‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.27Chapitre 4 sur 49 · SINGES DU NOUVEAU MOSBE · texte numérisé non relu

SINGES DU NOUVEAU MOSBE

Inc. - can. - prem. - mol. - = 36

l'homme et les SIKGËS de l'ancien CONTINENT

Inc. - can. - prém. - mol. 5 = 32

Ai- ^ o

D'après la théorie de R. Owen admettant une formule typique de 44 dents (l'oîi seraient dérivées toutes les autres, la réduction se serait produite d'une manière fixe sur chaque ordre de dents. Pour les incisives, la perte se ferait par les extrémités de la série, c'est-à-dire qu'une seule dent persistant, ce serait l'incisive moyenne; lorsqu'il en existe deux, ce sont la centrale et la moyenne, l'incisive absente serait la troisième ou latérale. Pour les prémolaires, la réduction s'opérerait d'avant en arrière : lorsqu'il en manque une, ce serait l'antérieure ou première prémolaire, celle qui suit immédiatement la canine; lorsqu'il n'en reste que deux, ce sont les deux dernières, la troisième et la quatrième. L'homme n'aurait donc conservé que la troisième et la quatrième prémolaires, de même qu'il n'a gardé que la première et la deuxième incisives.

Le nombre des molaires est ordinairement de douze, c'est-à-dire que la plupart des Mammifères en ont trois de chaque côté des deux mâchoires, sauf les rongeurs et les vrais carnivores qui n'en ont qu'une ou deux. Les éléphants ont la formule complète, mais l'ordre d'éruption est tel qu'ils ne se servent jamais que d'une seule dent à la fois. Elles apparaissent successivement d'avant en arrière, la première prémolaire est chassée par la seconde et celle-ci par la troisième; les molaires apparaissent ensuite et dans le même ordre, s'éliminant successivement l'une l'autre. Par conséquent, si au premier abord les éléphants paraissent avoir un nombre de molaires extrêmement réduit, il n'en est rien ; ils n'ont qu'une molaire à la fois, mais ils en ont trois successivement.

52 DENT (anatomie comparée).

II. Siège. Direction et rapports kes dents entre elles et avec les parties VOISINES. Les dents sont presque toujours situées à la partie antérieure du tube digestif, soit dans la cavité buccale, soit dans le pharynx et l'œsophage, ou bien au pourtour de l'orifice buccal, à la face externe des mâchoires. Toutefois on en trouve dans des parties beaucoup plus éloignées et sans aucun rapport fonctionnel avec la bouche ou le tube digestif. Telles sont les épines formées de dentine qu'on trouve à la surface du corps et sur la tète des requins et de certaines raies qui doivent la qualification de bondées à la présence de ces épines dentaires; telles sont encore les épines implantées au nombre de 60 à 80 sur la lame rostrale de la scie de mer. On remarquera que chez ce poisson les vraies dents sont très-petites, tandis que les dents rostrales sont longues de 5 à 4 centimètres et s'accroissent d'une façon continue grâce à une pulpe persistante. Chez le chien de mer on trouve sur la peau des régions voisines de la gueule des épines qui offrent cette particularité remarquable qu'elles siègent sur la peau après avoir occupé un certain temps la cavité buccale; elles sont devenues cutanées par suite du renversement en dehors de la muqueuse qui les a entraînées avec elle, et il devient impossible d'établir une distinction quelconque entre ces dents externes et celles qui arment l'intérieur de la gueule.

Le pharynx peut être le siège de dents aussi nombreuses que celk'S qui existent dans la bouche; c'est un fait qu'on observe fréquemment chez les poissons osseux. Quelques-uns d'entre eux, la carpe, par exemple, n'en ont que dans celle région; on les trouve implantées sur les deux os pharyngiens inférieurs. Certains seipents qui se nourrissent d'œufs offrent, d'après Tomes, la même disposition : ils n'ont dans la gueule que des dents rudimentaires, leurs dents principales sont dans l'œsophage fixées à la face antérieure des vertèbres.

Direction. Le plus habituellement les dents occupent un plan vertical, la direction horizontale est l'exception : on l'observe cependant chez quelques poissons, notamment chez les plagiostomes dont les rangées postérieures s'inclinent en arrière, plus ou moins obliquement, quelques-unes étant tout à fait couchées. Chez le brochet quelques dénis sont verticales, mais le plus grand nombre sont inclinées en arrière, celles de la ligne médiane directement en arrière, celles des bandes latérales en arrière et en dedans.

Le crochet à poison des serpents venimeux est rabattu à plat sur le palais. Pour s'en servir, l'animal est obligé d'en modifier la direction : or, cette énorme pointe étant fixée par une sorte d'ankylose au maxillaire, il faut que la gueule s'ouvre démesurément, de façon que la mâchoire supérieure se redresse jusqu'à ce que le crochet soit présenté presque vertical, d'horizontal qu'il était.

Rapports des dents entre elles. Relativement à leur disposition réciproque, les dents sont rangées sur plusieurs lignes ou sur une seule.

Lorsqu'il existe plusieurs rangées, elles peuvent être disposées par lignes concentriques, comme chez le requin oii les dents sur 6 ou 7 rangs de profondeur forment autant de lignes demi-circulaires inscrites les unes dans les autres d'arrière en avant. Les dents du brochet sont rangées en bandes antéro-postérieures.

La forme de l'arcade dentaire n'est pas commandée par celle des mâchoires, mais généralement elles sont en rapport : aussi la forme demi-circulaire plus ou moins allongée est-elle la plus commune. Les animaux qui manquent d'un grand nombre de dents, ceux qui manquent d'incisives, par exemple, comme les

DENT (anatomie comparée). 55

édenlés, les ruminants, n'ont plus que des fragments de cette ligne en demicercle.

Les dents sont quelquefois serrées les unes contre les autres ; d'aulres fois elles sont espacées sur plusieurs points, laissant alors entre elles une lacune qu'on désigne sous divers noms : barre ou diastème chez le cheval, chez rélé[ihant et chez leurs ancêtres, l'Hipparion et le Mammouth. Chez les rongeurs il existe entre la canine et les molaires un vide, un diastème très-vaste. Chez les carnivores et chez les singes anthropoïtlcs il existe entre l'incisive latérale supérieure et la canine un certain espace dans lequel vient se loger la canine inférieure.

Les rapports dos dents des deux mâchoires entre elles sont très-variables, quelquefois ils sont nuls : ainsi les dents horizontales ne peuvent pas avoir de rapports réels avec celles de la mâchoire opposée.

Lorsqu'il existe deux rangées à l'une des mâchoires (généralement c'est à la mâchoire supérieure) et une seule à la mâchoire opposée, la rangée simple se place toujours entre les deux autres.

La rencontre des dents opposées peut se faire bord contre bord (incisives du cheval, de certains singes), ou par engrènement (molaires des carnivores, des omnivores), ou par frottement l'une contre l'autre des faces, soit verticalement, faces contraires (incisives des rongeurs), soit dans le sens horizontal (molaires des herbivores).

Rapports des dents avec les os des mâchoires et les parties molles qui les recouvrent. En anatomie comparée, on attache une grande importance à la situation des dents sur chaque os pour en fixer l'espèce en dépit de la forme et des autres caractères. Ainsi, quand la canine manque, si une dent par sa forme conique embarrasse le zoologiste, il doit pour en fixer la désignation rechercher si elle est placée sur l'intermaxillaire ou sur le maxillaire : placée sur l'intermaxillaire, c'est une incisive, sur le maxillaire, c'est une canine.

Les dents chez les animaux pourvus d'une seule rangée, sont situées sur les maxillaires et les intermaxillaires ; mais chez les poissons, les batraciens et les reptiles, elles semblent se grouper sur la ligne médiane, c'est-à-dire sur le chemin que parcourt la proie qui, n'étant pas broyée, mais avalée souvent vivante, passe immédiatement dans l'œsophage sans séjourner dans la cavité buccale. Aussi est-il exceptionnel chez les poissons de trouver des dents sur les maxillaires vrais, même chez le brochet dont la gueule entière cependant, l'os lingual et le pharynx, sont hérissés de dents.

Chez les serpents non venimeux, il existe une double rangée de dents, ainsi que chez les batraciens; chez les premiers la rangée interne est placée sur les os palatins et les ptérygoïdes, chez les seconds elle est implantée sur le vomer.

Modes d'implantation. Les modes d'implantation sont très-variés, pouvant se faire par attache à la muqueuse seule, ou bien à l'os par contact simple ou par pénétration.

Insertion à la muqueuse seule. Les dents' peuvent être fixées par la muqueuse seule, comme on le voit chez les requins, chez le cachalot. En enlevant la gencive, on arrache les dents. Mais ce mode d'attache à la muqueuse sans rapport direct avec les os est rare, et chez la plupart des animaux les dents sont fixées à l'os par différents procédés que nous allons passer en revue.

Insertion à Vos par une surface plane. Elles peuvent être simplement posées sur l'os et fixées par un ligament périphérique, à la manière d'uixe articulation

DICT. ENC. XXVIL 3

DENT (anatomie comp.vrée).

véritable: aussi les dents qui ont ce mode d'attache sont-elles mobiles et peuvent se fléchir dans lesensantcro-poslérieur : ce sont, par exemple, les dents à charnière de la baudroye.

Implantation dam une gouttière simple. A un degré plus parfait d'insertion, des dents sont placées dans une gouttière creusée dans l'épaisseur de l'os; gouttière peu prolonde au début, simple sillon, tel qu'on le retrouve chez l'hesperornis, puis ensuite gouttière plus excavée au fond de laquelle apparaissent les premiers essais de cloisonnement dans ie sens transversal (mode d'implantation des dents de l'icblhyosaure) .

Implantation dans des cavités alvéolaires distinctes. L'implantation dans des cavités distinctes, dans des alvéoles, est rare chez les poissons; elle est au contraire la règle chez les crocodiles, et chez les animaux supérieurs elle existe seule. Parmi les oiseaux fossiles, quelques-uns, tels que l'ichtliyornis, ont les mâchoires creusées d'alvéoles distincts.

Enfin dans l'implantation alvéolaire ou distingue deux moyens d'attache de la dent à l'os, suivant qu'il existe un lieu fibreux entre les deux parties, ou que l'union se fait directement par le tissu osseux soudant la racine à la paroi alvéolaire, c'est-à-dire par soudure véritable.

Les dents des poissons, lorsqu'elles sont complètement alvéolées, sont fréquemment ankylosécs : citons comme exemple les dents du brochet ; celles de la grenouille sont dans le môme cas. Les dents des sauriens sont parfois ankylosées, par leur face antérieure, à un rebord osseux, appareil de soutènement formé par le maxillaire.

Celles des serpents sont fixées par soudure, et nous avons vu dans quelle position ces animaux doivent placer leur mâchoire supérieure lorsqu'ils veulent frapper leur proie, surtout les serpents venimeux, dont le crochet à poison, très-long et couché horizontalement, ne peut devenir vertical que par un énorme renversement en arrière de la mâchoire à laquelle il est soudé.

Les dents de tous les animaux supérieurs sont comme celles de l'homme fixées dans leurs alvéoles par un lien fibreux, le périoste alvéolo-dentaire, analogue dans sa texture et sa structure au périoste des os en général, et qui maintient solidement la dent en place, ne permettant aucun mouvement. Nous l'avons étudié ailleurs.

Rapports des dents avec les gencives. Nous mentionnerons la disposition qu'affectent les dents avec les gencives chez quelques poissons et chez les serpents venimeux. Chez les requins, les dents de la première et de la seconde rangée sont seules découvertes, tandis que les rangées postérieures sont recouvertes chacune par un repli de la muqueuse. Chez les serpents venimeux le crochet st dissimulé sous un repli de la gencive qui se tend en manière de poche ^jour empêcher la perte du venin ; sans cette disposition une partie du poison jaillirait en avant et ne pénétrerait pas dans la plaie faite par le crochet.

III. Dimensions bes dents. Longueur, largeur, volume. La longueur doit être appréciée de deux façons :

1° En considérant chaque dent isolément, d'une façon absolue;

2" D'une façon relative, en comparant entre elles, d'après leur longueur, les

dents d'un même animal, afin d'établir les hauteurs relatives des sommets. Ce

procédé permet de tracer la courbe des points culminants de l'arcade dentaire chez

les différentes espèces animales.

Nous trouvons parmi les fossiles et chez quelques espèces devenant plus rares

DENT (anatomie comparke). 35

chaque jour des dénis qui atteignent des dimensions vraiment colossales, hors de proportion non-seulement avec la taille de l'animal, mais encore avec les fonctions qu'elles remplissent. Ce sont toujours les dents de la re'gion antérieure, les canines et surtout les incisives, qui acquièrent ces dimensions exceptionnelles. Les animaux de l'ordre des proboscidiens sont remarquables par l'énorme développement de leurs incisives supérieures ou inférieures qui constituent leurs défenses. L'éléphant actuel et le mammouth n'en portent qu'à la mâchoire supérieure ; l'éléphant africain a des défenses qui mesurent quelquefois 2 et 5 mètres et sont en général plus longues que celles de l'éléphant des Indes. Le mastodonte en portait aux deux mâchoires, celles de la mâchoire supérieure étant toujours plus développées que celles de la mâchoire inférieure. Le Dinothérium n'était armé d'incisives-défenses qu'à la mâchoire inférieure.

Le narval mâle ne possède ordinairement qu'une dent, incisive supérieure latérale, qui devient énorme et forme une défense droite spiralée de 2'", 50 à 3 mètres de longueur. C'est tantôt l'incisive du côté droit et tantôt celle du côté gauche qui se développe; mais il est tout à fait exceptionnel de trouver deux défenses sur un seul animal, l'un des deux follicules s'atrophiant presque toujours, sous l'influence de conditions qui nous échappent.

11 est à l'emarquer que les animaux porteurs d'incisives-défenses n'ont ni canines ni d'autres incisives ; le narval n'a même aucune autre dent.

Chez les rongeurs les dents sont, comme on sait, très-variables de longueur, et, tandis que les molaires ont un volume moyen, les incisives peuvent acquérir un énorme développement. Ces dernières, sur la nature desquelles les analomistes ont été longtemps en désaccord, ne doivent plus être considérées comme des canines, ainsi que le voulait E. Geoffroy Saint-Ililaire. Ce sont bien évidemment des incisives, car l'origine de leur follicule répond invariablement à la région antérieure et médiane. Ce qui n'empêche pas ces dents d'occuper parfois dans leur développement toute la longueur de la branche horizontale, de telle sorte que la base de leur couronne se trouve portée jusque près de l'angle de la mâchoire, en passant au-dessous de la série des molaires.

Dans l'île de Madagascar, on trouve un animal curieux, l'aye-aye, qui pendant longtemps n'a pu être classé; il se rapproche par quelques caractères des Lémuriens, tandis que ses énormes incisives rappellent celles des rongeurs.

Les détenses de l'hippopotame sont constituées par les incisives développées €n haut et en dehors, volumineuses et cylindriques à leur base, rétrécies par l'usure à leur sommet.

La canine est très-dé veloppée chez les carnivores ; recourbée en forme de crochet, elle constitue une arme redoutable, mais elle reste en rapport par sa taille avec les fonctions qu'elle remplit. Beaucoup d'autres animaux, notamment le cochon et le sanglier, ont des canines-défenses recourbées en haut et trop longues pour être recouvertes par les lèvres; elles sortent de la bouche quelquefois de dix ou quinze ccnlimètres. Une autre variété, le Babironssa, animal de petite taille et de mœurs peu belliqueuses a des défenses supérieures qui poussent avec une telle vigueur qu'elles ne contournent pas la lèvre supérieure, mais la transpercent, puis, se recourbant en haut et en arrière, elles atteignent un tel développement que parfois, ne s'écartant pas suffisamment en dehors, elles rentrent dans la tête ou dans la mâchoire.

ÔG DENT (anatomie comparée).

Le morse a deux énormes défenses formées par les canines supérieures, qui sont dirigées de haut en bas presque verticalement. 11 s'en seit comme d'une paire de crochets puissants pour arracher les plantes marines et détacher des rochers les mollusques dont il se nourrit. Ces dents sont chez la femelle aussi développées que chez le mâle.

Le chevrotain porte- musc mâle a des canines supérieures énormes qui donnent à première vue à la mâchoire de cet herbivore l'aspect redoutable d'une mâchoire de grand Carnivore.

Courbe générale des sommets de l'arcade dentaire. Au point de vue de la longueur relative des différentes parties de l'arcade dentaire, c'est-à-dire de lu hauteur des sommets, on obtient en anatomie comparée deux lignes principales : la ligne droite et la ligne ondulée.

La ligne droite tirée de la partie antérieure de J'arcade aux parties postérieures affecte trois directions :

i° Elle se maintient horizontale, c'est-à-dire que tous les sommets sont au même niveau, comme chez le marsouin, chez le cachalot, chez un grand nombre de reptiles et de sauriens ;

2" Elle devient ascendante d'avant en arrière, c'est-à-dire oblique de bas en haut et d'avant en arrière, les dents les plus courtes étant antérieures, et les plus longues postérieures (dentition des ruminants et des édenlés) ;

5° Enlin la courbe des sommets peut avoir une direction inverse et être obhque d'avant en arrière, de haut en bas. Ce sont les poissons qui nous offrent les exemples les plus marqués de cette disposition, dans laquelle les dents les plus longues et les plus importantes sont antérieures, celles des parties postérieures étant très-courtes. La ligne ondulée ou brisée a son type dans la disposition des dents des carnivores. Peu élevée en avant, au niveau des incisives, elle devient brusquement ascendante au niveau de la canine, retombe très-bas en arrière, et se relève au niveau de la carnassière, pour redescendre de nouveau jusqu'à la dernière molaire.

Largeur et volume. Les poissons et les reptiles ont des dents rarement bien longues, et presque toujours étroites et peu volumineuses. Les dents larges et épaisses sont propres aux animaux supérieurs, qui gagnent ainsi en volume et en force ce qu'ils perdent en nombre.

A part les incisives et les canines énormes auxquelles on donne le nom de défenses, les seules dents réellement larges et volumineuses sont les molaires. Elles atteignent leurs dimensions les plus considérables chez les herbivores. Les molaires des carnivores sont étroites et peu épaisses, sauf la première d'entre elles.

Si nous n'avons pu établir de rapports entre la longueur et la fonction, nous en constatons d'intimes entre la largeur et le rôle que remplissent les dents. Nous ne voyons guère à quoi servaient au mastodonte ses quatre énormes défenses, tandis que la dimension de ses molaires se trouvait en rapport avec son genre de nourriture.

Les courbes de longueur et de largeur des dents sont directement opposées, celle de longueur étant d'une façon générale rapidement descendante d'avant en arrière et celle de largeur fortement ascendante dans le même sens. La courbe d'épaisseur est la même en général que celle de largeur. Celle de volume se déduisant de celles de largeur et d'épaisseur, il en résulte que le volume des dents est disposé en sens inverse de leur longueur. C'est en avant que sont

DENT (anatomie comparée). 57

les plus longues, en arrière que se trouvent les plus volumineuses. Mais ces données ne doivent être accepte'es que d'une façon très-générale, car il y a autant de modifications à apporter à la courbe de longueur qu'à celle de volume.

Modifications dans la longueur et le volume des dents, produites par le sexe et par l'âge. D'une façon générale, le sexe n'a pasd'influencesurles dimensions des dénis, et les femelles ont des dents aussi longues et aussi épaisses que les mâles. Mais il y a quelques exceptions cependant à cette uniformité dans les deux sexes : les dents incisives et les canines, lorsqu'elles peuvent servir au combat, sont volumineuses cbez le mâle, rudimentaires ou absentes chez la femelle. Les défenses de l'éléphant sont ordinairement plus développées chez le mâle, mais pas dans toutes les espèces. Les incisives du Dugong sont de véritables défenses chez le mâle, elles sont rudimentaires chez la femelle; il en est de même chez le narval.

Les canines de l'étalon et celles du porc sont bien développées, celles de la jument et de la truie sont insignifiantes. Les canines supérieures du chevrotain porte-musc mâle sont de vraies défenses de carnassier, sa femelle en est dépourvue.

L'âge enfin peut faire sentir son influence sur la longueur et le volume des dents, mais il importe de distinguer son mode d'action, qui peut être double.

Les animaux à deux dentitions ont dans leur jeune âge des dents peu volumineuses : ce sont les dents temporaires; les permanentes atteignent des dimensions qui peuvent être trois ou quatre fois plus considérables que celles des dents qui les ont précédées. En outre, le sexe n'a pas d'action sur ces premières dents, et les jeunes mâles ont des incisives et des canines de môme taille que leurs femelles, quelle que doive être plus tard la distinction sexuelle qui les sépare sous ce rapport.

Les dents à accroissement indéfini, telles que les défenses de l'éléphant, qui ne s'usent pas par le frottement comme les incisives des rongeurs, atteignent une longueur et un volume proportionnels à l'âge de l'animal. De longues défenses indiquent un éléphant âgé, comme de hauts bois, plusieurs fois ramifiés, font reconnaître de suite un vieux cerf.

IV, Forme des dents. De tous les caractères que présentent les dents, ceux de forme sont à la fois les plus variés chez les animaux, et les plus fixes dans l'espèce : aussi la forme des dents est-elle pour cette dernière plus caractéristique que leur nombre, leur siège, leurs dimensions et leur durée.

Envisagés d'après ce cara'Jlère, les animaux se divisent en deux grandes calégories : animaux à dents d'une seule forme ou homodontes ; animaux à dents de formes variées ou hétérodontes.

Animaux homodontes. Les animaux dont toutes les dents sont du même type morphologique sont ceux qui ont le plus grand nombre de dents : ce sont par conséquent tout d'abord les poissons. Chez eux les dents de toutes les parties de la gueule se ressemblent, elles peuvent varier de dimensions et de direction, mais la forme en est toujours la même, qu'on examine les dénis antérieures ou les postérieures, les supérieures ou les inférieures. Elles affectent presque toujours la forme conique, soit droite, soit recourbée. Lorsque la pointe s'émousse, la dent conique prend la forme d'un mamelon ou cône surbaissé, devenant parfois hémisphérique. Ce type est fréquent chez 'beaucoup d'espèces

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de reptiles sauriens. Lorsque la dent conique s'aplatit d'avant en arrière, elle prend la forme de dent de scie, à bords soit lisses, soit dentelés. Chez certains squales de l'ordre des myliobates, les dents, extrêmement nombreuses, se fixent exclusivement sur la ligne médiane aux deux mâchoires et, s'accolant les unes aux autres, elles forment un véritable pavage à l'aide duquel ces animaux peuvent broyer les coquillages les plus durs dont ils se nourrissent. Les serpents ont des dents de même forme : ce sont toujours des cônes fortement recourbés; mais le crochet est beaucoup plus volumineux que les autres dents. Chez les serpents venimeux, le crochet a pour fonctions non-seulement de faire une plaie, mais encore d'y porter le poison sécrété par une glande spéciale placée près de lui : de là, une forme particulière : la face postérieure du crochet à venin est creusée d'une gouttière, simple rainure quelquefois, mais qui devient chez les serpents à sonnettes, chez les vipères un véritable tube, par suite de la dépression graduelle de la gouttière, dont les bords se rapprochent à mesure que la profondeur augmente, et qui finissent par se souder l'un à l'autre. Même lorsque le tube est formé, il reste une ligne indiquant le point oii s'est faite la soudure. L'extrémité du crochet est très-aiguë, et le canal ne s'ouvre pas à la pointe, il vient s'ouvrir à la face antérieure.

Animaux hélérodonles. Les Mammifères sont hétérodontes, à l'exception des cétacés, des monotrèmes et des édentés, c'est-à-dire qu'on trouve sur la mâchoire de chacun d'eux des dents de différentes formes, les unes en forme de lames coupantes nommées incisives, et les autres qu'on appelle molaires ressemblent à des cubes verticaux entre lesquels sont broyées les substances alimentaires. Mais certains hétérodontes, parmi les fossiles, ont des dents si peu variées qu'on serait tenté de les placer parmi les homodontes. C'est en effet par une modification insensible au début que la transition s'opère des uns aux autres, et que le type conique devient biconique ou bicuspidé, mulliconique ou multicuspidé. Le nombre des racines suit ordinairement celui des éminences de la couronne, c'est-à-dire qu'un cône simple a une racine unique, tandis qu'une bicuspidée en a deux, soit soudées, soit isolées, et une dent multicuspidée en a autant qu'il existe de cônes sur sa couronne. Mais la longueur des racines n'est! pas toujours en rapport avec le volume de la couronne : ainsi l'éléphant actuel a des molaires énormes dont les racines sont rudimentaires ; la longue incisive des rongeurs n'a pas de racines, elle est maintenue solidement en place par la portion de la couronne qui reste intra-alvéolaire.

Nous avons dit dans l'anatomie humaine que toutes les dents avaient pour point de départ le cône, et que les incisives ainsi que les mullicuspidées étaient le résultat de la modification ou de l'agglomération de cette unité primordiale. C'est à l'anatomie comparée d'indiquer les formes principales que présentent les dents et d'indiquer autant que possible quel lien existe entre ces transformations.

Les incisives s'éloignent très-peu du type primitif; ce sont des cônes, dont le sommet s'est émoussé et la masse s'est aplatie d'avant en arrière. La racine est restée cylindro-conique lorsqu'elle n'a pas été comprimée par les dents voisines ; elle s'est aplatie latéralement lorsqu'elle a subi leur pression.

Chez le cheval, chez l'hipparion et les ongulés du même groupe, les incisives ont une forme particulière sur laquelle nous appellerons l'attention; leur extrémité libre est légèrement excavée en doigt de gant, et la couche d'émail descend jusqu'au fond de cette dépression. Or, la rencontre des incisives des deux

DENT (anatomie comparée). 39

mâchoires se faisant bord à bord, et ranimai s'en servant constamment pour couper l'herbe, il en résulte une usure progressive qui diminue peu à peu la hauteur du cornet d'émail, et finit même par en faire disparaître toute trace. L'âge du cheval peut donc se reconnaître à ce signe, qu'on appelle la marque en langage vétérinaire. 11 suffit de savoir à (piel âge correspond chaque degré d'usure : sur les incisives centrales, le cornet d'émail est usé à l'âge de neuf ans, sur les incisives moyennes à dix ans, et enfin il a disparu sur toutes les dents à l'âge de onze ans. On dit qu'à cet âge le cheval ne marque plus.

Les incisives de quelques animaux ont une apparence bifide qui pourrait faire croire qu'elles sont formées de deux cônes; mais il n'en est rien, et cet aspect est dû seulement à l'accumulation sur deux points de la couronne de masses considérables d'émail. C'est ainsi que les insectivores, dont toutes les dents sont recouvertes de couches d'émail si épaisses, ont des incisives que l'on prendrait pour des bicuspides, elles ont la forme de pinces. Les incisives centrales supérieures des musaraignes ont un sommet bifurqué, le tubercule postérieur étant petit et l'antérieur étant très-long et très-aigu; le sommet de l'incisive inférieure est simple et vient se placer entre les deux tubercules supérieurs. Cette bifidité du sommet est encore beaucoup plus marquée sur les incisives inférieures d'un autre insectivore, le galéopilhèque, elle s'étend à toute la hauteur de la couronne, donnant à ces dents l'aspect de peignes.

La dent que l'on désigne sous le nom de canine à cause de son grand développement chez le chien représente exactement le type primitif; sa couronne et sa racine sont restées coniques.

Quant aux bicuspidées et aux multicuspidées, elles résultent de l'agglomération de plusieurs cônes pour former une masse unique. L'étude histologique nous montre très-nettement ce phénomène ; et dans l'élude du squelette des animaux nous assistons fréquemment à un acte analogue, qui détermine l'unification de certaines pièces osseuses par suite de la soudure entre elles de plusieurs parties secondaires ayant existé jusqu'alors indépendantes.

Nous distinguons trois formes principales de dents multicuspidées :

1° La dent à cônes très-aigus, légèrement aplatis sur leurs faces : c'est la dent du Carnivore, la dent carnassière des félins;

2° La dent à cônes émoussés : c'est la dent du mastodonte, de l'omnivore;

3° La dent à cônes aplatis, disparus de bonne heure, dent des herbivores, des ruminants. Celle-là seule mérite vraiment par sa forme et ses fonctions le nom de molaire.

Dent à cônes aigus [carnassiers). Les dents multicuspidées des carnivores présentent cette forme caractéristique d'avoir un cône très-développé, aplati transversalement en forme de lame coupante : d'où il résulte que les sillons séparant les diverses pointes sont très-profonds, et que les dents opposées pénétrant dans ces sillons jouent réciproquement comme les lames de ciseaux l'une contre l'autre. Celte disposition est très-favorable à la division des chairs. Les carnassières ne sont pas aussi coupantes chez les carnivores qui fouillent les cadavres ; elles ont des lames non tranchantes à sommet émoussé, mais épaisses et munies d'un talon, capables, en un mot, de briser les os, bien plutôt que de diviser la viande : telles sont les molaires des hyènes, des pterodon.

Guvier a nommé carnassière vraie la multicuspidée, qui présente au plus haut

40 DENT (anatomie comparée).

degré cette forme de lame coupante ; on ne la trouve que chez les carnivores se nourrissant de chair fraîche; elle existe aux deux mâchoires formant en haut la 4* prémolaire, et en bas la l"* molaire. La lame antéro-poslérieure est mince et très-haute; la prémolaire supérieure porte un tubercule à la partie antérieure et interne de cette lamelle. Plus l'animal est vrai Carnivore, plus la lamelle est développée et le tubercule faible ; le tubercule augmente quand l'alimentation est mixte.

Dents à cônes émoussés. La dent à cônes multiples du mastodonte s'offre à nous comme le meilleur type de celle variété : elle est constituée par la réunion en une seule masse de plusieurs rangées transversales de cônes juxtaposés.

Le sommet de ces cônes ou tubercules est arrondi, et recouvert d'émail et de cément; les intervalles ne contiennent pas de cément. De là il résulte que ces dents sont peu modifiées par les progrès de l'âge : les sommets s'usent légèrement, et la surface coronaire conserve toujours son aspect fortement ondulé.

Dents à cônes effaces {herbivores). Au contraire, les mullicuspidées des herbivores perdent rapidement leur forme première. Une couche de cément les enveloppant complètement, recouvrant les tubercules et comblant les intervalles, l'usure a une prise différente sur chacune de ces parties, car l'émail plus dur que l'ivoire cl que le cément, et résistant plus longtemps aux frottements, se dresse au milieu de la masse environnante comme une crête. C'est cette différence de niveau entre les tissus constituants de ces dents, émail, ivoire et cément, qui crée une surface râpeuse si favorable à l'écrasement des végétaux dont ces animaux se nourrissent. Si l'on débarrasse une molaire ainsi constituée de sa gangue de cément, ou bien si l'on fait une coupe verticale, il est facile de reconnaître qu'elle est formée de cônes qui se sont soudés entre eux pour former des ciêtes dirigées dans deux sens principaux : les crêtes des molaires supérieures forment une courbe à convexité antérieure, tandis que les crêtes des molaires inférieures forment une courbe à convexité postérieure.

V. Caractères de duréf et modes de remplacemeist des deists. La durée des dents, c'est-à-dire l'espace de temps qu'elles restent en place, semble être en raison inverse de leur nombre. Les dents les plus éphémères sont celles des reptiles et des poissons ; elles tombent de bonne heure et sont remplacées par d'autres qui à leur tour se détachent; de nouvelles leur succèdent bientôt, et ce mouvement continue ainsi pendant toute la vie de l'animal. Cette production incessante des dents chez les poissons explique la riclicsss des amas si considérables qu'elles forment dans certains gisements.

Chez la plupart des batraciens les dents se succèdent, comme chez les poissons, d'une manière indéfinie.

Le remplacement des dents des poissons, des reptiles et des batraciens, se fait suivant deux modes : soit vertical, soit sériaire. Le remplacement vertical est le plus rare; il est exceptionnel que la dent nouvelle pousse directement au-dessous de la précédente, comme chez les mammifères; le plus habituellement elle sort sur un des côtés, mais très-près de la base qu'elle use par frottement.

Chez les plagiostomes, la chute des dents se fait par une sorte de renversement en dehor-s de la muqueuse qui entraîne jusqu'au bord des mâchoires les dents dont l'insertion ne se fait pas à l'os, comme nous l'avons vu. Arrivées au bord

DEKT (physiologie). H

libre du maxillaire, elles se détachent, tandis qu'en arrière poussent les nouvelles rangées.

D'après leur durée, les dents des mammifères se divisent en diverses catégories : celles qui apparaissent les premières ont une durée en général assez courte, et nous chercherons plus loin a établir une relation entre ce temps et celui de la vie de l'animal, ainsi qu'entre la durée des dents temporaires et celle des dents permanentes.

Parmi les animaux qui présentent la durée la plus courte des dents temporaires, nous citerons le morse, la baleine, qui les perdent avant leur naissance, les phoques, quelques semaines plus tard, certains rongeurs, tels que le lièvre, du quinzième au vingtième jour. Toutefois parmi les rongeurs nous citerons le castor, qui ne les remplace qu'à l'âge adulte. Magitot et Cuauveau.

§ IV. Physiologie. Les différents problèmes que soulève la physiologie des dents comprennent dans leur ensemble l'évolution du follicule dentaire, c'est-àdire : 1° l'origine et la formation du follicule; 2° la morphologie de cet appareil; 3° le méianisme de formation de l'organe dentaire.

I. Origine et formation du follicule, a. État des mâchoires de Vemhryon au moment de la genèse du follicide et du bourrelet épUhélial. Bien que nous n'ayons pas à envisager ici la constitution des mâchoires au moment de la genèse du follicule [voy. Maxillaire [Développement^), nous pensons toutefois devoir revenir spécialement sur certains points plus directement en rapport avec notre sujet.

En ce qui concerne la mâchoire inférieure, on sait qu'à une certaine époque de l'a vie embryonnaire, variable suivant les espèces animales, l'arc maxillaire, absolument dépourvu de toute trace d'éléments osseux, renferme au scindes tissus qui le composent et à titre de soutien squelettique une bande cartilagineuse paire, symétrique, réunie à sa congénère sur la ligne médiane au niveau de la symphyse future et s'étendant sur les côtés dans toute la longueur de cet arc maxillaire et jusqu'au cadre tympanique : c'est le cartUage de Meckel {voy. ce mot). Cet organe, qui ne joue dans le développement du maxillaire qu'un rôle transitoire, occupe la partie interne de l'arc; il est plongé au milieu d'un tissu embryonnaire avec lequel il représente, à cette époque de la vie fœtale, les seuls éléments fondamentaux de la mâchoire.

Pour la mâchoire supérieure, le moment de l'évolution qui correspond à l'époque que nous venons d'établir pour le maxillaire inférieur est celui où les deux bourgeons maxillaires ont opéré leur soudure avec le bourgeon médian ou intermaxillaire. C'est environ vers le quarante ou quarante-cinquième jour qu'a lieu ce phénomène chez l'embryon humain.

Les deux arcs maxillaires étant ainsi constitués, on remarque bientôt que dans la partie arrondie et saillante qui répond à la cavité buccale et qui constituera plus tard le bord alvéolaire il s'est produit une couche de cellules épithéliales formant dans toute la longueur une saillie ou bourrelet lisse, arrondi et sans aucun pli ou dépression quelconque. Ce bourrelet visible à l'œil nu est encore plus manifeste, si l'on examine une coupe perpendiculaire à l'axe de l'arc maxillaire, et l'on reconnaît que sur les côtés de ce bourrelet, qui se compose d'une épaisse couche de cellules, le revêtement épithélial n'est formé que de quelques rangées peu nombreuses superposées, quelquefois même d'une rangée unique.

42 DENT (physiologie).

Le bourrelet épithélial s'ojoute ainsi à un moment donné aux éléments embryonnaires des mâchoires qui ne renferment encore aucun autre tissu bien défini, si ce n'est quelques vaisseaux, des nerfs et des fd^rcs musculaires en voie d'évolution.

Ce bourrelet épitliélial a une forme tout à fait spéciale sur laquelle il importe d'insister, et que le seul examen de sa surfoce extérieure ou buccale ne saurait laisser supposer. En effet, sur une coupe verticale on remarque qu'en outre de la saillie lisse et arrondie qu'il offre dans la bouche, et qui justifie le nom que nous lui donnons [rempart maxillaire, Kieferwall de Kôlliker, Waldeyer et Kollmann), le bourrelet présente dans la partie qui plonge dans le tissu des maxillaires une configuration spéciale. En opposition à la saillie extérieure et libre, on en voit une seconde qui pénètre au milieu des éléments sous-jacents et dont les limites représentent à peu près la forme d'un V, dont le sommet s'incline légèrement vers le côté interne.

Ainsi constitué, le bourrelet épithélial représente donc en réalité une bande continue à peu près verticale et sans aucune interruption dans toute la longueur du bord alvéolaire. L'existence do cette bande est constante chez les mammifères supérieurs et chez l'homme ; on la retrouve même sur des points qui resteront dépourvus de dents, comme la barre des solipèdes. Sa forme est également constante chez les différentes espèces et, tandis que du côté du bord alvéolaire il offre sa plus grande largeur, il va de là s'amincissant dans la profondeur du tissu sous-jacent en môme temps qu'il se recourbe vers le bord interne de manière à présenter une concavité qui regarde vers la ligne médiane et une convexité qui répond à la joue. Cette extrémité amincie ou sommet, d'abord mousse et arrondi au début, devient bientôt très-aigu au moment de l'apparition de la première trace des follicules.

Ilistologiquement, le bourrelet épithélial se compose des mêmes éléments qui constituent le revêtement épithélial de la muqueuse buccale, c'est à-dire de cellules polyédriques par pression réciproque pourvues de leur noyau et dont la masse est limitée au niveau des deux côtés et du sommet par une rangée continue de cellules prismatiques. Les cellules qui coujposent le centre du bourrelet présentent souvent sur leurs bords cette disposition dentelée qui a été signalée par les auteurs pour les cellules de l'épiderme, et en vertu de laquelle les éléments s'engrènent réciproquement. Quant à la couche prismatique, elle n'offre aucune différence avec la couche de Malpighi dont elle dérive d'ailleurs directement.

Par les considérations qui précèdent, on voit que le bourrelet épithélial que nous venons de décrire n'est qu'un simple prolongement de la couche épithéliale tégumentaire delà bouche qui, en s'enfonçant dans le tissu embryonnaire des arcs maxillaires, s'y creuse, pour ainsi dire, un sillon qu'il i-emplit exactement. C'est ce sillon qui, sur des mâchoires d'embryon altérées par une macération prolongée, apparaît isolé et vide de son contenu, lequel s'est spontanément détaché.

Il résulte de là que, dans l'état normal, on ne peut rencontrer à aucune époque de la vie embryonnaire, à la surface du bord alvéolaire, aucune dépression, enfoncement ou perforation quelconque. Or, on sait qu'une théorie de l'évolution des dents, émise en 1839 par Goodsir, et adoptée depuis par le plus grand nombre des auteurs, était fondée sur un certain mécanisme qui consistait dans la formation du sac folliculaire aux dépens d'une dépression extérieure

DENT (physiologie). 43

de la muqueuse buccale. Le décollement par macération de la couche épithéliale pouvait à la rigueur donner l'explication de cette erreur, mais rien dans l'état normal ne saurait se prêter en aucune manière à une interprétation de ce genre. La théorie de Goodsir est donc absolument erronée.

b. De la lame épithéliale. Genèse de Vorgane de l'émail. Nous venons de voir que le bourrelet épithélial continu qui occupe le bord alvéolaire présente, dans la profondeur de la mâchoire, deux faces : l'une externe, convexe, l'autre interne, concave ; c'est sur un point de cette dernière que se produit ce que nous allons décrire sous le nom de lame épithéliale.

Aussitôt qu'est achevé le développement du bourrelet, on voit apparaître, à peu près vers le milieu de sa face interne ou parfois sur un point plus rapproché de la surface de la muqueuse, une saillie transversale, ou légèrement oblique, qui semble être une sorte de diverticulum du bourrelet lui-même. Elle présente une forme un peu aplatie de haut en bas, avec une extrémité arrondie et légèrement recourbée en forme de crosse.

Cette disposition justifie comme on voit complètement le terme de lame que lui a donné KôIIiker. Elle occupe ainsi, de même que le bourrelet dont elle dérive, toute la longueur du bord alvéolaire. I

On peut considérer à la lame épi- "*"

théliale (fig. 4, E) 'iine hase adhé- Fig. 4. — Coupe d'une des branches du maxillaire rente au bourrelet; un sommet inlérieur du mouton (emlnyon de 0,0-:J milli-

' . melrcs de long), grossiBsement de 80 diamètres.

dirigé en dedans dans le tissu em-

, . , , • , a, Cartilage de Meckel. — d, Epilhélium buccal et

bryonnaire et a extrémité mousse ; bourrelet cpitbéUal. - E, lame épithéliale. - g,

deux faces, l'une supérieure tournée ^^^^^ de rorgane de rémaii.

vers la muqueuse, l'autre inférieure regardant le fond de l'arc maxillaire.

La composition de la lame est fort simple au début : elle est constituée par une couche centrale de petites cellules polygonales entourée d'une rangée continue de cellules prismatiques ; plus tard on rencontre dans son épaisseur de grandes cellules semblables à celle du bourrelet ou de la couche épidermique. Ces dispositions sont importantes à noter, car jamais, ainsi que nous le verrons, dans les débris de celte lame ou dans ceux du cordon qui en dérivera, on ne retrouve les éléments prismatiques qui en forment le revêtement.

C'est à l'extrémité de cette lame que va se produire l'organe de l'émail, premier vestige du follicule dentaire :

Un léger renflement se produit d'abord à cette extrémité. Ce renflement apparaît rigoureusement au point qui correspond à la position de la dent future : il naît de la sorte un nombre de renflements égal à celui des dents ellesmêmes pour une même dentition. Nous donnerons à ce renflement le nom de bourgeon primitif du follicule. Ce bourgeon, dérivation immédiate de la lame, reste réuni à celle-ci par une partie amincie en forme de col, qui s'allonge peu à peu en même temps que la masse terminale augmente de volume.

C'est cette masse qui pendant tout le cours du développement constituera Vorgane de l'émail, tandis que le col par son allongement progressif ne représente . qu'un moyen temporaire d'union avec la lame elle-même.

Le bourgeon primitif présente au début une forme exactement sphérique. Il se compose d'une couche extérieure de cellules prismatiques, continuation de celles de la lame, et au centre de cellules polygonales dont le diamètre est toujours inférieur à la dimension des cellules qui remplissent la lame ellemême. Ajoutons que dans les progrès de l'évolution ces éléments subissent une modification qui les transforme en corps étoiles, phénomène qui ne se produit jamais dans ceux du cordon. Ces dilférences de volume, jointes aux circonstances morphologiques, nous paraissent suiTisantcs pour établir dès maintenant une distinction très-nette entre la constitution de la lame et celle du bourgeon qui en émane. Si nous insistons sur ce point, c'est que les auteurs les plus récents ont créé une confusion entre les deux parties. La différence s'accuse d'ailleurs encore davantage, ainsi que nous le verrons, par les progrès de l'évolution qui amèneront dans le bourgeon une série de phénomènes importants, tandis que les éléments de la lame resteront invariablement de nature exclusivement épidermique.

En continuant son évolution le bourgeon primitif qui était d'abord sphérique devient plutôt cylindrique tout en conservant sa direction horizontale. 11 s'allonge ensuite notablement suivant la même direction, puis il s'infléchit brusquement pour prendre une direction verticale qui porte son extrémité dans la profondeur de la mâchoire.

Dans cette étendue de son trajet le bourgeon, qui peut prendre justement à ce moment le nom de cordon primitif, présente une longueur variable suivant les espèces animales et il éprouve en oulre certaines inflexions secondaires en rapport avec cette longueur même. Chez l'homme le cordon est court; il en est de même chez le chien, mais c'est chez les solipèdes qu'il présente la brièveté la plus grande. Chez le veau et l'agneau il offre une certaine longueur et il décrit en outre diverses ondulations. Toutefois, nous ne lui avons jamais reconnu la disposition spiroïde signalée par plusieurs auteurs et qui est si remarquable, ainsi que nous le verrons pour le cordon des dents permanentes.

Ces différences dans la longueur du cordon primitif s'expliquent par les dispositions spéciales des parties suivant d'une part les espèces animales dont les mâchoires présentent plus ou moins de hauteur verticale, d'autre part suivant la nature même des dents futures. On comprend en effet par là comment devra être plus étendu le bourgeon d'un follicule de dent permanente, car il doit se prêter au trajet relativement long qu'il doit parcourir pour plonger du point où il naît jusqu'au-dessous du follicule temporaire.

Dans le cours de son trajet le cordon primitif présente en outre quelques particularités dignes d'être notées : ce sont des phénomènes de bourgeonnements latéraux qui donnent naissance à de petites masses arrondies en forme de varicosités et qui forment comme un chapelet irrégulier {voij. fig. 5, F). Ces petites masses sont composées exclusivement de petites cellules polyédriques analogues à celles que renferme le cordon lui-même et ce sont elles qui plus tard, après la rupture du cordon, deviennent le point de départ de ces prolongements épithéliaux si nombreux sur lesquels nous aurons à revenir. Il est bien entendu que nous ne confondons point ici les bourgeonnements multiples de la continuité des cordons avec la production si spéciale qui donne naissance au cordon de follicule secondaire, point sur lequel nous reviendrons plus loin.

DEINT (physiologie). 45

Lorsque s'est effectué le cliangement de diiedion du cordon qui d'horizontal qu'il était devient vertical, son extrémité renflée en forme de massue prend un plus grand développement, ce qui résulte de la multiplication des cellules polyédriques qu'elle renferme et du revêtement des cellules prismatiques dont le nombre augmente proportionnellement. Cette niasse terminale plongée ainsi dans la profondeur du tissu des mâchoires présente assez exactement la forme d'une sphère dont le pôle supérieur répondrait à l'insertion du cordon et dont le pôle inférieur libre est dirigé vers le fond de la mâchoire ou plus ou moins obliquement vei s le côté interne. Celte masse représente Vorgane de V émail.

Peu de temps après, on voit le pôle inférieur se déprimer légèrement par une sorte de refoulement vers le centre, ce qui amène la formation d'une concavité dirigée vers la profondeur.

La masse de sphérique qu'elle était offre alors la forme d'un capuchon ou de bonnet qui reste toujours suspendu à l'extrémité du cordon.

Ce phénomène de refoulement coïncide avec l'apparition d'un nouvel organe au sein des màclioires : cet organe est le bulbe dentaire (fig. 5,1).

Celui-ci naît en effet au niveau même de ce iiôle inférieur. Il apparuît d'abord sous la forme d'un point opaque qui prend rapidement une forme conique dont le sommet s'enfonce ainsi dans la dépression correspondante de l'organe de l'éniail.

Cette disposition réciproque des deux organes qui se produit dès le début de leur apparition se retrouve dans toutes les phases ultérieures, l'organe de l'émail recouvrant constamment le bulbe dont il suit exactement tous les contours, quels que soient la forme de celui-ci, le nombre et la

disposition des divisions qu'il peut présenter. Il n'existe d'ailleurs entre les deux organes aucune continuité de tissus à une époque quelconque du développement. La dissection simple, la macération dans les liquides coagulants, de même que l'observation des coupes, établissent surabondamment ces particularités. Cette application simple à la surface du bulbe s'arrête toutefois au niveau de la base de celui-ci, qui reste adhérent au tissu ambiant, et l'organe de l'émail se termine sur ce point en se réfléchissant sur lui-même par un bord arrondi.

Si nous envisageons maintenant la constitution de l'organe de l'émail, nous voyons que les éléments primitifs, cellules polygonales centrales et couche corticale prismatique, ont éprouvé des modifications notables ; on reconnaît en effet que le centre de l'organe est occupé par des éléments d'une forme nouvelle différant essentiellement des cellules du début. Ce sont des corps étoiles composés d'un

Fig. 3. —Coupe d'une des branches du maxillaire inférieur d'un embryon de mouton de 0,082 millimèlres de long (grossissement de 80 diamèircsj.

c, épithélium buccal. — E, lame épithéliale. — F, fordon. — g, organe de l'émail. — H, bulbe. — I, début du la paroi du follicule. — K, bourgeon du cordon qui donnera plus tard naissance au follicule de la dent pi.'rmanente.

DENT (physiologie).

noyau central entouré d'une masse transparente ou finement gi-anuleuse ramifiée

et anastomosée avec les éléments voisins. Ces corps étoiles (fig. 5, g) n'occupent primitivement que le centre du

bourgeon, les parties périphériques conservant leur structure première. Plus

lard leur nombre augmente proportionnellement à l'accroissement en volume de

l'organe; mais on remarque que toujours les prolongements anastomosés sont d'autant plus longs et plus ramifiés qu'on se rapproche du centre, tandis qu'à la périphérie on éprouve quelque difficulté à distinguer ces prolongements qui sont rudimentaires. Les éléments ainsi configurés sont plongés au sein d'une masse amorphe translucide coagulable par les acides et ayant la consistance et l'aspect du blanc d'oeuf.

La production des corps étoiles au sein de l'organe de l'émail se fait directement aux dépens des cellules polygonales qui la composent. Elle a lieu de la manière suivante :

Au niveau des lignes d'intersection des petites cellules polygonales primitives, on voit s'interposer une matière amorphe semi-liquide qui, augmentant peu à peu de quantité, refoule les parois des cellules. Celles-ci perdent dès lors dans une grande partie de leur surface le contact réciproque qu'elles affectaient auparavant, sauf toutefois sur certains points où elles restent adhérentes. 11 résulte immédiatement de ce phénomène que le corps de la cellule primitive éprouve des dépressions multiples s'effectuant de la surface extérieure vers le noyau central et donnant conséquemment à cet élément une forme étoilée.

Dans cette explication, la matière muqueuse ou albumineuse de formation nouvelle viendrait s'interposer aux éléments primitifs qu'elle déprime et qu'elle tendrait à isoler, s'il ne persistait entre eux des points d'adhérence. Ce sont les points d'adhérence, qui, distendus et allongés par les progrès du développement et de l'accumulation de cette matière, arrivent à constituer ces filaments allongés qui donnent à l'organe son aspect spécial. Il est remarquable que sur les points de ces cellules polygonales qui restent ainsi en contact dans cette transformation les lignes d'intersection s'effacent par la soudure entière de la substance du corps des cellules, et cela de telle sorte que, même par l'emploi des divers réactifs employés pour déceler la segmentation des cellules, on n'arrive à en retrouver aucune trace

D'après celte théorie la pulpe étoilée de l'organe de l'émail, dont nous n'avons pas à décrire maintenant la composition intime, résulterait ainsi d'une simple modification de forme des cellules polygonales primitives avec soudure intime sur certains points de leur périphérie. C'est donc en quelque sorte passivement qu'elles subiraient ce phénomène de dépression sur certains points et d'allongement sur d'autres. L'organe de l'émail doit donc être considéré, malgré la forme étoilée des éléments qui le composent comme absolument de nature épithéliale. Toutefois le mécanisme que nous venons de décrire diflere sensiblement de celui qu'ont admis Kôlliker et après lui plusieurs anatomistes qui ont prétendu que les cellules primitivement polygonales pouvaient spontanément prendre la forme étoilée. Notre opinion est au contraire plus conforme à celle de W'aldeyer, qui le premier a bien examiné et décrit ce phénomène. Déjà bien antérieurement toutefois Huxley avait admis, hypothétiquemeut, il est vrai, que l'orf^ane de l'émail avait une origine épithéliale, mais il n'avait point indiqué le mécanisme de cette transformation.

La métamorphose des éléments polygonaux de l'organe de l'émail commence

DENT (physiologie). 47

par le centre et s'étend peu à peu à toute la masse des élcmeufs, de sorte que les cellules étoilées arrivent au voisinage de la couche prismatique. Toutefois on remarque qu'en ce point il reste toujours une le'gère couche qui ne suhit qu'incomplètement la transformation. C'est cette couche qui sera décrite tout à l'heure et que nous désignerons avec Kollmann sous le nom de stratum intermediiim de l'organe de l'émail.

Quant aux cellules prismatiques que nous avons trouvées identiques de caractères et de dimensions sur tous les points de la périphérie pendant les premiers temps de l'évolution, elles éprouvent des modifications qui surviennent à partir du moment où l'organe de l'émail a pris, par suite de l'apparition du hulbe, une forme nouvelle.

A ce moment, en effet, les cellules qui tapissent la partie concave de l'organe de l'émail et qui se trouvent en contact avec le bulbe éprouvent une augmentation de longueur, tandis que celles qui occupent la portion convexe de l'organe se sont au contraire notablement atrophiées, et cette différence de dimension s'accuse de plus en plus pendant l'existence de l'organe de l'émail au seiu du follicule. Nous verrons même plus tard que cette couche externe finit par disparaître bien antérieurement à l'atropliie complète de l'organe, tandis que les autres persistent pour remplir le rôle important qui leur est dévolu, la fonnamation de l'émail.

Les cellules prismatiques de la face concave ou profonde de l'organe de l'émail présentent quelques particularités sur lesquelles nous allons appeler l'attention. Primitivement identiques à celles de la couche de Malpiglii dont elles dérivent directement, elles acquièrent, outre une augriientalion de longueur, quelques changements dans leur forme: l'extrémité centrale de ces cellules, qui répond à la partie gélatineuse de l'organe, s'amincit et s'effile de manière à se terminer par un cône dont le sommet allongé et aminci se continue ou se soude avec le prolongement des cellules étoilées voisines, lesquelles constituent cette portion de tissu connue sous le nom de stratum intermedium.

D'autre part, l'extrémité opposée ou périphérique, c'est-à-dire la base des cellules, prend très-régulièrement l'aspect de l'extrémité d'an prisme, de telle sorte que sa surface de section est régulièrement hexagonale.

Si mai'.itenant on examine à un grossissement de 400 diamètres environ une rangée nou déformée de cellules, on remarque que le bord libre de cette rangée, c'est-à-dire la partie qui répond à la base des cellules, se présente sous l'aspect d'une ligne plus claire que le corps même de la cellule et n'offrant en apparence sur les préparations fraîches aucune solution de coutinuiié. Si on fait le même examen sur des préparations durcies ou si l'on pratique quelques manœuvres de dilacération, on arrive à constater que cette ligne peut se subdiviser en autant de sections qu'il y a de cellules. Toutefois il peut se rencontrer des préparations dans lesquelles une portion plus ou moins étendue de cette ligne se détache sous forme d'un petit lambeau libre. C'est cette disposition purement artificielle, comme on le voit, qui a pu donner lieu, ainsi que nous le verrons plus loin, à l'hypothèse d'une membrane tapissant extérieurement la couche des cellules. Nous verrons d'ailleurs en décrivant avec détails ces particularités que cet aspect n'est pas spécial et exclusif aux cellules de l'organe de l'émail, car on le retrouve partout où il existe des cellules prismatiques pourvues de ce qu'on appelle un /;/afeaM ; les cellules prismatiques de l'intestin sont, comme on le sait, dans ce cas. Or il arrive que, suivant le mode de traitement des préparations, ce

48 DENT (physiologie).

plateau peut rester adliérent isolément à chaque cellule ou bien soudé à ses voisins de manière ù se détacher sous iorme d'une véritable lambeau membraniforme.

Quant au noyau des cellules prismatiques de l'organe de l'émail, son siège varie suivant l'époque du développement : situé au milieu delà cellule lorsque l'organe de l'émail apparaît, on le voit se rapprocher de plus en plus de l'extrémité effilée ou centrale delà cellule, non point parce qu'il a effectué une migration, car il ne change pas déplace en réalité, mais parce que, l'extrémité élargie de la cellule se développant avec une grande énergie, il semble s'être rapproché du côté opposé. Cette différence de développement des deux extrémités des cellules prismatiques est surtout rem;irquable sur les incisives de rongeurs, chez lesquelles ces éléments acquièrent une grande longueur.

c. Origine et formation du bulbe dentaire et de la paroi folliculaire. Ainsi que nous l'avons vu tout à l'heure, l'organe de l'émail ne tarde pas à perdre sa forme sphérique pour prendre l'aspect d'un capuchon ou d'un bonnet. La dépression qu'il subit coïncide avec l'apparition d'une nouvelle partie composante du follicule. Cette partie est le bulbe dentaire.

Sur le point du tissu embryonnaire des mâchoires qui correspond à la dépression de l'organe de l'émail, on voit ap[)araître tout d'abord une légère opacité. Cette opacité est due à la production d'éléments nouveaux qui se groupent de manière à former d'abord un petit mamelon arrondi de forme hémisphérique et dont la convexité répond exactement à la dépression de l'organe de l'émail. Ce petit mamelon qui représente le bulbe dentaire ne conserve cette forme que pendant un temps fort court et bientôt il accuse nettement par sa disposition la configuration de la dent future : ainsi pour les incisives et les canines il prend une forme conique; pour les molaires chez l'homme et les carnassiers, le mamelon primitif se recouvre bientôt de saillies secondaires en nombre égal aux tubercules de la couronne future. Pour les molaires composées des herbivores et des rongeurs, le mamelon envoie des prolongements qui représentent les divisions de la couronne. Une disposition analogue se retrouve pour les incisives à cornets des solipèdes. Dans toutes ces circonstances, l'organe de l'émail, se laissant pour ainsi dire déprimer par les saillies simples ou multiples du bulbe, reste constamment moulé à la surfiice de celui-ci.

Si le bulbe dentaire accuse, comme nous venons de le voir, peu de temps après son début, la forme de la dent future, il n'en est pas de même de sa direction qui est souvent un peu oblique relativement à l'axe du follicule.

Dans tous les cas, le bulbe, en même temps qu'il se développe eu hauteur, éprouve un certain rétrécissement à sa base en forme de collet, lieu où se réflécdit, comme nous l'avons vu, l'organe de l'émail.

Le point opaque qui représente la première ébauche du bulbe dentaire se compose uniquement d'éléments embryoplastiques nucléaires au début, puis en corps fusiformes et étoiles. On remarque aussi qu'à ce moment il pénètre dans la masse une anse vasculaire semblable à celle qu'on trouve dans les papilles de la peau, mais nous n'y avons pas rencontré de nerfs à cette époque de l'évolution ; ceux-ci apparaissent lorsque le bulbe a déjà sa forme mamelonnée.

La constitution anatomique que nous venons de reconnaître au bulbe à son début reste invariable dans tout le cours du développement. 11 est toutefois une particularité de sa structure sur laquelle nous devons insister ici : c'est la natui-e de la superficie de l'organe.

DEAT (piiYsiOLor.iE). 49

Si l'on étudie en effet la slrucliuc du biilhc sur une coupe verticale, on reconnaît qu'à la liinilc de l'organe il exi>le une petite zone claiic (jui par sa léfringence se distingue aisément du lissu sous-jacent. Cette zone, à laquelle divers anatomistes ont l'ait jouer uu rôle important, n'est autre chose qu'une mince couche de la matière amorphe bulbaire qui sur ce point reste dépourvue d'éléments anatomiques et de granulations. Cette couche de matière amorphe, outre sa transparence, présente une densité un peu plus grande que celle du tissu sous-jacent, de sorte que dans les manœuvres de dilacération de l'organe elle se détache parfois sous l'aspect de lambeaux assez nets qui ont pu faire supposer à quelques anatomistes que le bulbe était revêtu d'une niendjrane isolai)le [membrana prœformativa de Raschkow). Nous dirons plus loin quels sont le rôle et la nature de cette couche amorphe, mais nous pouvons déjà avancer que c'est dans ce milieu (pi'apparaissent les cellules dites de livoire.

Dès que la petite masse d'éléments nouveaux qui constitue le bulbe denlairea pris la forme hémisphérique que nous avons signalée, on voit se détacher de sa base deux petits prolongements opaques (|ui paraissent émaner directement du tissu même de ce bulbe et qui se dirigent en divergeant sur les côtés. Ces petits prolongements reiivésentent la première trace de la paroi du follicule futur (lig. ,'), 1).

Si à ce début de leur développement on étudie la constitution de ces deux prolongements, on les trouve exactement composés des mêmes éléments que le bulbe dont ils émanent. Puis, à mesure que celui-ci se développe, ils s'allongent., se recourbent l'un vers l'autre de manière à embrasser dans leur double concavité non-seulement le bulbe, mais aussi l'organe de l'émail qui lui reste, comme on sait, constamment superposé. De cette manière la paroi folliculaire, qui n'est d'abord qu'une sorte de collerette fixée au collet du bulbe, arrive peu à peu à constituer un sac (|ui enferme et isole finalement la totalité des deux organes de l'émail et de l'ivoire. A ce moment la paroi folliculaii'e peut être considérée comme une sorte de cylindre renllé au centre dont i*'ouverturc profonde répond à la base du bulbe, autour duquel il reste inséré, tandis que l'ouverture opposée répond au col de l'organe de l'émail, c'est-à-dire au point oii celui-ci adhère au cordon épilhélial. Enfin ce cordon, sur le point ipii correspond à l'orifice du sac folliculaire, se brise par suite de la résorption de ses éléments constitutifs, ce qui est (!ù sans doute à la compression ou à l'étraiiglement qu'il subit, et la paroi du follicile se clôt en ce point même. L'organe de l'émail perd ainsi les connexions qu'il avait conservées jusqu'alors avec la lame épithéliale et le follicule dentaire se trouve définitivement isolé.

La texture de cette paroi, composée au début, ainsi que nous l'avons vu, d'éléments embryoplastiques, prend peu à peu l'aspect d'une membrane distincte et séparai lie des tissus adjacents, sauf toujours de la base du bulbe auquel elle rest^ lixée.

Kôlliker et la plupart des auteurs décrivent à cette paroi deux lames concentriques et admettent encore avec Huxley que la couche transparente qui revêt le bulbe {membrana prœformativa de Raschkow) se réfléchit à sa face interne et la tapisse dans toute son étendue. Nous étudierons plus loin ces différentes particularités de structure.

Au moment du développement auquel nous sommes arrivé dans notre description, le follicule est achevé et clos. Si alors nous en examinons la constitution générale, nous le trouvons composé de dehors en dedans :

DICT, ENC. XXVII. 4

50 DENT (physiologie).

1° De la paroi folliculaire qui l'enveloppe dans toute sa surface, sauf la base du bulbe, «jui reste lil)re;

2" De l'organe de l'émail sous-jacent à la paroi folliculaire qu'il suit dans toute son étendue, de telle sorte que, si par sa face externe il répond à cette paroi, il est par ^a face profonde en contact immédiat avec le bulbe ;

3» hnfin du bulbe lui-même qui occupe le fond et le centre du sac folliculaire.

En dehors de ces trois pari les fondamentales, aucune autre subslance ne trouve place dans la constitution du follicule. L'organe de l'émail remplit en effet exactement tout l'intervalle compris entre la paroi et le bulbe et il descend sur les côtés de celui-ci jusqu'au cnl-de-sac qui résulte en ce point de la réflexion de la paioi. En ce dernier lieu, l'organe de l'émail forme aussi un bourrelet arrondi au niveau du(|uel a lieu cette délimitation entre les cellules pneumatiques de la lace concave de l'organeet celles de sa fiice convexe. Cette délimitation n'est d'ailleurs pas arliliciclie; i-lle résulte d'une part de différences anatoraiques et d'autre part du rôle physiologique auquel sont appelées les cellules de la face profonde, tandis qne la conclie externe s'atrophie rapidement et disparaît. (]'est cette couche iirismatiipie profonde qui constitue, ainsi que nous le verrons, la rangée des ecllules de l'émail [mrnihrane adamantine, adainantobla^te^) : aussi persistc-t-elle très-longtemps dans la composition du follicule non-seulement ajjrcs la disparition de la courbe externe, mais même après l'atrophie de la partie gélatineuse de l'organe de l'émail, .ajoutons de suite que chez les rongeurs, dont les incisives croissent, comme on sait, d'une manière continue, celli^ couche de cellules subsiste pendant toute la vie sur une partie de la face antérieure ou convexe de ces dents.

Celte con-litulion du follicule composé de trois parties fondamentales paraît être propre au follicule de l'homme, des carnivores et en général de tous les niamnnfères dont les dents sont dépourvues de cément coronaire; mais, si l'on vient à observer un follicule chez un embryon de solipède, ou constate que même longteni|)s avant la formation du premier chapeau de dentiue il existe entre la paroi et les nrganes sous-jacents un nouveau tissu bien distinct des parties voisines par sa couleur, sa consistance et sa composition intime : c'est cet organe auquel sera dévolu ultérieurement le rôle de la formation du cernent. Nous n'avons pas à le décrire ici, car il n'apparaît chez certaines espèces spéciales i[u'après rachèvcmeut de la formation du follicule. Nous l'étudierons plus loin avec détails. Ce que nous voulons simplement élablir dès à présent, c'est sou existence incontestable dans les follicules des dents à cément coronaire. Ce fait est tellement précis que dans le simple examen d'un follicule on peut par la constatation de la présence ou de l'absence de cet organe conclure que la dent future présentera ou ne présentera pas de cément coronaire.

Le follicule dentaire, dont toutes les parties composantes sont ainsi groupées et réunies dans un même sac, a une forme générale ovoïde. Son volume, très-vaiiable suivant les espèces animales et la nature des dents auxquelles il correspond, ne saurait être déterminé d'une manière exacte. Une fois achevé il reste inclus au sein du tissu embryonnaire des mâchoires avec lequel il conserve une certaine continuité de tissu, du moins au déhut. Isolé ainsi dans la profondeur des mâchoires il a perdu, par la rupture du cordon, sa communication avec la muqueuse, et il n'en présente pas encore avec l'os maxillaire, car la formation des cloisons alvéolaires ne s'effectue que plus lard.

Le réseau vasculaire qui se ramifie dans le follicule provient de diverses

DENT (physiologie). SI

sources et pénètre du tissu ambiant dans le bulbe dentaire et dans la paroi, tandis que l'organe de l'émuil est, comme on sait, dépourvu de vaisseaux.

La direction lin follicule, c'est-à-dire le grand axe de l'ovoïde qu'il représente, est assez variiible : régulièrement vertical chez l'homme et les carnivores, il présente chez les herbivores une certaine oblicjuité principalement marquée pour les follicules des incisives. Ceux-ci ont en effet une direction oblique et divergente comme en éventail, ce qui est d'nilleurs tout à fait conforme à l'inclinaison même de l'arcade alvéolaire. On peut d'ailleurs dire (|ue, d'une manière générale, l'axe du follicide est déterminé par l'iixe du bulbe et qu'il est rigoureusement identique à celui dn bord alvéolaire pour chatjue espèce en particulier. Quant à son siège au sein des màchoiies, il diffère également suivant les espèces : assez rapproché de la muqueuse chez l'homme, les carnivores et les solipèdes chez bsquels le cordon épiihélial est conséqncmment court, il est situé plus profondément chez les herbivores {agneau, veau), et le cordon dans ce cas acquiert une longueur proportionnelle.

d. Phénomènes consécutifs à la formation du follicule et à la rupture du cordon épithélial. Aussitôt que le follicule dentaire se trouve clos et isolé après la rupture du cordon épithélial, divers phénomènes se produisent au dehors de cet organe, au sein du tissu embryonnaire ambiant, dans la région comprise entre le sommet du follicide et la couche épidernn'que de la gencive. Ces phénomènes ont pour sièges princi[taux la lame épilhéliale el le cordon luimême.

En effet, la lame épitbélialc, une fois priv.'e de sa continuité avec le follicule, devient le centre d'une véritable multiplication des éléments qui la composent. Cette miilliplicatiDU amène la production de bourgeons irrégulicts se dirigeant dans diflérents sens au sein du tissu end)ryûnnaire. Ces bourgeonnements ont les formes les pins diverses : tantôt ce sont de simples cylindres lestant unis par un pellicule plus ou moins étroit à la lame primitive ; tantôt ce pédicule se résorbe et une masse épithéliale se trouve ainsi isolée.

Ces masses sont formées uniqucmcMit de grandes cellules polygonales sr niblal les à celle- qui se trouvent au centn^ de la lame épilhéliale, mais elles n'ont jamais comme celle dernière une enveloppe de cellules prisnuitiques. Trèsfréquemment en outre des groupes de ces éléments affectent la forme de globes épidermiques en tout point semblables à ceux qu'on rencontre parfois au sein de la lame épithéliale elle-même. Ce sont ces diverses dispositions qui rendent compte de la | régence de ces masses épilhéliales de formes si variées et jusqu'ici inexpliquées qu'on rencontre dans presque toutes les coupes pratiquées sur les micboires à cette époque de l'évnlulion.

Ces phénomènes de bourgeonneaicnis s'arrêtent à un certain moment qui paraît loujours antérieur à l'époque d'appaiilion de l'ivoire dans le follicule, et alors tiius les débris et la lame elle-mênie rpronvenl une résorption graduelle qui amène leur disparition complète avant le développement achevé de la dent.

En même temps que les phénomènes que nous venons d'indi|uer se sont effectués aux dépens de la lame épithéliale, le cordon subit de son côté une série de modifieations absolument anjlognes. De ces débris du cordon partent dans divers sens des prolongements parfois très-nombreux, comme nous l'avons constaté, par exemple, dans certaines préparations d'embryons de vean, La persistance de ces phénomènes est assez giande, puisqu'on peut les observer jusqu'à une époque voisine de l'éruption.

52 DEA'T (physiologie).

La forme générale de ces bourgeonnements peut varier: tantôt ils apparaissent sous l'aspect d'une sorte de bouquet dont le pied répond au sommet des follicules et dont la masse s'étale et s'épanouit en s'élargissant jusqu'au voisinage de l'épiderme. D'autre fois ils iorment par une foule d'anutomoses réciproques un véiilable réseau, au milieu duquel on retrouve encore quelques masses qui restent isolées.

L'ensemble de ces bourgeonnements épilliéliaux «diversement groupés ou anastomosés ne suit pas néces-sairement la direction de la lame ou du cordon et ordinairement on les voit se diriger plus manifestement vers la surface tégumenlaire.

Tous ces débris sont invariablement formés de petites cellules polyédriques juxtaposées cl tout à fait semblables à celles du cordon, avec celte pailicularité déjà signalée pour les débris de la lame qu'on n'y retiouve point le revêlement de cellules prismatiques, (pii tapissait le cordon lui-même.

Les bouigcons du cordon ont un diamètre variable : quelques-uns sont extrêmement minces et se composent d'une rangée unique de cellules; d'autres affectent l,i forme de rendements contenant plusieurs couches superposées de ces éléments, mais jamais on n'y rencontre les grandes cellules et bs globes épid('rmi(|ues dont nous avons recomui la présence dans les débris de la lame.

De uK'me (jnc les débris de la lame épiiliéliale, ceux du cordon, après avoir éprouvé ces ninltiplicalions, se résorbent graduellement, puis disparaissent vers l'éjioque qui correspond, ainsi que nous l'avons dit, à la période' de piogressioii de la (lent du fond de la gouttière vers l'extérieur, c'est-à-dire à l'éruplion.

Pendant qut; ces pliénomcnes de bourgeonnements s'eflécluent aux dépens des débris du cordon on remarque que des dispositions analogues se sont produites à la surface extérieure de la paroi folliculaire : ces deux séries de phénomènes sont d'ailleurs simultanées.

En eirel,si l'on prali |ue uncoiipeverticaledelarégion comprise entre le sommet d'un follicule et la surface épidcruiiqiie evt rieure peu de temps après la rupture du conion, on reconnaît (pie les débris de ce cordon même se continuent et se confondent avec des bourgeons qui sont adhérents à la paroi. Ceux-ci ont les formes les plus variées : ce sont le plus ordinairement des renllenients ou cylindres plus ou moins longs, terminés par une extrémité arrondie, quelquefois pourvus d'une sorte du pédicule et occupant sur la paroi du follicule une région qui correspond à peu près à la moitié de la surface tournée vers la muqueuse. C'est au point le plus élevé ou sonmiet du follicule qu'ils sont le plus abondants et leur non bre diminue peu à peu sur les côtés. Ces bourgeons s'anatomosent transvei salement soit entre eux, soit avec ceux qui dépendent du cordon, et cela de telle sorte que, si l'on examine non plus une coupe verticale, mais la surface même du lollicule, on aperçoit une sorte de réseau à mailles très-irrégulières et qui se superpose à la façon d'un filet à la paroi folliculaire.

La constitution analomique de ces bourgeons de la paroi ne dillère en rien de ce que nous avons indiqué pour les débris du cordon. Ces sont les mêmes cellules polyédriques de petite dimension, sans parement de cellules | risniatiques. Cette identité de stiucture résulte de ce que ces masses épiihéliales de la paroi sont la continuation des débris mêmes du cordon qui sont Ks plus voisins des follicules et qui se propagent ainsi de proche eu proche pour constituer aux lollicules ce revêtement réticulé.

Cet ensemble de phénomènes de prolifération épilhéliale répond donc à un

DEA'T (phvsiologie). 65

seul et même processus. La lame cpilhéliale est eu le siège primitif, puis ils se répandent de là dans le cordon et enlin jnsqu'à la surface de la [taroi l'olliculaire. Il y a coiiliuLUté directe entre eux, ils otlrent la même constitution auatomique et tous finissent par se résorber entièrement et disparaître.

C'est à la persistance accidentelle de ces masses cpitliéliales an sein des mâchoires et au delà des limites de la vie fœtale que M. Verneuil a cru pouvoir attribuer, dans une théorie récente, le point de départ de l'épithélionia central des maxillaires.

Nous avons indiqué plus haut l'époque à laquelle débutent ces phénomènes de bourgeonnement. C'est au moment oii le cordon épitliéllal a achevé son trajet et porté l'organe de l'émail au point où il effectuera son évolution ultérieure et peu de temps après la formation du bourgeon du follicule délinilif. Quant à leur dis|:arilion, elle correspond à une période variable suivant bs espèces animales. Dans l'embryon humain on retrouve les débris du cordon des follicules primitifs jusqu'au delà de l'époque de formation des follicules permanents, et c'est vraisemblablement pendant le mouvement d'éruption (pie ces bourgeonnements s'atrophient. H en est à peu près de même chez le chien. Sur les inibryons de veau et d'agneau, il nous a semblé ijue cette disparition était notablemeni plus précoce, mais nous croyons pouvoir dire d'une manière générale que c'est vers l'époque de l'éruption qu'ils disparaissent.

La signification physiologique de ces phénomènes nous paraît difficile à déterminer. IVous n'avons pas d'opinion personnelle à cmctire à cet égard; toutefois nous dirons qu'en raison de leur mode d'évolution et de leur structure on ne saurait leur attribuer aucun rôle quelconque de nature glandulaire, ainsi qu'on l'a indiqué. On sait en effet que Seires avait décrit dans l'épaisseur de la muqueuse des mâchoires des glandes spéciales, glandes tartaricjues, idée à laquelle s'étaient rattachés Ivolliker, Todd, Bowman, et^;. Cette opinion est inadmissible en raison de la nature anatomique de ces masses épithéliales et en outre parce que la production du tartre répond à un tout autre phénomène.

Pendant que toutes ces modifications s'effectuent aux dépens des débris épitbéliaux du cordon et de la lame, le tissu embryonnaire dans lequel sont plongés les follicules change aussi de nalure et l'on y rencontre des éléments lamineux formant un réseau lâche et transparent. Le tissu osseux du maxillaire dont on n'apercevait aucune trace à l'époque de la naissance du cordon primitif se produit en premier lieu vers la base du follicule où il prend bientôt la forme d'une bande continue qui a pour rôle immédiat de séparer par une cloison horizontale la gouttière des follicules du canal réservé aux vaisseaux et au nerf dentaires. De cette bande primitive se détachent ensuite latéralement deux prolongements qui s'élèvent sur les parois des mâchoires et complètent la froullière folliculaire qui reste longtemps unique, c'esl-à-dire sans subdivisions alvéolaires. Ce n'est que plus taid après le début du développement de la couronne que les cloisons secondaires se sont formées et ont constitué à chaque follicule une loge qui n'est ouverte que vers la muqueuse.

Le système vasculaire du tissu qui entoure le follicule est extrêmement riche et les anses vasculaires arrivent jusqu'au contact de la paroi dans l'intérieur de laquelle elles se ramifient jusiju'à la limite de l'organe de l'émail.

Quant au bulbe, sa vascularisatiou est entièrement distincte sans anatomoses avec le réseau précédent. Nous aurons du reste l'occasion de revenir ultéi'ieure-

bi DENT (physiologie),

ment sur ces particularités quand nous traiterons de la morphologie et de la structure du follicule.

e. Lieu et mode d'origine (lu follicule des dents permanentes. Le problème de l'origine du follicule des dents permanentes est un de ceux qui ont le plus attiré l'atlenlion des derniers auteurs qui ont étudié l'évolution des dents. C'est aussi l'un de ceux que nous avons poursuivis avec le plus de soin et de patience, et nous pouvons dire que nous avons réussi à le déterminer avec la plus grande

rigueur.

Depuis les travaux de Goodsir, la plupart des anatomistes avaient admis sans examen et sans contrôle que le follicule des dents secondaires naissait d'un repli du sac qui représentait le follicule primitif. Cette explication n'est pas plus conforme aux faits que la théorie de la formation du sac des dents temporaires |)ar un renversement de la muqueuse. ÎNous avons déjà cx})rimé notre opinion sur cette hypothèse et nous y l'eviendrons en terminant ce travail. La théorie de Goodsir restera donc aussi erronée pour ce qui regarde les dents permanentes que pour les dents temporaires.

Nous devons dire toutefois que Kolliker et Waldeyer se sont approchés de la vérité en indicpiiuit et en figurant certains prolongeniciils du cordon primitif destiné à devenir le cordon secondaire, mais dans le plus récent des travaux publiés en Allcm;igne, celui de Kollmann, l'explication précédente n'est pus adoptée, et cet anatomisle fait provenir le cordon des dents permanentes des débris du cordon primitif qui, après sa rupture, produit ces divers hourgeonnenienls ou masses épilhéliales que nous avons décrits plus haut. C'est de l'un de ces débris que partirait le cordon destiné à représenter l'organe de l'émail de la dent future. C'est encore de cette manière que, d'après Kollmann, s"e.\pli(|uerait la production des dents surnuméraires. Cette nouvelle théorie est également erronée, el si l'auteur allemand s'est laissé séduire par quelques apparences de nature à donner créance à son opinion, c'est qu'il a négligé de suivre rigoureusement dans leurs phases physiologiques successives les phénomènes de celte évolution spéciale.

En effet, le mode d'origine des follicules des dents permanentes est un phénomène complexe en ce sens qu'il n'est pas identique pour toutes les dents de la seconde dentition. Il est tout dilférent suivant que telle dent permanente a été précédée d'un follicule temporaire correspondant, ou que telle autre est apparue au sein des mâchoires en l'absence de toute dent temporaire préalable. 11 y a donc là une première distinction importante à établir, et tandis que vingt dents permanentes correspondant aux vingt dents de première dentition se forment d'une façon identique, les douze autres, qui sont les molaires de l'âge adulte, apparaissent par un mode différent de genèse.

C'est sur un nombre considérable d'embryons de mammifères répondant à toute la série des phases successives du développement qu'il nous a été possible de fixer les faits que nous allons établir :

Si l'on étudie, par exemple, des coupes pour l'examen microscopique pratiquées sur des mâchoires d'embryon humain, mesurant 20 centimètres du vertex aux talons, on constate qu'il existe constamment au niveau du point de jonclioa du cordon primitif avec l'organe de réniail de la dent temporaire un bourgeon en forme de cylindre plus ou moins renflé à son extrémité, ce qui lui donne l'aspect d'une petite massue (fig. 4, K). Un faible grossissement de 100 à !200 diamètres permet de le voir très-nettement. Ce bourgeon se dirige plus ou moins verti-

DENT (physiologie^. -j"»

calement vers la partie profonde des mâchoires entre la paroi osseuse alvéolaire et le follicule primitif sur la face interne ou buccale de celui-ci. Il est constitué des mêmes éléments que le cordon primitif, tlont il n'est en réalité (ju'un véritable bourgeonnement; ce sont les mêmes cellules polygonales recouvertes d'une couche uni([ue de cellules prismatiques. C'est ce bo\irgeon qui représente la première ébauche des dents permanentes; chacun des vingt lollicules de la première dentition présente on effet à la même époque un phénomène de genèse identique, et c'est de la sorte à un fait physiologique imifurme que les dents de la première denlitiou doivent leur remplacement par un nombie égal de dents de la seconde.

Aussitôt que ce bourgeon a pris un certain développement, on peut suivre aisément les phénomènes ultérieurs dont il est le siège. On le voit alors s'enfoncer profondément au fond de la gouttière dentaire, puis il s'isole du follicule primitif par une rupture qui a lieu au point de jonction, primitivement siège de sa naissance (fig. 5, E).

De la sorte, le follicule primitif devient indépendant de toute connexiofk du voisinage, tl continue ainsi son évolution individuelle, tandis que le bourgeon secondaire reste adhérent au cordon primitif et par lui à la lame épiihéliale et à la muqueuse. C'est ce dernier état, observé sans tenir compte des phases antérieures et despha« ses ultérieures du développement, qui a pu faire croire que le cordon des dents permanentes naissait des débris du cordon primitif ou directement de la lame épithé- ^% '''■ -*'"'f"' '!'""" '"■'':'=''° ':!' ■"^^^iH';''- infcnem-

r a un cmhryon liumain de O/io centirnclres dans la

liaie. région incisive (giossisseriicnt do 80 diainctics).

La descente du bourgeon se- a, Can,lage,le MocUel.- (,.EpiU.éliumlmrca1.-c, Coupe COndaire est bientôt suivie de toute ^'^ l'anère demairc. — c\ Coupc de; nerfs. — rf, Traces 1 ' • j 1 ' ' osseuses alvcoliiios. — E, Cordon du fùllicule tempola série des phénomènes communs raire séparé du follicule corre^ponda,,.. - g, Cyane de à toute évolution folliculaire, c'est- l'émail du folUculc temporaire. — 11, Uiillic sunuonlé ^ 1- I • 1' L /i, '''^" petit chapeau de dcnlinc. — K, Cordon du fola-dire la naissance d un bulbe sur Hcuie de la dent permanente.

le point culminant de la masse

que termine le bourgeon, devenue organe de l'émail, son enfoncement pour loger l'organe nouveau, l'apparition de la paroi folliculaire qui s'élève sur les côtés pour atteindre le col du nouvel organe de l'émail et constituer par sa soudure le follicule secondaire, etc.

Pendant le temps que mettent à s'accomplir ces phases de développement, on voit survenir certaines modifications dans les régions qui avoisinenl le follicule primitif; au niveau du point oii se sont effectués la rupture du cordon secondaire et l'isolement du follicule primitif, le tronçon du cordon qui reste adhérent à

j)0 DENT (physiologik).

ce dernier devient le siège de ces fragmentafions avec bourgeonnement et muli|ilicalioa dos débris, sur lesquels nous avons longuement insisté dans le paraij;ra|)lic précédent. L'époijue qui coirespoiid au début de ces pbénomenes est celle oîi l'emlirjon bun)ain mesure 25 conlimctres.

Chez les embryons d'autres mammifères, ces faits, qui ont toujours pour point de départ le moment de la rupture du cordon, nous ont paru se iiroduire un peu plus lot relativement à h durée de la gestation. Il en est ainsi chez le cheval et le veau. En outre, chez ces animaux le bourgeon secondaire naît sur un point un peu plus éloigné du follicule primitif, c'est-à-dire dans le parcours du cordon de la lame épithéli.ile au sonmiet de celui-ci; le mouton est également dans ce cas. Quelques dilTérences ^'observent aussi relativement à la direction (le ce cordon secondaire dans les diilérenles esjièces. Ainsi, tandis que chez riionmie nous lui avons leconnu une direction verticale, chez les heibivores il affecle une direction très-obli(iue, de telle sorte que, parti tlu côté externe non loin de la lameépithéliale, avec laquelle il reste en connexion, il passe au-dessus du follicule temporaiie, suivant une ligne courbe qui le conduit du côté interne de ce dernier. On peut voir nettement cette disposition sur les coupes de mâchoires de veau, de mouton et de cheval, dans la région incisive.

L'origine et la direction de ce cordon secondaire n'entraînent pas un rapport absolu avec sa longueur, car chez l'honmie, où sa direction est verticale, il est plus long que chez: le cheval, où il est ccnviligne; d'une manière générale sa dimension, ainsi que celle du cordon primitif, est subordonnée à la h;iuteur même du bord alvéolaire et à la direction du follicule lemporaiie. i-hez l'homme, chez les carnivores, celte hauteur est relativement plus considérable et, de plus, l'obliquité si grande qu'affectent les Ibllicules primitifs des incisives des herbivores permet au bjurgeon secondaire de franchir directement l'arc maxillaire pour se placer, après un trajet fort court, au côté interne du follicule antérieur, et il y effectue son évolution complète.

Dans sa progression au sein des mâchoires, le cordon du follicule secondaire offre une forme spéciale; il est constamment disposé en spirale, et son aspect rappelle parfaitement celui des j^landes sudoripares dans leur trajet épiderniique. Cette physionomie pailiculière est tellement accusée pour le cordon des dents permanentes qu'elle devient un caractère propre à le distinguer du cordon teni- ])oraire, lequel peut décrire quelques sinuosités, mais n'est jamais si franchement sj)iroide.

Cette dillérence a d'ailleurs pour explication la nécessité pour le cordon secondaire de parcourir un trajet plus long dans un maxillaire plus développé et de conduire le follicule futur jusqu'au-dessous du follicule temporaire.

Les llexuosités spiroïdes du cordon secondaire sont surtout très-marquées au voisinage de son point d'origine et dans la première moitié de son trajet, puis, quand on se rapproche de son extrémité, elles diminuent et disparaissent enfin complètement pour faire place à un petit renflement arrondi en forme de massue, qui rappelle exactement la disposition que nous avons décrite à l'extrémité du cordon primitif, ce renflement représentant Yorgane de l'émail de la dent permanente (fîg. 5, 1\).

Lorsque la série des pliénomèncs évolutifs a amené le follicule nouveau au moment où chez l'homme, par exemple, le bulbe est apparu unicuspidé pour les incisives et canines, multicuspidé pour les molaires, certaines particularités se produisent au sein du cordon épithélial : celui-ci, dont la séparation avec le

DENT (physiologie). 57

follicule primitif est déjà effectuée depuis quelque temps, se rompt à son tonr sur uu point de son tnijet au milieu des ilexuosilcs ou spires qu'il présente. C'est alors que le follicule secondaire ainsi que le primitif se trouvent séparés de toute connexio i pendant toutes les phases ultérieures de leur évolution. Cette rupture est bientôt suivie de nouvelles subdivisions dans la substance même du cordon qui semble se désagréger en fragments de volume varié. Ces fragments s'allongent et bourgeonnent dans divers sens, de telle sorte que ces prolongements épiihéliaux se mêlent et se confondent avec ceux du cordon primitif, s'anastomosent avec eux et arrivent à former dans cotte région une sorte de réseau à mailles parfois très-serrées et qui se prolongent jusqu'au contact de la paroi folliculaire avec les bourgeons qui la recouvrent. Enfin, toutes ces masses épiihéliales, après avoir proliféré et végété, s'atrophient et disparaissent.

Tel est le mode de genèse des follicules des dents permanentes précédées de dents temporaires correspondantes. Vingt dents sont dans ce cas, mais, s'il s'agit de celles qui naissent d'emblée en arrière de la série des dents caduques, c'està-dire des molaires adultes, le mode d'origine n'est plus le même. En effet, la première molaire permanente, dont on \oit déjà le follicule assez développé pendant la vie fœtale, naît d'un cordon épitliélial qui pieiid sou origine directement à la lame épithéliale, et son cordon pénètre au sein du tissu embryonnaire dans une région où il ne rencontre aucun follicule antérieur.

Pour la seconde molaire, le phénomène revient au mécanisme des dents de la première série, car c'est par un diverticulum du cordon de la première molaire que se produit le follicule de la seconde. Ces deux dents sont donc en quelque sorte, l'une à l'autre, comme une dent caduque à une permanente. Seulement, comme la seconde se loge en arrière et non au-dessous de la première, le cordon épitliélial ne prend pas la direction descendante ou verticale, mais se porte d'abord horizontalement pendant un certain trajet pour s'infléchir au delà du follicule et se placer au bout de la rangée.

Quant à la dernière molaire, ou dent de sagesse, sa naissance s'effectue par un mécanisme analogue à celui (pie nous venons d'étudier, c'est-à-dire que le cordon épitliélial qui donne naissance à son organe de l'émail e?t une éni.inatioii du cordon de la seconde molaire. Toutefois nous devons dire que la constatation de cette origine a rencontré beaucoup de difficultés en raison du siège oîi elle a lieu et de la nécessité de soumettre les mâchoires d'un grand volume et d'une dureté considérable à des réactions nombreuses qui altèrent les tissus. Cependant, il nous a été permis dans plusieurs préparations de constater d'une façon à peu près certaine la naissance du cordon épitliélial de la dent de sagesse sur le point que nous indiquons.

Il suit de là que chacune des deux dernières molaires déiivc directement de celle qui la précède, tandis que la première naissant, comme on l'a vu dans la lame épithéliale, reste par son origine le point de départ des dernières généj-ations des follicules.

Quoi qu'il en soit, en dehors des conditions variables de la genèse des follicules, l'ensemble des phéjiomènes ultérieurs de l'évolution est identique, à quelque dentition qu'ils appartiennent; toutefois, cette identité ne se retrouve pas au point de vue de l'ordre dans lequel évoluent les follicules, et de la durée des phénomènes physiologiques. Ainsi, tandis que la série des follicules de la première dentition se développe dans le temps compris entre le premier tiers de la

58 DENT (physiologie).

vie foetale et la fin de la troisième année, la plupart des follicules de la seconde dentition comprennent dans leur développement un temps bien plus considérable ; exemple : le follicule de la première molaire qui, bien qu'il apparaisse à la quinzième semaine de la vie fœtale, c'est-à-dire peu après les follicules temporaires, n'achève son évolution qu'à la sixième année. Les phénomènes de l'évolution folliculaire, tout identiques qu'ils soient, mettent donc à s'accomplir un temiis variable, suivant la nature, le rôle et le caractère caduc ou permanent des dents futures.

f. Chronologie du follicule dentaire ou époques d'apparition de ses diverses parties composantes. Dans le cours de nos recherches sur le mode de formation du follicule dentaire des Mammifères, nous avons été conslan)ment préoccupés d'une (juestion importante, celle qui est relative à la fixation des époques auxquelles apparaissent les divers organes qui concourent à la constitution de cet organe.

Celte étude devait nécessiter l'emploi d'un grand nombre d'embryons tant de l'homme que des principaux animaux domestiques sur lesquels portaient nos observations. Cn autre point du pioblème consistait à déterminer exactement l'âge de ces embryons eux-mêmes, ce i|ui, en l'absence de renseignement sur l'époque exacte de la conception, ne pouvait être résolu le plus souvent que par leur mensuration. Or leurs dimensions qui correspondent, il est vrai, pour l'homme, d"a()iès les documents recueillis par les auteurs, à des âges bien détei minés, n'ont [las été jusqu'à ce jour, cn ce qui concerne les Mammifères, aussi exactement rapi oi tées aux phases successives de la vie embryonnaire. Il résulte de là que si, pour l'espèce humaine, nous sommes en mesure de doimer les âges exacts de la vie embryonnaire correspondant à tel ou tel état de l'évolution folliculaire, il n'en pourra être de même pour d'autres espèces de Mammifères au sujet desquels les tables chronologiques manquent de rigueur suffisante.

En ce qui concerne l'homme, chez lequel cette étude offre le plus d'intérêt et le plus grand nombre d'applications, nous avons pu recueillir un grand nombre d'observations sur une série d'embryons depuis l'époque où ils mesurent 3 centimètres de longueur totale, ce qui correspond à la septième semaine, jusqu'au moment où ils atteignent 57 centimètres, c'est-à-diie six mois et demi. Cette première série nous a permis de fixer toutes les périodes de l'évolution des follicules de la première et \me partie de celle de la seconde dentition. Quant aux auties phases de cette dernière, nous les avons établies par l'étude des sujets voisins du terme ou chez des nouveau-nés de divers âges.

Le plus petit de ces embryons, celui de 3 centimètres (de la septième semaine), dont nous avons fait des coupes portant sur la totalité de la tête, nous a permis de déterminer qu'à cette période on ne rencontre encore de point d'ossification sur aucune partie du ciàue ou de la face ; seule la mâchoire inférieure présente quelques travées osseuses rudimentaires au voisinage du cartilage de Meckel.

A ce moment les mâchoires n'offrent à considérer, au point de vue de l'évolution folliculaire, que l'existence du bourrelet épithélial, lequel est identique aux deux mâchoires. Ce bourrelet offre tous les caractères que nous lui avons assignés plus haut. 11 n'y a pas trace de lame épitheliale. Le follicule n'est donc pas encore apparu dans ses premiers rudiments.

Le deuxième embryon que nous avons pu observer avait 5 centimètres 1/2. soit deux mois, et, à cette époque, nous avons constaté que les croutlières

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dentaires commencent à se former ; les cordons épithéliaux, représentant l'organe de l'émail, sont Irès-neltemenl détachés, et le bulbe dentaire apparaît déjà sous forme d'un point opaque dans l'endroit que nous avons désigné à sa genèse. Cette période du développement comparée à l'état précédent nous a permis ainsi de lixer de la septième à la huitième semaine l'apparition de la lame épithéliale et vers la huitième semaine la genèse de l'organe de l'émail du cordon épithélial. En outre une remarque importante que nous avons pu faire, c'est que l'évolution est au même degré aux deux mâchoires, ainsi que pour tous les l'ollicules de la première dentition. Qu'il s'agisse des incisives, dr^s canines ou des molaires, l'état du développement est identique. Ces données, qui nous paraissent présenter un degré suffisant de précision, sont de nature à modilier les chiffres fournis à cet égard par un travail antérieur dans lequel on assigne au début de l'évolution folliculaire le soixantième ou soixante-cinquième jour, ce qui coriespondrait à la neuvième semaine : ce phénomène est donc notablement plus précoce. De plus l'évolution, d'après les recherches dont nous parlons, présenterait à la mâchoire supérieure un certain retard sur l'inférieure, ce (jue nous n'avons pas constaté.

Sur un troisième embryon de 7 centimètres 1/2 correspondant à la onzième semaine, nous avons reconnu que le développement, toujours identique auxdeux mâchoires et pour chacun des follicules de la même dentition, était parvenu à cet état où, le cordon folliculaire restant entier, le bulbe est constitué, unicuspidé pour les incisives et les canines, multicuspidé pour les molaires. La piiroi l'olliculaire se détache de la base de ce bulbe, mais n'est pas encore soudée au sommet du follicule. Il n'existe en ce moment aucune trace du cordon des dents secondaires. Le bulbe est constitué par de la substance amorphe et des noyaux; sa couche superhcielle d'apparence membraneuse se constate ; l'organe de l'émail est franchement étoile et la couche épithéliale périphérique a déjà éprouvé un commencement d'atrophie relativement à la couche profonde.

Un quatrième embryon de H centimètres, soit douze semaines, nous a permis de constater que les follicules n'étaient pas clos et qu'aucune trace de chapeau de dentine, c'est-à-dire d'apparition première d'ivoire, n'était encore appréciable. L'état était resté le même sur un embryon de 15 centimètres, c'est-à-dire âgé de treize semaines.

C'est sur un embryon de 20 centimètres, soit au commencement du quatrième mois, que nous avons recueilli des observations précieuses sur certaines phases ultérieures de l'évolution : en effet à cette époque le cordon folliculaire primitif n'est pas encore rompu, le follicule n'est pas clos. On aperçoit manifestement un petit chapeau de dentine très-nettement dessiné sur certains follicules et non sur toute la série de la même dentition temporaire. En effet c'est au moment de la genèse des traces primitives d'ivoire que se dessine la première différence chronologique entre les divers groupes de follicules : ainsi, tandis ({ue les incisives et les canines sont pourvues d'un chapeau de dentine embryonnaire, les molaires ne le présentent qu'environ une semaine plus tard. Le bulbe a déjà tout à fait la forme de la dent future, sa base est étranglée et rejoint les prolongements latéraux de l'organe de l'émail encore complètement constitué avec sa couche interne de cellules pourvues de son stratum intermedium trèsaccusé.

Enfin c'est à cette époque qu'apparaît le premier bourgeonnement émanant du cordon primitif et destiné à former le cordon secondaire ou organe de

CO DENT (physiologie).

Téniail des dents de seconde dentition. Ce bourgeon est au même état pour toutes les dents des deux mâchoires.

Sur un embryon voisin du précédent long de 25 centimètres i/2 et correspondant à la dix-liuilième ou dix-neuvième semaine, nous avons fixé l'époiiue à laquelle a lieu la séparation du cordon secondaire avec le follicule primitif. Celui-ci s'isole de la sorte de la lame épithéliale et continue son évolution sans aucune connexion avec la muquHuse. Le (ullicule permanent de son côté reste en continuité avec le cordon et par celui-ci à l'épiderme. Si nous appelons l'attention sur celte disposition, c'est parce qu'en négligeant de tenir compte des piiases successives de l'évolution on serait tenté de croire que le follicule des dents permanentes naît directement de la lame épithéliale et non du cordon des dents temporaires. Ce dernier mode de genèse est au contraire très-précis et tout à fait invariable pour tous les follicules des dents permanentes précédées de dents leiuporaircs correspondantes, soit par coiisé(iueiit pour 20 dents de la seconde dentition : les 8 incisives, les 4 canines et les 8 prémolaires. Nous allons voir qu'il n'en est pas de même des autres follicules des dents pei manentes.

Kn effet, les coupes pratiquées sur les mâchoires de ce même embryon de 20 centimètres nous ont permis de préciser un phénomène très-important : c'est le moile et l'époque de la genèse du cordon de la première molaire permanente qui n'est pas, comme on sait, précédée d'une dent temporaire correspondante. Celle genèse s'effectue directement à la lame épiihéliaie et, comme chez Tembryon dont nous parlons le cordon épithélial présentait déjà une assez grande étendue, nous sommes autorisé à conclure que son apparition répond à la dix-septième semaine environ.

A cette époque de la séparation des follicules temporaires et du cordon des permanents correspondants apparaît encore la première trace des phénomènes de bourgeonnements et proliférations diverses des débris de ce cordon primitif et des masses épithéliales de la paroi, particularités qui ont été décrites plus haut.

D'autres embryons humains, variant de dimensions entre 27 et 57 centimètres et davantage, nous ont permis de fixer les phases ultérieures de l'évolution aussi bien des follicules temporaires que de ceux des dents permanentes. Ces études successives nous ont ainsi conduit jusqu'à l'époque de la naissance et aux premiers temps de l'enfance.

C'est alors que nous avons pu établir deux points qui restaient à élucider dans cet ordre de recherches, à savoir : le mode et l'époque d'évolution du follicule de la seconde molaire permanente et de la troisième molaire ou dent de sagesse.

Les résultats auxquels nous sommes parvenus à cet égard sont les suivants :

Lorsque sur des coupes pratiquées chez un nouveau-né de deux à trois mois on observe la région occufiée parle follicule de la première molaire permanente, on reconnaît que le cordon épithélial de celle-ci présente un prolongement cylindrique dirii^é horizontalement en arrière et terminé par une extrémité arrou'lie. Ce prolongement est le premier début du follicule de la deuxième molaire permanente. Ainsi se trouve fixée au troisième mois de la naissance l'origine de ce follicule.

Les phénomènes de l'évolution de la dent de sagesse se rencontrent aux époques que voici :

Vers la troisième année, le bourgeon épithélial se détache du cordon delà molaire précédente, c'est-à-dire de la deuxième molaire permanente. On peut regarder celle date comme à peu près certaine, d'après de nombreuses observa-

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lions et bien que les difficultés dont nous avons parlé nous aient empêché de suivre d'une manière très-rigoureuse les phases ultérieures de l'évolution. Ce qui est hors de doute, c'est qu'un petit chapeau de dentine est visible dans lo follicule de la dent de sagesse vers la douzième année.

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