OBLIGATION
DELIA. D'après Merat et De Lens {Diction, mat. méd., II, 610) ce nom grec s'applique dans les anciens auteurs à Varmoise [Artemisia vulgaris L.)
Pl.
DGLICADO (Francesco) . Prêtre et médecin espagnol , vivait au seizième siècle. Il est l'auteur d'un ouvrage rarissime oii il traite de la guérison de la syphilis ou mal français. Cet ouvrage porte le titre suivant :
El modo di adoperare el legno de India occidentale, salutifero remedio a ogni praga e mal incurabile, e si guarisce el mal françoso. Venise, 1529, in-4'. A. D.
DÉLIGATIOIV. La déligation chirurgicale consiste dans l'application méthodique des bandages et de certains appareils, ceux compose's de bandes, de pièces de linge et de liens.
Ce mot, moins employé aujourd'hui qu'autrefois, tend à disparaître du langage chirurgical. J'estime, pour mon compte, qu'il y aurait médiocre dommage à ce qu'il disparût tout à fait. Il n'a pas une signification trèsprécise ; il n'est pas compris de même par tous, de sorte qu'on le remplace habituellement dans le langage usuel, et même dans l'enseignement, par des mots dont la portée est plus exacte.
La définition à laquelle je me suis arrêté est la même, à peu près, que celle qu'en ont donnée les auteurs du Dictionnaire de JSysten, la même aussi que celle d'Auguste Bérard, lequel dit, dans son article du Dictionnaire en 30 volumes que ce mot désigne l'action de faire un bandage. Elle ne conviendrait plus à l'idée que les anciens chirurgiens se faisaient de la déligation. Pour eux, elle comprenait l'art et la pratique des bandages, des appareils et des pansements. Panser un ulcère, placer une mèche, passer un séton, maintenir au contact les extrémités d'un membre fracturé, appliquer un cataplasme, un emplâtre, mettre une camisole de force, serrer des liens à extension sur un membre luxé, placer un bandage herniaire, un suspensoir, était faire de la déligation. Elle comprenait un grand nombre des manœuvres de la petite chirurgie, et l'on peut dire que, hors les opérations proprement dites, toute action exercée sur une contusion, une blessure, une plaie, une tumeur, un phlegmon, une lésion apparente en un mot, était du domaine de la déligation. La plupart d'entre nous, à l'exemple de M. Jourdain, en ont fait sans le savoir. Comme le dit Nysten, la dénomination de deligator plagarum était synonyme de medicus vulnerarius.
Compris dans le sens restreint accepté aujourd'hui, le mot déligation ne s'applique donc plus qu'aux bandages, et aux appareils construits avec de la charpie ou du coton, des compresses, des bandes et des lacs. Mais il arrive ceci, c'est qu'un appareil de Scultet, pour une fracture de jambe, appartient à la déligation, tandis qu'une gouttière plâtrée, une gouttière en fil de fer, en zinc, une boîte de Baudens, pour la même fracture, ne lui appartiennent pas. Le langage perd de sa justesse quand, pour des faits du même ordre, il accepte des mots différents. Il convient donc d'enlever encore au terme déligation tout ce que nous comprenons sous le nom d'appareils. A la déligation ainsi diminuée il ne resterait plus que les bandages proprement dits.
Chacun connaît la grande importance qu'attache la saine chirurgie à l'habile et soigneuse application des bandages. Peut-être cependant n'est-il pas inutile de répéter ce qu'ont dit nos maîtres à ce sujet. Voici ce qu'écrivait Begin :
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« L'art de soigner une plaie, de panser une fracture, d'appliquer convenablement les diverses pièces d'un appareil, ne doit pas être dédaigné; il constitue l'une des parties les plus importantes de la chirurgie, et l'on ne rencontre qu'assez rarement des hommes qui excellent dans la pratique manuelle des opérations qu'il exige ».
Voici encore ce qu'on trouve dans l'ouvrage de Thillaye : « Louis, persuadé de l'importance de cette partie de l'art de guérir, disait, à l'ouverture des cours des écoles de chirurgie, que l'art s'était perfectionné, que le métier était oublié, et que les chirurgiens négligeaient trop les bandages, dont ils devaient tirer un grand avantage dans les maladies chirurgicales ».
Il ne suffit pas d'être adroit pour bien appliquer un bandage, il faut être aussi très-exercé; il faut, par l'étude et l'habitude, arriver à assouplir sa main, à régler d'une façon précise la force que l'on devra employer. Galien exhortait les jeunes chirurgiens à s'exercer fréquemment à l'application des bandages sur les personnes saines, afin d'acquérir la dextérité qu'exige la pratique de leur art (Heister). Beaucoup, parmi les jeunes, négligent les exercices de déligation, parce qu'ils les trouvent peu attrayants et qu'ils les jugent peu dignes d'occuper l'attention d'une intelligence curieuse; ils se disent, qu'il leur sera toujours facile, le cas échéant, d'imaginer et d'improviser un bandage; ils se trompent. Sans doute, il est plus agi'éable d'inventer que d'apprendre, de rêver que d'étudier, mais la pratique de la déligation, appliquée sur les blessés de nos services, nous démontre que les bandages classiques sont encore les plus simples, et que ce sont eux qui remplissent le mieux les indications pour lesquelles ils ont été construits.
La confection d'un bandage n'est point chose indifférente pour le malade, au point de vue de sa guérison et du soulagement apporté à ses douleurs ; j'ajoute qu'elle n'est pas non plus indifférente pour le chirurgien, au point de vue de la réussite qu'il cherche, et à celui de sa réputation. Qu'on me permette de citer à ce propos un éminent esprit, Vidal (de Cassis) : « il est des chirurgiens qui se piquent de faire les pansements avec un soin extrême et une espèce d'élégance ; il en est qui semblent se vanter du contraire et qui négligent presque complètement cette partie de la chirurgie. L'espèce de coquetterie chirurgicale des premiers est préjudiciable au malade quand elle prolonge trop les séances et qu'elle distrait le praticien des soins plus importants. La négligence et le dédain des seconds peut compromettre le succès d'une opération et le rendre moins brillant et moins prompt... On évitera donc ces deux excès, car tous les deux peuvent nuire au malade et à la réputation du chirurgien » .
Certes, nous ne pensons plus aujourd'hui que telle plaie ne puisse guérir si on ne lui applique un certain nœud, un certain lien, un certain bandage, spécialement imaginé et construit en vue d'assurer sa re'paration : tels étaient les bandages de Dioclès, Glaucias, Pérignès, Amyntas, Menecrates, Soranus, Sostrate, Héliodore, etc. Ce sont là dogmes de maîtres, et pédantisme solennel d'enseigne ment mystique. Mais nous pensons, et je le redis encore, qu'un pansement bien appliqué entre pour une large part dans la guérison et le soulagement d'un blessé, et que les bandages qui ont reçu la consécration du temps et de la pratique valent mieux, de toute façon, que ceux dont on improvise la forme et la construction.
Les praticiens ont formulé pour l'application des bandages quelques règles générales qu'il convient de suivre très-exactement. D'abord, pour faire le choix
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du bandage convenable, il faut bien déterminer le but qu'on se propose d'atteindre en rappli(|uant, bien connaître les indications qu'il doit remplir. Avant d'appliquer nu bandage, le chirurgien doit s'assurer que toutes les pièces dont il aura besoin sont préparées, mclliodi(|uemcnt disposées et à portée de sa main. Il doit se placer convenab'ement, de telle sorte qu'il n'ait plus à bouger pendant tout le temps que dureront ses manœuvres; il agira avec sfireté, dextérité, douceur et promptitude, avec grâce, s'il le peut, sacliant très-bien ce qu'il a à faire, exécutant chaque chose en son temps, sans tâtonnements, ne revenant pas sur ce qui a été (ait, ne changeant pas une disposition déjà prise pour en prendre une nouvelle, assez sûr de lui pour n'avoir pas ces hésitations qui cherchent à corriger une œuvre au cours de son exécution. En agissant ainsi, il n'impatientera ni le malade, ni les assistants. A. Paré dit à ce sujet un mot charmant : il faut prendre tous ces soins « afin de contenter le malade et les assistants, car chaque ouvrier Moit polir et embellir son ouvrage tant que possible lui sera ». C'est bien à l'exécution des pansements que doit s'appliquer la fameuse recommandation du tuto, cito et jucunde, qui vraiment, pour les opérations proprement dites, renfermait un terme un peu osé, railleur, le jncunde.
Les bandages devront être appliqués sans brusquerie et sans secousses; ils seront serres d'une manière unifoi me, dans une mesure parfaitement juste, assez pour être solides, ne pas se relâcher, mais pas trop, car ils provoqueraient de la douleur, des engorgenrenls et même de graves accidents. Chez les enfants surtout et chez les femmes, dont la peau est fine et délicate, on a vu des bandages trop étroitement appliqués déterminer la gangrène des téguments. Je me rappelle un jeune officier, qui, tombant de cheval, se cassa la jambe; un vieux chirurgien, très-adroit, appliqua un bandage de ScuUet, aussi régulier et méthodique qu'où pouvait le désirer, puis mouilla les bandes, une fois l'appareil en place. L'oflicier fut apj orté à l'hôpital ; l'accident était arrivé à une lieue environ de sa ville de garnison. Je fus appelé en toute hâte, et je trouvai ce pauvre garçon en proie aux plus vives douleurs, qui, malgré son énergie, lui arrachaient des plaintes continuelles. Immédiatement, à coups de ciseaux, sans enlever les attelles, je coupai les bandes de l'appareil dej-uis le pied jusqu'au genou, et ce fut plaisir de voir la douleur s'éteindre à mesure que la compression cessait, la satisfaction lemplacer graduellement l'angoisse, et enfin d'entendre un long soupir de soulagement, comme de délivrance, succédant aux cris plaintils de ce pauvre patient.
Les bandages roulés des membres doivent toujours être appliqués de bas en haut.
L'histoire de la déligation commence dans la période des temps mythologiques. C'est, paraît-il, au centaure Cliiron, ou à Hercule, que nous devons les premiers préceptes sur l'application méthodique des bandages dans le traitement des plaies et des blessures. On trouve dans la Bible le mot deligator plagarum {Isaïe, chap. m, vers. 7), d'où l'on a conclu qu'il devait y avoir chez les Hébreux des hommes exerçant la proi'essiou de panseurs de plaies et blessures, que'que chose approchant comme nos anciens chirurgiens-barbiers. Il est vrai que certains commentateurs ont avancé et soutenu que les plaies dont il est ainsi question devaient s'entendre de l'àme et, non du corps; ce qui, du reste, doit être une erreur, car les Juifs n'avaient qu'une notion très-imparfaite de ce que le christianisme a appelé l'àme, et ils n'en parlaient jamais. Au demeurant,
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tout cela ne nous importe guère; les études historiques sur ce sujet, fouillant dans un passe ténébreux qu'elles ne jieuvent parvenir à éclairer largement, trouvant la meilleure partie de leur intérêt dans l'excilalion d'une curiosité qu'elles ne pourront jamais complètement satisfaire, fort attrayantes, sans doute, seraient, je crois, déplacées ici.
Aussi baut que l'on remonte dans la chirurgie historique, on voit que dès les premiers temps l'art de la déligation était tenu en gr;md honneur, et cultivé avec soin, comme chose éminemment utile, importante et jirécieuse. Dans son traité des fractures, Ilippocrate donne les préceptes les plus lumineux sur l'application des bandages. Ces mèuies préceptes, commentés et développés, se retrouvent dans Gulien, Celsc, Oribase. Glaucias, Amynlas, Périgènes, Sostrate, qui vivaient dans le troisième siècle avant J. -G., Apollonius de Tvr, en l'an 120 de la même ère, imngiiièrent dos 'nandages, auxquels leurs noms furent longtemps conservés, que Galien nous a fait connaître. Galien, qui a lui-même écrit un traité particulier sur les bandages, cite encore des livres sur le môme sujet dus à Celse, Soranus, IKlioJore. Oribase a laissé un livre traitant des lacs.
Il nous faut citer, à propos de la déligation, les grands noms de la chirurgie : Roger de Parme, Guillaume de Salicet, Lanfranc, Guy de Cliauliac, A. Paré, Jacques Guillcmeau, Fabrice d'Aquapendente; tous ont imuginc et construit des bandages qu'ils ont décrits avec soin. En lf»l9, Jacques Démarque ])ulilia un traité particulier sur les bandages; en 1675, Denys Fournier en publia un autre, Scultct, Dolavaugnyon, Dionis, Yerduc, lleister, J.-L. Petit, et, plus près de nous, Dcsault, Boyer. Richerand, ont consacré d'importants cluipitics de leurs ouvrages à l'étude de la déligation. Certains bandages et appareils, dont ils sont les inventeurs, portent encore les noms de plusieurs d'entre eux : le bandage de Scultet, la croix de Uiister, l'écharpe de J.-L. Petit, le bandage de Desault pour la fracture de la clavicule, les appareils de Boyer pour diverses fractures.
Michel Disdier en 1741, Sue en 1761, publièrent chacun un traité des bandages. A la même époque parut un Manuel des bandages, sans nom d'auteur. Benjamin Bell consacre à l'étude des bandages le quarante-septième chapitre de son cours de chirurgie théorique et pratique.
Un excellent ouvrage sur la déligation est celui de Thillaye, publié en 1815, sous le litre : Traité des bandages et appareils. Il est bien ordonné, les descriptions y sont claires et précises, et les remarques et observations faites à propos des divers appareds sont dictées par un solide et judicieux esprit chirurgical, que l'élude et la pratique ont heureusement cultivé. Le traité des banilages de Gerdy, paru en 18-6, est resté classique. Depuis celui-là, les plus importants ouvrages qui traitent de la même matière sont ceux de Tliivet (Michel) 1840, de Jamain, 1860, et de Goffres, \%%. Ce dernier est, il me semble, le plus complet et le plus précis. Signalons encore l'excellent manuel de Guillemin, [)aru en 1875.
Les premiers bandages ont d'abord été faits en tissu de lin ; ce n'est qu'au quatorzième siècle, paraît-il, qu'on se servit, en chirurgie, des tissus de chanvre. Percy dit que les mots linge, linteum, linteamen, sont évidemment dérivés de ceux de lin, linum. Il fait remarquer que les bandes des momies égyptiennes sont toutes de lin; et que celles des Grecs, et plutôt encore des Romains, devaient en cire de même, car, dans leurs écrits, elles sont presque toujours
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appelées fasciœ lineœ. Cependant, dit-il encore, ces peuples en avaient aussi de laine, qu'ils nommaient limhi; ce qui ferait croire qu'ils recouraient aux bordures de leurs robes, et en particulier des prétextes, pour panser les blessures et bander les plaies. En avaient-ils de colon, comme les Indiens qui ne se servirent jamais d'autres toiles ? On ne saurait l'affirmer.
Aujourd'hui, les tissus les plus communément employés dans les confections des pièces d'un bandage sont ceux de chanvre, ce qu'on appelle généralement la toile. On use aussi des tissus de coton, le calicot, la gaze, la tarlatane, et des tissus de laine, la flanelle.
Pendant longtemps, en France surtout, on employait uniquement la toile de chanvre pour les pansements ; le coton et la laine étaient rigoureusement repoussés; on leur attribuait des propriétés nocives sur les plaies. Aujourd'hui, grâce à l'énergique initiative de Mayor en particulier, il n'en est plus ainsi, et les tissus de coton entrent pour une large part dans la confection d'un grand nombre de bandages [voy. Coton.)
Les tissus de laine sont généralement réservés, au moins chez nous, pour des usages spéciaux; ainsi, pour maintenir des fomentations, pour recouvrir les yeux après l'opération de la cataracte ou de l'iridectomie, pour l'occlusion de ces organes dans certaines conjonctivites, etc.
Les Anglais emploient plus souvent que nous les tissus de laine; ils les ont adoptés pour la déligation des fractures, pour le pansement des plaies d'amputation. Ils trouvent que les bandes de flanelle exercent une compression facile, qu'elles ont une certaine élasticité qui leur permet de se prêter au changement de volume des parties qu'elles recouvrent; qu'elles entretiennent sur ces parties une chaleur douce et égale; qu'elles absorbent mieux les liquides que ne le feraient des bandes de toile. Percy s'est montré partisan convaincu de l'emploi de ces bandes de laine, reconnaissant que ni Pott, ni Bell, \\i Cowper, n'avaient exagéré leurs avantages. C'est surtout pour la déligation des moignons, après les amputations et spécialement après celle de la cuisse, que les bandes de flanelle lui ont paru mériter la préférence sur celles de toile.
Si l'on cherche à établir un parallèle motivé entre les avantages et les inconvénients de ces différents tissus employés à la confection des bandages, on voit bien vite qu'il n'y a pas entre eux de différences radicales, qu'aucun d'eux ne doit être absolument préféré à l'exclusion des autres, qu'ils ont des qualités communes qui permettent de s'en servir presque indifféremment dans un grand nombre de circonstances, et des qualités particulières que sauront utiliser à leur tour des indications judicieusement établies.
L'observation de la pratique chirurgicale de nos hôpitaux établira mieux ces parallèles, je crois, que ne pourraient le faire des raisonnements longuement développés.
Voici donc ce qui se passe chez nous : pour le pansement des plaies, nous nous servons presque exclusivement de la toile de chanvre, notre charpie est tirée des tissus de chanvre, nos compresses, nos bandes sont également de ce tissu. Cependant un certain nombre de plaies ou ulcères sont habituellement, souvent au moins, pansées avec du coton, avec la ouate, ainsi les plaies résultant des brîilures, et certains ulcères à forme atonique. La pâte des cataplasmes est maintenue dans des tissus de coton, la gaze; les fomentations de liquides émoUients sont généralement faites au moyen de compresses de flanelle. De même, nous
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employons souvent des bandes de flanelle de préférence aux autres, pour appliquer un bandage roulé sur un membre œdématié, surtout dans les cas où l'application en est faite après des frictions ou onctions quelconques, d'un liniment huileux par exemple. De même aussi nous nous servons de ces bandes pour la confection de certains bandages placées sur les yeux, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure. Les écharpes, les bandages de corps sont faits indifféremment en toile de chanvre ou en grosse cretonne; ces bandages-là doivent être solides. Les appareils à fracture, les bandages de Scultet, sont généralement en toile de chanvre; on peut sans inconvénient les construire en calicot non apprêté.
Les bandes de calicot ont un défaut, c'est que, pour peu que l'étoffe soit apprêtée, les tours de bande glissent les uns sur les autres avec une grande facilité, et les bandages roulés se défont quelquefois tout d'un coup. Mais, quand l'étoffe de coton est souple et sans apprêt, les jets de bande se tiennent et se fixent fort bien entre eux; il est vrai de dire aussi qu'avec les bandes de coton les godets et les plis sont plus malaisés à éviter qu'avec celles de toiles.
Pour la plupart des bandages inamovibles, amidonnés, dextrinés, plâtrés, nous nous servons du calicot ou de la tarlatane; pour les bandages plâtrés, la tarlatane, la gaze épaisse, offrent un avantage marqué. Quant au coton, sous la forme de ouate, on s'en sert chaque jour de la façon la plus large et la plus utile aussi.
Il me semble, ainsi que je le disais, que ce rapide exposé suffit à marquer les avantages de l'emploi de tel ou tel tissu, suivant les indications déterminées par les différentes lésions que l'on aura à traiter.
Toutes les pièces de linge servant à la confection d'un bandage doivent, quelle que soit leur nature, présenter certaines qualités de texture que les praticiens leur ont toujours demandées, depuis les premiers temps de la médecine. On les trouve indiquées par Hippocrate : « Lintea sint levia, tenuia, mollia, « pura, sana, nullas neque suturas, neque exstantes nodorum eminentias « habentia; usque adeo valentia, ut extentionem et constrictionem ferre possint , « pauloque praestantiora. » Toutes ces pièces doivent être d'une propreté parfaite, souples, légères, assez fines, sans coutures, sans inégalités, se prêtant à une certaine extension, et offrant une suffisante résistance. Le bon linge demiusé présente les qualités ainsi recherchées. Pendant la guerre de 1870, les sociétés de secours anglaises, en particulier, ont fourni à quelques-unes de nos ambulances d'excellentes pièces de pansement, faites avec du linge déjà employé aux usages domestiques, mouchoirs, serviettes, et surtout draps de lit.
Dans nos services hospitaliers, ce sont les draps de lit, assouplis par l'usage, qui fournissent la matière des linges à pansement. La coutume de faire ces linges avec des draps demi-usés est certainement pour beaucoup dans la généralisation de l'emploi de la toile de chanvre pour les pansements ; il se peut fort bien que si l'on faisait coucher les malades dans des draps de coton, ces mômes draps servissent à faire des linges à pansement auxquels on ne chercherait pas des propriétés nocives.
La difficulté de se procurer de grandes quantités de linge demi-usé a poussé les inventeurs à chercher le moyen de fabriquer un linge neuf présentant les qualités de celui-ci. C'est en Allemagne, à l'époque de nos victoires, qu'une pareille fabrication fut imaginée et obtenue, sous le coup de l'obligation où se trouvaient nos vaincus d'alors de fournir le linge demandé par de lourdes réqui-
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sitions auxquelles ils ne. pouvaient suffire. Après quelques essais insuffisants, « e'clairés par nos conseils, dit Pen y, ils firent de ces toiles blanches, claires, légères, souples et douces au toucher, dont on a été si content aux armées du Nord, et qui, sans coiiter, selon nous, aussi cher que le linge demi-usé, le remplacent parfaitement ».
Les linges à pansement peuvent servir plusieurs fois, mais à la condition, d'être lavés avec le pins grand soin, par le lessivage, et non par un simple savonnage. Il est bon, lorsqu'on s'en sert, de leur trouver cette odeur de lessive que chacun connaît.
Les différents objets de linge servant aux pansements et à la construction des bandages sont : la charpie, la ouate, les compresses, les bandes, cei tains bandages préparés d'avance auxquels on donne le nom de bandages composés, les draps fanons, les liens et les lacs {voy. ces mots).
La charpie se prépare avec du linge demi-usé que l'on effile. Elle est dite fine ou commune, selon la qualité du linge employé. On appelle charpie râpée celle qui est obtenue par le lâpage de la surface d'un linge.
Gama a proposé de remplacer la charpie, toujours chère, et quelquefois difficile à se procurer, par de l'éloupc blandiie au chlore; cette sorte de charpie peut être employée sans inconviinient. Eu Angleterre, on fabrique directement un tissu particulier, lisse sur une de ses faces, pelucheux sur l'autre, que nous appelons charpie anglaise. Elle suffit à certains pansements, mais ne peut pas remplacer dans tous les cas la charpie ordinaire. La ouate est quelquefois employée de préférence à la charpie, quelquefois aussi par nécessité. Ou a suppléé la charpie par de la laine, de la mousse, du foin, ainsi que le rapporte Percy, mais c'est qu'alors tout manquait, et qu'on était à bout de ressources.
La charpie disposée en différentes formes constitue certaines pièces de pansement, connues sous les noms de plicmasseaux, gâteaux, boulettes, bourdonnets^ mèches et tentes.
A la rigueur, la charpie peut être lessivée, comme d'autres linges, et servir plusieurs fois ; mais elle perd au lavage ses qualités de souplesse, de mollesse et de netteté ; ajoutons que même un lessivage bien fait risque de ne pas la débarrasser de toutes les impuretés qu'elle peut contenir. Il est donc de bonne, sinon d'économique pratique, de détruire la charpie qui a été employée. Il faut surveiller avec soin l'emmagasinage et la confection des ballots de charpie, car elle peut cire envahie par la fermentation, dont les effets la rendraient impropre à tout usage.
Les compresses sont des pièces de linge de moyenne grandeur, coupûes généralement en carré long. Dans les hôpitaux militaires on les désigne, suivant leur taille, par les numéros I, 2, 3. Les compresses n" 1 ont 70 centimètres de longueur sur 50 de largeur; n" 2, 50 centimètres sur 40; n° 3, 30 centimètres sur 20.
On les distingue, suivant leur forme, en carrées, longues, rondes, triangulaires, fendues, et compresses de quelques autres figures, longuettes, rondes découpées, rondes perforées, fendues à plusieurs chefs, en fronde, perforées ou fenêtrées, en croix de Malte, compresses graduées. On trouve dans les anciens auteurs la description d'un grand nombre de compresses qui, inusitées aujourd'hui, ne nous ofh eut plus qu'un intéièt hislori(p.ie.
Je ne dois pas m'arrélcr à la description de ces diverses compresses, qui a été faite ailleurs. Je dirai seulement, à propos des compresses fenétiées, que les
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ouvertures dont elles sont percées doivent être faites avec grand soin, de façon qu'elles soient très-nettes, et qu'il ne reste pas la plus petite partie de la rondelle à enlever; s'il en est autrement, si les bords des ouvertures sont frangés, s'ils portent de tout petits lambeaux, formant pointe, ces compresses blessent et irritent les plaies sur lesquelles on les applique.
Nous devons à l'imagination spéculative de quelques inventeurs des compresses médicamenteuses, qui, imbibées d'avance de différentes substances, deviennent résolutives, hémostatiques, désinfectantes.
Les bandes sont des pièces de linge, toile, coton, ou flanelle, beaucoup plus longues que larges, que l'on prépare en les coupant à droit (il dans l'étofle choisie, et qu'on enroule sur elles-mêmes. La dimension des bandes les plus usuelles est de 6 centimètres de largeur, sur 3 à 5 mètres de longueur. On désigne par le mot chef les extrémités de la bande; le milieu s'appelle le plein. Quand la bande est roulée à un seul cylindre, elle est dite : roulée à un globe; quand elle l'est à deux cylindres, elle est dite : roulée à deux globes.
Les bandes de toile doivent être coupées à droit fil, afin que leurs bords ne s'effilochent pas. Les bandes de calicot peuvent être aisément préparées par la déchirure de l'étoffe, qui se fait d'une manièie simple et régulière.
On imagina aussi de fabriquer des bandes au métier, à l'instigation de Percy. Voici ce qu'il en dit : « ... On tisse ces bandes comme on tisse les rubans de soie, c'est-à-dire en disposant sur leurs bords un long crin de cheval, que l'on retire ensuite, et qui laisse, au lieu d'une lisière, de petites boucles à la faveur desquelles ils s'étendent et se prêtent avec une grande facilité. Ces bandes particulières ont été nommées par moi, qui n'ai pas été étranger à cette invention, bandes bouclées;... ces bandes sont extrêmement commodes pour les chirurgiens ». Quoi qu'en ait dit Percy, ces bandes présentent le grand inconvénient de se rétrécir après chaque lavage; leurs bords deviennent coupants.
La surface des bandes doit être parfaitement unie. Quand il est nécessaire d'unir deux bandes par une couture, celle-ci doit être faite à plat, aussi peu saillante que po.^sible.
On désigne sous le nom de bandelettes de petites bandes étroites, d'une longueur de 1 à 5 décimètres environ.
On appelle bandages composés, Sédillot dit préparés, ceux qui sont formés par la réunion de différentes pièces de linge cousues ensemble suivant une figure déterminée; ils sont construits d'avance; chaque appareil cà pansement doit en contenir quelques-uns. Les principaux, ceux employés le plus souvent, sont les bandages en T, les bandages de corps, les bandages cruciaux, les bandages bursiformes, les suspensoirs, les bandages lacés. 11 en a été construit de bien des formes différentes. Le docteur Guillemin en a imaginé plusieurs, trèsingénieux, remplissant bien les indications proposées, applicables à la tête et aux membres. Il a donné leur description dans son traité des bandages (voy. Bibliographie) .
Les draps fanons ou porte-attelles sont des pièces de forte toile, de 1 mètre de long environ, sur 60 centimètres de largeur, avec lesquelles on enveloppe les attelles ou les fanons qui maintiennent les membres fracturés. Le plein du drap fanon est placé sous le membre, les attelles sont étendues sur ses extrémités, et on les enroule en se rapprochant du membre jusqu'à ce qu'elles s'appuient contre lui.
DICT. ENC. XXVL 20
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Le lien est une pièce de linge étroite, repliée sur elle-même dans sa longueur, droite et résistante.
Les lies sont des rubans de fil servant surtout à relier ensemble, une fois qu'elles ont été convenablement disposées, toutes les pièces qui composent un appareil à fractures. Les extrémifés des lacs sont réunies par un nœud à rosette ou par un nœud coulant. Thivet les définissait ainsi : un lien ou un fil, transformé en anneau, dont une des extrémités prolongées s'engage dans une boutonnière que l'autre présente. Il appelle encore lac tout lien destiné à embrasser un organe pour exercer sur lui une traction, ou lui opposer une résistance plus ou moins forte. Ce sont de véritables liens ; ils doivent être très-solides ; on les emploie, dans la confection des bandages, à divers usages que je ne puis tous signaler ici.
Il est intéressant, et fort important au point de vue des approvisionnements des armées en campagne, de savoir quel est le poids des divers objets servant à faire un pansement.
Voici les poids moyens que m'ont donnés plusieurs pesées comparatives :
grammes.
Compresse n" 1 pèse 7S
Une bande de S mètres en toile pèse 43
La quantité de cbarpie nécessaire pour le pansement d'une plaie simple, de 6 à 10 centimètres, est de 15 grammes environ. Réunissant les diverses pièces qui composent un pansement, nous avons :
grammes.
Charpie 15
Compresse n° 2 40
Linge fenêtre 5
Bande de 3 mètres 45
Total. , 105
Nous pouvons donc accepter le cbiffre des 100 grammes comme représentant le poids moyen d'un pansement ordinaire. Ce chiffre s'écarte assez de celui que j'ai vu indiqué dans un état de service du premier Empire, donné, je crois, par Percy. Il était dit que chaque pansement nécessite environ une quantité de linge pesant quatre onces (120 grammes), et une once (30 grammes) de charpie.
Si l'on emploie de la ouate au lieu de charpie, le poids du pansement diminue un peu; une quantité de coton pesant 7 grammes équivaut en volume à la même quantité de charpie, qui en pèse 15.
Voici quels sont, dans les hôpitaux militaires, les prix des divers objets servant aux pansements, d'après les tarifs ministériels :
Le kilogramme.
Bandes roulées 5 tr.
Grand linge 4 fr. 50
Petit linge \
Compresses J 3 fr. 50
Linge feni'tré )
Les chirurgiens de l'antiquité désignaient les différents bandages, sans ordre et sans classification, d'après le nom de celui qui les avait inventés, d'après leurs formes, d'après l'usage auquel on les employait. Ainsi tel bandage était le
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ftiombe d'IIippocrate, tel autre le scapha ou tolus de Dioclès; il y avait le kiastre, le discrimen, le nez tortu, le figuré ou rotjal, la fosse d'Amyatlius; d'autres avaient reçu des noms pittoresques, le thaïs, ainsi nommé à cause de sa forme élégante, le lièvre, le quadrige; certains lacs s'appelaient Vherculien, le nautonier, le loup. Pareille nomenclature était peu encourageante pour l'étude et devait exiger, pour être retenue, de bien laborieux efforts de mémoire.
Les anciens auieurs établirent une division des bandages basée sur leurs usages, leurs actions, leurs propriétés. La classification adoptée par eux, à (juelques divergences près, était celle-ci : bandages contentifs, unissants, compressifs, expidsifs, divisifs.
Les bandages contentifs sont ceux qui maintiennent soit les pièces d'un pansement, soit des parties déplacées et remises dans leur position normale: ainsi le bandage composant un pansement simple, ou le spica de l'épaule, après la réduction d'une luxation de la tète de l'iiumcrus. Les bandages unissa^its ou incarnatifs sont ceux qui rapprochent les bords d'une plaie : ainsi le bandage du bec-de-lièvre. Les bandages compressifs sont employés pour comprimer un vaisseau en cas d'bémorrhagie, ou pour repousser, refouler des organes, des tissus qui tendent à faire hernie. Les bandages expulsifs servent pour réprimer les enflures des jambes œdématiées, et aussi pour chasser des fistules la matière viciée qui y séjourne. Enfin les bandages divisifs sont ceux qui maintiennent éloignées des parties tendant à s'unir entre elles d'une façon vicieuse ou qui prennent une mauvaise direction, tels sont certains bandages qu'on applique aux doigts, au coude, à la tèle, dans des cas de brûlures, pour s'opposer à la force rétractive et à la réunion des cicatrices.
Cette classification, qu'on pourrait appeler thérapeutique, a le défaut évident de n'indiquer en aucune façon la forme des différents bandages. Elle ne pouvait suffire.
Gerdy a établi une classification très-précise et très-méthorlique, où chaque bandage trouve sa place dans des divisions naturelles en genres et en espèces. En voici le tableau :
Bandages circulaires.
Bandages obliques.
Bantlages spiraux.
Blindages croisés ou en huit do cliiffie.
Bandages noués.
Bandages ré. urrenls.
Bandages pleins.
Bandages invaginés ou unissants.
Bandages en T.
Bandages cruciaux, cruciformes, o;i eu
croix.
Bandages en fronde.
Bandages bursiformes, bourses ou sus-
pensoirs.
Bandages vagini formes, gaines.
Bandages boudés ou lacés.
Bandages réduclifs ou contentifs des fractures et luxations.
/ 1" genre . .
2* genre . .