EAU (uYi^ikys
nement inoccupé depuis cinq mois. On avait constaté, à diverses reprises, \st présence de matières étrangères provenant d'infiltration. Les latrines avaient été cimentées avec soin. Mais le sol très-perméable (calcaire lithographique) était sans doute {sic) imprégné, et l'eau n'ayant plus été renouvelée, 80 et quelques hommes furent atteints de diarrhées cholériformes. Comme on soupçonna que l'eau n'était pas étrangère à cette épidémie subite, je fus chargé de l'examiner et y trouvai 25 centigrammes par litre de matières d'origine excrémentitielle. Le puits consigné, l'épidémie cessa de suite. » Par quel procédé ce savant a-t-il reconnu qu'il avait affaire à des matières m excrémentitielles » et non à des détritus organiques quelconques? 11 n'en dit rien. Il est certain qu'un puits qui n'a pas servi depuis cinq mois a des chances de ne pas fournir tout d'abord une eau parfaite : mais qui n'a observé, dans des groupes de la force d'un bataillon, des diarrhées en masses, avec une eau sans reproche, qui cessaient d'elles-mêmes sans qu'on changeât rien à l'eau de consommation? Dans un autre passage, l'auteur du rapport cite le cas de deux médecins qui avaient contracté la fièvre intermittente en étudiant au microscope des dépôts de matières organiques recueillis à Ilammam-Meskoutine; que ces médecins aient pu prendre la fièvre hors de leur laboratoire, dans l'atmosphère et sur le sol palustres, il ne parait pas s'en être inquiété.
Cependant, il ne saurait être douteux que beaucoup d'eaux africaines, surtout de celles qui coulent loin des habitations, dans des ruissclets dont les bords sont couverts d'une végétation échevelée, provoquent des dérangements gastro-intestinaux. Les Européens habitués au pays se gardent d'en boire. Un jour, étant à la chasse aux environs de Laghouat, par une chaleur torride, je me laissai aller, malgré l'avertissement de compagnons plus expérimentés, à boire dans le creux de ma main à quelques-uns de ces filets d'eau, limpide, maispresque tiède et sentant le bois pourri. Je m'aperçus tout d'abord que cette eau ne désaltère point; le soir venu, je fus en proie à d'horribles coliques qui se iugèrent par une diarrhée séro-bilieuse, heureusement de courte durée. Je pensai iès lors qu'il était inutile de renouveler l'expérience et m'habituai à ne pas boire, même en marche sous le soleil le plus ardent.
Des faits analogues sont communs. Il n'y a pas lieu de les contester en bloc; mais il convient de ne pas donner à la conclusion une portée plus générale qu'elle ne le permet. D'abord la diarrhée n'est pas précisément la dysenterie, bien qu'en arrivant à l'état chronique les deux affections puissent se ressembler fort; il est absolument certain que l'on prend quelquefois la dysenterie en i'aisant usage de l'eau la plus louable. D'autre part, il est difficile d'attribuer simplement la diarrhée de l'eau aux matières organiques décomposées, et ce n'est guère être renseigné que d'entendre une formule aussi générale. Il y a peut-être, parmi ces matières, des substances inertes et d'autres dangereuses ; il se pourrait que les débris de végétaux vénéneux, comme les feuilles du laurier-rose, fussent plus particulièrement coupables; bien plus, si la relation de certains parasites intestinaux avec la diarrhée était définitivement démontrée, il faudrait totalement abandonner la préoccupation de ces fameuses matières organiques en décomposition, pour ne songer qu'aux œufs et aux larves de ces parasites qui, à la vérité, trouvent probablement dans l'étoffe putride de l'eau une de leurs principales conditions d'existence.
On sait que Normand a démontré, chez les malades atteints de diarrhée de Cochinchine, la présence d'anguillules qu'ont revues plus tard Laveran, Bavay,
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Dounon. Les médecins de la marine supposent que les anguillules existent dans les eaux que les débordements périodiques du Meïkong et du Donai déversent sur la Basse-Cochinchine et qu'elles passent à travers le sol jusqu'aux puits qui servent à la boisson, bien qu'on ait la précaution dé la filtrer. 3IaHieureusement, il ne psraît pas que la constatation directe ait eu lieu. C'est une lacime sérieuse. Sans doute, on fait remarquer que les Chinois et les Annamites, (lui ne boivent d'eau que sous forme de thé, n'ont pas la diarrhée; mais l'eau bouillante pourrait avoir la propriété de neutraliser les matières putrides aussi bien que celle de tuer les anguillules et leurs œufs. Une expérience très-curieuse, celle de Normand lui-même, semble devoir mettre hors de cause, non pas les anguillules, mais l'eau de Cochinchine; ce médecin, eu effet, pénétré des idées étiologiques en ce moment discutées, s'était astreint à ne boire que de l'eau d'Europe, pendant son séjour dans la colonie; il ne fut pas moins atteint de la diarrhée de Cochinchine. A. Bordier, remarquant que les Cochinchinois et les Annamites usent largement de Vengrais humain dans leurs cultures, est d'avis que les légumes, et non l'eau, sont les agents de la propagation des anguillules et, par conséquent, de la diarrhée.
B. Les micro-organismes ont pris une (elle importance en étiologie que plusieurs hygiénistes contemporains ont une tendance à négliger à peu près toutes les propriétés des milieux, de l'eau particulièrement, pour ne plus s'occuper que des « microbes » qui peuvent s'y rencontrer. Bien que n'appartenant pas à la classe des sceptiques à outrance, nous pensons que cette étiologie exclusive est imprudente et que la doctrine du parasitisme universel est prématurée. Nous ne voyons aucun avantage à supposer, dans l'eau, la présence de microorganismes pathogènes qui ne sont pas démontrés, ni à attribuer à ceux que l'on connaît des propriétés que l'on n'a pas vérifiées.
Un certain nombre de petits organismes vivant dans l'eau ne sont pas mis en cause pour eux-mêmes et font plutôt partie des caractères de l'eau qu'ils ne passent pour avoir une action propre. Ce sont les Entomostracées, les Infusoires et les Algues. D'autres sont directement accusés de propriétés nuisibles et appartiennent effectivement à la classe qui renferme les espèces meurtrières ; ce sont les champignons.
Les Entomostracées, DapJinia, Cyclops, Cypris, ainsi que la plupart des Botateurs, se nourrissent d'Algues et d'autres Infusoires. Us n'ont aucun effet nuisible sur l'économie et leur présence ne prouve même pas nécessairement que l'eau soit impure. Les Infusoires carnivores, Amibes, Paramécies, Oxytrichées, Chilodon cucullus, Euplotes charon, Rotifer vulgaris, les Infusoires flagellés, cei tains Infusoires ciliés, Glaucoma scintillant^ Vorticella infusionum, Colpoda cucullus, Enchelys, Paramecimn putrinum, Leucopkrys piriformis, n'habitent guère que les eaux riches en matières organiques dissoutes, mais ne paraissent pas devoir être offensifs pour les voies digestives de l'homme ; du moins n'a-t-on jamais remarqué qu'ils y fissent élection de domicile. Ce qui n'est pas le cas des anguillules. Au demeurant, l'eau qui les recèle est en fermentation putride et sent assez mauvais pour éloigner les consommateurs.
Les Algues vertes (Magnus) sont en général plus utiles que nuisibles ; elles mettent en liberté l'oxygène de l'acide carbonique dissous dans l'eau et contribuent ainsi à l'oxydation des impuretés organiques. Leur inconvénient est que, largement développées, elles viennent à se trouver à sec par le retrait des eaux et se putréfient sur les bords, ou même dans l'eau, ainsi que Bouillard le signale
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pour Versailles, Farlow à Boston [Anahœna). Les Algues bleu verdâtre (Phycochromacées) ne sont pas plus offensives et ont le même inconvénient. Les Oscillariées et Beggiatoées réduisent les sulfates et mettent en liberté l'hydrogène sulfuré, quelquefois assez abondamment pour faire une eau minérale; ce résultat suffit à retrancher ces eaux de la consommation ordinaire. Les Saprolegnées vivent sur des débris stercoraux ou cadavériques; rien ne prouve qu'elles soient dangereuses par elles-mêmes. Elles n'ôtent, du reste, plus rien à des eaux qui ont déjà, à première vue, perdu toute qualité. Une algue qui a beaucoup fait parler d'elle dans ces derniers temps, à Halle, à Berlin et à Lille, c'est VHypheothrix Kûhniana Babenhorst ou Crenothrix poUjspora de F. Gohn, qui se développe activement dans les eau\ qui renferment de l'oxyde de fer. Elle communiquait, en 1881, un si mauvais aspectà l'eau de Tegel, distribuéeà Berlin, et surtout elle tourmenta si fort la municipalité locale, qu'elle y conquit le titre de calamité des eaux. Peu s'en follut que l'émotion publique ne lui confirmât celte fâcheuse désignation, à Lille, en 1882. Pourtant, ni à Halle, ni à Berlin, ni à Lille, sauf les embarras municipaux et l'inquiétude vulgaire, on ne remarqua que le Crenothrix dans l'eau ait eu la moindre influence sur la santé des habitants (Flûgge, Millier, Wolffhûgel).
Toutes ces algues, relativement grandes, si on les compare aux Schizomycètes proprement dits, sont probablement Irès-inoffensives par elles-mêmes vis-à-vis de la santé des consommateurs de l'eau, encore qu'elles soient désagréables à l'œil et, parfois, mécaniquement gênantes. Gela ne veut pas dire que l'eau qui les renferme soit irréprochable ; j'accorde que l'eau pourvue d'Algues vertes ne peut qu'en être assainie, mais il vaudrait mieux pour elle n'en avoir pas eu besoin. Au fond, les Algues ont besoin de nourriture, et je pense que ce sont les matières surajoutées à l'eau, et servant à alimenter cetie végétation infime, dont la présence est fâcheuse et constituent pour l'eau une infériorité réelle : ce qui arrive fréquemment, lorsqu'on emprunte l'eau d'approvisionnement des villes à une nappe souterraine non suffisamment protégée contre les déchets d'industrie, et qui ne s'est point spontimément purifiée par la fillration dans le sol sur un long parcours. C'a été le cas de la ville de Lille, en 1882, avec le Crenothrix et beaucoup d'autres Algues qui l'accompagnent et qu'on n'a point nommées à cette époque ; toutes indifférentes, mais attestant que l'eau est nourricière, c'est-à-dire suspecte.
Nous arrivons aux Champignons. Il nous suffit ici, sans nous préoccuper de l'exactitude botanique, de les classer, comme Nâgeli, en moisissures, levures et schizophijtes. De même, nous nous bornerons à envisager, parmi ces derniers, le microcoques, les bactéries, les bacilles, les vibrions et les spirilles, qu'il nous arrivera quelquefois de confondre, pour la commodité du langage, sous le nom générique de bactéries ou bactériens, ou vibrioniens.
L'immense majorité des moisissures sont inoffensives. Il en est, cependant, dont les propriétés nuisibles sont bien démontrées. On connaît une maladie des oiseaux qui est une mykose des voies l'espiratoires, en général caractérisée par le développement d'un Aspergillus dans les organes envahis. Cette affection est, à la vérité, plutôt locale, et ne ressemble pas exactement à une maladie infectieuse. Cependant, elle suffit à faire inscrire la nocuité possible de cette moisissure. D'ailleurs, il n'est pas douteux que les eaux puissent être le milieu de développement d'un grand nombre d'espèces de cette catégorie.
Les genres Pénicillium glaucum, Mucor mucedo, Aspergillus, Fusisporium
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et beaucoup d'autres, y végètent à l'état de mycélium abondant, sans fructifier. F. Cobn soupçonne que, parmi les filaments rencontrés par lui et quelques autres, dans les eaux de puits, et désignés sous les noms de Leptothrix, Hijgrococis, Leptomitus, beaucoup, ainsi que d'autres fdaments, peuvent bien n'être que des cbampignons encore inconnus (WoUTliûgel).
Peut-on, des méfaits constants de certaines espèces, conclure à la malignité, immédiate ou acquise, des espèces réputées indifférentes jusqu'aujourd'hui, telles que Pénicillium, Eiirotium ? Quelques expérimentateurs se sont procuré, sur ce point, de singulièi-es illusions. Grawilz (Ueber Schimnielvegetation im thierischem Organismus [Virchow's Archiv, t. LXXXI, p. 555]), se rappe- Jant le succès de Grohe et Block (1870), qui, en injectant des spores de Pénicillium et d'Eurotium dans le système circulatoire de chiens et de lapins, avaient obtenu une Mykosis generalis acutissima, tenta de reproduire les mêmes accidents à l'aide de ces champignons, dont les expériences de contrôle n'avaient pu retrouver la malignité. 11 pensa être arrivé à ce résultat en soumettant les Pénicillium et Eurotium à une série de cultures, en dehors de l'organisme. Entre la douzième et la vingtième génération, il obtenait en effet des champignons qui, injectés dans la veine jugulaire d'un lapin, déterminaient cette même Mykosis Mnii>ersa/«s foudroyante, que Grohe et Block avaient décrite. Or, cette prodigieuse et in(juiéta'nie transi'uiivation de propriétés, cette malignité acquise par la culture, n'ont pas résisté au contrôle institué à leur égard dans le laboratoire de l'Office sanitaire allemand. Le docteur Gaffky a répété les cultures de Grawitz, mais a démontré que, quand elles aboutissaient à un champignon nocif, c'est qu'à la faveur de négligences dans lu conduite des opérations il s'était glissé à côté du Pénicillium une autre espèce, Aspergillus glaucus, qui est reconnu comme primitivement malin, que l'on trouve dans la pneumomycose des oiseaux et qui est le véritable auteur des accidents observés par Grawitz.
Nous nous empresserons d'appliquer ces faits aux autres champignons, ferments et Schizomycètes. Chacun d'eux est ce qu'il est, possède des propriétés et a un rôle dont il ne change pas au hasard des circonstances. Les théories de Nageli et de Wernich, d'après lesquelles un champignon banal peut devenir champignon contage, de même que la préparation « diblastique » de l'économie, par le champignon-miasme, à recevoir le champignon-contage, sont de pures vues de l'esprit, aussi bien que la doctrine aujourd'hui présentée, en France, par des cliniciens plus brillants que rigoureux, que les parasites sont indifférents par eux-mêmes et ne deviennent pathogènes que pour avoir traversé un milieu pathologique. Les collaborateurs de Robert Koch, dont les méthodes sont au-dessus de toute discussion, nous ont rendu le service de prouver qu'on ne donne point, par la cultnre, à un champignon indifférent des propriétés malignes ni pathogènes; qu'on n'élève par aucun moyen la virulence des espèces virulentes, pas plus qu'on ne les en dépouille, comme l'a cru Buchner; qu'enfin, si nous sommes encore loin du moment oh tous les germes de maladies infectieuses seront reconnus être des organismes inférieurs et où chacune de ces maladies aura son parasite propre, selon les vues de F. Cohn, il n'en est pas moins certain que quelques-unes d'entre elles sont vraiment parasitaires et que les parasites pathogènes démontrés ont jusqu'à des caractères de forme et des aptitudes à retenir les matières colorantes qui ne permettent pas de les confondre avec des corpuscules indifférents.
Il y a des bactériens dans toutes les eaux, même les plus pures, ainsi qu'il a
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été dit. \ centimètre cube d'eau de pluie, selon Marié-Davy et Miquel, contient 55 microbes, l'eau de la Vanne 62, l'eau de la Seine 1200, l'eau d'égout à la sortie du grand collecteur 20 000, les eaux des drains de Gennevilliers 23 à 54.
De même, au dire du docteur Villaret (Revue d'hygiène, V, page 646), Robert Koch obtint, par centimètre cube d'eau, les nombres suivants de colonies, correspondant sensiblement au même nombre de micro-organismes : eau distillée bouillie 4 à 6 colonies ; eau d'égout 58 millions ; la même, au sortir des drains d'Osdorf, 87 800; eau du Rumnielsburger See 52 000 ; eau de la S|jrée, en amont de l'embouchure de la Wuble (qui ramène à la Sprée une partie de l'eau des^ champs d'irrigation), H5 000 ; la même, en aval de l'embouchure de la Wuhle, 118 000 ; à l'embouchure même de la Wuhle, 52 000; dans les machines à eau de Stralau (qui fournissent une partie de la consommation de Berlin), avant la fiUration, 125000; après la fiitration. 120.
Mais la quantité est infiniment moins importante en ceci que la nature de& micro-organismes présents dans l'eau. Rien n'est mieux démontré que l'impuissance des bactéries vulgaires, saprophytes, bactéries de la putréfaction, desmobactéries, à produire une maladie générale. Même quand on les injecte expérimentalement sous la peau ou dans le sang des animaux, la plus grave conséquence qui puisse en résulter est la formation d'abcès. Elles sont bien plus inoffensives quand elles pénètrent par les voies naturelles. Les ouvriers des équarrissagcs, les égoutiers, les amidonniers,les étudiants dans les amphithéâtresde dissection, respirent des quantités prodigieuses de spores et de microbes de la putréfaction et ne passent pas pour être sujets, de ce fait, à des affections particulières. On n'en prend probablement jamais autant par les voies digestives que par les voies respiratoires ; mais encore il est évident qu'avec le fromage, le gibier faisandé et quelques autres substances alimentaires, nous ingérons journellement des millions de bactéi-ies banales: une bouteille d'eau infecte n'est, à cet égard, qu'une dose homœopalhique auprès d'un morceau de fromage (Nâgeli). Les laits d'empoisonnements par les saucisses, encore mal interprétés d'ailleurs, ne prouvent pas le contraire, en face de l'expérience de chaque jour. Il ne faut pas non plus confondre avec les agents de la putréfaction ce qui peut n'en être que le produit.
La question de beaucoup la plus grave en tout ceci est de savoir s'il peut y avoir des bactéries pathogènes dans l'eau, si elles sont capables d'y persister avec conservation de leurs propriétés, de s'y développer peut-être, et si, par les voies digestives, elles trouvent, dans certains cas, le moyen d'infecter l'économie.
Il y a certainement quelquefois des bactéries pathogènes dans l'eau, ou tout au moins leurs spores, qui y persistent et y gardent l'aptitude à la culture et à l'inoculation. J'écarte les l'ésultats assez suspects de Brautlecht et de Guido Tizzoni sur les germes aquatiques de la fièvre typhoïde, de môme que les remarques relatives aux spirilles du typhus à rechutes (Obermeier, Engel, Birch-Hirsclifeld, Laptschinsky), qui ont été faites dans un temps où l'on ne savait pas, comme aujourd'hui, suffisamment distinguer les Spirochœtes spécifiques de celles de la carie des dents ou des milieux putrides. Mais Robert Kocb regarde le bacille du charbon comme primitivementextérieur à l'organisme animal ; ce parasite vit, croît, fournit des spores en dehors des animaux, principalement dans les substances végétales mortes ; de ces spores, à la faveur de l'aliment végétal, les bacilles charbonneux se développent, dans les marais, au bord des cours d'eau ; ils fournissent d'autres spores qui passeront l'hiver dans la vase.
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Les inondations préparent pour l'année suivante des épizooties charbonneuses: preuve que les eaux ont dissémine, sans les tuer, les germes de lu bactéridie, fournis par le mécanisme qui vient d'être indiqué ou encore par les cadavres d'animaux charbonneux, enfouis trop peu profondément. Pasteur, qui regarde l'air comme le véhicule habituel de ces germes, admet, tout aussi bien que Koch, leur conservation dans le sol ; il pense donc également que le contact de l'eau ne leur est pas mortel.
Cependant, je ne connais pas d'observation microscopique ni d'expérience de culture ou d'inoculation qui ait démontré directement la présence de la bactéridie charbonneuse dans une eau quelconque. 11 en est absolument de même des autres bacilles pathogènes connus et surtout de celui de la fièvre typhoïde, d'ailleurs assez controversé, sinon quant à son existence, au moins quant à sa forme, et bien qu'une foule de narrateurs aient publié sur l'étiologie typhoïde par l'eau do boisson des observations qui, disent-ils, ont presque la valeur d'une expérience.
Deux microbes, familiers aux eaux communes, suivant M. Pasteur, ont été signalés par l'illustre savant, l'un comme générateur du pus, l'autre comme moteur de la fièvre puerpérale {Acad. de méd., 18 mars 1879). Il en a peu été reparlé depuis; dans tous les cas, la pénétration de ces germes se ferait par des surfaces saignantes. Hors de là, il n'y aurait guères que deux parasites pathogènes dont la présence dans l'eau soit bien établie.
Le premier, c'est le bacille de la septicémie du lapin (de Davaine, qu'il ne faut pas confondre avec la septicémie de la souris, de Koch). Un élève de Rob. Koch, Georges Gaffky, cherchant à reconnaître si les organismes de la putridité, peuvent se transformer en parasites patliogènes, eut l'idée (1881) d'injecter à deslapins de l'eau de la Panke, un des affluents de la Sprée, à Berlin, qui n'est pas en odeur de sainteté, pour imiter le jeu de mots de l'auteur, et que nous traiterions simplement d'immonde. Il obtint des accidents septicémiques incontestables, retrouva, dans le sang des victimes, des bactéries de la septicémie et, en reprenant sous le microscope l'eau de la fétide rivière, put constater qu'au milieu d'une foule de formes diverses le même organisme que celui du sang septicémique existait dans l'eau putride qui avait servi aux expériences. Ce fait est déjà grave et, malgré son isolement à celte éooque, n'a pu faire autrement que d'impressionner Woffhiigel et Tiemann, à la réunion des hygiénistes allemands à Berlin (mai 1883), en dépit de leur antipathie déclarée à l'égard des théories étiologiques par l'eau de boisson [Trinkwassertheorié).
L'autre bacille pathogène retrouvé dans l'eau n'est rien moins que celui du choléra. La constatation vient d'en être faite par la mission allemande du choléra dans l'Inde (1884). Il existe, au Bengale, une foule de tanks, qui ne sont que des lacs, étangs ou marais, entourés de cabanes, et qui fournissent aux pauvres habitants toute la quantité d'eau dont ils ont besoin, lavages et boisson. Les latrines, très-primitives, sont au bord des tanks ; ce même bord est le lieu de dépôt de toutes les immondices. L'eau de ces collections est donc fortement, impure et a été accusée par presque tous les médecins. Or, dans une localité située sur les bords d'un tank et où sévissait le choléra, les habitants continuant à utiliser cette eau pour la boisson, les bains, les lavages, y compris les linges souillés de déjections cholériques, la Commission a pu, à l'aide de cultures sur gélatine nourricière, trouver des bacilles du choléra en très-grand nombre dans plusieurs des premiers échantillons prélevés de l'eau du tank suspect. j
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Toutefois, des échantillons pris à une date postérieure, vers la fin de l'épidémie, un seul qui avait été prélevé dans un point très-impur du tank contenait ces mêmes bacilles en petite quantité.
Jusque-là, on avait cherché en vain le bacille du choléra dans l'eau des tanks, des rivières, des égouts, ou toute autre très-impure. La découverte de Rob. Koch semble donc prouver que l'eau sale peut être, pour un temps, le véhicule du contagc cholérique, mais non que celui-ci puisse se multiplier ou seulement se conserver dans ce milieu, quoique d'autre part la Commission ait acquis la conviction que l'humidité est favorable au microbe, tandis que la dessiccation le tue rapidement.
Ces deux constatations confirment, si même elles ne les dépassent, les prévisions de Nàgeli, qui admet que les bactéries pathogènes peuvent conserver quelque tempx leurs propriétés spécifiques dans les eaux très-impures. Le même auteur, aussi ennemi de la Trinkwasserlheorie que les précédents, assure, il est vrai, qu'elles perdent rapidement ces propriétés dans l'eau pure et redeviennent des bactéries indifférentes. C'est la contre-partie et. en quelque sorte, la formule corrélative de son autre opinion, que les micro-organismes vulgaires peuvent devenir des champignons miasmatiques ou même contagieux par l'accommodation au milieu (surtout dans l'économie préparée). On s'aperçoit aisément que cette seconde formule peut être retournée contre Nâgeli par les partisans de l'étiologie par l'eau de boisson.
Nous savons, d'autre part, que Pasteur, Toussaint, Chauveau, atténuent certains virus ; ce serait une raison de penser qu'on peut de même élever la virulence de certains germes. Mais les tentatives dans ce sens ont échoué entre les mains de Gaffky. Il importe, du reste, de remarquer combien d'ingéniosité et de précautions il faut pour atténuer positivement les virus. Les cultivateurs de microbes font intervenir en ceci des agents ou des forces qui ne se représentent pas au hasard et dont la nature ne dispose pas dans les conditions ordinaires. Leurs succès ne prouvent rien en faveur de l'atténuation spontanée.
Ce qui tue les bactéries pathogènes dans l'eau, c'est, la plupart du temps, l'inéquation du milieu comme liquide nourricier et surtout l'abaissement de la température. Les champignons contages ont besoin d'un degré qui ne s'éloigne pas trop de la température moyenne du corps humain, puisque c'est là qu'ils ont prospéré. Or, la plupart des eaux sont à un degré thermique bien inférieur.
Mais, là où les bacilles meurent, leurs spores persistent, souvent avec une grande ténacité ; c'est ainsi que se conserve la bactéridie charbonneuse. Il suffit que les eaux puissent être ce milieu de conservation, sans favoriser autrement le développement du parasite, pour qu'on les regarde comme capables de véhiculer des virus, puisqu'une faible quantité de spores, peut-être une seule spore, peut reproduire une maladie infectieuse, si elle est ramenée dans une économie susceptible. Nâgeli a encore émis à cet égard une opinion qui se rapporte à ses principes, mais que rien ne justifie : c'est que les champignons miasmatiques ont besoin d'être en masse pour atteindre leur effet sur l'économie, tandis que les contages agissent à petite dose. Tout ce qu'on peut dire, c'est que tous les virus n'ont pas la même énergie et n'iniluencent pas de la même manière toutes les espèces animales.
Remarquons que l'atténuation des virus n'équivaut en aucune façon à la transformation des bactéries pathogènes en bactéries banales et que la destruction des bacilles, même y compris les spores, ne prouverait pas davantage la légiti-
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mité de cette conception de Niigeli, à laquelle se sont associés Ray Lankesler, A. Giard, Fokker.
Ainsi, la possibilité de la présence de microbes ou de germes pathogènes dans l'eau est incontestable. Incontestable aussi est la possibilité' que ces microbes ou ces germes aient conservé la propriété d'engendrer des maladies, s'ils trouvent une roule favorable dans l'économie. Reste à savoir si les voies digestives sont cette route.
Il n'est plus question de l'aptitude des champignons à pulluler à la surface des muqueuses en communication avec l'extérieur ; nous savons qu'il y a une mycose intestinale, affection vraiment locale, et que, normalement, le gros intestin fourmille de bactéries banales {BacUlus suhtilis), qui remplissent peutêtre déjà un rôle dans les phénomènes de décomposition. Ce dont il s'agit, cette fois, c'est de la pénétration, dans les tissus ou dans le sang, de micro-organismes spécifiques amenés avec l'eau et par elle à la surface des muqueuses gastrique et intestinale.
On s'est beaucoup occupé de cette éventualité, évidemment très-intéressante. De ce que l'ingestioQ de matières putrides ne cause ordinairement aucune maladie ni même d'accident, un grand nombre d'expérimentateurs ont cm que l'estomac possède une réelle vertu d'annulation ou tout ou moins de désinfection (Fordyce, Spallanzani, Rillrolli, Stich, Schwenniger, Emmerich). Les recherches de Renault, sur lesquelles s'appuyait P. Bert (Absorption [Nouveau Dictionnaire de me'fl. et de chir. prat.\) et que nous-mème avons invoquées autrefois, semblaient devoir faire conclure dans le même sens. Quelques constatations de Bollinger, relativement à l'alimentation par des viandes tuberculeuses, pouvaient être interprétées d'une façon analogue. On faisait, d'ailleurs, remarquer (A. Vogt) que nous respirons 8 à 9000 litres d'air pendant que nous buvons I litre d'eau, ce qui, à souillure égale des deux milieux, ferait disparaître les dangers du second en présence de ceux du premier. Pasteur pense également que les spores charbonneuses pénètrent volontiers avec l'air dans l'économie des ruminants, qui flairent le gazon avant d'y paître.
Mais, déjà, il est démontré que les principes pathogènes, amenés avec les aliments ou les boissons aux voies digestives supérieures, peuvent pénétrer dans le sang à la faveur d'une blessure, d'une piqûre, d'une érosion de la muqueuse de ces voies. 11 est également certain que des microphytes pathogènes, après avoir formé des colonies à la surface de la muqueuse intestinale, peuvent enflammer le tissu voisin et partir de là comme d'un foyer pour envahir toute l'économie ; la tuberculisation péritonéale ou même la tuberculose généralisée ont probablement quelquefois ce mode de développement. Koch est convaincu que, en dehors des cas dans lesquels le charbon pénètre par un point de la surface du corps, la grande majorité des cas de charbon dit spontané ont pour point de départ une infection de l'intestin et que la pénétration par les voies respiratoires ou par la peau est insignifiante auprès du premier mode, au point de vue de la fréquence. Il en est ainsi, en particulier, du charbon chez l'homme.
Les expériences faites sur les animaux, avec la matière tuberculeuse, par exemple, ne prouvent pas péremptoirement que l'homme partage la môme susceptibilité. Mais cette considération, selon la remarque de AYolffhûgel, ne peut guère servir qu'à rassurer les esprits contre les dangers de la véhiculation aqueuse des virus; elle n'est point un argument contre la réalité de cette véhiculation.
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Il convient pourtant d'entrer dans le domaine des faits particuliers. Nous croyons devoir lui consacrer une rapide revue.
Maladiks imputées a l'eau de boisson. Le goître. L'eau a été incriminée à divers tiires dans l'étiologie de cette malidie. Pline accusait l'eau de neige fondue ; on dirait aujourd'hui l'eau privée d'air. Inglis, Grange, Aitken, ont dénonce la présence, dans l'eau, de sels magnésiens ; Mac Clellan, les sels de chauK-, Saint-Lager. les sels métalliques et spécialement les pyrites (sulfures de fer et de cuivre) ; Maumené, le fluor. Pour Prévost et Cliatin, c'est l'iode qui manque aux eaux des pays à goître. Bonjean, Vingtrinier, Moretin, Lenoir, Morel, Lunier, sont disposés à soupçonner dans les eaux « goîtrigèncs » certaines matières organiques non encore déterminées, peut-être un principe analogue au ^miasme de la malaria. Saint-Lager abandonne aujourd'hui l'étiologie par le sulfure da fer et les composes métalliques analogues (R. Longuet).
Ceà opinions se sont déjà réfutées l'une par l'autre. Leur multiplicité prouve suffisamment qu'on ne sait pas trop d'où provient le goître. Ce qui paraît être le plus clair, c'est que la cause de cette triste endémie n'est pas aussi simple que l'ont cru les étiologistes précédemment nommés, encore que l'eau ait prohahlcment son rôle, puisqu'il y a des sources notoirement « goîtrigènes. »
Gravelle et calcula urinaires. L'opinion vulgaire et ancienne que les eaux •calcaires contribuent à déterminer la pierre dans la vessie est contredite par les statistiques, qui prouvent que la gravelle est infiniment plus commune chez les hommes que chez les femmes, dans la classe aisée que parmi les ouvriers et ■les pauvres, c'est-à-dire dans les groupes où l'on pèche plutôt par excès de vin que par abus de l'eau. Bien que les affections calculcuses soient particulièrement le fâcheux privilège de certaines régions territoriales, les auteurs n'attachent .plus guère d'importance, aujourd'hui, à la constitution des eaux de ces contrées, relativement à la formation des calculs urinaires. Il s'agit, dans la grande majorité des cas, d'une direction particulière de la nutrition, congénitale ou acquise. La fièvre intermittente. La malaria. Les affections àaie?, palustres s'observent de préférence dans les points où le sol est pénétré de débris principalement végétaux et des restes de leur décomposition. Tant que l'on a supposé que des molécules organiques putrides, d'ailleurs banales, ou des gaz de putréfaction, peuvent être la cause déterminante des fièvres malariales, on a pu attribuer à l'eau aussi bien qu'à l'air la véhiculalion des principes pathogènes. Aujourd'hui, la situation est un peu différente. Tout porte à croire que la malaria appartient au cadre des maladies parasitaires : par conséquent, il s'agit d'abord de montrer le parasite lébrigène, d'en préciser les mœurs, les habitudes et surtout le milieu ordinaire, puisque la question importante est de savoir où il se conserve et se développe en dehors de l'organisme humain.
Nous n'en sommes pas là, malheureusement. On a présenté un certain nombre de parasites ; aux palmelles et au Gemiasma de Salisbury a succédé le Bacillus malariae de Klebs et Tommasi-Crudeli ; puis sont venus les globules ciliés de A. Laveran, que cet auteur regarde comme devant être introduits de préférence par l'eau de boisson, comme ce serait nécessaire pour son parasite, mais comme c'est désastreux pour sa doctrine. Un pareil luxe de micro-organismes pathogènes est toujours gênant. En fait, aucun de ceux qui viennent d'être rappelés n'a fait école. Ce n'est pas le lieu de dire pourquoi.
Quelle que soit la solution relativement aux rapports du futur bacille malarial avec l'eau, on peut prévoir que, s'il est démontré qu'il se plaît dans ce liquide,
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c'est qu'il est amphibie. Car l'observation plus de vingt fois séculaire a habitué le monde des médecins et celui des malades à considérer l'air comme son véhicule habituel ; on dit, du reste, la malaria. Et ce qui gênera toujours les étiologistes qui, sans nier le rôle de l'air, prétendent que l'eau peut en faire autant, c'est qu'il leur est généralement impossible de rencontrer des cas dans lesquels on a pu boire l'eau prétendue fébrigène, sans se trouver en même temps dans l'air malarial. Une fois, on a cru que la distinction s'était réalisée par le hasard des circonstances; c'est à l'occasion du navire VArgo, dont l'histoire a été racontée par Boudin, qui croyait, pour le cas particulier, à une épidémie de fièvre pernicieuse, née d'une eau de boisson palustre. Or, Léon Colin interprète, d'après Léonard, les mêmes accidents dans le sens d'une épidémie typhoïde, et nous tenons nous-même d'un médecin militaire de l'époque, on ne peut plus autorisé, des détails qui font croire que les soldats de l'Argo ont été simplement victimes d'une intoxication par des aliments putrides.
Le docteur Henri Blanc, qui fut prisonnier de Théodoros, un peu prévenu en faveur de l'éliologie par l'eau de boisson, comme tant d'autres Anglais, a raconté comment ceux de ses compagnons de voyage en Abyssinie qui ne filtraient pas ou ne faisaient pas bouillir leur eau avaient contracté la fièvre intermittente et la dysenterie, et comment il avait fait naître la fièvre chez deux indigènes sur quatre qui s'étaient soumis pour de l'argent à l'expérience de boire à jeun, pendant trois jours consécutifs, un grand verre de l'eau de la forêt de Gheer, dont l'usage passe pour provoquer la fièvre. Sans doute; mais tout cela se passait dans l'air malarial et, pour peu que l'usage d'une mauvaise eau quelconque dispose l'économie à être impressionnée par l'air miasmatique, il n'y a pas lieu d'être étonné que deux des complaisants Arabes et que les compagnons par trop négligents du docteur aient été victimes plutôt que d'autres de l'influence spécifique de l'atmosphère, c'est-à-dire du parasite pyrogène charrié par elle.
Il est un argument qui peut servir en toute occasion et qu'on n'a pas manqué de présenter au sujet de la fièvre intermittente, à savoir que la maladie, endémique dans certaines localités, y a diminué ou même a disparu depuis que le pays est approvisionné d'eau irréprochable. Ceci n'équivaut pas à montrer le parasite malarial dans l'eau; mais le rapprochement aurait quelque poids, si l'on ne pouvait toujours mettre en regard les deux réflexions suivantes : l" l'hygiène «'est développée un peu partout et il est inévitable que, dans les communes qui ont fait les frais d'une distribution de bonne eau, il n'y ait eu tout un ensemble de mesures d'assainissement, dont celle-là n'était qu'une partie ; 2" les endémies et les épidémies n'ont pas toujours la même intensité; même en pays malarial, il y a parfois des séries d'années pendant lesquelles les fièvres sont relativement rares et bénignes. On a donc pu se tromper en attribuant à l'amélioration de l'eau une amélioration sanitaire qui était toute spontanée.
La fièvre typho'ide. L'observation qui précède me paraît s'appliquer au mieux à ces nombreux récits d'épidémies typhoïdes, qui se terminent invariablement par cette phrase : « On ferma le puits et l'épidémie s'arrêta ». Que toutes les épidémies du monde prennent fin naturellement, à leur jour, et que la fièvre typhoïde spécialement soit régie par les saisons, on paraît l'oublier. Que l'épidémie, éteinte à la fermeture du puits, ait pu se réveiller l'année suivante ou un peu après, le puits restant contaminé, on ne s'en soucie point. En vérité, à quelque école que l'on appartienne, il y a une manière plus sérieuse d'étudier l'épidémicité de la fièvre typhoïde et même celle des autres fléaux. Le
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docteur Port (de Municli), qui vient de publier {Archiv fur Hygiène. Bd. 1, 1 Heft, Mùnchen und Leipzig, 1883) le résultat d'observations minutieuses et continues, poursuivies pendant dix ans sur la garnison de Munich, et qui a conscience des difficultés d'un pareil travail, ne peut retenir son admiration devant la désinvolture de ces étiologistes au pied levé. Je me permettrai de lui emprunter ce passage : « Il faut avouer que le procédé est habile et élégant, dit-il. On apprend que le typhus règne dans un village voisin, on y court, on se fait montrer par les habitants les maisons frappées ; l'observateur avise un puits appartenant à ce groupe d'habitations ; au voisinage de ce puits, il y a un tas de fumier; à l'aide d'un plan du lieu et de quelques renseignements sur la météorologie, on démontre clair comme le jour que, des déjections typhoïdes ayant été jetées sur le fumier, les pluies les ont lavées et entraînées dans le puits, d'oii l'atteinte en un seul coup de tous ceux qui ont bu de cette eau. Ainsi, en quelques heures, on a constitué une des observations les plus considérables et qui, en suivant la méthode exacte, aurait exigé au moins autant de mois sans arriver, apparemment, à de si beaux résultats. Mais, pour quiconque y entend quelque chose, il est clair que ces observations étourdissantes n'ont pas prêté l'oreille à la voix de la nature; pour bien dire, elles sont fabriquées. Ce sont des produits de l'art, faits d'un peu de vérité élégamment brodée sur inie vaste fantaisie, agréables à l'oeil, mais sans utilité pour la science. Les faits recueillis après coup, que l'on juge sur les souvenirs du vulgaire et que l'on rapproche, d'après les probabilités, de circonstances concomitantes dont le contrôle n'est plus possible, fournissent des matériaux pour le roman, non pour l'histoire des épidémies. Mieux les parties de ce roman s'ajustent, plus grande est l'apparence de l'infaillibilité logique de la conclusion, plus il y a lieu de .soupçonner que les faits ont été modelés insciemraeut et interprétés sous l'empire d'opinions préconçues. »
Nous ne voudrions pas affirmer qu'avec du génie et quelque bonheur un observateur d'un jour ne puisse voir plus clair qu'un autre qui a suivi et collationné les faits pendant dix ans. Cependant, nous avons toujours été frappé de la rapidité du jugement des historiens des épidémies typhoïdes par l'eau et de la rareté de détails complémentaires qu'il serait bon de connaître. Une parlicu- Jarité étonnante, qu'on trouve dans la plupart de ces récits, c'est que l'eau a, d'habitude, été empoisonnée par un premier malade et que l'on ne cherche jamais comment la fièvre est venue à celui-ci, qui ne l'a pas prise dans l'eau, ni si les suivants n'ont pas pu l'avoir de la même manière, sans compter tant de véhicules autres que l'eau, qui ont pu disséminer le mal, tels que l'atmosphère où (lotte la poussière des excrétions typhoïdes, desséchées sur la literie, les linges, le plancher et ailleurs.
Au demeurant, il y a deux façons de faire intervenir l'eau de boisson dans l'origine de la fièvre typhoïde. Ou bien on suppose que l'eau était souillée banalement, et surtout de matières fécales quelconques : c'est une genèse ; ou bien on n'a en vue que la souillure spécilique de l'eau, c'est-à-dire par des fèces positivement typhoïdes : c'est simplement une propagation épidémique. Une troisième manière de voir est celle de W. Budd, qui emporte le mélange des deux espèces de matières, une sorte de fécondation des premières par les secondes.
Cette diversité des opinions montre assez que toutes reposent d'abord sur des hypothèses. Nous pourrions bien rester dans le doute jusqu'à ce qu'elles se
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mettent d'accord , mais nous ne risquons guère à regarder de près leurs principaux arguments.
Celui de la the'orie de la genèse est la fréquence de ce fait, qu'on trouve quelque part, dans la localité devenue foyer, des fosses fixes, des égouts, une dispersion d'immondices à la surface du sol, qui ont pu causer des infiltrations fécales dans les puits ou les cours d'eau servant à la boisson. La coïncidence est facile à découvrir, puisque l'immense majorité des groupes humains en est encore réduite à garder ses ordures à la maison pendant un temps plus ou moins long. Mais qu'on veuille bien réfléchir que c'est absolument la même chose sur une foule de points où il n'y a pas de fièvre typhoïde. En outre, des colonnes armées en expédition, traversant des régions inhabitées et campant sur un sol vierge, ont été en proie à une fièvre typhoïde sévère, comme l'armée française de Tunisie en 1881. Ces colonnes ont pu boire une eau médiocre, mais qui, au moins, n'était pas entachée d'infiltrations fécales.
Quant à la contamination de l'eau par des selles typhoïdes, que de choses n'admet-elle pas comme démontrées, qui ne sont encore que vraisemblables ou même sont controversables ! On suppose que le principe typhogène est dans les selles, bien qu'il soit très-douteux que personne l'y ait vu ; que ce principe est immédiatement infectieux, ce qui n'est pas l'avis de W. Budd ni de Pettenkofer; qu'il peut se conserver dans l'eau, ce que nie Naegeli, avec autant de tort, d'ailleurs, que ceux qui affirment qu'il est actif, même à un haut degré de dilution, tel que celui de quelques selles typhoïdes tombant dans le lac de Genève (Yulliet), etc. Cette opinion a pour elle des expériences : celles de Haegler (deBàle),à propos de l'épidémie de Lausen, faisant transporter par l'eau suspecte du chlorure de sodium ; celles de Dionis des Carrières (d'Auxerre), démontrant le passage des matières colorantes dans les mêmes conditions. On peut y joindre la constatation de l'odeur de l'acide phénique qui avait servi à désinfecter des selles typhoïdes à Lausanne et qui, selon le docteur Rouge (Vulliet),se retrouvait dans l'eau de Montbenon, à 2 kilomètres plus loin. Quelques hygiénistes ont paru frappés de ces expériences spontanées ou voulues. C'est être de bonne composition. Dans l'obscurité qui règne encore sur la nature du principe typhogène, ce qu'il y a de plus certain, c'est qu'il n'a pas la solubilité d'une substance chimique et que le raisonnement par analogie que l'on fait ici est la plus fragile des inductions.
Nous ne saurions, dans cet article, entrer dans le détail de faits qui seront examinés dans la monographie spéciale {voy. Typhoïde [Fièvre]), Nous croyons qu'il y a un parasite typhogène, qu'il peut arriver dans l'eau et être véhiculé par elle jusqu'à l'économie humaine ; nous pensons que telle a été quelquefois l'origine d'épidémies typhoïdes, et, dans tous les cas, que c'est un mode de propagation possible. Mais la plupart des observations apportées à l'appui de cette étiologie semblent mériter une extrême réserve; surtout, vouloir généraliser cette doctrine est une tendance que rien ne justifie et qui a tout l'air de conduii'e à une dangereuse erreur.
Le choléra. Au moment où nous avons commencé à écrire cet article, la science exacte était moins avancée encore sur la nature et le siège de l'agent pathogénique du choléra qu'en ce qui concerne la fièvre typhoïde, et voilà qu'en le finissant il nous faut compter avec autre chose que des inductions tirées d'observations plus ou moins bien interprétées, avec les données positives fournies par un homme dont les procédés ne laissent guère place à la contesta-
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tion et qui a pris l'habitude de voir ses découvertes se transformer en dogmes. R. Koch, ainsi qu'il a été dit plus haut, a découvert le bacille du choléra et, bien plus, a montré qu'il se conserve un certain temps dans l'eau.
Déjà la plupart des observations avaient fait prendre l'habitude de regarder les selles des malades comme l'agent le plus positif et le plus redoutable de la contagion du choléra. Or, la matière de ces déjections peut gagner les eaux absolument comme le font les selles typhoïdes, par la dispersion étourdie des matières, le lavage des linges ou effets qui ont servi aux malades, etc. : de là une nouvelle application (si même elle n'est la première en date) de l'éliologie par l'eau de boisson à la propagation du choléra. On a pu lire, dans cette Encyclopédie (L. Laveran, Choléra), le résumé des arguments de Pellarin, Snow, Miller, H. Blanc, en faveur de cette doctrine qui, d'autre part, a été l'objectif des coups les plus vigoureux et les plus serrés du professeur Pettenkofer. Il faut dire que, comme pour la fièvre typhoïde, la souillure banale des eaux n'a pas tardé à se mettre au même rang que la souillure spécifique. Tout récemment, des médecins anglais ont essayé de faire croire que le choléra d'Egypte était sorti des eaux de Damiette, en boisson ou autrement, souillées par la projection d'un grand nombre de cadavres d'animaux, et sir W. GuU n'a pas craint d'apporter cette triomphante étiologie à la Chambre des lords.
Certes, il y a une compensation à ces doctrines aventurées, c'est qu'elles inspirent au public et aux administrations un etfroi qui peut être salutaire pendant un moment. A Londres, on espère qu'elles entraîneront le rachat par l'État du service des eaux aux Compagnies actuelles et peut-être d'autres progrès sanitaires. Dans cet ordre d'idées, Buchanan affirme que « le choléra a sauvé plus <le vies qu'il n'en a détruit ». C'est beaucoup dire. Mais encore n'est-ce point la vraie méthode pour les hygiénistes d'obtenir la confiance des administrations que de leur faire des peurs sans motif certain ; le jour où le procédé serait dévoilé, nous en aurions pour quelque temps à prêcher dans le désert.
J'ai essayé autrefois [Gazette médicale, 1874) un examen de l'étiologie du choléra par l'eau de boisson et des faits à l'appui, spécialement de ceux qui furent résumés à la conférence de Weimar en 1869, de même que j'ai relevé des faits contraires (Gûnther, Pettenkofer, L. Colin). Ne faisant pas ici d'épidéraiologie spéciale, je renvoie le lecteur à ce travail et je me borne à reproduire un passage du rapport de la Commission du choléra de l'empire allemand (1875) qui semble résumer assez bien toute cette discussion, et dont le souvenir n'a peut-être pas été sans influence sur la direction et la persévérance des efforts de la mission à la tête de laquelle était Rob. Koch (1885-1884). « L'analyse •chimique ou microscopique démontre la pureté ou la souillure d'une eau, mais n'isole point le principe cholérique, puisqu'on n'en connaît les propriétés ni physiques ni chimiques. Ce serait une mauvaise conclusion que d'établir un rapport entre l'usage d'eaux impures et l'apparition du choléra ; tout au moins devrait-on bien établir que l'eau incriminée était pure antérieurement et que le développement du mal a suivi exactement le moment de la souillure. Il serait d'une grande importance de pouvoir démontrer que la maladie est apparue simultanémentsur divers points, dans un grand rayon, qui n'avaient de commun entre eux que l'usage de la même eau suspecte ; sur quoi il faudrait encore pouvoir s'assurer que la môme eau n'est pas employée ailleurs, largement, sans avoir déterminé l'éclosion du choléra. La cessation de l'épidémie sur tel point, dès que l'on interdit l'accès au puits ou au cours d'eiu suspect, ne doit pas faire
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oublier que les épidémies locales disparaissent spontanément après deux ou trois semaines. »
Mais le choléra introduit en Egypte en 1885, à la suite de la conquête anglaise, allait permettre des recherches précises au moyen des nouveaux procédés d'études des parasites. Une mission française, puis une mission allemande, arrivèrent sur les lieux. Les résultats obtenus en Egypte n'eurent pas d'abord une grande portée. Ce que l'on en sut primitivement, c'est que Robert Koch, Gaffky et Fischer, regardaient comme caractéristique un bacille intestinal, infiltrant toute l'épaisseur de la muqueuse, surtout les glandes en tubes, mais qui, injecté ou inoculé, ne produit rien sur les animaux mis en expériences, chiens, chats, lapins, cobayes, porcs, singes, tandis que Strauss, Roux, Nocard, et le regretté Thuillier, n'attachaient point d'importance spécifique aux micro- organismes trouvés dans l'intestin, mais n'avaient pu cultiver ni inoculer des corpuscules allongés, rappelant le microbe du rouget des porcs et rencontrés dans le sang des cholériques.
II y avait juste de quoi laisser tout en suspens. Mais la mission allemande, soutenue par une Excellence qui aime aller au fond des choses, au lieu de revenir en Europe, lorsque l'Egypte cessa de lui fournir des matériaux, se dirigea sur Calcutta, pour y cliercher, au berceau de l'endémie, le bacille trop peu étudié en Egypte. Cette persévérance paraît avoir été couronnée de succès. Le 2 février 1884, Rob. Koch écrivait à son chancelier une lettre dans laquelle il précise les caractères du nouveau parasite et démontre sou rôle dans la genèse du choléra. « Les bacilles (en question) ne présentent pas tout à fait une ligne droite, comme les autres bacilles, mais ils sont un peu courbés, semblables à une virgule. La courbure va jusqu'à prendre parfois une forme semi-lunaire. Dans les cultures pures, il se forme eu outre des figures ayant la forme d'un S et des éléments linéaires faiblement ondulés, dont les deux premiers types et le dernier répondent à un plus grand nombre de bacilles cholériques... Ils possèdent un mouvement progressif très-vif et qu'on observe surtout fort bien dans une goutte de solution nutritive suspendue au couvercle de verre » . Sur 22 cadavres de cholériques et chez 17 malades atteints de choléra, à l'aide des cultures gélatineuses, on a pu démontrer l'existence de bacilles en forme de virgule. Sur 28 autres cadavres, provenant de maladies diverses, mais autres que le choléra, on les a cherchés en vain. On ne saurait donc dire que ces bactéries préexistent dans l'intestin, chez l'homme sain ou atteint de diarrhée simple, et que le choléra ne fait que favoriser leur développement. Si ce n'est pas le choléra qui les produit, il faut bien que ce soient elles qui fassent le choléra.
Les bacilles du choléra se multiplient sur le linge souillé de matières fécales <;holériques. On comprend donc la nocuité de ces linges et par suite celle de l'eau dans laquelle ils ont été lavés. Ils se multiplient de même sur la terre humide. Toutes circonstances qui légitiment la prise en grande considération des données rapportées précédemment, en ce qui concerne la véhiculation du contage cholérique par l'eau de boisson.
Résumé sur Vétiologie par Veau. Si nous avons fait, dans les lignes qui précèdent, quelques efforts pour ramener dans de justes bornes les prétentions exorbitantes de certaines écoles étiologiques, il aura été facile de voir que nous avons eu essentiellement pour but de faire valoir les droits de la science à l'exactitude. Par ailleurs, et même en oubliant, s'il était possible, la supériorité d'une bonne eau au point de vue de l'hygiène positive, il semble que notre revue
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critique, tout en faisant table rase des hypothèses, a laisse' ouverts des horizons encore assez redoutables, du côté des menaces sanitaires, pour qu'il n'y ait pas lieu de mettre en doute la nécessité d'approvisionner d'eau sans soupçon les groupes humains et de protéger énergiquement les sources et les nappes souterrahies. Cette conclusion se dégagera plus nettement des propositions suivantes :
1° Les éléments minéraux ordinaires des eaux naturelles n'ont pas d'action toxique; ce n'est que dans des cas très-exceptionnels, avec une souillure récente et portée à un haut degré, que l'on peut évoquer l'idée d'une action toxique de la part des composés chimiques organiques (cette formule est empruntée au professeur Tiemann, de Berlin).
2" L'analyse chimique ne donne pas d'indications exactes sur la quantité de matières organiques contenues dans l'eau, et n'en donne d'aucune sorte sur les propriétés de ces substances.
3" L'analyse microscopique fournit des points de repère utilisables pour l'appréciation d'une eau d'approvisionnement. Mais il serait prématuré, dans les observations sur lesquelles repose l'étiologie des maladies, de prendre les constatations morphologiques ou biologiques relatives aux souillures de l'eau, aux phénomènes de putréfaction et de fermentation, pour un critérium infaillible de la présence d'agents toxiques ou infectieux dans leau (docteur Wolffhugel, de Berlin).
A° 11 est certain que des eutozoaires pénètrent (à l'état de larves généralement) dans l'économie à la faveur des eaux qui renferment leurs œufs.
5° Il est certain que des micro-organismes pathogènes arrivent dans l'eau et peuvent être véhiculés par elle, et que c'est dans des eaux renfermant en même temps des produits de fermentation qu'il faut surtout les chercher (professeur Tiemann).
6° L'histoire des micro-organismes, quels qu'ils soient, n'est pas achevée. Il serait téméraire d'affirmer la nocuité ou l'innocuité de la plupart de ceux qu'on rencontre dans l'eau. Donc, la plus simple prudence exige que l'on recherche, pour l'eau d'approvisionnement, celle qui renferme le moins de micro-organismes.
7" Les observations tendant à prouver la propagation de diverses maladies infectieuses par l'eau ne sont pas suffisantes pour édifier une doctrine, mais elles sont assez nombreuses et considérables pour imposer aux administrations publiques l'obligation de se mettre à l'abri de tout reproche, en ne perdant pas de vue que l'eau d'utilisation, par ses contacts divers avec le corps des individus, n'est pas beaucoup moins importante que l'eau de boisson, au point de vue de la dissémination des agents pathogènes.
III. Qualités des eaux. Expertise. Les qualités de l'eau doivent être envisagées aussi bien sous le rapport de l'utilisation générale qu'en ce qui concerne la boisson. Une de ces qualités, négative, si l'on veut, se rapporte aux deux aspects de l'usage de l'eau : c'est d'être exempte de matières organiques, de substances toxiques ou infectieuses et spécialement de micro-organismes ; nous avons dit pourquoi. Toutes les qualités qui se résument en ceci : qu'elles rendent l'eau appétissante et favorable aux fonctions digestives, sont exigibles pour l'eau de boisson. D'autres, qui constituent la pureté chimique relative de l'eau, intéressent plus particulièrement l'industrie, sans être négligeables au point de vue précédent.
Il n'y a guère qu'une circonstance dans laquelle les qualités de l'eau soient
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indifférentes : c'est le lavage des égouls. Il s'agit surtout ici de diluer et de pousser en avant les immondices. On y emploie les eaux ménagères elles-mêmes : par conséquent, on peut faire passer dans les mêmes canaux une eau quelconque. On ne court pas le risque d'élaler en surface, à l'extérieur, des matières organiques banales ou d'origine pathologique ; on ne saurait augmenter beaucoup celles qui circulent dans les aqueducs souterrains. Pourtant, même là, il convient d'y mettre de la réserve.
Les qualités qui regardent l'eau de boisson seule sont la fraîcheur, la limpidité, la couleur, Vodeur et la saveur. La richesse en matières minérales n'est pas précisément sans importance, mais il est plus intéressant de connaître la nature des substances qui prédominent que leur masse totale. Encore est-ce moins à cause de leur nocuité directe qu'en raison des présomptions fâcheuses que kur présence foit naître.
Les éléments minéraux, au contraire, gênent toujours plus ou moins diverses opérations industrielles. Quelques autres de celles-ci ne sont pas moins compromises par les micro-organismes.
Il est d'expérience vulgaire que les eaux dures (calcaires ou magnésiennes) incrustent les parois des chaudières des machines à vapeur et obligent à des dépenses exagérées de combustible, tout en exposant les chauffeurs à des accidents.
Ces mêmes eaux, qui consomment sans profit le savon de lessivage des ménagères, sont ruineuses dans les usines à fouler, dans le dégraissage des laines, les fabriques de drap. Les particules des savons calcaire et magnésien, qui restent dans la laine lavée, nuisent également au tissage et à la teinturerie, appliqués à cette matière. L'eau calcaire altère par elle-même la nuance de certaines couleurs; cependant, elle serait, au contraire, favorable ù diverses couleurs rouges (pourpre, garance, alizarine artificielle, purpurine).
D'ailleurs, les eaux incrustantes, c'est-à-dire qui précipitent du carbonate de chaux par l'abandon à l'air de leur excès d'acide carbonique, obstruent le calibre des conduites, les ailes des roues des moulins, les robinets d'écoulement.
Bien que l'on doive, pour la brasserie, préférer les eaux douces aux eaux dures, celles-ci ont à la fois des inconvénients et des avantages. L'eau douce favorise la germination de l'orge plus que l'eau dure, mais lui enlève, dans le trempage, une quantité plus grande de matière extractive et de sels (principalement l'acide phosphorique et le phosphate de potasse) ; d'autre part, dans la même opération, l'eau dure forme avec les substances albuminoïdes de l'orge des composés calcaires insolubles, qui diminuent la dépense de grain (Wolffhûgel).
L'eau qui contient du fer est impropre au blanchissage, à la teinturerie, à la papeterie, etc., à cause des taches de rouille qu'elle détermine. Celle qui renferme des nitrates fait obstacle à la cristallisation du sucre et n'est pas utilisable dans cette fabrication. Les chlorures, particulièrement ceux de calcium et de magnésium, nuisent aux phénomènes de fermentation, dans la brasserie et la distillerie. Wolffhûgel, qui fait ces remarques, ajoute également qu'on doit éviter de telles eaux dans la préparation du mortier pour les constructions, sous peine de voir se former des taches d'humidité sur les murs, des efflorescences par le temps sec, des exfoliations consécutives, et de fournir un aliment aux moisissures et aux algues. Les sulfates de soude, de chaux et de magnésie, produisent le même effet, ainsi que le carbonate de soude. Les corps azotés et
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l'humus, dans l'eau du mortier, prêtent ultérieurement à la formation du nitralede chaux et au salpètrage des murailles.
Les micro-organismes de l'eau, surtout à l'occasion du lavage des cuves et récipients, troublent ou empêchent les phénomènes réguliers de la fermentation, dans les opérations de la brasserie et des distilleries. Il en est de même dans la panification, chez les boulangers. Les matières organiques provoquent un commencement de putréfaction des peaux et des cuirs, dans la tannerie, particulièrement à la faveur de la saison chaude.
On comprend, par cet aperçu, qu'une grande ville industrielle, comme Lille,^ ait été aux abois lorsque ses brasseurs, ses teinturiers, ses distillateurs, etc., étaient obligés de chercher, par delà la nappe souterraine, des nappes profondes moins souillées, qui leur permissent de continuer leur production, et que ce fut rendre un réel aliment à la richesse de la cité que de lui procurer une abondante distribution d'eau irréprochable.
11 n'est pas jusqu'à l'eau des bornes-fontaines et des prises d'eau des incendies qui ne réclame quelquee garanties, au moins celle de ne pas répandre dans les rues et sur les maisons des impuretés, des germes de putréfaction ou peutêtre des semences infectieuses.
1° Qualités de l'eau de boisson. Température. L'eau, pour être agréable, doit être fraîche. C'est aussi celle de ses qualités qu'on apprécie le plus dans la saison où le besoin de boire se renouvelle le plus souvent et le plus impérieusement, la saison chaude. L'état désiré est entre 7 et 11 degrés. Au-dessous de- 5 degrés, l'eau n'est plus fraîche, mais froide et dangereuse à l'usage, par l'irritation de la muqueuse digestive et les répercussions. Au-dessus de 15 degrés, elle est tiède, affadissante et nauséeuse. Dans les pays à eaux suspectes, on préfère avec raison la boire bouillante plutôt que tiède ; c'est ainsi que procèdent leS' Chinois, qui consomment tout le jour du thé brûlant (Morache). Au moins, il j a là un effet de stimulation qui peut remplacer celui de la fraîcheur.
Le degré thermique habituel d'une eau est généralement un caractère de sa provenance. La constance de ce degré en est un autre. Ainsi, l'eau de source la plus ordinaire et l'eau des nappes profondes de 50 mètres ont habituellement nne température voisine de la moyenne thermique annuelle du lieu et n'en changent guères. La température de l'eau, en effet, est d'emprunt et dépend de celle des milieux que l'eau a traversés. Celle des puits artésiens est élevée, parce que leur eau vient de grandes profondeurs; l'eau des puits plats est tiède en été, froide en hiver, parce que ces puits sont alimentés par une nappe voisine de la surface du sol ou même par une eau superficielle et des infiltrations. On peut reconnaître, à la température d'un puits, si son eau est uniquement celle de lai nappe souterraine ou s'il reçoit, au contraire, par drainage, l'eau d'un fleuve voisin.
Il est clair qu'il faut préférer, pour l'approvisionnement, l'eau dont la température reste le plus invariablement dans les limites indiquées, parce que c'est une bonne note pour l'eau et parce que cela dispense de recourir à des moyens artificiels de rafraîchissement. Mais il n'est pas dit qu'on doive toujours repousser une eau par cela seul qu'elle suit jusqu'à un certain point les oscillations de la température extérieure.
On détermine aisément la température de la plupart des eaux auxquelles on peut puiser en plongeant un thermomètre dans le vase qu'on vient d'en remplir immédiatement. Si l'on ne peut facilement y prendre un échantillon, c'est le
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thermomètre qu'on fait descendre dans la collection aqueuse, en se servant, s'il est nécessaire, de précautions analogues à celles qu'on emploie dans la mesure de la température aux profondeurs du sol, pour que le degré ne varie pas sensiblement entre le moment où l'on retire le thermomètre et celui de la lecture.
Limpidité. Coloration. La limpidité et la transparence de l'eau flattent l'œil ; elles sont à rechercher, ne fût-ce qu'au point de vue de l'estliétique. Cependant, le trouble ne prouve pas toujours que l'eau soit mauvaise ; il arrive assez souvent que des eaux de tleuve, colorées par des matières terreuses en suspension, n'ont qu'un faible degré de dureté et ne donnent que très-peu de résidu ; par une sorte de paradoxe chimique, on peut dire qu'elles sont plus pures que celles d'eaux de source qui passent pour excellentes. Il y a toutefois des distinctions à faire. L'eau peut être actuellement trouble ou ne le devenir qu'après quelque temps de repos. Dans ce dernier cas, le trouble est simplement dû à la précipitation des carbonates terreux, après que l'acide carbonique en excès s'est échappé, ou bien il résulte de l'éclosion de germes contenus dans l'eau et de la pullulation d'organismes. 11 est clair que cette seconde alternative est plus fâcheuse.
Les bonnes eaux sont transparentes; bleues, lorsqu'elles sont en masse profonde. Les eaux médiocres sont verdâtres ; les mauvaises sont vert foncé, souvent grisâtres ou d'un vert terreux tirant au brun ou brun-jaunàtre, leur surface fait miroir, c'est-à-dire qu'elles manquent de transparence. En général, ces teintes sont dues à des matières en suspension, à des algues ou à des moisissures ; la teinte jaune peut encore provenir du fer ou d'une argile feiTugineuse. D'autres, telles que la couleur blanc laiteux, le bleu foncé, le brun, relèvent des substances dissoutes des éléments de l'humus ou de déchets industriels. Il va sans dire que l'industrie provoque également des teintes anormales par la projection de détritus insolubles, de nature organique spécialement. On voit parfois, au-dessous de Lille, sur un espace de 100 mètres, la Deule passer du blanc opaque des eaux d'amidonneries au jaune terreux des lavages de betteraves, puis au noir fumeux sous l'influence d'un déversoir d'usine à produits chimiques.
Des hygiénistes se sont exercés à construire des appareils pour mesurer le degré d'opacité et de coloration des eaux. Le plus simple est l'éprouvette allongée sous laquelle on place une feuille de papier blanc ou une soucoupe de porcelaine; une éprouvette semblable est remplie d'eau distillée; on verse dans la première une certaine quantité de l'eau en expertise et, en regardant de haut en bas par l'orifice de l'éprouvette, on reconnaît s'il s'agit d'un trouble ou d'une coloration, ou si l'eau est limpide. Hiller remplace le papier ou la porcelaine par une tablette sur laquelle sont inscrits des chiffres de diverse grandeur. Finkelnburg a imaginé un tube qui permet de recueillir aisément, pour les examiner au microscope, les matières qui se déposent sur son fond. On peut également les retenir sur un fdtre et les peser selon les procédés ordinaires. Kubel et Tiemann, King, apprécient le trouble d'une eau à l'aide d'une solution titrée de caramel; on ajoute de celte solution à de l'eau distillée jusqu'à ce que celle-ci ait atteint la même opacité que l'eau en essai ; le degré de trouble est mesuré par la quantité de la solution titrée qu'il a fallu ajouter à 1 litre d'eau distillée pour lui donner la même teinte qu'à 1 litre de l'eau expertisée. Bowditch a remplacé cette méthode par un instrument d'optique, dont C. Flûgge donne la desci'iption.
Odeur. Saveur. La bonne eau n'a pas d'odeur. On ne saurait même dire
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qu'elle ait une saveur, l'impression qu'elle produit à la bouche dépendant plus de sa fraîcheur que d'un gcùt quelconque. L'air de l'eau et l'acide carbonique sont pour quelque chose dans cette sensation agréable et sui generis.
L'odorat perçoit très-bien 1 à !2 milligrammes d'hydrogène sulfuré par litre. Pour mieux saisir l'odeur de l'eau, Flûgge conseille de la chauffer à 40 degrés, après y avoir ajouté un peu de lessive de potasse ; puis on lave à plusieurs reprises, avec cette eau, l'intérieur d'un tube de verre long d'un mètre; au moment où l'on vient d'en verser la dernière portion de l'eau examinée, on respire au-dessus de son orifice. Si l'on a remarqué, à un premier essai, l'odeur d'hydrogène sulfuré, on ajoute à l'échantillon d'eau un peu de solution de sulfate de cuivre, qui fixe le gaz sulfhydrique et permet de reconnaître les autres odeurs. Dans tous les cas, le fumet se dégage mieux en agitant le liquide.
Le palais humain apprécie suffisamment le fait que l'eau n'a pas de saveur ou qu'elle en a une suspecte, mais il reconnaît malaisément la nature des substances auxquelles peut être due cette dernière. Dans une série d'expériences, faites en vue de constater l'étendue de ce pouvoir, F. de Chaumont s'est assuré que la plupart des individus reconnaissent le carbonate de chaux à la dose de Og'-,17 à 0«%21 par litre; le sulfate de chaux à celle de 0s%56 à 0g%45; le nitrate de chaux entre O^S^l et Os^SQ; le chlorure de magnésium entre Os%71 et 08%79; le chlorure de sodium à le%07 ; le nitrate de soude entre \^',lï et le'', 86; le carbonate de soude à O^^Se ; le nitrate de potasse entre O^^ô? et O^^e/i ; le chlorure de potassium à Og%'J9 ; l'oxyde de fer à 0s%0057 par litre. Il y a eu toutefois des différences extraordinaires dans les appréciations individuelles. La série peut, du reste, être regardée comme très-heureuse, car Pappenheim estimait que la langue ne reconnaît plus le plâtre, le sel de cuisine, l'alun, les chlorures de calcium et d'ammonium, si la dose n'est supérieure à 50 centigrammes par litre ; le nitrate de soude et de potasse, le sulfate de magnésie, au-dessous de 1 gramme ; le sulfate de cuivre au-dessous de 5 centigrammes ; le sulfate de fer au-dessous de 6 centigrammes. L'échauffement de l'eau à 50 degrés favorise l'action du sens du goût. Mais c'est toujours un guide assez infidèle, surtout vis-à-vis des impuretés organiques.
On a quelquefois des raisons de joindre à ces recherches celle de la réaction de l'eau. A moins de circonstances exceptionnelles, cette réaction est neutre ou très-faiblement acide, perceptible seulement avec du papier de tournesol extrêmement sensible. Lorsqu'elle est alcaline ou franchement acide, c'est qu'il y a lieu de pousser l'expertise plus loin.
II est à peine utile d'ajouter que ces diverses épreuves, qui constituent l'expertise préalable [Vorprûfung), praticable avec les sens nus et qu'il ne faut jamais négliger, doivent être faites aussitôt que l'on a extrait l'eau de ses réservoirs naturels. Si on la laisse reposer quelque temps, ses propriétés se modifient, desphénomènes chimiques ou physiques s'accomplissent, qui peuvent communiquer au liquide une apparence, une saveur ou une odeur qu'il n'a point par lui-même. A vrai dire, il y a là aussi une ressource qu'il nous paraît utile de mettre en œuvre : c'est l'épreuve d'altérabilité, indiquée par Ritter. L'eau qui, abandonnée à elle-même, en bouteilles fermées, fermente en trois ou quatre jours, se trouble et acquiert l'odeur de pourri, doit être considérée comme mauvaise. Celle qui est irréprochable peut rester inaltérée pendant des semaines et des mois, dans ces conditions.
2° Qualités communes à l'eau de boisson et à l'eau d'utilisation. L'eau de
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boisson et l'eau d'utilisation, d'après ce qui a été dit, doivent également être exemptes de matières putrides et, le plus possible, de micro-organismes ; ne pas dépasser un certain degré de richesse minérale et, spécialement, ne reufermcr qu'à faibles doses les corps issus des transformations organiques; ne renfermer jamais de substances toxiques ni de micro-organismes pathogènes.
Pour être négatives, ces qualités n'en sont pas moins essentielles. Nous nous sommes suffisamment expliqué, dans le cliapitre précédent, pour n'avoir plus besoin d'en faire ressortir la valeur. Notons seulement que, quand il s'agit de l'approvisionnement des grandes villes, il faut rechercher, en outre, la constance des propriétés et l'abondance de l'eau.
L'examen des eaux, au point de vue des qualités qui expriment, à vrai dire, leur constitution, comporte diverses opérations de chimie et de micrographie, qui ne peuvent guère s'accomplir que dans les laboratoires. Nous croyons cependant que ces opérations sont du domaine de l'hygiène, dussions-nous être conduit à reconnaître que tout hygiéniste doit être doublé d'im chimiste et d'un micrographe, ou être personnellement à la hauteur de ce triple rôle (cas bien rare et difficile à réaliser). En effet, elles ne sont pas à proprement parler des analyses, et nous nous sommes gardé d'introduire ce mot dans le titre de ce paragraphe : ce sont des expertises. On se borne à produire une réaction qualitative, ou bien on dose les substances par les méthodes titrimetriques ou colorimétriqiies, qui n'isolent nullement la substance cherchée. On fait si peu l'analyse de l'eau que, le plus souvent, on ne cherche à se rendre compte que de l'un de ses caractères ou d'un petit nombre d'entre eux. Et l'on a raison d'en agir ainsi, parce qu'il est rare en pratique qu'on ait besoin de les vérifier tous. A. Gérardin se contente de constater la disparition de l'oxygène de l'eau de Seine; Frankland et Wanklyn ne dosent que les matières organiques de l'eau de la Tamise, amenée à Londres par les Compagnies pour la boisson des habitants, parce qu'on sait d'autre part que la dureté de l'eau fluviale n'a pas d'importance et que l'analyse des sels minéraux serait sans intérêt. Dans un puits soupçonné d'infiltrations excrémentitielles, il suffit souvent de doser les chlorures ; ailleurs, les nitrates, etc. Yis-à-vis d'une eau de source, les renseignements sur la dureté en bloc contiennent à peu près tout ce qu'il est nécessaire de savoir.
Pour ces raisons, nous entrerons dans quelques détails relatifs aux explorations microscopiques et chimiques dont l'eau peut être l'objet, en faisant de larges emprunts aux ouvrages spéciaux, mais cependant plutôt avec l'intention de retracer, pour des médecins, ce qu'il est indispensable de savoir des méthodes aujourd'hui en usage que de donner les moyens de passer à la pratique d'opérations qui, après tout, exigent de l'habileté et de l'expérience.
Précautions générales préliminaires. Quelle que soit la nature de l'examen à faire, les hygiénistes recommandent de recueillir l'eau qui doit passer au laboratoire dans des flacons en verre blanc, bouchant à l'émeri ou au liège paraffiné. Ces flacons doivent être très-propres ; on les lave encore à plusieurs reprises avec l'eau à examiner, avant de les remplir. On les marque d'une étiquette ou d'une inscription gravée. Il convient de faire couler l'eau quelque temps, si on la prend à un robinet fermé, à une pompe; de la puiser à une certaine profondeur et non à la surface, quand il s'agit d'un cours d'eau. Il en faut au moins 2 litres pour la plupart des expertises, sauf pour l'examen au microscope, pour lequel il suffit d'en remplir de petits tubes bien purifiés et fermant très-exactement.
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L'expertise suivra de très-près le collectionnement de l'eau. Les réactifs employés seront d'une pureté rigoureuse. Les résultats, au point de vue de la constitution chimique, devront être exprimés en milligrammes par litre. Il est regrettable que l'Angleterre, l'Allemagne et la France, aient des degrés liydrotimétriques de sens différent et une notation différente des proportions. Au reste, il faut que chaque expert indique la méthode qu'il a suivie et les particularités importantes qui ont accompagné sa recherche.
Examen des matières en suspension. On peut déjà, à l'œil nu [voy. plu& haut), àe rendre compte de la nature de quelques-unes des substances en sus^ pension, apprécier et peser ce qui reste sur le filtre.
Les résultats les plus positifs sont obtenus par l'examen au microscope {Analyse biologique), en suivant les procédés minutieux de la technique spéciale moderne relatifs au flambage des instruments, à la stérilisation par la chaleur des vases, plaques, pipettes, etc. Un premier examen porte sur l'eau récemment recueillie; des ensemencements sont pratiqués, avec une part de cette eau, soit dans des bouillons appropriés, soit sur la gélatine nourricière. R. Angus Smith a, récemment, adopté cette dernière méthode. Puis on a abandonné à elle-même une autre portion de l'eau; au bout de quelques jours, elle a pu donner un sédiment et se recouvrir d'une pellicule, qu'il faudra examiner séparément, toujours en s'entourant des précautions nécessaires pour ne pas introduire dans l'eau en expertise des germes qui ne proviendraient que du laboratoire.
On emploie d'abord de faibles grossissements (100 diamètres), puis de plus forts et jusqu'à 700 diamètres, en préparant des plaques humides ou sèches, selon les procédés de Koch, enfin des plaques desséchées et colorées au bleu de méthylène, puis lavées (Weigert, R. Koch, P. Ehrlich, C. Friediânder, etc.).
Si les corpuscules étrangers sont assez rares pour qu'on n'en aperçoive aucun dans plusieurs gouttes d'eau successivement examinées, on peut, comme Klebs, filtrer une certaine quantité de celte eau à travers du verre pilé, introduit dans un tube, ou encore concentrer l'eau en en évaporant doucement une partie.
La méthode d'Hermanu Fol, professeur à la Faculté des sciences de Genève, applique aux germes de l'eau les procédés que Miquel a fait connaître pour le dosage numérique des microbes de l'air. L'auteur a, toutefois, le mérite d'avoir apporté une grande ingéniosité dans les détails et une réelle simplification. En opérant sur l'eau du lac de Genève, il a trouvé que cette eau ne contient que 40 microbes par centimètre cube, chiffre qu'il faudrait, suivant Yallin, doubler pour être dans le vrai.
A. Certes précipite les micro-organismes de l'eau, en les tuant a sans les^ déformer » par l'acide osmique, l'iode, le sublimé, le liquide de Kleinenberg à l'acide picrique, la chaleur (60 à 70 degrés), le chlorure de palladium, etc., ou seulement en les « affaiblissant » par les couleurs d'aniline. Les organismes se rassemblent dans le fond du récipient disposé en infundibulum, d'où on peut les reprendre pour les étudier. Nous croyons que ce procédé, qui ne présente. que des cadavres ou des êtres malades, ne mérite pas les éloges qu'on en a faits e qui, cependant, peuvent être adressés aux intentions du savant.
Le professeur J. W. Gunning a recours à un artifice de culture qui n'emploie ni les bouillons de Pasteur ni la gélatine de Koch, mais qui mérite d'être signalé. Le point capital étant, non pas d'apercevoir des bactei'ies quelconques, mais de pouvoir distinguer les espèces entre elles et, particulièrement, de séparer les
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micro-organismes pathogènes des bactéries de la putréfaction, l'auteur pense j arriver en soumettant sa liqueur nutritive (une décoction de levure) à des températures différentes et successives. Comme chaque espèce a un degré de température qui lui est plus favorable que tout autre, tels organismes prospéreront à un certain degré thermique, qui mourront ou seront incapables de développement à un degré supérieur, parfaitement propice, au contraire, à une autre espèce. En soumettant, pendant deux heures, à une température de 100 degrés, des liqueurs qui, ensemencées avec l'eau d'Amsterdam et de Nimègue, ne présentaient que les bactéries de la putréfaction, Gunning a pu isoler des bacilles tout différents, flexueux, très-distincts des bacilles du foin et néanmoins qui ne paraissent point être pathogènes.
L'étude des Infusoires et des Algues, qu'on peut apercevoir sous le microscope, exige des connaissances exactes et assez étendues d'histoire naturelle. Celle des Schizophytes réclame, en outre, des instruments d'optique d'une grande puissance. A défaut d'un maître expérimenté qui les guide, Wolffhûgel conseille aux débutants l'usage des figures et des microphotographies que l'on trouve dans les auteurs (Ch. Robin, Hassal, Morache, Roth et Lex, Pai'kes, Nowak, Flûgge, Neuville, J. Arnould, Rob. Koch). Il existe aussi des préparations conservées, que fournit le commerce. Un des marchands de cette spécialité est Théodore Fischer, à Cassel et à Berlin.
Les inoculations et les injections à des animaux, soit sous la peau, soit dans le sang, avec l'eau expertisée ou mieux avec les micro-organismes de culture,, font partie de cette série de recherches. Nous savons que, hors de très-rares cas, les résultats de ces inoculations ou injections ne prouvent rien au delà de ce qui a été observé chez les animaux en expérience. Ainsi, les épidémiologistes n'acceptent pas volontiers que l'on formule une conclusion étiologique vis-à-vis de la fièvre typhoïde, pour ce fait qu'en injectant certains micro-organismes on a provoqué des accidents plus ou moins remarquables chez des lapins, qui ne passent pas pour être naturellement susceptibles du typhus entérique.
Dosage tes matières orgaîsiques. La chimie possède plusieurs procédés pour évaluer en bloc, plus ou moins exactement d'ailleurs, les matières organiques de l'eau, sans nous révéler rien de leurs propriétés, ainsi qu'il a été dit.
a. La méthode ancienne consiste à évaluer la perte au rouge [Glûhverlust) du résidu obtenu par évaporation d'une quantité d'eau déterminée, et pesé avant et après la calcination. La différence entre les deux pesées exprime théoriquement le poids des matières organiques qui ont disparu par l'action de la chaleur. L'évaporation doit se faire avec lenteur, dans une capsule de porcelaine, ou mieux de platine ; la température doit être poussée, pour' finir, à un degré sur lequel les auteurs varient : 100 degrés suivant Flûgge, 100 à HO degrés selon Pettenkofer, HO à 120 selon Reichardt, 150 à 180 pour Kubel et Tiemann. Or, Sell s'est assuré que le même échantillon d'eau, dont le résidu pèse 420 milligrammes à 100 degrés, ne donne plus qu'un poids de 320 milligrammes à 180 degrés. On voit combien le procédé est infidèle. Il l'est encore par ce fait que, quand on élève la température du résidu, pour eu détruire la partie organique par calcination, l'acide carbonique ne tarde pas à s'échapper des matières minérales et, par conséquent, entraîne une erreur dans l'estimation du poids des cendres qui ont résisté à la calcination. On cherche à leur rendre cet acide carbonique en lavant les cendres, après la calcination et refroidissement, avec une eau chargée d'acide carbonique, ou avec une solution de carbonate d'ammo-
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niaque. On en expulse l'excès en chauffant de nouveau. C'est agir un peu au hasard; en outre, le moyen ne remédie pas à la décomposition possible du chlorure de magnésium, à la volatilisation par la chaleur des chlorures alcalins, à la décomposition des nitrates et nitrites sous l'influence des matières organiques mêmes. Si bien que le calcul fait sur les différences de poids est très-illusoire et que les hygiénistes ont renoncé à ce mode d'évaluer la richesse en matières organiques de l'eau (Flùgge), malgré des perfectionnements tentés par A. Millier et Wittstein.
Pour éviter les erreurs dai's l'appréciation du résidu total, et aussi pour mettre dans les mains des hygiénistes un instrument de haute simplicité, Finkelnbui'g et plus tard Hiller ont construit des aréomètres très-délicats {Hijdromètres), gradués entre zéro (eau distillée) et 100 (solution de sel de cuisine au centième), généralement pour la température de 15 degrés, ce qui entraîne la nécessité de corrections.
Flùgge expose encore une méthode qualitative, fondée sur la coloration du résidu après une calcination rapide et égale. Un résidu parfaitement blanc indique une eau sans matières organiques et riche en sels de chaux. Une légère teinte brune qui disparaît rapidement en poussant le feu atteste qu'il y a des matières organiques, mais en petite quantité. S'il y en a une proportion notable, le résidu noircit par places et il faut maintenir assez longtemps le feu pour le blanchir complètement. Avec une très-grande quantité, toute la masse noircit dès le début de la chauffe, répand l'odeur de corne brûlée ; il est difficile d'arriver à obtenir une cendre complètement blanche.
Enfin, le professeur J. W. Gunning (d'Amsterdam) recommande l'emploi d'une solution de chlorure de fer, exempte d'acide et renfermant 5 milligrammes de fer par litre d'eau. Ajoutée à de l'eau qui renferme de l'azote sous toute autre forme que celle d'ammoniaque, de nitrites ou de nitrates, elle détermine une coloration rouge d'hydroxyde de fer, qui ne tarde pas à se rassembler au fond du vase, pour peu qu'il y ait des traces de sulfates en présence (c'est, du reste, un moyen d'épuration de l'eau, dans l'occasion). Si l'on veut aller plus loin, on peut séparer par filtration cet hydroxyde de fer et le peser. En le chauffant ou en le traitant par la soude, il donne la réaction ammoniacale.
Naturellement, ces divers procédés ne distinguent pas entre les malières d'origine animale et celles d'origine végétale; ce qui est pourtant d'un intérêt primordial.
b. Dosage du carbone et de l'azote organiques (méthode de Frankland et Armstrong). Le but de cette méthode est de déterminer en une seule expérience le carbone' et l'azote des matières organiques, obtenus par combustion. Flùgge décrit, ainsi qu'il suit, les opérations assez complexes qui constituent son application.
Il faut d'abord se débarrasser de l'acide carbonique dissous ou combiné, puis des acides nitreux et nitrique qui pourraient exercer sur la substance organique un effet d'oxydation. On y arrive en faisant bouillir l'eau, 1/2 àl litre, pendant deux ou trois minutes, après addition d'acide sulfureux et de quelques gouttes d'une solution de chlorure de fer, en présence de laquelle les nitrates sont entièrement décomposés par l'acide sulfureux. Pendant que l'eau bout, on verse encore une petite quantité de sulfite de soude pour retenir l'acide sulfurique qui pourrait se former. Quand toute l'eau est évaporée, ou broie le résidu dans une capsule de verre, on le mêle à du chromate de plomb, puis on introduit
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le mélange dans un tube à combustion, tel qu'on en emploie pour les analyses élémentaires. On achève de remplir le tube avec de l'oxyde de cuivre ; on en ferme l'orifice antérieur avec de la tournure du même métal; on y lait le vide le plus exactement possible à l'aide de la pompe à mercure; enfin on le chauffe peu à peu. Quand la combustion est terminée, on extrait encore les gaz avec la pompe et on les introduit dans un eudinmèlre. Ces gaz sont de l'acide carbonique, de l'azote et de l'oxyde d'azote. On absorbe le premier par la potasse; la diminution de volume en donne la mesure. Par l'introduction d'oxygène en excès, l'oxyde d'azote est converti en acide hypoazotique que l'on absorbe encore par la potasse et dont on mesure le volume disparu. Enfin, le resle est oxydé au moyen de l'acide pyrogallique et dose comme azote. Pour ne pos avoir, de celui-ci, un chiffre exagéré, il faut avoir chassé d'abord l'ammoniaque de l'eau. Les chiffres obtenus représentent le carbone et l'azote organiques.
Le but que poursuit essentiellement cette méthode est moins l'exactitude que la connaissance du rapport qui existe entre le carbone et l'azote des matières organiques : d'où l'on peut conclure : par la prédominance du premier, à la nature végétale; par celle du second, à la provenance animale de ces matières. Cette connaissance, qui d'ailleurs reste assez indécise, ne compense pas les difficultés d'exécution du procédé. Quant aux propriétés des matières organiques de l'eau expertisée, il n'en fait rien connaître. 11 est, en outre, passible des mêmes reproches que le procédé de la calcination, puisque les matières volatiles ont pu s'échapper pendant l'évaporation de l'eau. Enfin, il arrive que l'oxyde de cuivre retient de l'air, ou une portion des gaz pi'oduits, malgré l'action de la pompe, et il paraît que l'acide sulfureux ne détruit les nitrates et nitrites qu'en passant à l'état d'acide sulfurique qui décompose aussi les matières organiques. Divers chimistes dosent séparément les gaz résultant de la combustion, à l'aide de modifications à la méthode de Frankland, qui ne la rendent pas plus simple ni plus siire.
c. Dosage de Vammoniaque albumindide. Méthode de Wanklvn, Chapman et Smith. Ici, l'on se borne à se rendre compte des matières qui peuvent se convertir en ammoniaque par l'action de la solution alcaline de permanganate de potasse [Caméléon). C'est donc le dosage de l'ammoniaque produite par le Caméléon qu'elle poursuit. Mais, comme l'eau renferme déjà de l'ammoniaque toute formée, il convient d'évaluer d'abord celle-ci. On y arrive à l'aide du réactif de Nessler (méthode colorimétrique), dont nous indiquerons la composition. Pour cela, on distille une portion de l'eau ; la vapeur entraîne l'ammoniaque préformée, qui peut ainsi être dosée à part. L'eau qui reste dans la cornue ne renferme plus que les matières organiques capables de fournir l'ammoniaque albuminoïde. Dans l'application, on se sert .d'une cornue dont le col, à double courbure pour empêcher le liquide en ébullition d'être projeté avec la vapeur, s'engage dans un tube réfrigérant. On introduit dans cette cornue 500 centimètres cubes de l'eau à expertiser, additionnés de o centimètres cubes d'une solution de carbonate de soude (à 1 volume sur 2) ; on distille rapidement environ 500 centimètres cubes qui sont répartis en trois échantillons séparés et successifs de 100 centimètres cubes chacun; on les essaie au point de vue de l'ammoniaque; d'ordinaire, le troisième échantillon n'en renferme plus. A ce moment, on retire le feu et l'on verse dans la cornue 50 centimètres cubes de la solution de permanganate (200 grammes d'hydrate de potasse et 8 grammes
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de permanganate de potasse pour 1 litre), bien dépouillée d'ammoniaque. On distille de nouveau deux portions successives de 100 centimètres cubes chacune, que l'on soumet encore à l'épreuve colorimétrique de l'ammoniaque.
Wanklyn et Chapman admettaient primitivement que la transformation des matières organiques par le permanganate donnait d'une façon constante les deux tiers de l'azote albuminoïde, Tiemann et Prcusse ont montré que certains corps tels que l'urée, la leucine, la tyrosine, l'acide asparagique, abandonnent presque intégralement tout leur azote, mais que l'allantoïne n'en perd que la moitié, le chlorhydrate de dimélhylamine seulement le tiers. C'est assez dire que le procédé est essentiellement incertain.
d. Dosage de Toxygène consommé par V oxydation des matières organiques. On a pensé, pour échapper aux difficultés et aux incertitudes des méthodes qui précèdent, pouvoir se borner à apprécier la quantité de matières organiques contenues dans l'eau en calculant la quantité d'oxygène nécessaire à leur oxydalion.
L'usage du permanganate de potasse, sous diverses formes, répond à cette intention. Le permanganate de potasse, KMnO*, est un sel rouge violet dans lequel l'acide permanganique cède aisément son oxygène à d'autres corps ayant de l'affinité pour ce gaz, par conséquent réducteurs. Par la perte d'oxygène, l'acide permanganique repasse à l'état d'oxyde de manganèse et même d'oxydule, en présence des acides sulfliydrique et chlorhydrique. Or, le sulfate d'oxydule et le chlorure de manganèse sont incolores : la décoloration du sel rouge-violet -est donc le signe que la réaction s'est accomplie. Il est facile de calculer l'oxygène consommé d'après la quantité de permanganate décoloré, et, si celte réduction a été opérée par des matières organiques, cette quantité d'oxygène est im -dosage indirect de leur proportion dans l'eau.
Comme il n'est pas commode de faire une solution de permanganate exactement titrée, c'est-à-dire dont on connaisse exactement les proportions d'oxygène, on dissout approximativement 0e%5 de caméléon (permanganate de potasse) dans 1 litre d'eau et l'on titre cette solution à l'aide d'une autre substance qu'il est facile d'avoir pure et de peser, en même temps qu'elle s'oxyde entièrement par le permanganate : c'est la solution d'acide oxalique C'^0'*H^-+-2H-0, dont l'équivalent est 126. Chaque molécule d'acide oxalique exige pour son oxydation complète 1 atome d'oxygène =16 en poids (résultat : CO^ et eau). La quantité d'oxygène employée à oxyder l'acide oxalique est donc représentée par
le rapport -T^- — D'autre part, l'oxygène abandonné par le caméléon réduit
s'exprime de la façon suivante : KMnO^ a pour équivalent 158 (K = 39; Mn = 55 ; 40 = 64) ; la décomposition est représentée par la formule : ^ KMnO' -+- SH^SO^ = 2 MnSO* -4- K^SO* -f- 5 H^O -j- 50, c'est-à-dire que 2 molécules de caméléon fournissent 5 atomes d'oxygène, ou 516 en poids de caméléon, 80 d'oxygène qui, à raison de 16 pour 126, oxyderont 650 d'acide oxalique (en poids) .
Si l'on prend ce chiffre pour équivalent et que l'on dissolve 0s%63 d'acide •oxalique cristallisé dans 1 litre d'eau distillée très-pure, on aura la solution normale ou à 1/100'' d'acide oxalique. C'est avec celle-ci que l'on titre la solution de permanganate faite approximativement avec 0?',5 par litre. Pour cela, 100 centimètres cubes d'eau distillée sont additionnés de 5 centimètres cubes d'acide sulfurique étendu (3 volumes d'eau pour 1 volume d'acide) et portés à
l'ébullition. On y verse, à l'aide d'une burette, 3 à 4 centimètres cubes de la solution de caméléon, on fait bouillir pendant cinq à dix minutes, puis, après avoir éloigné le ballon de la flamme, on y introduit par une pipette 10 centimètres cubes de la solution d'acide oxalique. Il se produit immédiatement une décoloration; on ajoute alors, avec précaution et goutte à goutte, de la solution <le permanganate jusqu'à ce qu'il apparaisse une coloration rouge, légère, mais persistante. A ce moment, on a usé exactement autant de permanganate qu'en exigent 10 centimètres cubes de la solution oxalique. Or, ces 10 centimètres cubes renfermaient ô^s^S : il y a donc, d'après le calcul indiqué plus liaut, Qmgr^g d'oxygène ou S^ei-.lB de permanganate de potasse dans les centimètres cubes employés de la solution de caméléon. Il est facile d'en déduire ce qu'il y a d'oxygène par 1 ou par 100 centimètres cubes de ce qui reste de la solution. Elle est, dès lors, titrée.
Il y a plusieurs manières d'appliquer le permanganate de potasse au dosage des matières organiques, parce que celles-ci ne sont pas toutes également faciles à oxyder.
1. Méthode de Kuhel. La métliode la plus employée, ou de Kubel, est celle qui vient d'être décrite pour le titrage de la solution de caméléon, sauf que l'eau distillée est remplacée par 10 centimètres cubes de l'eau à expertiser, que la solution de permanganate est titrée exactement d'avance, et qu'il faut en mettre assez au début pour que la coloration l'ouge soit intense et persiste pendant l'ébullition. Lorsque la réaction est finie, il n'y a qu'à déduire des centimètres cubes de permanganate total employé la quantité qu'en a usée l'acide oxalique, la différence est le chiffre de la solution de caméléon correspondant aux matières organiques. Pour connaître l'oxygène ou le permanganate dépensé, Wolffhûgel propose la formule suivante :
^ wX0,8 ^ „,, ^, nXû,16 0 = et KMnO*= -^ — ,
dans laquelle n est la quantité de solution correspondant aux matières organiques, t celle qui a été consommée par l'acide oxalique.
Supposons que l'on ait dépensé en tout 10",6 de solution.
Pour l'acide oxalique seul 6", 8 —
11 restera pour les matières organiques 3",8 de solution.
Et 0 = ' ^ ' =^ 0'"S'-,447 pour 100 centimètres cubes ou 4'^s%47 d'oxygène par litre de l'eau expertisée.
Si la solution de permanganate est titrée exactement, on sait ce qu'elle renferme d'oxygène par centimètre cube : il est donc encore plus facile d'arriver à savoir ce qu'en ont usé les matières organiques. Soit 15 centimètres cubes la quantité de solution manganique consommée par 10 centimètres cubes d'acide
0 8 oxalique : chaque centimètre cube de cette solution fournit donc -jV- d'oxygène.
Si l'on en a usé x centimètres cubes pour les matières organiques, l'oxygène
0 8 consommé par celles-ci est = -rr--h x (Flùgge).
2. Méthode de Schuhe. Si les matières soupçonnées dans l'eau ont une grande puissance de réduction, au lieu d'acidifier le liquide, on l'alcalinise
512 EAU (hygiène).
avec un peu d'hydrate de soude en même temps qu'on y verse la solution de caméléon en excès. On fait bouillir pendant dix minutes, on laisse refroidir jusqu'à 50 ou 60 degrés et l'on ajoute 5 centimètres cubes d'acide sulfnrique étendu (o volumes d'eau sur 4 volume d'acide). Le liquide doit rester rouge après cette addition. On verse alors 10 centimètres cubes de la solution normale d'acide oxalique; on agite et l'on chauffe. La solution de caméléon est ensuite ajoutée goutte à goutte et les calculs sont faits comme précédemment.
3. Méthode Harcourt-Tidy . Un volume déterminé d'eau est acidifié par l'acide sulfnrique, la solution de caméléon est ajoutée en excès et, au lieu de faire bouillir, on abandonne le tout pendant deux à trois heures, à la température de la pièce. On mesure alors le permanganate de potasse non réduit en ajoutant une quantité déterminée de solution d'iodure de potassium; l'iode mis en liberté est dosé par l'hyposulfitc de soude avec addition de colle d'amidon jusqu'à ce que la couleur bleue de l'iodure d'amidon disparaisse. Pour connaître la quantité de caméléon employé à oxyder les matières organiques, il faut soustraire du total de permanganate ajouté la quantité de ce sel qui correspond à l'iode mis en liberté.
Cette méthode ne rachète pas sa complication par une exactitude supérieure à celle des autres, qui, au surplus, ne sont vraiment pas des analyses quantitatives, mais prouvent simplement qu'il y a dans l'eau des substances capables d'emprunter de l'oxygène au caméléon, sans rien préjuger de la nature de ces substances. Nous avons dit précédemment (page 480) que les matières organiques ne sont pas seules dans ce cas. En outre, elles n'ont pas toutes ce pouvoir au même degré; l'acide tartrique ne prend que les 4/5^'' de l'oxygène nécessaire à son oxydation parfaite, le sucre de canne et le sucre de raisin la 1/2, l'acide benzoïque 1/40% le phénol la 1/2, l'asparagine 1/9% l'allantoïne 1/40% la leucine 1/10'^, la tyrosine 1/5, l'urée 0, 11 est bon de répéter ces constatations de Tiemann et de Preusse, en face des affirmations de certains chimistes qui annoncent, sans embarras, qu'ils vont nous mettre entre les mains un moyen simple et sûr de reconnaître les matières organiques nuisibles dans l'eau. Toutes choses égales d'ailleurs, le procédé de Kubel est le plus praticable et le moins exposé aux erreurs; il mérite la préférence.
e. Dosage par l'action réductrice des matières organiques sur les sels d'argent alcalins (méthode de Fleck). L'auteur de ce procédé a voulu utiliser la propriété que possède la solution alcaline d'argent de se laisser réduire par les matières organiques disposées à la fermentation et faciles à dédoubler. On mêle 17 grammes de nitrate d'argent à 48 grammes d'hydrate de soude et à 50 grammes d'hyposulfite de soude, que l'on dissout dans suffisamment d'eau pour faire 1 litre; l'hyposulfite dissout le précipité brun d'oxyde d'argent, quia été provoqué par la soude. Le mélange est bouilli pour le débarrasser de toute substance organique, et conservé dans l'obscurité. On titre la liqueur à l'aide d'une solution d'iodure de potassium de 8 grammes pour 1 litre. Il se produit de l'iodure d'argent qui se précipite; si l'on ajoute, par exemple, dans 10 centimètres cubes de la solution argentique, étendus de 50 centimètres cubes d'eau distillée, la solution d'iodure de potassium (peu à peu et en agitant), on pourra calculer le contenu de la première, pourvu que l'on réussisse à saisir le moment où il n'y a plus d'argent et oii il y a le moins possible d'iodure de potassium non décomposé dans la liqueur. Or, il existe des moyens d'oxydation qui peuvent décomposer l'iodure de potassium et mettre l'iode en liberté sans avoir prise
EAU (hygiène). 515
sur l'iodure d'argent plus fixe ; d'autre part, la colle d'amidon décèle la moindre quantité d'iode libre. Sur ces bases, on prépare un mélange à parties égales de colle d'amidon délayée, d'une solution de chromate rouge de potasse (1 sur 20) et d'acide chlorhydrique concentré. En déposant une goutte de ce mélange sur une plaque de porcelaine blanche et en y faisant arriver par l'un des côtés une goutte de la solution d'argent, on ne verra pas apparaître la couleur bleue de l'iodure d'amidon tant qu'il n'y aura que de l'iodure d'argent; elle apparaîtra, au contraire, tout de suite, si de l'iode libre vient à rencontrer la première goutte déposée.
Quand on connaît, par cette réaction, le titre de la solution argentique, on expertise l'eau en essai de la même manière. A 100 centimètres cubes de cette eau 10 centimètres cubes de la solution d'argent alcaline sont ajoutés; on porte à l'ébuUition ; la chaux et la magnésie forment des précipités qui se mêlent insensiblement à l'oxyde noir d'argent. On laisse refroidir et l'on titre avec la solution d'iodure de potassium, comme il a été dit précédemment ; mais, comme l'argent est, celte fois, à l'état insoluble, il faut moins d'iodure de potassium que précédemment pour 10 centimètres cubes de solution argentique, et d'autant moins qu'il y a plus d'argent réduit par les matières organiques de l'eau et précipité de sa solution.
Fleck a reconnu dans ses expériences que la solution alcaline d'argent est facilement réduite par l'acide gallique, l'acide urique, le sucre de raisin, la taurine, etc. ; qu'elle reste, au contraire, indilférente vis-à-vis de l'acide lactique, de certains acides gras, de l'acide succinique, etc. Le degré de concentration des matières influence les résultats. Somme toute, Tiemann et Preusse regardent le procédé par la solution d'argent comme moins sûr et moins commode que la méthode par le caméléon en solution acide.
11 existe encore quelques autres procédés qui ne méritent généralement pas de retenir l'attention.
Dosage des substances qui passent pour des signes de phénomènes de fermentation DANS l'eau. 1. Ammoniaque. On est obligé de recourir, pour doser l'ammoniaque des eaux, le plus souvent en très-faibles proportions, à des réactifs extrêmement sensibles. Après divers essais, on s'est arrêté au réactif de Nessler, ainsi appelé du nom du chimiste qui le proposa, et qui fut employé, dans le but actuel, pour la première fois par Miller. Le réactif de Nessler est un iodure mercuro-potassique. On le prépare en dissolvant 50 grammes d'iodure de potassium dans 50 centimètres cubes d'eau distillée, auxquels on ajoute une dissolution concentrée chaude de bichlorure de mercure, jusqu'à ce que le précipité rouge d'iodure de mercure, qui d'abord se redissout au fur et à mesure en présence d'un excès d'iodure de potassium, par la formation d'un sel double, finisse par persister. Il faut, pour y arriver, 20 à 25 grammes de sublimé. On filtre, on ajoute une solution de 150 grammes d'hydrate de potasse dans 500 grammes d'eau; on ajoute assez d'eau distillée pour faire 1 litre, puis encore 50 centimètres cubes de solution de sublimé. On décante après repos, pour se débarrasser du précipité.
La liqueur obtenue renferme une combinaison d'iodure de mercure et d'iodure de potassium qui, en présence de la plus faible trace d'ammoniaque, donne un précipité rouge, un peu plus clair ou un peu plus brun, selon que la liqueur est peu alcaline ou qu'elle l'est beaucoup ; s'il y a peu d'ammoniaque, il est simplement jaune. Ce précipité est un iodure mercuro-ammoniacal, dans lequel
DICT. ENG. XXXL 33
deux atomes d'hydrogène de l'ammoniaque sont remplace's par le mercure et dont la formule est AzHg-1 -}- H^O.
On peut se servir du réactif de Nessler pour une analyse qualitative, en prenant 100 centimètres cubes de l'eau à essayer, que Ton traite d'abord par 1/2 centimètre cube d'hydrate de soude et 1 centimètre culje de solution de carbonate de soude pour précipiter les sels terreux, qui, sans cette précaution, seraient précipités par le carbonate de potasse que renferme toujours le réactif de Nessler, et entraîneraient avec eux une portion de l'iodure mercuro-ammoniacal. Quand les sels terreux se sont déposés, on décante, on verse l'eau dans un vase cylindrique, long et étroit; on ajoute 1 centimètre cube du réactif, on agite et l'on apprécie la coloration produite, en regardant le liquide de haut en bas, le vase reposant sur une surface blanche. On peut encore, sans autre préparation, se borner à distiller 200 centimètres cubes sur 300 de l'eau à expertiser; toute l'ammoniaque est passée dans ces 200 premiers centimètres cubes.
Pour la recherche quantitative, il y a trois méthodes (FliJgge). Voici celle qui porte le nom de Frankland et Ârmstrong et qui est, à juste titre, la plus employée.
On a préparé une solution de sel ammoniac, de proportions connues; on la traite par le réactif de Nessler en même temps que l'eau à analyser, puis on compare la nuance des deux liqueurs et on ajoute à l'une ou à l'autre la quantité d'eau distillée nécessaire pour égaliser absolument les deux teintes. Les préparations dont il faut disposer, à cet effet, sont : le réactif de Nessler ; de l'eau distillée exempte d'ammoniaque ; une solution de chlorhydrate d'ammoniaque contenant exactement O^^^'^OS d'ammoniaque par centimètre cube. On l'obtient en dissolvant 3s'',147 de chlorure d'ammonium finement pulvérisé et desséché à 100 degrés pour 1 litre de liquide; cette solution renferme exactement 1 milligramme d'ammoniaque par centimètre cube. Si l'on en prend 50 centimètres cubes et qu'on les étende d'eau de manière à faire 1 litre, cette nouvelle solution aura O^^s^OS d'ammoniaque par centimètre cube. — Pour l'exécution on emploie des vases cylindriques en verre, hauts de 20 centimètres et de même calibre. Dans l'un, on verse 100 centimètres cubes de l'eau à essayer et 1 centimètre cube du réactif Nessler; on observe la coloration qui se produit : si elle est trop foncée, il faut étendre d'eau distillée l'eau d'essai. — D'autre part, on a préparé quatre autres cylindres munis chacun de 100 centimètres cubes d'eau distillée et traitée par des doses de la solution ammoniacale étendue, variant de 0,2 à 2 centimètres cubes, et par 1 centimètre cube de réactif Nessler. — On place tous les cylindres à côté les uns des autres sur une surface blanche, pour reconnaître auquel des quatre ressemble celui qui renferme l'eau en essai; s'il le faut, on prépare au moment même un cylindre de richesse ammoniacale intermédiaire. Le calcul de l'ammoniaque se fait d'après la richesse connue du cylindre de comparaison.
Wolffhiigel décrit des cylindres de Hehiier qui portent à leur partie inférieure un robinet d'écoulement à l'aide duquel on peut soustraire du cylindre étalon une certaine quantité de liquide qu'on remplace par de l'eau distillée, si la coloration est trop forte. Ces cylindres sont gradués par centimètres cubes et dispensent de l'usage des quatre ou cmq vases de la méthode ortUnaire.
Les hygiénistes allemands décrivent deux autres façons d'employer le réactif de Nessler : l'une, ou de Miller, consiste à distiller 500 centimètres cubes de l'eau en essai par fractions successives de 100 centimètres cubes chacune, qui
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renferment évidemment toute rammoniaijue du liquide expertisé, et à doser la richesse ammoniacale de chaque fraction par le procédé colorimétrique de Frankland. L'autre est dite procédé de Fleck; je l'ai reproduit ailleurs, d'après Ritler, dans les termes suivants : « Ajouter, dans un volume bien déterminé d'eau (dans un flacon bien bouché), du réactif de Nessler, jusqu'à ce qu'il se forme un précipité brun; ce précipité se tasse facilement (Fleck ajoute, pour aider à ce tassement, un peu de sulfate de magnésie, que Ritler juge inutile). Le précipité, séparé par décantation, est lavé à l'abri de l'air avec de l'eau distillée, dissous ensuite dans une solution d'hyposulfite de sodium (à 1 sur 8), qui dissout le sel mercuriel. Ce dernier métal est dose volumétriquement à l'aide d'une solution titrée d'un sulfure alcalin ; on se sert comme réactif indicateur d'un papier à filtre sur lequel on applique une goutte de liquide; ce papier repose sur un papier plombique, qui noircit dès qu'on a employé un excès de liqueur titrée » .
A Montsouris, Albert Lévy dose l'ammoniaque des eaux météoriques par le procédé suivant : « Un 1/2 litre d'eau filtrée, additionnée de 1 centimètre cube d'acide sulfurique au dixième (acide pur, 10; eau distillée, 90), est évaporé dans une étuve spéciale jusqu'à ce que son volume soit réduit à 30 centimètres cubes environ. Le résidu de l'évaporation et 5 centimètres cubes d'eau, réservés pour le lavage de la capsule, sont introduits dans une petite corne de verre. Le liquide, rendu alcalin avec de la magnésie pure et calcinée, est soumis à la distillation. Les deux premiers cinquièmes du volume total du liquide placé dans la cornue sont reçus, après distillation, dans une fiole contenant 2 centimètres cubes d'acide sulfurique titré, coloré par 3 gouttes d'une dissolution alcoolique de cochenille. Rendue alcaline et bouillante, l'eau abandonne toute son ammoniaque aux deux premiers cinquièmes de la liqueur qui distille, et cette ammoniaque sature en partie l'acide sulfurique dans lequel on la reçoit. Cet acide, repéré avant et après la distillation avec une liqueur alcaline titrée, indique, par la différence des volumes d'alcali versé, le poids de l'ammoniaque retirée de l'eau sur laquelle on opère ». La liqueur alcaline dont on fait usage est une dissolution très-étendue d'ammoniaque telle que 1 centimètre cube correspond à Oing',04 d'azote ammoniacal.
2. Acide nitreux. Nitrites. Deux méthodes principales sont employées à ce dosage : celle de Trommsdorff, par l'iodure de zinc amidonné, et celle de Tiemann et Preusse, par la viétaphénylènediamine (métadiamidobenzol). La première repose sur le fait que l'acide nitreux, quand on ajoute à l'eau qui en renferme de l'iodure de zinc amidonné et quelques gouttes d'acide sulfurique, met en liberté de l'iodure de zinc, de l'iode qui bleuit la colle d'amidon ; l'autre sur la transformation, reconnue par Gries, de la mélaphénylènediamine dans l'eau qui contient de l'acide nitreux et acidulée par l'acide sulfurique, en triamidoazobenzol, qui communique à l'eau une coloration jaune ou jaune rouge. Ces deux réactifs sont très-sensibles et on en a obtenu deux bonnes méthodes colorimétriques.
On donne pourtant (Wolffhûgel) la préférence à celle de Gries, Tiemann et" Preusse ; c'est elle que nous allons décrire d'abord, réservant celle de Trommsdorff pour le paragraphe relatif aux nitrates.
Les réactifs nécessaires sont : 1° une solution de nitrite de potasse, renfermant O^s'-jOi d'acide nitreux par centimètre cube; 2" de l'acide sulfurique étendu (4, sur 3); 5° une solution de 5 grammes de me'taphénylènediamine pour 1 litre,.
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additionnée d'un peu d'acide sulfurique étendu pour assurer la conservation (il faut, du reste, garder ce réactif dans l'obscurité). Pour l'analyse qualitative, oa ajoute à 100 centimètres cubes de l'eau expertisée i centimètre cube d'acide sulfurique étendu, puis 1 centimètre cube de la solution de métapbénylènediamine. Si l'on veut apprécier les proportions exactes de nitrites dans l'eau, on fuit les mêmes comparaisons colorimétriques que pour la détermination de l'ammoniaque par le réactif de Nessler. Lorsque la coloration est très-intense, il faut étendre d'eau distillée l'eau d'essai.
Il existe d'autres procédés, assez nombreux (Péligot, Ticbborne, Toussaint, Braun, Scbônbein, Voit et Gries), mais à peu près abandonnés. Celui de Saint- Gilles, Feldliaus et Kubel, qui s'applique bien à l'eau très riche en nitrites (plus de O^e^S par litre), peut être employé dans des cas particuliers; il consiste à convertir les nitrites en nitrates par l'action du caméléon à une basse température et par une manipulation rapide; on ajoute en excès une solution titrée de sulfate de fer ammoniacal qui décolore la liqueur, puis la solution décolorée est ramenée à une légère couleur rouge ; on retranche les centimètres cubes nécessaires à l'oxydation du sel de fer du total des centimètres cubes de caméléon employés, et l'on multiplie la différence par 1,9. Le résultat exprime les milligrammes d'acide nitreux contenus dans 1 litre deau.
5. Acide azotique. Nitrates. Les procédés usités, soit pour déceler, soit pour doser l'acide azotique de l'eau, sont tellement nombreux, que G. Flùgge a cru devoir les répartir en trois classes : 1" ceux dans lesquels on ox\de par l'acide azotique un corps réducteur, pour mesurer l'acide d'après la quantité du corps oxydé ou, au contraire, de ce qui a échappé à l'oxydation; 2" les procédés qui consistent à convertir l'acide azotique, au moyen de corps réducteurs, en acide nitreux, en azote, en oxyde d'azote ou en ammoniaque, que l'on dose comme tels; 5° ceux qui reposent sur les changements de coloration que l'acide azotique produit sur certains corps, la brucine, l'acide pyrogallique, l'indigo, le sulfate d'aniline, la diphénylamine, l'acide phénylsulfurique.
Wolffhùgel décrit les trois réactions suivantes, [qui ne sont que des expertises qualitatives :
Avec la brucine. On dépose sur une soucoupe de porcelaine blanche, au moyen d'une baguette de verre, quelques gouttes de l'eau à essayer et 2 gouttes d'une solution de brucine saturée (1 sur 800 d'eau) et l'on fait arriver sur le mélange, goutte à goutte, de l'acide sulfurique concentré. Si la proportion d'acide azotique dans l'eau est élevée, la réaction se produit à la première goutte ; le plus souvent, la coloration rose clair apparaît à la cinquième. Si elle ne se produit pas, c'est qu'il y a moins de 20 à 30 milligrammes d'acide azotique par litre. On peut, dans ce cas, aider à la réaction en faisant évaporer 1 centimètre cube de l'eau d'essai et en traitant directement le résidu parla brucine et l'acide sulfurique. La brucine réagissant aussi sous l'influence de l'acide azoteux, il faut s'être assuré au préalable, par l'essai avec la métaphénylènediamine, que l'eau expertisée ne renferme pas de nitrites.
Avec Yiodure de zinc amidonné. Dans un cylindre de verre on ajoute à 30 centimètres cubes d'eau, acidifiée par l'acide sulfurique concentré, un fragment de zinc pur et une dissolution d'iodure de zinc amidonné. L'hydrogène naissant, développé par l'action de l'acide sulfurique sur le zinc, ramène l'acide azotique à l'état d'acide azoteux qui met de l'iode en liberté et, par là, provoque l'apparition de la couleur bleue de l'iodure d'amidon. Si l'on a préalablement
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fait la même opération sans faire intervenir le zinc métallique, la présence de nitrites préexistants se révèle, s'il y a lieu ; et c'est là le procédé de Trommsdorlf, auquel nous avons fait allusion plus haut (pour les nitrites).
Avec la diphenylamine. On dépose sur une soucoupe de porcelaine un petit fragment de diphenylamine pure; on ajoute de l'acide sulfurique concentré en excès et l'on fait arriver au bord du liquide une goutte d'eau en expertise. Une coloration bleue intense trahit la plus faible proportion d'acide azotique. Il a donc fallu, au préalable, s'assurer que l'eau ne contient pas de fer.
11 est bon d'être prévenu que même l'acide sulfurique dit pur renferme souvent de l'acide nitreux.
En ce qui concerne l'appréciation quantitative, les méthodes de Marx et Trommsdorff et de Schuize et Tiemann paraissent avoir seules obtenu l'assenti-
ment gênerai
1. Par la méthode de Marx-Trommsdorff, le bleu d'indigo est oxydé et, par suite, décoloré dans une eau renfermant des nitrates, qu'on porte rapidement à la température de 120 degrés, après addition d'acide sulfurique concentré. Si l'on a préalablement une solution d'indigo dont on connaît l'action sur une dissolution de nitrate d'une proportion déterminée, on pourra calculer la richesse d'une eau en nitrates d'après la quantité d'indigo qu'il faudra ajouter à un volume déterminé de cette eau, pour arriver au point où elle ne fait plus disparaître la couleur bleue. Toutefois, comme l'oxydation de l'indigo n'est pas une décoloration immédiate, mais un passage au jaune brunâtre, qu'une faible quantité de nitrates peut déjà produire, il est bon d'agir parfois sur une eau étendue d'eau distillée. La présence des chlorures favorise la réaction : aussi, ajonte-t-on, au besoin, du chlorure de sodium. Au contraire, les matières facilement oxydables en présence de l'acide sulfurique concentré réduisent aussi les nitrates et faussent les résultats en diminuant la quantité de solution d'indigo employée : il est bon, en conséquence, lorsqu'il y a lieu, de commencer par oxyder les matières organiques à l'aide du caméléon.
Pour préparer la solution d'indigo, on mêle peu à peu 1 partie d'indigotine pure à 6 parties d'acide sulfurique fumant, en évitant que la température s'élève d'une façon excessive ; après repos, on verse la liqueur dans 40 fois son volume d'eau distillée, on fdtre et l'on étend la solution jusqu'à ce qu'elle devienne transparente avec une épaisseur de 12 à 15 millimètres. On la titre ensuite à l'aide d'une dissolution de nitrate de potasse (Is^STl de sel pour 1 litre d'eau; 1 centimètre cube renferme 1 milligramme de AzO^). On mêle 1 centimètre cube de celle-ci, dans un matras, à 23 centimètres cubes d'eau distillée et à 1 centimètre cube d'une dissolution de sel marin à 1 pour 100; on ajoute rapidement 50 centimètres cubes d'acide sulfurique concentré pur. Le mélange s'échauffe assez pour qu'il soit superflu de le porter sur le feu. On fait ensuite, en agitant le ballon, couler la solution d'indigo avec une burette, sans arrêt inutile, jusqu'à ce que le mélange prenne une coloration bleu-verdâtre. On recommence aussitôt l'expérience, mais, cette fois, en faisant arriver, d'un seul jet, dans la liqueur, une quantité de solution d'indigo égale à celle qui vient d'être employée. Le plus souvent, par le simple fait d'une manipulation plus rapide, cette quantité ne suffit pas à donner la teinte bleu-verdâtre, et il est nécessaire d'ajouter encore un peu de la solution. De ce dernier résultat on calcule la richesse de la solution d'indigo; on l'étend, s'il est nécessaire ; 6 à 8 centimètres cubes de cette solution doivent répondre à 1 milligramme d'acide
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azotique. Il est bonde répéter les essais en augmentant la proportion de nitrate de potasse, 2 centimètres cubes de solution nitrée avec 22 centimètres cubes d'eau; 3 centimètres cubes avec 21 d'eau, etc., de façon à nécessiter des quantités doubles, triples, d'indigo.
Une fois obtenue la solution titrée d'indigo, on opère avec l'eau à essayer (25 centimètres cubes) et l'acide sulfurique (50 centimètres cubes), comme on le faisait tout à l'heure avec l'eau artificiellement nitrée. Il faut avoir soin d'açir dans les mêmes conditions de température, de rapidité, de réactifs, que précédemment ; il convient aussi de faire plusieurs essais dans la même séance.
Exemple. Le titre de la solution d'indigo est tel que 6 centimètres cubes de la liqueur correspondent à 1 milligramme AzO^.
On a consommé, pour 25 centimètres cubes d'eau, 14*=', 1 de solution d'indigo ;
ou consommerait pour 1000 centimètres cubes 564 centimètres cubes. D'oii
-p— ="7^ Et .r =: 94 milligrammes AzO* par litre.
La méthode comporte des erreurs variant entre 5 et 15 pour 100 des nitrates réellement contenus dans l'eau.
2. Le procédé Schulze-Tiemann a pour but de doser l'acide azotique dans J'eau qui en renferme assez peu pour que les erreurs dont le précédent est susceptible premient des proportions relativement considérables. En d'autres termes, il s'applique aux eaux peu riches en nitrates. Aussi faut-il, avant d'y recourir, constater d'abord par la méthode Marx-Trommsdorff que 25 centimètres cubes de l'eau en expertise renferment moins de i"'^^^ d'acide azotique. D'ailleurs, le procédé de Schulze, modifié par Tiemann, repose sur ce principe, que l'acide azotique, sous l'influence du chlorure de fer et de l'acide chlorhydrique, se transforme en oxyde d'azote. On fait passer ce gaz à travers une lessive de soude, on la recueille dans un tube à mesurer les gaz, long et étroit, et l'on en lit le volume selon les règles ordinaires; 1 centimètre cube de AzO, ramené à 0 degré et sous 760 millimètres de pression, correspond à 2"e'',418 de AzOo. L'outillage et les opérations que nécessite ce procédé dépassent un peu les ressources ordinaires des hygiénistes : aussi nous bornons-nous à en indiquer la substance, plutôt pour la faire connaître aux lecteurs que pour leur donner un moyen qu'ils puissent utiliser eux-mêmes, sans l'assistance d'un chimiste de profession. La méthode par laquelle Albert Lévy, à Montsouris, dose d'un seul coup l'azote des nitrites et des nitrates, azote nitrique, suppose également un laboratoire ; on fait évaporer 200 centimètres cubes d'eau préalablement rendue alcaline; on brûle les matières organiques du résidu par le permanganate de potasse, on reprend par l'eau distillée et l'on distille de nouveau ; l'eau acide provenant de la distillation est filtrée, puis traitée par le sulfate ammoniacal de fer et 10 centimètres cubes d'un mélange de 4 parties d'acide chlorhydrique pur, 2 parties d'acide sulfurique et 4 parties d'eau distillée. On chauffe à l'ébuUition dans un courant d'acide carbonique. L'acide azotique est décomposé par l'acide chlorhydrique; du bioxyde d'azote se dégage; l'oxygène enlevé à l'acide azotique se porte sur le sel de protoxyde de fer et le transforme partiellement en sel de sesquioxyde. On dose le sulfate de protoxyde restant par le permanganate. Connaissant à l'avance le titre du sulfate de fer employé, on déduit par différence le poids d'oxygène enlevé à l'acide nitrique et, par suite, le poids de ce dernier (54 d'acide azotique fournissent 24 d'oxygène).
4. Acide carbonique. L'acide carbonique existe dans les eaux, sous trois
EAU (hygiène). 519
formes : à l'état libre ; à l'état de combinaison avec les bases alcalines ou alcalino-terreuses; enfin, en combinaison instable, sous forme de bicarbonates qui renferment des poids égaux d'acide fixe et d'acide facilement séparable. D'où la nécessité de quatre opérations pour connaître l'acide total et celui qui se trouve sous chacune de ces formes distinctes.
a. On connaît l'acide total en le précipitant par l'hydrate de chaux ou la baryte caustique (Frésénius) ; le précipité, recueilli sur un filtre, est traité dans un appareil approprié par l'acide chlorhydrique ; l'acide carbonique qui se dégage est reçu dans un appareil d'absorption pesé avant et après l'expérience.
b. Pour doser l'acide fixe, on titre l'eau d'essai avec un acide normal, qu'on ajoute goutte à goutte jusqu'à ce que la coloration rouge du papier de
tournesol indique qu'on a versé une goutte d'acide sulfurique en excès (on peut négliger en ceci l'influence très-faible de CO^ sur le tournesol). On peut encore déduire la quantité d'acide fixe en retranchant la dureté temporaire de la dureté totale; ce procédé est infidèle. Quand l'eau renferme de l'acide carbonique libre, on peut être certain qu'elle contient aussi des bicarbonates; dans ce cas, lorsqu'on a déterminé la proportion de l'acide en combinaison stable, on sait par le fait même quelle est celle de l'acide en combinaison instable; c'est la même de part et d'autre.
c. La méthode de Pettenkofer est commode pour doser à la fois l'acide libre et la proportion séparable de l'acide des bicarbonates. On a une solution d'acide oxalique dont 1 centimètre cuba neutralise exactement la même quantité d'eau de baryte que 1 milligramme CO^; un volume déterminé d'une solution de baryte titrée par l'acide oxalique est mêlé à une quantité mesurée de l'eau en -expertise ; l'acide carbonique de cette eau convertit une portion de la baryte en carbonate de baryte neutre ; on titre de nouveau le mélange. La différence entre le titre obtenu et celui de la solution de baryte exprime évidemment la quantité d'acide carbonique qui a agi sur la baryte. 11 est nécessaire d'ajouter préalablement à l'eau d'expertise du chlorure de baryum et du chlorhydrate d'ammoniaque : le premier pour transformer en chlorures alcalins et en carbonate (le baryte les carbonates alcalins qui, en présence du carbonate de baryte, pourraient former des oxalates alcalins et troubler les résultats ; le second, pour empêcher tout à fait la décomposition des combinaisons magnésiennes, qui n'est jamais qu'incomplète ; le carbonate de magnésie, sous cette influence, forme avec la baryte du carbonate de baryte et de l'hydrate de magnésie, qui restent dans la liqueur comme équivalent de la quantité de baryte entrée en combinaison.
Les réactifs nécessaires sont : une solution de Ss^SôSô d'acide oxalique cristallisé, sec, pour 1 litre; une solution de baryte, dont 45 centimètres cubes neutralisent environ 40 à 50 centimètres cubes d'acide oxalique; une solution d'acide rosolique, 1 partie dans 500 parties d'alcool à 80 degrés, comme indicateur; une solution de chlorure de baryum et de chlorhydrate d'ammoniaque renfermant, pour 1 litre, 30 centimètres cubes de solution neutre et saturée de chlorure de baryum et 20 centimètres cubes de solution concentrée de chlorure d'ammonium. Pour l'exécution, on verse 100 centimètres cubes d'eau dans un flacon d'un quart de litre, fermant avec un bouchon de verre ou de caoutchouc ; on ajoute 5 centimètres cubes de la solution de chlorure de baryum et de sel ammoniac, puis 45 centimètres cubes d'eau de baryte que l'on a titrée préalablement avec l'acide oxalique, à l'aide de l'acide rosolique comme indicateur
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coloré. Le flacon bouché est abandonné au repos, jusqu'à ce que le précipité qui se forme prenne un aspect cristallin et se rassemble au fond. Après un repos de douze heures, on reprend avec précaution, à l'aide d'une pipette, les 150 centimètres cubes de liquide par portions de 50 centimètres cubes, que l'on titre à nouveau.
Par exemple, le titre de l'eau de baryte était de 43", 9 d'acide oxalique, équivalant à 43™g'',9 de CO^
Le titre du liquide après les opérations est de SS'^Sl; la différence est 20™,5, c'est-à-dire que 20"^^', 5 d'acide carbonique ont remplacé autant de centimètres cubes d'acide oxalique dans l'expérience. L'eau d'expertise renferme 20"'B'',5 CO^ pour 100 centimètres cubes ou 205 milligrammes par litre.
d. On peut connaître, par voie indirecte, les proportions d'acide carbonique libre en déduisant du chiffre de l'acide total celui de l'acide fixe multiplié par2 (puisque la quantité de CO^ instable est égale à celle de l'acide fixe). Pour l'évaluer directement, on a recours à l'acide rosolique qui, en présence de l'acide carbonique libre, ne subit pas de changement, tandis que les carbonates doubles ont la l'éaction alcaline et rougissent l'acide rosolique lorsqu'il n'y a pas d'acide carbonique libre dans la liqueur. Il suffit d'ajouter de l'acide rosolique à 100 centimètres cubes d'eau, puis de verser lentement l'eau de baryte titrée jusqu'à ce que l'apparition d'une coloration rouge légère annonce qu'il n'y a plus de GO- libre. On calcule la quantité d'acide libre par colle de l'eau de baryte employée.
5. Oxygène. L'oxygène dans l'eau rend compte des phénomènes de fermentation, mais d'une façon inverse des corps précédents, c'est-à-dire par sa diminution. On le dose, soit par le procédé volumétrique de Reichardt, modifié par Tiemann et Preusse, soit à l'aide de la méthode colorimétrique de Schûtzenberger, Risler et A. Gérardin.
Dans la méthode volumétrique, les gaz dissous sont dégagés d'un volume d'eau déterminé, à l'aide de la chaleur, passent à travers une lessive de soude qui retient l'acide carbonique, pour se rendre dans un gazomètre et, de là, dans l'eudiomètre, où l'on mesure les gaz selon les règles ordinaires.
Le procédé Schûtzenberger, dont A. Gérardin a vulgarisé l'application en France, repose sur la propriété que possède l'hydrosulfite de soude de ramener au jaune clair le sulfmdigotate de soude, que la présence de l'oxygène dansl'eau a fait passer du blanc au bleu. Nous ne saurions décrire les opérations de laboratoire, usitées par les chimistes de profession et dans lesquelles les réactions s'accomplissent dans un courant d'hydrogène pour que l'oxygène de l'air ne puisse influencer les résultats. 11 suffira de reproduire une description rapide, due à Gérardin lui-même, et dans laquelle se trouve indiquée la façon de titrer l'hydrosulfite à l'aide de la solution de sulfate de cuivre ammoniacal.
Il faut préparer le réactif une demi-heure avant de s'en servir. On remplit aux trcis quarts, avec de l'eau ordinaire, 'un flacon de 60 à 100 grammes contenant une spirale formée avec une feuille de zinc et quelques morceaux de grenaille de zinc. On ajoute 10 centimètres cubes d'une solution de bisulfite de soude à 20 degrés Baume. On achève de remplir avec de l'eau et l'on bouche avec un bouchon de caoutchouc. On agite plusieurs fois; au bout de vingt-cinq minutes, le réactif est prêt. On le titre de la façon suivante : d'une part, on verse dans une petite éprouvette 20 centimètres cubes d'une solution de sulfate de cuivre fortement ammoniacale, qu'on recouvre d'une couche d'huile (pour supprimer
EAU (hygiène). 52f
rinfluence de l'oxygène de l'air). D'autre part, dans un bocal à large ouverture, on introduit 1 litre de l'eau à essayer, que l'on couvre également d'une couche d'huile, après avoir teinté en bleu très-clair, au moyen de quelques gouttes d'une solution de bleu Coupler. On puise l'hydrosulfite dans une pipette de 50 à 60 cen^timètres cubes, divisée en dixièmes. On laisse couler peu à peu le réactif dans le sulfate de cuivre ammoniacal, en agitant légèrement avec une baguette, jusqu'à décoloration. On a soin de maintenir le bout inférieur de la pipette au-dessous de la couche d'huile pendant ces deux opérations. Supposons que, en titrant le réactif, l'on ait employé, pour décolorer les 20 centimètres cubes de sulfate de cuivre ammoniacal, 17™, 5 d'hydrosulfite. Nous savons que ces 20 centimètres cubes correspondent à 2 centimètres cubes d'oxygène, au point de vue de l'action sur l'hydrosulfite. Si, d'autre part, le litre d'eau a exigé 36'^%4 du réactif pour être
w , . , .• 17.5 56,4 ,, , 56,4x2 , ,^ décolore, on posera la proportion : -^ =: , d ou x = jn — = 4", 16
d'oxygène dissous dans 1 litre d'eau. (Il reste une petite correction à faire pour tenir compte de l'hydrosulfite nécessaire pour décolorer le bleu employé; elle peut se faire approximativement, une fois pour toutes.)
A. Gérardin attache une extrême importance à cette manière d'apprécier l'intégrité de l'eau par son titre oxymétrique ; il a soumis à cette épreuve l'eau de la Seine, à diverses époques et à des niveaux variés. Récemment (1879-1880), les eaux de Versailles ont été examinées au même et unique point de vue par Gérardin, Gavin et Remilly. Cependant, et les auteurs sont les premiers à en convenir, le titre oxymétrique de l'eau est excessivement instable, modifié qu'il est incessamment par l'action de l'air, de la lumière, de la température, de la végétation. Pour ces causes, dans une même masse d'eau, il n'est pas le même aux diverses époques de l'année, à la surface que dans la profondeur, dans des tuyaux fermés que dans des canaux ouverts. E. Vallin se demande si l'élévation du titre oxymétrique est une très-bonne mesure de la qualité potable.
D'ailleurs, toutes les analyses qui portent sur les substances regardées comme des témoins de la putréfaction antérieure au sein de l'eau sont sujettes à des déceptions graves, si l'on en fait la base de conclusions étiologiques. Nous avons déjà fait remarquer que l'ammoniaque, les nitrites et nitrates, l'acide carbonique, fussent-ils le résultat de la putréfaction, n'existent jamais dans l'eau sous des proportions qui les rendent toxiques ; la diminution de l'oxygène n'est pas plus grave par elle-même. 11 semblerait même que la haute proportion des éléments minéraux provenant des phénomènes fermentatifs fût une garantie, puisqu'elle prouve que ces phénomènes sont finis et que l'on est d'autant plus loin du moment où les substances putrides auraient pu exercer une influence fâcheuse.
Mais qu'est-ce qui prouve que l'ammoniaque, les nitrates, l'acide carbonique, constatés dans l'eau, proviennent de la putréfaction et rien que de la putréfaction? Qu'est-ce qui prouve, par contre, que la putréfaction n'a pas eu lieu sans que ces substances se rencontrent dans l'eau? Rien; on sait, au contraire, que l'atmosphère et surtout le sol peuvent mettre dans l'eau de l'ammoniaque, de l'acide carbonique et même des nitrates. C Flùgge fait remarquer que les matières susceptibles de putréfaction ne fournissent pas des proportions constantes d'ammoniaque et d'acide carbonique; les unes donnent plus de celui-ci, les autres plus d'azote, selon qu'elles proviennent du règne végétal ou du règne animal, ainsi qu'il a été dit précédemment. W. Gunning (d'Amsterdam)
522 EAU (hygiène).
note que l'ammoniaque et les nitrates se forment souvent, sur une certaine étendue et pendant un temps durable, dans l'eau qui chemine par des conduites en fer; il suffit, pour faire apparaître le phénomène, d'introduire un tuyau neuf dans l'ensemble de la conduite. La rouille du fer, au contact de l'eau, dans n'importe quelle circonstance, donne lieu à la formation et à la décomposition alternantes du nitrate d'ammoniaque. L'ammoniaque, dans les eaux souterraines, est retenue ou reprise plus ou moins rapidement et complètement selon la nature du sol. Celte dernière circonstance influe également sur l'abondance de l'oxygène. En général, l'ammoniaque et l'acide carbonique se diffuseront plus aisément dans l'atmosphère à travers un sol très-poreux, tandis que l'oxygène de l'air y pénétrera plus largement : on aurait donc là une eau souterraine relativement pure, en apparence, tandis que c'est le sol poreux qui, s'imprégnant le plus largement des impuretés organiques tombées à la surface, a le plus de chances de compromettre l'eau souterraine.
Un élève du professeur Fodor (de Budapest), Paul Munkâcsy, a fait, sur les gaz de l'eau, des recherches qui, à vrai dire, ne sont applicables qu'aux eaux de la localité où les analyses ont eu lieu, mais qui tendent à jeter des doutes sérieux sur les rapports que l'on s'habitue à établir entre certains gaz et le degré de pureté de l'eau. Selon cet auteur, l'acide carbonique est en proportion directe avec les matières fixes et avec le total des matières organiques, dans les bons puits comme dans les mauvais ; en revanche, il est en raison inverse des nitrates et des nitrites. L'ammoniaque croît comme l'acide carbonique. La proportion d'oxygène ne dépend ni de la quantité du résidu fixe, ni du taux des matières organiques; il s'en est trouvé autant dans les mauvais puits que dans les bons. Il en est à peu près de même des rapports de l'oxygène avec les nitrates et les nitrites. L'oxygène s'est montré en proportion directe avec l'ammoniaque; constatation étonnante, puisque l'oxygène est consommé par les processus de putréfaction. Il n'y a pas de rapport entre l'azote de l'eau et le taux du résidu fixe, mais l'azote croît avec la proportion de matières organiques. Le rapport de l'azote avec les nitrates et les nitrites est le même dans les bonnes eaux et dans les mauvaises ; il en est de même de son rapport avec l'ammoniaque. En général, mais comme moyenne de nombreuses observations, la diminution de l'oxygène correspond à l'augmentation de l'azote, mais il y a assez d'exceptions pour que l'on ne puisse simplement appliquer la loi à un cas isolé.
Cependant, comme les phénomènes de putréfaction sont la cause habituelle de la production d'ammoniaque et de CO-, en même temps que de la diminution •de l'oxygène, il reste certain qu'on doit éviter les eaux chez lesquelles l'analyse, même qualitative, révèle la prédominance de l'ammoniaque, des nitrites, des nitrates, ou la disparition de l'oxygène, au même titre qu'on repousse l'eau chargée de matières organiques. Seulement, il faut se garder de croire que la disparition de l'oxygène, non plus que la proportion des composés azotés, soit régulièrement la mesure de l'intensité ou de l'étendue des phénomènes de putréfaction qui ont pu influencer le liquide.
Dosage des matières minérales provenant du sol des lieux habités. Nous rangeons sous ce chef les chlorures et les sels alcalins, quoique la manière de voir qu'implique cette classification soit parfaitement discutable.
Chlorures. 11 ne s'agit que du chlorure de sodium, de beaucoup le plus important à notre point de vue.
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Qualitativement, il est facile de déceler le chlorure de sodium en ajoutant quelques gouttes de solution de nitrate d'argent à 10 ou 20 centimètres cubes de l'eau en expertise, acidifiée par de l'acide azotique pur. Il se forme un précipité blanc de chlorure d'argent, cailleboté quand il y a suffisamment de chlorure de sodium, soluble dans l'ammoniaque. Les carbonates d'argent restent dissous à la faveur de l'acide azotique.
Les proce'de's d'expertise quantitative sont fort nombreux. On peut même pratiquer une réelle analyse en pesant le précipité obtenu de l'opération précédente et en calculant le chlorure contenu dans le sel d'argent. Mais les hygiénistes se sont arrêtés de préférence aux méthodes titrimétriques de Mohr et de Volhard. La première est la plus simple, et C. Flûgge la décrit seule.
La méthode de Mohr est fondée sur ce principe que, tandis que les chlorures sont précipités complètement, à l'état de précipité blanc, insoluble, par la solution argentique, les chromâtes le sont, par la même solution, dans une liqueur neutre, à l'état de précipité rouge-brun de chromate d'argent, soluble dans les acides. Si des chlorures et des chromâtes sont en présence, les premiers sont d'abord précipités ; les seconds ne le sont que quand il n'y a plus traces de chlore dans la liqueur. Il suffit donc d'avoir une solution titrée de nitrate d'argent, que l'on fera couler dans une eau additionnée d'un chromate, pour qu'en arrêtant l'addition du réactif au moment où la coloration rouge brun du chromate d'argent apparaît on puisse calculer, par la quantité de nitrate employée, la quantité de chlorure de l'eau, transformé en chlorure d'argent.
On a : une solution de 17 grammes de nitrate d'argent cristallisé, sec, pour 1 litre (1 centimètre cube répond à 3 ">si',55 de chlore ou à S^s'^SS de chlorure de sodium), puis une solution saturée de chromate de potasse jaune, pur, neutre, faite à froid. Dans un verre à pied, on verse 100 centimètres cubes de l'eau à essayer, additionnée de 2 à 3 gouttes de la solution de chromate ; on y fait couler la solution argentique avec une burette, en agitant fréquemment. Bientôt, les gouttes qui tombent de la burette se colorent en rouge en arrivant dans la liqueur, mais la coloration disparaît par l'agitation. Lorsqu'elle persiste et qu'elle est non pas seulement jaune, mais jaune rouge, on lit sur la burette le chiffre de centimètres cubes de nitrate d'argent employés (qu'il faut diminuer de 0,1 à 0,5) ; ce chiffre, multiplié par 3,55, donne les milligrammes de chlore; multiplié par 5,85, les milligrammes de chlorure de sodium, qui se trouvent dans les 100 centimètres cubes de l'eau d'essai. Il est utile d'avoir une solution de sel marin dont 1 centimètre cube renferme exactement 1 milligramme de chlorure de sodium ; pour le cas où l'on croirait avoir versé trop de nitrate d'argent, on ajouterait de la solution salée une quantité convenable pour obtenir à nouveau le point voulu de coloration et qui permettrait aisément de défalquer le nitrate d'argent en excès du nitrate total employé.
En suivant le procédé de Yolhard, on commence par traiter l'eau par la liqueur de nitrate d'argent titrée, mais en excès; on détermine ensuite cet excès à l'aide d'une solution de sulfocyanure de potassium.
Le professeur E. Sell, à la suite de recherches exécutées dans le laboratoire de y Office sanitaire impérial, à Berlin, a constaté que le procédé de Mohr est sujet à des erreurs en plus, et celui de Volhard à des erreurs en moins ; toutefois, les erreurs du premier sont de peu d'importance, quand les proportions de chlore sont au-dessus de 55 milligrammes par litre.
Dosage des hases alcalines. Les sels alcalins sont tellement solubles, qu'il
h2i EAU (hygiène).
est très-difficile d'en isoler les bases. Il y a ici une re'elle ope'ration d'analyse chimique à faire, et dont la description ne serait pas en son lieu dans cet article. Le but est de séparer les sels terreux, de peser la somme des sels alcalins et de doser la potasse par le chlorure de platine, la soude se calculant par différence.
La présence des sels de potasse et surtout celle du chlorure de sodium, sont habituellement regardées comme un indice certain delà souillure des eaux par des matières excrémentitielles. Cette opinion est parfaitement exacte, car, au moins pour ce qui concerne le sel marin, il n'y en a pas dans le sol naturel et inhabité (sauf quelques points oij il appartient aux formations géologiques) ; le chlorure de sodium des puits de ville, n'est autre que celui qui a été répandu sur le sol, avec les urines principalement, quelquefois avec les eaux industrielles. Ainsi qu'il a été dit, le sel marin chemine inaltéré, dans le sol, à peu près à toute distance.
Cependant, ce serait encore une erreur de prendre les proportions de chlorure de sodium dans l'eau pour un réel critérium des souillures auxquelles le sol et l'eau souterraine ont été en butte. Par conséquent, elles ne sont pas non plus la mesure de l'impureté de l'eau, en ce qui concerne la présence des matières de déjections. Eu effet, à quantités égales, le chlorure de sodium des excrétions, répandu sur le sol ou qui s'échappe des fosses d'aisance, est loin de se réjjandre de la même façon dans l'épaisseur du terrain et dans la nappe souterraine en tous lieux. Le sol perméable en laisse passer la plus grande partie ; les sols compactes le retiennent à la surface ou dans les collecteurs réguliers d'immondices. De sorte qu'en se basant sur sa présence dans l'eau d'une façon uniforme on peut arriver à des conclusions qui soient précisément l'inverse de la vérité. D'ailleurs, la rapidité avec laquelle le chlorure de sodium pénètre dans l'eau des puits dépend aussi de l'époque et de l'abondance des précipitations aqueuses, du déplacement latéral de l'eau souterraine, et de quelques autres conditions essentiellement variables. En somme, ce n'est un bon moyen d'appréciation que quand on compare entre eux les puits d'une même localité, en terrains de même constitution.
Dosage des matières minérales banales. Nous comprenons sous ce titre la chaux, la magnésie, le fer, les sulfates.
Sulfates et acide sulfurique. Il est facile de constater la présence de l'acide sulfurique dans l'eau par le précipité blanc qui s'y produit, en la traitant par le chlorure de baryum associé à l'acide chlorhydrique, sans lequel il se précipiterait aussi du phosphate et du carbonate de baryte.
11 semblerait facile d'arriver par ce même moyen à une détermination quantitative, en filtrant, en lavant le précipité et en le pesant après dessiccation. Le poids, multiplié par 0,545.3, donnerait celui de l'acide sulfurique. Malheureusement, il n'existe pas de moyen commode de constater le moment où l'on a versé suffisamment de chlorure de baryum et le précipité lui-même est difficile à recueillir, parce qu'il est à grains impalpables et ne se réunit que très lente^ tement. Divers chimistes, Mohr, Clemm, Wildenstein, MûUer, se sont servis de procédés un peu différents qui ont tous pour principe : que le chlorure de baryum en présence du chromate de potasse forme un précipité insoluble de chromate de baryte. C. Flùgge propose la réaction suivante :
On verse dans un ballon 100 centimètres cubes de l'eau à essayer, préalablement bouillie, puis ramenée avec de l'eau distillée à son volume primitif. Ce
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ballon porte une marque à la capacité de 150 centimètres cubes; on porte à l'ébullition, après avoir ajouté 10 à 20 centimètres cubes de la solution titrée (1/2 à 1 pour 100) de chlorure de baryum. Au bout de quelques minutes d'ébullition, on laisse couler dans la liqueur assez de solution de cbromate de potasse pour qu'il apparaisse, après repos, une coloration jaune, faible, mais incontestable. On laisse refroidir, on verse de l'eau distillée jusqu'à la marque 150 centimètres cubes, on agite et l'on fdtre sur un filtre sec. Du liquide passé à la filtration, 100 centimètres cubes sont portés dans un cylindre de verre étroit, de 20 centimètres de hauteur; dans un autre cylindre semblable, 100 centimètres cubes d'eau distillée sont additionnés de chromate de potasse jusqu'à ce qu'une coloration identique apparaisse. On opère alors comme pour le dosage de l'ammoniaque. La quantité de solution de chromate que l'on trouve avoir été ajoutée en plus doit être multipliée par 5/2 pour tenir compte de la dilution préalablement réalisée; on la retranche du total de réactif employé; la différence entre le reste de la solution de chromate et la solution de chlorure de baryum employée est multipliée par 4 pour obtenir en milligrammes pour 100 centimètres cubes d'eau, la quantité d'acide sulfurique qui correspond à cette dernière. (La solution décime normale de chlorure de baryum renferme 128%2 de chlorure de baryum sec pour 1 litre; 1 centimètre cube de cette solution correspond à 4 milligrammes de SO'. L;i solution décime normale de chromate de potasse contient, pour 1 litre, Is^oGb de chromate de potasse pur et autant d'ammoniaque pure qu'il est nécessaire pour ramener la couleur rouge de la solution à une coloration jaune franche : c'est donc un chromate neutre amnioniopotassique.)
Chaux et magnésie. On peut doser séparément la chaux et la magnésie : la première, en précipitant par l'acide oxalique, avec addition de quelques gouttes de chlorhydrate d'ammoniaque et assez d'ammoniaque pour rendre la liqueur légèrement alcaline, puis en dosant par le permanganate de potasse l'excès d'acide oxalique employé (la solution oxalique renferme 6s'",5 d'acide oxalique sec cristallisé par litre; celle de permanganate, 3 grammes de permanganate de potasse cristallisé par litre) ; la seconde, en filtrant le liquide de l'opération précédente pour séparer l'oxalate de chaux et en le traitant par une solution de phosphate de soude et quelques nouvelles gouttes d'ammoniaque ; le phosphate ajnmoniaco-magnésien, qui se précipite, est recueilli sur un filtre, desséché au rouge et pesé comme pyrophosphate de magnésie ; s'il y a beaucoup de magnésie, on peut aussi doser l'acide phosphorique du précipité par une solution titrée d'acétate d'urane.
Plus habituellement, on dose, à la fois les sels de chaux, de magnésie et de fer, qui se trouvent dans l'eau, à l'aide d'un des procédés hydrotime'triques. C'est la recherche de la dureté totale. Si l'on fait bouillir l'eau, l'acide carbonique libre ou demi-combiné s'échappe; les bicarbonates repassent à l'état de carbonates de chaux et de magnésie, insolubles et qui se précipitent, tandis que les autres sels terreux restent dans la liqueur. On appelle dureté temporaire celle qui disparaît et qui était due aux bicarbonates décomposés par la chaleur; dureté permanente, celle que les sels terreux autres que les carbonates maintiennent dans l'eau. Cette dernière distinction n'est pas très-exacte, pour ce qui concerne la magnésie dont le carbonate ne se précipite pas aisément, à cause de l'aptitude de cette base à former des bicarbonates. En outre, le chlorure de magnésium, sous l'influence de la chaleur, passe facilement à une combinaison
526; EAU (hygiène).
basique dont une partie se sépare, mais dont l'autre reste en dissolution à la faveur de la présence d'autres sels.
Pour déterminer la dureté de l'eau, on emploie des méthodes reposant sur ce principe que les savons (sels alcalins d'un acide gras) sont décomposés par les sels terreux (de chaux, de magnésie, de baryte), en formant des sels avec la base du savon et les acides des sels terreux d'une part, et des savons de chaux, de magnésie, de baryte, avec l'acide gras, d'autre part. Ces savons terreux sont insolubles et se précipitent. 11 suffit donc d'un indicateur exact du moment précis oiî toutes les bases terreuses sont précipitées. Or, cet indicateur est tout trouvé dans la propriété que possèdent les vrais savons, c'est-à-dire les savons alcalins et solubles, de faire de la mousse avec l'eau par l'agitation. La mousse ne reparaît, si l'on verse une solution de savon dans l'eau d'expertise, que quand il existe dans l'eau ainsi traitée un peu de savon alcalin en excès, c'està-dire quand toutes les terres sont précipitées.
Sur ces bases, Clark et les expérimentateurs qui l'ont suivi ont préparé des liqueurs savonneuses alcooliques, titrées au moyen du nitrate de baryle, dont un volume déterminé correspond à un poids également fixé, de chaux en Allemagne, de carbonate de chaux en France et en Angleterre. Les sels de magnésie, dans la pratique de la méthode, sont évalués comme sels de chaux. En Allemagne, 1 degré de dureté signifie 1 gramme de chaux dans 100000 parties d'eau, ou \ milligramme dans 100 centimètres cubes. En France, c'est 1 milligramme de carbonate de chaux dans 100 centimètres cubes d'eau; l'équivalent de la chaux étant à celui du carbonate dans le rapport de 56 à 100, les degrés hydrotimétriques français sont les 0,56 des degrés de dureté allemands. Le degré anglais représente 1 grain de carbonate de chaux dans un gallon d'eau; 5 degrés anglais ne valent que 4 degrés allemands :
56 degrés allemands =-• 70 degrés anglais = 100 degrés français.
Nous nous bornerons à décrire ci-dessous le procédé hydrotimétrique de Boutron et Boudet, modifié par A. Gautier.
La solution normale est faite avec 55 grammes de savon blanc de Marseille, dissous dans 800 grammes d'alcool à 90 degrés, auxquels on ajoute 500 grammes d'eau distillée après filtrage. Armand Gautier titre cette liqueur au moyen d'une dissolution contenant par litre 0s'',25 de chlorure de calcium fondu, pur. On introduit 40 centimètres cubes de cette solution dans un flacon gradué de 10 en 10 centimètres cubes et on y verse la dissolution savonneuse à l'aide d'une burette dite hydrotimétrique, divisée en centimètres cubes. Habituellement, on ne rnai'que le zéro qu'à la deuxième division, attendu qu'il faudra, pour obtenir la mousse indicatrice, ajouter à l'eau expertisée un peu plus de la solution savonneuse qu'il ne serait nécessaire pour saturer les sels terreux. On ajoute goutte à goutte, dans le flacon gradué, la liqueur savonneuse à la solution chloro-calcaire en agitant à chaque fois, jusqu'à ce que la mousse reste au moins cinq minutes sans disparaître. Si l'on a bien opéré, il faudra avoir fait descendre le niveau de la liqueur dans la burette de 25 divisions, c'est-à-dire, en diminuant d'une division pour la portion qui produit la mousse, que la burette indiquera 22 degrés hydrotimétriques. Si le nombre de divisions nécessaires est inférieur à 25, on ajoute de l'eau à la liqueur savonneuse à raison de 1/25* de son volume pour chaque division qui n'aura pas été employée. ■' La liqueur savonneuse étant préparée, on prend 40 centimètres cubes de
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l'eau à expertiser et l'on agit sur elle comme il vient d'être dit pour la solution chloro-calcaire.
Lorsqu'on veut distinguer les trois sortes de duretés, on prend d'abord le degré hydrotimétrique total, puis on fait bouillir pour précipiter les carbonates terreux (calcaire surtout), on remplace par de l'eiiu distillée celle qui a été perdue par l'évaporation et, en renouvelant l'essai hydrotimétrique sur cette eau refroidie, on obtient le degré hydrotimétrique permanent. Il est admis qu'on doit l'augmenter de 3 degrés pour tenir compte de la quantité de carbonates restée dans l'eau bouillie. La dureté temporaire peut se calculer par différence.
Le commerce vend des liqueurs hydrotimétriqucs toutes préparées, qui doivent être conservées à l'abri de l'air et de la lumière. On remplace avantaoeusement la burette classif[uc de Gay-Lussac par la burette de Mohr, fixée sur un support et de laquelle on peut faire couler goutte à goutte la solution savonneuse, sans avoir à redresser l'instrument chaque fois que l'on veut agiter le liquide d'essai (Ritter). Enfin, quand il ne s'agit plus de titrer la solution savonneuse, mais de faire un essai véritable sur une eau de constitution inconnue, il est inutile d'employer un flacon gradué; il suffit d'un verre à pied, Ijlanc, dans lequel on verse les 40 centimètres cubes d'eau très-exactement mesurés à l'aide d'une pipette jaugée.
Il est convenu que le degré hydrotimétrique (français) ne doit pas dépasser 21. Tant que l'on se borne à cette appréciation à minimâ, la méthode est bonne à conserver. Mais elle est sujette à trop d'erreurs pour passer pour un réel moyen de dosage; ces erreurs sont intolérables quand la proportion des sels calcaires est forte. Nous avons vu qu'elle est fort infidèle en ce qui concerne la magnésie, La présence des chlorures, des matières organiques, de l'oxyde de fer et même de l'acide carbonique libre, altère et fausse les résultats. Le protesseur Lescœur s'est assuré qu'en chargeant d'acide carbonique de l'eau distillée celle-ci décompose le savon et marque plusieurs degrés hydrométriques. Ce qui nous a toujours étonné, d'ailleurs, c'est qu'on attachât tant d'importance au dosage des substances qui, comme la chaux et la magnésie, n'apportent par elles-mêmes aucune menace et ne signifient généralement rien, quant aux souillures du sol et de l'eau. Il semble que la recherche, à laquelle on ne manque jamais, du degré hydrotimétrique des eaux, tienne moins à l'importance des sels terreux qu'à la facilité du procédé. On se donne à peu de frais l'apparence d'une expertise scientifique et d'une exactitude qui, au fond, sont purement illusou^es. Ce nous est une raison de plus pour ramener à sa juste valeur la méthode hydrotimétrique.
Fer. Le fer existe dans l'eau à l'état d'oxyde ou d'oxydule; sa présence à pris quelque importance depuis que l'on sait qu'elle est la condition essentielle du développement du Crenothrix polyspora.
On décèle l'oxydule en ajoutant à 20 centimètres cubes d'eau acidulée par l'acide chlorhydrique quelques gouttes d'une solution de ferricyanure de potassium; il se forme un précipité bleu (bleu de TurnbuU, Gy^Fe-Fe^). L'oxyde est précipité d'une eau, semblablement acidulée, par le cyanoferrure de potassium, à l'état de bleu de Prusse; par le sulfocyanure de potassium, à l'état de ferrisulfocyanure, rouge de sang.
Plomb, cuivre, zinc. On acidulé par l'acide chlorhydrique 200 centimètres cubes de l'eau à essayer ; on la traite par une solution aqueuse d'hydrogène
î)28 EAU (hygiène).
sulfuré ou bien l'on y fait passer un courant de ce gaz. Le cuivre et le plomb se précipitent à Télat de sulfures, de coloration noire; on filtre et l'on met à part le liquide passé à la filtralion pour y rechercher le zinc.
Le précipité étant repris par l'acide azotique étendu (1 sur 2), on reconnaît le plomb par l'une des réactions suivantes :
Par l'acide sulfurique, précipité blanc de sulfate de plomb, plus évident par l'addition d'alcool. Traité par l'hydrogène sulfuré, le sulfate de plomb repasse à l'état de sulfure.
Par l'addition de bichromate de potasse, précipité jaune de chromate de plomb, soluble dans la potasse, difficilement soluble dans l'acide azotique.
Le cuivre se reconnaît : à l'aide d'une lame de fer décapée qui, plongée dans la liqueur, se recouvre d'une couche de cuivre au bout de quinze à trente minutes ; par l'addition d'ammoniaque, qui donne la coloration bleue des composés cuivriques ammoniacaux ; par l'action du ferrocyanurc de potassium (jaune), qui détermine un précipité couleur chocolat de ferrocyanure de cuivre.
Les sels de zinc avec l'hydrogène sulfuré ne pouvant être précipités que des solutions alcalines ou acétiques, et à la condition qu'il n'y ait pas d'acides minéraux libres, on ajoute à l'eau qui a passé à la filtration un excès de lessive de soude, on filtre de nouveau et l'on traite par l'hydrogène sulfuré. 11 se forme un précipité blanc de sulfure de zinc, insoluble dans l'acide acétique.
Expertises simplifiées. Nous ne saurions omettre de dire, en terminant, quelques mots de procédé-i d'expertise très-simples qui ont été imaginés surtout pour l'usage des médecins d'armée en expédition et dont l'application est indiquée par le règlement allemand sur le service de santé en campagne [Kriegs- Sanitàts-Ordnung, 1878) : ce que les médecins prussiens ne nous ont, du reste, point paru apprécier outre mesure. Bôhr et lliller sont les auteurs de méthodes de ce genre, qui rappellent beaucoup la méthode minimétrique usitée par Angus Smith pour le dosage de l'acide carbonique de l'air.
Bohr prépare des liqueurs de contrôle ou de comparaison qui sont de l'eau distillée renfermant, ici l'ammoniaque, là les nitrates, ailleurs les chlorures, etc., sons des proportions qu'on regarde comme la limite compatible avec l'innocuité de l'eau. L'eau à expertiser, d'une part, la liqueur de contrôle, d'autre part, sont traitées simultanément par une même quantité d'un réactif approprié. il est, en général, facile de voir, après cet essai, si l'eau expertisée renferme plus ou moins que la dose limite de la substance dont on recherche la présence. Ainsi, pour l'ammoniaque, on a une liqueur de contrôle renfermant 2 milligrammes d'ammoniaque par litre; 10 centimètres cubes de cette liqueur et 10 centimètres cubes de l'eau en expertise sont simultanément traités par 4 à 5 gouttes de réactif de Nessler (après précipation de la chaux et de la magnésie, s'il y a lieu). Pour l'acide azotique, la liqueur de contrôle renferme Î2'"S',8 d'acide azotique par litre; on traite 3 à 4 gouttes de celte solution et autant de l'eau d'expertise par quelques gouttes de solution saturée de brucine et 6 à 8 gouttes d'acide sulfurique concentré, dans une soucoupe de porcelaine blanche. Pour les chlorures, 20 centimètres cubes d'une solution de chlorure de sodium à 20 milligrammes de chlore par litre, et 20 centimètres cubes de Peau d'essai sont traités par quelques gouttes d'une solution (à 1 sur 20) de nitrate d'argent. On compare l'intensité du trouble, de part et d'autre, etc.
lliller opère un peu différemment et peut-être d'une façon plus rationnelle : au lieu de titrer des quantités déterminées d'eau avec des quantités variables de
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réactif, il détitre des doses fixes de réactif avec des quantités variables de l'eau en expertise. Cette pratique permet aussi d'employer de moindres volumes de réactifs et, par conséquent, les rend plus aptes au transport en campagne.
Chiffres limites des matières étrancjères dans Veau. Il n'y a pas encore longtemps que leS hygiénistes les plus autorisés croyaient devoir indiquer des chiffres limites que la proportion des substances étrangères dans l'eau ne devait pas dépasser, ou encore dresser une sorte d'échelle de la praticabilité des eaux d'après les doses de telle ou telle matière qu'elles peuvent renfermer. Nous avons nous-même sacrifié à cette habitude probablement plus dangereuse qu'utile. Les données étaient fondées scientifiquement, mais il est facile de reconnaître que les formules sont trompeuses à l'usage.
Les hygiénistes du Congrès de Bruxelles de 1853 fixèrent à 50 centigrammes par litre la proportion que les matières minérales ne doivent pas dépasser. C'est que, en général, l'acide carbonique de l'eau ne suffit pas à tenir dissous plus de ôÛ centigrammes de carbonate de chaux et de magnésie ; s'il y a une dose supérieure de sel dissous, cet excédant est représenté par des chlorures, des nitrates, des sels alcalins, mauvaise note pour l'eau, sinon dangereux par eux-mêmes. Quelle que soit la justesse de cette conception, on serait parfois bien malavisé de regarder l'eau comme d'autant meilleure qu'elle est plus au-dessous de cette limite de 50 centigrammes de matières fixes par litre. Nous savons que les eaux fluviales, par exemple, sont toujours très-peu minéralisées ; elles ne le sont pas encore notablement, même après avoir reçu le tribut d'une partie des égouts des villes ou les infiltrations excrémentitielles. En outre, à minéralisation égale et sans dépasser la limite, deux eaux de provenance distincte peuvent être, l'une fort bonne, l'autre détestable ; il importe au premier chef de savoir si la minéralisation constatée est primitive ou acquise. Wolffhûgel prend l'exemple suivant : l'eau qui sort du Muscheikalk renferme, à la source, d'après Reichardt, 325 milligrammes de matières fixes : elle ne saurait donc acquérir plus de 175 milligrammes de minéraux de décomposition sans passer pour mauvaise; l'eau qui sort du granité, au contraire, avec 25 milligrammes de résidu, peut en acquérir 475, c'est-à-dire devenir du purin, sans avoir l'air plus mauvaise que la précédente, au moins vis-à-vis de la règle supposée.
Les chiffres deviennent un peu plus utilisables quand ils portent à la fois sur plusieurs éléments de l'eau, comme ceux du tableau ci-dessous, de Reichai'dt. Encore faut-il reconnaître qu'on trouvera assez rarement une eau qui réunisse tous les caractères qu'implique cet idéal :
LIMITES QUE NE DOIT PAS FRANCHIR LA CONSTITUTION DE i/eAU DE BOISSON
Pour 100000 parties.
Réïidu fixe 10 à 50
Chaux en totalité 18 à 20
Acide nitrique 0,t à 0,4
Matières organiques 1 àS
Chlore 0,2 à 0,8
Acide sulfurique 0,2 à 0,3
Ammoniaque 0,1 ù 0,4
Parkes rapporte les eaux de boisson à quatre catégories. On a vu parfois des communes s'abreuver d'une eau qui ne rentrait dans aucune d'elles et dont, cependant, personne ne se plaignait :
l» Eau pure et saluhre; 114 milligrammes de matières fixes par litre, sauf le carbonate de chaux qui peut s'élever à 2 grammes. Perte au rouge, 14 milli-
DICT. ENC. XXXL 34
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grammes au maximum. Le sulfate de chaux, les nitrates, l'ammoniaque, ne doivent s'y rencontrer qu'à l'état de traces ; les nitrites jamais.
2° Eau ulilimhle. Matières fixes 450 milligrammes par litre, représente'es par le carbonate de chaux et de soude, le sulfate de soude et le chlorure de sodium; une petite quantité de sulfate de chaux et de magnésie. L'ammoniaque, les nitrates et les nitrites s'y décèlent à peine. La somme des matières fixes peut s'élever à 700 milligrammes et même davantage, si la majeure partie consiste en sel de cuisine ou en carbonate de soude. La perte par la chaleur rouge doit ne pas dépasser 40 milligrammes et dépendre surtout de matières végétales.
3" Eau suspecte. Plus de 430 milligrammes de matières fixes, consistant principalement en sulfates, nitrates, nitrites, chlorures. Le résidu noircit notablement par la chaleur rouge, décolore une quantité notable de caméléon ; lei réactions de l'ammoniaque, des nitrates, des nitrites, y sont très-apparentes.
4" Eau impure. Plus de 700 milligrammes de matières fixes; plus de 57 milligrammes de perte au rouge. Réaction des nitrates, des nitrites, de l'ammoniaque, très-manifeste. Par l'évaporation, il reste un résidu brun qui décolore abondamment le caméléon, sent la corne brûlée et dégage des vapeurs nitreuses à l'incinération.
lY. Approvisionnement d'eau des groupes divers. Nous chercherons, dans ce paragraphe, à envisager toutes les situations dans lesquelles l'homme peut avoir besoin de chercher ou de constituer un approvisionnement d'eau, durable ou temporaire, et suffisant à des groupes variant d'importance dans les limites les plus étendues, depuis la famille nomade qui sillonne le désert jusqu'aux énormes capitales où s'accumulent des millions d'individus. Les corrections de l'eau, la filtration, la réfrigération, semblent devoir se rattacher d'une façon naturelle à ces développements.
1. Savoir s'approvisionner d'eau salubre et abondante est une marque de haute civilisation ; les peuples primitifs ne le font pas ou n'arrivent qu'à une ébauche. Les Arabes nomades du nord de l'Afrique abreuvent à même 4eurs personnes et leurs troupeaux, dans les longs et arides étés du pays, aux points où l'imperméabilité et la dépression du sol permettent aux rivières de conserver un peu d'eau courante ou ménagent de simples flaques immobiles. Quand les unes et les autres sont épuisées, la tribu remonte et vient camper autour des centres habités, où elle est sûre de trouver un approvisionnement d'eau régulier, quoique souvent chétif. Des puits assez nombreux existent, tant dans ces centres^ que sur les passages habituellement fréquentés par les tribus et par les caravanes; on les entretient avec un certain soin; pourtant, nous avons vu que beaucoup d'entre eux fournissent une eau médiocre ou franchement mauvaise, et que le revêtement même, fait en branches de palmier, avec lequel on cherche à les protéger, est une cause d'insalubrité du contenu. Si l'on est tombé, un jour, sur une eau de bonne qualité, on en remplit des outres en peau de bouc qui lui conservent une certaine fraîcheur et que l'on transporte avec la famille.
Les besoins les plus sérieux, au moins pour la quantité, sont ici ceux des animaux, qui ne regardent pas trop à la qualité (je parle surtout des moutons et des chameaux). L'Arabe lui-même, tout en ne buvant que de l'eau, n'en boit pas beaucoup. Avec son couscouss très-épicé, il fait son repas sans boire, même en été, se bornant à sucer des tranches de pastèques ou des figues de Barbarie,
EiVU (lIYGltNE). 551
fruits extrêmement aqueux et qui ont l'air d'avoir été faits exprès pour aspirer et filtrer l'eau du sol. Il ne saurait y avoir de filtres plus parfaits.
Nous les avons encore vus se procurer, de la façon suivante, une eau assez louable. Les oueds du sud, taris en été, conservent en réalité une portion de leur eau, coulant souterrainement, parfois à une faible distance de la surface ; la preuve en est que leur cours reparaît dès que le fond de leur lit est du roc et non un sable absolument perméable; c'est même ce qui permet, à l'aide de barrages, l'existence d'oasis de distance en distance. Dans les espaces où l'eau a disparu sous terre, si l'on creuse le sable du lit de la rivière, à une profondeur médiocre, il arrive assez fréquemment qu'on tombe sur une couche où le sable est pénétré d'eau ; on est dans une nappe souterraine qui ne tarde pas à se collectionner au fond du trou. Cette eau, sans être très-fraîche, est suffisamment limpide et de qualité passable, puisqu'elle s'est filtrée spontanément. Les Arabes l'obtiennent, d'ordinaire, à l'aide d'un simple bâton fiché dans le sable et qu'on fait tourner en l'inclinant im peu, de manière à pratiquer une sorte d'entonnoir.
Le lait de brebis supplée aussi à l'eau de boisson. Les nomades usent moins du café que les Arabes sédentaires. Ils ne paraissent pas, en définitive, être trèsmaltraités par les maladies imputables à l'eau; en particulier, ils n'ont pas plus la fièvre que ceux des villages, à moins ([ue, pour avoir de l'eau, ils ne viennent camper au fond d'une vallée, sur les bords séduisants, mais dangereux, d'une rivière à nombreux méandres et bras morts.
Les Asiatiques, même ceux qui ont des habitudes de fixité et vivent en grandes agglomérations, ne paraissent pas connaître l'art de créer des approvisionnements réguliers d'eau abondante et saine. En revanche, les Chinois et les Annamites, au dire de nos médecins de marine, pratiquent très-régulièrement cette correction décisive de l'eau qui consiste à ne la consommer que sous forme de thé brûlant.
1. Les armées en expédition, et surtout les troupes appelées à expéditionner hors d'Europe, comme les Anglais et les Français en Afrique ou en Asie, ressemblent beaucoup aux familles nomades qui parcourent les régions désertes ou très-clairsemées de centres de population. Nos colonnes, en Algérie et en Tunisie, ont dû aussi utiliser des puits peu connus, d'un entretien vicieux, boire à des collections aqueuses suspectes ou même emporter de l'eau avec elles à dos de mulets. L'Européen semble plus accessible que les indigènes à l'influence de ces mauvaises eaux. Heureusement, il connaît et possède mieux les moyens de les corriger, sauf que les troupes n'en ont pas toujours le temps ni les instruments.
D'autres fois, l'armée creuse elle-même des puits ou installe des citernes. Un des procédés les plus expédilifs pour obtenir le tribut de la nappe souterraine est celui de la pompe Norton, que les Anglais ont utilisée dans leur guerre d'Âbyssinie. Il ressemble assez au mode de forage des puits artésiens. Un tube de fer forgé, de 50 à 80 millimètres de diamètre, est muni, à l'une de ses extrémités, d'une pointe simple ou eu pas de vis; au-dessus de la naissance de cette pointe, des trous, garnis ou non de toile métallique, donnent accès dans l'intérieur du tube. On enfonce le tube en terre, soit par rotation, s'il finit en pas devis, soit à coup de bélier s'il se termine en pointe. Lorsqu'on rencontre l'eau, on adapte une pompe à l'extrémité supérieure du tube. Au besoin, si le tube se trouve enfoncé entièrement sans que l'eau apparaisse, on en visse un second sur le premier et l'on continue le l'orage.
53*2 EAU (hygiène).
Nous indiquerons plus loin les corrections applicables à cette situation particulière.
Les marins, autrefois, emportaient de l'eau pour un mois ou deux dans des récipients de bois; on renouvelait la provision aux points où le navire abordait la côte. L'eau n'était pas également bonne à tous les endroits où l'on s'approvisionnait ; certaines aiguades étaient justement suspectes ; parfois, on se trouvait heureux de pouvoir utiliser l'eau de pluie, de neige ou de glace; par-dessus tout, l'eau prenait, dans les barriques de bois, une odeur détestable et ne contribuait pas peu à l'éclosion des épidémies nautiques- Pour remédier à cette situation, on essaya le soufrage des tonneaux (Oeslandes), le charbonnage intérieur, recommandé par BerthoUct, l'emploi de divers sels, spécialement du peroxyde de manganèse. Chacun de ces procédés avait son mérite; aujourd'hui, on a recours, de préférence, aux caisses de tôle, imaginées en Angleterre et devenues réglementaires dans la marine française depuis 1825 (Fonssagrives). Ces caisses ont l'inconvénient de s'oxyder et de donner à l'eau une saveur ferrugineuse qui n'a, du reste, aucun effet nuisible. L'eau qui doit désaltérer chaque jour l'équipage est placée sur le pont, dans le charnier, qui est encore un récipient de bois. Mais, en outre, la marine de guerre a adopté l'usage des machines distillatoires, qui empêchent l'homme de mourir de soit sur l'Océan ; la marine marchande entre dans la même voie. L'appareil actuellement en vogue est l'appareil Perroy, qui aère et filtre en même temps qu'il distille; il peut fournir 20 000 litres d'eau en vingt-quatre heures; le prix de revient est de O^^^OIS par litre. On épure encore l'eau distillée par l'eau de chaux pour la débarrasser des acides gras qu'elle emprunte aux condenseurs. Fonssagrives conseille d'y ajouter, pour 1000 litres, un mélange de 4s'',8 de chlorure de sodium, 3s'',4 de sulfate de soude, 48 grammes de bicarbonate de chaux et 14 grammes de carbonate de soude, afin de la rapprocher des eaux de boisson ordinaires.
3. Dans les petits centres, villages et hameaux, on utilise, en général, de la façon la plus simple et la moins coûteuse, les cours d'eau, les étangs, les sources jaillissant naturellement et, plus souvent encore, la nappe souterraine la plus voisine, en creusant des puits dont l'eau n'est pas très-influencée par les déjections de la population, puisque celle-ci n'est ni nombreuse ni dense, et que la continuité de l'usage prévient la stagnation de l'eau dans les puits. On ne saurait trop recommander aux paysans de revêtir d'une maçonnerie au ciment ou à la chaux hydraulique les parois de ces puits jusqu'au niveau moyen de la nappe souterraine ; plus bas, il suffit de pierres sèches ou même de trous pratiqués perpendiculairement dans la terre que l'eau souterraine occupe. Il devra y avoir une margelle dépassant le sol de 60 à 80 centimètres, à orifice fermé en dehors des moments où l'on puise l'eau, ou recouvert par un petit toit qui empêche la chute des impuretés extérieures. Le plus vulgaire bon sens prescrit d'éloigner de ce puits les fumiers, les latrines, et de ne déposer à ses alentours aucune immondice, solide ou liquide.
Dans beaucoup de villages du Nord, on enfreint à la fois toutes ces règles : les puits ne sont pas maçonnés, ils reçoivent sans défense, par leur orifice et par leurs parois perméables, tous les liquides putrides qui veulent y pénétrer. Ces liquides sont déjà abondants et redoutables, dans les villages dont il est question, qui approchent de la taille de petites villes. Gh. Pilât, F. Baelde, L. Carton, attribuent à cette circonstance une grande part d'influence dans le
développement des e'pidémies typhoïdes. Quelquefois on se borne à un simple forage qu'on munit d'une pompe.
En Lorraine, la plupart des villages ont une ou plusieurs fontaines jaillissantes d'une certaine élégance, avec des auges en pierre pour abreuver les animaux, et souvent un lavoir public couvert. L'eau de quelque source, ou même de plusieurs sources, a été captée dans la campagne, dans des réservoirs maçonnés et couverts; elle arrive au village par la gravitation, dans des tuyaux généralement en bois, couchés au fond de tranchées assez profondes. Ces tuyaux, qui ne coûtent pas cher de première mise, sont en réalité assez dispendieux à cause de leur durée limitée, occasionnent quelquefois la déperdition de l'eau et sont capables de mettre dans cette boisson des détiitus ligneux. L'eau qui se déverse des auges, l'écoulement de la fontaine étant continu nuit et jour, traverse un gué qui sert à la baignade des chevaux. 11 va sans dire que ce dispositif disparaît, lorsque le village est au bord d'une rivière; c'est celle-ci qui fournit le gué et aussi, d'habitude, le lavoir. Cependant, nous ne connaissons aucun de ces villages qui prenne à la rivière son eau d'alimentation. L'eau de ces fontaines est presque toujours de première qualité : aussi est-il rare que l'on puisse l'incriminer vis-à-vis des épidémies de fièvres typhoïdes, qui ne sont pas rares en Lorraine. Disons, toutefois, que la présence d'une fontaine communale n'exclut pas toujours les puits particuliers.
Les dépenses qu'entraîneraient le siplionnage, les aqueducs ou l'entretien d'une machine élévatoire, empêchent régulièrement les petites communes de prendre leur eau très-loin. Parfois on voit quelqu'une de celles-ci posséder une source à quelques centaines de mètres, au pied de la colline sur laquelle le village est bâti, ou au delà d'une petite vallée, et néanmoins souffrir de la disette d'eau. La souixe utilisable doit être à une altitude supérieure à celle du village; autrement, il faut renoncer à s'en servir.
A moins que l'État ne vienne en aide aux caisses municipales, à l'inertie et à l'inhabileté des paysans, ainsi que l'a fait le gouvernement Wurtembergeois, depuis 1869, en mettant à la disposition des habitants de la Raiihe-Alp l'ingénieur de l'État {Staats-TecJmiker) von Elimann et plusieurs millions de francs. Autrefois, les pasteurs souabes de ces montagnes ne s'abreuvaient que d'eau de pluie ou allaient chercher péniblement leur provision au fond des vallées ; ils étaient en proie à la fièvre typhoïde et, quand un incendie s'allumait dans un village, c'était la destruction complète. Aujourd'hui, l'eau des sources jaillissantes ou du sous-sol des vallées est dirigée vers de grands réservoirs à l'aide de machines mues par les cours d'eau voisins. De ces réservoirs elle est élevée par des machines à vapeur jusqu'aux régions les plus hautes, à 10 ou 12 kilomètres de distance, chaque conduite desservant un groupe de villages, et les 30 000 individus du pays étant répartis en 8 groupes qui comprennent 60 villages. L'État s'indemnise partiellement en imposant un abonnement annuel de 5 francs par tête.
4. Approvisionnement d'eau des villes. La question s'agrandit ici de tout ce que l'existence des humains en groupes énormes présente d'artificiel et de nécessités factices. Primitivement, l'homme n'a besoin d'eau que pour la boisson et pour l'entretien de sa propreté corporelle ; c'est à peu près tout ce qu'il faut à un village. Mais, dans une ville, l'eau doit fournir aux diverses industries, assurer la propreté des immeubles et des rues, servir à éteindre les incendies, par-dessus tout collaborer à l'évacuation des immondices et laver
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incessamment les voies souterraines par lesquelles ces immondices s'éloignent.
Les particuliers ébauchent des tentatives d'approvisionnement à l'aide de puits annexés à un certain nombre de maisons ; mais, en dehors des qualités de cette eau, elle n'atteint évidemment qu'à des applications restreintes et également d'intérêt privé. 11 incombe aux administrations municipales de créer des provisions qui suffisent à la fois aux particuliers et aux besoins communs, nés du fait même de l'agglomération urbaine.
Cet aspect de la question ouvre des jours inattendus. La municipalité doit fournir de l'eau, non-seulement pour la boisson, mais aussi pour les usages industriels et l'assainissement de la ville; au point de vue de la quantité, le besoin d'eau d'utilisation l'emporte infiniment sur l'autre, et néanmoins il est nécessaire, ainsi que nous l'avons dit, que la première soit également irréprocliable. L'idée d'amener de l'eau de source dans une ville exclusivement pour la boisson des habitants et de leur fournir d'autre part une eau d'étang ou de rivière, si inférieure qu'elle soit, pour les autres usages, perd du terrain de jour en jour, après avoir été naguère soutenue et même appliquée sur divers points, comme nous le verrons. En d'autres termes, il faut une distribution unique, au moins sous le rapport de la qualité, c'est-à-dire que, si Je chiffre de la population exige deux ou trois sources d'approvisionnement, l'eau fournie doit être sensiblement la même et toujoui's bonne. Avec cette exigence, la quantité d'eau de distribution prend une importance si grande que les villes sont quelquefois amenées, légitimement, à préférer une source d'approvisionnement abondante à une autre qui serait supérieure en qualité, mais condamnée à rester au-dessous des besoins.
Bien que la tendance à dépasser le taux nécessaire soit rare, puisque les finances des villes sont en cause, il est bon de remarquer cependant que l'abondance des eaux amenées dans une ville ne doit pas dépasser certaines limites. L'eau qui a servi devient elle-même un liquide impur dont il faut se débarrasser; plus la masse en est grande, plus l'opération est difficile et coûteuse. 11 ne faut pas oublier qu'après avoir lavé les égouts le mieux possible il reste à détourner le sewage des rivières et à l'épurer. On peut s'exposer à être débordé de ce côté. Toute ville qui se donne une distribution d'eau doit avoir songé au préalable à la manière dont elle fera soi tir l'eau qui enti'e. Lille a été quelquefois embarrassée pour n'avoir pas suivi cette règle et avoir interverti les termes du problème.
Quantité d'eau à fournir. Il est à peu près impossible de fixer d'une façon uniforme et invariable le faux de l'eau à fournir par jour et par habitant dans les villes. Une foule de circonstances, qui varient d'un point à un autre, font varier aussi le chiffre moyen exigible. La présence de grandes industries, les surfaces libres qu'il faut arroser, telles surtout que les jardins publics, le mode de canalisation souterraine et de vidanges, la latitude, les pratiques locales adoptées par les Compagnies fermières des eaux, etc., sont autant d'éléments qui règlent les oscillations du taux cherché. Il faut toujours compter sur un gaspillage d'autant plus grand que la consommation d'eau est moins contrôlée ; les familles abonnées à l'année usent plus d'eau, proportionnellement, que celles qui ont un compteur. A Berlin, avec une consommation contrôlée, il se dépense 80 litres par jour et par habitant, tandis qu'à Francfort- sur-Mein, où l'eau se distribue sans contrôle, il en est usé 158 litres. Dans les mêmes conditions respectives, Breslau (avec contrôle) consomme 81 litres, Diisseldorf (sans con-
EAU (hygiène). 555
trôle), 157 litres (Gill et Fôlsch, Schrnick, Grohmann). A Londres et à Hambourg, où l'eau est distribuée d'une façon intermittente, on a naturellement des réservoirs d'une capacité plus grande qu'il n'est rigoureusement nécessaire pour la consommation à prévoir dans l'intervalle de deux distributions ; lorsque vient le moment du renouvellement journalier de la provision, on s'empresse d'écouler au dehors ce qui reste dans le réservoir, en vue d'avoir exclusivement de l'eau fraîche, d'ailleurs toujours en surabondance et dont l'excès sera de même perdu le lendemain.
Il est connu que les jours de la semaine et que les heures de chaque jour ne se ressemblent pas, sous le rapport de la consommation d'eau. C'est généralement le samedi qu'il s'en use le plus, et le dimanche le moins. Le jour en coiite beaucoup plus que la nuit ; de huit heures du matin à six heures du soir, il en est consommé les 65 centièmes de la quantité journalière. C'est de onze heures à raidi et de trois à quati'e lieures du soir que la dépense atteint son maximum. Il est acquis également que les mois de juin et juillet dépassent notablement la moyenne, tandis que janvier et février restent au-dessous (Kœnig et Poppe). De sorte qu'il convient d'envisager plutôt la quantité disponible •que la quantité réellement distribuée.
Beaucoup d'hygiénistes et d'ingénieurs, Parkes, Bùrkli, Grahn, Salbach, Kœnig et Poppe, etc., se sont efforcés de faire le calcul de chaque besoin spécial, pour évaluer le taux de l'eau à distribuer. Relevons la reflexion très-juste de Salbach, qui estime que le chiffre représentant ce taux doit s'élever avec le cliiffre de la population : 100 litres par habitant et par jour, dans les villes de 2000 à 5000 âmes; 120 litres, au-dessus de 5000 habitants; 150 à 200 litres dans les grandes cités. Parkes fait l'addition suivante : ,
Litres.
Boisson 1,5
Cuisson des aliments' . 5,g
Soins de toilette corporelle 22,5
Entretien de la maison et des ustensiles 15,5
Lessivage 13. g
Bain (un par semaine) 18,0
Waterclosets 27,0
Gaspillage inévitable 12,5
Total 112,5
es
ba
JIACHIiNE A VAPEUR
AliROSAGE