‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.30Chapitre 61 sur 119 · DICT. E.NT.. AAA · texte numérisé non relu

DICT. E.NT.. AAA

douleurs qui n'existent pas, en fixent avec précision le siège et en décrivent même les épisodes imaginaires? D'autres individus les dissimulent par amourpropre ou, avec l'affectation bien différente d'un réel courage, refusent d'avouer les sensations pénibles qu'ils éprouvent. Le fanatisme et l'enthousiasme produisent les mêmes effets et provoquent les mêmes erreurs. On connaît la résistance des martyrs à la douleur et l'on admire la contention d'esprit qui la leur faisait braver.

Cependant, s'il faut se tenir en garde contre des erreurs qui proviennent de l'état psychique du malade, il est des cas où l'absence de douleur est réel ; les malades ne l'accusent pas parce qu'ils ne la perçoivent pas. L'abolition ou la diminution de la faculté de sentir la douleur est absolue chez quelques hystériques, dans le somnambulisme, dans certains cas de paralysie générale, d'aliénation mentale, et chez quelques individus idiots ou maniaques. Le système nerveux ne réagit plus à l'irritation douloureuse parce que les ganglions aux points d'application de l'excitant sont analgésies et que les activités perceptives correspondantes sont inhibées.

Il faut encore en chercher l'origine dans des troubles fonctionnels ou des lésions organiques des centres d'innervation et de perception, dans le délire, la folie, la catalepsie, l'extase, le somnambulisme; dans des myélites; dans les hémorrhagies, les compressions ou les ramollissements du cerveau ; dans l'action toxique ou suspensive de certains agents, éther, chloral, chloroforme, paralédéhyde, acétal, substances analgésiques et narcotiques, c'est-à-dire dans l'action des agents moditicateurs des éléments nerveux, modérateurs de l'activité circulatoire, ou promoteurs de l'arrêt des échanges sanguins, de même que dans les syncopes, les lipothymies, ou après les hémorrhagies abondantes.

Dans cette exploration et cette appréciation de la douleur, on tiendra compte de la sensibilité normalement obtuse de certains individus. Ne voit-on pas, en effet, des malades atteints de lésions viscérales graves et douloureuses n'accuser aucune souffrance, tandis que des individus nerveux et irritables perçoivent avec exagération les plus petites impressions ? D'autres, pusillanimes, les décrivent avec emphase ; les hypochondriaques exagèrent leurs tourments, quelques neurasthéniques en font un tableau passionné et parfois même trop émouvant pour être réel. Il y a donc lieu de peser attentivement le témoignage du malade, d'en mesurer la valeur et, pour se faire cliniquement une juste idée de l'étendue ou de l'intensité des sensations douloureuses accusées par chaque individu, de tenir compte du mode habituel de sa sensibilité.

Bien loin de se contenter du témoignage du malade, on a aura donc recours à l'exploration des organes ou des régions dans lesquels les sensations douloureuses sont accusées. La palpation méthodique de la région permet de trouver le foyer douloureux; le toucher joue conséquemment un rôle dans cette exploration : de là aussi pour le malade la difficulté de reconnaître le siège de certaines douleurs du dos.

Dans ces tentatives d'exploration on devra éviter les erreurs par des précautions suffisantes : on ne préviendra pas le malade des phénomènes qu'il peut éprouver. On le prendra au dépourvu pour éloigner toute simulation de sa part et on renouvellera les explorations un certain nombre de fois, en prenant soin de soustraire à ses yeux les manœuvres de recherches. C'est ainsi qu'on distinguera la douleur réelle de la douleur simulée, les sensations pénibles produites par un excitant physique ou morbide de l'hyperesthtsie, qu'on différen-

ciera les douleurs subjectives des douleurs objectives, les douleurs vagues et les douleurs puncliformes avec les foyers douloureux circonscrits. Enfin, on déterminera les variations d'intensité de la douleur par des excitations diverses, pression, torsion, pincement, piqûre, chatouillement, chaleur ou froid.

Celte exploration aura encore l'avantage de mettre en évidence les sensations pénibles ou désagréables qui, en vertu de l'aphorisme classique : Diiohus doloribus obortis, major obscurat altenim, passeraient inaperçues du malade ou ne seraient pas signalées par lui, à cause de leur coexistence avec des douleurs plus intenses.

Est-il besoin de le dire? Les autres modes d'expression de la douleur par la physionomie, la mimique et l'attitude des malades, n'ont qu'une valeur relative. On les interroge cependant chez le nouveau-né, chez les malades dans l'état d'adynamie ou de stupeur, chez des cérébraux et des aphasiques. Les plaintes, les mouvements musculaires de la face, les gestes, ou bien dans la première enfance le cri, les gémissements, les pleurs, donnent la notion de douleurs que les malades sont dans l'impossibilité d'exprimer autrement. Enfin la pliysionomie est modifiée et, si la douleur est de longue durée, cette altération du visage devient permanente. Les traits sont contractés, convulsés et bouleversés, les sourcils froncés et les lèvres serrées.

IjCs attitudes instinctives que provoque la douleur sont variables et en rapport avec le tempérament du malade. Les uns sont mornes, accroupis, arrêtent leur respiration ; d'autres sont immobiles et un troisième sera agité, se livrera à des mouvements violents, grincera des dents ou marchera avec vivacité.

En résumé, la douleur fournit des indications diagnostiques utiles pour la recherche des organes lésés; elle éveille l'attention du malade, attire celle du médecin sur l'existence d'affections peu étendues ou peu apparentes, telles que les phlébites localisées, les varices profondes, les viscéralgies sourdes, l'angioleucite, les lésions intlammatoires des os, le rhumatisme musculaire, etc., etc. Peu de malades en sont exempts et la plupart des affections aiguës ou chroniques révèlent par ce symptôme leur début, leur progrès, leur violence ou leur danger. Cette conclusion donne réponse à une question souvent discutée dans l'ancienne école : La douleur est-elle utile? Cette utilité n'est donc que relative et le devoir du médecin est de la soulager, d'autant plus que les effets en sont parfois redoutables et de grave pronostic.

Effets de la douleur. Les impressions douloureuses sont l'origine d'effets locaux ou généraux, passagers ou durables, bénins ou graves, et variables en étendue, en durée ou en intensité, avec la susceptibilité des tissus irrités, avec les conditions générales de l'individu qui perçoit le sentiment désagréable ou pénible et avec l'agent d'excitation. Le degré de résistance de la douleur dépend de ces facteurs très-divers, parmi lesquels l'âge, le sexe, la race, l'état de santé ou de maladie de l'individu, ont déjà été appréciés à propos de l'étiologie de la douleur.

A égalité de conditions locales ou générales, voici un fait d'observation : les effets de la douleur sont, par leur retentissement, leur intensité, en rapport généralement direct avec la durée et l'étendue de l'irritation. Une douleur de courte durée, à moins d'être excessive, produit rarement des troubles physiques permanents, et le retentissement local, en général, quand il existe, disparaît avec la cessation de l'irritation. Une douleur prolongée, quoique d'intensité modérée, produit des effets plus persistants et pourtant plus redoutables.

Il y a beau temps que ces retentissements de la douleur sont connus. Tissot les attribuait à la sympathie. Il écrivait naguère que, dans le phénomène de la douleur, la sympathie peut se manifester autrement que par une autre douleur. Cette sympathie peut consister dans des convulsions, une hypersécrétion, parfois même une perte du sentiment ou du mouvement. Toutes ces manifestations consistent, en un mot, dans des augmentations ou des diminutions d'activités, puisqu'elles se traduisent immédiatement par des perturbations fonctionnelles et tardivement par des altérations anatomiques des tissus, des suspensions ou des mises en jeu d'activité, des troubles nerveux et psychiques, circulatoires et sécrétoires, et finalement par des lésions de nutrition. De ces effets, les uns sont locaux ou de voisinage, les autres généraux ou à distance.

Les effets locaux ou de voisinage, c'est-à-dire au point irrité ou dans les régions contiguës, accompagnent ou suivent de près l'irritation. Dans la zone de distribution du nerf même oii elle sévit, on observe : 1° des analgésies (Turk, Traube) par épuisement, et en rapport avec la durée de l'excitation ; 2° des hyperalgésies, quand l'irritation est souvent répétée et la douleur habituelle (Nothnagel, Trousseau, Hubert Valleroux); des paresthésies, fourmillements, picotements, engourdissements, cuisson, frisson, etc.

Dans les régions voisines ce sont la tuméfaction, la chaleur, la rougeur du territoire impressionné : phénomènes justificateurs de l'adage : Uhi dolor, ihi fluxus. Ils sont vérifiés par l'exemple vulgaire des névralgies de la cinquième paire où, par action réflexe, le nerf sensitif met en jeu les filets vaso-moteurs correspondants. A défaut d'autres lésions, il faut bien admettre dans leur pathogénie l'intervention d'un réflexe sur ces vaso-moteurs. Dans d'autres cas, il existe des foyers douloureux, superficiels, sans autre modification appréciable que l'impression désagréable perçue par le malade. Donc, au point de vue des effets locaux de la douleur, on distingue des excitations douloureuses avec retentissement durable sur les vaso-moteurs et des excitations douloureuses sans autre manifestation que le sentiment désagréable et pénible.

Les effets généraux ou à distance de la douleur sont en rapport direct avec la violence et la durée de l'excitation. Tantôt ils la suivent et disparaissent immédiatement, tantôt ils sont tardifs et persistent longtemps après elle. Une douleur intense et transitoire aura pour conséquence générale et immédiate l'étonnement, la surprise, une sorte de frayeur passagère ; moins intense, mais plus durable, elle devient l'origine d'effets lointains de surexcitation nerveuse, de fièvre, de collapsus tenace et continu. Elle pourra provoquer des psychopathies, des tendances à l'hypochondrie, à la mélancolie ou au suicide. Ici la gamme des accidents psychiques variera depuis la tristesse, la morosité d'un individu atteint de panaris, jusqu'aux insomnies, à l'état fébrile, au délire, aux hallucinations consécutives à des éruptions prurigineuses, et même, dans les cas aigus, jusqu'aux modifications les plus profondes du caractère, à l'aliénation mentale, à la folie. Ces accidents s'observent dans les gastralgies rebelles, les cardiopathies dont l'échéance fatale est prochaine, et dans les névropathies.

Une douleur excessive, fùt-elle passagère, pourra provoquer des troubles

musculaires immédiats, le collapsus, et même parfois la mort. Ici se placent

des troubles importants par leur gravité immédiate ou leurs conséquences

lointaines : je veux parler des troubles du cœur qui sont primitivement

des altérations fonctionnelles et consécutivement des lésions anatomiques durables.

En 1882, au congrès de La Rochelle, M. Potain faisait connaître l'influence de certaines douleurs sur le cœur. Dans des cas de névralgies, de névromes, de blessures du membre supérieur, il avait observé des palpitations, des syncopes et de la cardiodynie. D'autre part on a vu des traumatismes douloureux du testicule ou la compression de cet organe provoquer la syncope. De plus on a constaté cliniquement les signes de dilatation du cœur sous l'influence de douleurs temporaires et même l'hypertrophie sous celle de douleurs prolongées. Gurine citait des cas d'angine de poitrine réflexe après des violences extérieures et M. Iluchard en a été témoin chez un amputé atteint de névralgie du moignon.

Expérimentalement, on a pu par des excitations douloureuses modifier les bruits et le rhythme du cœur ainsi que la tension vasculaire. D'ailleurs on sait depuis longtemps qu'une douleur fugitive augmente momentanément la •fréquence de ses battements et rend le pouls dur, irrégulier, intermittent, pendant qu'une douleur persistante dimiime le nombre des pulsations cardiaques. Est-il utile de rappeler ce rôle que Fabre (de Marseille) lui attribuait dans la pathogénie de l'algidilé?

De plus, ces troubles du cœur sont accompagnés de troubles circulatoh'eSf qui se traduisent sur les grosses artères par leur dilatation; l'augmentation de leurs battements en amplitude pendant la durée de l'excitation douloureuse et la diminution de la tension vasculaire quand cette dernière cesse de s'exercer. M. F. Franck a montré que les excitations douloureuses sensorielles produisent les mêmes effets et il a pu arrêter ou ralentir les mouvements du cœur des animaux en leur faisant inhaler des liquides irritants tels que l'ammoniaque et l'acide acétique. Anstie avait aussi noté le silence du cœur, Erb et Turk la diminution du pouls, au moment des douleurs. De plus ces effets sont vérifiés cliniquement par les cas pathologiques nombreux dans lesquels on observe l'influence pathogénique des affections douloureuses de l'abdomen, de l'estomac, du foie sur le cœur ; ou bien encore dans les angines de poitrine par ischémie réflexe des coronaires à lu suite de douleurs périphériques ou viscérales.

Dans d'autres cas les effets nerveux immédiats sont moindres, et cependant ils donnent lieu tardivement au délire, à des accidents ataxo-adynamiques avec la mort comme échéance possible. Après les grandes opérations et avant l'emploi de l'anesthésie chirurgicale, il n'était pas exceptionnel de voir des blessés, même après des pertes de sang très-modérées, demeurer dans l'accablement et l'affaiblissement, accidents consécutifs aux douleurs opératoires comme aux douleurs traumatiques.

D'autres fois, et les anciens chirurgiens ont été surtout témoins de ces faits, ces opérés étaient pris d'une violente surexcitation nerveuse, de nausées, de vomissements, de convulsions, ou bien de pertes de connaissance avec sidération générale et paralysie des sphincters. On invoquait le choc traumatique et opératoire : l'impression douloureuse était à coup sur un des éléments de ce choc, comme toutes les excitations qui provoquent des troubles vaso-moteurs de l'irrigation des centres nerveux modifient l'action du cœur et produisent l'arrêt des diverses activités fonctionnelles.

La douleur retentit donc sur les fondions psychiques, soit par des phénomènes de dépression, soit par des excitations. L'insomnie, l'irascibilité du caractère, l'agitation, le délire, la manie, sont du premier groiipe. L'anxiété, la pusillanimité, l'obnubilation des sens supérieurs, l'anéantissement physique et

moral, et au degré le plus élevé le collapsus, témoignent des diminutions ou des arrêts des activités cérébrales.

La douleur amène des troubles de la motilité,âQ sorte que nombre d'affections douloureuses sont'convulsives. Dans les viscéralgies on observe des convulsions cloniques et toniques d'origine rétlexe. Leur durée et leur violence sont proportionnelles à l'intensité et à la persistance de la douleur, ou à l'état nerveux de l'individu. Ite plus, si parfois ces accidents ont pour cause des douleurs trèsaiguës, 011 doit, ce me semble, avec Monneret et d'autres observateurs, en chercher l'origine dans l'intensité de la perception cérébrale plutôt que dans la violence de l'excitation périphérique.

Ces mouvements sont de cause réflexe, que l'impression douloureuse initiale affecte des nerfs sensitifs de la vie de relation ou des nerfs sensitifs de la vie organique. Après des irritations douloureuses, on constate la dilatation pupillaire. Telles sont aussi, d'une part, les convulsions dues à l'odontalgie ou à l'avulsion d'une dent, d'autre part, les pseudo-épilepsies des gastralgiques, ou les spasmes hystériques qui suivent des douleurs utérines ou ovariques.

Ces mouvements réflexes sont plus fréquents dans certaines régions du corps, le larynx, les lèvres, les paupières et, d'après Spring, l'anus, le clitoris ou la portion vaginale de l'utérus. Dans les muscles voisins des points douloureux névralgiques, on observe des contractions fibrillaires et on s'est demandé si elles sont l'effet de la douleur ou la conséquence de l'irritation des filets moteurs par l'excitant de la douleur.

Pour Erb, le retentissement de la douleur sur la motilité se traduit tantôt par des effets réflexes, tantôt par des effets directs, mais dans l'un et l'autre cas par l'exagération ou la diminution de l'activité musculaire. A côté des contractions fibrillaires, des spasmes, des convulsions et des contractions réflexes, il existe aussi de l'affaiblissement ou de la parésie : c'est ainsi que dans les névralgies faciales on observe soit le blépharo-spasme, soit le ptosis avec ou sans strabisme.

Il en est de même des mouvements directs. Tels sont les spasmes et le tremblement d'un membre après une brûlure ou l'application d'un moxa, tels sont le tic douloureux et la névralgie faciale épileptiforme ; les crampes dans la sciatique ou les spasmes du visage et les convulsions de la face dans les névralgies du trijumeau. Parmi ces effets sensitivo-moteurs, on peut placer les grimaces, durant le sommeil, les contractions sur le visage des enfants qui souffrent, les vomissements provoqués par une vive douleur ou encore les cris instinctifs qui accompagnent les impressions pénibles et que les efforts d'une volonté énergique ne modèrent pas toujours. Ces divers effets sont, en effet, produits par la mise en jeu du pouvoir réflexe des centres nerveux et de la moelle par les excitants de la douleur et par la douleur elle-même.

Les phénomènes vaso-moteurs temporaires sont ceux de la fluxion. Parfois en effet les excitations de la douleur sont suivies d'hyperémie, de sorte qu'il existe, pour ainsi parler, des douleurs congestionnelles . Ces congestions viscérales en ont pu imposer pour des maladies organiques, dans les cas de métrorrhagies et de congestion utérine d'origine névralgique (Marotte, Huchard, Florez Orleaga); parfois même des inflammations: telles les angines névralgiques (Rousseau Saint-Philippe, Huchard), les fébri-névralgies de l'isthme du gosier (Marotte), dans lesquelles l'inflammation est subordonnée à la douleur pharyngée ou associée à des névralgies faciale, occipitale ou cervicale; telles aussi les conjonc-

tivités catarrhales dépendantes de névralgies orbitaires. Parfois même des troubles trophiques les accompagnent. C'est ainsi qu'on a vu une angine névralgique prendre les apparences d'une angine blanche par l'apparition d'une vésicule d'herpès guttural. Enfin on a même attribué à cette même cause la production d'hématocèles péri utérines.

Ces phénomènes vaso-moteurs se manifestent encore à distance : telle est la céphalalgie consécutive à une vive douleur traumatique. C'est une céphalalgie d'origine ischémique : telle est la toux splénique ou hépatique, dans la production desquelles on a fait intervenir le pneumogastrique. Elles dépendent, d'après MM. Morel et Arloing, du resserrement des petits vaisseaux du poumon après une irritation douloureuse du foie, de l'estomac ou de l'intestin, les ré flexes arrivant au poumon par la voie du grand sympathique. De cet ordre encore "est le changement de coloration de la face, pâleur ou vive rougeur des joues qu'on observe après une excitation pénible ou désagréable ; tels sont enlin le phénomène de la chair de poule et le frisson qui se produisent dans les mêmes circonstances.

On a aussi attribué des troubles sensoriels à l'influence d'une vive douleur. Une malade de Tissot était amaurotique pendant toute la durée de ses accès de céphalalgie, et Camerarius soignait un homme dont la cécité était de même cause. La vision reparaissait chaque fois qu'on calmait les douleurs avec le laudanum. Il s'agissait vraisemblablement de troubles vaso-moLeurs produisant des hyperémies ou des congestions névritiques d'origine névralgiques.

Une douleur intense provoque des modifications delà respiration. Le rhythme est troublé et l'amplitude diminue : de là cette sensation de dyspnée, de suffocation et d'étouffement, qu'éprouvent certains individus après le choc douloureux ; de là aussi la gêne respiratoire que causent les substances irritantes par leur contact sur la pituitaire.

Des troubles sécrétoires sont l'efi'et d'une irritation douloureuse. L'impression désagréable du froid sur la peau provoque chez certains individus des contractions douloureuses de l'intestin ou des douleurs utéro-ovariques. On observe la suspension de la miction dans les accès de coliques néphrétiques. Immédiatement après une douleur vive on constate souvent un flux diarrhéique, l'écoulement du mucus nasal, l'émission d'urines claires et abondantes, ou bien du larmoiement ou bien encore des sueurs froides. Enfin on a attribué la production de certaines leucorrhées à des névralgies lombo-sacrées. L'hépatalgie est parfois suivie d'ictère, conséquence d'une congestion du foie et d'une perturbation de la sécrétion biliaire.

Parmi les troubles nerveux conséquents aux impressions douloureuses, il faut signaler les crises nerveuses et le collapsus. Les troubles psychiques, la surexcitation nerveuse, sont encore des accidents consécutifs que tout le monde connaît.

Les troubles de nutrition, des névralgies, des gastralgies, du nervosisme et des neurasthénies, sont le résultat fréquent de la continuité des douleurs; j'ai noté l'aglobulie, l'amaigrissement et les dystrophies dans mon mémoire sur les neurasthénies et les neurataxies. Jobert allait plus loin et attribuait à des impressions douloureuses de longue durée la production d'inflammations et de foyers de suppuration dans les centres nerveux I

Ces troubles trophiques sont des changements de coloration des cheveux, des modifications de leur texture (Anstie, Erb, Romberg), la pigmentation de la

peau, des atrophies locales (trophonévroses de Romberg) et la déchéance organique de tous les tissus.

Ces altérations de la nutrition n'ont pas seulement pour origine des troubles vasculaires ou des modifications d'activité des tissus : elles dépendent en partie des troubles gastriques qui accompagnent les douleurs de longue durée : dyspepsies en général causées par des modifications de sécrétions gastro-intestinales. Montegazza a pu ainsi produire expérimentalement, chez les animaux, des perturbations digestives, inappétence, dyspepsie, vomissements, ayant l'amaigrissement pour conséquence. D'ailleurs, les individus atteints de névralgies rebelles et les névropathes sont sujets à des troubles gastro-intestinaux.

Cependant le retentissement de la douleur sur la nutrition peut être moins indirect. Montegazza a vu la température descendre de plus de 1 degré chez les poules et les lapins soumis à des excitations douloureuses, et dans les douleurs prolongées quelques observateurs ont remarqué l'abaissement de la quantité de la fibrine du sang. La chute de la température témoigne du ralentissement des combustions et conséquemment de l'amoindrissement de la nutrition interstitielle et de l'arrêt des activités trophiques.

Enfin, les douleurs vives provoquent parfois un état fébrile immédiatement après l'excitation. Cette fièvre que je nommerai /îèvre algique est vive, violente, et bien différente des phénomènes pyrétiques produits par les douleurs tenaces, persistantes, peu aiguës cependant, mais de longue durée, c'est-à-dire de la febris topica de Van Swieten, dans les névralgies rebelles, fièvre qui lui faisait comparer ces maladies à une pyrexîe. Broussais donnait à cet état fébrile le nom de fièvre hectique de douleur, et lui assignait pour symptômes le marasme, l'insomnie, l'augmentation de l'excitabilité, l'inappétence, les troubles digestifs, la sécheresse de la peau; tous symptômes indicateurs ou contemporains d'un mouvement fébrile réel. Cette fièvre hectique s'observe dans les névralgies anciennes, les sciatiques, les névralgies de la face, les douleurs des cachexies, les affections douloureuses chroniques et les viscéralgies.

La douleur peut causer la mort par syncope, inhibition des activités fonctionnelles, ou par épuisement nerveux. En effet le mécanisme de la mort par la douleur est loin d'être unique et dans une même maladie elle peut la provoquer différemment.

Dans l'angine de poitrine, les malades succombent tantôt dans une syncope cardiaque par la violence de l'angoisse et tantôt dans l'épuisement nerveux par excès de la douleur (H. Huchard). La mort subite dans la colique hépatique est un phénomène d'inhibition ; c'est un arrêt comparable à ceux qu'on provoque en piquant le plexus solaire. La nature même de la douleur et le siège des nerfs sur lesquels retentit l'excitation donnent raison de cette mort plutôt que la violence de l'irritation.

Cet accident de la cholélithiase (Gharcot) est donc de même cause que la mort subite dans les ponctions des kystes hydatiques du foie (Martineau) et de l'ovaire, ou bien après un coup sur l'épigastre (A. Gooper, J. Ehrner), ou encore dans le choc traumatique ou opératoire. C'est ainsi que Travers vit la mort survenir dans une opération peu douloureuse : la ligature de l'artère fémorale; de sorte que, pour ainsi parler, la mort produite par une irritation douloureuse est plutôt en rapport avec la qualité qu'avec la quantité de la douleur. On en trouve la preuve dans la longue résistance de l'organisme jusqu'à épuisement nerveux dans les douleurs de longue durée. A ce point de vue celles-ci ont des effets

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moins immédiats et souvent moins rapidement redoutables que des douleurs passagères.

D'après ces faits on s'explique les hésitations et les divergences d'opinion des auteurs dans l'appréciation des phénomènes de la mort subite par la douleur.

Longtemps, en effet, cette question a été en discussion. Gerdy répondait par la négative, Dupuytren par l'affirmative, d'autres demeuraient dans le doute : aujourd'hui le débat paraît clos. Aussi tout le monde s'accorde dans la pratique sur la nécessité d'intervenir activement contre la douleur, et, s'il est possible, de la prévenir.

Thérapeutique. Depuis les premiers âges de la médecine, les thérapeutes ont appliqué tout leur génie à chercher des médicaments contre la douleur. Hippocrate qualifiait de divine l'intervention du médecin dans ce but : Divinum est opus sedare dolorem.

La douleur n'a pas cependant toujours été considérée à ce seul point de vue. On l'a employée aussi comme moyen médicamenteux; en d'autres termes, il convient ici d'examiner à la fois la thérapeutique de la douleur et la thérapeutique par la douleur.

1° Des moyens de combattre la douleur, les uns agissent sur les éléments nerveux, les autres sur les causes palhogéniques de la douleur.

Les agents du premier groupe suspendent les activités des centres nerveux percepteurs, des organes de conduction ou des appareils collecteurs des impressions douloureuses : tels sont les stupéfiants, les anesthésiques et les irritations périphériques. De ce nombre encore est l'hypnotisme dont Braid signale l'efficacité contre certaines douleurs.

L'action thérapeutique peut être directe ou se produire par voie réflexe. Les stupéfiants et les anesthésiques jouent surtout un grand rôle dans cette médication. Trousseau a pu dire que sans opium il n'y a pas de médecine possible, et Sydenham a écrit avant lui : Praxim nolim exercere, si carerem opi : tels sont l'éther, le chloroforme, les cicutiques et les solaniques administrés à l'intérieur par les voies buccale et rectale ou sous la peau, ou encore en inhalations. Bien avant la découverte de l'anesthésie, on en avait fait usage et, comme je l'ai montré par un mémoire sur l'anesthésie chirurgicale au dix-septième siècle dans la Gazelle hebdomadaire de 1881, on savait au moyen de la narcotisation prévenir la douleur. Ces procédés consistent, en un mot, dans l'anesthésie ou l'abolition de la perception de la douleur, et la physiologie de leur mécanisme se résume dans la provocation de modifications de l'élément nerveux lui-même, de ses fonctions ou de sa nutrition.

L'abolition de la douleur dans l'anesthésie par les inhalations de chloroforme est le résultat d'une influence spéciale de cet agent sur les éléments nerveux avec lesquels il a été mis en contact par le sang. Il en est de même des inhalations d'éther, de protoxyde d'azote, ou de l'administration du chloral par la voie buccale. Mais de ces mêmes agents il en est qui produisent la suspension de la douleur par un autre mécanisme, c'est-à-dire en inhibant les fonctions de ces mêmes éléments nerveux. Ils n'empruntent plus alors la voie circulatoire, mais agissent par voie réflexe comme des irritations cutanées, la rubéfaction ou la vésication. C'est ainsi que le chloral, le chloroforme, l'éther, appliqués sur la peau, et l'acide carbonique sur la muqueuse du larynx, produisent l'abolition de la douleur par le même mécanisme que le fjoid intense ou l'irritation cutanée par Tessence de moutarde.

Enfin, on admet que certains agents produisent l'abolition de la douleur en modifiant les conditions de l'irrigation sanguine. Tel est le nitrite d'amyle, qui arrête les accès d'angine de poitrine vraie en faisant cesser l'ischémie vasculaire et coîiséquemment un trouble de nutrition des nerfs sensilifs; telles les préparations de 1er guérissant les douleuis des chlorotiques en restituant au liquide sanguin ses propriétés excitatrices affaiblies. De là, dans la thérapeutique de la douleur, l'emploi de médicaments vaso-moteurs et de modificateurs de la nutrition, à côté d'agents modificateurs de l'élément nerveux ou modérateurs de ses fonctions et de son irrigation sanguine. C'est ainsi qu'on peut expliquer l'influence scitative des applications de glace contre les inflammations, contre l'orchite (RoUet) ou les douleurs osteocopes de la syphilis. Elles modifient les conditions de la circulation locale comme le débridement des parties molles dans les inflammations et la trépanation des os dans les ostéomyélites douloureuses (Ollier).

Les agents du second groupe, c'est-à-dire les modificateurs des organes collecteurs périphériques des impressions douloureuses, sont surtout des moyens locaux qui s'appliquent aussi près que possible des nerfs et des plexus où siège la douleur. Telles sont les pommades opiacées, les fumigations opiacées d'Aran, les trochisques stupéfiants de Lafargue, le pansement du col utérin avec l'amidon laudanisé du même, les injections sous-cutanées de morphine, d'aconitine et d'eau simple, les autres procédés de la méthode endermique, l'emploi de l'essence de menthe ou des crayons au menthol. Appliqués localement, le froid, l'éther et le chloroforme provoquent aussi la suspension de la douleur. On invoque l'ischémie locale produite par le froid dans ce cas; mais, comme le prouvent les nombreuses expériences de M. Brown- Séquard, ces agents ont aussi une action suspensive. C'est au même mécanisme et à des effets vaso-moteurs à distance que les sacs à glace, les pointes de feu, les vésicatoires, les ventouses, l'acupuncture, empruntent leur eflicacité.

Le rôle de l'action réflexe n'est pas moins grand dans la thérapeutique de la douleur que dans sa pathogénie. Pour ce motif, il est d'exemple vulgaire devoir la douleur disparaître par la provocation ou par la suspension de réflexe. C'est par mécanisme réflexe et action à dislance que la cautérisation du lobule de l'oreille a parfois suspendu la douleur de la scialique; qu'on calme les névralgies frontales, temporales ou sus-orbitaires en badigeonnant les gencives avec le chloroforme , ou bien qu'on fait disparaître l'odontalgie en appliquant des topiques sédatifs sur la muqueuse du conduit auditif externe. Ces derniers médicaments n'agissent plus dans l'espèce comme anesthésiques ou sédatifs, mais bien comme excitateurs de l'action réflexe.

Par contre, c'est en provoquant l'abolition de celle-ci qu'on fait disparaître les douleurs accompagnant les spasmes musculaires. En effet, leur cessation succède à la section des muscles contractures, dans la cervercodynie par spasme du sterno-mastoïdien que guérit la myotomie. La névralgie crurale par contracture des fléchisseurs de la cuisse est justiciable de l'extension forcée, et les douleurs rectales par spasme sphinctérien de l'anus disparaissent après la dilatation forcée de ce muscle. Tel était encore le cas de cette jeune fille observée par Fabrice de Hilden et qui s'était introduit des pois dans les deux oreilles. Elle éprouvait à la fois localement des douleurs céphaliques et à distance des douleurs dans les bras et dans les jambes. Ces douleurs cessèrent

après l'extraction des corps étrangers et la disparition de l'irritation réflexe. Certaines gastralgies guérissent par l'application d'un vésiicatoire sur le trajet d'un nerf intercostal et ce phénomène est d'ordre sympathique. Ne sait-on pas encore que, dans les laryngites où il existe une douleur à la nuque, on diminue la gêne laryngée par la révulsion de cette région? Enfm, on a vu que les eflets vaso-moteurs de la douleur consistent parfois dans des hyporémies, des congestions, des flux hémorrhagiques ou autres, tels que les angines névralgiques, les congestions utérines, les métrorrhagies, la leucorrhée névralgique et les conjonctivites catarrhales de même origine. Ici donc la médication antiphlogistique serait inutile et impuissante : il en est tout autrement de la médication antinévralgique. Une injection de morphine a fait disparaître des accidents simulant de tetles inflammations. Employée comme moyen d'analgésie elle a procuré en même temps des effets antiphlogistiques. Enfin, il faut à ce même point de vue signaler les moyens de fluxion locale, les irritants et les dérivatifs, les bains de vapeur, le percuteur de Mortimer Granville et les vibrations du diapason (Boudet), qui agissent plutôt de cette manière que d'après ce sens littéral du proverbe ancien : Duobus doloribus simul obortis non in eodem loco, vehementior obscurcit altenun.

On abolit la sensation de la douleur, est-il besoin de le dire? par la névrotomie, ou bien en provoquant dans les conducteurs et les centres nerveux des changements dynamiques par l'électricité, la galvanisation, la franklinisation, les courants continus, et par l'élongation. Enfin le massage fait disparaître les douleurs de courbature et soulage le lumbago.

Ce traitement symptomatique doit être le complément de la médication des causes de la douleur. C'est en répondant à ïindication causale que le repos guérira les douleurs de fatigue; la satisfaction du besoin les souffrances d'un organe dont l'activité n'est pas satisfaite (besoin de miction ou de défécation, douleur de sein dans la sécrétion lactée), et que les antiphlogistiques soulageront les douleurs des inflammations.

C'est en modifiant l'état général que l'hydrothérapie calmera la douleur et en préviendra le retour, mais — est-il besoin de le dire? — cette action sur la nutrition est indépendante des effets locaux sédatifs de l'eau froide ou tiède, sous forme de douche, de jet ou bien d'applications loco dolenti, telles, par exemple, que les compresses humides contre la céphalalgie congestive ou sur des tissus enflammés et que le maillot humide ou les enveloppements. L'eau froide est alors un modificateur réflexe de la vaso-motilité ou bien des activités nerveuses; effets ou causes de la douleur. Il en est de même de l'clectricilé, qui peut donc être employée soit comme moyen sédatif local, ainsi qu'on l'a vu plus haut, soit à titre de modificateur causal. La faradisation localisée est alors un agent sédatif direct ou réflexe de la douleur, tandis que le bain électro-statique, les courants continus et la frankhiiisation l'atténuent plutôt en régularisant la nutrition.

Parmi les douleurs dyscrasiqucs, il en est qui sont justiciables des spécifiques : à preuve le mercure et l'iode contre les manifestations douloureuses de la syphilis ; le sulfate de quinine et l'arsenic contre celles de l'impaludisme. Ce sont des moyens du traitement spécifique de la douleur. Les alcalins dans l'arthritisme, les toniques dans la scrofulose, sont des modificateurs des douleurs diattiésiques.

Le repos et même le régime diététique, que Béard recommandait sys*

508 DOULEUR (bibliograi'hie).

tématiquement aux névropathes, sont des agents thérapeutiques contre les douleurs de la neurasthénie et des états nerveux. Dans d'autres cas, et ils sont nombreux, on doit employer les modificateurs de la nutrition; les ferrugineux sont des médicaments antialgiques contre les douleurs des chlorotiques, et les reconstituants ceux des algies des convalescents ou des adolescents en état de croissance rapide. En effet, dans la thérapeutique de la douleur, les agents modificateurs de la nutrition remplissent un grand rôle, et en particulier ceux qui changent l'état du sang. 11 n'y a pas à s'en étonner, puisque la douleur, suivant un témoignage autorisé, est le plus souvent le cri d'alarme des organes ne recevant plus qu'un sang appauvri.

J'arrête ici d'ailleurs cette énumération des procédés de combattre la douleur, car les indications, les contre-médications, la dose et le choix de chacun de ces moyens, font l'objet d'une étude spéciale pour chacun d'eux.

2° La douleur est aussi un agent thérapeutique : telle était du moins l'opinion des anciens médecins. A l'heure actuelle, il est permis de restreindre le champ d'efficacité que l'école italienne attribuait à ce^noyen. La contre-stimulation du moxa, des révulsifs et des rubéfiants, dépend de phénomènes vaso-moteurs ou de la mise en jeu d'activités nerveuses, et non pas de la douleur produite ;• autrement les excitants les plus actifs devraient être ceux qui sont, comme on l'a cru, les plus douloureux : or il n'en est pas ainsi. Dans le réveil de la sensibilité engourdie par une violente irritation, que l'action s'exerce localement ou bien à distance, le rôle de la douleur est accessoire. L'excitation seule met en jeu les activités nerveuses.

Dans l'asphyxie, la syncope, l'arrêt des mouvements respiratoires, l'algidité, on a employé la fustigation, l'urtication, la percussion, le tapotement, le pincement, la flagellation et la faradisation cutanée. C'était le moyen de réveiller la vie cérébrale (Fonssagrives). Contre la narcotisation par l'opium ou la torpeur de l'empoisonnement par le datura stramonium, les excitations mécaniques rendent assurément de réels services. Néanmoins à ces irritations mécaniques on ajoutera ou on substituera la méthode usuellement employée par les physiologistes, c'est-à-dire la faradisation avec un appareil énergique à très-rapides intermittences. En tout cas n'est-ce pas ici le lieu de rappeler, avec M. Huchard, que « le meilleur contre-poison de l'opium est la douleur? »

Mais, quel que soit l'excitant, c'est plutôt aux phénomènes vaso-moteurs, et à la mise en jeu des activités nerveuses par l'excitant lui-même, qu'on doit attribuer légitimement l'efficacité thérapeutique des irritations douloureuses. Ici donc aussi il faut restreindre le vaste domaine de la douleur, dont naguère encore on se plaisait à étendre démesurément les limites au point de vue thérapeutique comme au point de vue pathologique. Ch. Eloy.

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Geobget. Dict. de méd., t. X, 1835; Dict. des se. méd., 1823. — Voyez aussi les articles Moelle, Névralgie, Nerfs, Névroses, Sensibilité, Sens, etc., etc. C. g^

512 DOUNDiVKÉ (matière médicale).

DOVNDAKË. § I. Matière médicale. La piaille qui fournit le Doimdaké a été décrite pour la première fois, par M. Corre, médecin distingue de la marine, dans son étude sur la Flore et la Faune du Rio-JSiinez [Arch. de méd. nav., 1876, p. 25). De cette description il résulte sans conteste que, comme l'avait pressenti M. Corre, la plante appartient à la famille des Rubiacées, mais nous pouvons ajouter de plus qu'elle se rattache au genre Morinda Vaill., et qu'elle s'éloigne assez manifestement par ses caractères spécifiques des deux espèces africaines actuellement connues (Oliver, Flora of Tropical A frica, t. III, p. 161), à savoir : Morinda citr if olia L. et M. longiflora G. Don, pour qu'il soit créé en sa faveur une nouvelle section spécifique sous le nom de M. Doundaké Ileckel. Nous reproduisons ici, pour l'édification des botanistes et la justification de la création spécifique que nous proposons, la description de M. Corre, en la débarrassant des détails trop nombreux qui l'accompagnent et l'obscurcissent; mais nous nous réservons toutefois d'y revenir après l'exameu prochain d'échantillons attendus. Nous pensons que cette espèce, qui se rapproche beaucoup plus du Morinda citrifolia que du M. longiflora, tient botaniquement le milieu entre ces deux espèces. Comme la première et la seconde, elle possède, dans son écorce, une matière colorante jaune qui pourrait être utilisée par l'art du teinturier, ainsi que le font les Néo-Calédoniens, qui l'emploient pour teindre leurs cordes en poils de roussette après l'avoir mêlée à la chaux, mais elle s'éloigne de la seconde en ce que cette dernière n'a aucun caractère d'amertume, comme l'a constaté M. Corre sur le Morinda longiflora, qu'il a trouvé dans le Nandouk des Woloffs, et qui joint à une absence absolue de couleur (couleur blanche) un manque complet de saveur dans son écorce. Voici cette description : « Arbrisseau à tronc court ramassé, souvent tordu, sinueux; émettant à son sommet surtout des rameaux grêles divergents et peu ramifiés. Tige revêtue d'une écorce grise extérieurement rugueuse, inégale, fendillée ; les couches sous-jacentes ou libériennes qui se détachent en minces lamelles sur toute la longueur de la lige sont d'un iaune orangé ocreux très-vif; elles se composent de fibres serrées, soudées par une matière homogène, granuleuse, brillante. Les jeunes branches ont une écorce mince, grisâtre, ridée longitudinalement, parsemée de petites élevures ou de petites macules bnmâtres; elles sont cylindriques ou légèrement comprimées.

Feuilles opposées à pétioles courts, à limbe entier, très-grand, ovale, aigu ou obové vers la base. Stipules intermédiaires aux feuilles, larges, arrondis ou faiblement acuminés au sommet; comme carénés vers le mifieu de leur face externe, se rejoignant et se soudant même sur les côtés.

Fleurs en tête globuleuse et d'ordinaire un peu penchées : calices à lobes élargis et bilobés à leur extrémité libre, très-velus, caducs. Corolle d'un blanc jaunâtre, infundibuliforme, découpée dans son tiers supérieur en 5-6 lobes rétrécis à leur base, puis élargis et arrondis, légèrement concaves, imbriqués, peut-être un peu tordus, non toujours égaux, paraissant recouverts sur leur face interne et sur leurs bords de poils excessivement fins, bien évidents seulement sur la ligne médiane, entre les étamines. Étamines 5-6, alternes, à filets corrects et grêles, insérés vers le milieu du tube de la corolle, à anthères allongées ; style simple, allongé, dépassant le tube de la corolle, tandis que les étamines atteignent son niveau; stigmate blanc, renflé à la base, obscurément échancré au sommet... ».

DOUNDÂKÉ (emploi). 515

§ il. Emploi. On emploi en médecine l'écorce du Doundaké, qui croît surtout sur la côte occidentale de l'Afrique et spécialement au Sénégal et au Rio-Nunez ainsi que dans le Fouta-Djallon. C'est à Venti]rini, pharmacien de la marine, qu'on doit la connaissance de cette substance; il l'appelait quinquina du Sénégal.

Les effets physiologiques ont été étudiés pour la première fois au laboratoire de Yulpian par Bochefontaine, par Marcus et par moi, et le travail a été présenté à l'Académie des sciences en juillet 1883. Ces effets sont identiques, soit que l'on emploie l'extrait aqueux ou alcoolique de l'écorce, soit que l'on se serve de la Doundakine, alcaloïde que nous y avons découvert; 2 grammes d'écorce donnent 8 milligrammes de principe actif.

C'est une substance assez active, car 3 centigrammes et demi de doundakine injectés sous la peau d'un cobaye de 700 grammes le tuent en vingt-quatre heures, par arrêt de la respiration.

L'action principale de cette substance est de produire sur la grenouille surtout un certain état qui rappelle la catalepsie; comme une cire malléable, l'animal conserve toutes les positions qu'on lui donne, puis plus tard survient la résolution musculaire. Cet effet se détermine par l'iutermédiaire de la protubérance et du bulbe, car il continue à se produire, si l'on enlève l'encéphale, mais ne reparaît pas, si l'on sectionne la moelle épinière au niveau du bec du calamus. Les mouvements réflexes diminuent considérablement; la sensibilité disparaît peu à peu. La pression sanguine s'abaisse d'abord, puis s'élève. Les battements du cœur et la respiration finissent par se ralentir.

Les Foulahs du Fouta-Djallon connaissent les propriétés toxiques du Doundaké: car nous avons reconnu par l'expérimentation qu'un poison de flèches qui leur sert pour la chasse des petits animaux est composé en grande partie d'un extrait de cette écorce.

Le Doundaké a la réputation auprès des indigènes de combattre la fièvre paludéenne; aucune expérience n'a été faite pour confirmer ou infirmer ce fait. Je l'ai employé avec avantage dans deux observations d'anémie et de cachexie palustres. La saveur très-amère de cette substance donne Vidée de l'employer dans les cas où les amers ont rendu des services : anorexie, affections gastrointestinales, anémie et cachexie paludéennes, goutte, scrofulose, etc. Mais son action spéciale sur le système nerveux l'appelle à un plus grand avenir que cet usage banal; il serait à désirer que l'expérimentation clinique nous donnât la valeur réelle de ce médicament, valeur qui est certainement considérable. Dans un cas de paralysie agitante, il m'a paru utile; je pense qu'on doit l'essayer dans cette maladie où il est rationnellement indiqué.

La doundakine étant soluble dans l'eau et l'alcool, on peut s'adresser pour l'administration soit aux préparations alcooliques soit aux préparations aqueuses de doundaké, décoction, macération, alcoolé, vin, etc. Les noirs de la côte ouest de l'Afrique font macérer l'écorce dans du vin. On peut la prescrire en poudre à la dose de 2 à 4 grammes. Je l'ai donnée en décoction, à la dose de 10 grammes pour 200 grammes d'eau. D'une façon générale il faut commencer par des doses légères, vu l'activité de la substance. L'extrait alcoolique et surtout l'extrait aqueux ont une action énergique. Je prescris l'extrait bydroalcoolique à la dose de 20 à 50 centigrammes. Si Ton voulait se servir du principe actif, qui est aussi très-amer, il faudrait donner de 2 à 8 milligrammes de doundakine. Bazile Féris.

DICT. ENC. XXX. 53

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