‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.29Chapitre 34 sur 83 · L. Hs · texte numérisé non relu

L. Hs

§11. Thérapeutique, l. Pharmacoç/mpliie. C'est en 1844 seulement que llomolle et Quévenne sont parvenus à séparer d^ la digitale un principe actif auquel ils ont donné le nom assez impropre de digitaline. La Société de pharmacie de Paris, qui avait mis au concours la découverte d'un procédé pouvant conduire à l'extraction de ce principe, leur attribua le prix. Expérimentée, dès 1 s premiers jours, par Bouchardat etSandras, puis par Martin-Solon {Répertoire (le pharmacie e[ Journal de pharmacie, 1845), cette substance nouvelle révéla le double fait de sa toxicité extrême et de son analogie d'action avec la plante qui la fournit. Bouillaud, Andral, Corvisart, Hervieux, etc., ne tardù^rent pas à confirmer ces premières données; la digitaline prit bientôt une très-grande vogue el elle s'est presque substituée à la digitale dont la fortune thérapeutique a singulièrement baissé depuis trente ans. Mais l'analyse de la digit.de ne pouvait s'arrêter à la découverte de la digitaline et elle dépassa bientôt ce terme. On reconnut que ce glycosids n'était pas le seul de la digitale et qu'il élait associé dans cette plante à d'autres principes de même nature et dont quelques-uns, tels que la digiloxine, peuvent revendiquer certainement une part dans les effets produits par la digitale. D'un autre côté, l'activité de la digitaline préparée par le procédé de ll()molle et Quévenne ne tarda pas à être reconnue assez instable, et l'on en conclut que ce n'était pas un produit nettement défini et absolument pur. En i86i, l'Académie de médecine avait mis au concours, comme sujet du prix Orfila, une étude sur l'Examen chimique et foxicologique de la digitaline. Huit ans après, en 1872, elle attribua ce prix à iNativelle, qui était parvenu le premier à obtenir la digitaline cristallisée. Dejmis cette époque, la digitaline est devenue l'un de nos médicaments les plus usuels et les plus actifs. Entin, un procès criminel célèbre a jeté sur la digitaline un intérêt particulier et a soulevé des discussions médico-légales de la plus haute importance et sur lesquelles nous reviendrons à la fin de cet article.

Le procédé employé primitivement par Homolle el Quévenne pour l'extraction de la digitaline consiste à traiter de la poudre de ftuilles grossièrement pulvérisée et humectée par de l'eau froide, dans un appareil à déplacement, garni à sa douille de coton cardé; on précipite le maceratum par du sous-acétate de plomb; on filtre et on traite par le carbonate de soude, puis, ajirès Idtration par le tannin en excès, on recueille le précipité, on le mélange avec le cinquième

■iiO DIGITALINE (thérapeutique).

(le son poids de lilharge; on traite la pâte par l'alcool concentré, on décolore le solnté alcoolique par le charbon animal et on recueille une masse granuleuse qui, purifiée par raclion de l'eau dislillée et de l'alcool, forme de la digitaline que l'on tr.iite enfin par l'éllier concentié bouillant pour la débarrasser de traces de matière inerte et de principe colorant.

Plus tard, HomoUe et Quévenne proposèrent de remplacer ce procédé, qui est long et compliqué, par l'emploi de la benzine rectifiée, puis du chloroforme.

Ils obtinrent ainsi une substance amorphe, blanche, peu soluble dans l'eau froide, plus soluble dans l'eau bouillante, très-soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'éther, d'une amertume très-forte, sternulatoire, se colorant en vert par l'acide chlorhydiique. Telle a été la digitaline qui, jusqu'en 1871 , a été employée en médecine. A cette époque, le prix Orfila fut attribué à Nativelle, qui était parvenu à obtenir, à l'état ci istallisé, le principe actif de la digitale. Suivant lui, la digitaline cristallisée se trouve dans le résidu du traitement par l'eau, tandis que le macéré aqueux de digitale contient un produit amorphe et très-amer qui serait non pas la digitaline, mais la digituléine. La digitaline cristallisée de Nativelle, essayée par Gubler, Marotte, Vulpian, s'est montrée beaucoup plus îictive que la digitaliiie amorphe de Homolle et Quévenne. Marotte l'a vue produire des accidents sérieux à la dose de 3 milligrammes, et il estime qu'elle 4oit être prescrite par fractions de milligrammes variant de i/4 à 5/4 [Rapp. de M. Bulgnet sur le prix Orfila, m Bullet. de VAcad. de méd., 1871). Blaquart, considérant la digilaline du commerce comme formée par le mélange de deux digitalines, l'une amorphe, l'autre cristallisée, s'est proposé de séparer celle-ci par des traitements successifs par l'eau bouillante, l'alcool, l'éiber, et il a obtenu un produit cristallisé ne différant en rien de la digitaline de Nativelle. H estime cependant qu'elle est plus active (Cli. Blaquart. Étude critique sur la digitaline au point de vue chimique et physiologique. Paris, 1872). Ajoutons que la digitaline allemande, ou de Merck, que caractérise sa grande sohdjilité dans l'eau, est retirée non pas des feuilles, mais des semences de la digitale. Lefort a pensé que la digitaline soluble n'est que le produit d'une transformation de la digilaline insoluble.

En réalité, nous avons au moins en ce moment quatre digitalines : 1° la digitaline primitive amorphe de Homolle et Quévenne; 2" leur seconde digitaline ou digitaline cristallisée de Nativelle; 3° la digitaline cristallisée de Blaquart; ¥ la digitaline soluble de Merck. C'est beaucoup, et je dirai volontiers c'est trop ; ■et l'extrême activité de la digitaline cristallisée rendant son dosage très-délicat, je ne vois pas qu'il y ait avantage à la substituer à la digitaline primitive de Homolle et Quévenne, dont l'activité, 100 fois plus grande que celle de la même dose de pondre, offre d'ailleurs toutes les facilités d'administration. S'il élait démontré cliniquement que la digitaline cristallisée est d'action plus constante que la digilaline amorphe, ce serait sans doute une raison décisive pour la choisn", mais jusqu'ici la preuve de cette supériorité n'est pas faite. Au reste, la question reste encore entière. Examinée à l'Académie de Bruxelles, en 1874, elle a été jugée autrement que ne l'avait fait le rapport Buignet. La commission nommée à l'effet d'apprécier la valeur comparative de la digitaline cristallisée et de la digitaline amorphe a fait remarquer que la première était retirée des principes de la digitale insolubles dans l'eau et que. l'observation clinique ayant reconnu que l'infusion ou la macération de la poudre de feuilles de digitale sont les meilleures préparations de ce médicament, il est permis de penser que l'ac-

DIGITALIISE (thérapeutique). 4M

lion de la digitaline cristallisée s'écarte sensiblement de celle de la digitale dont elle est considérée comme la quintescence. D'ailleurs l'expérimentation comparative des deux digit;ilines a montré entre leurs effets physiologiques des différences sensibles {Bullet. de V Académie royale de médecine de Belgique, 1874). La conclusion formulée par la Commission et adoptée par l'Académie de Bruxelles : que, dans l'état de nos connaissances, la digitaline amorphe de Ilomolle et Quévenne est celle qui mérite la préféi'ence, me paraît absolument justifiée.

II. Physiologie. Les développements étendus dans lesquels je suis entré à propos de l'action physiologique de la digitale me permetlroLt de passer rapidement sur ceux de la digitaline. Il doit sans doute y avoir quelques différences, à ce point de vue, entre la digitaline et la digitale, puisque celle-ci contient, indépendamment de ce glycoside, d'autres principes dont quelques-uns sont réellement actifs, mais l'analyse clinique n'a pas jusqu'ici déterminé la nature de ces différences. H faudrait faire pour la digitale ce que j'indiquais à propos de l'opium : étudier séparément chacun des principes actifs de cette plante au point de vue physiologique, puis les réunir deux à deux, trois à trois, pour créer ainsi autant de digitales artificielles auxquelles manqueraient un nombre plus ou moins grand de leurs principes, les expérimenter, comparer leurs effets à ceux de chaque principe isolé et à ceux de la digitale entière. Alors seulement l'étude physiologique de ce beau médicament serait complète. Mais quelle complexité dans ces études, et combien délicate serait une pareille analyse clinique!

L'action locale de la digitaline est acre et initante, comme l'est celle de la digitale; on la croit moins diurétique que celle-ci; elle semble diminuer la sueur (Gubler), tandis que cette sécrétion n'est pas intluencée par la digitule; elle est sternutatoire à un degré plus marqué; la façon dont elle agit sur le cœur ne diffère en rien de l'action de la digitale; comme elle, il faut un temps assez long à la digitaline pour ralentir le pouls, mais cet effet se prolonge après l'administralion de cette substance; comme elle aussi elle accélère primitivement le pouls avant de le ralentir et produit, à doses toxiques,* une rapidité assez grande du pouls, qui offre en même temps un caractère intermittent; son action sur le tube digestif s'accuse également par des vomissements tenaces et quelquefois par la diarrhée; elle produit de même des troubles cérébraux et sensoriels; elle abaisse la température, etc. En d'autres termes, il serait impossible, en présence d'un empoisonnement par la digitale ou par la digitaline, de reconnaître, par les particularités de la maladie toxique, quelle est celle de ces deux substances à laquelle les accidents doivent être imputés. Des nuances d'action physiologique et toxique existent sans doute, mais elles sont, quant à présent, indéterminables. On n'a, pour s'en convaincre, qu'à rapprocher le tableau qui a été tracé de l'action physiologique de la digitale et de celle de la digitaline par les auteurs si nombreux qui ont étudié ces deux médicaments, et on se convaincra bien vite, comme je l'ai fait, que toute différenciation clinique ou toxique entre eux est absolument impossible.

III. Applications. Le cadre des maladies auxquelles on opposait la digitale avant la découverte de la digitaline se confond avec celui des applications de ce dernier médicament. 11 n'a pas une indication qui lui appartienne en propre, et nous ne nous sentons pas le courage de reprendre faslidieusemcnt la longue énumération des cas dans lesquels la digitale est employée avec succès, à savoir : palpitations nerveuses du cœur, palpitations organiques, spermalorrhée, maladies mentales avec excitation (Otto), hémoptysies, métrorrhagies, etc.

442 DIGITALINE (toxicologie).

La digitaline est-elle donc un médicament à conserver? Je dirai plutôt que c'est un médicament à réserver pour le moment où ses propriétés spéciales, distinctes de celle de la digitale, auront été dégagées par l'expérimentation. En attendant, quelles raisons avons-nous de le préférer à la digitale? On ne peut invoquer l'avantage d'une énergie plus grande, puisque les doses de la poudre de digitale ne dépassent pas, dans les cas ordinaires, 10 à 50 centigrammes; ni d'une facilité plus grande d'administration, ni d'une activité plus régulière et plus mesurable; ce que nous venons de dire des différentes digitalines prouverait plutôt le contraiie. Je comprends très-bien que quelques auteurs récents d'ouvrages de thérapeutique aient pu se prononcer hautement pour l'emploi de la digitale à l'exclusion de la digitaline. « lîn somme, disent Nolhnngel et llossbach, nous arrivons à ce résultat vraiment surprenant que, étant enfin parvenus à obtenir à l'état de pureté les principes actifs de la digitale, nous sommes encore réduits, en altend;int, à conseiller l'usage de la plante-mère » (Nothnagel et Rossbacli. Nouveaux éléments de matière médicale et de thérapeutique, trad. Alquier, Paris, 1880, p. 690). Ainsi ferons-nous.

JV. Technique. La digitaline de Homolleet Quévenne doit être exclusivement employée. Elle se donne sous forme de granules de 1 milligramme chaque, à la dose de 1 à 4 granules qui correspond à 10 à 40 centigrammes de poudre. On peut, pour plus de sûreté, dissoudre ces granules, et j'ai l'habitude de me servir d'une dissolution de ce genre pour la préparation des potions dans lesquelles je veux faire entrer la digitaline. Les précautions à observer dans l'emploi un peu prolongé de la digitaline sont celles que j'ai indiquées plus haut à propos de la digitale.

Uno seule raison pourrait, dans l'état actuel de nos connaissances, faire préférer la digitaline à la digitale, ce serait la possibilité d'introduire la première par voie d'injection hypodermique pour rendre l'action du médicament plus sûre et plus prompte, et aussi dans les circonstances très-raies où l'emploi de la digitale par la bouche serait impraticable. Mais encore faut-il riconnaîlie que la digitaline est très-m;d supportée par le tissu cellulaire, soit à raison de son action irritante, soit à cause des dissolvants qu'on emploie. Luton l'a vue, à la dose de 1 demi-milligramme, produire une vive douleur et amener un eschare au niveau de la piqûre; quelquefois un érysipèle se déclare à la suite de 1 injection. Si l'on croyait devoir courir ces chances, il conviendrait de choisir la formule suivante :

gramme?.

Digitaline d'ilomnllc et Quévenne 0,10

Alcool 23,00

Eau 23,00

Chaque demi-seringue (ou 10 gouttes) répond à 1 milligramme de digitaline. La dose est de 10 à '20 gouttes (Bourneville et Bricon, Manuel des injections sous- cutanées. Paris, 1885, p. 65).

§ III. Toxicologie. I. Toxicologie médicale. L'histoire toxieologique de la digitaliî n'est encore que simplement ébauchée ; en elfet, les empoisonnements de cette nature sont très-rares. Je n'en connais que trois exemples : l'un se rapporte à une tentative de suicide ; le second à une exagération, par in)prudence, des doses de cette substance; le troisième au procès criminel qui a eu en 1865 un si douloureux i^etenti>sement.

DIGITALINE (toxicologie). 4i5

Le docteur Duhuc a été appelé à donner ses soins à un malheureux qui, voulant se suicider, avala d'un coup 40 à 50 granules de digitaline, soit 4 à 5 centigrammes de cette substance. Il y eut perle de connaissance immédiate ; quand le malade revint à lui il accusa une soif vive, des nausées, mais sans vomissements ; ceux-ci furent vainement sollicilés par l'emploi de l'ipéca et de l'émétique, et l'estomac ne se souleva que par l'attouchement du voile du palais ; il y avait de l'abattement, de l'algidité, des crampes ; le pouls irrégulier, intermittent, était descendu à 60 battements ; la respiration était fréquente, incomplète. La circulation se ralentit progressivement; le pouls ne battait plus que 40. Sous l'induence du café à baute dose, cet appareil de symptômes s'atténua peu à peu, et au bout dequelques jours la santé était rentrée dans ses conditions habituelles [Gaz. des liôpit., 1865).

Magnin (de Bougival) a observé un cas d'empoisonnement accidentel, chez une femme de soixante-douze ans, par une pincée de granules de digitaline. Peu après : anxiété précordiale, sueurs froides, nausées, cardialgie ; les vomissements ne survinrent qu'au bout de six heures, mais une fois établis ils se renouvelèrent avec une grande opiniâtreté ; la face était pâle, il y avait une diurèse abondante; des crampes douloureuses se montraient aux pieds, aux mollets et aux cuisses; le pouls primitivement accéléré, à 104, ne descendit pas au-dessous de 72. Au bout de trois jours, sauf une faiblesse très-grande, on pouvait considérer les symptômes d'empoisonnement comme disparus. Le traitement avait consisté uniquement dans l'emploi du café. La dose de granules avait été de 15 seulement.

Si on rapproche ces faits de ceux q\ie j'ai rapportés plus haut à propos de la toxicologie de la digitale, on constate, en tenant compte surtout de la variabilité des actions toxiques, qu'il n'y a pas do dillérences notables qui puissent caractériser l'un et l'autre de ces deux empoisonnements.

La conduite à tenir est, en tout cas, la même ; le vomissement immédiat quand on est a[)pelé à temps, l'emploi du café, des injections d'éther, tous les moyens de stimulation cardiaque, en un mot, résument à peu près le traitement à mettre en œuvre [Gaz. Iiebd. de méd., 1874, t. XI, p. 480).

II. Toxicologie juridique. Nous confondons ici dans une même description l'empoisonnement par la digitale et par la digitaline , les moyens d'expertise médico-légale se confondant dans les deux cas.

Les tribunaux n'ont eu jusqu'ici à s'occuper que d'un seul fait d'empoisonnement par la digitaline, mais il a emprunté à la qualité professionnelle de l'inculpé, aux circonstances dans lesquelles le crime a été commis, un intérêt particulièrement émouvant. A un autre point de vue, qui est le seul que nous ayons à envisager, ce crime a fait surgir une question de haut intérêt en toxicologie légale, à savoir: la mesure du crédit qu'il faut accorder, comme preuve, en l'absence de l'impossibilité de saisir la matière du délit, à l'essai, sur les animaux, des matières que l'on suppose contenir le poison recherché. La découverte récente des ptomames, ou alcaloïdes cadavériques, a encore compliqué ce problème et rendu sa solution plus difficile.

On se rappelle les détails de cette lugubre affairç : des suspicions d'une nature très-grave s'élant élevées sur le caractère naturel de la mort de la dame de Pauw, une enquête à laquelle Ambroise Tardieu et Z. Roussin furent commis aboutit à la saisie, chez l'inculpé, entre un très-grand nombre de substances, les unes toxiques, les autres inertes., d'un flacon renfermant un reliquat de

Ul DIGITALIjNE (toxicologie).

15 centigrammes de digitaline, mais qui, d'après les factures de la droguerie où cette substance avait été prise par petites quantités à la fois, avait dû en contenir 5 granmies 50 centigrammes, dose énorme, eu égard à l'activité exirême de celte substance el qui dépasse certainement l'approvisionnement des pharmacies ordinaires. Peu avant la perpétration du crime, une quantité considérable de sublimé corrosif, d'acide cyanhydrique au quart et de chlorhydrate de morphine, avait d'ailleurs été achetée par l'inculpé, comme s'il hésitait encore sur le choix du poison qui devait servir à ses desseins. Une exhumation fut ordonnée treize jours après la mort de la victime. La recherche minutieuse d'un poison minéral n'aboutit qu'à des résultats négatifs. L'attention des experts, déjà mise en éveil par la découverte du flacon de digitaline, se porta naturellement de ce côté, et, reconnaissant l'impossibilité d'isoler ce poison végétal, ils eurent la pensée de suppléer aux recherches chimiques qui, dans ce cas, devaient demeurer absolumeiit inefficaces, par des expériences sur les animaux avec divers extraits provenant du traitement approprié, pnr l'alcool, des organes de la victime et des parties du planclier qui avaient été souillées par la matière de ses vomissementSf. « Substance toxique à la dose de quelques centigrammes, la digitaline, dit la relation médico-légale qu'ils ont faite de cet empoisonnement, ne présente aucune propriété chimique spéciale qui permette sûrement de la reconnaître et de la caractériser. Soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther, etincristallisable (la digitaline cristallisée n'était pas encore trouvée à cette époque), non volatile, dépourvue d'odeur, variable de couleur suivant sa pureté, d'une composition élémentaire très-douteuse, d'une purification aussi difficile qu'incertaine, inapte à entrer dins des combinaisons ou à produire des dédoublements caractérisés, ce produit semble créé pour déjouer les ressources de la science et prêter au criminel une arme des plus redoutables. Lors même qu'il nous eût été possible d'isoler dans un état satisfaisant de pureté quelques centigrammes de cette substance, extraite des organes ou des vomissements, en face d'un résidu amorphe, incolore, sans odeur ni réaction caractéristiques, nous n'aurions recueilli de cette extraction aucune lumière spéciale. Force eût été, pour nous éclairer, d'administrer ce produit à des animaux vivants. En effet, si la thgilaline n'offre que des réactions chimiques obscures, ses réactions physiologiques sont trèscaractéristiques; elle est l'un des principaux poisons du cœur qu'elle affecte d'une manière spéciale et qu'elle tue. Son véritable réactif n'est pas tel ou tel produit chimique, c'est le cœur d'un animal vivant » (A. Tardieu et Z. Pioussin, Relation médico-légale de Vaffaire Couty de la Pommerais. Empoisonnement par la digitaline [Ann. dliyg. puhl. et de médecine légale, 2'' série, 1804, t. XXII, p. 111]).

Enirés dans cet ordre d'idées, les experts instituèrent donc, avec les matières dans lesquelles ils soupçonnaient la présence de la digitaline, une série d'essais sur les animaux. Ils furent tout d'abord frappés des analogies qu'ils constatèrent entre les symptômes que la victime avait présentés tt ceux que les auteurs considèrent comme caractérisant l'empoisonnement par la digitale ou la digitaline. Dans une de ces expériences, faite avec un extrait fourni par la raclure du plancher dans un point oii-il avait été touché par les matières vomies, 2 grammes de cette substance furent introduits dans une incision pratiquée à la cuisse d'un chien vigoureux. Deux heures vingt minutes après, les vomissements se manifestent, le pouls se ralentit, il survient de Talgidité, de l'affaissement, et l'animal meurt dix heures après le début de l'expérience, ayant pré-

DIGITALINE (toxicologie). 4i5

sente un pouls à 40 (il était à MO au début) avec irrégularités, temps d'arrèl ; une respiration haute, précipitée et intermittente, sans troubles cérébraux aucuns. L'autopsie montra l'ctat normal de tous les organes; les ventricules du cœur étaient contractés et les oreillettes dilatées ; un sang noir, épais et coagulé en partie, en remplissait les cavités. Les autres expériences ont conduit à des résultats presque identiques. Les experts, rapprochant ces faits des circonstances qui ont accompagné la mort de la victime, mort qu'aucune cause naturelle n'a pu expliquer, ont formulé les conclusions suivantes :

ft 1° La veuve de Pauw est morte empoisonnée;

« 2" Le poison qui l'a tuée est de la nature de ceux qui, empruntés au règne végétal, peuvent ne pas laisser de traces caractéristiques dans les organes, ne pas être isolés par l'analyse chimique, mais qui révèlent leur présence par leurs effets et sont décelés par l'action meurtrière qu'ils exercent sur les corps vivants.

« 5° Nous avons retiré non-seulement des matières vomies par la veuve de Pauw sur le parquet de la chambre, mais aussi des organes soumis à l'analyse un principe toxique très-énergique, qui, expérimenté sur des animaux, a produit des effets analogues à ceux qu'à ressentis la veuve de Pauw, et les a fait périr de la même manière ;

« ¥ Ces effets et cette action ont une grande ressemblance avec ceux de la digitaline, et, sans toutefois que nous puissions l'affirmer, de fortes présomptions nous portent à croire que c'est à un empoisonnement par la digitaline qu'a succombé la veuve de Pauw;

(( 5° Cette dame n'était nullement malade avant le jour qui a précédé sa mort; les prétendues affections du cœur et de l'estomac pour lesquelles elle a tour à tour consulté divers médecins, aussi bien que les conséquences funestes qu'elle a attribuées à une chute sans gravité, sont autant de iiibles inventées par elle ou auxquelles elle s'est prêtée;

« 6" L'autopsie cadavérique a démontré de la façon la plus positive qu'elle n'était morte ni des suites de sa chute, ni d'une hémorrhagie interne, ni d'une gastro-entérite aiguë ou chronique, ni d'une perforation de l'estomac, ni d'aucune autre cause naturelle;

« 7° Parmi les objets très-nombreux et très-divers saisis au domicile de l'inculpé, nous avons signalé une quantité considérable de substances vénéneuses dont la possession ne peut se justifier par les besoins de la pratique médicale et surtout par les usages de l'exercice ou même de l'enseignement liomœopathitjues;

« 8" Parmi ces poisons, nous avons insisté sur les doses considérables de digitaline achetées et en grande partie consommées déjà par l'inculpé. »

On sait l'issue de cette cause criminelle qui aboutit à une condamnation et à une exécution capitales. Son intérêt au point de vue médico-légal résulte : i° du crédit accordé, en l'absence de la démonstration matérielle du poison, aux résultats obtenus sur des animaux mis en expérience et soumis à l'action de substances contenant la matière toxique; 2'* de la possibilité de confondre dans ces essais les effets propres de la digitaline avec ceux de plomaïnes ou d'alcaloïdes cadavéïiques, développés par le fait de la putréfaction.

Eu ce qui concerne l'essai sur les animaux ou, pour me servir d'une expression consacrée, l'emploi du réactif vivant, on ne comprend guère les objections qui ont été opposées à cette forme de preuve de l'empoisonnement par la di'j^italine, si surtout, comme Hilton, Fagge et Steventon l'ont posé en principe.

446 DIGITALINE (toxicologie).

on cherche moins à saisir h ressemblance des symptômes toxiques observés sur l'homme avec ceux que produit la matière dans laquelle est contenue la digitaline quand elle est administrée à des animaux, qu'à déterminer que les effets observés chez eux sont identiques à ceux que produisent l'inorulation ou l'ingestion directe du poison que l'on recherche. On sait en effet que chez les grenouilles le curare, la morphine, la vératrine et la théine, produisent des effets convulsivants analogues à ceux de la strychnine, tandis que chez l'homme rien de semblable n'est observé [voy. Gallard. De i empoisonnement par la strychnine, in Annales dliygiène publique et de médecine légale, t. XXIV, p. 160). Fagge et Sleventon ont, de plus, établi en règle qu'il faut expérimenter dans tous les cas sur la même espèce, afin d'obtenir des léaclions symptomatiques nettement comparables (Fagge and Steventon, On the Application of Pliysiological Tests for Certain Organic Poisons and especially Digitaline. London, 1865). Dans ces conditions, on ne saurait contester la légitimité de cette |iroposition de A. T;irdieu et Z. Roussin : que l'essai sur les animaux, sans être univoque, peut jeter sur la nature d'un empoisonnement une lumière très-utile.

L'expertise chimique n'est pas toutefois complètement désarmée en présence d'un empoisonnement par la digitaline, Grandeau a en effet démontré que la digitaline se dialyse avec une grande facilité. C'est ainsi que, si on p'ace dans le dialyseur 100 grammes d'eau contenant 1 centigramme de digitaline, celle-ci passe en entier et peut être retrouvée intégralement dans le vase extérieur. Le même expérimentateur, recherchant un réactif de la digitaline autie que l'acide chlorhydrii|ue, lequel prend avec elle une couleur verte qui n'a malheureusement rien de caractéristique, a constaté que l'acide sulfurique donne avec de trèsfaibles doses de digitaline une coloration rouge comparée par lui à celle des fleurs de digitale; expose-t-on cette digit^iline réactionnée par l'acide sulfurique aux vapeurs du brome, la couleur rouge vire au violet-mauve ou au violet-pensée. Cette coloration est encore très nette avec 5 dix-milligrammes de digitaline. On peut aussi associer la dialyse avec l'action de ce réactif^ qui n'agit pas de la même façon ni sur les alcaloïdes ni sur les glycosides toxiques [Comptes rendus de l'Acad. des se, 1864).

Une objection que les auteurs de l'expertise médico-légale relative à l'affaire La Pommerais ont pressentie et qu'ils ont cherché à renverser dans leur rapport est tirée de la confusion possible desellets produits par l'injection ou l'ingestion de matières putrides avec ceux qui sont imputés au poison que l'on recherche. A. Tardieu et Roussin, se basant sur ce fait que les ferments n'auraient pas résisté à l'action destructive de l'alcool à 95 degrés, à l'aide duquel avaient été préparés les extraits organiques mis en expérience; sur l'intégrité remarquable des viscères qui avaient servi à la préparation de ces extraits; sur l'absence, dans les matières vomies recueillies sur le plancher, de toute trace de débris de viande ou autre substance putrescible, écartaient d'une manière absolue cette cause d'erreur. Fagge et Stevenson, portant leur attention sur ce point particulier, ont soumis des animaux à l'action d'extraits alcooliques obtenus de viscères humains ou de matières vomies, et ils ont reconnu que ces substances avaient une action toxique très-réelle et très-différente de celle de la digitaline, mais qu'on ne pourrait distinguer de celle d'autres poisons organiques : la lobélie, le veratrum viride et la slaphisaigre, en particulier. En se plaçant dans les conditions d'expérimentation où ont 0[iéré les experts de l'affaire La Pommerais, ils ont inoculé à des chiens des extraits organiques provenant du tube digestif et des

DIGITALINE (bibliographie). 447

matières vomies par des chiens empoisonnes par la digitaline, et ils ont observé la parfaite similitude des symptômes.

La de'couverte des ptomaïnes a été faite simultanément en 1872 par A. Gauthier et Selmi {Des principes alcaloïdiqiies naturels trouvés dans les viscères, pouvant donner lieu à des soupçons d'empoisonnement par les alcaloïdes toxiques. Bologne, 1872), et leur étude par Boutmy [De l'expérimentation physiologique comme preuvede C empoisonnement par les alcaloïdes organiques. In Ann. dlujg.y 1880, S*' série, t. IV, p. 19")) et Brouardel (Brouardel et Boutmy, Développement des alcaloïdes cadavériques. In Ânn. dhyg., t. IV, p. oii. — Brouardel et Boutmy, Réactions des ptomaïnes [Ann. d'hyg., 1881, t. VI]). L'étude quia été faite de ces produits qu'engendre la putréfaclion a démontré, comme l'avaient fait déjà Fagge et Stevenson, que les ptomaïnes, dont l'action est difficile à distinguer de celle de la vératrine, de la muscarine, de la nicotine, n'agissent nullement sur l'économie, je le répète, comme Li digitaline, dont la physionomie toxique est si tranchée. Sjns doute, on ne saurait appuyer exclusivement une preuve juridique sur des nuances aussi délicates, mais encore, même en présence de la doctrine nouvelle des ptomaïnes, l'expérimentation pl)ysiologii|ueconserve-t-elle une valeur contiihulive que l'expertisiC médico-légale n'a pas le droit de dédaigner. Ajoutons que la formation des ptomaïnes paraît exiger un certain temps et que, si on traite les viscères vingt-quatre ou trente-six heures après la mort, principalement pendant l'hiver, cette cause de confusion et d'embarras devient très-improbable. Dans l'affaire d'empoisonnement par la digitaline dont je parl;\is tout à l'heure, l'autopsie du cadavre de la veuve de Pauw faite treize jours après la mort, et celle du cadavre de la veuve Dubisy que l'on soupçonnait avoir été également empoisonnée par la digitaline, faite soixante-dix-neuf jours après le décès, ont montré un état de conservation très-remarquable et dont les experts ont été frappés. Serait-ce là un caractère de l'empoisonnement par la digitaline, ou bien celte conservation prolongée ayant été le fait de conditions de milieu, de la nature, par exemple, des terrains dans lesquels ces corps avaient été inhumés, a-t-elle contribué à conserver à la digitaline son inlëgrité chimique et, par suite, à donner à l'expérimentation sur les animaux des caractères aussi nets? En résumé et sous la réserve qu'une ptomaïne (car elles sont multiples et d'action diverse) ne sera pas trouvée, qui, introduite dans la circulation des animaux, réalisera la forme exacte de l'empoisonnement par la digitaline, on ne devra pas négliger cette source d'information, mais en ne lui accordant jamais la valeur absolue de la constatation matérielle de la matière toxique, quand celle-ci est isolée et qu'elle se décèle à ses réactifs propres. J'ajouterai que, si la morphine, la vératrine, l'apomorphinc, l'hyocyamine et la muscarine, au contact du prussiate rouge de fer et du chlorure ferrique, développent la réaction propre aux ptomaïnes, c'est-à-dire produisent une couleur bleue, la digitaline n'offre rien de semblable. Il y aurait lieu, ce me semble, de faire désormais coïncider avec l'essai sur les animaux la recherche des ptomaïnes par ce réactif dans l'extrait organique qui doit servir aux injections expérimentales.

FOiNSSAGRIVES.

Bibliographie. — g I. Thérapeutique. — Dulong (d'Âlstorf). Pi^inape actif de la digitale.

InJourn. de pharmacie, t. XIII, p. 579. — NrcoM.E. De ta digitale. Tiiè.«e. Paris, 1824.

HoMOLLK et QiiÉvENNE. l^vîncipe actif de la digitale pourprée. In Annuaire de thérap. de Bouchardat, 18)5. — Martin-Solon. Expériences sur la digitaline. In Répertoire de pharmacie et Journ. de pkarvi., 1845. — Bouillaud. Rapport à l'Acad. de méd. sur la digitaline.

448 DIGITONINE.

In Bull, de VAcad. de méd., 1850 et 1851, t. XV et XVI. — Sanoras. De la digilnline en ihérapeutiquc. In Union méd., 1849. — Strohl. De l'action thérap. de la digitaline. In Gas. méd. de Strasbourg, 1849. — IlERni-ax. De V emploi de la digitaline, de ses effets physi-ilogiques et de ses avantages Ihérapeuliq. In Arch. gén. de méd., 1849- — Lemaistre. Expériences sur la digitaline faites par Andral à l hôpital de la Charité en 1850. In Union médic, 1852. — Vulpian De l'action de la digitaline sur les Batraciens. In Mém. de la Soc. de biol., 1855, t. II. — Lozks. Action diurétique de la digitaline. Paris, 1875. — Buig:set. Sur la digitaline cristallisée. In Bull, de VAcad. de méd., 1871. — Blaquakt (Ch.). Élude critique sur la digitaline au point de vue chimique et physiologique. J'aris, 1872. — Du MÊME. La digitaline cristallisée. In Bull, de VAcad. roij. de méd. de Belgique, 1874. — Du MÊME. Extraction de la digitaline. In Bull, de thérap., XXVIII, 59, (i3, 444. — Cop.visart (L.). Emploi de la digitaline dans la spermalorrhée. In Bull, de thérap., t. XLIV, 145, et t. XLVI. 76. — Bouchard. Action de la digitaline dans les cas de néphrite. In Gaz. méd. de Paris, 1873. — Cadiat. Action de la digitaline. In Compt. rend, de VAcad. d. se, 1879.

^ II. Toxicologie. — Seroux (de Corbeny). ObseJ-v. d'einpoisonnemenl par les gramûes de digitaline. In Union mr'dic, 185'2. — Dlbuc. Empoisonnement juir la digitaline. laGaz. des hôp , 18G5. — Hardy (E.). Effets toxiques de la digitaline. In Arch. gén. de méd., t. III, p. 749. — Guandeau. Applic. de la dialyse à la recherche des alcaloïdes; nouveau caractère de la digitaline. In Compt. rend, de VAcad. d. se, 1864 — Tardieu etRoussix (Z.). Relation médico-légale de Vaffaire Couty de la Pommerais. Empoisonnement par la digitaline. In Annal, d'hyg. publ. et de méd. légale, 1864, t. XXII. — Du même. Etude médicolégale sur V empoisonnement. Paris, 1867. — Du même. Empoisonnement par la digitaline In Gaz. hebd., XI, 480. F.

digitai.ii\'iqi:e: (Acide), digitaliréti^e. digitalosmi^e.

DIGITASOLIXE. Voy. DlGITALIiNE.

DIGITIGRADES. En zoologie le nom de Difjitigrades s'applique aux animaux qui en marchant tiennent les pieds redressés et ne s'appuient sur le sol que par l'extrémité des doigts, tandis que le nom de Plantigrades convient aux animanx qui, dans les mêmes conditions, reposent non-seulement sur toute la face inférieure de leurs doigts, mais encore sur les parties correspondant au carpe, au métacarpe, au tarse et au métatarse ; mais, dans la classification de G. Cuvier, les deux mots de Digitigrades et de Plantigrades désignaient chacun une tribu de l'ordre des Carnivores [voij. ce mot). Parmi les Plantigrades se plaçaient les Ours, les Pandas, les Gloutons, les Ratels {voy. le mot Ours), et parmi les Digitigrades les Loutres, les Mouflettes, les Putois, les Belettes, les Chiens, les Civettes, les Chats et les Hyènes. E. Oustalet.

Bibliographie. — G. Ccvier. Règne animal, 1" cdit., 1817, t. I, p. 140 et suiv. — H. Milkb- Edwards. Éléments de zoologie, 1854, p. 300. — P. Gervais. Histoire naturelle des Mammifères, 1855, t. Il, p. 8. E. 0.

DlGlTO\~Éi\E. Dérivé de la digitonine [voy. ce mot). Traitée par l'acide sulfurique, elle lui donne une lluorescence verte. F.

DlGlTO\'lXE. Cette substance analogue à la saponine, si elle ne lui est identique, a pour formule G^^H^^O^'^ ; elle s'obtient en (raitant la digitaline soluble allemande brute par l'alcool, puis par un mélange d'alcool et de chloroforme; on ajoute enfin de l'éther, et la digitonine se précipite. C'est une substance blanche amorphe, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme froids; la solution aqueuse mousse. Lorsqu'on fait bouillir avec un acide faible, elle rougit et se convertit en glycose, en digilorétine et en digitonéine, corps incristallisables, et donnant eux-mêmes par l'action prolongée des

DIGLYCOLAMIDIQUE (ACIDE). 449

acides de la glycose et des produils de dédoublement peu connus, tels que, par exemple, la digitogénine.

L'action de la digilonine est vraisemblablement très-voisine de celle de la saponine, et l'on ne saurait dès lors, ce dernier glycoside produisant une parésie cardiaque, considérer la digitonine comme étrangère au ralentissement circulatoire que produit la digitale. L. Hn.

DIGITORÉTIIVE. Dérivé de la digitonine soumise à l'action de l'acide sulfurique de moyenne concentration; elle est très-soluble dans l'alcool et le chloroforme. F.

DlGlTOXl\G. D'après Schmiedeberg, la digitaline cristallisée de Homolle et de Nativelle n'est qu'un mélange de digitaline, de digiloxiiie et de paradigitogénine. Ce chimiste a cherché à extraire la digitoxine directement de la plante : il forme une teinture des feuilles qu'il traite par l'acétate de plomb; il filtre, fait évaporer et traite le résidu par une solution sodique faible, puis fait sécher et épuise par le chloroforme; le résidu obtenu par l'évaporalion est lavé à la benzine, puis dissous dans l'alcool chaud additionné d'un peu de chloroforme et de noir animal, qui laisse déposer la digitoxine pure.

Un kilogramme de feuilles de digitale ne fournit que iO centigrammes de digitoxine.

Ce principe forme des cristaux incolores, insolubles dans l'eau, la benzine, l'acide sulfhydrique, à peine solubles dans l'éther, peu dans le chloroforme, assez bien dans l'alcool. La digitoxine fond par la chaleur; maintenue longtemps à 240 degrés, elle se transforme en toxirésine.

L'acide chlorhydrique dissout la digitoxine avec une coloration vert jaunâtre. Eu chauffant la solution alcoolique avec de l'acide sulfurique, il ne se forme pas de glycose, mais une substance jaune amorphe, éminemment toxique, la toxirémie.

La digitoxine est le plus actif des principes de la digitale. Elle est fortement émétique et irrite violemment les tissus sur lesquels on l'applique. D'après Iloppe une dose de 2 milligrammes suffit pour produire chez l'horame des accidents graves. L. Un.

DIGL,Y€ÉR1DES. VoiJ. GlYCÉRIDES.

DlGLircOLAî»llDlQUE (Acide) . C^H^AzO^ Si , après avoir débarrassé le produit de l'action de l'ammoniaque sur l'acide monochloracétique de l'excès de sel ammoniac, on le fait bouillir avec de l'oxyde de plomb jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'ammoniaque, on obtient un liquide où se trouve dissous du diglycolamidate de plomb. Cette solution, décomposée par l'hydrogène sulfuré, filtrée, puis traitée par le carbonate de zinc hydraté, donne du diglycolamidate de zinc, sel peu soluble même dans l'eau bouillante. En traitant de nouveau le diglycolamidate de zinc par l'hydrogène sulfuré, on obtient l'acide diglvcolamidique dont on évapore la solution dans le vide.

Cet acide se présente sous la forme de grands cristaux anhydres assez solubles dans l'eau. Bien qu'il donne des sels bien définis, en se combinant avec des bases, t et acide peut aussi donner des combinaisons définies en se combinant avec des acides. Ces deux propriétés, en apparence contradictoires, sont

DICT. ENC. XXIX. 29

450 DIGLYCOLIQUE (ACIDE).

dues à ce que l'acide diglycolamidique peut être considéré comme une aminé (voij. Amides), c'est-à-dire de l'ammoniaque dont deux molécules d'hydrogèn& ont été remplacées par deux groupes oxhydrocarbonés, se rattachant à un type acide. La formule empirique ci-dessus peut donc être rationnellement modifiée ainsi qu'il suit :

Page 1