‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.29Chapitre 18 sur 83 · DIDEROT · texte numérisé non relu

DIDEROT

plantes ont toujours été et seront toujours telles qu'elles sont... De même que dans les règnes animal et végétal un anim:»! commence pour ainsi dire, s'accroît, dure, dépérit, trépasse, n'en serait-il pas de même des espèces enlièrcs? » (g LVIll). Dans noire biographie de Goethe {voij. ce mot), on trouvera cités un ou deux passages de Diderot non moins topiques. De tout cela il résulte bien que Diderot était un disciple de Leibniz, dont il n'admettait pas cependant la théorie des causes finales, mais il n'en découle pas aussi clairement qu'il ait été un précurseur du darwinisme, du moins au même titre que notre illustre Lamarck. Tout ce que l'on peut dire, c'est qu'au dix-huitième siècle ces idées étaient en quelque sorte dans l'air : Buifon, Ch. Bonnet, de Maillet et tant d'autres, auraient les mêmes droits que Diderot et Gœthe à être rangés parmi les précurseurs des théories transformistes, car tous avaient subi l'influence de la philosophie leibnizienne.

Diderot avait du reste un avantage sur Gœthe, il était physiologiste; on peut même du-e que mainte théorie moderne ne constitue en quelque sorte que le développement des idées qu'il a émises le plus souvent d'intuition dans ses Éléments de physiologie, ouvrage trop peu connu et trop négligé par les historiens de la médecine. Ces éléments publiés en Hollande de 177-4 à 1780, donnent en effet fort bien l'état de la physiologie vers la fin du dix-huitième siècle. Us traitent, sous une forme aphoristique, de presque tous les objets dont s'occupe cette science : nature de la vie, tissus élémentaires, organes, fonctions, conception (et monstres), hérédité, phénomènes psychiques, et même maladies, en tant qu'elles dépendent du tempérament et des dispositions individuelles, y compris les maladies des artisans et des artistes.

Cependant, comme tous les leibniziens de son temps, Diderot méprise les calculs et les mesures et trouve que souvent on y consacre un temps qui eût été mieux employé à découvrir; il recommande l'expérience, en donne minutieusement les règles, mais veut qu'elle soit en quelque sorte aux ordres de l'intuition. Aussi est-il l'ennemi du cartésianisme et de la méthode cartésienne, et se prononce-t-il contre Linné et les méthodistes, contre Réaumur et les insectologistes, aussi bien que contre Newton. Cependant il est difficile de mieux formuler que lui les conditions d'une bonne expérience: la condition qu'il recommande avant tout et qu'il croit généralement la plus négligée, c'est le temps; la nature étant lente dans ses opérations, l'homme doit l'imiter et ne pas compromettre le succès d'une expérience par trop de hâte. « Que ne tireriuns-uous pas, dit Diderot, du mélange de certaines substances dont nous n'obtenons que des composés très-imparfaits, si nous procédions d'une manière analogue à celle de la nature? » (^ XXXVII). Diderot prévoyait-il ici les beaux résultats synthétiques obtenus de nos jours par M. Berthelot en faisant précisément intervenir le temps?

Les Interprétations de la nature renferment encore bien des choses curieuses, bien des prévisions et des divinations ; mentionnons particulièrement quelques propositions relatives à l'électricité : « L'apparition des aurores boréales semble dépendre également de l'électricité... » ; et ailleurs : « Pourquoi l'électricité ne modifierait-elle pas la formation des cristaux et leurs propriétés? », enfin : « Il y a grande apparence que le magnétisme et l'électricité dépendent des mêmes causes n (conjectures XXIII, XXIV), et bien d'autres, y compris les bases de la théorie mathématique de l'élasticité.

C'est ainsi que Diderot a apporté sa pierre à l'édifice scientifique, qui se

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