L. Hn
DROPAX [SpoôTtal). Nom donné par les Anciens à un emplâtre adhésif dont on se servait pour arracher les poils. On l'appliquait chaud et on l'enlevait brusquement après refroidissement. La base de cet emplâtre était la poix mêlée à l'huile. On s'en servait aussi comme d'un topique excitant, mais alors on y ajoutait ordinairement des poudres excitantes. Plus tard le dropax, dans lequel on a fait entrer des substances de diverses sortes, aromatiques, épispastiques, etc., a été employé à dissiper, à détourner les humeurs amassées dans une partie {voy. Discussite).
Ldi calotte qu'on employait si souvent autrefois pour l'épilation de la tête chez les teigneux était préparée avec le vinaigre, le froment et la poix {voy. Epila- TiON, Favus, Poix). D.
DROPE (John). Médecin anglais, cité par la biographie médicale. 11 fit ses études à l'Université de Cambridge, puis exerça son art à Borough. Il s'occupa, paraît-il, de poésie. Il a publié en outre un ouvrage sur la culture des arbres fruitiers (Oxford, 1661,in-8°; 1672, in-12). L. Hn.
liROSËRA. g I. Botanique. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Droséracées. Ces plantes, qu'on nomme encore Rossolis, sont des herbes de taille peu élevée, qui croissent dans les marais spongieux, sur les Sphagnum qui forment le fond des tourbières. Les feuilles sont curieuses parce qu'elles sont toutes chargées à la partie supérieure, et particuliè-
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rement sur les bords, de longs poils rougeâtres, portant une glande à leur extrémité. Une sécrétion limpide forme comme une petite goutte de rosée à l'extrémité des poils, de là le nom de Ros Solis {Rosée du Soleil) que nous avons indiqué plus haut. Du milieu des feuilles radicales s'élève une petite hampe droite, filiforme, portant une grappe grêle de petites fleurs tournées toutes d'un même côté. Ces fleurs, blanches, ont un calice à 5 sépales; 5 pétales marcescents ; 5 étamines hypogynes ; un ovaire uniloculaire surmonté de 5 à 5 styles. Le fruit est une capsule uniloculaire à placentation pariétale, s'ouvrant supérieurement en plusieurs valves, qui portent sur leur milieu de petites graines enveloppées d'un arille réticulé.
Nous avons en France et dans les parties tourbeuses de l'Europe o ou 4 espèces de Droséra :
Le Drosera rotundifolia L., dont les feuilles pétiolées et étalées en rosette ont un limbe orbiculaire;
Le Drosera ohovata M. et K., dont les feuilles sont obovales, dressées, insensiblement atténuées en pétiole.
Le Drosera longifoUa L., dont les feuilles sont linéaires oblongues, obtuses et dressées.
La sécrétion brillante de ces plantes a depuis longtemps attiré l'attention ; les alchimistes l'estimaient fort. Elle est acre, acide et un peu corrosive. Dans ces derniers temps on a étudié l'action qu'elle produit sur les insectes, qui sont retenus sur les feuilles par leur viscosité, ou enlacés par les poils, qui se replient autour d'eux, et on a cru y reconnaître une action analogue à celle des sucs digestifs : aussi a-t-on fait rentrer des Droséra dans le groupe des plantes qu'on a appelées Carnivores.
Les propriétés de ce suc ont du reste été utilisées en thérapeutique et on fait attribuer à ces plantes bien des vertus. Vicat dit qu'en les broyant avec du sel on peut en faire des épispastiques. On les a conseillées contre les hydropisies, les maladies de poumon, les fièvres intermittentes, les ophthalmies; enfin de nos jours les Droséra ont été de nouveau introduits dans la thérapeutique pour les usages dont il va être question dans le paragraphe suivant :
Bibliographie. — Tournefort. Institutiones , t. CXXVII. — Limné. Gênera, 391 ; Species, 402. — Lamarck. Encyclopédie ; Illustration des genre.t, t. CCXX, f. 1. — Dk Ca\dolle. Flore française, iîdl, et Prodromns, I, 38. — Grenier et Godrox. Flore de France, I, 191. — Le Maout et Decaisne. Traité général de Botanique. Pl.
§ IL Thérapeutique. L HISTORIQUE. Celle curieuse petite plante, à laquelle l'aspect si spécial de ses feuilles qui semblent parsemées de gouttelettes de rosée a fait donner les noms bien significatifs de Droséra [§p6uoq, rosée), Ros solis, herhe de la rosée, etc., n'est guère connue des médecins que depuis le seizième siècle, peu de temps après que Dodoens l'eut décrite au point de vue botanique sous le nom de Rorella.
Après Dodoens, Tabernaemontanus (1588) signala quelques qualités de cette herbe, ses usages dans diverses maladies et surtout dans la phthisie pulmonaire, usages dérivés, paraît-il, de cette théorie singulière que les rorelles, conservant leur humidité jusque sous l'ardeur du soleil, devaient évidemment convenir aux poitrinaires, qui eux aussi sécrètent des matières pituiteuses, même alors qu'ils sont en proie à leurs fièvres et briàlés par une chaleur excessive.
Au début du dix-huitième siècle, elle est étudiée par Hermann, qui la consi-
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dère aussi comme utile dans la phthisie et contre la laryngite, et la dote de qualités toniques, propres à relever les forces des malades affaiblis (1715).
L'année suivante, Siegesbeck préconisait la décoction de l'herbe fraîche contre la toux humide et dans les bronchites, puis vantait la teinture de droséra comme propre à combattre la grippe et la coqueluche.
Si j'ajoute avec Curie, auquel nous devons une étude assez récente de celte plante, que Haller et Vicat la considéraient comme corrosive, acre, irritante, mais malgré cela utile contre la toux, l'asthme et l'ulcère des poumons ; que Linné, dans sa Materia medica de 1782, signale son action caustique utilisable contre les verrues, j'aurai indiqué les principaux auteurs qui ont cité le droséra dans leurs ouvrages, et relaté ses plus importantes applications médicales dans cette période de près de deux cents ans qui commence à Dodoens et finit avec le dix-huitième siècle.
A notre époque la rorelle, tout à fait inusitée, ne figurait plus guère que dans les écrits des médecins homœopathes, lesquels, lui reconnaissant la propriété d'exciter la toux chez les animaux qui la mangent, l'avaient nécessairement désignée comme remède propre à guérir les affections oii domine ce symptôme.
L'attention a été cependant rappelée sur les propriétés thérapeutiques du droséra dans ces dernières années par les travaux intéressants de E. Curie, Louvet-Lamare et Vigier.
Je devrais citer aussi la remarquable monographie de Darwin sur les droséras, intercalée dans son ouvrage sur les plantes insectivores, oii sont relatées les expériences ingénieuses, les recherches patientes, délicates et vraiment pleines d'intérêt, du célèbre naturaliste, sur ces petites plantes tout à fait étonnantes.
On demeure confondu, à la lecture de l'ouvrage de Darwin, de la somme de faits curieux et merveilleux que l'étude d'une plante bien petite et tout humble a pu révéler à cet observateur puissant.
L'une des remarques les plus importantes de Darwin, d'un intérêt tout aussi bien thérapeutique que philosophique, c'est que les droséras sécrètent un véritable suc digestif qui leur permet de digérer les insectes attirés sur leurs feuilles et maintenus là par les tentacules de ces feuilles aussi longtemps que durent la digestion et l'absorption de la proie, et de vivre en réalité à la façon des animaux qui mangent.
Eh bien, ce suc digestif du droséra ne diffère pas de notre suc gastrique, ce qui fait dire à Darwin :
« Qu'une plante et un animal sécrètent le même ou presque le même liquide complexe, adapté à un même but, la digestion, voilà sans contredit un fait nouveau et étonnant dans la physiologie. »
Je reviendrai bientôt sur ce fait particulier et curieux à propos des usages du droséra.
Composition. Elle a été recherchée, en 1878, par le docteur G. Lugan (de Caen), assez sommairement et d'une façon simplement qualitative. On trouverait dans le droséra de la chlorophylle, une substance albumineuse, une matière colorante jaune, de la cire, une résine acre corrosive, un acide organique libre, de la glycose et des sels.
L'acide organique n'a pas été désigné ou plutôt déterminé par G. Lugan. En tout cas, il affirme que ce n'est pas l'acide formique comme l'ont indiqué Reiss et Will.
Pour Darwin, ce serait l'acide propionique ou bien un mélange d'acide acé-
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tique et d'acide butyrique; en tout cas, l'acide appartiendrait à la série grasse.
II. Effets physiologiques. Les drose'ras sécrètent un suc parfaitement irritant et presque caustique qui corrode les tissus animaux avec lesquels on le met en contact. C'est ainsi que les gens qui manient sans pre'cautions d'assez grandes quantités de ces plantes ont facilement des ulcérations au\ mains.
Ces mêmes effets topiques irritants doivent être à plus forte raison trèsviolents sur les muqueuses, ce qui explique les accidents graves observés il y a bien longtemps déjà chez les animaux, les moutons principalement, qui ont brouté des droséras.
Vicat, le collaborateur de l'illustre Haller, a l'un des premiers signalé cette action topique corrosive funeste aux herbivores, et il ajoute que le suc de droséra attaque même les dents, ce qui a été confirmé.
En effet, les patientes recherches de Darwin viennent de nous montrer qu'aucun tissu animal ne résiste à ce suc, qui dissout ou ramollit même les cartilages, les os et les dents.
Quant aux effets généraux, ils n'ont été à ma connaissance recherchés que par Eugène Curie. Les résultats de ses expériences me semblent tout à fait extraordinaires et tendraient à prouver que les droséras sont des plantes véritablement dangereuses, quand on en fait un usage prolongé, et qu'elles déterminent dans ces conditions chez les animaux des lésions profondes des organes et d'un ordre tout particulier que nous ne retrouvons dans aucun autre empoisonnement par les toxiques végétaux.
Administrant à des chats l'alcoolature de droséra à la dose graduelle de 1 à 1600 gouttes par jour, l'expérimentateur observa au bout de six semaines chez l'un de ces animaux du dévoiement et de la raucité de la voix. A l'autopsie de ce chat qu'on tua exprès par suffocation, E. Curie trouva des dépôts gélatineux sous la plèvre et des noyaux d'apparence tuberculeuse dans les poumons. La trachée et le larynx étaient intacts. Enfin, les ganglions mcsentériques étaient tuméfiés.
Chez un autre chat sacrifié seulement au bout d'un an, les lésions étaient les mêmes, mais plus caractérisées : granulations de la grosseur d'une tête d'épingle, sous la plèvre pulmonaire seulement, le parenchyme du poumon étant sain.
Ces granulations de la plèvre étaient grises, de résistance moyenne, et offraient les caractères suivants au microscope : elles étaient constituées par une masse finement granuleuse, les granulations extérieures étant brillantes et inattaquables par l'acide acétique.
En outre, on constata un développement exagéré des ganglions sous-maxillaires, une hypertrophie des glandes de Peyer et des vésicules closes du gros intestin, gorgées d'un liquide trouble renfermant de nombreux corpuscules ganglionnaires.
Enfin, les acini de la rate offraient un volume exagéré, dépassant celui d'une tête d'épingle, et renfermaient une masse de corpuscules ganglionnaires.
Cette fois les glandes mésentériques paraissaient normales.
E. Curie n'hésite pas, en présence de ces deux faits, à dire que le droséra détermine chez les chats la formation de tubercules pulmonaires et qu'en outre il irrite le système lymphatique, qui prend sous son influence un développement anormal.
Autrefois, Vicat avait déjà indiqué que la rorelle est un poison pour les 'moutons dont elle gâte le foie et les poumons.
Il me paraît ditfîcile de tirer des conclusions légitimes de ces assertions