‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.26Chapitre 62 sur 75 · DE N GUE · texte numérisé non relu

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quatrième jour (et cela sans administration de calomélas) donner lieu à une salivation copieuse. Nous ignorons en quoi consistaient les quelques cas à'ataxie qui, dans les épidémies de Ténériffe et de Cadix, se terminèrent par la mort, d'après Poggio.

Diagnostic. Le diagnostic positif ou aljsolu de la dengue est fort difûcile à établir au début d'une épidémie survenant brusquement, de même qu'il se pose de lui-même, voire dans le public, dès que l'iiniption épidémique est connue et confirmée. Une fois donc l'attention éveillée, comment confondre avec une autre maladie une espèce nosologique qui se caractérise par une si originale et si rapide allure, par ses douleurs courbatuniles et ibumatoïdes si vives, parla fièvre si vite et si bautement allumée, par son éruption double ou simple, par sa rémission, par ses recbutes mêmes, bref, par sa signature spéciale comme par sa généralisation si étendue et sa mortalité si minime?

Bien qu'il y ait peu de maladies o [fiant une physionomie patbologique aussi personnelle que la dengue dont le signalement, il faut le répéter, est d'ordinaire si facile à lire dans la marcbe périodiquement cyclique de l'affection, il existe néanmoins des circonstances exceptionnelles, où le diagnostic, pour ne pas errer, a besoin d'être basé sur la comparaison attentive des ressemblances et des dissemblances de la dengue avec les maladies qui s'en rnpprocbent au point de la pouvoir simuler. De là l'utilité du diagnostic différentiel que nous allons esquisser brièvement.

En tant que fièvre, la dengue peut être confondue avec les fièvres exanthématiques, même avec la fièvre jaune légère et les fièvres dites bilieuses des pays cliauds, avec les fièvres paludéennes, avec le typbus récurrent, avec la grippe et avec beaucoup d'autres affections épidémiques. Par ses douleurs rhumatoïdes, elle peut simuler le rhumatisme articulaire fébrile, voire la goutte aiguë ou bien certains empoisonnements aigus, etc.

a. Par son éruption la dengue peut ressembler :

1" A un simple érythème par coup de soleil, surtout quand l'érylhème ab insolatione n'est que la forme externe de ces véhémentes fièvres de cbaleur dont le cortège fébrile et nerveux si soudain et si solennel en même temps que si grave peut en imposer pour la dengue de degré intense. Mais l'erreur ne peut pas être de longue durée;

2" A l'urticaire fébrile essentielle ou symptomatique : mais les démangeaisons plus vives de celle-ci, ses causes, comme sa marcbe, établiront suffisamment la différence.

3" A la scarlatine : la ressemblance a été telle, dans certains cas et dans certaines épidémies, que le diagnostic a été tenu en suspens, même après 1 évolution de l'épidémie ; c'est le cas de l'épidémie de Dacca (Inde, 1872) où l'observateur (Wise) semble incliner vers la confusion entre les deux maladies. Certes l'éruption est parfois identique dans les deux affections ; mais les doulem'S dans quelques grandes articulations ne surviennent qu'après l'éruption, dans la scarlatine ; l'angine et l'albuminurie spéciales de celle-ci sont extrêmement rares dans la dengue : l'acmé fébrile arrive bien plus vite dans cette dernière, et quand nous posséderons le tracé thermométrique complet de la fièvre dandy, il sera facile de l'apposer au cycle thermique de la scarlatine ;

4° La rougeole peut parfaitement simuler la dengue et réciproquement quant

à .l'éruption: le larmoiement, l'injection dos yeux, les épislaxis même, comme à

Cadix, augmentent la ressemblance ; mais l'absence ordinaire de catarrhe bron-

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chique, la température plus subitement élevée, enfin la marche de la maladie, éclairciront les doutes ;

5° La forme papuleuse de la dengue, principalement limitée à la figure et autour dans quelques épidémies, feront croire à la variole, surtout si l'on songe à la rachialgie, à la céphalalgie, quelquefois aux vomissements, qui sont communs aux deux maladies. Cependant une sage expectation, la marche de l'épidémie et de la maladie, feront vite la lumière désirée;

6° Uerythema nodosum a pu tenir indécis l'esprit de l'observateur pendant quelque temps (Thaly), surtout quand prédominent les symptômes articulaires, mais l'incertitude sera levée par les caractères de l'érythème noueux et la marche si différente de celui-ci ;

' 1° Il y a quelquefois un gonflement de la face, du nez et des paupières, de nature à faire prendre au premier abord la dengue pour un érysipèle facial : un examen rapide dissipera tout embarras.

b. Par ses douleurs articulaires et musculaires la dengue peut simuler un accès aigu de rhumatisme polyarticulaire, surtout quand il y a gonflement exceptionnel des jointures et flexion des gaines tendineuses des extenseurs des mains et des pieds, et alors que n'existe point encore l'initial rash. De même les douleurs de la convalescence peuvent tromper en faveur d'un rhumatisme chronique. Mais l'avenir dans le premier cas, le passé dans le second (anamnestiques), viendront en aide pour assurer le vrai diagnostic.

Il n'y a pas jusqu'à la goutte aiguë qui n'ait été un moment mise à la place de la dengue au début (Moricc). Enfin les arthrites chroniques, les névralgies consécutives à la dengue seront, avec de l'attention, rapportées à leur réelle

origme

c. La grippe n'a, en réalité, qu'une lointaine ressemblance avec la dengue, malgré la puissante épidémicité, le brisement et la courbature, surtout l'adynamie et la langueur consécutives qui leur sont des phénomènes presque communs.

cl. Mais le typhus à forme récurrente, les fièvres bilieuse et jaune, les iièvres rémitto-intermittentes palustres des pays tropicaux, créeront plus d'une difficulté au diagnostic entre ces affections et la dengue. La première de ces maladies n'a que ses relapses ou rechutes coupées de rémissions qui la rapprochent de la dengue : pour tout le reste la phénoménisation complète des deux types morbides fera la différence.

La fièvre jaune, surtout dans ses formes atténuées et latentes, offre de sérieuses difficultés — et l'on connaît leur importance — au début des épidémies et des individualités morbides quant à la question du diagnostic. Pour comble de doute, les deux maladies ont quelquefois régné côte à côte, en entremêlant leurs formes ou leurs degrés inaccoutumés, comme aux Antilles et aux États-Unis d'Amérique. Certes la soudaineté de l'attaque, la rachialgie (coup de barre de la fièvre jaune), la céphalalgie frontale et sus-orbitaire, l'hyperesthésie et la douleur exquise des globes oculaires, parfois les vomissements, l'injection des yeux, même la teinte ictérique, et jusqu'à la rémission succédant au premier moment, voilà une filiation de symptômes bien faite pour créer de l'embarras au premier moment. Inutile d'ajouter que la marche ultérieure et surtout la mortalité ne tarderont pas à établir une différence cruellement frappante du côté du vomito negro.

Cependant la fièvre jaune bénigne, celle que Dutroulau et Rufz ont décrite ou mentionnée, que Lota a dénommée fièvre climatique des Antilies, etc., celle

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qui a sévi à la Nouvelle-Orléans en 1859, comme dans d'autres circonstances aux Etats-Unis et dans d'autres lieux ; ces fièvres que l'on décrit aujourd'hui comme des fièvres inflammatoires bilieuses à degrés divers; tout ce groupe, placé par la majorité des observateurs en dehors du paludisme, n'est composé, selon nous [voij. Géographie médicale), que des modalités et des degrés variés qui conduisent à la fièvre jaune endémo-épidémique, qui est leur point culminant. En d'autres termes, suivant l'expression de Dutroulau,» cette fièvre bilieuse est la vraie racine de la fièvre jaune dont le degré le plus léger se confond souvent avec elle » .

Telle est, effectivement, la vérité. Sans doute la dengue s'est parfois faufilée au milieu ou aux environs des épidémies de ces fièvres jaunes lévissimes, mais jamais elle n'a pu s'y déguiser au point de donner le change à l'œil attentif et exercé des praticiens des Antilles.

C'est par conséquent à tort, d'après cela, que l'un des meilleurs écrivains sur la dengue (Rey) a voulu faire prendre à celle-ci, rétrospectivement, il est vrai, une place illégitime parmi ces fréquentes irruptions de « petite fièvre jaune » des Antilles et du sud des États-Unis.

A part cela, il demeure bien entendu que la dengue a souvent hanté les mêmes parages que la fièvre jaune de toute forme, à tel point d'ailleurs que quelques médecins soupçonnent, à tort peut-être, des liens de parenté entre les deux affections.

e. 11 suffit de rappeler la possibilité d'une méprise au sujet de la dengue et des formes si variées du groupe des fièvres rémittentes et intermittentes de nature paludéenne. Cette erreur a été et sera souvent inévitable au début de l'un et de l'autre procès morbide dans les contrées de malaria. Il faut ajouter enfin qu'il n'y a d'erroné que l'apparence, en ce sens que l'élément palustre semble imprimer parfois son caractère d'intermittence aux symptômes spéciaux de la lièvre rouge qui, dans ces cas, est justiciable, dit-on, du sulfate de quinine.

Suivant Charles et Wise, la rougeur spéciale de la muqueuse palpébrale inférieure constituerait un trait pathognomonique de la dengue. Mais Martialis ne partage point cette opinion qui, d'ailleurs, n'a pas été reproduite par d'autres observateurs venus plus tard.

Charles a distingué des degrés dans la fièvre rouge de l'Inde : Denguis latens, mitis, maligna. Wien de plus naturel que ces distinctions qui existent si fréquemment dans le groupe des autres endômo-épidémies. Il serait étrange que sous ce rapport il en fût différemment de la dengue que des fièvres exanthématiques dont nous connaissons les diversités graduelles. A propos de la dengue maligne, Charles comprend toute la préoccupation qu'entraîne en Amérique la délicatesse du diagnostic entre cette forme et la fièvre jaune.

Parfois, en effet, il a constaté des vomissements, des selles noires, une teinte ictérique : mais, d'après Martialis, ces cas seraient extrêmement rares, bien que lui aussi ail plus d'une fois observé une teinte subictérique avec des vomissements noirâtres.

C'est dans ces cas de dengue maligne qu'il se produit des troubles graves tels que : adynamie, cardialgie, œdème pulmonaire et même de la cyanose générale (id.).

11 serait superflu de parler du diagnostic différentiel entre la dengue et certaines intoxications pouvant la simuler, précisément celles qui se compliquent souvent d'éruptions cutanées coïncidant avec des symptômes gastri(iues. Enfin la

perfection de l'étude séméiologique de la dengue amènera sans doute une plus grande facilité dans le diagnostic.

Physiologie pathologique des principaux symptômes. Nature. Classification KOsoLOGiQUE. DESIDERATA. Eu première ligne, on doit se demander de quelle nature sont les douleurs des articulations et des muscles dans la dengue. Sans doute la promptitude, l'instantanéité même des arthropathies et des myopathies, justifient l'opinion des observateurs qui ne veulent y voir qu'une sorte d'algie essentielle, spécifique. Tout en admettant ce qu'il y a de vrai dans cette façon de voir, il ne faut pas oublier que les douleurs rhumatoïdes ou rhumatalgies, et même ce qui est désigné sous le nom de névralgies et de myosalgies rhumatismales, coïncident le plus souvent avec une fluxion sanguine, si légère que soit celle-ci, et qu'enfin les cas ne sont pas rares où dans la dengue on a manifestement constaté les signes de cette fluxion soit dans certaines articulations, soit dans les gaines tendineuses ou dans le tissu cellulaire ambiant.

Existe-t-il réellement des douleurs siégeant dans les os, comme quelques-uns l'ont avancé?

La céphalalgie et larachialgie sont analogues à celles de la plupart des grandes fièvres épidémiques, notamment de la variole et de la fièvre jaune : au heu d'y voir de simples douleurs musculaires ou névralgiques, on doit admettre qu'elles dépendent plutôt de modifications morbides des centres nerveux encéphalo-médullaires, et qu'elles constituent un des signes particuliers des maladies infectieuses.

Quoi qu'il en soit, la mobilité, la fugacité des douleurs articulaires, musculaires, leur oscillation perpétuelle ainsi que leurs répétitions à longue portée et à longs intervalles, jusques à plusieurs mois après la cessation des autres symptômes, en font le caractère le plus essentiel de la dengue. C'est aussi le mode d'invasion, ainsi que l'acuïté de ces douleurs exquises, qui, comme leur terminaison, en fait un des traits les plus personnels de la maladie.

La fièvre avec ses rémissions et ses fluctuations, si prompte à s'allumer, si solennelle au milieu du cortège des autres symptômes de grave apparence, et en somme si bénigne dans ses résultats, est un autre caractère individuel de la dengue. Mais ce point capital de séméiologie n'a été guère qu'effleuré. On ne possède pas un nombre suffisant de tracés thermométriques suivant les variétés des cas et des épidémies pour en tirer des données spécialement applicables à l'évolution fébrile de la dengue ou comparatives par rapport aux autres fièvres exanthématiques. Cependant, telle que nous la connaissons, l'évolution cyclique de la fièvre tendrait à s'individualiser par la rapidité de sa marche ascensionnelle, qui ne peut guère êlre rapprochée que de celle des fièvres d'accès palustres, par l'élévation parfois extraordinaire (42°, 7) du maximum atteint, et par ses récurrences ou rechutes qui tendent à l'assimiler au typhus dit récurrent.

L'analvse microscopique et chimique du sang et des urines, qui fait le complément indispensable de toute étude exacte des maladies fébriles, laisse tellement à désirer en ce qui touche à la dengue, que cette analyse demeure presque entièrement à instituer. Si les urines sont ordinairement fébriles dans l'acception du mot, souvent elles seraient au contraire abondantes, claires, limpides, exactement comme dans les névroses et non comme dans la fièvre. Il y a donc ici plus d'une fois dissemblance dans les caractères qui traduisent d'ordinaire si fidèlement les résultats du bihm biochimique dans l'état fébrile de nos maladies. C'est une question à soumettre à une étude plus approfondie pour vérifier la

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réalitL' du désaccord et aussi pour en cherclier l'explication dans les cas où il se produit.

Entre autres choses il reste à doser la quantité d'urée et de matières extractives des urines avec plus de rigueur et surtout plus de suite que cela n'a été fait jusqu'à présent. De même les examens du sang, malgré les recherches de l'habile micrographe Cunningham à Calcutta, sont demeurés fort incomplets. Il sera nécessaire de faire la numération des slobules rouées et blancs, de doser leur capacité pour l'oxygène ou mieux la quantité d'hémoglobine sous divers états, avant, durant et après chacune des périodes de la fièvre et dans toute la durée de la maladie. S'il fallait en préjuger par les urines limpides et claires, le processus fébrile de la dengue ne paraît pas s'accompagner d'une très-grande destruction globulaire du sang. Cependant d'un autre côté l'adynamie prononcée et prolongée dans la convalescence pourrait faire soupçonner qu'il en est autrement.

Les éruptions po/(/morp/i(?s de la dengue ne sont pas moins remarquables que les caractères précédents. De toutes les fièvres dites exanthématiques, la dengue est la seule où les exanthèmes se fassent en deux temps différents. Et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que le premier accès, le véritable accès fébrile, n'amène qu'une éruption légère et inconstante, tandis que le contraire se produit pour la seconde et définitive éruption qui n'est accompagnée que d'une fièvre légère ou nulle.

Quelle peut être la cause du polymorphisme et du dichronisme de l'éruption de la dengue, c'est ce que les observateurs ne paraissent pas s'être préoccupés de rechercher. Y aurait-il une corrélation entre les éruptions un peu tardives et répétées de la fièvre rouge et ses symptômes névralgiques, myosalgiques, arthralgiques, comme, par exemple, dans les névralgies cutanées, l'herpès zona, etc.? Les cas accompagnés de vives démangeaisons offrent-ils quelque particularité éruptive qui puisse les expliquer ? Il y a ici, comme ailleurs, une étude minutieuse à poursuivre sur la possibilité des rapports existant entre le siège, la forme, l'intensité et la qualité des éruptions d'une part et les mêmes conditions des douleurs de l'autre.

Non moins frappante est l'absence de toute détermination morbide grave du côté des grands appareils de l'organisme. L'absence des cardiopathies, des endopéricardites, est à remarquer, bien que ce point appelle des recherches et plus sévères et plus suivies, et nonobstant les déclarations affirmatives, rares, à la vérité, de quelques observateurs isolés.

L'anatomie pathologique de la dengue est, pom* des raisons de plus d'un genre, à instituer totalement. Par fortune l'issue funeste n'arrive que bien rarement; à l'occasion de complications, soit, mais cependant les quelques nécropsies effectuées dans ces cas sont muettes ou insignifiantes, non tant sur les résultats obtenus que sur le mode et l'étendue des investigations. Que trois autopsies aient révélé, deux fois une infiltration du tissu cellulaire autour des articulations, et une fois la rougeur des ligaments croisés des genoux (A. Hirsch), en vérité, une telle mention est trop écourtée pour édifier suffisamment sur la portée des recherches anatomiques. Il va de soi que l'on devra à l'avenir procéder à l'exploration d'usage de tous les principaux organes de l'économie notamment de ceux qui paraissent le plus enjeu dans la phénoménisation morbide de la dengue, et spécialement de la moelle épinière et du cerveau avec leurs enveloppes et leurs annexes.

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Si k rougeole et la scarlatine ont leurs ordinaires complications, le coryza et la bronchite catarrhale, l'angine et l'albuminurie, la dengue ne semble compliquée que par les récurrences de ses principaux symptômes et par la longue survivance de la douleur articulaire et musculaire. La variole dispose l'organisme à une sorte de pyogenèse qui survit longtemps à la guérison apparente. On a bien cité quelques cas analogues d'éruption furonculaire ou d'abcès consécutivement à la dengue. Mais en général le poison de la dengue semble si subtil ou à dose si petite, que son action fort éphémère en elle-même ne laisse que des traces imperceptibles de son rapide passage dans les organismes atteints, en tant du moins qu'altérations anatomiques, car nous n'avons pas besoin de rappeler la profonde débilité qui s'ensuit assez souvent.

Cependant il est un ordre de complications, d'apparence insignifiante, qui doivent frapper l'attention, si leur fréquence était bien établie : ce sont les engorgements des ganglions du cou, de la nuque, des aisselles et des aines, accompagnés ou non de ceux des glandes salivaires. Une maladie qui, en grand, offre de pareilles manifestations, si légères qu'elles soient, devra toujours devenir l'objet d'une sérieuse attention, voire d'une prudente suspicion, en raison même de la gravité spéciale qui s'attache aux atteintes ganglionnaires épidémiques, dont le caractère supposé pestilentiel est toujours à craindre dans ces circonstances et avec de semblables lieux d'élection. Mais d'ailleurs la marche de la fièvre et les éruptions rendront vite manifeste la différence considérable qui sépai'e la dengue de la peste même légère.

La marche de la dengue par phases d'activité bruyante et de calme presque absolu ajoute encore à la somme des inconnues que nous offre cette affection : le typhus récurrent et parfois la fièvre jaune, avons-nous dit, présentent aussi l'image de ce processus.

D est d'autant plus besoin de s'appuyer, pour éviter la confusion, sur les autres caractères différentiels de ces maladies, que dans l'Inde la dengue et le typhus récurrent se côtoyent, comme la fièvre jaune et la dengue, aux Antilles, en Amérique, et même sur la côte occidentale d'Afrique. Rappeler ici que quelques médecins ont voulu confondre ces maladies dans un même génie épidémique, c'est faire la critique d'une semblable conception.

Nul doute néanmoins que la confusion ait été faite dans plus d'une circonstance, non-seulement sur le sol de l'Inde et de l'Amérique, mais aussi sur beaucoup d'autres points. A Maurice et à la Réunion, où coexistent parfois la dengue, la fièvre récurrente et les fièvres paludéennes, il en est souvent résulté dans la pratique, dans la théorie et dans les descriptions, des désaccords, des contradictions parfois inextricables (l'O?/. GéogpuIPHIe médicale, à chacune de ces fièvres).

Que si la dengue se rencontrait, comme cela a pu ou pourra se faille, avec la peste non-seulement dans l'Inde, mais sur la côte d'Arabie, surtout sur la côte méditerranéenne d'Afrique, par exemple, à Benghasi et dans le district de Tripoli, où s'observent les deux maladies, il y aurait peut-être lieu à une confusion regrettable entre les gonflements ganglionnaires accidentels de la première et les mêmes phénomènes plus ou moins accentués, en tout cas bien plus constants et plus caractéristiques, de la seconde.

Ceci nous amène à rappeler l'immense étendue longitudinale du domaine de la dengue, par rapport à celui de la peste et à celui de la fièvre jaune. Nous savons en effet que la dengue règne en Amérique, en Océanie au moins parfois,

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en Asie, en Afrique, même un peu dans l'Europe méridionale, dans les zones intertropicales ou péritropicales, mais particulièrement dans l'hémisphère nord. En Europe la fièvre rouge n'a guère dépassé le 37^ degré (Cadix) latitude nord ou le 56^ degré (Malte et Gozzo) ; en Asie elle a atteint le 34'^ degré (Beyrouth) d'un côté et le 25'^ degré (Amoy) de l'autre, tandis qu'en Amérique elle a remonté jusqu'au 42'' degré environ (Boston). î.iâlgré cette aire immense, qui est comprise dans la zone chaude, presque exclusivement, on voit que ladenguc n'a point encore atteint l'amplitude, surtout en latitude, des vraies fièvres exanthématiques, ni celle de la grippe avec laquelle elle a quelques rapports sous certains côtés. Mais il faut se tenir la réserve, car rien ne nous assure que la dengue n'envahisse un jour nos latitudes plus élevées du vieux continent, surtout à la faveur des chaleurs estivales et par suite de l'importation réitérée de ses foyers indo-malais, qui paraissent en ce moment dans une énergique activité.

Nature. Rey nous apprend que Mellis considérait la dengue comme une fièvre inflammatoire. Pour les uns alors et depuis elle a passé pour une fièvre rhumatismale ; pour les autres c'était une fièvre intermittente ou rémittente paludéenne. Les dénominations variées que lui ont imposées les médecins témoignent largement de cette diversité des opinions de la science sur la nature et le rang nosologique de la maladie.

En fait, on peut la ranger légitimement parmi les fièvres exanthématiques de cause et de nature infectieuse. On pourrait aussi, d'après certaines vues systématiques, la classer au nombre des « maladies nouvelles » it fixer l'époque du « règne de la dengue » comme on l'a fait pour les autres grandes endémo-épidémies.

Mais, si séduisante que soit cette façon hypothétique d'envisager la succession lentement périodique des grandes maladies populaires, elle ne repose que sur de trompeuses illusions, et pas plus pour la dengue que pour les autres maladies elle ne serait soutenable, à condition de ne pas s'appuyer seulement sur notre ignorance.

Traitement. L'histoire pathologique de la dengue et surtout l'étude de son évolution nous ont démontré, d'une manière évidente, qu'elle fait partie du genre des maladies que l'on appelle cycliques d'après leur nature et leur marche. De là doit découler la principale règle du traitement rationnel.

Quelque récente que soit la connaissance exacte de la dengue, son traitement a traversé plusieurs périodes de thérapeutique doctrinale dont il a gardé l'empreinte. Lors de la grande épidémie indienne de 1824-1826 les praticiens de l'Hindoustan, Twining, Mouat,Cawel, etc., mirent en honneur surtout la méthode humorale. Suivant Mouat la maladie livrée à son cours naturel durait plus longtemps et occasionnait des suites fâcheuses telles que la débilité prolongée, la persistance des douleurs, etc., et d'un autre côté les éniétiques et les évacuants donnaient d'heureux résultats.

Twining employait, quoique avec des restrictions, les émissions sanguines, notamment une forte application de sangsues aux tempes quand il y avait une intense céphalalgie. Il paraît que plus tard l'expérience lui démontra que cette pratique n'était ni nécessaire ni même opportune.

Mouat et Cawel apprirent également par expérience à se méfier du bénéfice des émissions sanguines dont l'un des effets était d'amener une fâcheuse débilitation de l'organisme dans les pays chauds où ils exerçaient. Mouat réservait donc

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les saignées pour les cas de complication locale du côté des poumons, du foie ou des intestins.

Si donc les antiphlogistiques et la saignée principalement furent de bonne heure éloignés du traitement de la dengue, il n'en fut pas de même des évacuants. Twining déclare avoir obtenu les meilleurs effets de l'emploi d'mie petite quantité de calomel associée à une dose assez élevée de coloquinte et de scammonée. Quand, ajoute-t-il, les évacuations d'un vert foncé produites d'abord par ce purgatif devenaient de couleur normale, alors on observait une amélioration des symptômes de la maladie.

Un vomitif administré dès le début, dit Mouat, a toujours soulagé la tête et diminué les souffrances : les évacuations alvines et l'étut de laxité intestinale qui viennent à la suite tendent singulièrement à faciliter la guérison. Pour obtenir le ventre libre, on donnera volontiers toutes les deux heures une dose de tartre émétique et de sulfate de magnésie, ou encore de la poudre de jalap ou du sulfate de magnésie dans une infusion de séné. Trente-six heures après l'obtention de ces effets la fièvre tendait vers son déclin : heureux résultat qui permettait de ménager ainsi les forces du malade. Que si pourtant la maladie persistait, il fallait recourir à de nouveaux vomitifs jusqu'à déterminer de j)lus copieuses évacuations bilieuses.

Quand l'intestin avait été ainsi largement évacué il était utile de donner une mixture composée de : esprit de nitre dulcifié, de nitrate de potasse, d'antimoine tarlarisé et de colchique. Le soir le malade prenait en outre, quand tout phénomène d'acuité était passé, 40 à 60 gouttes de vin de colchique, avec 25 gouttes de laudanum, à laquelle potion on pouvait encore ajouter une trentaine de gouttes de vin antimonié.

Ce résumé de la médication suivie jadis dans l'Inde anglaise nous fait voir que l'on y sacrifiait même dans le traitement de la fièvre rouge, en de larges proportions, aux mesures de la méthode évacuante basée sans doute sur les théories humorales de cette époque.

Suivant Cristobal Gubillas, dans l'épidémie de dengue de Cadix, en 1784, on avait recours, au début de la fièvre, aux émissions sanguines ; contre l'embarras gastrique on appliquait l'émétique ou les purgatifs, parfois les acidulés et les fruits acides. D'aucuns conseillaient comme antidote le quinquina, d'autres, le kermès minéral. Enfin les médecins, mieux instruits, en vinrent à établir, et cela en toute sécurité, un traitement des plus doux et des plus simples : l'usage des fruits de la saison.

Après un siècle de distance, dans les épidémies de Ténériffe et de Cadix en 1865-1867, un autre médecin, espagnol, Poggio, déclarait désastreuses les saignées dans le traitement de la dengue. Ce dernier, ayant en vue d'aider l'organisme à se débarrasser d'un principe morbifique, conseillait d'user de la poudre de Dovyer, à la dose de 0,50, dans une infusion chaude, pour favoriser les éruptions et calmer les douleurs. Quand il y avait pi-édominance des complications bilieuses il usait des évacuants et de l'ipéca : les toniques trouvaient leur indication dans la convalescence.

Dans l'épidémie hindoue de 1872 le traitement consista surtout en des diaphorétiques ammoniacaux (acétate et chlorhydrate d'ammoniaque), dans la belladone dirigée contre la céphalalgie et les douleurs arthralgiques et myosologiques, dans l'usage de la glace en boisson, en applications sur le corps, des

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bains froids glacés dans les cas d'hyperthei'mie, quand la température montait à 40°, 5 et même à 42 degrés centigrade.

On usait aussi assez largement de la quinine dans les cas de rechutes et dans les répétitions d'accès fébriles qui entravent souvent la convalescence. On a été d'autant plus porté, avec raison, à user des sels quiniques dans les accidents et les complications de la dengue, que cette maladie s'est souvent déclarée dans des régions éminemment paludéennes et qu'elle semble avoir, par sa présence ou plutôt par ses conséquences, déterminé une véritable fièvre à répétition de nature vraiment palustre.

Quelques observateurs de l'Inde, notamment Mooden Sheriff à Madras, ont donné le sulfate de quinine à la dose de 0,25 à 0,30 chaque trois ou quatre heures. Après cette médication on avait recours aux agents diaphorétiques et aux bains chauds. Christie et un médecin de la marine française [Union médicale) de l'Inde employaient à haute dose la belladone contre les douleurs articulaires (Charles). Une chose extrêmement importante, dit l'auteur de la note de V Union médicale, dans le traitement de la dengue, et que je recommanderai presque en France dans celui des fièvres éruptives, est de donner des bains froids et le suc de ciguë en potion. Récemment on a encore employé la strychnine, l'acide phosphorique, le colchique, les bains froids, et enfin l'iodure de potassium (Christie), surtout vers le déclin de la maladie et dans la convalescence.

Pendant la période de rémission on a administré, pour prévenir les rechutes, un mélange de sulfate de quinine et de sels alcalins (carbonate et nitrate de potasse) .

Les complications n'ont pas manqué de provoquer des indications spéciales parfois singulières. C'est ainsi que les ophthalmies (sans doute des congestions conjoncti\ aies) ont été combattues par l'application de sangsues sur la muqueuse palpébrale inférieure, suivie de purgations énergiques et répétées. 11 est certainement plus rationnel de traiter les douleurs articulaires par les liniraents chloroformés ; mais on comprendra peu pourquoi beaucoup de médecins se soient acharnés à poursuivre les mêmes douleurs par des frictions et des manipulations qui, de nul effet médicamenteux, ne peuvent qu'augmenter la souffrance même qu'elles ne sauraient calmer. Quant à l'électricité et au magnétisme dont on a parlé, il serait difficile d'en admettre l'emploi rationnel, sauf dans quelques cas de paralysie ou d'anesthésie pouvant survenir pendant la convalescence.

Nous pourrions prolonger outre mesure les recettes et les médications contre la dengue. Mais à quoi bon? N'est-il pas de la sagesse la plus élémentaire de n'employer ici, comme dans tant d'autres maladies à évolution fatale marquée d'avance, que le minimum de médicaments et à des doses les plus modérées? Pourquoi donc cette incorrigible manie de vouloir guérir quand même là où la nature dite médicatrice suffit à tout? Pourquoi déployer l'attirail des purgatifs, des vomitifs, des sudorifiques, dans des circonstances où leur action peut devenir, sinon plus nuisible, du moins plus douloureuse que la simple abstention? Ne serait-ce pas le cas de réclamer ici hautement un peu de repos, quelques boissons rafraîchissantes, acidulés, agréables, pour étancher l'ardeur de la soif, si pénible dans la fièvre intense, à la place de ces potions échauffantes, de ces mixtures de salpêtre, d'ammoniaque, de ces vomitifs déprimants comme l'émétique dans les pays chauds, de ces purgatifs qui ravivent, par leurs inévitables conséquences, les douleurs des patients à qui le moindre mouvement provoqué

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est si douloureux? En vérité, ne faut-il pas être tourmenté du besoin de remuer l'organisme quand même pour infliger aux malades affectés de la dengue si ordinairement bénigne les tortures de Procuste pour le moins inutiles et sans aucune compensation?

La quinine, qui a paru justement indiquée contre les rechutes inévitables, ne sera utile que contre les accès fébriles vraiment intermittents et paraissant de nature paludéenne complicative.

Que si l'on a occasion de soulager des douleurs insupportables, pourquoi ne pas recourir aux injections sous-cutanées de morphine, aux potions de chloral?

Quant à la convalescence rendue difficile par les complications, elle ne diffère pas de celle de tant d'autres maladies : elle comporte toutes les indications qui sont commandées par la nature même et la variété de ces complications, mais rien de plus.

En résumé, la médication de la dengue, jadis compliquée, a été simplifiée par les observateurs des dernières épidémies, et cela au grandbénéfice des malades. 11 faut respecter le cours naturel des périodes de la maladie et n'intervenir que lorsque l'exagération des symptômes ou une anomalie phénoménale commandent une indication spéciale. C'est ainsi que l'embarras des premières voies, quand il est trop prononcé, sera combattu par l'usage de quelque laxatif ou d'une dose d'ipécacuanha. Les purgatifs salins, parfois, mais rarement, le calomel, conviendront dans tous les cas où autrefois les drastiques étaient employés. Les boissons acidulés, légèrement laxatives, viendront en aide au maintien de la liberté des voies de la digestion.

Sans doute l'hyperthermie atteignant 40", 5, 41 et même 42 degrés, semble devoir commander l'usage immédiat et à dose élevée du sel de quinine, surtout dans les régions fertiles en accès palustres pernicieux. Cependant on ne possède pas d'observations suffisamment précises pour montrer la justesse d'une telle médication. D'ailleurs il est une autre pratique qui parait plus directement efficace dans ces cas exceptionnels : c'est l'emploi des affusions froides ou mieux des bains froids. Ceux-ci seront mis en usage dans la dengue d'après les procédés et les méthodes usités dans les cas de fièvre typhoïde, de rhumatisme cérébral et d'autres fièvres à température brusquement surélevée. En un mot, on appliquera contre l'hyperthermie de la dengue une médication analogue à celle qui est si efficacement dirigée en Europe contre les processus fébriles excessifs, et dans les pays chauds contre les phénomènes graves de l'insolation ou fièvre de chaleur. Aux bains généraux froids on joindra des applications locales f^lacées contre la céphalalgie et même peut-être contre les douleurs articulaires.

Ces dernières manifestations seront respectées autant qu'elles ne seront pas trop insupportables. On comprend l'utilité de quelques applications de liniments chloroformés contre leur acuité, mais il est probable qu'une injection souscutanée d'un à deux centigrammes de morphine aurait un succès plus complet. On pourra aussi tenter avec quelque chance de succès l'usage du salicylate de soucie à la dose de 4, 6 grammes et plus, contre les douleurs arthralgiques. Serait-ce contre ce symptôme que récemment dans l'Inde on aurait mis à la mode les préparations de belladone poussées jusqu'à^ la mydriase, ainsi que le

suc de ciguë? . . , .

Ou bien ces dernières préparations auraient-elles pour objectif d'agir sur la

peau et sur les phénomènes éruptifs à la manière de ce que l'on croit avoir

observé de l'action de la belladone dans la scarlatine?

736 DENGUE (bibliographie).

Quant aux sudorifiques, aux sels ammoniacaux, il peut être utile d'y recourir dans quelques cas particuliers où il serait indiqué d'agir énergiquement sur l'appareil cutané pour produire une diaphorèse critique. Encore dans ces circonstances pourrait-on songer à l'action plus prompte et plus décisive du jaborandi ou mieux de la pilocarpine.

11 va sans dire que l'application des saignées générales ou locales ne peut être motivée,' dans les pays chauds où domine l'anémie, que par des raisons tout exceptionnelles. D'ailleurs cette médication paraît avoir produit les plus fâcheux résultats dans beaucoup de circonstances, notamment dans les épidémies de Ténériffe, de Cadix (Poggio), de la Havane et de Santa-Fé-de-Bogota.

Enfin la médication Ionique, le quinquina, les amers, les astringents, les ferrugineux, trouveront leur fréquente indication dans la convalescence, qui souvent est entravée par la débilitalion que laisse après elle la maladie. Les bains sulfureux contre la douleur chronique des jointures, parfois l'électricité contre certaines névralgies amenant de la parésie, le massage, l'hydrothérapie, pourront rendre des services dans beaucoup de cas. Enfin le rapatriement sur le sol européen ou l'envoi à des sanatoria spéciaux situés dans des lieux frais et élevés seront parfois les seules mesures qui procurent le rétablissement des constitutions trop affaiblies par la maladie et devenues incapables de reconquérir leur équilibre dans le milieu débilitant des climats chauds.

La prophylaxie publique contre la dengue est encore une question qui a déjà surgi et pourra surgir en Europe. On sait que la maladie est éminemment transmissible et épidémique, et que son incubation peut varier de quelques jours à quatre ou six jours (Cotholendy, Mooden Sheriff). Ces notions pourront servir de base à l'établissement des mesures quarantenaires. Mais la nécessité et l'opportunité de quarantaines contre la dengue ne sont pas encore choses résolues. Certainement bien des raisons conseilleraient la préservation d'une maladie qui, bien que coûtant peu de vies humaines, frappe tant de personnes et occasionne de si grands troubles dans le jeu régulier de l'existence des populations sur lesquelles elle s'abat. Mais il s'agira de savoir si cette préservation est facile, possible même, et dans quelle mesure il y aura compensation entre les charges d'une quarantaine et les bénéfices de l'immunité, si tant est que celle-ci puisse être obtenue. Mahé.

LiBLioGRAPHiE. — Fîti du dix-liuitH'me siècle. — Gaberti rapporte que la deng^ue sévit eu i779 daus la Casse-Egypte, au Caire et dans les environs, avec une grande iuleusité, sous le nom de « Mal des genoux » (citation de Pruxer, voir plus loin). — Persin signale aussi l'existence d'une épidémie de dengue dans l'Inde vers l'ÎSO. In Voyages dans i Hindoustan. Paris, 1807, t. I, p. 143. — En 1779 régna une épidémie de dengue à Batavia, d'après le médecin David Brylon, cité par de ^VILDE (voir plus loin). — Rusu. Medic. biquir. and Observ. Philadelphia, 1789. — Cristobal Cubillas. Epidenita gadilana nombrada la « Piadosa » padecida en el aiio 1784. Cadix, chez D. Antonio Murgia, in-4°. In Archives de médecine navale, 1870, analysé parle docteur Reï.

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DICT. E>C. XXVf. 47

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de;«iis> (LEb).

Denii» (Jean-Baptiste). Dans ce Dictionnaire il sera traité de la <ra?2s/Msio)i du sang, tant au point de vue historique qu'au point de vue pratique. On étudiera les travaux remarquables sur ce sujet de Jean-Baptiste Denis, le premier qui, en France, tenta cette opération et entretint, dans le dernier quart du dix-septième siècle, le monde savant, de ses curieuses expérimentations, dans une sorte d'académie particulière qui tenait ses séances à Paris, sur le quai des Augustins, dans l'hôtel du comte de Monlnior, conseiller du roi et maître des reijuêles. Voir ce que nous avons écrit à ce sujet dans V\]nion médicale, 1874, n°^ 108 et 110. Contentons-nous de dire, pour le moment, queJ.-B. Denis était fils d'un pompier de Paris, qu'il étudia la médecine à Montpellier, que de retour à Paris il fut nommé professeur de philosophie et de mathématiques, médecin consultant de Louis XIV, qu'il mourut le 3 octobre 1704, et qu'il a laissé les ouvrages suivants :

I. Lettre à M. de Montnior touchant deux expériences de la transfusion faite sur des hommes, l'aris, 1668, in-4°. — II. Lettre touchant une folie invétérée qui a été guérie depuis peu par la transfusion du sang. Paris, 16(38, in-4°. — III. Recueil de mémoires et conférences sur les arts et les sciences, présentés à M- le Dauphin pendant l'année 1667. Paris, 1672, in-4°. — IV. Discours sur l'astrologie judiciaire et sur les horoscopes. Paris, 1669, in-4°. — V. Relation curieuse d'une fontaine découverte en Pologne, laquelle, entre autres propriétés, a celle de suivre le mouvement de la lune et de s'enflammer comme fait V esprit-de-vin, de guérir diverses maladies, et de prolonger la vie jusqu'à cent cinquante ans, avec les jrropriétés de Veau de cette fontaine. Paris, 1687, in-4°. A. C.

Denis (Prosper-Sylvaiin). Connu sous le nom de Denis de Commerct, naquit en janvier 1799. En 1817 il commença ses études médicales à Paris et devint l'un des élèves les plus brillants de l'École pratique ; il fut pendant quatre ans l'interne de Marjolin et de Dupuytren, qui surent apprécier ses solides qualités. Chaque année il obtint un prix de la Faculté. 11 se fit recevoir docteur en 1824 et dédia sa thèse à son aïeul G. Dems, l'un des chirurgiens ordinaires de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar, ancien chirurgien-major de l'hospice civil et militaire de Commercy.

Marjolin le prit pour secrétaire et adjoint, et favorisa ses débuts à Paris. II professa avec le plus grand succès, en 1828, un cours sur les maladies des entants à l'Ecole pratique ; déjà à cette époque sa réputation lui avait valu une grande clientèle. Mais désireux de se livrer à la chimie physiologique, dont son maître Braconnot lui avait inculqué les notions, il quitta Paris, en 1829, et alla se fixer à Commercy, oiî il resta jusqu'en 1841. Médecin de l'hôpital de cette ville, médecin des épidémies, vaccinateur de l'arrondissement, il se distingua particulièrement durant l'épidémie de choléra de 1852.

En 1841, il passa à Toul, où il fut nommé médecin en chef de l'hôpital ci^^l et militaire en janvier 1843; il remplit avec dévouement et succès ces fonctions pendant vingt ans, jusqu'à ce que l'état de sa santé le força à y renoncer.

« Ce fut au milieu des exigences d'une nombreuse clientèle de ville et de campagne que le docteur Denis composa presque tous les ouvrages qui lui ont valu un nom européen et lui ont ouvert les portes de l'Académie de médecine et de l'Institut. Nommé membre correspondant de l'Académie de médecine en

DENIS-LÈS-BLOIS (SilNT-)- 759

1837, il devenait membre associé de ce corps savant le 2 août 1859 et le 12 novembre correspondant de l'Institut (section de médecine et de chirurgie ) en remplacement de Bonnet de Lyon. Membre d'un grand nombre de Sociétés savantes, qui tenaient à honneur de le compter parmi leurs correspondants, sa modestie égala toujours son mérite. Ses l'echerches sur le sang l'avaient mis en relation avec les chimistes les plus distingués de notre époque ; sa nombreuse correspondance, seulement découverte après sa mort et qu'il conservait avec un soin rehgieux, montre comment Liebig, Berzelius et les autres chimistes allemands appréciaient ses travaux » (Miael).

Denis mourut d'une affection vésicale à Toul le o juillet 1865, laissant :

I. De l'ictère et endurcissement cellulaire des enfants nouveau-nés. Thèse de Pains, 1824, in-4"', n° 159. — II. Recherches d'anatomie et de jy/iijsiologie sltr plusieurs maladies des enfants nouveau- nés . Paris, 1826, in-B". — III. Mémoires sur trois genres de cas rares^dans l'ordrephijsiologique et pathologique. Paris, 1828, iii-8°. — IV. Recherches expérimentales sur le sang humain considère' à l'état sain, faites pour déterminer les modifications auxquelles est sujette, dans l'écono7nie, la composition de cette humeur, et apprécier les phénomènes physiologiques qui s'y rapportent. Paris, 1850, in-S». — V. Rapport sur les épidémies qui ont régné à Commercy et aux environs de cette ville pendant les six derniers mois de I83I et les deux premiers de 1852. Paris, 1832, in-S-*. — VI. Essai sur l'application de la chimie à V étude physiologique du sang de l'homme et à V étude physiologique, pathologique , hygiénique et thérapeutique des maladies de celle humeur. Paris, 1858, iii-8°. — VII. Démonstration expérimentale sur l'albuminurie et sur les substances inorganiques qui l'accompagnent, considérées hors du corps, pour déterminer les fonctions qu elles remplissent pendant la vie chez l'homme sain et chez l'homme malade. Paris, 1830, in-8°. — VIII. Etudes chimiques, physiologiques et médicales, faites de 1833 à 1840, sur les matières album ineuses connues sous les noms d'albumine soluble, d'albumine coagulée, de substance blanche des globules, de fibrine du sang, de fibrine des muscles, etc. Paris, 1842, in-8° (Prix de l'Institut). — IX. Nouvelles études chimiques, physiologiques et médicales sur les substances albuminoïdes qui entrent comme principes dans la composition des solides et des fluides organiques tant animaux que végétaux. Paris, 1856 (Prix de l'Inlitut). — X. Notice sur un cas de paraplégie par suite d'une compression de la moelle rachidienne, avec atrophie de la moitié inférieure du corps et occlusion des voies intestinales, urinaires et sexuelles. In Arch. génér. deméd., t. IV, p. 562, 1824, — XI. Autres articles dans divers recueils. L. Ils.

Denis (NicoLAS-JosEPu). Né en 1784, à Grand-Reng (Belgique), servit dans l'armée française en qualité de chirurgien aide-major au ô'^ régiment d'infanterie légère, en 1824, puis fut attaché successivement aux hôpitaux d'instruction de Lille, du Val-de-Grâce et de la Garde royale, et prit le diplôme de docteur à Paris. Nous le retrouvons en 1859 médecin en chef du Dispensaire de salubrité de la ville de Paris et officier de la Légion d'honneur. Il mourut en 1869 à l'âge de soixaute-cpiinze ans.

Denis était très-versé daas les maladies des femmes. Il fut pendant de longues années chargé de la visite des filles publiques. C'était un excellent praticien, et il est éminemment regrettable que ses nombreuses occupations l'aient empêché de rien publier. Voici le titre de sa Thèse inaugurale :

Dissert, sur la pneumonie aiguë. Paris, 1824, in-4°, n" 123. L. W:}.

»K^IS-t,ÈZ-BJLOBS (SAÏî^T-) (E.VU M1XÉRA.LE ET STATION HYDROTHÉRAPIQUE

de). Athermale, bicarbonatée et crénatée ferrugineuse, carbonique et sulfu-' reuse faible). Dans le département de Loir-et-Cher, dans l'arrondissement et à r> kilomètres de Blois, à 5 mètres de la Loire. L'établissement isolé deSaint-Denyslèz-Blois est bâti sur uu coteau au bas duquel émergent dans une belle prairie les sources minérales. Un joli bois arrosé par des cours d'eau utilisés pour les

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