‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.27Chapitre 39 sur 49 · DIOT. ENC. XX VIL · texte numérisé non relu

DIOT. ENC. XX VIL

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Les )s7rpat, comme l'indique le sens e'tymologique (de Ic-t;, too;, écaille), étaient avnnt tout des affections écailleuses ou squameuses, et comprenaient sans doute les formes aujourd'hui connues sous les noms de lèpre des Grecs, psoriasis, pityriasis. Lorry fait remarquer que ce terme est employé par Hippocrate au nombre pluriel « Quasi siib hoc nomine gênera morhi potius quant morhum deprehenderet ». Du reste, pour le médecin de Cos, les ^sTrpai pouvaient également se développer sur le tégument interne, ainsi qu'on en trouve un exemple au livre Y des Épidémies, § 17, où il est question d'une /cTroa de la vessie qui aurait déterminé la mort. Le mot Is-rroai a été généralement rendu dans les traductions latines par celui de leprœ^ et dans les traductions françaises par celui de dartres. Ajoutons qu'au moyen âge le mot ^sTrpa fut détourné de son sens primitif par les Arabes, qui s'en servirent pour désigner l'éiéphantiasis des Grecs.

Les -^wpat (de -^w, je gratte) s'appliquaient vraisemblablement à des éruptions surtout accompagnées de prurit (lichen, pruritus, prurigo, etc.), mais rien ne prouve que, sous ce litre, Ilippocrate ait particulièrement désigné la gale. Telle était aussi l'opinion de Lorry : « Hippocrates enim videtur nomine ■Lùpy.i; non eam tantum quam nos ohservare aggredinmr affectionem intellexisse {scilicet scabiem), sed cœtera omnia malorum prurientium gênera. » Le terme -^/w.oa a été rendu en latin par celui de scabies, et en français, fort improprement, est-il besoin de le dire? par celui de gale.

Sous le nom de Izi/r/js; (de ïsv/u, je lèche), Ilippocrate fait mention, sans autrement les décrire, d'efflorescences cutanées survenant surtout sous l'influence des saifons et affectant parfois un caractère épidémique (Aphor., sect. 111, 20). Mais quelle était la forme de ces efflorescences ? Galien, et après lui Aetius et Oribase, en ont fait des tumeurs de la peau : opinion contre Inquelle Lorry proteste, tout en y conformant son classement des lichenes, affections, dit-il, qui de leur nature ne s'élèvent pas sensiblement au-dessus du niveau de la peau, et qu'il semble par conséquent bien difficile de rapporter aux tumeurs. En effet, pour donner une idée des lichenes tels qu'il les comprend, Lorry cite en exemple les éruptions « qua? Gallis dicuntur dartres farineuses ». Mais est-ce bien là ce qu'Hippocrate entendait par le terme Iziyjryzçl Tel n'était pas l'avis de Manardus, qui veut que sous ce titre Hippocrate et Galien aient désigné particulièrement l'impétigo. La question, comme on voit, ne laisse pas que d'être obscure. Aussi le mot Iziyrnz^ a-t-il été traduit tour à tour par celui d'impétigo et celui de dartres.

C'est à ces trois termes, XsTrpat, -^wpat, l-iyj,-jiz, que pourraient être ramenées, dit Lorry, toutes les affections cutanées mentionnées par Hippocrate : Cujus si voces ad accuratani loquendi distinctionem ponderare velis, tria tantiim morborum cutaneorum gênera agnoret, psoras, lepras, lichenes. Toutefois, on trouve en outre dans la collection qui porte son nom un certain nombre d'expressions que nous devons au moins indiquer ici, bien que le sens n'en ait pas été précisé avec exactitude. Tel est le terme èÇavQïjpiaTa, traduit en latin par le mot pustidœ et qui semblait s'appliquer à des formes éruptives aiguës, plus ou moins généralisées, et offrant ordinairement les caractères des crises; celui d'ÉpTTïîç [herpès), dont le sens le moins contestable nous est fourni nar la raison étymologique (de soTrav, ramper); celui d'èpv^'.rzzlocç, qui servait' selon toute apparence à dénommer notre érysipèle, bien qu'Hippocrate l'étende à l'inflammation d'organes internes, du poumon, par exemple ; tels encore les termes èzôu-

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para, ©W.raivai, iiSoMx, Ti-oayoi, àsôat, àvQpazsç, qui s'appliquaient à diverses formes de boulons séreux ou purulents, pustules psydraciées ou phlyzaciées, bulles et phlyctènes ; celui de ray/ai, donné à des espèces de tumeurs scrofuleuses, celui de ).otcoi, qui implique l'idée de desquamation, celui de H/;o«(jta, qui signifie aridité de la peau, etc. Mentionnons enfin les mots à)/i)o;, [/.âlx; et >£uz/3, qui servaient à désigner certaines altérations mal déterminées de la peau : akfoç, lorsque cette membrane était parsemée de taches , blanches ; iJ.slxç, lorsque les taches étaient noires ; Izwrj, lorsqu'à la blancheur de la peau se joignaient l'état de dépression de sa surface et la décoloration des poils.

Au point de vue doctrinal, la pensée d'Ilippoci'ate sur les maladies de la peau se tire de sa doctrine générale en pathologie et en étiologie.

On sait que pour lui les maladies étaient dues aux altérations des humeurs, soit dans leurs qualités, soit dans leurs proportions relatives. Dans cette théorie, toute humeur viciée ou surabondante devait être expulsée de l'économie, et dans ce but la nature lui faisait subir une élaboration préparatoire désignée sous le nom de coction. Sous l'influence de ce travail, la matière morbifique, jusque-là éparse et comme flottante au sein de l'organisme, se modifiait peu à peu, se dépouillait de ses propriétés nuisibles, prenait de la consistance, de la fixité, et c'est alors, mais alors seulement, que devenait possible son élimiiialion. Cette expulsion, qui caractérisait la crise, avait lieu le plus souvent par les voies ordinaires d'évacuations, par les sueurs, les urines, les excrétions alvines, les vomissements, l'expectoration ; d'autres fois, c'était une hémorrhagie nasale ou autre qui servait de solution ; dans d'autres cas, enfin, toutes ces issues restant fermées, la matière morbifique se portait avec plus ou moins de violence sur un point particulier du corps, où elle constituait un dépôt, àno^rxiri;. Le dépôt pouvait se présenter lui-même sous une multitude de formes selon l'organe ou le tissu qui en était le siège; mais ce qu'il nuus importe de savoir, c'est que la peau était précisément l'un des organes oii ce genre de crise se trouve plus particulièrement signalé dans les œuvres du Père de la médecine.

L'état de santé n'étant, selon la doctrine, qu'un résultat du mélange régulier des humeurs, il suftisait évidemment que cette condition vînt à manquer pour que la maladie apparût. Or, le corps de l'homme se trouve incessamment soumis à des influences nombreuses qui peuvent à tout instant détruire ou troubler cette harmonie nécessaire, influences venues du milieu, c'est-à-dire des saisons, des climats, de l'habitation, des variations de l'atmosphère, du chaud, du froid, du sec, de l'humide, etc., influences venues de l'alimentation, du genre de vie, de l'exercice, de l'âge. De là toutes les maladies, quels qu'en soient le siège et la forme, et les affections de la peau ne faisaient point exception à la règle. Ainsi, et c'est là un point qu'il ne faut pas oublier, on peut dire qu'à part l'influence des âges cette étiologie était tout entière placée dans l'action des causes extérieures.

Cela dit, un premier point à noter, c'est que les mêmes affections de la peau n'avaient pas toujours aux yeux d'Hippocrate une même signification : tantôt, en effet, il semble leur reconnaître une existence propre, indépendante, et tantôt il les subordonne à d'autres états morbides en leur attribuant une influence heureuse ou défavorable sur l'issue de la maladie principale : de là, pour lui, deux oz'dres bien distincts d'affections cutanées, les unes essentielles ou idiopathiques, les autres symptomatiques et présentant le plus souvent les caractères des crises. Cette distinction est surtout parfaitement marquée dans le passage

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suivant : « Ces affections {lBi)(^-nvsi, Isirpxi xai >îuzai), lorsqu'elles surviennent dans la jeunesse ou dans l'enfance, et que, d'abord légères, elles augmentent peu à peu et s'aggravent avec le temps, ne sauraient être conside'rées comme des dépôts : ce sont des maladies. Mais, lorsqu'au contraire elles apparaissent subitement et avec une grande intensité, alors on peut prononcer avec certitude qu'il s'agit bien d'une crise ou dépôt [ànoa-TocTi;) » {Prédictions, liv. II).

Je me suis plus d'une fois demandé sur quel passage des œuvres hippocratiques Gibert avait pu se fonder lorsqu'il a prétendu faire remonter au Père de la médecine la distinction, si importante, comme il le reconnaît lui-même, que j'ai établie entre les maladies de la peau locales de cause externe, et celles qui dépendent d'une cause interne. Le passage que je viens de citer ne saurait évidemment se prêter à une semblable interprétation. On rencontre, il est vrai, dans plusieurs endroits des œuvres d'IIippocrate, quelque chose qui ressemble plus ou moins à la distinction précitée, notamment au liv. I""" Des maladies^ § 1, où l'on peut lire : « Toutes les maladies, si elles sont internes, proviennent de la pituite ou de la bile ; si elles sont externes, des accidents et des plaies. » Mais qui ne voit qu'il s'agit là d'une proposition générale tendant à séparer les maladies internes des maladies chirurgicales, ou, comme nous disons aujourd'hui, la pathologie interne de la pathologie externe, et que par conséquent cette proposition n'offre absolument rien de commun avec une classification méihodique des affections de la peau. Il y a d'ailleurs, contre l'assertion que je combats, cette autre raison décisive, qu'il n'existait pas, en réalité, pour Hippocrate, de maladies véritablement de cause interne, du moins dans le sens que nous attachons à ce mot, puisqu'il faisait dépendre, comme nous l'avons dit plus haut, toute sa pathologie de l'action des causes extérieures sur le corps de l'homme : aussi n'y avait-il point de place, dans cette doctrine, pour les maladies spontanées, diathésiques ou constitutionnelles, et les affections de la peau se divisaient en deux ordres : !<> les unes idiopathiques ; 2° les autres syraptomatiques et critiques. C'est aux affections cutanées idiopathiques à forme chronique que s'applique plus particulièrement, si je ne me trompe, le passage suivant du Traité des affections : « Isrzpxi, prurigo, icjpat, l^xc-^cç, à^o;, etalopeciae, ex pituita oriuntur : sunt « autemista fœditas potins qiiam morhi » [De effect., § 26). Des difformités plutôt que des maladies ! Voilà donc le jugement que l'on portait alors sur le plus grand nombre des maladies de la peau. Et, en effet, les éruptions chroniques, celles qui devaient être plus tard confondues sous le nom de dartres, et qui composent aujourd'hui plus des deux tiers de la pathologie de la peau, ces éruptions si nombreuses ne tiennent dans les écrits d'IIippocrate qu'une place infiniment restreinte, mais on le voit se préoccuper continuellement des éruptions aiguës symptomatiques ou critiques, soit qu'il les considère dans leurs rapports avec les saisons, les âges, les variations de l'atmosphère, .soit qu'il s'étudie à rechercher leur valeur séméiotique et les données qu'elles peuvent fournir au pronostic et au traitement des maladies dans le cours desquelles on les rencontre.

Le transport et le dépôt de la matière morbifique qui, selon Hippocrate, produisait les éruptions symptomatiques et critiques, pouvait se manifester sous les formes les plus diverses, telles que tumeurs scrofuleuses, suppurations, ulcère, éruptions, desquamations, chute de cheveux, l'alphos, la lèpre et

autres choses analogues (oiov Tayyat, v.ai t« èy.nvo^jvrx, OQOV àlxoç, y.oct TOC zoiomx £?av9v2p.aT«, r) Wot, n p.a5-fl(7i; Tpi;/wv, à>,yoi, >S7rp«t. Épid., liv. II, 7, p. 77, t. V,

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édit. Littré), et le résultat était plus ou moins favorable selon le siège du dépôt, son abondance, la rapidité de son apparition, etc. Le dépôt, pour être avantageux, devait se produire loin de la maladie et sur une partie plus déclive ; il fallait surtout que, par son abondance, sou intensité, sa durée, il répondit à la grandeur du mal : « 11 y avait de petites éruptions qui n'étaient d'aucune utilité, qui ne répondaient pas à la grandeur du mal, et qui disparaissaient promptcment, des parotides qui ne délivraient de rien, etc. » {Epid., liv. 1, § 20). Lorsque le dépôt remplissait les conditions voulues, il servait de solution à la maladie principale : « Après le coucher des Pléiades, les vents du midi régnaient. Les crises se faisaient le cinquième ou quatrième jour; elles amenaient des taches avec des phlyclènes flasques » {Epid., liv. IV, § 27). Le fait suivant, que je trouve au liv. VU des Epid., § 181, se rapporte évidemment à notre herpès critique : « Les lièvres dans lesquelles il vient du mal aux lèvres se terminent peut-être avec cette éruption. »

Si la matière morbiiîque peut se déposer à la périphérie, elle peut aussi, sous l'influence de causes spéciales, être reprise par un mouvement inverse et transportée sur les organes internes, ou tout au moins dans un lieu différent de celui qu'elle occupait d'abord : de là les phénomènes dits de métastase, de rétrocession ou de répercussion. Or, il est fort souvent question, dans Hippocrate, d'éruptions rétrocédées, répercutées, et il attache généralement à ce fait une signification grave. Tel est le cas d'un malade dont il rapporte l'histoire au livre Y des Epidémies, § 59 : « Des démangeaisons vives existaient sur toute la surface du corps, principalement au front et aux bourses, et la peau était si épaisse qu'il était impossible de la pincer ; cette éruption ayant disparu sous l'influence de bains chauds, le malade tomba hydropique et mourut. » Tel est encore le cas d'un enfant de deux mois, atteint de boutons fort rouges, avec des enflures aux jambes, aux cuisses et aux lombes; l'éruption étant rentrée, l'enfant fut pris de convulsions et d'attaques d'épilepsie (Épid.,\i\. Yll, § H8). Ailleurs, il parle de la rétrocession de l'érysipèle, favorable, si elle a lieu de dedans en dehors, funeste dans le cas contraire [Aphor., sect. VI, aph. 25); ailleurs enfin, ce sont des humeurs pituiteuses, même rongeantes, qui se déplacent, quittent la tête pour se porter sur les oreilles, sur les pieds, la poitrine [Épid., liv.4, § 1).

Dans certains cas, Hippocrate paraît se préoccuper surtout de la signification pronostique d'une éruption : Qiiibus per fehres assiduas vfk-S'ioLv.ia. toto corpore enascuntur, lethale est, nisi quid purulentum ahscedat. In his vero prœcipUe adnasci ad aures tuhercula soient {Coacœ prœnot., lib. I, § 120). Remarquons ici l'influence funeste d'une éruption contre-balancée par l'apparition d'un dépôt purulent. Certaines éruptions {veliit summa cute leviter lace rata aut vellicata) étaient pour lui le signe d'une atteinte grave portée à l'économie tout entière (Coacœ prœnot., § 12). On lit également dans le même Traité, liv. 11, ch. xxvi, sentence i : Quibiis ad arliculos prcerubrœ pustuke superficiales enatœ siint, ac subindè régent iis, velut ex acceptis, plagis cum dolore venter et inguina rubescunt et pereunt. Et ailleurs (liv. 11, § 68) : « Des taches rouges aux pieds et aux mains, funeste ».

Hippocrate regardait les hémorrhoïdes comme un flux le plus souvent salutaire, et pouvant préserver d'un grand nombre de maladies, parmi lesquelles des affections cutanées, telles que : furoncles, ulcères rongeants, lèpre, etc. Aussi la suppression intempestive de ce flux était-elle considérée par lui comme

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une cause très-efficace de ces mêmes maladies [Des humeurs, § 57. — Épid., liv. VI, § 61).

Enfin, et c'est par là que je termine cette étude déjà longue, Hippocrate a signalé l'urticaire (Des maiad., liv. Il, § 68), le lichen [Épid., liv. V, § 39), les engelures {Épid., liv. V, §57), l'orgeolet, dont il fait une éruption critique [Épid., liv. II, § 19), les éruptions roséoliques d'été [Épid., liv. V, § 43), les excoriations prurigineuses du pudendum [De naturâ muliebrï), les éphélides {De morh. mnlierum, lib. 11), des affections gangreneuses graves {Prœdict, lib. II. — iVJ., liv. I).

Tel était, autant qu'il est permis d'en juger, l'état de la pathologie de la peau vers le cinquième siècle qui précède notre ère. Il serait puéril d'en faire ressortir les imperfections et les lacunes. Ce qu'il faut chercher, je le répète, dans la collection hippocratique, ce n'est point la description plus ou moins exacte de telle ou telle affection cutanée : à ce point de vue, tout est vague, indéterminé. Pour Hippocrate, comme le fait remarquer Littré, ce que les maladies ont de commun est plus important à considérer que ce qu'elles ont de particulier; ce qui l'intéresse avant tout, ce n'est point ce qui peut servir à les caractériser, à les distinguer les unes des autres, mais ce qu'elles ont de commun, de général, les relations qu'elles présentent, les présages qu'on en peut tirer, eu un mot, le rôle qu'elles jouent dans la scène morbide dont tout malade est le théâtre nécessaire, et dont les différents actes se résumaient en ces trois termes : la crudité, la coction et la crise.

Après Hippocrate, l'auteur le plus considérable qui se présente à nous dans l'ordre chronologique est Celse, qui vivait probablement dans le premier siècle de notre ère. Son livre, écrit d'un style élégant et concis, est l'un des plus précieux que nous ait légués l'antiquité {De re medicà ucto libvï). Les affections delà peau y sont décrites avec des développements qui attestent que cette partie de l'art de guérir avait été chez les Romains l'objet d'études sérieuses et d'observations multipliées. La langue dermatologique, si pauvre dans Hippocrate, s'est enrichie de termes nouveaux dont la plupart ont été adoptés par la science moderne.

Celse ti'aitc des affections cutanées dans plusieurs parties de son ouvrage, mais plus particulièrement à la fin du cinquième livre et au commencement du sixième, oîi leur place se trouvait naturellement marquée dans le plan général de classification que l'auteur s'était tracé en commençant son travail et que nous n'avons pas à reproduire ici. Disons seulement que dans cette classification les affections cutanées appartiennent au groupe des maladies externes. Celles-ci peuvent être le résultat d'une cause extérieure ou bien d'une cause interne. De là deux sections. Celse décrit dans la première les blessures, aussi bien celles des organes profondément situés que celles dont l'action se limite à la périphérie : distinction que semblait réclamer son mode de classement; la deuxième section comprend les maladies d'origine interne, et comme il ne s'agit plus ici que d'affections extérieures ou périphériques, c'est la pathologie de la peau que Celse expose dans ce chapiti-e. De plus, il distingue dans les maladies de la peau, comme dans les autres maladies externes, celles qui sont communes à toute la surface du corps et celles qui sont propres à certaines parties. C'est donc à Celse, et non point à Galien, comme on l'a prétendu, que remonte la division tant de fois reproduite des maladies cutanées en celles qui se montrent sur tout le corps, et celles qui se bornent à la tète ou à quelque autre région.

Celse subdivise les affections de la peau, au point de vue étiologique, en celles ({ui dépendent d'une cause extérieure, et celles qui résultent d'une cause interne. Est-ce donc à Geise, si ce n'est point à Hippocrate, que doit être attribué l'honneur de cette distinction fondamentale en pathologie cutanée? Oui, sans doute, si l'on s'en tient à la lettre. Mais alors je demanderai pourquoi cette distinction, aujourd'hui proclamée si importante, est demeurée ensevelie pendant des siècles dans le livre de Celse; comment il ne s'est trouvé personne pour en faire sentir toute la valeur, pour en tirer les conséquences qui s'y trouvaient enfermées. C'est que l'auteur lui-même, dans l'application qu'il en a faite aux maladies externes ou périphériques, n'y a vu qu'un simple mode de classement, un moyen commode de séparer les affections traumatiques de celles qui ne présentent pas cette origine; et ce qui le prouve, c'est que ce principe est resté complélement stérile entre ses mains : « Ceux qui ont l'esprit de discernement, dit Pascal, savent combien il y a de différence entre deux mots semblables, selon les lieux et les circonstances qui les accompagnent... Tel dira une chose de soi-même, sans en comprendre l'excellence, où un autre comprendra une suite merveilleuse de conséquences qui nous fait dire hardiment que ce n'est plus le même mot, et qu'il ne le doit plus à celui d'où il l'a appris ». La vérité est que Celse, après avoir tracé la division précitée, prend comme au hasard chaque maladie cutanée, et la décrit sans se préoccuper le plus souvent de sa nature, de ses causes, des conditions au milieu desquelles elle se développe, des rapports qu'elle peut affecter avec d'autres états morbides, soit de la peau,, soit des organes internes. Il en résulte une succession de tableaux sans doute tracés de main de maître, mais disposés comme au hasard, et dont l'ensemble ne saurait satisfaire un esprit véritablement médical. De là aussi parfois une certaine obscurité dans ces descriptions dont les grandes lignes ne sont mises en relief par aucun détail accessoire. Remarquons en outre que Celse range au nombre des affections de cause interne la pustule maligne, les engelures, les verrues et les cors.

Ces réserves faites, et si l'on tient compte du temps où il fut écrit, il faut reconnaître que le livre de Celse n'a pas été sazis influence sur les progrès de la dermatologie.

Il nous reste, en ce qui concerne cet auteur, à rappeler, comme [nous l'avons fait pour Hippocrate, les maladies qu'il décrit, la manière dont il les envisage, enfin les dénominations qu'il leur applique, et qu'il est utile aux dermatologues de connaître.

Dans les affections de cause interne (qiice interiùs, corruptâ aliquâ corporum parte, nascuntiir), Celse décrit successivement : la pustule maligne [carhunculus), dont il ne semble pas soupçonner l'origine; le carcinome (x.apztv&jpia), qu'il fait dépendre d'une mauvaise disposition du foie ou de la rate, différentes espèces d'ulcères, à savoir : le ihériome, qui peut revêtir la forme phagédénique ; Vignis sacer, qui offre les plus grands rapports avec le zona de Pline; Vulcus chironium, dont le siège est aux jambes, et qui répond exactement à nos ulcères calleux. Puis il fait passer sous les yeux du lecteur un certain nombre d'affections qui diffèrent des précédentes par leur moindre gravité : {'engelure, qu'il attribue au froid de l'hiver, malgré le classement qu'il lui donne; les éc rouelles (struma), dont il signale la ténacité et la durée longue ; le furoncle, que quelques lignes lui suffisent à caractériser; le phyma, qui n'est autre chose que notre abcès dermique; le phijgethlon, sorte de furoncle; les abcès sous-cutanés ou profonds

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qui succèdent fréquemment aux fièvres, les fistules qui peuvent en être la conséquence. Viennent ensuite : le ■/.r,pio-j, qui répond, soit à nos acnés pilaris, ombiliquée et varioliforme, soit à des kystes sébacés; différentes espèces de verrues, qu'il désigne par leurs dénominations grecques ; le cor, qu'on ue s'attendait guère à rencontrer parmi les affections de cause interne.

Sous le nom de pustulœ, l'auteur latin comprend des lésions cutanées qui se distinguent des taches par la saillie qu'elles forment sur la peau, et des papules en ce qu'elles contiennent un liquide. Il en admet plusieurs espèces : les unes, appelées i;av6/;f;taTa par les Grecs, tantôt^ rouges, tantôt de la couleur de la peau, comparables à celles qui surviennent après les piqûres d'orties ou après les sueurs; d'autres, dites flvy.rxuxt, produites par le froid, par le feu ou par les médicaments; c'est sans doute quelque chose comme notre pemphigus ; d'autres plus dures, blanchâtres, pointues, flv^ocy.iov, renfermant un liquide; d'autres enfin, désignées sous le nom d'ÈTi-tvu/.Ti,-, de beaucoup les plus graves, mais qui ne se rapportent à aucune affection actuellement connue. Le paragraphe suivant est consacré à la scabies dont les caractères, d'ailleurs assez obscurs, nous semblent s'appliquer plus spécialement, non point à la gale considérée dans son ensemble, mais à l'une seulement de ses manifestations, l'eczéma psorique [voy. art. Gale et Dartres). Viwpétigo, dont la description suit, nous paraît également se rattacher à la gale par ses trois premières espèces, qui rappellent assez exactement les variétés pustuleuse, ectbymatique et huileuse de cette maladie parasitaire; la quatrième espèce d'impétigo, caiactérisée par des taches squameuses, n'est pas sans quelque rapport avec le psoriasis. 3Ientionnons encore, en suivant toujours l'ordre adopté par Celse, les papules (papulœ), dont il admet deux espèces : l'une simple, qui répond au lichen simplex, ou bien encore à notre eczéma arthritique ; l'autre dite «ypia par les Grecs, et fera par les Latins, qui peut dégénérer et se transformer en impétigo, c'est Veczema ruhrum. Celse termine enfin par le vitiligo, qu'il divise en trois espèces : àlfo;, lj.ùa.ç et Ivjy.Ti. Mais que faut-il entendre au juste par ces trois termes, déjà rencontrés par nous dans Hippocrate ? C'est un point assez difficile à éclaircir, d'après le texte de l'écrivain latin, qui pourrait bien s'en être rapporté sur ce sujet à ce qu'en avaient dit les Grecs, et nous craignons fort que le savant Lorry n'ait tout simplement composé, sur le thème que lui livrait Celse, un véritable roman (Tract, de morh. eut., p. 551, de Vitiligine). Nous pensons, quanta nous, que sous les termes à)/^oç, [lù.o.^, hv/.r,, les anciens auteurs ont désigné tour à tour, et sans les distinguer suffisamment, soit de simples affections dyschromateuses, soit des affections parasitaires, soit des manifestations cutanées de la lèpre tuberculeuse ou éléphantiasis des Grecs. Toutefois, cette interprétation ne saurait être appliquée à Celse, du moins pour ce qui a trait à la lèpre, qu'il a placée fort judicieusement dans sa classe des maladies générales : or dans la courte description qu'il en donne au troisième livre, les fermes oùfoç, i^ûaç et ).cjx./3, ne sont pas même une seule fois prononcés.

Dans Tétude des affections cutanées particulières à certaines régions, la distinction tirée de l'origine interne ou externe disparaît devant l'ordre topographique, et c'est par la tête qu'il commence sans autre préambule, orsus à capite. Après quelques mots sur la chute des cheveux, qu'il ne confond pas avec l'alopécie, comme nous le verrons dans un instant, il s'occupe en premier lieu du porrigo (en grec -irvpic/.<Tti), qni correspond évidemment à plusieurs affections, les unes sèches, les autres humides, et plus particulièrement au pityriasis et à l'eczéma

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impétigineux du cuir chevelu. Ceîse en fait une maladie dépuraloire, et pense qu'il est dangereux de le guérir radicalement. Puis vient le sycosis, o-vx.coo-i?, qu'il qualifie d'ulcère, et dont il admet deux espèces. La description qu'il en donne laisse beaucoup à désirer, mais il est néanmoins impossible de n'y pas reconnaître la mentagre de Pline, dont nous avons donné l'histoire à l'article MeiMagre de ce Dictionnaire. Une autre maladie du cuir chevelu est décrite par le médecin latin sous le nom d'area, laquelle consisterait essentiellement en une altération de l'épiderme accompagnée de la dessiccation et de la chute des poils. Mais l'absence de détails caractéristiques ne permet pas de se prononcer sur la nature des affections comprises sous le titre collectif d'area. On peut supposer pourtant que l'alopécie était due dans certains cas à l'acné sébacée du cuir chevelu, et dans d'autres à des affections parasitaires. Pêne ineptiœ sunt curare varos, et lenticulas et ephelidas, sed eripi tamen feminis cura cultus sui non potest. C'est en ces termes que Celse s'exprime au sujet des boutons et des taches qui peuvent affecter le visage. Mais l'humanité ne change guère, et les femmes de nos jours ne supportent pas avec moins d'impatience que les dames romaines du temps d'Auguste tout ce qui peut altérer leur beauté ou en diminuer l'éclat.

Tel est le livre de Celse, envisagé au point de vue spécial de la pathologie de la peau.

Pline le Naturaliste était contemporain de Celse. Dans la partie de son ouvrage consacrée à la médecine, ou plutôt à l'histoire des médicaments, il a ramassé de toutes parts, et le plus souvent sans choix, un très-grand nombre de remèdts employas de son temps pour combattre les affections de la peau ; mais on y trouve aussi de précieux renseignements sur quelques affections cutanées alors peu connues ou même entièrement nouvelles. C'est à Pline que l'on doit notamment la première mention qui ait été faite de la mentagre contagieuse, maladie jusqu'alors inconnue en Italie, selon son propre témoignage, et dont le germe aurait été apporté d'Asie par un certain Pérusinus, chevalier romain, sous le règne de Tibère Claude César. Dans l'article (actuellement paru dans ce Dictionnaire, "5" série) que j'ai écrit sur la mentagre {voy. ce mot), j'ai fait voir et démontré jusqu'à l'évidence que l'affection si éminemment contagieuse désignée sous ce nom dans le texte de l'auteur latin n'était et ne pouvait être que notre sycosis parasitaire. C'est une question résolue sur laquelle il n'y a pas lieu de revenir. Parmi les maladies qui ont attiré plus particulièrement l'attention de Pline, il faut citer l'éléphantiasis des Grecs, dont il retrace les principaux caractères, les taches du début, les tubercules bientôt recouverts de croûtes sèches et raboteuses, puis suivis d'ulcérations rongeant les chairs jusqu'aux os, etc. Il nous apprend que cette terrible maladie, importée d'Egypte en Italie au temps du grand Pompée, s'y est éteinte presque aussitùl sous l'influence heureusement défavorable des conditions climatologiques. Pline a signalé en outre quelques éruptions omises par Celse, le prurigo des vieillards, le prurigo pudendi, le pityriasis faciei, etc. Il a parfaitement indiqué le zona, ainsi nommé, dit-il, parce qu'il entoure le corps comme d'un cercle, et dont il compare justement les effets à ceux de la brûlure ; il ajoute qu'une pareille affection, si elle s'étendait à toute la surface du corps, entraînei'ait certainement la mort de l'homme. Enfin, pour ce qui a trait aux remèdes qu'il recommande contre les maladies cutanées, la liste en est trop longue, et surtout trop étrangement composée, pour qu'il soit utile de s'y arrêter ici. En résumé, si Pline semble en effet mériter parfois le

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jugement sévère que Lorry lui applique, « qvi [Plinius) circa res medicas prœcipiiè freqiientissime cœcutit », il faut avouer pourtant qu'il est des cas, même en médecine, oii il a rencontré juste, et qu'à propos de la mentagre, par exemple, le reproche pourrait être fort légitimement retourné contre son auteur. Scribonius Largus, qui vivait également dans le premier siècle de notre ère, a ajouté quelques traits à la description du zona déjà mentionné par Phne, comme nous venons de le dire. C'est d'ailleurs le seul titre qui recommande cet auteur à l'attention du dermatologiste.

Arétée (de Cappadoce) (81 après J.-C) est le premier qui ait donné une description complète et précise de l'éléphantiasis des Grecs, que Celse et Pline n'avaient probablement jamais observé eux-mêmes. Cette description, dans laquelle l'auteur semble s'être proposé d'égaler l'énergie de l'expression à l'horreur de la maladie, est restée un modèle qui n'a pas été dépassé. Un fait à noter ici, c'est que l'on doit à Arétée l'emploi des mouches cantharides comme moven vésicant ; avant lui, cette substance n'avait été mise en usage qu'inté- ]ieurement.

De même que Celse, mais moins nettement que lui, Galien a divisé les maladies de la peau en celles qui attaquent toute la surface du corps et celles qui sont particulières à certaines régions, au cuir chevelu, par exemple. Un passage del'Isagogé, cité par Rayer, ne saurait permettre aucun doute à cet égard: (( Cutem totiusque corporis partes exagitant lepra, psora, alphos albus, alphos « niger, leuce, impétigo simplex, impétigo agrestis, di-acontiasis, achrocordones « thymi, myrmeciic, clavi, calli. Qua^dam horum ex podagra et articulari

« morbo, quc-edamex sese oriuntur Achores, pityriasis, meliceres, atheroma

« et favus. Porroeampartem, qu;o capillo tegitur, etmentum occupant alopecia, « ophiasis, calvities et madarotes. Pili omnes fluunt, extenuantur, quassantur, « scinduntur, squalescunt, in pulverem rediguntur, subflavescunt, canescunt « (De exterioribus capitis affectibus. — Introductio seu medicus, 117). Celte citation nous apprend en outre que Galien avait remarqué la relation que présentent quelquefois les affections de la peau avec la goutte et le rhumatisme. Quant aux causes, il en admettait de deux espèces : 1" les unes externes, qu'il désigne sous le nom de choses non naturelles, et qui ne sont autres que l'air, les aliments, le mouvement, etc. ; 2° les autres internes, consistant dans le vice des humeurs. Les premières ne deviennent nuisibles qu'autant qu'elles rencontrent dans l'organisjne une cause interne préparée à recevoir leur action.

Les maladies de la peau sont dues à la bile jaune, ou à la bile noire, ou à la pituite. La bile jaune en excès produit l'érysipèle et les herpetes; la bile noire, les cancros et phagœdenas, aut elephantos, aut aliquem ex his adeo incurahilibus 7norbis. Enfin, lorsque c'est la pituite qui domine, on voit s'élever des tumeurs œdémateuses.

Galien a particulièrement insisté sur l'herpès, dont il admettait trois espèces : 1° êpTr-fl-r y.Bf,)(pivi [herpès miliaris) ; 2» ipiztiz ètrôiouevoç {herpès erodens, serpigo) ; 5" spn-cq (olxiy-oivMr,!; [herpes phcigedenicus) . Il le définit un ulcère, mais l'ulcération n'existe pas toujours au début, « velut ni herpete miliari, qui non « protinijs ulcus facit, quemadmodum alter; sed admodum exiguas pustulas ad « speciem milii, qu8e,interposito spatio, in ulcus etiam dégénérant. » Uherpes miliaris de Galien répond, comme on voit, à l'herpès de Willan, et notamment au zona ; V herpes erodens réunit toutes les formes et variétés de l'eczéma; enfm, Vherpes phagedeniciis nous semble se rapporter, non pas au véritable lupus,

mais à l'affection complexe désignée par moi sous le nom de scrofulide maligne crustacée ulcéreuse {votj. l'article Dartres de ce Dictionnaire),

Parmi les tumeurs du cuir chevelu, dit Galien, il fimt signaler Vày^vp, affection dans laquelle la peau est toute criblée d'ouvertures par où s'échappe une humeur ténue et légèrement visqueuse, et le xvpiov des Grecs ou favus des Latins, affection très-voisine de la précédente, mais qui en diffère par les dimensions plus grandes des pertuis cutanés qui distillent une humeur semblable au miel de l'Hymette. Il était diflîcile d'indiquer plus clairement l'eczéma Huent et l'impétigo du cuir chevelu.

Galien croyait à la génération spontanée des ;9efZzcu/i sur le corps de l'homme. On voii que cette opinion ne date pas de nos jours. Le médecin de Pergame les faisait naître d'une surabondance d'humeurs chaudes (calidis), mais n'ayant point acquis pourtant le degré de température qui appartient aux humeurs acres et séreuses. D'où il conclut que la maladie pédiculaire se produit dans la profondeur de la peau, seul point oià les animalcules peuvent s'engendrer, et non point à la superficie, où se rencontrent les furfure-.

Bien d'autres affections de la peau se trouvent mentionnées dans les œuvres de Galien, mais elles y sont principalement envisagées au point de vue de leur étiologie humorale et des moyens thérapeutiques employés pour les combattre.

Je dois enfin citer le nom de Cœlius Aurelianus, médecin à peu près contemporain de Galien, mais originaire d'Afrique, et qui écrivit en langue latine. Il a porté plus spécialement son attention sur les phthiriasis, dont il expose le traitement, et sur l'éléphantiasis des Grecs, maladie alors endémique sur le littoral africain.

Ici se termine la première époque de l'histoire des dermatoses. Elle commence à Hippocrate et finit à Galien, les deux plus illustres représentants de la médecine antique. Les affections de la peau, d'abord confondues et comme englobées sous des dénominations collectives, tendent à se particulariser, à former des individualités de plus en plus distinctes, et leurs caractères mieux définis permettent enfin de les rapprocher des formes willaniques qui leur correspondent.

Deuxième époque. Elle commence avec les Grecs du second ordre, Grœci receiitiores, comme Lorry les appelle. Nous sommes au moment du partage de l'empire romain, vers la fin du quatrième siècle (395). Quatre ou cinq noms résument pour nous cette phase historique: Oribase, Aétius d'Amide, Alexandre de Tralles et Paul d'Égine.

Ce n'est point ici le lieu de porter un jugement d'ensemble sur les œuvres de ces médecins justement célèbres, mais avant de rechercher dans quelle mesure chacun d'eux a pu contribuer aux progrès de la pathologie cutanée, nous croyons devoir signaler un défaut que nous retrouverons d'ailleurs chez les médecins arabes, c'est que leurs descriptions des maladies sont généralement fort courtes et parfois à peine ébauchées, tandis qu'ils sent d'une étonnante prolixité dans l'énumération des remèdes. Cette remarque a été faite par Lorry : « Idem et « Paulus jEgineta..., aliique medici plures ex infimâ grsecitate, qui plus in « praescribendis medicamentis quam in describendis morbis insudavere » [Tract, de morbis ciitan., ]). i^b). Un autre fait à noter sur les auteurs en question, c'est que la plus grande partie de leurs ouvrages n'est généralement

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qu'une sorte de compilation ou de commentaire des écrits des médecins qui les ont précédés.

Les réflexions qui précèdent s'appliquent de tout point à Oribase, qui naquit à Pergame, patrie de Galien, vers la fin du quatrième siècle de notre ère. Ce médecin a mentionné un certain nombre d'affections cutanées, notamment le pruritus, qui correspond plus spécialement à nos genres lichen et prurigo; l'impétigo, la scabies et la psora, qu'il confond ou du moins prétend rapporler à une commune origine (Lorry, p. 225) ; les huxr.^s;, qu'il place, à l'exemple de Galien, parmi les tumeurs {liL/ji-j(.^S(ûv oj/mv not.6oz) ; le T£ppiv9oî, 1 ÈTrtvux.Ttç, les herpetes, etc. Oribase est le premier des Grecs, selon Lorry, qui ait signalé les dangers de l'emploi intempestif des médicaments externes dans la cure des herpeles, et qui ait insisté sur la nécessité de débarrasser d'abord l'économie des principes impurs qu'elle renferme par une médication interne. Oribase a généralement suivi Galien, dont il a été appelé lejinge; on trouve en outre dans ses œuvres des fragments d'Archigène, qui sans lui ne seraient pas arrivés jusqu'à nous. C'était avant tout un compilateur, mais un compilateur qui avait beaucoup vu et observé lui-même, et qui savait au besoin parler d'après sou expérience personnelle.

De même qu'Oribase, Aétius d'Amide, qui vint un siècle plus tard, n'a guère fait que reproduire, et sur certains points compléter et développer ce que l'on savait avant lui sur les affections de la peau. Il a beaucoup emprunté à Galien, à Arcbigène, àDioscoride, et quelquefois aussi, pour ce qui a trait aux médicaments, à Oribase. C'est à lui surtout que l'on doit la conservation de ce qui nous reste des écrits du célèbre Arcbigène, qui sut donner après Arétée, dont il fut presque contemporain, une description remarquée de l'éléphantiasis. Dans un fragment transmis par Aétius et cité par Lorry (p. 565), Arcbigène s'efforce de distinguer la lèpre des Grecs (il s'agit ici de l'affection squameuse) de la leuce et de l'alphos, d'une part, de la scabies et de l'impétigo, d'autre part; mais ce passage ne nous paraît pas de nature à dissiper l'obscurité qui règne dans cette partie de la nomenclature ancienne, du moins pour ce qui concerne l'alphos et la leuce, car on ne saurait douter que la lèpre des Grecs représentât notre psoriasis. Nous ne voyons pas non plus, quoi qu'en dise Lorry, le progrès réalisé par Aétius et Arcbigène, qui, en présence de la confusion des termes, prirent le parti de désigner par un même nom toutes les affections prurigineuses de la peau, en ayant soin toutefois de les distinguer selon qu'elles s'accompagnent de tumeurs, de squames ou de furfures, encore que ces particularités soient à leurs yeux sans importance au point de vue delà thérapeutique (Lorry, p. 225). Du reste, Aétius a généralement adopté les dénominations grecques et latines qui existaient alors dans la science, et entre autres celles de phthiriasis, de pityriasis, d'achores, de psora ou scabies, d'impétigo, de pruritus, d'herpès, de lichenes, etc. Il admet les trois espèces d'herpès de Galien, et pour lui comme pour le médecin de Pergame le lichen est une tumeur {oyy.o; >n;^flvw(?ïjç). Enfin, on trouve dans son ouvrage l'énumération d'une foule de moyens thérapeutiques ramassés de toutes parts, mais dont quelques-uns ne sont pas sans utihté. II s'est particulièrement étendu sur les remèdes externes, auxquels il attribuait une grande efficacité. Il donne de bons préceptes sur la diète lactée, sur l'emploi des bains, sur celui de l'eau froide en lotions, etc., etc.

Alexandre de Tralles se fait remarquer entre tous les Grecs de second ordre par la pureté de sa diction et par l'ordre et la clarté qui brillent dans ses

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ouvrages. Mais on cherclierait vainement quelque vue originale ou nouvelle dans ce qu'il a écrit sur la pathologie de la peau. Il s'est occupé surtout des affections cutanées qui atteignent la tête, des achores, à;^wp-ç, ainsi appelés, dit-il, « quod ichori similem Ç'-yypi izocox-nl-nyio-j) Immorem fundant ; » du favus, qu'il distingue de l'achore, comme avait fait Galien, par les dimensions plus considérables des ouvertures de la peau; du Trirvotao-iç, caractérisé, selon lui, par la production de corpuscules ténus et furfuracés à la surface de la tète, ou sur toute autre partie du corps, etc. Alexandre de Tralles a parlé fort judicieusement de l'emploi des purgatifs dans la cure des maladies chroniques, où il les veut doux et répétés, jamais violents et drastiques. Du reste, ce médecin n'a pas échappé au travers de son temps en ce qui concerne la matière médicale et la polvpharmacie, et on le voit multiplier à l'excès les recettes et les compositions les plus bizarres.

Paul d'Égine, au septième siècle, est court et succinct, mais généralement fort exact dans ses descriptions. Il a bien décrit 'a lèpre des Grecs, ou lèpre vulgaire, qu'il confond pourtant avec la scabies; il se sépare de Galien sur la question de l'herpès, dont il admet deux espèces seulement, comme feront plus tard Rhazès et Avicenne ; il désigne les papules par les termes ÈxÇs^ara, iy.'C,BouaTx, -zûiCsi/.oL-ca., mais sans les distinguer suffisamment des pustules, ce que Lorry lui reproche [Tract., p. 252). Il parle du vitiligo et de l'épinyctide, qu'il considère comme des affections identiques, de l'éléphantiasis des Grecs, qu'il traite par la saignée et les purgatifs, l'usage de la thériaque, la diète végétale, etc. On lui doit, dit Rayer, une très-bonne description de l'onychia maligna, sous le nom de pterygion. Enfin, comme ses devanciers, il a entassé dans son livre recettes sur recettes et formules sur formules, mais non pas toujours sans un certain tact, et tout n'est pas à dédaigner dans cet arsenal thérapeutique ; ce qui explique cet éloge du savant Lorry: Pauhis JEgineta..., auctor alioquin in re medica non levis auctoritatis.

Comme nous l'avons dit plus haut, les médecins arabes ont suivi la voie tracée ]jar les Grecs du second ordre, qui n'étaient eux-mêmes que des imitateurs de Galien, et nous devons nous attendre à voir dans leurs ouvrages la description des symptômes et des lésions plus ou moins complètement sacrifiée au point de vue étiologiquc et thérapeutique. On sait l'influence considérable exercée par les Arabes sur les études médicales au moyen âge; mais lapins grande partie de leur science était faite des débris du passé grec et romain, débris trop souvent altérés et défigurés par l'erreur des copistes ou l'interprétation des scoliastes. Deux hommes surtout dominent cette période, Rhazès et Avicenne, tous deux nés en Perse, le premier vers 860 et le second vers 980, tous deux compilateurs infatigables des travaux de la Grèce. L'enthousiasme dont on s'éprit pour leurs productions fut tel et dura si longtemps, que l'on perdit de vue les sources où elles avaient été' puisées, et le silence se fit peu à peu autour des noms d'Hippocrate, de Celse, de Galien, d'Oribase, d'Aétius, etc., qui devinrent presque inconnus dans les écoles. Cette situation, qui devait se prolonger jusqu'à la Renaissance des lettres, était d'ailleurs le résultat de causes multiples que je n'ai point à examiner ici. Ce qu'il nous importe de savoir, c'est que les Arabes se sont trouvés, à un moment donné, à la tête du mouvement scientifique, aussi bien en Europe qu'en Asie et en Afrique, et que c'est grâce à eux qu'il a^été donné au moyen âge d'être initié dans une certaine mesure aux traditions de la médecine grecque. Mais là ne devait pas se borner leur rôle, car ils ont'décrit

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plusieurs maladies inconnues à l'antiquité, et fourni sur quelques autres, jusque-là restées obscures., les seules indications positives que la science ait pu découvrir en remontant le cours des temps (gale, favus, etc.). C'est dans les écrits de Rliazès que la rougeole a été clairement désignée pour la première fois. C'est également ce médecin qui a publié le premier travail important sur la petite vérole, "maladie déjà signalée au septième siècle par Ahron, originaire d'Alexandrie; dans son traité dit de Pestilentia (petite vérole) , Rhazès passe rapidement sur les symptômes, ne fait aucune mention du mode de développement des pustules varioliques, mais il insiste longuement sur les moyens prophylactiques, hygiéniques et thérapeutiques, qu'il conseille de mettre en œuvre, soit pour se préserver de la contagion, soit pour en atténuer les effets, soit enfin pour obtenir la disparition du mal. Une troisième maladie dont on chercherait vainement la trace dans les auteurs grecs et latins est l'éléphantiasis dit des Arabes, décrit par Rhazès et Avicenne sous le nom de dlia el fil, c'est-àdire mal de l'éléphant. Cette affection, que j'ai rangée parmi les difformités, et qui existe encore à l'état endémique dans certaines localités (jambe desBarbades), était considérée par Avicenne comme une altération de nature essentiellement variqueuse, el il faut avouer que le nom d'éléphantiasis lui convenait à merveille. Mais ce terme, qui avait été employé par les Grecs pour désigner une maladie bien autrement grave et d'ailleurs absolument différente, fut pour les traducteurs des Arabes une cause d'embarras et de confusion, et c'est ainsi que l'éléphantiasis d'Arétce, d'Archigène, d'Aétius, de Paul d'Égine, devint la >E7rpa d'Avicenne, d'Haly-Abbas, d'Avenzoar, etc. Du reste, aucun doute possible sur l'identité des états morbides compris sous ces deux expressions différentes, mais devenues synonymes: le nom seul a change. Or, l'habitude se conserva de désigner également sous le nom de lèpre l'éléphantiasis des Grecs, et comme ce nom avait été lui-même appliqué à d'autres affections, on lui adjoignit l'épithète de tuberculeuse pour en déterminer la valeur.

Parmi les affections cutanées que l'on peut considérer comme datant historiquement de la période arabique, je dois citer le favus et la gale. Quelques-uns des caractères cliniques du favus ont été certainement indiqués par Rhazès et Avicenne; ils l'appelaient sahafats, safati, albathin, et n'ignoraient pas qu'il entraîne la perte de la chevelure ; mais ils ne l'ont pas suffisamment distingué des autres affections du cuir chevelu, et en particulier de l'eczéma impétigineux. Quant à la gale, je dirai ailleurs {voy. art. Gale) toute ma pensée sur la part qu'il convient d'attribuer aux Arabes dans l'histoire de cette maladie ; après avoir constaté le peu de valeur des documents que l'on a cru découvrir sur ce point dans l'antiquité giecque et latine, je montrerai, par des citations tirées des œuvres d'Avicenne, d'IIaly-Abbas, etc., que les principaux caractères de l'éruption psorique ont été parfaitement connus de ces médecins ; que l'existence de l'animalcule a été signalée au douzième siècle par Avenzoar; qu'à partir de ce moment la notion delà gale, jusque-là si confuse, se précise, devient en quelque sorte familière à tous ceux qui en parlaient. Il est vrai que les Arabes n'ont pas soupçonné un seul instant qu'il put exister un rapport entre les éruptions psoriques et l'animalcule découvert par Avenzoar, mais comment s'en étonner quand on songe que cette vérité, si simple en apparence, ne devait être définitivement établie qu'en 1834?

Sous les noms de prima et ignis persicus, Avicenne a décrit deux affections qui rappellent à certains égards la pustule maligne et le charbon pestilentiel ;

DEHMÂTOSES. 655

mais il ne parle ni de la cause extérieure de la première, ni du danger presque immédiat qu'elle entraîne, et le feu persique n'offre vraiment que de lointaines analogies avec la maladie si redoutable et presque fatalement mortelle qui a reçu le nom de charbon malin ou pestilentiel.

Notons encore, mais seulement pour mémoire, la maladie dite planta nocturna arabum, que Lorry rapproche de l'épinyctide des Grecs, dont elle diffère pourtant, dit-il, en ce qu'elle consiste en une pustule unique et solitaire, tandis que l'épinyctide envahit souvent plusieurs parties à la fois {op. citato, p. 424). Mais, comme nous serions fort embarrassés de dire ce que les Grecs entendaient au juste soiis le nom d'épinyctide, le rapprochement imaginé par Lorry ne semble guère de nature à éclairer la question de planta nocturna Arabum, et vice versa.

Je serai également très-bref sur l'affection de la peau produite par le ver de Médine, affection signalée sous le nom de lîpa/.ovTiov par Galien, qui avoue ne l'avoir jamais observée lui-même, puis par Âétius, Soranus, Paul d'Égine, qui ne s'accordent pas sur sa nature, et enfin décrite par Rhazès et Avicenne, qui la regardent comme le résultat de l'altération d'une veine ou d'un nerf {vena medinends, nervus medinensis). Cependant Rhazès émet l'opinion qu'un parasite animal pourrait bien être pour quelque chose dans la veine de Médine : aliquid animalis in vena medinensi latere (Lorry, op. cit., 587).

Je viens d'examiner l'œuvre des Arabes dans ce qu'elle peut avoir de vraiment personnel et original aux yeux du dermatologiste. Il me resterait maintenant à l'envisager dans ses rapports avec la médecine traditionnelle, c'est-à-dire à rechercher les emprunts qu'elle lui a faits, les modifications bonnes ou mauvaises qu'elle lui a fait subir, et par conséquent l'influence qu'elle a pu exercer, à ce point de vue, sur les progrès de la pathologie de la peau ; mais un tel travail dépasserait évidemment les limites d'un article de dictionnaire, et n'aurait d'ailleurs qu'une utilité fort contestable, l'œuvre des Arabes n'étant, après tout, le plus souvent qu'un écho plus ou moins affaibli des grandes voix de la Grèce et de Rome. Qu'importe, par exemple, que Rhazès et Avicenne n'aient admis, des trois herpès de Galien, que deux espèces seulement, et qu'ils aient décrit cette affection sous le nom de y.vpu.rr/.iw, formicœ scilicet nomine; que pour les Arabes le vitiligo des Latins soit devenu la morphée (morphcea), et que Rhazès ait appelé hothor, la morphée blanclie, Avicenne la désignant tantôt sous le nom à'albaras, et tantôt sous celui d'alyuada; que Vessere d' Avicenne ait plus de rapports avec l'hydroa qu'avec le vitiligo, ou se rattache, comme on l'a dit, à l'urticaire ; que sa description de vesicis et inflatiombas s'applique plus spécialement au pemphigus et au rupia,etc.? Entrer dans tous ces détails, ce serait, je le répète, recommencer l'étude de la médecine antique, mais vue celte fois au travers des écrits des Arabes, ce serait surtout nous engager dans un dédale oii il nous faudrait lutter presque à chaque pas contre la confusion des termes, l'obscurité des textes, l'infidélité des traductions, sans aucun profit pour la science. Je ne puis cependant terminer ces quelques considérations sur les Arabes sans dire un mot de leur thérapeutique : en effet, ce qui domine dans leurs ouvrages, c'est la préoccupation du remède, et rien n'égale la prodigieuse fécondité dont ils ont fait preuve dans l'exposition de leurs méthodes curatives; il est vrai que les Grecs leur avaient transmis sur le sujet d'innombrables matériaux dont ils n'ont pas manqué de profiter; mais ils ont en outre enrichi cet arsenal thérapeutique déjà si bien fourni d'un certain nombre de médicaments, et trouvé

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des applications nouvelles pour quelques-uns de ceux qui étaient connus avant

eux.

L'influence des Arabes, c'est-à-dire de Rhazès et d'Avicenne, car c'est de ces deux maîtres que tous les autres procèdent, s'était étendue, comme je l'ai dit, à presque toutes les universités de l'Europe, et il ne fallut rien moins que le grand mouvement intellectuel provoqué par la Renaissance des lettres pour que l'on en vînt à secouer un joug qui menaçait de devenir fatal aux véritables intérêts de la science. C'est dans cet intervalle que l'éléphantiasis des Grecs, alors désigné communément sous le nom de lèpre, se répandit en Europe avec une fureur qu'on ne lui avait pas connue jusque-là. Or, cette épidémie a laissé sa trace dans les écrits d'un grand nombre de médecins du moyen âge, parmi lesquels je citerai : Constantin l'Africain, auteur du onzième siècle, qui a décrit plusieurs espèces de lèpre et indiqué les méthodes curatives qu'on peut leur opposer; Ro'^er et Roland, qui conseillent la castration comme le principal moyen de "ucrison, durum herclè remedium, s'écrie Lorry ; Gilbert l'Anglais, qui a donné de la maladie une description fort exacte ; Guillaume de Salicet, qui a indiqué les signes précurseurs du mal; enfln, Rernard Gordon, Lanfranc, Théodoric Gaddesden, qui n'ont rien ajouté d'ailleurs à ce que leurs devanciers avaient dit. Et certes ce n'étaient pas les faits qui manquaient aux observateurs, s'd est vrai, comme on l'a dit, que le nombre des ladreries s'éleva à dix-neuf mille dans toute la chrétienté, et que sous le règne de Louis Vlll la France seule ne compta pas moins de deux mille établissements de ce genre. Mais on peut croire aussi, avec quelques auteurs, que des affections cutanées toutes différentes furent souvent confondues sous le nom de lèpre, et qu'on en arriva à entasser dans les maladreries, à peu près indistinctement, tous les malades atteints de dermatoses graves et rebelles.

J'ai dit plus haut que la connaissance de la gale ne remontait pas vraisemblablement au delà des Arabes, mais qu'à partir de ce moment tous les auteurs en parlent dans les termes les moins équivoques. En effet, cette affection a été signalée et décrite par la plupart des médecins dont le nom a surnagé dans la période historique que nous traversons. C'est donc bien à tort que Rayer a prétendu que l'apparition de la gale dans la pathologie ne datait que du quatorzième siècle, et je partage complètement l'opinion de Dezeimeris lorsiju'il déclare qu'il n'y a dans Guy de Chauliac aucun fait, aucune idée, aucun mot peut-être, relativement à la gale, qui ne se trouve dans des auteurs beaucoup plus anciens que lui {voy. ait. Gale).

Et puisque le nom de Guy de Chauliac se rencontre sous notre plume, c'est par lui que nous fermerons cette seconde époque de l'histoire des dermatoses, bien qu'il puisse être considéré comme appartenant à la troisième. Laissant à d'autres le soin de faire ressortir tous les services que cet homme éminent rendit à la chirurgie française, je m'occuperai seulement de la partie de son œuvre qui a trait à la pathologie de la peau. Nous savons déjà qu'il a si bien résumé et mis en lumière ce que l'on avait dit avant lui sur la question de la gale, que quelques auteurs. Rayer entre autres, ont pensé qu'il avait été le premier à décrire cette maladie, ou du moins à en signaler le caractère contagieux. C'est lui qui nous a laissé la descinption de cette terrible peste qui s'étendit sur le monde en 1348, et qui, d'abord caractérisée par une fièvre violente avec crachement de sang, s'accompagna ensuite de la production de tumeurs charbonneuses et d'abcès, principalement aux aines et sous les aisselles. Enfin, Guy de Chauliac

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a traité de la teigne, mais, moins heureux, que sur la question de la gale, il en a admis cinq espèces : 1" tinea favosa ; 2" tinea ficosa; 5" tinea amedesa {similis carni humiditas) ; 4° tinea tuherosa [similis, iiheribus mamillarum) ; 5° tinea lupinosa. Or, ces cinq espèces correspondent à autant d'affections différentes, une seule, la dernière, se rattachant manifestement au favus. Du reste, Chauliac n'avait fait que suivre à cet égard les errements de ses devanciers pour lesquels le mot tinea, dénomination alors nouvelle dans la science, comprenait dans son acception la plupart des affections du cuir chevelu.

Troisième éi-oque on époque moderne. Nous la subdiviserons en deux, époques secondaires : l'une commençant à la Renaissance des lettres et finissant à Lorry, l'autre s'étendant de Lorry jusqu'à nos jours.

i° Époque de la Renaissance des lettres. Le quinzième siècle vit se produire deux faits pathologiques très-importants : 1° d'une part, la décroissance rapide et l'extinction presque complète de l'épidémie de lèpre qui s'était étendue sur l'Europe pendant toute la durée du moyen âge ; 2" et d'autre part, l'apparition d'un mal dont l'existence, ignorée jusqu'alors, semble se révéler tout à coup à l'attention du monde médical, je veux parler de la syphilis. C'est cette coïncidence qui donne lieu de croire à quelques écrivains du quinzième siècle que la syphilis n'était qu'une dégénération ou une transformation de la lèpre.

La nouvelle épidémie devint aussitôt l'objet de recherches et d'observations multipliées de la part d'un très-grand nombre de médecins contemporaine. On s'efforça d'en fixer les caractères, d'en pénétrer l'origine et la nature. Parmi les auteurs dont les noms se rattachent plus spécialement à ces premières recherches, nous citerons : X. Leouiceno, célèbre médecin de Vicence, qui démontra que le mal français, comme on l'appelait alors, n'avait absolument rien de commun avec la maladie décrite par les Grecs sous le nom d'éléphantiasis, et désignée pai* les traducteurs des Arabes sous le nom de lèpre ; Manardi (de Ferrari), élève de Leoniceno; AlexanderBenedictus, qui put assister aux premiers progrès du mal en Italie, tandis que J. Grunsbeck l'étudiait en Allemagne comme une maladie jusqu'alors inconnue; J. Cataneo, qui crut découvrir un rapport entre l'aspect de la lésion primitive et le degré de gravité des phénomènes consécutifs ; G. Torella (de Valence), qui publia un Traité sur la vérole où il est fait mention d'éruptions syphilitiques papuleuses et squameuses ; Seb. Aquilauus, dont ou a une lettre intitulée de morbo (jallico, et qui doit être compté parmi ceux qui ont accrédité l'usage du mercure dans le traitement de la syphilis ; M. Montesaurus (de Vérone), qui soutint contre Leoniceno, et nous pourrions dire contre la plupart des médecins de son temps, que la vérole n'était rien moins que nouvelle, mais qu'elle avait été anciennement connue et décrite sous diverses dénominations ; J. Fracastor, auteur d"un poème élégant et facile dans lequel on trouve une foule de renseignements précieux sur le début et les symptômes de la maladie jusque-là connue sous les noms de mal français, mal de Naples, et qu'il a le premier désignée sous celui de syphilis ; on possède en outre de Fracastor uu Traité des maladies contagieuses, « de contagionibus », écrit en prose, où les affections de la peau sont envisagées à ce point de vue spécial. Bien d'autres noms pourraient être ajoutés à ceux qui précèdent, Dell'Âquila, Scanaroli, Brassavola, G. Fallopio, A. Matthioli, J. Fernel, J. de Vigo, Pinctor, Fuchs, B. Tomitanus, etc., etc., mais je m'arrête, car les auteurs qui ont écrit sur la svphilis

DICT. ESC. XXVII. 4i

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dans les premiers temps de son apparition s'appellent légion, et ce n'est point ici le lieu d'en faire le dénombrement.

Toutefois, parmi les noms précités, je dois revenir sur celui de Fernel, à qui l'on doit une bonne description de quelques formes de syphilides, mais qui s'est occupé en outre d'un certain nombre d'atlections cutanées non spécifiques, telles que le lentigo, les rougeurs, les pustules et les tubercules de la couperose. Fernel considérait l'impétigo, le pruritus, la psore et la lèpre, comme autant de signes d'une même maladie, opinion à la rigueur qui pouvait être soutenue de son' temps, étant donné la confusion qui régnait sur le sujet; mais ce qui se comprend plus difficilement, c'est qu'il entend ici parler, sous le nom de lèpre, non point de l'affection squameuse des Grecs, la seule évidemment dont il puisse être question, mais de la lèpre des Arabes, de l'élépliantiasis lui-même : erreur qui s'accorde assez mal avec les éloges que lui décerne Lorry sur sa connaissance des auteurs grecs.

Ambroise Paré (1509-1590) n'a rien ajouté à ce que l'on savait avant lui sur les affections de la peau. Il suit généralement Galien. L'érysipèle est à ses yeux engendré par la cholère, et, selon que cette humeur est pure ou mêlée avec d'autres humeurs, telles que sang, pituite, mélancholie, l'érysipèle est vray^ phlegmonodes , œdematodes, scirrliodes. C'est également de la cholère qu'il fait naître l'herpès, dont il admet les trois espèces galéniques : simplex, si cette humeur est pure ; miliaris, « si l'humeur est accompagnée de quelque portion de pituite, et fait de petites vessies au cuir en forme de millet » ; exedens, c'est-à-dire rongeant, corrodant et ulcérant le cuir et la chair de dessus, « si avec la cholère quelque portion de l'humeur melancholique y est meslée. » Il décrit sous les noms d'athérome, stéatome et mélicéride, des tumeurs « dont la matière est contenue dans un kyste, c'est-à-dire dedans une membrane ou petite bourse», matière semblable dans l'athérome à de la bouillie, dans le stéatome à du suif, et dans le mélicéride à du miel commun. Parlant ensuite des scrophules ou escrouelles qui viennent aux parties glanduleuses, comme aux mamelles, aisselles, aines, et le plus souvent à celles du cou, il les montre « engendrées de pituite grasse, visqueuse, et s'eschauffant lorsqu'il s'y mêle de l'humeur melancholique, d'où ulcères corrosifs et chancreux qui rongent la substance des glandes et des parties voisines, et adonc sont incurables. » Enfin, dans le même VII* livre, il est question des verrues ou poireaux, dont il admet cinq sortes, et du scirrhe ou chancre, qui est pour lui l'objet d'une élude spéciale. C'est au commencement du XVII'' livre que se trouvent, on ne sait trop pourquoi, les chapitres consacrés à l'alopécie et à la teigne. Paré énumère les différentes espèces d'alopécie, syphilitique, lépreuse, teigneuse, celle qui vient de la vieillesse ou par fièvre hectique, ou par brûlure, ou par quelque vice du cuir, etc. Quant à la teigne, il en admet trois espèces, une seule, l'espèce ficosa, étant de nature parasitaire. Notons encore le X1X'= livre où il est question de la grosse vérole ou maladie vénérienne, et le XX% oii Paré traite succinctement de la petite vérole, de la rougeole et de la lèpre ou ladrerie. C'est dans ce W" livre que, parlant de quelques animaux parasites, l'auteur signale sous le nom de cirons « de petits animaux toujours cachés sous le cuir, etc., » et qui ne sont autre chose évidemment que le sarcopte delà gale {voy. article Gale). Enfin, dans le XXII* livre, Paré s'occupe de la peste, des éruptions qu'elle occasionne, et des maladies charbonneuses.

De même que Gelse et Galien, Jérôme Mercuriali divise les maladies de la

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peau en celles qui sont particulières à la tête et celles qui peuvent se développer sur toutes les parties du corps : distinction justifiée, selon lui, par ce fait que le cuir chevelu doit être nécessairement exposé à des maladies spéciales en raison de la proximité du cerveau, organe très-humide et l'un des plus considérables qui soient dans l'économie. Le traité comprend donc deux chapitres : l'un pour les maladies du cuir chevelu, l'autre pour celles du tégument en général. Nous commencerons, dit Mercuriali, par les vices du cuir chevelu, toute étude des maladies du corps humain devant débuter par celles de la tête, qui en est la partie la plus noble, et l'auteur passe successivement en revue, dans une série d'articles empreints du plus pur galénisme : 1" la chute des cheveux; 2° l'alopécie ou ophiasis; 3" la calvitie; ¥ lacanilie; 5" la maladie pédiculaire; 6° le porrigo; 7° les achores et les favi; 8° la tinea; 9° la psydracia ; 10" l'hilcydria; 11° le sycosis ; 12" les exanthemata. Une seule parmi ces affections mérite de nous arrêter un instant pour la façon nette et précise dont elle a été caractérisée par Mercuriali, je veux parler de la tinta, qui représente évidemment notre teigne favcuse. 11 indique la contagion comme une des causes les plus ordinaires : El si quis est morhus quiper contagium recipiatur, proculdubio hic iinus est. 11 décrit parfaitement ses croûtes jaunes et sèches : Signa horum tdcenim... hcec sunt quod apparent crustce quœdam aridœ, interdum crocece, interdum cinereœ, nonnunquam virides aut etiam nigricantes, quœ nihil aut pariim humoris emittunt. Il note la chute des cheveux : Propterea corrupti pili décidant. Enfin il montre la tinea, lorsqu'elle a longtemps persisté, s'accompagnant d'une calvitie définitive : Prognostica hcec sunt, quod omnia hcec idcera prava sunt; sed détériora hahentur illa cjiice sunt anticjua quce fere omnia in alopeciam et ophiasim consummata terminantur. Mercuriali combat la tinea par des moyens internes et par des moyens externes. Parmi les moyens externes, il recommande l'épilation : Primum est, ut pili, si qui sint, auferantur. Auferuntur auteni vel volcellis (petites pinces), vel etiam aliquo psylolhro (agents dépilatoires). Quant aux maladies qui peuvent se développer sur toutes les parties des téguments, Mercuriali les divise en plusieurs ordres suivant qu'elles altèrent la couleur de cette membrane (leuce, alphos, etc.), ou qu'elles en rendent la surface rude et inégale [impétigo seu lichen, priiritus, scabies ou psora, lepra, etc.), ou entîn qu'elles y déterminent la formation de véritables tumeurs.

Riolan fils divisa les maladies de la peau, d'après leurs apparences : 1" en pustules (prurigo, scabies, psora, lepra, impétigo, psydracia, brûlure) ; 2° en difformités (taches, colorations morbides, chute des poils, phthiriasis) ; 5"^ en tubercules (verrues, clous, condylomes).

En 1650, Samuel Ilafenrefter faisait paraître un traité spécial des maladies de la peau sous ce titre singulier : TzitvSoyjio-j cx.loloS-piJLo-j in quo cutis eique adherentium partium, affectus omnes, singulari méthode, etc.. traduntur. Les maladies de la peau y sont réparties un peu au hasard en quatre livres. L'auteur semble pourtant s'être proposé de décrire plus particulièrement dans le P"' livre les altérations qui s'arrêtent à la superficie du tégument, et dans !■» IP celles qui l'attaquent plus ou moins profondément dans sa substance le 11^ livre est consacré aux lésions traumatiques ou de cause extérieure, et le IV'= enfin aux tumeurs de la peau. En somme, aucun plan, aucune vue générale. Quant aux descriptions particulières, elles répondent généralement assez mal à la prétention affichée par l'auteur de joindre, selon le précepte d'Horace, l'utile à l'agréable : Opus tam medicis quant cheirurgis jucundum et

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utile. C'est ainsi qu'à propos de la scabies et de ses espèces Hafenreft'er trouva moyen de pr.rler tout à la fois du porrigo, de la psore, de la lèpre des Arabes et de l'éléphantiasis des Grecs, des rhagades et fissures, du lei^^veç, de la raeutagre, de l'ipTrvj; et de ses trois variétés galéniques, le tout à grand renfort d'érudition. 11 faut reconnaître pomiant qn'Ilafenreffer ne nian([ue ni de sens pratique, ni d'un certain talent d'exposition. La description qu'il a donnée de l'antln'ax, sous le nom de carbuncultis, n'est point tracée d'une main vulgaire; les abcès dermiques (x/ùf^aTa) sont distingués par lui de la manière la plus nette du furoncle; entin, dans le chapitre X, de pediciiUs, page 73, il indique manifestement l'existence de l'acarus scabiei : « Generantur inter digitos, in manu et in « pedibus, inter cuticulani et cutem , forma imitantur ora papiliorum, sunt « enim rotundi, albi et tam parvi, ut videri ferè effugiunt ; serpunt enim per « cutem et ipsam corrodendo intolerabileni pruritum concitant, et nunquam « erumpunt, sed semper intra cutem et cuticiilam lalitant. Quibusdam acari, « aliis cyrones, quibusdam pedicelli germanis... appellantur. » Du reste, pour Ilafenrelfer, tous ces parasites naissent d'une altération des humeurs, et leur couleur, leur forme, leur aspect, indiquent quel est le genre et le siège de cette altération : « rubros et crassiores ex humore sanguineo corrupto generari volunt ; « molles et albos, ex piluiloso sanguine corrupto ; citrinos, longos et acutos, ex « bilioso ; subnigros, macilenlos, tardioiis motus, ex melancbolico. )> J'ai cru devoir citer ce passage, qui montre oii en était la question du parasitisme vers le milieu du dix-septième siècle. Le livre d'IIafenreffer se termine par un glossaire en quatre langues, l'arabe, le grec, le latin et l'allemand.

^Yillis (1682) ne semble s'être occupé des maladies de la peau qu'incidemment, après avoir traité des cautères et des vésicatoires. Il donne d'abord quelques détails sur la structure de la peau, qu'il montre composée de deux parties, la cuticule et la peau proprement dite. 11 divise les affections cutanées en deux sections, selon qu'elles sont avec ou sans tumeur. Les affections cutanées avec tumeur sont universelles ou particulières. Parmi les premières, les unes s'accompagnent de fièvre, comme il arrive dans la variole, la rougeole et d'autres exanthèmes auxquels il faut joindre les efflorescences qui surviennent chez les enfants ; ou bien la fièvre fait défaut, comme on le voit dans le prurigo, l'impétigo et les alfections lépreuses. Les affections cutanées sans tumeur comprennent toutes les taches, éphéUdes, taches hépatiques, etc.

Le Traité des maladies de la peau de Turner (Londres, 1714) est divisé en deux parties : Li première est destinée plus particulièrement aux affections qui peuvent se rencontrer sur tout le corps, et la deuxième à celles qui s'attaquent de préférence à certaines régions. Cependant, l'auteur semble tenir assez médiocrement à cette division dont il ne prévient même pas le lecteur, et qu'il abandonne dans les quatre derniers chapitres, consacrés par lui aux lésions traumatiques de la peau, sans aucune distinction de siège. Turner commence par une dissertation assez embarrassée sur les différentes espèces de lèpre, qu'il ne sépare pas d'une manière assez nette; parlant ensuite de la gale, qu'il attribue à une humeur séreuse saline des glandes cutanées, il en indique le caractère contagieux et le siège pathognoraonique entre les doigts sous la forme de pustules ; il donne une assez bonne description de l'herpès, qu'il tend à séparer de la dartre rongeante {herpès ex edens); à propos de la maladie pédiculaire, il révoque en doute la génération spontanée des insectes, ne pouvant croire que <( la strujcture la plus curieuse et la mieux imaginée sorte de l'ordure et de la

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corruption « ; du reste, pour la description des pecUculi, il reproduit exactement ce qu'en a dit Hafenreffer, sans oublier « l'espèce qui s'engendre sous la cuticule des mains et des pieds », c'est-à-dire Vacants scabiei. Il consacre un long chapitre aux transpirations sensible et insensible, et à leurs vices, expliquant et commentant ces phénomènes au moyeu des notions anatomiques et physiologiques alors fort incomplètes que l'on possédait sur ces matières, et il cite à ce propos un certain nombre de faits empruntés à divers auteurs, et dont quelquesuns présentent un véritable intérêt : tel est le cas d'une femme dont les sueurs étaient si prodigieuses qu'on était obligé de mettre des bassins entre ses cuisses pour recevoir l'humeur qui s'écoulait de son corps. Turner parle ensuite des sueurs fétides et en particulier de celles des pieds et des mains « qu'on ne doit arrêter, dit-il, qu'avec beaucoup de circonspection, et les mêmes précautions dont on use dans le dessèchement des cautères, des ulcères anciens, des humeurs de la teigne, etc., car l'évacuation qui se fait dans tous ces cas n'est qu'une dépuration du sang, etc. » Mentionnons enfin les nœvi, que l'auteur regarde « comme des marques imprimées sur la peau du fœtus par l'imagination de la mère », et qu'il étudie principalement au point de vue de leur traitement chirurgical (ligature, excision et cautérisation). En résumé, le livre de Turner n'a rien qui le tire de ligne, mais il a le mérite d'être venu l'un des premiers dans la série des Traités spéciaux de dermatologie ; il est, du reste, d'une leclui'e facile et qui n'est pas sans attrait, ce qui tient à la multitude de faits, et j'allais dire d'anecdotes dont l'auteur a entremêlé ses courtes descriptions. Quant à la partie thérapeutique, elle abonde en recettes de tous genres, puisées à toutes les sources, mais qui n'offrent pour la plupart qu'un intérêt de curiosité.

2° L'époque moderne, dans l'histoire de la dermatologie, ne commence véritablement qu'à Lorry, qui a publié sur la matière un livre également remarquable par l'élégance de la forme, la connaissance approfondie du sujet et l'étendue de l'érudition : c'est le Tractatus de morbis ciitaneis, paru en 1777. Nul mieux que Lorry n'a connu la science antique, dont il peut être considéré comme l'un des derniers représentants, et non pas le moins illustre ; nul n'a su tirer de ces ruines fécondes du passé un plus grand nombre de matériaux précieux. C'est dans le commerce des Anciens, et plus particulièrement d'Ilippocrate et de Gaheu, que Lorry a puisé la plupart des principes sur lesquels repose la conception de sou œuvre ; il insiste, avec le premier, sur les rapports que peuvent affecter les éruptions de la peau avec les auties états morbides ; sur les signes qu'elles peuvent fournir au pronostic et au traitement, sur les effets de leur répercussion, etc. Mais on le voit trop souvent s'égarer, à la suite du deuxième, dans de vaines explications théoriques sur la nature et la cause prochaine des maladies, sur les altérations humorales qui les engendrent, etc. 11 est vrai que ce défaut, qui était celui de son époque, se trouve atténué dans Lorry par la rectitude de son jugement et le sens médical qu'il possédait à un haut degré, mais on peut regretter néanmoins qu'un esprit aussi distingué n'ait point su s'y soustraire.

Après un long chapitre consacré à l'anatcimie et à la physiologie de la peau envisagée dans l'état de santé, Lorry entre dans des considérations générales sur sa pathologie. 11 s'occupe en premier lieu des causes, qu'il divise en trois classes : d° la première classe comprend ce qu'il appelle assez improprement, d'après Galien, res non naLiirales, les choses non naturelles; 2" la deuxième, les causes dont l'origine se trouve dans le corps lui-même, et qu'on pourrait

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appeler naturelles ou organiques, par opposition avec les précédentes; 3" enfui, dans la troisième classe se placent les causes venues du monde extérieur.

Les choses non naturelles (res non iiaturales) sont au nombre de six, à savoir: 1° l'air, qui agit par sa température, ses variations, son état de sécheresse ou d'humidité, les émanations dont il est chargé, etc. ; 2° lesalimentset les boissons,, dont l'influence varie suivant leur quantité et leurs qualités ; 5" le mouvement et le repos ; 4" le sommeil et la veille ; 5 • les émotions de l'àme ; 6" la rétention des humeurs et leur excrétion.

Lorry attribue à chacune de ces causes un rôle en rapport avei; ses idées doctrinales sur les humeurs, sur la manière dont elles s'engendrent, les altérations qu'elles peuvent subir, leur mode d'action sur la peau, etc. Mais il faut reconnaître que, les prémisses étant admises, tout se suit et s'enchaîne dans un ordre rigoureux et logique. Et puis, le théoricien chez Lorry se trouvait doublé d'un observateur sagace, d'un praticien expérimenté, et les réflexions les plus judicieuses se rencontrent à tout instant sous sa plume. C'est ainsi qu'à propos des aliments et des boissons il ne manque pas de citer en exemple les effets produits sur la peau par le seigle ergoté et Tingestion des moules ; que, parlant des excès de régime, il indique la part qu'une telle cause peut avoir dans l'éveil ou l'explosion d'un mal jusque-là resté latent, et qu'enfin il compare avec raison ces effets à l'action exercée sur la peau par l'usage interne de certaines substances médicamenteuses.

Passant ensuite à l'élude des causes dont l'origine est interne {causée intra corpus conceptœ), Lorry examine successivement à ce point de vue : l^la bile et Vatrabile, auxquelles il attribue un certain nombre d'éruptions rebelles et graves, depuis la tache hépatique jusqu'à l'anthrax et la gangrène ; '1° la lymphe {lympha, sive sanguis materie rubra seclusus), humeur complexe et infiniment variable selon les cas, qui peut-être altérée, soit dans sa partie séreuse [sérum acre), soit dans sa partie muqueuse [mucus acer), soit dans tous ses éléments à la fois [scrofulosum acre). Les altérations de la partie séreuse de la lymphe donnent lieu, dans leur moindre degré, à des phlyctènes, à des engelures, sans l'intervention d'une cause extérieure, à des efflorescences herpétiformes, etc., et, lorsqu'elles sont très-prononcées, à des pustules accompagnées de douleurs atroces, à la chute des dents, à la désorganisation du poumon, etc. La partie muqueuse delà lymphe, humeur éminemment nutritive et instable de sa nature, produit notamment, loi'squ'elle devient acre [mucus acer), ces affections cutanées si communes chez les enfants et les jeunes gens, et que les Grecs désignaient sous le nom à'oL^hipîg (scrofulides eczémateuses et impétigineuses), affections qu'il faut respecter, dit-il, de peur que le principe morbide, après avoir abandonné la peau, ne se porte sur les organes internes, le mésentère, le foie, les poumons, etc. Cette àcreté de la partie muqueuse de la lymphe pourrait encore dépendre, selon Lorry, d'une élaboration vicieuse et incomplète du chyle au lieu même où il se forme, d'où altération de toutes les sécrétions, et en particulier de la sécrétion de transpiration, qui est appelée à suppléer toutes les autres : c'est ce que Lorry appelle, un peu ambitieusement, acre humanum, cause et source féconde, selon lui, de maladies très-diverses de siège et de forme, critiques, dépuratoires, etc. : Numerosa herclè morbonan cohors, quœ huic acredini mucosœ débet originem. Enfin un dernier mode d'altération de la lymphe aurait pour effet d'accumuler cette humeur sur certains points et d'en déterminer la coagulation [scrofulosum acre), d'où les scrofules, les tumeurs froides et.

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sur la peau, des dégéne'rescences et des destructions telles que la réparation n'est plus possible; 5" le liquide laiteux altéré {lacteum acre), dont les éléments donnent lieu, eu se répandant dans les tissus, à du prurit, à des ulcères rebelles, au ramollissement des os, etc. ; 4° il y a encore ce qu'il appelle le pingue acre, qui consiste dans une altération des éléments graisseux du mucus, et dont l'action se traduirait sur la peau par une pustule rougeàtre suivie d'ulcères fétides, et dont le pus se fait jour par plusieurs ouvertures ; 5" le virus vénérien {venereum acre), qu'il range parmi les venins acres et rongeants; il signale les engorgements ganglionnaires qu'il détermine, et le compare, à ce point de vue, à d'autres ferments acres, et notamment au vice scrofuleux qui souvent se porte tout à coup vers la peau après être resté longtemps confiné dans les ganglions ; 6" le virus varioleux [variolosum acre), auquel il attribue une vertu dépurative par son action sur la matière muqueuse de la lymphe, et c'est pourquoi la variole entraîne souvent à sa suite des affections cutanées, herpétiques ou autres; 7" le virus morbilleux {morbillosum acre)^ qui détermine des éruptions dont le caractère est de disparaître rapidement et sans laisser aucune trace de leur passage^ 8* enfin, les causes sympathiques {causœ sympathicœ), et il rappelle à ce propos les relations morbides qui lui paraissent exister entre la peau et l'estomac, les reins, les poumons, etc.

Dans un troisième chapitre, Lorry s'occupe des causes extérieures agissant directement sur la peau {De applicatis externis), et il en reconnaît deux espèces : 1" les unes qui tirent leur origine de la peau elle-même; 2° les autres qui viennent du dehors.

Les causes qui tirent leur origine de la peau elle-même sont comprises sous la dénomination générique de sorties, mot qui exprime la souillure de cette membrane par ses propres excrétions mêlées aux particules atmosphériques, aux débris d'épiderme, etc. La nature de ces produits varie nécessairement selon les qualités du mucus, de la sueur, et par conséquent selon l'état de santé ou de maladie, l'âge, le sexe, les diverses régions du corps, etc. ; de là des formes multiples d'affections cutanées, mais que Lorry résume de la manière suivante : Sordium proprium est epidermidem furfuraceam facere et Uchenes procreare.

Les causes qui viennent du dehors agissent sur la peau de trois manières : 1° par voie d'irritation (irritantia) , et l'on a, selon l'énergie de l'agent, soit une désorganisation complète du tissu cutané (caustiques), soit un épanchement de sérosité sous l'épiderme soulevé (vésicants), soit une simple rubéfaction (rubéfiants) ; 2° par voie de constriction [astringentia), et la peau se couvre d'abord d'aspérités sèches, de saillies produites par l'érection des follicules ; puis une sorte de réaction a lieu, et l'on voit paraître une rougeur érysipélateuse ; médicaments dangereux, dit Lorry, car ils peuvent avoir pour résultat de retenir à l'intérieur les liquides viciés de l'organisme ; 5" enfin, il y a des agents qui ont la propriété de refouler au dedans les humeurs [obstipantia), et de mettre obstacle à leur élimination; les acides styptiques, les sels neutres alumineux, les huiles qui bouchent les pores, les emplâtres qui empêchent la perspiration, etc., etc.

C'est parmi les causes venues du dehors qu'il faut placer les ligatures trop serrées, les liens tels que ceintures, jarretières, etc. Les callosités qui se produisent aux mains des ouvriers, aux pieds, aux coudes, aux genoux, les cors, etc., sont autant d'effets de la pression continue exercée sur la peau de ces parties.

D'autres affections sont dues à des insectes dont les uns viennent du dehors, tandis que d'autres peuvent naître dans le tissu même de la peau. Les cousins,

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les abeilles, les guêpes, les mouches, etc., sont dans le premier cas; mais Lorry croit à la génération spontanée des pediculi sous la seule influence d'une altération du sang ou de la lymphe.

Telles étaient, pour Lorry, les causes des affections de la peau. Toutes peuvent se résumer en une seule, l'altération des humeurs, qui constitue pour ainsi dire le pi^emier et le dernier terme de cette pathogénie. C'est à ce résultat que conduisent, en définitive, les différents modificateurs désignés sous le nom de res non naturales, l'air, le froid, le chaud, les aliments, le mouvement, le repos, les émotions de l'àme, etc. Quant aux causes internes, elles ne sont en réalité, dans la doctrine, que ces altérations elles-mêmes envisagées dans chacun des liquides où elles prennent naissance. Enfin, il n'est pas jusqu'aux causes dites extérieures que ne revendique, au moins dans bien des cas, la théorie humorale : témoin les pediculi, qu'elle fait naître parfois dans la peau elle-même et sous la seule influence d'un état particulier du sang ou de la lymphe.

La classification donnée par Lorry des maladies de la peau est un chef-d'œuvre d'ordre et de simplicité, si l'on tient compte de l'état des connaissances en dermatologie au moment où elle a été conçue. En voici les principales divisions :

Lorry partage d'abord toutes les affections cutanées : 1° en celles qui sont la manifestation sur la peau d'un vice intérieur [De affectibus qui in cutem propellantur a vitio intus latente) ; 2° et celles qui naissent dans la peau elle-même {De morhis in ipsa cute nascentibus). Ces deux grandes classes se subdivisent à leur tour suivant que les maladies sont communes à toute la peau, ou se limitent à une partie seulement de cette membrane.

Première classe. Section première. Les éruptions qui procèdent d'un vicp intérieur, et peuvent s'étendre à toute la peau, sont :

1° Des maladies aiguës non critiques;

2° Des maladies aiguës critiques;

Z° Des affections non aiguës et dépuratoires, celles-ci de beaucoup les plus nombreuses, et qu'il divise : a. en affections se produisant sous forme de tuméfaction extérieure, telles que l'érysipèle ou le feu sacré ; — b. en affections caractérisées par des tumeurs séparées et distinctes, comme les papulce^ les maculœ, depuratoriœ, lespsoi'a et scabies, les lichenes; — c. en affections dont les tumeurs se résolvent en un liquide purulent ou auti'e, comme les pustules, les phlyctènes, les pustules inflammatoires, les terminthes, les épinyctides ; — d. en affections ulcéreuses comprenant les affections croùteuses généralisées déterminées par le lait chez les jeunes enfants et les nouvelles accouchées ; puis viennent : e. les herpetes ; — /'. l'impétigo; — g. le vitiligo; — h. la lèpre et les maladies lépreuses, etc.

Section 2®. Les éruptions de cause interne, dépuratoires, qui envahissent une partie seulement de la peau, sont :

1" Les tumeurs érysipélateuses, et Lorry traite sous ce titre : a. De roseolis saltantibus ; — b. De sacro igné et zona ; — c. De igné sylvestri seu volatili infantiim; — d. Deprunael ignepersico Avicennœ;

2° Les tumeurs phlegmoneuses, qui sont : a. Le phygethlon, le phyma et le furoncle; — b. Planta nocturna Arabum, fici Galeni, lupus Manardiet rosa Severini ;

ù" Les tumeurs lymphatiques suppurantes, à savoir : a. Meliceris cerium et melitagra Galeni ; — b. Achores etfavi infantuni ; — c. Laclumen Manardi ;

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4° Les tumeurs croùteuses et l'arineuses : a. Crusta lactea infantinn; — b. Intertrlgines ; — c. Aures suppurantes ; — d. Forrigo; — e. Tinea.

2* CLASSE. Les maladies qui naissent dans la peau elle-même peuvent également l'atteindre dans toutes ses parties ou seulement dans des régions déterminées. De là deux sections :

Dans la première section se trouvent : 1" les maladies qui résultent d'une modification dans les propriétés physiques de la peau, dont la substance peut s'indurer [de crassitie auctâ), se creuserde rides anticipées (de rugis morbosis), devenir aride et se couvrir de ïnriares [de cutis ariditate et fur furibus), etc. etc. ; — 2° les maladies qui ont pour effet d'altérer la (orme de la peau sans l'attaquer dans sa substance intime, telles que les stigmates, les macules indolentes, le ïentigo, l'acné, les verrues, les excroissances charnues, le sarcome, les njevi; — 5° les maladies cutanées produites par l'action des venins limitée à cette membrane seulement, et Lorry comprend sous ce titre les éruptions provoquées par toutes SOI tes d'agents, tant du règne végétal que du règne animal. C'est là que figurent principalement les affections cutanées de cause externe.

La seconde section, ou section des maladies cutanées propres à certaines parties de la surface tégumentaire, comprend : 1° les maladies des cheveux et des parties velues : calvitie et canilie, alopécie, area, ophiasis, plique polonaise, tumeurs kystiques, etc. ; — 2" les affections propres à la peau de la face, parmi lesquelles la couperose ou gutta rosea; — 5° les affections propres à certaines parties de la peau, région de l'abdomen, aisselles, aines, parties génitales; — 4" les affections propres à la peau qui recouvre les membres, telles que les engelures, l'éléphantiasis des Arabes, les cors, les callosités.

Bien des reproches, assurément, pourraient être adressés à cette classification, qui se recommande à première vue par son ingénieuse simplicité. Remarquons d'abord que sa division fondamentale, je veux parler de la distinction des maladies cutanées en celles qui ont leur origine dans l'intérieur du corps, et celles qui naissent dans la peau elle-même, repose avant tout sur une conception pathogénique pour le moins fort contestable. Mais il ne faut pas oublier que Lorry était un partisan convaincu des doctrines humorales, dont cette division n'est qu'une application plus ou moins heureuse, mais à ce point de vue fort rationnelle : k Dans la première classe, dit-il, viennent se ranger toutes les affections qui, ayant pris naissance dans l'économie tout entière, sont ensuite portées vers la peau ; et plusieurs cas peuvent alors se présenter : tantôt la peau participe simplement, comme tout autre organe, à la maladie du système tout entier, et il serait en vérité bien étrange qu'une membrane aussi étendue, enveloppant tout le corps, ouverte en quelque sorte et béante de toutes parts, continuellement traversée par les liquides perspiratoires, échappât complètement aux atteintes du mal [veneni lœdentis), et n'en fît rien paraître au dehors; tantôt la peau intervient d'une manière plus active, soit pour modifier, en vertu de sa force propre, les atomes morbiliques quelle a reçus, soit pour en opérer l'élimination, et elle joue alors un rôle considérable dans l'histoire des maladies aiguës et chroniques. Mais nous aurons à étudier dans la seconde classe, continue l'auteur, les affections qui sont engendrées dans la peau, tanquàm in nido paterno, et dans ce cas cette membrane ne devra plus être considérée comme un simple instrument d'élaboration ou d'excrétion entre les mains de la nature, mais comme un organe spécial, et comme telle assujettie à des maladies spéciales en rapport avec sa structure et ses propriétés. » C'est donc une erreur

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de croire que Lorry a divisé les maladies de la peau en celles qui sont de cause externe et celles qui sont de cause interne. Tout autre est le point de vue auquel il s'est placé. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter un coup d'oeil sur la classe « des maladies qu'il fait naître dans la peau », car on y trouve les vnri, les verrues, le sarcome, lencevus, la calvitie, la canitie, les loupes, la couperose, l'éléphantiasis des Arabes, etc., etc., toutes affections qui, évidemment, n'étaient pas considéi'ées par Lorry comme le résultat d'une cause extérieure. La chose capitale à ses yeux, ce n'est donc pas la cause externe, c'est le vice de la peau, le vice qu'elle a conçu, mûri, développé dans sa propre substance {hic ipsius cutis substantia vitium suscipit, susceplum alit et enutrit), quelquefois même le vice qu'elle a reçu d'un autre organe, mais à la condition qu'il se soit tout entier concentré en elle, sans participation morbide du reste de l'économie.

Lorry a adopté, mais en la rejetant sur un plan secondaire, la division tradi-^ tionnelle des affections de la peau en celles qui sont communes à toute la surface du corps, et celles qui sont particulières à certaines régions seulement. Quant aux subdivisions, elles lui sont lournies, soit par la forme aiguë ou chronique des affections, soit par leur mode pathogénique, soit par leurs caractères objectifs prédominants, etc., etc.

Bien d'autres observations pourraient être faites au sujet de la classification de Lorry, mais nous en avons dit suffisamment pour en faire connaître l'esprit et la valeur.

Parmi les ouvrages qui parurent vers la même époque que le Tractatus de morbis ciitajieis, et que l'on peut considérer comme appartenant aux mêmes idées doctrinales, nous signalerons d'abord le mémoire de Roussel, couronné par le Collège de médecine de Lyon {Dissertatio de variis herpetum speciebus, 1779), et le petit Traité des dartres de Poupart (1784). Mais ces deux ouvrages ont été de notre part l'objet d'un examen approfondi dans notre article Dartre de ce Dictionnaire, et nous devons nous contenter ici d'y renvoyer le lecteur.

Un autre Traité du même genre, mais dépourvu de toute valeur scientifique, est celui de Pietz, publié en 1785, et portant ce titre : Des maladies de la peau, de leurs causes, de leurs symptômes, etc. Pour cet auteur, il n'existe peut-être pas une seule maladie de la peau dont on ne trouve la cause dans la constitution du foie et dans la nature des humeurs qui affiuent à ce viscère, et c'est à la démonstration de cette thèse au moins singulière qu'il consacre les 72 pages de son travail. Il existe encore du même auteur un ouvrage publié en 1790 sous ce titre bizarre : Traité des maladies de la peau et de celles de Vesprit. C'est, comme l'a dit Rayer, un simple recueil de notes et d'observations concises, ayant la plupart un but pratique. 11 y est question de la chéloide, que Retz appelle dartre dégraisse, d'éruptions aux parties génitales de l'homme et de la femme, de l'influence que les maladies de la peau peuvent exercer sur le moral, etc., etc.

Cependant, vers l'année 1776, un peu avant la publication du Tractatus de morbis cutaneis, un médecin allemand, Jean-Jacques Plenck, professeur à l'Université de Vienne, faisait paraître un ouvrage dans lequel les maladies de la peau étaient envisagées et classées d'une manière toute nouvelle {Doctrina de morbis cutaneis, quâ hi in suas classes, gênera et species, rediguntur. Vienne, 1776). Laissant de côté les questions de cause et de nature, qu'il n'avait pas sans doute la prétention de résoudre, Plenck s'efforça de reconnaître, au milieu de la diversité des formes morbides qui se produisent à la peau, un certain nombre

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de caractères propres à les distinguer les unes des autres, et il fut ainsi conduit à admettre quatorze groupes de ces affections.

Première classe. Maculée, a. Maculœ fuscœ : lentigo, ephelis, fuscedo cutis, flavedo cutis ; — b. Maculœ rubrce : gutta rosacea, stigraa, erythema, morbilli, scarlatina, urticata ; — c. Maculœ venereœ : essene, psydraciiE, rubedo cutis, zona, ignissacer; — d. Maculœ lividœ : eccliymosa, livor cutis, vibex, maculfe scorbutica;, gangrenosae, petechiae ; — e. Maculœ nigrœ : mêlas, melasma, noma, nigredo cutis ; — f. Maculœ albœ : alphos, albor cutis, pallor cutis; — g. Maculœ incerti coloris : maculse maternœ, maculae artificiales, cutis variegata, cutis fucata, cutis unctuosa.

2^ CLASSE. Pustulœ : pustulae, scabies, variolae, varicellae.

5" CLASSE. Vesiculœ : sudamen, miliaiii, bydates, vesiculse cristallinae genitalium, uritis.

4^ CLASSE. Bullœ : phyma, bullse, pemphigus.

5^ CLASSE. Papulœ : vari, gratum, berpes seu serpigo, cutis anserina, tuberculum, pbygetblon, lepra, elepbantiasis.

6*= CLASSE. Crustœ : crusta, escbara, scabies capitis, crusta capitis neonatorum, crusta lactea, tinea, mentagra, malum mortuum, exantbema labiale, exanthema subaxillare.

7*^ CLASSE. Squamœ : furfuratio, desquamatio, exuvia epidermidis, porrigo, lichen, impétigo, ichthyosis, tyriasis, asperitas cutis, rugositas cutis.

8" CLASSE. Callositates : callus, cicatrix, clavus.

9" CLASSE. Excrescentiœ cutaneœ : verruca, cornua, hystrieismus, condyloma, frambœsia.

10* CLASSE. Ulcéra cutanea .-excoriatio purulenta, intertrigo, aphtboî, fissurte, rhagades.

11'^ CLASSE. FMZnera CM^anea ; excoriatio cruenta, scissura, pressura, morsus, Bunctura, ictus ab insecto.

12<= CLASSE. Insecta cutanea : phthiriasis, helmintliiasis, molis, crinones.

13*^ CLASSE. Morbi unguium : seline, eccbymoma, gryphosis, fissura unguium, tinea unguium, mollities unguium, scabrities unguium, pterygium unguis, arctura unguis, deformitas unguis, lapsus unguis.

lA" CLASSE. Mo7'bi pilorum : calvities, hirsuties, xerasia, triclioma, fissurœ capillorum, canities.

Cette classification, même au point de vue restreint où s'était placé son auteur, était fort imparfaite. N'ayant pas de règle fixe pour se guider dans la recherche des formes caractéristiques des affections, Plenck se laissa déterminer surtout par les apparences, par le symptôme actuel prédominant, et ce symptôme fut, selon les cas, soit une lésion primitive, soit une lésion consécutive : d'oi!i il advint que la même affection se trouve faire partie, selon sa période, de plusieurs classes différentes ; de là aussi la diversité des éléments qui composent chaque classe en particulier.

Quelques années après, Robert Willan, de la Faculté d'Edimbourg, s'emparait de l'idée émise par Plenck, en lui faisant subir une modiûcation essentielle. Une étude plus approfondie des formes morbides qui se manifestent à la peau lui démontra qu'il existe pour chacune de ces formes, à un moment donné, une lésion constante, toujours la même, et que cette lésion caractéristique correspond précisément à leur période d'état, de maturité ou de plus grand développement. Une fois en possession de ce critérium, le pathologiste anglais supprima

668 DERMATOSES.

la croûte et l'ulcération, états évidemment consécutifs, et réduisit à huit les quatorze classes admises par Plenck. Voici la classification de Willan (1798) :

Ordre premier. Papula : i° strophulus; 2" lichen; 5'* prurigo.

OuDRE II. Squamœ : i° lepra ; 2" psoriasis; 3" pityriasis ; 4" ichthyosis.

Ordre III. Exanthema : l^rubeola ; 2" scarlatina ; 3° urticaria; 4° roseola; 5° purpura ; 6° erythema.

Ordre IV. Bullœ : 1" erysipelas ; 2° pemphigus; 3° pompholix.

Ordre V. Pustulœ : i" impétigo ; 2» porrigo ; 3" ecthyma ; A° variola ; 5" scabies.

Ordre VI. Vesiculce : i° varicella ; 2° vacciaia ; "5° herpès ; 4" rupia ; 5° miliaria; 6^ eczéma; 1° aphtha.

Ordre VIL Tiibercula : 1» pliyma; 2° verruca; 3" moUuscum; 4" vitiligo; 5° acné; 6° sycosis; 7» lupus ; 8" elepliantiasis; 9" frambœsia.

Ordre VIll. Maculœ : i° ephelis ; 2° naevus; 5° spiius.

Il est facile de mesurer le progrès accompli de Plenck à Willan. Les groupes établis par le pathologisle anglais sont plus naturels, plus homogènes, basés sur une connaissance plus exacte des éruptions. Celles-ci reçoivent des dénominations mieux choisies, mieux définies, empruntées pour la plupart à la nomenclature ancienne. Enfin, chaque éruption est déci'ite avec une précision inconnue jusque-là, suivie aux diflerentes périodes de son évolution, c'est-à-dire sous les apparences diverses qu'elle peut successivement revêtir. Ainsi se trouvait constituée l'afleclion générique, tandis que Plenck s'était arrêté au symptôme organique. Malheureusement, on peut croire que Willan a prétendu donner pour une classification nosologique ce qui n'était en réalité qu'une classification de lésions, une méthode excellente sans doute, mais purement artificielle, pour arriver à la détermination des formes graphiques des éruptions : aussi la pathologie de la peau est-elle devenue, entre ses mains, une science à part, distincte et isolée du reste de la pathologie, et obéissant en quelque sorte à des règles spéciales : et cette tendance n'a fait que s'accuser de plus en plus chez ceux qui ont depuis adopté ses idées et sa doctrine.

Quoiqu'il en soit, la classification de Willan opéra une véritable révolution dans l'étude des affections de la peau. Popularisée en Angleterre par Thomas Batemau, son élève et son émule, qui reproduisit et compléta les idées du maître dans un ouvrage longtemps classique, elle fut introduite presque simultanément en Allemagne par A. Ilahnemann et Sprengel (1815), et en France par Bertrand, qui publia en 1820 une traduction du livre de Bateman. C'est alors que Biett, séduit, selon l'expression de Cazenave, par la simplicité et la netteté de la méthode anglaise, l'adopta comme base de son enseignement à l'hôpital Saint- Louis.

Cependant un certain nombre de médecins restaient surtout frappés des inconvénients de la nouvelle méthode, et résistaient dans une certaine mesure à l'entraînement général. Tels furent John Wilson et Samuel Plumbe en Angleterre, Pierre Frank et Joseph Frank en Allemagne, et en France Alibert.

La classification de John Wilson (1814) n'est qu'un assemblage informe de groupes et d'affections hétérogènes. Elle repose tout à la fois sur des considérations tirées de la nature des affections, de leurs causes, de leurs rapports avec la constitution, de leurs formes extérieures, de l'âge des sujets : 1" éruptions fébriles (urticaire, miliaire, varicelle, variole, etc.); 2" inflammations simples (excoriations, brûlures, engelures) ; 5° inflammations constitutionnelles (éry-

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sipèle, effloresceiices, rougeur de la face, etc.) ; ¥ éruptions papuleuses ; 5° éruptions vésiculeuses (gale, eczéma, zona, herpès, aphthes) ; 6" éruptions pustuleuses (gale pustuleuse, impétigo, porrigo, croûte laiteuse) ; 7" éruptions infantiles (strophulus) ; 8» éruptions squameuses (lèpre, psoriasis, pityriasis, taches syphilitiques, éléphanliasis; 9° en tumeurs (acné, (umeurs folliculeuses, fui oncles) ; 10" en excroissances (cors, verrues); 11» en taches (lentigo, éphélides, purpura, nsevi); 12" blessures; 15° ulcères (ulcère simple, ulcère déprimé, ulcère calleux, ulcère fongueux, ulcère syphilitique, ulcère scorbutique, ulcère scrofuleux) (Wilson John, i Fami/iar Treatise on Cutaneous Diseuses, iti-S°. London, 1814).

De même que Wilson, Samuel Plumbe (1824) ne put se résoudre à donner pour seule base à sa classification les caractères graphiques des affections cutanées, et tenta une sorte de compromis dont le résultat laisse également beaucoup à désirer. H divise les maladies de la peau en cinq sections, comprenant -A" la première, les maladies qui tirent leurs caractères distinctil's des particularités locales de la peau (acné, sycosis, porrigo); 2" la deuxième, les maladies qui dépendent d'un état de débilité de la constitution (purpura, pemphigus, rupia) ; 5° la troisième, des maladies ordinairement salutaires, symptomatiques d'un dérangement des organes digestifs, et caractérisées par une inflammation active (porrigo favosa, porrigo larvalis, lichen, urticaire, herpès, furoncle) ; A° la quatrième, des maladies caractérisées par une inflanimation chronique des vaisseaux qui produisent l'épiderme (lèpre, psoriasis, pityriasis, pellagre, ichlhyose, verrues) ; 5° la cinquième, enfin des maladies entre lesquelles il est impossible d'apercevoir aucun rapport (gale, eczéma, éléphantiasis, érythème, etc.). Toutefois, comme le fait remarquer Rayer, l'ouvrage de Samuel Plumbe se recommande, sous d'autres rapports, par des qualités sérieuses, et en particulier par des vues pratiques qui attestent, chez son auteur, un talent peu commun d'observation. Je rappellerai seulement que Samuel Plumbe avait pressenti toute l'importance de l'épilation dans le traitement du sycosis, opération qu'il pratiquait et recommandait comme le meilleur moyen de calmer l'inflammation du follicule pileux.

Commencée en 1792, la publication du Traité de médecine pratique de Pierre Frank ne fut terminée qu'en 1820. On pouvait donc espérer d'y rencontrer quelques traces des travaux de Willan. Il n'en est rien. Les maladies de la peau y sont divisées en deux grandes classes, les exanthèmes et les impétigines : 1" les Exanthèmes, maladies essentielles ou affections symptomatiques, ont leur siège à la superficie de la peau, et se subdivisent en deux ordres, selon qu'ils sont niis, c'est-à-dire dépourvus de saillie appréciable, comme l'érysipèle, le zona, espèce d'érysipèle, la scarlatine, l'urticaire, les pétéchies, ou, selon qu'ils sont scabieux, c'est-à-dire avec saillie, comme la miliaire, la variole, la rougeole, le pemphigus, les aphthes; 2*^ les Impétigines, maladies qui s'accompagnent souvent d'un état cachectique, sans en être pourtant inséparables, comprennent : a. des taches (éphélides, chloasma, ecchymose, érythème, vitiligo alopécie; b. des maladies rongeantes (porrigo, dartres, hydroa, gale, psydracia, teigne, lèpre). Il suffit d'exposer ce mode de classement pour en faire ressortir toutes les imperfections. Relativement aux causes des maladies cutanées, Pierre Frank les trouve, tantôt dans l'influence sympathique des premières voies, tantôt dans l'altération des humeurs et leur action sur la peau, d'autres fois dans le vice de l'organe cutané lui-même, etc. Il insiste particulièrement et

670 DERMATOSES.

revient à plusieurs reprises sur ce dernier ordre de causes, c'est-à-dire sur la o^énération possible du principe morbifique dans la substance de la peau, sans qu'on ait besoin de supposer aucun vice du sang. Voici notamment comment il s'exprime au sujet de l'étiologie des dartres : « Peut-être serions-nous fondé à dire que le virus berpétique, comme tous les virus spécifiques, se forme dans la peau, sans aucune altération primitive du sang ; que les vaisseaux de l'organe cutané, impressionnés par certaines causes, sécrètent à son piéjudice celte liqueur acre et caustique, de même que les vaisseaux des cantharides élaborent naturellement un principe irritant, mais qui n'est pas dangereux pour elles. » Nous ne chercberons pas à réfuter cette théorie qui, du reste, nous paraît descendre en droite ligne de la fameuse division de Lorry : De morbis in ente ipsâ nascentihus. Enfin, puisqu'il est question des dartres, ajoutons que P. Frank entend sous ce titre Vïpnrr, de Galien, et qu'il en décrit également trois espèces : miliaire, rongeante et phagédénique. Nous voici bien loin, comme on voit, de la doctrine de AYillan.

S'il est permis de supposer que Pierre Frank n'a pas connu en temps utile la classification anglaise, il n'en saurait être de même de Joseph Frank, dont le Traitéde pathologie médicale parut en 1821 ; néanmoins, les descriptions des formes morbides ou génériques des affections cutanées ne laissent pas moins à désirer dans son livre, et il semble vraiment que cet auteur se soit appliqué à en exclure tout ce qui tenait à la nouvelle méthode. A l'exemple de Pierre Frank, il partage les maladies de la peau, d'après leur marche, en aiguës ou exanihématiques, et en chroniques ou impétigineuses, les unes et les autres pouvant être idiopathiques ou symptomatiques. La classe des exanthèmes compiend, indépendamment des fièvres cruptives proprement dites, les pétéchies, la miliaire, les bulles, l'urticaire, l'érysipèle, le furoncle, l'anthrax, le charbon, la roséole, l'exanthème mercuriel et enfin le zoster, considéré par P. Frank comme une espèce d'érysipèle. Les impétigines primitives ou idiopathiques sont celles qui se produisent sous l'influence de causes locales, vices de conformation, malpropreté, insectes, etc., ou de causes inconnues. Les impétigines symptomatiques sont dues à des maladies générales, telles que diathèses inflammatoire, gastrique, arthritique, carcinomatcuse, scrofuleuse, scorbutique, vénérienne, spasmodique. Telle est la classification de Joseph Frank, si l'on peut donner ce nom à une tentative aussi incomplète ; mais il faut convenir qu'elle porte dans quelques-unes de ses parties, et notamment dans la division des impétigines, la marque d'un esprit véritablement médical. Joseph Frank a parfaitement saisi la relation de causalité qui existe entre la maladie arthritique et un certain nombre de dermatoses, et les signes qu'il indique pour reconnaître ces affections sont bien ceux qui leur appartiennent: retour périodique, siège inconstant, influence des saisons, sensation de prurit, d'ardeur, soulagement simultané des douleurs internes, données tirées des maladies antérieures et de l'étiologie. La division des impétigines scrofuleuses n'est pas moins fortement tracée : « Elles attaquent surtout, dit-il, la jeunesse et l'adolescence ; elles chargent la peau d'espèces de tubercules, de pustules, de croûtes, et ne la défigurent pas seulement, mais même la rongent sans beaucoup de prurit ni de douleur ; les abcès qui en sont la suite laissent après eux des cicatrices indélébiles » . Nous devons ajouter que l'histoire de chaque maladie, dans le livre de Joseph Frank, est accompagnée d'un riche bulletin bibliographique.

Pendant que Bateman, au commencement de ce siècle, travaillait à faire pré-

DERMATOSES. 671

valoir en Angleterre la conception de Willan, Alibert créait une clinique sur les maladies de la peau à l'hôpital Saint-Louis. Doué des qualités les plus brillantes, d'une imagination vive, d'une parole facile et entraînante, le nouveau professeur avait vu sa réputation s'accroître de jour en jour, et était devenu en quelques années une sorte de puissance en dermatologie. Dans un premier essai de classification, il avait admis la division traditionnelle des maladies cutanées en celles qui sont spéciales au cuir chevelu, qu'il appelle teignes, et celles qui peuvent se rencontrer sur toutes les autres parties du corps, et qu'il désigne sous le nom de dartres. Ces deux graïides classes se subdivisaient en espèces et variétés dont les caractères distinctifs étaient pris, soit dans les produits de l'inflammation, soit dans l'état de sécheresse ou d'humidité des surfaces, soit dans des nuances de forme, dans un symptôme prédominant. Enfin, comme un certain nombre d'états morbides restaient en dehors de cette division fondamentale, il en fit autant de sections différentes sous les noms de pliques, éphélides, cancroïdes, lèpres, pians, ichthyoses, syphilides, scrofules, psorides.

Mais la pensée d' Alibert ne devait trouver son expression complète et définitive que quelques années plus tard, en 1852, dans sa Mo7iographie des dermatoses. Voici comment il s'explique lui-même à cet égard dans le discours qui sert d'introduction à cet ouvrage : « J'ai donc adopté, pour la classification des dermatoses, la méthode des botanistes, et en cela je n'ai fait que me conformer au vœu exprimé par Sydenham dans la préface de son admirable ouvrage. Il en est des maladies comme des plantes; il importe de les rapprocher et de les comparer, car elles ne forment pas une série continue dans le système de la nature ; elles se touchent par différents points, et sont plutôt disposées entre elles comme les feuilles sur les arbres, ou comme les différents pays sur une carte géographique. » Rien de mieux assurément, mais la question était de savoir si la méthode naturelle des botanistes, excellente pour la classification des végétaux, pouvait également s'appliquer à une classification des dermatoses. Alibert le crut et, comparant le système de Willan aux classifications botaniques basées sur un seul caractère, il eut la prétention d'établir ses divisions sur un ensemble de caractères tirés de la nature même des affections, c'est-à-dire de leurs causes, âe leurs symptômes, de leur marche, de leur terminaison et de leur traitement. Avant d'examiner la valeur de cette tentative, voyons quels en ont été les résultats.

Classification d' Alibert. Première famille. Dermatoses eczémateuses. Genres : érythème, érysipèle, pemphyx, zoster, phlyzacia, cnidosis, épinyctide, olophlyctide, ophlyctide, pyrophlyctide, charbon, furoncle.

2*^ Famille. Dermatoses exanthématedses. Genres : variole, vaccine, clavelée, varicelle, nirle, roséole, rougeole, scarlatine, miliaire.

3^ Famille. Dermatoses teigneuses. Genres : achore, porrigine, favus, trichoma.

4^ Famille. Dermatoses dartreuses. Genres : herpès, varus, mélitagre, esthiomène.

5^ Famille. Dermatoses cancéreuses. Genres : carcine, kéloïde.

6^ Famille. Dermatoses lépreuses. Genres: leucé, spiloplaxie, éléphantiasis, radezyge.

7*^ Famille. Dermatoses véroleuses. Genres; syphilis, mycosis.

8*^ Famille. Dermatoses strumeuses. Genres : scrofule, farcin.

9" Famille. Dermatoses scabiedses. Genres : gale, prurigo.

10^ Famille. Dermatoses hémateuses. Genres: péliose, pétéchies.

672 DERMA.TOSES.

11^ Famille. Dermatoses dyschrom.vteuses. Genres ; panne, achrome. 12* Famille. Dermatoses hétéromorphes. Genres : ichthyose, tylosis, verrues, onygose, dermatolysie, naeve.

Chaque genre comprend un certain nombre d'espèces et de variéte's. Il suffit de jeter les yeux sur cette classification pour reconnaître combien peu elle répond aux espérances que l'auteur avait fait concevoir de l'emploi de sa méthode. C'est qu'en effet les dermatoses ne sont pas, comme le croyait Alibert, de véritables maladies, mais seulement des parties de maladies, des symptômes, des affections n'ayant pas en elles-mêmes leur raison d'être, et que la mélhode naturelle se trouvait ainsi faussée dans son application, car elle ne pouvait convenir qu'aux maladies mêmes dont ces affections dépendent. Aussi la classification du célèbre dermatologiste n'est-elle rien moins qu'une classification d'affections de la peau : c'est un rapprochement arbitraire de maladies dans le cours desquelles on observe des lésions très-variées du tégument externe. Les dissonances éclatent de toutes parts, soit que l'on compare les familles entre elles, soit que l'on considère les genres et les espèces qui composent chaque famille en particulier. Ou y voit figurer d'une part, sous la dénomination commune de dermatoses, les éruptions les plus simples et les états pathologiques les plus complexes, les genres furoncle et acné, par exemple, sur le même plan que les genres syphilis et scrofule ; et l'examen des familles, d'autre part, nous les montre composées de lésions anatomiques variées, essentiellement différentes. Enfin il faut remarquer que, contre tous les principes de la méthode naturelle, certaines dermatoses ont été établies sur un seul caractère, la considération du siège topographique ; exemple : les dermatoses teigneuses ; erreur d'autant plus grave que ce caractère est absolument inexact, car on sait que les teignes peuvent se rencontrer sur toutes les pnrties du corps oii existent des poils.

En définitive, la classification d'Alibert ne remplissait aucun but, ne pouvait être d'aucun secours pour le diagnostic des lésions ou des symptômes, ni même pour le diagnostic des maladies. Elle était donc incapable de soutenir le parallèle avec celle de Willan, qui du moins présente, comme nous l'avons dit plus haut, des avantages incontestables. C'est ce c[ue sentit parfaitement Biett, qui n'hésita pas à se séparer de son maître pour se rallier sans réserve à la méthode anglaise. On vit alors, au grand scandale des partisans de la méthode naturelle, s'élever peu à peu, à côté de l'enseignement quasi-officiel d'Alibert, un autre enseignement rival basé sur la doctrine des lésions élémentaires. Et les adhérents ne manquèrent pas à la nouvelle école, car tout le talent du célèbre professeur ne put empêcher que l'idée willanique, si simple, si facile à saisir, et d'une application si immédiate, fît rapidement son chemin dans les esprits. Biett avait du reste fait subir à la classification anglaise quelques modifications dans les détails qui n'ont pas été sans doute sans influence sur son succès. Voici cette classification modifiée telle qu'on la trouve dans l'ouvrage de ses élèves Schedel et Cazenave :

Ordre premier. Exanthèmes. l°Erythème; 2" érysipèle; 3"* roséole; 4° rougeole; 5° scarlatine; 6" urticaire.

Ordre II. Vésicules. 1° Miliaire; 2° varicelle; 5" eczéma; 4" herpès; ^'' gale.

Ordre III. Bulles. 1° Pemphigus; 2° rupia.

Ordre IV. Pustules, l" Variole; 2" vaccine; 5" ecthyma; 4" impétigo; 5° acné; G" mentagre; 7" porrigo.

DERMATOSES. 675

Ordre V. Papules. 1" Lichen; 2° prurigo.

Ordre VI. Squames. 1° Lepra; 2» psoriasis; 5° pityriasis; 4° ichthyose.

Ordre VII. Tubercules. 1'^ Élépliantiasis des Grecs ; 2° moUuscum ; 3° frambœsia.

Ordre VIII. Macules, a. Coloration : teinte bronzée, épliélides. naevi ; — b. décoloration : vitiligo, albinisme.

Maladies qui, par leur nature, .ne peuvent se rapporter a aucun des ordres

Cl-DESSUS :

Ordre IX. Lupus.

Ordre X. Pellagre.

Ordre XI. Bouton d'Alep.

Ordre XII. Syphilides.

Ordre XIII. Purpura.

Ordre XIV. Éléphantiasis des Arabes.

Ordre XV. Kéloïde.

Comme classification de lésions cutanées, car elle n'est pas autre chose, cette classification est incomplète, car elle laisse en dehors d'elle : 1° l'hypertrophie crypteuse, la glande sébacée hypertrophiée, distendue par la matière sébacée : ainsi, le bouton de l'acné variolitorme, qui n'est, évidemment ni une pustule ni un tubercule ; 2» les tumeurs de la peau grosses comme des tomates, décrites sous les noms de pians, de mycosis fongoïde ; 5° le furoncle, qui est une infl;immation de l'aréole dermique ; 4" le godet l'avique. A quoi il faudrait ajouter les affections qui font suite aux huit premiers ordres, sous ce titre singulier : Maladies qui, par leur nature (traduisez par leur lésion élémentaire), ne peuvent se rapporter à aucun des ordres ci-dessus. Procédé commode sans doute, mais qui porte avec lui la condamnation du système qui en a nécessité l'emploi.

Les réflexions qui précèdent s'appliquent naturellement à l'ouvrage de Schedel et Cazenave, paru d'abord en 1828 (2" édition en 1835, i° édit. en 1847), et dont la plupart des matériaux ont été puisés dans la clinique de Biett. Quant à la doctrine, elle se réduit, pour les auteurs dont je parle, à la connaissance du siège anatomique des lésions cutanées : c'est là que doit tendre toute recherche, s'il faut les en croire; c'est cette notion qui seule peut conduire à une classification précise et durable; c'est d'elle aussi qu'ils font découler toutes les indignations pronostiques et thérapeutiques.

l'armi les ouvrages qui ont surtout contribué à populariser en France la méthode de Willan, il faut placer le livre de Gibert, dont la première édition fut publiée en 1834. L'auteur l'intitula d'abord modestement Manuel des maladies spéciales de la peau, et il nous avoue lui-même qu'il en a pris les éléments essentiels dans une mauvaise traduction française du Précis de Bateman, la traduction de Bertrand dont il a été question plus haut. Cependant, en 1840, le Manuel, corrigé et considérablement augmenté, devenait un Traité pratique des maladies spéciales de la peau, lequel se transformait à son tour, en 1860, en un Traité des maladies de la peau et de la syphilis. Dans cette dernière édition, qui peut être considérée comme le couronnement de son œuvre, Gibert est resté un partisan déclaré de la classification anglaise, mais on constate que ses idées ont subi sur un certain nombre de points d'importantes modifications. C'est là que notre ancien collègue parle pour la première fois de la distinction entre les maladies constitutionnelles de la peau ou de cause interne, et les affections accidentelles ou de cause externe ; distinction qu'il fait remonter à l'anti- DICT. EXC. XXVJI. 43

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quité, mais que notre enseignement n'avait pas peu contribué sans doute à lui remettre en mémoire. C'est là aussi que, rendant justice à nos travaux sur les affections cutanées parasitaires, il déclare que la dermatologie nous est redevable du seul progrès important que puisse revendiquer notre époque. 11 est vrai que Gibert, après avoir admis en principe ces divisions fondamentales, préfère les rejeter en pratique au second plan, et baser sa classification sur la considération des formes cliniques qui, dit-il, frappent les sens, sont faciles à saisir et mènent à un diagnostic assuré. Mais c'était détruire d'une main ce qu'il avait établi de l'autre, et il s'est ainsi jeté dans des difficultés inextricables. Un exemple frappant nous est fourni par le groupe des affections parasitaires, qu'il s'est vu dans l'obligation de disséminer dans des ordres très-divers et au milieu d'affections essentiellement différentes, et cela, dans le seul but de ne pas rompre l'uniformité de sa classification. Et c'est pour la même raison sans doute qu'après avoir reconnu avec nous la nature végétale des incrustations faviques, il a maintenu néanmoins cette affection parasitaire dans l'ordre des pustules.

Élèves et continuateurs de Biett, Cazenave et Gibert n'avaient apporté, somme toute, que des moditications à peu près insignifiantes à la classification anglaise. Dans d'autres publications qui parurent vers la même époque, on trouve les affections de la peau groupées d'une manière différente, soit que les auteurs aient eu égard surtout au point de vue éliologique, comme l'a fait Dendy qui admet: 1° des maladies symptomatiques des désordres du canal alimentaire; 2" des maladies symptomatiques des lésions des fonctions d'assimilation ; 5° des maladies symptomatiques d'excitations externes et d'une idiosyncrasie particulière ; 4" des maladies produites par des infections spécifiques ; 5" des maladies locales sans dérangement constitutionnel ; soit qu'ils aient établi leurs principales divisions sur des considérations tirées du siège anatoraique, comme on peut le voir dans le travail de Grimaud qui a partagé les maladies cutanées en quatre ordres selon qu'elles occupent: 1° le corps réticulaire ; 2" les papilles; 3° les cavités infundibuliformes ; 4" les follicules, ou dans le travail de Baker qui a admis : l" des maladies épidémiqiies comprenant les squames, les vésicules et les bulles, 2° et des maladies du derme embrassant les papules, les tubercules et les pustules. Tel est encore le Traité théorique et pratique des maladies de la peau de P. Rayer, dont la première édition parut en 1832, et la dernière en 1835. Mais nous devons nous arrêter sur cet ouvrage, l'un des plus considérables et des plus complets qui aient été produits sur la matière.

La doctrine de Willan tendait à faire des maladies de la peau une classe à part, détachée du reste de la pathologie. Rayer s'efforça de réagir contre cette tendance, dont il fit ressortir les graves inconvénients. 11 monti-a que certaines affections cutanées ne constituent que des symptômes absolument secondaires dans l'évolution morbide dont elles font partie, comme il arrive dans les fièvres éruptives ; que d'autres, bien qu'en apparence plus spéciales à la peau, se relient cependant à un état particulier de la constitution, les dartres, par exemple; qu'il faut en outre tenir compte, dans un très-grand nombre de cas, des rapports de causalité qui peuvent unir telle ou telle éruption avec d'autres affections de forme et de siège très-différents ; qu'en un mot, l'étude des maladies de la peau ne saurait être séparée de la pathologie générale, dont les principes lui sont de tout point applicables. Rien de plus juste que ces idées, mais la difficulté était précisément de les faire passer de la théorie à l'application, et nous verrons qu'à cet égard Rayer n'a pas été plus heureux que ses devanciers.

DERMATOSES. 675

L'historique des dermatoses n'a été présenté nulle part avec autant de soin et d'une manière plus complète que dans le livre de Rayer. C'est une l'evue rapide, mais consciencieuse et bien faite, de tous les ouvrages qui ont pu contribuer dans une certaine mesure 'au progrès de la pathologie cutanée. Un très-grand nombre de notes et d'extraits, avec indications bibliographiques, permettent de vérifier immédiatement les assertions de l'auteur, ou mieux encore de remonter aux sources où lui-même a puisé.

Rayer a distribué les maladies de la peau en quatre sections, selon leur siège anatomique :

1° Maladies de la peau proprement dites ; 2° altérations des dépendances de la peau; 3° corps étrangers, inanimés ou animés; 4° maladie d'abord étrangère à la peau, mais qui lui imprime quelquefois des altérations particulières : c'est l'éléphantiasis arabe.

Section 1. Les maladies de la peau proprement dites sont : A. Des inflammations, qui peuvent être à une ou plusieurs formes élémentaires. Dans le premier cas se trouvent les inflammations exanthémateuses, huileuses, vésiculeuses, pustuleuses, furonculeuses, gangreneuses, papuleuses, squnmeuses, tuberculeuses, et dans le deuxième les brûlures, les engelures et les syphilides;

B. Des sécrétions morbides : épidroses, tannes, concrétions crétacées, enduit cérumineux, tumeurs foUiculeuses ;

C. Des congestions et des hémorrhagies cutanées [et sous-cutanées : cyanose, vibices, ecchymoses, pétéchies, purpura, dermatoi'rhagie ;

D. De ï anémie;

E. Des névroses : exaltation, diminution, abolition de la sensibilité cutanée, sans autre altération appréciable ;

F. Des vices de conformation congénitaux ou acquis, lesquels peuvent atteindre toute la peau (appendices, fanons, cicatrices), ou seulement l'un de ses éléments, c'est-à-dire 1" le derme: hypertrophie, atrophie, naevus et tumeurs vasculaires, chéloïde; 1" le pigment: décolorations, colorations accidentelles; 5° Yépiderme, la couche cornée et les papilles : absence, épaississement, ramollissement, ichthyose, appendices cornés, cors, desquamation des nouveau-nés.

Section IL Les altérations des dépendances de la peau sont : \° celles des ongles et de la peau qui les fournit : onyxis, absence, défaut de développement, accroissement démesuré, changements de couleurs, taches, chute, etc., et 2° celles des poils et des follicules qui les produisent : inflammations des bulbes des poils, plique, coloration accidentelle, canitie, alopécie, feutrage des cheveux, tissu pileux accidentel, etc.

Section III. Corps étrangers observés à la surface de la peau, dans l'épaisseur ou au-dessous de cette membrane : 1" inanimés : crasses, matières inorganiques, colorations artificielles ; 2'^ animés : pediculi, pulex irritans, pulex penetrans, acarus, filiaria medinensis.

Section IV. Maladie primitivement étrangère à la peau, mais qui lui imprime quelquefois des altérations particulières : éléphantiasis des Arabes.

Dans ce lableau ne sont pas comprises un certain nombre de maladies peu connues (bouton d'Alep, radesyge, pian, etc.), dont l'auteur a relégué la description dans le Vocabulaire.

Faire rentrer les maladies de la peau dans les cadres de la patliologie générale, telle est l'idée-mère de cette classification. C'est dans ce but que Rayer les a groupées d'après ce qu'il appelle leur caractère pathologique général, et qui

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n'est autre chose que le mode pathogénique, caractère sans doute fort utile à connaître, mais dont il s'est exagéré singulièrement l'importance. On saura ainsi que telle éruption doit être rattachée à la classe des inflammations, telle autre à celle des congestions, telle autre aux sécrétions morbides, etc., mais on cherche vainement quel intérêt considérable peut présenter, au point de vue nosologique, une semblable détermination ; quelles conséquences peuvent en découler au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement. Ajoutons que ce caractère pathologique général n'est rien moins qu':issuré, et je dirai même fort contestable dans un grand nombre de cas. U est permis de douter, par exemple, que les efflorescences de la rougeole, de la scarlatine, de la roséole, soient de véritables inflammations de la peau; que le même titre puisse être donné à l'urticaiie, aux papules du lichen, aux tubercules fibro-plastiques du lupus ou de la syphilis, etc.

La classe des maladies cutanées inflammatoires, telle que l'a établie Rayer, embrasse la plus grande partie des maladies de la peau ; les sous-divisions sont tirées de la considération de la forme élémentaire, conformément à la méthode de Willan. Mais le dermatologiste français a cru devoir introduire ici une distinction nouvelle selon que ces maladies présentent une ou plusieurs formes élémentaires, et les alfections qui lui ont paru remplir cette dernière considération sont : 1" les brûlures; 2' les engelures; 5° les syphilides. Or, sans parler de la singularité d'un tel rapprochement, on ne voit pas bien pourquoi Rayer s'eii est tenu à un si petit nombre d'affections polymorphes, pourquoi il ne leur a pas adjoint l'érysipèle, par exemple, qui se complique si fréquemment de bulles, la roséole qui peut s'accompagner de vésicules railiaires, la gale, type de la polymorphie, etc., etc. Remarquons du reste que, pour la création du petit groupe des maladies inflammatoires à formes élémentaires multiples. Rayer a fait intervenir la question jusque-là réservée de cause ou nature, et que cet artifice l'a dispensé de la nécessité de disperser les syphilides dans les différents ordres willaniques.

En résumé, la classification de Rayer présente plus d'inconvénients que d'avantages ; elle ne nous fait pas sortir de la lésion de la peau, et ne saurait assurément soutenir la comparaison avec celle de Willan, qui l'emporte à la fois par l'unité de son plan et la simplicité de sa méthode. Toutefois, je le répète, le livre de Rayer se recommande par des qualités sérieuses : ses descriptions sont exactes, claires, et généralement suivies, en forme d'appezidice, de renseignements historiques et d'observations particulières. On y trouve de plus i|uelques aperçus fort justes sur les causes et les relations morbides d'un certain nombre d'affections cutanées. Enfin, c'est là que les eiïïeciions artificielles ont été pour la première fois l'objet d'une étude spéciale, bien qu'encore fort incomplète.

En 1842, Baumes (de Lyon), dans sa nouvelle Dermato/o^i'e, essaya de fonder sa classification sur une base purement étiologique. Donnant le nom de fluxion à la cause première inconnue des affections de la peau, il s'efforça de déterminer les conditions morbifiques qui développent ou entretiennent cette fluxion, conditions qu'il caractérise de la manière suivante :

1" Fluxion par cause externe;

2° Fluxion réfléchie; ou répétition au dehors d'un travail morbide qui existe déjà sur un organe interne ;

b^ Fluxion déplacée : ou transport à la peau d'une maladie d'un organe interne, ou fluxion critique ;

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4° Fluxion excentrique : ou succédant à une cause ou à une série de causes qui portent leur influence sur l'économie en général, et qui introduisent par les voies respiratoires et digestives des principes qui amènent une perturbation dans les fonctions de tous les organes ;

5° Fluxion par diathèse : ou consécutive aux diathèses scrofuleuse, cancéreuse, syphilitique, scorbutique;

6° Fluxion idiopatbique : ou développée dans le tissu de la peau sans cause connue et par suite d'un principe né de l'hérédité, et par cela même de la condition organique de la peau ;

7" Fluxion complexe : ou résultant de la combinaison de plusieurs causes réunies.

Baumes suit du reste, à peu de chose près, pour la division des groupes ainsi formés, la méthode anatomique de Willan, et décrit des éruptions érythémateuses, vésiculeuses, pustuleuses, etc. On ne saurait disconvenir que ce mode de classement repose sur une conception profondément médicale, et, à ce point de vue, il doit être compté parmi les meilleures tentatives qui aient été faites en ce sens.

En décembre 1843, un médecin allemand, le docteur Hébra, communiquait à l'Académie de Vienne une division des dermatoses entièrement basée sur les caractères anatomo-pathologiques. Il en admettait neuf classes : 1° hypertrophies ; — 2° atrophies ; — 5° anomalies de sécrétions ; — 4° processus : a. séreux ; h. puriforme ; c. coagulable ; d. hémorrhagique ; — 5° hémorrhagies ; — 6° stases ; — 7'^ nouvelles formations; — 8° formations végétales; — 9° formations animales.

Dix-huit ans plus tard, dans le Traité des maladies de la peau du même auteur, nous retrouvons cette classification modifiée de la manière suivante : Première CLASSE. Hyperémie cutanée. Affections hypérémiques de la peau; 2^ CLASSE. Anémie cutanée . Affections anémiques de la peau; 5" CLASSE. Anomaliœ secretionis glandularum cutanearum. Conditions morbides des sécrétions des glandes cutanées ;

4*^ CLASSE. Evsudationes. Exsudations et affections exsudatives ; 5® CLASSE. Hœmorrhagiœ cutanece. Hémorrhagies; Eijpertrophiœ. Hypertrophies ; Atrophiœ. Atrophies ;

Neoplasmata {Homœoplasiœ). Tumeurs bénignes ; Pseudoplasmata {Heteroplasiœ). Tumeurs malignes; Ulcerationes. Ulcérations; Névroses. Névroses ; Parasitée. Parasites.

Cette classification repose, en définitive, comme celle de Rayer, sur la considération du processus pathologique ou, si l'on préfère l'expression de l'auteur français, sur le caractère pathologique général des affections de la peau. Il suffit de l'exposer pour en faire ressortir toutes les lacunes et tous les inconvénients, au double point de vue de la doctrine et de la méthode.

En 1845, dans le tome Yl du Compendium de médecine pratique, paraissait sur les maladies de la peau un long article de pathologie générale, dans lequel les auteurs nous semblent avoir apporté plus de soin et de travail que de véritable compétence dans la matière. C'est une sorte de compilation, dont la plupart des éléments ont été empruntés aux Traités spéciaux les plus récents, et qui

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ne présente aucune vue originale et nouvelle, à moins cependant qu'on ne veuille donner ce nom à un essai de classification des dermatoses basé sur la considération de leur siège anatomique, c'est-à dire sur la notion encore aujourd'hui la plus obscure et la plus controversée qui soit en dermatologie.

Une tentative analogue était faite quelques années plus lard par un médecin distingué de Paris, M. Baron. L'auteur s'est efforcé de rapporter à chacun des éléments anatomiques de la peau les diverses altérations qui constituent les espèces de la pathologie cutanée, et voici le tableau qu'il a dressé dans ce but :

1° Maladies de F appareil vasculaire. Roséole, rougeole, scarlatine, érythème, érysipèle, vésicatoire, pemphigus, naevus, purpura;

2" Maladies des papilles. Urticaire, prurigo, hyperesthésie, anesthésie, éléphantiasis grec ;

3" Maladies de Vappareil sudoripare. Sueurs abondantes, éruption de la suette, sudamina, éruption de la fièvre miliaire, éruption accompagnant les sueurs copieuses, éruptions vésiculeuses par topiques irritants, herpès;

A° Maladies de Vappareil sécréteur de Vépiderme. Pityriasis, eczéma, psoriasis, ichthyose, durillon, cor, verrue;

5° Maladies de Vappareil chromatogène. Naevus, lentigo, éphélide hépatique, éphélide mélanée, vitiligo, albinisme;

6° Maladies des follicules sébacés. Acné disseminata,a. punctata, a. rosacea, mélitagre, raentagre, impétigo sparsa, lupus;

7° Maladies des bulbes pilifères. Lichen, favus, trichoma, alopécie, canitie;

8" Maladies de la matière des ongles. Onygose, exagération de sécrétion;

9° Maladies de la trame cellulo- fibreuse. Ecthyma, rupia, varicelle, vario- Joïde, variole, vaccine, furoncle;

10° Maladie affectant simtdtanément plusieurs éléments de la peau. Gale;

11° Maladies de classe encore incertaine. Frambœsia, moUuscum, chéloïde.

Gibert, à qui j'emprunte ces détails, a parfaitement montré tout ce qu'il y avait de vain et d'illusoire, non-seulement dans ces classifications anatomiques considérées en elles-mêmes, mais encore et surtout dans les prétentions affichées par leurs auteurs d'en tirer des indications relatives à la nature et au traitement des maladies.

L'année 1850 a été marquée par un progrès thérapeutique important: le traitement de la gale, jusque-là incertain et trop souvent inefficace, est soumis par nous à des règles fixes, précises, déduites du raisonnement et de l'observation [Union médicale, 9 juillet 1850, t. IV, n" 82, p. 355).

Deux ans plus tard, nous livrions au public médical nos Recherches sur la nature et le traitement des teignes, recherches dont les principaux résultats sont aujourd'hui sanctionnés par le temps et acquis à la science [voy. Teigne et Favus).

Nous devons maintenant parler, selon Tordre chronologique, du Traité pratique des maladies de la peau de M. Devergie (1854) : œuvre difficile à classer, car on y trouve un peu de tous les systèmes accommodés, il est vrai, aux idées personnelles de l'auteur. A l'exemple de Rayer, M. Devergie a pour but de faire rentrer les maladies de la peau dans le domaine de la pathologie ordinaire, et s'efforce comme lui d'étabhr que la généralité de ces maladies a pour forme morbide habituelle l'élément inflammatoire, d'où il conclut à l'identité des causes, de la marche, des terminaisons. Telle est la doctrine qu'il expose longuement

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dans la première partie de son livre, consacrée à la pathologie générale. Quant à la méthode, M. Devergie est tantôt willaniste et tantôt alibertiste, selon les cas ou les besoins du moment. Il a composé trois tableaux de classification. L'un, qu'il destine à l'indication de l'ordre des matières, renferme douze groupes : 1° affections exanthémateuses ; 2° vésiculeuses et huileuses; 3° pustuleuses; 4° cachectiques ; 5" papuleuses; 6° squameuses; 7° exotiques; 8° scrofuleuses; 9° maladies du cuir chevelu; 10" maladies des ongles; 11° productions accidentelles; 12" syphilides. Ainsi, la forme élémentaire, la cause diathésiqne, le cars-ctère exotique, le siège anatomique, le siège topographique, et j'en passe, telles sont les considérations diverses qui ont servi à la formation de ces groupes. Le second tableau de classification n'est qu'une méthode de diagnostic basée sur les produits secondaires; les maladies y sont divisées en deux grandes classes, selon qu'elles sont sécrétantes ou non sécrétantes. Enfin, le troisième tableau n'est que la classification de Willan que M. Devergie a modifiée, étendue, complétée par l'addition de maladies et de groupes de maladies : 1" exanthémateuses; 2" vésiculeuses ; 5° huileuses; A° pustuleuses; 5" papuleuses; 6" tuberculeuses; 7° squameuses; 8" hémateuses; 9° chromateuses; 10° cancéreuses; 11° végétantes; 12° corps étrangers animés; 15° corps étrangers inanimés; 14° maladies de la peau et du tissu cellulaire ; 1 5" maladies des poils ; 16" maladies des ongles.

Tel est, envisagé au point de vue de la doctrine et de la méthode, l'ouvrage de M. Devergie; et c'est là tout ce qu'il nous importe ici d'en connaître. Je ne parlerai donc, ni des formes composées, créées par ce dermatologiste, ni des cinq médications qui forment la base de sa thérapeutique, questions intéressantes sans doute, mais qui ont perdu l'attrait de l'actualité, et dont la discussion nous entraînerait bien au delà des limites de cet article.

En 1855, dans une série d'articles insérés d'abord dans la Gazette des Hôpitaux, et plus tard réunis en brochure sous le titre de Cours de séméiotique cutanée, suivi de leçons théoriques et pratiques sur la scrofule et les teignes, je jetais les premiers fondements de la doctrine qui, depuis cette époque, m'a constamment guidé dans l'étude de la dermatologie. Cette doctrine est aujourd'hui trop connue pour qu'il soit nécessaire d'en faire ici l'exposition. Elle repose essentiellement, comme on sait, sur le principe de la distinction absolue entre la maladie, état de l'être qui souffre, et Vaffection, état ou modification morbide de l'organe ou de la fonction : d'où cette conséquence qu'il n'y a point de maladie de la peau, qu'il ne saurait y avoir de nosographie cutanée. Toute dermatose est pour nous le produit ou le symptôme d'une maladie : or, la maladie, cause efficiente des affections, peut être de cause externe ou de cause interne : de là deux divisions parallèles pour les affections cutanées correspondantes. Mais la même forme morbide élémentaire sert le plus souvent de traduction à plusieurs maladies différentes : de là des affections communes, ou génériques, qui ressortissent à la séméiotique, et des affections spéciales ou espèces, qui font partie du domaine de la nosographie. La brochure se termine, comme son titre l'indique, par des considérations sur la scrofule et les teignes.

L'année suivante je reprenais l'étude de la scrofule considérée en elle-même et dans ses rapports avec la syphilis, la dartre et l'arthritis. Publiées d'abord dans la Revue médicale, puis colligées en brochure, ces leçons avaient nour objet spécial la détermination des dartres scrofuleuses, que je désignai sous le nom de scrofulides, et dont je décrivis deux espèces : les scrofulides bénignes et les scrofulides malignes.

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Mais mon dessein ne saurait être de donner ici une ide'e, même sommaire, des diverses publications qui sont sorties de mon Enseignement de 1855 à 1870 : Leçons sur les affections cutanées parasitaires (l''^ édition 1858, 2^ édit. 1862); Leçons sur les sijphilides (1'^ édit. 1859); Leçons sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse (1" édit, 1860, 2^ édit. \^ù%)\ Leçons sur la scrofule (2* édit., considérablement augmentée, 1861) ; Leçons sur les affections cutanées artificielles, la lèpre, les diathèses, les difformités (1862); Leçons sur les affections génériques de la peau (2 volumes, le 1'"'' paru en 1862, le 2'^ en 1867) ; Leçons sur la syphilis et les syphilides {2" édit. 1866) ; Examen critique de la divergence des opinions actuelles en pathologie cutanée (1 vol. 1866); Leçons sur le traitement des maladies chroniques en général et des affections de la peau en particulier, par remploi comparé des eaux minérales (1 vol. 1870). Ces publications représentent vingt années de recberches et de méditations sur toutes les questions qui se rattachent à la pathologie de la peau, questions de fait, questions de doctrine, questions de nature, questions de classification, questions de séméiotique et de thérapeutique, et il me sera permis de dire que quelques-unes au moins de ces questions y ont été résolues d'une manière détinilive.

On trouvera plus loin, dans la suite de cet article, l'exposition complète de mes idées sur les dermatoses envisagées aux différents points de vue que comporte leur étude : tout développement à cet égard serait donc ici superflu.

Comme on en peut juger par ce qui précède, nos idées doctrinales nous avaient placé dès le début de notre enseignement en dehors des deux écoles qui s'étaient jusque-là disputé la prééminence sur le terrain de la dermatologie. La méthode de Willan avait fini par l'emporter, et lorsqu'en 1857 Alibert disparut de la scène, personne ne se présenta d'abord pour prendre sa succession. Ce rôle était réservé à l'un de ses plus distingués élèves, M. Hardy, qui devint en 1851 médecin de l'hôpital Saint-Louis. Convaincu que le grand tort d'Alibert avait été de présenter sa classification sous une forme bizarre, l'arbre des dermatoses, et de substituer aux noms généralement adoptés une terminologie nouvelle, prétentieuse et ditticile à prononcer, M. Hardy pensa que la première chose à faire était d'éviter cet écueil, et, craignant sans doute que le mot dermatose ne semblât un retour vers le passé, il le raya de son vocabulaire. Sa classification, qui offre beaucoup d'analogie avec celle d'Alibert, comprend dix classes de maladies cutanées :

Première classe. Macules, diffoi^mités. Éphélides,vitiiigo,lentigo,ichthyose, chéloïde ;

1^ CLASSE. Inflammations locales. Erythème, urticaire, herpès, ecthyma, pemphigus;

5'' CLASSE. Maladies parasitaires. Gale, sycosis, herpès circiné, favus ;

4'^ CLASSE. Fièvres éruptives. Scarlatine, rougeole, variole, varioloïde, vaccine ;

5" CLASSE. Éruptions symptomatiques. Herpès labialis, taches rosées de la fièvre typhoïde, sudamina, purpura;

ô*" CLASSE. Dartres. Eczéma, psoriasis, lichen, pityriasis;

T** CLASSE. Scrnfulides. 1" érythémateuse, 2" pustuleuse, 5" verruqueuse, 4° tuberculeuse, .^° phlegmoneuse, 6" cornée;

S** CLASSE. SifpnUides. 1" pigmentaires , 2" exanthématiques , 5° vésicu-

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leuses, ¥ pustuleuses, 5" papuleuses, 6° huileuses, 1" squameuses, 8'' végétantes, 9" tuberculeuses ;

9^ CLASSE. Cancers. Cancer de la peau, cancroïde;

10" CLASSE. Maladies exotiques. Lèpre tuberculeuse, pian.

Basée sur le même principe que celle d'Alibert, c'est-à-dire sur les analogies et les dissemblances que présentent les maladies de la peau considérées aux points de vue les plus divers, cette classification tombe sous le coup des mêmes reproches. On remarquera, par exemple, tout ce qu'il y a d'arbitraire et d'artificiel dans cette succession de classes qu'aucune idée commune ne relie les unes aux autres, et que l'on trouve composées, celle-ci de maladies entières, telles que la rougeole, la scarlatine, la gale, etc. ; celle-là de fractions de maladies, de lésions symptomatiques, telles que taches rosées, sudamina, etc. ; cette autre d'affections génériques, comme l'eczéma, le psoriasis, le lichen, le pityriasis; cette autre entin d'affections spéciales, comme les syphilides ou les scrofulides. 11 est vrai que M. Hardy n'admet pas les genres en pathologie cutanée ; que pour lui l'eczéma est toujours une dartre, l'acné une maladie accidentelle, l'herpès une inflammation locale, et ainsi du reste; et en cela, il faut le reconnaître, il s'est montré conséquent avec la doctrine qu'il s'était donné pour mission de défendre. Mais son tort est de n'avoir pas compris que c'est en cela précisément que consistait le vice radical de la méthode naturelle ou synthétique, et que c'est pour l'avoir faussement appliquée à l'étude et au classement des lésions de la peau qu'Alibert, malgré tout son talent, n'a point fait œuvre qui dure. Et il est fort à craindre que M. Hardy ne soit pas plus heureux que son illustre maître. La séiuéiotique de la peau n'existe pas dans ses livres. Il ne voit rien entre la maladie et la lésion. 11 a même rejeté en grande partie le progrès réalisé par Willan, car il définit l'eczéma : « Une affection de l'enveloppe cutanée ou muqueuse qui se caractérise à son début, soit par des taches exanthématiques, soit par des vésicules, soit par des fissures, soit par des pustules, soit par des squames, soit par des papules; qui, plus tard, provoque habituellement le suintement d'une sécrétion séreuse ou séro-purulente de quantité fort variable, et qui se termine enfin par desquamation ». Comme je l'ai dit ailleurs, c'est une suppression complète des genres, même au sens oii l'entendait Willan; plus d'im-, pétigo, plus de pityriasis, plus de lichen! Tout cela, c'est de l'eczéma.

Du reste, des dix classes de maladies cutanées établies par M. Hardy, les seules que l'on puisse admettre sont celles des maladies parasitaires, des fièvres éruptives, des dartres, des scrofulides et des syphilides. Encore faudrait-il s'entendie sur le mot dartres., qui désigne pour notre ancien collègue, non pas une maladie à manifestations multiples, mais un certain nombre de maladies similaires {voy. article Dartre, où ce point a été traité et discuté avec tous les développements qu'il comporte). Mais que dire des inflammations locales ou maladies cutanées accidentelles ! Quel est le lien qui rassemble l'érythème, l'urticaire, le zona, le pemphigus, l'acné, l'erysipèle? La classe des éruptions symptomatiques nous paraît défectueuse par la raison que cette épithète convient également à toutes les dei"matoses. Enfin, à l'exemple de M. Devergie, M. Hardy a formé une classe de maladies exotiques, et cette classe s'est .adaptée ni mieux ni plus mal qu'une autre à sa classification.

En 187-4, M. Gailleton, ex-chirurgien en chef de l'Antiquaille à Lyon, faisait paraître un Traité élémentaire des maladies de la peau. Ce traité se divise en trois parties. La première contient les principes de la dermatologie, anatomie et

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physiologie normale et pathologique, séméiologie, étiologie, thérapeutique, considérées en général. La seconde partie est un résumé succinct des maladies qui donnent le plus habituellement naissance aux éruptions cutanées : scrofules, goutte, rhumatisme, syphihs, dartres, maladies du système nerveux, etc. Enfin, la troisième partie est consacrée à la description des affections cutanées. Les maladies du derme, de l'épiderme et des ongles, des glandes annexes (sébacées, sudoripares, follicules pileux), sont successivement étudiées. Les sous-divisions de ces trois groupes principaux ont pour base les différents processus inflammatoire, hémorrhagique, etc. Enfin, un dernier chapitre traite des maladies parasitaires. Tel est le plan que l'auteur a pris soin de tracer lui-même dans la préface de son ouvrage. Ces divisions sont, comme on voit, logiques et rationnelles. Quant à la manière dont les questions y sont envisagées et traitées, je ne puis que reconnaître la parfaite compétence et le talent d'observation du médecin de Lyon, encore qu'il se sépare de nous sur un grand nombre de points, ■notamment sur les dartres, sur les difformités et sur les questions de classifications. J'ai discuté ailleurs {voy. Dartres) sa manière de comprendre les dartres, et l'occasion se présentera naturellement, dans le cours de cet article, de revenir sur quelques-unes des principales questions qui nous divisent. Je veux seulement ici constater qu'entre les idées de M. Gailleton et les nôtres il existe déjà de nombreux points de contact, et j'ai l'espérance que ces points de contact iront en se multipliant.

Enfin, en 1878, M. le docteur Guibout, médecin de l'hôpital Saint-Louis, a publié un volume de Leçons cliniques sur les maladies de la peau. L'auteur débute par quelques généralités sur le diagnostic et le classement des dermatoses; ce diagnostic, dit-il, doit s'attacher à la détermination de trois points essentiels : 1" l'espèce; 2° le genre; 3° la nature de la lésion. C'est bien là, sous une forme un peu différente, le problème tel que nous l'avons posé nous-même il y a plus de vingt ans : mais je me demande pourquoi M. Guibout a cru devoir changer la signification que l'on donne généralement au mot espèce en l'appliquant à la lésion anatomique, et ainsi lui subordonner le genre. Simple question de mots, du reste, sur laquelle il suffit de s'entendre, et qui disparaît à mes yeux devant ce fait bien autrement important, l'admission par notre confrère des genres en pathologie cutanée. Quant au classement, M. Guibout l'envisage à un double point de vue : 1" au point de vue des lésions élémentaires, dont il reconnaît 8 espèces ; 2" au point de vue de l'état de sécrétion ou de non-sécrétion des maladies cutanées. Je ne m'étendrai pas davantage sur cet ouvrage, dont l'esprit général m'a paru excellent, mais que je ne veux pas considérer comme l'expression définitive de la pensée de M. Guibout.

Ici se terminent les considérations que j'avais à présenter sur l'historique des dermatoses.

Je me suis abstenu jusqu'ici, autant que possible, de parler de mes opinions doctrinales, et le lecteur s'étonnera peut-être, après avoir vu tant de modes de classement passer sous ses yeux, de ne pas voir figurer ici ma classification dermatologique. Mais la chose m'a paru au moins inutile, tout le reste de cet article devant être consacré uniquement à l'exposition et au développement de mes idées, théoriques et pratiques, sur la pathologie de la peau.

DivisiOxXs DE LA PATHOLOGIE coTANÉE. La plupart dcs autcurs qui ont écrit des traités de pathologie cutanée ont tout d'abord exposé des considérations générales sur le sujet, et suivi, dans l'étude de ces généralités, l'ordre indiqué par Chomel

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dans ses éléments de pathologie générale. Cet ordre consiste à ti^aiter de la maladie en général comme s'il s'agissait d'une maladie en particulier; méthode défectueuse qui ne pouvait donner qu'une simple récapitulation de tout ce qui doit être dit à propos de chaque affection en particulier. Aussi est-il arrivé que la plupart du temps on néglige de lire ces considérations générales, qui seraient mieux placées à la fin de l'ouvrage qu'au commencement, et qui n'offrent d'ailleurs aucun but d'utilité pratique. Quant à nous, qui ne voyons sur la peau, comme sur tout autre organe, que des lésions et des symptômes ou des symptèmes-affections, nous devons ennsager d'une tout autre façon l'histoire générale des dermatoses.

Dans mes leçons de l'hôpital Saint-Louis, j'ai partagé l'étude générale de la dermatose en deux parties : la première traite de la lésion; la. seconde du symptôme. C'est faire l'histoire analytique de l'affection cutanée qui, dans la plupart des cas, se compose en effet de deux facteurs, lésion et symptôme, indissolublement unis. Nous devons donc commencer l'étude des dermatoses par l'histoire des lésions ou l'anatoraie pathologique de la peau, puis étudier ensuite les symptômes élémentaires et les symptômes composés ou symptômes-affections (symptomatologie cutanée), et enfin terminer cette étude par les indications que ces symptômes fournissent pour le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies (séméiotique cutanée générale et spéciale).

Mais, dira-t-on, avec ce plan d'étude, vous passez sous silence l'étiologie cutanée : où placez-vous les causes des maladies de la peau? — A cela, nous répondons que les dermatoses ne sont pas des maladies, que ce sont des symptômes ou des parties de maladies, et que, à la rigueur, nous pourrions renvoyer le lecteur, pour la connaissance des causes, aux articles qui traitent des différentes classes de maladies et de chaque maladie en particulier.

Cependant, pour ne pas trop froisser les idées généralement reçues, et éviter les reproches de ceux qui n'adoptent pas nos doctrines en dermatologie, nous ferons précéder l'histoire des lésions et des symptômes cutanés d'une courte énumération des maladies qui se traduisent par des manifestations à la peau, puisque, d'après nous, les maladies sont les causes efficientes des dermatoses.

Mais, outre les causes efficientes, nous avons encore les causes prédisposantes et déterminantes, et ces dernières peuvent agir directement sur la peau, sans l'intermédiaire de la maladie ; c'est d'elles surtout qu'il doit être question dans cet article. Enfin, nous devons aussi parler de ce que les auteurs entendent par causes pathologiques.

PREMIÈRE PARTIE. Étiologie des dermatoses. Les causes des dermatoses sont efficientes, prédisposantes et déterminantes.

Chapitre premier. Causes efficientes. Les causes efficientes sont les maladies ou les difformités : les premières donnent lien aux dermatoses en voie d'évolution, les secondes aux dermatoses arrêtées dans leur évolution.

§ L Maladies. Nous les divisons en maladies de cause externe et en maladies de cause interne. Nous aurons donc aussi des dermatoses de cause externe et des dermatoses de cause interne.

1° Causes externes des dermatoses en voie d'évolution. Elles se rapportent à trois principes ou maladies, qui sont: a. le traumatisme; — Z>. le parasitisme; — c. le pathogénétisme.

a. Traumatisme. Nous comprenons sous ce titre toutes les causes d'ordre

physique, mécanique ou chimique, agissant directement sur la peau, soit qu'elles y produisent une véritable blessure, dans le sens chirurgical du mot (plaies, contusions, ecchymoses, etc., etc.), soit qu'elles y provoquent le développement de formes morbides particulières, en rapport avec la structure spéciale et les propriétés de l'organe tégumentaire [éruptions "provoquées).

Exposée par sa situation superficielle à toutes les injures des corps extérieurs, la peau peut être divisée, lacérée, meurtrie, désorganisée de mille façons différentes. C'est elle qui reçoit le premier choc de tous les instruments vulnérants, de tous les animaux, grands ou petits, venimeux ou non venimeux, qui peuvent attaquer le corps de l'homme. La chaleur, le froid, exercent sur elle une action rapide et puissante, soit que, frappée directement des rayons du soleil, elle se couvre d'érythème, soit que, soumise au contraire à un froid excessif, le sang s'embarrasse ou s'arrête dans ses vaisseaux, et y détermine les phénomènes de l'engelure ou de la congélation. Dans d'autres cas, l'altération de la peau résulte de son contact plus ou moins intime et piolongé avec une source artificielle de calorique, flamme, li(]uide bouillant, corps solides incandescents, et cette altération varie de la simple rubéfaction jusqu'à l'eschare. Il n'est pas jusqu'aux objets destinés à la protection de cette membrane qui ne deviennent parfois pour elle une cause d'irritation : tels les vêtements d'une étoffe grossière et rude, les jarretières trop serrées, les corsets, les bandages, les chaussures trop étroites ou mal faites, etc.

Des produits de sécrétion physiologique ou morbide, déposés à la surface du corps, y provoquent fréquemment des irritations congestives ou inflammatoires plus ou moins intenses : ainsi le liquide de la transpiration dans les parties où. la peau s'adosse à elle-même (intertrigo), le mucus nasal sur la lèvre supérieure (sycosis artificiel), le flux leucorrhéique sur la région génito-crurale, etc., etc. Ces causes offrent évidemment le plus grand rapport avec celles que Lorry a comprises sous la dénomination générique de sardes [de applicatis externis), et dont il plaçait le point de départ dans la peau elle-même. Je me suis expliqué, dans l'historique, sur cette expression latine qui n'a point, que je sache, de terme équivalent dans notre langue, au moins dans le sens exact oii l'entendait Lorry. Cependant, le mot qui semble s'en rapprocher le plus est celui de malpropreté. Or, on sait toute l'importance du fait que ce mot représente dans l'étiologie des affections de la peau : la malpropreté est la cause, soit directe, soit indirecte, d'une multitude de dermatoses, cause efficiente pour quelquesunes, prédisposante ou occasionnelle pour le plus grand nombre.

Les différentes causes que je viens de passer en revue sont d'ordre purement mécanique, physique ou chimique; rnais il en est d'autres dont l'action sur la peau offre quoique chose de tout à fait spécial, et ne saurait s'expliquer par des considérations de mêrne ordre. Tel est le cas de Vurtica dioica, dont le simple contact avec la peau provoque l'éruption si caractéristique que tout le monde connaît ; et je pourrais citer ici une foule de substances jouissant de propriétés analogues, mais avec cette différence que les unes agissent plus particulièrement sur le réseau vasculaire et les papilles, d'autres sur les follicules sébacés, d'autres sur les glandes sudoripares, d'autres sur les follicules pileux, d'autres enfin sur les aréoles dermiques : de là des érylhèmes, des papules, des vésicules, des pustules, en un mot, toutes les formes de la dermite. Un certain nombre de ces agents ont été et sont encore journellement utilisés en médecine comme révulsifs ; exemples : la farine de moutarde et l'ortie déjà nommée, la poix de

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Bourgogne, le thapsia garganica, l'huile de croton tiglium, la poudre de cantharides, le tartre stibié (pommade d'Autenrieth), l'huile de cade, l'huile de noix d'acajou, etc., etc. D'autres ont été surtout employés dans un but expérimental; l'ipécacuanha, les composés arsenicaux, l'acide azotique étendu, etc. F^nfin, c'est également à ce groupe qu'appartiennent la plupart des substances qui donnent lieu aux éruptions professionnelles.

Enfin il est un troisième ordre de causes traumatiques qui se distinguent des précédentes par leur caractère éminemment spécifique, car elles se compliquent de la pénétration dans l'organisme d'un principe morbifique particulier, insaisissable en lui-même, et dont la nature ne nous est révélée que par les effets qu'il détermine : je veux parler des venins, virus et matières septiques ou putrides (piqiàres de cousins, d'abeilles, de guêpes, morsure de vipère, du crotale, etc., pustule maligne, cowpox, affections syphilitiques inoculées, etc.).

b. Parasitisme. 11 y a deux classes de parasites : les parasites végétaux et les parasites animaux.

1" Parmi les paraszfes végétaux, les uns attaquent de préférence les poils et les ongles (teignes) ; d'autres vivent plus volontiers aux dépens de l'épiderme (crasses parasitaires) ; d'autres enfin occupent principalement les surfaces épilhéliales (muguet).

Les parasites des teignes sont au nombre de trois : 1° Vachorio7î Schœnleinii, qui produit la teigne faveuse; 2° Le trichophyton tonsurans, qui engendre la teigne tonsurante; 5" Le microsporon Audouini, qui donne lieu à la teigne pelade. Le cryptogame des crasses parasitaires est le microsporon fur fur, et celui du muguet Voïdiu7n albicans.

Les affections cutanées produites par ces différents parasites ont pour caractère commun d'être éminemment contagieuses.

2" Les animaux parasites (épizoaires) vivent à la surface de la peau ou dans son intérieur.

Parmi les premiers se trouvent les pediculi et la puce commiine, et parmi les seconds \di puce pénétrante et ïacarus scabiei on sarcopte.

Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans des détails sur ces parasites, non plus

que sur les affections cutanées qu'ils déterminent {voy. Gale, Phthiriase, etc.).

c. Pathogénétisme. 11 est des substances qui, introduites dans le sang,

possèdent la propriété de déterminer des éruptions à la peau : ce sont les agents

pathogéuétiques.

Nous trouvons, parmi ces agents, des substances alimentaires, des médicaments et des poisons. Les aliments peuvent être liquides, comme les boissons fermentées (couperose alcoolique), ou solides, comme les moules, le homard, les écrevisses, les crevettes, etc. [urticaria ah ingestis). On sait que la pellagre n'est, selon toutes probabilités, qu'une sorte d'empoisonnement chronique produit par une altération des céréales, et plus spécialement du maïs. Comme médicaments et poisons, nous avons le cubèbe et le copahu (roséole des résineux), la belladone (érythème belladone), l'arsenic (éruptions diverses), les mercuriaux (eczéma hydrargyrique), l'iodure de potassium (acné iodique), etc., etc.

2° Causes i.mernes des dermatoses en voie d'évolution. Nous les rattacherons toutes à dix classes de maladies, ce qui fait dix classes de dermatoses : 1" Pestes. Éruptions pestilentielles (pétéchies, bubon, anthrax, charbon, etc.) ;

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2" Fièvres. Éruptions fébriles (sudamina, taches rosées, bleues, etc.);

0° Exanthèmes. Éruptions exanthématiques (morbilleuse, scarlatineuse, varioleuse, etc.);

4° Pseudo-exanthèmes. Éruptions pseudo -exanthématiques (roséole, urticaire, herpès, zona, pityriasis rubra aigu);

5° Phlegmasies. Éruptions phlegraasiques (érysipèle, lymphite);

6° Hémorrhagies. Éruptions hémorrhagiques (purpura, dermorrhagie);

7° Maladies constitutionnelles. Scrofulides, syphilides, arthritides, herpétides ;

8° Diathèses. Éruptions diathésiques ;

9" Cachexies. Éruptions cachectiques;

10" Névroses. Éruptions névrosiques.

Parmi les classes de maladies qui figurent dans ce tableau, il en est une qui présente une importance exceptionnelle au point de vue qui nous occupe, c'est celle des maladies constitutionnelles. En effet, cette classe l'empoi'te sur toutes les autres ensemble par l'abondance et la variété des formes éruptives qui s'y rattachent. Quatre unités morbides la constituent, à savoir : 1° la scrofule, qui donne les scrofulides; 2° la syphilis, qui donne les syphilides; 5° l'arthritis, qui donne les arthritides; 4° l'herpétisme, qui donne les herpétides.

§ II. Difformités. Les difformités sont congénitales ou acquises; elles sont, comme les maladies, de cause externe ou de cause interne.

1° Les difformités de cause externe peuvent être le résultat d'une action directe, locale, ou de l'introduction d'une substance dans le système circulatoire ; l'éphélide ignéale, le tatouage, sont dans le premier cas, et la teinte bronzée produite par l'absorption du nitrate d'argent nous offre un exemple du deuxième,

2'^ Les difformités spontanées ou de cause interne se distinguent, suivant leur forme, en maculeuses, boutonneuses, exfoliatrices, ulcéreuses et atrophiques.

Il y a aussi les cicatrices permanentes, lésions consécutives qui peuvent avoir pour origine première une cause externe ou une cause interne.

Chapitre II. Causes prédisposantes des dermatoses. Les auteurs ont généralement étudié sous ce titre l'influence de l'hérédité, de l'âge et des révolutions physiologiques qu'il amène, de la constitution, du tempérament, de l'alimentation, des climats, des saisons, de l'habitation, des professions, etc.

1" Hérédité. Les dermatoses n'étant que des symptômes, il ne saurait être question pour elles de transmission héréditaire directe : ce serait détacher l'effet de sa cause. Or la cause, c'est la maladie. Toute affection cutanée transmise par hérédité est donc le signe irrécusable de la présence, chez le sujet qui en est atteint, de la maladie dont cette affection est la traduction sur la peau. Constater une syphilide sur un enfant nouveau-né, c'est affirmer du même coup l'existence d'une syphilis transmise, et le même raisonnement s'applique à toute affection que les antécédents de famille autorisent à considérer comme le résultat plus ou moins éloigné d'une prédisposition héréditaire.

Mais toutes les causes efficientes des dermatoses ne sont pas susceptibles d'être transmises par voie d'hérédité. Parmi celles qui échappent plus ou moins complètement à cette influence, il faut d'abord citer toutes les maladies de cause externe, qu'elles soient d'origine traumatique, parasitaire ou pathogénétique. Je n'insiste pas sur des vérités aussi évidentes.

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Quant aux maladies de cause interne à déterminations morbides vers la peau, toutes ou presque toutes peuvent être regardées comme possédant à des degrés variables la faculté de se transmettre par voie d'bérédité. Cette faculté est surtout remarquable dans les maladies constitutionnelles; elle peut s'exercer directement des parents aux enfants, ou bien sauter une génération. Lorsque la transmission a lieu, il peut arriver que la même affection cutanée déjà observée chez le père se reproduise également chez l'enfant : la dermatose réalise alors dans sa forme la plus apparente le caractère héréditaire. 11 peut arriver aussi que le principe morbifique, après son passage sur un .'tutre organisme, se traduise sur la peau sous une forme différente, et qu'un père dartreux psoriasique, par exemple, se trouve avoir légué à ses enfants un eczéma ou un lichen herpétique. Enfin, dans un troisième cas de transmission, rien ne paraît du côté de la peau, et c'est sur d'autres systèmes organiques que se fait sentir et s'épuise l'influence héréditaire.

C'est à une époque antérieure à la naissance que remonte nécessairement la cause des difformités cutanées, sans contredit les plus nombreuses, que l'enfant apporte en naissant : or, si le rôle de l'hérédité ne saurait être contesté pour le plus grand nombre d'entre elles, il en est d'autres que l'on a cru pouvoir rapporter à des influences accidentelles, étrangères et postérieures à l'acte de la génération, influences qui auraient agi sur le fœtus pendant le temps de la gestation : tel serait plus particulièrement le cas de ces taches de la peau communément désignées sous le nom d'envies (nœvi materni), et qui ont été rattachées à des troubles de l'imagination de la mère. Mais, quelque légitime qu'elle paraisse en principe, la distinction établie entre les états morbides congénitaux selon qu'ils procèdent d'une disposition ti'ansmise par voie d'hérédité, ou qu'ils se sont simplement développés chez l'enfant pendant le cours de la vie intra-utérine {jiialadies cannées), cette distinction, dis-je, ne fournit aucune donnée utile et véritablement pratique sur l'étiologie des difformités de la peau.

2" Age. Chaque âge semble avoir un certain nombre d'affections cutanées qui lui sont propres, ou qui du moins se montrent plus fréquemment pendant sa durée. Ce fait a été noté avec soin par tous les observateurs. 11 est des dermatoses qui peuvent être congénitales : la variole, le pemphigus, l'ichthyose, les syphilides secondaires, nous en offrent des exemples. D'autres se manifestent surtout pendant le cours de la première enfance, telles sont ; les gourmes eczémateuses et impétigineuses de la face et du cuir chevelu. Puis viennent les éruptions des exanthèmes et des pseudo-exanthèmes, variole, rougeole, scarlatine, roséole infantile, qui appartiennent plus particulièrement à la seconde enfance. Le lupus, l'acné, sont des affections de l'adolescence; c'est également à cette période de la vie que se montrent de préférence les premières manifestations de l'herpétis sur la peau. Le psoriasis, l'intertrigo, la couperose, l'eczéma nummulaire, le sycosis arthritique et, d'une manière générale, les arthritides et les herpétides vulgaires, s'observent principalement dans l'âge adulte, tandis que la vieillesse semble prédisposée surtout aux formes malignes et essentiellement chroniques, au prurigo, au rupia, au pemphigus diutinus, à l'herpétide exfoliatrice, etc.

Les révolutions physiologiques exercent une influence évidente et souvent remarquée sur le développement de quelques dermatoses. Tout le monde connaît la fréquence de l'acné vulgaire au moment de la puberté, de la couperose à

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l'âge critique. La grossesse, la parturilion, prédisposent aussi à certaines affections cutanées. L'eczéma du mamelon, l'intertrigo des seins, le prurigo de la vulve chez la femme, l'eczéma des bourses et le prurigo de l'anus chez l'homme, surviennent dans des conditions analogues.

11 n'est pas jusqu'aux dermatoses de cause externe qui ne soient jusqu'à un certain point justiciables, du moins en apparence, de l'influence des âges. C'est pendant la première partie de la vie, et en particulier dans l'enfance et la jeunesse, que se produisent généralement le favus et la teigne tonsurante. L'impétigo gramdata produit par les pédiculi est une affection du même âge. Le sycosis parasitaire ne rencontre que chez l'homme adulte les conditions nécessaires à son développement. La pelade elle-même, qui se montre indifféremment chez l'enfant, le jeune homme et l'adulte, est très-rare dans la vieillesse. Enfin, il est un certain ordre de dermatoses que la nature de leur cause limite nécessairement à une période déterminée de la vie humaine : je veux parler des éruptions qui dépendent des professions.

Il existe donc une relation incontestable entre le moment où se montrent un certain nombre de dermatoses et l'âge des sujets qui en sont atteints. Mais quelle est la nature de cette relation ? La question ne saurait être douteuse pour les éruptions de cause externe, dont l'apparition plus ou moins fréquente à certains âges s'explique naturellement par des conditions tout extérieures de milieu, d'hygiène, de manière de vivre, d'habitudes professionnelles. Mais on ne voit pas aussi bien pourquoi les dermatoses de cause interne peuvent également se trouver assujetties, dans leur développement, à l'ordre de succession des âges. Une des principales raisons de ce fait me paraît devoir être recherchée, non pas, comme on l'a dit, dans l'état du système cutané, dont les aptitudes morbides seraient sujettes à varier aux différents âges de la vie (ce qui du reste n'explique rien), mais dans la nature même de la cause pathologique évoluant au sein de l'économie. En effet, cette cause, qu'elle s'appelle scrofule, syphilis, arthritis ou herpétis, est soumise, comme le corps humain qui lui sert de théâtre, à des lois d'évolution en vertu desquelles on voit ses manifestations se succéder dans un ordre déterminé et constant : de là des coïncidences nombreuses et presque forcées entre quelques-unes de ces manifestations et les différents âges de la vie, coïncidences favorisées d'ailleurs, dans uu grand nombre de cas, parles troubles fonctionnels suscités dans l'organisme, soit par le travail de la dentition chez l'enfani (gourme), soit par l'établissement de la puberté chez les jeunes gens (acné), soit enlin par le temps critique chez la femme (couperose, eczéma des seins, prurit vulvaire, etc.).

Les réflexions qui précèdent s'appliquent à peu près exclusivement aux maladies constitutionnelles; encore faut-il en excepter la syphilis acquise, dont les manifestations ne sauraient présenter aucune corrélation habituelle avec les âges, puisque son début peut avoir lieu à toutes les époques de la vie. Mais nous ignorons absolument comment l'âge peut déterminer l'époque d'apparition des affections diathésiques. On sait seulement que la plupart de ces affections, qu'elles soient héréditaires ou acquises, ne se montrent guère avant vingt ans ; qu'elles sévissent d'ordinaire sur les personnes qui ont dépassé le terme moyen de la vie; que l'âge critique, chez la femme, semble fournir un prétexte à leur développement ; tels sont : le cancer de la peau, l'épithélioma, le mycosis du lymphadénome cutané. La sclérodermie et la chéloïde sont au contraire des affections de tous les âges. Aucune proposition générale ne saurait davantage être

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émise à ce point de vue sur les dermatoses cachectiques. Enfin, pour ce qui a trait aux éruptions qui dépendent des^exanthèmes, leur apparition dans la première partie de la vie s'explique par ce fait que ces maladies, dont chacun apporte le germe en naissant, confèrent à ceux qu'elles ont atteints une immunité le plus souvent définitive.

5° Sexe. L'intluence du sexe est peu marquée. Rien ne prouve suffisamment que les affections de la peau soient plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes, ou vice versa, car l'une et l'autre opinion ont trouvé des partisans. Toutefois, une ré.^erve nous semble devoir être laite à l'égard des dermatoses de cause externe, dont la fréquence relative chez l'homme s'explique par les habitudes professionnelles.

Il est des affections où le sexe joue un rôle évident : tel est, chez l'homme, le sycosis de la barbe, et, chez la femme, l'eczéma du mamelon, l'intertrigo du sein et l'affection parasitaire désignée sous le nom de chloasma. 11 parait également démontré par les stalitisques que les garçons sont plus sujets que les filles au favus et à l'herpès tonsurant, ce qui tient vraisemblablement aux occasions plus fréquentes de contagion chez les uns que chez les autres.

Quant à la forme des éruptions, j'ai cru remarquer qu'elle était, toutes choses égales, plutôt sèche chez l'homme, humide et suintante chez la femme.

4° Tempérament. Constitution. Quelques auteurs ont accordé à ces conditions physiologiques une importance tout à fait exagérée. Pour Cazenave, par exemple, du tempérament à la maladie, à la diaîhèse, il n'y a qu'une différence de degré. « La prédisposition, dit-il, c'est le tempérament exagéré, mais maintenu dans les limites compatibles avec la santé. Au delà de ces limites, c'est la maladie, plus ou moins accidentelle, plus ou moins localisée. Que si cette exagération, au lieu de produire un accident morbide passager, a envahi plus ou moins les organes qui sont l'apanage de ce tempérament..., c'est la diathèse ». Et plus loin : « Les vraies diaUièses, les seules, peut-être, sont les diathèses naturelles, organiques. Il y a autant de diathèses que de tempéraments : diathèses lymphatique, nerveuse, bilieuse, etc. » [Pathologie générale des maladies de la peau, par Alphée Cazenave. Paris, 1868).

Les idées de M. Devergie sur la question se rapprochent à beaucoup d'égards de celles de Cazenave. Pour lui, certaines formes morbides sont liées à certains tempéraments, à certaines constitutions, de telle sorte qu'en employant des agents thérapeutiques connus pour être des modificateurs de ces tempéraments on guérit l'affection cutanée qui n'en est qu'un reflet.

Je ne m'arrêterai pas à combattre ces opinions, aujourd'hui à peu près complètement abandonnées, bien qu'on en retrouve cependant la trace dans les écrits d'un dermatologisle que ses tendances et la supériorité de son jugement auraient du préserver d'une erreur aussi manifeste. On sait, en effet, que M. Hardy, sans aller aussi loin que les auteurs précités, attribue un tel rôle au tempérament dans sa diathèse dartreuse, que cette condition physiologique devient pour lui la source des principales indications thérapeutiques.

Est-ce à dire que je refuse au tempérament et à la constitution toute espèce d'influence sur les dermatoses? Assurément non, mais cette influence se borne, soit à localiser plus spécialement l'aflection sur un des éléments anatomiques de la peau, soit à déterminer la prédominance de telle ou telle forme morbide. Il est bien certain, par exemple, que les éruptions sécrétantes, pustuleuses et vésiculeuses, se montrent de préférence avec le tempérament lymphatique,

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quelles que soient d'ailleurs leur cause et leur nature; que le tempérament sanguin pre'dispose aux affections érythémateuses et tuberculeuses, le tempe'rament bilieux aux productions huileuses, et qu'enfin les individus qui présentent les attributs du tempérament nerveux sont plus exposés que d'autres aux éruptions sèches du lichen et du prurigo.

Ces faits n'avaient point échappé à l'attention de Cazenave et de M. Devergie, mais, n'apercevant rien au delà de l'éruption cutanée, qui pour eux constituait toute la maladie, et voyant cette éruption se modifier dans sa forme et dans son siège sous l'influence du tempérament, ils se trouvèrent conduits à considérer cette condition physiologique comme l'élément fondamental, comme la cause prédisposante essentielle de toute maladie de la peau.

5" Alime7îtation. Lorry a étudié avec le plus grand soin l'action des modificateurs bromatologiques dans la production des affections de la peau, et nous ne voyons pas que les auteurs contemporains aient rien ajouté d'essentiel aux quelques pages qu'il nous a laissées sur ce sujet.

Quand on voit, dit Lorry, chez un homme qui vient de manger des moules, la peau se couvrir instantanément de larges papules blanches et cerclées de rouge, et devenir le siège d'atroces démangeaisons, on comprend facilement l'inlliience que les aliments peuvent exercer sur cette membrane. Cette influence se produirait, selon lui, dans deux circonstances principales : 1" lorsque l'aliment {cibiis aut poiiis) est pris avec excès; 2° lorsqu'il est doué de propriétés nuisibles.

Rien de plus commun surtout chez les jeunes gens (c'est toujours Lorry qui parle) que de voir, à la suite d'excès de table et de copieuses libations, se développer tout à coup sur le front, le nez, les paupières, des élevures rouges, et même de véritables pustules. Ces phénomènes disparaissent généralement assez vite par le retour à des habitudes meilleures, à moins pourtant qu'ils n'aient éveillé par leur présence quelque vice jusque-là resté latent dans l'économie. Mais, s'il y a persistance dans les mêmes errements, si les écarts de régime se répètent et surtout deviennent habituels, l'éruption change alors de caractère et d'allure, et tend à se perpétuer sous des formes de plus en plus graves, non-seulement sur la fiice, mais encore sur d'autres régions du corps.

Il faut avouer que les excès de table {ingluvies) n'entraînent pas généralement d'aussi graves conséquences, du moins pour ce qui a trait aux affections de la peau. Mais le tableau tracé par Lorry ne laisse pas d'être exact dans ses parties essentielles. J'appellerai particulièrement l'attention sur le passage où ce judicieux observateur nous montre l'influence nuisible exercée par l'aliment devenant la cause occasionnelle de l'éveil d'une diathèse : Sed sœpe ab iis (commes sationibus) latens malum accenditur et evolvitur, sicque cibi acres cedunt in occasionaleni causam.

J'arrive au cas oîi l'aliment agit principalement sur la peau par ses propriétés nuisibles.

Lorry fait d'abord remarquer que certains médicaments exercent sur la peau une influence manifestement nuisible : Que de fois, dit-il, nous trouvant dans la pénible nécessité d'administrer à des malades des substances contenant des esprits acres ou volatils, n'avons-nous pas vu se produire à la peau une multitude de petites élevures prurigineuses, au niveau desquelles l'œil armé de la loupe distinguait une gouttelette de sérosité presque aussitôt convertie en croûte!

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Or, pourquoi l'ingestion de certains aliments ne serait-elle pas suivie parfois d'accidents analogues ?

Et l'auteur passe alors en revue tous les aliments et condiments, soit solides, soit liquides, qu'il considère comme susceptibles de produire des éruptions cutanées. Tels seraient d'abord les vins trop généreux, riches à la fois en alcool et en huiles essentielles : et Lorry cite à l'appui l'exemple d'un homme vigoureux chez lequel l'usage habituel d'un vin fort avait amené le développement de dartres accompagnées de démangeaisons insupportables au visage et aux membres. La substilulion d'un vin faible et mêlé d'eau au vin fort dont se servait le malade suffit pour amener la guérison. Il incrimine pour la même raison les aromates chargés d'huiles essentielles, tels que le poivre, la cannelle, le gingembre, et autre produits importés de l'Inde, dont l'action serait encore plus redoutable et les effets plus difficiles à conjurer. Certains condiments, d'ailleurs très-utiles et même indispensables à l'homme, deviendi'aient nuisibles par l'abus qu'on en peut faire : tel serait le sel commun, dont la présence en excès dans le liquide de la transpiration suffirait parfois, selon Lorry, pour irriter la peau et y provoquer des éruptions. Mais l'action pernicieuse de cet agent se manifesterait surtout lorsque, sous la forme de saumure, on l'emploie à la préparation et à la conservation de certaines substances alimentaires : résultat que l'auteur attribue à une sorte de combinaison du sel, soit avec des huiles essentielles de provenance animale, soit avec tout autre principe acre volatil. Aussi proscritil l'usage des viandes salées et fumées, et surtout celui des poissons conservés par les mêmes procédés, comme pouvant donner lieu aux dermatoses les plus graves, et entre autres à l'éléphantiasis des Grecs.

Telles étaient, en substance, vers la fin du siècle dernier, les idées du savant Lorry sur la question de l'aliment envisagé dans ses rapports avec la pathologie de la peau. J'ai laissé de côté, bien entendu, nombre de détails, et surtout les exrjlications théoriques, pour m'en tenir aux faits principaux, aux divisions fondamentales. Il me reste à présenter quelques remarques et observations critiques dont le lecteur appréciera l'importance.

Dans le paragraphe consacré à l'étude, ou plutôt à l'énumération des causes efficientes des dermatoses, nous avons dit que l'ingestion de certains aliments pouvait être suivie d'une éruption aiguë, pseudo-exanthématique, disparaissant en quelques heures ou en quelques jours sans laisser aucune trace de son passage. Quelques médicaments, le copahu, le cubèbe, l'iodure de potassium, etc., déterminent assez fréquemment des effets analogues. Dans ces cas, le rapport qui relie l'effet à sa cause est simple, immédiat, facile à saisir, quelle que soit d'ailleurs la nature de ce rapport, aucun doute i)ossible. Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'apprécier le rôle de l'aliment comme cause prédisposante. Le problème se complique alors d'éléments nombreux, très-divers, dont il faut tenir compte, et dont la part est souvent fort difficile à préciser. Ici, comme tout à l'heure, la relation de causalité n'est rien moins qu'évidente, dans un grand nombre de cas ; la modification imprimée à l'organisme est généralement très-lente à se produire, et se traduit par des phénomènes qui varient nécessairement selon les individus, les âges, les tempéraments, les prédispositions morbides, les maladies, etc. Or, nous croyons que Lorry, entraîné sans doute par ses idées théoriques, n'a point suffisamment établi ces distinctions nécessaires, et qu'il s'est exagéré sur plus d'un point l'influence morbifîque de l'aliment. La vérité est qu'il n'y a pas, d'une manière absolue, d'aiiments nui-

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sibles : ils ne deviennent lels que par l'usage exclusif, immodéré ou intempestif, qui en est fait. Qui voudrait soutenir, par exemple, que le régime azoté, les vins généreux, soient de mauvaises choses en soi! Mais il est pourtant des cas où l'usage exclusif ou même seulement prédominant de ce genre d'alimentation peut devenir une cause très-efficace d'affections cutanées : c'est ce qui arrive notamment chez les individus prédisposés aux manifestations de l'arthritis. J'en dirai autant des viandes salées et fumées, dont l'action prédisposante sur le développement des dermatoses a été généralement admise par les auteurs ; mais encore cette action, que je suis tout le premier à reconnaître, ne se produit-elle que dans des conditions déterminées. La première de ces conditions réside dans le sujet lui même, dans ses prédispositions morbides, héréditaires ou acquises. Une certaine part d'influence doit être attribuée aussi à des circonstances purement extérieures : il n'est pas douteux que le même régime ne saurait également convenir sous tous les climats, et c'est ainsi que s'explique l'interdiction faite aux anciens Juifs de l'usage de la viande de porc, interdiction renouvelée vingt siècles plus tard par le fondateur de l'Islamisme, qui y joignit l'abstinence du vin et des liqueurs fermentées.

Il ne faudrait pourtant pas se méprendre fur la portée du reproche que je viens d'adresser à Lorry. Personne, je le répète, n'a fait une étude plus complète et plus approfondie de l'aliment considéré comme cause des affections de la peau, et s'il attribue quelquefois à cette ciuse une importance qui nous semble exagérée, cela tient uniquement à la nature de ses opinions doctrinales. Comment, en effet, ne pas accorder à l'aliment, source oij nous puisons incessamment les éléments de nos tissus et de nos humeurs, une part prépondérante dans la production des maladies, alors que l'on est convaincu que toute maladie consiste essentiellement en une altération humorale?

6" Climats. Saisons. Localités. Lorry a dit, et la plupart des dermatologistes ont répété après lui, que les maladies de la peau étaient plus fréquentes et plus graves dans les pays chauds et humides. Mais cette proposition doit-elle s'entendre de toutes les dermatoses sans exception, ou seulement de quelquesunes d'entre elles? telle est la question qui se présente naturellement à l'esprit. Or, il n'existe pas, que je sache, de faits ou de documents qui autorisent à supposer que les affections vulgaires de la peau, envisagées dans leur généralité, soient en effet plus fréquentes et plus intenses sous les climats du Midi. Ce qui est certain, et ce qui sans doute a plus particulièrement frappé les auteurs, c'est qu'un certain nombre de maladies généralement graves, et presque toutes caractérisées par des altérations profondes de la peau, semblent se développer de préférence, ou même d'une manière exclusive, dans les régions qui avoisinent les tropiques : tel est d'abord l'élépliantiasis tuberculeux, dont Lorry place le berceau sur les bords du Nil; tel le frambœsia sous ses trois formes, pian, yaws et verruga, la première endémique à la Jamaïque et à Saint-Domingue, la seconde chez les nègres de Guinée et aux Indes Occidentales, la troisième dans les vallées des Andes péruviennes j tel aussi l'éléphantiasis arabe, difformité plutôt que maladie, observé depuis les temps les plus reculés en Egypte, en Nubie et sur les côtes de Malabar ; tels encore le pemphigus des Indes et celui du Brésil, au sujet desquels les renseignements nous manquent, le lichen tropicus, affection légère, etc., etc.

Parmi les élats morbides que je viens d'énumérer comme appartenant aux pays chauds figure la lèpre tuberculeuse : or, on sait que cette terrible maladie

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peut également se de'velopper sous des latitudes toutes différentes : témoin la spedalsked de Norvège décrite par Boeck et Danielisen, et qu'il fut un temps oii elle s'est parfaitement accommodée de nos climats tempérés.

Quelques dermatoses peuvent être considérées comme endémiques dans certaines localités. J'ai déjà cité le pian, l'yavvs et la verruga; l'élépUantiasis arabe a été appelé jambe des Barbades en raison de sa fréquence dans l'île qui porte ce nom ; il faut y joindre le bouton d'Alep endémique en Syrie, la pellagre dans le Milanais, la suette en Picardie, la pustule maligne en Bourgogne, la plique en Pologne, etc., etc.

Les climats exercent une influence bien constatée sur la forme des manifestations cutanées de la syphilis : la radesyge de Norvège, le mal de Fiume, de Scherlievo, nous en offrent des exemples. Un second fait non moins solidement établi, c'est que, dans les pays dont la température est extrême, les syphilides tendent à revêtir un caractère de malignité plus ou moins prononcé.

Les saisons agissent surtout en déterminant l'apparition ou en provoquant le retour de certaines affections de la peau. Cette action se fait surtout sentir sur les manifestations cutanées de l'arthritis et de l'herpétis. A chaque retour du printemps, les arthritides et les herpétidi'S tendent à se montrer de nouveau, les premières revenant ordinairement sur les points qu'elles occupaient d'abord, en s'y localisant, les secondes envahissant des surfaces déplus en plus étendues. L'automne agit de la même manière, mais avec une intensité moindre.

C'est également au printemps, en été et en automne, que se développent de préférence les fièvres éruptives, ainsi que les pseudo-exanthèmes, désignés pour cette raison sous les noms de roséole d'été, roséole d'automne.

7° Professions. Un assez grand nombre de professions exposent, comme nous l'avons dit plus haut, ceux qui les exercent à des affections cutanées; ces affections, en se perpétuant sur la peau counne une sorte d'habituJe morbide, prédisposent à leur tour cette membrane à subir l'influence des causes morbifiques internes. Ces faits se présentent journellement à l'observation. Ou voit alors l'affection de ia peau, primitivement de cause externe, se modifier peu à peu, changer d'aspect et d'allure, et prendre enfin des caractères en rapport avec la nature de la maladie dont elle devient la traduction sur le système tégumenlaire. D'autres professions agissent en exposant les sujets à l'humidité, aux vicissitudes atmosphériques, en les obligeant à vivre dans un état de malpropreté habituel, etc. Enfin, on a accusé les professions sédentaires de prédisposer particulièrement aux dartres pustuleuses et squameuses, aux affections prurigineuses du siège, des parties génitales.

8° Gesta. Les exercices musculaires violents ont-ils sur la production des dermatoses l'influence que leur a attribuée Lorry : « Si l'on se livre, dit-il, à des mouvements exagérés, surtout à l'âge où la poitinne encore étroite n'a pas reçu son développement complet, le retour du sang par les poumons ne se faisant qu'avec difficulté, la peau de la face devient turgescente par le gonflement des vaisseaux capillaires qui la parcourent, et comme ces vaisseaux n'oflient qu'une faible résistance à la rupture, il en résulte soit des pustules, soit des dilatations en forme de varices. » Bien que le nom de la couperose ne soit pas prononcé dans ce passage, on ne saurait douter qu'elle y soit spécialement désignée, car nous savons que, pour Lorry, cette affection était de nature essentiellement variqueuse et anévrysmale, et qu'il attribuait aux causes mécaniques un rôle considérable dans son développement. On peut admettre, en

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effet, que les mouvements musculaires trop répétés, en portant habituellement le sang vers la face, aient pour effet de favoriser l'état congestif d<J la peau ou d'augmenter la phlébectasie des capillaires, et qu'à ce titre ils puissent prédisposer dans une certaine mesure à la couperose. Mais, comme je l'ai démontré à l'article Couperose de ce Dictionnaire, l'acné rosée consiste avant tout en une lésion des glandes sébacées, et la vascularisation dont elle s'accompagne ne survient que plus tard et comme phénomène consécutif. De plus, et c'est par là surtout que je me sépare de Lorry, tandis que la gutta rosacea n'est à ses yeux qu'un état morbide local, une maladie naissant dans la peau elle-même, et spécialement dans la peau de la face, elle constitue pour moi, dans le plus grand nombre des cas, la manifestation cutanée d'un état morbide constitutionnel, l'arthritis ou la scrofule. Quant à la couperose alcoolique, il faut avouer que, par la nature de sa cause, elle se prête assez volontiers à la théorie mécanique invoquée par Lorry; mais l'objection tirée du siège primitif subsiste, et l'influence des mouvements musculaires exagérés ne saurait évidemment revendiquer qu'une place secondaire dans l'étiologie de cette affection spéciale.

C'est surtout après les repas, dit Lorry, que les exercices violents exercent une fâcheuse influence sur la peau : ce qu'il explique par la diffusion alors trop rapide de la matière alimentaire non suffisamment élaborée dont les éléments sont portés en grand nombre vers la peau, où ils se corrompent et donnent lieu à des éruptions. Le fait et l'explication nous paraissent également contestables.

Le repos, au contraire, ou l'absence de mouvement, bien que nuisible à la santé générale, sei^ait éminemment favorable aux fonctions de la peau, que les matières acres ne pourraient atteindre, diluées qu'elles sont dans une lymphe abondante qui leur permet de traverser sans obstacle les plus petits vaisseaux. De là, dit Lorry, l'état brillant de la peau chez les femmes oisives et dont la vie n'est qu'un long repos. C'est encore là une assertion que je laisse sous la responsabilité du savant auteur du Tractatus de morhis cutaneis (Introd., p. 43, De motu et quiète).

9° Percepta. Les passions tristes, les chagrins de toute espèce, ont été considérés comme une cause très-efficace d'affections de la peau. En effet, dit Lorry, ce que l'on observe d'abord chez l'iiomme en proie au chagrin, ce sont des modifications du côté de la peau, qui perd son éclat, sa fraîcheur, qui devient terne,, comme flétrie, d'une teinte blafarde et jaunâtre ; plus tard se développent des éruptions herpétiques, des macules, des pustules. Et l'auteur rappelle à ce sujet qu'un accès de colèi'e, un désespoir subit, peuvent enrayer tout à coup le cours de la bile et déterminer un ictère. D'où cette conséquence facile à prévoir, que les passions tristes agissent en entravant la perspiration cutanée et la sécrétion biliaire.

Quoi qu'il en soit de l'explication, on ne saurait douter que les passions dépressives prédisposent à la longue à certaines affections de la peau, notamment au pemphigus diutinus, aurupia, àl'ecthymacacheotique, au purpura, aux éruptions furonculaires ; mais on peut en dire autant de toutes les causes qui ont pour effet de débiliter l'organisme, telles que la misère, les privations, les veilles trop prolongées, etc., etc.

Chapitre III. Causes déterminantes ou occasionnelles. Nous allons étudier sous ce nom toutes les causes dont l'action, ordinairement passagère, a pour effet de provoquer le développement d'une dermatose à laquelle le sujet se trouvait prédisposé. Cette dernière condition est de toute nécessité : là où la prédis-

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position manque, la cause occasionnelle, quelles qu'en soient la forme et l'intensité, ne produit que la modification, transitoire comme elle-même, qui eu est l'effet immédiat et ordinaire.

Les causes occasionnelles des dermatoses pourraient être multipliées presque à l'infini; il n'est point de sujet dont les limites soient plus vagues, et qui glisse plus facilement dans la banalité. De plus, comme la plupart de ces causes sont communes à un certain nombre de dermatoses, on se trouverait ainsi conduit à passer en revue presque toute la pathologie de la peau. Telle n'est point assurément notre intention, et, pour éviter ce double écueil, nous nous arrêterons seulement à celles de ces causes qui nous paraîtront présenter un intérêt spécial et bien déterminé : or, le nombre en est peu considérable.

Les causes occasionnelles des dermatoses sont extérieures à l'individu, ou dépendent au contraire d'un état accidentel de l'organisme, émotion morale, troubles fonctionnels, états pathologiques, etc.

1° Applicata. Toute modification locale imprimée à la peau peut devenir le point de départ d'une dermatose constitutionnelle. Rien de plus commun que de voir ce fait se produire à la suite de l'application d'un vésicatoire, d'un cautère, d'un sinapisme, d'un topique irritant quelconque, huile de croton, tartre stibié, etc.; nous pourrions citer ici tous les agents de la médication révulsive. Une plaie , un simple traumatisme est parfois suivi du même résultat. Les éruptions professionnelles et parasitaires ont également pour effet d'éveiller sur la peau les prédispositions morbides ; m;iis cette proposition est vraie surtout à l'égard des aifections parasitaires, dont les complications les plus habituelles sont des éruptions de cause interne : éruptions scrofuleuses dans le favus, arthritiques dans la mentagre, herpétiques dans la gale, etc. La syphilis elle-même est soumise, comme les autres maladies, à l'influence des causes artificielles, et tout le monde sait qu'il suffit parfois d'un bain de vapeur, d'un bain sulfureux, pour déterminer aussitôt l'apparition d'une syphilide sur la surface tégumentaire.

Parmi les agents employés en frictions sur la peau dans un but thérapeutique, il en est dont l'action s'étend parfois sur des parties du corps plus ou moins éloignées du lieu d'application : ces éruptions, dites secondaires ou à distance, ne seront pas confondues avec des dermatoses constitutionnelles; produites par le transport mécanique de la substance médicamenteuse, elles ne diffèrent en aucune façon de la lésion développée au point où cette substance a été directement appliquée, et ne tardent pas à s'éteindre et à disparaître avec la cause qui les a fait naître.

2° Circwnfusa. Les influences atmosphériques, le froid, le chaud, ont une action très-remarquable sur le développement de certaines dermatoses. Une température très-élevée, l'exposition à un foyer de chaleur artificielle, peuvent produire immédiatement une éruption cutanée chez un sujet prédisposé. Le refroidissement est une cause occasionnelle fréquemment observée dans les manifestations de l'arthritis. Enfin, l'apparition des syphilides semble favorisée par les extrêmes de température, et plus spécialement encore, si j'en crois mon expérience, par le passage brusque du chaud au froid.

5" Ingesta. Cette question a été traitée dans tous ses détails à propos des causes prédisposantes, mais je devrais revenir ici sur les ingesta pour les envisager à cet autre point de vue : comme causes occasionnelles. Peu de mots du reste y suffiront.

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Si les excès de table ont quelquefois pour effet de produire à la longue des éruptions à la peau, on comprend que la même cause, agissant sur un sujet prédisposé, puisse avoir pour conséquence immédiate l'apparition d'une dermatose constitutionnelle. Ce fait est surtout fréquent dans l'herpétis, mais on l'observe également dans l'arthritis, et tel qui s'était levé le matin sans une tache à la peau s'est trouvé le soir ou le lendemain couvert de macules, de papules, de vésicules ou de pustules.

Les éruptions pathogénéliques (moules, copahu, cubèbe, etc.) peuvent également servir de prétexte au développement d'une éruption de cause interne; ou bien, comme le fait remarquer Lorry, si la peau était antérieurement malade, leur action consiste à exaspérer la dermatose préexistante, à augmenter le prurit dans des proportions terribles, etc.

4,0 Percepta. Nous avons dit ce que peuvent les passions tristes, les chagrins prolongés, comme causes prédisposantes de certaines affections de la peau; c'est surtout comme causes occasionnelles qu'agissent les passions vives, le> impressions morales subites, les mouvements violents de l'àme, les contrariétés, le dépit, le chagrin, la colère. Parmi les maladies que ce genre d'influence atteint plus particulièrement, il faut citer en première ligne l'herpétis : c'est là un fait démontré par l'observation de chaque jour. Les éruptions qui se produisent dans ces circonstances affectent le plus souvent la forme aiguë et généralisée des pseudo- exanthèmes : roséole, urticaire, eczéma rubrum, pityriasis rubra aigu, etc.

5° Contagion. Un certain nombre de dermatoses sont susceptibles de se transmettre par voie de contagion. Cette cii-constance, malgré son importance capitale et le caractère spécifique qui la distingue, n'est après tout qu'une cause déterminante d'un genre particulier, et dont l'aclion reste entièrement subordonnée, comme celle de toutes les causes du même ordre, à l'état de prédisposition ou d'immunité qu'elle rencontre chez le sujet contaminé. En effet, la transmission contagieuse ne présente rien de fatal, d'obligé, dans la grande majorité des cas; il peut arriver qu'elle n'ait pas lieu, bien que toutes les conditions extérieures qui la produisent habituellement se soient trouvées réunies, et l'on dit alors que le sujet n'est pas apte à contracter la maladie, qu'il possède l'immunité. C'est ainsi que l'on voit des enfants sur lesquels on tente vainement, à plusieurs reprises, l'inoculation du vaccin, sans qu'il soit possible d'attribuer ces insuccès réitérés soit à la qualité du virus, soit au défaut (!e la méthode. C'est par le même fait d'immunité naturelle ou acquise, temporaire ou définitive, que l'on s'explique comment, parmi un certain nombre de personnes également soumises à une même influence contagieuse, les unes résistent complètement à cette influence, tandis que les autres y succombent. 11 semble même qu'il y ait en quelque sorte des degrés dans cette immunité, ou du moins chez ceux qui en sont dépourvus dans l'aptitude à ressentir l'impression morbifique de tel ou tel agent contagieux : de là les différences si considérables que présente le plus souvent, selon les sujets, une même maladie transmise, fût-elle puisée à la même source, différences qui portent quelquefois sur ses caractères les plus essentiels, et plus parliculièrement sur sa forme et sur son intensité. Ainsi, c'est bien le même virus qui déterminera dans un cas une petite vérole discrète et bénigne, et dans un autre une variole confluente et grave, comme c'est aussi le même virus qui fera naître chez celui-ci une syphilis légère, effleurant à peine l'organisme de quelques manifestations cutanées et muqueuses sans importance, et chez

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celui-là une syphilis maligne, à marche rapide, et qui, après avoir couvert l'un et l'autre tégument de pustules, de tubercules et d'ulcères, ira porter la désorganisation dans les organes les plus nécessaires à la vie. Or, qui ne voit que les mêmes réflexions pourraient être faites à l'égard de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, et je pourrais dire de presque toutes les maladies contagieuses, sans en excepter les maladies parasitaires, telles que la gale, la phthiriase et les teignes? 11 faut donc avouer, et c'est là que je voulais en venir, que la contagion n'est pas tout, que tout ne consiste pas dans le fait de son transport mécaniiiue d'un individu sur uu autre, qu'il y a autre chose encore, une cause interne, un état particulier de l'organisme, la prédisposition, en un mot.

Le nombre des dermatoses contagieuses n'est pas très-considérable, mais encore est-il bon d'en faire le compte exact, s'il est possible, et la chose n'est pas aussi simple qu'il semblerait tout d'abord.

Un fait bien remarquable, et du reste depuis longtemps signalé, c'est l'existence à peu près constante de lésions tégumeutaires dans les maladies contagieuses, quelles qu'en soient la forme et la nature. Cette règle souffre pourtant quelques exceptions sérieuses, parmi lesquelles il faut citer la rage, encore que l'on ait constaté comme un de ses caractères anatomo-pathologiques les plus habituels une rougeur inflammatoire du pharynx, de la trachée et des bronches; mais rien ne prouve que ces lésions ne soient pas consécutives. La dysenterie, la coqueluche, le choléra (en admettant leurs propriétés contagieuses), seraient dans le même cas, à moins que, prenant le mot tégument dans son acception la plus large, on ne fît entrer en ligne de compte les altérations des muqueuses viscérales. Quant aux névroses susceptibles de se propager par voie d'imitation, je ne saurais voir dans la qualification de contagieuses qui leur a été donnée ipi'uiie expression figurée répondant à une analogie bien plus apparente que réelle, et je me demande, par exemple, ce qu'il peut y avoir de commun entre le mode de transmission de la gale et l'influence toute morale qui fait éclater chez une personne prédisposée une crise d'hystérie ou d'épilepsie. Evidemment, ce sont là deux faits absolument distincts, mais que tend à confondre dans l'esprit des pathologistes l'emploi d'une commune dénomination.

Mais ce n'est point ici le lieu de nous engager dans une étude approfondie des maladies contagieuses en général, (jucls que soient d'ailleurs les rapports intimes qui les unissent à la pathologie de la peau. C'est à ce dernier point de vue seulement qu'il nous importe de les considérer dans cet article.

Une première distinction à établir est la suivante : les dermatoses d'origine contagieuse sont de cause interne ou de cause externe.

1'' Les dermatoses qui procèdent de maladies contagieuses de cause interne sont :

a. Les éruptions symptomatiques des pestes, du charbon malin, de la suette miliaire épidémique ;

b. Les éruptions symptomatiques de la fièvre typhoïde, du typhus ;

c. Les éruptions symptomatiques des exanthèmes, rougeole, scarlatine, variole, varioloïde, varicelle ;

d. Les manifestations cutanées et muqueuses de la syphilis;

e. Les éruptions cutanées et muqueuses des diathèses raorve'&se, farcineuse, diphthéritique, et peut-être aussi de la diathèse gangreneuse.

La transmission de ces maladies peut avoir lieu : par inoculation, c'est-à-dire par l'introduction directe dans les voies de la circulation d'un principe que l'on

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peut saisir sur la dermatose elle-même à une certaine période de son évolution ; 2° par contact immédiat; 5° par contact médiat; 4" par contagion miasmatique, c'est-à-dire par l'intermédiaire de miasmes infecto-contagieux, poussières animales, émanations putrides, etc.

La syphilis, la vaccine, et j'ajouterai la pustule maligne, bien qu'elle soit de cause externe, ne se propagent qu'à la faveur d'une solution de continuité préalable, ou en d'autres termes par inoculation. Je laisse de côté, bien entendu, les cas de syphilis héréditaire, qui n'ont rien à voir avec la question de la contagion.

La fièvre typhoïde, le typhus, la suette épidémique, la diathèse gangreneuse, la rougeole, la scarlatine, la varicelle, se transmettent principalement par l'intermédiaire de miasmes infectieux transportés par l'air et absorbés par la muqueuse des voies respiratoires. La contagion par contact immédiat et même médiat a été également admise pour la plupart de ces maladies. C'est p;ir ces deux derniers modes que se communiquent probablement les maladies exotiques connues sous les noms de pian, yaws et verruga.

La variole est contagieuse par tous les modes à la fois. Il en est peut-être de même du charbon malin, des pestes à bubons, des diathèses morveuse, farcineuse et diphlhéritique.

Comme on le voit, les maladies constitutionnelles ne sont représentées dans rénumération précédente que par la syphilis, qui possède en effet deux manifestations directement et immédiatement contagieuses, le chancre initial et la plaque muqueuse. Toutefois ce caractère a été également attribué à deux affections de nature scrofuleuse, l'acné varioliforme désignée primitivement par Bateman sous le nom de molluscum contagiosum, et la scrofulide bénigne impétigineuse. Assurément, nous ne croyons guère aux propriétés contagieuses de l'acné varioliforme, ni au rôle que l'on a fait jouer pour la circonstance à Vacarus folUculorum, mais nous ne croyons pas du tout à celles de l'impétigo scrofuleux, qui pourrait se gagner « de bouche à bouche, et notamment d'enfant à enfant, ou d'enfant à adulte », malgré les faits les plus authentiques que M. Devergie déclare posséder à cet égard. C'est du reste un point qui ne fait question pour personne aujourd'hui.

2'^ A part quelques exceptions rares, parmi lesquelles il faut citer la pustule maligne, la classe des dermatoses contagieuses de cause externe appartient presque tout entière au parasitisme. Ces dermatoses ont pour caractère essentiel de se propager par la transmission d'un organisme parasitaire, animal ou végétal.

Les dermatoses produites par des parasites animaux sont, comme nous l'avons dit, la gale et la phthiriase.

Les parasites végétaux, selon leur siège anatomique, donnent lieu : aux teignes, qui sont au nombre de trois ; aux crasses, qui sont au nombre de deux. 11 faut y joindre le muguet, affection des surfaces épithéliales.

La contagion de ces dermatoses peut s'opérer de quatre manières différentes :

i° Par l'air; 2° par le contact immédiat; 5° par le contact médiat; A° par inoculation.

De ces quatre modes de contagion, deux seulement appartiennent aux parasites animaux : c'est le contact médiat et le contact immédiat. Les parasites végétaux peuvent se transmettre des quatre manières [voy. Gale, Favus, Mentagre).

Chapitre IV. Cadses pathologiques. Les seules causes pathologiques que nous admettions pour les dermatoses sont les maladies que ces affections traduisent

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sur la peau. Nous les avons énuméi'ées toutes dans le chapitre des causes efficientes. Mais ce n'est point ainsi que les auteurs l'ont généralement entendu, et il n'est guère de maladie, ou plutôt de lésion d'organe, de trouble de fonction, qui n'ait été considéré comme pouvant donner lieu à des éruptions cutanées. On s'en est pris tour à tour aux ' affections de l'estomac et de l'intestin, à celles du foie, de la rate et du rein, aux affections de l'appareil respiratoire et des organes génito-urinaires, aux altérations du sang, de la bile, de la lymphe et du chyle, etc. Enfin, en ce moment même, nous voyons s'élever une théorie qui ne tendrait à rien moins qu'à subordonner la pathologie cutaaée tout entière aux affections du système nerveux.

Qu'y a-t-il de vrai au fond de ces idées étiologiques? C'est ce qu'il importe d'examiner.

C'est un fait depuis longtemps connu et signalé que celui de la coexistence fréquente de certaines dermatoses avec des affections de l'estomac et de l'intestin. Rien de plus commun que de voir la couperose, l'urticaire chronique ou cnidosis, le sycosis, l'hydroa, etc., se rencontrer avec la dyspepsie ou la gastralgie, et je n'apprendrai rien au lecteur en ajoutant que certaines formes localisées et circonscrites de l'eczéma, du lichen, de l'herpès, du psoriasis, se trouvent exactement dans le même cas. Voilà ce que montre l'observation. Mais ce fait, comment l'expliquer? Quelle est la nature du raj)port qu'il implique? Les auteurs nous répondent que l'état morbide de la peau n'est en pareil cas que le reflet sympathique de l'état de souffrance du tube gastro-intestinal. Pour eux, c'est la dyspepsie qui produit la coupeiose, l'urticaire, le sycosis, l'hydroa, l'eczéma anal, etc. Quant aux i-aisons sur lesquelles se fonde cette manière de voir, elles peuvent toutes être résumées dans cette formule dont on a tant abusé : Post hoc, ergo propter hoc. Sans entrer ici dans une discussion qui reviendz'a plus loin, à propos des rapports des affections de la peau avec celles des autres systèmes, nous ferons seulement remarquer : 1" que les dermatoses en question (couperose, urticaire, sycosis, etc.) peuvent exister sans que rien se produise du côté de l'estomac, comme il arrive avec la couperose scrofuleuse, qui serait alors dans l'hypothèse un effet sans cause ; 2" que l'affection de la peau, lorsqu'elle est accompagnée de troubles gastriques, peut avoir précédé ces troubles, et qu'on serait alors parfaitement en droit de soutenir, en renversant les rôles, que l'affection de l'estomac n'est à son tour qu'une conséquence, un reflet de la lésion cutanée. Or, toutes ces difficultés, toutes ces contradictions disparaissent lorsque, envisageant la question à notre point de vue doctrinal, on s'élève à la conception de l'unité morbide, source commune de ces manifestations.

Sous le règne des théories humorales, les affections du foie ont été regardées comme en possession d'engendrer presque toutes les dermatoses, et sans remonter bien haut, Pujol, au commencement de ce siècle, ne craignait pas d'avancer que toute maladie de la peau née sans cause manifeste chez un individu bilieux dépendait d'une altération de la bile. Le docteur Retz, dans une brochure datée de 1785, était allé plus loin encore; mais ici il faut citer : « Les rapports, dit-il, qui existent entre les maladies de la peau et l'état du foie, sont universels ; il n'y en a peut-être pas une, parmi celles qui proviennent de cause interne, dont on ne trouve la cause, lorsqu'on la cherchera avec soin, dans la constitution du foie et dans la nature des humeurs qui affluent à ce viscère » [Des maladies de la peau, de leurs causes, elc, par M. Retz, 1785. Avant-propos, p. IX). On reste véritablement confondu en pi'ésence de semblables affirmations quand on songe

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que les altérations du foie et de la bile n'ont en réalité qu'une influence fort contestable sur le développement des dermatoses. Un assez grand nombre d'affections de la peau peuvent, il est vrai, se rencontrer et se rencontrent assez fréquemment avec des affections de l'organe sécréteur de la bile, mais aucune relation de causalité ne saurait être établie entre les unes et les autres. Que la couperose, que l'urticaire ou le sycosis, coexistent avec l'engorgement simple ou la congestion partielle du foie, nous ne voyons là qu'un rapport de nature de commune origine : ce sont des effets simultanés ou successifs d'une même cause morbifique, l'artbritis. Il en est de même du pemphigus cacbectique envisagé dans ses rapports avec la stéatose du foie : nous remontons aussitôt à l'influence diatbésique qui les domine. Dans d'autres circonstances, il s'agit d'un simple rapport de coïncidence : tel e^t le cas de ces plaques jaunes des paupières désigne'es récemment sous le nom de vitiligoidea, et àoni on a voulu expliquer la formation par l'action de la bile sur la peau. La seule affection cutanée çfui semble se rattacher à certains états morbides du foie par un véritable rapport de cause à effet est le prurigo ictérique ; mais encore faut-il remarquer que ce rapport n'est que médiat, indirect, car papales et prurit sont dus, dans ce cas, non point à la modification morbide produite dans l'organe hépatique, mais seulement et exclusivement au contact des éléments plus ou moins altérés de la bile sur les nerfs de la peau : aussi le prurigo ictérique n'est-il pour nous qu'une dermatose de cause externe.

Les considérations que nous venons de présenter à propos des affections de l'estomac et du foie considérées dans leurs rapports avec les dermatoses s'appliquent de point en point aux affections des autres organes et systèmes de l'économie. Nous aurons du reste l'occasion de revenir, dans une autre partie de ce travail, sur les relations morbides qui existent entre la peau et les différents systèmes organiques, et il nous sera facile de démontrer par le détail que les relations sont totalement dépourvues du caractère de causalité que nous recherchons en ce moment. C'est alors que nous apprécierons avec tous les développements nécessaires le rôle qu'il convient d'attribuer aux lésions du système nerveux dans la production des dermatoses.

Quant aux altérations des liquides, on sait toute l'importance qui leur a été accordée dans la pathogénie des affections de la peau par les médecins de l'école galénique, et notre dessein ne saurait être ici de passer en revue, pour les discuter sérieusement, toutes les rêveries théoriques que cette doctrine a successivement enfantées. Pour en avoir une idée, il suffira de relire dans nos considérations historiques le résumé succinct que nous avons donné des opinions de Lorry sur le sujet, ou mieux encore, dans le Tractatus de morbis cutaneis, les quelques pages que cet éminent esprit a consacrées à l'exfiosition des causes des affections de la peau. Certes, personne ne croit plus aujourd'hui aux àcretés de la bile, du mucus, de la lymphe ou du sang, et il ne reste rien ou presque rien de tout l'échafaudage étiologique construit sur ces hypothèses ; mais de nouvelles altérations humorales, mieux définies celle fois et démontrées, la balance en main, par la chimie moderne, sont venues se substituer aux anciennes, et alors s'est posée la question de savoir si ces altérations ne seraient pas, dans certains cas, le point de départ d'affections cutanées. Tel est le rôle que l'on a tenté de faire jouer au sang altéré par un excès d'acide urique ou par la présence de la glycose dans le diabète. Mais il est trop évident que ces prétendues causes ne sont elles-mêmes que des effets au même titre que les éruptions qui parfois les

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accompagnent, et le plus souvent se produisent indépendamment de toute altération appréciable du liquide sanguin. On sait en effet que la diathèse urique et le diabète, bien que n'appartenant pas directement à la symptomatologie de Tarthritis, se montrent assez fréquemment pendant son cours, et c'est ainsi que s'explique leur coexistence avec certaines manifestations cutanées de cette maladie constitutionnelle.

En résumé, toute cette étiolngie, dont la trace se retrouve encore dans un certain nombre d'ouvrages contemporains, ne soutient pas un seul instant l'examen. Elle repose sur une perpétuelle confusion des rapports qui relient les affections de la peau à celle des autres systèmes, et sur l'ignorance absolue des véritables causes morbifiques qui président au développement des unes et des autres. Nous rejetons donc les causes dites pathologiques : 1° parce qu'il n'existe pas de dermatose qui puisse leur être légitimement attribuée; 2" parce qu'elles ne sont elles-mêmes que des effets, des symptômes appartenant le plus oi'dinairement au même cycle morbide que l'affection cutanée concomitante ; 3° parce qu'enfin nous ne connaissons pas de dermatose qui ne puisse être revendiquée par l'une des causes, soit externes, soit internes, que nous avons énumérées plus haut sous le titre de causes efficientes.

Est-ce à dire pourtant que toute influence pathologique soit par nous supprimée de Téliologie des dermatoses? Telle n'est pas notre pensée. Mais nous soutenons que cette sorte d'influence n'est jamais que secondaire, accessoire, et dans tous les cas insuffisante pour nous donner la raison d'être d'une affection cutanée quelconque. C'est ainsi que les affections parasitaires, que certaines maladies spontanées à déterminations morbides vers le système tégumentaire, comme les fièvres éruptives, peuvent jouer le l'ôle de causes occasionnelles dans la productiori des dermatoses constitutionnelles, mais la connaissance de ce fait ne dispense en aucune façon de remonter à la véritable source des phénomènes ainsi provoqués du côté de la peau. Dans d'autres cas, comme je l'ai dit plus haut, l'aflection cutanée semble en effet se trouver sous la dépendance plus ou moins immédiate de lésions d'un autre système ; telles sont les affections provoquées par le contact de produits morbides répandus à la surface de la peau ou déposés dans l'intimité de son tissu : érythèmes du nez et de la lèvre supérieure dans le coryza, du gland, de la vulve, dans la blennorihagie, le diabète, des paupières et des joues dans la conjonctivite, érythèmes autour des ulcères, des fistules, des anus contre nature, eczéma variqueux, prurigo ictérique, etc., etc. Mais ce sont là autant de dermatoses de cause externe, évidemment produites par une irritation toute locale, et qui par conséquent n'infirment en aucune façon ce que nous venons de dire sur le rôle qu'il convient d'attribuer aux causes pathologiques.

DEUXIÈME PARTIE. Anatomie pathologique. L'étude de l'anatomie pathologique de la peau suppose nécessairement la connaissance préalable de cet organe à l'état de santé. Aussi voyons-nous la plupart des auteurs, Mercuriali, llafenreffer. Lorry, etc., faire précéder leurs travaux en dermatologie par une description de la peau à l'état normal {voij. Peau).

La peau offre cela d'avantageux pour l'étude des lésions que cette étude peut être faite pendant la vie. Toutefois, les ouvertures de corps ne doivent pas être négligées : les nécropsies, il est vrai, ne nous permettent pas toujours d'étudier les lésions congestives qui disparaissent à la mort, mais elles nous font connaître

702 DERMATOSES.

les lésions du tégument interne, de même nature que celles du tégument externe ou de même genre, ce qu'explique la similitude d'organisation de la peau et des membranes muqueuses; telles sont les lésions congestives et pustuleuses de la muqueuse laryngo-bronchique, dans les fièvres éruptives, les vésicules et les bulles que l'on rencontre sur la muqueuse bucco-pharyngienne, et même, dit-on, sur la muqueuse intestinale, dans l'herpès et le pemphigus. En outre, les nécropsies nous font connaître les lésions viscérales qui coexistent avec les affections de la peau ou qui leur succèdent.

L'histoire des lésions doit être faite dans un ordre conforme aux divisions de l'anatomie normale. Par conséquent, nous aurons quatre classes de lésions correspondant aux quatre divisions principales de l'anatomie :

i" Les lésions fœtales ou congénitales, qui correspondent à l'anatomie embryonnaire (difformités congénitales);

2° Les lésions des caractères 7^/i?/s/^7<es, extérieurs, des organes, de la couleur, du volume, de la connexion, des rapports, etc., qui correspondent à l'anatomie descriptive (variétés de couleur et d'épaisseur, ramollissement, induration, plis anormaux, etc.) ;

3° Les lésions de texture, qui correspondent à l'anatomie générale et de structure (congestion, inflammation, néoplasme) ;

4° Enfin, les modifications des lésions, selon leur siège topograpliique (anatomie des régions).

Comme on le voit, ces divisions principales sont, de tout point, applicables à l'anatomie pathologique de la peau, et comme la peau est un système anatomique complexe, il est nécessaire d'étudier successivement les lésions de chacune des parties qui entrent dans sa conslitution : derme, épiderme, pigment, glandes sébacées et sudoripares, follicules pileux et cheveux ou poils, matrices unguéales et ongles. Quant aux vaisseaux et nerfs de la peau, aux follicules pileux et aux parties nutritives des ongles, leurs lésions ne sauraient, dans la plupart des cas, être séparées de celles des organes auxquels ils appartiennent.

Les divisions secondaires seront établies d'après le mode pathogénique ou le processus de la lésion. C'est en nous fondant sur ces principes que nous avons proposé la classification, dont le tableau est à la page suivante, pour l'étude des altérations anatomiques du tégument externe.

L'étude anatomique des dermatoses se trouve pour nous fort abrégée. Elle doit être faite plus loin, dans un chapitre spécial, par M. Renaut, qui a, on le sait, enrichi de ses recherches sur ce sujet le traité de MM. Cornil et Ranvier, et auquel nous aurions fait sans cela de nombreux emprunts. Nous ne pouvons toutefois nous empêcher de toucher dans ce qui va suivre à quelques-unes des opinions qu'il a formulées, tout en nous i-enfermant autant que possible dans le domaine de la clinique.

Lésions du derme. Nous ne nous arrêterons pas à décrire les lésions congénitales qui se rattachent à l'anatomie fœtale, ni celles qui intéressent plus particulièrement l'anatomie descriptive, comme les difformités acquises, les solutions de continuité, les distensions et déchirures du derme produites par la grossesse, l'obésité, l'anasarque, etc. II est d'ailleurs certaines lésions qui ressortissant aussi bien à l'anatomie de texture qu'à l'anatomie descriptive, et que l'on trouvera signalées plus loin (hypei'trophie, atrophie). Ce qui nous intéresse le plus pour l'histoire générale des dermatoses, c'est la connaissance des altérations de structure.

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