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470 DENT (pathologie).
F. Anomalies de l'éruption. Sous le nom d'anomalies de Ve'ruption, nous décrirons les troubles qui surviennent dans 1 époque de la sortie des dents et qui sont de deux ordres: 1" Y éruption précoce ou anticipée; 2° Y éruption tardive.
Nous avons étudié dans un chapitre précédent l'éruption normale des dents, à l'état physiologique. Nous savons donc déjà à quelle époque se fait cette apparition normale.
I. Éruption précoce. A la première dentition le phénomène a été de tout temps signale. Pline cite les deux Romains nés avec des dents, Curius Dentatus et Papirius Corbon (Pline, Hist. naturelle, livre VII, chap. xv) ; plus près de nous on apiétendu que Louis XIV et Mirabeau présentaient des dents à leur naissance.
Bien que M. Blot n'ait observé aucun cas d'éruption précoce sur plus de 20000 naissances {Bull, de la Soc. de cliir., 6 mai 1868, p. 186), on ne peut révoquer en doute les faits de ce genre rapportés par MM. Tarnier, Guéniot, Masse, Giraldès, Sappey et Thore, Mattei, etc. Néanmoins ils sont rares (Guéniot, Bull, de thérap., 1875, p. 50. — Masse, ib., 1874, p. 500. — Giraldès, Comptes rendus et Mém. delà Soc. de biologie, 1860, p. 9. — Sappey et Thore, même recueil, 1859, p, M et 55. — Matlei, Union médicale, 12 juin 1875, p. 870), et le phénomène ne porte jamais que sur une ou deux dents, les incisives.
Ces dents ne sont pas supplémentaires ; leur éruption est précoce, elle précède de quelques mois celle des autres, mais elles font partie de la même série dentaire.
Les causes de l'éruption anticipée nous échappent entièrement.
Il est généralement admis que l'éruption prématurée à la naissance peut devenir la cause des accidents dits de dentition à cette période.
La précocité dans l'éruption des dents temporaires n'exerce pas nécesairement une influence soit sur la chute normale, soit sur l'apparition de la seconde dentition. Cependant nous avons observé deux cas de ce genre.
La dent prématurément sortie peut avoir sa forme normale, mais dans un certain nombre de cas elle est atrophiée, conoïde, etc.
Pour la dentition permanente, l'éruption anticipée s'observe de la même manière à un intervalle de temps plus ou moins grand avant l'époque normale. Mais celte anomalie présente alors une bien plus grande importance et des inconvénients beaucoup plus sérieux que dans la première dentition, attendu que l'éruption d'une dent permanente, survenant au milieu de dents temporaires, rencontre de la part de celles-ci des obstacles qui entraînent la production de désordres variés. C'est même dans ces circonstances que se produisent les anomalies de direction comme celles que nous avons décrites plus haut.
La première grosse molaire peut devancer son époque d'apparition (sixième année) d'un an ou deux ; puis viennent les incisives supérieures ou inférieures qui, se plaçant en dedans de l'arcade, simulent une double rangée de dents.
Les prémolaires et les canines présentent rarement une avance notable dans la sortie.
La conduite à tenir en pareille circonstance varie suivant les indications des cas particuliers. Pour la dentition temporaire aucune intervention ne nous paraît autorisée.
Pour la seconde dentition, au contraire, l'intervention est souvent indiquée : ainsi, lorsqu'une dent permanente, apparaissant avant la chute d'aucune des
temporaires, éprouve une déviation marquée, il est nécessaire de sacrifier une ou plusieurs de ces dernières pour provoquer le redressement de la dent déviée. Dans d'autres cas, il y a lieu d'appliquer des appareils destinés à réduire les mêmes déviations. Ces faits appartiennent d'ailleurs à l'étude des anomalies de direction.
II. Éruption tardive. Cette anomalie est beaucoup plus commune que la précédente. Nous avons signalé plus haut l'influence d'un mauvais état général sur les retards de l'évolution dentaire. Ces retards varient de plusieurs mois à un ou deux ans et peuvent atteindre non-seulement les incisives, mais encore toute la série. Toutefois l'éruption tardive d'une ou de plusieurs dents temporaires ne réclame aucune intervention directe. La seule inlluence qui puisse s'exercer appartient aux traitements généraux dirigés vers un état général ou une diathèse.
Les retards de Téruption ont été cause que les auteurs anciens ont cru avoir observé des troisièmes et même des quatrièmes dentitions. Nous n'en connaissons pour notre part aucun exemple authentique, c'est-à-dire scientifiquement observé, et ce que nous savons des phénomènes intimes Je l'évolution du follicule nous fait soutenir qu'au point de vue physiologique une telle reproduction de dents est inadmissible chez le vieillard. Par contre, nous connaissons des exemples d'éruption très-retardée et authentique. MM. Legendre, Casse, Trélat, et nous-même, en avons rapporté plusieurs cas (Legendre, Comptes rendus et Mém. de la Soc. de biologie, 1859, p. 165. — Casse, ib., 1869, p. 84. — Tréhd, Bidl. de la Soc. d'anthropologie. Paris, 4 juillet 1867. — Magitot, Traité des anomalies, etc., p. 218).
L'éruption tardive d'une ou de plusieurs dents, lorsqu'elle ne représente qu'un accident local, s'accompagne ordinairement de quelques troubles précurseurs ou concomitants. Ainsi dans les cas de Legendre, Casse, et dans un des nôtres, le phénomène avait été précédé de phlegmon et d'abcès, au milieu desquels la dent avait effectué son apparition.
L'intervention de l'art dans les cas d'éruption tardive dépend absolument des circonstances qui la précèdent ou l'accompagnent. Lorsqu'il n'y a aucun désordre, il n'y a évidemment rien à faire; dans d'autres faits, au contraire, il peut être formellement indiqué, à cause de la violence des accidents iiiilammatoires, d'effectuer l'extraction des dents anormales.
III. Chute prématurée et chute tardive. Ces phénomènes, dans la dentition temporaire, sont presque toujours en relation intime avec l'éruption tardive ou anticipée des permanentes. Certaines dents temporaires persistent à leur place régulière pendant une partie ou pendant toute la durée de la vie : telles sont les incisives centrales, les grosses molaires, etc. Dans ce cas, les dents de lait conservent leur physionomie et leur solidité, mais, comme elles sont d'un volume et d'une hauteur moindres que les dents permanentes voisines, elles apportent à la courbe et à la symétrie de l'arcade dentaire des irrégularités, des dépressions qui peuvent devenir la cause d'une certaine gêne dans les fonctions. En outre elles paraissent plus facilement atteintes de certaines maladies et en particulier de la carie.
Dans certains cas, on a vu une région de l'arcade dentaire privée chez l'adulte de dents définitives, bien que les dents temporaires correspondantes manquassent absolument.
Dans tous ces cas, soit de dents temporaires persistantes, soit d'absence con-
172 DENT (pathologie).
génitale, aucune intervention chirurgicale n'est admissible, et il faudrait bien se garder de conseiller dans ces conditions l'extraction d'une dent de lait dans le but de provoquer l'apparition de la permanente correspondante.
En ce qui concerne la chute prématurée des dents permanentes, elle ne représente jamais, selon nous, un fait de tératologie, mais répond à des phénomènes morbides qui sont du domaine de la pathologie spéciale. D'autre part, leur persistance au delà de l'époque moyenne, loin d'être un fait anormal, serait, au contraire, l'indice d'une santé vigoureuse et d'une constitution robuste.
G. Anomalies de nutrition. Parmi les troubles de l'évolution qui donnent naissance aux anomalies si diverses du système dentaire, il est une classe comprenant les perturbations qui surviennent soit dans le fonctionnement des organes formateurs de la dent, soit dans la constitution des éléments anatomiques des tissus dentaires en voie de genèse.
Ce sont ces perturbations portant invariablement sur le processus physiologique de l'une ou de l'ensemble des parties constituantes du follicule que nous désignons sous le nom d'anomalies de nnlrition.
Ces anomalies se traduisent sous différents aspects qui varient essentiellement suivant l'organe intra-folliculaire qui est frappé ensuivant l'époque de l'évolution correspondante à l'apparition des causes perturbatrices.
Les conséquences de celte espèce d'anomalie se présentent ainsi sous trois formes :
1° L'atrophie folliculaire ;
2° L'odontome;
3° La transformation kystique
Ces trois états appartiennent aux périodes de formation folliculaire; ce sont des troubles congénitaux ; il est bon cependant de faire remarquer que ces trois formes, atrophie, odontome et transformation kystique, peuvent apparaître cliniquement à un âge avancé, aussi bien que pendant la période embrvonnaire de la dent ; mais ces variations dans l'époque de constatation de la lésion ne résultent que de la lenteur plus ou moins grande dans le processus des phénomènes ; s'ils sont rapides, l'anomalie se reconnaît dès les premiers âges, dans l'enfance ou dans l'adolescence; s'ils sont lents, la production ne se constate que beaucoup plus tard. Rien dans les altérations pathologiques delà dent adulte ne saurait être assimilé à des troubles nutritifs de l'évolution proprement dite.
\. De l'atrophie folliculaire. Le phénomène de l'atrophie, considéré au point de vue tératologique, c'est-à-dire comme fait de disparition d'un follicule, consiste essentiellement en une résorption pure et simple du sac folliculaire et de son contenu.
La résorption est tantôt complète, et l'on ne retrouve à l'ouverture du maxillaire, au point correspondant à une dent manquante, aucune trace de follicule, ou bien on constate que celui-ci a éprouvé une réduction de volume et une sorte de transformation fibreuse de ses parties.
Dans le premier cas, la disparition complète d'un follicule peut être confondue avec l'absence congénitale de la dent con-espondante ; dans le second, lorsqu'on retrouve un débris plus ou moins réduit de follicule, on peut affirmer soit un phénomène d'atrophie complet, soit un simple arrêt de développement.
La résorption d'un follicule peut en outre survenir à toutes les époques de l'évolution, tantôt pendant les phases embryoplastiques, tantôt pendant la formation de la couronne; nous en avons eu la preuve dans les expériences que
DENT (pathologie). *'?5
nous avons entreprises avec Ch. Legros sur les greffes des follicules denlaires {Comptes rendus de TAcad. des sciences, 1874, séance du 2 février).
Les circonstances qui paraissent le plus prédisposer les follicules dentaires à la résorption et à l'atrophie sont Y hérédité et la compression; cette dernière cause doit être invoquée surtout pour la dent de sagesse inférieure.
Le phénomène intime de l'atrophie est donc analogue à celui qui se passe en d'autres parties du corps dans les mêmes circonstances.
II. De Vodontome. L'odontome consiste dans une tumeur développée aux dépens tantôt d'un ou de plusieurs des organes constituants du follicule, tantôt des tissus dentaires eux-mêmes an moment de leur genèse. Les deux phénomènes principaux auxquels sont dus les odontomes sont l'Iiypergcnèse et l'hypertrophie des éléments du follicule restés en place. Il en est encore un autre qui joue un rôle important dans la production de beaucoup de tumeurs, c'est Yhétéradénie, ou développement avec erreur de lieu : c'est ainsi que certains odontomes adamantins, par exemple, se développent à la surface du cément radiculaire.
Nous n'admettons pas, pour des raisons que nous avons développées dans un travail antérieur {Traité des anomalies du système dentaire, p. 252), la division des odontomes de Broca {Traité des tumeurs. Paris, 1869, t. 11, p. .'îOO). Pour nous, les diverses espèces d'odontomes admises par Broca peuvent, au point (le vue anatomo-pathologique, se résumer en trois variétés :
1» Les odontomes bulbaires;
2" Les odontomes odontoplastiques;
5° Les odontomes radiculaires.
1» Des odontomes bulbaires. Cette espèce de tumeur est depuis longtemps désignée cliniquement sous des noms divers : tumeurs fibreuses, fibromes des mâchoires, tumeurs fibro-plasliques, corps fibro-cellulaires, etc.
L'examen microscopique a pu établir la composition intime des odontomes bulbaires, qui sont le plus souvent constitués par les éléments du bulbe luimême : corps fibro-plastiques nucléaires ou fusiformes, libres lamiucuses plus ou moins serrées, comme dans les fibromes des autres régions de l'économie.
La paroi folliculaire forme une enveloppe à la tumeur; certaines tumeurs renferment même un liquide séreux ou séro-sanguinolent, quelquefois formé d'une sorte de mucus filant, contenant de la cholestérine, des cellules épilliéliales et des matières grasses.
Dans une autre variété, les odontomes bulbaires sont constitués par l'hypergenèse ou l'hypertrophie du bulbe dentaire, ou par les deux ensemble. 11 résulte de là que tantôt le bulbe est augmenté de volume dans des proportions considérables ; tantôt, quand il y a simplement hypergeuèse, la tumeur se compose d'une multitude de bulbes agglomérés. On trouve en outre au sein de la masse fibroïde des grains phosphatiques (Broca, Traité des tumeurs, t. Il, p. 520), ou des chapeaux de dentine, ou encore des grains dentinaires (Panas, Bull, et mém. delà Soc. de chirurgie, 4876, p. 547).
Le siège presque exclusif des odontomes bulbaires chez l'homme est le follicule de la dent de sagesse, plus particulièrement de l'inférieure : ils partent donc directement de l'angle maxillaire, d'oii ils envahissent les parties voisines.
2" Odontomes odontoplastiques. Les odontomes odontoplastiques comurennent les altérations de nutrition qui surviennent au sein du follicule après le début de formation des éléments constitutifs de la dent : ivoire, émail ou
174 DENT (pathologie).
cément ; c'est ce qu'on appelle précisément la période odontoplastique du follicule. Le chapeau de dentine est commencé et en voie de développement, les organes formateurs sont en pleine activité physiologique, et c'est par la perturbation même de leur fonction que se traduisent ces odontomes.
Ils se subdivisent en quatre catégories : cémentaires, dentinaires, cémento- (lentinaires, adamantins ; ils peuvent être aussi mixtes lorsque les troubles, au lieu de porter sur un des oi'ganes isolément, étendent leur iniluence à deux organes à la fois, comme dans certaines tumeurs composées d'ivoire et de cément.
Les odontomes odontoplastiques cémentaires appartiennent aux herbivores, les seules espèces animales dont les dents présentent une couche de cément coronaire.
Les odontomes odontoplastiques dentinaires sont ceux dans lesquels un chapeau de dentine a subi non une division ou une dispersion de fragments de sa substance, mais une altération de nutrition sur place (odontomes pulpaires de Broca). Ils se divisent en deux sous-variétés : les odontomes coronaires diffus et les odontomes coronaires circonscrits.
a. Dans les odontomes coronaires diffus, le mécanisme de production a eu pour point de départ simultanément une hypertrophie avec altération de substance de la pulpe, et des irrégularités dans la formation de l'ivoire ; de son côté, l'organe de l'émail peut être frappé de troubles concomitants qui entraînent des perturbations dans la formation des prismes. Il peut l'ésulter de là que, si une portion de la couronne, développée antérieurement à l'apparition des troubles fonctionnels, a pu conserver la physionomie normale, toute l'étendue
correspondante à ces troubles constitue une tumeur plus ou moins volumineuse (Broca, Traité des tumeurs, t. II, p. 558, et fig. 19).
b. Les odontomes coronaires circonscrits consistent dans la production, sur un point isolé de la couronne, d'une tumeur dure, formée d'ivoire et d'émail, tantôt globuleuse et assez lisse, tantôt cou- Fig. 26. — odoniomc coronaire ""^^^^ ^6 végétations [Dents verruqueuses de Salter,
circonscrit d'une incisive. {Gui/s Hosp. Reports, 3^ sect., VOl. IV, p. 276,
Les odontomes coronaires de la variété ce'mento-dentaire appartiennent exclusivement aux herbivores.
Les odontomes odontoplastiques adamantins consistent dans des perturbations de nutrition de l'organe de l'émail isolément. Ils se présentent ordinairement sous l'aspect de petites tumeurs d'émail du volume d'une tête d'épingle ou d'un petit pois, ovoïdes ou sphériques, parfois mamelonnées, et fixées soit au collet, soit au-dessous de ce point. Ces productions sont donc ordinairement he'térotopiques, c'est-à-dire situées en un point de la dent dépourvue d'émail, sur le collet, ou dans l'angle d'intersection des racines d'une molaire (Tomes, System of Dental Surgery, 1859, p. 255, fig. 102 et 103. — Wedl, Atlas zur Pathologie derZïthne. Leipzig, 1869, pi. Il, fig. 25 et 24).
Nous n'insisterons pas davantage sur les considérations relatives aux odontomes adamantins, qui représentent en réalité bien plus une curiosité tératologique qu'une lésion susceptible d'intervention chirurgicale.
3" Odontomes radiculaires. Ces odontomes se forment au sein du follicule
DENT (pathologie). 175
àl'époqne où, la couronne dentaire ayant achevé son développement, les racines commencent à effectuer leur formation. Ils participent des deux tissus radiculaires, l'ivoire et le cément, et sont tantôt purement cémentaires, tantôt cémento-denlinaires. On ne connaît pas encore d'exemple d'odontome purement dentinaire.
Les odontomes raïUculaires cémentaires ont l'aspect d'une tumeur de volume variable, mamelonnée et inégale, dans laquelle l'examen histologique ne permet de reconnaître que les éléments du tissu osseux irrégulièrement groupés, comme cela se produit, par exemple, dans l'exostose soit osseuse, soit cémentaire proprement dite. Cette analogie de composition entre les odontomes et les exostoses ne permet pas cependant d'assimiler les premiers aux secondes.
Fig, 27. — OJoutome radiculaire (Tomes). Fig. SS. — Odonlomc radiculaire (Maisonneuve),
Cette variété est extrêmement rare; nous n'en connaissons qu'un exemple, observé et bien décrit par Tomes {Tmsact. of the Odontological Society of Great Britain, 1872, p. 81).
Les odontomes cémento-dentinaires sont plus communs, et nous en connaissons plusieurs exemples (Forget, Anomalies dentaires, pi. II, fîg. 1 et 2. — Wedl, Atlas zur Pathologie der Zàhne, tabl. XI, fig. 28 et 29).
Signalons encore les odontomes composés de Broca, dans lesquels plusieurs follicules dentaires ont été em'ahis par le même processus tératologique {von. Forget, Étude histologique d'une tumeur fibreuse non décrite de la mâchoire inférieure. Paris, 1861, avec 1 planche, et Bull, de la Soc. de chir., 2^ série, t. X, p. 60. — Robin, Bull, de l'Acad. de méd., t. XXIV, p. 1205, et Mém. de la Soc. de Biologie, 1862, o" série, p. 216. — Broca, Traité des tumeurs^ t. II, p. 565), et les odontomes hétérotopiques du même auteur, développés au sein d'un follicule frappé d'hétéropie (Salter, GuijsHosp. Rep., 5" série, vol. lY, p. 229, 1858).
III. Du kyste folliculaire. Ce sujet ayant été décrit dans une autre partie de ce Dictionnaire, nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur [voy. Maxillaires [Kystes des]).
H. Anomalies de structure. La constitution intime ou structure des tissus dentaires offre un certain nombre de variations soit chez les individus, soit d'une race à l'autre, mais qui sont jusqu'à présent fort peu connues. A peine possédons-nous quelques documents relatifs aux différences d'aspect extérieur que présentent certains tissus suivant les races et certains rapports des dents
176 DENT (pATHotociE).
comparées entre elles (Coudereau, Bidl. de la Soc. d'anthropologie, 1875, p. 86). D'ailleurs ces variations ne nous intéressent qu'autant qu'elles causent des troubles plus ou moins profonds dans la constitution des tissus, apportant comme conséquence des prédispositions à diverses maladies.
Nous étudierons ces déviations soit dans l'organe dentaire en totalité, c'est-àdire lorsqu'elles intéressent à la fois l'émail et l'ivoire, soit si elles affectent isolément un tissu en particulier. Celles du cément sont trop peu importantes chez l'homme pour que nous nous en occupions ici.
I. Anomalies de structure dans la totalité de l'organe. Ces anomalies sont sous la dépendance tantôt de conditions particulières et isolées chez un sujet déterminé, tantôt de l'hérédité, c'est-à-dire des dispositions ou des diathèses congénitales. Nous avons indiqué déjà les rapports existant entre l'aspect des dents et l'état général du sujet. Mais le plus souvent les altérations de la structure de l'organe ne sont appréciables qu'à l'investigation microscopique.
Si l'on examine dans ce cas la coupe d'une dent ainsi altérée à un grossissement de 200 diamètres environ, on reconnaît que l'émail et l'ivoire ont subi simultanément des troubles plus ou moins marqués dans l'homogénéité et la disposition réciproque de leurs éléments. Pu côté de l'émail : opacité, état granuleux, flexuosités très-accusées des prismes ; du côté de l'ivoire, dilatations et même varicosité des canalicules, lignes de contour très-marquées, formation de globules dentinaires que, contrairement à Czermak ( Zeitschr. fur ivissenschaftl. Zoologie, von Siebold und Kôlliker, 1850) et quelques autres, nous considérons comme anormale (voy. nos Études sur le développement et la structure des dents humaines. Thèse de Paris, 1857, p. 55).
Dans les imperfections de structure d'un ordre plus général encore, comme celles qui dépendent de la race, l'examen microscopique révèle des particularités analogues, mais moins nettes que dans le cas de diathèse.
La lésion de beaucoup la plus importante de cette espèce est V érosion.
L'érosion est caractérisée par une altération de la couronne des dents qui, au moment de l'éruption, apparaissent comme usées ou rongées sur un certain point de leur hauteur. Cette usure atfecte une forme si spéciale, qu'il n'est pas possible de la confondre avec aucune autre lésion. Ce sont tantôt des échancrures toujours courbes qui occupent le bord libre des dents, tantôt des sillons horizontaux qui partagent en plusieurs divisions la hauteur de la couronne. Un premier caractèi'e fondamental de cette altération consiste en ce qu'elle n'est jamais isolée à une seule dent, mais qu'elle affecte constamment sur le même point, à un égal degré et sous une forme identique, les dents homologues d'une même mâchoire ou des deux mâchoires.
Les deux dentitions n'y sont pas également sujettes, et, bien que certaines lésions des dents temporaires puissent se rattacher à l'érosion (Fournier, Dict. en 60 vol., art. Dent, p. 541, 1814. — Rattier, Contribution à l'étude de r érosion dentaire. Thèse de Paris, 1879), on peut dire toutefois que cette lésion est particulière aux dents permanentes.
Sur 12 cas pris au hasard, de un à neuf mois, M. Parrot a constaté que l'érosion atteignait, par ordre de fréquence et d'intensité, les canines, les secondes prémolaires, les premières prémolaires, les incisives latérales, la première incisive médiane (Parrot, La syphilis dentaire, communication au Congrès de Reims, 1880).
Toutes les dents permanentes peuvent être exposées à l'érosion mais il est
DENT (pathologie). 177
rare qu elles soient toutes frappées à un degré égal. La première molaire est la plus fréquemment atteinte. Viennent ensuite les incisives inférieures et supérieures, la canine, puis les prémolaires. La seconde molaire et la dent de sagesse sont rarement affectées.
Les caractères de l'érosion revêtent plusieurs formes. C'est d'abord une échancrure arrondie ou ellipsoïde , pour les incisives ; aux molaires , la surface triturante est transformée en une série de petits mamelons plus ou moins irréguliers, séparés par des anfracluosités traversant la couche d'émail tout entière. Le bord de l'écliancrure des incisives et celui de la région érodée des molaires sont occupés par un bourrelet irrégulier, composé démail normal, mais plus épais que dans les autres points, et recouvrant un ivoire également normal.
Dans une seconde forme, la couronne apparaît comme rongée par un acide dans une certaine étendue de sa hauteur, laquelle est presque complètement ou complètement privée de sa couche d'émail : cest l'érosion en nappe. Dans ce cas, comme dans l'érosion en écliancrure, la lésion est encore limitée par un bourrelet d'émail.
Dans des circonstances plus simples, l'érosion apparaît sous forme d'un trait ou sillon léger, granuleux et pointillé, mais n'atteignant jamais en profondeur la totalité de l'épaisseur de l'émail. Il n'y a pas alors de changement sérieux de coloration ni d'aspect; une ligne transversale la représente essentiellement.
Plusieurs de ces lésions peuvent d'ailleurs exister ensemble sur la même dent. Ainsi la présence d'une échancrure n'exclut pas l'existence, au-dessous d'elle, soit d'une zone étroite ou large, soit d'un ou de plusieurs sillons parallèles: ce sont les dents dites en étages ou en escaliers.
11 peut même arriver qu'une dent, présentant simultanément plusieurs formes d'érosion, devienne méconnaissable et ne constitue plus qu'un tronçon difforme à la place de la couronne. C'est cette lésion que Tomes a désignée sous le nom de dents en gâteau de miel.
L'altération, avec ses formes multiples, peut encore se montrer simultanément sur une partie ou la totalité des dents indiquées plus haut, et toujours d'une manière homologue. Elle est d'ailleurs toujours de forme circulaire, c'est-à-dire qu'elle représente un anneau tracé autour de la dent.
Au microscope on reconnaît que, tandis que la couche d'émail paraît seule atteinte, la denline présente simultanément une lésion sur laquelle il est intéressant d'insister. C'est Yérosion de Vivoire. A un grossissement de 200 diamètres environ, on trouve à ce niveau une ou plusieurs couclies composées de ces globules et de ces espaces interglobidaires (dentine globulaire de Czermak et Owen) dont nous avons déjà signalé l'existence dans un grand nombre de troubles de structure même légers. Mais ici la lésion, au lieu de se présenter par petits groupes espacés et peu prononcés, affecte dans l'érosion le caractère d'une bande altérée, dans laquelle les globules sont abondants et pressés, tandis que les espaces qu'ils interceptent sont larges, prolongés dans divers sens, et remplis d'une matière noirâtre granuleuse. Ce sont ces espaces interglobulaires auxquels KôUiker attribue à tort une ressemblance avec les cavités osseuses {Éléments d'histologie, 2" édit. française, Paris, 1856, in-8s P- 424), erreur que Czermak et Wedl se sont efforcés de relever (Wedl, Histol. patholog., trad. an^-laise. Londres, 1855, p. 51i). Au-dessus et au-dessous de la lésion, le reste du tissu a conservé sa composition normale.
DICT. ENC XXVIL ']2
178 DENT (pathologie).
A une érosion de l'émail correspond une couche de dentine globulaire ; c'est ainsi que nous avons pu observer jusqu'à trois couches superposées dans une dent molaire qui présentait manifestement jusqu'à trois étages d'érosion. Ces couches sont alors régulièrement concentriques, séparées par des zones plus ou moins étendues de dentine normale et d'autant plus marquées qu'elles sont plus près de la limite extérieure de l'ivoire. Nous sommes porté à croire que le voisinage de la pulpe, fournissant à l'ivoire des matériaux de réparation, est la cause du caractère peu marqué des couches profondes de dentine globulaire, et que la lésion de l'ivoire finit par disparaître alors que celle de l'émail siégeant dans un tissu sans rénovation possible reste fixe et indélébile.
On observe souvent dans les couches d'ivoire de la racine des zones globulaires, mais elles sont moins nettes, les globules sont moins volumineux, leurs espaces plus petits. Dans le cément, nous n'avons jusqu'à présent reconnu aucun phénomène analogue.
Examinons maintenant la cause et le mécanisme de production de celte lésion.
Les anciens auteurs, Fauchard, Bunon, Mahon, Fournier, el quelques modernes, Tomes {Traité de chir-ur g te dentaire, trad. Darin, 1872, p. \^S), Broca, ont admis que l'érosion se traduisait sous l'influence des pyrexies de l'enfance, du scorbut, (le la coqueluche, etc. — Castanié a invoqué la scrofule dans un cas {De l'érosion des dents permanentes. Thèse de Paris, 1874); d'autres, le rachitisme (Mahon, Castanié, Horner, Becker (de Leipzig), Nicati {Revue mens, de méd. etdechir., 1879, p. 7).
Dans sa très-intéressante communication faite au Congrès de Reims, M. Parrol, discutant toutes ces opinions, ainsi que la nôtre, les a toutes rejetées, sauf le rachitisme, pour se prononcer en faveur de la syphilis héréditaire. Il n'a d'ailleurs admis l'influence du rachitisme que parce qu'il fait de cette affection une forme de la syphilis héréditaire.
Hutchinson avait fait de l'échancrure des incisives un signe pathognomonique de syphilis héréditaire {Trans. of the Path. Soc, vol. IX, p. 449, et vol. X, p. 287). Plus récemment, Berkeley Hill s'est efforcé de confirmer les vues d'Hutchinson {Monthly Review of Dental Science, juin 1872).
Nous ne croyons pas que les maladies fébriles de l'enfance aient une grande influence sur la production de l'érosion, non plus que le scorbut et la coqueluche; elles sont trop passagères et de trop courte durée. Quant aux diathèses, la syphilis, comme nous l'avons déjà dit en 1875 {Bull, et mém. de la Soc. de chir., 1875, p. 139), le rachitisme, etc., ont pour effet de produire soit des retards dans l'évolution ou des atrophies de certains follicules, soit des perturbations fonctionnelles, permanentes, uniformes, dans l'organisation des tissus dentaires, mais non les lésions de l'érosion. Celle-ci, au contraire, a un caractère brusque, et il est évident que la cause qui l'a produite a eu une durée limitée et proportionnelle à l'étendue et à la profondeur de l'érosion elle-même. La formation des tissus de l'émail et de l'ivoire a été momentanément suspendue, et comme les dents apparaissent toujours ainsi frappées, au moment de l'éruption hors des mâchoires, il est clair que le trouble qui en a été la cause a exercé son influence sur l'organisation de l'organe pendant sa vie intra-folliculaire, c'est-à-dire pendant la période pour ainsi dire fœtale de la dent. C'est donc dans les troubles qui atteignent un sujet pendant cette période même qu'il faut chercher l'explication de l'érosion. Or, d'après un grand nombre d'observations
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auxquelles nous nous sommes livré en remontant d'un lUit d'crosion à letude des antécédents, nous croyons être parvenu à fixer le véritable mécanisme du phénomène, et pouvoir attribuer à l'éclampsie infantile la production de l'érosion.
C'est en effet dans cet ordre de phénomènes qu'on rencontre le caractère d'invasion brusque, avec durée courte, suivie ou non de plusieurs accès ultérieui'S et qui, prenant leur origine dans le système nerveux central, sont éminemment susceptibles de produire des perturbations assez profondes pour arrêter la nutrition et suspendre les phénomènes de formation au sein d'organes en voie d'évolution. Lorsque l'affection est de courte durée, elle se traduit par un sillon unique plus ou moins marqué, et dont le siège est invariablement la base du chapeau de dentine des deuls en voie d'évolution. Si l'affection consiste en plusieurs accès consécutifs, le nombre des sillons de l'érosion est égal à celui des crises; si enfin l'affection susceptible de produire une telle altération survient après l'achèvement de la dentification, elle ne fait éprouver au système dentaire aucune lésion appréciable de structure.
On peut donc conclure que l'érosion dentaire est la trace mdescriptible et permanente d'une affection inf tntlle à invasion brusque, de forme conviddve, et tout spécialement de Yéclampsie.
Tout récemment, MM. Quinet et Ratier, reprenant la question, l'ont résolue comme nous. « Il n'y a pas, dit M. Quinet, de dents syphilitiques proprement dites, mais bien plutôt des dents éclamptiques, si l'on peut s'exprimer ainsi » (Bull, de VAcad. de Belgique, janvier 1879).
Nous pourrions rapprocher de l'érosion dentaire le sillon unguéal sur lequel Beau a particulièrement insisté et qui se montre à la base de l'ongle à la suite de certaines affections. Mais ce sillon disparaît par suite du renouvellement continu de l'ongle, tandis que celui de la couronne dentaire est indélébile ; en outre le premier apparaît sous la moindre influence, tandis que le second a pour cause une affection ordinairement subite.
L'étude des trépanations préhistoriques faites par Broca a conduit ce regretté maître à admettre que cette opération était pratiquée sur des enfants atteints de convulsions, soit de l'éclampsie, soit de l'épilepsie; plus tard on a trouvé dans des gisements de crânes trépanés des dents frappées de sillons ou d'échancrures évidemment congénitales {Bull, de la Soc. d'anthropologie, 1876, p. 426), et nous en avons conclu à la coïncidence de l'éclampsie et de l'érosion dentaire chez les sujets trépanés. M. Parrot, de son côté, a pensé que les dents érodées prouvaient en faveur de l'existence de la syphilis dans les temps préhistoriques.
Quant au mécanisme de la production de la lésion, nous pensons qu'il consiste essentiellement dans une simple interruption ou une suspension du travail physiologique de formation des tissus de l'émail et de l'ivoire, interruption qui est toujours contemporaine de la lésion anatomique.
Dans l'émail une ou plusieurs rangées de prismes étant ainsi frappées d'une sorte d'inaction laissent à la surface du chapeau de dentine une raie ou un sillon plus ou moins large et entièrement dépourvu de revêtement d'émail.
Dans l'ivoire, à un moment donné, la production d'abord régulière des couches dentinaire se trouve suspendue, non d'une manière complète, car le fonctionnement des cellules de l'ivoire ne saurait être absolument anéanti, mais les matériaux calcaires, au lieu de se déposer molécule à molécule, se produisent par une série d'intermittences séparées par des temps de repos. C'est ainsi que
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les poussées de production dentinairc amènent la formation de globules, et les temps de repos celle des espaces iiiterglobulaires.
II. Anomalies de structure particulières à rémail. Les plus simples de ces imperfections de structure de l'émail consistent dans certaines taches opaques blanchâtres ou diversement colorées, tranchant sur la physionomie générale du tissu: ces taches sont simples ou multiples pour chaque dent ; elles peuvent être soit isolées, soit paires et symétriques aux dents homologues. Leur forme est en général circulaire et parfois irrégulière; on pourrait plus justement les considérer comme des troubles de composition chimique, car la disposition prismatique se retrouve à leur niveau et sans trouble sensible à l'examen microscopique. Tout au plus reconnaît-on que le tissu présente une moindre transparence et un état parfois un peu granuleux.
Dans d'autres circonstances, on trouve, surtout entre les tubercules des multicuspidés, des sillons, des anfractuosités, des pertes de substance en trous ou en plaques, comprenant toute l'épaisseur de la couche d'émail ; ces anomalies de structure reconnaissent, sauf les cas observés de lésion traumalique du follicule, un même mécanisme de production, un trouble tératologique spontané ou provoqué, dans le développement des prismes de ce tissu et dans le fonctionnement de l'organe de l'émail.
Nous avons d'ailleurs insisté sur ces lésions à propos de la carie dentaire, dans la production de laquelle elles jouent un rôle important.
I. Anomaliks de disposition. Par le terme d'anomalies de disposition, nous désignons tous les troubles de l'évolution qui amènent des modifications dans les rapports soit des dents entre elles, soit des arcades dentaires réciproquement.
C'est ainsi que nous étudierons successivement :
1" Les anomalies par continuité ou réunions anomales;
2° Les anomalies par disjonction ou divisions anomales;
5° Les anomalies par alrésie de l'un ou des deux maxillaires ;
4" Les anomalies par augmentation du diamètre transversal des mâchoires;
5° Les rapports anormaux des arcades dentaires réciproquement.
Les deux premiers groupes de ces anomalies comprennent des déviations essentiellement isolées et locales, car elles n'atteignent qu'un ou deux follicules au plus de la série en voie d'évolution. Les trois derniers sont au contraire la conséquence d'une disposition tératologique primitive et préalable, et qu'on pourrait justement désigner par le terme d'asymétrie du système dentaire. Toutefois les faits qui s'y rapportent ne sont pas nécessairement liés, comme on • pourrait le croire, à l'un de ces états particuliers connus sous le nom d'asymétrie de la face ou du crâne. Ils peuvent y être complètement étrangers, caries troubles qui frappent le système dentaire restent le plus souvent isolés et spéciaux, de même que les phénomènes d'évolution physiologique de cet appareil qui obéissent à un ensemble de lois particulières. Notons cependant que certaines lésions générales, comme la microcéphalie et l'idiotie, en amenant des altérations morphologiques profondes de la tête, produisent des troub'es corrélatifs du système dentaire qui appartiennent dès lors à cette catégorie d'altérations.
L Anomalies par continuité. Réunions anomales. Les soudures par continuité, qu'il ne faut pas confondre avec les réunions en une masse plus ou moins informe de plusieurs dents entre elles, comprenuent tous les faits de réunion avec conservation toujours reconnaissable de la forme des dents.
Ces soudures n'affectent que des dents normalement voisines et conti<^uës,
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comme, par exemple, des incisives ou des molaires, ainsi que cela s'observe le j.lus ordinairement. Le mécanisme de formation de celte anomalie consiste dans la pénétration d'un follicule par son voisin avec disparition de la paroi loUiculaire intermédiaire et envahissement l'une par l'autre des couches décernent ou simultanément de l'ivoire, de l'émail ou du cément. Il faut donc aussi que leur évolution soit à peu près contemporaine.
Celte anomalie est très-anciennement connue, et nous ne pourrions rapporter ici tous les exemples qui figurent dans les auteurs ou qu'on peut rencontrer dans les musées [voy., par exemple : Schenck, Obs. med. rar. de dentelure. — Bartholin, Hist. anat. rar. cent. \, obs. XXXV. — B. Genga, Istor. anat. dell ossa del corpo umano. Roma, 1672 (extrait dans le Journal des Sarants, ann. 1675). Yan den Lindeu, Med. physiologica, chap. xiu. — Sabalier, Traité d'anatomie, t. I, p. 74. —Berlin, Traité d'ostéologie, art. Dents. — Serres, Nouv. théorie delà dentition, p. 160.— E. Geolfroy Saint-llilaire, Syst. dentaire des mammif. et des oiseaux, ç. '50. — Is. Geoffroy Sainl-IIilaire, Anomalies de l'organisation, t. 1, p. 547. — Fauchard, Le chirurgien dentiste, t. 1, p. 342. — Lindcrer, Handbuch der Zahnheilbmde, pi. VllI. — Davaine, Comptes rendais et mém. de la Soc. de biologie, 1850, p. 16).
La première dentition paraît moins sujette que la seconde à cette anomalie. Celle-ci, en raison de Li contemporanéité de l'évolution folliculaire, se rencontre particulièrement pour les incisives et pour les molaires. Ou ne connaît que fort peu d'exemples de soudure entre canines et molaires, ainsi qu'entre incisives et canines, et, dans tous les cas, le point de réunion, ou plus exactement le niveau de la soudure, est précisément subordonné aux variations mêmes dans l'état réciproque des formations folliculaires; c'est de la sorte que s'explique l'adhérence d'une couronne de seconde molaire avec les racines d'une première, dont l'évolution a notablement précédé la sienne.
Wedl {lac. cit., taf. XI, fig. 22) et Broca [Laboratoire d'anthropologie des Hautes Études) ont toutefois signalé des exemples de soudure entre canine et incisive, mais à la dentition temporaire. Tomes a vu un cas analogue.
Davaine a rapporté un fait de soudure d'un follicule surnuméraire à une dent
en sene régulière.
La soudure peut s'effectuer soit dans toute l'étendue verticale des parties contiguës, soit seulement dans la couronne ou dans la racine.
Le plus souvent les tissus dentaires fusionnés restent normaux et sans aucune lésion secondaire de leur substance, mais certaines perturbations organiques peuvent frapper l'ivoire ou le cément. C'est surtout ce dernier qui offre des altérations.
D'autres fois la soudure se fait d'une manière plus ou moins régulière : une molaire se fixe aux racines d'une autre molaire, ou entre ses racines, ou même dans la cavité de la pulpe d'une autre dent, ainsi que Tomes en a rapporté un exemple [System of Dental Surgery, édition anglaise, London, 1859, p. 206).
Les réunions anomales de dents entre elles par soudure plus ou moins profonde sont considérées par Is. Geoffroy Sainl-Hilaire comme étant sous la dépendance de cette loi d'affinité des parties semblables, laquelle comprend toutes les réunions des parties homologues, les doigts, les reins, les yeux, etc. Elles représentent en outre, pour le système dentaire, un fait de reversion, en ce sens qu'elles rapprochent la dentition humaine de celle des espèces mammifères, dont
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les dents sont normalement soudées entre elles, les herbivores, par exemple, dont les dents sont plus ou moins composées.
Lorsque deux dents éloignées l'une de l'autre se sont réunies, ce phénomène a été précédé soit d'une anomalie ou d'une lésion plus ou moins profonde des mâchoires, soit d'un fait d'hétérotopie, qui a rendu préalablement contigus des follicules normalement éloignés et qui se sont ensuite confondus.
Au point de vue pratique, les réunions anomales de deux dents entre elles sont quelquefois visibles à l'œil nu, lorsque la fusion a porté soit sur deux dents en totalité, soit seulement sur leurs couronnes; mais, lorsque la soudure porte sur la seconde molaire et la dent de sagesse, ne s'en apei'çoit-on le plus souvent que par les difficultés d'extraction apportées par la présence d'une dent profondément fixée aux racines de la première. Dans ces cas, les désordres sont souvent très-grands, et l'extraction a même été impossible, comme Fauchard, Tomes, Oudet et nous-mème en avons rencontré des exemples.
Les déductions pratiques qui découlent de ce fait sont ou nulles, ou très-bornées. Lorsque la disposition est reconnaissable à l'inspection directe, il faut l'abandonner à elle-même et traiter les affections qui peuvent la compliquer, la carie, par exemple, parles moyens ordinaires. Si, en pratiquant l'avulsion d'une molaire, on arrive à rencontier une résistance inusitée qui puisse faire soupçonner une anomalie de ce genre, il faut procéder avec de grands méiiagemeuts et, après avoir cherché à reconnaître la nature et la situation de l'obstacle, pratiquer des débridements et des tractions ménagées, de manière à entraîner la niasse totale sans faire éprouver aux parties voisines de trop grands désordres.
IL Anomalies par disjonction. Divisions anomales. Ce genre d'anomalies n'est que l'exagération du phénomène normal qui donne lieu, d'une part, aux divisions du bord libre des incisives et aux tubercules des molaires, d'autre part à la séparation des racines ; mais jamais on n'observe la séparation complète d'une des portions de l'organe dentaire.
Au point de vue pratique, la division anomale des racines des molaires doit seule nous intéresser ; la dent peut présenter alors, soit divergentes, soit convergentes, quatre racines distinctes, et la disposition qui en résulte présente immédiatement comme conséquence des troubles et des obstacles sérieux dans l'extraction comme dans les anomalies de forme correspondantes.
Toutes ces dispositions, telles que division plus marquée des tubercules des molaires ou des saillies du bord libre des incisives, séparation exagérée des racines, bifidité de certaines racines normalement simples, pourraient figurer dans la classe des anomalies par reversion du système dentaire. Car, considérées chez l'homme, elles le rapprocheraient soit des simiens qui ont, comme caractère constant, des molaires à tubercules plus accentués et plus nombreux, des racines bifides aux canines, etc., soit même des lémuriens, dont les incisives présentent des divisions profondes qui leur ont mérité le nom de pectinées.
Nous ajouterons toutefois, comme dernière remarque, qu'il faut bien se garder de confondre les anomalies par division avec les altérations de la couronne en sillons ou échancrures, et qui ont été étudiées à propos des anomalies de structure.
IIL Anomalies par atrésie de Vun des maxillaires ou des deux. L'atrésie consiste dans une diminution du diamètre transversal d'une des mâchoires ou des deux mâchoires simultanément. Si cette disposition est double, les arcades
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