‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.29Chapitre 73 sur 83 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

HÎSTORIQUE 549

Anatomie pathologique, p. 557. — Lésions primitives (fausses membranes, peau, muqueuses,

p. 557. — Lésions secondai7-es (ganglions, tube digestif, poumons, etc 575

Symptomatologie, p. 589. — Analyse des symptômes (albuminurie, éruptions, pai'a-

lysie, etc 594

Marche 6o3

Diagnostic 635

Étiologie (épidémies, contusions, diphthérie secondaire) 657

Nature 669

Géographie de la diphthérie 679

Pronostic 682

Traitement 687

DIPHYIDÉS. Famille d'Animaux marins, de l'embranchement des Cœlentérés et du «^roupe des Siphonophores [voy. ce mot), dont le caractère essentiel réside dans l'absence de vessie aérienne ou pneumatophore.

Dans les Diphyidés, le cœnosarque, très-long, cylindrique et spirale, porte, à son extrémité supérieure, deux grosses vésicules natatoires, cupuliformes, désignées sous le nom de nectocahjces, et qui servent à la propulsion de l'animal. Ces vésicules, opposées l'une à l'autre, ne sont autre chose que des méduses transformées n'ayant plus ni bouche, ni tentacules, mais présentant un vaisseau annulaire, des vaisseaux radiaires et des parois pourvues de fibres musculaires puissantes en rapport avec leur fonction exclusivement locomotrice.

Immédiatement au-dessous des nectocalyces, sont disposés les différents or^^anes, par groupes peu éloignés les uns des autres. Chaque groupe est pourvu d'un bouclier ou hijdrophyllie, ordinairement en forme d'entonnoir, qui enveloppe un bourgeon sexuel simple, de structure médusoïde, et un polype nourricier ou hydranthe, accompagné, à sa base, d'un long filament préhensile garni de capsules urticantes.

DICT. ENC. XXIX. ^6

722 DIPLOÏQUES.

Les bourgeons sexuels, souvent de taille considérable, présentent un manteau campanuliforme pourvu de vaisseaux, et soutenu par un pédoncule central, dans l'intérieur duquel sont placés les éléments génésiques (œufs ou spermatozoïdes). Dans la plupart des cas, ces bourgeons sexuels se détachent, au terme de leur développement, sous forme de Méduses libres et sexuées, qui ont été décrites sous le nom^^générique à'Eudoxia.

Les Dipliyidés se répartissent principalement dans les trois genres : Praya Blainv., Diphijes Guv. et Abyla Esch. Ces genres sont caractérisés, surtout le premier, par les vésicules natatoires arrondies , à peu près égales en grosseur, et situées à la même hauteur vis-à-vis l'une de l'autre, les deux derniers, par les vésicules natatoires polygonales, toujours placées l'une un peu audessus de l'autre, et de grosseur très-inégale. C'est ainsi que dans les Dlphyes la vésicule antérieure, de forme conique ou pyramidale, est beaucoup plus grande que la postérieure; dans les Abyla, au contraire, c'est la vésicule antérieure qui est de beaucoup plus petite que la postérieure.

Parmi les espèces encore peu nombreuses de ce groupe, nous nous bornerons à citer : le Praya dlphyes Blainv., qu'on rencontre assez communément dans la Méditerranée, puis les Dlphyes acumlnata Leuk. et Ahyla pentagona Esch., également de la Méditerranée, qui sont dioïques, et qui fournissent, le premier, YEudoxia campanulata, le second, VEudoxla ciiholdes. Ed. Lefèvre.

DIPLOCÉPII4LE (de 5t7r>ôos, double, xe^aXij, tête). Synonyme de Dlcéphale {voy. Monstres et Génération). 0. L.

DlPLODOlVTE {Diplodonta Br.). Genre de Moliusques-Lamellibranches- Siphoniens, de la famille des Lucinidés {voy. Sphérelle). Ed. Lef.

DIPLOÉ (^i7r)iô/3, chose pliée en double). La partie spongieuse des os du crâne, comprise entre les deux lames compactes. C'est en ce sens qu'Hippocrate parle déjà du diploé, bien que ce mot, par son étymologie, s'applique plutôt aux lames osseuses. D.

DiPLOGEîVÈSE. Monstruosité résultant de la fusion originelle de deux êtres. Ce sujet a été étudié au mot Monstres {voy. aussi Génération) ; les monstres doubles en particulier le sont à leurs noms respectifs {voy. Céphalopages, Métopages, etc.). D.

DIPLOÏQUES (Veines). On appelle veines diploiques de simples canaux creusés dans la partie diploïque des os du crâne et revêtus seulement d'une membrane fine que l'on assimile généralement à la tunique interne des veines. Chez le nouveau-né, il n'existe que des petites aréoles veineuses ; au fur et à mesure des progrès de l'âge, elles sont remplacées par des canaux qui bientôt communiquent entre eux dans un même os crânien, mais ne communiquent d'un os à l'autre qu'après la soudure de ceux-ci. Dans leur complet développement, ils sont très-volumineux relativement au calibre des veines du voisinage et offrent quelquefois des dilatations partielles. Leur distribution générale est irrégulière, mais elles aboutissent d'ordinaire à quatre canaux qui portent les noms de frontal, temporal antérieur, temporal postérieur et occipital.

Le canal frontal aboutissant à des ramifications situées à la partie supérieure

DIPLOPIE. 7-23

de l'os frontal, et qui communique avec les veines périostiques et méningiennes, s'ouvre dans les veines sus-orbilaires et préparâtes. Les temporaux antérieur et postérieur nés de la partie supérieure du crâne communiquent avec les veines temporales profondes. Enfin l'occipital vient s'ouvrir dans la veine du même nom. Il laut noter, du reste, que les deux canaux frontaux et le canal occipital d'un côté communiquent avec les canaux correspondants du côté opposé. D.

DIPLOLÉPIS. DIPLOLÉPAIRES. Synonymes de Cynips et Cynipides {voy. Cymips et Galles). D.

DIPLOPIE [Snr'kQoq, doultle; wiL, œil). Vue double des objets ; l'is/o c??/;j/^.r, suffusio midtiplicans des Anciens.

Définition. Le mot diplopie porte en lui-même sa signification : « vue double des objets », pris au sens strict du mot, qui n'exprime qu'un symptôme, un effet sensible. Il ne faudrait pas s'en servir pour désigner sa cause immédiate et procliaine,* mécanique, à savoir l'inscription de l'une des images (ou môme parfois des deux) sur une région excentrique des rétines. On rencontre en effet, à chaque instant, la présence d'une image excentiique dans un œil, l'autre étant correctement inscrite, sans que, pour cela, il y ait sensation des deux images, l'œil incorrect étant cependant très-sain. La diplopie suppose toujours la perception sensorielle des deux images. L'insciiplion d'une image dans une partie excentrique de la rétine ne dénote qu'une altération du concours harmonique des axes optiques.

Pathogénie et signification svmptomatique. La définition qui précède et qui s'appuie sur le mécanisme même de la production du symptôme « diplopie » suppose, comme on le voit, un phénomène réclamant l'intervention des deux yeux, le fonctionnement binoculaire. C'est une anomalie ou perturbation de la vision associée.

Cependant, comme nous le montrerons plus loin, un seul œil considéré isolément peut aussi amener des troubles de même ordre, être le siège de deux ou même de plusieurs images du même objet.

Il y aura donc lieu à étudier une diplopie binoculaire et la diplopie, ou {)lutôt la polyopie uni-oculaire. Occupons-nous d'abord de la première, de beaucoup la plus fréquente.

La diplopie binoculaire ou la sensation de deux images, lors de la vision associée, résultat, d'après son mécanisme optique, de la formation de deux images rétiniennes du même objet, l'une sur le point de fixation ou fovea centralis de l'un des yeux (correcte, par conséquent), l'autre excentrique par rapport à ce point, suppose ainsi le désaccord, la rupture de l'harmonie dans le concours physiologique des deux axes visuels principaux, centraux ou optiques; en d'autres termes, une déviation de l'un d'eux tout au moins; nn état de strabisme.

Tout strabisme donne donc naissance aux conditions propres à amener la sensation de deux images au lieu d'une. Nous ne disons pas : donne naissance à cette double sensation, car le strabisme se divise précisément en deux grandes classes, suivant qu'il est accompagné de cette sensation des deux images, ou qu'au contraire il y échappe.

D'une manière générale, et omission volontaire étant faite de certaines conditions particulières, relativement exceptionnelles, ces deux classes de déviations

724 DIPLOPIE.

portent le nom, la seconde de strabisme permanent, concomitant ou fixe, la première de strabisme paralytique.

La raison de ces différences d'appellations est d'ordre à la fois symptomatique elpathogénique.

Dans le strabisme fixe ou strabisme proprement dit, en effet, l'angle de la déviation demeure constant, quelle que soit la direction donnée au regard par y attention. Les yeux se meuvent ensemble, en partie liée, a-t-on très-bien dit, offrant une désharmonie de même angle ou degré', pour toutes les directions ; et c'est à cette condition qu'il faut rapporter l'absence de diplopie, malgré la présence de deux images en désaccord. Cette constance dans la distance des deux images fait que l'habitude s'établit, dans l'œil dévie', de faire abstraction de l'image incorrecte ou excentrique. Comme c'est l'attention ou le mens qui fait cette abstraction, ainsi qu'on s'en assure en rappelant sur elle l'attention, on l'appelle encore : neutralisation psychique de l'image fausse.

Dans le strabisme paralytique, au contraire, la déviation est due à la suspension d'action de l'un (au moins) des muscles moteurs de l'œiL Lorsque l'attention provoque les yeux à se porter dans une direction exigeant le concours actif du muscle paralysé ou simplement paresseux, l'image appartenant à cet œil s'inscrit dans une région excentrique et à l'instant provoque une sensation double. De plus, au fur et à mesure de l'augmentation de l'angle dont se déplace l'œil sain, dans le même sens, cette image incorrecte est portée de plus en plus excentriquement. L'image incorrecte s'écarte donc progressivement davantage, dans le sens du mouvement perdu ; par contre, dans le sens opposé, elle va graduellement se rapprocher de l'image correcte, et en un certain moment se fusionner avec elle.

Ce changement perpétuel (il dure autant que l'inertie paralytique) s'oppose donc à la neutralisation psychique de l'image incorrecte. Et cette circonstance de\ient un phénomène différentiel caractéristique.

Si bien que, entre les deux classes de déviations, dans la pratique, et faisant toujours réserve de quelques cas particuliers aisément définis, on peut presque indifféremment se servir du mot diplopie et de celui de déviation ou strabisme paralytique.

Nous venons de parler de cas particuliers appartenant à la classe des strabismes paralytiques, déviations des axes, variables avec la direction du regard, et dans lesquels cependant ne se rencontrent point d'images doubles.

Ces cas exceptionnels ou particuliers sont les suivants, et la simple logique en suggère la raison d'être. Lorsque, pour une cause ou une autre, la vision, dans l'un des yeux, est suffisamment affaiblie, s'il y a, en un mot, amblyopie d'un côté, il est très-concevable que l'image incorrecte étant, de plus, repoussée sur une région excentrique où la sensation est de moins en moins vive, cette image ne soit plus sentie : le sujet n'en saurait donc accuser deux. Ces circonstances se rencontrent :

1° Dans l'amblyopie, ou l'amaurose unilatérale;

2° Dans un haut degré de différence de réfraction entre les yeux (anisométropie), cas dans lequel les deux images peuvent être trop différentes en netteté et en dimension ;

3° Dans les déviations oculaires très-considérables, où l'image incorrecte est très-excentrique.

Diagnostic. Il résulte de ce premier aperçu que, si la diplopie n'est pas le

DIPLOPIE. 725

signe nécessaire et suffisant, l'équivalent absolu de la qualification d'une paralysie motrice des yeux, elle en peut être considérée comme le signe clinique éminemment probable.

Nous reproduirons ici comme mémento clinique le tableau diagnostique général, différentiel entre lesdites paralysies motrices, et tout autre ordre de déviations oculaires.

Le caractère principal des déviations d'ordre paralytique consiste en ceci que, dans une certaine direction du regard, il n'y a ni strabisme, nidiplopic, tandis que, dans la direction contraire, les doubles images se montrent, et avec cette circonstance notable quelles s'écartent d'autant plus que l'objet est porté plus loin dans ce même sens.

Dans le strabisme fixe ou concomitant, s'il existe, ou si l'on fait naître des images doubles, quels que soient le sens et l'étendue du mouvement des yeux, la distance desdites images demeure, au contraire, invariable.

Ce diagnostic général peut être porté plus loin; il peut conduire à la localisation de l'action paralysée.

Dans les paralysies musculaires des yeux, en effet, du sens, ou de la position relative des doubles images, on peut conclure le sens de l'altération de la mobilité, et même, en poursuivant l'analyse du cas, arriver à la détermination précise du muscle paralysé.

Cette analyse, trop étendue pour un article aussi sommaire, peut être résumée dans une formule simple et d'une application quotidienne.

Si l'on désigne par N la région supérieure, inférieure, gauche ou droite, du champ visuel, vers laquelle les images doubles s'écartent graduellement davantage, N est le sens pour lequel la mobilité fait défaut.

Si maintenant on place un verre coloré devant les yeux (indépendamment des apparences objectives fournies par le strabisme), la différence de couleur des deux images dit suffisamment quel est l'œil frappé d'inactivité.

Ainsi, le regard étant appelé en haut, si deux images apparaissent à des hauteurs inégales, et de plus en plus inégales au fur et à mesure qu'on élève davantage le regard, la plus élevée appartient à l'œil dans lequel le mouvement est entravé.

De même, si le regard est appelé en bas, ce sera la plus basse qui appartiendra à l'œil paralysé.

De même encore reconnaît-on qu'à un strabisme convergent correspondent des images homonymes ; à un strabisme divergent des images croisées.

Ces propositions ne sont pas seulement utiles à la détermination du diagnostic; elles conduisent encore au traitement optique, provisoire ou palliatif des effets de ces entraves au mouvement dans l'un ou l'autre des muscles; traitement optique qui consiste à transporter en face du malade la portion du champ visuel dans laquelle se concentre exclusivement la vision simple. Ce point intéressant de pratique sera éclairé par le paragraphe suivant.

Des attitudes spéciales prises spontanément par les malades pour se débarrasser d'une diplopie gênante. D'après ce que nous venons de rappeler, on conçoit naturellement que, dès qu'un muscle moteur oculaire est paralysé, le moindre effort du regard dans le sens de T action de ce muscle provoque l'apparition d'images doubles.

Or rien n'est énervant comme de voir devant soi deux images du même objet au lieu d'une; de se trouver en face de deux portes pareilles ouvertes, au

726 DIPLOPIE.

lieu de la porte unique que l'ou comptait rencontrer; de voir arriver sur soi

deux voitures au lieu d'une, elc Laquelle devra- t-on éviter? Heureusement

pour sa conservation, le malade ne tarde pas à reconnaître que, si une certaine direction de son regard le met en présence de ces images doubles, le mouvement exécuté dans la direction inverse est, au contraire, exempt de cette malencontreuse cause de confusion.

Le malade n'est pas longtemps à noter ce partage du champ visuel en deux parts, l'une compatible avec la fonction à peu près régulière, l'autre incompatible avec sa sécurité.

L'expression de cette sécurité se formule par V obligation de mettre le plan médian de son corps, le centre ou axe de figure de V individu, en rapport avec le demi-champ des images simples. Le malade s'arrange donc pour transporter en face de lui le territoire restreint de la vision binoculaire simple.

Si la paralysie porte sur le mouvement du regard vers la droite, le malade porte sa face vers la droite : n'est-ce pas, en effet, le demi-champ de gauche qui conserve alors seul les images simples, et qui, par ce mouvement de la tête, est amené dans le plan médian.

De même, si la paralysie porte sur le mouvement du regard vers le bas, le terrain des images simples n'existant plus qu'au-dessus de la ligne d'horizon, nous voyons le malade incliner vers le sol sa face ou \eplan de ses orbites, pour avoir l'espace ouvert en face de lui en rapport avec l'hémisphère inférieur de la rétine.

Et inversement dans les cas inverses.

Pour plus de détails, consulter l'article Paralysie des mouvements oculaires.

Ces observations trouvent une utile application en clinique, comme indices prémonitoires de l'affection de la vue qui amène le malade à la consultation, l'attitude du sujet se liant d'une manière expresse avec le sens du mouvement suspendu.

Thérapeutique palliative. Emploi des prismes correcteurs. Un prisme étant [)lacé devant l'œil, tous les rayons qui viennent le frapper sont déviés, h l'émergence, du côté de sa base. Or, dans le cas de la paralysie d'un muscle oculaire, le champ visuel de l'œil malade est transporté (en projection) du côté du muscle paralysé, exactement comme si un prisme avait été placé devant cet œil, Vangle du côté du muscle paralysé.

Pour remédier à cet état, pour annuler ladite déviation, il faudrait donc appliquer sur ce premier prisme un second exactement égal, dirigé en sens contraire, c'est-à-dire sa base du côté du muscle en souffrance.

Dans une paralysie du muscle droit externe, le champ visuel propre à l'œil paralysé est dévié en projection erronée du côté temporal, comme il le serait par un prisme dont le sommet serait dirigé en dehors (images homonymes).

Le prisme compensateur sera donc placé, la base du côté temporal ou dans le sens du muscle paralysé.

Paralysie du droit interne. [Mutatis mutandis], le prisme correcteur de la diplopie devra, dans ce cas (images croisées), avoir sa base dirigée du côté nasal ou côté du muscle paralysé.

Dans toute paralysie du mouvement en haut complète, c'est-à-dire due aux deux agents de ce mouvements, l'image fausse étant la plus haute, le prisme correcteur devra avoir sa base en haut directement. Si la paralysie est incom-

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plète, cette base sera en outre portée plus ou moins en dehors ou en dedans, suivant que le muscle atteint sera l'oblique inférieur ou le droit supérieur.

Pour une paralysie du mouvement en bas, la force en déficit est du côté inférieur : la base du prisme correcteur sera donc portée de ce même côté inférieur, directement, si la paralysie est complète, et en même temps plus ou moins en dedans ou en dehors, suivant que ce sera le seul oblique supérieur ou le seul droit inférieur, le muscle atteint de déficit.

Diplopie ou plutôt polyopie uni-oculaire. La diplopie binoculaire, dont nous venons de nous occuper, est la diplopie proprement dite et la plus commune. Il y a cependant un genre de troubles du même ordre ou approchant, et avec lesquels il y a une distinction importante à faire. Nous voulons parler d'une espèce de multiplication d'images qui est propre à un seul œil ou à chaque œil considéré isolément, trouble qui s'appelle souvent diplopie ou images doubles, mais à tort, parce qu'en ces cas il existe non pas seulement deux, mais plusieurs images du même objet dans chaque œil. Cependant, par le fait même du mécanisme auquel est due leur production, le plus souvent le sujet n'en accuse que deux. Avec quelques précautions, on reconnaît cependant aisément qu'il en existe en réalité plusieurs; en d'autres termes, ces cas doivent être dénommés : images multiples, ou polyopie uni-oculaire, par opposition avec la diplopie binoculaire, anomalie qui affecte seulement la vision associée.

Le diagnostic différentiel de ces deux classes est des plus simples; on l'obtient immédiatement en faisant fermer un œil. La persistance de la diplopie montre alors assez pertinemment qu'elle est un phénomène uni-oculaire.

Le mécanisme auquel est due la production des images multiples dans la polyopie uni-oculaire est décrit dans le volume XI, 2* série du Dictionnaire, article Mydriase.

Comme on le verra dans cet article, la polyopie uni-oculaire reconnaît pour cause une incorrection focale, à rapporter à une anomalie de la réfraction statique (amétropie), ou de la réfraction dynamique (défaut de l'adaptation accommoda live).

Dans ce dernier cas, l'adaptation défectueuse ou viciée dénote toujours un défaut de rapport entre la quotité d'influx nerveux reçu par l'agent de l'accommodation et la distance de l'objet de l'attention; influx nerveux qui se trouve en excès, ou en déficit; le plus souvent en déficit (paralysie accommodative). Cet accidenl est du même ordre que les paralysies des autres appareils qui suivent si souvent les fièvres adynamiques, particulièrement l'empoisonnement diphthéritique, scarlatineux, variolique, etc.

Dans la polyopie uiii-oculaire, la thérapeutique optique démontre immédiatement la réalité du mécanisme de l'anomalie. Le verre correcteur de l'anomalie de la réfraction fait instantanément évanouir ce symptôme, c'est-à-dire les images multiples, en les réunissant toutes au foyer.

Il existe encore un autre ordre de doubles ou de multiples images dans un seul œil. Ce sont celles qui peuvent être, et sont plus ou moins souvent, produites par l'existence, dans l'organe, d'un ou de plusieurs axes distincts de

réfraction.

Telles senties images multiples que peut créer — mais, dans ce cas, toujours avec de grandes différences de dimension et de netteté — la présence de facettes laissées sur la cornée par des pertes de substance, succédant à des ulcères de cette membrane terminés par cicatrisation transparente. Ces facettes, naturelle-

7^8 DIPLOTAXIS.

ment concaves, établissent de nouveaux axes de réfraction venant se joindre à l'axe principal de la cornée. On conçoit aisément combien doit varier l'état de la réfraction, et conséquemment la netteté et la grandeur des images qui correspondent à ces différents axes.

Un second ordre de diplopie uni-oculaire, plus aisé à constater, au point de vue de la précision des images, se rencontre dans une luxation partielle du cristallin. Un cristallin déplacé, et qui laisse entre sa périphérie et le bord papillaire un croissant libre, donne lieu à la présence de deux axes de réfraction des plus nettement accusés, l'un correspondant à la réfraction combinée de la cornée et de la surface vue des cristallins, l'autre propre à la cornée seule.

Le premier répondant à un état réfringent plus ou moins voisin de celui de l'œil lui-même, avant l'accident; l'autre offrant l'état de réfraction propre à l'aphakie dans l'œil considéré {voy. à ce sujet l'article Cristallin, aux paragraphes Aphakie et Luxation).

Des images multiples se rencontrent encore parfois en l'absence même du cristallin, il est clair, dès lors, qu'elles ne sauraient, en semblables circonstances, lui être attribuées. On reconnaît alors que, si le cristallin manque, il existe, à sa place, un autre réseau qui le remplace dans ses fonctions d'organe multiplicateur. Ce réseau est formé par de petits tractus membraneux développés par une iritis ou l'inflammation de la capsule après l'extraction d'une cataracte, ou l'issue accidentelle de la lentille; ces réseaux se reconnaissent aisément à l'ophthalmoscope. Giraud-Teulon.

DIPLOPODCS {Stnlôoç, double, et TToûç, tto^ôç, pied, ayant des pieds ou pattes doubles). Nom d'une grande division ou sous-classe des Animaux articulés Myriapodes, ou Millepieds. Les Diplopodes sont opposés aux Ghilopodes {voy.

CuiLOPODES).

Les Diplopodes, qui ne sont pas nuisibles pour l'homme, ont le corps vermiforme, composé de nombreux anneaux ou segments réunis deux à deux; il en résulte que chaque division apparente est pourvue d'une double paire de pattes, d'oii la dénomination caractéristique.

Les Pollyxènes, les Gloméris, les Iules et Polydesmes, ainsi que les Polyzonies, constituent les principaux groupes des Diplopodes.

De Géer avait réuni tous les Diplopodes sous le nom d'Iules. Latreille en fit les Chilognatha dans son Gênera Crustaceorum et Insectorum (in-S", Paris, 4806) et plus tard les Chiloglossa {Règne animal de Cuvier, t. III, p. 155). Brandt a donné à tort le nom de Suceurs {sugentia) aux Polyzonies, à cause de la disposition des appendices de leur bouche {voy. Ghilopodes, Myriapodes et Suceurs). A. Laboolbène.

DIPLOTAXIS. DC, Syst. veg., Il, 268 ; Prodr., I, 221). Genre de Crucifères, qui a été séparé des Brassica et qui s'en distingue par la couleur de ses corolles, parfois roses et violacées, et par la disposition bisériée de ses graines. Le premier de ces caractères est sans valeur; il y a souvent des fleurs jaunes dans le genre. L'autre est inconstant; les graines ne sont pas toujours disposées sur deux séries. Il en résulte que les Diplotaxis ne peuvent constituer qu'une section dans le genre Brassica.

Le D. tenuifolia DG. {Sisymbrium tenuifolium L.), qui est notre Brassica tenuifolia, est une espèce vivace, suffrutescente, à feuilles supérieures extrêmes

DIPNÉS. 729

ou peu divisées, à feuilles extérieures pétiolées, pinnatifides ou pinnatipartites, à lobes écnrtés, entiers ou incisés-dentés, à grappes corymbiformes de ileurs jaunes, odoriférantes. Commune sur les vieux murs, le bord des chemins, les coteaux incultes, cette plante très-odorante passe pour puissamment antiscorbutique. Sous le nom de Fausse-Roquette ou Roquette sauvage, elle a servi à préparer un sirop vanté comme antiscorbutique. On la dit aussi astringente. On emploie parfois aux mêmes usages le D. muralis, espèce plus petite, ordinairement pourvue de quelques poils réfléchis, et dont les fleurs, de moitié moins grandes, deviennent rougeâtres avec l'âge. On la trouve aussi sur les murs et dans les champs arides. C'est le Brassica muralis IIuds. et le Sinapis tenuifolia R. Br. Le D. tenuifolia est le Sisymbre brillant. H. Bn.

Bibliographie. — Greic. et Godr., FI. de Fr., I, 80. — Rosenth., Syn. pi. diaphor., 644. — H. Bn, Hist. des pL, III, 194, 227 ; Bol. médic, 752. H. Bn.

DIPNÉS. Le nom de Dipncs, qui veut dire deux souffles, deux respirations ((îûo, deux ; ttvôoç, souffle), a été donné en 1845, par J. Millier, à des animaux qui ont un double appareil respiratoire consistant en branchies et en poumons. La place que doivent occuper ces êtres dans la série zoologique n'est définitivement fixée que depuis quelques années; par certains caractères, en effet, les Dipnés rappellent les derniers des Batraciens, les Pérennibranches {voy. ce mot), tandis que d'autres caractères sont essentiellement ichtliyoïdes ; de l'avis de tous les zoologistes les Dipnés sont aujourd'hui classés parmi les Poissons.

Le groupe des Dipnés, qui ne comprend dans la nature actuelle que les trois genres Lepidosiren, Protoptère et Cératodus {voy. les articles Poissons, Proto- PTÈRE, SiRÉNiDEs), coustitue pour M. A. Gùnther un sous-ordre dans l'ordre des Ganoïdes et dans la sous-classe des Palœichthyes, tandis que pour beaucoup d'ichlhyologistes il doit, et probablement avec raison, être élevé au rang de sousclasse distincte ; on ne peut toutefois méconnaître les affinités que ces poissons présentent avec les Elasmobranches et surtout avec les Ganoïdes. On admet deux familles dans le groupe, celle des Protopterinées (Protoptère, Lepidosirène) et celle des Cératodondinées (Cératodus).

Les Dipnés sont des poissons anguilliformes qui présentent des particularités anatomiques fort remarquables sur lesquelles on a de nouveau appelé l'attention dans ces dernières années.

L'une des particularités qui rapprochent les Dipnés des Elasmobranches consiste dans l'état d'imperfection de la colonne vertébrale, qui ne se calcifié qu'imparfaitement et reste en grande partie cartilagineuse. Cette colonne vertébrale consiste en une corde notocordale, gélatineuse au centre, sans trace de segmentation, et qui supporte, sur son enveloppe fibreuse, des apophyses et des côtes osseuses ; chez le Cératodus, les arcs neuraux et haemaux sont ossifiés dans toute l'étendue du rachis, à part à son extrémité postérieure ; les hœmapophyses s'unissent dans la région caudale et portent des pièces haemales, interhaemales, et une double rangée de cartilages dermo-hœmaux. Le rachis s'unit directement au crâne sans articulation et par conséquent sans motilité.

Le crâne est formé par la réunion d'os et de cartilages, dont les uns appartiennent au crâne fondamental, tandis que les autres ne sont que des parties surajoutées. Les muscles temporaux séparent la partie supérieure du bouclier crânien du crâne primordial ; à cette partie supérieure du crâne on doit signaler, -chez le Protoptère et le Lepidosiren, la présence de deux longues pièces osseuses

730 DIPNÉS.

qui ressemblent à une paire de cornes, se réunissent sur la ligne médiane et, par leur bord externe, forment la partie supérieure du bord orbitaire, qui reste incomplet. De même, cbez le Cératodus, le crâne consiste en une capsule interne cartilagineuse et en une voùtc osseuse incomplète à laquelle sont appendues des parties cartilagineuses; la partie cartilagineuse comprend une portion centrale qui s'étend de l'occiput aux orbites et renferme le crâne et les cavités auditives, une partie latérale couvrant la cavité branchiale et fournissant le pédicule pour l'articulation de la mâchoire, une partie faciale qui porte deux dents incisives. La partie supérieure de la région faciale est formée par l'ethmoide percé pour le passage des nerfs olfactifs, uni intimement à la boîte cartilagineuse, et réuni au frontal qui, à son tour, est en rapport avec la portion palatine du ptérygopalatin ; la partie centrale de la voûle osseuse est constituée par les deux scléropariétaux qui se soudent à l'ethmoide et qui sont séparés de la capsule cartilagineuse par un muscle temporal extrêmement développé qui couvre toute la partie supérieure de cette capsule ; la partie inférieure de la région est entièrement formée par le basai ou sphénoïde; la partie latérale supporte le battant operculaire constitué par un opercule, un subopercule et une petite pièce cartilagineuse qui représente un préopercule rudimenlaire; cette petite pièce manque chez le Lepidosiren. La mandibule, qui est courte, consiste en une tige cartilagineuse recouverte par des pièces osseuses constituant le dentaire et la pièce articulaire.

Chez le Cératodus l'arc hyoïdien est plus compliqué que dans les deux autres genres et rappelle davantage ce que l'on voit chez les Téléoste'ens ; il consiste en deux cératohyaux, en un basihyal, ce dernier manquant chez le Lepidosiren, et en un glossohyal.

Les pectorales n'étant formées chez le Lepidosiren et chez le Protoptère que par une tige cartilagineuse, la composition de l'arc scapulaire est très-simple : il consiste en une paire de pièces osseuses allongées, réunies aux ex-occipitaux; les clavicules sont ossifiées et réunies par un cartilage épicoracoïdien ; la ceinture pelvienne, librement suspendue au milieu des muscles, est représentée par un cartilage médian se continuant de chaque côté par un processus cruciforme auquel la nageoire est attachée. Chez le Cératodus les membres sont beaucoup mieux développés ; l'arc pectoral est formé par un supra-scapulaire attaché au crâne, formant le bord postérieur de la chambre branchiale, et par une large clavicule, en partie cartilagineuse; l'arc pelvique n'est constitué que par un cartilage donnant latéralement deux processus dont l'inférieur supporte le membre. La réunion des membres antérieurs au crâne est un caractère esseniellement ichthyoïde.

Le système musculaire du tronc présente la simplicité et l'uniformité que l'on voit chez tous les Poissons; la ligne latérale établit de chaque côté du corps la séparation entre la série des muscles dorsaux et des muscles du ventre; cette dernière série occupe la place des vrais muscles abdominaux dont on trouve la première trace chez les Batraciens à respiration pulmonaire.

Chez les Dipnés, l'encéphale, qui remplit presque complètement la cavité

crânienne, contrairement à ce que l'on voit chez les autres Poissons, est

recouvert dans toutes ses parties par un lacis très-serré de tractus conjonctif

supportant de nombreux vaisseaux. Le rhinencéphale n'est pas distinct du

cerveau antérieur et ces deux parties sont soudées en une seule masse qui donne

naissance aux cordons olfactifs ; chez le Cératodus, toutefois, les lobes olfactifs^

DIPNÉS. 731

sont, suivant Beauregard, complètement distincts, et rappellent ce que l'on voit chez les Squales. Chez le Lepidosiren, d'après Hyrll, les deux hémisphères cérébraux sont complètement confondus à leur base, tandis que d'après Wiedersheim et Beauregard les hémisphères sont séparés chez le Protoptère et chez le Cératodus. Le cerveau antérieur des Dipnés est remarquable par son grand développement en hauteur et offre un volume tout à fait prédominant relativement aux autres parties de l'encéphale. Le cerveau intermédiaire ne possède pas de lobes inférieurs; il en est de même chez certains Plagiostomes; l'absence de ces lobes, le développement du cerveau inférieur et de l'infundibulum, sont des caractères qui rapprochent l'encéphale des Dipnés de celui des Amphibiens. Relativement au cerveau antérieur et au cervelet, le cerveau moyen est peu développé; ce cerveau est nettement divisé en deux lobes optiques chez le Cératodus, ces lobes n'étant pas séparés chez le Protoptère. Chez ce dernier poisson le cervelet n'est représenté que par un bourrelet transversal, au lieu que chez le Cératodus il est formé par un lobe creux impair assez développé. Suivant Beauregard l'encéphale du Cératodus pourrait être placé entre celui des Plagiostomes et des autres Dipnés.

Pour ce qui est des nerfs crâniens, nous dirons qu'ils offrent un développement considérable, surtout les nerfs de la cinquième paire; le nerf facial est distinct du trijumeau et donne une anastomose au nerf vague pour contribuer avec lui au nerf d-î la ligne latérale; le groupe du nerf vague comprend cinq racines chez le Cératodus, sept chez le Protoptère; il existe un grand hypoglosse qui forme im plexus dans l'aisselle avec des branches du vague; il n'y a pas de décussation des nerfs optiques, ainsi qu'on le voit chez les Ganoïdcs et les Elasmobranches.

Les narines sont logées dans des capsules formées par les cartilages nasaux situés de chaque côté de l'intermaxillaire; les orifices nasaux sont doubles de chaque côté; chez le Protoptère et le Lepidosiren l'ouverture antérieure ou inférieure s'ouvre sous le pli labial supérieur, au point où la muqueuse se continue avec la peau, au voisinage des dents intermaxillaires; chez le Cératodus l'oritîce postérieur, en partie entouré par de petits cartilages labiaux, s'ouvre à la face externe des plaques dentaires palatines : ainsi, contrairement à ce que l'on voit chez les autres poissons, si ce n'est chez les Myxinoïdes où, du fond de la capsule nasale, part un canal naso-palatin qui se termine dans la bouche à la région palatine, chez les Dipnés les narines ne constituent pas une cavité indépendante de celle de la bouche ; ce caractère se retrouve chez les Batraciens inférieurs. Les parties constituantes de l'oreille sont bien celles d'un poisson ; il y a trois canaux circulaires et un demi-canal munis de leurs ampoules et s'ouvrant dans le vestibule avec lequel communique une plus petite cavité ; il existe des otolithes.

La membrane buccale est couverte de petites papilles. L'œsophnge, qui est court, présente, à peu de distance de son origine, l'orifice du conduit des organes de la respiration pulmonaire; il se continue sans interruption avec l'estomac; il existe une valvule pylorique ; comme chez les Ganoïdes et la plupart des Elasmobranches, on voit une valvule spirale dans l'intestin.

Le cœur, enfermé dans un péricarde très-résistant, est absolument isolé de la cavité abdominale par un diaphragme. Ce cœur est beaucoup plus parfait que celui des poissons ordinaires. Bien que l'oreillette paraisse simple, et qu'elle représente la cavité auriculaire droite, on y trouve une cloison incomplète, de

732 DIPNÉS.

telle sorte qu'elle est divisée en deux poches ; l'ouverture auriculo-venlriculaire est comnmne à ces deux poches auriculaires, le repli ne partageant l'oreillette que dans sa partie postérieure; du fond du ventricule s'élève une hride musculaire, sorte de rudiment de cloison qui s'attache à un fîhro-cartilage ovalaire et reçoit les fibres tendineuses provenant du septum de l'oreillette; chez le Cératodus ce septum auriculaire fait défaut. Le bulbe, qui part du ventricule, est contractile, on y trouve des fibres musculaires striées ; chez le Protoptère et le Lepidosiren il renferme deux valvules longitudinales, tandis que chez le Cératodus le bulbe est incomplètement divisé et contient une ou deux séries de valvules parfaites et trois séries de valvules incomplètes. Les globules du sang, plus gros que chez les autres Poissons, rappellent ce que l'on voit chez les Batraciens urodèles.

Il existe quatre arcs branchiaux chez le Lepidosiren, cinq chez le Protoptère et le Céralodus ; chez le Lepidosiren et le Protoptère ces arcs présentent cette particularité que le premier ne porte de feuillets respiratoires qu'à sa paroi antérieure, le cinquième qu'à sa paroi postérieure, tandis que les deuxième et troisième arcs sont complètement privés de lamelles. Le Cératodus se rapproche beaucoup plus des Téléostéens ; des cinq arcs branchiaux, quatre sont pourvus de feuillets respiratoires complets.

Une des plus curieuses particularités des animaux dont nous esquissons rapidement l'anatomie est relative au mode de respiration aérienne dont ils jouissent en même temps que de la respiration aquatique et qui a pour siège la vessie natatoire celluleuse, physiologiquement transformée en organe pulmonaire. A la face inférieure de l'œsophage s'ouvre un canal à l'entrée duquel se trouve une pièce cartilagineuse ou glotte ; l'air chassé du poumon peut, en s'échappant à travers cette ouverture, produire des sons très-distincts, chez le Protoptère toutefois. Cette trachée artère se dilate en une sorte de sac membraneux communiquant, chez le Protoptère, par deux larges ouvertures latérales, avec les deux poumons ; chez le Cératodus le poumon est unique, mais les surfaces respiratoires, composées de petites cavités ovalaires, sont disposées suivant deux séries séparées par un raphé médian. La vascularisation est très-abondante dans ces organes respiratoires ; chez le Lepidosiren il existe une communication directe entre le poumon et l'arc aortique gauche, communication qui fait défaut chez le Cératodus. Certains Ganoïdes, les Polyptères, ont une vessie qui communique avec l'œsophage au moyen d'une glotte et qui ressemble au poumon des Dipnés; mais chez ces derniers ces poumons reçoivent du sang veineux, tandis que chez les Polyptères, ainsi que J. Miiller l'a bien montré, la vessie reçoit du sang artériel de même que les autres parties du corps.

Les reins versent le produit de leur sécrétion dans des uretères qui viennent déboucher dans une cavité résultant de la réunion des oviducles, cavité qui elle-même s'ouvre dans le cloaque; la vessie urinaire est petite et ne reçoit pas les uretères.

Chez le Protoptère et le Lepidosiren le sac ovarien est clos; les ovaires sont transversalement striés chez le Cératodus et ne sont pas unis aux oviductes; les oviductes et les canaux déférents n'ont pas de connexion avec les urèthres; chez le Cératodus la partie terminale des oviductes ra|)pelle ce que l'on voit chez un Urodèle, le Ménopome. Chez le Lepidosiren et le Protoptère, il n'existe qu'un pore abdominal situé en avant de l'anus; les pores qui s'ouvrent en airière de l'anus sont au nombre de deux chez le Cératodus. Il.-E. Sauvage.

DIPPEL. 733

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DIPPEL (Johann-CoiNrad). Médecin, chimiste et théologien, naquit au château de Frankenstein, près de Darmstadt, le 10 août 1675, et mourut au château de Wittgenstein, près de Berlehurg, le 25 avril 1734. Voici, d'après la biographie Didot, les principaux faits de sa vie : A seize ans il alla à l'Université de Giessen, y devint maître es arts et, après avoir soutenu une thèse qui fut remarquée, il accepta une place de régent dans un château de l'OdenwaJd, oi^i il s'adonna à la théologie, se déclara contre les prétextes et publia à cette occasion deux ouvrages intitulés, l'un Ortliodoxiaorthodoxorum, l'autre Axioma veteris Adami detectum et discussum. 11 lit ensuite des cours de chiromancie. A Strasbourg, où il se trouvait en 1696, il tint une conduite si irrégulière, dit-on, qu'il fut contraint de quitter la ville. Revenu en Allemagne, il prêcha le contraire de ce qu'il avait soutenu précédemment. Son Papismus vapulans souleva contre lui tous les théologiens de Giessen, où il était alors, mais on ne lui permit pas de séjourner plus longtemps. En 1698, il se disposa à étudier la médecine, mais il se livra d'abord à la chimie et à l'alchimie ; huit mois plus tard il publia qu'il avait su faire assez d'or pour acheter (ce qu'il fit en effet, mais à crédit) un bien de cinquante mille florins d'or. Poursuivi bientôt par ses créanciers, il se rendit en 1705 à Berlin, oii il se livra aux mêmes études, aux

734 DIPSACÉES.

mêmes moyens répréVicnsibles, enfin à des intelligences avec les Suédois, ce qui lui valut à la fin d'être jeté en prison. Dans l'intervalle il s'était occupé de préparations chimiques utiles en pharmacie et avait découvert, par la distillation delà corne de cerf, une huile empyreumatiquc {huile de Dippel). On lui doit en outre la connaissance du prussiate de fer ou bleu de Prusse, dont la préparation ne devint publique qu'en 1724. Rendu à la liberté par le crédit du comte Wiltgenstein, Dippel, menacé de nouveau, s'enfuit à Francfort, où il obtint le titre de conseiller du roi de Danemark. Il passa ensuite en Hollande, devint bourgeois d'Amsterdam, oiî il se livra de nouveau avec ardeur aux reclierches chimiques et médicales. En 1711 il reçut à Leyde le titre de docteur. La hardiesse de ses discours et des sentiments qu'il avait émis dans un ouvrage pubUé sous le titre (ÏAlen belli mmehnannici l'obligèrent aussi de sortir des Pays- Bas. Retiré à Altona, il y fut nommé conseiller de la chancellerie de Danemark. Il mécontenta assez gravement le gouvernement de ce pays pour qu'il songeât à chercher un autre asile, lorsque arrivé à Hambourg, en 1719, il fut remis aux autorités danoises. Traduit devant une commission militaire, il se vit dépouillé de ses titres; ses écrits furent brûlés sous ses yeux, par la main du bourreau^ et lui-même fut transféré dans l'île de Bornholm, d'où il sortit sept ans plus tard, en 1726. Appelé à Stockholm en 1727, pour y donner des soins au roi Frédéric, il fut encore obligé de quitter la Suède, parce qu'il s'était mêlé à des intrigues politiques. C'est en Allemagne qu'il finit ses jours. On a vu plus haut la date de sa mort (1734); il avait cependant affirmé qu'il mourrait en 1808. Il avait une imagination ardente, gâtée par une tendance au charlatanisme. Nous ne citerons de lui que sa thèse inaugurale :

Vitae animalis morbus et medicina, qua simul ynechanismi et spinosismi delirmnenta funditus deteguntur, etc. Lugduni Batavorum, 1711, in-4''. Trad. en allem. par Breudel. Francfort et Leipzig, 1713, 1756, in-4''. Hambourg, 1730, in-8». L. Hn.

DIPPEL (Huile de). Voy. ci-dessus et GouuroiN animal.

DIPPOLD (Gottfried-Ehregott). Médecin allemand, vit le jour à Oschatz, le 6 mars 1751. Il fit ses études à Wittemberg et y fut reçu docteur en 1778, après quoi il alla diriger une officine pharmaceutique à Grimma, en Saxe. C'est là qu'il mourut le 24 novembre 1 804, laissant :

I. Dissert, de oleis. Vitembergae, 1778, in-4». — II. QuarrelVs Reisen durch Teufschland. und Holland nach Surinam in den Jahren 1703 bis 177'2. Leipzig u. Dessau, 1783, in-8». — III. Divers ouvrages de pédagogie. L. Un.

DIPROPARGIXE OU DIALLYLÉIVYI.E (C^H^)^ Isomère de la benzine. Se produit par l'action de la potasse caustique sur le tétrabromure de diallyle. Liquide incolore, bouillant aux environs de 25 degrés. Précipite en jaune le chlorure de cuivre et en bleu le chlorure d'argent. D.

DIPSACÉES. Famille de plantes Dicotylédones, qui se range auprès des Caprifoliacées, des Yalerianées et des Composées, dans le groupe des Monopétales à ovaire adhérent.

Les espèces de cette famille sont généralement herbacées; leurs feuilles sont opposées, rarement verticillées. Les fleurs complètes, plus ou moins irrégulière, ont un calice supère, souvent couronné par des lanières sétacées, formant une

DIPSAS. 735

aigrette ; une corolle monopétale, épigyne, à préfloraisun imbriquée ; 4 étamines insérées sur le tube de la corolle, souvent inégales, rarement réduites à 2 ou 3 ; un ovaire infère, uniloculaire, tantôt adhérent au réceptacle concave dans toute sa longueur ou seulement à son sommet. Cet ovaire renferme un seul ovule pendant, anatrope. Le fruit est un utricule renfermé dans le tube réceptaculaire et rinvolucelle ; il contient un graine inverse, à testa membraneux, albuminée, et à embryon droit, ayant sa radicule supèie.

Les Dipsacées habitent les régions tempérées de l'ancien continent. Elles fournissent à la médecine peu de plantes vraiment actives. On a cependant employé comme dépuratives ou diurétiques les Scabieuses et les Cardères (Dipsacus) ou Chardons à foidon. Une des espèces de ce genre est employée dans l'industrie pour le cardage des draps. Pl.

BiBLioGBAPHiE. — A.-L. DE JussiEu. Gcnera, p. 19i. — De Canpolle. Flore française, IV, 221, et Prodromus, IV, 643. — Endlicher. Gcnera, p. 555. — Le Maout et Decais.ve. Traité général de botanique, 164. — Bâillon. Histoire des plantes, VII, 519. Pt.

DIPSAS. Boié a employé le nom de Dipsas pour désigner des Serpents opisthoglyphes {voy. Ophidiens) chez lesquels le tronc est cylindrique, revêtu d'écaillés lisses, la queue robuste, les yeux placés latéralement ; les écailles de la queue sont disposées en une double série.

Ce genre Dipsas est devenu pour Duméril et Bibron le type de la famille des Dipsadiens, qui comprend tous les Serpents à dents sus-maxillaires supérieures cannelées et plus longues que celles qui les précèdent, à tête grosse, large et obtuse, nettement distincte du tronc, à museau étroit et arrondi, au corps vigoureux et comprimé; les formes relativement lourdes de ces animaux les rendent moins arboricoles que la plupart des autres Opisthoglyphes ; ils habitent de préférence les grandes forêts des régions tropicales.

La famille des Dipsadiens, telle qu'elle a été délimitée par Jan, se compose de 9 genres, parmi lesquels nous citerons les genres Tarbophis, Télescope [voij. ce mot), llimantodes, llelerurus, Dipsas.

Le Tarbophis vivax est la seule espèce qui soit européenne. C'est un serpent de couleur grisâtre, orné de trois rangées longitudinales de taches foncées s'étendant depuis l'origine du tronc jusqu'à l'extrémité de la queue ; il se trouve en Egypte, sur les bords de la mer Caspienne, dans une partie de l'Arménie; on l'a recueilli dans l'Istrie, la Dalmatie, l'Albanie; il se lient de préférence sous les pierres, ne quittant son repaire que le soir ou de grand

matin.

A l'inverse des Tarbophis, qui sont des animaux aux formes assez lourdes, les llimantodes ont le corps long et grêle, comprimé ; la queue trèsgrêle, très-longue, est si mince qu'elle semble se terminer par un ill; le dos est caréné, revêtu d'écaillés hexagonales lancéolées ; le dessus du corps porte, sur un fond blanchâtre, une série de grandes taches losangiques d'un brun marron, tantôt clair, tantôt foncé, encadrées de noir. VHunantodes cenchoa habite les forêts vierges des Guyanes, du nord du Brésil, du sud du Mexique, de l'Amérique centrale; il a, dit-on, l'habitude de rester exposé aux rayons du soleil sur les feuilles du Cocotier Patti, d'où le nom de Cipo ou Cunicucu Pattioha qu'on lui donne vulgairement.

Les Ileterurus présentent cette particularité que les plaques qui recouvrent le dessous de la queue sont en partie simples, tandis que d'autres sont disposées

736 DIPSOMANIE.

suivant deux rangées. Le genre est particulier à Madagascar, où l'on trouve deux espèces, l'Heterurus de Gaimard au corps d'un brun pourpré orné de nombreuses bandes noires, étroites et espacées, et l'Heterurus à bandes étroites, qui a la tête plus large, le tronc moins long, la queue plus grêle.

Le genre Dipsas ne comprend pas moins de 21 espèces qui habitent la Nouvelle-Guinée, les îles de la Sonde, le sud et l'ouest de l'Afrique, Madagascar, le Mexique, l'Amérique centrale et le nord de l'Amérique du Sud. Ce sont des serpents qui peuvent atteindre un mètre et demi de long ; les formes sont trèsgrêles et élancées, surtout chez les espèces qui composent le sous-genre Triglyphodon; la coloration est généralement brunâtre et le fond est relevé de bandes ou de taches souvent fort agréablement distribuées, formant des anneaux, des damiers, des losanges de couleur jaune ou blanchâtre ; certaines espèces, tel est le Dipsas bleu, sont unicolores ; la coloration peut, du reste, varier avec l'âge, le jeune ayant des taches disposées en rosaces formant plus tard des bandes transversales ou longitudinales. Les écailles sont lisses et l'on en compte de 15 à 27 dans une série transversale. H.-E. Sauvage.

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DIPSOIIATVIE. Synonymie. Fnror hibeiuli et oîvojxavi'a de Salvatori; Trunksncht de Bruhl-Cramer ; oinomanie de Stœber; monomanie iV ivresse d'Esquirol, etc.

Définition. On donne le nom de dipsomanie (de Si']^a, soif, et [xavi'a, folie) à une forme spéciale de maladie mentale caractérisée par un pencliant irrésistible pour les liqueurs alcoohques, se manifestant par accès impulsifs intermittents .

Il est important, au point de vue scientifique, de bien distinguer la dipsomanie de l'ivresse, du delirium tremens et de l'alcoolisme. Tous ces états ont, il est vrai, un point commun, c'est-à-dire l'ingestion de liqueurs alcooliques ; mais dans la dipsomanie celle-ci est un effet de la maladie, tandis que, dans l'ivresse, le delirium tremens et l'alcoolisme, les boissons fermentées, jouent le rôle de cause.

Il y a une distinction non moins importante à établir entre la dipsomanie et l'ivrognerie. « Les ivrognes, a dit Trélat, sont des gens qui s'enivrent quand ils trouvent l'occasion de boire. Les dipsomanes sont des malades qui s'enivrent toutes les fois que leur accès les prend » {La folie lucide. Paris, 1861, p. 151). Dans une de ses leçons cliniques, le professeur Lasègue, comparant d'une part l'ivrogne à l'hystérique dont les attaques sont produites par des causes extérieures, et d'autre part le dipsomane à l'épileptique dont les accès ont une cause organique interne, posait l'aphorisme suivant : « L'ivrogne est au dipsomane ce que l'hystérique est à l'épileptique. »

Historique. Quoique la description scientifique de la dipsomanie ne date que du commencement du siècle, il semble difficile d'admettre que l'entrahiement maladif à boire avec excès des boissons enivrantes n'ait pas eu antérieurement ses victimes. En compulsant avec soin les ouvrages de médecine des siècles passés, on trouverait sans doute l'observation de plus d'un dipsomane. Mais nous

DIPSOM.\NIE. 737

n'avons pas à iaire ici l'histoire de la dipsomanie à travers les âges ; notre tâche est plus simple, elle consiste à faire l'historique de la constitution de cette variété d'impulsion morbide et celui des théories qu'elles a suscitées.

Grâce aux savants travaux de M. Achille Foville, auxquels nous empruntons la plupart des renseignements qui vont suivre, il paraît définitivement établi que c'est à un médecin italien, nommé Salvatori, qui exerçait à Moscou au commencement de ce siècle, qu'est due la première description de la dipsomanie. Le travail qui lui est consacré est intitulé : Description pathologique de V ivrognerie continue, rémittente et intermittente, et a été lu, sous forme de mémoire, devant la Société de médecine et de physique de Moscou, le 8 décembre 1817. Traduit du latin en anglais par Turnbull et inséré dans le Journal of Pyschological Médecine, de Forbes Winslow (2« série, t. II, p. 485), le mémoire du docteur Salvatori présente le plus haut intérêt. Voici comment il débute : « La maladie sur laquelle je désire appeler l'attention a été bannie jusqu'ici de la pratique nosologique, et, si les médecins ne l'ont pas entièrement négligée, du moins ils paraissent l'avoir considérée comme impossible à combattre et à guérir par les moyens ordinaires... Je veuxparler de l'habitude de boire d'une manière immodérée du vin et des boissons ardentes, et d'une maladie spéciale qui en dérive, et que l'on peut appeler furor bibendi ou, pour employer un mot grec, otva(jLav''a. Partout on peut rencontrer des exemples de cette singulière folie. » Suit une description très-détaillée et très-bien faite de celle-ci, qui justifie l'appréciation qu'en a portée le docteur Chrislison, en déclarant que « c'est le meilleur travail qu'il connaisse sur la question » {On some of the Médico-légal Relations of t/ie Habit of Intempérance, p. 52, Edimbourg, 1851).

Deux ans après la lecture du mémoire de Salvatori, c'est-à-dire en 1819, parutà Berlin une brochure intitulée: Ueber die Trunkmcht, iind eine rationelle lieilmethode derselben, mite inem Vorwort von Doctor Hufeland [De la manie de la boisson, et méthode rationnelle de la guérir, avec une préface du docteur Hufeland). L'extrait suivant que nous donnons de l'avant-propos d' Hufeland indique l'esprit de travail de Bruhl Cramer, en même temps nous voyons qu'il y est, pour la première fois, fait mention du mot dipsomanie. « Il sera certainement agréable pour tout le public médical, dit le professeur de Berlin, de connaître sur un des lléaux du genre humain, qui prend toujours plus d'extension parmi nous, le résultat de l'expérience d'un médecin que sa position a mis dans des conditions particulièrement favorables pour l'observer. L'auteur montre comment l'habitude vicieuse produit à la Cm une véritable maladie, la Trunk' sucht, qui a la plus grande analogie avec la nymphomanie, et que, par conséquent, l'on pourrait fort bien désigner en nosologie sous le nom de dipsomanie; il indique sa marche, ses terminaisons, le traitement que l'on doit suivre, et montre qu'elle peut quelquefois être heureusement guérie. »

En France, les premiers travaux sur la question sont dus à Stœber et à Léveillé. Le premier de ces auteurs, dans sa thèse soutenue, en J82i, à Strasbourg, et intitulée : Du delirium tremens, considère comme une variété de cette affection l'entraînement morbide et irrésistible à boire avec excès des liqueurs alcooliques et lui donne le nom d'oinomanie. Quant à Léveillé, il parle, dans son travail Sur la folie des ivrognes, Paris, 1825, de la dipsomanie, et en donne une description d'après Hufeland; mais celle-ci ne se rapporte nullement à ce que le médecin allemand entendait par là et elle ne nous donne que l'exposé syraptomatique d'une variété de delirium tremens.

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