DOUC
revint à Paris faire sa philosopliie et étudier la médecine. On le trouve assis sur les bancs de l'ancienne Faculté de médecine de Paris, en 1774; il obtint le bonnet doctoral, le 15 septembre 1778, après avoir soutenu cette thèse : An paralyticis eleciricitas? Trois ans après, le jeune docteur était médecin de l'hôpital Necker, puis, en 1780, médecin de l'hospice de Vaugirard, enfin, médecin à l'hôpital des Vénériens. Pieçu, ensuite, sous-inspecteur des hôpitaux civils de France, il fut choisi en 1794 pour professer la pathologie interne à l'École de santé. Mais il n'y fit qu'un seul cours ; une fièvre ataxique cérébrale le saisit, et à quarante-trois ans il mourut à Paris, rue du Four-Saint- Germain, le 18 prairial an III (6 juin 1795). Doublet, qui avait épousé Marie Lesueur, a laissé les ouvrages suivants :
I. Mémoire sur les symptômes et le traitement de la maladie vénérienne dans les enfants nauveau-nés. Paris, 1781, iii-12. — II. Hospice de la Charité, année 1788. Extr. du Journ. de médecine, cah. de fihrier 1790, in-S». — III. Nouvelles recherches sur la fièvre puerpérale. Paris, 1791, in-H". —IV. Remarques sur la fièvre puerpérale. Paris, 1783, in-S». — V. Mémoire sur la nécessité d'établir une réforme dans les prisons, et sur les moyens de V opérer. Paris, 1791, in-S». — VI. Instruction sur la manière de gouverner les insensés, et de travailler à leur guérison, dans les asylcs qui leur sont destinés. Paris, 1785, in-4"' (en collaboration avec Colombier). — VII. Observations faites dans le département des hôpitaux civils. Paris, 1785-1788, 4 vol. in-8°. — VIII. Articles de \ Encyclopédie méthodique : Am, Maladies DES ARMÉES, Caractères DU MÉDECIN, IIédecine clinique, Conseils, Consultations, Maladies DES enfants. Expériences, etc. A. C.
DOUC. Le Doue {Semnopithecus nemœus F. Cuv.) est un Singe de l'indo- Chine extrêmement remarquable par la richesse et l'harmonie des teintes de son pelage. Il a la tête globuleuse, couverte sur le sommet et en arrière de poils d'un gris cendré, le haut du front orné d'un diadème de poils rudes, les uns d'un brun pourpré, les autres d'un noir profond, la face dénudée, couleur de chair, parsemée de quelques poils noirs, le nez camus, les yeux grands cerclés de noir, le menton fuyant, le museau court avec la lèvre supérieure renflée ou plutôt tuméfiée. Ses joues sont encadrées d'une longue barbe blanche qui couvre aussi la mâchoire inférieure en retombant sur une collerette brune ; sa gorge est d'un blanc pur, son corps d'un gris cendré ou d'un gris de fer, tirant au jaunâtre sur la poitrine et sur le ventre; sa queue grêle et plus courte que le corps est également de couleur grise et marquée à sa naissance d'un triangle blanc, bordé de brun marron ; enfin ses membres offrent plusieurs nuances, ceux de devant étant gris à la base, noirs dans la région de l'avant bras et sur la main, tandis que ceux de derrière sont variés de bleu noirâtre sur la cuisse, de rouge sombre sur la jambe et de noir sur le pied.
Les caractères anatomiques et les mœurs du Semnopithecus nemœus sont les mêmes que ceux des autres Semnopithèques {voy. ce mot). Lorsque la corvette Ja Favorite relâcha dans la baie de Tourane (Annam), il y a plus de quarante ans, M. Eydoux, chirurgien et naturaliste de l'expédition, observa dans les forêts voisines de la côte un grand nombre de Singes de cette espèce, qui d'abord se laissèrent approcher sans défiance, mais qui, aux premiers coups de fusil, prirent la fuite avec une grande rapidité.
C'est à tort que l'on a pendant quelque temps considéré le Semnopithèque doue comme privé de callosités, et que certains auteurs, s'appuyant sur l'autorité de Flaccourt, ont considéré ce Singe comme originaire du Madagascar.
E. Of/'STALET.
Bibliographie. — F. Eydoix et P. Gervais. Voyage autour du monde de la corvette la ce Favo-
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rite J, t. V. Jlisl. nat. ZooL, 1859, p. 4. — P. Gervais. Hist. nat. des Mammifères, t. I, 1854, p. 58 et pi. 3. — Schlegel. Muséum d'hist. nat. des Pays-Bas, Siyniœ, 1876, p. 64. — Trouessart. Catalogue des Mammifères vivants et fossiles. In Rev. et Mag. de Zool., 1879, Simiœ, p. 15, n° 60. E. 0.
DOilCE-AMÈRE. § I. Botanique. Nom donné au Soîcinum Dulcamara L. [voy. Morelle). Pl.
g IL Emploi médical. I. ACTION PHYSIOLOGIQUE. Les feuilles et les fruits de la douce-amêre ont une faible énergie; ce sont les tiges qui paraissent douées de la plus grande activité.
Ces tiges ont été analysées par Pfaff, qui y a trouvé les substances suivantes : un extractif amer-doux (picroglycion), un extractif gommeux, du gluten, de la cire verte, une résine contenant de l'acide benzoique, de l'amidon, de la cellulose, des sels, etc. Desfosses y a découvert en outre la solanine.
Le picroglycion ou dulcamarin est une substance cristalline à saveur amère d'abord, sucrée ensuite; ce goût particulier est dû sans doute à ce que ce principe est un glycoside que le ferment salivaire transforme en partie en glycose.
La solanine est un véritable alcaloïde cristallisant en aiguilles soyeuses, à peine soluble dans l'eau et l'éther et formant des sels définis {voy, les mots Morelle et Solanine). D'après Caylus (de Leipzig), c'est à cette base organique que la douce-amère serait redevable de ses propriétés physiologiques. De tous les sels de solanine, l'acétate est le seul dont on ait essayé l'action sur l'homme.
Les effets de la douce-amère se font remarquer surtout sur le tube digestit d'abord et ensuite sur le système nerveux; son action sur les autres organes est probablement secondaire.
Elle produit d'abord dans la bouche cette double sensation gustative qui lui a valu son nom. La plupart des auteurs sont d'accord pour constater ensuite une irritation plus ou moins vive de l'appareil de la digestion; Caylus dit seul que la douce-amère et son alcaloïde n'ont aucune action sur l'estomac et sur l'intestin.
Linné montre que cette plante produit des envies de vomir. D'après les expériences de Desfosses, la solanine, à la dose de 10, 20 et 40 centigrammes, amène chez les chiens et les chats des vomissements bientôt suivis de somnolence; un quart de grain d'acétate de solanine a donné de fortes nausées à l'expétimentateur lui-même. Ses effets rappelleraient donc un peu ceux de l'opium; comme le suc du pavot, la solanine peut déterminer le vomissement et le sommeil; mais ses propriétés vomitives sont plus développées que celles de l'opium, . tandis que ses propriétés narcotiques le sont moins.
Les auteurs sont loin d'être d'accord sur les effets de la douce-amère à haute dose. Pour les uns elle est inoffensive, pour les autres elle est toxique.
Ainsi Guersent a pris 16 grammes d'extrait sans en ressentir le moindre accident. Dunal a fait ingérer à deux chiens 30 grammes, puis une autre fois 60 grammes, sans produire le moindre effet nuisible. A des cobayes et à des chiens de taille moyenne, il a donné de 30 à 150 baies de douce-amère sans qu'il soit arrivé d'accident.
D'un autre côté, Floyer assure que 50 de ces fruits ont suffi pour faire périr un chien en trois heures; en outre, deux cas d'empoisonnement par la douceamère ont été publiés il y a quelques années, l'un par la Revue médico-chirur-
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gicale, l'autre par la Gazette des hôpitaux; enfin les expériences de Moitessier et celles de Caylus mettent hors de doute la toxicité du Solanmn dulcamara et de son alcaloïde. Bien plus, dans quelques cas les émanations seules de la plante ont pu être nuisibles ; on cite des exemples de personnes qui ont éprouvé des accidents pour avoir habité des chambres où se trouvait une grande quantité de douce-amère en dessiccation, et Chevalier raconte qu'un jeune liomme eut du narcotisme après avoir transporté sur sa tête un paquet de cette plante.
Je pense que ces divergences s'expliquent par la différence d'activité de la douce-amère suivant les parties employées, l'époque de la récolte, le lieu oiî la plante a été recueillie et la disposition particulière des individus qui ont été soumis à son influence.
Voici les phénomènes qui accompagnent l'intoxication par la douce-amère. Du côté du tube digestif, on observe des nausées, des vomissements, des évacuations alvines, de l'ardeur à la gorge; le système nerveux présente de l'anxiété, de l'agitation, des crampes, de légers mouvements convulsifs aux mains, aux paupières, aux lèvres, de l'embarras de la langue, des démangeaisons et des éruptions à la peau et quelquefois du prurit des organes génitaux, en même temps que de la lourdeur de tête, de la céphalalgie, de l'insomnie, du vertige, de l'ivresse, du délire et de la nymphomanie. Les auteurs parlent de polyurie et de sueurs abondantes, mais les lois de la physiologie ne permettent guère à ces deux symptômes d'exister simultanément; il est probable qu'ils se présentent ici l'un après l'autre; et de fait, à la dernière période, on constate une suppression et une rétention d'urine.
D'après ces symptômes, on peut avec raison ranger la douce-amère parmi les narcotico-àcres. On remarquera la ressemblance de cette intoxication avec celle des principales solanées vireuses, belladone, datura, jusquiame; mais la douceamère est beaucoup moins active ; elle se distingue en outre de ces plantes voisines par l'absence de dilatation de la pupille et du paralysie des sphincteis.
Caylus explique les effets de la douce-amère et de la solanine par une action paralysante sur la moelle allongée et une action excitante sur les nerfs. La mort a lieu par paralysie du bulbe et par là des muscles respirateurs, d'une façon analogue à celle de la conicine et de la nicotine. Toutefois, notre solanée se distingue essentiellement de ces substances en ce qu'elle augmente la sensibilité des nerfs cutanés et que son action irritante sur le tube digestif est moins violente.
II. Usages thérapeutiques. L'emploi de la douce-amère en thérapeutique remonte aux temps les plus éloignés ; déjà Dioscoride la recommandait contre les hydropisies. On ne l'employait jadis qu'à l'extérieur; Boerhaave et ses élèves la mirent plus particulièrement en vogue et la conseillèrent à l'intérieur. Linné, Sauvages, Carrère, Razoux, puis Bretonneau, Caylus, etc., en firent le plus grand éloge.
Rien de plus contradictoire, rien de moins positif que les opinions des auteurs sur les vertus médicales de cette plante. Il est arrivé dans l'histoire de ce médicament ce que l'on peut constater pour beaucoup d'autres, c'est que ses partisans ont trop vanté ses propriétés, et qu'il en est résulté que d'autres expérimentateurs espérant des effets extraordinaires ont éprouvé de vives déceptions et l'ont abandonné. Si les louanges qu'on en a faites ont été exagérées, il mérite néanmoins d'occuper une place honorable dans la matière médicale.
AU DOUCE-AMÈUE (emploi médicai,).
Ainsi on peut l'employer avec avantage comme anodin, antispasmodique, et contre les maladies de la peau, ainsi que dans certaines affections générales.
Il est probable que c'est par son action anodine et stupéfiante qu'il faut expliquer les bons effets de la décoction de ce bois contre le rhumatisme. Linné et Carrcre s'en louent dans cette affection, où elle provoque, disent-ils, des sueurs abondantes; mais cette diaphorèse est plutôt, sans doute, sous la déiiendance de la maladie que du médicament. Cullen avoue que, si elle a paru quelquefois utile, elle n'a produit aucun résultat dans le plus grand nombre des circonstances. Carrère l'indique aussi comme avantageuse dans la goutte dont elle calme les douleurs violentes.
La douce-amère produit une action bienfaisante dans les spasmes et certaines névroses : ainsi Hufeland cite quatre cas de succès dans la coqueluche; on l'a employée dans les convulsions, l'asthme, la toux spasmodique et nerveuse, et dans certaines dysménorrhées.
Boerhaave la préconisait au début de la phthisie pulmonaire, et même dans la pleurésie et la pneumonie; Guersent bornait son efficacité aux catarrhes chroniques apyrétiques. Cette substance agit probablement en soulageant les accidents nerveux et spasmodiques qui accompagnent quelquefois les lésions de l'appareil respiratoire.
Son influence contre les dermatoses paraît indiscutable, ainsi que ses effets physiologiques pouvaient le faire soupçonner. Déjà du temps de Matthiole les dames de Toscane se servaient du suc des baies de douce-amère pour effacer les taches de la peau; cet usage remontait à Dioscoride. Le succès contre les maladies cutanées n'est pas douteux entre les mains de Razoux, Wauters, Cazin, elc. Ils ont réussi contre les teignes, les dartres, les éruptions scrofuleuses des enfants et même contre les affections internes provenant de la répercussion de ces exanthèmes, asthme, névroses, hydropisies, ophlhalmies, etc. Fages associait à la douce-amère une certaine quantité de tartre stibié. Gardner constate avec raison que son indication se présente surtout lorsque les dermatoses s'accompagnent d'une vive irritation, spécialement dans l'ichthyose, le prurigo et le psoriasis. Crichton l'a même préconisée contre la lèpre.
Linné le premier, puis Carrère, Razoux, Lagrénie et surtout Bretonneau, l'ont vivement recommandée contre la syphilis. Ce remède aurait le plus de succès dans les cas où le mercure aurait échoué. 11 est remarquable que les Cosaques du Jaik em[)loient également cette substance contre la même affection, au rapport de Gmelin. Bretonneau regardait la douce-amère comme un complément du traitement hydrargyrique et pouvant même remplacer entièrement celui-ci dans un grand nombre de cas. Frappé en effet des graves accidents qu'entraîne quelquefois l'administration prolongée de mercure, le médecin de Tours a voulu les faire disparaître en diminuant la durée de l'emploi de ce métal, et en le remplaçant par une prescription méthodique de la douceamère.
Dans les dermatoses, qu'elles soient d'origine syphilitique ou autre, nonseulement on a employé la substance à l'intérieur, mais encore on l'a recommandée à l'extérieur sous forme de bains faits avec la décoction des tiges.
Certaines affections générales ont été traitées par la douce-amère, par exemple, la scrofule, où son effet est loin d'être démontré. En revanche, Razoux et surtout Linné à l'hôpital de Stockholm l'ont trouvée très-utile contre le scorbut. Dans quelques engorgements glandulaires et viscéraux, sa prescription a été
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suivie de succès; Tragus en faisait boire une forte décoction dans Ticlère. Quelques auteurs l'ont regardée comme anthelminthiquc.
On a attribué ses effets contre certaines diatbèses, goutte, rhumatisme, syphilis, et contre quelques affections cutanées, à son action sudoiifique que les anciens auteurs dont j'ai cite les noms considéraient comme supérieure à celle de la salsepareille. Mais cette diaphorèse n'est pas parfaitement prouvée et Caylus explique l'influence de ce médicament dans les dyscrasies en ce qu'il augmente dans le sang les combustions nutritives dont les produits passent par l'excrétion urinaire.
Les contre-indications de ce médicament sont peu nombreuse?; cependant, comme il augmente l'activité rénale, il faudrait le donner avec précaution dans le cas d'inflammation des reins. On a dit aussi qu'il devait être évité dans les cas de phlegmasies gastro-intestinales, mais son action irritante sur le tube digestif n'est pas aussi considérable qu'on le croit et il peut être donné sans danger, ainsi que la solaiiine, dans les maladies de cet appareil.
Les feuilles de douce-amère ont été bien plus rarement employées que les tiges. Cependant Sebezius et Fuller les considéraient comme anodines et calmantes, comme celles de quelques autres solanées. On les appliquait sur la tête contre les céphalalgies, et pour combattre localement les douleurs des tumeurs des seins, des héinorrboïdes, des ulcères irrités, des érysipèles. Aujourd'hui cet usage est abandonné. On regarde en effet les feuilles et les fruits comme ayant une énergie bien moins considérable que les tiges de cette plante.
Ces dernières seules servent en médecine. Il faut cueillir de préférence celles de la deuxième année, les récolter en mai ou en juin et renouveler tous les ans sa provision. Il faut les choisir bien pleines de moelle et rejeter celles qui sont vides; on préfère la plante qui vient des provinces du Midi, qui croît dans les lieux élevés et incultes, à celle qui se trouve dans les endroits humides et qu'on cultive dans les jardins comme agrément; la première est en effet beaucoup plus active. On coupe les tiges par morceaux de 2 à 5 centimètres que l'on fend et que Ton dessèche avec soin pour les employer à mesure du besoin. Lorsque ces tiges sont fraîches, leur odeur est forte et vireuse. Dans le commerce on leur substitue parfois les tiges de clématite; il suffit de la plus légèie attention pour reconnaître la fraude.
Les préparations de douce-amère sont diverses. La poudre est assez rarement employée; on en prescrit de 1 à 8 grammes. On prépare la décoction en faisant d'abord infuser les tiges coupées par morceaux pendant plusieurs heures dans l'eau bouillante; ensuite on soumet le liquide à l'ébullition de façon à le réduire d'un tiers environ. Cette décoction peut être prise seule ou coupée avec du lait. L'infusion aqueuse n'est pas souvent employée. La dose de ces préparations par i'eau varie de 10 à 425 grammes de rameaux pour 1 litre. On fuit un sirop avec 2 parties de douce-amère pour 1 1 d'eau et 8 de sirop de sucre, qu'on donne à la dose de 30 à 100 grammes et plus en potion.
L'extrait aqueux de douce-amère a été fort employé; 20 centigrammes correspondent, suivant Carrère, à 30 grammes de tige. La dose est de Os^SO à 10 grammes et plus, progressivement. Mais la décoction de la tige récente est toujours plus efficace et on ne se sert plus guère aujourd'hui que de cette dernière. L'extrait obtenu par l'alcool, puis lavé par l'eau pour entraîner l'alcool, est préférable à l'extrait aqueux, car il contient moins de matières mucilagi-