‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.31Chapitre 4 sur 67 · Poudre d'ipéca i grammes · texte numérisé non relu

Poudre d'ipéca i grammes

Faites bouillir cinq minutes dans :

Eau 300 grammes.

Filtrez, ajoutez à la liqueur :

Sirop d'opium . w oO grammes.

Hydrolat de cannelle 50 —

A prendre par cuillerées d'heure en heure, ralentir en cas de nausées ou de vomissements.

Et ici la confiance de l'auteur est plus absolue encore; elle s'élève au degré de conviction inspirée par les médications spécifiques les plus incontestables t

« L'ipéca, dit-il, me paraît agir, surtout lorsqu'on l'administre d'après lai méthode que je viens d'exposer, comme une sorte d'antidote qui tend à neutraliser le poison dysentérique. Il se comporte, en effet, beaucou]^ plus comme un altérant que comme un évacuant. Il a, dans l'espèce, une valeur comparable à celle de la quinine dans les maladies périodiques. »

Bien d'autres formules peuvent être introduites encore. Bérenger-Féraud, suivantrexciuple de Beaujean, prescrit presque exclusivement non pas l'infusion, mais la poudre d'ipéca qu'il mélange simplement à l'eau ordinaire, dans la proportion de 2 à 4 grammes pour 100 grammes, et qu'il administre par cuillerées à café d'heure en heure; en répétant cette prescription plusieurs jours de suite, il arrive aux mêmes résultats que par la méthode brésilienne. Bourdon a conseillé l'emploi de l'ipéca en lavement (10 grammes en infusioa' dans 200 grammes d'eau).

Dans ces derniers temps, on a cru trouver un succédané de l'ipéca : c'est la racine de l'écorce de VAilanthus glandidosa, appelé vulgairement vernis de la Chine.

Voici, d'après Bobert, quel en est le mode d'emploi : Quand la racine est fraîche, on en prend 50 grammes que Ton coupe en morceaux très-fins; on les met dans un mortier et on verse dessus 75 grammes d'eau chaude, on triture un instant, pour mieux ramollir l'écorce, puis on passe à travers un linge. C'est cette forte infusion qui est administrée à la dose d'une cuillerée à café, matin et soir, pure ou dans une tasse de thé. En général, les hommes préféraient la boire pure; prise de cette façon, elle provoquait les vomissements; à une dose plus élevée, l'action vomitive était manifeste. Pendant trois jours, on administre le médicament de cette façon, et le malade est tenu à la diète la plus complète. On cesse alors l'emploi de l'ailantbe, et on donne, comme régime, des panades jusqu'à ce que les selles soient redevenues tout à fait normales ; on revient alors au régime ordinaire. Il peut arriver qu'après lés trois premiers jours de traitement les selles, réduites à une ou deux par vingt-quatre heures, soient encore liquides ; cela n'oblige pas à prolonger l'emploi de l'ailanthe ; son action se contenue pendant que le malade est soumis au régime des panades. D'après les indications du médecin chinois, si, dans les huit jours qui suivent le traitement,

le ni;ila(Ie n'est pas gue'ri, on recommence encore l'emploi de l'ailanthe comme précédemment. Je dois dire que je n'ai pas encore rencontré un seul cas qui ait nécessité cette nouvelle administration du médicament. La moyenne des traitements a été de huit à dix jours; et ce fait est d'autant plus remarquable, qu'en Chine et au Japon les diarrhées sont extrêmement tenaces (Robert, ISote sur Vailanthe glanduleuse comme moyen de traitement de la dysenterie, in Arch. deméd. nav., t. XXI, p. 107, 1874).

Un autre médecin de la flotte, Giraud, a également obtenu de bons résuHats de l'emploi de l'ailanthe chez des malades en traitement à l'hôpital Saint-Mandrier de Toulon, pour diarrhée et dysenterie chroniques, contractées dans les pays chauds; seulement, pour atténuer le dégoût imposé à ces malades par l'infusion d'ailanthe, il la prescrivait selon la formule suivante qui était renouvelée trois ou quatre jours de suite :

Infusion d'ailante 15 à 20 grammes.

Eau de fleurs d'oianger 10 —

Sirop de sucre 20 —

Il ne semble pas cependant que l'usage de cette racine se soit généralisé, et nous inclinons à croire que les observations ultérieurement recueillies n'ont pas répondu à l'espérance que pouvaient faire concevoir les faits signalés parées deux médecins.

Nous en dirons autant de l'emploi de YIxora dandanea, dont la racine serait employée aux Indes et constituerait, suivant Deb, un excellent remède, aussi efficace que l'ipéca, mais bien plus facilement toléré par les malades. Le fruit du Bael ou Bêla, récolté sur les côtes de Malabar et de Coromandel, est actuellement inscrit, dans les pharmacopées anglaises, comme antidysentérique ; on en administre l'extrait aqueux.

B. Purgatifs. A peine suspendu durant la période de triomphe de la doctrine de Broussais, l'emploi des purgatifs a été presque constamment, à partir surtout du seizième siècle, considéré comme une des bases du traitement de la dysenterie.

Cet emploi correspondait d'ailleurs à l'opinion qu'on se faisait dès cette époque delà nature de l'affection, que l'on considérait moins comme le résultatde l'inllammation et de l'ulcération intestinale que comme le fait de l'exhalation d'une bile corrompue et de la présence de saburres amassées dans les intestins; tels sont les principaux motifs des indications formulées à cet égard par Pringle, Degner, Zimmermann, etc.

Ici encore nous ne saurions admettre cette médication comme absolument indispensable et d'une indication générale ; loin de nous la pensée de vouloir exclure de cette thérapeutique des agents auxquels nous-mcme avons recouru avec succès ! mais nous ne les avons non plus employés que dans les cas de dysenterie compliquée d'embarras gastriques.

Sans accumuler tous les faits signalés par les auteurs qui, comme Quarin, assurent avoir guéri nombre de dysenteries sans recourir aux évacuants, qui, comme Dehaen et Vogel, ont observé des cas nombreux dans lesquels ces moyens ne convenaient pas, nous nous bornons à dire que presque jamais nous n'avons eu à y recourir dans les dysenteries que nous avons soignées en l'rance.

On est loin d'être d'accord sur le mode d'action de ces agents thérapeutiques dans la dysenterie. Nous inclinons à croire que les purgatifs agissent ici non pas,

surtout comme le pense Delioux, en sollicitant le mouvement péristallique, d'où évacuation des sécrétions morbides, non pas en substituant, comme le supposent Bretonneau et Trousseau, une inflammation banale, tendant à la guérison, à une inflammation de mauvaise nature, mais en modifiant les conditions subies par la tunique celluleuse et les glandes qu'elle renferme, par le fait du mouvement d'exosmose qu'ils sollicitent.

Nous dirons plus : à notre sens, il y aurait inconvénient à donner les purgatifs dans le but soit de provoquer les contractions intestinales, soit d'entraîner à la surface des tuniques ulcérées n'importe quelle irritation; il y a là pour nous, non pas deux avantages, mais deux inconvénients à éviter. Telle est pour nous la raison principale de la valeur de certains remèdes composés dans lesquels la présence de l'opium enlève aux purgatifs leurs qualités irritantes sur les tuniques intestinales. Telle est aussi la justification de la pratique de ces deux grands cliniciens, Stoll et Sydenliara, qui, en général, n'administraient le purgatif qu'après le laudanum, comme s'il eût été dans leur pensée d'obvier d'avance aux inconvénients que nous venons de signaler.

Les recherches modernes| ont prouvé que bien des purgatifs agissaient d'ailleurs sans occasionner d'irritation intestinale, c'est donc à eux qu'il faut recourir; c'est dire qu'il y a lieu d'exclure les drastiques, aloès, coloquinte, croton, etc., en général, tous les agents qui, à l'état normal, entraînent congestion ou inflammation du gros intestin.

Quant au choix à faire entre les purgatifs doux, il est rendu très-difficile par le nombre même de ceux de ces médicaments auxquels différents auteurs ont attribué des vertus toutes spéciales, les contestant avec la même énergie à ceux qui étaient prônés par d'autres observateurs ; ce qui nous permettra à notre tour de faire bon marché de ces préférences exagérées.

. Sydenham recommandait spécialement les purgatifs végétaux associant, dans une même potion, la manne, le séné, le tamarin.

Degner, Pringle, donnaient presque exclusivement la rhubarbe, et le dernier de ces auteurs revenait avec insistance sur l'administration de ce médicament, prescrivant chaque jour 2 à 4 grammes de poudre à prendre par doses fractionnées. Quant à Degner, il l'administrait également pendant plusieurs jours, sous forme de teinture aqueuse.

Zimmermann lui aussi, parmi les observateurs du siècle dernier, est un de ceux qui ont le plus fiéquemment recouru à la rhubarbe, mais pour arriver en fin de compte à réagir contre la confiance que lui avaient tout d'abord inspiré, à l'égard de ce médicament, ses prédécesseurs, notamment Degner.

« La rhubarbe, dit-il, opère trop lentement, ne résiste pas assez à la putridité et laisse monter la maladie au plus haut degré. Elle augmente toujours la douleur, au lieu que le tamarin opère des évacuations promptes, abondantes, et sans susciter de nouvelles douleurs. On voit par là, conclut-il, que de grands médecins, et Degner même, regardent avec trop peu de fondement la rhubarbe comme le purgatif le meilleur de la nature, dans la dysenterie, par rapport à sa qualité purgative, et que, daas une dysenterie accompagnée d'une fièvre putride, la rhubarbe sans l'addition de médicaments acides laisse la maladie aller son train et se prolonger. La rhubarbe n'est donc pas un spécifique dans la dysenterie » (Zimmermann, Traité de la dysenterie, p. 549).

Zimmermann ne se bornait pas à l'administration du tamaiin qu'il préfère de beaucoup à la rhubarbe; il associait aux purgatifs végétaux la crème de tartre

et les autres purgatifs salins, en particulier le sulfate de magnésie; c'est à ce dernier sel que Stoll recourait de préférence.

11 en est de même encore en ce siècle; Dutrouleau a considéré la manne comme le plus efficace de tous les purgatifs; il la prescrivait à 30 grammes par jour, dissoute dans 500 grammes de petit lait, à boire par demi-verres toutes les heures, pendant trois jours au moins, et même pendant huit jours consécutifs, si l'amélioration attendue tardait à se produire. La confiance de Dutrouleau était absolue et basée sur sa foi en l'action non pas purgative, mais spécifique, pour ainsi dire, de cette préparation. « Il faut, disait-il, que le petit-lait manné soit toléré, qu'il n'agisse comme évacuant que les deux ou trois premiers jours, quelquefois même pas du tout, ce qui prouverait qu'il a une action particulière. »

Barallier a obtenu de son côté les meilleurs effets du sel de Seignette, tartrate de soude et de potasse, à la dose de 15 grammes par jour.

Pour Delioux enfin, l'huile de ricin devait être prélérée à tout autre purgatif, et il la prescrivait à la dose de 12 grammes durant plusieurs jours.

En somme, ces appréciations si diverses témoignent de l'analogie, sinon de l'identité d'action de ces différents purgatifs.

Ce qui nous paraît plus important à établir que l'espèce médicamenteuse elle-même, c'est la façon de l'employer au point de vue de la dose, du mode et de la durée de l'administration.

Nous estimons, d'une part, que la dose doit être peu élevée, demeurant toujours au-dessous des quantités prescrites pour une purgation ordinaire, de façon -à ne pas entramer de coliques, s'il est possible : nous n'admettons donc pas avec Trousseau que le sulfate de soude, par exemple, doive être administré quotidiennement à la dose de 30 à 60 grammes par jour. Pour nous, il suffît d'une ou deux doses de 25 grammes chacune.

Nous pensons d'autre part que le médicament doit être supprimé dès que son action purgative s'est manifestée; en prolonger l'administration, c'est augmenter les chances d'inflammation intestinale.

Il nous paraît sage de toujours faire prendre les purgatifs par la bouche, leur administration en lavement pouvant avoir pour résultat une irritation directe, trop intense, de la muqueuse du gros intestin.

Parmi ces remèdes il en est un qui mérite une place à part, soit en raison de la spécialité d'action physiologique qu'il possède et qu'on lui a demandée, soit en raison des succès tout particuliers que nombre d'observateurs en auraient obtenus : c'est le calomel, auquel sont revenus définitivement aussi un grand nombre de cliniciens.

« Ce n'est, dit Catteloup, qu'après avoir essayé successivement l'huile de ricin, le jalap, la scammonée, les purgatifs salins, sulfate de soude, de magnésie, le protochlorure de mercure, etc., que nous avons fini par accorder la préférence à ce dernier médicament. «

Il semble que ce purgatif, comme base du traitement de la dysenterie, ait été employé d'abord par Anicet, chirurgien de l'armée anglaise, qui en a le premier généralisé l'emploi, pendant une épidémie de dysenterie qui régnait en 1812 dans la garnison de Gibraltar. Employé spécialement par les médecins anglais aux Indes, ce médicament a été surtout préconisé par Copland, qui le considère comme le meilleur purgatif auquel on puisse avoir recours dans la dysenterie asthénique ou maligne, et par Annesley, qui en a bien autrement généralisé

l'emploi et en a fait la base de son traitement de la dysenterie. Le point de départ de cette détermination thérapeutique était, chez Annesley, la conviction du rôle de la constipation dans la production de la dysenterie. Pour lui, les cas qui réclament plus spécialement le calomel, ce sont ceux dans lesquels la rétention des matières fécales est démontrée par une série de symptômes : langue sale et charriée, plénitude de l'abdomen, particulièrement dans la région caecale et sur le trajet du côlon, présence dans les selles de fragments de matières fécales, etc. D'où nécessité de relâcher le spasme du côlon qui, pour l'auteur anglais, est une des conditions physiologiques de la dysenterie, et contre lequel il unissait d'abord la médication calmante à la purgative, prescrivant dès le premier jour 1 gramme de calomel associé à 5 ou 10 centigrammes d'opium.

Dès le lendemain le calomel était administré seul à la même dose, et répété les jours suivants.

Tant que la médication d'Annesley ne provoque que des effets locaux, elle rentre en somme dans la catégorie des méthodes purgatives, et comme telle elle a trouvé de nombreux adhérents en raison même du peu d'intensité de son action : « Donné à dose purgative, dit Catteloup, le calomel nous a rarement semblé augmenter la fréquence et la quantité des évacuations alvines. Lorsque nous serions en droit d'attendre de son influence un surcroît d'inflammation locale et une superpurgation momentanée, il arrive le contraire : les selles diminuent fréquemment dès la première journée, les matières perdent rapidement le caractère sanguinolent, les douleurs et les épreintes se calment. Ordinairement les matières alvines prennent la couleur verte que l'on sait leur appartenir à la suite de l'ingestion du calomel, mais elles ne tardent pas à revenir graduellement à leur état normal. »

Mais le but principal d'Annesley et de ses partisans, mus par la conviction de l'influence spécifique du calomel, était une action générale sur l'organisme, action se traduisant habituellement par l'apparition de la stomatite mercurielle.

La salivation est le terme auquel il lui paraît nécessaire d'arriver, surtout dans les dysenteries hépatiques, et, sous ce rapport, il se rapproche des auteurs qui, en ce but, ont préconisé non-seulement le calomel, mais les autres préparations de mercure, le bichlorure, par exemple, administré en lavement et préconisé spécialement par Kopp {Hufeland's Jour^i., t. IV, p. 94), ou encore les frictions mercurielles, que Iloulston faisait pratiquer jusqu'à salivation, sur la région du foie.

C'est sous ce dernier rapport que la doctrine d'Annesley a rencontré le plus d'opposition, et c'est précisément en raison des inconvénients entraînés par l'intoxication mercurielle que le calomel a été abandonné par nombre de praticiens.

Aujourd'hui, il est beaucoup plus dans les usages de l'administrer une ou deux fois à doses purgatives, sans lui demander d'autres résultats que ceux de son action sur les sécrétions intestinales, que de le donner à doses réfractées, dans la pensée d'une modification générale de l'économie qui ne peut être que préjudiciable au malade; c'est même dans les cas d'imminence de complications hépatiques que Bérenger-Féraud s'en abstient le plus.

Nous dirons plus : employé à doses purgatives, le calomel gagne à être associé, comme les autres médicaments de ce genre, à un agent qui en atténue l'action sur l'intestin; voilà pourquoi de la méthode d'Annesley nous retenons encore comme excellente l'association de ce remède à l'opium.

Toujours est-il qu'on en est actuellement bien revenu des prétendues propriétés spécifiques du calomel contre la dysenterie, et que ce médicament chez les médecins anglais eux-mêmes est tombé dans la catégorie banale des purgatifs à opposer à cette affection.

Les deux médications précédentes, calmante et perturbatrice, ont été fréquemment associées, on vient de le voir par le nombre des formules où l'opium et autres narcotiques venaient s'ajouter à quelques médicaments éméto-cathartiques; au siècle dernier, Brocklesby donnait avec succès des pilules renfermant deux grains d'opium et trois grains d'ipéca. De ces préparations mixtes, il en est une qui jouit depuis un demi-siècle d'une grande notoriété : ce sont les pilules de Segond, qui en emprunta la formule aux médecins de la colonie anglaise de Démérary, et qui sont ainsi composées :

Ipéca 40 centiirrnmmes.

Calomel à la vapeur 20 —

Extrait aqueux d'opium 5 —

Sirop de nerprun Q. S.

Pour 6 pilules.

Cette formule ressemble singulièrement, comme on l'a remarqué, à celle que prescrivaient au début de l'occupation d'Alger les fièies Monard et (jui renfermait :

Ipéca 60 centigrammes.

Calomel 50 —

Extrait d'opium 10 —

Gomme 9

Pour 9 pilules.

Quoi qu'il en soit, les pilules de Segond, que lui-même n'employait qu'après l'administration préalable de l'ipéca, sont demeurées dans la thérapeutique de la dysenterie, et représentent un des modes nombreux dont l'opium peut intervenir pour enlever aux éméto-cathartiques leur action irritante sur les voies digestives, et ne leur laisser d'autre effet que la transsudation séreuse et la liquéfaction des matières intestinales dont l'intestin supporte dès lors plus facilement le contact.

Médications diverses. L'emploi de la noix vomique, à la fin du siècle dernier, a été l'objet de tentatives thérapeutiques assez nombreuses et assez diverses dans leurs résultats pour permettre à Ilufeland de réunir dans son Journal de médecine pratique plusieurs mémoires pour et contre l'emploi de ce médicament. Hsegens l'a trouvée avantageuse en quelques cas, Michaëhs dit qu'elle est inutile ; quant à Hufeland lui-même, si, chez quelques-uns de ses malades, la noix vomique a semblé calmer coliques et douleurs, chez d'autres elle n'a produit que de l'anxiété, des vertiges, au résumé d'assez graves malaises, pour que l'auteur en soit arrivé à la considérer comme un médicament bien suspect.

Geddings, médecin américain, dont les recherches ont été consignées par Delioux de Savignac, l'a essayé à l'hôpital de Baltimore, dans des cas de dysenteries qui restaient rebelles à tous les moyens, et il en a obtenu les résultats les plus avantageux. La réussite, toutefois, n'était pas constante, mais elle avait lieu souvent, et alors le médicament faisait disparaître les coliques, le ténesme, les envies fréquentes d'aller à la gai'de-robe, et supprimait dans les évacuations les mucosités sanguinolentes. M. (îeddinys administrait la poudre de noix vo-

mique à la dose de 7 grains (35 centigrammes) trois fois par jour; dose un peu forte et par laquelle il serait peut-être bon de ne pas débuter, sauf à y arriver plus tard, si le malade la supporte. Parfois aussi il donnait l'extrait alcoolique à la dose de 2 grains trois fois par jour, et la strychnine sous forme d'acétate, depuis 1/6" jusqu'à 1/12° de grain. Les essais faits par ce médecin ne sont pas assez nombreux pour qu'il puisse décider à laquelle de ces trois préparations on doit donner la préférence. Il pense qu'il serait utile, sous quelque forme que l'on administrât la noix vomique, d'y joindre une petite quantité d'opium.

En résumé, nous estimons que ce remède si dangereux à manier, en temps d'épidémie surtout, ce qui est la règle pour la dysenterie, offre d'autre part trop peu de garantie thérapeutique contre cette affection pour ne pas être, comme le pensaient déjà Fournier et Vaidy, relégué parmi la foule de ceux qu'il est prudent d'abandonner.

L'ergot de seigle ne nous parait pas avoir été fréquemment employé contre la dysenterie ; notre opinion sur la rareté de l'hémorrhagie comme phénomène capital en cette affection nous explique le peu de fréquence des indications de cet agent à titre de médicament hémostatique.

Les recherches de Luton, communi(|uées à l'Académie de médecine en 1871, paraissent étal)lir que l'ergot ne s'adresse pas seulement à l'élément hémorrhagique de la dysenterie, mais à la maladie totale ; sous son influence l'auteur a vu cesser rapidement les sécrétions glaireuses, les épreintes, les coliques. Il l'a administré en poudre jusqu'à la dose de 3 grammes par jour, divisés par prises de 50 centigrammes; il a également prescrit l'ergotine, soit en pilules, soit en potion, aux mêmes doses et avec le même avantage.

Ces résultats, obtenus à Reims sur un petit nombre de malades, demandent confirmation, d'autant que ce médicament avait été, après essai, définitivement abandonné par Delioux de Savignac.

Les acides ont fourni la base du traitement, d'un certain nombre d'observateurs anglais, Weight, qui prescrivait l'acide citrique, Gœdin, qui associait l'acide tartrique à l'opium, Bang et Hope, qui préféraient, le premier l'acide sulfurique, le second l'acide nitrique.

La crème de tartre et le tamarin, prescrits si fréquemment par Zimmermann, avaient l'avantage, dit l'auteur, de s'opposer aux effets des fièvres putrides par leur nature acide. Cette préoccupation de Zimmermann de l'emploi des acides comme antiseptiques est certainement pour beaucoup dans sa tendance à les prescrire, et sans doute dans sa confiance en certains fruits, comme les raisins dont il rapporte les bons effets en quelques cas.

Nous lisons dans les Archives dedeHorn que nombre de médecins anglais ont préconisé, mais surtout dans le traitement des formes malignes, putrides, et spécialement aux Indes, les substances aromatiques et excitantes: poivre noir ou de Cayenne, cannelle, muscade, etc., qui nous paraissent indiquées surtout dans la dysenterie chronique.

Suivant Stoll, la racine d'Arnica avait, d'après les observations faites à la même époque en France par Colin, la vertu de rendre plus bénignes les matières morbifiques, de façon à pouvoir entraîner à elle seule la guérison sans qu'il ait été nécessaire de recourir aux évacuants.

Stoll lui-même insiste sur la grande efficacité de ce remède pour réprimer les dysenteries les plus putrides. Certainement, dit-il, je ne connais aucun niédi-

cament qui puisse revendiquer ù plus juste titre le nom de spécifique antidysentérique (Stoll, Médecine pratique, trad. Mahon, t. III, p. 576).

II importe toutefois, avant d'accepter un éloge aussi absolu d'un remède cependant si négligé, de remarquer que ce passage du médecin de Vienne est extrait du chapitre de son livre consacré à la vertu antiseptique de l'arnica, chapitre dans lequel l'auteur témoigne de la toute-puissance du remède nonseulement contre la dysenterie, mais contre les fièvres malignes, conti'e les fièvres coUiquatives consumant les individus atteints de traumatisme considérable, de vastes suppurations, etc.

Dans toutes ces formes morbides, il prescrivait toutes les deux heures un gros (2 grammes environ) de racine d'ornica en poudre, soit une once et demie (45 grammes) en vingt-quatre-heures.

« Quel avantage, dit-il en terminant, ne serait-ce point pour la médecine des armées, si les vertus si précieuses d'un remède si puissamment antiseptique étaient plus connues ! » Cette tendance à faire de l'arnica une véritable panacée ne nous rappelle-t-elle pas la vogue rendue à cette substance à une époque bien voisine de nous, sans que cependant cette vogue nouvelle ait été scientifiquement consacrée?

Afin de mieux nous édifier sur la valeur des arguments de Stoll, nous nous sommes reporté aux détails des faits consignés dans ses Constitutions médicales et nous avons constaté :

i° Qu'en J 776 il n'avait encore personnellement traité aucun cas de dysenterie par l'arnica dont il ne connaissait que la réputation donnée à ce médicament parles expériences de Colin {StoW, Médecine pratique, ivAd. Mahon, 1. 1, p. 129);

2° Qu'en 1777, il traita pour la première fois un cas (un seul le 20 juin) de dysenterie par l'arnica en poudre, api'ès avoir au préalable fait prendre un vomitif (Stoll, id., ib., t. II, p. 52) ;

5" Qu'en 1779 enfin, période pendant laquelle il eut spécialement recours à cette médication (Stoll, id.,ib., t. III, p. 142), il s'agissait non pas de dysenterie, mais de fièvres putrides, appartenant probablement et au typhus, vu la présence des pétéchies, et à la fièvre typhoïde, vu la miliaire qui sans doute représentait lessudamina de cette dernière affection. On voit, en somme, de combien doit être réduite la confiance que pourrait inspirer en ce remède la pratique de Stoll.

On a préconisé contre la dysenterie toute la série des astringents : bistorte, tormentille, préconisée surtout par Quarin quien aurait obtenu de bons résultats pendant l'épidémie de 1762, et jusqu'à la noix de galle, médicaments tombés entièrement en désuétude, mais remplacés par leurs équivalents dont les plus fréquemment employés sont les suivants qui ont été particulièrement prescrits pendant la convalescence : racine de gentiane sous forme de vin, d'iniusion ou d'extrait ; racine de Colombo recommandée par Mertens et Richler, et administrée en infusion à la dose de 4 à 8 grammes dans un verre d'eau ; l'écorce de simarouba, qui aurait rendu de grands services au siècle dernier et sur les théâtres les plus divers : à Paris (Jussieu), en Allemagne (Kuiphof), en Hollande (Degner), à Londres (Monro), etc. ; le bois de campèche, qui a trouvé un apologiste dans Hunnius, etc.

Au Caire, les drupes desséchées et pulvérisées du myrobolan sont un remède populaire parmi les Arabes, qui l'emploient à la fois comme laxatif et comme antidysentérique. Komanos aurait obtenu, tout récemment, de bons résultats de cette poudre administrée à la dose de 2 à 5 grammes suivant les âges.

Nous admettons, avec Delioux de Savignac, les bons effets comme tonique et astringente de l'écorce de quinquina, mais nous avouons que nous l'avons fort rarement prescrite dans la période d'acuité de la maladie. Il nous paraît même bien difficile d'accepter sans réserve l'indication de ce médicament lorsque la gangrène est imminente, et à plus forte raison si elle se déclare ; peut-être alors pourra-t-on l'associer en lavement à d'autres substances astringentes ; mais le donner en potion, à 8 ou 10 grammes même, nous paraît une méthode bien moins souveraine qu'à l'auteur en question.

La médication astringente ne mérite d'ailleurs, à vrai dire, ce nom que dans l'association, aux divei'ses potions indiquées ci-dessus, de lavements susceptibles de mettre les substances médicamenteuses au contact direct de la surface intestinale ulcérée.

Les anciens observateurs prescrivaient volontiers ces lavements astringents, d'autant que pour eux les médicaments de ce genre figuraient, et avec raison pour le plus grand nombre, parmi les antiseptiques.

Zinimermann, Pringle, Lind, avaient spécialement confiance dans l'infusion de camomille, qu'ils administraient très-fréquemment dans la dysenterie, tant par la bouche que par le i-ectum.

Les plus usités des astringents exotiques sont le cachou, prescrit souvent par Stoll, employé par Brandt dans la dysenterie dos nègres, et surtout l'extrait de ratanhia, simultanément administré en potion et lavement à dose variant de 4 à 1 0 grammes. On y joindra avantageusement le tannin, le diascordium.

Quant aux astringents minéraux, ils ont eu grand'peine à s'introduire dans la thérapeutique de la dysenterie. Au siècle dernier, Quarin protestait contre les tentatives faites avec l'alun par Adair, Kargens, etc., qui cependant l'associaient à l'opium et aux mucilagineux, et déclarait que malgré cette association l'alun n'avait jamais produit que l'exacerbalion des coliques et de la diarrhée.

Ce médicament aurait cependant été employé avec succès par plusieurs praticiens, entre autres Piedvache, qui a prescrit des lavements alunés au cours de plusieurs épidémies ; la formule à employer serait de 2 à 4 grammes pour 200 grammes de véhicule.

Il en a été de même de l'acétate de plomb ; proposé par Ewel de Washington, absolument proscrit par Fournier et Yaidy, suivant qui « cette proposition, qui décèle une ignorance complète des propriétés délétères de ce poison, est une vision si absurde qu'elle ne mérite pas réfutation », l'acétate de plomb a réussi cependant à quelques médecins anglais, Alison, Burke, et à Monin, qui, pendant l'épidémie de Mornant en 1830, où toutes les autres médications avaient échoué, obtint les effets les plus rapides et les meilleurs de l'administration d'une potion à l'acétate de plomb et à l'extrait d'opium.

C'est surtout en lavements, et sous forme de sous-acétate liquide [extrait de Saturne), que le plomb a été prescrit de nos jours, particulièrement par Boudin à Versailles, Delioux de Savignac à Toulon ; ce dernier auteur considère comme suffisante la dose de 4 à 8 grammes, et n'a vu se développer ultérieurement aucun accident d'intoxication.

Les sulfates de cuivre, de zinc, de fer, ont été également administrés. Trousseau employait indifféremment les deux premiers de ces sels, les prescrivant en lavements à la dose de 5 centigrammes à 1 gramme pour 200 grammes de véhicule, suivant l'âge du sujet.

Ces prescriptions constituent une transition entre les astringents proprement

dits et les caustiques, médicaments dont l'emploi devait s'imposer à la pensée des cliniciens qui, comme Trousseau et Bretonneau, considéraient la dysenterie comme une inflammation d'une nature spécifique, à traiter, môme à l'état aigu, ainsi qu'ils le faisaient pour la diphthéiie, par la méthode d' infla7nmation substitutive.

La dose employée par Trousseau variait, suivant l'âge, de 5 à 75 centigrammes d'azotate d'argent cristallisé pour 125 à 200 grammes d'eau distillée. Prescrits, il y a plus de quarante ans, par Meyer dans nos hôpitaux militaires d'Algérie, dans le traitement de la dysenterie aiguë, employés comme abortifs par Gestin dans l'épidémie de Brest à la dose de i gramme dans 250 grammes d'eau, ces lavements au nitrate d'argent paraissent être actuellement en grande faveur en Amérique.

Delioux de Savignac attribue une grande supériorité à la forme spéciale qu'il a introduite pour l'administration en lavement du nitrate d'argent.

Se basant sur la possibilité de maintenir à l'état de solution le nitrate d'argent en présence du chlorure de sodium, à la condition de choisir pour véhicule une dissolution d'albumine, cet auteur a conseillé la préparation suivante:

Bluncdœuf N» 1.

E;ui distillée 200 grammes.

Azoïate d'argent crislallisc 50 centigrammes.

Chlorure de sodium pur 50 —

Cette solution alburaiao-argentique chlorurée ne doit être préparée qu'au moment de son administration.

Il ne semble pas cependant que les avantages de cette solution complexe, à laquelle, outre l'efficacité, Delioux de Savignac attribue la vertu d'être moins irritante, plus facile à garder, et par conséquent à absorber, que la simple solution de Trousseau, aient été affirmés par d'autres observateurs.

Quant aux convictions de l'auteur sur la possibilité plus grande par sa méthode de l'absorption de l'argent injecté en lavement, sur l'action bienfaisante de cette substance éminemment sédative et antispasmodique sur les éléments nerveux qui entrent dans la constitution de la dysenterie, nous estimons qu'il serait besoin d'expériences sérieuses pour en établir la réalité.

Partant de la pensée de l'existence d'un principe délétère localisant son action sur la partie inférieure du tube intestinal, Toulmouche a soumis un certain nombre de malades au traitement par les préparations chlorurées en y adjoignant l'opium, pour cuntre-balancer leur action irritante.

Il a ainsi traité à Rennes et avec succès 11 cas de dysenterie en prescrivant: deux tiers de lavement avec 50 grammes d'hypochlorite de soude pour 500 grammes d'eau; pour boisson une solution de 4 grammes du même médicament dans 1 litre d'eau ; le soir une pilule ou 2 de 5 centigrammes d'extrait gommeux d'opium.

C'est au même titre, dans l'hypothèse de la nature parasitaire de l'affection, que Gredé administre l'acide salicylique uni à l'opium, en potion et en lavements.

On a eu recours enfin à l'application de révulsifs sur l'abdomen, compresses vinaigrées, sinapismes, liniments ammoniacaux, moyens qui nous paraissent devoir être spécialement réservés, comme nous allons l'indiquer, au traitement de la dysenterie chronique. Des praticiens très-aulorisés, comme Cambay, ont cependant recouru au vésicatoire, dès le troisième septénaire de la dysenterie

aiguë, et l'ont spécialement appliqué sur le côté gnuche de l'hypogastre quand cette région était demeurée douloureuse à la pression, et qu'il y avait lieu par conséquent de présumer l'imminence d'un phlegmon des parois intestinales; nous nous liornerons à rappeler, sans commentaire, l'usage attribué aux Arabes par le même auteur, et approuvé par lui, de pratiquer la cautérisation ponctuée à ce niveau.

Le traitement de la dysenterie chronique a ses indications spéciales .

La plupart des médicaments dits stimulants ont été prescrits contre cette forme de la dysenterie. J.-P. Frank recourait fréquemment aux macis qu'il faisait préparer sous forme d'électuaire, et aromatisait avec la noix muscade tous les médicaments administrés dans cette affection. C'est au même titre qu'on prescrit la cannelle, habituellement associée dans nos hôpitaux à la décoction de quinquina.

Le siraarouba, trop oublié aujourd'hui, suivant Delioux de Savignac, et trop capricieux en ses effets pour pouvoir être uniformément prescrit à tous les malades, aurait rendu à cet observateur de réels services en quelques cas de dysenterie chronique, où il l'a prescrit en infusion à la dose de 8 à 20 grammes par jour pour un litre ou un demi-litre d'eau ; il a parfois prescrit jusqu'à 50 grammes.

On a vu, dit Bursierius {Inst. med. pract., Leipzig, 1790), des diarrhées anciennes, des dysenteries rebelles, guéries par la suppuration prolongée de plaies accidentelles, de ganglions engorgés et enflammés {Jotirn. de méd. de l^aris, 1756, t. IV, p. 559). Se fondant sur ces faits, Fxker et Mùller ont appliqué des vésicatoires aux cuisses, Hunniiis, StoU, au sacrum (en cas de persistance du ténesrae), Lind, Annesley, sur l'abdomen; Dreyssig considère ce dernier moyen comme un des plus efficaces contie la dysenterie chronique.

« Les vésicatoires et les sinapismes, appliqués sur l'abdomen, sont, disent Fournier et Vaidy, de la plus grande efticacité. Nous en avons fait très-fréquemment usage dans notre pratique, et nous sommes bien convaincus que ces moyens sont, avec les bains, les principaux remèdes contre la dysenterie chronique. C'est souvent en agissant sur la vitalité de la peau que l'on guérit les maladies des intestins, comme on guérit les maladies de la peau en agissant sur le tube intestinal. »

« En préconisant les vésicatoires dans la dysenterie chronique, nous ne nous étayons pas seulement de notre expérience, nous avons encore pour nous l'autorité d'un savant praticien ; M. Desgenettes a constamment employé les vésicatoires largement employés sur le bas-ventie, dans les dysenteries chroniques, et il en a très-fréquemment obtenu d'heureux résultats. Cette méthode hardie, opposée à une grande prostration des forces vitales, et dans des cas souvent désespérés, est devenue un objet d'observation pour les jeunes médecins des armées ; elle est usitée aujourd'hui dans nos hôpitaux militaires, après les exemples donnés et les résultats publiés par le praticien que nous venons de citer. »

On a également eu recours aux frictions avec la pommade stibiée, vantées par Cornuel ; nous ne faisons que mentionner, sans la conseiller, vu les douleurs intolérables qu'elle provoquait, la méthode employée à la Havane par Belot qui, combinant les ventouses scarifiées avec les frictions stibiées, faisait frotter avec la pommade d'Autenrieth la surface de l'abdomen après y avoir fait apphquer 10 à 15 ventouses de ce genre; à part la douleur atroce qu'il provoque, ce

moyen doit être rejeté' comme introduisant, dans le traitement de la dysenterie chronique, un élément nouveau d'affaiblissement : l'émission sanguine, dangereuse, quelque minime qu'elle soit.

C'est également dans la dysenterie chronique qu'il y a lieu de recourir aux. médications topiques susceptibles de modifier les surfaces ulcérées.

Maury, de New- York, a appliqué cette indication, dans toute sa précision chirurgicale, sur 16 malades atteints de dysenterie chronique.

Le malade étant anesthésié par l'éther, on dilate le sphincter ; on introduit un spéculum et toute la circonférence du rectum est ainsi explorée directement. Les ulcérations caractéristiques de la dysenterie sont énergiquement cautérisées : avec l'acide nitrique, si elles sont profondes ; avec le nitrate d'argent, si elles sont superficielles.

L'auteur estime que l'action salutaire de ce traitement se propage à tout l'intestin malade; chez 11 de ces dysentériques, les résultats furent excellents.

Avant de se prononcer sur la valeur de cette méthode, il importerait de savoir s'il ne s'agissait pas là surtout de rectites chroniques, souvent compatibles avec un état de santé relativement satisfaisant.

Les bains de siège médicamenteux, au chlorure de sodium, à la décoction de feuilles de noyer, au vin aromatique, ont d'autant plus de chances d'agir que la paralysie des sphincters en permet le contact avec les ulcérations rectales. Comme nous l'avons dit précédemment, c'est en cette forme de la maladie que nous paraissent le mieux indiqués les lavements au nitrate d'argent ; il est un autre médicament topique introduit dans la thérapeutique de la dysenterie par Delioux de Savignac, c'est le lavement iodé, qui, malgré l'opinion de cet auteur, nous paraît devoir être exclusivement réservé à la forme chronique de cette affection.

Ce qui caractérise surtout la formule préconisée par notre confrère, c'est l'élévation de la dose de teinture d'iode, variant de 10 à 30 grammes pour 200 d'eau distillée avec la quantité voulue (5 centigrammes à 1 gramme) d'iodure de potassium pour en assurer la dissolution.

L'auteur a vu l'administration de ce lavement déterminer un sentiment de cuisson tantôt modéré et permettant au malade de le conserver quelques minutes et même plusieurs heures, tantôt très-vif, s'accompagnant parfois de douleurs intolérables et entraînant forcément le rejet du remède.

Dans ce dernier cas, le patient était immédiatement soulagé par un lavement laudanisé et un bain de sié2;e.

Jamais, malgré ces douleurs, il ne s'est manifesté d'accidents d'inflammation intestinale, ni d'intoxication iodique. Ces douleurs n'en sont pas moins pour nous une raison de plus de limiter absolument cette prescription à la dysenterie chronique, dans laquelle d'ailleurs les surfaces ulcérées, les engorgements à résoudre, paraissent indiquer tout spécialement une telle médication.

Il en est de même des lavements de charbon, des lavements de quinquina et d'écorce de chêne, et surtout des lavements désinfectants au chlorure de soude, ces derniers prescrits spécialement par Cornuel contre la purulence des évacuations dysentériques, c'est-à-dire contre des symptômes chroniques.

Mead recommande de faire journellement deux ou trois injections intestinales avec un mélange d'eau tiède, 100 grammes, glycérine 15, et chlorate de potasse environ 2 grammes. Les premiers lavements sont douloureux et supportés à peine une demi-minute; mais la tolérance s'établit au bout de quelques jours. Malgré la guérison ainsi obtenue d'une dysenterie datant de sept ans, l'auteur

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rapporte trop peu tic faits à l'appui de cette méthode pour qu'elle puisse être dès aujourd'hui sérieusement pre'conisée.

« Nous pourrions, disent Fournier et Vaidy, faire un long chapitre, si nous voulions cnumérer tous les moyens ahsurdesou suspects qui ont été conseillés contre la dysenterie chronique. Bood vante l'alhâtre; l'cmeraude est recommandée par Sennert, par Zacutus Lusitanus, et Diemerbrœk donnait des os humains dans du vin rouge ; il faisait prendre aussi de la soie cramoisie, effilée et macérée dans ce vin. Le priape de baleine a été loué par Ettmûller, Languis, Michaëlis; Lentilius donnait du lait dans lequel il faisait bouiUir du papier. Le lait a été recommandé par Hippocrate et Amatùs Lusitanus; les excréments de chien ont été prescrits par Paul d'Égine, Forestus, Ruland, etc. L'herbe d'anserina (?) a été appliquée à la plante des pieds par Borellus. Le phosphore a été administré par Ortel. Dolœus, Ettmûller, Valentini, ont conseillé un moyen sympathique qui consistait à mêler du vitriol aux matières fécales du malade. »

Peut-on s'étonner, après semblable énumération, de trouver au moins une thèse intitulée : De vitandis sordidis et lascivis remedlis antidysentericis (Tunk, Viteb., 1770)? Léon Colin.

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DYSLYSIii^E (G-^H'^O'"). Corps pulvérulent, blanchâtre ou jaunâtre, fusible à 140 degrés, insoluble dans l'eau et l'alcool, soluble en petite proportion dans l'élher bouillant. On l'obtient en faisant fondre l'acide cholalique (température déplus de 200 degrés), traitant la masse par la soude et lavant le résidu à l'eau et à l'alcool {voy. Bile, 275, et Nitrocholique). D.

Dl'SMÉXOURHÉE. On désigne, sous le nom de dysménorrhée [§<»;, difficileir.ent, p^v, menstruation, et ptv, couler), l'éruption difficile et douloureuse du flux menstruel, que cet accident morbide se montre chez la jeune fille à l'époque de l'instauration cataméniale, ou qu'il apparaisse seulement à une période plus tardive, chez la jeune femme adulte, antérieurement réglée de façon plus ou moins normale.

Il serait à peine besoin d'insister sur la différence essentielle qu'il importe d'établir entre cette difficulté de la menstruation, constituant la dysménorrhée, et les divers troubles locaux ou généraux, d'intensité variable, qui précèdent ou accompagnent chaque mois l'apparition physiologique des règles, et que l'on désigne sous le nom de molimen menstruel [voy. Menstruation), s'il existait entre ces deux ordres de phénomènes une délimitation parfaitement nette et précise. Mais il faut bien reconnaître que la gradation s'opère d'une façon continue, insensible, et que, si l'on doit séparer, au nom de la pathologie, la menstruation douloureuse de la dysménorrhée véritable, le clinicien sera plus d'une fois embarrassé pour déterminer avec certitude le diagnostic qu'il convient de porter dans chaque cas particulier. Aussi devra-t-il avoir présent à l'esprit que l'existence de la dysménorrhée « comporte à la fois lenteur et difficulté de l'excrétion cataméniale, irrégularité dans la marche de la menstruation, douleurs souvent très-violentes, précédant habituellement le flux sanguin, l'accompagnant quelquefois ; évacuation menstruelle nulle dans certains cas insuflisante dans d'autres, pouvant éteindre les douleurs dès son apparition, mais pouvant se faire aussi sans que les douleurs cessent, et acquérant parfois une intensité qui détermine de véritables mélrorrhagies » (Courty, Traité pratique des maladies de Vutérus, 2'= édit., 1872).

Division. Si l'on parcourt, dans les principaux Traités de gynécolo^^ie français ou étrangers, les pages consacrées à la dysménorrhe'e, et en particulier les

cliapitres dans lesquels les auteui's établissent la classification des diverses formes de cette pcrtuibation menstruelle, on est frappé tout d'abord du désaccord, au moins apparent, qui règne sur ce sujet. Le nombre de ces formes, la dénomination qui leur convient et, fait plus important, la palliogénie qui doit leur être assignée, sont loin d'être les mêmes dans les différents auteurs : par suite, les classifications offrent une variété d'autant plus regrettable qu'elle conduit (orcément à la confusion.

Nous n'avons nullement l'intention de passer en revue toutes ces classifications, mais nous croyons utile de nous arrêter quelques instants sur les principaux points de doctrine qu'elles consacrent, et sur la façon dont ils nous paraissent pouvoir être résolus.

Un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels nous citerons Aran {Leçons cliniques sur les maladies de l'ulérus et de ses annexes. Paris, 1858-1860), Raciborski [Traité de la menstruation. Paris, 1868), Courty {Traité pratique des maladies de l'utérus, des ovaires et des trompes, 2« édit.. Paris, 1872), Gaillord-Tbomas {Traité clinique des tnaladies des femmes, trad. par Lutaud, 1879), admettent que la dysménonhée peut être, dans certains cas déterminés, une affection esseiitielle, idiopathique, un simple trouble fonctionnel indépendant de toute lésion des organes génitaux, de toute altération de l'état général et, sous le nom de dysménorrbéc idiopatbi(|ue, nerveuse, spasmodique ou constitutionnelle, opposent celte forme particulière des accidents à la dysménorrhée symptomatique, conséquence plus ou moins directe d'une affection locale ou générale.

D'autres gynécologues, non moins autorisés, se refusent au contraire à reconnaître l'existence de la dysménorrhée, en tant qu'essentielle, et la considèrent comme constituant, dans tous les cas, un symptôme d'une maladie primitive retentissant sur la fonction menstruelle. C'est ainsi que Siredey {Nouveau Dict. de méd. et de chir. prat., art. DïSMÉNORRHrE) conteste la réalité de la forme idiopathique de la dysménorrhée, à laquelle cependant il accorde une description particulière sous le nom de dysménorrhée nerveuse; il est vrai qu'il la considère comme étant sous la dépendance d'une affection nerveuse ou d'une altération du sang.

Nous voyons également Pi. Barnes {Traité clinique des maladies des femmes, trad. par A. Cordes. Paris, 1876) émettre bien des doutes relatifs à l'essentialité des troubles dysménorrhéiques, et ne lui accorder qu'à regret une place dans sa classification, en la considérant comme un asylum ignorantiœ, dans lequel viennent provisoirement se ranger tous les cas dont l'interprétation a échappé à la sagacité des observateurs.

De son côté de Sinéty {Traité pratique de gynécologie et des maladies des jemmes, 2° édit., 1884), sans insister longuement sur la classification des accidents de dysménorrhée, semble rejeter la forme essentielle, puisqu'il ne lui accorde aucune mention particulière, et qu'il considère la dysménorrhée dite nerveuse, liée fréquemment à une névralgie lombo-abdominale, non comme une dysménorrhée véritable, mais comme une névralgie avec point utérin devenant plus intense sous l'iniluence de la congestion cataméniale.

Enfin Gallard {Leçons sur la dysménorrhée. In Aiinales de gynécologie, mars 1884) se déclare partisan convaincu de la nature constamment symptomatique du syndrome dysménorrhée, et ne craint pas d'affirmer que toujours, lorsqu'on examine les malades avec un soin suffisant, on constate que le trouble

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