L. IIx
DiErCHÈS. Médecin grec, vivait probablement au commencement du quatrième siècle avant l'ère chrétienne. 11 appartenait selon Galien, qui le cite
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souvent, à la secte des dogmatiques et fut le maître de Numenius d'Héraclée. Dieucliès a mis au jour divers ouvrages sur la médecine et sur les vertus hygiéniques des plantes. Il est cité par Pline ; Oribase vante sou Traité sur les aliments, qu'il a mis largement à contribution et dont il ne nous reste qu'un fragment sur la préparation du pain et des pâtes, inséré dans le recueil de Matthoei : Veiarum Grœcorum medicorum opuscula (Moscou, 18U8, in-4). L. Hn.
DIEU-LE-FIT (Eau minérale de). Athermale, bicarbonatée calcique moyenne, ferrugineuse faible, carbonique moyenne, celte source est aussi connue sous le nom de source de Pont-de-Barret. Dans le département de la Drônie, dans l'arrondissement de Monlélimart, à 2 kilomètres de cette ville, émerge d'un banc de schistes rempli de sulfates de fer et de magnésie en efflorescence, la source de Dieu-le-Fit ou du Pont-de-Barret. Son eau serait limpide et transparente si elle ne tenait en suspension de petits corps d'un brun noirâtre qui finissent par tapisser l'intérieur de son bassin; elle n'a pas d'odeur marquée; des bulles gazeuses semblent se détacher de son fond et monter lentement à sa surface recouverte d'une pellicule irisée. Son goût est fade et surtout ferrugineux,'sa température est de 12°, 8 centigrade. Sa densité n'est pas connue; son analyse chimique a été faite en 1852 par M. Ossian Henry qui a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Bicarbonate (le ch.mx 4,49iO
— magnésie 0,1470
— soude 0,0430
Sel de potasse 0,0200
Oxyde de fer, carbonate et crénalé sans doute 0,0098
Suliates de soude et de chaux 0,0600
Chlorures de sodium et de maonésium. 0,0900
Silice et alumine 0,0400
3Ialière organique azotée indéterminée.
Total des matières fixes . 1,9038
L'eau de la source de Dieu-le-Fit est employée en boisson seulement par les personnes des environs qui lui reconnaissent des vertus diurétiques et reconstituantes qu'elles mettent à profit dans les affections des voies urinaires avec gravelle, surtout lorsque ces affections sont accompagnées d'un état de faiblesse générale. A. R.
DIEV. Voy. DiÉ.
DIEZ (Carl-August). Médecin allemand, né vers le commencement du dix-neuvième siècle, enseigna à Fribourg en qualité de privat-docent à partir de 1828, et remplit les fonctions d'assistant auprès du professeur de ])hysiologie. Après un voyage à Paris, il se fixa à Waldkirch, où il exerça la médecine avec succès. Diez est connu comme aliéniste; il a publié :
I. De mentis alienationum sede et causa -proxima commentatio medica. Freiburgi Creisgaviae, 1828, in-8°. — II. Versuch einer theoretischen Begrûndung der Phijsiognomik. Freiburg, 1850, gr. in-S". — lit. Der Selbstmord, seine Ursachen und Arten, vom Standpunkte der Psychologie und Erfahrung dargestellt. Tûbingen, 1858, gr. in-8°. L. Hs.
DBFFLUAX. Nom donné par Schlieper à l'acide allanturique [voy. Urique, acide). D.
lUFFLrciE. Protozoaire appartenant à la classe des Rhizopodes el à la iamille des Amœbiens. Les Diftlugies forment avec les Arcelles, les Quadrilla et quelques autres genres, le groupe des Théco-Amœbiens, caractérisés par la présence d'une carapace cbitineuse, sécrétée par l'animal et protégeant une partie plus ou moins considérable du corps. Les Difjhufm ont une carapace ovoïde, incrustée de corpuscules étrangers, ouverte à la petite extrémité pour le passage des pseudopodes.
Les Dilflugies furent décrites pour la première fois par Leclerc [Mém. du mus. d'hist. nat., 1815, t. H, 1815), puis par Ebrenberg. Les principales espèces qui vivent dans l'eau douce sont : Difflugia globulosa, D. pi^oteifonnis, D. acuminata [voy. Protozoaires). F. H.
DIFFOR^IITÉS. Nous avons précisé, à l'article Déformations, le sens qu'il convient d'attacher aux expressions jusqu'ici mal définies, relatives aux aberrations de la forme humaine. La déformation suppose la perte d'un état normal antérieur; la malformation suppose une anomalie de l'évolution; l'état normal n'a jamais été réalisé chez les malformés; la difformité, enfin, est l'expression géométrique de la malformation.
Nous appellerons donc déformés ceux qui contractent, dans l'exercice de leur profession, par leurs altitudes ou à cause de leur état pathologique ou Iraumatique des lésions de forme et de situation; difformes, ceux dont le développement a été entravé ou modifié par une malformation primitive.
Cette distinction est très-importante en ce qu'elle montre dès l'abord, dans une même catégorie de dysmorphies, des faits d'origine très-différente et que le lang:aiïe. ainsi défini, les caractérise immédiatement. La main bote est une difformité qui résulte d'une malformation ; le pied plat valgus est une détormation qui résulte d'une malfonction, si je puis ainsi dire. Il n'y a pas de main bote acquise parce que la main n'a dans ses usages ni la conditionnalité du pied, ni le poids du corps à supporter. En appelant indifféremment les dysmorphies déformation ou difformité, on se prive d'un précieux élément de clarté. Nos définitions sont d'ailleurs conformes au sens de la langue qui réserve la désinence tion aux diverses catégories d'action et la désinence té aux qualités confirmées. Elles ont été récemment adoptées par plusieurs auteurs.
Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il est certain que bien que les processus organiques des malformations et des déformations puissent offrir de nombreuses analogies, il s'en faut de beaucoup que la confusion puisse s'établir, soit au point de vue clinique, soit au point de vue thérapeutique [voij. Déformations).
Rechercher l'origine des difformités, c'est rechercher aussi les liens qui les rattachent soit aux monstruosités, soit aux hémitéries de Geoffroy Saint-llilaire, à qui l'on doit d'avoir tracé la ligne conventionnelle de démarcation entre les anomahes simples (hémitéries) et les anomalies complexes (monstruosités).
Pour Ambroise Paré, les monstruosités se disent des « choses qui apparaissent contre le cours de la nature (et sont le plus souvent signes de quelque malheur à advenir), comme un enfant qui naît avec un seul bras, un autre qui aura deux tètes, etc. » {Des monstres tant terrestres que marins, 1. XXV.) Bonnet (1762) comprend, dans les limites de la monstruosité, toutes les anomalies de l'organisation. « On nomme monstre, dit-il, toute production organisée dans laquelle la conformation, l'arrangement ou le nombre de quelques-unes des parties ne suivent pas les règles ordinaires, »
Avec Béclard Etienne Geoffroy, Serres, l'ide'e d'une infra-formation ou arrêt de développement paraît, pendant quelques années, dominer la science : « Un monstre, dit Etienne Geoffroy, n'est qu'un fœtus, sous les communes conditions, mais chez lequel un ou plusieurs organes n'ont point participé aux transformations successives qui font le caractère de l'organisation. « Au point de vue médical les anatomistes sortent volontiers de la théorie de l'évolution graduelle et reviennent à la fonction. « On donne le nom de monstruosité à tous les vices de conformation, à toutes les défectuosités qui peuvent exister dans une ou plusieurs parties du corps de l'homme ou des animaux. » (Adelon et Chaussicr. 1819, Dict. des se. méd.^ art. Monstres.) <( Les monstruosités sont les divers aberrations congénitales de la ?m^ri7«o?z d'où résulte, pour l'être qui les présente, une conformation d'un ou de plusieurs des organes différents de la conformatioti qui appartient à son existence extra-utérine, à son espèce ou à son sexe. » (Andral, Anat. jjath., 1832.) On voit combien cette détîiiition est large; toutes les dysmorphies semblent pouvoir y prendre place.
Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, aprè> quelques hésitations, a tinalement formulé la définition suivante, qui est adoptée par M. Dareste. « La monstruosité est une anomalie très-grave, rendant difficile ou impossible l'accomplissement d'une ou de plusieurs fonctions, ou produisant, chez les individus qui en sont affectés, une conformation vicieuse très-diiférente de celle que présente ordinairement leur espèce. » [Histoire r/e< anomalies de r organisation, t. L ch. i.) Pour M. Davaine {voy. Monstres) : « Les êtres vivants qui s'éloignent des conditions organiques de leur espèce, au point que le type particulier qu'ils représentent ne peut former, en se perpétuant, une race, une famille, une variété dans l'espèce; ces êtres sont des individus anormaux auxquels la qualification vulgaire de monstres est le plus souvent applicable. »
Cette définition cesserait d'être vraie le jour où l'on aurait réussi à perpétuer les monstres, ce qui pour certains d'entre eux, les ectromiliens par exemple, n'est point du tout impossible. Elle semble, en d'autres termes, s'écarter de la notion anatomique pour chercher son point d'appui dans la notion dvnaniiqiie de reproduction. Elle établit, entre les monstruosités et les déviations les plus légères du type spécifique, une distinction radicale qui ne permet plus de rattacher la formation des races, par exemple, au même ordre de phéuomèucs que la formation des monstres. Toutefois M. Davaine lui-même, dans une belle page que nous regrettons de ne pouvoir citer tout entière, s'empresse de distinguer des degrés qu'il qualifie (['anomalies et à' abnormités . L'anomalie se définit : « Toute modification de l'organisme offrant des caractères différents de ceux du type spécifique ou naturel, et dont l'origine est antérieure à la métamor[)lîose ou à l'évolution qui constitue l'individu ou bien l'organe. » L'abnormité est « une anom.alie qui survient plus tardivement dans l'évolution, et qui porte le stigmate dune lésion pathologique spéciale ». Les anomalies sont donc plus graves, plus profondes que les abnormités; elles modifient les caractères généraux de la classe avant l'évolution, tandis (pie les abnormités ne modifient que les caractères individuels, alors que les sujets ont déjà réalisé une partie de leur développement. Les anomalies sont symétriques, régulières, constituées par un type qui ne varie que du plus au moins, la cyclocéphalie, la symélie, l'hétérotopie, etc. ; les abnormités sont irrégulières, non symétriques, désordonnées, de telle sorte qu'on n'en trouverait pas deux CaS tout à fait semblables; tels sont l'évenlration. le bec-de-lièvre, l'exstrophie de la vessie, le pied bot, l'alrichose,
l'hypertrichose, etc. Ajoutons que, pour le classement des espèces monstrueuses,
M. Davainc adopte comme dichotomie fondamentale; 1" les déviations des
ort^anes de la vie individuelle; 2*^ les déviations des organes de la vie de l'espèce.
Ce n'est pas à nous qu'il appartient de décider si cette classification est un
progrès sur celle d'Isidore Geoffroy, dont la dichotomie primitive est ainsi
composée ;
[ Simjjles ....... Hérailuries*.
Anomalies j i lléléiolaxies *.
f Complexes \ Hermaphrodisme
' Moiiâtriiosilés *.
Il va de soi qu'au point de vue des difformite's, nous ne pouvons, de ce tableau, retenir que les hemitéries, lesquelles, selon Geoffroy, comprennent cinq classes qui sont relatives : i° au volume ; 2° à la forme; 5° à la structure; 4° à la disparition ; 5° au nombre et à l'existence. Mais ces éléments abstraits des difformités sont loin d'avoir la même origine. Ce qui nous importe, c'est de savoir que les dysmorphies peuvent provenir non-seulement des déformations, c'est-à-dire d'une anomalie acquise, mais qu'elles proviennent souvent aussi d'un développement anormal, d'mie hémitérie.
M. Uavaine pense que la ligne de séparation que l'on creusait autrefois entre les monstruosités les plus graves et les déviations les plus légères est tout arbitraire; qu'il existe entre elles des transitions insensibles, des liaisons certaines, qui établissent une assimilation forcée des unes aux autres. Cela est vrai si l'on réserve la difformité en retour, c'est-à-dire celle qui se produit par déformation, après l'accomplissement parfait de l'évolution embryonnaire; celles-là ne peuvent point être assimilées aux précédentes. Le pied bot varus est une difformité d'origine embryonnaire, la déformation angulaiie de l'arthrite vertébrale ebt une lésion pathologique, la lordose est une déformation fonctionnelle, etc.
M. Dareste exprime la même pensée que M. Davaine lorsqu'il dit : « L'un des principaux résultats des travaux des deux Geoffroy-Saint-llilaire sur la tératologie, c'est que la monstruosité la plus grave et l'anomalie la plus légère sont essentiellement des faits de même ordre, des déviations du type spécifique, produites par un changement de l'évolution. Seulement les monstruosités affectent profondément et simultanément un grand nombre d'organes, tandis que les anomalies légères ne font, pour ainsi dire, qu'ellleurer certains organes isolés. La différence entre ces deux ordres de faits résulte essentiellement de la différence d'intensité de la cause modificatrice et peut-être aussi de l'époque de son action, car j'ai constaté que la gravité des anomalies décroît génér;dement avec l'époque de leur apparition. » {Production arlificielle des monstruosités^ p. 59.)
Darwin, dans son ouvrage sur la filiation de l'homme {Desrent of Man. 1871), lui a appliqué les mêmes lois de variabilité qu'aux animaux, suivant en cela l'exemple de tous les naturalistes, et il a recherché, dans le genre humain, les effets des huit catégories de causes qu'il avait signalées pour les animaux et les plantes, savoir : 1<* l'action des milieux de l'existence ; 2° les effsts de l'excès ou du défaut d'usage longtemps continué des appareils organiques; S'^ la cohésion
* Hemitéries, anomalie simple de l'organisme.
^ Hétérotaxies : 1° Inversions splanchniques. — 2» Inversions générales. ' Bermaphroilisme : 1' Sans excès dans le nombre des parties. — 2° Avec excès dans le nombre des parties.
* Mo7istruosUés : 1» Unitaires. — 2» Composées.
des organes homologues ; 4° la variabilité des organes multiples ; 5" les développements de compensation ; 6° les effets de la pression mécanique d'une partie sur une autre ; 7° les arrêts de développement; 8° la réapparition de caractères depuis longtemps disparus du type; 9° les corrélations de variations.
On voit que quelques-unes de ces causes ne rentrent point dans notre cadre, et que d'autres ont trait, non aux malformations spontanées que nous étudions en ce moment, mais à celles qui résultent d'un désordre pathologique ou d'un fonctionnement vicieux et que nous avons appelées déformations. Cependant, comme, dans la doctrine darwinienne, ces variations dans le type modifient la race par voie de transmission des caractères acquis, il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici quelques-unes des assertions citées par l'illustre naturaliste au sujet de l'excès et du défaut d'usage des appareils organiques; je suis bien loin d'en prendre la responsabilité. Quand un des reins s'atrophie, l'autre augmente de volume ; les os s'accroissent en épaisseur et en longueur par le port habituel de poids lourds. La jambe des matelots de la marine des États-Unis s'est trouvée de 5 millimètres plus longue que celle des soldats, bien que leur taille fût plus petite. Celle des bras des marins était plus courte de plus de 2 centimètres (chiffres relevés sur près d'un million d'hommes par Gould). Les Payagas du Brésil ont les jambes grêles et les bras volumineux, parce qu'ils passent leur vie en canot. Le volume des mains, des pieds et des mâchoires est plus petit, à la naissance, dans les classes aristocratiques de l'Angleterre. Paget affirme que la peau de la plante du pied des nouveau-nés est plus épaisse que sur toute autre région, et l'attribue à l'héritage accumulé de la pression pendant de longues générations. D'Orbigny, et plus récemment Forbes, ont mesuré la poitrine des Indiens Quichuas et Aymaras, qui vivent dans l'air raréfié des huit plateaux du Pérou, et ont constaté qu'ils diffèrent considérablement dans les diverses proportions de longueur et de circonférence de tous les autres hommes.
Darwin distingue l'arrêt de développement de l'arrêt de croissance. Dans la première condition, dit-il, la croissance continue dans une conformation fœtale, telle que nous le montre le bec-de-lièvre ou le crâne des idiots microcéphales. C'est ce qu'il appelle réversion considéré dans un groupe de même classe. Ainsi, chez les mammifères, l'utérus peut être double et muni de deux orifices, tel qu'il est chez les marsupiaux ; chez les anthropoïdes et chez l'homme, il n'y a plus qu'un seul utérus et un seul orifice. Mais, chez les rongeurs, on trouve des gradations régulières entre ces deux formes. Or, il n'est pas très-rare, dit-il, de trouver des utérus humains munis de cornes qui représentent l'utérus primitivement double des rongeurs, ou même bifide, offrant deux cavités aptes à leurs formations propres. C'est là un arrêt de développement embryonnaire, avec croissance consécutive. Le défaut d'ossification de la suture molaire ou de la suture frontale rentre dans cette catégorie de faits. De même un certain nombre d'anomalies musculaires qui ont été signalées par J, Wood, Pozzi et Schudzinski. Ces vues et ces faits n'ont pas encore été appliquées à l'étude des dysmorphies. La corrélation des variations organiques est aussi une source riche en informations. Les modifications du système musculaire des bras coïncident avec celles des jambes. Les organes de la vue et ceux de l'audition, les cheveux et les dents, la couleur de la peau et celle des cheveux, la couleur des cheveux et la constitution générale marchent respectivement et généralement de pair. Nous aurons l'occasion, dans l'étude des difiormités spéciales, de rappeler et de contrôler quelques-uns des faits de réversion signalés par Darwin.
11 y a maintenant lieu de se demander quelles données fournissent à la médecine les enseignements de la tératologie. Ambroise Paré, dans son XVII^ livre, traitant Des moyens et artifices d'ajouter ce qui défaut naturellement ou par accident, s'est occupé d'un certain nombre de difformités « de ceux qui sont Yoùtés ayant l'épine courbée; » (( du vice des jambes dont les malades sont appelés vari et valgi, et des jambes trop grêles » et d'autres encore. Quoi qu'il dise du pied bot (juil vient quelquefois dès le ventre de la mère, laquelle, pendant sa grossesse, s'est tenue trop longtemps assise les jambes croisées, il est évident qu'il a l'idée que ce vice de conformation peut être du soit à une évolution incomplète de fœtus, soit à un vice dans cette évolution, une malformation, liée à une cause mécanique; il adopte l'opinion d'Hippocratc, qui devait être soutenue jusqu'à nos jours par Paletta, Cbaussier, F. Martin, etc.
Eh bien! Un assez grand nombre de faits viennent établir que l'opinion d'IIippocrate sur l'existence d'une pression anormale, subie par le fœtus dans le ventre de la mère, doit conserver sa place à côté de la malformation primitive, laquelle est sans doute due, elle aussi, à une cause physique du même genre agissant à une période précoce de la vie fœtale. Ainsi que l'on invoque une cause dite vitale, ou une cause héréditaire, on est ramené, depuis que la doctrine delà préexistence des germes est abandonnée, à l'idée d'une modification dans les conditions physiques de l'évolution, si l'on s'en rapporte aux belles expériences de M. Dareste. Enfin des causes de même ordre exerçant leur action sur l'enfant, sous une autre iorme, avant que l'évolution soit complète, peuvent produire des pieds bots, des luxations coxo-fémorales, des difformités vertébrales. L'évolution, en effet, n'est pas interrompue par la naissance; le milieu seul du jeune être est changé et provoque de nouvelles modifications. C'est donc « soubs le visage d'une mesme nature » que se montrent l'ensemble des difformités, puisque les déformations elles-mêmes sont dues le plus souvent à des causes mécaniques telles que la pression. Voilà pourquoi nous avons considéré ce rapide examen comme indispensable à notre sujet et comme de nature à fournir les indications les plus fécondes en procédés d'amélioration. La croissance succède à l'évolution. Où se trouve notre limite? Au point oij commence, chez les sujets viables, la possibilité d'une amélioration dans la condition d'existence du jeune sujet atteint dans la conformation de ses organes.
Or, la plupart des cas de ce genre rentrent dans le premier embranchement des hémitéries de Isidore Geoffroy, qui ne sont pas sans affinités avec les ahnormités de M. Davaine. Qu'avons-nous à voir, au point de vue tératologique, dans le second embranchement, hétérotaxies, hermaphrodisme, monstruosités unitaire ou double? Piien ou presque rien. Chez les Ectroméliens, monstres unitaires autosites dont les membres sont profondément altérés, sans que le tronc le soit notablement, on distingue : I** la phocomélie, difformité dans laquelle se rencontrent « des mains et des pieds de grandeur ordinaire et le plus souvent même complètement normaux qui, supportés par des membres excessivements courts, semblent dans la plupart des cas sortir des épaules ou des hanches » ; 2** Yhémimélie, caractérisée par des bras et des cuisses au bout desquels on voit un vestige peu considérable, des segments informes avortés, et enfin 3' Vectromélie, caractérisée par l'avortement complet d'un ou de plusieurs membres. Dans aucun de ces cas la thérapeutique n'a à intervenir. D'ailleurs on ne possède que quatre observations bien authentiques de phocomélie double. On peut voir au musée Dupuytren sous le n« 50, le squelette de Cazotte dit
Pépin, phocomèle double. Debout a cité plusieurs cas de phocomélie pelvienne unique dans son mémoire sur les vices de conformation produits par l'arrêt de développement des membres et sur les ressources mécaniques ofl'eites par la prothèse pour rétablir leurs fonctions (3/em. de la Soc. de dur., 1864).
Serres a proposé de débrider largement la fissure sternale chez les Célosomiens (hernie du cœur à travers Je sternum) et de restituer à cet organe sa position normale. Mais c'est là une vue théorique que l'extrême rareté des Célosomiens et la brièveté de leur vie ne permettra pas de mettre à exécution. Quant aux monstres doubles qui sont réunis par le front (métopages), par la région fessière (pyopages), par le sternum (sternopages) ou par d'autres régions, l'intervention chirurgicale. M. Yerneau, dans son article Monstruosités du Dictionnaire de médecine pratique (1877), résume en ces termes cette intéressante étude : « En résumé qu'il s'agisse de monstres doubles autositaires ou de monstres doubles parasites, il est des cas dans lesquels la chirurgie peut utilement intervenir. Mais avant de se décider à agir, il faut avoir résolu la question des connexions anatomiques. Les frères Siamois, par exemple, auraient pu probablement être séparés, tandis qu'il serait impossible de tenter une opération semblable sur Millie-Christine. Chez ce dernier monstre, en effet, la sensibilité des membres inférieurs est commune, comme l'a constaté M. Paul Bert. Les deux moelles doivent par conséquent former un véritable chiasma au niveau du point d'union. »
Ces faits montrent que les monstruosités ne diffèrent pas in radice des hémitéries, des anomalies et des autres difformités, sans excepter celles que j'ai désignées sous le nom de déformations, c'est-à-dire celles qui se produisent sous l'influence d'une activité fonctionnelle pathologique. Ce qui diffère, ce sont les causes apparentes et encore, ainsi qu'on le verra, peut-on les réduire à un fort petit nombre. Ce qui diffère aussi, c'est le degré de dysmcrphie, l'époque de son évolution et son siège. On ne songera pas à faire croître le segment absent des membres d'un phocomélien, non plus qu'à faire pousser l'extrémité d'un ectromélien; mais on cherchera avec raison à développer les articulations d'un pied bot, à augmenter l'étendue de leurs mouvements et l'aptitude de leurs muscles.
Il n'en reste pas moins que l'ectromèle et le pied bot doivent à des causes peut-être diverses mais portant sur la force évolutive leurs dysmorphies congénitales. Bien plus, les procédés naturels qu'il faut sans doute confondre avec les causes, paraissent être de même genre qu'ils agissent pendant la période d'incubation, pendant la vie fœtale ou aux divers âges de l'existence personnelle. C'est ainsi que M. Dareste indique comme il suit les procédés tératogéniques dont il s'est servi : 1° position verticale de l'œuf; 2° application partielle sur la coquille d'une substance imperméable à l'air; 3" évolution à des températures un peu différentes de l'incubation normale; échauffement inégal de l'œuf. Enfin il signale la production de monstruosités obtenues par Prévost et Dumas et plus récemment par Lombardini à l'aide des courants électriques de la pile ou de l'induction.
Ce sont là autant de conditions physiques modifiées que nous rencontrerons sous des formes diverses comme causes jilus ou moins directes de difformités, la première surtout, c'est-à-dire l'influence de la position, de l'attitude, de la pesanteur sur la portion mobile de l'appareil locomoteur. Le poulet, dans l'état ordinaire, a la tête tournée du côté de la grosse extrémité de l'œuf; il perce la
difformités; 305
paroi intérieure de la chambre à air, sa respiration pulmonaire s'établit et ensuite il perce la coquille extérieure; si au contraire la tête du poulet est placée vers la pointe de l'œuf, il faut que la poule ou l'expérimentateur brise la coquille. Enfin, si l'embryon se développe selon le petit axe de l'œuf il peut continuer à se dévelo[»per ainsi que M. Dareste l'a observé, mais la dureté des parois avec lesquels il reste en contact produit, ainsi que M. Dareste la observé, des déformations considérables. « J'ai d'ailleurs constaté, ajoute cet auteur, un certain nombre de déformations semblables trouvées sur des poulets qui n'avaient pu éclore, quelle que fût leur position. Il y avait là un effet manifeste de l'influence des pressions extérieures sur le développement {op. cit., p. 64).
M. Dareste, étudiant plus loin la production des liémitéries, dit que ses recherches ne lui ont donné qu'un très-petit nombre de documents sur leur origine, ce qui tient à ce qu'elles apparaissent tardivement dans l'embryon. On comprend en effet que les causes d'anomalies qui apparaissent au début de l'évolution déterminent des monstruosités. C'est l'arrêt de développement qui, selon cet auteur, constitue la face biologique des hémitéries. Cet arrêt de développement frappe non des organes déjà formés mais des blastèmes cellulaires. « Les organes tératologi([ues, dit-il, apparaissent d'emblée avec leurs caractères définitifs dans des blastèmes arrêtés dans leur évolution parla cause tératologique » [loc. cit., p. 209). M. Dareste rattache les déviations de la colonne vertébrale et celle des membres à des faits de cet ordre, a Ici, dit-il, l'arrêt de développement ne frappe pas l'embryon lui-même, mais l'amnios qui enveloppe l'embryon. Lorsque l'amnios s'arrête, quand l'ombilic amniotique est encore largement ouvert, si l'embryon continue à s'accroître, il ne peut s'étendre que dans le sens de sa longueur et doit nécessairement se replier sur lui-même. Ainsi se produisent des flexions de la colonne vertébrale, flexions qui y déterminent le genre d'incurvation que l'on distingue sous le nom de scoliose en anatomie pathologique. Cette déviation de la colonne vertébrale s'accompagne souvent de la déviation des membres. »
« La déviation des membres lorsqu'elle existe seule résulte également d'un arrêt de développement de l'amnios, mais dans une période ultérieure» (op. cit., p. 210). Il est bien entendu que M. Dareste n'entend point parler ici de la scoliose acquise; mais seulement de celle qui accompagne les monstruosités. On jugera aisément de l'importance de cette distinction si l'on sait que Chaussier, sur plus de 20000 enfants, n'en a trouvé qu'un seul cas. D'ailleurs la scoliose acquise ne s'accompagne presque jamais de la déviation des membres. Il faut donc que M. Dareste donne au mot scoliose un sens particulier, ce (|ui semble impliquer l'emploi des mots flexions, incurvations au lieu du ffai mot qui est torsion; ce n'est donc pas dans le blastème qu'il faut aller clfcrcher l'origine des scolioses, c'est dans les organes tout formés qui se déforment. Il en est autrement des anomalies des membres. M. Dareste signale à leur propos un fait « qui jusqu'à présent a complètement échappé à toute explication; la modification des surfaces articulaires dans les membres déviés. « On ne pouvait la comprendre, dit-il, lorsqu'on admettait que ces articulations avaient eu primitivement une disposition normale. Mes études me prouvent que la déviation des membres est antérieure à la formation des os, des ligaments, des muscles et que, par conséquent, les articulations des membres déviés présentent, dès l'époque où elles se forment, des surfaces articulaires différentes de celles qui se produisent dans les membres normaux (p. 211). » Il y a dans ce passao-e des
DICT. ENC. XXIX. 20
confusions de langage que nous devons éclaircir. Comment peut-on dire que la déviation en membres est antérieure à leur formation? Est-ce à dire que c'est sur le blastème cellulaire que dans la première période de la vie embryonnaire s'est exercée la cause tératogénique? Cela expliqué, on comprendrait mieux certaines déviations telles que le pied-bot. Mais il n'est aucunement nécessaire (le chercher une cause embryonnaire pour s'expliqner les modifications des surfaces articulaires; elles se déforment par dystrophie, usure et excès ou inégalité de pression, tout aussi bien qu'elles se malforment chez un embryon. Les procédés embryonnaires persistent au delà de la vie intra-utérine, et c'est surtout à des actions mécaniques que les déformations doivent leur existence. « Pourquoi n'admettrait- on pas, dit l'éminent tératologiste que ce qui a lieu après la naissance aurait lieu également avant la naissance? »
Dans un mémoire postérieur et récent sur le rôle de l'amnios dans la production des anomalies des membres [Journal de Vanatomie et de la physiologie, 1882) le même auteur explique en termes encore plus précis, ses vues de fonctions sur ces phénomènes : Les membres apparaissent dit-il des deux côtés du corps sous la forme de bourgeons cellulaires. Ces bourgeons absolument semblables au début, s'allongent peu à peu et leurs segments s'intléchissent les uns sur les autres. Le segment brachial du membre supérieur s'infléchissant par un mouvement de torsion sur leur axe, le premier sur l'épaule, le second sur le bassin ; mais le mouvement se fait en sens inverse pour le membre supérieur et pour le membre inférieur, il en résulte que ces deux membres se font face par celui de leur côté qui contiendra plus tard les muscles extenseurs. Supposons maintenant que l'amnios au lieu de continuer à se développer en s'éloignaut de l'embryon, comme c'est l'état normal reste appliqué contre lui. Les membres viendront se heurter contre un obstace qu'ils ne peuvent déplacer. Leur évolution sera nécessairement modifiée. Tantôt ils s'arrêteront totalement ou partiellement dans leur développement, tantôt ils évoluent à peu près complètement mais en infléchissant leurs segments les uns sur les autres d'une manière normale Si la pression de l'amnios arrête l'évolution des membres au moment
même où ils commencent a paraître, ils restent dans leur premier état de bourgeons cellulaires. C'est ce qui constitue Vectromélie; si la pression n'agit qu'un peu plus tard après l'allongement des membres et le commencement de leur segmentation, elle ne frappe plus que certains de leurs segments. Les uns sont frappés d'arrêt de développement, les autres continuent à évoluer. Cet arrêt produit l'iiéminulie lorsqu'il frappe les derniers segments des membres; la phocossulie lorsqu'il frappe les segments intermédiaires ; dans ces derniers cas la main et le pied plus ou moins bien conformés paraissent immédiatement att.îchés à l'épaule ou au bassin.
M. Dareste explique par le même procédé certaines déviations congénitales, le pied-bot, la main bote et diverses luxations. Sans doute il arrive, et je crois l'avoir établi en m'aidant des observations de M. Yerneuil, que la luxation dite congénitale de la hanche ne se produit réellement qu'au moment où l'enfant se met à marcher, et j'ai la conviction que si on retardait à ce moment la marche de l'enfant jusqu'à une période indéterminée on empêcherait le déplacement de se produire. Sur ce point M. Dareste nous rend justice, mais il distingue de cette forme de luxation celle qui se produit chez les monstres complets. Le nouveau mémoire de notre savant collègue, ajoute donc une preuve de plus à la théorie hiélacé que de la production des difformités et à faire des malformations
et des déformations des variétés de l'auteur d'uue même cause agissant à des périodes diflérenles de l'évolution.
Ces données expérimentales peuvent servir à éclairer les malformations que nous avons définies : un arrêt ou un retard dans l'évolution d'une région sur ses cono-énères ou d'un système organique (osseux, musculaire, nerveux, etc.). Citons surcepointM. Marey qui, examinant la forme des surfaces d'une même articulation chez les animaux d'espèces et de classes différentes, a parfaitement expliqué comment elle variait d'un type à l'autre, selon les effets de la pression. « Prenons, dit-il, la tète luimérale et suivons les changements de sa forme sur l'homme, le singe, les carnassiers, les herbivores, les oiseaux, nous verrons que l'étendue égale en tous sens des mouvements que le bras humain peut exécuter, correspond une sphéricité parfaite de la tête humérale c'est-à-dire une courbure de même rayon dans tous les sens. Les singes qui dans la marche s'appuient ordinairement sur leurs membres antérieurs, ont la tête humérale aplatie par en haut comme par l'effet de la pression du poids du corps. De plus les mouvements de locomotion étant les plus étendus, la courbure de la tête humérale a son plus petit rayon dans le sens antéro-postéiieur. Cette modification de la tête s'accentue encore chez les carnassiers et surtout chez les herbivores dont la tête humorale aplatie par en haut offre son petit rayon de courbure dans le sens des mouvements antéro-postérieurs, ceux qui prédominent dans cette articulation. » Poursuivant son examen comparatif, M. Marey montre que chez les oiseaux les organes du vol modifient leurs surfaces articulaires selon l'amplitude et la direction des mouvements, c'est-à-dire des pressions mobiles qui s'exercent entre les surfaces, et il conclut en disant : « En résumé, tout dans la forme du système osseux, porte la trace de quelque influence étrangère et particulièrement de la fonction musculaire. Il n'est pour ainsi dire pas une seule dépression ni une seule saillie du squelette dont on ne puisse trouver la cause dans une force extérieure qui a agi sur la nature osseuse, soit pour l'enfoncer, soit pour la tirer au dehors. Ce n'était donc pas une exagération métaphorique que de dire : l'os subit comme une cire molle toutes les déformations que les forces extérieures tendent à lui imprimer et malgré sa dureté excessive il résiste moins que les tissus les plus simples aux efforts qui tendent à changer sa forme. {Rev. se, 1875.) »
Les malformations dues à l'arrêt ou au retard de l'évolution d'une région sur ses congénères comprennent deux classes très-naturelles et fort distinctes ; l'une celle des proportions relatives des régions, l'autre celle des proportions absolues c'est-à-dire de la conformation même de la région.
Quant aux proportions relatives, nous nous croyons obligé pour rendre clairement notre pensée, de dire quelques mots sur la géométrie des formes : tout en éloignant l'idée d'un prototype absolu, tu. effet, tout en reconnaissant que Ton peut en adoptant l'un quelconque des divers canons artistiques réaliser un type véritablement esthétique, nous pensons que les écarts entre ces types ne sont pas illimités, encore bien que l'état de santé générale, les professions, les courbures acquises de la colonne vertébrale, introduisent de nouvelles causes d'inégalités proportionnelles.
Ces écarts, en tant qu'ils sont relevés sur l'ensemble géométrique du corps humain, sont relatifs 1° aux proportions transversales ou latérales; 2« aux proportions verticales; 5° aux rapports entre ces deux ordres de proportions. En tant qu'ils sont relatifs aux différentes régions, ils portent sur chacune de ces
régions notamment sur la tête, la colonne des vertèbres et les extrémités. Nous ovons à l'article Croissance (p. 589) étudié la première catégorie de ces dysmovphies. Quant aux écarts dans les proportions verticales elles sont extrêmement nombreuses; mais oii commence la difformité? Pour les artistes, c'est au point où l'œil est choqué ; pour nous ce devrait être seulement au moment où la rupture de l'équilibre détermine la gène et même l'impossibilité de certains mouvements d'ensemble. C'est ainsi qu'un buste trop court rend très-difficile et incomplet la flexion du corps vers le sol les jarrets étant tendus; il s'en suit que ce mouvement, quand il est commandé par les circonstances, s'exécute à l'aide des genoux et que les lombes perdent l'habitude de !a ilexion; de là la prédominance habituelle des extenseurs, de là encore la formation des reins creux, etc. Or, les proportions artistiques se confondent avec les proportions physiologiques et ce n'est qu'au détriment des mouvements que les proportions verticales sont altérées.
Le nanisme et le géanlisme dans leurs formes extrêmes ne nous intéressent guère; on compte un certain nombre de nains de la taille d'un mètre qui n'étaient point rachitiques; mais en général et au-dessous de cette mesure, ils le sont. Quelquefois et même en dehors de toute hérédité et de toute maladie, on voit des enfants dont la croissance est singulièrement en retard dans toutes les régions; souvent on rencontre là un fait d'hérédité ou d'atavisme, plus souvent encore un fait de rachitisme. D'autres fois la croiss'ance marche avec une extrême rapidité au détriment du thorax et du crâne. Il arrive parfois que les membres ne prennent pas tout leur développement et que le buste reste par rapport à eux très-long. En ce cas, fréquemment, la colonne vertébrale se fléchit vicieusement d'avant en arrière se contourne en spirale.
Le contraire se produit aussi et l'on observe des bustes trop courts sur de longues jambes. Les conditions qui président à ces diverses anomalies sont encore mal connues. Outre l'élément ethnique les troubles de l'évolution individuelle et l'exagération des courbures de la colonne vertébrale jouent ici un rôle considérable.
Cependant, on sait maintenant qu'en général le périmètre du thorax ne croît pas avec la taille. Aussi les exigences du recrutement militaire sont-tlles lettre morte dans un grand nombre de cas; en effet, s'il est assez ordinaire de rencontrer chez les honmies de petite taille des circonférences thoraciques qui dépassent la demi-taille de 44 millimètres, condition minimum, il est tout aussi fréquent, pour peu que la taille dépasse l'"60, de constater chez les jeunes soldats de dix-neuf à vingt- deux ans un périmètre inférieur à la demi-taille. Quand ce périmètre est de 2 centimètres au-dessous de la demi-taille, on peut considérer le sujet comme mal formé et sa vie comme compromise. C'est là une véritable déformation par irrégularité dans la croissance.
Hamberger dit que la croissance s'opère chaque année ainsi qu'il suit : de dix-huit mois à quatre ans et demi, d'environ 10 centimètres; de quatre ans et demi à treize ans et demi de près de 4 centimètres ; de treize ans et demi à dixhuit ans, de 2 centimètres. Il s'en faut que dans la pratique les choses se passent aussi régulièrement. De plus, elles diffèrent selon les sexes. C'est ainsi que les tilles qui restent inférieures aux garçons jiisqu'à l'âge de onze à douze ans arrivent rapi.lement à les surpasser dans les deux années qui suivent tant pour la taille que pour le poids. Ce n'est qu'à treize ou quatorze ans que les garçons reprennent leur supériorité.
DIFFORMITÉS. oÛO
Paifois l'intensité de la croissance dépasse toute mesure concevable. Tel est le cas de macroiomie rapporté par le docteur Cozanet à la Société d'anthropologie (février 1875), d'un enfant qui à partir de de l'âge de six mois s'est mis à croître avec rapidité au point que son poids était à l'âge de cinq ans de 40 kilogrammes; sa taille de l'^28 et les membres très-bien proportionnés. Cet enfant qui peut porter un poids de 120 livres est d'une intelligence avancée; il aide ses parents aux champs; il est gras sans être obèse et velu comme un enfant non de son âge mais de sa taille. Dans ces conditions il est extrêmement probable qu'il y a ici une sorte d'erreur de temps, qui se trouvera ultérieurement compensée. Mais ces anomalies décroissance ne se produisent pas sans accidents, surtout lorsqu'àprès une assez longue interruption, le développement prend un rapide essor.
Mais nous touchons ici aux formes normales dont ces anomalies de forme, quant au temps, ne sont que de légères modifications à l'égard desquelles la science peut intervenir utilement et aisément.
Un genre particulier d'hémitéries est caractérisé par l'augmentation du nombre des organes normaux; ce sont les anomalies par excès apparent. Les deux cœurs primitifs ne se fusionnent pas : défaut d'union de parties. Deuv embryons se se fusionnent et la destruction irxomplète de l'un des deux laisse persistante quelque partie à peu près atrophiée. La multiphcation du nombre des vertèbres, des côtes, des doigts, reste beaucoup plus inexplicable. Dareste repousse, dans ces cas, de même que Broca {Bull, de la Soc. d'anthr., 1874), l'hyiiothèse de la fusion de deux germes primitifs pour adopter celle de la fissuration partielle. « Il est, dit-il, des variétés de doigts surnuméraires qui n'ont aucune connexion avec les doigts normaux et qui sont dus certainement à un bourgeonnement anormal de la substance embryonnaire ; mais il en est d'autres qui se comportent comme s'ils résultaient du dédoublement d'un doigt ordinaire. On trouve alors, à l'extrémité d'un seul métacarpien, deux doigts qui reposent sur lui par une articulation commune. La colonne osseuse, simple jusqu'à la racine du doigt, se bifurque en y, et l'aspect du squelette est exactement le même que celui qui pourrait résulter d'une incision longiUi4inale pratiquée sur les phalanges ets'airêtant aux métacarpiens... Ainsi, la bifurcation procède de l'extrémité du doigt vers sa racine; elle est plus ou moins étendue, comme si elle résultait d'une incision plus ou moins longue, ou mieux, d'une fissuration plus ou moins complète... )) Plus loin, le même auteur ajoute : « Mais la polydactylie n'est qu'un cas particulier de la polymélie ; elle est le premier terme d'une série qui commence par le simple dédoublement des doigts, et qui présente, dans ses termes suivants, le dédoublement de la main ou du pied, puis de l'avant-bras ou de la jambe, et enfin du membre tout entier. Geoffroy-Saint-Hilaire, tout en maintenant la polydactylie dans la classe des anomalies simples s'est vu obligé de placer les polyméliens dans la classe des monstres doubles ; distinction tout à fait arbitraire, car entre la polydactylie et la polymélie, il n'y a que des différences de degrés. »
Les monstruosités, simples antositaires, la triocéphalie, qui offre un arrêt de développement complet de la face dépourvue d'yeux, de nez et de bouche, la cydopie, caractérisée par l'existence d'un œil unique situé sur la ligne médiane de la face, Votocéphalie, Yomphalocépltalie, qui a donné lieu à bien des fables dans l'antiquité, sont produites, selon Dareste, nous le répétons, par un même procédé, l'arrêt de développement qui ne s'exerce pas d'abord sur l'embrvon lui-même, mais sur l'amnios. Consécutivement, l'évolution des différentes par-
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ties de l'embryon est entravée par la compression exercée sur elles. Le défaut même de la formation de l'amnios constitue parfois un fait tératogénique primordial. Toutefois Dareste se borne à constater que toute généralisation absolue sur ce point serait bâtive, et qu'il n'existe aucun motif de croire qu'un organe quelconque de l'embryon ne puisse être, aussi bien que l'amnios, frappé primitivement d'un arrêt de développement, mais l'expérience est muette sur ce point.
C'est ici le lieu de dire quelques mots d'une tbéorie qui a eu son lieure de célê brité sous le nom de Rétraction musculaire convuhive. M. Jules Guérin, qui l'a exposée dès i8-44 dans son mémoire intitulé : Essai d'une théorie générale de difformités chez les monstres, le fœtus et Venfant, la soutient encore aujourd'hui avec une rare vigueur dans une réédition générale de ses œuvres, Recherches sur les difformités congénitales chez les monstres, le fœtus et l'enfant (ISSO). Pour l'auteur, la rétraction musculaire « c'est l'état d'un muscle ou de plusieurs muscles restés courts à la suite d'une atteinte de contracture convulsive, celle-ci disparue avec la maladie qui l'avait produite. » A la longue, ce « raccourcissement posthume de la contracture » subit un genre d'altération spécial « la transformation fibreuse résultait des tractions auxquelles le soumet sa brièveté relative. » "•
Autour de ce « fait abstrait, » selon le langage de l'auteur, il existe, « en avant, en arrière, au-dessous et au-dessus » des modes et des degrés qui le modifient et le font entrer dans le domaine de la pratique. Par là on explique que les difformités et les monstruosités ont une commune origine : l'affection cérébrospinale convulsive antérieure à la naissance; que l'agent de ces difformités est la rétraction musculaire engendrée par l'affection cérébro-spinale (p. 14).
On comprend qu'une conception de cette nature fort ancienne d'ailleurs, puisque Morgagni, Benjamin BfU, Duverney, et surtout Rudolphi (1823), l'ont, de vieille date proposée, ait pu être adoptée à une époque où l'embryogénie était tout à fait rudimentaire, et où l'on n'avait aucune donnée précise sur l'époque relative de l'apparition des tissus et des systèmes. Mais, ainsi que l'ont montré Ch. Robin et Lannelongue, l'bypothèse de la rétraction musculaire convulsive fœtale comme cause des déformations, est en contradiction avec tout ce que l'on sait sur l'évolution embryonnaire. « Chaque tissu, dit Lannelongue dans son excellente étude d'agrégation ; Sur le pied-bot varus congénital (1869), se développe indépendamment des autres; et dans un appareil organique on voit certaines parties de l'appareil se constituer indépendamment de l'organe essentiel. Dans le système nerveux les centres apparaissent les premiers, et le système nerveux périphérique ne procède pas d'eux. Dans l'appareil de la locomotion, le squelette se développe indépendamment des muscles..., le squelette des membres précède l'apparition des muscles, et déjà la forme de chacun des os se dessine alors que les muscles ne sont encore qu'à l'état rudimentaire. A ce moment apparaissent quelques éléments musculaires à dimensions exiguës ; chaque jour leur nombre s'accroît, et, à son tour, le muscle prendra sa forme définitive comme le squelette, mais, en quelque sorte, modelée et façonnée sur lui. ^ a-t-il alors une portion du squelette qui manque, ce muscle fera le plus souvent défaut; existe-t-il un squelette très-développé, le muscle prendra des dimensions en rapport avec celles du squelette ; l'os est-il plus court, le muscle sera plus court aussi. Plus tard, le système nerveux périphérique entrera en connexion avec les muscles ; quant à ses relations avec les centres, on ne peut encore
donner que des hypothèses. Mais dans tous les cas, je rappellerai que déjà l'os a sa forme lorsque ces connexions s'établissent. »
L'observation directe de malformations osseuses, avant l'apparition du système musculaire strié, c'est-à-dire à deux mois et demi (Adams), trois mois et trois mois et demi, montre en effet comme imaginaire le rôle de la rétraction convulsive. M. Ch. Robin a publié, en 1860, dans la Gazette des hôpitaux, le cas d'un fœtus de trois mois et demi ; l'observation a été reproduite par M. Thoren.s dans sa thèse inaugurale {Sur le pied-bot varus congénital, 1873). « Les faisceaux striés des muscles, dit M. Robin, naissent un peu avant les éléments nerveux moteurs qui les rattachent au centre cérébro-spinal. A l'état normal, ce n'est qu'au quatrième mois que, dans leurs faisceaux, on trouve de ces éléments qui {commencent à prendre l'état des tubes. Jusqu'alors tous sont des filaments pleins aplatis, semblables aux fibres du grande sympathique, appelés fibres de Remak. En voyant l'état embryonnaire des muscles et des éléments nerveux centraux et périphériques à l'époque où déjà on trouve produite la déviation du pied-bot, on se rend compte de la faiblesse et du caractère varus forme, si l'on peut ainsi dire, des contractions musculaires sur les fœtus observés vivants à cet âge ou à l'âge correspondant chez les divers mammifères, mais l'on ne comprend guère la possibilité de la contraction énergique et prolongée, sans interruption que suppose l'hypothèse d'après laquelle le pied-bot serait le résultat d'un trouble de l'innervation motrice déterminant une contraction de certains muscles. »
Il y a lieu de penser qu'aujourd'hui on peut être beaucoup plus affirmatif et reconnaître que la malformation est primitive, et qu'elle résulte d'un arrêt de développement de quelque partie de l'os d'origine mécanique, et sur ce point les expressions de Dareste sont très-concluantes ou d'origine pathologique. C'est sur le blastème cellulaire qu'agissent les causes tératcgéniques.
Quand on parle d'une « affection destructive du cerveau et de la moelle " comme cause de monstruosités et d'une affection cérébro-spinale indéterminée comme cause éloignée des difformités dont la rétraction musculaire serait la cause prochaine {voy. Guénn^ Nouvelle édit. , p. 12 et 3), ou montre une incroyable ignorance. Détruire un cerveau qui s'est arrêté dès ses premières formations ou qui n'a jamais existé, comme chez les anencéphaliens ou chez les dérencéphaliens, voilà le grand effort de la théorie de la rétraction consécutive qui ne se doute pas que l'appareil locomoteur est déjà déformé quand le système nerveux s'ébauche et qu'il continue à évoluer en se déformant quand le cerveau est arrêté dans son développement !
Quant à l'association chez les monstres de plusieurs difformités, le fait reçoit une vraie lumière de Faction des causes précoces agissant sur les blastèmes. 11 n'en est pas de même de l'isolement si constant des malformations, isolement qui montre une action locale et non point générale. Ainsi, dans le pied-bot on n'a trouvé, à l'hôpital orthopédique de Londres, que 2 cas de spina-hifida sur 688 cas de varus. Sur 37 cas étudiés par Chaussier, pas un n'était affecté de malformation ; de même les 21 cas de Dopp n'offraient aucune autre lésion {voy. Thomas, T/i. c, p. 117).
H en est de cette vue de l'esprit de même que du trop célèbre adage la fonction fait Vorgane comme si la fonction ne supposait pas préalablement l'existence de l'organe et des appareils. Que la fonction diminuée, exagérée, modifiée, entraîne à son tour certains changements de forme très-limités, aucun doute.
Mais l'organe est évidemment fait avant de fonctionner. Que de discussions creuses, que de polémiques oiseuses autour de ces logomachies. Sunt verba et voces proisereaque nihil.
L'hérédité est loin d'être la règle dans les diftormités, et sur ce point on considère en général les opinions de Geoffroy-Saint-llilaire comme fort exagérées; encore bien ([u'il la limite aux monstres unitaires. Les maladies constitutionnelles, au contraire, et notamment la syphilis, certaines intoxications et notamment l'alcoolisme qui h\ippe le système nerveux, le sont profondément. Un alcoolique engendrera plutôt un maniaque qu'un pied-bot; mais un sypiiililique pourra très-bien engendrer un rachitique, lequel deviendra éventuellement difforme; il faut, en effet, dans les questions d'hérédité, considérer l'âge d'apparition. Le peu d'influence du système nerveux sur la production des malformations se montre d'ailleurs dans ce fait que la progéniture des individus frappés d'aliénation mentale, de syphilis cérébrale, d'alcoolisme, etc., offrira plutôt des formes épileptiques ou maniaques que des lésions de torme ou de situation du squelette ou des viscères. Cependant on cite un certain nombre de cas où l'hérédité semble jouer un rôle, et Lannelongue a pu en réunir onze. Certaines malformations, la polydactylie, les amputations congénitales, la gueule-de-loup, le bec-delièvre pai^aissent plus héréditaires que d'autres.
Les dysmorphies légères qui ont pu se produire à une époque voisine de la naissance semblent également mieux transmissibles. Je dois dire ici que pendant près de trente années consacrées à l'élude des dysmorphies, je n'ai pas rencontré un seul cas de mallbrmation qui fût manifestement et directement héiéditaire. On le comprend, du reste, si l'on réfléchit que les facteurs du jeune être ne sont pas seulement ses parents directs, mais ses ascendants, en sorte que dans le phénomène général de la production d'un être organisé, il semblei ait que les ancêtres pussent neutraliser les effets de l'hérédité immédiate, Lucas a même cru devoir établir dans son traité de l'hérédité une sorte d'antagonisme entre l'hérédité et l'atavisme; mais on voit aisément qu'il s'agit ici du même ordre d'influences, les unes médiates, les autres immédiates. J'en ai parlé explicitement dans l'article Atavisme.
Le docteur E. Martin, dans sa savante Histoire des monstres, a consacré un chapitre à cette question de l'hérédité qu'il résout affirmativement, mais lorsqu'il cherche à mesurer l'intensité de son action, on est frappé de voir qu'il en est réduit à l'albinisme, au bec-de-lièvre, au sexdigilisme et quelquefois à l'ectromélie. Pans un écrit posthume dont on ignore la date exacte, publié par la Revue d'anthropologie, mais qui avait été écrit par le Dictionnaire (avril 1882) et intitulé ISote sur les ectroméliens. Broca a divisé cette famille de monstres en trois genres : le genre phocomèle caractérisé par l'avortemeiit de la partie supérieure du membre; le genre hémimèle, avorlement de la partie intérieure du menibre et le genre ectromèle, avortement complet (êxtûow, je fais avorter) (/[AsXoç, membre).
Les ectroméliens sont ainsi que le fait remarquer Broca; parfaitement viables, ils possèdent souvent une constitution robuste, ils sont doués de fécondité et peuvent parvenir à une vieillesse avancée. Mais si l'on considère les ectroméliens dans le règne animal tout entier, au lieu de s'en tenir au genre himiain, on voit qu'au delà de la période d'allaitement, la mort frappe l'animal qui ne peut pourvoir à sa subsistance, tandis que dans la société civilisé î, tout au moins, il y est pourvu par la famille ou par la communauté. Et cependant l'ectromélie
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humaine, qui laisse vivre l'individu, est liée à des désordres plus profonds que la symélie, simple soudure de deux membres, qui a cependant pour conséquence de rendre la vie impossible quand elle frappe le membre abdominal, |)nisqu'elle a pour effet, l'arrêt de développement de la re'gion perinéale et des organes CTénito-urinaires. On devra donc considérer l'ectromélie comme une transition entre les véritables monstruosités et les simples vices de conformation, amsi que le pensait Isidore Geoffroy-Saint-Ililaire.
L'ectrodaclylie ou avortement des orteils ou des doigts, est une forme légère d'ectromélie, qui ne doit en être séparée que par convention. L'hémimélie, caractérisée par l'avortement du segment inférieur du membre, vient ensuite par gradation jusqu'cà l'ectromèle complet.
L'aptitude remarquable des eclroméliens sans bras ou sans mains à transformer leurs pieds en organes de préhension et à s'en servir pour manier la plume, l'aiguille ou le pinceau, a vivement frappé Broca. « Le peintre Ketel, cité par Camper, dit-il, peignait avec le pied, et tout le monde connaît l'histoire du peintre Ducornet, surnommé né-sans-bras, qui est mort il y a quelques années après avoir acquis un rang distingué parmi les artistes pariNiens. Ces faits, dûment constatés, permettent d'accepter comme parfaitement authentique, l'histoire de Thomas Scheicker, célèbre ectromèle du dix-septième siècle qui, venu au monde sans membres thoraciques, taillait sa plume, écrivait, dessinait et sculptait avec le pied. J'ai présenté, à la Société anatomique, un individu plus curieux encore : hémimèle des trois membres, Ledgewood n'avait d'autre organe de préhension qu'un membre inférieur terminé par quatre orteils. Ce membre unique avait acquis une telle souplesse, que Ledgewood pouvait s'en servir pour se gratter la tète. Il s'habillait lui-même, se rasait, écrivait, chargeait et tirait un pistolet, ramassait une épingle sur un parquet, et, chose à peine crovable, plaçait un fil entre ses lèvres, il enfilait une aiguille sans le secours de personne. )) {Bull, de la Soc. anal., 1852.)
Broca termine son travail, qui avait été rédigé pour ce Dictionnaire même, par quelques considérations sur l'hérédité des ectroméliens. L'ectromélie des membres thoraciques ne porte aucune atteinte au développement des organes reproducteurs, mais celle des membres abdominaux, complète ou presque complète, s'accompagne à l'ordinaire d'un arrêt dans le développement des testicules qui restent inclus et stériles. Mais pour être stériles, ils ne sont pas impuissants, et un célèbre phocomèle de quatre membres, cryptorchide, qui mourut à Bicêtre en l'an XI, et dont l'histoire a été rapportée par M. Debove dans le tome VI des Mémoires de la Société de chirugie, aimait à raconter ses bonnes fortunes et fut traité par Hébrard pour des affections vénériennes. Lorsqu'un seul membre abdominal est arrêté, la descente des testicules s'opère- régulièrement. Ledgewood, cité plus haut, se maria et donna naissance à des enfants bien conformés.
L'ectrodactylie peut être héréditaire. Mais il n'existe, chez l'homme, aucun exemple d'hérédité de l'ectromélie. Isidore Geoffroy-Sain t-Hilaire rapporte un fait d'hérédité chez une chienne ectromèle qui eut successivement plusieurs petits atteints de la même malformation. Il rapporte aussi le cas d'une chienne bien conformée qui donna plusieurs portées de chiens ectromèles. Broca conclut d'ailleurs en disant que la tendance à transmettre les anomalies est d'autant plus faible que les dilformilés sont plus graves.
Les doctrines transformistes se sont emparées des monstruosités et même des
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maKormations, et ont cherché à établir que dans les dysmoiphies il s'agissait souvent d'anomalies de réversion. A propos des hommes velus, père et fils, qui ont été produits au public en 1873, M. Pozzi a dit à la Société d'anlhropologie (2 oct. 1873) : « Je ne crois pas que dans les cas signalés ici, on puisse voir un fait d'hérédité. Le mot propre, même suivant la théorie darwinienne, serait réversion, et il n'est, dès lors, nullement besoin de supposer la rencontre de deux progéniteurs spéciaux. Des faits analogues attribués par le transformisme à la réversion et rangés généralement parmi les faits tératologiques, sont trèsfréquents, non-seulement pour le tégument externe, mais aussi pour les systèmes osseux et musculaire, les viscères, etc. Il y a, dans une pareille interprétation, une tendance excessive, et les faits de cet ordre ne me paraissent guère prouver autre chose que l'unité générale de type du règne animal, en vertu de laquelle les déviations d'un type spécifique se font de préférence dans la direction d'un centre-type plus ou moins éloigné. Il faut savoir, en effet, que ce retour est loin de nous rapprocher toujours de nos voisins immédiats ; il est extrêmement fréquent d'observer des ressemblances tout à fait inattendues, et dont on doit rechercher les termes de comparaison très-bas dans la série des vertébrés ; c'est ainsi que par les anomalies musculaires dont je me suis plus particulièrement occupé, on constate des retours vers les chéiroptères, vers les marsupiaux, w
Darwin, dont les ouvrages sont remarquables par le nombre énorme de faits accumulés sans critique à l'appui de ses doctrines, dit. dans son traité De la variation des aniinaux et des plantes, trad. franc., t. II, p. 25, « que l'on pourrait dresser une longue liste de cas des monstruosités héréditaires des plus importantes et des plus diverses chez les plantes, sans que nous ayons aucune raison de les attribuer à des lésions directes de la graine ou de l'embryon ; « mais cette liste, on se demande comment, avec sa prodigieuse érudition, il ne l'a pas dressée. Il cite, dans le genre humain, un cas de transmission, pendant im siècle dans la même famille, d'un bec-de-lièvre avec fissure du palais, d'après Sproude [British médical Journal, avril 1860) ; et plusieurs cas, d'ailleurs bien connus de polydactylie. Le même auteur rapporte comme héréditaires un grand nombre de difformités de l'œil et notamment les paupières pendantes, l'hypométropie, le strabisme; mais ce sont là de très-légères déformations qui touchent à la pathologie habituelle.
Il est d'ailleurs très-curieux de constater que la surdi-mutité est rarement héréditaire, et que sur cent quarante-huit enfants présents à l'Institut des sourdsmuets de Londres, pas un ne provenait de parents semblablement affectés.
Quelques auteurs ont cru pouvoir considérer comme caractères de réversion un certain Eombre d'anomalies dentaires qui tendaient à rapprocher certaines races des espèces animales et à constituer les degrés d'une échelle de perfectionnement. Selon Magitot, les caractères incriminés, sont : le volume des dents, la présence d'un cinquième tubercule aux molaires supérieures, l'existence d'une cinquième racine à la dent de sagesse inférieure, la bifidité de la racine de la canine inférieure, le diastème, etc. Ces caractères se retrouveraient dans les races contemporaines occidentales, dans les mêmes proportions que dans les races fossiles. « Si, en effet, dit-il, les vestiges fossiles humains nous ont offert certaines anomalies des races plus récentes, le sont présentées à un degré analogue. » Quant à la tératogénie des anomalies dentaires, le mêm^e auteur les rapporte tantôt à une déviation primordiale des maxillaires, à une déformation de la face
à l'existence de rapport anoraïaux entre cette région et le crâne, tantôt des perturbations accidentelles ou pathologiques des dents caduques qui ont retenti au sein du follicule sous-jacent. Quant aux anomalies de siège, Magilot les attribue à la migration d'un follicule aux dépens du cordon épilhélial spiroïde primitif ou à des perturbations de soudure de différentes fentes branchiales. Quant aux anoiniiiies de nombre et notamment aux dents surnuméraires, si fréquentes dans le genre humain, il faut y voir la persistance d'un état embryonnaire des follicules, qui consiste dans la persistance des bourgeons décrits par KoUiker, qui se développent en nombre égal à celui des dents sur la lame épilhéliale, et qui, dans l'état normal, se résorbent et disparaissent. Si nous voulons maintenant expliquer la production d'une anomalie dans l'époque de l'éruption ou anomalie de développement, il nous suffira d'invoquer la variabilité extrême que présentent -à cet égard, dans la série animale, les différentes espèces depuis celles qui, ainsi que certains cétacés perdent leurs dents caduques pendant la vie intra-utérine jusqu'à celles chez lesquelles la première dentition persiste longtemps après le premier âge. Les faits de chute précoce ou tardive des dents de lait deviennent ainsi chez l'homme, en se plaçant au point de vue de la série, abstraction faite de toute généalogie, des phénomènes nouveaux de réversion. [Anomalies du sydème dentaire, 1880.)
Cari Vogt, dans sen mémoire Sur les microcéphales ou hommes-singes, a hardiment rapporté les arrêts de développement à une réversion de caractères ancètraux, et il y a vu une preuve de l'origine simienne de l'homme. Darwin s'emparant de cette hypothèse, a ajouté à ces caractères de réversion les mamelles supplémentaires des femmes et la polydactylie. Mais il déclare, dans son ouvrage sur les ancêtres de l'homme [Descent ofman, t. Il, p. 125), que les arguments qui lui ont été opposés par Preyer et par Gegenbauer lui ont fait renoncer à cette vue.
Toutefois, dans le môme ouvrage, et notamment dans le chapitre iv sur les procédés du développement de l'homme de quelque forme organique inférieure (p. 107), il n'hésite pas à considérer les arrêts de développement comme des phénomènes de réversion : il cite notamment l'utérus bifide ou double, la persistance de la suture de l'os molaire et de la frontale. Ce sont de bien mesquines données. Plus faible encore sont les faits entassés par Isidore Geoffroy-Sain t- Ililaire dans son Histoire des anomalies (t. Ill, p. 457.)
On peut rapprocher de cet essai d'explication de formation de types nouveaux la prétendue transmission héréditaire des mutilations ou d'altérations pathologiques. Godrin a l'un des premiers noté que, de temps immémorial, certaines races humaines ont pratiqué des mutilations variées sans que leur descendance ait été modifiée. Crânes déformés en tous sens, dents arracliées, doigts amputés, oreilles, nez, bouche perforés en toute direction, prépuce coupé, pieds luxés, tatouages, etc., rien ne laisse de trace dans la descendance. Ce qui peut en laisser, ce sont les conditions pathologiques qui peuvent survenir à la suite des mutilations, Tépilcpsie par exemple. La Société d'anthropologie a consacré une discussion à l'étude de cette question, et l'hérédité des anomalies acquises n'a guère compté qu'un seul défenseur. Toutefois M. Brown-Séquard a récemment produit devant l'Académie des sciences (15 mars 1882), une longue liste de manifestations héréditaires ayant pour point de départ des lésions accidentelles expérimentales, chez les ascendants. Nous relevons sur cette liste un changement particulier de la forme de l'oreille et une occlusion des paupières chez
les descendants d'individus ayant eu les mêmes effets à la suite de la section du grand symphatiquececvical; l'absence de phalanges et d'orteils entiers à l'une des pattes postérieures chez les individus dont les ascendants avaient perdu leur orteil à la suite de la section du nerf sciafique. Ces faits, exclusivement observés chez les cobayes, demandent confirmation. Si on les rapproche de la non-transmission parfaitement étaldie des anomalies accidentelles chez les terriers, à qui l'on coupe la queue et les oreilles, et chez les hommes blessés ou amputés, on doit penser que le cochon d'Inde constitue une notable exception chez les êtres
organises.
La fréquence relative des difformités et malformations ressort nettement d'un tableau du à M. Lediberder et rapporté dans la thèse d'agrégation de Lannelongue, citée plus haut. Sur 15229 naissances observées à la Maternité de Paris en dix années, (1858-18C7) on a constaté 8 pieds-bots, 4 spina-bifida, 8 becsde-lièvre, 77 hernies ombilicales, 3 hydrocéphales, 2 anencéphales, 1 imperforation de l'anus, 12 hypospodias, 1 exstrophie de la vessie, 2 encéphalocèles; si l'on met à part la hernie ombilicale qui est plutôt en relard qu'un arrêt de l'évolution, il ne reste que 41 malformations sur phis de 15 000 naissances.
A l'institution orthopédique de Londres, M. Lonsdale a relevé, en juin 1849, 7535 cas qui avaient été reçus depuis la fondation. Sur ce nombre on comptait :
Cas.
Varus talipes affectant un ou deux pied? 585
Équin 226
Valgus ou pied plat 151
Varus équin 112
Valgns équin 40
Variétés combinés de pied bot 56
Malformation des doigts ou des orteils 16
Le reste était composé de difformités acquises ou déformations (Little, Deformities of Himian Frame. Londres, 1855.)
La répartition géographique de ces malformations a été figurée par A. Cherviii dans son Essai de géographie médicale. « A l'égard du bec-de-lièvre, il est extrêmement curieux, dit cet auteur, de voir que cette difformité est absolument localisée répondant, pour généraliser le groupement, à la Normandie, au Maine, à l'Anjou, à la Touraine, à l'Orléanais et la Champagne. Elles atteignent, dans ces régions, une proportion de 1 à 2 pour 100. Elles sont, en un mot, beaucoup plus fréquentes dans le Nord que dansle Sud, dans l'Ouest que dans l'Est. »
Pendant vingt années le Tarn-et-Garonne n"a pas offert un seul cas de cette malformation. La Dordogne ouvre la série avec 1 sur 10 000 et les Ardennes la ferment avec 25,9 sur le même nombre de conscrits examinés.
Les pieds-bots ne présentent pas cette régularité approximative de distribution. Les deux Charenles offrent 5 pour 100 d'exemptés pour celte cause, la Vienne et la Haute-Vienne pins de 5 pour 100, tandis que les Deux-Sèvres et la Dordogne n'en présentent que 5 pour 100 à peine. Les départements les plus maltraités sont la Nièvre avec pins de 6 pour 100 et le Cher avec plus de 7 pour 100. Les régions alpines, la Haute-Savoie, la Savoie, les Hautes et les Basses-Alpes fournissent une moyenne de 5 pour 100. E. Dally.
Bibliographie. — Dareste. Recherches sur la production artificielle des monstruosités ou essais de tératogénie expi'rimentale. Paris, 1877. — W.-J. Little. On the Nature and Treatment of Deformities of Jluman Frame. — A. Ciiervix. Essai de géographie médicale de la
DIFFUSIBLES. 317
France d'après les infirmilcs constatées chez les conscrits. Paris, 1880. — Lanj,elo\gue. Du pied-hot congénital. Paris, 1869. — Darwin. The Descent of Mnn (Ouvraf^e traduit ea français sons le lilre inexact : La descendance de l'homme au lieu de l'ascendance de l'homme. London, 1871. — J. Gervin. OEuvres l---^ livraison. Paiis, 1880. — Thorens. Le pied-bot variis congénital. Thèse de Paris, 1877.. — E. Martin. Histoire de monstres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Paris, 1880. — Bull, de la Soc. d'anthropologie, 1875. Mém. de P. Bekt, Broca, 1874; Broca, Dabeste et passim. — Gouoemont (A.). Cous idc'r allons sur les causes générales des déformations. Tlièses de Paris, 1876. — Baudry. Traitement de la scoliose. TJièse d'agrég. Paris, 1885. — Dareste. Mém. sur les anomalies des membres et sur le rôle de l'amnios dans leur production, lajourn. de Robin et Pouchet, 1882.
DlFFRACTlo:x. Voy. Optique, p. 587.
DIFFI'SIBLES. DiFFtfSiFS. Ou appelle indifféremment diffusibles ou diffusifs des substances médicamenteuses plus ou moins volatiles qui, en raison de la rapidité de leur absorption, se répandent et font sentir leur action presque instantanément dans toute l'économie. Ce sont les ëtliers, les huiles volatiles, l'alcool, et en général les substances très-odorantes. La plupart sont naturellement liquides, ou s'administrent sous forme de préparations liquides, comme les infusions de plantes aromatiques. D'autres sont solides et peuvent être prises seulement sous cette forme, comme le camphre, mais alors leur action est moins rapide. Des premières comme des secondes on se borne souvent à faire respirer les vapeurs : c'est ce qui a lieu surtout pour l'ammoniaque, l'éther, le chloroforme.
De ces substances volatiles et promptes à pénétrer dans le torrent respiratoire, on a coutume de rapprocher les cordiaux, c'est-à-dire les médicaments qui ont la propriété d'exciter les nerfs du cœur et de l'estomac, et par là de ranimer la circulation et de relever les forces. Cette assimilation est contestable. Si les cordiaux, en effet, sont ordinairement composés de stimulants diffusibles, leur action propre n'est pas celle qui peut résulter de la diffusion des médicaments, mais bien celle qu'ils exercent tout d'abord sur le département nerveux gastrocardiaque ; et ceux mêmes qui rangent les cordiaux parmi les diffusibles comptent au nombre des premiers les aliments de haut goût, les épices, le vin de quinquina, dont il est évident que l'action de diffusion proprement dite, résultant du passage dans le torrent circulatoire, est tout à fait secondaire. Ce sont des excitants, des toniques, des névrosthéniques primitivement locaux, mais qui étendent ensuite, à la fois par irradiation nerveuse et par diffusion, leur action à l'ensemble du système nerveux.
A mon sens, les médicaments agissant de la manière qui vient d'être indiquée seraient les diffusifs, et les substances devant la rapidité de leur action à celle de leur absorption seraient les diffusibles.
Les médicaments diffusifs ou diffusibles sont le plus ordinairement excitants: mais on voit, par les exemples ci-dessus rappelés, qu'ils ne le sont pas toujours et qu'ils peuvent même être sédatifs ou hypnotisants. Il serait donc difficile, à moms d'aborder des sujets très-divers et d'entrer dans de longs détails, de tracer les indications de leur emploi. On y a recours piincipalement quand il importe de soutenir les forces, de les raminer promptement, de faire cesser un accident nerveux comme une convulsion ou un tremblement des membres, de produire i'auesthésie, etc. Mais ils entrent aussi, et largement, dans le traitement régulier et continu de nombre de maladies. Inutile de rappeler les services que
rendent chaque jour le camphre, le musc, la valériane, Vasa-fœtida, les boissons chaudes alcoolisées, etc. Une définition critique de la classe des substances médicamenteuses dont il s'agit ici me paraît suffire. D.
DIFFUSION. On donne le nom de diffusion aux phénomènes qui se manifestent au contact de deux liquides ou de deux gaz, et même de certains solides, placés dans des conditions données.
§ I. Dllfusîon des liquides. Quand OU met cu contact dans un vase deux liquides de densité différente, susceptibles de former un mélange permanent, ils se pénétrent peu à peu et finalement constituent le mélange en question. Prenons une épiouvette remplie aux deux tiers ou aux trois quarts de sa capacité de liqueur de tournesol et à l'aide d'un entonnoir très-long introduisons avec précaution au fond de l'éprouvette une certaine quantité d'acide sulfurique; celui-ci formera au fond de l'éprouvette une couche, distincte au début, mais peu après au contact des deux liquides se développe une coloration rouge dont les progrès de bas en haut indiquent les progrès du mélange, et quelques jours plus tard celui-ci sera complet et la coloration rouge aura gagné de proche en proche toutes les couches du liquide. Cette pénétration graduelle des molécules de l'un des liquides entre les molécules de l'autre, contrairement à l'action de la pesanteur, constitue la diffusion ?noléculaire.
Graham, dans ses expériences sur la diffusion, se servait d'un grand vase plein d'eau pure dans lequel il plaçait une petite fiole renfermant la solution saline qu'il voulait expérimenter et exactement fermée par une plaque de verre; la plaque était enlevée ensuite avec précaution, de manière à mettre la solution saline en contact avec l'eau pure sans agiter sensiblement les liquides, puis on abandonnait l'appareil en repos pendant plusieurs jours, à une température constante; après quoi on remettait sur le col de la fiole la plaque de verre et l'on retirait la fiole du vase où elle était immergée. En vaporisant l'eau de ce vase et en pesant le résidu salin, on avait la mesure de la diffusion,
Ce procédé, connu sous le nom de diffusion à la fiole, fut remplacé dans les expériences ultérieures de Graham par un autre procédé dit diffusion à la jarre; nous en empruntons la description à Allen-Miller, traduit par l'abbé Moigno. « Une jarre cylindrique, haute de 15 centimètres et large de 10, reçoit d'abord 0,7 litres d'eau distillée; on introduit ensuite au fond du vase, à l'aide d'une pipette terminée par un tube capillaire très-fin, 0,1 litre de la solution donnée, en évitant les mouvements brusques, de manière à former de cette solution une couche inférieure, et l'on abandonne l'appareil, pendant quelques jours, à une température constante. Au bout de ce temps, on vérifie la diffusion en retirant de la jarre des couches successives de liquide, au moyen d'un siphon d'un petit diamètre : à cet effet, on a soin de ne faire plonger la petite branche du siphon que dans la couche superficielle du liquide et de n'en extraire successivement que des quantités de 50 centimètres cubes, qu'on recueille dans des vases séparés, pour les soumettre à l'analyse. On obtient ainsi la mesure de la diffusion dans chaque couche successive du liquide. »
Par ce procédé Graham a fait voir que les couches d'eau qui sont en contact avec la dissolution saline employée sont toujours plus riches que les couches plus éloignées; en se servant par exemple de 100 grammes d'une solution de sel marin au 1/10, ce chimiste a trouvé dans les diverses couches :