L. Hn
DIASTASE (CmMiE). Dans les semences germées d'orge, d'avoine et de blé, il se développe près des germes, et non dans les varicelles, une substance quaternaire azotée, qui a le pouvoir de métamorphoser, par son simple contact, l'amidon en dexlrine. Cette substance, appelée diastase, n'existe ni dans les racines, ni dans les pousses de pomme de terre, mais seulement dans le tubercule, près et autour de leur point d'insertion. La place que la diastase occupe soit dans les céréales, soit dans les pommes de terre, rend évident son rôle qui est celui d'une sorte de filtre qui ne livre passage à la matière amylacée qu'en la liquéfiant; or, lorsque la matière amylacée est devenue vraiment liquide elle a changé de nature et s'est convertie en dextrine. Sous cette forme, on le conçoit sans peine, elle contribue à la nutrition de la jeune plante.
La diastase est tirée de l'orge germée, et principalement des graines dont la gemmule n'est pas plus longue que la graine elle-même. Voici par quel procédé : on pulvérise l'orge germée (Malt, voy. Bière) et on la fait macérer dans peu i'eau à 25 ou 30 degrés. Après plusieurs heures, on presse la pâte dans unlinc^e très-fin. Le liquide est ensuite filtré, puis chauffé à 75 degrés. Cette chaleur est suffisante pour coaguler celte espèce d'albumine qui accompagne la diastase. On filtre de nouveau et on ajoute à la liqueur limpide de l'alcool anhydre. Le dépôt qui se forme est la diastase, qu'on redissout dans l'eau et qu'on précipite encore par l'alcool, pour la débarrasser des dernières traces de matière sucrée et de matière colorante ; le nouveau dépôt est recueilli sur un filtre, puis desséché
DIATESSÂRUM. 211
à une basse température, ou encore mieux, dans le vide de la machine pneumatique.
La diastase est blanche, amorphe et sans saveur; elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool faible ; ses dissolutions sont parfaitement neutres. Une fois sèche, elle se conserve très-bien; humide elle se putréfie. Sa propriété caractéristique est de convertir en dextrine 2000 fois au moins son poids de fécule ou d'amidon (Payen et Persoz, Annal, de Chim. et dePhys., t. LVI, p. 257; t. LVIII, p. 75; t. LX, p. 441 ; t. LXl, p. 551) et de pouvoir continuer son action sur la dextrine elle-même, de manière à la transformer en glucose {sucre de fécule). Celte action est d'autant plus merveilleuse qu'elle est plus prompte , mais elle est paralysée et anéantie à 100 degrés après avoir atteint son maximum d'activité à 70 degrés (Bouchardat, Ann. de Chim. et de Phys. [5], t. XIV, p. 61}.
La diastase est une substance dont la composition n'a jamais été définitivement fixée. Est-ce faute d'avoir examiné de la diastase pure, ou est-ce qu'elle est par sa nature variable? Quoi qu'il en soit, jusqu'à présent sa constitution chimique est aussi mystérieuse que son action, qu'entravent entièrement les acides azotique, sulfurique, phosphorique, chlorhydrique, oxalique, tartrique et citrique.
La salive et le suc pancréatique renferment des principes azotés, qui possèdent, comme Ja diastase, la propriété de dissoudre et de saccharifier l'amidon, mais leur pouvoir spécifique est complètement détruit avant 70 degrés, et se manifeste surtout à la température du corps humain qui est, comme on sait, de 57 degrés.
La fabrication de la bière est l'industrie qui emploie le plus de diastase, mais il importe d'observer qu'elle ne s'en sert jamais à l'état isolé. Les brasseurs profitent de la diastase qui se trouve dans l'orge germée (malt) pour saccharifier l'amidon que renferme l'orge non germée {voy. Bière). Pratique facile à expliquer quand on pense que la diastase, contenue dans un grain d'orge germée, est infiniment supérieure à la quantité qui est nécessaire pour liquéfier l'amidon qui l'accompagne dans ce même grain d'orge germé.
Le malt, ou la diastase libre, servent aussi à la liquéfaction directe de la fécule ou de lamidon, qui se trouvent ainsi transformés en dextrine, mêlée le plus souvent à une certaine quantité de glucose {voy. FERJiENTATmw). M.
DIASTASE (Pathologie). La diastase (^tâc-Tao-tç, déplacement), consiste en un changement dans les rapports de contiguïté de deuxsurfaces articulaires. Les deux surfaces ne sont pas entièrement séparées l'une de l'autre, comme dans la luxation, et n'ont subi qu'une disjonction partielle {voy. Articulatio:v). D.
DIASTOLE (de ôta!7Ta>w, j'ouvre). Voy. Cœur.
DIATÉRÉBIQUE (Acide). G^^H'^O^^. Un des acides alcools dérivés des alcools triatomiques. j)
DlATESSARUm (5t«, avec, et T£o-o-ap«, quatre). Électuaire ancien, composé de quatre substances : racine de gentiane, racine d'aristoloche ronde, baies de laurier et myrrhe, incorporées dans du miel; on y a plus tard ajouté l'extrait de genièvre, et on a donné à l'électuaire le nom de the'riaque dlatessaron. Cette préparation était employée à la dose de 1 à 4 grammes, comme tonique et
lier Vin
DIATHÈ.HE^ I. Notion clinique générale. La notion de diathèse est de celles qui se dérobent et semblent secondaires dans les descriptions abstraites de la pathologie spéciale; mais elle s'impose dans les réalités vivantes de la
clinique.
Le médecin, qui observe seulement à l'hôpital, peut la négliger; il y est quelquefois contraint par le défaut de renseignements sur la vie pathologique du malade et de sa famille. Mais celui qui suit avec soin les phases successives de la vie morbide d'un individu et de ses parents, ne peut se soustraire à cette notion du substratum unique et permanent, se révélant successivement par des troubles très-variés, les rattachant entre eux, en faisant l'unité, non-seulement étiologique, mais aussi et surtout thérapeutique.
Je pose en principe qu'un clinicien expérimenté et consciencieux est toujours amené à admettre la réalité et Vutilité de la notion de diathèse.
La syphilis est un exemple dont la banalité n'infirme en rien la valeur démonstrative. Quand, chez un malade, on voit se succéder le chancre, la pléiade gangliomiaiie, les plaques muqueuses, les éruptions, les manifestations sur le système nerveux ou sur tout autre appareil, on ne peut s'empêcher d'admettre derrière ces divers actes morbides un état profond permanent, caché à certaines époques, mais toujours présent alors même qu'il ne se révèle par rien, état qui provient de la même contamination, qui imprime non-seulement à toute la maladie, mais à toute la vie du sujet un cachet absolument particulier, qui imprègne l'individu tout entier et le rend justiciable d'un traitement à part, qui constitue pour lui un véritable tempérament morbide, substitué au tempérament physiologique antérieur : tous ceux qui admettent cela (et je crois qu'ils sont nombreux), admettent par là même la diathèse dans ce qu'elle a de plus saisissant, de plus réel et de plus clinique.
Cet exemple fùt-il seul suffirait à démontrer que la diathèse existe, que ce n'est pas un mot uniquement destiné à dissimuler notre ignorance, comme on l'a dit trop souvent ^ Mais si cet exemple est le plus démonstratif, il n'est pas le seul.
La goutte, le rhumatisme peuvent se manifester aussi clairement chez certains malades. La notion de cette diathèse peut seule expliquer pour le praticien la succession de migi aines, de gastralgies, d'arthropathies, de lésion cardiaque, dont on sera tenté de faire autant de maladies successives chez le même sujet, si on ne reconnaît une tare arthritique, souvent héréditaire, dont la manifestationtype irrécusable ne se l^rouve quelquefois d'abord que chez le père ou la mère, mais se retrouve ensuite aussi nette chez le sujet lui-même ou chez ses enfants.
Comment un médecin pourra-t-il se reconnaître entre plusieurs cas d'adénites ou de congestion pulmonaire, s'il ne sait rapporter celte lésion à la scrofule chez l'un, à la syphilis chez l'autre, ou bien au rhumatisme chez l'un, à la
* De même que dans la Cliambre anglaise, un droit de représentation est réservé par la loi aux minorités, de même (et nous l'avons déjà dit) le Dictionnaire encyclopédique, dont l'esprit général porte assez la marque des doctrines de la majorité de ses collaborateurs, regarde comme un acte d'équité et comme un avantage d'accueillir la défense des doctrines adverses, spécialement sur les grandes questions qui touchent le plus directement à la clinique. Le remarquable article qu'on va lire est un nouveau témoignage de ces dispositions, D.
2 « Voilà donc à quoi se réduit la prétendue doctrine des diathèses un mot, c'est
tout ce qu'il en reste » (Roche, art. Diathèse du Bict. en 15 vol.).
DIÂTHÈSE. 2^^
tuberculose chez l'autre? Quelles erreurs diagnostiques, pronostiques, tliérapeutiques, n'entraînerait pas une erreur de ce genre, c'esl-à-dire 1 oubli de la
notion de diathèse !
On peut dire que celle notion domine la pathologie tout entière et va même
plus loin qu'on ne le croit généralement.
En dehors de la tuberculose, de la goutte, de la syphilis, etc., dont la nature diathésique est plus facilement acceptée, il y a encore des maladies qui, comme rimpaludisme, ne sont pas nécessairement diathésiques, mais peuvent dans certains cas prendre ce caractère. Nous verrons en eiïet dans la suite de cet article que l'élément diathésique est un caractère qui, comme l'élément contagieux, peut se présenter à certains moments dans des maladies qui à d'autres moments ne le possèdent pas. Dans tous ces cas, l'analyse clinique et par suite l'art de poser les indications sont impossibles sans la notion de dialhèsc.
La diathèse n'est donc ni un être de raison, ni un mot vide de sens; c'est une réalité clinique. C'est un mot, si l'on veut; mais ce mot représente une idée indispensable au praticien et qu'on ne peut pas désigner par une autre expression. Nous verrons en effet que cette idée de diathèse ne se confond avec aucune des autres notions qu'étudie la pathologie générale.
Et cependant celte notion a été bien battue en brèche, elle a été l'objet de bien des railleries et de bien des critiques. H y a quelques années, il fallait un certain courage pour parler de diathèse.
Mais à la suite de ces périodes où on a dénigré la pathologie générale et raillé le mot de diathèse, il y a toujours eu des retours, des époques, où la clinique reprenait ses droits et imposait de nouveau à la masse cette idée que les fidèles de la tradition clinique n'ont jamais abandonnée.
Nous sommes aujourd'hui, je crois, à une de ces périodes de justice et de réhabilitation. Quoique la pathologie générale ne soit pas trop en honneur dans les sphères officielles, quoique ses termes effraient encore beaucoup de médecins, cependant on en fait beaucoup plus qu'on ne croit et dans les écoles même, où l'analyse a toujours dominé la synthèse, on revient largement à la diathèse.
Les travaux de Bazin et Hardy sur les maladies de la peau et l'importance de l'état constitutionnel dans leur pathogénie, les éludes de Bouillaud sur les maladies du cœur dans le rhumatisme, ont préparé la voie et conduit Verneuil à ses recherches sur les rapports des Iraumatismes et des dialhèses. Et aujourd'hui toute la grande école anatomo-pathologique proclame la nécessité de vivifier les descriptions hislologiques par l'histoire clinique complète, par la notion de cause, de diathèse.
Cette rénovation, cette résurrection de la diathèse au milieu de ceux qui la dédaignaient naguère, a même été si lemarquable et si triomphante que bien des gens ont cru que c'était une véritable nouveauté, une découverte. Que de médecins (n'allant pas au fond des choses), qui croient que Verneuil a inventé les dialhèses (ou propathies constitutionnelles), et leur influence sur les maladies chirurgicales.
Je n'ai pas besoin d'insister pour réfuter cette erreur. Les travaux actuels donnent à la diathèse un regain de popularité ; mais rien de plus. Et encore cette résurrection n'est-elle véritablement une résurrection que pour le milieu particulier dans lequel elle s'est produite.
Dans l'Ecole de Montpellier, où la tradition clinique a subsisté malgré les
oscillations des théories et des systèmes, la notion de dialhèse préexistait à tous les travaux que je viens de nommer et elle n'y a jamais sombré. Tout ce que nous dirons pour la caractéristique détaillée de la dialhèse est depuis longtemps monnaie courante à Montpellier, n'a jamais cessé d'y être enseigué et par suite ne pouvait plus être découvert.
On n'y a pas moins suivi avec un puissant intérêt toutes ces recherches contemporaines qui venaient vérifier, confirmer, contrôler les vérités traditionnelles ; heureux de constater qu'après des oscillations, quelquefois longues et pénibles, la science, avec ses incessants progrès d'analyse, revient toujours lot ou tard aux grands principes synthétiques, que la clinique accumulée des siècles précédents a permis de formuler.
Ces lignes étaient écrites quand le dernier livre de M. Bouchard sur les maladies par ralentissement de la nutrition est venu donner un nouveau et éclatant témoignage de ce retour vers la saine notion de dialhèse.
Il étudie très-bien et met nettement en limiière certaines familles morbides et il ajoute : « C'est une loi de pathologie générale qui permet de s'élever audessus des faits particuliers, de concevoir des groupes morbides naturels, d'édifier au-dessus des maladies les diathèses qui engendrent ces maladies... Ces notions ont été chères à l'école médicale française, et si elles ont été obscnicies pendant un certain temps, il semble qu'elles reprennent aujourd'hui une nouvelle faveur. Elles trouvent moins de crédit dans les écoles étrangères... Les Allemands semblent n'avoir aucun souci de ces connexions morbides. Les Allemands, auxquels la science médicale est redevable de si merveilleux travaux d'analyse, répugnent encore à cette synthèse... L'idée de dialhèse n'existe pas en Allemagne ; il semble que la notion de maladie même tend à disparaître. »
Nous enregistrons avec plaisir, en passant, ce fait historique qui montre la notion même de maladie, menacée par le naufrage de l'idée de dialhèse et nous constatons qu'en somme aujourd'hui, au moins en France, le mot de dialhèse n'effraie pas comme autrefois.
Seulement il est indispensable, pour justifier et maintenir ce mouvement d'opinion, de donner à ce mot un sens bien précis et surtout bien vivant, bien clinique. 11 faut se garder d'en faire une entité ontologique ou une expression purement nominale.
Nous n'aurons pas d'autre but dans cet article que d'analyser soigneusement les éléments, sinon d'une définition au moins d'une description de la dialhèse. Nous laisserons de côté les questions historiques, nous contentant de parler des divers auteurs au fur et à mesure que nous trouverons leurs opinions à discuter.
IL Analyse de la kotion de diathèse. Dans cette revue, nous ne suivrons pas l'ordre chronologique mais bien l'ordre des opinions; élaguant d'un côté, acceptant de l'autre, nous arriverons ainsi peu à peu à la constitution complète de l'idée que nous étudions.
1. La diathèse ne doit pas être confondue avec la prédisposition. L'opinion contraire que nous regardons comme une erreur, a clé appujée sur l'étymologie du mot : otâfteo-u, diq)Ositio, habitas. Mais la disposition n'est pas la prédisposition. Comme le fait remarquer Racle, Stx est une particule qui en
DÏATHÈSE. 215
-composition exprime la différence, l'opposition; la disposition est un état opposé à un autre état pris comme terme de comparaison.
Au début de l'iiistoire de la médecine, diatlièse a peut-ê'.re le sens étymologique : état, disposition de l'économie. Pour Ilippocrate, dit Racle, l'état de santé est une diatlièse, l'état de maladie une autre. Il y a différentes espèces de diathèse de santé suivant la prédominance de telle ou telle humeur. Ces diatlièses ne produisent pas les maladies, leur impriment seulement leurs caractères respectifs ; c'est le tempérament d'aujourd'hui.
Galien accepte ce sens qu'il développe : pour lui la diatlièse constitue plutôt une simple disposition à contracter certaines maladies, qu'une maladie déjc. établie.
Après bien des travaux contradictoires et un long espace de temps, nous retrouvons cette doctrine intacte. Le lexicon medicum de Castelli dit : àw- Oeo-t; significat disposttionem aut constitutionem alicnjus corporis.
Quoi qu'on en ait dit, nous ne plaçons pas Brown ici, parmi ceux qui ne voient dans la diatlièse qu'une prédisposition, nous retrouverons Brown et l'école italienne, parmi ceux qui confondent la diathèse et l'affection.
.Mais nous trouvons nettement l'erreur que nous combattons dans la définition de Hildenbraud : « Une constitution propre et spéciale du corps humain, qui entretient une opportunité particulière et persistante à certaines maladies, et qui produit cette maladie à divers degrés comme cause prochaine. »
Nous la trouvons encore dans l'article du Dictionnaire des sciences médicales, dans lequel Pariset et Villeneuve considèrent les diathèses comme autant ■d'étals particuliers en vertu desquels on contracte certaines maladies.
Nous la trouvons même dans une thèse d'agrégation soutenue à Montpellier, •en 1855. Pour Trinquier, « il est des états des trois grands systèmes (sanguin, lymphatique et nerveux), qui peuvent exister avec équilibre; c'est l'état sain parfait. Sitôt qu'ils se montrent avec hypérémie ou anémie, il y a diathèse, tendance à tel ordre de phénomènes morbides, plutôt qu'à tel autre. Dans les états analogues des appareils et des organes, il y a aussi défaut d'équilibre et tendance spéciale à tel ordre de maladies : mais sitôt que le phénomène morbide se révèle et se manifeste par des symptômes soit généraux, soit locaux, ce sont des maladies dont plusieurs doivent être désignées par le nom -de cachexies.
« Ainsi pour moi, la diathèse est Y opportunité, la tendance, la prédisposition, V affection, si vous voulez; cachexie, dégénérescence, cacochymie est la réalisation des premières, leur manifestation plus sensible, plus évidente ; la diatlièse est en puissance ce que les cachexies sont en réalité ; l'une est le premier degré de l'autre, mais dans un mode différent »
Mais c'est surtout la définition de Cliomel qui a contribué à répandre cette confusion regrettable entre la diathèse et la prédisposition.
Pour lui, la diatlièse est « une disposition en vertu de laquelle plusieurs organes ou plusieurs points de l'économie sont à la fois ou successivement le siège d'affections spontanées dans leur développement et identiques dans leur nature, lors même qu'elles se présentent sous des apparences diverses. »
Ce n'est pas l'idée de Galien, comme on l'a dit. Dans Galien et chez tous ceux qui Font suivi, la diathèse désignait une disposition de l'organisme dans son ensemble et dans son unité; ce qui mettait une idée juste à côté de l'erreur qui .ne voit là qu'une disposition. Chomel garde l'erreur de la simple disposition et
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abandonne l'idée juste d'état général pour ne plus voir qu'une disposition de plusieurs organes ou de plusieurs points de l'économie. On reconnaît l'école anatomo-palhologique qui perd de vue l'unilé de l'ensemble.
La définition de Chomel est donc bien inférieure à la notion de Galien et de ses successeurs. Mais enfin elle s'en rapproche au point de vue plus spécial que nous étudions actuellement : elle confond la diathèse avec la prédisposition, la disposition à la maladie ; elle prend pour la maladie ce qui n'est que la manifestation de l'état morbide diatbésique.
Racle, qui s'est rallié à la définition de Chomel, a essayé de la défendre et de montrer qu'elle ne confondait pas, comme on le croyait, la diathèse avec la prédisposition. Il s'est efforcé de montrer que la diathèse est pour lui « une disposition qui porte en soi le principe d'action, de mouvement propre à faire éclater les phénomènes morbides. » 11 ajoute même que Chomel ne considère pas la diathèse (c comme un état qui ne se manifeste pas, tout au contraire, ni comme un état qui a besoin de causes occasionnelles, puisqu'à son sens c'est une disposition qui fait éclater des affections spontanées dans leur développement. »
Si Chomel a réellement voulu faire de la diathèse une maladie, comme dit Racle, et non une prédisposition à la maladie, il faut reconnaître que sa définition est bien peu claire. C'est le cas de dire avec Cliauffard : « Cette disposition est-elle en dehors de la maladie, ou fait-elle partie de la maladie, est-elle la maladie elle-même? Qu'est-elle par rapport à la notion de maladie? Ou'est-ellc enfin, quant aux organes ou aux points de l'économie qui sont successivement atteints en vertu d'elle? Là est toute la question et c'est celle que Chomel n'aborde pas. »
En somme, ou la définition de Chomel est profondément obscure et alors elle n'est pas bonne; ou elle veut dire que la diathèse est une simple disposition à la maladie et alors je crois qu'elle ne doit pas être acceptée.
Quoi qu'il en soit du reste, il est évident qu'il y a un groupe important (par le nombre et par la valeur) de médecins qui confondent la diathèse avec la prédisposition, avec la disposition à la maladie. C'est là tout ce que nous voulions établir dans le paragraphe qui précède pour justifier la réfutation de cette manière de voir que nous allons maintenant essayer.
Il est évident qu'on a toujours une certaine latitude pour donner aux mots le sens qu'on veut : les discussions étymologiques me touchent peu dans l'espèce ©t si tous les médecins voulaient donner au mot diathèse le sens de prédisposition, au fond ils en auraient le droit. Mais il faut voir si réellement l'idée clinique qu'on se fait de la diathèse répond ou non à la notion de prédisposition.
Or, tous les médecins qui ne voient dans la diathèse qu'une opportunité ou une disposition appellent nécessairement « maladies » toutes les phases de l'évolution diatbésique; ils font de toutes ces manifestations successive? autant de maladies distinctes dont l'individu est le théâtre et auxquelles la diathèse l'avait prédisposé. Par là même ils négligent complètement l'idée d'unité qu'exprime la diathèse; ils ne relient plus les divers actes morbides par un fond pathologique commun et par suite ils enlèvent à la notion de diathèse son caractère vraiment pratique, son utilité clinique.
Je n'hésite pas à dire qu'ainsi envisagée, la notion de diathèse devient inutile en clinique : elle ne s'impose plus au praticien. Et le besoin persiste d'un autre mot pour exprimer cette unité de fond morbide, que tous les médecins admettent et qu'ils désignent réellement par le mot de diathèse.
DIATHÊSE. 217
Ainsi, dire que la diathèse syphilitique est une simple prédisposition aux adénites, plaques muqueuses et gommes, c'est enlever à toutes les lésions leur grande nnilé étiologique et thérapeutique; c'est supprimer la vraie notion de diathèse. Et comme l'unité s'impose pour toutes les manifestations, c'est obliger le médecin à inventer un autre mot pour exprimer cette unité fondamentale de l'état morbide que le mot diathèse n'exprime plus.
Il vaut donc beaucoup mieux ne pas donner au mot diathèse le sens de prédisposition, de disposition à la maladie. H faut dire que la diathèse est une maladie. Si la diathèse n'était qu'une prédisposition, ]| faudrait pour le développement de chacun des actes manifestateurs une cause extérieure suffisante pour produire cette maladie, à laquelle la diathèse dispose seulement le sujet.
Or, il est dans la nature même de la diathèse de produire spontanément, par elle-même, les diverses manifestations, sans provocation ou sur des provocations insignifiantes.
L'enfant qui, issu d'une souche tuberculeuse, succombe brusquement à une méningite de mên)e nature, au même âge que ses frères, n'a pas eu besoin d'une cause extérieure pour contracter celte maladie : sa diaihèse héréditaire a pleinement sufli à développer, sans autre provocation, des tubercules dans ses méninges fct dans son cerveau.
Il faut un certain degré de prédisposition pour contracter une fièvre intermittente en traversant un marais, pui.-que tous ceux qui Je traversent ne sont pas atteints. Mais le palustre ancien, celui qui est en possession de la diathèse paludéenne, n'a plus besoin de traverser le marais piour réaliser des accès de lièvre : il a en lui tout ce qu'il faut pour cela; son mipaludisme devenu diathésique est donc plus qu'une prédisposition; c'est une vraie maladie qui peut se manifester spontanément à certaines époques.
Le sujet atteint de diathèse cancéreuse héréditaire n'a pas besoin de traumatisme ni de cause extérieure quelconque pour voir se développer la terrible lésion. Mieux vaudrait qu'il n'eût qu'une prédisposition : il serait plus facile de la combattre. Mais il est bel et bien atteint, malade. Sa maladie est silencieuse quelque tempsj voilà tout.
Je ne nie certes pas que bien souvent les causes extérieures ne puissent provoquer des manifestations diathésiques : c'est là au contraire un fait clinique très-important, indiscutable et sur lequel nous reviendrons. Mais ce que je dis c'est que ces causes extérieures ne sont pas nécessaires au développement des manife.stations diathésiques. Et cela suffit pour prouver que la diathèse est plus qu'une prédisposition, que c'est une véritable maladie dûment réalisée et existante.
Ce qui empêche certains esprits de comprendre la diathèse comme une maladie réelle, c'est la difticullé qu'ils ont à admettre une maladie absolument latente, une maladie qui à certains moments ne se révèle absolument par rien. C'est cependant là une notion qui s'impose iné-luctablement en clinique.
Ainsi tout Je monde admet qu'entre deux accès de fièvre la maladie « impaludisme )) existe aussi bien que pendant l'accès. On ne peut pas dire que dans l'apyrexie le sujet soit seulement prédisposé ou disposé à l'accès; il est parfaitement en possession d'une maladie qui ne se manifeste par rien du tout, mais qui dans quelques heures produira spontanément, sans provocation extérieure aucune, un accès peut-être mortel.
C'est ainsi qu'entre deux crises de goulte articulaire, le sujet n'en reste pas
218 DIATllÈSE.
moins goutteux. Il a toujours sa diathèse goutte, qui n'est pas seulement une disposition à de nouvelles fluxions articulaires, mais qui est une véritable maladie susceptible de produire de toutes pièces, un jour ou l'autre, une attaque douloureuse analogue à la précédente.
La maladie peut donc être absolument latente, entièrement silencieuse, sans cesser pour cela d'être une vraie maladie, parfaitement réalisée et complète.
La diathèse appartient à cette catégorie. Ce n'est pas une simple prédisposition, c'est une vraie maladie, qui, malgré sa latence absolue à certaines heures, n'en est pas moins réelle, même alors, et présente chez le sujet.
Comme le dit Jaunies, la diathèse est « un fait décidément morbide. Diathèses syphilitique, goutteuse, scrofuleuse, etc., signifient une maladie établie, en cours d'évolution, et non une maladie en train de se former. »
2. L'idée de diathèse ne doit pas être C07Î fondue avec la notion de maladie. En d'auties termes, si la diathèse est une maladie, comme nous l'avons dit dans le précédent paragraphe, il ne faut pas ajouter que toute maladie est diathésique, il ne faut pas faire de ces deux mots « maladie » et « diathèse » deux synonymes.
Ceci n'a pas besoin de démonstration; car si les deux mots étaient synonymes, il y en aurait un de trop et l'article actuel n'aurait aucune raison d'être.
Seulement cette proposition évidente a un corollaire immédiat. Puisque le mot diathèse ne s'applique pas à toutes les maladies, quelle est la caractéristique des maladies auxquelles le mot s'applique?