‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.30Chapitre 15 sur 119 · DOCTRINE · texte numérisé non relu

DOCTRINE

de conscience. La doctrine de Tunité des forces physiques toutes réductibles au mouvement est un exemple du premier cas; celle du libre arbitre un exemple du second. Dans l'ordre purement logique, diverses doctrines ont été émises sur la nature et la valeur des procédés dont l'esprit se sert pour rechercher la vérité ou pour l'affirmer : sur la nature de la proposition, sur la valeur de l'induction ou delà déduction, sur la distinction du genre et de l'espèce, etc. Il n'est même pas nécessaire qu'une doctrine procède directement de l'hypothèse ou de l'observation; il suffit d'une conception de l'esprit, qui pourra être occasionnellement suggérée par des événements quelconques ; qui ne sera pas la conséquence logique de ces événements, mais bien une simple opinion personnelle sur un ensemble de questions. La politique, où les impressions jouent un plus grand rôle que le raisonnement ou l'expérience, est pleine de ces doctrines (qu'on appelle libérales, conservatrices, socialistes, panslavistes, de Monroë, etc.); et chacun de nous, dans ces actes comme dans ses pensées, obéit tous les jours à des doctrines personnelles dont l'irréflexion l'empêche de se rendre compte.

Entre la doctrine d'une part et, d'autre part, la théorie et le système, il existe des différences que l'usage ne respecte pas toujours et qu'il est bon de rappeler, car la première qualité à exiger de toute science est la clarté dans la terminologie.

Si la doctrine est une affirmation de principes, la théorie est une explication des faits. Il peut y avoir des doctiines sans théorie ; il n'y a pas de théorie sans doctrine. Un des exemples cités tout à l'heure aidera à comprendre cette différence. « L'univers est composé d'atomes ». Voilà une aftlrmation doctrinale: c'est la doctrine atomislique. « Les combinaisons chimiques en proportions définies sont expliquées par la constitution atomique des corps, et les proportions représentent les poids relatifs des particules intégrantes et irréductibles de la matière. » Yoilà une théorie : la théorie atomique. De même, on énonce une doctrine quand on dit que l'acte de l'hématose est une opération chimique, et une théorie quand on montre comment l'oxygène de l'air se met en contact avec le sang et y devient l'agent d'une combustion.

Quant au système, il consiste dans une disposition méthodique d'idées ou de raisonnements, enchaînés les uns aux autres et constituant un tout qu'on ne peut rompre en un point sans ruiner la construction tout entière. Le système ne doit pas être identifié avec la doctrine, puisque celle-ci, nous l'avons dit, peut se réduire à une simple croyance ; mais un système scientifique, comme une théorie, suppose une doctrine et n'est même que l'arrangement scientifique des éléments d'une doctrine. En astronomie, l'hypothèse de l'attraction est le principe doctrinal sur lequel repose le système par lequel on rend compte du mouvement des astres. Le principe de la doctrine de Brown est que toutes les maladies sont causées par l'asthénie; celui de Broussais, qu'elles sont dues à l'irritation ; chacun d'eux applique systématiquement son principe à toutes les parties de la pathologie. On comprend ainsi que, dans beaucoup de cas, le choix entre les mots doctrine et système soit à peu près indifférent ; qu'Alibert ait écrit un livre sur la valeur des systèmes dans l'étude des sciences, et Broussais un autre sur l'examen Aes doctrines. Pourtant il est à remarquer que la distinction établie ci- dessus n'a pas échappé au fameux réformateur, car le titre entier du plus célèbre de ses ouvrages est ainsi libellé ; Examen des doctrines médicales et des systèmes de nosologie.

HO DOD.

Dans l'article consacré à l'histoire de la médecine {voy. Médecine [Histoire]), toutes les doctrines, tous les systèmes de médecine ont été passés en revue. Nous n'avons pas à y revenir. Quelques mots seulement touchant l'influence qu'elles ont pu exercer sur les destinées de la science médicale.

Comme on est porté à juger de la valeur intellectuelle ou des caractères des gens surtout par leurs défauts, il est assez d'usage de maltraiter les systèmes, et c'est un grand reproche contre le médecin que de le traiter d'esprit systématique. Avec ce genre d'esprit en effet, qui marche pour ainsi dire à travers la réalité sans la regarder, n'ayant jamais devant les yeux que l'idée dont il est obsédé, on a grande chance, sur le terrain scientifique, de commettre des erreurs, et, sur le terrain pratique, de compromettre la vie des malades. Mais ces graves inconvénients ne viennent pas toujours d'une fausseté radicale des principes auxquels on s'est conformé; ils sont souvent imputables à des ap[)lications intempestives, excessives, d'un principe juste, tiré lui même d'observations exactes. Tout critique attentif et dégagé de prévention recoimaîtraque, si le vitalisme, dans ses grands écarts, est allé jusqu'à subordonner tous les phénomènes de la vie physiologique et de la vie pathologique à l'influence de principes hypothétiques, d'agents internes, distincts de la matière, supérieurs à elle et lui donnant ses ordres, il a contribué dans une très-grande mesure à mettre en évidence certaines lois fondamentales de la vie elle-même et à sauver l'autonomie de l'être animé, — et que, par contre, l'organicisme, s'il oublie trop que cet être doué de vie, de quelque manière qu'il dure et se renouvelle, par quelque mécanisme que s'opère et s'entretienne son harmonie fonctionnelle, tire de son origine même, de sa composition primitive et traditionnelle et des énergies qui y sont inhérentes, un caractère spécial, unique, qui domine la physiologie et pins encore la pathologie ; s'il ne comprend pas que les conditions de formation de l'organisme, les conditions de son accroissement, de son arrêt, de son déclin, de ses attributs morphologiques, etc., sont prédéterminées et conséquemment imposées, quoique inconnues, à tous nos moyens d'investigation, — l'organicisme, disons-nous, n'en a pas moins ouvert à la science une ère léconde de progrès et de découvertes. Et si nous prenions des doctrines moins vastes, celle, par exemple, de la fermentation dans les maladies, ou celle des humeurs peccantes, combien il serait facile aujourd'hui de démontrer qu'elles répondent à des faits réels, d'une importance considérable et dont retentit toute la pathologie moderne. .Microbes ou microzymas prétendent également au rôle de ferments, et la dépuration de l'organisme est maintenant une des grandes préoccupations de la thérapeutique {voy. Dépuration).

Ces considérations nous paraissent suffire à un article qui ne se proposait d'autre but que de donner une idée générale de la doctrine en science médicale {voy. l'article Méthode). D.

DOD (Peirce;. Médecin anglais du commencement du dix-huitième siècle. Reçu docteur en 1714, il devint felloiu du Collège royal de médecine de Londres en 1720 et lut cette même année la leçon goulstonienne, puis en 1729 la leçon harvéyenne. En 1725, il fut élu médecin de l'hôpital Saint-Barthélémy et conserva ces fonctions jusqu'à sa mort arrivée le 18 août 1754.

Dod était opposé à l'inoculation variolique; en 1746 il publia un opuscule intitulé : Several Cases in Physic, Small-pox and Fever, où il chercha à discréditer cette pratique. Kirkpatrick, Darrowby et l'un des Schomberg, lui

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répondirent d'une manière très-satirique et le tournèrent en ridicule. Nous ne connaissons pas d'autre production de Dod. L. En.

DODART (DEffis). Célèbre médecin français. Il naquit en 1634, de Denis Dodart, bourgeois de Paris, et de Marie Dubois. Le goût qu'il manifesta dès l'enfance pour les sciences et les arts détermina son père à faire soigner son éducation, et le jeune Dodart, en s'adonnanl à l'étude du grec ot du latin, s'appliquait dans ses moments de loisir au dessin, à la musique, aux instruments, et réussit à tout. Il parut avec éclat dans tous les cours de sa licence, et fut reçu bachelier le l^"" avril 1658, puis docteur le 13 octobre 1660. Guy Patin en parle avec éloge : « Ce jeune liomme est un prodige de sagesse et de science, monstrum sine vilio. Ce garçon incomparable n'a que vingt-six ans, il a eu le second lieu de sa licence, nembie contradicente ». Peu de temps après, écrit Andry, auquel nous empnmtons ces détails, le comte de Brienne, secrétaire d'État au département des affaires étrangères, lui offrit une place principale dans ses bureaux. Dodart, quoique sans fortune, refusa ce riche établissement, il l'eût distrait de sa passion pour la médecine et les lettres, auxquelles il s'était entièrement voué. En 1666, la Faculté le nomma professeur de pharmacie. Ses talents ne tardèrent pas à le faire connaître, et la princesse Anne-Geneviève de Bourbon, duchesse de Longueville, se l'atlacha comme médecin. 11 en fut de même de Anne-Marie Martinozzi, veuve d'Armand de Bourbon, prince de Conti. Nommé ensuite conseiller-médecin du roi, il fut reçu à l'Académie des sciences comme botaniste en 1673; son ardeur à étudier l'iiistoire des piaules lui fournit le sujet de plusieurs mémoires. II étudia pendant trente-trois ans la transpiration insensible d'après les expériences de Sanctorius. Ces expériences que Dodart vérifia et réitéra à Paris furent renouvelées en Angleterre par Keil ; en Hollande par Gésier, et par Linnings dans la Caroline méridionale.

Denis Dodart, qui avait épousé Marie-Lucienne Le Picard, et qui a laissé plusieurs enfants, entre autres Claude-Jean-Baptiste Dodart, qui fut également médecin de la Faculté de Paris, est mort d'une fluxion de poitrine, le 5 novembre 1707, et fut inhumé dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois. Il était â-^é de soixante-treize ans. Le titre principal de Dodart au souvenir de la postérité, c'est le rôle considérable qu'il a joué dans la publication, faite sous les auspices de l'Académie, de VHistoire des plantes, histoire à laquelle ont travaillé Du Clos, Borel, Perrault, G;ilois, Mariotte,Bourdelin, Marchand. L'ouvrage, qui fut public en 1676, sous la forme d'un grand in-folio, et qui porte ce tilre : Mémoires pour servir à Vhistoire des plantes, dressés par M. Dodart (Impr. royale), peut passer pour un chef-d'œuvre, non-seulement par les ingénieuses recherches qui y sont consignées, mais encore par les 39 et magnifiques planches, gravées sur acier par M. Robert, qui l'enrichissent. Fontenelle porte ce jugement sur la préface de cet ouvrage : « On peut prendre la préface que nous venons de citer pour un modèle d'une théorie embrassée dans toute son étendue suivie jusque dans ses moindres dépendances, très-finement discutée, est assaisonnée de la plus aimable modestie ». Il y a de ce livre une seconde édition, en un volume in-S", mais sans les planches (Paris, Imp. royale, 1779).

Dodart s'est encore fait connaître par divers mémoires publiés soit dans le Journal des Savants, soit dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Voici les titres des principaux :

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I. Lettre contenant la description d'une plante nouvelle trouvée entre Vécorce et le bois du tronc d'un charme mort depuis longtemps. In Journ. des Savants, p. 277, 1675. — II. Lettre contenant des choses foi't remarquables touchant quelques grains. Ibid., p. G9,

1676. Il s'agit de l'ergot de seigle. — III. Re'flexions sur un mangeur de feu. Ibid., p. 178,

1677. — IV. Description d'une plante nommée par les Latins Tanaceta. In Me'm. de l'Acad. d. se, 1693. — V. Mémoire sur le parallélisme de la touffe des arbres avec le sol de la terre qu'elles ombragent. Ibid., 1699. — YI. dissertation sur la végétation des plantes. Ibid., 1700. — VII. Observations sur le sel volatil qui se tire par la distillation soit des plantes, soit des animaux. Ibid., 1703. — VIII. Observations sur les ruches pétrifiées. Ibid., 1705. — IX. Métnoire sur les causes de la voix de l'homme. Ibid., 1706.

Enfin Dodart avait composé divers traités sur la saignée, sur le régime des Anciens et sur leurs boissons, qui n'ont point été imprimés. Il avait aussi rédigé des notes touchant les médecins de Paris; mais ses papiers, signalés par Chomel, ont été égarés en 1762, et n'ont point été retrouvés. Quant h ses recherches sur la transpiration insensible, on les trouvera dans l'ouvrage que Noguez a publié en 1725, in-12, sous le titre de Statica medica Gallica.

DODOENS OF DOODEZOOIV (Bembert). De son nom latinisé Dodonaeus, d'où DoDONÉE. Médecin et botaniste hollandais, né à Malines, près d'Anvers, le 29 juin 1518. 11 étudia la médecine à Louvain sous la direction de Jean Heems d'Armentières et Paul Roels de Teuremonde. Il prit le grade de licencié le 10 septembre 1535, puis visita, dit-on, plusieurs universités de France, d'Allemagne et d'Italie. 11 se trouvait à Bàle en 1546 ; c'est du moins là qu'il publia son premier ouvrage. 11 paraît être revenu à Malines la même année. Il fit un voyage en Italie vers 1570, puis revint en Allemagne pour remplacer, comme médecin de l'empereur Maximilien II, Nicolas Biesius, mort le 10 avril 1572. A la mort de ce prince, en 1576, il remplit les mêmes fonctions auprès de son fils Rodolphe 11, qui, comme son père, l'honora du titre de conseiller aulique. Une polémique qu'il eut avec Jean Graton de Crafftheim et le danger qu'il courait de perdre ses propriétés à Malines, au moment où éclatèrent les troubles des Pays-Bas, le déterminèrent à demander son congé à l'empereur. Mais la guerre civile, qui dévastait les Pays-Bas, l'obligea à s'arrêter à Cologne, où il se fixa et jouit d'une grande réputation. En 1580, il passa à Anvers, puis accepta la chaire de médecine à l'université de Leyde et consacra à l'enseignement les deux dernières années de sa vie. Il termina sa carrière à Leyde le 10 mars 1585.

Dodoens a été l'un des premiers praticiens qui aient fliit de la thérapeutique rationnelle. Il doit en outre être considéré comme l'un des épidémiographes les plus distingués du seizième siècle et l'un des fondateurs de l'anatomie pathologique. Mais, outre ses connaissances médicales, il était très-versé dans les lettres, la linguistique, les mathématiques, et particulièrement dans la botanique. Ses principaux ouvrages sont consacrés à cette dernière science. Les descriptions qu'il donne des plantes sont généralement exactes, mais ses essais de classification n'offrent rien de scientifique ; il divise les végétaux d'après leurs propriétés médicinales ou leurs usages plutôt que suivant des principes rationnels. Quoi qu'il en soit, Dodoens peut être considéré comme le fondateur de l'horticulture en Hollande. Plumier a consacré à sa mémoire un genre de plantes, Dodonaea, de la famille des Térébinthacées. Nous connaissons de Dodoens ;

I. Cosmographtca in astronomiam et geographiam isagoge. Antverpiae, 1548, in-12. — II. De fragum historia, liber unus ejusdem epistolae medicae una de Farre, Chondro,

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Trago, Ftisana, Crimno et Alica; altéra, de Zytho et Cerevisia. Antverpiae, 1552, in-S». — m. Gruydt-Boeck, etc. Anvers, 1553. — lY. Irium priorum de slirpium historia commentariorum imagines ad vivum expressae; una cum indicibus graeca, latlna, officinaruni Germanica, Brabaniica, Gallicaque nomina complectentibus. Antverpiae, 1553, 1559, in-8°. — V. Posteriorum irium de stirpium historia commentariorum imagines, etc. Anlverpiae, 1554, in-S"; ibid., 1559, in-8». — YI. Frumenlorum, leguminum, palustrium et aquatilium herbarum, ac eorum quae eo pertinent, historia. Antverpiae, 1500, 1509, iu-S". — VII. Flurum et coronariarum odoratarumque nonnuUarum herbarum, ac eorum quae eo pertinent historia. Antverpiae, 1568, 1569, in-S" (108 planches très-belles). — VIII. Piirgantium aliorumqne eo facientium, tuni et radicum, convolvulorum ac deletariarum herbarum histortae libri quatuor. Antverpiae, 1574, in-8». — IX. Appendix variarum, et quidem rarissimarum nonnuUarum stirpium ac florum quorundam peregrinorum elegantissimorumque, et icônes, etc. Antverpiae, 1574, in-8°. — X. Historia vitis vinique et stirpium nonnuUarum aliarum. Hem medicinalium observationum exempta. Coloniae Agrip., 1580, in-8°; Lugduni,

1583, in-12. — XI. ApoUonii Menabeni Iraclatus de magno animali quod Alcen nonnulli vocant, Germani Elendt, etc. Coloniae, 1581, in-8°. — XII. Medicinalium observationum exempta rara, cum scholiis. Coloniae, 1581, in-8°; Antvei^piae, 1585, in-8">; Harderovici.

1584, 1021, in-S», — XIII. Physiologices, medicinae partis, tabulae expeditae. Antverpiae, 1581, 1585, in-8°. — XIV. Stirpium historiae pemptades sex, sive libri triginta. Antverpiae, 1583, in-fol., fig. ; ibid., 1612, 1616, in-fol.; en flamand, ibid., 1618, in-fol. ; en boUand. par J. van Ravelinghen, ibid., 1644, in-fol. — XV. Consilia medica, dans le Recueil de Scholz. Francfort, 1598, in-fol. — XVI. Praxis medica, Ainstelodami, 1016, 1640, in-8°.

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