DIATOMÉES
Je me contente d'indiquer le principe, laissant à chacun le soin d'en faire l'application.
Je termine là cet article, déjà trop long, qui n'a d'autre but que de démontrer l'utilité diagnostique, pronostique et thérapeutique, de la notion de diatbèse sainement basée sur les seules données de la clinique. J. Grasset.
DlATO:»lKES. Organismes microscopiques, dont la véritable nature a été pendant longtemps l'objet de doutes et de controverses. Lors des premières études qu'on en lit, ils furent considérés comme appartenant au règne animal. C'est ainsi que l'illustre Ehrenberg les avait classés, en 1842, parmi les liifusoires, sous le nom de Bacillariées, et de Brébisson lui-même, qui les a tant étudiés, semble se rapprocher du savant de Berlin en ce qui concerne leur nature animale. Mais, à la suite des observations publiées par un grand nombre de savants tels que Nœgeli, Kùtzing, Ptitzer, Askenasy, Pringsheim, Krauss et Millardet, Guinaid, Pelletan, Van Heurck, J. Brun, Maiioury, P. Petit, il fut reconnu que par leur respiral ion, leur mode de production, la nature de leur substance emloclivomique, et l'analogie frappante qu'ils présentent avec certaines Algues filamenteuses {Hyalotheca, Zijgnema, Spirogyra), ces organismes appartiennent au règne végétal, opinion qui avait d'ailleurs été émise, dès 1856, par W. Smith : aussi s'accorde-t on aujourd'hui à les ranger parmi les Algues, où ils forment une classe à part et bien définie. Ilœckel, de son côté, eu lait la troisième classe de son règne des Protistes.
Les Diatomées se présentent sous l'aspect de corpuscules aplatis, smirent fusiformes, constitués cliacun par une cellule membraneuse, recouverte d'une enveloppe siliceuse, appelée carapace, et composée de deux valves opposées {frustulea) réunies entre elles par une bande de même nature, dite bande connective, et qui sont, l'une par rapport à l'autre, ce qu'une boîte est à son couvercle. Ces frustules affectent les formes les plus diverses et offrent, à leur surface, des lignes, des nodules et autres irrégularités qui servent à distinguer les genres et les espèces.
Chaque cellule renferme, outre son suc cellulaire, un nucléus, des gouttelettes d'huile et un plasma brunâtre, appelé par Kûtzing substance goyiimique, et connu aujourd'hui sous le nom à'endochrome, dénomination qui s'applique au plasma coloré de toutes les Algues, quelle qu'en soit la nature. Cet endochrome affecte invariablement pour chaque espèce, tantôt la forme de lames, tantôt celle de granules. Il ne cède son pigment ni à l'eau froide, ni à l'eau bouillante, mais, par une macération un peu prolongée, il est complètement décoloré par l'alcool froid, et ce dernier acquiert une teinte vert-brunàtre plus ou moins foncée.
La première mention de ce pigment paraît avoir été faite par Nœgeli, qui, le croyant simple, lui donna le nom de dlalomine. Cependant, avant lui, de Brébisson, puis Kutzing, en avaient pressenti la nature composée. Depuis lors, il résulte des observations faites par M.M. Krauss et Millardet [Études sur la matière colorante des Phycochromacées et des Diatomées, in Mém. de la Soc. des se. nat. de Strasbourg, t. \l, 1868), etparM. P. Petit [De T endochrome des Diatomées, in Brebissonia, revue mensuelle de botanique cryptogamique, publ. par Huberson, 2« année, 1880, p. 81) : 1° que la diatomine est fonnée d'un mélange de chlorophylle et de phycoxanthine; 2<' que le rapport de ces deux matières colorantes varie d'une espèce à l'autre; 3° que les Diatomées les
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plus foncées en teinte sont celles qui renferment le plus de chlorophylle; 4° enfin que le spectre de la diatomiiie montre une grande analogie avec celui de la chlorophylle normale. Ajoutons toutefois que, dès 1867, M. Askenasy {Beitr. z. Remit, des Chlorophylls FarhUoffe, m Botan. Zeitung, juin 1867) était parvenu à isoler, d'une manière imparfaite, il est vrai, les deux principes colorants de la Diatomine, dont il avait reconnu les principales propriétés chimiques et optiques, et que ses expériences, bien qu'elles n'aient pas été considérées alors comme concluantes, ont été confirmées récemment par les observations speclroscopiques de M. Nehelung {Spectrosk. Untersuch. des Farbstof. eini;^. Sûsswasseralgen, in Botan. Zeitung, juin 1878, p. 594).
La plupart des Diatomées, surtout celles qui présentent une forme naviculaire, sont douées d'un mouvement très-remarquable de translation. Ce mouvement, jusqu'à présent inexpliqué malgré le grand nombre d'hypothèses qui ont été émises, a lieu en ligne droite et dans le sens de la longueur des valves; mais, si un obstacle se présente, le mouvement de reptation en avant se change immédiatement en un mouvement de recul.
Les Diatomées se multiplient par division (ou plutôt par déduplication, pour nous servir du terme créé à juste titre par de Brébisson) et par conjugation.
(( Dans la multiplication par division, dit M. Van Heurck {le Microscope, Bruxelles, 1878), le nucléus commence par se partager et la division de la membrane interne de la cellule se fait en même temps, tout juste comme le phénomène se passe dans les cellules des végétaux supérieurs; mais, en même temps que cette division s'opère, la bande connective s'élargit, la membrane interne sécrète, sur la surface divisée, une nouvelle valve siliceuse, de sorte qu'au lieu du frustule primitif il y a deux frustules, composés chacun d'une valve nouvelle et d'une valve ancienne; mais, comme la valve nouvelle se forme à l'intérieur de l'ancienne, il arrive qu'à chaque nouvelle division le frustule diminue un peu de taille. »
Dans la multiplication par conjugation, dont le mode de formation n'est connu que dans quelques cas particuliers, deux individus se rapprochent l'un de l'autre, leurs valves s'écartent et leurs protoplasmas respectifs, sortant des valves, se fusionnent en une seule masse, qui ne tarde pas à se diviser pour donner naissance à deux individus beaucoup plus gros que chacun des deux parents et que, pour cetle raison, on nomme Auxospores.
Les Diatomées sont répandues dans la nature en quantités prodigieuses. Il s'en rencontre presque partout où se trouve de l'eau, que cette eau soit stagnante ou courante, limpide ou trouble, chaude ou glacée, même dans les neiges fondantes des hautes montagnes. Accumulées en grand nombre, elles forment souvent des mucosités jaunes ou jaune brun qui couvrent de leur enduit les pierres, les plantes aquatiques, etc. « Leurs germes invisibles, dit M. le professeur J. Brun, de Genève [Diatomées des Alpes et du Jura, etc., 1879), sont si ténus, qu'ils restent flottants dans l'air, passant ainsi d'une contrée à l'autre. Dans les Alpes, ces germes peuvent rester, sans périr, des semaines, des mois, sur des rochers arides exposés au soleil, ou dans les glaciers exposés aux plus grands froids ; et vienne un rayon de soleil et quelques gouttes d'eau, on les voit apparaître par milliers, par milliards ! C'est l'atmosphère et l'eau qui les disséminent, et ce sont les vents et les pluies qui rendent leur diffusion constante. Une fois sèches, leur excessive ténuité permet aux tourbillons de l'air de les