signaler.
Quels sont les nerfs moteurs qui entrent en jeu dans le premier temps de la déglutition?
La langue a paru fort utile à la déglutition; on en avait conclu que les nerfs hypoglosses étaient indispensables à l'accomplissement de cette fonction. MJf. Philipeaux et Vulpian ont constaté que les chiens se nourrissent parfaitement malgré la section de ces nerfs.
Herbert Mayo, MùUer, Biffi et Morganti ont observé que l'excitation du bout périphérique des glosso-pharyngiens détermine des mouvements dans le pharynx. L'intervention de ces nerfs dans la déglutition est encore démontrée par la gêne qui résulte de leur section et par leur distribution aux muscles stylo-pharyngiens et constricteurs supérieurs du jdiarynx.
La dixième paire est la voie centrifuge la plus remarquable. M, Chauveau, M. Vulpian ont vu que tous les muscles du pharynx se contr;vctent quand on excite les racines du pneumogastrique. Le premier de ces expérimentateurs a même constaté que le constricteur inférieur est animé surtout par le faisceau supérieur, le moyen par les racines moyennes, et le supérieur par le faisceau inférieur. Les nerfs vagues ne tiennent pas cette propriété du spinal. Contrairement à l'opinion de Longet, Cl. Bernard, Chauveau, Vulpian, se sont assurés que l'arrachement du spinal laisse subsister la déglutition pharyngienne; il produit simplement de la gêne, qu'ils expliquent par l'action du spinal sur le constricteur supérieur du pharynx. Les expériences de Cl. Bernard sur le spinal lui ont, de plus, permis d'affirmer que l'action des muscles pharyngiens sur l'entrée du larynx, action mise hors de doute par Longet, était sous hi dépendance de ce nerf.
La dixième paire assure encore la régularité du premier temps de la déglutition par ses rameaux laryngés, et surtout les laryngés inférieurs. On sait que le laryngé supérieur possède des libres motrices fournies par les racines propres du pneumogastrique qui se rendent dans le muscle crico-thyroïdien. Par conséquent, si les filets sensitifs de ce nerf sont excités, l'excitation se réfléchira immédiatement sur les filets moteurs et déterminera l'occlusion de la glotte. Le laryngé inférieur apporte surtout au larynx ses nerfs moteurs qu'il tient lui-même des racines bulbaires du spinal. Son action est liée à celle des fibres sensitives du nerf laryngé supérieur. Si l'une est supprimée, elle entraîne forcément l'inefficacité de l'autre. Seulement, il ne faut pas oublier que l'intervention des récurrents sera surtout utile quand la déglutition présentera quelque irrégularité dans son exécution, autrement dit quand le vestibule aura reçu quelques parcelles alimentaires. Traube et un grand nombre de physiologistes ont noté plusieurs fois l'introduction des boissons et des aliments dans la trachée et les bronches après la section des récurrents ou des vagues, au cou, ce qui est tout un. Faut-il admettre avec Schiff que ces accidents n'arrivent qu'aux animaux qui, pur leur naturel peureux, offriraient de faciles et fréquents dérangements dans le jeu de l'appareil de la déglutition ? Nous ne le pensons pas ; car les solipèdes sont loin de posséder ce naturel craintif, et cependant, après ces sections, quelle que soit la tranquillité dont ils jouissent pendant leurs repas, ils s'emplissent fréquemment les bronches de liquides et de fourrages. Nous croyons donc que, dans tous les cas, les récurrents constituent im moyen efficace de protection pour les voies respiratoires.
B. Î2'' temps. L'intervention de nerfs centripètes et de nerfs centrifuges est également indispensable à l'exécution de la déglutition œsophagienne.
Les nerfs des deux ordres émanent des vagues et directement des racines proprement dites des pneumogastriques. Quant à la disposition qu'ils alfcctcnt pour se rendre du tronc des vagues au conduit œsophagien, elle varie beaucoup suivant Its espèces, et cette variété a contribué à jeter une certaine confusion dans cette question. La terminaison des filets moteurs dans la tunique charnue est aussi très-intéressante. En raison de l'importance de ces questions, nous les renverrons à l'article Œsophage. Contentons-nous de dire, pour le moment, que chez l'homme les nerfs sensitifs et moteurs de la partie rouge sont fournis par les récurrents ; ceux de la partie infra-cardiaque, par les cordons œsophagiens.
V. Modifications de la déglltitio.n. Elles portent sur la sensation qui préside à l'acte de la déglutition et sur l'acte lui-même. Ainsi la sensation dont le siège est à l'arrière-bouche peut changer complètement de caractère et au heu de déterminer des mouvements de déglutition, entraîner des nausées et des mouvements antipéristaltiques.
L'acte lui-même se modifie, par un effet de l'habitude, afin de lutter contre certaines altérations organiques qui apportent un obstacle à la déglutition (perforation ou division du voile du palais, ulcération de l'épiglotte, etc.). 11 est encore modifié à la suite d'une altération du revêtement cpithélial de l'isthme du gosier et du pharynx. Plusieui-s observations ont démontré la oêne de la déglutition dans quelques alfeclions chroniques des voies digestives et des centres nerveux.
260 DEGLUTITION.
On sait aussi que la déglutition devient difiicile quand elle doit entraîner des matières pulvérulentes.
Ce cas peut s'expliquer par la nécessité de la formation préalable d'un bol, foi mation qui est impossible tant que les substances pulvérulentes adhèrent aux parois de la bouche et ne sont pas imprégnées de salive. Tout le monde a pu remarquer aussi combien il est difficile d'avaler des bols, des pilules, et combien les liquides qui tendent à coaguler le mucus et la substance des épitbéliums passent avec moins do facilité que ceux qui sont mucilagineux ou miscibles^ avec la salive de l'arrière-boucbe. Nous ne faisons que signaler un fait dont l'examen plus complet sera mieux placé à l'article Dysfhagie.
YI. Mécanisme de la déglutition dans la série animale. Chez la plupart des mammifèies, les organes de la déglutition étant disposés d'une manière à peu près identique, le mécanisme de la déglutition ne présente pas de différences essentielles. Mais chez les mammifères Thalassolhériens, dont le genre de vie imprime des modifications à l'organisation, on voit le larynx se prolonger jusqu'à la hauteur des cavités nasales en passant à travers un orifice percé dans le voile du palais, de sorte que, dans la déglutition pharyngienne, les parties^ dégluties doivent glisser au-dessous du voile et autour du larynx pour gagner l'entrée de l'œsophage.
Les mammifères ordinaires dont la vie est aquatique, telle que la loutre, offrent une disposition analogue ; on la rencontre aussi chez un mammifère terrestre, l'éléphant, dont la préhension et l'injection des aliments dans la bouche nécessitent l'intervention de l'appareil respiratoire.
L'épiglotte reste dressée encore dans les jeunes marsupiaux et monotrèmcs et suffit par son énorme développement à protéger le larynx contre l'arrivée inutlendue du flot de lait que la mère injecte dans la bouche de son petit, grâce aux faisceaux musculaires striés dont ses mamelles sont pourvues.
Le mécanisme de la déglutition œsophagienne reste toujours le même.
Les oiseaux avalent leurs aliments d'après un procédé spécial que nous avons étudié sur les oiseaux granivores. On peut déterminer chez ces animaux de& mouvements de déglutition en excitant une branche nerveuse laryngo- pharyngienne qui rampe sur les côtés de l'arrière-bouche. En entr'ouvrant les mandibules, on s'ajsure que ces mouvements consistei-it en une suite de déplacementsde l'hyoïde dans lesquels la glotte se ferme, se porte en avant et en haut et s'incline de manière à opposer le bord postérieur du larynx à la voûte palatine.
C'est par une série de mouvements semblables que s'opère la déglutition physiologique. Ces mouvements sont très-rapides et agissent sur les aliments de plusieurs façons : 1" en déterminant de fréquentes diminutions de pression audessous du bol ; 2» en comprimant celui-ci entre la voûte palatine et la paroi postérieure du pharynx; 3° en entraînant mécaniquement le bol vers l'œsophage, avec les papilles cornées dirigées de haut en bas qui garnissent le talon du larynx et le pourtour de l'orifice guttural des cavités nasales. La déglutition des liquides se fait d'après le même mécanisme. Quant à l'œsophage, il se contracte avec lenteur; et l'onde contractée péristaltique est précédée d'une énorme dilatalioft du conduit.
Un certain nombre de poissons et de reptiles, et parmi ces derniers les serpents, ne forment pas de bols avant la déglutition. La proie s'engage dans l'arrière-bouche par une de ses extrémités et pend au dehors d'une quantité
DÉGLUTITION. 2(ÎT
plus ou moins considérable. Elle est retenue dans les voies digestives par les dents palatines (reptiles) ou pharyngiennes (poissons) et pénètre peu à peu dans l'oesophage sous l'influence des contractions des muscles de la région et de la diminution de pression qui s'établit probablement au fond du pharynx à chaque contraction. Ce mode de déglutition ne peut assurément gêner la respiration branchiale des poissons; mais il n'en serait pas de même pour les reptiles, si « la glotte n'était pas disposée de façon à pouvoir s'avancer entre les deux branches du maxillaire et à faire saillie hors de la bouche, pendant que cette cavité est remplie par les substances alimentaires » (Milne Edwards).
Dans les invertébrés, la déglutition a souvent peu d'importance; en effet,, l'estomac est parfois immédiatement au-dessus de la cavité buccale , ou bien le pharynx n'est pas distinct de la bouche, ou bien encore l'œsophage a une longueur insignifiante.
Il nous est impossible d'entreprendre la description des variétés sans nombre que présente l'organisation des premières voies digestives et qui réagissent certainement sur le mécanisme de l'ingestion des substances alimcnlaires. 11 est à présumer que là où l'organisation se rapproche de celle qui appartient aux vertébrés, le mécanisme de la déglutition ressemble Ji celui que nous connaissons. Nous pouvons l'affirmer en ce qui concerne la déglutition œsophagienne, car sur des larves aquatiques assez transparentes pour être étudiées sous le microscope,, on voit les corpuscules qui sont en suspension dans le liquide pénétrer et cheminer dans l'œsophage sous l'influence d'une onde contractée péristal tique parfaitement caractérisée. D'un autre côté, E. Faivre assure que si l'on découvre chez un insecte vivant le sphincter pharyngien, on constate aisément le mouvement de déglutition consistant en une alternative de dilatation et de contraction du pharynx. En conséquence, les agents qui font dispaïaîlrc le bol seraient toujours et partout les mêmes ; les organes, qui les représentent ou les^ mettent en jeu, seuls présenteraient des modifications. Auloisg.
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268 DÊGRAISSEURS (hygiène industrielle).
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DEGIVER. Voy. DfiGENER.
DE GORRIS. Voy, GORRIS.
DÉGRADATION^. Voy. DÉGÉNÉRESCENCE.
DÉGRAISSELRS (Hygièke INDUSTRIELLE). Oii pratique le de'graissage dos étoffes, laines ou chiffons, eu traitant ces substances par des liquides qui ont la propriété de dissoudre les corps gras. Parmi ces liquides nous citerons : l'éther, le chloroforme, la benzine, les huiles de houille et de schiste, les essences, le pétrole, le naphte, le sulfure de carbone. Les étoffes sont etisuite rincées à grande eau et séchées.
Le dégraissage précède toujours les opérations qui ont pour objet la teinture des étoffes ; c'est pour cela que dans la pratique les teinturiers sont à la fois dégraisseurs et teinturiers.
Dans cet article, nous présenterons seulement les considérations d'hygiène afférentes à l'opération du dégraissage, nous réservant de revenir sur la question dans ce qu'elle a de connexe avec l'industrie de la teinturerie, à l'article Teinturiers de ce Diclionnaire.
Je ne parlerai, que pour le signaler, de l'emploi des terres à foulon pour le dégraissage des étoffes. C'est là un procédé économique de nettoyage de vêtements qui n'offre guère d'inconvénients, même lorsqu'il est pratiqué en grand dans des ateliers spéciaux.
DÉGRAISSEURS (hygiène iNDUsTRiELLii). 260
D'une manière générale, les ouvriers dégraisscurs sont soumis à deux causes d'inconvénients : l'une commune à tous les procédés employés, c'est l'humidité; l'auti'e spéciale au corps dissolvant des corps gras dont on fait usage.
A l'influence de l'humidité, nous rapporterons la tendance aux divers catarrhes et aux angines que quelques auteurs ont constatée chez une pareille catégorie d'ouvriers; mais nous signalerons surtout les diverses altérations que présente la peau des mains et des avant-hras, telle que : macération de l'épiderme, éruptions vésiculeuses, crevasses, etc., comme étant la conséquence de l'immersion répétée de ces parties du corps dans les hains de dégraissage. D'autres symptômes observés, comme par exemple un certain degré d'engourdissement et d'anesthésie des doigts et de la main, sont sans doute favorisés par l'action continue de cette immersion ; mais il faut tenir compte avant tout de la nature des corps dissolvants employés qui, ainsi que l'éther, la benzine ou le sulfure de carbone peuvent avoir une action spéciale sur le système nerveux.
Tardieu a cité comme signe d'identité professionnelle chez les ouvriers foulons occupés à dégraisser les draps le soulèvement et le plissement de l'épiderme qui est blanchi et macéré, surtout aux faces correspondantes du pouce et de l'index, entre lesquels on tient les pièces de drap en les déroulant.
Une des opérations industrielles de dégraissage les plus fatigantes et les plus incommodes pour les ouvriers, c'est le désuintagc des laines.
Les laines sont plongées dans un bain dit de dégrais, composé d'un mélange d'eau, d'urine et de cristaux de soude, que l'on porte à la température de + 50 à 55 degrés. Autrefois, on utilisait l'urine bien plus qu'on ne le fait aujourd'hui. Pour certaines laines, on emploie la soude caustique. Le travail que fait le dégraisseur uniquement occupé à la chaudière est des plus pénibles. Les émanations ammoniacales, les vapeurs alcalines et les buées qui se dégagent des lessives, sont très-incommodes pour les ouvriers. On comprend que leur influence jointe à celle de l'humidité extrême du milieu dans lequel ces derniers séjournent intervienne dans le développement de ces affections chroniques des bronches et de l'estomac, auxquelles les vieux dégraisseurs, les vieux teinturiers sont sujets.
Le dégraissage des laines au moyen du sulfure de carbone, procédé le plus généralement employé aujourd'hui, expose à tous les accidents produits par l'inhalation habituelle de ces vapeurs. Nous renvoyons aux articles Carbone et Vulcanisation de ce Dictionnaire, où l'action délétère du sulfure de carbone sur l'économie est traitée complètement.
Au point de vue professionnel comme au point de vue industriel, notre attention doit se porter particulièrement sur le dégraissage à la benzine.
Le dégraissage à la benzine nécessite les opérations suivantes : les étoffes tissus ou vêtements sont placés dans un cylindre métallique horizontal à claire-voie, tournant sur un axe, lequel est renfermé dans un cylindre ét^alemenl métallique, à parois pleines et fixes ; ce cylindre extérieur contient de la benzine jusqu'au tiers environ de sa hauteur ; il est, de plus, muni à la partie inférieure, dans toute sa longueur, d'une gouttière assez profonde dans laquelle viennent se déposer les impuretés séparées des tissus par la benzine et insolubles dans ce liquide. Un tuyau de décharge formé par un robinet, est fixé à la partie inférieure de cette gouttière.
On donne au cylindre intérieur un mouvement de rotation d'environ dix tours à la minute; au bout d'un quart d'heure, on arrête le mouvement et on retire
■270 DÉGRAISSEURS (hygiène industrielle).
■du cylindre tournant les vêtements ou tissus, et on les porte dans des bains de benzine pour effectuer le rinçage qui se fait aussi quelquefois sur les tables de pierre, à la main ou à la brosse. Après quoi on les soumet à l'action d'une ■essoreuse pendant quelques minutes, le temps variant suivant la nature des tissus.
Au sortir de l'essoreuse, les tissus sont portés au séchoir. Le séchage a lieu le plus souvent à l'air libre, quelquefois cependant on l'opère à l'air chaud, suivant les exigences de la saison.
La benzine qui a servi à ces diverses opérations s'est chargée de produits insolubles. On laisse déposer ces derniers qui forment une boue plus ou moins épaisse, et la benzine clarifiée peut servir à de nouvelles opérations. Dans certains ateliers, on la distille à nouveau.
Pendant toutes ces opérations, les ouvriers sont soumis à l'action des vapeurs de benzine; mais c'est surtout pendant l'essorage que la volatilisation de la benzine a lieu et que les ouvriers en éprouvent des inconvénients. Perrin (E.-R.) est le premier qui ait appelé l'attention sur les phénomènes produits chez les dégraisseurs par l'inbalalion des vapeurs de benzine. Suivant cet observateur, elles provoquent un malaise général accompagné de céphalalgie et de troubles nerveux particuliers. Les ouvriers qui n'y sont pas accoutumés éprouvent comme une sorte d'ébriété; cependant l'accoutumauce serait la règle, et leur santé serait en général satisfaisante.
J. Guyot, qui a observé les effets des émanations de benzine, a constaté des troubles nerveux caractérisés par des hallucinations, du délire, du coma et la perte des facultés génésiques. Ce serait là d'ailleurs la forme la plus grave de de ces troubles. Le plus habituellement, on n'observe que des vertiges, de l'ébriété qui peut aller jusqu'à la perte de connaissance, mais se dissipe rapidement en quelques heures.
J. Guyot a fait des expériences sur les animaux. Ces derniers renfermés pendant quinze ou vingt minutes dans un air saturé de vapeurs de benzine, prennent une démarche incertaine, fléchissent d'abord sur leur train de derrière, et après quelques mouvements convulsifs tombent dans le coma, qui peut durer trente ou quarante heures sans se terminer par la mort.
M. Ouinqudud, qui a observé dans les usines oii on fabrique la benzine, n'a pas constaté de coma ; mais il signale aussi des symptômes très-accusés d'anémie, et des phénomènes nerveux divers, tels que parésies, paralysies, anesthésie ou hypéreslhésie, et de l'affaiblissement des fonctions génésiques.
On observe tous ces phénomènes, à un degré plus ou moins marqué, chez les dégraisseurs qui font usage de benzine. 11 est telle teinturerie, dit Perrin (R.), dans laquelle les ouvriers refusent d'entrer parce qu'on y fait un usage journalier de la benzine, tandis que dans bien des établissements cette sorte de dégraissage ne s'y fait qu'accidentellement.
On a signalé aussi des fourmillements dans les doigts, un léger tremblement des extrémités supérieures, accompagné d'une sensation pénible d'engourdissement. Pour Perrin, ces phénomènes sont produits par le contact prolongé delà benzine qui, en se vaporisant, a pour conséquence immédiate d'enlever à la partie soumise à son contact prolongé une quantité relativement considérable de calorique normal. De plus, la benzine, en dissolvant les enduits gras et sébacés de la peau, y développerait une sensation pénible de sécheresse et de véritable crispation.
DÉGRAISSEURS (hygiène industrielle). 271
On comprend l'ulililé qu'il y aura à préserver les ouvriers dégraisseurs de la projection des gouttelelles qui, dans cet état d'extrême division, se volatilisent rapidement. Pour cela, on placera devant les bobines essoreuses des gardes en bois qui tiendront les ouvriers à l'abri.
Mais il faut avant tout pourvoir à une large ventilation des ateliers et favoriser l'entraînement au dehors des vapeurs nuisibles, en installant de larges hottes de dégagement au-dessus des bains où l'on opère le trempage des étoffes, des tables oCi on les brosse, des cylindres laveurs, ainsi que des appareils employés pour l'essorage.
Dans tous les cas, on ne permettra pas à un ouvrier qui présenterait des symptômes d'anémie et des troubles nerveux accusés de poursuivre un travail auijuel il ne saurait s'accoutumer.
On recommandera en outre l'usage de gants protecteurs, ot on fora porter aux ouvriers, dans l'atelier, des vêlements de travail et des sabots qui les garantiront contre l'humidité ambiante.
Les industries où l'on pratique le dégraissage des tissus et laines par la benzine, les essences, le pétrole et autres hydrocarbures sont rangés dans la première classe des établissements classés. Elles présentent en effet comme graves inconvénients l'odeur de l'essence employée qui se répand dans tout le voisinage, et surtout le danger d'incendie. Aussi u'autorisera-t-on l'établissement d'un atelier de dégraissage à la benzine, au sulfure de carbone, etc., qu'en imposant des conditions de préservation conformes aux décrets de 18C6 et 1875 qui réglementent les industries classées.
Ainsi : le bâtiment servant de dépôt sera entièrement construit en matériaux incombustibles ;
Le sol sera carrelé ou dallé avec joints en ciment, entretenu avec le plws grand soin, ot maintenu dans un grand état de propreté ;
Les essences seront contenues dans des récipients en métal, fermés par un couvercle et munis d'un robinet à la partie inférieure. Il sera expressément défendu de laisser dans le bâtiment aucune matière combustible autre que l'essence elle-même. On n'y pénétrera jamais avec du feu, des lumières, des allumettes chimiques, pipes ou cigares. L'atelier oii s'opère le nettoyage sera largement ventilé; le sol sera en forme de cuvette pour recueillir les liquides épanchés. Les cuves de trempage, placées sous des hottes, seront munies de couvercles et fermées hermétiquement quand l'opération sera terminée.
On défendra expressément de fumer dans les ateliers; en aucune saison, la salle où sont les bains de benzine ne sera chauffée.
Pour le travail du soir, les ateliers seront éclairés par des lampes placées dans des boîtes closes et munies supérieurement d'un tuyau ou cheminée pour l'évacuation à l'extérieur des produits gazeux de la combustion. Ces lampes seront introduites dans les boîtes par l'extérieur. La partie de ces boîtes destinée à laisser passer la lumière sera en glace ou en verre très-épais, soigneusement mastiqué. Alexandre Layet.
Bibliographie. — Perrin (E. tl.). Intoxication par la benzine expériences sur les effets physiologiques de celte substance. In Ann. d'Hyg. publ., 2' série, t. XVI, p. 218. — Layet (A.). Article âppkéteurs d'étoffes. Iii Hygiène des jjrofessions et des industries, 1875. — Clyot (J.). Communication à la Société médicah des hôpitaux, 1879, juin. — Gabalda (\drien). Etude sur les accidents causés par la benzine, etc. Thèse de Paris, 1880, n" 518.— Besançon (F.). Rapport sur les travaux du conseil de saluluté de la Seine de 1867 à 1871.
272 DEHNE.
DEGUISE (Les deux).
Déguise (F.). Il fut chirurgien en chef de l'hospice de Charenton, et mourut entre les années 1827 et 1830. Sa thèse inaugurale pour l'obtention du grade de docteur à la Faculté de médecine de Paris porte ce titre : Dissertation sur Vanévrijsme... 1" messidor, an Xll, in4". Il s'est de plus fait connaître par les publications suivantes :
I. Observation d'un priapisme. In Rec. périod. de la Soc. de mêd., t. VII, an. VIII, p. 112-117. — II. Calcul du poids de trente-une onces extrait de la vessie. In Rec. périod. de la Soc. de méd., t. XIV, an. X, p. 422-436. — III. Observation sur une fracture du crâne avec plaie et perte de substance cérébrale. In Journ. de méd. de Leroux, t. XVIII, 1809^ p. 270-270. — IV. Observation sur une fistule salivairc du canal de la glande salivaire. guérie par un nouveau procédé. In Journ. de méd. de Leroux, t. XXI, 1811, p. 271-278. — V. Observations de polypes utérins. In Nouv. Journal de méd., t. lî, 1818, p. 190-211.
Déguise (J.-F.). Fils du précédent, d'abord chirurgien au 141'^ de ligne, puis chirurgien en chef de l'hospice de Cliarenton, inspecteur général de santé de la garde nationale. Il fut reçu docteur en médecine à Paris, le 7 janvier 1815, après avoir soutenu cette thèse: Dissertation sur les plaies des articulations y in-4", et est devenu président de la Société de chirurgie, à la fondation de laquelle il prit une grande part, membre de l'Académie de médecine, etc. Il est mort le 13 décembre 1871, dans la petite ville de Châteauneuf-en-Thymerais, entre Gharires et Dreux, oîi il s'était retiré, laissant à son fils la direction du service chirurgical de l'hospice de Charenton. Il est mort presque assassiné par l'armée prussienne, et voici comment : le général prussien Schemier était venu établir une batterie de position devant Chàteauneuf et lui avait envoyé une nuée d'obus ; les autorités municipales se rendirent auprès du général ennemi pour "avoir l'explication de cette agression que rien ne justifiait. Schemier répondit qu'il lui fallait 30 000 francs ; on ne put réunir que 14 000 francs dont le général daigna se contenter. Déguise avait accueilli et soigné chez lui un officier prussien, qui avait subi la résection du genou ; le drapeau de la convention de Genève était arboré sur le toit de la maison labourée par les projectiles. Le 12 décembre on vint prévenir Déguise que les soldats prussiens allaient s'emparer de son cheval ; il voulut s'y opposer. C'est à cet instant que sur un signe du chef qui conduisait ces soldats, un médecin prussien saisit son confrère français à la cravate, tandis qu'un soudard lui mettait un pistolet sur le front. Déguise, sous cette brutale violence, s'affaisse sur lui-même, perd immédiatement connaissance ; ses domestiques le portent dans son lit, il est pris de délire, sans agitation, sans paralysie, et le lendemain il avait cessé de vivre. C'était un beau vieillard de soixanteseize ans, haut de taille, se tenant droit encore, et plein de dignité dans toute sa personne... Et un mois environ avant cette catastrophe, 27 novembre 1871, le petit-fils de J.-F. Déguise, étudiant en médecine, destiné à représenter la quatrième génération chirurgicale de cette famille, tombait frappé à mort par une balle prussienne, au combat de Duvry, près d'Amiens...
J.-F. Déguise a peu écrit. Nons connaissons cependant de lui :
I. Recherches expérimentales sur les effets de l'acétate de morphine. Paris, 1824, in-8". In Journ. gén. de méd., t. LXXXVI, 1824, p. 15 (en collaboration avec Dupuyet Leurel). — II. Lettre à l'Académie de médecine sur le service de chirurgie de Charenton, s. 1. I). d., (1845), in-4°. — III. Suite des 2nèces justificatives annexées à la précédente Lettre, in^».
DEDiVE (Johann-Christian-Conrad). Médecin allemand, né à Celle, mort à
DEIDIER. 275
Schœningen, dans le duché de Brunswick, en juillet 1791. Il fut pendant un grand nombre d'années médecin pensionné de la ville et du bailli;ige de Schœningen.
Deline était membre de l'Académie élcclorale de Mayence. Il jouit d'une grande réputation comme chimiste. On a de lui :
I. VersKch eincr vollslândigen Ahhandlung iibcr die scharfe Tinctur des Spiessglamkôiiign uiid iltre grossen Ileilkriiflen. Ilelniblaclt, 1779,1784, in -8°. — II. Vcisuch einer volls/àixligrn Ailtandlung von dem Maywurme tind dcsseii Anivcndung in der Walh ttnd Wassersdieu. Le-pzig, 1788, in-8°. — III. Ob die Sdin-e dcn Nap/il/ien wesciillich sei. In Crelt's neiiesle Enldeck., Bd. 1, 1781. — IV. Ycrfcriigung d. Glaubersalzes ans Kocitsah M. Alaun, etc , ILid., Bd. II, 1781. — V. réméré l'ersuc/tc ûb. d. SaliieleriiajiliCa. Ibid. Bd. A'III u. IX. 1783. — M. Ufbcr die scharfe Tinctur des Spiessglauikônigs. In Cictl's chem. Ann., 1785. — VII. Vebei-die Vcreiuig. des Zinks mit dem Sc/iwefet Ibid. 1787. — \Ill. Abliandî. vom Maywurm, etc. Ibid. 1788. — IX. Keiie Erfaltrung dass die Sàuren, heaonders die Sulpelersiiure, allemal das in eincm Kôrper vorliandene Brennhare riclitig angiebt, elc. In Crelis Deilr. z. chcm. Ann. Bd. ï, 178G. — X. Ueber die Wirk. der versiissten Sâuren au f die ilillelsalie; Ibid. Bd. II, 1787. L. Un,
DEDiKS (Peter). Médecin allemand, né à Lùbeck, le 10 avril 1620, mort dans celle ville, le 25 juin 1C7I, reçu docteur à Bàle en 1655, après avoir parcouru les phis célèbres universités de l'Europe, est cité par la biographie médicale pour l'opuscule suivant :
Liss. inaug. continens thèses 1^ inter medicos controversée. Basilese, {1653, in-4°.