‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.27Chapitre 22 sur 49 · DENTALE · texte numérisé non relu

DENTALE

exclusive du nerf lacial, puis sous le nom de nerf incisif le rameau qui reste dans l'épaisseur de l'os va se terminer dans la pulpe des incisives et de la canine.

Après ce que nous avons dit des applications chirurgicales, des connaissances anatomiques de l'artère dentaire inférieure, on ne sera pas étonné de les rencontrer de nouveau pour le nerf du même nom, et il suffira de rappeler que dans les fractures, le nerf pouvant être tiraillé, pincé ou déchiré, on pourra observer soit des douleurs violentes, soit la paralysie du sentiment, des lèvres et du menton.

On comprendra de même, à plus forte raison, que les opérations dans lesquelles on a scié le corps de l'os en arrière du trou mentonnier doivent entraîner la peite de la sensibilité de la moitié correspondante de la lèvre avec conservation de l'action du muscle triangulaire et carré du menton. J. Acbiiy.

DEX'TALE. Les animaux désignés sous le nom de Dentales présentent dans leur forme extérieure et dans leur organisation des particularités remaniuables. Par leur enveloppe calcaire tubuleuse, par leurs appendices buccaux et leurs premières phases embryonnaires, ils ont quelques ressemblances éloignées avec les Annélides tubicoles, et c'est parmi ces derniers qu'ils furent placés par la plupart des anciens auteurs, notamment par Cuvier, dans l'édition du Bègue animal publiée en 1850. Cependant, dès 1825, Ueshayes [Anatomie et monographie du genre Dentale, in Mém. de V/iist. nat, de Paris, t. 11, p. 524), s'appuyant sur des faits anatomiques incontestables, avait démontré la nécessité absolue de ranger ces animaux parmi les Mollusques, et de Blainville, adoptant cette manière de voir [voy. art. Mollusques du Dictionnaire dliist. nat. en 60 vol., t. XXXII, p. 286), avait ciéé spécialement pour eux, dans ses Mollusques-Paracéphaloplwres, l'ordre des (jrrhobranches. Depuis lors, l'opinion de Deshayes a été confirmée par William Clark {On the Animal of Dentalium tarentinum, in the Annals and Magazine of Natural History, 2*^ sér., vol. IV, 1849, p. 321), et plus récemment par M. Lacaze-Uuthiers dans son remarquable mémoire intitulé : Histoire de rorganisation et du développement du Dentale, publié dans \q% Annales des sciences naturelles. Zoologie, t. VI, 1856, p. 225, de sorte qu'aujourd'hui les Dentales constituent, dans l'embranchement des Mollusques, sous le nom de Solénoconques que leur a donné M. Lacaze- Dulhiers, un groupe important formant à lui seul la classe des Scaphopodes, intermédiaire entre les Lamellibranches et les Gastéropodes.

La coquille des Dentales a la lormed'un tube allongé, conique, plus ou moins arqué, et ouvert aux deux bouts. Sa surface extérieure, tantôt lisse, tantôt marquée de stries ou de côtes longitudinales, présente des stries circulaires, traces évidentes des périodes d'accroissement; elle est le plus ordinairement de couleur blanche, grisâtre ou jaun.Ure, souvent teintée de rose à l'extrémité.

Le corps de l'animal, allongé et conique comme la coquille, est enfermé dans un manteau en forme de sac, dont la portion inférieure, membraneuse, est trèsmince et tiansparente. Il est pourvu antérieurement d'un pied trilobé, charnu, essentiellement musculaire, qui fait saillie hors de la grande ouverture de la coquille. Il n'existe pas à proprement parler de région céphalique distincte, mais on observe, dans l'angle formé par l'union du pied avec la partie dorsale du manteau, un appendice ovoïde {niamelon buccal), au sommet duquel se trouve située la bouche dont l'orifice, presque toujours fermé, est entourée de huit appendices foliacés, disposés en rosette.

DENTALE. ^'i'>

Inféiieurement, le mamelon buccal se rétrécit eu mi pédicule très-court, présentant extérieurement deux replis cutanés sur lesquels sont insérés, à droite et à "auche, deux paquets de nombreux filaments très- extensibles, sortes de tentacules couverts de cils vibratiles et terminés cbacun par une petite cupule. L'extrémité postérieure de ce pédicule débouche dans un pharynx très-développé, qui est pourvu d'un appareil masticateur puissant, composé de cinq lamelles cornées garnies de dents nombreuses et très-fortes. A la suite du pharynx se trouve un estomac cordiforme dans lequel aboutissent les conduits excréteurs d'un foie très-volumineux ; puis vient le tube digestif, dont les parois épaisses sont tapissées intérieurement d'un épilhélium de cils vibratiles très-vifs, et qui, après avoir décrit de nombreuses circonvolutions ramassées sur [elles-mêmes, débouche, en arrière du pied, dans la cavité palléale, par l'intermédiaire d'une partie dilatée en une sorte de cloaque. Les organes de la sécrétion urinaire {organe de Bojanus), situés près de l'intestin, débouchent par deux orifices à droite et à gauche de l'anus.

Chez les Dentales, les yeux, le cœur et les branchies manquent. La circulation s'effectue au moyen de deux vaisseaux palléaux prenant naissance, par deux rameaux, dans un sinus qui occupe le milieu du corps. Le système capillaire est remplacé par un système compliqué de lacunes. Il existe un grand nombre de sinus s'ouvrant au dehors par des fentes transversales susceptibles de se fermer. Quant à la respiration, elle s'opère par la surface du manteau et par le revêtement ciliaire qui tapisse intérieurement la cavité palléale.

Le système nerveux, analogue à celui des Lamellibranches, se compose de trois paires de ganglions {cére'broïdes, pédieux et viscéraux), reliées entre elles par des commissures et des connectifs. A l'extrémité postérieure des ganglions pédieux sont accolées deux vésicules sphériques contenant chacune un grand nombre d^otolilhes.

Les sexes sont séparés, mais il n'y a pas accouplement. L'appareil reproducteur consiste, comme dans les LamelHbranches, en deux glandes génitales, dont les produits sont déversés au dehors par une ouverture du manteau située à l'extrémité postérieure de la coquille. Les œufs, une fois fécondés, donnent naissance à des embryons piriformes, pourvus d'un flagellum et de six ou huit rangées circulaires de cils. Dans cet état, ils ressemblent alors beaucoup à des embryons d'Annélides, mais ils ne tardent pas à acquérir un vélum, un disque moteur et une coquille presque bivalve, dont les deux portions symétriques se réunissent plus tard, après la disparition des cils vibratiles, pour former un tube conique.

Essentiellement marins, les Dentales vivent enfoncés dans le sable ou la vase en laissant toujours saillir au dehors la partie postérieure de la coquille; ils se nourrissent de Foraminifères. On les rencontre principalement près des côtes, mais à des profondeurs relativement assez grandes ; quelques-uns même n'ont encore été trouvés qu'à 5000 et 5000 mètres {Expéditions du Challenger, du Porcupine et du Travailleur).

On en connaît plus de 150 espèces, les unes vivantes, les autre fossiles. Ces dernières apparaissent dans les couches du terrain dévonien, se continuent dans le Carbonifère, le Jurassique et le Crétacé, mais sont surtout abondantes dans le Tertiaire. Quant aux espèces vivantes, qui appartiennent en majeure partie au genre Dentalium L., elles ont des représentants dans presque toutes les mers Nous citerons comme principales : D. fihim Sow., répanda à la fois dans l'Océan

450 DENTELAIRE.

Atlantique, dans la Méditerranée et dans la Manche, D. novemcostatum Lamk-, de l'Océan Atlantique; D. ruhescens \)ç^A\. , spe'cial à la Méditerranée, D. elephantinum L., du Grand Océan Indien ; D. tarentinum Lamk, des côtes de la Manche; D- enlalis L., espèce boiéale, qu'on retrouve dans la Méditerranée par tîO et G5 mèlres de fond; enfin D. pietiosiim Sow., des côtes occidentales de l'Amérique du Nord, qui, sous le nom de Hay-aqna, est accepté comme monnaie par les peuplades sauvages depuis la Californie jusqu'à l'Alaska. Ed. Lefèvre.

DEXTECULAÎ. Mollière, dans son Vçrjage (I, 27), donne ce nom à une plante d'Afrique dont le fruit, ressemblant à une orange, a des graines disposées comme celles des courges. Ce fruit a une odeur agréable de vanille, et son écorce est très-dure. C'est probablement une Cucurbitacée. Pl.

Méhat et De Lens. Dict. matière médicale, t. Il, p. 610. I>l.

nEKTELAiRE (Plumbago L.). Genre déplantes dicotylédones, appartenant à la famille des Plumbaginées, à laquelle il donne son nom.

Les caractères de ce groupe sont les suivants : Les fleurs sont hermaphrodites, formées d'un calice herbacé, à 5 lobes, glanduleux; d'une corolle hypocratériforme, également à 5 divisions, de 5 étamines, alternes avec les pièces de la corolle, à filet élargi à la base et d'un ovaire surmonté par 5 styles soudés sur une grande partie de leur longueur et libres au sommet. Le fruit est petit, sec, et s'ouvre supérieurement en 5 valves; il est enveloppé par le calice; la semence est inverse, albuminée, et renferme un embryon ortliotrope, à radicule supère.

Les Plumbago sont des plantes d'une àcreté considérable, dont plusieurs espèces ont été employées à cause de ces propriétés. Ce sont :

1" Le Plumbago eiiropœa L., appelée plus spécialement Dentelaire et aussi Malherbe ou Mauvaise herbe.

Cette espèce, qui croit dans toute la région méditerranéenne, a une tige ronde, cannelée, haute de 65 centimètres environ, portant des feuilles oblongues, amplexicaules, chargées de poils glanduleux sur les bords. Les fleurs sont rassemblées au sommet de la tige et des rameaux; elles sont bleues et purpurines; le calice est tout couvert de poils glanduleux.

La racine de cette Dentelaire est longue, pivotante, blanche, quand elle est récente, devenant rougeâtre par la dessiccation; enfermée dans un bocal, elle donne au papier une couleur plombée, et les diverses parties de la plante, froissées entre les doigts, donnent à la peau la même coloration. De là le nom de Plumbago, qui de cette espèce s'est étendu au genre tout entier. D'^iutres auteurs font venir cette appellation de la couleur plombée des feuilles. Ce sont des raisons analogues qui l'ont fait aussi appeler Mohjbdœna. Quant à la désignation de Dentelaire, elle provient de l'âcreté de cette racine qui, agissant comme révulsif et comme siliagogue, calme souvent la douleur des dents.

La racine de Dentelaire a été préconisée comme vulnéraire, propre à faire cicatriser d'anciens ulcères, et on l'adonnée comme rongeant de véritables cancers; c'était surtout l'huile dans laquelle avait bouilli la plante qu'on employait à ces usages. Cette même préparation a été vantée au siècle dernier comme le meilleur moyen de traiter promptement et sûrement la gale. Enfin, la Dentelaire a été donnée comme émétique, d'où le nom de Ipecacuanlia nostras, qu'on lui a donné ; c'est le rpinàliQ-j de Dioscoride.

DENTELÉS (anatomie et physiologie). 4'i!

2» Le Phimbago scandens L. , nommé parfois Herbe du diable. Celte espèce a une tige fruliculeuse, qui s'enroule autour des autres plantes ; les feuilles sont oblongues, lance'oloes, acuminées, atténuées insensiblement en un court pétiole embrassant et auriculé; les fleurs sont en un long épilâche, terminal; la corolle est régulière, de couleur blanche.

Cette esjièce croît dans l'Amérique tropicale, depuis le Mexique jusqu'au Chili et au Brésil. Elle a une âcreté considérable et produit sur la peau des effets vésicants. Descourtilz, dans sa Flore médicale des Antilles, l'indique comme causant un véritable empoisonnement et comme rongeant les chairs; les vétérinaires seuls s'en servent pour guérir les ulcères baveux. On lui attribue aussi une action vomitive, et Pison rapporte qu'elle est propre à faire rejeter les poisons, et qu'on en prépare des clystcres pourchasser les viscosités intestinales. La plante porte au Brésil le nom de Caajandiivap.

5° Le Plumbago zeylanica L. Cette espèce, qui croît dans les Indes Orientales, est très-voisine de la précédente, avec laquelle elle a été souvent confondue. Elle s'en distingue par ses feuilles ovales ou oblongues, brusquement atténuées eu un pétiole amplexicaule, par son calice couvert de poils glanduleux plus longs, plus denses et plus inégaaux entre eux.

Les propriétés de cette espèce rappellent tout à hil ccWcs du Plumbago scandens. On l'emploie en application sur les tumeurs ou sur les bubons, en la pilant et la mélangeant à la pâte de riz pour modérer son action vésicante.

4° Le Plumbago coccùiea Boissier [Plumbago rosea L.). C'est une très-belle espèce herbacée des Indes, de Java et de la Chine, à tiges dressées, à grandes feuilles oblongues, obtuses, à fleurs disposées en longs épis axillaires et terminaux, grands de 1 1/2 à 2 pouces, d'un rouge vermillon. Elle est parfois cultivée en Europe dans les terres chaudes.

Rumphius appelle sa racine radix vesicatoria, ce qui indique ses propriétés analogues à celles des espèces précédentes. On l'emploie, d'après Ilorsficld, comme vésicante à Java. Pilée et mélangée avec une huile douce, on l'emploie en topique sur les membres paralysés ou rhumatisants. On la donne aussi à petites doses à l'intérieur, additionnée de poudres inertes ou douces. Pl.

Bibliographie. — Dioscoride. Materia medica, t. IV, p. 135. — Tournefort. Insliliitioues, 140, lab. 58. — Linné. Gênera, p. '213; Species, t. I, p. 215. — Esdlicher. Gênera, n" 2174. — BoissiER in De CandoUe Prodromus, t. XII, p. 690. — Pisos. Brasil, p. 105. — Descourtilz. Floi-. medic. des Antilles, t. III, p. 94. — Rueede. Malabar, t. X, p. 9. — Gabidel. Histoire des plantes de Provence, p. 5t58. — Mérat et De Lens. Dict. mat. média. , t. V, p. 401. Pl.

DEXTELÉS. § I. Anatoniie et physiologie. Ils sont au nombre de trois : le grand dentelé, le petit dentelé postéiieur et supérieur et le petit dentelé postérieur et inférieur.

Grand dentelé {Serratus magnus Albinus, costo-scapidaire Chaussier). Le grand dentelé est un muscle qui recouvre la partie antéro-latérale de la ca"-e thoracique. Plus épais et plus étroit en arrière, où il est attaché au bord spinal du scapulum, plus mince et plus large en avant, oiî il est fixé aux côtes, il a une forme irrégulièrement quadrilatère. Il constitue la paroi interne du creux de l'aisselle.

Insertions : d'une part, au scapulum, à l'interstice du bord spinal dans toute sa longueur, et par deux faisceaux aux surfaces triangulaires situées en

452 DENTELÉS (anatomif, et physiologie).

avant des angles supérieur et inférieur de cet os ; iV autre part, aux neuf ou dix premières côtes par autant de digitations. Les digitations costales sont disposées suivant une ligne courbe à concavité postérieure.

La 1''' digilation, très-larg*^, naît de la !''« et de la 2*^^ côte et d'une arcade aponévrotique qui les unit. De là ses fibres se dirigent en arrière, en dehors et en haut, pour aller se fixer à la focette antérieure de l'angle postérieur et supérieur de l'omoplate. Elle constitue \a portion supérieure du grand dentelé.

Les 2«, 5'' et ¥ digitations naissent de la 'i^ côte (qui donne naissance à deux digitations, 1" et 2"), des 5* et 4° côtes. Ces digitations, qui sont les plus minces et les plus larges, se perdent horizontalement en arrière, pour s'attacher, par de courtes fibres aponévrotiques, à tout l'interstice du bord spinal de l'omoplate, en avant du rhomboïde. Ces digitations forment une lame mince continue, à laquelle on donne le nom de portion moyenne ou seconde portion du grand dentelé.

Les 5% 6«, 7% 8", 9" et 10" digitations, naissent de la face externe des côtes correspondantes en formant des dentelures dans lesquelles pénètrent des digitations analogues du grand oblique. Chez les sujets bien musclés et doués d'un faible embonpoint, ces dentelures se dessinent sous la peau, et les peintres et les sculpteurs les leproduisent, en général, assez fidèlement. A ces dernières digitations du grand dentelé font suite autant de faisceaux charnus distincts qui convergent vers la facette antérieure de l'angle postérieur et inférieur de l'omoplate, à laquelle ils s'insèrent. Cette portion est appelée 3" portion, portion inférieure, portion rayonnée du grand dentelé.

Les trois portions sont séparées les unes des autres des sillons remplis de tissu cellulaire. La portion supérieure est la plus étroite; la portion moyenne, la moins épaisse; la portion inférieure, la plus longue, la plus large et la moins mince.

Rapporta. La face interne ou concave du grand dentelé recouvre les huit premières côtes, les muscles intercostaux externes, les attaches costales du petit dentelé supérieur. Elle est séparée de toutes ces parties par un tissu cellulaire lâche.

La face externe ou convexe est recouverte dans ses deux tiers inférieurs par la peau ; en haut et en arrière par le sous-scapulaire ; en haut et en avant, par le grand pectoral, le petit pectoral, le sous-clavier; en haut et au milieu, où elle forme la paroi interne du creux axillaire, elle est recouverte par les nerfs du plexus brachial et les vaisseaux axillaires. Nous avons indiqué ailleurs les rapports du grand dentelé avec la bourse séreuse sous-scapulaire {voy. Muscle sous-scapulaire).

Structure. Après avoir exposé la division du grand dentelé en trois portions et noté le nombre de digitations que comprend chacune de ces trois portions, il reste à étudier l'aponévrose d'enveloppe du muscle, les vaisseaux et les nerfs.

L'aponévrose d'enveloppe est une lame cellulo-fibreuse comparable aux aponévroses d'enveloppes qui recouvrent les muscles larges de l'abdomen, toutefois elle n'est pas également constituée sur chacune des trois portions. Sur la portion inférieure ou rayonnée, plus grande à elle seule que les deux autres ensemble, elle est très-épaisse. Sur les deux portions moyenne et supérieure elle n'est plus représentée que par une lame celluleuse très-mince. Cette aponévrose s'attache, en avant, aux côtes, et, en arrière, au bord spinal de l'omoplate.

Les artères du grand dentelé sont fournies par la scapuluire postérieure, branche de la sous-clavière, et par la thoracique inférieure et la scapulaire inférieure, branches de l'axillaire. Les veines correspondent aux artères. Les lymphatiques se rendent aux ganglions lymphatiques de l'aisselle.

DKNTELÉS (anatomie et puysiologie). ^oS

I.c grand dentelé reçoit un nerf spécial, le nerf du grand dentelé ou grand nerf respiratoire externe de Ch. Bell, rameau de la 6'= paire cervicale du plexus brachial. Ce nerf se termine dans la digitation inférieure du muscle après avoir fourni des lilets à chacune des digitations. Dans les fractures de la colonne verléhrale, lorsque la fracture a lieu au niveau de la région cervico-dorsale et que la moelle conserve sa structure normale aussi bas que la 6" vertèbre cervicale, la respiration se fait par le diaphragme et par le grand dentelé. L'inspiration a lieu par la contraction de ces muscles; l'expiration se produit par le poids dos viscères abdominaux et l'élasticité des parois abdominales. Cependant, il l'aut le dire de suite, dans ces sortes de lésions, les blessés ont grande chance de mourir par le poumon. En effet, la respiration est souvent troublée par le développement d'une tympanite causée par un défaut de compression des muscles abdominaux paralysés sur les intestins. Le diaphragme est refoulé en haut par les gaz, il n'a plus d'action efficace, le grand dentelé seul est insuffisant et la respiration devient anxieuse. D'autre part, les bronches se remplissent peu à peu d'une écume muqueuse qui les obstrue, surtout si antérieurement le blessé a souffert de quelque bronchite chronique.

Anumalies. Absence totale du grand dentelé, de la portion snpé)'ieure, de la portion moyenne ou de la portion inférieure.

Isolement plus marqué de chacune des trois portions. Au lieu d'être séparées par d'étroits sillons remplis de tissu cellulaire, chacune des trois portions peut être séparée par un large espace.

Variation dans l'étendue du muscle. Le nombre de dentelures et conséquemment celui des faisceaux qui constituent chacune des trois portions du muscle peuvent augmenter ou diminuer: de là une diminution ou une exagération dans la hauteur du muscle. Ainsi, dans la portion supérieure, on a constaté le défaut de présence du faisceau de la l'^'^côte, et, dans la portion moyenne, le défaut de présence de ceux de la ¥ et de la 5'^ côtes. Dans un cas, le grand dentelé ne s'étendait pas au delà de la 1^ côte. Inversement on a observé des sujets chez lesquels il se prolongeait jusqu'à la 11^ côte.

En avant, le grand dentelé dépasse quelquefois ses limites habituelles. Des fibres du grand dentelé peuvent se continuer avec des fibres des siircostaux, des intercostaux externes ou de V oblique externe.

Faisceaux complémentaires. On a trouvé des faisceaux profonds naissant des premières côtes ; un faisceau du grand dentelé à l'aponévrose du bras et de l'aisselle; un faisceau profond, né de la 2" cote et s'insérant isolément à toute la longueur du bord spinal de l'omoplate depuis l'épine. RosenmùUer a donné la description d'un muscle angulaire de l'omoplate , dont le faisceau alloïdien complètement indépendant allait se confondre avec la première digitation du grand dentelé (RosenmùUer, De nonnullis musc, var., Leipzig, 1814, p. 5). Henle indique un fait analogue. Kelch a vu l'angulaire divisé en trois bandelettes dont la médiane allait se fixer sur l'aponévrose scapulo-thoracique (Kelch, Beitràge fur path. Anat., 1815, p. 53). Chez un sujet où l'angulaire de l'omoplate avait six insertions à la colonne cervicale, M. le professeur Wood a vu ce muscle être représenté par les trois premiers faisceaux (dont un, le plus élevé, avait quelques attaches au transversaire du cou) et une partie du A" faisceau, tandis que les 5* et 6« faisceaux formaient une masse musculaire unique insérée inférieurement sur le bord vertébral du scapulaire, entre l'épine et l'antile inférieur de cet os, confondant leurs fibres avec celles du grand dentelé. Ce qui

DICT. EXC. XXVIf. 28

4?>4 DENTELÉS (anatdmie et physiologie).

restait du 4« faisceau allait se perdre dans le rhomboïde. M. Pozzi a communiquéà la section d'anthropologie du Congrès de Lille (Association française, 1874) le dessin d'une bandelette d'union entre l'angulaire et le grand dentelé. .le possède plusieurs spécimens de cette anomalie dont je vais reproduire ici un des cas les plus curieux :

A, bord spinal de l'omoplaie écarté du tronc pour laisser voir le grand dentelé. — B, grand dentelé. — C, angulaire de l'omoplate. — D, D', D", faisceaux de communication entre l'angulaire de l'omoplate et le faisceau supérieur du grand dentelé.

Anatomie comparée. Chez les vertébrés inférieurs, il n'y a pas de discontinuité entre l'angulaire et le grand dentelé, et ces deux muscles ont pu être décrits comme une seule et même lame charnue sous le nom de dentelé large. Déjà, dans les amphibiens et les reptiles, l'angulaire et le grand dentelé ont pour caractère constant de relier les apophyses transverses du cou et du dos à l'épiscapulum sans prendre d'insertions sur le scapuhim. Chez l'axolotl, l'angulaire s'attache à la face inférieure de l'ex-occipital d'une part, d'autre part sur la face superficielle du %us-%tdi^\\\nm{ex-occipito-épiscapulaire). Le grand dentelé naît, au niveau des myotomes 4, 5 et 6, dans l'intervalle des masses musculaires dorsale et ventrale, se dirige en avant et en haut pour se fixer à la face profonde du sus-scapulum (transverso-épiscapulaire). On peut donc considérer ces deux muscles comme formant un seul système transverso-épiscapulaire (Lannegrâce, Myologie comparée des membres. Th. de Montpellier, 1878, p. 46).

Ce système transverso-épiscapulaire se décompose chez les anoures et les reptiles en trois portions distinctes. La portion inférieure du système se rencontre seule chez les oiseaux. Chez l'homme ces trois portions peuvent être retrouvées : la première est représentée 'par l'angulaire de l'omoplate et le faisceau supérieur du grand dentelé ; la deuxième, par le faisceau moyen du grand dentelé ; la troisième, par le faisceau inférieur du même muscle.

Le mouton, le castor, l'hyène, etc., etc., ne possèdent pas un angulaiie fixé à l'omoplate. Attaché à un plus ou moins grand nombre de vertèbres cervicales, quelquefois à toutes, ce muscle constitue la partie antérieure du grand dentelé.

DENTELÉS (\xatomie et piiysioLOGiEJ. 455

Chez les anthropoïdes, comme clicz l'homme, il existe un vaste intervalle triangulaire entre le grand dentelé et l'angulaire. Dès le papion {Cynocephalus iiphinx) pithécien, encore bien éloigné de l'extrémité inférieure de l'ordre des primates, cet intervalle disparaît, il est comblé par un musle supplémentaire qui s'insère sur les apophyses transverses des trois dernières vertèbres cervicales, et qui par ses deux bords se confond si bien avec les deux muscles en question, que tout cet appareil ne forme qu'un seul plan, qu'un seul muscle. Cette conformation différente est en rapport avec l'attitude horizontale et la marche quadrupède des singes non anthropoïdes.

Comme pour démontrer l'étroite parenté de l'homme et des animaux, des fibres d'union entre le grand dentelé et l'angulaire apparaissent dans l'espèce humaine. Parfois elles sont troublées dans leur évolution formatrice et alors, au lieu de rejoindre le grand dentelé, elles se rendent aux parties molles ou dures avec lesquelles celui-ci est en rapport, c'est-à-dire, au bord vertébral du scapulum, au scalène postérieur, au splénius, etc.

Dans la série animale, le grand dentelé s'étend plus ou moins en hauteur ot en largeur. Le nombre de ses digitalions est donc sujet à variations.

Fonctions. L'action du grand dentelé a été parfaitement déterminée par Duchenne (de Boulogne). Comme nous l'avons déjà fait pour d'autres nniscles, nous emprunterons beaucoup à cet habile expérimentateur (Duclienne, de Boulogne, Physiologie des mouvements. Paris, 1807, p. 29 et suiv.).

Le grand dentelé est accessible à l'action directe de l'électricité dans tout l'espace compris entre le grand pectoral et le grand dorsal, espace dans lequel une portion de ses sept dernières digitations est sous-cutanée. Mais les quatre dernières digitations n'offrent en avant du grand dorsal qu'une partie de leurs extrémités antérieures, de telle sorte qu'on n'obtient en général qu'une action tiès-faible par leur excitation. Les autres digitations, surtout les 4% 5" et 6'', déterminent, chez les sujets très-musclés, des mouvements du scapulum que nous exposerons bientôt. C'est sur le gros faisceau radié qui s'attache à l'angle inférieur de l'omoplate et vers lequel convergent les 5^, 6'', 7*^, 8^, 9^ et 10'^ digitations, qu'il faut concentrer la force électrique pour avoir une action réelle de la portion inférieure du grand dentelé. Malheureusement ce faisceau est recouvert à l'état normal par le grand dorsal, et il est, par conséquent, inaccessible normalement à la faradisation directe. L'atrophie musculaire progressive, qui souvent détruit la couche superficielle dus muscles du tronc, a offert cependant bien des fois à Duclienne (de Boulogne), l'occasion de trouver sous la peau ce faisceau parfaitement conservé.

L'excitation électrique, à un courant modéré, du faisceau inférieur du grand dentelé, imprime à l'omoplate un mouvement de rotation sur son angle interne en vertu duquel l'acromion s'élève, tandis que l'angle inférieur est porté en avant et en dehors. Après son mouvement de rotation le scapulum s'élève en masse, de la même manière que par la contraction de la portion moyenne du trapèze. Les 3% ¥ et S** digitations de la portion moyenne du grand dentelé, élèvent aussi l'acromion, mais d'autant moins que chacune d'elles est située plus haut. Si l'on excite à la fois les digitations de la partie moyenne et celles de la partie inférieure du grand dentelé, l'omoplate se porte en masse en avant, en dehors et en haut. Pendant ce mouvement, le bord spinal de l'omoplate s'éloigne de la ligne médiane de 2, 3 et même 4 centimètres, en tournant sur son angle interne, il s'applique contre la paroi Ihoracique en faisant à la

456 DE.NTELÉS (an.vtomie et imivsioi.ogi e).

surface de la peau une dépression qui indique la direction un peu oblique de haut en bas, et de dedans en dehors, du bord spinal de l'omoplate. La contraction en niasse de tous les faisceaux du grand dentelé, par l'excitation directe de son nerf propre au-dessus de la clavicule, produit exactement le même mouvement de romo|)late.

Il découle de ces expériences électro-physiologiques un certain nombre de considérations fort intéressantes.

On voit que la portion inférieure du grand dentelé fait tourner l'omoplate sur l'un de ses angles, l'angle interne, qui reste fixe, en même temps qu'elle élève l'angle externe. Les anatomistes et les physiologistes ont professé pendant Ionstemps que les mouvements d'élévation, soit de l'angle externe, soit de l'anyle interne de l'omoplale, qui ont lieu sous l'influence du trapèze, du rhombuïJe, de l'angulaire de l'omoplate et du grand dentelé, sont toujours le résultat d'un mouvement de bascule de cet os. Us ont supposé qu'alors le scapulum tourne sur un axe fictif qui traverserait sa partie uîoycnne, de telle sorle que l'angle externe ne peut s'élever sans que l'angle interne s'abaisse et vice versa. L'expérimentation est contraire à cette proposition. Ainsi on ne voit jamais pendant la contraction électrique de ces différents muscles ou portions musculaires l'angle interne s'abaisser pendant que l'angle externe s'élève et rice versa. En plaçant un doigt sur l'un ou l'autre de ces angles, on constate que le scapulum lounie sur chacun d'eux comme sur un axe.

L'expression de mouvement de bascule de l'omoplate, appliquée à celui qui produit l'élévation ou l'abaissement de ses angles externe ou inlerne, donne donc une idée fausse du mécanisme des mouvements imprimés au scapulum par l'action isolée de ses muscles ou portions musculaires. Aussi Duchenne (de Boulogne) les appelle-t-il justement : mouvements de rotation sur l'angle externe ou inlerne qui reste en place, tandis que l'angle opposé s'élève.

Le professeur Cruveilhier a comparé le mécanisme des mouvements que l'omoplate exécute sous l'influence de certaines portions du trapèze à celui d'un mouvement de sonnette. Cette comparaison est heureuse : dans le mouvement de sonnette, en effet, deux angles tournent sur le troisième angle, qui reste fixe. C'est justement ce qui se passe dans les mouvements du scapulum par la contraction des muscles précités. 1! convient d'observer toutefois que la comparaison n'est pas encore d'une exactitude parfaite, car, dans le mouvement de sonnette, l'axe est toujours placé à l'angle inférieur, tandis que pour l'omoplate il est toujours situé en haut, soit à l'angle externe, soit à l'angle interne.

II ressort aussi des expériences électro-physiologiques précédentes que tous les muscles qui, par leur contraction isolée, impriment à l'omoplate un mouvement de rotation, produisent en même temps des mouvements d'élévation en masse de cet os. Cela tient à ce que les muscles producteurs du mouvement de rotation ont à lutter avec des antagonistes que AVinslow nomme justement modérateurs, qui leur opposent la résii>tance de leur force tonique et ne supportent qu'un degré donné d'élongation. Par exemple, la partie inférieure du grand dentelé, comme la portion moyenne du trapèze, élève puissamment l'acromion en portant en avant et en dehors l'angle inférieur de l'omoplate. Ce dernier mouvement est bientôt limité par la moitié inférieure du rhomboïde et par l'angulaire leurs modérateurs quand ces muscles ont subi leur maximum d'élongation. Alors, la contraction de la partie moyenne du trapèze continuant, le scapu-

DENTELÉS (anatosiie et patiiolocie). 457

luni se meut dans une direction où il ne renconlie aucune résistance, c'est-àdire en haut, selon la difcction de la résultante des forces combinées de ces

muscles.

Les mouvements de rotation sur l'angle interne et d'élévation eu masse de l'omoplate par le grand dentelé se compliquent, on l'a vu plus haut, d'un mouvement de totalité en avant et en dehors. C'est ce qui n'a pas lieu sous l'inlluence des autres muscles. — .La portion inférieure du grand dentelé produisant énergiquement l'élévation du moignon de l'épaule, plusieurs physiologistes lui ont attribué la plus grande part dans l'action de porter de lourds fardeaux sur l'épaule. L'inexactitude de cette proposition est facile à démontrer.

Si on fait élever l'épaule à un sujet, pendant qu'on appuie iorlenicnt sur le moignon, de manière à provoquer un grand effort musculaire, on s'aperçoit que le trapèze, le rhomboïde et le tiers supérieur du grand pectoral, sont seuls contractés. Le grand dentelé reste flasque, pourvu que le bras soit appliqué contre le tronc. Dans cette situation, on sent la portion inférieure du grand dentelé se durcir seulement lorsqu'on porte rexcilaliun électrique sur les faisceaux rayonnés ou sur le nerf respiratoire externe de Cli. Bell. Un autre moyen de faire contracter celte portion inférieure consiste encore à faire lever le bras. Le grand dentelé, dont l'action est puissante comme élévateur de l'épaule, n'intervient pas pour aider celle-ci à porter ou à soutenir de lourds fardeaux parce que sa contraction gênerait la respiration en maintenant soulevées les côtes sur lesquelles il prend son point d'appui. S'il intervenait, les côtes diaphragmatiqucs seules seraient alors libres dans leur action ; et encore cette liberté serait-elle très-limitée, car, les muscles de l'abdomen se contractant énergiquement lorsqu'on soulève un lourd fardeau, ces côtes diaphragmatiqucs seraient inévitablement fixées par leurs extrémités sternalcs.

En somme, le grand dentelé ne se contracte pas dans l'action de porter un fardeau sur l'épaule, et cette fonction est dévolue à la portion moyenne du trapèze, au rhomboïde et à la portion supérieure du grand pectoral, qui agit également dans l'élévation de l'épaule.

C'est dans l'action de pousser en avant avec le moignon de l'épaule que le grand dentelé se contracte puissamment, concurremment avec le grand pectoral ; la pathologie donnera l'explication de ce fait.

Le grand dentelé a d'autres usages plus importants : il vient en aide au deltoïde dans beaucoup de cas. Lorsque nous avons étudié le deltoïde nous avons traité longuement cette question, nous n'y reviendrons pas {voy. Deltoïde).

Le grand dentelé est-il inspirateur? La plupart des physiologistes se prononcent pour l'affirmative.

Pour que ce muscle mette en mouvement les côtes sur lesquelles il s'insère, il est nécessaire que l'omoplate soit préalablement maintenu par la contraction synergique du rhomboïde; dans le cas conti'aire, le thorax deviendrait le point fixe, et l'élévation de l'épaule, par le mouvement de rotation de l'omoplate sur son angle externe, serait le seul résultat de la contraction du grand dentelé. Selon Beau et Maissiat {Recherches sur le mécanisme des mouvements respiratoires , suivies de considérations pathologiques [Arch. gén. de méd. , décembre 1842; mai-s, juillet 1847]), on a beau faire les inspirations les plus violentes, la main appliquée sur les digitations inférieures du grand dentelé, on ne peut parvenir à sentir la moindre apparence de contraction. Cela est vi-ai.

458 DENTELÉS (an.vtomii': et physiologie).

mais cola tient à ce qu'il est très-difficile de palper de cette manière les digitations du grand dentelé, même au moment où elles se contractent, et non pas à l'absence de contraction.

Duchenne, par une expérience très-simple faite sur un sujet dont le grand dentelé et le rhomboïde étaient placés superficiellement sous la peau, par suite de l'atrophie du trapèze et du grand dorsal, a démontré que le grand dentelé agrandit la capacité Ihoracique en élevant les côtes auxquelles il s'insère et en les tirant en dehors. Ayant réglé deux appareils d'induction de telle sorte qu& l'intensité de l'un fût trois ou quatre fois plus grande que celle de l'autre^ l'habile physiologiste a posé les réophorcS de celui-ci sur le faisceau radié qui reçoit les digitations de la portion inférieure du grand dentelé, tandis que les réophores du premier étaient posés sur le rhomboïde (c'est à peu près la dose d'excitation qu'il faut donner à chacun de ces muscles, quand on vent égaliser la force de leur contraction, de manière que l'angle inférieur de l'omoplate reste immobile pendant leur excitation simultanée). A l'inslant oîi les appareils furent mis en activité, l'expérimentateur constata : I" un mouvement d'élévation directe et en masse de l'omoplate; 2" un mouvement en dehors et en haut de la portion convexe des côtes, dont la courbure parut augmenter.

Pendant l'expérience, le sujet fit une inspiration bruyante qu'il ne pouvait, disait-il, empêcher. Duchenne recommença cette expérience en fermant la narine et la bouche de l'individu, et celui-ci éprouva un grand besoin de respirer au moment de la contraction musculaire.

Le mouvement ascensionnel de l'omoplate qui a lieu pendant le premier temps de cette expéiience par la contraction simultanée du rhomboïde et du grand dentelé, et qui va jusqu'à 5 et 4 centimètres, est des plus favorables à l'action inspiratrice du grand dentelé, car il place les digitations supérieures et moyennes de ce muscle dans une direction oblique de bas en haut et de dehors en dedans par rapport aux côtes auxquelles il s'insère, et augmente considérablement l'obliquité des digitations inférieures. On concevra dès lors que. toutes les digitations du grand dentelé agissant ainsi plus obliquement de bas en haut et de dedans en dehors, la capacité thoracique doit augmenter pendant leur contraction. L'expérimentation électro-physiologique ne saurait donner une idée complète de ce fait, car la contraction musculaire qui a lieu sous l'influence nerveuse se fait avec bien plus d'ensemble et bien plus d'énergie que par l'excitation électrique.

En fait, le grand dentelé et son associé le rhomboïde sont deux muscles nspirateurs puissants, dont le concours est sans doute plus fréquent qu'on ne l'a admis généralement, pendant l'inspiration.

Pathologie. La paralysie du grand dentelé avec l'atrophie dont elle est une des conséquences sera décrite au mot Paralysies musculaires. Nous en dirons pourtant ici un mot, au point de vue physiologique seulement, c'est-à-dire au point de vue des fonctions du muscle.

A. Troubles dans V attitude de V épaule, consécutivement à l'atrophie du grand dentelé. Bien qu'il soit ressorti des expériences électro-physiologiques de Duchenne que la portion inférieure du grand dentelé agit, comme élévatrice de l'épaule, avec beaucoup plus d'énergie que la portion moyenne du trapèze, la pathologie démontre cependant que cette portion du grand dentelé n'est pas destinée, de même que cette dernière portion du trapèze, à maintenir par sa force tonique le moignon de l'épaule à sa hauteur normale. Qu'un malade soit

DEMELES (anatomie et physiologie). 439

privé de son grand dentelé, le moignon de l'épaule sera maintenu dans son attitude normale, pourvu qu'il ait conservé la portion moyenne du trapèze. L'épaule, au contraire, sera abaissée, si la portion moyenne du trapèze est atrophiée alors même que le grand dentelé sera intact.

Une paralysie ou une atrophie parfaitement limitée au grand dentelé étant excessivement rare (sur une vingtaine de cas ou moins d'atrophies ou de paralysies qu'il a vus, Duchenne ne l'a pas rencontré une seule l'ois), il est encore difficile de préciser exactement le trouble apporté dans l'altitude de l'omoplate par la perte de la puissance tonique du grand dentelé. 11 est toutefois présumable que ce trouble doit être très-grand, car, à l'état normal, le scapulum est sollicité par les forces combinées du trapèze et du rhomboïde qui fendent à le rapprocher de la ligne médiane. On croirait, à priori, que, par suile de l'atrophie du grand dentelé, le parallélisme du bord spinal du scapulum et de la colonne vcrtébiale ne puisse exister, et que la prédominance du rhomboïde et de l'angulaire doit élever l'angle inférieur de l'omoplate en le rapprochant de la ligne médiane. La pathologie ne confirme pas ce raisonnement; c'est à peine si alors l'angle inférieur du scapulum est attiré on haut et en dedans de 1 centimètre, et encore faut-il que, dans ce cas, l'angulaire et le rhomboïde jouissent de toute leur force tonique.

Le poids du membre supérieur tend toujours à déprimer l'angle externe de l'omoplate. La nature y a heureusement pourvu en lui offrant dos puissances toniques qui agissent dans un sens contraire au poids qui tend à abaisser cet angle extei^ne. Ces forces toniques sont fournies par le faisceau moyen du trapèze qui élève l'acromion, par le tiers inférieur de ce muscle, qui abaisse son angle interne, et enfin par le f^\isceau radié du grand dentelé qui élève à la fois son angle inférieur et son angle externe. Or l'observation clinique fait connaître que l'angle externe de l'omoplate, n'étant plus suffisamment soutenu consécutivement à la perte du trapèze, s'abaisse pendant que son angle inférieur s'élève et se rapproche de la ligne médiane. On doit donc prévoir que, si le grand deiitelé vient à manquer à son tour, le scapulum a perdu la dernière des forces qui neutralisaient l'action de la pesanteur du membre sur son angle externe, et que celui-ci, eu conséquence, s'abaissera davantage, tandis que son angle inférieur s'élèvera dans les mêmes proportions. C'est, en effet, ce qui a lieu, car l'angle inférieur, s'écartant considérablement des parois thoraciques, s'élève presque au niveau de l'angle externe et le bord axillaire devient presque horizontal. Cette difformité augmente pendant l'élévation du bras.

B. Troubles dans les mouvements volontaires de Vépaide, consécutivement à la paralysie du grand dentelé. L'étude des troubles occasionnés dans les mouvements volontaires par l'atrophie du grand dentelé est inséparable de celle du deltoïde. Il suffira donc de se reporter à mon article sur le deltoïde.

La paralysie par atrophie du grand dentelé a été attribuée à un certain nombre de causes fort discutables : violences exercées sur le muscle, fonctionnement exagéré de celui-ci, etc. Les moins douteuses de ces causes sont : la diathèse rhumatismale et l'action de l'humidité et du froid.

Petit dentelé postérieur et supérieur [dorso-costal, Cliaussier; serratus posticus superior). C'est un petit muscle très-mince, à peu près quadrilatère, situé à la partie postérieure et supérieure du thorax. Il complète, avec le petit dentelé postérieur et inférieur la gahie des muscles des gouttières vertébrales.

DENTELÉS (anatomie et physioldcie).

Insertions : d'une part, à la partie inférieure du ligament cervical médian postérieur, aux apopliyses épineuses de la septième vertèbre cervicale et des trois premières dorsales et aux ligaments interépineux; d'autre part, à la face externe des 2'', 3'', 4'" et 5'^ côtes, en deliors de l'angle des côtes.

Rapports. 11 recouvre le splonius, le transversaire du cou, le transversaire épineux, le long dorsal, le sacro-lombaire et les intercostaux externes; il est recouvert presque en totalité par le rhomboïde ; en haut, où déborde ce muscle, il est en contact avec l'angulaire de l'omoplate et le trapèze; extérieurement il est sous-jacent au grand dentelé.

Structure. Les insertions vertébrales se font par une lame aponévrotique très-mince, à fibres parallèles obliques de dedans en dehors et de haut en bas. De cette aponévrose, qui constitue presque la moilié du muscle, se détachent les fibres cliarnucs (]ui ont la même direction que les libres aponévroliques, et se divisent presque immédiatement eu quatre languettes ou dentelures , lesquelles se terminent par de courtes fibrilles conjonctives qui constituent les attaches costales du muscle : la première digitation se fixe à l'angle de la 2'' côte; les suivantes, d'autant plus loin de cet angle qu'elles sont plus inférieures.

Les artérioles ]iroviennent des branches dorso-spinales des intercostales, de la cervicale profonde de la soiis-clavière. Les veinules répondent aux artères. Les lymphatiques se rendent aux ganglions axillaires. Le petit dentelé postérieur et supérieur est innervé par la branche du rhomboïde, il reçoit en outre des filets des nerfs intercostaux.

Anomalies. 11 manquait une fois chez un bossu (Isenflamm, Ahhandlung itber die Knochen u. deren Krankheiten. Erlangen, 1752). Une fois il envoyait en haut un faisceau au tubercule posléiieur de l'atlas. Ce faisceau, décrit par Ollo, me semble constituer une variété du muscle rhombo-atloïdien signalé par M. le professeur 31acalister (de Dublin). Le nombre de ses digitations, qui peut se réduire à trois, peut, inversement, augmenter jusqu'à six. J'ai constaté maintes fois, avec mon prosecteur, M. Delailtre, cette extrême variabilité dans le chiflre des dentelures. Elle a été remarquée aussi par Henle et J. Cloquet. M. Chudzinski a insisté tout particulièrement sur le développement de la 1"'" languette chez un nègre (Chudzinski, Revue d'anthropologie, 1872).

Fonctions. Ce muscle a, comme le suivant, pour fonction de brider les muscles des gouttières vertébrales. Descendant obliquement du rachis sur les côtes, et prenant constamment son point d'appui eu haut et en dedans, le petit dentelé postérieur et supérieur aurait encore, pour quelques auteurs, pour usage d'élever les côtes, d'être inspirateur. Cette action est plus que douteuse.

Petit dentelé postérieur et inférieur {lovibo-COStal, Ghau^sier/, SerratUS posli-

cus inferior), mince et aplati, et de même forme que le précédent, mais un peu plus étendu en largeur; il est situé à la partie inférieure du dos et supérieure des lombes.

Insertions : d'une part, aux apophyses épineuses des deux dernières vertèbres dorsales et des trois premières lombaires, et aux ligaments interépineux correspondants; d'autre part, au bord inférieur des 2% 5% 4" et 5'^ fausses cotes.

Rapports. Il recouvre, en lui adhérant intimement, le feuillet postérieur du

DENTELÉS (anatomie et physiologie). 441

muscle tiansverse de l'abdomen qui le sépare du long dorsal et du sacro-lombaire ; plus en dehors, il est immédiatement eu rapport avec les trois dernières côtes et les muscles intercostaux externes. Il est recouvert par le grand dorsal avec raponévrose duquel sa portion fibreuse est si unie qu'il est très-dilTicile de l'en détacher entièrement.

Structure. Les insertions à la colonne vertébrale ont lieu par l'intermédiaire d'une aponévrose analogue à celle du petit dentelé postérieur et supérieur, mais dont les fibres sont obliquement dirigées de bas en haut et de dedans en dehors, c'est-à-dire eu sens inverse de la précédente. A cette aponévrose, qui constitue la moitié interne du muscle, font suite des libres charnues qui ont la même direction que les fibres aponévrotiques qui se divisent presque aussitôt en quatre dentelures d'autant plus larges et plus longues qu'elles sont plus élevées. Ces digitations s'imbriquent comme les tuiles d'un toit et se fixent aux côtes par autant de lamelles fibreuses. D'après M. Sappey, la languette supérieure s'attache au bord inférieur de la 9' côte, sur une longueur de 10 centimètres; la 5", au bord inférieur de la 11'*, sur une étendue de 2 centimètres; la 4'', au sommet de la 12% sur une étendue qui varie de quelques millimètres à 1 centimètre.

Les artéiioles émanent des branches dorso-spinales des dernières intercostales et de l'iléo-lombaire. Les veinules correspondent aux artères. Les troncules lymphatiques vont aux ganglions axillaires. Ce muscle est animé et sensibilisé par le nerf du grand dorsal et par quelques filets des parois nerveuses intercostales inférieures.

Anomalies. 11 était absent dans un cas (Isenflamm , loc. cit.). Passant audessus des côtes on l'a vu aller rejoindre le grand dorsal. 11 peut seulement, en dedans, s'attacher à une ou deux vertèbres lombaires, et en dehors, à deux ou trois fausses côtes. La dernière dentelure fait souvent défaut.

Fonction. Quelques physiologistes prétendent que ce muscle est expiratcur. Celte action est très-discutable. Il sert principalement à contenir les muscles des gouttières vertébrales.

Anatomie comparée des petits dentelés. La plupart des animaux supérieurs n'ont qu'un seul dentelé, le second muscle s'étant atrophié ou confondu avec le premier qui a acquis des dimensions considérables. Le plus souvent c'est le dentelé inférieur qui semble disparaître. C'est ce qui a lieu dans les genres taupe, hyène, chien, chat, ours, etc. L'ai, au contraire, n'a offert à Meckel que le dentelé inférieur, soit que le supérieur n'existe pas, soit qu'il se transforme pour constituer une couche interne et profonde du grand dorsal.

Chez les mammifères qui ont, comme l'homme, deux petits dentelés, les insertions externes et internes des deux muscles changent presque dans chaque espèce.

Aponévrose intermédiaire aux petits dentelés. Transparente, mince, rectangulaire, elle augmente d'épaisseur et de résistance de haut en bas. Son bord interne s'attache aux apophyses épineuses des vertèbres dorsales et au lio-ament interosseux correspondant, son bord externe s'insère à l'angle des côtes, de façon que h largeur de cette lame fibreuse soit exactement celle des muscles spinaux.

Son bord inférieur se fixe au bord supérieur du petit dentelé postérieur et inférieur; son bord supérieur se continue rarement avec le bord inférieur du petit dentelé postérieur et supérieur. Presque toujours cette aponévrose s'en-

4i2 DENTELÉS {pathologie).

fonce en liant sous ce dernier muscle pour recouvrir le splénius sur lequel elle se perd.

La texture de cette aponévrose est celle des aponévroses des muscles larges. Elle complète la gaîne ostco-fibreuss dans laquelle sont renfermés les muscles spinaux postérieurs ou longs du dos; elle sert de moyen de contention à ces muscles, et leur offre un plan résistant lorsqu'ils se contractent. La direction en sens opposé des petits dentelés favorise la tension de cette aponévrose.

A. Le Double.

^ H. Padiologic. I'ar.vlysie uv GRA^D DE>TELK. Hldoriquc. La paralysie du grand dentelé est la plus fréquente des paralysies isolées des muscles du tronc. Son histoire cependant n'est pas très-ancienne : c'est seulement en 1835 qu'elle fut signalée pour la première fois par Velpeau. Peu de temps après Gendrin en rapportait une seconde observation et en 18iO elle était l'objet d'un article spécial de Marcbessaux, qui en avait observé un troisième cas. A partir de ce moment la paralysie du grand dentelé fut à l'ordre du jour et un certain nombre d'observations en furent publiées coup sur coup; Ch. Desnos (1846) en faisait le sujet de sa thèse inaugurale. De 1845 à 1848 il ne parut pas moins de quinze observations de paralysie, vraie ou apocryphe, du grand dentelé, dans la Gazette des llùpitauc.

Mais tous les auteurs que nous venons de citer n'avaient pas eu affaire le plus souvent à la paralysie isolée du grand dentelé : aussi la svmptomatologie variaitelle souvent singulièrement d'une observation à l'autre. Dans celle de Marcbessaux, par exemple, le bord spinal de l'omoplate était de plus en plus saillant, comme si cet os tendait à prendre la direction antéro-postérieure au lieu de la direction presque transversale qu'il affecte ordinairement ; l'omoplate avait éprouvé un mouvement de bascule ayant pour conséquence la saillie de l'angle inférieur, qui était porté en arrière, et l'abaissement du moignon de l'épaule par rapport au reste do la région. Chez le malade de lUiyer il y avait une saillie considérable formée sous la peau par l'angle inférieur de l'omoplate. Cet o^ était déplacé à l'état de repos ; son bord spinal était dirigé de bas en haut, d'arrière en avant et de dedans en dehors. Dans une des observations de Jobert (celle d'un cordier âgé de vingt-huit ans), la paralysie était double, les omoplates étaient relevées en ailes, les angles inférieurs soulevés et rapprochés de la ligne médiane, les épaules affiissées. Dans l'autre (celle d'un serrurier âgé de vingt-trois ans), l'épaule droite affectait une saillie très-prononcée, qui n'existait pas à l'épaule gauche à l'état de repos : elle formait une surface large, convexe, triangulaire, écartée du thorax et comme soulevée en totalité. Un malade de Nélaton présentait aussi une double paralysie des dentelés, et il y avait cela de particulier chez lui, dit l'auteur, que du côté droit, où la paralysie était entière, l'angle inférieur n'était pas rapproché des vertèbres, mais plus éloigné d'un centimètre au moins.

Dans tous ces cas, il est facile de reconnaître, comme nous l'avons dit, que les observateurs n'ont pas eu affaire à des paralysies isolées du grand dentelé, mais qu'en même temps qu'elle avait plus ou moins frappé ce dernier muscle la paralysie avait atteint aussi soit le deltoïde, soit le rhomboïde, soit le grand pectoral, soit enfin et surtout le trapèze.

Avec les reclieixhes de Duchenne de Boulogne l'histoire de la paralysie isolée ou associée du grand dentelé fut définitivement édifiée.

DENTELÉS (pathologie). 44J

Étiolofjie. La paralysie du grand deulele peut être d'origine centrale ou d'origine périphérique; dans ce dernier cas, elle tient à une altération du nerf thoracique postérieur, branche du plexus brachial qui, superficiel pendant une partie de son trajet, est exposé aux traumatismes et à l'action du l'roid.'

On l'observe assez souvent à la suite de contusions reçues sur l'épaule ; dansun cas observé par moi au Yal-dc-Gràce, dans le service du professeur Chauvel, la maladie paraissait avoir pour origine une violente contusion de l'épaule pai' siiile d'une chute sous un cheval.

On a aussi invoqué la fatigue exagérée du muscle par suite de certains mouvements trop souvent répétés. Dans une observation rapportée par VVoodman, il s'agit d'un homme de trente-neuf ans qui, après quinze ans de service comme marin, fut employé comme lampiste sur un navire; de ce fait cet homme avait chaque jour à allumer et à transporter seize lampes munies de réflecteurs, c'està-dire assez lourdes. Ce travail nécessitait des efforts constants d'élévation de l'épaule. En mai 1874, six mois après ses débuts dans cette fonction, il ressentit de la faiblesse dans l'épaule droite et de la dillicultc dans l'élévation du bras ; trois mois plus tard il ht une chute sur l'épaule et n'en continua pas moins sa fatigante besogne, mais en se servant du bras gauche. A partir de ce moment et pendant un an il fut incapable de lever le bras droit. En mai 1875 il se présenta à Woodman. qui reconnut une paralysie du grand dentelé. Dans ce cas, il est difficile de dire si la paralysie a été consécutive à la chute sur l'épaule que ht le malade en août 1874 ou, comme le veut l'auteur, aux efforts résultant des fonctions spéciales de cet homme.

C'est à tort qu'on a invoqué comme pouvant provoquer cette paralysie le fait de porter de trop lourds fardeaux sur l'épaule : c'est là une cause de paralysie du trapèze, mais non du grand dentelé.

La paralysie rhumatismale ou à frigore est aussi assez fréquente : c'est ainsi qu'on l'a signalée à la suite du séjour dans un endroit habituellement humide, du décubitus sur la terre mouillée. Le malade de Marchessaux avait couché quelque temps dans une chambre située au premier étage sur une cour dans laquelle était placé un réservoir; un tuyau de conduite en mauvais état passait dans l'épaisseur de la muraille contre laquelle était placé son lit et cette muraille elle-même était fort humide.

Enfui dans la Irès-grande majorité des cas observés, même très-probablement dans bon nombre de ceux qui ont paru pouvoir être rattachés à des traumatismes, l'alfection que nous étudions est symptouialique de l'atrophie muaculaire progressive. C'est ce qui nous explique ce fait, sur lequel j'ai déjà insisté, à savoir l'extrême rareté de la paralysie isolée du grand dentelé, qui serait au contraire celle qui serait observée le plus souvent, si l'affection était consécutive à une lé-, sion du nerf thoracique postérieur, puisque ce nerf est spécial au grand dentelé.

Symptomatologie. Lorsque la paralysie est exclusivement limitée au grand dentelé, ce que nous avons dit être très-rare, et que le malade laisse ses bras tomber naturellement le long du corps, il n'existe pas de déformation de l'épaule ni de déplacement de l'omoplate. Dans cette situation, il serait impossible de soupçonner la maladie. Cependant un certain nombre d'auteurs, 0. Berger, Lew'insky, ont prétendu qu'on observait dans ce cas certaines déformations telles que l'abaissement du moignon de l'épaule ou la saillie exagérée de l'angle inférieur de l'omoplate ; mais, comme l'a très-bien montré Duchenne, ces symptômes appartiennent à la paralysie d'autres muscles, tels que le rhomboïde et le trapèze,.

441 DENTELÉS (pathologii;).

tandis que ceux que l'on observe dans la paralysie du grand dentelé n'apparaissent que lorsque le malade exécute certains mouvements du bras. Qu'un malade soit privé de son grand dentelé, si la portion moyenne de son trapèze est intacte, le moignon de son épaule conservera une altitude parfaitement normale, car c'est surtout ce dernier muscle qui lutte contre l'action de la pesanteur résultant du poids du membre supérieur.

11 semble aussi que la paralysie du grand dentelé doive détruire le parallélisme qui existe normalement entre le bord spinal de l'omoplate et la colonne vertébrale, par la prédominance d'actions de ses antagonistes, le rhomboïde et l'angulaire. 11 n'en est rien non plus cependant ; c'est à peine si dans cette affection 1 angle inférieur de l'omoplate est attiré en haut et en dedans de 1 centimètre, ce qui est absolument inappréciable. Encore faut-il pour que ce résultat se produise que le rhomboïde et l'angulaire jouissent de toute leur intégrité.

Desnos propose de ranger en trois périodes les symptômes qui précèdent, accompagnent ou suivent cette paralysie. La première période serait caractérisée par des douleurs soit rhumatismales, soit névralgiques. Dans la dernière période « la dilformité de l'omoplate commence à apparaître et annonce que le muscle se paralyse. » La troisième période enfinest caractérisée par l'atrophie du muscle paralysé et la contracture des antagonistes.

11 nous parait bien inutile d'adopter une semblable division et, avec Duchenne, nous étudierons la maladie à son début et lorsque la paralysie est complète.

Dans ce dernier cas, si l'on se place derrière le malade et qu'on lui dise de porter le bras en avant et en haut, on voit l'omoplate subir immédiatement un double dépl.icement ; de son côté le malade peut tout au plus élever la main jusqu'au niveau de l'épaule, c'est-à-dire jusqu'à l'horizontale.

Les déplacements subis par l'omoplate se font instantanément et en un seul temps, mais l'analyse, comme je l'ai dit, permet de les ramener à deux mouvements : 1° elle tourne sur son axe verticale de telle sorte que sou bord externe se porte en avant et devient antérieur pendant que son bord spinal se détacbanl du thorax vient faire saillie sous la peau eu forme d'aile ; 2" eu même temps l'angle inférieur se porte directement en haut en remontant de5 à 6 centimètres.

Si l'on dit au malade de lever son bras davantage pour le rapprocher de la situation verticale, tous ses efforts restent impuissants et il ne peut obéir, car, pour que ce mouvement soit exécuté, il faut précisément que l'omoplate reste appliquée sur la cage ihoracique. Jusqu'à un certain point cependant la portion moyenne du trapèze peut suppléer le dentelé dans ce mouvement d'élévation du bras au-dessus de l'horizontale, mais c'est à la condition qu'il jouisse d'une grande énergie; encore cette suppléance n'est- elle jamais parfaite et le bras ne .peut-il être élevé verticalement. Aussi les malades cherchent-ils instinctivement à suppléer à cette action du dentelé et à augmenter l'élévation du bras par certains mouvements tels que l'inclinaison du tronc en arrière et du côté opposé à la paralysie. Erb rapporte l'histoire, citée par Grasset, d'une femme qui renversait la partie supérieure du corps en arrière et, par un mouvement d'oscillation, lançait son bras en haut en produisant une luxation de la tête de l'humérus en bas.

Pour s'assurer, dit Duchenne, qu'il s'agit bien dune paralysie du grand dentelé à l'exclusion du deltoïde, il suffit de maintenir avec la main l'omoplate appliquée sur le thorax ; le bras peut alors exécuter complètement son mouvement d'élévation. Mais il me paraît d'abord bien peu probable qu'une seni-

DENTELÉS (pathologie). 445

blable confusion puisse jamais être faite, car, lorsqu'on dit au malade d'élever le bras en le portant en avant, de deux choses l'une : ou il y a paralysie du deltoïde en même temps que du grand dentelé' et alors le mouvement ordonné ne peut même pas recevoir un commencement d'exécution; ou la paralysie du dentelé existe seule et le malade alors ne pourra élever son bras jusqu'à l'horizontale que par la contraction de son deltoïde, contraction qui sera des plus énergiques et par suite des plus faciles à constater. L'expérience conseillée par Duchenne est au contraire très-diflicile ù réaliser; j'ai essayé pour ma part dans un cas de paralysie du dentelé de chercher à maintenir ainsi l'omoplate appliquée contre le thorax, mais sans pouvoir y réussir, pas plus du reste que d'autres personnes qui assistaient à cet examen ; la main était repoussée par l'omoplate avec une force irrésistible. Le malade chercha alors à obtenir le résultat désiré en s'arci)0utaut coutre la muraille de manière à comprimer son omoplate entre son liiorax et le mur, mais ce fut sans plus de succès.

Les déplacements et les déformations de l'omoplate et de l'épaule que nous venons de décrire ne se produisent qu'à l'occasion des mouvements volontaires ; si, prenant le bras du malade avec la main, nous le portons en avant sans que celui-ci fasse aucun effort, on ne verra se produire non plus aucune dc'formatiou.

Dans la paralysie du dentelé le malade, avons-nous dit, ne peut élever son bras au-clessus d'une ligne horizontale, au-dessus du niveau de l'épaule; mais il est encore, comme le fait remarquer Grasset, un certain nombre de mouvements qui se font difdcilement dans celte affection: ainsi les malades croisent diiiicilemeat les bras sur la poitrine, ont de la difficulté à porter l'épaule en avant, à pousser avec l'épaule. Cepcndaut l'impuissance du grand dentelé, tout en enlevant au membre supérieur une partie de sa force, en compromet moins les fonctions que la paralysie du deltoïde. Duchenne rapporte l'histoire d'un individu qui, quoiqu'il fût privé de sou grand dentelé, pouvait pousser devant lui une petite voiture dont il tenait les brancards dans ses mains; il était marchand des quatre-saisons. Il portait la main à la bouche, à la tète, à l'épaule opposée, faisait, en un mot, une foule de mouvements qui eussent été impossibles si, au lieu de son dentelé, il eût perdu l'usage de son deltoïde.

Cette paralysie, même quand elle est double, n'entraîne aucune gêne de la respiration. Duchenne a prétendu cependant qu'elle pouvait rendre les grandes inspirations plus difficiles.

Quels sont maintenant les signes qui nous permettront de reconnaître la paralysie du grand dentelé à son début? Ils ressortent surtout de la comparaison entre ce qui se passe dans l'omoplate du coté sain et celle du côté malade au moment où les bras sont en même temps portos en dehors. On verra alors que du côté malade le bord spinal de cet os fera une légère saillie sous la peau en même temps que son angle inférieur se portera un peu moins en avant que du côté opposé.

Complications. A la paralysie du mouvement peut, dans des cas très-rares, se joindre la disparition de la sensibilité.

La complication la plus grave est la paralysie concomitante du deltoïde. Dans ce cas tous les signes de la paralysie du grand dentelé font défaut, puisque la condition nécessaire à leur apparition est impossible à réaliser. Aussi beaucoup de ces paralysies doivent-elles passer inaperçues. Duchenne a cependant donné le moyen d'établir si'ireraent ce diagnostic par l'exploration électro-musculaire. Voici ce passage que je transcris textuellement en raison de son importance :

446 DENTELÉS (pathologie),

« Eu appliquant les excitateurs d'un appareil d'induction, en avant du bord inférieur du grand dorsal, sur les points du thorax où se trouvent les digitations <lu grand dentelé, ou sur le nerf qui anime ce muscle, on voit souvent le scapulum rester en place, si le grand dentelé est paralysé, tandis que, s'il est sain, cet os obéit à l'action de ce muscle à l'instant où il est mis en contraction par un courant d'induction.

« Ce signe négatif annonce d'une façon certaine l'atrophie ou la paralysie du grand dentelé. Mais on ne pourrait pas affirmer que ce muscle n'est pas lésé, alors même qu'il réagit sous l'influence d'un courant localisé dans son tissu ou dans son nerf. Il peut arriver en effet ou que l'atrophie du grand dentelé soit assez peu avancée pour que quelques-uns de ses faisceaux puissent se contracter •encore par la faradisation localisée, ou que la paralysie de ce muscle soit de l'espèce de celles qui conservent leur contractilité électro-musculaire.

i( J'ai cherché alors quel était, parmi les mouvements volonlaires imprimés au scapulum, celui qui exigeait l'action synergique du grand dentelé et d'un ou plusieurs muscles, et j'ai remarqué que, dans le mouvement des épaules en avant, le grand dentelé entraîne en dehors et en avant le bord spinal du scapulum, pendant que le grand pectoral agit sur l'angle externe de cet os par l'intermédiaire de l'humérus auquel il s'attache. Il est évident que, si dans ce mouvement volontaire le grand dentelé vient à ne plus prêter son concours, le bord spinal du scajtulum doit rester en place et l'angle externe de cet os être entraîné ■en avant.

« Cette théorie de mécanique musculaire n'a pas tardé à se trouver justifiée par l'observation pathologi([ue. Chez un malade le grand dentelé droit était paralysé, mais son pectoral était parfaitement sain. Eh bien, lorsque je lui lis porter fortement les épaules en avant, je vis du côté droit malade : 1" le moignon de l'épaule droite entraîné en avant ; 2° le bord spinal de l'omoplate rester en place, puis soulever la peau en se portant un peu en arrière par un mouvement de rotation de cet os sur son axe vertical. Cette attitude du scapulum droit faisait alors un contraste frappant avec Tallitude du scapulum du côté opposé, qui avait exécuté son mouvement normal. »

On a donc ainsi, même lorsque des mouvements volontaires ne peuvent être imprimés au bras, un moyen simple et pratique de diagnostiquer la paralysie du grand dentelé.

Pronostic. Il dépend surtout de la cause de la maladie. La paralysie à frigore ou rhumatismale est celle dont la disparition est le plus facilement obtenue ; celle qui est consécutive à des traumatismes est en général d'assez longue durée et résiste souvent à tous nos moyens de traitement. Enfin la paralysie qui est symptomatique de l'atrophie musculaire progressive est comme celle-ci audessus des ressources de l'art.

Traitement. Nous n'insisterons pas longuement sur le traitement, qui est le même que dans toutes les paralysies musculaires. Il consiste dans l'emploi local de frictions excitantes, dans l'application de révulsifs plus ou moins énergiques, vésicatoires, pointes de feu, etc., dans l'administration de la noix vomique à l'intérieur et enfin dans l'emploi de l'électricité, quia surtout pour but d'empêcher ou de retarder l'atrophie du muscle. L. du Cazal.

Bibliographie. — Velpeau. Anatomie ckirurgicale, 1" édit., p. 312. Paris, 1854. — Gendrin. Journal des maladies de l'ence'phale et de la moelle e'pviière d'Abercrombie, 1855. — Marciiessaux. Observation de paralysie du muscle grand dentelé avec réflexions sur cette

DENTELLIÈllES. 447

affection. In Arch. gén. de mc'd., 5° série, t. VII, p. 513, 1840. — Desnos (Ch.). De la paralysie du grand dentelé. Thèse <ie Paris, 1845. — Beau et Maissiat. Recherches sur le mécanisme des mouvements respiratoires. In Arch. gén. de t7iéd., 4° série, t. I, p. 265 et t. II, p. 257, 1845. — Desnos (Cli.). Sur la paralysie du grand dentelé'. In Arch. gcn. de méd., 4= série, t. XI, p. 215, 184G. — Du nti\E. Observations de paralysies du grand dentelé. In Gaz. des hôp., 2" série, t. VII, 1845, p. 289 et 315 ; t. VIII, 1846, p. 426; t. X, 18i8. p. 256. — D" Choisy. Sur la paralysie du grand dentelé. In Arch. gén. de méd., i° série, 1849, t. XIX, p. 222. — Lewi.nsky. De la paralysie du muscle grand dentelé. In Arch. fur path. Anat. iind PhysioL, t. LXXIV, p. 473. — Brticii. Observation de paralysie du grand dentelé. In Arch. f. klin. Chir., t. IX, p. 39. — Berxfiardt. Même sujet. In Arch. f. klin. Med-, t. XXIY, p. 580. — Senator. Centralbl. f. Nei-venkr., t. III, p. 54. — Bausiler. Arch. f. klin. Med., t. XXV, et Centralbl. f. yervenk., t. II, p. 221. — Dl'ciienne (de Boulogne). Physiologie des mouvements démontrée à l'aide de l" expérimentation électrique et de l'observation clinique. Paris, 1867. — Du même. De Vélectrisation localisée et de son application à la pathologie et à la thérapeutique. Paris, 1872. — 0. Berger. De la paralysie du grand dentelé. Breslan, 1873. — S. VYoudman. Cas de paralysie du grand dentelé. In the British MedicalJournal, 9 octobre 1875, et Gaz. liebd. de méd. et de chir., 1875, n» 45, p. 717. — Grasset. Traité pratique des maladies du système nerveux, 2= édit. Paris, 1881. L. C.

DEXTELLIÉRES (Hygiè.xe PROFESSIONNELLE). Le tableau que les observateurs de tous temps ont trace de la santé des dentellières est des plus tristes. Ainsi Uetz, dans son Précis sur les maladies qui sont les sources de la mortalité parmi les artisans, etc., 1787, assure que la plus grande partie des ouvrières en dentelles d'Arras mouraient delà poitrine. Après lui Brieude, dans sa Topographie médicale de la haute Auvergne (Âurillac, 1821), dit avoir remarqué que toutes les jeune? personnes de Saint- Flour, d'AuriJlac, de Murât et de Mauriac, qui travaillent de la dentelle, contractaient une mauvaise santé et finissaient par avoir toutes les cacbexies qu'une vie sédentaire, une attitude défectueuse et une mauvaise nourriture produisent.

L'attitude courbée et assise, le mouvement uniforme et continu des doigts, l'immobilité presque absolue des extrémités inférieures, l'application continuelle des yeux qu'exige un travail délicat et fatigant, telles sont en effet les causes constantes qui déterminent des accidents fàclieux'chez ces ouvrières. Mais lorsque à ces causes, qui agissent communément chez toutes les ouvrières en couture, viennent s'ajouter l'influence d'une habitation humide et rendue malsaine par l'encombrement, le défaut d'hygiène physique, l'insuffisance de l'alimentation et surtout les déplorables effets d'un apprentissage commencé trop jeune, on ne sera plus étonné du sombre portrait que Thouvenin a fait des dentellières de Lille.

« C'est principalement à Lille, dit cet auteur, que la position de dentellière est malheureuse. On peut regarder comme un fait positif que sur 100 jeunes filles de cinq à six ans à qui l'on fait apprendre la fabrication de la dentelle dans un âge aussi tendre, et pendant quatre ans, comme l'usage le veut, la moitié au moins, à cinquante ans, seront bossues ou atteintes d'une des nombreuses affections des yeux, comme l'engorgement des paupières, l'asthénopie, la^myopie, la cécité, dus à l'extrême fatigue de ces organes, ou d'un des symptômes de la maladie scrofuleuse, et d'une taille beaucoup au-dessous de la moyenne, avec voussure du dos, pâleur et maigreur de la figure; et celte proportion de femmes infirmes augmente encore avec l'âge ».

La scrofule et la plithisie tuberculeuse, tels sont eu effet les deux grands vices organiques dont ces ouvrières sont menacées.

La vie sédentaire qu'elles mènent dans des milieux le plus souvent confinés, le déhmt d'exercice général du corps, joints à toutes les conséquences d'iuie

Page 1