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En effet, si l'on prépare, sous Teau et en évitant soigneusement toute tendance à la dessiccation, une coupe histologique de dentine prise sur un des organes désignés plus haut et fraîchement séparés de l'animal, la composition de ce tissu apparaît sous l'aspect suivant :
1" Une substance fondamentale homogène ou finement granuleuse forme la masse du tissu. Elle est dure, résistante, demi-transparente et d'une composition organo-minérale dans la proportion de 1/2 ;
2° Un faisceau de fibrilles molles disposées à leur point de départ par troncs parallèles, puis ramifiées et anastomosées dans tous les sens pendant leur trajet au sein de la substance fondamentale, et aboutissant, à la limite du tissu, à une série de petites dilatations formant dans leur ensemble un système terminal d'anastomoses réciproques. Ces fibrilles sont intimement adhérentes au tissu ambiant, sans inteiposition d'aucune membrane ou substance quelconque. Elles font partie intégrante de la masse ;
3" Un oigane mou, de nature papillaire, occupant invariablement une cavité creusée au centre ou au-dessous de la masse du tissu dentinaire. Toute sa surface est recouverte d'une couche non interrompue de cellules épithéliales, cellules de la denline ou udontoblaxlcs. L'organe est en outre abondamoieiit pourvu de vaisseaux et contient une quantité considérable de nerfs de sensibilité dont les extrémités terminales sont en continuité avec les cellules ellesmêmes par l'intermédiaire d'un système de filaments et de cellules spéciales {substratuni des odontoblastes). D'autre part, ces odontoblastes présentent à leur extrémité péi iphérique des prolongements filiformes (queues des odontoblastes), lesquels pénètrent dans la substance de la dentine et y repiésentent précisément par leur ensemble le réseau fibrillaire.
Dans un examen ainsi pratiqué d'une pièce fraîche préparée sous l'eau, avec ou sans ramollissement préalable dans les acides faibles, il est impossible de discerner aucune autre particularité anatomique essentielle, non plus qu'on ne peut apercevoir la trace de canalicules indépendants. L'existence universellement admise de ceux-ci ne repose que sur une erreur d'interprétation résultant de l'observation de pièces sèches, dans lesquelles la dessiccation de la fibrille a produit l'apparence purement artificielle d'un tube devenu vide.
La démonstration de cette manière de voir deviendra complète, si l'on étudie une coupe fraîche de dentine soumise à l'action prolongée des acides faibles ; on se convaincra aisément que le réseau fîbrillaire isolé au sein d'une masse devenue gélatiniforme constitue en réalité la trame unique du tissu.
La dentine doit donc être regardée comme un tissu fibrillaire inclus dans une masse dure et homogène à laquelle on ne saurait attribuer la structure canaliculée, pas plus qu'on ne serait fondé à l'admettre pour un muscle ou tout autre organe parcouru par un réseau de fibrilles nerveuses. Le tissu osseux lui-même, occupé, comme on sait, par des cellules ramifiées, ne saurait être davantage regardé comme creusé de cavités et de canaux qu'en raison de la même erreur d'interprétation résultant de l'observation de pièces sèches.
Les faits du développement du tissu dentinaire concourent d'autre part, ainsi qu'on le verra plus loin, à la démonstration de ces vues anatomiques.
On observe, en effet, dès le début de la formation de la dentine, que les éléments de la substance fondamentale élaborés par la couche des cellules ou odontoblastes se déposent molécule à molécule autour du filament caudal de chacune de ces cellules. Ils forment ainsi à ce filament et à toutes ses subdivi-
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sions une véritable gaîne complète en contact absolu avec lui. Chaque filament fibrillaire repiésente donc l'axe de développement d'une gaîne de dentine, tandis qne l'ensemble des fibrilles forme comme le squelette général du tissu.
La formation de la dentine, ainsi commencée par le groupement des matériaux organo-calcaires autour des prolongements périphériques des odontoblastes, se continue de dedans en dehors par l'allongement progressif de chaque filament et l'augmentation proportionnelle en épaisseur de la couche de dentine. Ce phénomène est permanent.
La dentine, ainsi formée à la surface d'une couche de cellules spéciales et autour de filaments émanés de ces cellules mêmes, est un tissu éminemment pourvu d'un mouvement nutritif et de rénovation moléculaire complète. Il est doué, d'autre part, d'une sensibilité propre, dont l'agent essentiel est la fibrille, laquelle est mise, par l'intermédiaire des odontoblastes, en [communication directe avec les extrémités terminales des nerfs de sensibilité. Ces ramifications nerveuses sont les mêmes que celles qui alimentent les papilles sensitives de la peau, dont les organes pourvus de dentine ne sont que des dépendances (tissu phanérophore et phanères de de Blainville).
Ainsi constituée, la dentine n'est nullement assimilable à un produit sécrété, ainsi que l'idée en a été formulée par quelques auteurs : c'est un tissu vivant, sensible, sans analogue dans l'économie animale, où il possède une physionomie €t un rôle qui lui sont propres.
La découverte par Tomes dans l'intérieur des tubes dentinaires de fibrilles spéciales a éclairé d'une manière à la fois nouvelle et complète la physiologie de la dentine. On sait en effet que les dents sont douées d'une sensibilité trèsvive et qu'elles perçoivent la présence et les qualités physiques des corps qui les touchent. On constate d'autre part que l'ivoire au voisinage de la couche d'émail est très-impressionnable au contact de corps étrangers et de certains agents chimiques. Les phénomènes d'agacement par le grattage ou par les liquides acides ou sucrés i-onl bien connus. On avait cherché jusqu'alors à en donner la raison par un simple fait de transmission au travers du tissu jusqu'à la pulpe centrale, laquelle avait seule le rôle de perception. Mais on n'expliquait pas ainsi comment cette sensibilité est si variable suivant certains points de l'ivoire lui-même: ainsi la couche la plus superficielle, sous-jacente à l'émail, est extrêmement sensible, celles qui sont au-dessous le sont infiniment moins et celles qui avoisinent la cavité centrale le redeviennent à un haut degré. Les fibrilles considérées comme organes directs de sensibilité donnent de ces phénomènes une explication satisfaisante. Nous verrons en effet que les fibrilles sont, par l'intermédiaire des cellules de l'ivoire dont elles représentent le prolongement, en continuité directe avec le tissu propre de la pulpe et plus exactement avec les extrémités terminales des filets nerveux sensitifs de la cinquième paire. On se souvient en outre que ces fibrilles se ramifient et s'étalent dans le réseau anostomotique de la cavité superficielle de l'ivoire, tandis qu'en deçà do ce point elles n'occupent que le centre des tubes et de leurs anastomoses ; de plus il est reconnu que c'est au voisinage de la cavité centrale que les tubes sont le plus larges et les fibrilles le plus volumineuses.
Les expériences de Tomes que chacun pourra vérifier et répéter confirment pleinement les données anatomiqucs. Cet anatomiste a reconnu en effet qu'en détruisant la pulpe on anéantit immédiatement toute sensibilité de la dentine et que d'autre part les cautérisations des surfaces dénudées d'ivoire, soit par
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le feu. soit par les caustiques, amènent le même résultat. Ces derniers agentsont pour premier effet de détruire les extrémités mises à nu des fibrilles, tandis qu'elles provoquent plus tard l'oblilération des canalicules par la dentine secondaire. C'est le même phénomène qui s'effectue dans le passage d'une carie active en carie sèclie, et c'est encore lui qu'on s'efforce de provoquer par certains moyens astringents dans la thérapeutique de cette maladie. Il n'est donc pas douteux aujourd'hui que l'ivoire doive sa sensibilité sous toutes ses formes à la présence des fibrilles qui le parcourent dans tous les sens. La réduction progressive qu'amènent les progrès de l'âge dans le volume de la pulpe et dans la capacité des tubes explique également comment la sensibilité devient graduellement très-rudimentaire chez le vieillard.
Ainsi qu'on vient de le voir, la constitution de l'ivoire permet donc de lui reconnaître une sensibilité propre (pii se retrouve, bien qu'avec une intensité variable, sur tous les points de sa substance, aussi bien dans les racines que dans les couronnes, tant que la substance des fibrilles ou celle de la pulpe centrale n'a pas été intéressée. L'émail toutefois n'y participe point directement, son tissu étant, comme on l'a vu, parfaitement compacte : aussi est-il nécessaire d'invoquer ici une simple transmission purement mécanique pour les impressions qui frappent la couronne à la surface de sa couche d'émail.
La constitution âc l'ivoire, ainsi que nous venons de la décrire, se retrouve à peu près idciili([uo chez l'homme et la plupart des mammifères, mais il n'en est pas de même pour les animaux inférieurs et en particulier chez les poissons. C'est en effet chez ces derniers qu'ont été décrites par Owen et Ch. Tomes des dispositions qui ont reçu certains noms.
Ainsi dans certaines espèces la cavité centrale, au lieu d'être unique comme chez l'homme, présente des ramifications, des diverticulum logés dans des canaux spéciaux de l'ivoire. Ces ramifications, qui rappellent la disposition des racines des dents, se composent d'un capillaire sanguin qui serait dépourvu, suivant Ch. Tomes, d'une paroi propre et d'une couche régulière de cellules de l'ivoire ou odontoblastes en rapport direct avec la substance de l'ivoire. Ce dernier tissu présenterait lui-même certaines particularités de structure, comme, par exemple, l'absence de tubes. On a donné à cette variété le nom de vasodentine ou dentine vasculaire. Les dents des Myliobates et des Saumons ea offrent des exemples.
D'autres fois les lames de l'ivoire présentent une forme contournée sur ellesmêmes et comme formant des plis multipliés. C'est la plici-dentine. Telles sont les dents du Labyronthodon, d'après R.Owen.
Enfin, lorsque la dentine présente des lacunes plus ou moins étendues qui se trouvent remplies par du cément dont les éléments se mêlent plus ou moins entièrement aux tubes eux-mêmes, le tissu intermédiaire prend le nom à'ostéodentine. La dent du Brochet serait ainsi composée d'ostéo-dentine, car on y observe un tronçon conique de tissu osseux recouvert d'une couche mince d'ivoire ordinaire.
C'est de la sorte que Ch. Tomes décrit dans ses remarquables études d'anatoniie comparée jusqu'à quatre variétés de dentine, y compris la dentine tubulaire des mammifères. Ces diverses variétés se retrouvent soit isolées, soit combinées entre elles dans certaines espèces.
Les analyses chimiques de l'ivoire ont donné les résultats suivants d'après Bibra :
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