‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.27Chapitre 3 sur 49 · MOLAIRE ADULTE · texte numérisé non relu

MOLAIRE ADULTE

Pbosphate de chaux avec traces de fluorure de calcium

Carbonate de chaux

IMiosphalc de cliaux

Sels soiubles

Cartilage

Graisse

Homme.

Hommes.

Femme.

G. Cément. Le cément, partie la moins considérable de l'organe dentaire, est une véritable substance osseuse. Son existence est à peu près constante dans les espèces animales supérieures, mais son volume est très-variable. Chez le cheval, l'éléphant, le dauphin, le cachalot, son épaisseur est très-grande et atteint presque, chez ces deux derniers animaux, le volume de la dentine; chez l'homme, les carnassiers, les rongeurs, il ne forme autour de la racine qu'une écorce très-mince. C'est lui qui, chez les ruminants el les pachydermes, réunit en une seule masse les divisions de leurs dents composées et qui, dans l'espèce humaine, confond quelquefois en un seul faisceau les diverses racines des molaires.

Dans les dents humaines, le cément revêt toute la surface des racines. Commençant au niveau du collet par uu bord aminci qui se prolonge même sur l'émail, il s'épaissit peu à peu à mesure qu'on s'approche du sommet de la racine où il atteint parfois 3 à 4 millimètres. Son aspect

extérieur est très-analogue à celui de l'os; il est jaunâtre et opaque, d'une densité voisine de celle du tissu osseux, et inférieure à celle de la dentine. Appliqué intimement sur la surface extérieure de celte dernière, il remplit exactement toutes les anfractuosités

Fig. 3. — Coupe verticale d'une dent adulte, iDtéressant le rément el l'ivoire, grossissement de 350 diamètres.

A, Substance fondamentale du cément, marquée de stries granuleuses indic|uant un commencement de slratilicalion. — B, Corpuscules osseux ou ostéoplastes disposés irrégulièrement au sein de la substance fondamentale et présentant les formes les plus variées. — C, Canalicules rayonnes des ostéoplastes. — D, Couclie granuleuse continue sous-jacente au cément et à l'émail et disposée au sein de l'ivoire. Elle représente cette série de cellules formant l'épanouissement des fibrilles dentaires. — E, Anastomoses des filtrilles deniinaires. — F, Fibrilles denlinaircs avec leurs ramifications.

qu'elle présente, de sorte que la ligne de démarcation des deux tissus devient souvent inappréciable. Sa surface externe, couverte de petites nodosités, est tapissée delà membrane alvéolo-dentaire, qui fait ici l'oflice d'un véritable périoste, et dont les vaisseaux communiquent avec le tissu cémentairc.

24; DEIST (histologie).

La couche de cément se développe en même temps que les racines qu'elle recouvre, et présente un accroissement de volume continu. C'est ainsi que, très-faible au début de sa formation, son épaisseur s'accroît avec l'âge et devient assez grande dans la vieillesse, circonstance qui pourrait expliquei' comment certaines dents de vieillards se maintiennent dans leurs alvéoles, grâce à la couche de cément qui les entoure, et malgré la disparition complète de la pulpe centrale.

De même que les os, le cément se compose d'une substance fondamentale et de cavités osseuses (corpuscules osseux de Purkinje, ostéoplasLes de Robin). Quant aux canaux de Havers, qui sont nombreux dans le cément des pachydermes et des ruminants, ils ne se rencontrent chez l'homme que lorsque le cément acquiert une certaine épaisseur, au sommet des racines, par exemple, et principalement dans les masses hypertiophiques connues sous le nom d'exostoses, afleclioiis assez communes chez l'homme.

La substance l'ondamenlale du cément est homogène ou finement granuleuse et diaphane. Au voisinage du collet, où elle ne contient pas d'ostéoplables, elle est mince, transparente et friable : aussi la renconlre-l-on souvent marquée de stries, de fissures, etc. On sait en outre que sur ce point elle se prolonge à la surface de l'émail où, d'après Ch. Tomes, elle constituerait la cuticule de l'émail. D'après celle théorie à laquelle nous nous sommes raUié entièrement, le cortical représente donc pour les dents dépourvues de cément coronaire la trace persistante, sous forme de membrane amorphe, de l'organe du cément embryonnaire. Dans les parties les plus épaisses, elle présente quelquefois la disposition en couches stratifiées, ordinaire dans le tissu osseux, et l'on peut observer également dans ces circonstances la présence de quelques canaux de llavers, dont la lumière sert de centre commun aux stratifications de la substance osseuse.

Les corpuscules osseux ou ostéoplasles sont ordinairement disposés dans l'iutérieur du cément d'une façon très-irrégulière. Il ne faudrait donc pas leur considérer avec KoUiker la précision de forme et les divers caractères qu'on leur trouve dans les os. Leur nombre est toujours en rapport avec l'épaisseur de la couche de cément. Leur direction, suivant llannover, est telle que leur grand diamètre se présente perpendiculairement à l'axe de la dent, tandis que, suivant KôUiker, le diamètre serait parallèle à cet axe. Pour nous, nous les avons toujours vus placés sans aucun ordre, sans aucune direction déterminée, et disposés çà et là dans l'épaisseur du cément. Ce n'est que dans les points où se rencontre un canal de Havers que les ostéoplasles prennent une direction parallèle au contour des lames stratifiées, et offrent alors une forme et une disposition à peu près constantes.

Les canalicules ramifiés des ostéoplasles participent le plus souvent de l'irrégularité de la cavité : aussi les voit-on présenter les directions les plus bizarres. Dans certains cas ils se portent tous du même côté, et simulent une toulfe de mousse (Tomes); d'autres fois ils parlent tous du môme point de la cavité; quelquefois enfin ils manquent compléleaienl. Dans quelques endroits, on voit les cunalicules se porter vers la surface extérieure du cément et la membrane alvéolo-dentaire, à laquelle ils empruntent sans doute des matériaux de nutrition.

Les dimensions des ostéoplasles sont assez difficiles à déterminer; néanmoins leur diamètre moyen nous a paru être de 0'""',0ô à 0">'",0() dans leur plus grande longueur. KoUiker eu a signalé de si allongés qu'on [jouvail les comparer

DENT (histologie). 25

à des canalicules de l'ivoire, analogie qu'on ne saurait méconnaître, dit-il, et qui établirait une transition insensible entre le cément et la denline. Nous n'avons jamais observé cette disposition, et nous admettons entre les deux substances une limite assez nette, que ne franchissent jamais les parties constituantes de l'une ou de l'autre. Le même auteur décrit en outre, dans le cément, des espaces anfractueux, qu'il considère comme des productions pathologiques, et dont il ne spécitie pas les caractères.

La communication des ostéoplastes et de leurs divisions avec les brandies lerminides des canalicules dentaires à été admise par un certain nombre d'anatoinistes. Kolliker indique même, comme nous venons de le voir, un système spécial de canaux intermédiaires aux deux autres, et destinés à établir ces anastomoses. Ilaniiover nie cette circonstance, et se fonde sur ce que le cément et l'ivoire sont séparés par une matière particulière, le stratum intermedium, transformation de la membrana mierm«/ia qui s'oppose à cette communication. Mais aujourd'hui les derniers travaux de Ch. Tomes ont mis hors de doute les communications entre les extrémités des canaux des ostéoplastes et les ramiiications terminales des canalicules.

La constitution cliimique du cément, presque identique à celle de l'os, est la suivante, d'après une analyse de Bibra :

Chez riiomme Bœuf.

Substances organiques 29,12 52,21

Substances inorganiques 70,58 67,76

Ces substances, étudiées chez le bœuf, ont donné :

Pliosphates de chaui et fluorure de calcium 48,73

Carbonate de chaux 7,22

Phosphate de magnésie. , 0,99

Sels solubles 0,82

Cartilage 31,51

Graisse 0,93

II. Tissus MOUS. A. Pulpe dentaire. La pulpe dentaire, chez l'adulte, n'est autre chose que la papille dentaire du fœtus, dont le volume est énormément réduit par suite des progrès du développement; elle occupe la cavité centrale dont est creusée l'épaisseur de la denline, et se prolonge dans les racines à travers les canaux dont celles-ci sont traversées. Exactement moulée sur les parois de la cavité qui la contient, elle représente par sa forme celle de la dent qui la recouvre : ainsi, disposée en fuseau dans l'intérieur des canines, elle est taillée en biseau dans les incisives, et offre dans les molaires un nombre égal de saillies coniques au nombre des tubercules de la couronne. Son volume, considérable chez l'enfant, diminue graduellement avec l'âge , et se trouve réduit chez le vieillard à un mince filet allongé, occupant l'étroit canal de la dent. Enfin elle disparait complètement vers le terme de la vie, lorsque la production incessante des éléments de l'ivoire a comblé entièrement la cavité qu'elle occupe.

La pulpe dentaire est un organe mou, de couleur rougeâtre ou rosée, et se détachant assez facilement de la paroi qui la renferme; toutefois on verra que cette séparation ne se fait qu'aux dépens des cellules de l'ivoire, qui se brisent sur un point variable de leur étendue.

26 DENT (histologie).

Examinée chimiquement par M. le professeur Wurtz {Union médicale, 25 novembre 1856), elle a été trouvée imprégnée d'un liquide fortement alcalin, et contenant en dissolution une matière albuminoïde particulière. Cette matière est la modification de l'albumine qui se forme par l'action des alcalis sur ce principe. Elle précipite par l'acide acétique, ce qui la distingue de l'albumine normale. Le liquide qui la tient en dissolution est incomplètement coagulé par la chaleur : il est précipité d'ailleurs par les acides minéraux, le tannin, les sels niélalliques, tels que le sous-acétate de plomb, le sulfate de cuivre, le sublimé ; l'alcool le coagule en flocons épais. L'alcalinité de ce liquide excluant l'idée d'y admettre le phosphate de chaux à l'état de simple dissolution, il paraît plus probable que ce sel est intimement combiné à la matière albuminoïde elle-même.

La pulpe dentaire incinérée a donné, entre les mains du même chimiste, un résidu fortement alcalin , dans lequel ou n'a découvert que des traces de phosphate de chaux.

Au point de vue histologiquc, la pulpe dentaire de l'adulte n'offre que de très-légères différences avec le même organe chez le fœtus. On le trouve, en effet, composé d'une trame fibreuse assez serrée, avec interposition de matière amorphe homogène, finement granuleuse et transparente, au sein de laquelle se trouvent disposés des noyaux embryoplastiques qu'ont peut observer à toutes les périodes de leur évolution. Les noyaux sont moins volumineux cependant que chez le fœtus, mais leurs divers caractères sont identiques. On ne trouve plus, dans l'intérieur de l'organe, les masses calcaires et les cristaux d'hématoïdine que l'on observe chez le foetus.

Les vaisseaux de la pulpe dentaire sont extrêmement nombreux, d'où la couleur rosée ou rougeàtre de ce tissu. La pulpe reçoit autant de filets vasculaires et nerveux que la dent présente de racines. Pour certaines dents qui ne présentent qu'une racine unique ou dans lesquelles la racine proprement dite ne se distingue pas morphologiquement, l'ivoire et le cément sont traversés par des canaux qui tantôt directs, tantôt courbes, renferment un faisceau vasculonerveux qui se rend à la pulpe.

Les vaisseaux qui se ramifient ainsi par les divisions deplusieurs troncs primitifs forment un réseau très-fin qui se termine au voisinage de la surface. Ces capillaires ont, d'après Kôlliker, 0""",009 à 0"'"\010 de largueur; ils appartiennent à la troisième variété des capillaires de Robin.

Ordinairement on rencontre à la base de la pulpe deux ou trois vaisseaux artériels et un nombre égal de veines qui assez fréquemment affectent après un certain trajet une disposition en anse ou en crosse, de la convexité de laquelle partent des rameaux qui se ramifient au sein du tissu. Ces dispositions se retrouvent ainsi semblables chez l'homme et les mammifères.

Les vaisseaux lymphatiques ne se sont jamais rencontrés dans la pulpe, et d'ailleurs les lésions inflammatoires de ces organes ne présentent aucun retentissement dans les ganglions du voisinage.

Le réseau nerveux qui pénètre dans la pulpe est extrêmement riche, chaque rameau vasculaire est accompagné, suivant Kôlliker, non d'un filet nerveux, mais de plusieurs (jusqu'à six et davantage). Ces filets effectuent au niveau des premières ramifications vasculaires une division qui donne lieu à un plexus très-serré, lequel occupe toute la couclie superficielle de l'organe. Les fibres primitives par lesquelles ce réseau se termine ont de 0""',002 à 0™"%005 de lar-

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geur. Ce sont ces fibres qui, se détachant alors de ce réseau, se dirigent vers la surface même de la pulpe dans la couche des cellules de la dentine, soit par des anses terminales, suivant Wagner, soit par des extrémités coniques ou renflées en bouton, ainsi que nous les avions décrites naguère avec M. Robin.

Dans des recherches plus récentes poursuivies de concert avec Ch. Legros, nous avons dû modifier cette dernière manière de voir. C'est dans l'étude du bulbe pendant la phase embryonnaire que nous sommes arrivés à saisir le mode spécial de terminaison des filets nerveux sensitifs dans les éléments mêmes d'une couche cellulaire sous-jacente à la rangée des cellules de l'ivoire et en continuité complète avec elles. Nous insisterons plus loin, en traitant du développement du follicule, sur ce point particulier qui est pour nous acquis détinilivcmei\t. Ainsi s'explique, comme nous l'avons déjà dit, la sensibilité propre au tissu de l'ivoire, par les fibrilles que renferment les tubes et qui sont en continuité directe avec les éléments nerveux.

La pulpe dentaire est recouverte dans toute son étendue par une rangée unique, mais non interrompue, de cellules, cellules de l'ivoire ou odonstalastes. Elles sont incluses dans une mince couche de matière amorphe transparente ou finement grenue qui déborde la masse des éléments fondamentaux de l'organe. C'est cette matière amorphe qui a été considérée comme une membrane, memhrana prceformativa de la pulpe, parce que dans certains hasards de préparation cette couche amorphe, d'une densité un peu différente du tissu sous-jacent, se détache en lambeaux membraniformes. Ce n'est donc là qu'une illusion, et la couche en question entre réellement dans la constitution anatomique de la pulpe. C'est dans son intérieur que sont situées les cellules de la dentine. Nous renverrons à l'étude de la structure du follicule les détails anatomiques relatifs à ces cellules de l'ivoire, nous résumez^ons seulement ici l'ensemble de leurs caractères.

Ces cellules sont des corps ovoïdes ou piriformes, exactement contigus ou lé. gèrement comprimés réciproquement. Dans leur grand diamètre, qui est dirigé suivant le rayon de la pulpe, elles ont en longueur de 0"'™,02 à U""",04. Dans leur diamètre transversal elles ont de 0'"™,005 à 0™'",015. Leur contour est extrêmement pâle, leur contenu granuleux, mais également tiès-[>âle. Le noyau qui occupe l'extrémité centrale est très-foncé et relativement volumineux. Il est ovoïde ou sphérique et son diamètre atteint parfois 0"'™,01, de sorte qu'il occupe alors toute la largeur de la cellule, dont il dépasse même souvent les limites. 11 renferme deux ou trois nucléoles brillants.

L'extrémité périphérique de la cellule de l'ivoire, celle qui est opposée au noyau, est pourvue d'un prolongement en forme de queue ou de filament qui pénètre directement dans le canalicule de l'ivoire ouvert devant chacune d'elles. Ce prolongement occupe, ainsi que nous l'avons vu, le centre du canalicule avec lequel il se ramifie à l'infini.

D'un autre côté, l'extrémité centrale pourvue du noyau se prolonge à son tour par un ou plusieurs filaments qui se rendent dans une autre couche de cellules, celles-ci étoilées et ramifiées, et qui sont désignées sous les noms de stratum ou substratum des cellules de la dentine. Ce sont ces dernières qui constituent un intermédiaire entre les cellules de l'ivoire proprement dites et le tissu de la pulpe, ses vaisseaux, et surtout enfin avec les extrémités des fibres nerveuses.

Nous n'insisterons pas davantage ici sur ces particularités anatomiques, dont

28 DENT (histologie).

nous réservons l'étude complète pour le moment où nous décrirons la morphologie du bulbe dans l'organe folliculaire, cette description ne pouvant être séparée de la question du développement de l'ivoire, et les conditions anatomiques restant d'ailleurs pendant toute la vie ce qu'elles sont pendant la phase embryonnaire.

B. Périoste alvéolo-dentaire . Le périoste alvéolo-dentaire, qui a reçu les différents noms de membrane p érid entai re, intra-alvéolaire, etc., est un feuillet fibreux qui tapisse toute la portion extérieure de la dent iiîcluse dans l'alvéole. Elle sert d'intermédiaire entre la dent et le tissu osseux de la mâchoire. Elle adhère intimement à la surlace dentaire, ainsi qu'à la paroi alvéolaire. Mais son union avec cette dernière paraît moins intime, car l'extraction d'une dent permet d'entraîner en entier le périoste qui la revêt. Cependant, d'après Pietckicwicz, il resterait dans ce cas encore une petite lame de lissu fibreux adhérant à l'alvéole, ce qui serait dû à une certaine différence de structure et de densité. Spence Bâte (British Joiirn. of Dent Science, vol. 1) va même jusqu'à considérer cette membrane comme composée de deux feuillets, l'un dentaire, l'autre alvéolaire, mais l'examen le plus minutieux est incapable de fournir la démonstration de cette opinion.

Formée par l'enveloppe épaissie du follicule, que nous avons vue se fixer fortement au collet de la dent, elle prend origine en ce dernier point et y contnicte souvent une assez forte adhérence avec le tissu gingival, dont elle ne paraît ctie du reste qu'une continuation, circonstance qui, dans l'opération de l'extraction des dents, cause quelquefois des déchirures de la gencive, quand on n'a pas pris le soin d'isoler la dent des parties molles. Elle se porte ensuite vers le sommet de la racine, envoyant çà et là quelques brides fibreuses lâches à la paroi alvéolaire, et, parvenue enfin au sommet, elle rencontre les vaisseaux et nerfs de la dent, sur lesquels elle se prolonge pour former leur gaine, sans se replier, comme on l'a cru, dans les canaux dentaires et y tapisser la surface de la pulpe. Ces vaisseaux ne sont donc pas accompagnés par le périoste dans leur trajet au sein de la dent, mais se trouvent en contact immédiat avec l'ivoire.

La structure de cette membrane participe en même temps de la constitution de la muqueuse et de celle du périoste osseux : aussi peut-on la considérer comme intermédiaire à ces deux derniers. On la trouve composée, en effet, d'une trame fibreuse simple, sans éléments élastiques, pai'courue par un réseau vasculaire très-riche, et de nombreuses ramifications nerveuses formées, suivant Koliiker, par des tubes larges. La vascularité de cette membrane et sa richesse nerveuse expliquent les inflammations fréquentes dont elle est le siège, et les douleurs vives qui les accompagnent.

Les éléments fibreux proprement dits du périosle alvéolo-dentaire sont accompagnés pendant toute la vie d'un certain nombre de cellules embryonnaires, de corps fusiformes , quelques corps étoiles , inclus dans un reticulum , que Pietckewicz comparait à celui des muqueuses et dans lesquels Albrecht voit une provision d'éléments destinés à la prolification des tissus fibreux et au développement de la suppuration qui est si commune dans cette membrane.

Au point de vue de son rôle physiologique, la membrane alvéolo-dentaire est un véritable périoste appartenant essentiellement à la couche de cément, avec laquelle il existe un véritable échange de matériaux nutritifs. Cet échange peut même parvenir, par les communications décrites plus haut, jusque dans l'intérieur de l'ivoire lui-même.

DENT (anatomie comparée). 29

C'est surtout dans les cas de suppression accidentelle ou pathologique de la pulpe que le périoste devient le centre d'une suractivité' circulatoire qui représente sans doute l'une des meilleures sources de nutrition collatérale et supplémentaire, ainsi qu'une prédisposition aux accidents inflammatoires.

La membrane al véolo-den taire est susceptible de présenter un grand nombre d'altérations que nous aurons à étudier plus loin, et elle semble éprouver chez le vieillard une sorte d'hyperlrop' ie graduelle qui concourt peut-être, ave c bien d'autres causes, à la chute physiologique de l'organe dentaire.

Magitot.

§ III. Anatomie compart-e. Nous nous proposons d'étudier l'appareil dentaire, au point de vue de l'anatomie comparée, en exposant successivement les variations de ses caractères chez tous les êtres. C'est, comme on le voit, l'ordre inverse de celui qui est adopté par la plupart des auteurs, qui indiquent pour chaque espèce animale en particulier toutes les conditions que présente son système dentaire. Nous prendrons donc l'un après l'autre les caractères de nombre, de siège, d'étendue, de forme et de durée, et nous exposerons les types principaux que chacun d'eux affecte dans la série animale en indiquant, lorsqu'il y a lieu, les modifications imprimées par le sexe et par l'âge.

I. Caractères de nombre. Rien n'est plus variable que le nombre des dents. Quelques animaux en manquent complètement, d'autres, au contraire, en ont un nombre presque indéfini. Deux lois cependant se dégagent et peuvent être ainsi formulées :

Première loi. Variabilité extrême du nombre des dents dans le règne animal ;

Deuxième loi. Fixité remarquable du type numérique dans l'espèce.

Les édentés véritables seraient bien rares, si l'on voulait reconnaître comme des dents toutes les pièces dures qui arment l'orifice antérieur du tube digestif du plus grand nombre des animaux; mais nous ne pensons pas qu'il doive en être ainsi, et nous considérons comme édentés les vers et les insectes. De même les chéloniens et les oiseaux actuels sont pour nous dépourvus de dents ; leurs mâchoires sont, à la vérité, garnies de lames cornées, de nature épithéliale comme les dents, et qui jouent le même rôle physiologique ; mais ce serait une erreur anatomique de considérer des tissus comme identiques parce qu'ils ont pour point de départies mêmes éléments, et des organes parce qu'ils remplissent les mêmes fonctions. Quelques oiseaux tossiles possèdent des dents : l'iclithyornis découvert dans les Montagnes-Rocheuses par le professeur Marsh en a quarante-deux à la mâchoire inférieure, et un nombre probablement égal à la mâchoire supérieure. L'hesperornis en est également pourvu d'un grand nombre, mais à la partie postérieure seulement des mâchoires, tandis que l'aspect de la partie antérieure semble indiquer qu'elle était recouverte d'une lame cornée. A part ces quelques représentants d'espèces aujourd'hui disparues, nous ne connaissons pas d'oiseaux possédant des dents.

Presque tous les vertébrés, si nous en exceptons les oiseaux actuels et les chéloniens, sont pourvus de dents. Citons cependant quelques exceptions : chez les poissons, l'esturgeon, l'hippocampe, chez les batraciens, les crapauds ; les grenouilles, lorsqu'elles sont à l'état de têtards, ont les mâchoires recouvertes d'une lame cornée, mais elles n'ont pas de dents ; elles n'auraient pas même, paraît-il, de follicules dentaires, ceux-ci n'apparaissant que plus tard lorsque

30 DENT (anatojiie comparée).

l'animal a opéré sa métamorphose et est passé de l'état de poisson à l'état d'amphibie.

Les Mammifères ont tous des dents au moins pendant une partie de leur existence, soit fœtale, soit extra-utérine; les baleines, par exemple, ont quelques dents dont la mue a lieu avant la naissance, et qui sont plus tard remplacées par les fanons, produits de même ordre que les dents, mais non identiques. Les fanons sont constitués par des faisceaux de fibres filiformes, formées d'un amas de cellules épidermiques groupées autour d'une papille vasculaire extrêmement allongée. L'enveloppe de ces faisceaux est constituée par des couches de cellules plates reliant le tout ensemble, comme ferait un étui.

La dénomination d'édenlés appliquée à certains Mammifères est fausse dans l'acception réelle du mot, ces animaux possédant des dents véritables, et en certain nombre, mais présentant seulement cette particularité de manquer d'incisives. Quelques-uns possèdent des incisives latérales, mais aucun n'a d'incisives centrales.

Le nombre des dents peut être extrêmement réduit, jusqu'à l'unité : la myxine parasite, poisson de l'ordre des Cyclostomes, le Narval, n'en possèdent qu'une seule; le diodon et le télrodon (plectognathes) n'en ont que deux et trois ; d'où leur est venu leur nom {Sic, -rirpa, 6Sov;).

Ce nombre ))eut au contraire être très-considérable et devenir pour ainsi dire incalculable. C'est chez les poissons qu'on trouve les animaux les plus remarquables par ce caractère. La gueule des requins, des raies, du brochet commun, est hérissée d'une telle multitude de dents qu'on ne peut en établir la formule. Le type numérique perd alors toute fixité dans l'espèce, et même chez l'individu, le nombre en effet variant non-seulement d'un sujet à un autre de même espèce, mais encore chez le même individu par suite d'un mouvement continu et pour ainsi dire indéfini dans la production de ces organes.

Les crocodiles sont également remar({uables par le nombre considérable de leurs dents, mais, comme elles se remplacent par le même mode que celles des Mammifères, c est-à-dire par la substitution sur place d'une dent à une autre, il en résulte que le nombre n'en varie pas comme chez les poissons, et reste à peu près constant chez l'individu et même dans l'espèce.

Les serpents ont en général d'autant plus de dents qu'ils sont moins venimeux : les vipères et les serpents à sonnettes en ont un très-petit nombre, leurs mâchoires sont dégarnies en arrière du crochet à poison, tandis que les serpents non venimeux en ont deux rangées à la mâchoire supérieure, une très-complète à la mâchoire inférieure.

Chez les Mammifères le nombre se modifie dans deux sens :

1" Il se réduit à un chiffre relativement peu considérable ;

2° Il acquiert dans l'espèce une telle invariabilité qu'il devient un des meilleurs caractères dont les zoologistes se servent pour la classification des espèces et des genres.

La plupart des Mammifères fossiles, ainsi que l'a fait remarquer U. Owen, ont 44 dents, se décomposant de la manière suivante :

Iiic. '- can. - prém, - mol. = = H 3 1 "^ 4 S

et l'on a proposé le nom d'entelodon pour un animal omnivore qui présente cette formule [complète (ivreXei;, orîovxe;, dents complètes;.

Les Mammifères qui ont plus de 44 dents sont rares, ils appartiennent au

DENT (anatomie comparée). 31

groupe des cétacés, tels que le dauphin, qui en a près de 200, et le marsouin, chez lequel on en compte plus de 100.

Le plus fréquemment, les espèces actuelles ont une formule moins complète, cette diminution portant principalement sur les incisives et sur les prémolaires. Ainsi les édentés n'ont pas d'incisives, les ruminants n'en ont qu'à la mâchoire inférieure, ce qui donne une formule entièrement différente de nombre pour chaque mâchoire :

Inc. = can. ; prem, - mol. -

Le rhinocéros africain a dans son jeune âge 8 incisives qu'il perd lorsqu'il devient adulte. Chez l'homme et les singes, il n'y a que 2 incisives de chaque côté des deux mâchoires.

Quelquefois, mais plus rarement, c'est la canine qui fait défaut, surtout la canine supérieure : en général, les ruminants n'ont pas de canines à la mâchoire supérieure, sauf les caméliens et quelques ruminants sans cornes, tels que le chevrotain porte-musc mâle, le porte-musc nain et quelques daims.

Quant aux prémolaires, il est rare qu'elles se trouvent au nombre de 4, c'est-à-dire de 8 pour chaque mâchoire. Souvent on n'en trouve que 5, soit un total de 12 : tels sont les ruminants et les singes du Nouveau-Monde; et même deux seulement : l'homme et les singes de l'Ancien continent.

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