‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.31Chapitre 27 sur 67 · RÉSIDU · texte numérisé non relu

RÉSIDU

MATIÈRE OKGAMQDE.

CHADX.

Numéro 1

-Numéro 2

iNuméro 3

99 mètres.

Quelques-uns de ceux que l'on fora à Munich (Wolffhùgel) donnèrent une eau si chargée d'hydrogène sulfuré et de fer qu'on dut renoncer à s'en servir et refermer le trou de sondage. D'après Fonssagrives, le résidu salin du puits de ■Grenelle étant de 140 milligrammes par litre, celui du puits de Rochefort s'élève à &^',i; les gaz du premier comprenant : azote 82,6, acide carbonique 22, oxygène 7,4, les chiffres correspondants du second sont 97,5 et 0. Deux puits arlésiens, dont l'eau est employée dans des brasseries de Munich et que Wolfflmgel regarde comme louables, renferment, d'après L. Aubry et J. Singer :

Puits n* 1. Puits n" 2.

milligrammes. milligrammes.

Résidu 210,0 535,0

Silice 14,6 12,0

Acide sulfurique 6,2 15,0

Chlore 0,5 15,1

Acide nitrique 12,5 29,1

Hydrogène sulfuré traces. »

Potasse 3,2 12,0

Soude 52,6 23,0

Ammoniaque » »

Chaux 46,7 109,0

Magnésie 24,5 45,0

Oxyde de fer et argile 1,0 1,0

Éléments organiques S2,5 23,0

Acide carbonique des bicai'ljonales . . . j60,6 186,6

Afide carljoiiique demi-combiné 80,5 95,5

Acido carbonique libre » »

Cette eau peut donc être mise sur le même pied que celle des puits de bonne qualité. La tempéialufe des puits artésiens, comme celle du sol, croît avec la profondeur et augmente de 1 degré par 50 mètres de descente. L'eau des puits de Grenelle et de Passy est à 28 degrés ; celle du puits de Rochefort à 42 degrés, et peut servir à donner des bains. Il paraît toutefois que cette règle n'est pas constante.

Nous en aurons fini avec les puits artésiens quand nous aurons dit que le volume d'eau qu'ils fournissent n'es^t pas toujours considérable, qu'il se montre parfois inconstant et, notamment, que la création d'un second puits sur le même terrain diminue habituellement le débit du premier, ce qui s'est observé à Grenelle quand le puits de Passy eut été foré.

IL Les rapports de l'eau avec la santé. Comme il a été dit, l'hygiène distingue les eaux que les êtres vivants consomment en eau de boisson et eau d'utilisation. L'une et l'autre ont des rapports avec la santé. Il semblerait que la première dût en avoir de plus considérables et de plus immédiats que l'autre, c'est peut-être même ce qu'il faudra admettre en n'envisageant que l'hygiène négative, c'est-à-dire l'étiologie des maladies par l'eau. Mais, en se plaçant sur le terrain de l'hygiène positive, celle qui tend à élever la vitalité de l'individu et de l'espèce, il est possible de mettre encore sur un pied très-élevé le rôle de l'eau d'utilisation, si l'on réfléchit que, d'une part, c'est elle qui sert à assurer la propreté du corps, du linge, des ustensiles, de la maison, de la rue, et que, d'autre part, elle intervient dans la vie des humains, en masses beaucoup plus importantes que l'eau de boisson.

Le corps d'un homme adulte, à 65 pour 100 d'eau, c'est-à-dire renfermant 34 kilogrammes d'eau et 22 kilogrammes de matière sèche pour un poids total de 60 kilogrammes, perd de l'eau par l'évaporalion, la respiration, les sécrétions cutanée, urinaire, etc., 2255 grammes par jour au repos, 2959 grammes en travail, selon les observations de Voit et Pettenkofer. L'eau formée par la combustion intra-organique de l'hydrogène restitue environ 16 pour 100 de l'eau perdue. Les aliments et les boissons alcooliques, pour ceux qili usent de ces dernières, en rendent une quantité beaucoup plus considérable, si l'on songe que les légumes et fruits renferment de 75 à 90 pour 100 d'eau, le lait 87 à 90, le pain 40 à 45, la viande fraîche 76, la viande rôtie 44, la bière et le vin 86 à 95. Même sans compter le vin, la bière, le thé, le café, le régime alimentaire d'un adulte lui rapporte 2000 à 2500 grammes d'eau. Or 2500 grammes sont

EAU (hygiène). 47

précisément la moyenne de la perte aqueuse quotidienne d'un adulte. Le besoin d'eau pour la boisson, sous le rapport de la quantité, reste donc dans des proportions minimes.

L'abondance de l'eau d'utilisation est, au contraire, d'une nécessité évidente, et c'est la première condition que celle-là doit remplir. 11 faut qu'elle suffise aux bains, à la toilette, au lavage du linge, des ustensiles, de la maison, de la rue et, à notre époque, à l'énorme consommation des machines, à des opérations industrielles d'une infinie variété.

Dans l'antiquité, les médecins se préoccupaient de l'eau de boisson, à l'exemple d'Hippocrate; les administrateurs, au contraire, songeaient davantage à procurer aux masses populaires des eaux abondantes, jaillissant sur les places publiques, arrosant les rues et y répandant la fraîcheur, alimentant les thermes. A l'époque (olo ans avant Jésus-Christ) où Appius Claudius introduisit dans Romel'eau qui porte son nom, la médecine était peu ou point connue dans la future reine du monde; cependant, il y avait comme un vague sentiment du besoin de l'eau en abondance pour la salubrité générale, et les grands personnages étaient sîirs de gagner les faveurs du peuple en employant leur fortune à lui procurer ce bienfait. On ne regardait même pas trop à la qualité, pourvu que l'eau coulât à Ilots.

Aujourd'hui, les mêmes besoins existent et se sont augmentés de quelques autres. Les aspirations publiques, à cet égard, ont un peu changé de nature, mais sont aussi vives qu'autrefois. On peut toujours mesurer le degré de civilisation des peuples, le progrès réalisépar les villes, à l'état des approvisionnements d'eau et à l'ampleur des travaux exécutés dans ce but.

Rôle hygiénique positif de Veau. L'eau de boisson, qui a si peu d'importance comme aliment ou substance de restitution, en prend une considérable comme condiment. Lorsqu'elle est douée des qualités que nous indiquerons plus loin, qu'elle est appétissante à l'œil et au goût, elle élève la saveur des repas et stimule les fonctions digestives, sans que cette stimulation puisse avoir de fâcheux retours. Elle est appelée à assaisonner les repas de tout le monde, principalement des pauvres gens qui n'ont pas les moyens d'user régulièrement des boissons alcooliques, du thé ni du café, et dont le nombre est toujours grand. Il peut y avoir de sa ])art une suppléance si approchée que beaucoup d'hygiénistes n'hésitent pas à ranger l'approvisionnement en eau excellente au nombre des moyens propres à combattre l'ivrognerie. D'ailleurs, il serait difficile de supposer privés d'eau alimentaire d'une façon complète ceux-là mêmes qui ont à leur disposition des boissons artificielles et, parfois, en abusent. On a dit que la bonne eau peut remplacer toutes les tisanes; je me garderais de contredire à cette opinion.

L'action positive d'une eau d'utilisation irréprochable est moins évidente. Cependant, il est à présumer que le contact d'une belle eau, limpide et inaltérée;, est plus réconfortant pour la peau et pour tout le corps, lorsqu'on l'emploie err bain, que celui d'une eau souillée et affadie. C'est, dans tous les cas, beaucoup plus agréable et plus conforme à la dignité humaine. L'esthétique est trèsvoisine de l'hygiène. Le plaisir de voir couler dans les rues une eau pure, fraîche et abondante, est une réelle jouissance pour l'homme le moins raffiné; il serait étonnant que cette satisfaction ne contribuât pas à la santé, en même temps que l'eau balaye les immondices, fait tomber la poussière, rafraîchit l'atmosphère, etc.

11 n'est pas utile de vanter les services que rend l'eau d'utilisation dans les habitudes domestiques: ce serait louer la propreté elle-même. L'industrie s'arrêterait de partout, si l'eau venait à lui manquer. Il suffit de rappeler que diverses opérations industrielles incorporent de l'eau à des denrées alimentaires de première nécessité ou à des boissons artificielles, au pain et à la bière. Le malheur veut même qu'on en ajoute au vin et au lait. Le public se passerait bien de celle-là, mais au moins est-il à désirer qu'elle soit bonne.

Rôle hygiénique négatif de Veau. Cet aspect de la question, au moins dans les préoccupations des médecins et du vulgaire, l'emporte de beaucoup en importance sur le précédent. Tous ont l'habitude de considérer comme bonne toute eau qui ne permet aucun soupçon d'influence nuisible. Que les eaux ne puissent rendre malade personne, le reste semble être, par surcroît, suffisamment assuré. Cette manière de voir n'est certainement pas assez large; cependant, il est difficile de ne pas lui reconnaître quelque légitimité.

D'ailleurs, la question a aussi deux faces, dont nous tiendrons compte dans les développements qui vont suivre : une générale, qui consiste dans l'étude •des conditions qui peuvent rendre l'eau offensive et cause de malaise ou de maladies, et une spéciale, au sujet de laquelle il faudra passer en revue les formes morbides dont la genèse a été nommément mise au compte de certaines propriétés de l'eau.

Remarquons, avant d'aller plus loin, qu'en face de ces nouveaux problèmes il n'y a pas lieu défaire une distinction essentielle entre l'eau de boisson et l'eau d'utilisation, malgré l'avis contraire de quelques hygiénistes. Les principes offensifs qui pourraient être absorbés par la muqueuse digestive, avec l'eau de boisson, paraissent également capables de pénétrer dans l'organisme par l'extérieur, à la faveur du pouvoir d'absorption de la peau, surtout si elle présente une solution de continuité, et à l'occasion du bain, des ablutions journalières, du port de linge ou de vêtements antérieurement lavés dans une eau impure. L'eau sale peut étaler sur la rue ou introduire dans nos maisons des matières toxiques, des substances putrides, peut-être des principes pathogènes, qu'il ne fera pas bon respirer, lorsque l'évaporation de cette eau les aura laissés à sec et à l'état de poussières. Ce qui résout par avance et dans un sens que nous adoptons entièrement la question controversée de savoir si l'on peut donner •aux villes un approvisionnement double, une eau irréprochable pour la boisson et une autre moins bonne pour les lavages et pour la rue.

1° Veau en étlologie générale. L'idée que l'eau, et particulièrement l'eau de boisson, dans de certaines conditions de constitution ou de mélange, peut occasionner des maladies, est aussi ancienne que la médecine, peut-être même davantage. La doctrine était en train de prendre des allures scientifiques et de joindre à son avoir des observations bien faites, lorsque survinrent les méthodes modernes qui ne se contentent plus d'inductions, si rationnelles qu'elles paraissent, et qui exigent une démonstration rigoureuse delà relation des causes avec l'effet supposé, quand elles ne vont pas jusqu'à prétendre qu'on isole l'agent pathogénique dont la présence dans un milieu est dénoncée par l'éliologie ancienne. C'est en vain que celle-ci s'est ralliée au dogme nouveau du parasitisme morbide, d'ailleurs difficile à repousser simplement; il ne suffit pas quelle admette que les micro-organismes pathogènes peuvent être véhiculés par l'eau; il faut qu'elle les nomme et les mette e» évidence.

L'étiologie par l'eau de boisson, qui compte des adhérents partout, en a de si

Eau (hygiène). 4'/ 5

célèbres, en Angleterre, qu'on pourrait presque la regarder comme une doctrine anglaise. 11 suffit de rappeler les noms de Parkes (malaria), Snow, W. Farr, Radcliffe (choléra), de W. Budd, Jenner, Thorne, Buclianan, Blaxall, Albutt, E. Ballard, etc. (fièvre typhoïde). En France, il est peu de médecins d'épidémies qui, à l'occasion, ne tournent leurs regards de ce côté, soit pour y chei'cher un élément banal d'un complexus étiologique assez large, soit pour y déceler l'agent spécifique; somme toute, la doctrine n'a pas de fanatiques. Nous pouvons même ajouter, sans parler de notre modeste contribution, que Léon Colin, le plus autorisé des épidémiologistes français contemporains, s'est efforcé, à plusieurs reprises, de la maintenir dans de justes limites. En Allemagne, il y a deux camps, qui paraissent de forces très-inégales. C'est là qu'on retrouve l'histoire de l'épidémie typhoïde des sœurs do Munich (1860), celle de l'orphelinat de Halle-sur-Saale (1871) et quelques autres auxquelles on peut joindre l'épidémie fameuse de Lausen, en Suisse, rapportée par Hacglcr, de Bàle. C'est à Munich même que Wolfsteiner tient toujours le drapeau de la Tri7ikwassertheorie en face de l'école triomphante de Pettenkofer. Mais, on le sait, Peltenkofer a créé la doctrine étiologique que nous avons l'habitude d'appeler tellurique et dans laquelle le rôle de l'eau de boisson est tout à fait inutile, sinon gênant. Aussi l'érainent professeur est-il impitoyable pour l'opinion qui pourrait être, par rapport à la sienne, parallèle plutôt que rivale, car rien n'oblige la doctrine tellurique à un exclusivisme absolu. Pettenkofer a f;iit de nombreux élèves, dont beaucoup sont déjà des maîtres eux-mêmes ; son enseignement s'est répandu sur toute l'Allemagne et, gagnant de proche en proche, semble aujourd'hui l'emporter sur presque tous les points. Pourtant, il est peut-être diflicile de généraliser imperturbablement les principes qui nient le rôle étiologique de l'eau et dangereux de les mettre en travers du courant actuel des idées et de l'expérimentation, qui pourraient aboutir, un de ces jours, à la démonstration des micro-organismes pathogènes dans l'eau. Wolffhûgel, dans sa part de collaboration à l'Encyclopédie d'hygiène de Pettenkofer et Ziemssen et surtout dans son rapport en séance plénière au Congrès allemand de Berlin, en mai 1885, nous paraît avoir reproduit assez exactement la situation morale et scientifique de l'école de Pettenkofer, en ce qui concerne le rôle de l'eau dans la genèse des maladies, ou même les influences sanitaires de l'eau sous tous les aspects. On ne fait aucune concession à l'opinion adverse; on en met, au contraire, à nu toutes les faiblesses. Néanmoins, on ne conteste plus la possibilité de la présence des principes pathogènes dans l'eau et, surtout, on proclame avec tout le monde la nécessité d'un approvisionnement d'eau irréprochable, parce que c'est le plus «ûr et le moins coûteux. Nous reprendrons plusieurs des arguments de cet auteur, qui nous paraissent basés sur des raisonnements solides et inspirés par la prudence que la science apporte aujourd'hui dans l'énoncé des formules. A vrai dire, ils concordent au mieux avec les idées que nous-même avons soutenues en diverses occasions sur ces mêmes questions d'étiologie.

Mais, tout d'abord, il importe au plus haut point de ne pas introduire dans •cette question d'à priori sonunaire et d'analyser minutieusement toutes les -conditions qui se ratt-achent à la constitution de l'eau, pour obliger les accusasateurs d'en faire autant vis-à-vis des circonstances étiologiques qu'ils laissent si volontiers dans l'ombre. En procédant autrement, on tomberait sous le coup des ■arguments que l'ingénieur Grahn (d'Essen), au Congrès des hygiénistes allemands, à Diisseldorf (1876), opposait finement aux étiologistes par l'eau, qui se refusent

•4T6 EAU (hygiène).

à regarder à côté. De 1860 à i870, dit-il, les villes anglaises de Wakefield et de Sunderland ont eu la même mortalité, quoique la première reçoive une eau détestable (à 437 milligrammes de carbone organique pour 100 000 d'eau), cl la seconde une eau excellente (à 76 milligrammes de carbone organique

pour 100 000). Donc, il est indifférent que l'eau soit pure ou non Bien

plus, il vaut mieux qu'elle soit impure, car, aussi longtemps que Birmingham a été abreuvée de l'eau sordide de la Tame, elle est restée une des plus saines des grandes villes; depuis, au contraire, qu'elle boit l'eau pure des sources du Grès rouge, la mortalité s'y élève de jour en jour. Liverpool et Glasgow sont pourvues d'une eau signalée comme particulièrement salubre, et ce sont néanmoins, les plus insalubres des grandes villes de la Grande-Bretagne...

L'hygiène et l'étiologie sont partout les choses les plus complexes du monde. C'est se fourvoyer de parti-pris que d'y poursuivre un point de vue unique et exclusif.

Des éléments nuisibles de l'eau. L'eau na^wreHe n'est pas de l'eau pire; la combinaison d'oxygène et d'hydrogène, que la chimie nous fait connaître sous ce dernier titre, serait même impropre aux usages les plus importants. L'eau peut et doit renfermer des substances étrangères. Quelle est la limite au delà de laquelle les proportions d'éléments étrangers deviennent dangereuses ? Y a-t-il quelquefois dans l'eau des substance^ capables de causer des accidents? Quelles sont ces substances? Il est aisé de reconnaître que la solution générale est dans la réponse à ces trois questions.

Matières minérales. L'eau peut renfermer une quantité variable d'acide carbonique, venu soit de l'air, soit du sol, peut-ètie à la suite de l'oxydation de matières organiques, végétales particulièrement. Quelle qu'eri soit la provenance, l'acide carbonique de l'eau n'est certainement pas offensif par lui-même; nous en absorbons de propos délibéré dans l'eau de Seltz et les vins mousseux. On ne l'accuse pas, du reste; on se plaindrait plutôt de son absence.

L'oxygène est dans le même cas. 11 suffit, je pense, de se demander pourquoi la rareté de l'oxygène libre dans l'eau serait dangereuse, pour se trouver obligé de répondre qu'on n'en sait rien. C'est mortel aux poissons, parce qu'ils n'ont pas d'autre oxygène à respirer; mais les animaux terrestres et aériens n'ont pas besoin de celui-là. Tout le monde convient que l'oxygène disparu a servi à oxyder des matières minérales ou organiques : c'est donc une mauvaise note pour l'eau, mais ce n'est rien de plus. Les accusations précises, formulées à l'égard des eaux peu ou point aérées, sont de pures hypothèses.

Il est inutile de parler de l'azote, assurément inoffensif dans l'eau, lors même qu'une portion de ce gaz résulterait de la décomposition de matières organiques.

Quelques ruisseaux, infectés par les résidus des sucreries, amidonneries, féculeries, renferment de l'hydrogène sulfuré ; certains puits sont empestés par les éléments du gaz d'éclairage. Il est probable que de telles eaux ne peuvent nuire, parce que leur puanteur est un préservatif suffisant et qu'on ne les emploie à aucun usage. Les riverains des cours d'eau pollués par les industries citées ont bien assez à faire de se défendre contre les émanations que ces eaux répandent dans l'air. L'hydrogène phosphore, qui se rencontre parfois dans des eaux où se décomposent des matières albuminoïdes, possède également une odeur assez prononcée pour ôter à qui que ce soit l'envie de se servir du hquide qui en contient.

EAU (iiYGiÈNii). 477

En ce qui concerne les matières minérales solides, il est certain qu'un total élevé de sels dissous, comme il existe dans l'eau de mer ou dans quelques eaux dues minérales, rendrait l'eau d'un usage dangereux pour la santé ; mais, justement, il est de traditiou de ne pas employer ces eaux en boisson ni pour aucun usage domestique ou industriel. Jamais, dans les eaux naturelles, on ne trouve une proportion de sels véritablement inquiétante, si l'on considère qu'il est peu d'individus qui boivent plus de 1 litre d'eau par jour et que, dans les circonstances habituelles, aucun de ces sels n'est dangereux à petites doses.

Au point de vue qui nous intéresse, on peut réunir aux sels que i'eau a pris aux profondeurs du sol ceux, beaucoup plus suspects, qui lui viennent de la surface ou se forment dans les eaux superficielles par l'évolution des oxydations de matières organiques, sels alcalins et ammoniacaux, nitrates, phosphates, sulfates. Or, voici les doses sous lesquelles se sont présentés les divers sels dans un essai tenté par Tiemann et Preusse sur une eau incontestablement sale et dont, par cette raison, personne ne se servira jamais, l'eau d'égout.

Le résidu desséché à 100 degrés de cette eau renfermait, pour 100000 parties :

Sulfate de clio'.ix 63

— lie potaîse 5.i

Carbonate (le c'iiau.v ."I

— (le magnésie 8

— rie lei' 1,5

Chlorure de sodium 38

— de potassium 1

Nitrate d'ammoniai[ue 5

— de cliaux 19

Silice 5

Matières organiques non volatiles à 100 de;:ri'S 21.3

Total 225,0

Il y a donc, dans cette eau, 40,5 parties pour 100 000 ou Û8%405 par litre de carbonates de chaux, de magnésie et de fer. Y en eùt-il le double, auquel cas ia limite de solubilité des carbonates même dans l'eau chargée d'acide carbonique serait à peu près atteinte, cela ne ferait pas 1 gramme par litre de sels absolument inoffensifs. On a même pensé que le carbonate de chaux, dans l'eau, est bon à quelque chose, à former les os. L'eau est dure sans doute, mais il n'y a guères que le savon qui s'en aperçoive, avec les chaudières des machines à vapeur. En réunissant les sulfates, on obtient 08%97 par litre, équivalant à Û8'',55 d'acide sulfurique : or un adulte élimine environ 2 grammes de cet acide en vingt-quatre heures par les urines. Bien que le tiers des sulfates soit représenté par le sulfate de potasse, il est peu admissible que cette faible dose produise des accidents, au moins à la suite d'un usage momentané. Il n'est pas aussi certain que l'usage habituel et prolongé d'une eau chargée de sulfates soit également indifférent; des observations ont été apportées qui, tendant à prouver le contraire, méritent d'être prises en considération et, à tout le moins, d'être discutées. Mais que l'on veuille bien réfléchir d'abord que nous avons pris pour exemple un cas extrême, une eau que chacun repousse tout d'une voix. Les nitrates sont peu accusés pour eux-mêmes; la thérapeutique les emploie à beaucoup plus haute dose que celle qui est exprimée ici, et sans arrière-pensée, comme le faisait remarquer Grellois. Quant au sel de cuisine, bien que divers hygiénistes le prennent comme mesure de l'impureté des eaux, il est clair que ûs^SS par litre disparaissent devant la quantité de ce sel que nous ingérons

478 EAU (iiycikne)

journellement avec intention. Dans la région des chotts d'Alge'rie, on trouve des sources ou des puits dont Tenu est horriblement salée; on se borne à ne pas en boire (Jaquemet).

Quelques observateurs ont attribué à l'usage des eaux troubles du Gange, du Mississipi, par exemple, des diarrhées plus ou moins graves, parfois avec ulcérations intestinales. Quand on songe aux éléments divers, extérieurs à l'eau, et à la complexité des substances contenues dans l'eau des fleuves, qui peuvent aussi contribuer à provoquer des diarrhées, il est assez téméraire d'affirmer que des affections gastro-intestinales sont dues surtout ou même exclusivement aux matières terreuses que charrient les eaux troubles. Grellois s'est mis lui-même, à dessein, au régime de l'eau limoneuse, et n'a éj)rouvé autre chose que le manque de charme d'une semblable boisson. L'eau de la Medjerdah (Tunisie), rivière qui charrie des dépôts considérables, est toujours trouble. Cependant, les riverains la boivent; Moissonnier déclare qu'on peut en user sans inconvénients et le docteur Du Martin a bu pendant un an l'eau de la rivière, sans éprouver, vers la fin, autre chose qu'un léger dérangement intestinal (Moissonnier), qui pourrait aussi bien relever de toute autre cause.

Letheby, en comparant la statistique de 65 villes anglaises, a pensé reconnaître que la mortalité baisse comme la chireté àc l'eau consommée augmente, pourvu que l'eau soit bonne d'ailleurs. Nous tenons la formule pour exacte, à titre de coïncidence, mais avec Wolffhûgel et la Commission de la pollution des cours d'eau nous attachons à la dureté une importance sanitaire assez médiocre pour ne pas croire qu'elle ait eu de si heureux effets, pas plus que nous ne sommes disposé à lui attribuer le goitre, la pierre, la carie dentaire, etc.

Les étrangers qui s'arrêtent à Munich, dit Wolffhûgol, sont fréquemment pris de diarrhée, et l'on met cet accident au compte des mauvaises eaux de l'endroit. Yérificalion faite, il se trouve que parmi ces étrangers ceux-là surtout sont atteints, qui, pour éviter cette eau mal famée, se sont gorgés de bière de Bavière. Il doit se produire, à Paris, quelque illusion du même genre, dans laquelle le marchand de vins est plus coupable que l'eau.

En 1881 éclata sur les poissons de la Mcurthe, en amont de Nancy, une épizootie meurtrière, dont le public rendit responsable l'usine de la Compagnie Sohvay, établie près du confluent du Sanon et de la Meurtbe. Étudiant les faits, le professeur Poincaré reconnut que la mort des poissons était due à une affection parasitaire, et l'un de ses élèves, le docteur Olivier, expérimentant sur lui-même, ne parvint à éprouver des coliques et de la diarrhée par l'ingestion des eaux des soudières qu'en avalant une solution (de chlorure de sodium et de calcium) tellement chargée que la saveur en était repoussante et aurait suffi pour éloigner toute idée de consommation. Ainsi en est-il de beaucoup d'eaux qui seraient positivement nuisibles; on ne saurait en boire : par conséquent, on est suffisamment protégé.

11 n'y a probablement qu'un cas dans lequel il se trouve positivement, dans l'eau, des substances minérales nuisibles: c'est celui de l'introduction, accidentelle ou par malveillance, de sels vénéneux dans cette boisson. On sait, malheureusement, que ceci n'est pas une pure vue de l'esprit; il existe un grand nombre de faits d'empoisonnements qui reconnaissent cette provenance. Ce sont, d'habitude, les sels de plomb, empruntés d'ailleurs aux tuyaux de conduite, que l'on retrouve à l'origine des accidents.

Matières organiques. Il ne saurait y avoir de doutes à l'égard des eaux qui

EAU (hygiène). 479

renferment des œufs d'entozoaires; les rapports étiologiques sont ici bien démontrés ou tout au moins fort vraisemblables. Le distome hépatique, le distome lancéolé (tous les deux chez les Ruminants), le distome hématobie [Bilharzia hœmatobia), qui cause l'hématurie endémique d'Egypte et du Cap, se propagent par l'intermédiaire de l'eau. Leucliart paraît avoir établi que le distome hépatique accomplit la première phase de son existence parasitaire dans le corps d'une petite coquille d'eau douce {Lymnœus miniifns et L. pereger). Il en serait de même, selon Patrick Manson, du Distoma Ringeri ou peut-être D. pidmonale Baelz, qui cause, en Chine, an Japon, à Formose, Vhémoptysie intermittente chronique : l'embryon est avalé dans l'eau, avec le petit animal qui en est porteur; celui-ci est digéré, l'embryon devenu libre gagne les poumons humains, son dernier séjour. La filaire de Médine, d'après van Beneden, a également habité d'abord le corps d'un cyclope, crustacé microscopique d'eau douce. De même, Manson suppose que c'est encore par l'eau non filtrée que s'introduit la filaire du sang [Filaria immltis), assez commune en Chine. Enfin la filaire de Wucherer ou de Bancroft [Filaria sangninis hominis), échappée du corps d'un cousm, serait fréquemment absorbée avec l'eau de boisson.

L'embryon du Bothriocephahis latus se développe des œufs du ver dans l'eau douce et arrive par ce véhicule dans l'estomac de l'homme et des mammifères (Knocb). On a reconnu, dans l'eau, la présence des œufs d'ascarides lombricoïdes. 11 paraît probable que c'est par le même véhicule que pénètrent les embryons de Vankylostome duodénal, auquel Griesinger attribue l'anémie d'Egypte et que Perroncito, Concato, Sonderegger, Lesage, rendent responsable de l'anémie du Saint-Golhard et d'Anzin. Enfin l'eau nourrit aussi les Anguilhdes auxquelles on est disposé à attribuer la diarrhée de Cochinchine.

Notons encore les sangsues, fréquentes dans certaines eaux d'Algérie, qui sont avalées avec l'eau, inaperçues parce qu'elles ont la grosseur d'un fil, et qui, se fixant au pharynx du consommateur, se gorgent de sang et se dégorgent tour à tour sans lâcher prise, de façon à produire une hématémèse ou un crachement de sang presque continu, grave à la longue. Ces annélides appartiennent à la variété dite sangsue de cheval [hœmopis sangnisuga) .

En dehors de ces faits assez nets, il est difficile de ne pas reconnaître que l'étiologie par l'eau est très-épineuse, obscure, complexe, et qu'il existe à cet égard beaucoup d'allégations qui auraient besoin de s'appuyer sur des preuves conformes aux procédés scientifiques modernes. Notons tout de suite que ceux dont nous disposons jusqu'aujourd'hui, si perfectionnés qu'ils soient, sont encore impuissants à fournir toute la lumière désirable et à fixer des rapports précis. Raison de plus de se défier des théories qui reposent sur des conceptions à priori, incapables de résister à l'analyse.

Il y a deux moyens de rechercher les matières organiques dans l'eau : l'analyse chimique et l'examen au microscope. Plus ces moyens se sont développés, plus il a été clair qu'on aurait tort de regarder d'avance comme certaine la présence de matières pathogènes dans l'eau.

Autrefois, et même aujourd'hui encore, quand on ne recherche pas une exactitude rigoureuse, on évaporait une quantité d'eau déterminée; on pesait le résidu, on le chauffait au rouge. En le pesant de nouveau, *on pensait trouver par différence le poids des matières organiques disparues. Ce procédé, comme on verra, est très-infidèle, même au seul point de vue qui nous occupe en ce moment; divers éléments organiques sont volatilisables au-dessous de 100 degrés;

480 EAU (iiyuiènk).

d'autres se décomposent; leur acide carbonique, par exemple, va se fixer sur l'une des bases terreuses du résidu, augmente le poids des matières minérales et diminue celui qui est intéressant. Aujourd'hui, il y a surtout deux méthodes en vogue : celle de Frankland et Armstrong, ou par combustion, et celle de Wanklyn, par laquelle on convertit en ammoniaque, au moyen du permanganate de potasse, tout l'azote des matières organiques, pour l'évaluer sous cette forme en se servant du réactif de Nessler, ou pour calculer l'oxygène du permanganate employé à brûler la matière organique.

La méthode par combustion, de Frankland, convertit en azote et en acide carbonique tout l'azote et le carbone du résidu de l'eau examinée. Les deux gaz recueillis simultanément sont mesurés en volumes, desquels on déduit par le calcul les poids de carbone et d'azote qui se trouvaient originairement dans la matière organique.

Mais celte méthode, dans laquelle la combustion exige une série d'opérations et de réactifs assez compliquée, a dû être modidée pour plus de simplification. Dupré et Ilake déterminent le carbone organique en faisant passer l'acide carbonique, produit par l'oxydation des matières, à travers l'eau de btiryte, et en transformant le carbonate obtenu en sulfate de baryte qu'on pèse de la façon ordinaire. Dittinar et Robinson évaluent l'azote organique à l'état d'ammoniaque que l'on fait absorber par l'acide chlorhydrique dilué et que l'on dose par le réactif de Nessler (solution d'iodure de potassium et de sublimé, 13 grammes de chacun, dans 800 grammes d'eau, avec 160 grammes d'hydrate de potasse).

Le dosage du carbone a plus d'importance, quand il s'agit de matières végétales,

et celui de l'azote, quand on a affaire à des substances d'origine animale. D'autre

part, celles-ci sont les plus redoutées et, probablement, les plus redoutables.

Frankland estime que le rapport de l'azote au carbone est .omme dans

1 1 ,yo

une eau de source ne renfermant que de la matière humique, tandis qu'il devient

^ dans une eau de puits souillée d'infiltrations d'égouts, de fosses et puits

absorbants, et même ■— r dans de l'eau d'égout brute. Malheureusement , le

même émiuent chimiste remarque également que l'oxydation fait plus rapidement disparaître le carbone dans les matières végétales, et l'azote dans les matières animales. Il est donc nécessaire de joindre à la recherche du carbone et de l'azote celle des produits de transformation, nitrates, nitrites, ammoniaque. De là de nouvelles difiicultés.

Quant à la méthode par le dosage de l'ammoniaque albuminoïde, les auteurs ne l'ont jamais regardée que comme un moyen d'apprécier la qualité relative de l'eau de boisson et non comme un moyen de connaître la proportion absolue d'azote organique du liquide examiné. Il faut remarquer aussi que la consommation de permanganate, étant liée à la présence de matières facilement oxydables, peut être déterminée pour une part aussi bien par l'oxydule de fer, les nitrites, les sulfures, que par les substances organiques proprement dites. *

Tout récemment, des expériences appelées à avoir quelque retentissement ont eu lieu en Angleterre, probablement par l'initiative du Local Government Board, dont le dernier rapport contient un long mémoire du docteur Cory à ce

EAU (iiygiè.nk). 481

sujet. On a pris des échantillons de l'eau des robinets de distribution auxquels on a mêlé en proportions variables des matières de selles d'individus sains ou des selles typhoïdes, et l'on a envoyé simultanément l'eau primitive et les échantillons souillés artificiellement, dans une proportion connue, à des chimistes différents et opérant de façon différente, spécialement à Franklandet à Yanklyn. Les résultats obtenus ont été, généralement, de même sens, mais n'ont pas toujours concordé avec le degré de souillure réelle. L'ammoniaque albuminoïde a été trouvée plus abondante, à souillure égale, dans l'eau contenant des selles saines que dans celle à matière typhoïde; sur trois échantillons contenant respectivement 0s'»'",209 , 08"'",258 , 08™"",518 par gallon, les chimistes obtinrent des résultats concordants pour les deux premiers, mais l'ammoniaque albuminoïde du troisième atteignait à six fois celle des autres. Dans un autre cas, deux échantillons avaient été infectés, l'un avec l8f'''",75par gallon S l'autre avec Ss^'^SoO, c'est-à-dire le double, de selles typhoïdes; l'analyse donna les proportions suivantes d'ammoniaque albuminoïde :

Grains Milligrammes

par pallon. par litre.

Eau non souillûc 0,0075 0,107

celianlillon ir 1 0,009a 0,156

Les résultats de l'analyse n'ont donc pas doublé comme la souillure. On doit en conclure que la chimie est inhabile à préciser le degré de souillure organique des eaux et surtout, ce qu'on savait d'ailleurs, qu'elle ne distingue pas les impuretés banales de la contamination spécifique. La haute situation des chimistes ici mis en cause rend l'argument aussi péremptoire que possible.

Ilàtons-nous de dire que ceci ne touche en rien au prestige légitime de la chimie et ne diminue pas la valeur des services qu'elle rend à l'hygiène et qui s'étendront de jour en jour. Une science nouvelle, que l'on appelle déjà la Baclériologie, semble devoir aborder de plus près le difficile problème de la nature des corps dont la présence dans l'eau confère à celle-ci des propriétés spécifiques. Mais, dit Tiemann, quand même on réussirait à caractériser exactement les excitateurs d'un plus grand nombre de maladie? infectieuses et à rendre vulgaires les méthodes de leur recherche dans l'eau, on iic nourrait encore se passer de la chimie. Devant la difficulté d'essayer de grandes quiintilés d'eau au point de vue de chaque genre de micro-organismes, la chimie sera toujours l'éclaireur nécessaire pour indiquer quelles eaux ont besoin d'une exploration microscopique exacte. Dans ces conditions, il faudra toujours, comme aujourd'hui, regarder la pureté de l'eau comme la plus sîire garantie de son innocuité, et ce sera à la chimie encore qu'il faudra s'adresser pour obtenir à cet égard les renseignements désirés.

En reprenant notre étude sur l'incertitude des caractères chimiques accrédités des eaux impures, nous ferons encore valoir à l'égard de Yammoniaque, des nitrates, des nitrites, des chlorures, un certain nombre de considérations, qu'on trouvera plus développées dans le travail de Wolffhiigel {Handbuch der Hygiène, de Pettenkofer et Ziemssen).

Notons d'abord que l'ammoniaque, les sels azotés et les chlorures, ne sont pas offensifs par eux-mêmes et ne se présentent pas, dans les eaux de consommation, sous des doses qui les rendent dangereux. Bien qu'on ait l'habitude de prendre

* Le grain = 0i;%0648 ; lo gallon = 4"',543.

DICT. ENC. XXXI. 51

tantôt l'un, tantôt l'autre pour critérium de l'impureté de l'eau, il est certain que tous peuvent se rencontrer dans des eaux qui n'ont en aucune façon été influencées par la décomposition des matières organiques. L'ammoniaque et les sels azotés existent dans l'eau de pluie; les eaux de source de divers terrains nullement souillés sont riches en chlorures.

L'ammoniaque peut, dans l'évolution des phénomènes de décomposition organique, précéder les nitrates; mais elle peut également être une rétrocession de ceux-ci, par réduction. 11 en est de même des nitriles. Les eaux qui ont traversé un sol parfaitement souillé manquent quelquefois d'ammoniaque, parce que celle-ci a été retenue par le sol lui-même ou s'est transformée, sous l'influence de l'air d'un sol perméahle, en carbonate et sulfhydrate d'ammoniaque, qui se sont échappés dans l'atmosplière. Les conclusions de Fodor, qui regarde l'ammoniaque comme le meilleur indice des souillures de l'eau, peuvent être légitimes pour Budapest (sol sableux); mais lieichardt, à léna, Schulze, à Uostock, C. Schmidt, à Dorpat, n'y attachent aucune valeur et n'en ont quelquefois pas rencontré dans l'eau des puits qu'ils ont étudiée. En relatant une épidémie de dysenterie, à Barmen, en 1875, C. Bulk constate que l'eau des puits des maisons atteintes était exempte d'ammoniaque 70 fois sur 100; qu'elle en renfermait seulement des traces, 28 fois pour 100. En revanche, il fait ressortir que 76 fois pour 100 celle eau était très-riche en nitrates et en chlorures, ce qu'il regarde comme un signe de haute impureté.

Pourtant, les nitrates, en leur qualité de produits d'oxydation, sont déjà loin de la matière organique primitive et du processus de putréfaction. Quant aux chlorures, G. Flùgge lui-même, qui eu recommande le dosage comme le meilleur renseignement sur les modifications temporaires de l'eau du sol, reconnaît qu'on ne saurait démontrer une relation eulre leur abondance dans l'eau des puits et la fréquence de la lièvre typhoïde. C'est, du reste, selon lui, la même chose pour la souillure par les déchets animaux dans leur ensemble, vis-à-vis de la même maladie. Ainsi que Port pour les casernes de Munich, Flùgge a souvent remarqué que les localités les plus disposées au typhus abdominal se distinguaient par la pureté de leurs eaux, et inversement.

Sans doute, il existe un grand nombre d'observations contraires, dont on ne saurait dire que les auteurs aient moins bien vu que les précédents. En France, une bonne partie des rapports des médecins des épidémies signale toujours l'impureté des eaux et surtout l'impureté banale (celle dont il est question en ce moment) à l'origine de la fièvre typhoïde et de ({uehjues autres fléaux. A Lille même, à l'occasion de l'épidémie typhoïde des quartiers de Wazemmes et de Moulins, en 1882, Ch. Pilât et Carton opposent soigneusement l'immunité des individus de ces quartiers, qui s'étaient procuré une eau irréprochable, auv atteintes nombreuses dans les familles ([iii avaient usé de l'eau de puits incontestablement souillés. Teissier (de Lyon) a fait une communication à l'Association pour l'avancement des sciences tout exprès pour relever une opposition semblable. Nous aurons occasion de la retrouver souvent reproduite. Mais la souillure dénoncée a-t-elle été la cause immédiate, ou bien n'était-ce qu'un auxiliaire ou même simplement une association de hasard ? D'habitude, on ne discute pas cette alternative; la solution, à vrai dire, est difficile. Remarquons que rien n'est plus commun que la souillure des eaux de puits et, par conséquent, qu'on peut la rencontrer souvent, avec n'importe quelle épidémie.

On n'est pas mieux renseigné sur la nocuité et sur la manière de nuire de

EAU (hygièn'e). 483

substances d'origine organique, autres que l'ammoniaque et les sels, et dont il a déjà été question : dérives des amides, indol, skatol, acides gras, etc. Ces impuretés, disent les uns, convertissent l'eau en une liqueur nourricière, favorable à la culture spontanée des scliizopliytes. En supposant que la proposition générale soit vraie, il est invraisemblable quecette liqueur nourricière convienne à toutes les espèces de schizophytes, alors que Pasteur, Koch et autres, sont •obligés de varier considérablement leurs bouillons et leurs gélatines pour trouver le milieu favorable à la culture de cbacun des micro-organismes sur lesquels ils expérimentent. Est-ce au développement des bactéries pathogènes que l'eau sale se prête? On ne le sait pas encore; il est même probable qu'elle ne convient qu'aux bactéries de la putréfaction qui, précisément, paraissent incapables d'être des excitateurs de maladies. Chose assez remarquable, les corps qui résultent finalement de la putréfaction : indol, phénol, crésol, skatol, sont même ■des agents antipathiques au développement des organismes inférieurs (Nencki, A. Wernich), D'ailleurs, tous les microbiologistes savent et déclarent qu'il y a •de ces organismes dans toutes les eaux possibles, sauf l'eau distillée, au sortir de l'alambic. Ce n'est donc point parce qu'elle nourrit des micro-organismes •quelconques que l'eau peut être dangereuse.

D'autres ont eu en vue le poison septiqne ou les alcaloïdes qui se développent de la putréfaction des cadavres ou des matières fécales (ptomames), ou •encore le ferment non figuré que Ililler pense avoir isolé des matières putrides. La chimie paraît être encore assez indécise à l'égard de ces corps. En les admettant comme démontrés et d'une nocuité positive, il est bon de remarquer d'abord, avec Wolffhûgel, que leur action fâcheuse ne peut être qu'ime intoxication et rien qui autoriîe à croire que quelque chose d'analogue se passe dans la genèse de la malaria, du typhus abdominal ou du choléra. Ce que nous connaissons de plus instructif à l'égard de l'action des poisons putrides de l'eau, ce sont les expériences d'Emmeinch, à Munich, auxquelles il a déjà été fait allusion. Ce médecin tuait un lapin du poids de 1160 grammes, en dix-huit heures, avec «ne injection sous-cutanée de 18 centimètres cubes de l'eau d'égout de Munich (qui ne reçoit pas de matières stercorales), tandis qu'une injection de 20 centimètres d'eau de l'égout de l'asile d'aliénés (qui reçoit toute la vidange) restait inoffensive sur un lapin du poids de 800 grammes. Simon (de Heidelberg) avait pu injecter 16 grammes d'urine fraîche sous la peau d'un homme, et jusqu'à une livre du même liquide à un chien, sans provoquer d'accidents. Emmerich injecte 20 centimètres cubes d'urine ayant stagné quelques jours à un lapin pesant 1510 grammes: au bout de quarante-trois heures, l'animal avait succombé. Quant aux dilutions d'excréments humains, les expériences d'Emmerich confirment ce qu'avaient enseigné Stich, Panum, Bergmann, Hiller: «lies sont toxiques, même quand il s'agit de matières fraîches. Mais elles ne le sont pas à dose infinitésimale ; une dilution au dix-millième, en injection, se révèle encore par des accidents ; au vingt-millième, elle est inoffensive pour un lapin à la dose de 60 centimètres cubes en une injection. Il est vrai que les eaux ménagères, les eaux de fabrique et même les eaux de lavage des parquets, si elles ont croupi quelques jours, sont également toxiques. Les eaux pluviales, après avoir entraîné le crottin des rues, tuent un lapin de 1220 grammes par une injection de 36 centimètres cubes. Si frappantes que soient ces expériences, elles ne prouvent pas absolument que les eaux sales les plus ordinaires puissent 4iuire sérieusement aux humains. Tout d'abord, elles sont infiniment plus

■484 EAU (hygiène).

diluées que le liquide des injections mortelles et, surtout, elles sont absorbées par l'estomac et non par la peau. Emmerich lui-même et quelques autres personnes ont bu pendant une période assez longue de l'eau d'égout et une dilution fécale jusqu'à 1 sur 20 000, sans éprouver d'inconvénients, Or, en supposant que la vidange intégrale de tout Munich fût livrée à l'Isar, la dilution des immondices fraîches n'y atteindrait pas 1 pour 200 000.

Ces expériences ne précisent, d'ailleurs, nullement la nature des principes qui ont produit les accidents, et ceux-ci ne rappellent à proprement parler aucune maladie, mais plutôt l'empoisonnement septique (et non septicémiquc). WoirHuigel fait les mêmes remarques et s'inscrit même contre l'idée très-répandue, que nous ne repoussons pas formellement : que l'usage prolongé d'eaux putrides, sans produire d'accidenis aigus ni de maladies directement issues de cette mauvaise boisson, rend l'économie plus apte à manifester l'action des principes infectieux quand elle les a une fois reçus. En effet, dit-il, on ne connaît pas encore assez les causes des différences individuelles dans la réceptivité pour les moteurs infectieux, non plus que ces moteurs eux-mêmes, pour qu'il y ait autre chose qu'une hypothèse dans la conception que cette formule implique.

Rappelons, en passant, l'innocuité de l'eau des puits de cimetière, généralement reconnue, encore que l'on puisse assez souvent contester que ce soit une eau irréprociiable.

Les matières organiques en suspension, sans revenir à ce qui a été dit des entozoaires, sont encore plus redoutées et plus accusées que les substances dissoutes. Elles sont de deux ordres : les débris et les organismes inférieurs; ceux-ci, à notre époque, ont une bien autre importance que ceux-là.

A. Les débris sont étrangement variés. On y trouve tous les éléments des poussières : filaments de lin, de laine, de colon, >duvet, plumes, poils végétaux, fragments de bois ou de paille, corpuscules d'amidon, spores de champignons ; — la gangue des immondices : épilhélium buccal, globules de mucus, fèces, débris de substances alimentaires, cellules de pomme de terre, de céréales, vaisseaux végétaux, fragments de fibres musculaires : — des fragments de fibres du bois des corps de pompe pourris, des cellules corticales, — les restes plus ou moins complets d'animaux noyés, poils de rats, écailles de papillons, pattes de mouches ou d'araignées, carapaces d'insectes; — des animaux entiers qui ont vécu dans l'eau ou appartenant à des espèces qui y vivent encore (F. Cohn, Wolffhiigel), tels que les coquillages et mollusques de la vase, les tortues à odeur fétide des ruisseaux algériens et les anguillules rouges signalées par Moissonnier dans des sources de Tunisie. Toutes ces choses mortes, qu'on n'aime à rencontrer nulle part, sont bien faites pour rendre l'eau aussi peu appétissante que possible et pour inspirer des scrupules. Peuvent-elles rendre malades les consommateurs, et quelles maladies font-elles surgir? Ce sont des questions encore mal résolues.

On voit, un peu partout dans les campagnes, en France, des puits médiocrement installés, à margelle en bois et orifice découvert, sous les arbres d'un verger, dans lesquels les feuilles tombent, où les enfants jettent des ordures et où se noient fréquemment de petits animaux. Les paysans boivent cette eau assez abondamment, en raison de leurs habitudes d'activité qui élèvent le besoin de réparation aqueuse, et parce qu'elle est d'ordinaire assez fraîche. On ne remarque pas qu'ils en éprouvent des conséquences fâcheuses et, si leur santé

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n'est pas ce qu'elle pourrait être, il est possible d'en découvrir quelque autre motif.

Cependant, des eaux ainsi banalement souillées passent, en d'autres circonstances, pour être une cause de diarrhée et de dysenterie. L. Colin, dans une remarquable élude consacrée à révoquer en doute l'aptitude des eaux marécageuses à provoquer la lièvre intermittente, rapproche un grand nombre de faits appartenant à divers observateurs, desquels il résulterait que les troubles gastrointestinaux et spécialement la dysenterie sont sous la dépendance de l'usage d'eau à matières organiques, d'une façon aussi notoire que la relation de l'ingestion de ces eaux avec les accidents paluslres est contestable. Les soldats, qui n'ont guère la dysenterie en garnison, alors qu'ils boivent l'eau généralement salubrc des villes, sont au contraire éprouvés par cette maladie en expédition, parce que, pendant les marches, il leur faut recourir souvent, pour s'abreuver, aux rivières, aux étangs, aux canaux, dont le niveau s'abaisse à l'époque la plus chaude de l'année (qui est aussi celle des expéditions), d'où augmentation momentanée du chiffre des matières organiques contenues dans ces eaux. Le docteur Jaquemet qui, en 1874, eut l'occasion d'explorer la région des chotts oij il est question de créer une « mer intérieure, » dit que le désert mériterait le nom de paijs de la Uenlérie autant que celui de pays de la soif. Presque toutes les eaux en sont légèrement purgatives ; non pas, apparemment, en l'aison des sels, entre autres les sulfates de chaux et de magnésie, qu'elles renferment et dont le total n'est pas positivement excessif, mais plutôt, selon l'auteur, à cause des matières organiques en décomposition. En effet, on était à l'abri de la diarrhée quand on ne \ei buvait qu'après iiltralion piéalable. Ces matières sont de diverse provenance, mais surtout ligneuses ; les indigènes, qui, on le comprend, attachent un grand prix à la conservation des puits creusés dans la région, les protègent contre les éboulements par un coffrage intérieur en branches de palmier ou en bois d'arta; ce bois se décompose et communique uniformément à ces eaux une odeur et une saveur ligneuses, des plus désagréables, peut-être sans préjudice d'autres déchets qui y tombent ou y sont projetés sciemment. Un jour, dans les récils du voyageur, il s'agissait du cadavre d'une femme, jetée dans un puits par les Tunisiens, et qui s'y trouvait depuis six semaines; il s'en exhalait une telle odeur qu'il était impossible de rester au-dessus. On est un peu étonné de lire, aussitôt après, la remarque suivante : « Quelques bergers, ignorant ce détail, ont bu de l'eau et ont été pris de diarrhée violente. »

Si ces bergers ont bu au puits infecté, dans le moment où l'explorateur y constatait la puanteur cadavérique intolérable, comment ont-ils eu l'odorat assez obtus pour ne se douter de rien? S'ils y ont bu avant le passage du narrateur, c'est que lui-même parle d'après le récit d'autrui, et alors son observation n'a plus guère de valeur. Il y a, certainement, une tradition qui pèse sur la plupart des observateurs et qu'il serait peut-être temps de réviser. Dans un rapport officiel, d'ailleurs très-étudié, Moissonnier passe en revue les eaux de la Tunisie, généralement bonnes, à vrai dire, et déconseille l'usage de quelquesunes d'entre elles, soupçonnées de contamination organique. On ne saurait blâmer la formule pratique. Mais, les preuves apportées par l'auteur à l'appui du fait général du danger des eaux souillées de matières organiques font craindre qu'il ne s'agisse chez lui d'une opinion toute faite d'avance. « En 1876, dit-il, au camp d'Avor, un bataillon du 154'= d'infanterie venait occuper un canton-

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