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Esquirol, dans son article Mo.nomanie publié en 1819 dans le Dictionnaire en soixante volumes, ne parle pas encore de l'impulsion à boire avec excès des liqueurs enivrantes ; mais dans la traduction de la Médecine légale relative aux aliénés de Iloffbauer, publiée en 1827, il dit dans une des notes dont il a enrichi cet ouvrage : « Dans quelques cas, l'observation démontre que l'abus des boissons enivrantes et l'ivresse sont les premiers symptômes, ou mieux, les symptômes les plus saillants d'une folie commençante... Les malades atteints de cette variété de folie obéissent à un entraînement auquel il n'est pas en leur pouvoir de résister. Les motifs les plus puissants, les résolutions et les promesses les plus solennelles, la honte et le danger auxquels ils s'exposent, les douleurs physiques qui les attendent, les châtiments dont on les menace, s'ils ne se corrigent, les prières, les supplications de l'amitié, rien ne peut les détourner de ce funeste penchant. Ces malades ne sont-ils pas de vrais monomaniaques? Si on les observe avec soin, on retrouvera en eux tous les traits qui caractérisent la folie partielle » [loc. cit., p. 240).
Dans son Traité des maladies mentales, publié eu 1858, Esquirol reproduit son article Mokomanie du Dictionnaire en soixante volumes ; mais il y intercale un chapitre nouveau, consacré à ce qu'il appelle la monomanie de V ivresse, et dans lequel les causes, la marclie et le traitement de cette folie partielle sont traités avec le plus grand soin.
Dès lors, la dipsomanie, sous ce nom ou sous celui que lui a donné Esquirol, a trouvé place dans tous les traités des maladies mentales. Marcé et M. Dagonet, suivant en cela le maîlre, la rangent dans la catégorie des monomanies. Quant à Morel, adversaire déclaré des monomanies, il considère les tendances dépravées pour les boissons alcooliques comme des symptômes de la folie ; il les signale dans les périodes initiales de l'aliénation mentale, à l'époque de la ménopause chez les femmes et, enfin, dans différentes variétés des aliénations héréditaires.
Parmi les auteurs plus modernes encore, nous trouvons Krafft-Ebing qui classe la dipsomanie dans la catégorie des folies périodiques {Lehrbuch der Psychiatrie, Stuttgard, 1879, t. Il, p. 150) ; M. Magnau la considère comme une variété de la lypémanie {Archives de neurologie, t. l, 1880, p. 57); M. B. Bail, se rangeant à l'opinion d'Esquirol et de M. Achille Foville ( art. Dipsomanie du Nouveau Dictionnaire de médecine, t. Xt, 1869), la classe parmi les délires partiels [Leçons sur les maladies mentales, Paris, 1883, p. 670).
Étant donné la production de cette psychose par accès intermittents, la fréquence de la prédisposition héréditaire chez ceux qui en sont atteints, etc., nous croyons qu'il est logique de suivre Krafft-libing et de classer la dipsomanie dans la catégorie des folies 'périodiques.
Étiologie. Les premiers auteurs qui ont écrit sur l'entraînement morbide à boire des liqueurs enivrantes, Salvatori et Bruhl-Gramer entre autres, ont considéré la dipsomanie comme un effet des excès alcooliques. D'après eux, les ivrognes finissent par devenir dipsomanes. Grâce à une observation plus rigoureuse et à une connaissance plus exacte des faits, cette étiologie n'est plus admise aujourd'hui. Aussi il est établi que la psychose que nous étudions ici, loin de se développer chez les ivrognes de profession, se produit, au contraire, chez des individus dont « les habitudes de la vie avaient été jusque-là sobres, régulières, quelquefois même jusqu'à la correction exigeante » (Ch. Lasègue, Dipsomanie et alcoolisme [Archives générales de médecine, numéro de septembre 1882]).
Comme toutes les psychoses périodiques, la dipsomanie est surtout une affec-
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tion héréditaire; aussi tronve-t-on chez les ascendants de ceux qui en sqnt atteints des individus qui ont été dipsomanes eux-mêmes ou qui ont présenté des symptômes d'aliénation mentale ou des maladies nerveuses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, l'hypochondrie, etc.
Un autre point important à noter et que le professeur Lasègue a mis en lumière, c'est que la dipsomanie est rare dans les classes pauvres, et quand on l'y rencontre, on a affaire à « des déclassés ayant reçu de l'instruction, subi des examens et joui d'une fortune dissipée ou compromise. La dipsomanie rentre à ce titre dans la catégorie de la goutte, du diabète, etc.. Je me risquerais presque à ajouter, dit le même auteur, que ce n'est la maladie, ni des imbéciles, ni des gens de peu » [loc. cit., p. 259).
Parmi les causes qu'on a assignées à la dipsomanie, celles qui semblent le mieux établies sont celles qui dépendent de la vie utérine chez la femme. La menstruation, la grosF.esse et surtout la ménopause, jouent, en effet, un grand rôle dans la production des tendancefi à boire avec excès des liqueurs enivrantes. Quand à ce que nous venons de dire, nous ajouterons ces causes banales qu'on énumère pour toutes les formes de folie, c'est-à-dire les émotions morales, les chagrins domestiques, la jalousie, la misère, la perte de la fortune, etc., nous aurons énuméré toutes nos connaissances actuelles sur l'étiologie de la dipsomanie.
Symptomatologie. Les symptômes de l'accès de dipsomanie ont été décrits avec soin par le docteur Lmas, en son article Monomanie de ce Dictionnaire (2'^ série, t. IX, p. 188) ; rappelons-en les traits principaux.
Et d'abord les prodromes. Plusieurs heures, souvent plusieurs jours avant que le malade commence à boire, on observe chez lui de l'insomnie, de l'inappétence, de la lourdeur de tête, de la céphalalgie, des congestions vers le cerveau, des étourdissements, des illusions de la vue et de l'ouïe ; il manifeste une plus grande irritabilité, se plaint d'anxiété précordiale et ne peut rester en place. Bientôt éclate le besoin irrésistible de boire. Ce besoin n'est pas généralement satisfait à la manière des ivrognes, qui vont de cabaret en cabaret pour satisfaire leur passion; mais d'ordinaire le dipsomane se cache, s'enferme dans sa chambre où il a eu la précaution de s'approvisionner de sa boisson favorite. Pour se la procurer il emploie tous les moyens : il n'hésite même pas à vendre ses effets pour avoir l'argent nécessaire. Les quantités de liquide qu'il absorbe pour arriver à une ivresse complète sont parfois considérables. Enfui le malade tombe dans une sorte de stupeur alcoolique qui dure plusieurs jours, après lesquels il rentre dans son état normal. Alors il se reproche sa faiblesse, son manque de volonté, il se repent vivement et prend les résolutions les plus sérieuses pour combattre ce vice; mais, reviennent les prodromes d'un nouvel accès, la volonté s'affaiblit, les meilleures résolutions s'évanouissent, et la rechute arrive fatalement.
Telle est la description de ce que l'on peut appeler l'accès type de dipsomanie. Pour être plus complet, il nous faut entrer dans quelques détails qui ne sont pas
sans intérêt.
Pour assouvir leur besoin de boire, nous avons vu que, d'ordinaire, les malades se confinent chez eux et recherchent la solitude. On en voit aussi qui, à un moment donné, disparaissent et deviennent en quelque sorte introuvables ; au bout d'un temps plus ou moins prolongé, lorsque la crise est finie, ils reviennent, mais ne donnent aucune explication de leur disparition. Ce fait se renouvelle à plusieurs reprises et reste aussi mystérieux, jusqu'à ce qu'un beau
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jour, par une circonstance ou une autre, ils soient trouvés ivres-morts, soit dans un cabaret de bas-étage, ou même sur une route et à une distance souvent éloignée de leurbabitation. Quelques-uns s'installent dans un établissement public, café, brasserie, auberge ou autre, et y boivent jusqu'à complète ébriété ; d'autres, au contraire, vont de cabaret en cabaret.
Quanta la nature du liquide ingéré, il varie suivant les individus; les uns s'enivrent avec du vin, d'autres avec de l'eau-de-vie, il en est enfui qui prennent de l'élher ou du chloroforme. Nous avons connu un malade qui, a chacun de ses accès, achetait un grand flacon d'éther, puis, prenant une voiture à Theiire, il s'y enfermait et aspirait la liqueur enivrante jusqu'à satiété. Après de longues courses il se trouvait souvent dans l'impossibilité de payer son cocher : de là des scènes d'autant plus violentes, que le malade était en proie à la plus vive surexcitation.
Nous avons dit que le dipsomane emploie tous les moyens pour arriver à assouvir la soif qui le consume : s'il n'a plus d'argent, il vend ou engage ce qu'il possède, jusqu'à ses vêtements ; il fait des dettes et, lorsqu'il a épuisé tout son crédit, il ira jusqu'à recourir au vol et parfois même au crime.
Lorsque le malade est arrivé au déclin de l'accès, il est généralement dans un état d'ivresse le plus abject ; il présente alors tous les symptômes de l'intoxication alcoolique aiguë: catarrhe de l'estomac, vomissements, étourdissements, phénomènes de col lapsus, tremblements et parfois aussi hallucinations terrifiantes. « Le plus souvent, ainsi que le dit M. Achille Foville, des vomissements signalent la fm des paroxjmes ; Bruhl-Cramer, Wœber, le plus grand nombre des auteurs anglais, les considèrent comme une crise constante. La convalescence peut être longue ; elle s'accompagne ordinairement de fatigue, d'abattement, d'anorexie, de dégoût et de honte » (art. Dipsomanie du Nouveau Dictionnaire (le médecine y t. XI, p. 645).
La durée des accès peut varier de quelques jours à plusieurs mois. Salvatori dit n'en avoir jamais observé de plus de deux semaines. Esquirol cite l'observation d'une dame chez laquelle ce besoin de boire à l'excès durait plusieurs mois.
Ces accès peuvent éclater tous les ans ou bien deux ou trois fois par an, parfois tous les mois, d'autres fois tous les huit jours. Salvatori et Bruhl-Cramer ont observé plusieurs malades dont les accès, d'une durée exacte de six jours, étaient séparés par des intervalles de même longueur. D'ordinaire le retour des paroxysmes est à peu près périodique; cela s'observe surtout chez les femmes et s'explique alors par la coïncidence avec les époques menstruelles.
Quant aux intervalles de sobriété, leur durée est aussi très-variable, mais on a remarqué qu'elle surpasse d'ordinaire celle des accès. Toutefois, nous ferons remarquer que, les accès tendant à se rapprocher à mesure que la maladie devient plus ancienne, les intervalles de santé deviennent de plus en plus courts.
Quel est l'état mental des malades pendant ces intervalles de sobriété ? Nous avons déjà dit plus haut que les dipsomanes, une fois l'accès passé, ont conscience de leur maladie; ils en déplorent les funestes effets, ils font les plus belles promesses, prennent les résolutions les plus solennelles. On en voit même qui, pendant cette période de santé, ont une telle répugnance pour toute espèce de liqueurs alcooliques, qu'ils ne peuvent boire que de l'eau.
Comment finit le dipsomane? Est-il destiné à tomber, après ces ingestions répétées de liqueurs spiritueuses, dans l'alcoolisme chronique, et à présenter
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tous les symptômes de celte affection? Certains autem'S l'affirment; le professeur Lasègue le nie. Pour ce savant maître, le dipsomane, à aucune phase de son alfection, ne présente des symptômes de l'alcoolisme. Voici les raisons qu'il donne et que nous croyons devoir reproduire textuellement :
« Pendant les phases aiguës, le dipsomane ne présente aucun, je dis aucun, des symptômes de l'alcoolisme. Son sommeil est massif; il n'est pas troublé par les rêves caractéristiques, manifestation initiale et obligée du delirium tremens. Il tremble peut-être dans la mesure de tout homme abruti ou profondément énervé, mais il n'est pas sujet au tremblement rhythmé qui à lui seul est presque pathognomonii|uc.
« Personne n'a jamais vu un dipsomane, fût-il imbibé à l'extrême par la boisson, entrer dans une de ces attaques ardentes par la fièvre, débordantes de sueurs, terribles rien qu'à leur aspect et où se décide en trois jours la vie ou la mort du malade.
« Personne n'a vu davantage un dipsomane acculé, à force d'excès, dans l'impasse de l'alcoolisme clironique. Il a sa cachexie particulière et son mode de dégradation identique à la déchéance progressive des ivrognes.
« De même est-il préservé, aux degrés moyens, des aventures mentales de l'alcoolisme. Pas d'hallucinations transitoires, pas de terreurs de jour et de nuit, pas de tendances au suicide. Habituellement insouciant, il est bien moins agressif que les ivrognes de hasard. Ce serait une iiardiesse de dire que la dipsomanie et même l'ivresse sont Vantidote de l'alcoolisme, et pourtant cette assertion paradoxale toucherait au plus près de la vérité » [loc. cit., p. 267).
DiAGA'osTic. Il est souvent très-difficile de diagnostiquer la dipsomanie. En effet, les malades atteints de ce genre de psychose ayant l'habitude de boire en cachette, de dissimuler en quelque sorte leur passion pour les liqueurs enivrantes, c'est d'ordinaire le hasard qui met sur la voie. Ainsi tel individu, sous prétexte d'affaires, quitte périodiquement sa famille et vient à Paris, où, pendant plusieurs semaines, il se livre à des excès de boisson tels qu'il est dans un état de constante ivresse. C'est par la police qui l'a une nuit ramassé ivre-mort dans la rue, que la famille finit par être éclairée sur le véritable motif des absences périodiques. Que d'exemples de ce genre on pourrait citer !
Quoi qu'il en soit, le diagnostic de la dipsomanie ne devra jamais être basé que sur la connaissance de la marche paroxystique des symptômes et la constatation de plusieurs accès.
Nous insistons sur ce dernier point, — la constatation de plusieurs accès, — car, si la dipsomanie est une psychose périodique bien distincte et nettement déterminée, elle peut aussi, en certains cas, être symptomatique d'autres affections mentales. On observe, en effet, cette tendance à boire des liqueurs enivrantes au début de certaines formes de folie, et surtout dans la phase prodromique de paralysie générale. Dans cette dernière affection même, on est trop souvent porté à attribuer à ce symptôme le rôle de cause, alors qu'en réalité il n'est qu'effet de la maladie. L'examen minutieux du malade et la recherche de ses antécédents permettront, dans ces cas, de faire la vérité et de distinguer si l'on se trouve en présence d'une dipsomanie essentielle ou d'une dipsomanie annonçant l'invasion d'une autre forme de folie et en particulier d'une paralysie générale.
Mais il existe des cas où le diagnostic présente plus de difficultés. On sait que, dans la période d'excitation de la folie à double forme, certains malades se livrent à des excès de boisson. Ces excès, par suite même de la périodicité de l'affection,
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se présentant par accès, pourraient faire croire à l'existence d'une véritable dipsomanie. 11 est peut-être facile d'éviter en ces cas toute cause d'erreur. En effet, pendant la période d'excitation de la folie à double forme, les malades ne sont pas seulement dipsomanes, ils présentent, outre cette tendance à boire avec Bxcès, une surexcitation générale de toutes les facultés, des tendances à l'érotisme, pai'fois des idées de satisfaction et de grandeur; le dipsomane vrai, au contraire, s'isole, a des propensions à la tristesse, boit en cacbette, etc. 11 y a donc, rien iquedans la manière d'être des malades pendant l'accès, des moyens de diagnostic différentiel précieux. Si ensuite on s'adresse aux anamnestiques, on possédera les éléments nécessaires pour établir la distinction entre l'une et l'autre maladie.
Pronostic. Les auteurs qui ont écrit sur la dipsomanie reconnaissent qu'elle est à peu près incurable. Toutefois, Salvatori assure avoir guéri quarante-huit dipsomanes sur cinquante. Aujourd'hui que cette maladie est mieux connue, on a le droit de trouver exagérés les excellents résultats obtenus par ce praticien.
Trélat est plus près de la vérité lorsqu'il dit que, si la guérison de l'ivrognerie est très-rare, celle de la dipsomanie est plus rare encore.
Cette affection ne présente pas seulement de la gravité pour l'individu qui en est atteint, mais aussi pour ses descendants. Comme le dit avec raison M. Achille Foville, le dipsomane « n'est pas seul à souffrir; il transmet le plus souvent, à ses enfants ou à ses petits-enfants, le germe d'une affection semblable à la sienne ou de maladies nerveuses plus ou moins analogues ; 'd'autres fois, et ce sont peutêtre les cas les plus heureux, il est frappé de stérilité » {loc. cit., p. MG).
Traitement. Le traitement de la dipsomanie doit répondre à deux indications: d'une part, il faut combattre les accidents de l'accès; d'autre part, il s'agirait de trouver les moyens d'empêcher le retour de ce dernier, c'est-à-dire , de guérir l'impulsion morbide elle-même.
Les accidents de l'accès de dipsomanie n'étant en somme que ceux de l'ivresse proprement dite, nous renverrons pour leur traitement à l'article Alcoolisme de ce Dictionnaire.
Quant aux traitements préconisés contre la maladie, ils sont très-nombreux : moyens physiques, moyens moraux, tout a été employé, et nous ne croyons pas que le résultat ait répondu aux efforts. Nous sommes sur ce point de l'avis du professeur Lasègue : « Les tentatives nombreuses, persévérantes, essayées tantôt par des médecins compétents, tantôt par des philanthropes plus éducateurs que médecins, ont donné, dit ce savant maître, les résultats qu'on sait. Le plan généralement adopté pour la cure des dipsomanes fournit des indications bonnes à recueillir. Les dipsomanes ont été considérés et traités comme les autres malades atteints d'affections mentales ; on a espéré à tort ou à raison les guérir par les influences morales ou religieuses, par l'intimidation, l'isolement et le travail... {loc. aï., p. 268).
Comme tous les autres aliénés, on a surtout traité les dipsomanes par l'isolement, et, en plus d'un cas, on a eu à se louer de ce moyen de traitement. Mais son application peut présenter des difficultés qu'il est bon de faire connaître. Ainsi, qu'on enferme malgré lui, dans une établissement d'aliénés, un dipsomane pendant son accès, aussitôt qu'il sera entré dans son intervalle de santé il pourra demander à être remis en liberté et il sera difficile, étant donné l'état de notre législation, de ne pas accéder à son désir. Dans ce cas, l'isolement aura pu diminuer la durée de l'accès, mais n'aura eu aucune action sur la maladie ellemême. Que ce malade, au contraire, consente à rester dans l'asile oii il a été
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placé, qu'il soit pris, comme cela est fréquent, de remords et du désir de guérir, ces bonnes résolutions tiendront jusqu'au prochain accès; à ce moment, il n'y aura pas de moyens qu'il n'emploie pour s'évader afin de pouvoir assouvir sa passion.
Quelles que soient les difficultés, légales ou matérielles, à retenir enfermés les dipsomanes, il faut reconnaître avec Esquirol que l'isolement, et un isolement prolongé, est encore le moyen thérapeutique le meilleur pour guérir ce genre de malades.
Médecine légale. La question qui se présente ici d'abnrd est celle-là même que nous venons de traiter en parlant du traitement. En effet, on peut se demander s'il est légitime de séquestrer les dipsomanes dans un asile d'aliénés, et, dans le cas de l'affirmative, combien de temjis ils peuvent y être retenus.
Quant au premier point, il n'est personne qui hésite à répondre par l'affirmative. La séquestration est en quelque sorte obligatoire, tontes les fois que le dipsomane, dans le cours de son accès, commet, sous l'influence de ses idées délirantes, des actes dangereux, pouvant compromettre l'ordre public ou nuire à sa sécurité personnelle.
La réponse au second point est plus difficile. Il est impossible de retenir indéfiniment dans un asile ce genre de malades ; et cependant, dès qu'on les rend à la liberté, ils se livrent, au bout d'un temps plus ou moins prolongé, à de nouveaux excès de boissons. Aussi ne font-ils qu'entier dans les asiles d'aliénés et en sortir. Quelle est, en pareil cas, la conduite à tenir? Il ne peut être question de poser ici de règle générale, chaque cas particulier devra en quelque sorte inspirer les indications qu'il y aura lieu de suivre. Néanmoins, il y a certains points que M. Achille Foville a signalés et dont il sera bon de tenir compte. « Lorsque le dipsomane aura été déjà plusieurs fois relâché, et qu'il sera ramené promptement à l'asile, il nous paraîtra légitime, dit ce savant aliéniste, de l'y retenir plus longtemps que lors des séjours antérieurs. Lorsque son état général de névropathie sera caractérisé par des symptômes bien accusés, au milieu desquels l'entraînement à boire ne figurera que comme appoint, lorsque l'expérience aura appris que l'on doit compter sur une rechute presque immédiate, lorsque surtout l'on saura que, dans le trouble intellectuel produit par ses accès, le malade devient dangereux pour lui-même ou pour les autres, on sera autorisé, malgré sa lucidité même prolongée, à le maintenir renfermé, pour le défendre, malgré lui, contre les suites de son funeste entraînement » [loc. cit., p. 646).
Le dipsomane, avons-nous dit, vend ce qu'il possède, fait des dettes, pour satisfaire son besoin de boire. Il peut donc arriver un moment où il est indispensable de sauvegarder les biens d'un pareil malade. Nous croyons que les tribunaux se résoudraient difficilement à prononcer l'interdiction, lorsque les accès sont éloignés et que les intervalles lucides de longue durée sont bien nets et bien caractérisés. On n'aurait quelque chance de l'obtenir que dans les cas, comme dans celui cité par M. Legrand du Saulle [ISoie médico-légale sur un cas rare de dipsomanie [Annales d'hygiène et de médecine légale, numéro de mai 1882]), oh les accès deviennent, pour ainsi dire, subintrants, et ne laissent plus au malheureux qui les présente que des intervalles lucides de courte
durée.
Quant aux actes délictueux ou criminels qui pourraient être commis par les dipsomanes pendant leurs accès, nous renvoyons pour leur étude et leur appré-
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,^ DIPTÈRES» ((îtTTTepoc, de Sic, deux, et -jTTepov, aile). Ordre d'insectes créé par Linné et caractérisé par la présence de deux ailes. Tous les natui alistes qui ont suivi Linné, tels que Latreille, Meigen, Fallen, Wiedemann, ont adopté celte division si naturelle, mais Fabricius, qui fondait ses distinctions chez les insectes d après les organes buccaux, avait placé les Diptères parmi d'autres insectes suceurs, sous le nom à'Antliates.
, Le grand signe caractéristique ou distinctif des. insectes Diptères consiste dans leurs deux ailes, au-dessous desquelles sont deux organes qu'on a nommés
balanciers. Macquarl n'admettait pas que les balanciers puissent être considérés comme des ailes rudimentaires, mais depuis la publication de ses travaux divers auteurs, entre autres Kiinckel d'IIerculais, ont prouvé expérimentalement que les balanciers étaient des organes essentiels au vol. :
Les Diptères sont extrêmement nombreux sur notre planète; certaines es|)èces ont des représentants innombrables, aussi de tous les ordres d'insectes celui-ci €st-il le plus répandu. Les contrées polaires et si froides du globe offrent des légions de Cousins {voy. Cousins).
Les Diptères se trouvent dans les climats les plus opposés. Les cliamps, les prairies, les bois, les bords de la mer, sont peuplés de ces insectes, nos liabilations renft rment des Diptères. Ils vivent à l'état de larve tantôt de sucs ou de tissus végétaux, tantôt de matières animales ; à l'état parfait, beaucoup sont sanguicoles (Cousins, Taons), d'autres font la chasse aux insectes plus petits qu'eux {Empides), le plus grand nombre sucent ou lèchent les substances sucrées des fleurs ou des diverses parties des plantes. Beaucoup de Diptères offrent des métamorphoses complètes, avec des larves très-différentes de l'insecte arrivé à l'état de perfectose et même de nymphose.
Les Diptères à l'état parfait ou d'imago présentent à considérer : 1° la tête; 2" le thorax ; 3° l'abdomen. ,
i La tète, de la largeur du corselet en moyenne, est plus souvent transversale qu'allongée. Les yeux à facettes, ordinairement grands, surtout chez lés mâles, envahissent quelquefois la presque totalité de la tête, ne laissant ainsi d'espace que pour l'ouverture buccale, l'insertion des antennes et les ocelles. Ces derniers ou stemmates sont au nombre de trois, placés sur le vertex ; le Diptère est ainsi, grâce à ses deux espèces d'yeux, et comme la majorité des insectes, presbyte et myope. Les antennes sont composées le plus souvent de trois articles, mais parfois d'un plus gr.md nombre (Nématocères) ; il arrive souvent que le troisième article est accompagné d'un style ou soie allongée, multiarticulée, considérée comme un appendice antennaire, mais qui pourrait être assimilée aux articles basilaires. Les organes buccaux forment une sorte de trompe prenant les aliments liquides. C'est une gaine renfermant un suçoir, gaine représentant la lèvre inférieure; le suçoir peut être formé tantôt de deux pièces analogues au labre ou lèvre supérieure, tantôt de quatre pièces avec addition des deux mâchoires, enfin de six pièces, avec des mandibules en plus. Deux palpes chacun de deux à cinq articles. Cette composition buccale distingue les Diptères des Hémiptères, qui n'ont point de palpes et dont le suçoir est ordinairement composé de six pièces, Laspiritrompc ou le suçoir des Lépidoptères résultant de l'accolement des mâchoires avec le labre, les mandibules à l'état rudimentaire et quatre palpes dont les labiaux recouvrent la trompe, les différencie encore plus des insectes Diptères {voy. Lépidoptères). : ;
2. Le thorax est recouvert, comme l'abdomen, de téguments en général minces et peu résistants, il est composé de trois segments disposés comme dans les Hyménoptères et Lépidoptères; 1° un prothorax, très-court, plus visible suc les côtés, donnant attache" à la première paire de pattes ; 2° un mésothorax très-o^rand, convexe, donnant attache aux ailes et à la seconde paire de pattes; 5° un métathorax étroit, uni à l'abdomen, donnant attache en dessous à la troisième paire de pattes L'écusson bien visible est rarement muni de prolongement ou pointes (Notacanlhes).
Les deux ailes sont exclusivement membraneuses, comme celles des Névro-
ptères vrais {voy. Névroptères) et des Hyménoptères, elles sont nervule'es. Macquart regardait chaque aile du Diptère comme représentant les deux ailes supérieure et inférieure, droite ou gauche, d'une abeille prise pour exemple ; pour lui les deux ailes de l'IIyménoptère n'en formaient qu'une fendue en deux. Enfin les balanciers n'étaient point des ailes rudimentaires, étant insérés sur le segment niédiaire contigu au thorax, mais dépendant de l'abdomen. Les nervures longitudinales des ailes sont plus nombreuses que les transversales; ces nervures divisent le champ de l'aile en cellules qui ont reçu divers noms. Macquart a décrit des cellules discoïdales, médiastines, costales, marginales, sous-marginales, postérieures, anales, axillaires. Rondani et Schiner ont adopté d'autres dénominations.
Les pattes sont toujours au nombre de six et disposées en trois paires : elles sont constituées par une hanche courte, une cuisse ou fémur de forme épaisse, une jambe ou tibia, allongée, suivie d'un tarse multi-articulé, terminée par des crochets et des pelotes spéciales, qui manquent rarement.
3. L'abdomen, de quatre à sept segments, varie beaucoup dans sa configuration; il est ordinairement ovoïde et allongé, plus ferme et plus résistant ou moins mollasse en-dessus. 11 porte à l'extrémité l'armure génitale mâle fort compliquée, avec des parties en forme de lanières, de tenailles, de pinces, de crochets, ou bien l'armure génitale femelle, disposée en oviducte tubulaire, plus ou moins développé.
Les modifications des parties principales du corps que nous venons d'exposer sont considérables. Ainsi la tète ordinairement déprimée s'arrondit chez les Culicides et les Empides ; elle se dilate et porte des expansions latérales chez les Diopsis et les Achias; elle devient parfois extrêmement petite (Cyrte, Acrocère). Les yeux tantôt ronds, ovales, réniformes, velus ou nus, ont, chez quelques Diptères, des teintes chatoyantes (Taons, Chrysops). La cavité buccale est oblitérée ou rudimentaire chez les Œstrides. Le thorax tantôt gibbeux, tantôt plan ou convexe, peut offrir des proéminences. Les modifications des ailes sont grandes, mais moins considérables que celles des pattes. Ces dernières peuvent être d'une brièveté remarquable ou au contraire d'une longueur démesurée (Tipulaires), elles se présentent droites, effilées, armées ou non de soies, de piquants ou de cils. Dans quelques familles, les pattes antérieures sont ravisseuses ou bien elles offrent des caractères sexuels propres aux mâles.
Le revêtement du corps est des plus variés. Parfois presque glabre, luisant, poli, le tégument chitineux est presque toujours revêtu de poils fins ou gros, plus ou moins serrés, formant fourrure, ou, au contraire, épars ; il est pourvu chez les Muscides de soies ou de piquants, disposés sur la tête, le thorax et l'abdomen, suivant des régions ou des séries linéaires, pouvant servir à caractériser les espèces.
Les organes internes forment les appareils de la digestion, de la respiration, de la circulation, de la génération; ils ont été 'étudiés par Léon Dufour et d'autres anatomistes, en particulier Kùnckel pour les Volucelles. Voici un résumé de leurs recherches.
La cavité buccale est suivie d'un œsophage court. Les eflandes salivaires existent chez tous les Diptères, formant de chaque côté un tube flexueux, ou replié, ou pelotonné, qui s'unit à son voisin pour former un conduit excréteur unique versant la salive dans la bouche. Cette salive chez le Cousin et d'autres espèces est nuisible pour l'homme et les animaux {voy. Cousins).
Une panse ou estomac de succion, placée au côté gauche du corps, existe comme chez les Lépidoptères, et, faisant suite à l'œsophage, aide à la montée des aliments ; elle a un léservoir simple ou bilobé et un col grêle, lubuleux. Plusieurs Diptères possèdent un gésier à parois calleuses. Le ventricule chylifique se replie plusieurs fois ou, au contraire, il est droit, muni ou non de bourses ventriculaires suivant .es familles. Les vaisseaux de Malpiglii sont ordinairement au nombre de quatre, insérés isolément ou par paires ; leur contenu peut être blanchâtre, ou violacé; L'intestin proprement dit, d'abord grêle, se renfle en un gros intestin rectal, muni de quatre boutons charnus, spéciaux, orbiculaires ou conoides.
Plusieurs espèces présentent des glandes odorifiques anales.
L'appareil circulatoire est rudimentaire, constitué par un vaisseau dorsal à plusieurs chambres, plus facile à observer dans les larves que dans les insectes parfaits.
Les organes de la respiration^sont formés de trachées aérifères, à fil élastique, terminées par des ramifications utriculaires et membraneuses, qui retiennent l'air et se gonflent comme des aérostats pour le vol. Les Diptères à vie active, à vol soutenu, sont largement pourvus de ces ballons abdominaux qu'ils insufflent à volonté, tandis que ceux dont les habitudes sont sédentaires et le vol court en sont privés. Les stigmates ou ostioles respiratoires sont tlioraciques et abdominaux; ces derniers sont tantôt segmentaires, placés sur les côtés des segments dorsaux, ou bien intersegmentaires, occupant la membrane souple qui unit les segments du dos à ceux du ventre.
Les appareils de la reproduction, ou génital mâle et femelle, sont variés à l'infini. L'appareil du mâle est composé de testicules simples et unicapsulaires. Ordinairement séparés, ils sont réunis sous une enveloppe commune chez les Asiliques; cette enveloppe est, suivant les genres, blanche ou teintée en jaune, ou d'une couleur fauve ou brune. Le conduit déférent plus ou moins long, parfois nul chez l'Hippobosque, reçoit le conduit des vésicules séminales qui sont au nombre d'une, parfois de deux ou trois paires. La canal éjaculateur réunissant les deux conduits précédents se rend au pénis, entouré de l'armure copulatrice adaptée aux parties sexuelles de l'autre sexe et présentant des pièces en forceps copulateur.
Les organes génitaux de la femelle comprennent les ovaires, constamment au nombre de deux, formés par des gaines ovigères uni ou multiloculaires, réunies à un calice commun et munies d'un col ; les gaines ovigères commencent fréquemment par un filet suspenseur fixé au thorax. La forme de l'ensemble de chaque ovaire est celle d'un épi ou d'un faisceau, parfois d'un gâteau ou plateau orbiculaire. Dans les Tachinaires, les œufs à terme, au lieu d'être pondus au dehors, viennent se disposer en séries régulières dans un organe particulier, réservoir ovo-larvigère (Léon Dufour). Ce réservoir est un long boyau enroulé en spirales, aboutissant à la vulve, contenant suivant l'époque de la gestation des œufs, des larves, tantôt les uns et les autres. Les Echinomyia, Gonia, Dexia, Prosena, Sarcophaga, etc., sont ovo-vivipares. Les Muscides proprement dites [Lucilia, Musca, Stomoxys, Idia, et les Anthomyia) sont ovipares, avec des ovaires en plateau, garnis de séries concentriques de gaines ovigères, bi ou triloculaires, à col court, dépourvus de tout réservoir ovo-larvigère. Chez l'Hippobosque et les Diptères pupipares ou nymphipares, chaque ovaire a une sorte de matrice ou d'utérus ovalaire, à parois consistantes et élastiques, destiné à loo^er un seul ovule. La larve intra-utérine qui en naît s'y transforme en pupe avec chrysalide intérieure et en est expulsée sous cette forme.
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L'oviducte des Diptères femelles supporte comme un tronc tubulcux la base des ovaires, ou leur col, ainsi que leurs annexes; il émet au dehors les œufs pondus, ou bien les larves vivipares, ou enfin les pupes des pupipares. La partie inférieure est vaginale pour l'union des sexes et retient aussi les produits de glandes sécrétoires annexées.
A son origine, l'oviducle reçoit l'insertion d'organes qui ont reçu les noms d'orbicelles (Léon Dufour), capsules glanduliformes (Lœw), receptaculum seminis (V. Siebold). Ces organes pédicellés, au nombre de trois, arrondis ou lenticulaires, noirs ou bruns, parfois sessiles, renferment, comme je l'ai constaté plusieurs fois, des spermatozoïdes. De la sorte, les œufs qui, parvenus jusqu'à l'insertion de ces organes, n'ont encore qu'une vie végétative, reçoivent en cet endroit une ablution ou contact séminal mâle et sont fécondés. , ,,Sur l'oviducte on trouve encore insérés les conduits de divers organes glanduleux à l'ensemble desquels Léon Dufour donnait le nom de glandes sébifîques. Ces glandes fournissent soit l'enveloppe des œufs, soit une mucosité spéciale, une glu propre à les coller sur les corps où la femelle les dépose, ou à les protéger après la ponte.
' • A l'extrémité de l'oviducte est l'armure génitale femelle placée au sommet du cloaque, ayant un oviscapte ressemblant parfois aux tuyaux emboîtés des lorgnettes de spectacle, souvent muni de tentacules vulvaires fonctionnant pour le coït ou pour la ponte.
La parthénogenèse n'a pas été observée chez les Diptères comme chez les Hyménoptères et les Lépidoptères {voy. PApnxoAs).
Le système nerveux des Diptères est composé de deux gros hémisphères cérébroïdes, crâniens, continus par leur base, qui émettent des nerfs pour les organes des sens, et se prolongent en un cordon rachidien. Celui-ci, formé de deux connectifs soudés, paraissant simple, offre plusieurs ganglions ou centres nerveux médullaires distincts. De ces ganglions, les uns sont thoraciques, les autres abdominaux; de plus, en dehors du chapelet des ganglions ruchidiens, il existe aussi de petits ganglions comparables aux ganglions semi-lunaires des grands animaux : c'est le système stomatogastrique de Brandt.
En examinant les diverses familles de Diptères, on trouve la préominence du système nerveux chez les Culicides et les Tipulaires, qui ont neuf ganglions rachidiens, trois thoraciques soudés ensemble et six abdominaux distincts et séparés ; les larves des Tipulaires ont onze ganglions. Les Syrphides ont trois ganglions dont un seul est thoracique. Les Œstrides et les Muscides calyptérées n'ont qu'un seul ganglion rachidien, tandis qu'il y en a deux et parfois trois distincts chez les Muscides acalyptérées.
i,.Le tissu adipeux, ou graisseux splanchnique, est généralement peu abondant chez les Diptères adultes, aussi leur splanchnologie est-elle plus facile à reconnaître que dans la plupart des insectes des autres ordres.
Les Diptères n'offrent pas les sécrétions cireuses d'autres espèces d'insectes, celle des Lixus parmi les Coléoptères, ni celles des Coccidés parmi les Hémiptères, celle de la cire jaune parmi les Hyménoptères, etc. Robineau-Desnidy et Macquart disent que les ThyreopJwra ont la tête phosphorescente dans l'obscurité. Je n'ai point eu occasion de constater ce fait absolument exceptionnel chez les Diptères et qui mériterait d'être vérifié avec soin.
^ A part leur bourdonnement si connu, les Diptères ne produisent pas de bruits spéciaux comparables à ceux des Orthoptères [voy. Orthoptères, Gkilloins), des
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Cigales {voij. Cigales), de quelques Le'pidoptères [Chelonia pudica, Set'uia, Sphinx Atropos) [voy. Léimdoptkres et Papillons), ni de plusieurs Coléoptères [voy. Coléoptères).
Les Diptères ne vivent pas longtemps a l'état parfait, ou complet, de leur développement ; les mâles, qui paraissent généralement un peu avant les femelles ou en même temps qu'elles, périssent après l'accouplement. Les femelles fécondées déposent leurs œufs sur les substances qui doivent nourrir leurs larves, mais parfois, trompées par les apparences, il en est qui les placent sur des plantes insectivores et qui exhalent une odeur de viande gâtée. L'instinct des Diptères n'a rien de comparable à celui des Hyménoptères, qui leur sont bien supérieurs sous ce rapport {voy. Hyménoptères).
Œuf. Les œufs des insectes Diptères ne sont pas d'une configuration uniforme, ni constamment de la même couleur blanche ou jaunâtre. Certaines Tipulaires pondent des œufs qui deviennent d'un noir d'ébène luisant; les œufs à'Ochtera sont noirs et striés. La forme est allongée et conoïde chez le Cousin commun; elle est ovale ou oblongue dans les Tabaniens, Asiliques, Dombyles, plusieurs Syrphides. Les œufs sont globuleux dans les Psychoda, Ephippium, Sarcjus; ils sont hémisphériques avec un bourrelet circulaire dans le genre Gyimiosoma.
Beaucoup d'œufs sont déposés dans la terre ; un très-grand nombre sur les corps végétaux et animaux en décomposition. Plusieurs Némocères et Notacanthes les placent à la surface des eaux et les disposent en radeaux. Les Cécidomyies et les Téphrites fixent leurs œufs sur les bourgeons et sur d'autres parties des plantes et occasionnent la formation de galles ou de production^ galloïdes, rappelant celles des Cynips {voy. Cynips).
Les Syrphes, dont les larves sontaphidivores, pondent au milieu des groupes de Pucerons; les Volucelles dans les nids des Bourdons {voy. Bourdons). Les Tachinaires recherchent les Chenilles {voy. Chenilles) et d'autres larves d'Hy ménoplères; leurs petites larves sont implantées sur celles-ci ou à leur proximité. Les Lucilies et les Calliphores placent leurs œufs sur les viandes et substances azotées en putréfaction, parfois sur l'homme {voy. Ldcilie). Les Œstrides déploient une habileté remarquable pour le dépôt de leurs œufs {voy. Œstre, Céphalémie, Cutérèbre, Dermatobie).
Larve. Les larves des Diptères peuvent être divisées en deux catégories principales ; 1"* les larves céphalées; 2° les larves acéphalées ou plutôt pseudocéphalées.
Les larves céphalées ont une tête distincte du reste du corps, d'une couleur brune ou noire, d'une configuration constante, d'un tissu chitineux solide, formant une calotte cornée et, pour me servir d'une expression reçue, d'une consistance écailleuse; ces larves ont parfois des pseudopodes remarquables. Les stiomates sont dans le plus grand nombre placés d'une manière symétrique et par paires le long du corps de chaque côté des flancs, sous forme de points noirs, arrondis, plus ou moins apparents, souvent au nombre de huit paires, rarement plus et parfois bien moins. Sur les larves transparentes, les fungicoles, par exemple, il est facile de constater des branches trachéennes transversales établissant un système trachéen complet. Ces larves ont le corps blanchâtre, jaunâtre ou brun; elles sont lisses, rarement épineuses, allongées, vermiculaires. Leur tête porte des antennes, presque jamais des ocelles et toujours des pièces mandibulaires solides, des mâchoires plus molles, etc.
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Plusieurs larves céphalées (Culicides, Tipulaires) se filent un cocon ou disposent en coque les matériaux à leur disposition, néanuioins ce cocon rudimenlaire n'est jamais artistement composé et filé comme ceux des Lépidoptères nocturnes [voy. Lépidoptères, Paons de nuit. Soie, Veus a Soie).
Les larves céphalées ont un système nerveux formé de nombreux ganglions séparés et appartiennent aux familles des Culicides, Tipulaires, Tabaniens, Asiliques, Bombyliers, Leptides. Dans cette dernière famille, la larve du Ver lion, décrite par Réaumur dans un mémoire spécial et à part de son grand ouvrage, vit à la manière du Mjrméléon {voy. Névroptères et Fourmilion), cachée dans le sable où elle fabiique des dépressions coniques et attend sa proie {Leptis vermileo Fab.). Les larves des Thérévides et des Dolichopodes sont céphalées ainsi que celles des Scénopiniens.
Les larves pseudocéphalées des Diptères, de beaucoup les plus nombreuses et les plus répandues, sont caractérisées par l'absence d'une tête écailleuse. Le pseudocéphale est mou, contractile, ne différant ni par sa couleur, ni par sa consistance, du reste du corps. Sa grande contractilité en modifie à chaque instant la forme, le faisant avancer ou rentrer dans le premier segment du corps à la volonté de l'animal. Ces larves sont les vers à tête variable de Réaumur. Le pseudocéphale ne porte que des saillies antennaires rudimentaires et des palpes mono ou biarticulés. Les organes buccaux ne sont pas des mandibules latérales, mais deux forts crochets, noirs ou bruns, cornés, adossés sur un plan vertical, servant à la larve pour se cramponner dans l'acte de la progression, et à déchirer la proie ou à diviser la substance dont elle se nourrit. La forme du corps des larves pseudocéphalées de Diptères est atténuée en avant, élargie plus ou moins en arrière ou vers le milieu : elles sont munies de cils, de petites épines crochues ou de véritables poils, longs, simples ou barbelés. Les stigmates sont au nombre de deux paires, parfois même d'une seule paire (Œstrides) ; l'une des deux paires est à la partie postérieure du corps, souvent au fond d'une dépression ou caverne stigmatique ; les stigmates sont indiqués par des plaques noirâtres ou de couleur foncée. L'autre paire, qui peut manquer, est antérieure, placée au bord du premier segment, souvent denticulée d'une manière élégante (A. Laroulbène, Métamorphoses (Tiine mouche parasite [Annales de la Société entomologique de France, 1861, p. 251, pi. 7]). Les deux stigmates de chaque côté sont reliés par une grosse trachée latérale, parlant du stigmate postérieur. Le système nerveux de ces larves comprend moins de ganglions que dans les larves céphalées.
Les larves à pseudocéphale existent chez les familles des Syrphides, où on les trouve parfois avec un prolongement caudal (Vers à queue de rat de Héaumur), des Platypézines, des Conopsaires et Myopaires, des (p]strides, et enfin de l'immense groupe des Muscides, soit calyptérées, soit acalyptérées.
Nymphe et pupe. A chaque division des larves céphalées et pseudocéphalées des Diptères correspond une foj-me spéciale de transformation pour la nymphose. Toutes les larves céphalées parvenues au terme de leur croissance, sans présenter de changements de peau, avec le même tégument, quittent alors cette peau qui se chiffonne, se ratatine et se place à l'extrémité postérieure, opposée à la tête. Une nymphe véritable ou chrysalide, offrant les reliefs et présentant emmaillotées les parties de l'insecte parfait, se présente nettement à l'observateur. Au moment de l'éclosion, l'insecte ailé quitte la dépouille de la nymphe par une ouverture linéaire de la région dorsale du corselet.
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Les larves pseudocéphalées se changent en nymphes d'une manière tout à fait différente. C'est dans la propre peau de la larve que la transformation a lieu ; cette peau se durcit et forme une véritable coque ou pupe « qui est en même temps comme le tombeau de la larve et le berceau de la nymphe ». Cette pupe présente en raccourci et immobilisés les caractères de la larve ; j'ai insisté sur cette disposition (A. LaboulbÈine, Observations sur les insectes tuhérivoreSy avec réfutation de l erreur qui, attribuant les Truffes à la piqûre des insectes, les a fait assimiler aux galles végétales [Annales de la Société entomologique de France, 1864, p. 69-114 et planche 2]).
Dans la transformation en pupe, la peau de la larve se condense, elle rétracte le pseudocéphale, elle fait saillir les stigmates antérieurs et postérieurs. Sous elle et protégée par elle, la larve devient une chrysalide véritable, offrant les reliefs si connus d'une Muscide, prise pour exemple. La piipe représente ici un véritable cocon protégeant la nymphe tendre et délicate, hibernant souvent. Enfin, au moment de l'éclosion, la pupe offre pour la sortie de l'insecte à l'état de perfectose un décollement latéral, qui permet le soulèvement d'un panneau, d'un couvercle ou d'une calotte hémisphérique, et non pas une simple fente dorsale. L'extrémité de la pupe reste ainsi le plus souvent ouverte et béante.
Ces divisions ne sont pas absolues et sans exception. On sait, en effet, depuis Swammerdam, que les Stratiomes, qui sont des Diptères notacanthes, proviennent de larves céphalées, à stigmates postérieurs portes sur de longs tubes, et qui se chrysalident dans la peau durcie de leurs larves.
Les transformations de la larve soit céphalée, soit acéphalée, ne s'accomplissent pas toujours régulièrement. Beaucoup d'insectes n'atteignent l'élat d'imago ou de perfectose que d'une manière incomplète ; la tète reste vésiculeuse et déformée chez beaucoup de Muscides élevées en captivité, les ailes avortent ou ne forment que de petits moignons non étalés.
Les Diplères sont fréquemment atteints par des maladies cryptogamiques. On trouve sur les plantes des Syrphides morts et revêtus de mycélium. Pendant l'automne, les cadavres de plusieurs Mouches de nos habitations sont collés aux vitres des croisées avec l'abdomen déboîté, les membranes intersegmenlaires revêtues d'une poudre blanche, qui n'est autre chose que des spores quand on l'examine au microscope.
Diptères utiles. Aucun insecte diptère n'est pour l'homme d'une grande utilité, comme l'Abeille, les Vers à soie, les Cochenilles. Le plus grand nombre ne saurait être utile directement. Toutefois les pêcheurs amorcent leurs hameçons avec les vers de vase et les vulgaires asticots (larves de Culicides et de Muscides). Les oiseaux insectivores qui servent à notre alimentation vivent de Diptères. Je ne saurais admettre avec Bracy-Clark que les Œstrides à l'état de larve et du genre Gatrophilus soient utiles aux chevaux {voy. Œstrides). C'est d'une manière indirecte que les larves d'une foule d'espèces de Diptères nous rendent de véritables services.
En effet, malgré leur petitesse, mais par leur prodigieuse multiplication et leurs générations répétées à courts intervalles, les larves des Diptères vivant dans les matières putréfiées tant végétales qu'animales hâtent la décomposition de ces matières. Pour l'observateur philosophe qui sait rattacher les grands effets aux petites causes, le rôle des larves des marécages et des charniers est considérable ; il a sa part dans les harmonies de l'univers ; un des plus grands natu-
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ralistes, Linné, disait que trois mouclies carnassières faisaient disparaître le cadavre d'un cheval aussi vile qu'un lion.
Les Tachinaires parasites, les Conops, tous les Diptères entomobies, empêchent^ dans une certaine mesure, l'accroissement démesuré d'autres insectes qui euxmêmes nous font éprouver des dégâts plus ou moins considérables. Les larves des Syrphes font une guerre acharnée aux Pucerons.
Diptères nuisibles. Les Diptères sont nuisibles à l'état de larve et à l'élat parfait. Un grand nombre tourmentent l'homme et les animaux par leur bourdonnement, leur habitude de se poser sur la tête, ou les membres par des piqûres toujours désagréables quand elles ne sont pas dangereuses.
Il est peu de familles de ces insectes qui n'offrent des espèces nuisibles. Dans les Culicides se trouvent les Cousins, Moustiques et Maringouins, les Simulies, qui ont tous été signalés {voy. Cousins, Maringouins, Moustiques, Simulies) d'une manière spéciale comme rendant presque inhabitables certaines régions de la terré. Les Tipulaires renferment des espèces fuugicoles qui détériorent rapidement les Champignons comestibles, les truffes, etc., et des espèces gallicoles ou lloricoles (Cécidomyies) qui font avorter les graines de Colza, de Céréales, et empêchent le développement des fruits.
Certaines Pangonies exotiques, les Taons, les Ilématopotes, les Chrysops [voy. ILematopote, Taons), peuvent nuire à l'homme; ils s'attachent à nos bestiaux, aux chevaux, ils les harcèlent et les mettent en fureur. 11 en est de même pour les grandes espèces d'Asihques, et des Œstrides {voy. Œstre, Céphalémyiê,
CUTÉRÈBRE, DeRMATOBIE).
Parmi les Muscides, la Mouche Tsetsé ou Glossina morsitans est célèbre par ses ravages sur les bestiaux des régions tropicales. Les Slomoxes qu'on a regardées, ainsi que les Simulies, comme des mouches charbonneuses, peuvent en effet dans de certaines circonstances causer autre chose qu'une piqûre ordinaire, en inoculant le sang provenant d'animaux malades et renlermant la Bactéridie de Da vaine [voy. Stomoxes et Simulie). Quelques petites espèces de Mouches, dont les larves attaquent le blé et l'orge dans l'épi, produisent, comme les Cécidomyies dont j'ai déjà parlé, des dégâts considérables pour les récoltes. Les déprédations, dans plusieurs contrées, des Chlorops et des Oscinis, doivent être indiquées spécialement {voy. Chlorops, Oscinis).
Classification. La classification des insectes Diptères n'est pas encore fixée; chaque auteur qui l'a essayée est venu apporter ses idées personnelles, mais des découvertes nouvelles dans l'organisation ou les mœurs sont venues tour à tour détruire l'équilibre des travaux antérieurs les plus laborieux. Meigen et Zetterstedt ont adopté un ordre qui ne peut être suivi. Macquart est aujourd'hui incomplet. Piondani est peut être celui qui a le plus approché de la perfection, mais il n'a traité que des Diptères italiens et de quelques Diptères exotiques, encore n'a-t-il pu achever son Prodromus italicus, dont le commencement est un chef-d'œuvre. Comme travail d'ensemble, et en mettant de côté les espèces exotiques dont le plus grand nombre se rattache aux divisions bien connues des Diptères de l'ancien monde, j'exposerai bientôt la classification de R. Schiner, comme la plus moderne et présentant un ensemble à peu près complet.
Voici un aperçu rétrospectif des essais tentés pour distinguer et classer les Diptères.
Linné, qui dans la première ébauche de son Systema natiirœ, publiée en Hollande en 1735, avait confondu les insectes à deux ailes dans les Gymnoptera ou
Angioptera avec ceux à quatre ailes nues, les sépara nettement dès la seconde édition. Les Diptera sont les insectes à deux ailes chez lesquels des organes particuliers ou balanciers remplacent la seconde paire.
De Géer, d'après Retziu^, a fait des Diptères de Linné des Insecta Haltemta. Geoffroy, professeur à la faculté de Paris et qui en 17(52 a ouvert en France la voie de l'entomologie systématique, a établi avec les Diptères le V'^ ordre des Insectes : Diptères, deux ailes, un petit balancier sous l'origine de chaque aile.
Fabricius, dès 1775, répartissant les Insectes en huit classes, comme De Géer, dislingue mal les Diptères, et même dans le supplément de l'Entomologie systématique, paru en 1798, il les relègue dans un Xlll'' et dernier ordre des Insectes, sous le nom d'Antliata : bouche formée par un suçoir sans articulalions, comprenant à la fois les Diptères, les Poux et les Arachnides trachéennes. Nul CïSai de classification n'a été plus hétérogène.
Clairville a mis les Diptères avec les insectes à bouche munie d'un suçoir, ayant des ailes et des balanciers, sous le nom à'Halteriptera.
Latreille, dans son admirable Gênera crustaceorum et insectorum, place les Diptères, parmi les insectes ailés, ptérodicères à métamorphoses, entre les Lépidoptères et les Suceurs, formés par le genre Pulex {voy. Suceurs). En 1832, il les range parmi les insectes gymnoptères à deux ailes. Un ordre spécial est établi pour ceux qui ont des appendices mobiles au thorax : XI* ordre, Strepsipières; XII** ordre. Diptères.
Je ne ferai que signaler Leach, qui répartit les insectes qui nous occupent parmi ceux à mandibules et mâchoires allongées, à lèvre proboscidiforme, ayant des ailes et des balanciers. Un XV*" ordre comprend ceux à crochets des tarses simples. Diptères; un XVP ordre, ceux à crochets des tarses doubles ou triples, Omaloptères (Pupipares). C'est la première fois que les Pupipares sont distingués en un ordre spécial.
La classification de Macquart, parue en 1854, partage les Diptères en deux grandes divisions: 1" Némoccres; 2° Brachocères.
Les Némocères comprennent deux familles, les Culicides et les Tipulaires. Les Brachocères sont subdivisés en Hexachœtes ayant un suçoir composé de dix soies, Tetrachœles, à suçoir de quatre soies, Dichœtes n'ayant que deux soies au suçoir buccal. Les Hexachœtes offrent les familles des Tabaniens; les Tétrachœtes celles des Notacanthes, des Tanystomes et dés Biachystomes. Les Dichœtes renferment les sept fiimilles des Athéricères et en enfin celle des Pupipares.
Négligeant d'autres essais de répartition de Diptères et avant de terminer par la classification de Schiner, je tiens à indiquer celle suivie par Gervais et Van Beneden dans leur Zoologie médicale. S'inspirant des idées de Nitzsch, de Burmeister, d'Erichson, etc., ces estimables auteurs ont placé les Pulicidés parmi les Diptères. J'ai insisté ailleurs sur ces analogies évidentes {voy. Chique, Suceurs). L'ordre des Diptères {toc. cit., t. I,p. 384) comprend les trois sous-ordres des Rhipiptères {voy. Rhipiptères), des Suceurs (Pulicidés), des Nymphipares. Les Diptères vrais sont divisés en Chétocères et en Némocères. Les Chétocères forment les familles des Tabanidés, Notacanthes, Tanystomes, Brachystomes, Œstridés. Les Némocères renferment les deux familles des Culicides et des
Tipulidés.
Pour R. Schiner l'ordre des Insectes Diptères se partage en deux grandes divisions primordiales, selon que l'insecte parfait sort de sa chrysalide ou de sa pupe par une fente longitudinale, ou bien par un trou arrondi. Dans ce der-
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nier cas la partie supérieure de la pupe peut rester attachée en un point qui forme charnière, comme une tabatière ouverte. Les Diptères sortis par une incision droite sont des Orthorapha ; ceux à incision circulaire sont des Cydorapha. Dans ces Orthorapha on trouve les deux divisions des Nematocera, à antennes longues, eilesBrachycera, qui ont les antennes courtes. De nouvelles divisions et subdivisions font arriver à la création des tribus, puis des familles, enûn des genres et des espèces. Je vais donner le tableau de ces divisions principales de la classification de Schiner.
\. Orthorapha. A. Nematocera. a.. 01 igoneur a : CeciàomyidBB, Mycetophilidae, Simulidœ, Bibionidae. b. Polyneura: Ghironomidge, Psychodidae, Culicida-., Tipulidse, Rhyphidse.
B. Brachycera. a. Cyclocera : Stratiomydae , Xylophagidai , Cœnomydse , ïabanidse. a. Orthocera : Nemestrinidse, Mydasidae, Asilidae, Leptidœ, Empidœ, Dolichopidae.
2. Cydorapha. A. Probosddœ. a. Hypocera : Phoridœ. b. Orthocera. " Oligoneura : iMuscidai, Œstridae. " Po/j/«eMm ; Platyperidœ, Pipunculidœ, Syrphidae, Gonopidae.
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758 DIRCA.
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A. Laboulbène. et E. Gobert.
D1PTÉRIX. Voy. GOUMARÛUNA.
DIPTÉROCARPÉES. Famille de plantes Dicotylédones, voisine des Tiliace'es et des Ternstrœmiacées. Elle comprend de grands arbres des Indes et de l'archipel Indien, à feuilles stipulées. Les fleurs régulières ou irrégulières ont un calice à estivation valvaire, dont les 5 pièces du limbe prennent toutes ou quelques-unes seulement un grand accroissement après la fécondation ; la corolle est à 5 pièces; les étamines nombreuses insérées sur un réceptacle le plus souvent concave, ce qui entraîne une certaine périgynie ; enfin l'ovaire est plus ou moins adhérent avec le réceptacle ou supère et complètement libre, ayant le plus souvent trois loges avec deux ovules descendants dans chaque loge, plus rarement une seule loge et un seul ovule. Le fruit est une capsule souvent déhiscente à trois valves ; les graines contiennent un gros embryon, à cotylédons développés, sans albumen.
Les genres principaux des Dipterocarpées, qui intéressent la matière médicale, sont les Drijohalanops, dont la seule espèce connue fournit le Camphre de Bornéo; les Dipterocarpiis, qui donnent le Baume de Gurjun ou Wood-oil; les Vateria, Shorëa, qui donnent des sucs résineux analogues aux Daunnars. En somme, les organes de presque toutes les Dipterocarpées contiennent des sucs résineux, camphrés ou balsamiques, qui peuvent être utilisés. En outre leur bois dur et résistant est recherché pour les constructions dans toute l'Asie tropicale. Pl.
Bibliographie. — Blume. Bijdr., 222. — Endlicher. Gênera, 1012. — A. de Candolle. Prodr., XVI, 604. — Bentham et Hooker. Gênera, 190. — Bâillon. Hist. des plantes, II, 210. — GuiBouRT. Drog. simples, 1" éclit., III, 642. Pl.
DIRCA. Genre représenté par un petit arbuste de l'Amérique du Nord, le D. palustris L., qui appartient à la famille des Thyméliacées, série de§ Thymélées. Ses fleurs sont hermaphrodites et tctramères, avec un périanthe pétaloïdc, d'un jaune pâle, qui a la forme d'un cornet obliquement coupé, et renferme 8 étamines, disposées sur deux verticilles et alternant avec des denticules de périanthe. Elles s'insèrent vers la partie inférieure du périanthe et sont exsertes. L'ovaire supère, uniovulé, construit comme celui des Daphne,
DIRUF. 759
est accompagné d'un petit disque annulaire et surmonté d'un style atténué vers son sommet stigmatifère. Le fruit est une baie, nue et monosperme. Le D. palustris a des feuilles alternes, caduques. Ses fleurs, qui s'épanouissent avant que les feuilles se soient entièrement développées, sont axillaires, solitaires ou disposées en cymes pauciflores. 11 croît dans les marais et se cultive assez bien dans nos jardins où il est cependant quelquefois tué par les hivers rigoureux. Ses propriétés sont, dit-on, d'une manière générale, celles du Polygala Senega. Son écorce est acre, irritante, vésicante, mais son action est plus lente que celle de nos Daphne, et c'est pour cela qu'on a, dit Bigelow, généralement renoncé à l'employer comme épispastique. Son bois est flexible, pliant; les naturels le désignent sous les noms de Bois de cuir, Bois de plomb. Les feuilles ont été parfois employées comme purgatives. L'écorce de sa racine est émétique, drastique ; ses fruits sont narcotiques ; leur effets ont été comparés à ceux du Datura. On fait avec son liber des nattes et de la vannerie, des cordages, etc. H. Bn.
Bibliographie. — L., Amœn. acad., ITI, 12, t. 2, fig. 7. — Duham., Arbr., I, t. 212. — BiGEL., Met. Bot., II, t. 37. — Coxe, Amer. Dispens., 259. — Mérat et de L., Dict. mat. méd.y II, 6.')9. — RosKNTH., Syn.pl. diaphor., 240. — Lindl., FI. med., 325. — H. Bn, Hist. des pL, YI, 108, 118, 150, ûg. 79, 80. H. Bn.
DIRIGEANT (Remède) [Remediimi dirigenso\idirectorium). Dansl'ancienne médecine, le médicament qui, dans une formule, était ajouté au médicament principal dans le but de le diriger vers tel ou tel organe. Une substance diurétique, dans une formule dont le médicament principal serait le tannin, remplirait le rôle de médicament dirigeant ; elle dirigerait le tannin vers les reins. D.
DIRKIOX. C'est d'après Mérat et de Lens un des noms de la Belladone, Atropa Belladona L., dans Dioscoride. Pl.
Bibliographie. — Mérat et de Lens. Dict. mat. médic., II, 059. Pl.
DIRUF (Garl-Jacob-Ghristoph-Josei'h). Médecin allemand, né à Ileidelberg le i^^ novembre 1774:, prit le diplôme de docteur et celui de maître es arts dans sa ville natale en 1798. Il servit d'abord dans l'armée autrichenne, puis en 1800 devint prosecteur de l'école vétérinaire de Munich et peu après professeur à l'Ecole médico- chirurgicale de cette ville; en 1802, il accepta en outre la charge de professeur à l'école des garde-malades de l'hôpital Joseph. 11 accompagna le prince héritier de Bavière dans ses voyages, puis en 1809 devint conseiller médical et professeur de l'Ecole de médecine provinciale de Bamberg et deuxième médecin de l'hôpital général. Il fonctionna quelque temps comme médecin des bains de Bocklet, fut médecin de cercle, et enfin se fixa à Wurtzbouru. Il se démit de ses fonctions officielles en 1833. Nous connaissons de lui :
I. Diss. inaug. qua ratione frigus in corpus animatum agere valeat. Heidelbergae, 1798. in-8». — II. Ber Geist des 19/en Jahrhunderts in medicimscher Hinsicht. Mùnchen, 1802, in-S». — III. Gesundlieits-Wochenschrlft zur Belehrung aller Stânde. Mûrichen, 1802, in-8''. — j- IV. Ein Wort des Trostes an mein Teutsches Vaterland in Hinsicht des Livornesischen gelbcn Fiebcrs. Rom u. Mùnchen, 1804, iii-S». — V. Grundiinicn zii einer landexherrlichen Ordnung zur sicherslen Bezweckung der Ausrottung der gewôhnlichen menschlichen Pockenhrankheit, durcli systematische Betreibung des Kuhpocken-lmpfgeschâftes. Gôttingen, 1807, in-S", tabl. in-t'ol. — VI. Grundbnien der allgemeinen Naturlekre des Menschen. trlangen, 1810, gr. in-8°. — VII. Wort des Trostes fiir die von der ostindischen Brechruhr geângstigten GemUther des deulschen Vaterlandes. Wurzburg, 1831, gr. in-8''. L. Un.
760 DISCOGLOSSE.
DISACCHARIDES. Voy. SâCCHARIDES.
DlSCi;\A [Discina Lamk). Genre de Mollusques-Brachiopodes, donl les représentants, rares de nos jours, étaient nombreux à Tépoque paléozoïque. Leur coquille, orbiculaire, cornée, dépourvue de charnière, est fixée aux corps sous-marins au moyen d'un pédoncule qui passe par un trou situé près du bord postérieur de la valve inférieure; la valve supérieure est patelliforme, lisse ou garnie de lamelles concentriques. L'animal possède quatre muscles adducteurs distincts, trois paires de muscles protracteurs et deux bras buccaux, spir.dés à l'extrémité; son manteau est pourvu d'une frange de soies cornées, très-raides.
Actuellement le genre Discina renferme environ 60 espèces fossiles du Siluiien et seulement une dizaine d'espèces vivantes, qui se trouvent pour la plupart à des profondeurs assez considérables. Le D. atlantica Brod., notamment, a été dragué entre 3000 et 5300 mètres, lors des expéditions du Porcupine ei au. Challenger, Ed. Lef.
DISCOGLOSSE. Malgré leur apparence extérieure, qui est celle des Grenouilles {voy. ce mot), les Discoglosses sont des Batraciens {voy. ce mot) qui doivent prendre place dans un groupe spécial. Chez eux, en effet, les coracoïdes et les précoracoïdes sont réunis par un épicoracoïde cartilagineux, les diapophyses des vertèbres sacrées sont dilatées, les vertèbres sont opisthocéliennes, de courtes côtes sont attachées aux diapophyses antérieures ; chez le têtard, le spiraculum est placé sur la ligne médiane, tandis que chez presque tous les Batraciens phanéroglosses {voy. Grenouilles) il est placé au côté gauche du corps.
Le genre Discoglosse est devenu le type de la famille des Discoglossidées, qui comprend les genres Discoglosse, Rombinator, Liopelma et Alyte ; trois de ces genres sont européens ; le genre Liopelma est de la Nouvelle-Zélande.
Le Discoglosse peint {Discoglossus pictus Otth.) est un animal aux formes élancées, au crâne et au museau aplatis, aux membres antérieurs relativement petits, au disque tympanique peu visible, aux yeux peu saillants, à la langue entière ; le corps est verruqueux, d'un brun roux nuancé de taches noirâtres entourées d'un cercle moins foncé, formant parfois une bande longitudinale sur la tête et sur le dos ; on voit sur les membres des taches qui peuvent se disposer en bandes transversales. Le mâle manque de sac vocal. L'animal, qui a les mêmes mœurs que la grenouille verte, habite le sud de l'Europe et les côtes méditerranéennes de l'Afrique.
On reconnaît facilement le Sonneur {Bombinator igneus Laur.) à sa forme lourde et trapue et surtout à sa coloration toute spéciale. Le dessus du corps est d'un brun olivâtre, parfois élégamment marbré de noir; on voit de petites taches noires au haut de la mâchoire et le long des doigts ; le ventre est d'une belle couleur aurore ou orangée, marbrée ou tachetée de bleu tirant sur le noirâtre. La langue est entière; le mâle est dépourvu de sac vocal, mais présente des brosses copulatrices ; la peau est fortement rugueuse ; le tympan n'est pas visible ; les diapophyses des vertèbres sacrées sont très-dilatées.
Le Sonneur se trouve dans toute l'Europe tempérée et dans une partie de la Chine. Il est aquatique et fréquente de préférence les fossés et les étangs saumâtres ; il fraie au mois de juin ; son chant ressemble à une sorte de ricanement, qui rappelle plus ou moins le cor de chasse. Lorsqu'on tracasse l'animal,
DISGOGLOSSE. 761
et qu'il ne peut fuir, il s'applique sur le sol, comme pour se cacher, puis prend une position des plus bizarres, relevant ses pattes sur son dos et les rapprochanl de sa tête, qu'il rejette en arrière ; si le danger persiste, l'animal fait sortir de son cloaque une liqueur mousseuse comme de l'eau de savon.
Des pustules qui recouvrent le corps du Sonneur s'échappe un liquide à odeur forte qui est un véritable venin. Ce venin exerce, au début, son action sur les centres nerveux, et se traduit pas des troubles respiratoires et des mouvements convulsifs.
Le genre Alyte a été établi par Wagler pour un Batracien de nos pays, que son corps trapu, ses membres courts et épais, sa peau couverte de pustules, son tympan distinct, surmonté d'une parotide, ont fait regarder longtemps comme un Crapaud. Ce petit Batracien, il n'a guère plus de 10 centimètres du bout du museau à l'extrémité des orteils, ce petit batracien a les parties supérieures du corps d'un brun tantôt grisâtre, tantôt olivâtre, marquées de nombreuses petites taches brunes ; en dessous, il est blanc, finement piqueté de noirâtre à la gorge, dans les aines et sous les tarses. Le mâle n'a pas de sac vocal. La langue est épaisse, circulaire, entière ; les dents palatines forment en arrière des orifices internes des narines une longue rangée transversale interrompue au milieu ; les apophyses transverses de la vertèbre sacrée sont dilatées en palettes triangulaires.
L'Alyte (Alytes obstetricans Laur.) habite presque toutes les parties de l'Europe tempérée, semblant préparer le nord au midi ; il est très-commun en France. C'est un animal timide, qui suit la lumière et qui s'accouple vers la fin de mars ou au commencement d'avril ; la ponte s'échelonne et dure près de six mois. La femelle accouche de deux chapelets d'œufs qu'elle émet brusquement et d'un seul coup ; ces chapelets ont 0,80 à 1,70 dans leur entier; l'accouchement se fait, du reste, à terre, ce qui est une exception chez les Batraciens anoures ; les œufs sont pondus au nombre de cinquante à cent, et ont tout au plus le volume d'un grain de millet; le mâle aide la femelle et, à mesure que les œufs sortent du corps, il les enroule autour de ses cuisses. Chargé de son précieux fardeau, le mâle se retire dans quelque galerie souterraine et se hasarde, le soir, dans les plants humides pour humecter les œufs ; le moment de l'éclosion venu, il se rend à l'eau. A l'époque des amours, la voix de l'Alyte ressemble au tintement d'une clochette de verre, tant le bruit est aigu.
VAlytes Cisternasii Lataste représente notre espèce de France dans la péninsule ibérique.
Nous avons dit que le corps de l'Alyte est parsemé de petits tubercules ; de ces tubercules s'échappe, lorsque l'on irrite l'animal, un liquide blanchâtre, à odeur forte et vireuse, facilement coagulable. L'action de ce venin est celui du venin du Crapaud; l'on note, au début, une action des plus nettes sur le système nerveux se manifestant par la paralysie, puis un ralentissement des mouvements respiratoires et cardiaques et la pert2 rapide de l'excilabilité des nerfs et des muscles. H.-E. Sauvage.
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762 DISDIER.
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DISCOPHORÈIS {Discophora Esch.). Sous ce nom, créé par Esclicholz [System der Acalephen, Berlin, 1829), on désigne un groupe d'Animaux marins, formant, dans l'embranchement des Cœlentérés, le deuxième ordre de la classe des Méduses.
Tel que l'envisagent la plupart des auteurs modernes, ce groupe correspond aux Médiisaires de Pérou et Lesueur, aux Arachnodermaires de Blainville, aux Acalèphes siînplea de Guvier et aux Polypo-méduses de Gervais et van Beneden, moins toutefois les Siphoiiophores qui constituent un groupe à part, et les Cordylophores qu'il ne paraît pas possible de séparer des Hydres,
Par suite, les Discophores comprennent, d'une part, les Méduses proprement dites, chez lesquelles la génération agame n'est jamais une forme d'hydroïde, mais une forme sypbistomaire et slrobilaire {voy. Méduses); d'autre part, les animaux qu'on rangeait autrefois parmi les Polypes sous les noms de CampanulaireSy Plumulaires, Sertulaires, Tnbulaires, et qui passent par l'état hydraire ou polypoïde agame avant d'arriver à la forme médusaire ou sexuée. Ces derniers animaux, que certains auteurs considèrent maintenant comme devant former, avec les Hydres, l'ordre des Hydrophores, ont été divisés par Allmann en deux groupes distincts suivant que les Polypes nourriciers sont pourvus, ou non, d'une capsule chélineuse ou liydrothèque [voy. Galïptoblastes [1" sér., t. XXV, p. 287] et Gyminoblastes). Ed. Lefèvre.
DlSCRllfiElv. On sait que les Anciens pratiquaient la saignée sur un certain nombre de veines qu'on n'ouvre plus guère aujourd'hui : en particulier sur les veines frontales et les veines occipitales. Ilippocrate recommande la saignée de la frontale dans les douleurs de tête et le vertige (Des affections). Pour arrêter le sang après celte dernière opération, on employait un bandage appelé discrimen (séparation) parce qu'un ou deux jets de la bande partageaient le sommet de la tête, dans le sens antéropostérieur, en deux parties égales, de même qu'on donnait le nom ùq discriminalia à des instruments de toilette servant à séparer et à maintenir les tresses de cheveux. Le discrimen répondait au t/iolus deGlaucias.
Aujourd'hui, dans les rares cas de saignée de la veine frontale, on emploie comme bandage le T de la tête dont on sait qu'un chef passe sous le menton tandis que l'autre fait horizontalement le tour de la tête ; on a soin seulement déplacer une compresse sur l'ouverture de la veine. D.
DISCUSSIFS (discutere, écririer, dissiper). Les médicaments discussifs sont ceux, dit Gelse, qui sont propres à dissiper les matières amassées dans quelque partie du corps: Ea quœ in aliqiiâ parte corporis coierunt. Tels sont l'aurone, l'aunée, la marjolaine, lemélilot, le serpolet, le cyprès, etc. D.
DISDIER (François-Michel). Chirurgien distingué, vint au monde à
DISPElNSAIRE. 765
Grenoble en 1708. H commença ses études dans sa ville natale, alla ensuite passer quatre années à Montpellier, puis suivit à Lyon la pratique des hôpilaux. Enfin, à l'âge de trente ans, il vint à Paris, pour y compléter ses connaissances. Il inaugura des cours élémentaires d'anatomie qui attirèrent l'attention sur lui; l'Académie de peinture ne tarda pas à lui confier ses cours d'anatomie et Disdier s'en acquitta avec le plus grand succès. Par une innovation très-louable, il s'attacha toujours beaucoup à faire ressortir les différences que l'âge apporte dans la configuration des parties extérieures du corps.
Disdier était membre de l'Académie royale de chirurgie de Paris. Il mourut le 7 mars 1781, laissant :
I. Histoire exacte des os ou description complète de l'oste'ologie. Lyon, 1757, 1745, 1750, 1759, in-12. Paris, 1767, in-12, fig. C'est un abrégé de l'ostéologie de Winslow. — II. Traité des bandages, on méthode exacte pour appliquer les bandages les plus usités. Paris, 1741, 1754, in-12. — III. Sarcologie ou traite' des parties molles. Paris, 1748-1753, 4 vol. in-12 (\Yiaslow a encore servi de guide à l'auteur pour cet ouvrage). — IV. Description succincte des viscères, des vaisseaux, des nerfs et des glandes. Paris, 1753, in-12. Abrégé de l'ouvrage précédent. — V. Exposition anatomique, ou Tableaux anatomiques des différentes parties du corps humain, exécutes par Etienne Gliarpenlier. Paris, 1758, in-lol. (50 pi. destinées aux peintres et aux statuaires, copiées en grande partie d'Eustachi). — VI. De abscessibus et fislulis ex urinae fluxu. Paris, 1760, in-i". — VII. De costarum fractura. Paris, 1764, in-4''. — VIII. De vulneribus cum acuissa substantia. Paris, 1708, in-4''. — IX. De fractura claviculae. Paris, 1768, in-8°. — X. De diaslani. Paris, 1770, in-4"> (les cinq dissertations dont les titres précèdent ont été soutenues sous sa présidence). L. Un
DISETTE. Yoy. Famine.
DISJOrvCTIO]\ (Anomalies par). Ces anomalies sont celles qui résultent de la séparation de parties ordinairement continues. Les fissures congénitales en sont l'exemple le plus frappant comme le plus fréquent [voy. Fissures) ; mais Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire y range également les persistances de canaux ou d'ouvertures existant chez le fœtus et destinées à se fermer : ainsi la persistance de l'ouraque, des vaisseaux omphalo-mésentériques, du canal artériel, des orifices interauriculaiie et interventriculaire du cœur.
Pour la théorie de ces anomalies, voy. ce qui a été dit à l'article Fissures. D.
DISPE\SA.IRE [Dispensatorium). Depuis longtemps ce mot désigne à la fois un recueil contenant l'indication des substances, simples ou composées, usitées en médecine, et les lieux de consultation où les remèdes sont ordonnés et quelquefois distribués. La première édition du Codex medicamentarius a paru sous le nom de dispensaire [voy. Codex), et l'on appelle encore dispensaires de bienfaisance les établissements charitables, publics et privés, destinés à procurer gratuitement aux malades pauvres et les conseils médicaux et les médicaments [voy. Assistance publique, p. 651).
Certains établissements nommés également dispensaires n'ont d'autre usage que l'inspection des malades dans un but de prophylaxie. Tels sont à Paris et dans les grandes villes le dispensaire de salubrité ^ouv l'examen des prostituées. Des établissements analogues, institués par l'autorité militaire, et à sa charge, bien que le service médical y soit fait le plus souvent par des médecins civils, existent dans les principaux ports de mer et dans certaines villes de garnison. Ce sujet est étudié avec soin à l'article Syphilis (chapitre de la prophylaxie). D-
DISPOLIIVE. Dans la distillation de la quinine, de la cinchonine, de la strychnine, etc., on obtient, outre de la quinoléine, plusieurs alcalis de peu d'importance, parmi lesquels la dispoline. D.
DISQUES. Disques intervertébraux : lamelles de tissu fibreux, élastiques, en forme de disques, placés entre les corps des vertèbres {voy. Rachis et Vertèbres). — Disques de Bowman: sous l'action de l'eau et des acides, la fibre musculaire paraît se décomposer en une suite de disques, mais ce n'est qu'une illusion d'optique [voy. Musculaire, p. 560). — Disque de Becquerel: instrument de physique composé de deux disques dont chacun est formé d'une plaque de cuivre et d'une plaque de bismuth soudées ensemble et mises en rapport par un fil avec les pôles d'un galvanomètre. Les disques étant placés sur deux points d'un corps de température différente, l'aiguille du galvanomètre dévie du côté où la température est le plus élevée. D.
DISSECTIO]\. Étymologie. De dis, particule disjonctive, et de secare, couper. Ce mot a donc la même acception quAnatomie, àvà, parmi, à travers, et Tsavw, je coupe, ou zou-h, section, c'est-à-dire l'ensemble des moyens à l'aide desquels on découvre, on isole les organes et les parties du corps pour en étudier les propriétés physiques : situation, dimensions, forme, couleur, rapports, texture, etc.
Beaucoup de considérations liées au mot dissection ont été déjà traitées, dans ce Dictionnaire, aux articles Amphithéâtre et Anatomie. Le lecteur voudra donc bien s'y reporter pour combler les lacunes que nous sommes amené à laisser ici, pour ne pas faire double emploi et pour nous borner à ne mentionner que les faits plus récents, ou ceux qui ont été passés sous silence. Aux articles signalés ci-dessus, on trouvera l'exposé complet de l'historique depuis l'école d'Alexandrie jusqu'à nos jours, tous les détails relatils à la disposition des salles de dissection, aux questions d'hygiène qui s'y rattachent; l'énumération des objets employés dans l'art de la dissection; la description des scalpels, des ciseaux, des pinces, des scies, des marteaux, des tubes à insufflation, des érignes; on y trouvera les renseignements relatifs aux moyens adjuvants, tels que la coction, la macération, l'emploi de certains liquides destinés à durcir, à ramollir, à rendre transparents, à colorer les tissus; mais il y a lieu d'ajouter quelques mots sur Vhydrotomie.
Chez les sujets qui ont succombé à une anasarque très -prononcée, on a souvent eu l'occasion de constater que l'infiltration du tissu conjonctif produit entre les tuniques des organes ou au sein des tissus une sorte d'hypertrophie transparente des éléments qui a pour effet de rendre ceux-ci plus visibles ; les dernières divisions artérielles, veineuses, les petits filets nerveux, les canaux excréteurs et même les petits lobules des glandes, apparaissent plus nettement. Eh bien, l'hydrotomie est une sorte d'anasarque artificielle; c'est une méthode appliquée par Lacauchie en 1844 et qui n'a eu qu'une vogue passagère. Un réservoir analogue à celui qu'on emploie pour les injections conservatrices et placé à 5 ou 4 mètres de hauteur verse dans le système artériel un courant d'eau prolongé; celle-ci, des capillaires passe dans le tissu conjonctif, s'y infiltre, sous l'aspect d'une masse gélatiniforme, puis passe dans les veines par lesquelles elle s'écoule. Si les canaux qui desservent l'eau dans l'amphithéâtre sont convenablement, disposés, on peut les utiliser pour établir ces courants; le résultat
clierché est de produire le gonflement et l'infiltration du tissu conjonctif; on aperçoit alors les tuniques intestinales plus épaisses, les éléments qu'elles renferment plus distincts et comme grossis à la loupe; même chose se passe dans les autres viscères.
Des moyens de conserver les cadavres et de retarder leur putréfaction. Quoique déjà ce sujet ait été traité aux articles Amphithéâtre et Anatomie, son importance est telle, que nous ne saurions nous dispenser d'y revenir, pour compléter les renseignements fournis par nos prédécesseurs et faire connaître l'état actuel de nos connaissances. Une des substances les plus en vogue a été et est encore l'acide arsénieux, à l'état de dissolution au maximum dans l'eau bouillante; déjà en 1855 Lauth à Strasbourg et ïrancliina à Naples en préconisaient l'usage. Lors du concours qui eut lieu en 1842 pour une place de prosecteur à l'amphithéâtre des hôpitaux, nous-même eûmes l'occasion, en compagnie de M. Sappey, actuellement le savant professeur de la Faculté, de M. Ernest Cloquet, dont une mort tragique et mystérieuse a brisé la brillante carrière à la cour du Shah de Perse en 1855 [Notice sur le docteur E. Cloquet par le docteur Dequevauviller. Paris, 1856), enfin de M. Jacqu.ut; nous eûmes, dis-je, l'occasion de faire usage d'injections d'eau arsenicale pour la conservation de nos pièces, et aucun des concurrents ne ressentit autre chose qu'une légère irritation sous le bord libre des ongles. En IS^S, j'ai répété les mêmes épreuves à l'occasion d'un concours pour la place d'aide d' anatomie, et grâce à quelques précautions l'innocuité fut complète ; enfin, depuis cette époque, et plusieurs années de suite, j'ai manipulé des pièces injectées à l'acide arsénieux sans avoir à en souffrir. Cependant, en 1844, les candidats pour un concours de chef des travaux anafomiques à Montpellier auraient éprouvé quelques accidents gastriques, et de petits abcès sous les ongles, phénomènes dont il est bon d'être prévenu pour s'en mettre à l'abri par certaines précautions; lavages fréquents et abstention de contact très-prolongé. En revanche, la putréfaction est suffisamment retardée et des pièces sèches préparées depuis quarante ans avec le concours de l'acide arsénieux sont encore, aujourd'hui, en parfait état de conservation au musée de la Faculté de médecine.
Au reste, on ne saurait mieux faire l'éloge de l'acide arsénieux qu'en rappelant que M. le professeur Sappey lui donne la préférence sur toutes les autres substances conservatrices; seulement, il y ajoute de l'acide chlorhydrique ou nitrique dans les proportions suivantes : 1° eau saturée d'acide arsénieux par Tébullition, 5 litres; 2° acide hydrochlorique ou nitrique, 20 ou 25 grammes; pour un sujet entier.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que, s'il s'agit d'embaumement, l'ordonnance du 29 octobre 1846 interdit l'emploi de l'acide arsénieux.
Cependant, depuis 1867, les cadavres livrés aux dissections sont traités différemment : la glycérine jouissant par elle-même d'un certain degré de faculté antiputride, et de plus n'offrant pas l'inconvénient de s'évaporer, on l'a mêlée à l'acide phénique pour en composer une injection conservatrice. La glycérine phéniquée a été employée, pour la première fois, en 1864 par Laskosky, et depuis 1867, c'est le liquide qui sert à la conservation des cadavres à l'école pratique et à Clamart, sous le nom de glycérine phéniquée de Brissaud et Laskosky et qui se compose généralement de 100 parties de glycérine blonde à 28 degrés et 10 parties d'acide phénique cristalhsé. Pendant quelque temps on s'est servi de produits impurs et très-fétides, mais M. Farabeuf leur
a fait substituer l'acide cristallisé dans le but de diminuer cet inconvénient.
Aujourd'hui, à l'école pratique ainsi qu'à l'amphithéâtre des hôpitaux, on emploie rarement la glycérine phéniquée pure, l'injection conservatrice renferme presque toujours une certaine quantité d'acide arsénieux et se trouve, en réalité, ainsi composée : sur 5 litres de liquide employés pour un cadavre entier, il y a 5 litres de glycérine phéniquée et 2 litres d'eau arsenicale; hâtons-nous d'ajouter que les proportions varient suivant la température, l'état hygrométrique, et suivant les conditions du cadavre; en un mot, l'hiver, pour un sujet maigre alors que la putréfaction a peu de tendance à se produire, on ménage la glycérine phéniquée dont le prix est plus élevé et l'on augmente la proportion d'acide arsénieux.
Mode (remploi. L'injection peut être faite à l'aide d'une seringue, mais on a rarement recours à cet instrument dans les amphithéâtres de Paris ; on lui préfère une sorte d'irrigateur composé d'un réservoir en forme de grand entonnoir pouvant contenir 6 ou 8 litres et suspendu à 2 ou 5 mètres de hauteur; un tuyau élastique, en communication avec le réservoir, descend au-dessus du sujet et se termine par un robinet susceptible de s'adapter à une canule préalablement introduite dans l'aorte; il suffit d'ouvrir ce robinet pour que le liquide par son propre poids se précipite dans les vaisseaux. Ceux-ci remplis, il ne reste plus qu'à serrer la ligature d'attente préalablement passée sous l'aorte. ^Au point de vue de ses propriétés conservatrices, le liquide employé actuellement a fait ses preuves, et son usage dirigé avec discernement et zèle par le savant chef des travaux anatomiques de la Faculté, M. Farabeuf, lui a donné toute satisfaction; cependant l'odeur de l'acide phénique, même cristallisé, est encore un sujet de répugnance extrême pour certaines personnes; de plus, les tissus changent d'aspect, tendent à prendre une coloration uniformément grisâtre qui donne aux préparations un aspect moins avantageux en même temps que les organes deviennent moins distincts les uns des autres, ce qui entraîne pour les élèves une difficulté plus grande en médecine opératoire. Les sujets dont les artères doivent être remplies de matière solidiTiable sont comme les autres soumis à l'injection conservatrice, mais la veille de la réplétion vasculaire.
Ajoutons que. pendant l'été, quand le cadavre doit être livré aux manœuvres opératoires, on l'injecte assez souvent avec une solution de chlorure de zinc, et que parmi les auteurs à consulter sur cette matière il importe de signaler M. le Prieur (Recherches sur la conservation temporaire des cadavres, thèse de Paris, 1872), qui préconise le liquide suivant :
grammes.
Acide phénique liquido 2,50
Acide arsénieux 2
Glycérine industrielle. , . . . 10
Acétate de soude JO
Eau de fontaine 7o
M. Auffret (de Brest), dans un mémoire fort distingué, constate les bons résultats qu'il en a obtenus.
Des dissections comme moven de préparer a l\ médecine opératoire. Quand on remarque quel petit nombre de cadavres il est possible de fournir à chaque étudiant, le peu de temps consacré par lui aux dissections, on se demande comment le futur praticien pourra acquérir l'habileté de main qu'exigent les opérations, car c'est à ce but que devraient tendre les dissections indé-
pendamnient des études anatomiques. Pour les rendre aussi fructueuses que possible, à ce point de vue, l'élève devra donc apporter une attention constante dans le maniement du scalpel; ses coupes, ses incisions, seront faites avec précision, régularité et propreté, s'il veut plus tard acquérir cette aisance, cette adresse que recherchaient les opérateurs à l'époque où l'on ne dédaignait ni le cito ni le jucunde. C'est peut-être parce que les dissections sont devenues plus difficiles, plus rares, que la médecine opératoire a subi la transformation que les hommes de mon âge sont étonnés de constater chez un certain nombre d'opérateurs de l'époque actuelle, qui, affectant un dédain systématique pour la précision et la rapidité, semblent vouloir faire de la lenteur et de l'absence de règles une loi rénovatrice qui ne sera, je l'espère, qu'une éclipse momentanée.
Ostéotomie ou dissection des os. La dissection des os ne comprend guère que V excarnation qui précède l'emploi des autres moyens nécessaires à leur préparation, tels que leur macération, leur lavage, les procédés propres à les blanchir, etc. Or, ces questions ont été traitées ou le seront aux articles Amphithéâtre, Anatomie, Os, Crâne, Squelette, Préparations sèches. Cependant, il n'est pas inutile de rappeler qu'il est souvent nécessaire de faire subir aux os frais des coupes destinées à montrer leurs cavités médullaires et leurs cellules pour en étudier le contenu; enfin que l'étude de l'ossification exige aussi ces coupes qui seront pratiquées avec la scie, sauf chez les jeunes enfants, oi'i le couteau pourra suffire.
Dissection des articulations. Elle exige le plus grand soin, et malheureusement elle est presque toujours négligée. A proprement parler, en disséquant une articulation on fait de l'anatomie de région-, car une articulation n'est pas un organe, mais une réunion d'organes. On commencera donc par préparer avec soins les muscles et les tendons qui se présentent tout d'abord ; on isolera ou délimitera nettement les ligaments périphériques et on les suivra dans leurs connexités et surtout à leurs extrémités et leurs attaches. Avant de les diviser, il sera souvent utile d'insuftler les synoviales et leurs prolongements; de suivre ainsi le trajet et l'étendue de ces séreuses, les ouvertures qu'elles peuvent présenter et qui les mettent en communication, soit avec les synoviales tendineuses, soit avec les bourses muqueuses sous-musculaires; on pénètre ensuite dans l'intérieur de l'articulation pour achever l'étude de la synoviale, en examiner la couleur, les replis, les culs-de-sac, la manière dont elle se comporte, soit avec les cartilages diarthrodiaux, soit avec les bourrelets fibro-cartilagineux, soit avec les ménisques. Des coupes permettront d'étudier les cartilages diarthrodiaux, mais l'examen des ligaments interat ticulaires (ligaments croisés du genou) rendront absolument nécessaire l'emploi de la scie.
Dissection des muscles. La dissection d'un muscle consiste à en ouvrir la gaîne aponévrotique, à l'isoler des parties voisines en conservant ses rapports importants, et à mettre à découvert ses attaches fibrillaires et tendineuses; seulement, on peut procéder de deux manières différentes : ou bien l'incision s'arrête à la surface externe de l'aponévrose et ne comprend que la peau et le fascia superficialis avec le tissu graisseux, ou bien le scalpel pénètre d'emblée jusqu'aux fibres musculaires. La première méthode permet d'étudier l'aponévrose, dans la seconde, on tend à l'aide de la pince la lèvre gauche de l'incision, pendant que le scalpel tenu comme une plume à écrire et quelquefois comme un archet est promené, parallèlement aux fibres charnues, dans l'angle rentrant formé par la surface externe du muscle et la face interne de l'aponévrose; le
manche de l'instrument peut quelquefois suffire; dans tous les cas, les tractions sur les parties voisines, l'écartement opéré par les doigts d'un aide, facilitent beaucoup le travail. Quant aux organes voisins, ce n'est qu'exceptionnellement qu'il faut s'en préoccuper, à moins qu'on ne fasse de l'anatomie des régions ou qu'il ne s'agisse d'un muscle satellite: c'est ainsi que pour le couturier on conservera l'artère fémorale, pour le biceps brachial l'artère humérale, etc. Par exemple, ce qu'il faut préparer à fond, ce sont les attaches. L'élève a malheureusement plus de tendance à bien soigner le corps charnu sur lequel il passe son temps à faire disparaître sans nécessité le plus petit débris cellulofjbreux. A la dissection des muscles se rattache celle des aponévroses, des gaines tendineuses et des synoviales du même nom ; l'insufflation de ces dernières ou leur ouverture sont les procédés mis en usage pour en prendre connaissance.
Dissection des artères. Les troncs artériels et leurs branches principales pourraient, à la rigueur, être préparés tels qu'ils se présentent sur le cadavre; avec une certaine habitude, il ne serait pas difficile de suivre des vaisseaux du calibre des collatérales des doigts; et ce procédé serait même un exercice utile et avantageux en ce qu'il préparerait l'élève aux exercices de médecine opératoire; mais il faut convenir qu'il aurait l'inconvénient d'entraîner de la perte de temps. Aussi a-t-on l'habitude de recourir à un moyen adjuvant : de faire subir aux artères, des modifications artificielles; on leur communique une couleur vive, une forme arrondie, un volume plus considérable et une consistance plus ferme, et cela en les remplissant d'une matière qui, introduite à l'état liquide, grâce à une température élevée, ne tarde pas à se solidifier, se coaguler par le refroidissement. On conçoit que cette dernière condition est indispensable, car sans elle la moindre perforation des parois des vaisseaux entraînerait la fuite de la substance injectée; disons cependant que pour les injections fines on a souvent recours à des liquides froids qui ne se coagulent pas, tels que l'essence de térébenthine, le vernis à l'alcool, une solution de gomme.
Nous examinerons successivement : 1" la composition et la préparation des matières à injections réplétives ; S** les manipulations à faire subir aux cadavres; 5** le manuel de l'introduction du liquide et l'élude des appareils dont on se sert.
On trouvera dans l'ouvrage de Lauth de nombreuses formules pour la composition des matières à injection, mais on ne fait guère usage que de celles qui ont pour base la gélatine ou le suif et la cire.
A. Injection à la gélatine, l" Faire macérer pendant vingt-quatre heures de petits morceaux de colle de Flandre dans de l'eau distillée; 2° faire foudre la colle au bain-marie dans l'eau qu'elle a absorbée. MM. Morel et MathiasDuval conseillent d'ajouter quelques gouttes d'acide phénique ou un peu d'acide arsénieux pour prévenir la formalion de moisissures. Le noir de fumée, le carmin, etc., donnent à la masse la couleur voulue.
Matière à injection ayant pour hase le suif et la cire. Le suif seul aurait de graves inconvénients; à l'état de refroidissement, il est cassant ; sous l'influence d'une élévation de température, il tend à se fondre et la matière colorante se sépare et se dépose : c'est pour remédier à ce défaut qu'on y ajoute de la cire et de la térébenthine de Venise, dans les proportions suivantes :
Suif 420 grammes.
Cire jnune 300 —
Térébenthine 20 —
ou bien
Suil 500 grammes
Cire blanche 100 —
Térébenthine [60 à 100 —
M. Sappey conseille encore, si l'on veut faire une injection plus pe'nétrante, d'ajouter au suif une petite quantité d'essence de térébenthine, un douzième environ. Quant au noir de fumée, la proportion est de 20 grammes pour 500 ; s'il s'agit de pièces à conserver par dessiccation, on colore la matière avec du vermillon (cinabre, sulfure de mercure).
Le suif et la cire, étant mêlés dans une casserole, seront soumis à une douce chaleur et au bain-marie de préférence; lorsqu'ils seront fondus, on y ajoutera la térébenthine. La matière colorante, exactement mêlée à de l'essence de térébenthine, est dissoute dans une petite quantité du liquide chauffé, puis ensuite mélangée à la masse, en ayant soin de remuer continuellement le tout à l'aide d'une spatule en bois. La matière à injection, tout en offrant une bonne consistance, ne doit pas être cassante. Pour l'essayer on en laisse tomber quelques gouttes sur un corps froid et. suivant qu'elle est trop dure ou trop molle, on ajoute, dans le premier cas de la térébenthine, dans le second de la cire, et l'on juge que la température est à point quand la projection de quelques gouttes d'eau froide y détermine une sorte de crépitation.
Quant au cadavre, il devra autant que possible être maigre et appartenir à un sujet jeune ou adulte.
Manipulations a faike subir au cadavre. Pendant l'hiver surtout, si l'on tient à obtenir une injection très-pénétrante, le cadavre devra préalablement être plongé dans un bain chaud (52 degrés) le temps nécessaire pour s'y échauffer (deux ou trois heures). Sa position variera suivant qu'où aura recours à une seringue ordinaire ou qu'on fera usage de la seringue fixe à bascule de M. Farabeuf ; dans le premier cas, il est placé sur un plan incliné, les pieds touchant le sol, la tête élevée de 40 ou 50 centimètres; dans le second cas, on le laisse sur la table dans une position horizontale.
Par quelle artère faire l'injection ? Quelques anatomistes conseillent la carotide ou la fémorale, presque tous préfère l'aorte [Manuel de l'anatomiste, par Ch. Morel et Mathias Duval, J883).
Par la carotide. L'artère étant énucléée (Morel et Mathias Duval), « on passe au-dessous d'elle trois fils à ligature, puis on pratique dans ses parois une ouverture longitudinale suffisante pour y introduire de haut en bas le tube ou canule à injection. Au moyen d'un fil à ligature, on fixe l'artère sur le sommet du tube; il est bon de prendre encore la précaution de poser une seconde ligature au-dessus de la première, enfin une troisième ligature est placée audessus de l'ouverture artificielle que l'on vient de pratiquer, afin d'arrêter le reflux de la matière à injection par le bout supérieur de l'aitère carotide. »
Si, comme le recommande M. Sappey et suivant la pratique adoptée à l'amphithéâtre des hôpitaux et à l'École pratique, on fait l'injection par l'aorte, voici comme on procède : 1° mettre le cœur à découvert au travers du sternum; seulement ici on peut s'y prendre de deux manières : « M. Sappey veut qu'on enlève le corps du sternum en coupant les cartilages costaux le plus près possible de ses bords, afin de ne pas blesser les artères mammaires internes, et en le luxant, au niveau de son union avec l'extrémité supérieure de cet os; on
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divisera ensuite cette extrémité supérieure sur la ligne médiane par un Irait de scie, et à l'aide d'un coin placé dans cette division on écartera les deux moitiés du thorax.
A l'Ecole pratique, on se borne à scier le sternum dans toute sa hauteur et à en écarter les moitiés à l'aide d'un coin de bois. Une fois le péricarde mis à nu, il est fendu de haut en bas et le cœur amené à l'extérieur. Le ventricule gauche étant incisé, on isole l'origine de l'aorte pour pouvoir passer autour d'elle une forte ligature, à l'aide de laquelle sera fixée solidement dans le vaisseau la canule qu'on y aura engagée et par laquelle l'injection va être poussée.
Manuel de l'introduction du liquide. 1° Procédé ordinaire. La seringue ordinaire doit contenir 1 kilogramme de matière ; elle est munie dans sa partie moyenne de deux poignées de bois destinées à préserver les mains contre les brûlures. « Le piston, au lieu d'être garni de plaques de cuir qui sont excellentes dans les seringues où l'on n'introduit que des liquides froids, sera entouré de filasse qu'on peut facilement renouveler (Sappey).
11 importe de remplir et de vider plusieurs fois la seringue pour que le liquide ne se refroidisse pas trop vite; enfin, on doit évacuer la plus petite quantité d'air qui peut être entrée dans l'instrument. Cela fait, le robinet étant bien fermé, on en ajuste le bout dans la canule fixée dans l'aorte et « l'opérateur qui se charge du soin de pousser l'injection, ayant les deux jambes du sujet entre les siennes, appliquera perpendiculairement contre sa poitrine l'extrémité libre du piston, en s'inclinant sous un angle de 45 degrés, et pressera sur ce piston avec vigueur au moment où un aide ouvrira le robinet de la seringue » (Sappey).
Pendant son trajet à travers l'étendue du système artériel, le liquide tend à se refroidir, il importe donc d'abréger le plus possible la durée de ce trajet, aussi recommande-t-on de presser vigoureusement dès le début sur le piston.
Mais, aussitôt que la résistance commence à se faire sentir, il faut simplement soutenir l'effort et fermer le robinet dès que le piston devient complètement immobile, puis, laissant le robinet dans la canule, en séparer le corps de seringue.
La seringue à poignées de bois peut être avantageusement remplacée par celle qui dans le catalogue Collin figure sous le n° 2; elle est engalnée et ne brûle pas les mains; en outre le robinet est garni de bois : il ne faut pas, du reste, la confondre avec celle qu'il me reste à décrire et qui diffère complètement de celles qu'on employait généralement, quoique toutes les deux soient de M. Farabeuf.
Cet autre appareil, au lieu d'être porté à la main, est monté sur la table comme serait une pièce de canon sur son affût, ou un télescope sur son pivot. L'arceau métallique qui le porte peut se déplacer horizontalement de chaque côté du cadavre qui est contenu dans sa concavité {voy. catalogue Collin, fîg. 1). Le corps de pompe, de la contenance de 2 litres, peut se mouvoir dans deux directions : de haut en bas comme un fléau de balances, de manière qu'on puisse, à volonté, abaisser et relever son extrémité antérieure, et transversalement ou de droite à gauche, ce qui amène le bout de la seringue vers le préparateur. Au lieu d'être mû par la pression de la poitrine, le piston est mis en mouvementé l'aide d'une manivelle placée à l'arrière de l'instrument et d'une crémaillère de la tige; enfin, deux robinets en font partie; l'un s'adapte à la
canule placée dans l'aorte, l'autre au bec terminal de la seringue, et ces deux robinets sont garnis de bois pour prévenir la briilure des doigts.
Mécanisme. Après avoir amené l'appareil en place, quand on s'est assuré que les robinets s'adaptent bien l'un à l'autre, on lui fait exécuter de droite à gauche un mouvement de quart de cercle qui l'amène dans une direction perpendiculaire au grand axe du sujet; on abaisse son extrémité antérieure de manière à fixer le robinet dans une fourchette que supporte l'arceau ; alors la main gauche présente le liquide d'injection, pendant que la droite manœuvrant la manivelle fait mouvoir le piston et aspire l'injection. La seringue est alors tournée de gauche à droite, puis abaissée et engagée dans la canule aortique. Les deux robinets, jusque-là fermés, étant ouverts à la fois à l'aide du pouce et de l'indicateur de la main gauche, il ne reste plus qu'à faire descendre le piston en mettant la manivelle en mouvement. Une fois les artères remplies, les deux robinets sont fermés à la fois et la seringue retirée. Rien de plus ingénieux que cet appareil !
Pour les injections partielles, soit qu'on les j)ratique sur un cadavre entier, soit qu'on opère sur une partie du corps séparée, il y a toujours obligation de placer plusieurs ligatures sur les branches anastomotiques, et l'on ne peut être guidé que par la connaissance exacte de ces branches.
Dissection. Il est admis en principe que, si l'artère est superficielle, on la suivra du tronc vers les branches; nous ajouterions volontiers qu'on se conformera au même précepte, toutes les fois qu'on pourra découvrir le tronc principal sans couper les branches. On devra conserver les rapports avec le plus grand soin pour montrer les muscles et tendons satellites, les lames aponévrotiques qu'on devra diviser pour les dénuder; le plus possible garder les nerfs et les veines du voisinage : c'est ainsi qu'en préparant la carotide primitive, la veine jugulaire interne et le pneumogastrique seront soigneusement disséqués; que pour la brachiale, au pli du coude, on se gardera d'enlever le tendon du biceps et son expansion aponévrotique ; que l'on préparera avec soin la veine médiane basilique ; qu'au poignet on mettra en relief le tendon du grand palmaire et celui du grand supinateur, le nerf radial ; qu'à l'aine les rapports de la fémorale avec le pourtour de l'anneau crural seront préparés minutieusement, que l'artère épigastrique sera parfaitement dénudée pour qu'on puisse bien voir la manière dont elle se comporte par rapport à l'orifice abdominal du canal inguinal !
Ce qu'il importe encore de disséquer avec soin, ce sont les anastomoses; sans leur connaissance, il est impossible de comprendre le rétablissement de la circulation par les branches collatérales, après la ligature des troncs artériels.
Injection, préparation des veines. On emploie les mêmes substances pour les injecter. Tout le système veineux ne pouvant être injecté d'un seul coup, à cause des valvules qu'il présente à son intérieur, il faut l'ouvrir en plusieurs points. Le courant doit en général être poussé des racines vers les troncs, à cause des mêmes valvules; ce n'est que dans les veines pulmonaires et dans la veine porte qu'on peut procéder autrement.
Voici l'ordre à suivre pour arriver à remplir l'ensemble du système veineux :
1° Les deux veines caves sont mises à découvert par la section du sternum; une dissection attentive isole les deux vai>seaux; on ouvre l'oreillette droite et, après s'être débarrassé des caillots et du sang, on introduit un tube dans la veine cave supérieure et on le fixe par une ligature: la seringue est alors
adaptée et le liquide poussé de bas en haut va remplir les jugulaires, leurs branches et la terminaison des veines du membre thoracique.
2" Injection de bas en haut de la veine cave inférieure par l'iliaque externe. La veine cave est liée à son embouchure dans l'oreillette; l'iliaque externe gauche mise à nu avec soin est d'abord liée à sa partie inférieure pour l'isoler des veines du membre inférieur ; une canule est ensuite introduite et fixée dans la partie supérieure du vaisseau, puis l'injection, poussée de bas en haut, remplit la veine cave, les veines hépatiques, la veine azygos, les veines rénales, les veines rachidiennes et les veines du bassin.
5" En plaçant le tube à injections dans l'une des veines superficielles de la face dorsale du pied, on réussit assez souvent à remplir tout le système veineux du membre; dans le cas contraire, on ferait par la saphène externe une seconde injection.
4" Pour le membre thoracique on fait successivement plusieurs injections de bas en haut par la veine céphalique du pouce, par la veine salvatelle, et dans l'une de celles qu'on voit se dessiner sur la face antérieure et moyenne du poignet.
La dissection des veines demande les mêmes soins que celle des artères ; cependant, avant l'abandon à peu près complet de la phlébolomie comme agent thérapeutique, la dissection des veines superficielles du pli du coude se faisait avec une prédilection toute particulière, tandis qu'aujourd'hui il n'y a guère plus de raison de montrer les rapports de la veine médiane basilique avec l'artère humérale que ceux de la veine ranine avec l'artère sublinguale ou les connexions de la veine porte avec l'artère hépatique.
Vaisseaux lymphatiques. Jusqu'en 1842, l'injection des vaisseaux lymphatiques est restée une sorte de secret, à peine connu de quelques initiés. Sans doute, les travaux de Ruysh et surtout ceux de Panizza en 1830, et de Fohman en 1835, étaient bien venus mettre en lumière ce fait que les vaisseaux lymphatiques naissaient à la surface de la peau et des muqueuses par un réseau capillaire occupant la partie superficielle des papilles du derme; mais les auteurs classiques, Cruveilhier, Blandin, etc., ne fournissaient aucune donnée sur la manière de tirer parti de cette découverte pour l'injection des vaisseaux, et ils se bornaient encore à indiquer le procédé de Mascagni, c'est-à-dire de commencer par chercher un vaisseau à l'aide d'une incision superficielle, d'y introduire la pointe d'un tube et d'y faire couler le mercure; conseil facile à donner, mais bien difficile à suivre, comme des essais multipliés me l'ont prouvé amplement. Aussi n'est-ce pas sans une surprise extrême que je trouve ce procédé préconisé encore dans un ouvrage d'anatomie tout récent, qui l'aura sans doute par mégarde emprunté à Lauth (de Strasbourg).
Une nouvelle méthode doit être substituée à l'ancienne, et c'est grâce à sa vulgarisation que l'injection des vaisseaux lymphatiques est devenue presque facile : c'est l'injection réticulaire, c'est-à-dire par l'intermédiaire du réseau.
Cette méthode vulgarisatrice date de l'époque où fut ouvert en 1842 un concours pour la place de prosecteur à Clamart, concours auquel j'eus l'honneur de prendre part avec M. Sappey, M. E. Cloquet et M. Jacquart.
Déjà en 1841 un pas en avant avait été fait lors du concours de chef des travaux anatomiques à la Faculté, et auquel prirent part MM. Denonvilliers, Lenoir, Chassaignac, Huguier et Lacroix. Le sujet désigné par le jury fut : Préparation des vaisseaux lymphatiques de la tête et du col; les candidats avaient à choisir entre le procédé direct des vaisseaux ou la ponction du réseau
telle qu'elle avait été faite par Panizza et Fohman ; tous eurent recours à ce dernier mode d'injection qui leur réussit. « En résumé (Sappey, Thèse de Paris, d845), les faits acquis à l'injection des vaisseaux lymphatiques par le concours de 1841 sont les suivants : 1° la ligne médiane est le lieu d'élection pour l'injection des vaisseaux lymphatiques superficiels de la tête par le procédé de la ponction réticulaire; 2° le procédé de Mascagni, loin d'être abandonné, mérite au contraire d'être conservé, mais seulement comme procédé accessoire et complémentaire et avec cette modification importante que la ponction doit être faite sur le vaisseau plein, et non sur le vaisseaîi vide. »
Quant à l'injection des vaisseaux lymphatiques des membres, il restait à trouver l'application du procédé réticulaire ; personne n'y était parvenu, quand eut lieu le concours de prosectorat en 1842.
La question posée fut précisément celle-ci : Préparation des vaisseaux lymphatiques superficiels de la tête et du membre supérieur. « Pour ces derniers vaisseaux (Sappey, Thèse de Paris 1845), nous ne pouvions nous éclairer de l'expérience d'aucun devancier et notre embarras était le même que celui des candidats qui naguère aspiraient à l'honneur de diriger les travaux anatomiques de la Faculté de Paris ; à notre tour nous avions le choix entre la méthode ancienne et la méthode nouvelle. Les beaux résultats que cette dernière avait procurés pour les vaisseaux lymphatiques de la tète nous déterminèrent unanimement à lui donner la préférence : en conséquence, nous nous mîmes avec ardeur à la recherche du lieu d'élection. Cette recherche fut promptement couronnée du succès le plus complet : en piquant superficiellement la peau qu^ revêt la dernière phalange des doigts, au niveau de sa partie moyenne et sur les parties latérales, nous arrivâmes à injecter les vaisseaux lymphatiques cutanés qui en partent. » Le reste était facile, c'était la ponction secondaire du vaisseau oiî le mercure avait pénétré.
(( Ce concours (1842), dit M. Sappey, a eu par conséquent pour résultat : 1° de faire connaître le lieu d'élection pour l'injection des lymphatiques superficiels des membres supérieurs; 2° de généraliser ainsi cette méthode en Vélendajit à toute la surface du corps, car ce qui existe pour le membre thoracique existe également pour le membre abdominal. »
Qu'il me soit permis d'ajouter qu'en 1843, à l'occasion d'un concours pour l'adjuvat à la Faculté, j'eus l'occasion d'apporter quelques nouveaux éléments à l'étude des injections lymphatiques et spécialement de ceux de la partie inférieure du vagin (Aubry, De l'inflammation des ganglions lymphatiques de la région inguinale. Thèse pour le doctorat, 1843, p. 9), dont je montrai que la terminaison avait lieu à Vaine et non aux ganglions du hassin, comme le disaient les auteurs du temps, ce qui permet de comprendre comment un chancre du vagin peut produire une adénite inguinale et non une adénite pelvienne, et que l'année suivante, à Rennes, je fus assez heureux pour découvrir dans le sillon qui sépare le deltoïde du grand pectoral trois ganglions lymphatiques dont l'importance a paru assez grande pour que M. Sappey dans son Anatomie descriptive et M. Richet dans son Anatomie des régions leur fissent l'honneur de les mentionner.
Tout le monde connaît les magnifiques pièces déposées par M. Sappey au musée Orfîla et au musée de Clamart ; elles donnent une idée de la perfection à laquelle il a porté ce mode de préparations; perfection due en partie aux améliorations qu'il a apportées dans les procédés et aux changements qu'il a fait
subir aux appareils en même temps que ses éludes constantes l'ont amené à découvrir l'origine réelle des lymphatiques, origine consistant en un réseau plus superficiel que celui qu'on injecte et constitué par des éléments désignés sous les noms de lacunes et capillicules (travail en cours de publication) et qui vont s'ouvrir dans le réseau profond.
INSTRUMENTS ET MANUEL. C'cst de mcrcure que l'on se sert pour injecter les vaisseaux lymphatiques; ce métal doit être bien pur et sera avantageusement tamisé à travers une peau de chamois. Quant aux instruments que l'on emploie, ce sont, ou une seringue ou un appareil à pression continue. La seringue est rarement mise en usage; cependant M. Farabeuf lui donne la préférence, et l'on peut voir à la page A du catalogue CoUin la figure d'une petite seringue en acier nickelé dont il se sert.
L'appareil à pression continue se comj)Ose des parties suivantes : 1° un tube de verre; 2" une portion flexible unie au précédent par l'une de ses extrémités et terminée en bas par un robinet; 3" une petite pièce d'acier ou ajutage vissée sur le robinet; 4" enfin un petit tube de verre, d'une longueur de 6 à 8 centimètres, qui s'introduit par sa grosse extrémité dans l'ajutage et s'effile à la lampe h alcool par l'autre pour servir à piquer les tissus. Quand on a eu l'occasion de se servir de cet appareil avant qu'il eût été modifié par M. Sappey, on ne saurait trop apprécier l'importance de ces modifications. En première ligne on est frappé de l'heureuse idée qu'a eue le savant professeur de changer la nature du tub'e flexible, qui était d'abord constitué par une canule de gomme élastique à laquelle il a substitué un tube en caoutchouc vulcanisé auquel M. Charrière a ajouté une doublure de tissu de soie. Avec le tube en gomme élastique, à chaque instant 07i avait des fuites de mercure et l'opération était entravée; aujourd'hui ce grave inconvénient ne se produit plus.
Deuxième modification. L'appareil ancien n'avait que 1 mètre de long ; on lui donne aujourd'hui 1™,50, et la hauteur de la colonne mercurielle peut être portée à 50 ou 60 centimètres au lieu de 50 ou 40 ; il en résulte une plus grande puissance de projection.
Troisième modification. Jadis le mode de fixation du petit tube terminal n'offrait pas de garanties; l'intérieur de l'ajutage étant lisse, le petit tube pouvait s'échapper facilement. Aujourd'hui un pas de vis a été creusé sur la face interne de cet ajutage; d'un autre côté, M. Sappey a donné sur la manière de préparer la base du petit tube certains détails qui en assurent la fixité : une couche de cire jaune est d'abord étalée sur cette base; plusieurs tours de soie plate dite soie de Chine sont ensuite enroulés; enfin, quand on a obtenu un cylindre d'un diamètre un peu plus considérable que la cavité de l'ajutage, on frotte de nouveau la surface de la soie avec de la cire; on présente alors le cylindre à l'orifice de l'ajutiige dans lequel on le fait pénétrer par un mouvement de rotation jusqu'à 8 ou 10 millimètres. Quant à l'autre bout, on l'a préalablement effilé à la lampe à alcool.
L'appareil étant suspendu à une hauteur convenable et à une distance appropriée, l'opérateur saisit de la main droite le petit tube et le robinet, comme une plume à écrire, le pouce sur le côté gauche du tube, le médius sur son côté droit et l'indicateur allongé parallèlement sur le levier du robinet, les deux derniers doigts prenant un point d'appui sur les parties voisines.
« La pointe du tube est alors présentée obliquement sur le lieu d'élection, presque parallèlement à la peau ; elle est enfoncée de manière à arriver jusque
dans l'épaisseur de la couche superficielle du derme qu'elle doit labourer en quelque sorte dans l'épaisseur de la couche réliculaire, sur une étendue de 2 ou 5 millimètres (Sappey). C'est alors qu'avec la pulpe de l'indicateur on imprime au levier un mouvement de rotation de droite à gauche et que le mercure se précipite en remplissant les capillaires d'un réseau argenté; du réseau il passe dans les vaisseaux et rend ceux-ci visibles dans une étendue suffisante pour pouvoir les injecter à leur tour et tirer alors tout le parti possible de l'injection directe ou méthode de Mascagni; ce qui était presque impossible avant l'injection réticulaire est devenu très-pratique.
Il existe un autre appareil à injections lymphatiques très-simplifié; il n'y entre pas de pièce en verre. C'est un simple tube élastique de 2 mètres de long, terminé en haut par un entonnoir en corne, offrant en bas le même ajutage et le même robinet que l'appareil précédent. J'ai peine à comprendre la vogue dont jouit ce long tube où l'on ne voit pas du tout la colonne de mercure et dont le maniement est beaucoup moins précis. « J'avais pensé, dit le professeur Sappey, pouvoir construire tout l'appareil avec un seul tube de caoutchouc, mais l'expérience m'a bientôt démontré que ces tubes sont moins faciles à manœuvrer que les tubes de verre ».
Dissection. On comprend sans peine que la dissection des vaisseaux une fois injectés réclame quelques précautions; le scalpel ne doit pas les effleurer de trop près, la légère couche de graisse qui les entoure devant disparaître par le fait de la dessiccation. Au reste, on doit toujours être prêt à recourir à des ligatures et savoir improviser quelque procédé d'occasion^ fût-ce même V emploi des dents pour fixer un bout de fil.
Nous n'avons pas à nous occuper de la conservation et de la dessiccation des vaisseaux lymphatiques, ce sujet devant être traité dans un autre article.
Dissection des nerfs. Procéder des troncs vers leur terminaison, à moins que pour parvenir aux premiers il ne faille couper les filets; suivre le nerf parallèlement et employer souvent les ciseaux à la place du scalpel, éviter de le tirailler avec les mors d'une pince et cependant le tendre le mieux possible, soit avec des érignes, des épingles recourbées eu hameçon et munies de fils, soit avec des épingles droites piquées sur des plaques de liège, soit encore sur une masse de cire noircie et couverte d'une couche d'eau.
C'est surtout pour les nerfs que le durcissement par l'alcool et l'emploi des adjuvants indiqués à l'article Anatomie peuvent être utiles ; une fois préparés, les filets nerveux, si la pièce doit être conservée quelques heures, seront maintenus écartés des parties sous-jacentes à l'aide de l'interposition de quelques corps étrangers; de petits morceaux d'allumettes, par exemple, sur lesquels on les posera.
iVer/s crâniens. Pour mettre à nu la plupart de ces nerfs et les suivre dans toute leur étendue, si l'on veut s'éviter le travail toujours pénible et de longue durée qui consiste à sculpter les os à l'aide du ciseau à froid et du marteau, on peut soumettre la pièce à l'action prolongée d'un bain d'eau acidulée avec l'acide chlorhydrique ou nitrique. L'acide dissolvant le phosphate et le carbonate de chaux ne tarde pas à réduire le tissu osseux à sa matière organique que le scalpel peut alors entamer; seulement les instruments s'oxydent proraptement; on a bien conseillé de faire macérer la pièce dans l'eau salée, mais alors les tissus prennent une couleur opaque peu propice à l'étude.
Dissection des viscères ou splanchnotomie. Ouverture de la boîte crâ-
nienne et du rachis. Cette opération se pratique tantôt pour étudier anatomiquement l'axe cérébro-rachidien et ses enveloppes, tantôt dans le but d'en rechercher les lésions, et dans ce dernier cas elle fait partie d'une autopsie.
1" Boîte crânienne. Le sujet couché sur le dos, les épaules fortement soulevées par un billot, la tête est en extension forcée :
Premier temps : De'nudation de la boîte osseuse. Une incision médiane est conduite de la racine du nez, un peu au-dessous de la protubérance occipitale, et comprend l'aponévrose épicranienne; on a ainsi deux lambeaux, l'un droit et l'autre gauche, qui, disséqués de chaque côté, sont rabattus au-dessus des oreilles et comprennent les muscles frontal, occipital et temporal.
Deuxième temps : Ablation de la voûte osseuse. Elle peut être effectuée ou à l'aide de la scie ou à l'aide du marteau. La scie employée peut être à la rigueur celle dite à amputations, mais on préfère en général la scie à dos mobile rendue plus solide par la modification que lui a fait subir M. Farabeuf en y faisant adapter une monture métallique près de la poignée (Catalogue Collin, fig. 10).
A l'aide de cet instrument, on fait donc circulairement une section qui, passant en avant au-dessus des arcades orbitaires, se prolonge en arrière, un peu au-dessous de la protubérance occipitale. La profondeur du trait de scie doit varier suivant l'épaisseur des différentes parties du crâne, et on a soin de le diriger de façon à ne pas léser les organes contenus; en cas de besoin, on pourrait, à l'aide du ciseau, achever ce que la scie n'aurait pas entièrement divisé. Il y a une circonstance oiî l'emploi de la scie est forcé, c'est quand on procède à une autopsie ayant pour but de rechercher des lésions traumatiques. car, si dans ce cas on avait recours au marteau, on pourrait produire des fissures, des irradiations qui simuleraient des fractures; autrement, le marteau est bien préférable; avec de l'habitude, on en tire le meilleur parti possible et, en frappant successivement le crâne avec le bord tranchant de l'instrument, suivant la ligne circulaire indiquée ci-dessus, on a promptement pratiqué une solution de continuité complète; le seul point un peu laborieux est la brisure au niveau de l'occipital; mais en déplaçant le billot, en faisant tourner fortement la tête par un aide, ou la soulevant au besoin, on a bien vite surmonté les difficultés ; au reste, il ne faut pas craindre d'user vigoureusement du crochet que l'on engage dans la solution de continuité, à la région du frontal, pour tirer la calotte osseijse en bas et en arrière.
Troisième temps : Une fois la dure-mère mise à nu, deux incisions sont pratiquées sur cette membrane à l'aide de la pointe du scalpel, depuis l'apophyse crista-galli jusqu'à la tente du cervelet; le sommet de la faux étant coupé, ce repli est ramené en arrière; chaque lambeau latéral de la dure-mère est abaissé et il ne reste plus qu'à extraire l'encéphale, ce qui se pratique de la façon qu'on va voir : La tête étant fortement renversée en arrière, et la masse cérébrale s'écartant d'elle-même de la base du crâne, sous l'iniluence de la pesanteur, pendant que la main gauche placée sous la convexité des hémisphères en modère le renversement, on coupe successivement, en procédant d'avant en arrière, tous les nerfs qui s'engagent dans les trous de la base du crâne ainsi que les vaisseaux et les prolongements membraneux qui les accompagnent, puis, la tente du cervelet étant détachée de ses attaches sur le bord supérieur du rocher, on glisse à plat le bistouri entre la gouttière basilaire et le bulbe rachidien que l'on sectionne le plus bas possible.
Ouverture du canal rachidien. On y procède en traversant les lames des vertèbres de chaque côté des apophyses épineuses, soit à l'aide du ciseau (rachitome tranchant), soit avec une scie double ou mieux avec une scie ordinaire : c'est une opération laborieuse et toute de patience.
Ouverture de la poitrine et de la cavité abdominale. L'étude des organes de la respiration, du cœur, des gros vaisseaux, nécessite l'ouverture de la cavité thoracique. Pourla description du tube digestif et de ses annexes, des reins, etc., il faut pénétrer dans la cavité abdominale; enfin les autopsies réclament cette double opération qu'on pratique ordinairement simultanément et dont il importe de bien connaître les règles.
Elle comprend deux procédés offrant chacun plusieurs modifications : j'appellerai le premier bilatéral, parce qu'il comporte une incision des parties molles de chaque côlé, et le second unilatéral, parce que les chairs ne sont incisées que d'un seul côté.
A. Procédé bilatéral, de haut en bas, avec la scie. i° Une première incision est pratiquée horizontalement au-dessus du sternum et de la moitié interne des clavicules, de manière à couper toutes les attaches de ces os en évitant de léser les gros vaisseaux voisins;
2<> De la partie moyenne de chaque clavicule, une incision verticale est menée vers l'épine iliaque antérieure et supérieure, de manière à pénétrer jusqu'aux côtes et à ouvrir la cavité abdominale;
3** A l'aide d'une scie, on coupe ensuite, à droite et à gauche, la clavicule et les côtes, puis, les insertions du diaphragme en avant étant divisées, on rabat de haut en bas l'espèce de grand lambeau qu'on a formé.
Première variété. Les incisions des parties molles étant les mêmes, au lieu de se servir d'une scie pour diviser les clavicules et les côtes dans leur portion osseuse, on peut se servir du couteau, avec lequel on coupe les cartilages en même temps qu'on désarticule les clavicules dans leur articulation sternale.
Deuxième variété. Les deux incisions menées près des épines iliaques sont réunies l'une avec l'autre dans la région hypogastrique ; le sternum et les clavicules sont laissés unis aux parties molles du cou et le lambeau est relevé de bas en haut.
Procédé unilatéral. Il a pour but de rendre moins apparentes les mutilations du cadavre. Une incision part de la partie interne de la clavicule gauche, descend dans le flanc du même côté, arrive dans la région hypogastrique et le flanc droit, où elle se termine après avoir largement ouvert la cavité péritonéale. La lèvre droite de cette vaste plaie est disséquée de gauche à droite et de bas en haut de manière à découvrir complètement le sternum et les cartilages costaux, même ceux de droite, formant ainsi un grand lambeau qui est renversé comme le couvercle d'une tabatière. Il est alors facile d'isoler le sternum des parties auxquelles il adhère, et cela soit avec la scie en sciant les clavicules et les côtes, soit avec le couteau comme on l'a vu précédemment. L'autopsie terminée, le sternum est remis en place, le lambeau rabattu par-dessus, et il ne reste plus qu'à réunir celui-ci aux parties molles du côté gauche, à l'aide d'une suture unilatérale.
Il resterait à passer en revue les autres applications des dissections à l'étude de la splanchnologie, telles que l'insufflation des organes creux, ou leur réplétion, l'emploi de l'entérotome, etc., mais, ces questions ayant été traitées aux articles Amphithéâtre et Anatomie, il n'y a pas lieu d'y revenir.
Pour terminer, nous consignerons sommairement ici l'organisation des dissections et leur mode de fonctionnement à l'École pratique de la Faculté de médecine de Paris.
On sait que les travaux pratiques d'anatomie ont été transférés depuis quatre ans dans un local provisoire faisant partie de l'ancien Collège Piollin, en attendant l'achèvement prochain du bâtiment qui leur est dei-tiné sur l'emplacement de l'Hôpital des cliniques et de l'ancien Amphithéâtre; le local actuel renferme huit pavillons de dissection. Chacun d'eux se compose de trois pièces; la première formant un véritable vestiaire contient des casiers numérotés oii les élèves peuvent enfermer leurs instruments et leurs vêtements de travail (blouses, tabliers); deux fontaines se dressent en outre de chaque côté. De ce vestiaire on pénètre dans la salle de dissection assez grande pour contenir seize tables ; celles-ci, en ardoise, reposent sur deux tréteaux qui seront sans doute remplacés dans le nouvel amphithéâtre par un autre système, celui qui se voit à Clamart, par exemple, où les pieds de tables sont percés d'un conduit d'écoulement.
Au fond de cette pièce existe le troisième compartiment du pavillon, destiné au prosecteur et aux aidei d'anatomie ; une cloison vitrée isole ces cabinets de la grande salle de manière à rendre la surveillance facile; inutile d'ajouter que l'ordre le plus parfait, la plus stricte propreté, régnent dans ces pavillons, sous la haute direction de M. Farabeuf.
On voit que, en supposant que les huits pavillons soient occupés à seize tables, chacune de celles-ci recevant cinq étudiants, l'amphithéâtre ne peut contenir que 640 élèves.
Les pavillons sont ouverts à partir du 5 novembre tous les jours de midi à quatre heures.
Les dissections sont obligatoires pour tous les étudiants de deuxième et troisième année pendant toute la durée du premier semestre de l'année scolaire. Elles sont facultatives pour les élèves de quatrième année et ceux qui possèdent seize inscriptions; il en est de même pour les docteurs français et étrangers, mais une autorisation du doyen est nécessaire dans ce cas.
Les étudiants qui n'ont pas encore disséqué ont à subir un examen d'ostéologie pour lequel des démonstrations commencent le jour même de l'ouverture des pavillons.
La mise en série est faite par les soins du chef des travaux anatomiques, dans l'ordre suivant :
1° les élèves de deuxième et troisième année; 2° ceux qui ont seize inscriptions; 3<* les élèves de quatrième année, enfin les docteurs.
Chaque série est composée de cinq étudiants appelés à travailler à la même table et sur le même sujet. Il importe de noter comme une excellente mesure que tous les élèves sont à même de manier le scalpel, pouvant disposer à leur guise de la portion de cadavre que leur sort leur a désignée.
Grâce aux procédés artificiels de conservation, le même sujet peut servir assez longtemps pour qu'il n'y ait pas d'interruption dans les exercices de dissection une fois commencés.
Chaque pavillon est sous la surveillance d'un prosecteur et de plusieurs aides d'anatomie dont le zèle et le talent contribuent puissamment à l'instruction des élèves ; ils n'ont pas seulement à maintenir le bon ordre et à veiller à l'application des mesures de propreté et d'hygiène, mais ils s'attachent surtout à
diriger les travaux de préparations en enseignant l'art de disséquer, soit que rélève vienne leur demander des avis quand il est embarrassé dans ses recherches, soit que les aides prévenant ces appels aillent de leur initiative privée porter leurs avis d'une table à l'autre.
Ajoutons que chaque jour, à une heure, MM. les prosecteurs et aides font sur une préparation qui peut être envisagée comme un modèle pour l'élève une brève démonstration d'anatomie, sans parler des leçons si appréciées de M. Farabeuf lui-même. J. Aubry.
DISSIMULÉES (Maladies). Voij. l'article Simulation.
DISSOCIA.TIOM. L'action de la chaleur pour décomposer des corps est connue depuis longtemps et a reçu même de nombreuses applications; mais ce n'est que depuis quelques années que l'on a pu donner une théorie des effets observés dans un certain nombre de cas, grâce principalement aux recherches de Sainte-Claire Deville et de ses élèves sur la dissociation, grâce aussi, à un autre point de vue, aux travaux de M. Berlhelot sur la thermo-chimie ; nous avons ici seulement à nous occuper de la dissociation.
La décomposition d'un corps composé sous l'action de la chaleur paraît présenter au premier abord des bizarreries qui semblent difficiles à expliquer : nous en citerons deux, par exemple. La calcination du carbonate de chaux dans les fours à chaux se fait à une température qui n'est pas très-élevée et produit le dégagement complet de l'acide carbonique, tandis que, si l'on place des fragments de ce calcaire dans un tube de fer entièrement clos et capable de résister à une forte pression, on peut le soumettre à une température beaucoup plus élevée que dans le cas précédent sans que, en ouvrant le tube après refroidissement, on puisse observer une décomposition du carbonate qui seulement a changé de caractères physiques, mais est resté chimiquement le même. De telle sorte que la décomposition qui avait été obtenue à une température relativement basse ne se manifeste pas à une température plus élevée.
Un autre phénomène du même genre a trait à la décomposition de l'eau et est intéressant à citer aussi parce que son étude a été le point de départ des travaux de Sainte-Claire Deville sur la dissociation : Si l'on fait passer un ci)urant de vapeur d'eau dans un tube chauffé au rouge (et dont la substance ne soit pas attaquable par les éléments de l'eau), on observe que, malgré une très haute température, on recueille, à la sortie, de la vapeur d'eau et non pas les gaz constituants. Mais, comme Grove l'a indiqué, si on projette daïis l'eau une certaine quantité de platine fondu qui se refroidit brusquement, en même temps qu'il se forme de la vapeur en assez grande quantité, il se dégage des bulles de gaz constituées par un mélange d'oxygène et d'hydrogène : une partie de l'eau a ainsi été décomposée.
L'étude de l'action de la chaleur sur le carbonate de chaux en vase clos, étude qui a été faite par M. Debray, fait concevoir en quoi consiste le phénomène de la dissociation. Le carbonate de chaux, du spath d'Islande, est placé dans un vase en fer fermé et présentant seulement une communication avec un manomètre à mercure à l'aide duquel on pourra évaluer à chaque instant la tension de l'acide carbonique ; voici quelques résultats :
Jusqu'à 550 degrés, le manomètre ne bouge pas, la décomposition n'a donc pas commencé ; il en est de même jusque vers 440 degrés où le manomètre dénote
un faible dégagement de gaz carbonique. A 860 degrés la tension mesurée au manomètre atteint 85 millimètres, elle est de 520 millimètres à 1046 degrés.
La tension de l'acide carbonique croît donc avec la température ; mais pour une température donnée elle reste invariable, quelque longtemps que l'on prolonge l'expérience, et, d'autre part elle est indépendante de la quantité de carbonate soumise à l'action de la chaleur (à la condition toutefois que cette quantité ne soit pas trop petite : la raison est trop aisée à concevoir pour qu'il soit nécessaire d'insister). II y a plus, et si par un procédé quelconque on laisse dégager une partie du gaz, ce qui abaisse la tension, on voit après un temps assez court le mercure remonter dans le manomètre, ce qui indique que de l'acide carbonique s'est dégagé de sa combinaison, et ce dégagement continue jusqu'à ce que la tension ait repris la valeur qu'elle avait primitivement.
Il résulte de là que l'action de la chaleur sur le spath d'Islande est caractérisée parce que, à une température déterminée, l'acide carbonique libre possède une tension invariable; cette tension, dite tension de dissociation, croît avec la température. On remarquera aisément la grande analogie de ces résultats avec ceux qui sont relatifs à la tension maxima des vapeurs : A une température déterminée, un liquide a une tension maxima invariable, indépendante de la masse du liquide ; cette tension, d'autre part, croît avec la température.
Il est facile de se rendre compte des effets que nous signalions au début ; dans les fours à chaux, le carbonate est chauffé à l'air libre, la tension de dissociation, celle que peut atteindre l'acide carbonique à cette température, n'est pas très-considérable; mais, le gaz se diffusant au fur et à mesure dans l'atmosphère, de nouvelles quantités de gaz se dégagent à chaque instant sans que jamais la tension de dissociation puisse être atteinte ou plutôt maintenue : la décomposition se continue donc, jusqu'à ce que tout l'acide carbonique soit dégagé.
L'action est analogue à celle qui se produit pour un liquide maintenu à une température invariable dans une atmosphère indéfmie : il y a évaporation, diffusion de la vapeur, et à la fin disparition complète du liquide.
Lorsque l'on chauffe le carbonate de chaux en vase clos, il se décompose partiellement et progressivement au fur et à mesure que la température s'élève et, si la capacité du vase est assez grande et la température assez élevée, la décomposition, à un moment donné, peut être complète ; mais le refroidissement amène la diminution de la tension de dissociation, l'acide carbonique ne peut dès lors subsister à l'état de liberté et rentre en combinaison peu à peu, si bien que, au-dessous de 350 degrés (température pour laquelle la tension de dissociation est nulle), il n'en reste plus à l'état de liberté, le carbonate de chaux est reconstitué.
On voit que, pour ainsi dire, ce n'est pas le même corps que l'on retrouve, les molécules qui étaient d'abord soudées entre elles ne se retrouvent pas disposées de la même façon, et c'est ce qui explique très-aisément le changement de structure que l'on peut observer.
L'eau se dissocie sous l'influence de la chaleur seule et, si on ne recueille pas les éléments de ce corps lorsqu'on la fait passer dans un tube chauffé, c'est que la recomposition se fait progressivement dans les parties moins chaudes pour être complète à la sortie. Sainte-Glaire-Deville a mis le fait en évidence
et notamment en répétant cette expérience de la façon suivante : on fait circuler la vapeur d'eau dans un tube de verre poreuse non vernie placé dans un tube en porcelaine vernie ; dans l'espace annulaire compris en<re ces tubes et limité aux extrémités par des bouchons on fait passer un courant d'acide carbonique. La vapeur d'eau étant décomposée, on sait d'après les expériences de Graham que les gaz de densité différente doivent passer inégalemeut vite à travers les parois poreuses : on doit donc recueillir avec l'acide carbonique plus d'hydrogène que d'oxygène, ce que l'expérience montre en effet. L'eau était donc bien décomposée et il n'y a aucune action autre que celle de la chaleur susceptible d'amener ce résultat.
Si, dans l'expérience de Grove que nous avons signalée, la recomposition ne se produit pas, c'est que les gaz sont ramenés brusquement par suite de leur contact avec une grande masse d'eau à une température assez basse pour que la combustion de l'hydrogène ne puisse avoir lieu.
Le fait de la dissociation de la vapeur d'eau a été mis en évidence par une série d'expériences sur lesquelles il ne nous paraît pas nécessaire d'insistei-. Nous dirous seulement que l'existence de ce phénomène explique un résultat qui avait été observé et qui semblait en contradiction avec des données obtenues par d'autres méthodes. C'est ainsi que, connaissant la chaleur de combustion de l'hydrogène, on a pu calculer la température que, par suite de la combustion de ce gaz, l'on doit obtenir dans le chalumeau oxhydrique : on trouve ainsi une température de 6800 degrés environ, température beaucoup trop élevée, car par des mesures directes on trouve 2500 à 2800 maximum. Ce fait peut s'expliquer parce que la combinaison ne se fait pas intégralement, et cela à cause de la dissociation, car à cette température l'eau, si elle se formait, serait immédiatement décomposée.
Le carbonate de chaux et l'eau ne sont pas les seuls corps pour lesquels on puisse mettre la dissociation eu évidence : Sainte-Claire Deville l'a obtenue, par exemple, pour l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, l'acide sulfureux, etc. Dans un certain nombre de cas il a fait usage d'un appareil spécial, le tuhe chaud-froid, qui est composé d'un tube de porcelaine placé dans un fourneau à réverbère et que l'on chauffe à une haute température et dans l'axe duquel se trouve un tube de laiton argenté qui est traversé par un courant continu d'eau froide qui maintient sa température à 10 degrés; le gaz sur lequel on veut opérer traverse l'espace annulaire compris entre les deux tubes, s'échauffe et se dissocie au contact de la paroi extérieure, le corps solide qu'il contient, soufre ou charbon, se dépose sur la paroi centrale froide et est soustrait à une recomposition ultérieure, parce qu'il est à une température inférieure à celle à laquelle la combustion peut se produire.
La notion de dissociation, qui est clairement mise en évidence par les quelques exemples que nous venons de citer, donne l'explication d'un certain nombre de faits; elle rend compte aisément, par exemple, de l'action limitée exercée par l'étincelle électrique sur certains gaz (l'acide carbonique, par exemple) qui ne sont décomposés que partiellement par son action, qui cesse d'être efficace lorsqu'une certaine proportion est atteinte et qui se manifeste de nouveau, si l'on vient à faire disparaître au moins l'un des gaz provenant de la décomposition.
La constitution du dard du chalumeau oxhydrique, qui a été étudiée par Sainte- Claire Deville, et les variations de sa température et de son action en ses divers
78'2 DISSYMÉTIUE.
points, s'expliquent également fort bien, si l'on tient compte des phénomènes de dissociation qui s'y produisent.
C'est aussi à des phénomènes du même genre que l'on a recours pour expliquer certaines anomalies relatives aux densités de vapeur comme on l'observe pour le chlorhydrate d'ammoniaque, etc.
La question de la dissociation rentre dans celle plus générale des équilibres chimiques, et l'on peut en rapprocher la transformation limitée d'une substance allotropique (question étudiée par M. G. Lemoine, par MM. Troost et Hautefeuille notamment) et aussi l'action qui se passe quand on mélange deux dissolutions susceptibles de donner par double décomposition des composés solubles.
La théorie des équilibres chimiques qui, peut-être, n'est pas établie d'une manière absolument définitive, ne saurait être exposée ici : elle se rattache à la Ihermo-chimie et a la théorie mécanique de la chaleur. Elle a été bien exposée dans un intéressant ouvrage de M. G. Lemoine [Études sur les équilibres chimiques) où. l'on trouvera notamment de nombreux renseignements sur la dissociation. G. -M. G.
DISS0LUTI0]\. Voy. Solution.
DISSYMÉTRIE. On appelle corps homogènes des corps tels qu'ils ont en tous les points la même constitution chimique : cette homogénéité se manifeste au point de vue physique par ce que des volumes égaux ont le même poids, ou d'une manière plus générale que les poids de divers fragments sont proportionnels à leurs volumes.
Les corps organisés ne sont pas homogènes.
Lorsque l'on étudie les actions diverses que peuvent subir les corps solides homogènes, on reconnaît que, indépendamment même de la grandeur absolue de ces actions, ils ne se comportent pas tous de la même façon : pour les uns, l'intensité de l'action est indépendante de la direction considérée dans le corps, pour les autres, elle change avec cette direction même. L'égalité d'action indique une identité de constitution dans toutes les directions, une homogénéité physique, une isotropie, suivant l'expression consacrée; la différence d'action doit être liée nécessairement à une différence de constitution dans les diverses directions ; on dit alors qu'il y a dissymétrie, que le corps est anisotrope.
Nous devons nous borner à indiquer sommairement quelques-unes des circonstances qui mettent le plus nettement en évidence cette dissymétrie.
Les corps cristallisés dans tout système autre que le système cubique [voy. Cristallisation, Cristaux) présentent dans leur régularité de forme une dissymétrie qui est une preuve manifeste de la différence de constitution dans les diverses directions : les molécules se sont groupées différemment dans ces directions, il faut qu'une cause inhérente à ces molécules mêmes ait amené ces différences de groupement ; on peut prévoir, et c'est ce que montre l'expérience en effet, que cette cause variable dans les diverses directions produira pour les diverses actions des variations que l'on ne devra pas rencontrer dans les corps amorphes ou dans les corps cristallisés du système cubique.
Il résulte de là également que, pour les liquides et les gaz, pour lesquels il n'y a pas de forme déterminée, rien ne permet de piévoir de semblables différences dans les diverses directions, et en général ces différences n'existent pas : nous n'aurons donc pas à nous y arrêter ; il n'y a qu'une seule action pour