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Avec une prévision de 22"*,5 pour les animaux (un cheval exige 50 litres par jour, une voiture 65 litres) et autant pour l'industrie, on arrive au chiffre moyen de 157 litres par habitant et par vingt-quatre heures, sans avoir parlé
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des fontaines publiques, de l'arrosage des rues, promenades et jardins, de la consommation des incendies, etc.
Kœnig et Poppe ont établi le tableau qui pre'cède, qu'il nous paraît intéressant de reproduire.
Les mêmes auteurs estiment que 150 à 170 litres par jour et par habitant doivent suffire à la plupart des villes allemandes. Burkli donne les chiffres 135 à 189 litres; mais, s'il doit y avoir une large flottaison des immondices, il faudra de 203 à 270 litres. Selon Grahn, 128 villes anglaises reçoivent une moyenne de 142 litres par tête et par jour, mais dans les villes à water-closets, la quantité disponible varie de 180 à 340 litres; à Soutliampton (54000 liabitants), elle est de 252 litres. Dans 80 villes allemandes qui jouissent d'une distribution d'eau la quantité disponible est en moyenne de 179 litres, mais la quantité distribuée varie de 41 à 163 litres; en moyenne, elle est de 65 litres. En France, Dijon dispose de 150 litres; Toulouse de 160; Marseille de 500 ; Lille de 100 litres, et peut en avoir le double; Paris de 200 litres, et se propose d'en avoir 250 (520000 mètres cubes pour 2 200 000 habitants). Les villes américaines, New-York spécialement, ont des approvisionnements énormes, 300 à 400 litres par habitant, moins, sans doute, pour les besoins actuels, qu'en prévision de l'extension rapide des cités, que l'expérience a surabondamment (ait ressortir. C'est parfois une préoccupation qu'il convient d'avoir, même en Europe.
11 ne faut pas se figurer qu'une ville qui n'a pas de water-closets et ne pratique pas la vidange à l'égout ait bien moms besoin d'eau que les autres. Ce serait plutôt le contraire, attendu que, dans ces cités, dont Lille est un exemple, la rue est beaucoup plus sale qu'ailleurs, que les eaux ménagères languissent dans les ruisseaux de rue, et que les lavages en surface y sont plus urgents que dans les localités où les eaux sales vont droit à l'égout. Or, le lavage en surface exige plus d'eau que celui d'un tube cylindrique ou ellipsoïde. Pour ces raisons, Lille est très-malpropre avec ses 100 litres par habitant.
Il importe donc de s'assurer toujours, avant de faire les frais d'une distribution municipale, que la source ou collection d'approvisionnement peut fournir la quantité exigée et la fournir indéfiniment. Une seule expérience ne suffit pas; il faut qu'une observation prolongée permette d'espérer raisonnablement que le tribut de la source d'approvisionnement restera constant. Cette nécessité se présente surtout quand on s'adresse à l'eau souterraine, même s'il s'agit des nappes protondes. Il est acquis qu'en multipliant les puits ou forages, pour mieux utiliser l'eau souterraine, chaque puits nouveau diminue le rendement des précédents ; le forage du puits artésien de Passy a réduit à 420 litres par minute le débit de celui de Grenelle, qui était primitivement de 650 litres. La ville de Halle-sur-Saale, après avoir rendu obligatoire le raccordement des maisons à la conduite municipale, empruntée à des galeries filtrantes, s'est trouvée audessous de ses engagements par suite de calculs trop précipités.
Lorsqu'on s'adresse à des sources jaillissantes connues, il semblerait qu'on piit obtenir des renseignements décisifs des habitants de la contrée. Mais l'intérêt des particuliers ou des localités rurales est souvent trop différent de celui de la grande ville pour qu'on puisse accepter sans contrôle les affirmations de cette provenance.
L'observation prolongée et les expériences répétées sont encore légitimées par ce fait qu'il importe de savoir si le rendement des sources ou collections d'ap-
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provisionnement n'oscille pas dans de trop grandes limites d'une saison à l'autre dans le courant de la même année.
11 existe des moyens d'explorer le rendement des sources, eaux courantes, eaux souterraines, qui sont du ressort des ingénieurs plutôt que des hygiénistes.
Le débit d'une source de moyenne abondance se jauge en recevant l'eau de la source dans un récipient de capacité connue et en observant le temps qu'elle
met à la remplir, Q=; ?n- Ce procédé est approprié à l'évaluation du débit d'un
tuyau de conduite alimentant un réservoir supérieur dont on connaît le cubage. Quand il s'agit de forts cours d'eau, on a recours au flotteur, aux roues hydrauliques, etc., en multipliant la vitesse observée par la surface de coupe du courant et en divisant par le temps. C. Flûgge propose de rechercher le rendement de la nappe souterraine en évaluaift le tribut d'un puits que l'on épuise partiellement par la manœuvre rapide d'une pompe; on mesure à la fois la dépression de niveau qui s'est produite et la quantité d'eau extraite ; cette dernière est naturellement supérieure au volume d'eau représenté par la dépression; la différence entre les deux exprime sensiblement le rendement du puits pendant le temps qu'a duré l'opération.
Le rendement d'une nappe souterraine dépend de la puissance, de la perméabilité et de la penle de la couche aquifère. On évalue les deux premières à l'aide de forages, aidés, s'il est besoin, du jeu de la pompe. La pente se détermine par le niveau de l'eau dans les puits existants ou au moyen de tubes Norton, introduits à cet effet jusqu'à l'eau souterraine. Reste à déterminer la vitesse de déplacement latéral du courant souterrain. Thiem et Hess se sont servis, pour une telle appréciation, de l'observation comparée des oscillations du niveau de deux puits un peu éloignés l'un de l'autre, sur le même courant, ou du niveau d'un puits par rapport à l'ascension du niveau d'un fleuve voisin. Supposons que le niveau monte dans le fleuve ou dans le premier puits ; moins il s'écoulera de temps avant que le niveau du second puils s'élève de même, plus la vitesse du courant souterrain sera grande.
En dernière analyse, il ne faut pas oublier que les précipitations atmosphériques sont la source première et essentielle de l'eau souterraine. La connaissance de la météorologie et de l'orographie de la contrée est donc la base du jugement que l'on portera sur la puissance de cette collection aqueuse. Il faut que l'étendue de la région montagneuse des précipitations couvre celle de la région d'écoulement souterrain (Thiem). On admet qu'il ne pénètre pas plus d'un tiers de l'eau des pluies dans le sol et que les sources d'une région ne rendent pas plus d'un sixième ou d'un cinquième de l'eau qui tombe dans la même zone. Sur ces bases, Thiem a calculé que, dans la région au sud de Munich, il pénètre dans le sol pour former la nappe souterraine 0''M6 par seconde et par hectare; pour fournir 150 litres par jour et par habitant à une ville de 300 000 âmes (ou 520 litres par seconde), il faut donc les pluies de 3250 hectares d'une contrée où, comme dans celle dont il est question, il tombe 78 centimètres d'eau par an. Veitmeyer, par des calculs semblables, trouve au nord de Berlin un espace de i6 milles carrés dont l'eau souterraine peut suffire à donner 150 litres par jour et par tête à une ville de 1 500 000 habitants (Fried. Sander). Il est bon de remarquer que ces calculs ont été faits sur les moyennes ombrométriques, sans tenir compte du régime annuel des pluies. Celui-ci n'a effectivement pas une importance capitale. Cependant, il faut admettre que les moyennes ombromé-
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triques ne parcourent point, d'une année à l'autre, de très-grands écarts ; en supposant une année très-sèche, il se pourrait que la provision de l'année précédente s'épuisât avant d'être remplacée.
L'observation prolongée que nous recommandons a encore un autre effet que celui de constater l'invariabilité du tribut des sources d'approvisionnement. Elle permet de s'assurer aussi que la constitution et les qualités de l'eau ne se modifient pas. Quelques villes, après l'établissement de leur distribution d'eau, ont fait de fâcheuses et tardives découvertes, que cette longue observation leur eût peut-être épargnées. Les quatorze puits, reliés par des tuyaux d'aspiration, qui alimentent Potsdam, fournissaient, en 1887, une eau à 0g%272 de résidu par litre, dont 08%0128 de chlore; en 1882, celte eau donnait 0s'',425 de résidu, avec Os^OS à O^r^Qf) de chlore. Peut-être que, si on se fût moins pressé, Halle, Berlin, Lille, eussent remarqué à temps l'invasion du Crenothrix et eussent pu l'éviter.
Les divers modes d'approvisionnement d'eau. Les procédés usités jusqu'aujourd'hui, dans les villes, se rapportent (C. Bischoff) aux principaux types suivants :
a. Distribution d'eau de source.
b. — d'eau souterraine.
c. — d'eau de barrages.
d. — d'eau obtenue par des galeries filtrantes.
e. — d'eau de tuyaux de drainage.
f. — d'eau fluviale ou lacustre.
Ajoutons g. — d'eau de pluie.
Le choix du procédé dépend tout d'abord des conditions imposées par la nature des choses et des lieux. Mais le prix de revient des travaux à exécuter entre en ligne de compte et il faut bien que l'hygiène accepte cette considération. On a vu des villes, dit Wolffhùgel, garder l'usage exclusif de leurs mauvais puits, alors qu'elles auraient pu organiser une distribution de l'eau du fleuve qui les traverse, parce qu'elles étaient persuadées qu'il leur était interdit de chercher un autre approvisionnement que celui d'une source très-éloignée, qui les aurait entraînées à la ruine. De sorte que le mieux lointain a été l'ennemi <lu bien qu'on avait à sa porte.
a. Distribution d'eau de source. L'eau de source est toujours la plus séduisante pour le public, et nous avons donné plus haut quelques raisons d'hygiène tendant à prouver que le public n'a pas absolument tort. Tout en reconnaissant ■que toutes les sources ne se ressemblent pas entre elles, qu'elles peuvent varier plus qu'on ne le croit et que la meilleure des sources est inutilisable, si elle est trop éloignée, les hygiénistes allemands du Congrès deDantzig (1874), sous l'influence des rapports de Reichardt (d'Iéna) et de Schmick (de Francfort-su r- Mein), avaient adopté la proposition suivante : « Pour l'établissement d'une distribution d'eau, il faut avoir en vue en première ligne des sources appropriées, naturelles ou collectées artificiellement. Il ne paraît admissible qu'on se contente d'une eau moins bonne que si l'établissement d'une conduite d'eau de source est démontrée comme impossible ». Deux ans plus tard, à Dûsseldorf (1876), on craignit toutefois que cette formule ne parût imposer trop exclusivement l'eau de source, et l'on se rangea à une formule plus large, proposée par l'ingénieur Grahn, que Varrentrapp et Wolffhùgel combattaient néanmoins : « L'eau de source, l'eau souterraine, l'eau fluviale iiltrée, peuvent remplir le but cherché (l'approvisionnement des villes); le choix du mode d'approvisionnement
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qui mérite la préférence dans les cas particuliers dépend des circonstances locales. »
Le réel défaut de l'eau de source, c'est d'être rarement assez abondante pour sulfire à une grande ville. On y remédie en mettant à contribution plusieurs sources à la fois, situées dans une région limitée.
Pour les utiliseï", on capte les sources, c'est-à-dire qu'on approfondit leur point d'émergence de manière à y faire rentrer les filets qui en naissent ; qu'on transforme la cuvette naturelle en un réservoir assez puissant, enfin qu'on entoure d'une maçonnerie et qu'on couvre le tout d'un toit pour protéger définitivement l'eau contre toute impureté. Le réservoir a pour effet, non-seulement de collecter l'eau et d'en régulariser le débit, mais encore de permettre la précipitation des particules de sable que le liquide ramène de terre en jaillissant. Il faut capter une source, même lorsque son point d'émergence est dans la localité qui en use et qu'il n'y a pas lieu d'y adapter des tuyaux de conduite. On recouvre de terre la voûte de la maçonnerie et l'on y plante des arbres.
Lorsqu'on veut réunir plusieurs sources pour une même distribution, on peut : ou bien faire passer le canal d'amenée par chacune des sources, ou bien les laisser sur les flancs de ce canal et y réunir chacune d'elles au moyen d'un canal secondaire. Ce dernier mode est de beaucoup préférable, parce que, s'il se produit une altération des eaux, observée en ville, il est plus facile d'examiner séparément les sources utilisées, de suspendre momentanément l'afflux de celle qui serait coupable et d'y opérer les améliorations nécessaires, lorsqu'elles sont possibles. Dans le cas d'une corruption définitive, on pourrait encoi'e la supprimer sans être obligé de remanier le canal.
Les travaux à exécuter sont souvent pénibles et coûteux; çà et là, on n'hésite pas à pratiquer des aqueducs de 20, 30, 100 kilomètres et plus (Munich, Francfort-sur-Mein, Vienne, Paris). L'eau de source est toujours un peu dure; on choisit, toutefois, celle qui ne dépasse pas trop le degré admis par les hygiénistes (21 degrés). Le tribut des sources varie quelquefois en abondance, soit dans la même année, soit d'une année à l'autre ; mais, au moins, l'eau ne varie pas de constitution, ni même de température, si l'on a soin, comme cela se fait d'ordinaire, de placer les conduites assez profondément dans le sol pour qu'elles ne soient pas notablement inlluencées par la température extérieure.
b. Distribution d'eau de la nappe souterraine. Nous avons dit plus haut ■comment on peut utiliser, au moyen des puits, la nappe souterraine pour l'approvisionnement des petites localités ou des maisons particulières. Les forages, •la pompe Norton, les pompes ordinaires, sont également applicables à ces cas.
Le danger est que ces puits, naturellement très-voisins des habitations qu'ils doivent desservir, ne représentent trop fidèlement la souillure du sol environnant •et la médiocrité de l'eau souterraine correspondante. C'est souvent le cas des ipuits superficiels ou plats [Flachhrunnen), prenant l'eau à moins de 30 mètres de profondeur. On les améliore en pratiquant, dans le fond du puits, une double •maçonnerie; la maçonnerie extérieure est cimentée, l'intérieure en pierres sèches ; entre les deux, on ménage un espace qui est rempli de gravier ; le sol reste naturel sous ce gravier, on le cimente dans l'espace intérieur ; l'eau n'arrive plus que filtrée dans celui-ci (puits-filtres). On peut remplacer la maçonnerie interne par un tuyau d'argile criblé de trous dans sa partie inférieure; c'est -dans ce tuyau qu'on puisera l'eau.
Les puits profonds {Tiefbrunnen) traversent la première nappe souterraine
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pour aller en chercher une autre, secondaire, mais plus pure et surtout plus puissante. On fait ce travail pour alimenter de grandes industries, des habitations collectives (asiles, hôpitaux, etc.), ou même des villes entières, en creusant plusieurs de ces puits qu'on réunit entre eux par des aqueducs en maçonnerie ou par des tuyaux de fonte. De chacun des puits partent en rayonnant d'autres tuyaux dits d'aspiration, placés sous une inclinaison qui leur permette d'amener, par la pente naturelle, l'eau du sous-sol environnant dans le puits collecteur. Le cheminement de l'eau dans tous ces conduits est sollicité, en outre, par l'aspiration des machines adaptées au puits central.
On doit (Kœnig et Poppe) s'arranger de façon que le sol des puits soit de 3 à 6 mètres au-dessous du plus bas niveau de l'eau souterraine; celui des canaux, de l^jS à 2 mètres.
11 est bon d'être prévenu que l'eau ainsi obtenue n'est pas de qualité invariable; quand on a épuisé l'eau qui existait dans le sol, celle qui vient la remplacer peut ne pas ressembler à la première ; cela s'est présenté à Potsdam, oii elle est plus mauvaise.
Beaucoup de villes, allemandes surtout, se sont donné un approvisionnement d'eau par le procédé des puits profonds ; les unes ont réussi, d'autres non. Berlin est une des plus malheureuses parmi ces dernières ; on sait que sa distribution des puits de Tegel a été envahie d'une façon déplorable par le Crenothrix polyspora. G. Bischoff, considérant que, partout où cette algue s'est présentée, l'eau contenait de l'hydrate d'oxjde de fer, recommande de s'assurer que cet oxyde n'existe pas dans l'eau des puits qu'on vient de creuser. A Berlin, le Crenothrix a été reconnu jusque dans les simples forages munis d'un tuyau de fer, terminé par une toile métallique : preuve que les germes de l'algue viennent du sol et que leur développement ne dépend pas du mode de construction des puits.
Les puits artésiens ne sont jamais guère utilisés comme source unique de distribution, mais ils servent d'auxiliaires à la distribution principale, dans certains quartiers. Ils seraient incapables de faire plus. Les puits artésiens de Paris ne comptent que pour 7000 mètres cubes dans les 569 000 qui sont distribués chaque, jour à la ville.
c. Distribution d'eau de barrages. C'est surtout en Angleterre qu'on a vulgairement appliqué le procédé qui consiste à convertir la partie inférieure d'une vallée, par des digues transversales en terre et en maçonnerie, en lacs artificiels où se rendent les eaux de surface des pentes voisines, ayant parfois déjà un petit cours d'eau pour tributaire principal. De ce lac, avec ou sans filtration, partent des conduites qui amènent l'eau dans les villes, généralement par gravitation. La qualité de ces eaux est, naturellement, fort variable. Dans notre Algérie, on a souvent imité le système anglais, même en barrant de petites rivières, en amont des villes. Ici, comme en Angleterre, la méthode a révélé des dangers considérables. Dans une saison de grandes pluies, le lac artificiel se gonfle d'une façon inattendue; la masse des eaux fait effort sur la digue, qui se rompt à la fin et donne issue à un torrent dévastateur. Ce qui est arrivé à Sheffied, en 1864, et dans le département d'Alger, il y a quelques années. Des villages entiers sont emportés et toute une région ruinée pour un temps.
Malgré ces expériences redoutables, la ville de Roanne est sur le point de réunir, pour son approvisionnement, les eaux des sources granitiques de la Madeleine, à 20 kilomètres de la ville, dans un vaste réservoir de 40 mètres de
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profondeur et d'une capacité de 2 millions 1/2 de mètres cubes, obtenu en barrant la gorge de la Tache ou celle du Renaison. Pour avoir toujours une eau suffisamment fraîche, la prise se ferait par deux tunnels s'ouvrant, l'un à 6 ou 7 métros du fond, l'autre à 20 ou 25 mètres ; le premier servirait en été, l'autre au printemps et en hiver. Tels sont les conseils formulés par le docteur Reuillet, dans un rapport dont Vallin {Revue d'hygiène, VI, p. 141, 1884) a communiqué la substance.
Dans le sud algérien, on barre les rivières à l'endroit où leur flot va cesser de couler sur un fond compacte et rentrer dans le sable. Cette pratique est ici rationnelle et moins dangereuse que le barrage d'une vallée. Quand les orages ou les pluies d'hiver font déborder la rivière, ses eaux ne sont pas très-empèchées de passer de chaque côté de la digue, parce que le terrain est uniformément plat.
d. Galeries filtrantes. Le procédé consiste à creuser sur le bord d'un fleuve et parallèlement à son cours des tranchées dont le fond atteint au moins la profondeur du lit du fleuve. Si le terrain des rives est une couche épaisse de sable ou de gravier, on suppose que l'eau fluviale arrive par aspiration dans la tranchée pratiquée, en subissant une filtration à travers le sol perméable.
Le raisonnement et l'observation ont démontré que la théorie des galeries filtrantes, telle qu'elle vient d'être résumée, est une illusion pure. On croit recevoir l'eau du fleuve et c'est l'eau de la nappe souterraine qu'on obtient, celle-ci alimentant d'ordinaire les fleuves et n'en recevant rien que dans le moment des hautes eaux, plutôt parce que l'eau souterraine est gênée dans son écoulement et reflue que par une réelle pénétration de l'eau fluviale. Gruner et Thiem et beaucoup d'autres estiment que, là où les galeries fdtrantes ont réussi, c'est qu'on est tombé dans une nappe souterraine très-riche. Il est clair, d'ailleurs, que c'est à son point le plus déclive, c'est-à-dire au moment où elle rencontre le fleuve, que sa richesse est au plus haut degré. Cette nappe fournit une source, ou plusieurs sources, dont l'émergence est dans le lit du fleuve ; il n'est pas très-étonnant qu'on obtienne une eau abondante et de bonne qualité, si l'on met au jour la nappe à quelques mètres au-dessus; ce n'est que déplacer un peu son point d'émergence normal. S'il arrive qu'on prenne réellement l'eau fluviale, filtrée à travers une mince couche de sable, il est rare qu'elle se maintienne bonne longtemps, parce que ce filtre, comme tous les autres, se pénètre bientôt d'impuretés.
Au Congrès de Genève (1882), RoUet, Durand-Glaye, Hersclier, ont fait connaître des observations, dont quelques-unes avaient été faites par Belgrand sur les bords de la Seine, qui prouvent absolument la réalité du fait formulé plus haut. Les filtrations qui remplissent les puits et les galeries à proximité des fleuves proviennent exceptionnellement du fleuve lui-même, et beaucoup plus souvent des eaux qui descendent des régions voisines vers le fleuve. Aussi RoUet propose-t-il de remédier à l'insuffisance d'eau, quantitative et qualitative, dont souffre Lyon, en abandonnant l'idée de creuser de nouvelles galeries le long du Rhône, pour faire arriver à la ville les eaux de source de la vallée basse de l'Ain, qui traversent la plaine d'Ambérieux, selon le projet de l'ingénieur Michaud.
Lorsqu'on a recours à cette méthode, Kœnig et Poppe recommandent de faire les galeries longues et parallèles au courant, en choisissant de préférence la rive où les flexuosités du fleuve décrivent une ligne concave, parce qu'en ces points le courant entraîne de lui-même la plus forte partie des dépôts vaseux.
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Les galeries filtrantes sont revêtues d'une maçonnerie interrompue par places. On peut aussi remplir la tranchée de tuyaux d'argile cuite, de ciment, de fonte,, criblés do trous et entourés de graviers.
Lyon, Vienne, Hallc-sur-Saale, Toulouse, sont connues pour avoir réalisé le système des galeries fdtrantes, sans avantage marqué, du reste. Nous venons de voir l'opinion de Rollet pour ce qui concerne Lyon. A Vienne, les galeries pratiquées le long du Danube et qui, vraisemblablement, filtraient l'eau du fleuve,^ se sont engorgées pour ce motif même et il a fallu en creuser de nouvelles. L'eau de Halle, qui peut bien n'avoir été que celle de la nappe souterraine, comme celle des puits profonds des bords du Tegelsee (Berlin), a été envahie d'une façon intolérable par le Grenothrix. Quant à la ville de Toulouse, les bords sableux de la Garonne paraissent lui rendre de bons services ; cependant, il semblera douteux que l'eau des galeries soit réellement celle du fleuve, si l'on songe que cette eau ne dépasse pas la température de 15 à 14 degrés en été et ne descend pas au-dessous de 8 à 9 degrés en hiver.
e. Distribution d'eau de drainage. Il s'agit, dans ce procédé, de collecter, à l'aide de tuyaux de drainage, les eaux superficielles filtrant naturellement à travers le sol, les petits ruisseaux, les flaques des dépressions et même le tropplein de la nappe souterraine dans les ascensions de son niveau ; à la rigueur, on peut envelopper dans le réseau de drains une véritable source jaillissante. On draine ainsi une zone assez étendue.
La méthode paraît avoir réussi à Cassel, Dantzig, Gotha, et moins bien à Kœnigsbcrg. Le succès, sous le rapport de la qualité, dépend beaucoup de ce qui se passe à la surface du sol et aussi de la nature de ses couches superficielles. Pour la quantité, il y a, comme on pense, des oscillations assez étendues et parfois embarrassantes.
f. Distribution d'eau fluviale ou lacustre. Les villes sont naturellement tentées, quand elles ont un fleuve ou un lac à leurs portes, d'emprunter en tout ou en partie leur approvisionnement d'eau à ces vastes collections. Il semble, tout au moins, que rien ne s'oppose à ce que l'on y prenne l'eau d'utilisation. Assez souvent, sans que l'eau soit parfaite, surtout au point de vue de la constance de la température et de la constitution, il arrive qu'elle n'ait aucun caractère que l'hygiène puisse formellement condamner. D'ailleurs, l'hygiène prescrit de faire la prise d'eau en amont de la ville, dans un point oii le courant n'a pas encore reçu les déchets urbains; d'éviter les endroits où l'eau est dormante, les anses, les bras morts. On se conforme d'ordinaire à ces règles. De plus, on ne puise pas à même le fleuve, mais on pratique un canal de dérivation soit sous forme d'aqueduc en maçonnerie, fermé, soit au moyen de tuyaux de fonte. L'embouchure de ce canal est d'ordinaire munie d'une grille qui retient la portion la plus volumineuse des matières étrangères. Au besoin, l'on pratique des bassins de décantation. Enfin, on établit un système de filtration àitcentral, au point de départ, sans préjudice de ceux que les particuliers peuvent installer à la maison.
Lorsqu'il s'agit d'un lac, on peut simplement faire déboucher le canal d'amenée en plein lac, où l'eau est plus pure qu'aux bords, et entre deux eaux, pour éviter à la fois les sédiments du fond et les couches de la surface, à température trop variable. Ainsi ont procédé Chicago (lac Michigan) et Boston (lac Cochituate). La première prend l'eau à 2 milles au large. Glasgow s'abreuve depuis de longues années au loch Katrine, dont l'eau est très-pure. Dans ces derniers temps, elle a dû se donner un approvisionnement supplémentaire au
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moyen de l'eau de la Clyde, prise à 4 kilomètres et demi en amont par une machine à vapeur. Genève s'approvisionne au Rhône, dans cette masse énorme d'eau bleue merveilleuse, qui sort de son lac, en la puisant au moyen de machines à vapeur. Pourtant, paraît-il, quatre canaux et trois cgouts se déversent dans le Pdiône, au-dessus des prises d'eau de la machine. En outre, la ville de Genève, comme beaucoup de localités, même de celles qui s'abreuvent à des sources, a quelquefois la fièvre typhoïde. Quelques hygiénistes du lieu s'en alarment et protestent à la fois contre les machines à vapeur, qui ont rendu les plus mauvais services à l'hygiène, et contre les chimistes qui, en déclarant l'eau très-pure, ont achevé d'embrouiller la question. Il n'y a de salut pour la ville de Genève qu'en faisant un travail de Romains qui amène dans la cité les sources du Jura. Nous ne nous permettrons pas de répéter, à l'endroit de ces confrères bien intentionnés, le mot impoli de J. Tyndall, Anglais et illustre physicien. Mais peut-être qu'on pourrait, sans remonter au Jura, se mettre en sûreté contre les souillures présumées de l'eau du Rhône en plaçant les machines un peu plus haut ou les égouts un peu plus bas.
Quand une rivière n'a traversé que des bois ou des prairies, sans visiter de grandes agglomérations humaines, c'est presque de l'eau de source, et beaucoup de villes n'ont pas hésité à détourner plus ou moins complètement, à leur profit, des rivières dans ces conditions : New-York, le Croton ; Washington, le Potomac; Marseille, la Durance (aqueduc de Roquefavour) ; Montpellier, le Lez ; Saint- Étienne, le Furens; Nancy, la Moselle; Paris, la Vanne et la Dhuis ; il était question, un moment, de dériver aussi la Somme-Soude. Pour ces dernières rivières, c'est à peu près un captage de sources : aussi n'a-t-on point songé à placer des filtres sur le trajet des canaux d'amenée. Londres est pourvue par l'eau filtrée de la Tamise, à l'exception de celle qui est fournie par les compagnies Kent, New River et East London, la première de ces trois compagnies empruntant l'eau du sous-sol par des forages dans une région de terrain calcaire, les deux autres utilisant la petite rivière Lea. Nous dirons plus loin combien cette partie de l'hygiène anglaise perd à être vue de près.
g. Approvisionnement d'eau de pluie. Dans les villes difficiles à pourvoir, les particuliers ménagent dans leurs habitations des citernes ou réservoirs en maçonnerie bien étanche, à parois intérieures d'un nettoyage facile. L'eau météorique tombée sur les toits arrive à ces réservoirs, généralement après avoir traversé un filtre qui la débarrasse des impuretés entraînées de la surface de toiture. Les citernes sont le mieux possible protégées contre les souillures extérieures et contre celles de l'atmosphère et assez abritées du soleil pour que l'eau ne s'y échauffe pas. Les villes elles-mêmes ajoutent parfois cette ressource au reste de leur approvisionnement, même en recueillant la pluie tombée sur les places publiques. Dans ces conditions, le filtrage est de rigueur. Le fameux puits de la place Saint-Marc, à Venise, est une citerne de ce genre. Le cylindre en maçonnerie, perméable à sa base, est largement entouré d'une épaisse couche de sable, que la pluie doit traverser avant de venir remplir le puits. La plupart des citernes des villes anciennes, d'Afrique par exemple, sont de véritables réservoirs d'eau de source, amenée de loin par des aqueducs. Ainsi, les citernes de Carthage, récemment utilisées par nos troupes, et les réservoirs de la kasbah de Constantine, dans lesquels nous trouvions de l'eau en abondance alors que la sécheresse de 1866 à 1868 rendait tout à fait illusoire la ressource des pluies.
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On trouvera dans le résumé ci-nprès des types de l'application des divers modes d'approvisionnement qui viennent d'être indiqués. Cet aperçu a dû empiéter sur un certain nombre de détails techniques qui relèvent essentiellement de la science de l'ingénieur, mais touchent de si près à l'hygiène que nous ne saurions nous dispenser d'en prendre une connaissance sommaire. Le lecteur pourra s'y reporter, pour le cas où l'énoncé des dispositifs de construction, dans l'esquisse de l'approvisionnement d'eau des villes, la laisserait dans l'embarras.
Modes d'approvisionnement de quelques villes. Il s'agira surtout des travaux les plus modernes, comme traduisant le mieux les préoccupations sanitaires de notre époque et les formules auxquelles on arrive par la juste pondération des exigences de l'hygiène et des intérêts municipaux, aidés des révélations de la géologie et de la puissance de l'art des constructeurs.
« Dantzig. Il y a, à 5 ou 6 kilomètres de Dantzig, une région montagneuse, en amont du Cours de la Radaune, oi!i les vallées d'Ostrochke et de Popowke, près de Prangenau, possèdent des sources jaillissantes. On songea, un instant, à capter ces sources. Mais les travaux et les frais eussent été considérables. On remarqua, dans une des vallées étroites qui aboutissent à celle de la Radaune, un affluent de celle-ci qui paraissait n'être autre chose que le trop-plein d'une nappe souterraine puissante ; les ingénieurs Aird et Ilenoch s'assurèrent qu'il y avait là une riche provision d'eau. C'est elle que la ville utilise à l'aide d'une galerie de plus de 5000 mètres, dont les trois premiers quarts sont un aquedue d'aspiration en maçonnerie, sans radier, et le reste des cylindres de fer, aidés de 22 puits gémellés et d'un bassin collecteur. De Prangenau au réservoir supérieur, il y a plus de 15 kilomètres de tuyaux d'amenée; de ce réservoir à la ville, un peu plus de 5 kilomètres. Tout d'aboixl, la distribution fournit i5 000 à 14 000 mètres cubes, en vingt-quatre heures: mais c'est qu'on épuisait l'épargne déjà accumulée. Peu à peu, l'apport diminua de 1500, pnis de 2000 mètres cubes, pour se fixer à 8000 mètres cubes, alors qu'il en faudrait au moins 10 000. On se voit forcé d'étendre le champ des galeries d'aspiration. Le tribut des sources est donc tombé dans le rapport de 5 à 2 à peu près. La surprise est encore moins grave qu'elle ne le fut à Vienne, où le rendement des hautes sources de Kaiserbrunnen et Stixensteiu diminua dans la proportion de 5 à 1, Mais elle n'est pas moins désagréable; heureusement elle n'entraîne pas à un remaniement radical des travaux.
« BoDAPEST. La ville s'abreuve à de nombreux puits, dont beaucoup sont médiocres, au Danube et, depuis 1869, à une distribution municipale alimentée par des puits filtrants, creusés au bord du fleuve, à l'extrémité nord de la cité. Malgré leur rapprochement du cours d'eau, ce n'est pas l'eau du Danube que ces puits soutirent, mais bien celle de la nappe souterraine. Toutefois, les crues du fleuve l'influencent en y introduisant de la matière organique ; elles diluent aussi les chlorures de l'eau des puits de la ville. Toutes ces sources d'approvisionnement fournissent une eau irréprochable sur certains points et à certaines époques, médiocre ou mauvaise dans d'autres. Fodor y a toujours trouvé des microbactéries, moins souvent des desmobactéries et plus rarement encore des spirochètes, des sphérobactéries, etc. Les desmobactéries (bactéries de la putréfaction) sont moins communes dans l'eau de la conduite municipale que dans les autres sources.
« Frascfort-sur-Mein, La ville de Francfort-sur-Mein a joint, aux sources de
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la région basaltique du Vogelberg celles du grès du Spessart (1874). Ces régions sont à 9 à 10 milles géographiques de la ville (16 à 18 kilomètres); la conduite parcourt 66 kilomètres, presque exclusivement dans des cylindres de fer. 11 y a deux réservoirs supérieuis, l'un éloigné, l'autre près de Francfort. L'eau chemine partout par la gravitation. Au Vogelberg, on a capté trois groupes de sources, l'un comprenant 139 sources d'importance variable, le second quatre sources, le troisième deux sources. Le Spessart fournit 10 sources captées. Le tribut journalier est de 18 500 mètres cubes d'eau pour toute la distribution.
(( "WiESBADEN. Le mode d'approvisionnement de cette ville mérite d'être noté. Il réalise le type d'approvisionnement par drainage. On a installé, dans les vallées de Werlitzthal et de Walkraùhlentlial, des tuyaux de drainage (il y en a oOOO mètres dans la première), qui vont jusqu'à la roche et versent leur eau dans des galeries de collectionnement. L'eau arrive, par la pente naturelle, d'une lieue au-dessus de Wiesbaden, en parcourant uu canal de 420 mètres, jusqu'au réservoir supérieur. Celui-ci, qui est voûté, peut contenir 5900 mètres cubes. L'eau qui en sort arrive en ville sous une pression de 6 à 7 atmosphères. Des dispositifs convenables, sur les tuyaux de distribution, permettent l'arrosage des rues, l'alimentation des pompes à incendie, etc. La consommation approche de 6000 mètres cubes par jour. S'il en fallait le double, il y a deux autres vallées dans la même région" qu'on pourrait drainer de la même manière (Winier).
« Leipzig avait autrefois, en partie de l'eau de source, eu partie de l'eau filtrée de la Pleisse. Le chef des travaux municipaux, Dost, fit recueillir de nouvelles sources, excellentes, dans un canal de 800 mètres qui envoie de l'eau en ville avec une pression suffisante pour l'élever à fous les étages. En 1870, la conduite fournissait près de 10 000 mètres cubes par jour, mais on pressentait le moment où il faudrait en faire une seconde, les abonnements se multipliant, et la ville, qui comptait déjà 100 000 âmes, paraissant devoir continuer à s'agrandir (Reclam).
« Dresde, après bien des tergiversations, en vertu de raisons théoriques et surtout par raison d'économie, s'alimente de puits filtrants creusés sur la rive droite de l'Elbe, qui soutirent, non l'eau du fleuve (à moins d'exceptions), mais l'eau souterraine des pentes de la vallée et dont le niveau est de plus en plus au-dessus de celui de l'Elbe, à mesure qu'on s'en éloigne suivant la perpendiculaire à son cours. Halle-sur-Saale a appliqué le même procédé et a eu affaire au Crenothrix, dans des proportions fort gênantes. A Dresde, l'eau souterraine, prise à 5 ou 6 mètres de profondeur, est réunie dans des galeries et élevée par des machines dans un réservoir supérieur.
« Vienne a réuni les sources de Kaiserbrunnen (la plus importante), de Stixenstein et YAltaquelle, qui est intermittente, toutes situées en haut pays et donnant une eau irréprochable. La conduite d'amenée, d'abord double jusqu'à Zernith, est un cylindre de fer de 1 mètre de diamètre, aboutissant à un réservoir supérieur situé à 92 mètres d'altitude (colline de Uosenhiigcl). L'ensemble des conduites, sans compter celles de maison, parcourt 35 milles géographiques (environ 65 kilomètres). Elles fournissent environ 17 000 mètres cubes par jour; mais, comme il en faut plus de 25 000, on a dû (1881) faire une deuxième conduite; c'est l'ouvrage de Pottschach, qui consiste en quatre puits profonds dont l'eau est refoulée dans le canal des eaux de source.
DICT. ENC. XXXI. 35
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« La distribution d'eau de la ville d'AccsBOCRG a été confiée, en 1878, à l'ingénieur Endres. On utilisa la nappe souterraine puissante qui descend des Allgàuer Alpen, dans une langue de terre, le Lechfeld, située entre le Lech et le Wertach, au sommet de laquelle se trouve Augsbourg. Trois grands puits ou tranchées furent creusés, à 100 mètres l'un de l'autre, pénétrant, avec un diamètre de 4 mètres, à 6"", 50 de profondeur, dans la nappe souterraine, à 5", 50 au-dessous de son niveau. Des galeries de collectionnement de 0™,80 de large les réunissent. Du puits du milieu part une conduite de fonte, de O'^jOO de diamètre, longue de 1000 mètres, pour aboutir au bassin d'aspiration, où se trouvent aussi l'établissement des machines et le réservoir supérieur. L'eau y arrive par la pente naturelle. On a installé le réservoir inférieur en un point où il est possible d'utiliser, à l'aide de turbines, la force motrice du Lech. L'eau, en définitive, arrive du réservoir supérieur en ville sous une pression de plus de 5 atmosphères, après avoir parcouru plus de 4 kilomètres. On s'est passé de château d'eau au moyen de quatre caisses à air comprimé, sur le trajet de la conduite, hautes de 10 mètres et de {""Jb de diamètre. Le réseau comprend 54 kilomètres de tuyaux et 650 bouches de rue; il fournit 345 litres par jour et par hahitant. Le travail a coûté près de 2 500 000 francs et a été terminé à la fin de 1879.
« Cassel a une distribution récente, par gravitation ; les bassins de collectionnement, à 5700 mètres de la ville, envoient l'eau par la pente naturelle, à l'aide de 17 kilomètres et demi de tuyaux de fonte. Le rendement estde 4650 mètres cubes par jour; la consommation de 85 litres par habitant.
« Strasbourg, en 1876, Hanovre, en 1878, ont entrepris des travaux pour s'approvisionner, la première à l'aide de la nappe souterraine de la vallée du Rhin, rive gauche, un peu en amont de la ville ; la seconde en creusant des ' tranchées de collectionnement dans un terrain situé entre le chemin de fer de Hanovre-Altenbeken, le village de lUclingeu et la Leine, où l'eau souterraine pénètre une couche de sable et de gravier de 3 mètres d'épaisseur, reposant sur l'argile imperméable. La force motrice du Rhin est utilisée, à Strasbourg, pour puiser et refouler l'eau dans un réservoir supérieur qui se trouve près de la fortification, du côté de Kehl, sur une haute tour massive, crénelée, selon la manie allemande, et d'un étrange effet. A Hanovi'e, on se sert de machines à vapeur.
« Stuttgart a une distribution double ; elle prend son eau de boisson aux sources de Haarwiesen, Saugrent, Oberselsenthal, Yogelsang, Metzgerau, etc., réunies en une seule conduite, et son eau d'utilisation à divers petits lacs des environs, Katzenbachsee, Pfaffensee, Steinbachsee, etc.
« A la suite d'études confiées aux ingénieurs Salbach, Gordon, Thiera, Schmick, la ville de Mu.mch s'est décidée à faire les travaux nécessaires pour s'assurer un approvisionnement d'eau de source, emprunté aux sources de Mangfallthal. Le travail a été commencé en 1881. La conduite, parcourt 59 kilomètres et chemine partout par gravitation. Le réservoir supérieur est à 10 kilomètres de la ville. La fourniture doit être de 37 500 mètres cubes par jour.
(( La ville de Lille, comme nous l'avons dit ailleurs [Nouveaux éléments d'hygiène. Paris, 1881, p. 652), s'est donné (1868-1870) la distribution d'eau, dite d'Emmerin, qui collectionne plusieurs sources dans la vallée de la Deule et jusqu'à 20 kilomètres de la cité. En outre, sur un certain espace de son parcours, l'aqueduc d'amenée avait été primitivement construit sans radier; son
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fond avait été recouvert de gravier et de silex, là où le canal traversait la craie fendillée, aquifère, afin qu'il fît sur ces points l'office de galerie d'aspiration et recueillît au passage l'eau souterraine, très-abondante dans cette couche. L'apport aqueux se trouvait, en effet, très-sérieusement augmenté par cet artifice, qui nous avait paru louable, il y a quelques années. Malheureusement, il ne parut pas que l'eau souterraine restât indifférente à l'inlluence des eaux d'industrie, dans cette région couverte d'usines. L'épuration par le sol était probablement débordée par l'abondance des déchets et leur brusque irruption à certaines époques. Le Crenothrix apparut dans les eaux de distribution municipale. On pensa que la présence de cette algue attestait la richesse des eaux en éléments organiques capables de lui fournir sa nourriture; que ces éléments appartenaient à la nappe souterraine et qu'il valait mieux se borner à l'eau des sources captées, laquelle a subi l'épuration d'une filtralion et d'une oxydation spontanées sur un long parcours dans le sol. On a fermé le radier.
« Le réservoir inférieur, où l'eau arrive par gravitation, est à 6 kilomètres de Lille. De là, l'eau est refoulée par des machines à vapeur jusqu'au réservoir supérieur, à 2 kilomètres des murs. Elle arrive en ville par des tuyaux de fonte, sous une pi'ession de 5 atmosphères. L'apport actuel est de près de 20 OUO mètres cubes par jour. 11 pourra augmenter en reliant à l'aqueduc ■d'amenée de nouvelles sources dont la ville a fait l'acquisition.
« LisBONîiE, au rapport du docteur Rudolf Emmerich, s'abreuvait primitivement et d'une façon exclusive à des citernes, à des puits et à quelques sources des environs. Le roi Jean Y y fit bâtir l'aqueduc d'Âlcantara qui amène eu ville une eau de bonne qualité, empruntée à divers points du voisinage; l'aqueduc franchit la vallée d'Alcantara, large de 15 kilomètres, sur 127 arches d'une grande hardiesse. L'eau se déverse dans un vaste réservoir d'où elle est distribuée aux divers quartiers par des conduites secondaires. Cet approvisionnement ne suffisant plus aux besoins actuels, la ville a confié l'établissement d'une nouvelle distribution à une société portugaise qui a pris l'eau de la rivière Alviella, à 114 kilomètres de Lisbonne. Le travail, assez coûteux, a été terminé en 1880 ■et fournit 170 litres par jour et par tête. Toutes les maisons ne sont pas encore rattachées à la distribution municipale et quelques-unes utilisent, au moins pour les lavages, l'eau de vieux puits, généralement détestable, puisqu'on en trouve qui renferme 6 à 7 grammes de matières fixes, plus de 3 grammes de sel marin, le'',6 d'acide azotique, 55 milligrammes d'ammoniaque.
« Berlin. La capitale allemande est une des villes les plus disgraciées sous le rapport de la distribution d'eau publique. Elle le doit surtout à la configuration du pays. Malgré ces mauvaises conditions, on ne s'y porte pas trop mal et ies fléaux qui lui coûtent le plus d'existences ne paraissent pas naître exclusivement de la qualité médiocre des eaux. La fièvre typhoïde n'y est nullement meurtrière.
Une partie de l'eau d'approvisionnement de Berlin est prise dans la Sprée, en amont de la ville. Ce sont les ouvrages de Stralau, où se trouvent installées des machines élévatoires à vapeur. L'autre partie vient du lac de Tegel. Toutes ces eaux sont filtrées au point de départ [fillraUon centrale). On avait cru pouvoir emprunter la plus grande partie de l'eau d'approvisionnement à la nappe souterraine du bassin duHavel, qui alimente le Tegelsee, en creusant sur les bords du lac des puits profonds de 24 mètres. Cette eau ne tarda pas à être envahie par des algues [Crenothrix polyspora), inoffensives, mais fort gênantes. Ce fut la
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fi calamilc des eaux ». On reconnut que la filtration ne débarrassait pas suffisamment celte eau de son trouble et n'empêchait pas les algues de s'y développer. Les autorités communales décidèrent en conséquence, en février 1882, que l'eau serait puisée au lac même, avec la précaution de la filtrer avant de la diriger sur Berlin. Un filtre énorme, en maçonnerie cimentée, reçoit par sa partie inférieure le canal de collectionnement [Sammel-Canal) ; l'eau traverse, de bas en haut, une couche de pierres, puis une de gravier, enfin une de sable. De là, elle va remplir jusqu'à la hauteur de 2i",50 une écluse surmontée d'une cheminée de ventilation. Elle passe, de cette écluse, dans une chambre de protection {yVehrkammer), où elle ne s'élève pas à plus de 2 mètres; enfin, dans le réservoir d'eau pure, qui n'en admet pas plus de l'",50 de hauteur et sur lequel s'abouchent à la fois le canal de conduite et le canal d'évacuation [Entleerungsschieber).
« Londres. L'énorme capitale du Royaume-Uni s'approvisionne, comme il est dit plus haut : 1° à l'eau souterraine (compagnie Kent) ; 2° à la rivière Lea (compagnies New-River, East-London) ; o» à la Tamise (Compagnies West Middlcsex, Grand-Junction, Chelsea, Lambeth et Southwark and Vauxhall). Les membres de la Commission technique de l'assainissement de Paris ont visité, en avril 1883, les installations hardies et extrêmement coûteuses de ces diverses Compagnies. Le professeur Vallin, qui faisait partie de cette mission, donne, des constatations faites, un résumé qui n'est pas en faveur du résultat hygiénique de ces grands efforts. « Près des deux rives (de la Tamise) sont échelonnés en divers points, distants les uns des autres de quelques kilomètres, une douzaine de water-works ou prises d'eau, presque tous identiques. A 30 ou 50 mètres de la rive, on voit trois ou quatre lacs ou bassins, ayant chacun une surface de plusieurs hectares; un drainage souterrain va chercher l'eau du fleuve à quelques centaines de mètres en amont. Chaque bassin, creusé au milieu de la pelouse, a une profondeur de 1 à 2 mètres; le fond est garni d'une couche de béton, puis de gravier, recouvert de sable; l'eau filtre à travers le sable et des pompes très-puissantes, ou la gravitation, la conduisent dans des réservoirs placés sur des points qui dominent Londres. Parfois, l'eau prise en cette partie haute du fleuve, dans une zone où l'on ne permet pas l'établissement d'usines sur la Tamise, est conduite d'emblée dans des bassins de filtration, situés à Londres même. Là, des pompes aspirantes et foulantes, d'une puissance extraordinaire, l'élèvent dans des colonnes creuses et verticales en fonte, énormes tupux accouplés, dressés sur le sol comme des mats de navire, ayant 20 à 25 mètres de hauteur. Poussée jusqu'au sommet d'une des branches de l'U renversé, l'eau passe dans l'autre, retombe par son propre poids et va gagner les réservoirs de chacune des maisons du district ou du quartier ».
« La filtration, dit encore Yallin, est incomplète. L'eau est clarifiée, non épurée; le sable ne retient que les corps en suspension, non les matières dissoutes. 11 est même certain que beaucoup des matières suspendues passent à travers le filtre. Quand le sable est souillé, on le lave, environ une fois par mois, et il sert à une nouvelle filtration ! Aussi, l'eau est toujours riche en matières organiques et il n'est pas rare de rencontrer dans l'analyse de Frankland, que les journaux de Londres publient tous les mois, la mention suivante : « Contient « des myriades d'Infusoires et d'organismes vivants. » En outre, l'eau est chaude, parce que la distribution est intermittente et que chaque maison est
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obligée d'avoir son réservoir placé dans le grenier. Ce qui, d'ailleurs, met fréquemment à sec les particuliers qui ont eu l'imprudence de dépenser leur provision avant l'heure de la distribution.
« Ce qui ne contribue pas peu à l'impureté des eaux de Londres, c'est que les bassins sont très-larges de surface (environ 80 hectares) et qu'ils recueillent les poussières d'une région très-habitée. On ne se donne pas la peine, du reste, d'écarter du voisinage des bassins les dépôts d'immondices de voirie, les usines d'agglomérés.
(( D'après les bulletins mensuels dressés pour le Local Government Board par l'ingénieur colonel Bolton, inspecteur général des eaux, la distribution d'eau par tête et par jour est : en février (1885), 123 litres; en mai (1881), 150 litres; en juillet (1881), 170 litres. Il est vrai de dire que les particuliers consomment réellement, dans leurs maisons, 78 à 81 pour 100 de l'eau distribuée. Les ruisseaux de rue n'ont pas d'eau ; il n'y a même souvent pas de ruisseau ; les vespasiennes ne sont pas nettoyées une fois par semaine; elles sont, d'ailleurs, infectes.
« Pour dire un mot de la filtration de l'eau de la Tamise, notons que la Commission relate ainsi qu'il suit la constitution des filtres de la Compagnie Soulhwark and Vauxhall :
Mètres.
Sable d'Harwick, sur une épaisseur de 0,75
Gravier dit Hoggin 0,50
Gravier fin 0,25
Gravier grossier 0,23
Total i,5l
« La quantité d'eau filtrée est d'environ 75 litres par mètre carré et par heure; ce qui explique que ces filtres occupent des hectares de terrain.
« Les Compagnies Chelsea et Lambeth filtrent avec: sable de la Tamise, coquilles et ballast, gros gravier, sur une épaisseur totale de 2™, 12 à 2™, 45. La filtration est un peu plus rapide que chez la précédente.
« Malgré ces appareils, l'eau distribuée de la Tamise ou de la Lea renferme encore 3 à 4 milligrammes de matières organiques laissées par l'évaporation, tandis que l'eau de la Compagnie Kent n'en donne guère plus de 2 milligrammes.
« La longueur totale des conduites dépasse H 000 kilomètres, dont 4800 dans la ville. Les machines élévatoires sont au nombre de 381, représentant une force de 45 000 chevaux.
« Aujourd'hui on abandonne peu à peu le réservoir de maison et la distribution intermittente. Un tiers des habitations reçoivent de l'eau pendant les vingt-quatre heures.
« Paris. Paris est alimenté par des eaux de provenance très-diverse. Pendant longtemps, la ville n'a été abreuvée que par des puits, l'eau de ses rivières ou canaux, et par le très-faible apport des sources de Belleville et des aqueducs des Prés-Saint-Gervais et d'Arcueil. Aujourd'hui, grâce à la conception hardie de Bejgrand et aux magnifiques travaux exécutés sous sa direction, la capitale possède une double distribution dans laquelle l'eau de source entre pour au moins un tiers, suffisant aux besoins de la consommation, l'eau de fleuve restant pour le lavage des rues et autres soins de propreté. On sait que la ville a dérivé, près de leurs sources, deux petites rivières de Champagne, la Dhuis et la Vanne, dont l'eau n'a subi aucune altération et peut passer pour tout à fait irré-
550 EAU (iiyoiène).
prochable. Des aqueducs construits selon les procédés modernes et de puissants réservoirs intra-urbains constituent essentiellement l'établissement de cette distribution, en dehors du réseau destiné à porter cette eau dans les maisons particulières.
(( La source de la Dhuis, affluent du Surmelin,'"est située près du village de Pargny (Marne). L'eau sort des argiles à meulière, à une température presque constante de 10 degrés et marquant 25 à l'Iiydrotimètre. On la débarrasse de son excès de carbonate de chaux en la faisant passer d'abord sur des plateaux en tôle perforée, d'où elle tombe en pluie sur des blocs de meulière. De là, elle entre dans l'aqueduc, qui reçoit plus loin les sources du Yerdon et du Surmelin. Cet aqueduc, de section ovoïde, à gros bout en bas, a 1",75 de hauteur; sa pente est de 10 centimètres par kilomètre en conduite libre et de 55 centimètres par kilomètre en conduite forcée en fonte de 1 mètre de diamètre. 11 aboutit à l'étage supérieur du réservoir de Ménilmontant en même temps que les eaux de la source Saint-Maur, découverte par Belgrand. L'étage inférieur de ce réservoir reçoit l'eau de la Marne, envoyée par l'usine hydraulique de Saint-Maur (ces détails et quelques-uns des suivants sont empruntés à l'excellent travail de Wazon : Principes techniques d'assainissement des villes, etc.),
« La Vanne, dont l'origine est à Fontvanne (Aube), est alimentée par de nombreuses sources, toutes très-pures, dispersées à des niveaux différents sur une longueur de plus de 20 kilomètres. L'eau marque 17 à 18 degrés hydrotimétriques; sa température ne dépasse pas 11 degrés. L'aqueduc d'amenée remplit le réservoir de Montrouge.
« Les eaux de la Vauiie pénètrent dans l'aqueduc, en partie par la gravitation (sources hautes), en partie à l'aide de machines hydrauliques, mues par les chutes de la Vanne elle-même (sources basses). On va joindre à ces usines hydrauliques une machine à vapeur et l'on ajoute à l'aqueduc principal, en amont de Sens, un aqueduc de 10 kilomètres qui l'alimentera des sources de Cochepies, près de Villeneuve-sur-Yonne.
« L'eau de la Seine est élevée par les pompes à vapeur de Port-à-rAnglâis,en' amont de Paris, qui refoulent l'eau dans le réservoir de Gentilly; par celles de Maisons-Alfort, qui desservent le réservoir de Charonne ,• celles du quai d'Austerlilz, qui envoient dans l'un et l'autre de ces réservoirs. Le grand réservoir de Passy-Villejuif est alimenté d'eau extrêmement mauvaise par les coûteuses usines de Chaillot. On construit, avec infiniment de raison, une usine élévatoii'e à Ivry, par conséquent en amont, qui remplira un réservoir situé à Villejuif. L'eau de Marne est élevée par l'usine hydraulique de Saint-Maur et, plus en amont, par celles de Trilbardoux, en aval de Meaux, et de Isles-les-Meldeuses, à 12 kilomètres en amont de la même ville.
« La rivière de l'Ourcq prend sa source à 12 kilomètres de Fère-en-Tardenois. Elle a été canalisée au commencement du siècle et, en 1824, le canal a été ouvert à la navigation, en même temps qu'une partie de son eau, fournie par la Beuvronne, la Thérouannc et l'Ourcc*!, était introduite dans les conduites de la ville. L'eau de l'Ourcq alimente le bassin de la Villette et le réservoir de Monceaux.
« Voici le détail des quantités débitées par jour (Vallin) :
EAU (hygiène). 551
Mètres cubes.
Eaux des sources de la Vanne 100,000 (
— de la Dhuis 21,000 | 123,000
— d'Arcueil, etc 2,000 (
Eau de l'Ourr-q. . . , 125,000
-de la Seine 60,000 )
de la Marne 54,000 S ^^^>^^^
— des puits artésiens 7,000
Total 569,000
« En réalité, la quantité disponible dépasse probablement, aujourd'hui, 400000 mètres cul)es, et l'eau de source arrivant à Paris, même par les grandes chaleurs, dépasse 132 000 mètres cubes, de telle sorte que chaque habitant pourrait recevoir, de cette dernière, en moyenne 65 litres par jour. Avec l'eau de rivière, le total est de 16i litres par jour et par habitant; il sera bientôt de 180 litres. Pourtant, il est certain que toute l'eau de boisson, à Paris, n'est pas de l'eau de source. »
Les difficultés d'établissement des conduites de distribution, la négligence ou la parcimonie de quelques propriétaires (l'eau se paie par abonnement et le compteur est imposé), font que beaucoup de maisons particulières, d'établissements publics, hôpitaux, casernes, écoles, ne reçoivent encore que de l'eau de rivières. En principe, la distribution doit être double partout; l'eau de source doit parvenir aux maisons exclusivement et ne passer à l'égout qu'après avoir servi ; l'eau de rivière n'aller qu'à la rue, aux jardins, aux incendies, aux canaux souterrains.
Conduites d'amenée et de distribution. Réservoirs. Nous supposons que les villes prennent l'eau hors de leurs murs, comme c'est le cas le plus fréquent. L'eau peut faire tout ou partie du chemin par gravitation, c'est-à-dire par la différence de niveau entre le point de départ et celui d'arrivée, le premier étant à une altitude supérieure. Ou bien il est nécessaire de la refouler en sens contraire de la pesanteur à l'aide de machines élévatoires, qui sont tantôt des usines hydrauliques, tantôt des pompes foulantes mues par la vapeur (conduites à haute pression). Ces machines ne sont pas nécessairement à la source; il suffit souvent de les placer au dernier tiers, au dernier quart du trajet. Même lorsqu'il y a une réelle différence de niveau en faveur de l'écoulement vers la ville, il faut encore élever l'eau dans des réservoirs situés très-près de celle-ci, afin qu'elle possède, à sa sortie du réservoir, une force de chute suffisante à la faire remonter ensuite aux étages supérieurs des maisons et dans les quartiers les plus élevés. Cette pression doit atteindre à plusieurs atmosphères. De là, dans la plupart des cas, la nécessité de deux réservoirs : l'un de collectionnenient ou réservoir inférieur, où les machines puisent l'eau, et l'autre, réservoir supérieur ^ dans lequel elle est refoulée par les machines. Les caisses à air sont l'accompagnement indispensable des pompes foulantes.
Il est clair que les canaux qui travaillent sous pression doivent être fermés et étanches ; on les fabrique d'ordinaire en fonte. Ceux qui utilisent la gravitation pourraient être ouverts en dessus, sauf les joints oii l'aqueduc est en siphon, pour passer sous une rivière, par exemple, ou franchir une vallée. Mais ce mode de construction serait déplorable : des impuretés tomberaient dans la conduite ; l'eau s'y échaufferait en été, gèlerait en hiver. On a donc soin de faire des aqueducs en bonne maçonnerie bien cimentée, et même on place à dessein le canal assez profondément dans le sol ; s'il le faut, on lui superpose un remblai de terre qui
55iJ EAU (hygiène).
le soustrait d'autant plus à l'influence delà température extérieure. On reprend le tuyau de fonte pour les siphons.
L'aqueduc en maçonnerie est remplacé, parfois, par des cylindres en argile cuite ou en ciment, réunis bout à bout à l'aide de joints appropriés. Ces conduites sont d'un bon usage, mais paraissent plus exposées aux détériorations.
Les tuyaux de fonte exigent également un choix attentif des joints. Le caoutchouc entre d'ordinaire dans la confection de ceux-ci.
Il n'est pas impossible que les tuyaux de fonte ne mettent un peu d'oxyde ou d'oxydule de fer dans l'eau qui les traverse. Toutefois, cet accident n'est pas signalé. Mais il se forme assez fré(juemment des concrétions de ces oxydes qui finissent par rétrécir le calibre du tuyau. Angus Smith propose de les prévenir en revêtant la paroi d'un enduit composé de goudron et d'huile de lin. Les professeurs Parkes et Ripley-Nichols ont recommandé ce procédé, applicable aussi aux petites conduites.
Ce qui semble le plus rationnel, c'est d'employer les aqueducs en maçonnerie pour les conduites d'amenéî et les tuyaux de fonte pour celles de distribution. Il n'est pas moins nécessaire de plonger ces derniers à l''\50 ou 2 mètres de profondeur dans le sol pour les mettre à l'abri des ti'épidations de la surface de la rue et des changements de température. C'est en ville, où l'eau des tuyaux n'est pas toujours en mouvement, que réchauffement peut se produire plutôt que dans l'aqueduc d'amenée ; selon l'observation de Kerner, l'eau du Spessart et du Yogelberg, à 9 degrés à sa source, n'a pas plus de 1 0 degrés au réservoir supérieur, tandis qu'elle en a 12", 75 en arrivant au contre-réservoir, à Francfort, dans les chaudes journées de l'année. A Lille, l'eau marque constamment 10 degrés au réservoir inférieur et 12 degrés au réservoir supérieur.
Pour des approvisionnements peu importants et des conduites de faible parcours, on a utilisé des tuyaux en bois, revêtus d'un enduit conservateur. Ces tuyaux ne sont pas absolument salubres, comme on le comprend, et durent assez peu, malgré tout, pour revenir en réalité fort cher.
Nous parlerons tout à l'heure des tuyaux de plomb, qui ne servent pas dans le réseau distributeur, mais seulement dans les conduites de l'habitation.
Que les conduites d'amenée soient en maçonnerie ou constituées par des cylindres d'argile ou de ciment, il est nécessaire d'y pratiquer de distance en distance, chaque 300 mètres environ, des ouvertures de descente et des orifices de décharge ; ces derniers permettent d'évacuer le trop-plein de l'aqueduc, s'il y a lieu, et de détourner le courant, lorsqu'il y a des réparations à faire sur un point. Indépendamment de ces ouvertures, on établit des tourelles de ventilation à 4500 ou 2000 mètres de distance l'une de l'autre, quand les conduites parcourent un long trajet. En outre, on fait tomber l'eau en cascade dans le réservoir supérieur, pour l'aérer dans sa chute.
Les tuyaux de distribution doivent avoir des écluses à leur origine, des dispositifs d'évacuation et, à leurs points élevés, des robinets pour donner issue à l'air qui s'y emmagasine régulièrement.
Le réservoir supérieur, en usage aujourd'hui, sert à régulariser la pression dans le réseau et la distribution journalière. Il permet de se passer des châteauxd'eau et des tourelles à eau, qui remplissaient le même but. On remplace encore les châteaux-d'eau par des caisses à vent et des soupapes de sûreté sur le trajet du canal qui travaille en pression. Mais ces soupapes sont une cause de déperdition l'cgrettable d'une partie de l'eau. Il est préférable d'établir, en maçonnerie
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cimentée, un réservoir supérieur assez vaste pour contenir toute l'eau nécessaire à la consommation d'un jour, en calculant d'ailleurs que 20 pour 100 de la plus forte consommation journalière suffisent à couvrir les oscillations du débit d'une heure à l'autre.
La capacité du réservoir supérieur peut être réduite, si l'on y adjoint un contreréservoir {Gegenreservoir). Celui-ci est placé à l'extrémité opposée de la ville et relié au réservoir supérieur par une conduite principale. Ce réservoir « d'équilibre » maintient la pression en tout temps ; Lille est en train d'en construire un.
On donne aux réservoirs une profondeur utile de3 à 5 mètres. S'il est possible, on les pratique dans le sol, dans une excavation de rochers. S'il faut, au contraire, les élever sur une assise de maçonnerie et employer le fer dans leur construction, leurs parois sont enveloppées de corps mauvais conducteurs. Krieger a même proposé, à Strasbourg, d'en arroser d'eau le pourtour et le toit dans la saison chaude; le refroidissement obtenu par évaporation ramène le contenu à une fraîcheur suffisante. Par contre, on est quelquefois obligé, en hiver, de réchauffer l'eau du réservoir par une circulation d'eau chaude (Wolffhûgel).
La pression obtenue au moyen des réservoirs élevés est une précieuse ressource pour les secours en cas d'incendie , il suffit de ménager, à cet effet, dans les rues et les maisons, des bouches d'incendie et des hydrants, avec un ajutage sur lequel se visse le tuyau manœuvré par les pompiers.
Les conduites de distribution en ville sont généralement en fonte. Les conduites de maison se raccordent à elles de diverses façons.
Les conduites de maison sont en fonte, en fer forgé, on plomb, en étaiu recouvert de plomb. Les tuyaux de fonte sont nécessaires quand il faut donner un fort calibre au canal d'alimentation ; mais, lorsque la conduite n'a pas plus de 4 à 5 centimètres de diamètre, on emploie presque exclusivement le plomb et l'étain, très-favorables aux courbures multiples qu'exige la distribution à tous les étages et à toutes les pièces. Des essais tentés pour remplacer les petites conduites en plomb par des tuyaux de fer forgé n'ont pas réussi ; l'eau prenait une saveur d'encre insupportable. Il a été, de même, impossible d'user des tuyaux de ferétamés; la fabrication de ces tubes est difticile: l'étain manque par places et l'oxydation n'est que plus intense dans les points où le fer est à nu. D'ailleurs, l'étain des étameurs est habituellement plombifère.
Le procédé de Barff, exposé par A. Wazon, permet peut-être d'utiliser les conduites en fer. Il consiste à porter ces tuyaux à la chaleur rouge dans un mouffle en fer et à les soumettre à l'action de la vapeur surchauffée; le fer chaud décomposant l'eau, il en résulte que son oxygène forme avec le fer une croûte superficielle d'oxyde magnétique qui s'oppose à toute oxydation ultérieure ou formation de rouille à la surface qu'il recouvre. L'ingénieur Bower obtient cet oxyde magnétique par réduction du sesquioxyde sous l'action des gaz hydioearbonés et oxyde de carbone. Une Compagnie s'est formée, à Londres, pour l'exploitation du procédé Barff-Bower.
Tuyaux de plomb. Leplomb est très-généralement employé pour les conduites de maison. 11 est à bon marché, llexible, facile aux soudures et d'une durée suffisamment longue, pourvu qu'on le protège contre les chocs extérieurs, contre la dent des rats, et qu'on ne lui fasse pas traverser un sol humide, très-calcaire, ou une gangue déciment. Dans ces dernières conditions, il devient rigide et cassant. Malheureusement, le plomb est antipathique aux médecins et de graves accusations, dont quelques-unes sont fondées, ont été portées contre les conduites de
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ce métal, (j'est au point que des hygiénistes ont réclaiiié formellement l'interdiction des conduites de plomb et que certaines villes ont, en effet, imposé celle mesure à leurs habitants. On sait qu'en 1875 un ingénieur des mines, de Laval, adressa au Conseil municipal de Paris une pétition pour la proscription destuyaux de plomb, à laquelle plus de 900 médecins adliérèrent. Il en résulta simplement une discussion mémorable au sein de l'Académie des sciences, à laquelle prirent part Dumas, Bouillaud, Balard, Bobierre, Belgrand, Fordos, Marais, Mayençon et Bergeret; une autre, à l'Académie de médecine; de même qu'en 1862 et 1865 l'Académie des sciences et l'Académie de médecine s'étaient livrées,, sur le sujet, à des controverses d'un incontestable éclat. Mais, comme il y eut des autorités également sérieuses pour et contre l'innocuité des tuyaux de plomb, il fut naturellement impossible aux administrations d'aller jusqu'à édicter des prescriptions légales. Peut-ctrey a-l-il lieu de s'en féliciter. Mieux vaut instruire le public que le contraindre en toute occasion, surtout lorsque les dangers qu'on veut lui épargner ne se réalisent qu'exceptionnellement, ce qui paraît être le cas des conduites de plomb. Il y a des eaux qui les attaquent, d'autres qui ne les attaquent pas. Les premières sont les plus rares.
II est probablement inutile de rappeler ici les exemples d'intoxication saturnine observés par II. Guéneau doMussy (1849) sur la famille de l'ex-roi Louis- Philippe, à Claremont, par Moizard (1877), Kœchlin-Schwartz (1879), E. Richard (Philippeville, 1880), et dus à l'action de l'eau sur des conduites ou réservoirs en plomb, ou présentant seulement des soudures à l'aide d'un mélange dans lequel le plomb l'emporte presque toujours sur l'étain. D'autres accidents moins éclatants, parce qu'ils ne révèlent rien de plus que l'intoxication lente provenant de l'absorption journalière d'une dose infinitésimale de plomb, auraient tout autant d'importance; les auteurs les signalent, mais ils frappent moins les esprits ; l'étiologie en est aussi moins facile à qualifier.
Si incontestables que soient ces faits et môme en mettant au compte des conduites et réservoirs en plomb ceux qui ne dépassent pas la valeur d'une induction rationnelle, il est difficile de ne pas trouver qu'ils tiennent bien peu de place vis-à-vis de l'immense pratique des temps les plus reculés et de la plupart des villes du monde entier. Il faut donc en conclure que l'eau ne se charge de composés plombiques que sous certaines qualités et dans de certaines conditions^ évidemment réalisables, mais relativement rares.
La possibilité pour l'eau d'attaquer le plomb dépend d'abord de la constitution même de cette eau. La présence de l'oxygène, de l'acide carbonique (Pettenkoffer, Fodor, Reichardt, Roques) et même de l'ammoniaque (Meddiock et Bottcher) favorise cette action : il suffit donc que Peau ait été au contact de l'air pour qu'elle soit capable d'emprunter quelque chose aux conduites de plomb. Il paraîtrait même (A. W. Ilofmann, Graham, Miller) que, si l'oxygène est absorbé par la combustion des matières organiques et que l'acide carbonique trouve à entrer dans des combinaisons insolubles qui annulent son action, les produits de la décomposition organique favorisent l'imprégnation plombique de l'eau. Les chlorures, les nitrates (Horsford, Graham, Miller, A. W. Hofmann), les nitrites, les composés ammoniacaux (Meddiock, Bottcher), disposent l'eau à attaquer les tuyaux de plomb. Par contre, les sulfates et surtout les carbonates terreux (Dumas, Belgrand, Leblanc, Bobierre), le phosphate de chaux (Frankland), sont une protection très-générale, en ce qu'ils déterminent des combinaisons plombiques peu solubles, qui se précipitent à l'intérieur des tuyaux, sur
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les parois, et préviennent même l'action ultérieure d'autres agents. Toutefois^ Kersting, Napier, Clemens, cités par Wolfflmgel, auraient fait des observations contraires et remarqué que des eaux marquant 8 à 15 degrés de dureté (Allemands) attaquent plus le plomb que d'autres dont la dureté est entre 1 et 6. Selon Kersting, le nitrate de potasse est plus actif pour dissoudre le plombque le carbonate de la même base. Le sel marin, à la dose de 5 décigrammes par litre, retarde l'action de l'eau sur le plomb (A. Gautier).
Au fond, comme le fait remarquer Wolffbûgel, les eaux de boisson renferment d'habitude des sels ou des gaz de plusieurs ordres et il peut se faire que les formules contradictoires des auteurs soient dues à ce qu'ici les éléments divers se contre-balancent, qu'ailleurs l'effet do l'un d'entre eux l'emporte sur celui des^ autres. Ainsi que Gautier l'a remarqué, l'eau très-pure corrode plus que toute autre les conduites en plomb.
Comme on a pu le pressentir d'après ce qui vient d'être dit du précipité protecteur dû aux sels terreux, les tuyaux neufs sont plus aisément attaqués que les vieux. Heureusement, les tuyaux ne sauraient rester longtemps neufs, au point de vue qui nous intéresse. Il y a, d'ailleurs, des restrictions à faire. Les tuyaux neufs ne mêlent pas, en réalité, des quantités notables de plomb aux eaux de source ou de rivière, coulant ou séjournant dans ces conduites. A. Gautier a obtenu 1 dixième de milligramme de plomb par litre avec l'eau de la Seine et celle de la Dliuis, dans des conditions favorables à la dissolution. D'autre part, lorsque l'eau est très-pure, comme celle de la Vanne, les tuyaux vieux peuvent lui abandonner une quantité de plomb deux et trois fois supérieure à celle que l'eau de rivière prend aux tuyaux neufs. L'eau de pluie et l'eau distillée sont dans le même cas, justement parce qu'elles manquent de matières minérales. Toutefois, la minéralisation de l'eau n'a point paru à Gautier une garantie constante, si l'eau est aérée ou contient de l'acide carbonique. <* Les eaux dfr source, de rivière et de puits artésiens, fournies par la ville de Paris, dit ce savant, sont sans action sensible sur le plomb, bien que chacune ait une composition différente et qu'elles contiennent des proportions fort inégales de carbonate de chaux. Cependant, comme les causes et les conditions de cette propriété singulière ne sont pas suffisamment connues, comme elles pourraient être modifiées par des circonstances accidentelles et imprévues, il me paraît ^téméraire d'affirmer que les tuyaux de conduite et les branchements en plomb doivent inspirer une sécurité absolue. »
L'action sur le plomb n'est pas la même quand le liquide séjourne dans les conduites ou réservoirs et quand il ne fait qu'y passer. Il était intéressant d'étudier à. part cette dernière situation. Ritter et A. Gautier ont fait cette recherche, le premier sur les eaux de la Moselle (Nancy), le second sur l'eau de la Vanne. Les résultats de part et d'autre ont été dans le sens de l'innocuité des conduites ; il est à remarquer que, dans le second cas, il s'agissait de l'eau très-pure de la Vanne. A. Gautier conclut m qu'il n'y a pas lieu de se préoccuper outre mesure de la distribution des eaux potables par des branchements de plomb partant de la rue, à la condition que ces eaux n'y séjournent pas trop longtemps ou n'y soient pas battues avec de l'air, qu'elles ne soient pas trop surchargées d'acide carbonique, qu'elles ne viennent pas s'accumuler dans des bassins, citernes, ou réservoirs de plomb, de zinc ou d'étain soudés au plomb, placés dans les habitations oii l'accès de l'air favoriserait la dissolution du métal toxique; que les eaux ainsi distribuées ne proviennent pas d'eaux de pluies, n'aient pas été artificiel îement aérées
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par leur passage préalable à travers des filtres tels que des bancs de sable ou de cailloux ; enfin qu'elles coulent à plein tuyau dans les'conduites de distribution sans pouvoir s'y fouetter avec l'air. »
Ces lignes impliquent un certain nombre de conseils qu'il importe grandement de vulgariser. Celui qu'il faudrait toujours avoir présent à l'esprit, c'est la simple précaution de faire d'abord couler et de perdre entièrement les premières portions de l'eau qui sort des robinets, quand ils sont restés une nuit sans fonctionner; à plus forte raison, lorsqu'il s'est passé des jours et des semaines. Un des exemples célèbres d'intoxication a trait à une famille qui rentrait de villégiature et qui se mit à consommer son eau, abandonnée depuis des mois au contact du plomb.
De même, il faut iaire passer une notable quantité d'eau, avant de s'en servir, dans les tuyaux neufs ou récemment réparés, même quand il ne s'agit que de soudures au plomb.
Le plomb doit être exclu de toutes les parties de la distribution d'eau qui servent à l'aspiration, à la ventilation, à la mise en réserve, etc.
Mieux vaudrait encore, sans doute, trouver une autre substance pour la confection des branchements et tuyaux de maison. La solution de ce problème paraît difficile. On a essayé, sans succès, les tuyaux de cuivre et de zinc qui, moins commodes, ne sont pas absolument inoffensifs. Schwarz et Christisou ont introduit l'usage des tuyaux de plomb sulfurés, au moyen d'une solution de sulfure de potassium, ou phosphatés, dans un bain de phosphate de soude; ces deux procédés recouvrent le métal d'une combinaison insoluble. A. Gautier recommande ces tuyaux et aussi les tuyaux vernissés à l'intérieur, de même que les tuyaux de plomb doublés d'étain. Ces derniers sont fabriqués, à Paris, par A. Humon ; ils constituent deux cylindres emboîtés, dont l'intérieur est d'étain pur. C'est un procédé excellent et que l'hygiène ne saurait trop louer ; malheureusement, il augmente de 50 à 40 pour 100 le prix de revient des conduites. Ce ne serait pas payer trop cher une sécurité complète, si les propriétaires étaient suffisamment jaloux de la santé de leurs clients.
Livraison de Veau. Les villes donnent l'eau pour rien ou la vendent. Ce second cas est de beaucoup le plus commun et, probablement, le mode le plus rationnel.. Il est équitable que la caisse municipale retrouve l'intérêt de ses déboursés et, d'ailleurs, la gratuité absolue entraîne un effroyable gaspillage qui n'assure pas mieux la propreté des personnes ni des immeubles. L'eau est alors livrée par abonnement à l'année sans limite de dépense, quand il s'agit de petits consommateurs, ou par abonnement avec compteur, à tant le mètre cube, pour l'alimentation des usines. La distribution est continue ou intermittente. Ce dernier système, incommode à tous égards, n'existe que dans quelques villes et tend de plus en plus à être abandonné. Non-seulement il expose à la disette d'eau, mais il oblige les habitants à avoir des réservoirs où l'eau est souvent chaude ou, au contraire, glacée.
La ville a ses robinets sur la conduite de rue ; les particuliers ont les leurs aux divers étages. Ces robinets exigent un soin particulier. Chameroy en construit qui portent son nom et dont le fonctionnement est intermittent ; quand, après un premier tour de robinet, il s'est écoulé un certain nombre de litres, le jet s'arrête et il faut donner un second tour pour qu'il recommence. Ainsi sont prévenues les inondations que la négligence des serviteurs occasionne quelquefois.
Il faut avoir soin de vider les conduites de maison par les grands froids pour
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éviter les ruptures que la gelée ne manque pas de produire. 11 suffit, pour cela, de fermer le robinet placé à la naissance du branchement et d'ouvrir tous les autres. On s'aperçoit, d'ordinaire, assez vite des fuites qui se produisent spontanément. Toutefois, on a inventé, pour ces sortes d'accidents, un avertisseur que nous avons vu à l'exposition d'hygiène de Berlin (1885). Une colonne d'air, emprisonnée dans un tube en rapport avec l'un des tuyaux d'eau, fait monter dans un cylindre de verre très en vue dans l'appartement un liquide rouge; celui-ci est visible, tant que la pression normale persiste dans le réseau de distribution. S'il y a une fuite, la pression baisse et le liquide disparaît. Comme on oublie probablement de regarder à tout instant l'avertisseur, le moyen paraît assez infidèle.
A Liverpool et à Cincinnati (Ohio), il existe un service municipal officiel de contrôle permanent des pertes d'eau de la distribution privée (A. Wazon). L'inspection se fait la nuit, au moyen de procédés d'auscultation. En Angleterre, il s'est formé une Sanitary Protection Association, dans les attributions de laquelle rentre, avec beaucoup d'autres objets, la recherche des fissures et des dislocations des tuyaux destinés à conduire l'eau de boisson (E. Vallin). Ce sont, sans nul doute, des institutions à imiter.
Que la ville fasse ou non payer son eau, elle ménage toujours, dans certains quartiers, des bornes-fontaines où l'eau est à la disposition de ceux qui n'ont pas le moyen d'avoir un robinet à la maison. A Paris, quelques-unes de ces fontaines publiques ont été construites avec un certain luxe, dû à la magnificence de Richard SVallace.
Correction et amélioration de Veau. Les pratiques adoptées pour l'amélioration des eaux s'adressent surtout à l'eau de boisson. Autrefois, elles visaient essentiellement les propriétés physiques et chimiques de l'eau considérées comme éléments pathogéniques d'une façon banale. De nos jours, elles s'elforcent d'éliminer ou de détruire les agents pathogènes, spécifiques et vivants ; leur efficacité se juge à la mesure dont elles approchent de ce but.
Les premiers moyens auxquels on a dû recourir sont ceux de séparation mécanique des impuretés les plus apparentes : la décantation et la filtratioii.
\ . Décantation. L'eau trouble, au repos ou en mouvement, se clarifie d'elle-même, s'il ne survient pas d'incident qui lui rende ses matières étrangères. Ce fait, qui ne pouvait échapper à la plus vulgaire observation, est la raison des bassins de clarification, petits ou grands, dont on use sur divers points oiî il est difficile de trouver mieux que de l'eau fluviale. L'eau, amenée du courant par un drainage souterrain, commence par séjourner, de vingt-quatre à trente-six heures, dans des bassins où se précipitent spontanément les impuretés les plus grossières. C'est là qu'on prend l'eau pour la diriger vers les appareils de filtration, qui sont soulagés d'autant. On ne saurait laisser la masse à décanter plus de trente-six heures, parce que le repos, lui-même, est favorable à la fermentation et au développement de la végétation inférieure. Il est utile encore, pour prévenir celle-ci et pour les nettoyages périodiques, de revêtir le fond et les parois des bassins d'une bonne maçonnerie bien cimentée. Il va sans dire que la décantation en petit peut rendre des services, quand on n'a pas mieux.
2. Filtration. La filtration imite le procédé, le meilleur de tous, par lequel l'eau se purifie d'elle-même dans la nature, en cheminant dans le sol, de la surface à la profondeur et dans le sens horizontal sous terre. Les appareils
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imaginés par l'art humain ne disposent malheureusement pas de l'espace et du temps, comme les forces naturelles.
Nous dirons un mot des procédés et appareils filtrants, puis nous apprécierons l'efficacité de l'opération.
Il y a la filtratiou en grand ou centrale et la filtration en petit, à domicile, ou même à l'usage des voyageurs et des soldats, qu'on peut dire locale.
a. Lu filtration centrale, presque indispcnsahle aux villes qui fournissent à leurs habitants de l'eau fluviale ou lacustre, est le complément de la décantation et se pratique immédiatement après elle, dans des bassins à sol étanche, à parois verticales, qui renferment par couches alternantes les matières choisies pour opérer la filtration. Ces couches sont disposées de telle sorte que les matières les plus grossières soient en bas, les plus ténues en haut, remplissant environ la moitié du bassin. On a essayé de placer les couches à côté les unes des autres et non superposées, espérant pouvoir plus aisément se passer du renouvellement du filtre; la méthode n'a point prévalu.
L'eau pénètre par la couche filtrante grossière et est reprise au-dessus de la couche des matières fines pour être dirigée vers le réservoir d'eau pure, qui est l'origine réelle de la conduite. Nous avons, plus haut, donné des exemples de cet organisme à propos de Londres et de Berlin. En Angleterre, plus de 7 millions de personnes boivent de l'eau ainsi traitée.
li est recommandé de n'admettre, comme filtres, que des matières préalablement purifiées par un lavage exact, et de les passer au tamis, afin d'avoir des -couches filtrantes bien homogènes. Les tamis employés sont gradués de telle sorte que leurs mailles retiennent des fragments de plus en plus petits, depuis 60 millimètres jusqu'à 2 millimètres de diamètre (Kœnig et Poppe).
Pour copier au plus près la nature, il est nécessaire que l'eau traverse le iiltre lentement, en moyenne avec une vitesse de 15 centimètres à l'heure, par ■conséquent sous une faible pression; le contraire aurait d'ailleurs l'inconvénient d'entraîner les impuretés à peine déposées. De même, il faut que le chemin parcouru dans le sol artificiel ait une certaine étendue; on ne donne pas moins de l'°,50 d'épaisseur à la masse filtrante et, comme le sable fin est la partie la plus efficace du filtre, on fait occuper à cette couche les deux tiers de l'épaisseur totale. La surlace ne doit pas dépasser 3600 mètres carrés pour un filtre.
On revêt le bassin de filtration d'une voûte assez épaisse pour soustraire l'eau à l'influence du soleil et de la gelée.
Les limites imposées à la vitesse de l'eau filtrante permettent de calculer le rendement des filtres et l'étendue qu'on doit donner à ces constructions, selon l'importance des villes. Avec de l'eau Irès-trouble, la vitesse étant réduite au minimum, il ne passe pas plus de 2 mètres cubes d'eau en vingt-quatre heures par mètre carré de la surface du filtre. Si l'eau est assez pure, le rendement peut aller à 6 mètres cubes.
Lorsqu'on s'aperçoit qu'il faut augmenter notablement la pression pour obtenir la même quantité d'eau filtrée, c'est que le filtre est sale et il faut le nettoyer. Celte opération se fait tous les mois, ou plus souvent selon les cas. Elle se borne, en général, à l'enlèvement d'une épaisseur de quelques centimètres du sable à la surface, parce que c'est là que les impuretés se déposent le plus abondamment. Ce sable est lavé à part et peut être ultérieurement remis en service. Il semble toutefois que cette façon de procéder laisse place à quelque
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soupçon d'insuffisance. Dans d'autres cas, on pratique le nettoyage du filtre en renversant le sens du courant ; l'eau qui en sort, cette fois, est naturellement perdue.
En ce qui concerne l'efficacité de la fillration par le sable, c'est-à-dire de celle qui est régulièrement appliquée en grand, il y a des résultats certains et d'autres qui restent très-indécis. Les grosses impuretés, minérales ou organiques, sont assurément retenues sur le filtre, puisque l'eau sort de là relativement limpide. Les matières dissoutes, au contraire, passent, puisqu'il n'existe rien dans les matières filtrantes qui puisse les fixer et qu'il est difficile d'introduire ici les sels de ier, le charbon. Pourtant, d'après les observations de Frankland sur les filtres de la Compagnie Chelsea, à Londres, les matières organiques dissoutes elles-mêmes diminueraient par la filtration. Comme le fait ne saurait être attribué qu'à l'action oxydante de l'air renfermé dans les fragments des matériaux filtrants, il est probable que les matières organiques disparues sont remplacées par des nitrates ou des nitrites. On ne saurait, cependant, pour favoriser cette oxydation, organiser la filtration intermittente de l'eau de boisson comme on fait de l'eau d'égout. Quoi qu'il en soit, Frankland trouvait dans l'eau de la Tamise, aux usines de la Compagnie Chelsea :
Carbone Azote
organique. organique.
Avant la filtration 3,25 0,i6
Après la liltration 2,58 0,32
Wibel a reconnu (jue l'eau de l'Elbe, à Hambourg, perd par la filtration sur le sable : matières toi aies, 34 à 61; matières organiques, 64 pour 100.
Quant aux micro-organismes et aux germes, il est probabl e que le nombre en ^st diminué et que les plus volumineux d'entre eux n'écbappent pas aux filtres; mais il n'y a là qu'une garantie très-limitée. Les microbes pathogènes n'appartenant pas en général aux espèces de grande taille, le filtrage ne protège guère •contre eux, s'ils sont réellement capables de vivre dans l'eau. Nous avons dit précédemment qu'au témoignage de Frankland lui-même l'eau de certains quartiers de Londres ne laisse aucune incertitude à cet égard ; elle contient des organismes vivants et des myriades d'Infusoires : par conséquent, les microbes pathogènes ont passé à leur aise, à supposer qu'il y en ait eu préalablement dans le fleuve. [1 semble que, dans ces dernières années, les filtres de Berlin faisaient tout aussi imparfaitement leur office; on les a accusés d'avoir laissé passer le Crenothrix et beaucoup d'autres choses.
Du reste, l'entretien des filtres est pour beaucoup dans leur efficacité. Par l'insuffisance des lavages, non-seulement ils abandonnent une part des matières qu'ils avaient d'abord fixées, mais encore ils les rendent à l'eau, putréfiées à la suite de leur stagnation dans les interstices des couches filtrantes.
b. La filtration à domicile est 'souvent appelée à compléter l'œuvre de la fdtration centrale ; à plus forte raison est-elle utile dans les localités où l'eau de distribution, sans être de l'eau de source, arrive en ville à peu près telle que les cours d'eau la fournissent.
Les appareils de filtration domestique sont extrêmement nombreux et variés. On emploie à leur construction le sable et le gravier, comme pour les grands filtres, et en outre : le charbon animal, le charbon de bois, le charbon dit plastique, les pierres poreuses, le grès filtrant, l'éponge de fer, la laine, le coton, les tissus, les déchets de l'industrie des étoffes et du feutrage, imbibés ou non
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de substances chimiques (tannin, alun, sels de fer), l'éponge, etc. Comme on voit, l'action attendue n'est pas toujours d'ordre exclusivement mécanique. Même lorsqu'il s'agit du charbon seul, on compte peut-être sur l'absorption des gaz, sur l'oxydation que l'on a attribué aux pores du charbon la propriété de provoquer, sur la fixation des sels métalliques (Chevallier), spécialement des sels de plomb, toutes affinités dont la portée a probablement été très-exagérée. Ce qui doit rendre le charbon, l'éponge de fer, les pierres poreuses peut-être,, préférables aux autres substances filtrantes, c'est que les premières ne fournissent pas d'aliment à la putrélaction et ne la favorisent pas naturellement^ comme le font la laine, le coton, les tissus, l'éponge.
L'Instruction du Conseil de santé de l'armée (12 septembre 1881) recommande, pour corriger l'insalubrité de l'eau à boire en campagne, en même temps que d'autres pratiques qui seront indiquées, la filtration rajoi^ie, à l'aide d'une couverture de laine ou de la chausse des pharmaciens, — lente, au moyen d'un tonneau à moitié rempli de cailloutis de grès et de sable fin (dans l'ordre ascendant), avec interposition de couches de chnrbon de bois. On peut encore laisser flotter le charbon dans l'eau. L'éponge peut suffire à la filtration, sous réserve de fréquents nettoyages.
L'éponge de fer, recommandée par Gustave Bischof, est du fer poreux, trèspur, qu'on peut obtenir par la réduction de Vhématite au moyen du charbon à une température aussi basse que possible. Dans les appareils construits sur les indications du professeur, le sable intervient pour une part. Il faut avoir soin que le fer spongieux soit constamment recouvert d'eau; autrement, la rouille le mettrait hors de service,
Le charbon plastique est facile à manier. On en fait des filtres très-simples composés d'un bloc de ce charbon dans lequel est implanté un tuyau llexible et assez long. Lorsqu'on veut s'en servir, on plonge le bloc de charbon dans un vase à demi plein d'eau ; on aspire par l'extrémité libre du tuyau, qu'il suffit ensuite d'abandonner sur le bord du vase pour avoir un écoulement continu.
Spencer, pour filtrer l'eau du Calder, à Wakefield, remplace avec succès le fer spongieux par l'oxyde de fer magnétique (E. Vallin). Le filtre au Carferal (carbone, fer, alumine) du major Crease, étudié à iNetley et recommandé par le professeur F. de Chaumont, doit ég.dement être toujours plongé dans l'eau; il a été adopté par le ministère de la guerre anglais, mais paraît cependant peu répandu.
Deux filtres d'invention relativement récente, que nous avons rencontrés à l'Exposition d'hygiène de Londres (1884), ont conquis l'assentiment du professeur Vallin et le méritent apparemment.
Le premier est le Filtre rapide de Maignen; la partie filtrante de cet appareil est d'abord un cône de porcelaine perforé, debout sur sa base dans un vase cylindrique, revêtu d'une chemise d'amiante, autour duquel on dépose une couche de charbon animal en grains du commerce, ou de préférence lavé avec de l'acide chlorhydrique, qui a dissout une partie du phosphate de chaux constituant d'ordinaire les 8/10" du noir animal, puis, et surtout, une poudre noire extrêmement fine {powdered carho-calcis) de chaux et de charbon, dont on mélange 60 grammes avec les premiers 4 litres 1/2 d'eau que l'on introduit dans l'appareil. Cette poudre se dépose lentement à la surface du tissu d'amiante et forme une couche mince que l'eau devra désonr.ais traverser pour gagner le, réservoir inférieur. Le filtre est dès lors préparé et peut fonctionner sans repos
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pendant six mois, après quoi on lave le filtre; le tissu d'amiante est passé au feu ou simplement remplacé, et l'on répète l'opération première. Ce filtre, indépendamment de son effet mécanique, agit chimiquement d'une manière très-énergique; il brûle l'alcool en partie, retient le plomb, le fer, des sels de ces métaux, oxyde les matières organiques.
Le second est le fiUre Chamberland, construit par ce savant sur le principe de la filtration, par M. Pasteur, des liquides virulents à travers la porcelaine dégourdie, qui retient les bactéries et vibrions. Une sorte d'éprouvette en porcelaine dégourdie est fixée par son bord libre, l'extrémité fermée étant en haut, sur le fond d'un cylindre métallique de 5 centimètres de diamètre et de 25 h 30 centimètres de hauteur, qui la coiffe et la contient à l'aide d'une occlusion à vis très-hermétique. L'eau arrive sous la pression de 1 à 4 atmosphères, dans l'intervalle qui sépare les deux tubes; elle ne peut s'échapper qu'en traversant de dehors en dedans les parois du vase de porcelaine et, de l'intérieur de celui-ci, elle est amenée au dehors par un simple robinet fixé à la douille de l'enveloppe métallique. Pour nettoyer le filtre, ou dévisse la gaîne inférieure et on lave la porcelaine à l'eau bouillante ou même on la fait rougir à la flamme d'un bec de gaz (Vallin). L'eau qui sort de ce filtre est un liquide stérilisé.
Wazon recommande aussi le filtre français Chanoit, à la laine de scorie, où l'eau arrive avec la pression du service municipal et, une fois passée par le filtre, s'élève dans un cylindre extérieur renfermant de l'air qu'elle comprime jusqu'à équilibre de la pression dans les conduites. Elle est donc toujours trèsaérée et l'oxydation des matières organiques est favorisée dans l'appareil.
Le fonctionnement de n'importe lequel des appareils de filtrage réussit plus ou moins selon les conditions de pression, d'impureté préalable de l'eau à filtrer, la surveillance et les nettoyages. Mieux vaut pas de filtre qu'un filtre sale, puisque celui-ci peut ajouter à l'eau des impuretés qu'elle n'avait pas.
o. Ébullition. C'est un moyen très en vogue chez les Orientaux et que le Conseil de santé, dans l'Instruction citée plus haut, recommande spécialement à l'égard des eaux dans lesquelles la présence des matières organiques se trahit par sa mauvaise odeur, par la répugnance qu'elle inspire aux chevaux et par la nature de la végétation qu'elle alimente. 11 n'est évidemment praticable qu'en petit et par les soins des particuliers; on ne l'appliquera jamais à une distribution municipale.
L'ébuUition diminue la dureté de l'eau, puisqu'on expulsant l'acide carbonique demi-combiné elle détermine la précipitation des carbonates terreux. Elle précipite également le fer et l'argile. Les ferments solubles, non figurés, sont détruits par la chaleur ordinaire de l'ébuUition ; les poisons, même organiques, tels^ que les poisons putrides, ne le sont pas d'une façon certaine. Les petits organismes sont tués, probablement y compris les bactéries et leurs spores, comme il est arrivé au bacille du charbon et à ses spores, dans les expériences de l'Office sanitaire allemand, mais à la condition que la température de l'ébuUition soit réellement atteinte dans toute la masse du liquide et sur tous les points du vase. Wolffliùgel, remarquant que l'ébuUition des liqueurs d'essai n'a pas empêché, dans le temps, les méprises de l'hétérogénie, estime qu'on n'est pas autorisé à appliquer à tous les micro-organismes les résultats obtenus sur les Bacillus anthracia et qu'il y a peut-être des germes qui ne meurent point à la température de l'eau bouillante.
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4. Distillation. Ce procédé est exclusif aux marins. Nous renvoyons le lecteur à ce qui en a été dit plus haut (page 532).
5. Traitement chimique. Quelques-uns des agents qui se rapportent à cet ordre de moyens n'ont d'autre but et d'autre effet que de masquer le mauvais goût de l'eau impure. Tels sont l'alcool, le vin, le thé, le café, la menthe pouillot, mentionnée par Pline, les amandes douces et amères, employées sur les bords du Nil et du Mississipi, les feuilles de laurier-rose, usitées chez les- Berbères, les semences de ricin, chez les Nubiens. Dans l'Inde (Wolffhûgel), on frotte les bords du récipient de l'eau avec le noyau des fruits comestibles du Strychnos potatorum , qui communique au liquide une saveur amère. On recommande aux soldats en expédition les infusions de thé et de café; ici, l'action de la chaleur s'ajoute heureusement aux effets d'un arôme agréable. Si l'on n'a pas procédé de cette façon, il est clair que la simple addition d'un parfum ou d'une saveur n'influence pas les cléments nuisibles d'une mauvaise eau. Peut-être l'alcool a-t-il plus d'efficacité, en coagulant une partie des matières albuminoïdes.
Les substances d'un effet chimique supposé, auxquelles on s'adresse pour corriger l'eau, sont nombreuses : l'alun et d'autres sels d'alumine, les sels de fer, le tannin, le carbonate de soude, la chaux, la poussière quartzeuse (Frankland), le permanganate de potasse. En réalité, sauf ce dernier qui est un oxydant, la plupart de ces agents produisent un effet mécanique équivalent à une décantation rapide et relativement satisfaisante, car elle n'est jamais complète (les meilleurs ne précipitent pas plus des deux tiers des matières organiques). Ils ne fournissent aucune garantie que les micro-organismes et les matières dissoutes soient détruits, annulés ou précipités. En revanche, ils mettent dans l'eau une substance nouvelle ou un composé nouveau qui peut ne pas être inoffensif et est toujours gênant. Ce composé fùt-il neutre, on ne sait pas bien ce qu'il faut employer de l'agent clarifiant pour neutraliser d'une manière exacte la substance que l'on veut éliminer et, pour en mettre assez, on en met habituellement trop, ce qui arrive avec l'alun, par exemple.
Ces procédés augmentent toujours fâcheusement le prix de revient de l'eau, surtout si, comme il convient, on la filtre après le traitement chimique.
Voici quelques mots sur la manière d'agir des substances les plus recommandables.
Le lait de chaux ramène les bicarbonates terreux à l'état de carbonates qui se précipitent ; il neutralise d'ailleurs l'acide carbonique demi-combiné. Le carbonate de solide forme, avec le sulfate de chaux, du sulfate de soude qui reste dans l'eau et du carbonate de chaux qui se précipite. L'alun, en agissant sur le carbonate de chaux de l'eau, se convertit en sulfate de chaux et met eu liberté, d'une part de l'acide carbonique, de l'autre de l'alumine gélatineuse qui se précipite et entraîne les matières suspendues ; 40 centigrammes d'alun suffisent pour 1 litre d'eau. Il est bon d'agiter et d'attendre le dépôt du sédiment. Le tannin se combine avec les matières organiques. Le perchlorure de fer agit de même. Le permanganate de potasse est un bon oxydant, mais peu pratique, parce qu'il n'atteint tout son effet qu'à chaud et rendu alcalin par la potasse, substance que l'on ne saurait introduire dans l'eau de boisson. Le chlorure de baryum précipite les sulfates, spécialement le sulfate de chaux, à l'état de sulfate de baryte insoluble; ce moyen n'est certes pas à conseiller pour l'eau destinée aux usages domestiques.
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11 ne faut pas oublier que l'air est toujours l'un des meilleurs oxydants. Toutes les fois qu'il sera possible, par l'agitation, par une chute en nappe mince et brisée sur son parcours, par une disposition me'canique quelconque, de mettre l'eau en contact intime et prolongé avec l'air atmosphérique, on sera certain d'abaisser sa richesse en matières organiques et d'élever son aptitude à servir de boisson. Les eaux industrielles, elles-mêmes, sont remarquablement assainies par les procédés d'aération énergiques et en grand.
6. Corrections de la température. Il est à peine utile de parler des moyens d'élever la température de l'eau. Le besoin contraire est de beaucoup le plus fréquent, même dans les pays tempérés; c'est aussi celui auquel il est le moins simple de satisfaire.
L'usage de vases poreux, généralement en argile (gargoulettes, alcarazas^ hiljas), à la surface desquels l'eau transsude incessamment, est traditionnel dans les pays chauds. L'évaporation qui se fait à la surface du vase refroidit très-notablement le liquide intérieur. La seule précaution à prendre est le nettoyage fréquent de l'alcarazas et son remplacement par un autre quand les substances limoneuses de l'eau en ont définitivement bouché les pores.
On peut remplacer le vase poreux par une bouteille ordinaire qu'on enveloppe d'une chemise de laine mouillée et qu'on suspend à l'ombre dans un courant d'air. Seulement il faut renouveler de temps en temps l'humectation de l'enveloppe.
Chez les particuliers qui peuvent se le permettre, l'eau de table est refroidie avec de la glace. Si l'on prend une telle boisson à jeun, il est prudent de ne l'ingérer qu'à petites gorgées, au chalumeau. Lorsque l'estomac renferme déjà des aliments, la stimulation est moins immédiate et, par conséquent, moins dangereuse. En général, elle fait trouver sapide un repas que les boissons tièdes rendraient parfaitement fade et d'une digestion incertaine.
Mais nous ne saurions reprendre ici ce qui a été exposé à l'article Boisson, Nous avons dû nous borner à tracer les grands traits de la question de l'eau, au point de vue de l'hygiène ; le lecteur devra compléter ces renseignements généraux au moyen des articles Bais, Dooches, Sol, Citerne, Filtration, Villes. De même, il lui restera à parcourir une très-longue série d'applications médicales de l'eau, dans lesquelles ses propriétés hygiéniques ne jouent à peu près plus aucun rôle et qui appartiennent à un tout autre ordre d'études {voy. Eaux mikérales, Eac be mer. Hydrothérapie, Affosions, Réfrigérants, etc.
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On a cherché à introduire, dans cette bibliog-raphie, des divisions rationnelles qui en facilitent l'usage. Mais il va sans dire que, plus d'une fois, l'auteur cité dans l'une de ces divisions aura aussi touché à des points qui rentrent dans un autre chapitre.
Voy. encore les articles : Boissons, Filtres, Habitations, Marais, Mer, Militaire (Hygiène), Plomb, Choléra, Goitre, Typhoïde (Fièvre) ; les articles relatifs aux Parasites, SchizomtcÈTEs, etc., etc. J. A.
EAU DE MER. Dutrouleau, à l'article Baixs de mek, et M. de Rochas, à l'article Mer, ont dit ce qu'il y a d'important à connaître au point de vue où nos collaborateurs se sont placés. Pour éviter des répétitions inutiles, nous allons rappeler seulement les propriétés physiques et chimiques de l'eau de mer et nous occuper de son usage interne.
Propriétés physiques. L'eau de mer est, en général, claire, transparente et limpide. Vue en masse, sa couleur varie beaucoup suivant les heures de la journée, suivant l'état des nuages, suivant sa profondeur, suivant l'angle visuel, suivant la coloration de la plage ou de ses rives, et les débris de coquillages, de plantes ou de sable qu'elle tient en suspension, etc. Elle est tantôt bleuâtre et argentée quand les rayons solaires glissent à sa surface; tantôt elle est d'un bleu dit d'outre-mer ou d'un bleu vif. Lorsque l'air est pur et la mer tranquille, elle paraît d'un azur plus brillant que celui du ciel. Par un temps couvert, cette teinte passe au vert plus ou moins foncé, c'est peut-être son aspect le plus ordinaire; elle se rembrunit jusqu'au vert sombre quand les flots sont agités. C'est alors qu'elle se couvre souvent de petites masses d'écume blanche qui lui font donner le nom de moutonneuse. Au coucher du soleil, la surface des eaux s'illumine de nuances pourpres ou du brillant de l'émeraude. Elle est grisâtre ou vert pomme quand sa couche n'est pas profonde et son fond composé de sable blanc; quand il est jaune, l'eau de la mer prend une coloration d'un vert plus accentué. Quand le sable est rouge, comme dans la baie de Loango, il lui communique sa teinte. Le voisinage de la côte influe aussi sur la couleur de l'eau de mer à cause du sable et des débris animaux et végétaux qui s'y mêlent ; mais cette eau prise au large est incolore, diaphane et inodore. C'est la présence des varechs, des moules, des huîtres, des poulpes et des autres zoophytes, qui lui donne cette odeur spéciale qui frappe surtout ceux qui vont au bord de la mer pour la première fois. Les herbes marines, les coquillages et les mollusques peuvent, à notre sens, expliquer beaucoup mieux l'odeur spéciale de l'eau de mer de la proximité des côtes qu'une certaine expansion d'acide chlorhydrique admise par Pierre Bertrand. Le nom de quelques mers leur vient de la couleur de leurs eaux, ainsi la mer Blanche et la mer Rouge, par exemple. La teinte de cette dernière lui est donnée par des algues microscopiques {Tricho-
desmitim erythrceum). Ce sont des animalcules dont la carapace est rougeâtre . qui communiquent une teinte rosée à l'eau de mer concentrée par l'action spontanée des rayons solaires dans les marais salants du midi de la France. Ce n'est qu'à un certain degré de concentration que l'infusoire peut ^ivre et se développer: il meurt au contraire si la densité devient trop forte par une chaleur trop prolongée, ou trop faible à cause de pluies persistantes. On traverse souvent, pendant les voyages en mer, de longues bandes de diverses couleurs, vertes, rouges, blanches ou jaunes, le plus ordinairement, qui sont dues aussi à des crustacés microscopiques, à des méduses, à des zoophytes et à des plantes marines. C'est dans la mer de sargasses ou de varechs que ce phénomène se montre le plus souvent, ainsi que sous les tropiques et sur les côtes africaines, etc. C'est à une cause du même genre qu'il faut rapporter la phosphorescence de la mer qui se manifeste surtout dans l'océan Indien, le golfe Arabique, sur les côtes Scandinaves, et même dans le port de Boulogne lorsque les vents ont soufflé plus fort et plus longtemps du sud et de l'ouest, ainsi que l'a remarqué P. Bertrand. Cet observateur croyait que la phosphorescence est due aux molécules de chlorhydrate de chaux que contient l'eau de mer; ce qui le prouvait selon lui, c'est que l'élat lumineux de l'eau diminue après plusieurs filtrations faites avec soin. Cette opinion est absolument abandonnée depuis que Forster, Spallanzani et beaucoup d'autres ont constaté et démontré que la phosphorescence n'a pas d'autre cause que la présence de petits mollusques ou zoophytes phosphorescents. Périn, dans Sou voyage aux terres australes, expédition du capitaine Baudin, le capitaine Kingman, dans la mer des Indes, ont traversé des zones de 40 et 50 kilomètres de largeur tellement remplis d'animalcules phosphorescents, qu'elles présentaient pendant la nuit l'aspect d'un immense champ de neige. Ces animaux étaient longs de près de 15 centimètres et formés d'une matière gélatineuse et translucide. La réflexion de la lumière solaire sur cette substance visqueuse donne à la surface de la mer une apparence laiteuse. La phosphorescence, quand elle est vive, est un spectacle émouvant et grandiose. Les vaisseaux semblent s'avancer au milieu de flammes vertes, rouges ou bleues, qui jaillissent en éclairs et ressemblent à des étoiles brillantes qui se multiplient, se réunissent et forment un vaste champ de feu. Rien ne peut donner une idée plus fidèle de la phosphorescence de la mer que la lueur changeante de l'alcool, qu'on vient d'enflammer. Quelquefois, quand le temps est orageux, les vagues sont lumineuses et se brisent en une écume argentée. Des corps étiucclants semblables à des poissons de feu se poursuivent, s'atteignent et s'écartent de nouveau. La phosphorescence de la mer est donc due à la présence d'animalcules (Pyrosoma), qui brillent de leur propre lumière et qui émettent un fluide tellement susceptible d'expansion, qu'en nageant en zig-zag ils laissent sur l'eau des traînées brillantes. Le plus remarquable de ces pyrosoma est une poche muqueuse de o centimètres de long qui, jetée sur le pont d'un navire, émet une lumière aussi intense qu'un fer de sa grosseur rougi à blanc. La phosphorescence de la mer peut résulter d'une autre cause cependant, et être produite par des matières animales qui se putréfient, comme le corps de certains poissons. Sir John Hcrschell a observé des polygones à contours rectilignes s'illuminant par moment d'une vive lumière qui les parcourait avec une grande rapidité. Becquerel et Breschet ont vu aussi de beaux effets de phosp'horescence produits par une cause semblable dans les eaux de la Brenta à Venise.
La saveur de l'eau de mer est sale'e, saumâtre et nause'abonde, elle laisse à ia gorge une forte impression d'âcreté. Le goût très-prononcé de l'eau de mer est dû aux différents sels qu'elle renferme et aussi aux débris organiques qu'elle contient, mais que la chimie y démontre être en proportions moins fortes qu'on ne le supposerait d'abord. Buchan a fait observé que cette saveur nauséeuse et amère n'existe plus ou existe à peine quand l'eau a été puisée à une grande distance de la côte et à quelques mètres au-dessous de la surface de la mer. La saveur salée de l'eau de mer diminue naturellement encore quand on la prend auprès de l'embouchure d'un fleuve ou auprès du rivage après de grandes pluies. Les latitudes différentes, en favorisant plus ou moins l'évaporation, font varier la saveur de l'eau de mer, qui est en général plus acre et plus salée dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral. L'eau de mer qui a le goût le moins désagréable est celle de la Baltique. La mer Morte ou lac Asphaltite, au contraire, a la saveur la plus salée et la plus acre. Elle contient, en effet, presque le quart du poids de son eau de substances salines à l'état sec, l'eau de la mer Baltique ne renfermant tout au plus que le 28/1000^ de son volume de matières fixes dont le chlorure de sodium fait la base.
L'eau de mer, pas plus que l'eau douce, n'a une température constante ; sa température est, en général, plus élevée que celle de l'eau ordinaii'e, conséquence nécessaire de sa plus forte densité et de sa grande capacité pour le calorique. Elle varie aussi selon les latitudes : elle est, terme moyen, de 22 degrés centigrade près de l'équateur, de 17 degrés centigrade vers le 6* degré de latitude nord, de 12", 5 centigrade vers le 45« degré. Elle diminue suivant les pays et les saisons où l'atmosphère est plus chaude et à mesure qu'on examine l'eau à une plus grande profondeur. Quoiqu'il en soit, la température moyenne de l'eau à la surface de la mer est peu différente de celle de l'air, tant que des courants chauds, comme le Gulf-Stream, ne viennent pas apporter leur influence perturbatrice. Dans les parages des tropiques, il paraît que la surface de l'eau est un peu plus chaude que celle de l'air ambiant. En déterminant la température de la mer, de la surface au fond, une loi très-curieuse a été mise en évidence. On rencontre partout dans les eaux très-profondes la température de -f 4 centigrade qui correspond au maximum de la densité de l'eau. Cette température existe sous l'équateur à partir de 2200 mètres de profondeur. Dans les régions polaires où l'eau est plus froide à la surface, on la trouve de 4 degrés centigrade dès 1400 mètres de fond. Les sondages du Challenger de la marine britannique l'ont confirmé. Ces lignes isothermes de 4 degrés forment, par leur profondeur différente, la démarcation des zones où la surface de l'eau de la mer est plus froide, et celle où elle est plus chaude que 4 degrés centigrade.
M. Milne-Edwards et la mission française à bord du Talisman, ont observé, aux grandes profondeurs, la température moyenne de 1 degré centigrade. Leur drague, qui a atteint 5005 mètres, n'a pu, par suite d'un accident arrivé au fil de sonde, rencontrer les fonds de 6000 mètres signalés dans la Mer des Sargasses.
L'eau est plus froide sur les bas-fonds et près des côtes qu'elle ne l'est au large. Alexandre de Humboldt explique ce phénomène en supposant que les eaux profondes remontent les pentes des bas-fonds, et vont se mêler aux couches supérieures. Cette hypothèse n'est pas contredite par Maury. Les brouillards se forment fréquemment au-dessus des bancs de sable, parce que l'eau froide qui les couvre détermine une précipitation locale des vapeurs atmosphériques. Les contours de ces brouillards sont nets et ils reproduisent de loin la forme des