DISSYMÉTRIE
laquelle on soit conduit à supposer une dissymétrie moléculaire, nous l'indiquerons plus loin.
Les propriétés mécaniques sont susceptibles de mettre en évidence la dissymétrie dos cristaux. On sait ainsi que la dureté n'est pas la même sur les diverses faces, ni dans les différentes directions sur une même face; d'après Huygens, dans le spath d'Islande, sur une même face et dans la même direction, la dureté dépend du sens suivant lequel agit le corps employé à rayer le cristal.
L'élasticité dans les corps isotropes est la même dans toutes les directions; il n'en est pas ainsi pour les corps cristallisés ; c'est ce qui résulte directement des expériences de Savart, qui détermina cette élasticité par la position et la forme des lignes nodales dans des plaques taillées dans du spath dans diverses directions.
L'action de la chaleur permet également de mettre en évidence la dissymétrie des corps cristallisés : c'est ainsi que M. Fizeau a montré que le coefficient de dilatation linéaire n'est pas le même suivant la direction des divers axes; que, par suite, les cristaux en se dilatant ne restent pas semblables à eux-mêmes.
La dissymétrie des corps se manifeste également par l'étude des phénomènes de conduction: si on produit et maintient une élévation de température en un point d'un corps, la chaleur se répartit dans toutes les directions et provoque des élévations de température dépendant de la distance et delà conductibilité. Si celte dernière est la même dans toutes les directions, l'ensemble des points qui sont amenés à une même température et qui constituent ce que l'on appelle une surface isotherme est une sphère ; c'est ce que l'on observe pour les corps amorphes ou pour les corps cristallisés dans le système cubique, ainsi que l'ont vérifié de Sénarmont et M. Jannettaz en étudiant la répartition de la chaleur dans des plaques parallèles taillées dans divers sens ; mais pour les cristaux des autres systèmes les surfaces isothermes sont des ellipsoïdes, ce qui établit que, les mêmes effets se manifestant à des distances différentes du point central : la conduction varie avec la direction.
Bien que, d'après ce que l'on sait en général, on puisse admettre que la conductibilité pour l'électricité doive présenter des particularités du même genre, rien jusqu'à présent ne permet de vérifier cette idée.
Les phénomènes lumineux permettent de mettre nettement en évidence la dissymétrie de constitution, dissymétrie à laquelle se trouve liée la double réfraction que Ton n'observe pas dans les corps amorphes, ni dans les corps cristallisés dans le système cubique [voy. OpTKiUE); on sait d'autre part que la polarisation est également rattachée, quoique non d'une manière absolue, à la double réfraction. 11 est imjtortant de signaler qu'il existe une relation entre les axes de cristallisation et les axes optiques.
On peut par une action mécanique, la compression, la flexion, la torsion, détruire la symétrie moléculaire en amenant les molécules dans des positions forcées ; on vérifie que, dans ces conditions, il y a des faits de double réfraction et de polarisation qui sont la manifestation optique de la dissymétrie.
Il est des phénomènes qui sont liés d'une manière très-nette dans certains cas à la dissymétrie moléculaire : nous voulons parler de la rotation du plan de polarisation. L'action par laquelle le plan de polarisation est dévié tantôt à droite, tantôt à gauche, par son passage à travers certaines substances, indique évidemment un manque de symétrie que l'on a vérifié quelquefois. C'est ainsi que l'on a reconnu qu'il y a une relation entre la propriété, pour le quartz, l'acide tarlrique,
d'être lévogyres oudextrogyres, et l'hémiédrie gauche ou droite de ces cristaux. Il esta remarquer d'une manière très-spéciale que, tandis que, pour toutes les autres propriétés que nous avons indiquées, les liquides et les gaz ne présentent aucune particularité, certains d'entre eux sont actifs et dévient soit à droite, soit à gauche, le plan de polarisation : ces corps ne sont donc pas isotropes et, comme le manque de symétrie ne saurait provenir dans ce cas du groupement des molécules, il faut bien admettre que la dissymétrie est liée aux propriétés des molécules mêmes. C. M. G.
Dli§>TÉARl]\'E. Se produit quand on chauffe soit l'acide stéarique avec la monostéarine, soit la tristéarine avec la glycérine. Fines aiguilles cristallines blanches, fondant à 58 degrés. D.
DISTEIVSI0I\. En chirurgie, l'une des formes de la diérèse. Elle est étudiée à l'article Opération, 465, et se confond d'ailleurs, à beaucoup d'égards, avec la Dilatation {voy. Dilatation). D.
DlSTlcniASlS. Affection du bord libre des paupières, caractérisée par l'existence d'une double rangée de cils. Les cils de la rangée antérieure ont la direction normale, les cils de la rangée postérieure sont habituellement dirigés vers le globe de l'œil. De là des frottements, une irritation permanente tant de la conjonctive que de la cornée, le développement d'inflammations rebelles, et la production d'ulcères cornéens suivis de taies indélébiles. Les cils de la rangée postérieure sont parfois aussi développés que les cils normaux, plus souvent grêles, ténus, assez fins pour n'être vus qu'à la loupe. Ces cils prennent naissance sur le bord libre de la paupière, que nous avons trouvé plus épais et sensiblement élargi.
Contre le distichiasis partiel ou limité sont applicables la plupart des procédés opératoires imaginés pour combattre le trichiasis (voy. Trichiasis).
Contre le distichiasis étendu à presque tout le bord palpébral, nous avons conseillé et employé avec succès le procédé suivant [Précis d opérations de chirurgie^ 2^ édition, p. 548) : Le bord libre de la paupière malade étant renversé en dehors et maintenu dans cette position avec une pince à fenêtre de Desmarres ou de Snellen, une première incision sépare les cils postérieurs des cils normaux en respectant ces derniers. La dissection, faite de bas en haut, est conduite jusqu'au-dessus des bulbes des cils surnuméraires. Une seconde incision faite en arrière de la rangée ciliaire postérieure est conduite, en respectant la muqueuse palpébrale, jusqu'à la rencontre de la première section. On détache ainsi dans l'épaisseur de la paupière un petit lambeau triangulaire, ayant sa base au bord libre et comprenant tous les cils déviés et leurs bulbes. Les couches muqueuse et cutanée sont également respectées. Quelques points de suture avec un fil de soie fin rapprochent les lèvres de la brèche faite à la paupière. Le résultat pour nos opérés fut des plus satisfaisants. J. Chauvel.
DlSTlliLATIOlV. La distillation a pour but, en pharmacie, dans l'industrie et dans les arts, de séparer les principes volatils des parties fixes ou moins volatiles qui leur sont associées. Elle repose sur la propriété que possèdent les vapeurs formées dans un vase chauffé de se condenser dans les parties froides ou refroidies artificiellement.
DIST1LLA.T10N. 785
On distinguait jadis la distillation per ascensum, la distillation per latus et ceWe per descensum. Pour la distillation per ascensum on se servait d'alambics de formes plus ou moins bizarres, dans lesquels le chapiteau était directement refroidi, ce qui présentait divers inconvénients : en effet, une portion du liquide condensé retombait dans la cucurbile, d'autre part une portion des vapeurs se condensait avant même d'arriver au contact de la paroi métallique tt retombait également dans la chaudière. 11 en résultait que la distillation était une opération fort longue.
La distillation jjer descensum, également fort en honneur chez les Anciens, est absolument inusitée aujourd'hui. Elle avait pour but de faire distiller les liquides de haut en bas. Ainsi, pour obtenir l'essence de girofle, par exemple, on concassait cette substance et on la plaçait sur un diaphragme disposé vers l'orifice supérieur d'un vase creux en verre, d'une profondeur suffisante, et recouvert d'une plaque métallique que l'on chauffait pour forcer l'huile essentielle à se réduire en vapeurs, puis à se condenser dans les parties inférieures du vase.
De nos jours on n'emploie plus que le procédé par l'alambic perfectionné et muni d'un réfrigérant ou condensateur, et du procédé jadis appelé distillation per latus, qui n'est autre chose que la distillation à la cornue et qui était appelé ainsi parce que la vapeur s'échappe par le côté de l'appareil.
Nous ne décrirons pas ici en détail l'alambic moderne, cette description se trouvant faite d'une manière très-complète à l'article Alambic. Nous n'indiquerons ici que les parties essentielles dont il se compose et nous insisterons particulièrement sur les différentes formes de réfrigérants ou de condensateurs. Dans nn alambic on distingue une chaudière ou cucurbite, placée sur un foyer et surmontée d'un dôme aplati appelé chapiteau, auquel est adapté latéralement un large tube légèrement incliné de haut en bas et recourbé à son extrémité. Ce tube s'engage dans la partie supérieure d'un tube cylindrique, en étain, contourné en spirale et pour ce motif appelé serpentin. Le serpentin est placé au milieu d'une cuve dont l'eau se renouvelle sans cesse.
Le serpentin présentant l'inconvénient d'être dispendieux et d'un nettoyage difficile, on a cherché à le remplacer par des appareils d'une construction plus simple. Tel est, entre autres, le condenseur de Gadda (fig. 4). Il se composede deux cônes tronqués en cuivre mince, entrant l'un dans l'autre et laissant un faible intervalle entre eux ; ils sont réunis dans le bas et dans le haut par deux bandelettes de cuivre soudées à l'un et à l'autre cône. La forme des cônes doit être telle qu'ils limitent, dans le haut, là où arrive la vapeur, un espace creux plus grand que celui d'en bas, par lequel le liquide condensé doit sortir. La vapeur pénètre par un large tube M à la partie supérieure du cône et le liquide sort en bas par un tube L d'un diamètre moindre. Le fond du cône présente une mclinaison de quelques degrés dans la direction de ce tube, afin qu'il n'y ait point d'arrêt dans l'écoulement du liquide. Tout l'appareil est plongé dans un seau ABCD en bois ou en cuivre, plein d'eau froide que l'on renouvelle par le courant de bas en haut, absolument comme dans le cas du serpentin ordinaire. La vapeur se trouvant obligée de passer dans un espace annulaire étroit, mais de "rande surface, se condense rapidement, grâce à la présence constante d'eau froide dans le cône intérieur et autour du cône extérieur ; celte eau se renouvelle incessamment par le procédé indiqué plus haut.
Ce condensateur étant également difficile à nettoyer, Mittscherlich l'a modifié
Dicr. EN G. XXIX. 50
de la manière suivante (fig. 2). Le cône intérieur est remplacé par un cylindre que l'on peut enlever pour opérer le nettoyage de l'appareil. Les pièces sont réunies à
Fis. 2.
cet effet en haut par un joint A ; près du lond, un anneau perforé B permet de maintenir le cylindre intérieur dans une position convenable. L'eau froide arrive dans l'appareil par les tubes C, C, qui la portent jusqu'à la partie inférieure du réfrigérant; l'eau échauffée monte dans les parties supérieures et s'écoule au dehors par les conduits D, D.
Condenseur de Schrader ou de Beindorf. Egalement très-commode, cet appareil se compose d'une boule creuse oii arrivent les vapeurs et dont la partie
supérieure est maintenue hors de l'eau. De cette boule partent trois tubes droits qui dirigent la vapeur de haut en bas vers un tube d'écoulement unique. Ce tube sort par ses deux extrémités du seau qui contient l'appareil ; il est légèrement incliné, et son extrémité supérieure se trouve hermétiquement bouchée à l'aide d'un bouchon métallique mobile. L'installation et l'entretien de ce condenseur sont très-faciles. Les trois tubes verticaux peuvent être nettoyés par l'intérieur de la boule supérieure, qui se partage en deux hémisphères.
Citons encore une modification de l'appareil à serpentin due à Kolle ; le tube présente une forme en zigzag, allant d'une paroi à l'autre de la cuve dans un même plan vertical ; les courbures de l'un des côtés sortent de la cuve
et sont reliées entre elles par les joints mobiles A, A, A, solidement fixés pendant la distillation, mais que l'on enlève pour le nettoyage des tubes. Malheureusement on éprouve souvent des difficultés pour relier exactement entre elles ces pièces, et c'est ce qui fait que cet appareil est d'un usage moins généial que le précédent.
Pour opérer la distillation, on soumet les matières contenues dans la cucurbite à une température de 100 degrés environ ; il peut arriver que la température nécessaire pour volatiliser les matières soit un peu supérieure à 100 degrés, à cause de la présence dans l'eau de matières fixes, salines, etc., qui a pour elïet de retarder le point d'ébuUition.
Lorsqu'il s'agit de distiller des liquides très-volatils, il ne fimt point les chauffer à feu nu, mais se servir d'une cucurbite intermédiaire en étain, à laquelle on a donné le nom de hahi-marie et qu'on introduit dans la cucurbite ordinaire. De cette façon la température intérieure atteint à peine JOO degrés {voy. pour plus de détails Eaux distillées).
La distillation à la cornue peut être rapprochée de celle à l'alambic, ce dernier n'étant en quelque sorte qu'une grande cornue composée de deux pièces reliées entre elles.
Les cornues, dont tout le monde connaît la forme, sont en verre, en terre, en porcelaine ou en métal. On y distingue trois parties, une partie renflée ovoïde qu'on appelle la panse^ un tuyau d'abord très-large (voûte) se continuant par une partie plus étroite [col). C'est dans la panse qu'on place les substances à distiller; on reçoit le produit de la distillation dans un ballon tubulé; la tubulure est souvent surmontée d'un long tube de verre qui a pour office de porter à une hauteur suffisante ou dans une cheminée d'appel les gaz incoercibles, odorants ou délétères, qui se dégagent parfois.
On chauffe les cornues à feu nu ou au bain liquide ou encore au bain de sable, suivant la nature des matières qu'on se propose de distiller.
La cornue est maintenue au-dessus du foyer au moyen d'un triangle métallique. Elle doit toujours contenir une quantité de liquide suffisante pour humecter les parois exposées directement au feu; autrement celles-ci prennent une température supérieure à celle du liquide et, si ce dernier vient à arriver au contact de ces parois, celles-ci se rompent. On fait toujours bien de ménager le feu pour éviter cet accident, qui est surtout à craindre vers la fin de l'opération. Pour empêcher le refroidissement prématuré des vapeurs sur la voûte de l'appareil, on peut entourer celui-ci du laboratoire et du dôme d'un fourneau à réverbère. C'est surtout dans ce cas qu'il faut éviter de porter la température au delà de celle d'ébuUition du liquide renfermé dans la cornue. Une fois l'ébullition commencée, on retire un peu du combustible pour que celle-ci ne devienne pas tumultueuse. On aura soin aussi d'entretenir le feu seulement avec des charbons incandescents et de ne pas y ajouter des charbons neufs, qui ont pour inconvénient de fournir de la vapeur d'eau qui peut se condenser dans les parties supérieures et en retombant sur des parties très-chaudes de la cornue briser celle-ci.
Quand il s'agit de distiller des corps solides, on remplace souvent la cornue de verre par une cornue en grès, que pour plus de précaution on peut enduire d'un lut lait avec de l'argile et du crottin de cheval; on peut se servir encore du lut indiqué par Mohr; on prend brique et litharge finement pulvérisées, parties égales ; on en fait une pâte épaisse avec de l'huile de lin, on recouvre la cornue
d'une mince couche de celle pâte, qu'on saupoudre ensuite au lamis de sable fin, enfin on fait sécher à l'éluve.
Pour opérer au bain de sable, on enfonce la cornue dans une couche do sable placée dans une chaudière métallique ; le sable ne transmettant que lentement la chaleur, la cornue se trouve soumise à une température plus uniforme. Lorsque la cornue est en verre, on n'enterre dans le sable que la partie qui renferme du liquide et, au fur et à mesure que la distillation avance, on enlève du sable pour découvrir les parois qui ne sont pas en contact avec le liquide ; sans celle précaution, les gouttelettes projetées par l'ébullilion viendraient à toucher des parois trop échauffées, et le verre se briserait. Enfin le sable doit être fin, si la cornue est en verre, car elle pourrait se briser par son poids sur des fragments grossiers.
On se sert du bain-marie (du latin baJneum maris, parce qu'autrefois on employait l'eau de mer), surtout lorsqu'il s'agit de distiller des substances trèsvolatiles, telles que les liqueurs alcooliques ou éthérées, dont l'ébullilion serait trop tumultueuse dans un appareil chauffé à feu nu. On a soin d'appuyer la cornue sur un anneau de jonc tressé et de la fixer solidement aux anses de la chaudière, afin qu'elle ne puisse pas surnager et qu'elle ne soit pas dérangée de sa position par les secousses dues à l'ébullilion du bain-marie. Ce dernier une fois bouillant ne peut dépasser la température de 100 degrés, et il en résulte que la cornue se trouve soumise à une température constante. S'il s'agit de liquides volatiles à des températures supérieures à 100 degrés, on se sert de solutions salines qui ont pour effet de relever le point d'ébuUilion de l'eau. Nous donnons ci-après, d'après Soubeiran, les températures d'ébullition obtenues en saturant l'eau avec les sels suivants :
Degrés.
Sulfate (le soude 100,7
Acélale de potasse 10:2,0
Ciilorate do jiotasse ' I0l,'2
Chlorure de baryum 104,4
Car])onate de soude 10i,6
Chlorure de potassium 108,5
Chlorure de sodium 108,4
Chlorure d'ammonium 114,2
Tartrate neutre de potasse 114,67
Nitrate de potasse 115,9
Chlorure de strontium 117.9
Nitrate de soude 121,0
Carbonate de potasse 155,0
Nitrate de chaux 151,0
Chlorure de calciimi 179,5
Nitrate d'ammoniaque 180,0
On emploie quelquefois encore le bain de mercure qui peut servir jusqu'à 150 degrés et l'acide sulfurique qu'on peut chauffer à 200 degrés; ces liquides n'entrent pas en ébullition à ces températures; mais il ne faut pas dépasser celles-ci, à cause des vapeurs délétères que les liquides émettent lorsqu'on les chauffe davantage. Le bain d'huile permet de distiller à une température de 500 degrés l'alliage de d'Arcet au rouge. Les températures se reconnaissent à l'aide d'un thermomètre plongé dans le bain.
Lorsqu'on veut distiller un liquide à une température plus basse que 100 degrés, on recouvre le bain-marie d'une couche d'huile pour limiter l'évaporalion et l'on maintient un thermomètre dans le bain.
La condensation des vapeurs commence dans le col de la cornue et dans
i'allonge et se termine dans le récipient constamment refroidi par l'écoulemenl d'un lilet d'eau ; ce récipient est ordinairement un ballon recouvert d'un linge qui permet à l'eau de se répandre plus uniformément à sa surface; on peut encore plonger le récipient dans de l'eau qui se renouvelle constamment, ou <dans un milieu réfrigérant, s'il s'agit de liquides très-volatils.
t'iîr. 4.
Liebig a imaginé un réfrigérant, très-commode et d'un usage très-répanda «dans les opérations chimiques (fîg. 4). Il consiste en un tube cylindrique en zinc ou en laiton, percé de quatre tubulures; les deux tubulures T, T, situées au centre des deux bases, livrent passage à un tube de verre fixé dans le tube métallique au moyen de bouchons. Vers la partie inférieure de l'appareil existe vune tubulure V à laquelle on adapte un tube à entonnoir qui amène l'eau froide. Cette eau provoque la condensation de la vapeur dans le tube de terre, s'échauffe, puis s'écoule par le siphon S fixé sur la quatrième tubulure.
Pour éviter les déperditions de vapeur, on applique du lut sur les points de jonction de la cornue avec l'allonge et de celle-ci avec le récipient. Parfois il suffit d'appliquer une bande de papier collé. On peut encore se servir de bouchons de liège qu'on recouvre de lut. Mais, s'il s'agit de distiller des acides ou des liquides qui corroderaient le liège, on se contente d'engager les divers vases les •uns dans les autres, à la condition qu'ils s'adaptent bien.
Lorsqu'on veut se servir plusieurs fois d'un même appareil pour distiller des Jiquides différents, on le débarrasse après chaque opération du liquide qui reste au moyen d'un siphon; lorsque l'opération du liquide par la bouche est dangereuse à cause des vapeurs délétères qu'il émet, on se sert du siphon de Bunten.
Nous devons rattacher ici la description de l'appareil de Woulf, qui sert à dégager et à condenser les gaz. Cet appareil se compose, comme l'indique la .figure 5, d'un ballon ou d'une cornue A, renfermant la matière destinée à fournir les gaz, et suivie d'une série de flacons à trois tubulures B, C, D. Pour bien comprendre le fonctionnement de cet appareil, il faut se bien rappeler les principes de physique suivants :
1" Les gaz possèdent une force d'expansion ou une tension en vertu de -laquelle ils exercent une pression sur les parois des vases qui les renferment;
2° La tension d'un gaz renfermé dans un espace clos est proportionnelle à sa quantité; en outre, elle augmente avec la température et diminue avec le «i'efroidissement ;
0° L'atmosphère pèse sur tous les corps et sa pression est en moyenne équi- -valente au poids d'une colonne de mercure de 760 millimètres ou d'une colonne vd'eau d'environ 10 mètres ;
4° Les liquides transmettent dans tous les sens les pressions qu'on leur fait subir en l'un quelconque de leurs points.
Au début de l'opération le liquide renfermé dans les flacons est au même niveau dans tous les tubes ; mais, dès que le gaz commence à se dégager en A, l'équilibre de tension est rompu. En effet, par suite du dégagement du gaz dans le ballon A, la tension de l'air qui y est renfermé augmente, et cette augmentation de tension est transmise aux liquides du tube S et du tube e. Le liquide s'élève dans la plus grande branche du tube recourbé S et s'abaisse d'une égale quantité dans le tube e, jusqu'à ce que la pression du gaz A soit assez puissante pour déprimer toute la colonne du liquide en e. Le gaz se dégage alors à travers la liqueur et s'y dissout, s'il y est soluble; sinon, il augmente la tension de l'atmosphère dans le flacon B; le liquide s'élève dans le tube S', s'abaisse dans le tube i d'une quantité égale, et finalement arrive à se dégager dans le
Fjg. 5.
flacon C. Les mêmes phénomènes se passent alors en C et, lorsque le gaz se dégage dans le flacon D, supposé en communication avec l'atmosphère par l'une de ses tubulures, le liquide ne monte évidemment plus dans le tube S'", qui dès lors est inutile.
A ce moment de l'expérience, on constate que le niveau du liquide dans les tubes est le même que celui de l'eau dans le flacon D, plus élevé dans le flacon C^ plus encore dans le flacon B, et enfin que la différence des niveaux dans les deux branches du tube S est égale à la somme des hauteurs que le liquide atteint dans les tubes S' et S". Dans le flacon D, la pression est en effet celle de l'atmosphère ; dans le flacon G, elle est supérieure à la pression atmosphérique qui se transmet au liquide du flacon par le tube S", et cela grâce à la résistance de là colonne liquide en o. La hauteur de la colonne dans S' est plus élevée que dans S" : en effet, la tension en B se trouve accrue par la résistance de la colonne liquide en i, résistance accrue de la pression qui règne dans le flacon C. Or, dans A, la force élastique du gaz est nécessairement égale à la tension des pressions en B, C et D, et cette force élastique se mesure par la hauteur qu'atteint la colonne liquide en S', hauteur qui dès lors doit être égale à la somme des hauteurs qu'elle atteint dans les tubes S' et S".
De là l'indication de prendre un tube S très-long, du moment qu'on veut se servir d'une longue série de flacons, à moins qu'au lieu d'eau on introduise dans
le tube S un liquide plus dense que l'eau, de l'acide sulfurique ou du mercure, par exemple.
Le rôle des tubesS, S' etS", est celai de tubes de sûreté ; en à' a.uli es termes, si pour une raison ou pour une autre la pression venait à diminuer dans le générateur de gaz, l'air, refoulant le liquide que contient le tube S, pénétrerait dans le ballon et rétablirait l'e'quilibre ; de même la présence des tubes S' et S", en permettant en pareil cas la rentrée de l'air dans le flacon, empêche le refoulement du liquide du flacon G dans le flacon B, et ainsi de suite de proche en proche pour tous les flacons qui composent l'appareil. Mais, pour que cet effet se produise bien, il faut que les tubes S', S", ne plongent que d'une petite quantité dans le liquide, afin que la pression atmosphérique n'ait à vaincre la résistance que d'une faible colonne de liijuide.
Enfin, la rentrée du li(|iiidc froid du tube recourbé S pouvant avoir des inconvénients tant au point de vue du résultat final de la réaction qui s'accomplit dans le générateur qu'au point de vue du danger de rupture du ballon, on adapte sur le trajet de la courbure du tube une boule ; sous l'influence d'une diminution de la tension dans le ballon A, le liquide est refoulé dans la boule par l'air atmosphérique, qui traverse alors le li({uide et pénètre seul dans le ballon.
Welter a eu l'idée de construire des tubes qui servent à la fois de conducteurs et de tubes de sûreté ; la figure ci-jointe rend toute description superflue ; quant à la théorie, elle P]
est la même que dans le cas précédent.
S'il s'agit, avec l'appareil de Woulf, d'obtenir simplement des gaz insolubles, on termine l'appareil par ^ un tube recourbé qui plonge sous des cloches pleines II lll d'eau ou de mercure ou dans un gazomètre à eau. jj Si l'on veut isoler séparément les produits liquides et les gaz, on met en rapport avec le vase distilJatoire un ballon tubulé, et de la tubulure on fait partir un tube pouvant servir à recueillir les gaz. Si enfin l'on veut préparer des solutions de corps gazeux, on supprime le tube S, mais alors, pour éviter l'absorption, on place entre le premier flacon condensateur et le générateur un flacon intermédiaire ne ren- pi, fermant qu'une petite quantité d'eau; le premier
tube adducteur n'atteint pas le liquide et le dégagement du gaz se fait librement dans ce flacon ; si la tension dans le générateur venait à diminuer, de l'air entrerait dans le tube de sûreté droit de ce flacon et rétablirait l'équilibre.
Dans l'industrie on se sert encore de divers appareils distillatoires, d'un usage plus ou moins restreint en pharmacie ; nous ne pouvons les décrire ici.
La théorie de la distillation est extrêmement simple lorsqu'il s'agit d'un liquide homogène; par l'ébuUition, ce liquide émet des vapeurs qui se condensent à mesure qu'elles arrivent dans les parties froides de l'appareil. Mais, lorsqu'il s'a"it d'un mélange de liquides différents, les choses ne se passent pas aussi simplement. En effet, si l'on a, par exemple, un mélange d'eau et d'huile essentielle, l'eau distille évidemment à 100 degrés, mais l'essence, dont nous supposerons le point d'ébullition à 130 degrés, par exemple, émet également des vapeurs à cette température, et ces vapeurs s'échappent en même temps que la
vapeur d'eau; pendanrtoiite l'opération, l'atraosplière intérieure de l'appareil sera toujours saturée de cette vapeur essentielle, dont la (juanlité sera évidemment en rapport avec la force de tension de celte vapeur à la température de 100 degiés. Il arrive ainsi que toute l'essence passe à la distillation malgré sa moindre volatilité. Si l'on élève le point d'ébullition de l'eau, en y faisant dissoudre un sel, l'essence distillera plus rapidement, parce qu'à une température plus élevée la force élasti([ue de la vapeur de l'essence est plus considérable.
Souvent, dans la distillation, les résultats sont compliqués par la mise en jeu des affinités entre les liquides qui distillent. Ainsi, si l'on distille un mélange d'eau et d'alcool, on constate que les premières portions obtenues sont plus riches en alcool que celles qui suivent : cela tient à ce que l'eau, à mesure qu'elle perd de Talcool, relient davantage ce corps : aussi le point d'ébullition des liqueurs s'élève-t-il de plus en plus jusqu'à ce que le générateur ne renferme plus que de l'eau pure tjui bout à 100 degrés.
On observe le même genre de phénomène avec un mélange d'eau et d'acide acétique, mais, comme le point d'ébullition de l'acide acétique est supérieur à 100 degrés, il arrive qu'ici la proportion d'acide augmente dans la cornue et par suite dans le produit distillé à mesure que l'opération avance.
Pour séparer certains liquides dont le point d'ébullition diffère notablement, en particulier les huiles essentielles, on peut soumettre le mélange à la distillation fractionnée. Pour cela on l'introduit dans une cornue tubulée et on distille en observant la marche d'un thermomètre à mercure fixé par sa tige dans le bouchon de la tubulure et dont le réservoir plonge dans la vapeur du liquide en ébuUition. Dès qu'on arrive à un point d'ébullition constant, on isole l'une ou l'autre des substances contenues dans le mélange, en fractionnant les produits, c'est-à-dire en ne recueillant que les portions qui passent entre certaines limites de température assez rapprochées, puis soumettant les produits à de nouvelles distillations fractionnées. Par cette méthode, on n'obtient des séparations nettes des divers liquides qu'à la condition que les points d'ébullilion de ces liquides soient assez éloignés, et que le liquide le moins volatil ne soit pas en quantité trop petite relativement au plus volatil, les vapeurs de ce dernier entraînant celles de l'autre par leur masse. La distillation fractionnée devient extrêmement difficile lorsque la différence entre les points d'ébullition ne dépasse pas 40 à 50 degrés, par les raisons données plus haut : ainsi elle est à peu près impossible pour un mélange d'alcool et d'essence de térébenthine, de deux alcools homologues, d'alcool et de sulfure de carbone, par exemple.
La distillation fractionnée ne peut du reste s'effectuer toujours par la cornue. On est souvent obligé d'avoir recours à des appareils particuliers, réalisant plus ou moins complètement les conditions d'une véritable déphlegmalion, et la vapeur qui s'élève du mélange n'est pas recueillie directement, mais analjsée par Je refroidissement de manière à faire retomber dans le générateur la partie la moins volatile et à ne laisser arriver dans le réfrigérant que les vapeurs plus volatiles qui ont résisté à la condensation.
M. Wùrlz a imaginé un appareil très-simple pour opérer la distillation fractionnée; il consiste en un assez gros tube muni d'un thermomètre T à sa partie supérieure et sur la longueur duquel ont été soufflées deux boules A, A; au-dessus de ces boules se trouve soudé un tube latéral B. Cet appareil s'adapte à une fiole ou à un ballon G qui sert de générateur, et la vapeur qu'il traverse se condense
en partie dans les deux splières pour retomber dans le générateur, tandis que la partie la plus volatile se dégage par le tube latéral et va se condenser dans le réfrigérant D. Le thermomètre fait connaître la température exacte de la vapeur qui arrive dans le réfrigérant. Cet appareil demande une application de chaleur plus prolongée que la cornue, parce qu'une grande partie du liquide revient dans le générateur avant d'être distillée définitivement.
L'appareil de Wûrtz a été diversement modifié par Le Bel et îlenninger, Linnemann, Glinsky, etc. Le principe de tous ces appareils étant le même, nous ne les décrirons pas en détail.
Enfin Warren a proposé pour la distillation fractionnée un appareil analogue au déphlegmateur de Laugier et qui consiste en un serpentin chauffé par un tain d'huile à une température de 2 degrés inférieure à celle de l'ébullition du liquide qu'on veut obtenir par la distillation et communiquant avec un autre serpentin refroidi ; dans cet appareil le liquide le moins volatil se condense dans le premier récipient, tandis que les vapeurs du liquide le plus volatil le franchissent et vont se condenser dans le deuxième serpentin. Les liquides ainsi obtenus sont à ]ieu près purs.
Nous devons encore une mention ou procédé de Pierre et Puchot, qui passe pour être plus rapide et plus efficace que celui des distillations fractionnées; ce procédé employé par ses auteurs, surtout pour isoler les uns des autres les différents alcools de mauvais goût qui infectent les trois-six de betterave, de grains, 'de mélasse, de cidre, consiste dans ce qu'on appelle la rétrogradation. Ainsi, lorsqu'on fait bouillir un mélange de deux liquides diversement volatils et qu'on fait passer les vapeurs qui en proviennent dans un canal maintenu à une température inférieure à celle de l'ébullition du mélange, la vapeur du liquide le moins volatil se condensera, pour la plus grande partie, tandis que celle du liquide le plus volatil le franchira sans subir de condensation notable, à la condi-
tion toutefois que l'écart de température ne soit pas trop grand. Or, si l'on incline ce canal vers le générât»^ ur de vapeur, le liquide le moins volatil incessamment condensé rétrogradera vers celui-ci, tandis que l'autre se dégage définitivement. Telleestla disposition adoptée par Pierre et Pucliot dans leur appareil.
Lorsque les liquides mélangés possèdent à une basse température des tensions de vapeurs relativement très-diflerentes de ces tensions à des températures plus élevées, on leur applique, pour les séparer, les principes du fractionnement dans un appareil dans lequel, grâce à des procédés plus ou moins ingénieux, on peut créer un vide relatif. Il est en outre nécessaire de maintenir la pression constante, autrement la fixité et l'élévation des points d'ébullition ne fourniraient pas d'indication précise.
Lorsqu'il s'agit de distiller des substances que l'air altère au point d'ébullition, telles que les liquides de nature organique, il faut les distiller soit dans le vide (qui abaisse de près de 100 degrés les points d'ébullition), soit dans une atmosphère d'acide carbonique sec, d'hydrogène, etc.
En i)liarmacie, la distillation sert à la préparation des huiles essentielles y des alcoolats obtenus par distillation d'alcool sur les plantes et des hijdrolats ou eaux distillées qui se préparent en faisant distiller l'eau sur les plantes. Foui' plus de détails sur le mode de préparation de ces produits, nous renverrons à Essences, Eaux distillées et Alcoolats.
Avant de quitter ce sujet, nous devons encore définir quelques expressions qui correspondent du reste à des modes particuliers de distillation : telle est la rectification, qui n'est autre chose que la distillation réitérée de certains liquides dans le but de les obtenir aussi purs que possible ; elle s'applique à l'alcool, à l'étlier et en général aux liquides plus légers que l'eau; puis la cohobation, qui consiste, par exemple, à distiller la même eau sur de nouvelles plantes pour obtenir un produit plus riche ou plus chargé.
Enfin, par analogie, on a donné le nom de distillation sèche à la décomposition, sous l'influence de la chaleur, de matières solides capables de fournir des produits volatils sublimables ou liquéfiables; mentionnons dans cette catégorie le bois, le succin, la corne de cerf, etc. On emploie ce procédé plus fréquemment en chimie qu'en pharmacie. Ou voit en outre que la sublimation (réduction des corps solides eu vapeurs pour les recueillir sous forme compacte, cristalline ou pulvérulente) n'est qu'un cas particulier de la distillation sèche. Les procédés en usage pour effectuer la sublimation sont étudiés dans un article spécial {voy. Sublimation). L. Hahn.
DISTILLERIES (Hygièke INDUSTRIELLE). Ou conuait toutc l'importance qu'il y a pour l'hygiène industrielle dans la question de l'altération des cours d'eau par les eaux résiduaires des fabriques. A cet égard, il n'est pas de fabrication qui ait plus mérité d'attirer l'attention des conseils de salubrité que celle de l'alcool. Il n'en est pas aussi chez laquelle les procédés d'épuration chimique et d'utilisation agricole de ces eaux aient accompli en peu d'années autant de progrès sensibles. Les dommages considérables que les distilleries ont causé dans certaines régions industrielles, notamment dans le Nord, n'ont pas tardé à provoquer des modifications avantageuses dans les procédés de fabrication eux-mêmes et surtout dans les moyens employés pour combattre les causes d'insalubrité qui en sont la conséquence.
11 y a plusieurs sortes de distilleries dont les résidus plus ou moins abondants
sont plus ou moins insalubres. Ce sont celles de marcs de raisin, de betteraves, de mélasses, de grains, de pommes de terre. Chacune d'elles donne lieu à des considérations spéciales d'hygiène industrielle, au point de vue des moyens mis en usage pour prévenir les el'fets nuisibles de leurs résidus et plus particulièrement en ce qui concerne l'utilisation agricole de ces produits connus sous le nom général de vinasses.
A. Distilleries d'alcool de vin. Si l'oïdium, en diminuant la récolte des vins, a pu provoquer la transformation de bon nombre de fabriques de sucre de betteraves en distilleries, le phylloxéra, en détruisant les vignes sur une grande étendue du territoire, a rendu de plus en plus rare la fabrication de l'alcool de vin. Cette opération, qui se pratique le plus souvent encore dans des appareils ambulants, donne lieu à des résidus que l'on mêle presque toujours dans les campagnes aux fumiers voisins ; mais aux alentours des distilleries ces vinasses forment parfois un ruisseau fangeux et fétide qui va souiller le plus proche cours d'eau, ou bien, en stagnant ou s'accumulant, constituent un foyer d'émanations infectes. Le traitement de ces vinasses pour en retirer du tartrate de chaux destiné à fournir de l'acide tartrique serait le meilleur moyen à employer pour s'opposer à leur insalubrité.
B. Distilleries d'alcool de marcs de raisin. Cette fabrication n'offre guère d'importance au point de vue de l'hygiène industrielle. Elle n'est pas trèsrépandue d'ailleurs, à cause de la mauvaise qualité du produit obtenu qui contient un alcool des plus nuisibles, l'alcool amylique, et une huile essentielle de mauvais goût. De plus, par suite de la destruction des vignes par le phylloxéra, les marcs de raisin servent le plus souvent aujourd'hui à faire des vins de seconde cuvée ou de sucrage, et il arrive alors que ce sont ces vins qui, s'altérant facilement, sont livrés à la distillation.
Le résidu de la distillation des marcs ne soulève aucune question d'insalubrité. Il constitue en effet un excellent engrais pour la vigne, à cause des sels de potasse, des phospliates, etc., qui entrent dans sa composition. Souvent aussi on consacre le marc distillé à la nourriture des animaux; les moutons et la volaille le mangent avec avidité et profit.
C. Distilleries d'alcool de betteraves. Ce sont les distilleries qui intéressent le plus particulièrement l'hygiène. Ce sont elles en effet qui ont donné généralement lieu à des réclamations nombreuses et justifiées de la part du voisinage, et c'est à leur sujet que le conseil d'hygiène du département dn Nord a eu le plus souvent à fonctionner.
Il est toutefois important de distinguer dans la distillation du jus de betteraves le mode de travail qui doit être suivi, car les dangers pour la salubrité publique sont différents suivant qu'on a recours aux acides pour favoriser la fermentation alcoolique ou qu'on adopte le procédé Champonnois. Dans ce dernier procédé, après avoir opéré le lavage des betteraves, on les divise en tranches appelées cossettes, qu'on arrose d'abord avec de l'eau acidulée, il est vrai, mais qu'on épuise ensuite, dans des cuviersmacérateurs, par les vinasses elles-mêmes sortant de l'alambic à distillation.
Les marcs de betteraves auxquelles les matières salines et azotées sont ainsi restituées servent ensuite, en grande partie, à la nourriture des bestiaux.
Avec l'ancien procédé, en opérant la saccharification par l'acide sulfurique, les vinasses provenant des résidus étaient impropres à cet usage et rejetées au dehors des usines. Ces vinasses riches en matières organiques, en s'écoulant dans
les cours d'eau, les corrompent et les rendent impropres à l'alimentation, et cela non-seulement dans le voisinage des usines, mais encore au loin.
L'industrie de la fabrication de l'alcool de betteraves, à peine développée, ne larda pas à provoquer d'incessantes récriminations de la part des riverains des cours d'eau ainsi souillés et de la part des populations rurales au milieu desquelles se multipliait rapidement une industrie singulièrement incommode. Le Comité consultatif d'hygiène de France fut saisi de la question, et M. ^Yurtz, après l'avoir étudiée sur les lieux, adressait, dès 4858, au Ministre du commerce, un remarquable rapport. Depuis lors, le Conseil d'hygiène du Nord n'a pas cessé de s'en occuper et de s'efforcer par de sages prescriptions de prévenir les dommages causés par les distilleries, en faisant, autant que possible, tourner au prolit de l'agriculture l'emploi de résidus dé]>ouillés en grande partie de leurs propriétés nocives.
Un mètre cube de vinasses contient à peu près en moyenne 1200 grammes d'azote, et, si l'on multiplie ce chiffre par les 1200 ou 500 mètres cubes qu'une grande distillerie verse en moyenne par vingt-quatre heures pendant une campagne, c'est-à-dire pendant la période annuelle de fabrication, d'octobre en mars, on juge de la quantité énorme d'engrais qui peut être restituée au terrain même de la betterave, et cela au grand profit de l'économie industrielle et de la salubrité publique.
Avec les anciens procédés de fabrication, l'épuration chimique était l'objectif principal visé par les conseils d'hygiène, l'utilisation arahle nécessitant une assez grande étendue de terrain dont ne pouvaient disposer le plus souvent les distilleries : aussi dans les demandes d'autorisation pour une pareille industrie on se préoccupait surtout des inconvénients résultant de l'écoulement des eaux résiduaires dans les cours d'eau. Avec les procédés actuels, dits agricoles, bien que les vinasses soient utilisées en partie pour la nourriture du bétail, en partie pour la fertilisation des terres arahles, il est néanmoins prudent d'exiger les mêmes prescriptions qu'avec les procédés ordinaires, d'autant plus qu'en dehors des vinasses il y a des eaux de diverses natures : eaux de lavage, eaux de condensation avec l'insalubrité desquelles il faut encore compter.
Les considérations générales dans lesquelles nous allons maintenant entrer peuvent donc se rapporter à toutes les distilleries d'alcool de betteraves, quels que soient les procédés mis en usage.
L Épuration chimique des eaux industrielles provenant des distilleries. Une des causes d'infection des cours d'eaux parles vinasses, c'est la formation de produits sulfurés : sulfures ou snlfhydrates, avec dégagement de gaz sulfhydrique dû à la décomposition des sulfates contenus dans ces vinasses, ou contenus naturellement dans les cours d'eau où ces dernières sont versées par les matières organiques résiduaires. Or le procédé de saccharitication des jus de betteraves par l'emploi de l'acide sulfurique donne lieu à la formation d'une quantité notable de sulfate de chaux lorsque, après la fermentation, les vinasses sont neutralisées par cette base. Les émanations d'acide sulfhydrique sont parfois, dans ce cas, tellement abondantes, que les bateaux qui naviguent sur les cours d'eau souillés par ces vinasses noircissent dans un court espace de temps par suite de la formation de sulfure de plomb à leur surface. D'autre part, le gaz sulfhydrique répandu en partie dans l'atmosphère noircit les métaux tels que •le cuivre, l'argent, l'élain, etc., en les sulfurant, et devient ainsi pour certaines industries riveraines une cause de sérieux préjudice. Si les vinasses non neutra-
lisées s'écoulent dans les rivières, l'acide qu'elles renferment tue les poissons ; ou bien les carbonates de chaux que l'eau de ces rivières contient les neutralisent en partie, mais en donnant lieu à leur tour à la formation de sulfate de chaux qui, plus tard, sera transformé en suif hydrate.
Le traitement des betteraves par l'acide sulfurique est donc une opération des plus fâcheuses au point de vue de l'hygiène. C'est pour cette raison que l'on a prescrit la substitution, pour la fermentation du jus, de l'acide chlorhydrique à l'acide sulfurique. L'emploi de cet acide, outre qu'il a des inconvénients pour le distillateur, parce qu'il attaque les appareils distillatoires, particulièrement les soudures, ne prévient pas, cependant, le développement des sulfures, si les eaux dans lesquelles se versent les vinasses renferment elles-mêmes des sulfates. En somme, le déversement de ces vinasses dans un cours d'eau ne saurait être autorisé sans leur neutralisation préalable d'une part, et de l'autre sans que le débit du cours d'eau soit assez considérable et suffisamment rapide pour entraîner et diluer immédiatement les résidus organiques que l'on y jette. Dans le Nord, un arrêté préfectoral ne tolère le déversement des vinasses dans un cours d'eau que lorsque, en multipliant par 500 les quantités de vinasses déversées, l'ensemble de ces produits pour toutes les fabriques situées sur un même cours d'eau ne donne pas un chiffre supérieur à son débit moyen.
Le mode de neutralisation des vinasses se trouve indiqué dans les articles suivants des arrêtés préfectoraux d'autorisation :
1» Après la fermentation et avant la distillation, on neutralisera les
vinasses en les filtrant de bas en haut, au moyen d'une cuve remplie de carbonate de chaux. Cette cuve, de 2 mètres de diamètre au minimum sur 2 mètres de hauteur, sera remplie de carbonate concassé en fragments de la grosseur d'une noix et maintenue constamment en cet état par l'addition de carbonate calcaire au fur et à mesure de la dissolution de celte matière.
2" Après la distillation, on amènera les vinasses bouillantes immédiatement dans une série de bassins d'épuration géminés, séparés les uns des autres par des déversoirs de superficie. Les murs et les fonds de ces bassins seront en bonne maçonnerie. Le premier bassin servira principalement à combiner la vinasse bouillante avec de la chaux vive en poudre qui devra y être jetée d'intervalle en intervalle, à raison de 2 kilogrammes par hectolitre de vinasse. Ce bassin aura 10 mètres de longueur sur 3 mètres de largeur au moins, et 1"^,50 de profondeur. La matière qu'il renfermera sera maintenue en état continuel d'agitation, soit par un moyen mécanique, soit par l'effort d'un hom.me armé d'un ringard. Le bassin numéro 2 présentera une superficie de 100 mètres carrés et une profondeur de l'",10. Il servira au dépôt des matières solides, ainsi que le bassin numéro 3 de même superficie et de 90 centimètres de profondeur.
50 Chacune des deux séries de bassins ci-dessus prescrites servira à recevoir alternativement les vinasses de la distillerie, tandis que l'autre mise eu chômao-e sera curée à vif fond. Ce nettoiement sera opéré au moins tous les cinq jours ou plus souvent, si l'activité de la fabrique l'exige. En aucun cas la couche des dépôts ne pourra excéder 80 centimètres dans le bassin numéro 5, et 1 mètre dans les deux autres bassins. Le produit du curage ne pourra séjourner dans l'intérieur de la fabrique; il sera immédiatement transporté sur les terres comme engrais.
Les prescriptions précédentes ont été l'objet de quelques remarques critiques
de la part de M. Wiirtz, qui a indiqué certaines dispositions pour prévenir les inconvénients adhérents au système généralement prescrit et adopté. Toutefois, on ne saurait méconnaître que la chaux sépare une bonne partie de la matière organique contenue dans les vinasses. D'après Kuhlmann, elle en précipiterait un tiers seulement. Il y a là pourtant une perte pour l'agriculture, et l'avantage que l'hygiène publique retire de ce procédé d'épuration est loin de compenser cette perte.
Les vinasses clarifiées par la chaux, en retenant encore en dissolution une assez notable quantitéde matières organiques, peuvent devenir une cause d'infection par la décomposition ultérieure de ces matières. Déplus, la chaux peut demeurer en excès dans les vinasses, et dans ce cas cette chaux intervient dans la décomposition des matières organiques en favorisant la formation d'acides gras volatils infects, appartenant à la série butyrique. Ce fait a été observé fréquemment, quand les vinasses clarifiées sont déversées en quantité considérable dans les cours d'eau ; une fermentation acide ne tarde pas à se produire et les eaux, alcalines au départ, donnent une réaction acide et dégagent une odeur repoussante.
On a cherché à utiliser pour l'épuration chimique des vinasses les sels de fer ou de manganèse. Dans le Nord, on a prescrit l'emploi du chlorure de fer provenant du traitement des pyrites par l'acide chlorhydrique, concurremment avec la chaux. D'après M. Rabot, secrétaire général du Conseil d'hygiène de Seine-et- Oise, ces agents d'épuration : chlorure de fer et chlorure de manganèse, offriraient certains inconvénients, soit au point de vue de l'utilisation agricole des résidus liquides, soit au point de vue industriel.
Quoi qu'il en soit, ainsi que l'avait fort judicieusement établi M. Wiirtz dans son rapport, le système de bassins prescrit par l'autorité et généralement mis en usage pour la clarification des vinasses par la chaux laisse quelque peu à désirer au point de vue des résultats obtenus. L'accumulation des premiers dépôts dans ces bassins ne laisse point le temps aux eaux nouvelles de précipiter les matières solides qu'elles tiennent en suspension; ces eaux ne font alors que s'étaler et couler en nappe à la surface des dépôts déjà formés, et la clarification devient, sinon impossible, du moins très-incomplète, MM. Gaillet et Huet, ingénieurs à Lille, ont cherché à obvier à cet inconvénient au moyen d'un système de colonnes de décantation terminé par un filtre-presse.
Les colonnes de décantation sont à double tube; le liquide à décanter arrive par le haut dans le tube central et descend jusqu'à la partie inférieure où une sorte d'entonnoir brise le courant et retient les matières en suspension. Le liquide remonte entre les deux enveloppes tubulaires et vient se déverser lentement à la partie supérieure de la colonne; il sort généralement limpide et peut sans inconvénient être déversé dans un cours d'eau un peu rapide, car il a perdu environ les deux tiers, 60 à 70 pour 100, de la matière organique qu'il contenait.
Les matières précipitées, restées dans le bas des colonnes de décantation, sont tirées au moyen d'un conduit spécial de dégagement et amenées dans le liltrepresse d'oiî elles sortent comprimées à l'état de terre humide. M. Rabot, qui a observé le fonctionnement de cet appareil, pense qu'il faut limiter la vitesse de courant du liquide à purifier, afin d'arriver à un bon résultat en ce qui concerne le fonctionnement du filtre-presse. A part cela, selon lui, l'appareil de MM. Gaillet et Huet serait appelé à rendre de grands services et à devenir le complément
de toute distillerie qui ne pourra trouver dans l'utilisation agricole l'emploi de ses vinasses et de ses eaux fermentescibles.
II. Utilisation agricole des eaux industrielles provenant des distilleries. La quantité énorme de vinasses que i-ejettent les distilleries est par elle-même le plus grand obstacle à l'efficacité des procédés d'épuration chimique. Ou a donc songé à utiliser à la fois les propriétés filtrantes des terrains naturels et l'absorption fertilisatrice des terres arables. L'économie industrielle et l'économie agricole se trouvent ainsi bénéficier ensemble d'un moyen essentiellement favorable aux intérêts de l'hygiène publique.
a. Épuration des vinasses par infiltration à travers des terrains drainés. Ce procédé, proposé par M. Wûrtz, avait, au point de vue expérimental, donné lieu à des résultats satisfaisants. M. Hervé-Mangon, en effet, en cherchant à se placer dans les conditions les plus voisines de la pratique, avait institué des expériences, dans le but de déterminer les condilions favorables à cette épuration. En pareille circonstance, il faut tenir compte de la nature et de l'étendue des terrains utilisables. L'argile, à cet égard, est aussi favorable que le sable; mais un mélange d'argile et de sable tel que celui qui constitue la plus grande partie du sol des départements industriels du nord se prête plus facilement encore à la filtration des vinasses par l'absorption et l'emmagasinement des matières organiques solubles que contiennent les eaux dont on l'arrose.
« A la fin d'une campagne des distilleries, c'est-à-dire vers le mois de mars ou d'avril, disait M. Wùrtz dans son rapport, les terrains ainsi arrosés pourraient être rendus à la culture. Recouverts d'une couche de limon, et saturés jusqu'à une grande profondeur de matières fertilisantes, ils pourraient se passer d'engrais.
' Pour la campagne suivante, une nouvelle étendue de terrain pourrait, à son tour, être affectée à l'épuration des vinasses et recevoir, pour les saisons à venir, les mêmes éléments de fertilité. C'est ainsi que les résidus des distilleries, alternativement distribués, dans le cours des années, sur les champs avoisinant les usines, au lieu d'être une cause d'insalubrité et un sujet de souffrance pour les populations, pourraient devenir une source de richesse pour l'agriculture.
La condition importante qu'il s'agit toutefois de réaliser pour assurer l'efficacité de ce système serait de donner à la surface de filtration une étendue suffisante. Il est bien entendu aussi qu'il ne sera applicable que dans les localités où la couche de terre argileuse offre une profondeur suffisante et où la surface du sol s'élève au moins à l"i,50 au-dessus des cours d'eau ».
Malheureusement, la pratique n'aurait pas répondu aux espérances qu'avait données l'expérimentation, soit à cause de l'absence d'un sol favorable à cette épuration naturelle dans le voisinage des usines, soit à cause même des difficultés soulevées par le manque d'étendue du terrain utilisable et par la rapide sursaturation de ce terrain par les vinasses.
D'après M. Rabot, ce système serait à peu près abandonné; on aurait remarqué que les liquides sortent des drains sans être convenablement clarifiés, que le sol s'obstrue rapidement, que des infiltrations se produisent dans les nappes sous-jacentes et vont au loin infecter les sources ou les puits. Il est évident pour nous que de telles conséquences ne peuvent tenir qu'à l'une des deux causes que nous avons signalées : manque d'appropriation ou insuffisance d'étendue du terrain utilisé.
b. Arrosage et fertilisation des terres cultivées par les vinasses. Ce
système tend à prendre de plus en plus un grand développement, par suite des nombreuses expériences faites sur différents sols et sur des cultures variées. C'est encore M. Wiirtz qui a le premier et le plus complètement exposé les conditions que Ton doit rechercher ou établir en pareille circonstance.
« Le système qui consisterait ù employer les vinasses en irrigations ou en arrosements exige l'annexion à l'usine d'une étendue considérable de terres en culture. C'est là un inconvénient qui rendra dilficile son application générale...
On sait que les substances contenues dans les vinasses : matières organiques diverses, azotées et non azotées, suspendues ou dissoutes, principes minéraux tels que le salpêtre et les sels ammoniacaux, que toutes ces matières sont des éléments de fertilité et constituent de véritables engrais pour les terres sur lesquelles elles sont répandues. Le sulfate de chaux lui-même, si nuisible lorsqu'il est introduit dans les cours d'eau avec les vinasses, peut contribuer d'une manière efficace à l'amendement des terres. Malheureusement, ces matériaux fertilisants sont délayés dans des masses d'eau tellement considérables, que le transport et la distribution de cet engrais liquide et étendu deviendraient une charge onéreuse pour une exploitation agricole. Comment transporter dans tous les points et aux extrémités d'un domaine d'une cinquantaine d'hectares, par exemple, ces quantités énormes de vinasses qu'une grande distillerie rejette pendant cinq ou six mois de l'année?
Lorsque les pentes naturelles du terrain s'y prêtent, les vinasses peuvent être répandues sur les terres par voie d'irrigation dans des tranchées ouvertes et dans des rigoles. C'est le système le plus économique.
Là où la configuration du terrain ne permet pas son application, il faut recourir aux procédés qui consistent à refouler les vinasses, sous une pression considérable, dans des tuyaux posés dans les champs. On les répand ensuite ù la lame ou par voie d'arrosement au moyen de rigoles préparées à l'avance...
L'emploi le plus avantageux des vinasses comme engrais consisterait peutêtre à les répandre en irrigation sur les prairies...
Un pareil système cependant ne peut-il pas devenir une cause d'insalubrité, en favorisant dans les endroits où le sol serait alternativement sec et humide la formation d'émanations capables de produite des effets nuisibles? Il est permis d'espérer que de tels effets ne se manifesteront point sur des terres convenablement drainées où l'absorption est rapide, oiî l'écoulement des eaux surabondantes est libre, où l'accès de l'air est facile. On ne pourrait craindre le danger des émanations fétides que dans le cas où l'irrigation se ferait à ciel ouvert, par le moyen de fossés et de rigoles, les bords et le fond de ces fossés pouvant se couvrir de débris organiques dans certains endroits. On remédierait à cette accumulation de matériaux fermentescibles par un bon entrelien et par un curage fréquent des fossés, et aussi en séparant préalablement des vinasses employées en irrigations tous les débris grossiers qu'elles sont susceptibles d'entraîner ».
On ne pouvait mieux exposer, dès le principe, toutes les conditions nécessaires pour assurer refticacité du système des irrigations. Ce que M. Wùrtz a dit eu i858 devait servir de base à tout ce qui a été fait depuis; et dans un récent travail sur X application des eaux de distilleries à la grande culture, M. lîabot a pu donner une consécration complète aux principes établis par le savant président du Comité consultatif d'hygiène de France, en rapportant de nombreux exemples formés par la pratique actuelle. Tantôt ces vinasses sont directement
aspirées par une pompe qui les refoule souterraiaement clans un réservoir central de capacité suffisante pour en permettre l'emmagasinement pendant plusieurs jours, et de là envoyées sur les terres en temps propice. Les irrigations sont d'autant plus faciles que le réservoir central se trouve plus rapproché du point culminant de la surface à irriguer; tantôt on se contente de pratiquer l'arrosage au tonneau au lieu de conduire l'eau par un système de rigoles ou de tuyaux. L'état du sol, la configuration, les conditions de fonctionnement de l'usine, sont autant d'éléments qui doivent guider dans la répartition des vinasses sur les terrains à irriguer, mais c'est un fait acquis aujourd'iuii que pour les grandes comme pour les petites distilleries, pour celles qui peuvent employer de grandes étendues de terrain comme celles qui ne disposent que de quelques parcelles, il est toujours possible d'établir un système d'utilisation des vinasses au profit de la grande ou de la petite culture.
Quant à l'importance qu'un tel système comporte au point de vue de l'hygiène, nous ne croyons pas avoir à faire ici la démonstration du pouvoir épurateur du sol; il suffit de dire que ce pouvoir est assez grand pour n'entraîner aucune souillure de l'eau des puits établis au milieu même des terrains irrigués. N'oublions pas non plus de rappeler qu'une terre arable qui livre un accès suffisant à l'air se trouve dans les meilleures conditions pour proportionner dans son sein l'oxydation des matières organiques à leur propre abondance, et qu'il se fait pour ainsi dire une sorte d'équilibre entre les quantités qu'on y déverse et l'intensité de la combustion épuratrice, à la condition cependant que l'irrigation, et par suite la filtration, soient intermittentes. Voici un exemple de l'énergie de l'épuration ainsi obtenue sur les eaux résiduaires d'une distillerie d'alcool. Nous l'empruntons à des documents anglais.
COMPOSITION DE CES EAUX AVANT ET APnÈS l'iRP.IGATION, AU MÈTRE CUBE