DUVAL-JOUVE
au traitement des contrefaits, naquit à Saint-Sulpice de Grainchonville, près Pont-Audemer, de cultivateurs aisés. Comme beaucoup de jeunes gens alors, il fit ses humanités au séminaire, puis, changeant de vocation, ambitionna la carrière médicale. Ses études furent aussi promptes que solides. A vingt-trois ans, le 13 juillet 1820, il soutenait avec distinction sa thèse inaugurale sur l'apoplexie. Ce premier écrit ne faisait guère prévoir la direction qu'il allait prendre. Il la doit à son mariage. Le docteur Jalade-Lafond, dont il était devenu le gendre, s'était acquis par ses recherches et ses cures, résumées dans un ouvrage ultérieur (1827), une certaine notoriété pour le traitement des difformités. Vincent Duval, s'associant aux travaux de son beau-père, fonda, avec son concours, en 1825, un établissement orthopédique qui, installé d'abord à Chaillot, fut successivement transféré à Paris, allée des Veuves, et finalement avenue de Neuilly. Vincent Duval est mort en 1876, laissant la réputation d'un honnête homme, d'un habile opérateur, et doit être rangé au nombre des spécialistes distingués et hors d'atteinte de la calomnie. Ses travaux sur l'orthopédie sont importants. Nous citerons particulièrement ceux relatifs à la cure du pied-bot par la section du tendon d'Achille. C'est lui qui, le premier vulgarisa en France cette opération proposée par Tillenius, Michaelis de Marbourg, Sartorius, Stromeyer et Delpech. Ses succès furent éclatants; luimême en annonce 350 pour l'année 1859, 1000 pour l'année 1845. Il a réalisé aussi, dans le domaine orthopédiijue, des perfectionnements importants. On peut citer notamment les fausses ankyloses angulaires, soit du genou ou des autres articulations ; le torticolis ancien, où la section des tendons se combine si heureusement avec l'action des machines, la luxation du fémur, la coxalgie et les courbures de la colonne vertébrale, etc.
DUVAL-JOUVE (Joseph). Naturaliste français du plus grand mérite, né à Boissy-Lamberville (Eure), le 7 août 1810. Il fit ses humanités à Bernay et à Arles, puis, en novembre 1829, fut nommé régent de la classe de quatrième au Collège de Marseille ; mais il n'accepta pas ce poste et fut envoyé à Castellane, oiî il put plus librement se livrer à son goût pour les sciences naturelles. Du reste, il rencontra là Emeric, naturaliste distingué, qui le poussa à s'occuper de l'élude géologique et paléontologique de la région. Il en résulta, en 1841, un travail sur les bélemnites qui eût fait honneur aux maîtres de la science.
Mais, dès 1852, il dut quitter Castellane et son ami Émeric pour occuper la chaire de rhétorique à Grasse. Là, la botanique devint son occupation fiivorite ; l'Esterel et ses gorges et le plateau de Gaussols lui fournissaient des récoltes merveilleuses. En 1853, il fut chargé en outre de l'enseignement de la philosophie, qui convenait beaucoup mieux à la nature de son esprit que celui des belles-lettres; en 1836, il se fit recevoir licencié es lettres à Toulouse. En 1852, il devint inspecteur d'Académie à Alger, et peu après fut chargé des mêmes fonctions à l'Académie de Strasbourg. Là il se lia avec Schimper, Kirschleger, Billot, Buchinger, et entretint une correspondance régulière avec Grenier et Godron, avec Durieu de Maisonneuve. C'est pendant son séjour à Strasbourg qu'il élabora son beau travail sur les Équisétacées.
En 1868, Duval-Jouve fut nommé à Montpellier; il obtint sa retraite en 1877. Le 25 mars 1878, l'Académie des sciences le nomma, presque à l'unanimité, correspondant pour la section de botanique. Il s'occupa, dans les dernières années de sa vie, de questions historiques. Une apoplexie cérébrale vint le
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frapper le 23 février 1881 , au lendemain même du jour oiî paraissait le second volume de son Histoire de Montpellier pendant la Révolution. 11 mourut le 25 août 1885.
Dans les éludes philosophiques, Dnval-Jouve fut remarquable; la morale et la logique curent pour lui un attrait tout particulier. Le Traité de logique qu'il publia en 1855 est l'un des ouvrages de philosophie les mieux faits. « 11 développe, dans un style simple et clair, dit Flahaut, les procédés par lesquels on s'élève de la simple constatation des phénomènes et des fiùts à la certitude scientifique, à la perception des lois et des principes. Les belles pages dans lesquelles il expose les principes de l'induction, les procédés d'analyse et de synthèse, d'observation et d'expérimentation, les limites où la comparaison des faits est possible, peuvent être considérées comme l'exposé le plus net de la méthode scientifique. Cette méthode, dont il ne s'est jamais départi, donne à toute son œuvre un remarquable caractère de contimiilé et d'unité. »
Duval-Jouve appliqua ces principes de logique qu'il connaissait si bien à ses études botaniques. Aiusi, de 1856 à 1862, il appelle l'attention sur « l'importance des caractères tirés de la constitution intime pour l'établissement des rapports généraux et pour la distinction légitime de l'espèce » et formule sans ambiguïté cette double conclusion : « 1° Si deux espèces sont vraiment des types bien distincts, aux différences saillantes de leur ensemble extérieur correspondent des différences réelles dans les détails de leur organisation intime; 2" si dans l'ensemble de leur aspect et dans leur constitution intime deux espèces sont identiques et que leurs différences ne soient qu'à la surface et ne consistent qu'en des modifications d'organes secondaires, en développements ou arrêts d'une ou de plusieurs parties de ces organes, il n'y a dans cette identité d'ensemble et de constitution, et malgré cette différence dans quelques détails éloignés, qu'un seul et même type modifié par des circonstances extérieures, quelquefois appréciables, souvent encore inconnues. »
Ce même esprit éminemment logique se retrouve dans la monographie des Equisetum de France, genre où presque tout était encore à découvrir, particulièrement la germination. Dans le nombre vraiment considérable de mémoires qu'il a publiés dans des recueils variés de 1855 à 1880, l'idée fondamentale est toujours la même. 11 crut devoir synthétiser ses œuvres éparses et le fit avec succès dans un mémoire publié en 1870 : Des comparaisons lùslotaxiques , etc. « Ce travail est bien plutôt un chapitre de logique qu'un mémoire botanique. Les plantes n'y sont qu'un prétexte; le fond de cette étude, c'est la méthode scientifique... Il y développe cette idée génératrice de son œuvre, que, si les caractères superficiels ne suffisent pas pour établir sur des bases solides les rapports des êtres entre eux, il faut chercher dans l'organisation intime le critérium de la valeur spécifique des formes. »
Duval-Jouve a laissé deux fils: l'aîné exerce avec distinction à Arles ; le second est M. Mathias Duval, le savant professeur agrégé de la Faculté de médecine de Paris.
Pour l'énumération des nombreux travaux de Duval-Jouve, nous renvoyons à une Notice publiée par M. Ch. Flahaut dans le Bulletin de la Société botanique de France, t. XXXI, séance du 18 avril 1884. Nous nous bornerons à citer :
Béletnnites des terrains crétacés inférieurs aux environs de Castellane [Basses-Alpes).