‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.33Chapitre 16 sur 58 · C.-M. Gariel · texte numérisé non relu

C.-M. Gariel

ÉLVSTIQUE (Élément, tissu et système). § I. Comme pour tous les tissus à peu près, les organes et les tissus élastiques ont été vus et nommés avant l'élément anatomique qui les compose essentiellement. Divers anatomistes avaient noté ['élasticité des artères, des membranes, des ligaments postérieurs des arcs vertébraux, etc.

Déjà Hunter {Leçons sur les pr. de la chirurgie, 1786 [Œuvres, trad. franc., in-S", t. I, p. 185]) signale l'existence de ligaments élastiques au cou et à l'abdomen des grands quadrupèdes, qui aident les muscles à retenir en place certaines parties. L'élasticité de ces parties, dit-il, ne dépend point de la vie, car elle existe après la mort dan?, les mêmes tissus; elle se retrouve aussi dans le sytème vasculaire.

H. Cloquet en particulier insiste sur ce que le renversement de la phalangette redressée des chats a lieu sans effort musculaire, qu'il est le produit de l'élasticité d'un ligament jaunâtre placé en arrière de l'ongle, analogue au tissu du ligament cervical des Ruminants {Encyclopédie méthodique. Anatomie. Paris, 1819, in-4", t. 111, p. 127), élasticité qui ne peut être vaincue que par l'action des fléchisseurs. Sans indiquer l'existence d'un élément emportant avec lui l'élasticité dans les organes oii on l'observe, J. Cloquet le premier, sous les noms de système et de tissu élastique, décrivit comme distinct spécifiquement un tissu plus élastique et moins tenace que les tissus fibreux et autres, contenant peu de tissu cellulaire (J. Cloquet, Anat. du corps humain. Paris, 1821, in-folio, 1. 1, p. 5), non encore décrit, même par Bichat. Il dit exactement que c'est lui qui forme le ligament de la nuque, ceux des arcs vertébraux, la membrane moyenne des artères, la tunique ventrale des quadrupèdes, etc. La courte description de J. Cloquet fut complétée dès l'année suivante par H. Hauff [de systemate telœ elasticœ. Tubingse, 1822) et par Béclard [Éléments d' anatomie générale. Paris, 1823, in-8°, p. 324-525), qui note bien les différences de couleur du tissu élastique blanc jaunâtre mat, comparativement au tissu presque inextensible des ligaments en général. Il signale ra présence dans les canaux aériens, dans le ligament rétracteur de l'ongle des chats, les proportions de son eau de constitution et ses réactions d'après les indications de M. ChevreTil. Il indique même son existence dans des membranes fibreuses au sein desquelles les fibres élastiques ne sont qu'un élément accessoire. Sous le nom de tissu jaune élastique ou rétractile, Laurent le décrivit aussi [Arinales de médecine physiologique, décembre 1826, in-8") comme distinct du tissu fibreux proprement dit et le considère comme se rapprochant plus des tissus musculaires que de celui-ci {voy. aussi Laurent, Sur les tissus animaux. In Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie. Paris, 1838, t. I, p. 59 et suiv.). Dans son Cou7's de physiologie, 1. 1, p. 157, in-8'>, paru en 1829, de Blainville décrit nettement les caractères et la distribution du tissu fibreux jaiine élastique. Il croit même avoir été le premier à le faire dans son Cours de 1808 et avoir été imité ensuite par Dupuytren, Béclard, etc. Les observations microscopiques montrent suivant de Blainville qu'il diffère beaucoup du tissu fibreux; qu'il est formé de filaments cylindriques fortement tortillés dans tous les sens et non pas de filaments fins serrés, un peu onduleux, comme l'est au contraire le tissu fibreux. Peu après, Lauth {Sur la structure des tissus. In Journal l'Institut, t. II, in-i", 1834, p. 191, et sur la structure du larynx. In Mém. de l'Académie de méd. de Paris, 1835, t. IV, p. 98) confirma les faits généraux et particuliers observés par ses prédécesseurs et montra la distribution du tissu élastique dans

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les voies respiratoires. Il fit voir en outre qu'il est formé d'une espèce distincte de fibres recourbées en S et en spirales, ramifiées et anastomosées, dont il donna exactement les diamètres en épaisseur. Eulenberg {De tela elastica, 1856) confirme ces faits en poursuivant en quelque sorte l'examen des fibres élastiques dans toutes les régions de l'économie et indiquant exnctement leurs réactions. 11 décrit et figure même comme fibres élastiques celles qui sous forme de cellules éloilées, etc., ont reçu plus tard le nom de fibres de noyaux (Henle, Anatomie générale, 1811, t. I, traduct. franc., 1843, t. I, p. 407, etc.), parfois aussi de cellules plasmatiques, etc. On peut dire sans exagérer que les nombreux travaux publiés sur le tissu élastique, postérieurement aux précédents, n'ont fait au fond qu'ajouter des notions relatives aux distributions plus ou moins remarquables des fibres élastiques dans tel ou tel organe, sans changer rien aux données fondamentales déjà connues par les auteurs cités plus haut.

Sous le nom de tissu dartoïde ou darteux rétractile, Laurent [Recherches sur la contexture des animaux. In Annales d'anat. et de -physiologie . Paris, 1808, iu-S", t. I, p. 415) pensait avoir déterminé l'existence d'une variété de tissu élastique nommée d'après des analogies qu'elle aurait présentées avec le tissu du dartos. Cette dénomination a souvent été employée depuis qu'elle a été adoptée par Cruveilhier. Mais on sait que le dartos comme le mamelon et la peau de son auréole n'offrent rien de particulier au point de vue de leurs fibres élastiques, et que leurs propriétés ne sont qu'une conséquence de la présence de fibres-cellules fasciculées dans le derme ou sous-jacentes au derme de ces régions. I)e même les fibres élastiques sont plus ou moins fines ou plus ou moins larges, mais nulle de ces variétés ne mérite le nom de dartoïde ou dartoïque, ni tout autre tiré de celui d'un organe où elle se trouverait plus spécialement qu'ailleurs.

Quant au tissu dartoïde contractile ou tissu musculaire ou sarceux de la première variété de Laurent Hoc. cit. Paris, 1838, t. I, p. 412), ce n'est autre chose que le tissu musculaire viscéral.

§ II. Nature et développement des éléments élastiques. Les éléments élastiques sont des cellules à noyau ovoïde plus ou moins mince, entouré d'un corps cellulaire peu épais à des degrés divers, formant une des cellules étoilées à prolongements, rayons ou expansions restant plus ou moins courts ; mais le plus souvent ces prolongements du corps cellulaire sont sous forme de fibres [fibres élastiques) ou lames anastomosées et d'une longueur qu'on ne peut déterminer, formant par leur ensemble une masse bien supérieure à celle du corps cellulaire originel, sans même ordinairement qu'on puisse retrouver le noyau venant déceler la place occupée par celui-ci [voy. Fibre, p. 25).

il en est ainsi du reste également pour les cellules d'origine des fibres du tissu cellulaire en général, pour celles des muscles à faisceaux striés et même pour les cellules nerve-uses comparativement à la masse de substance organisée représentée par l'ensemble des cylindres-axes qui est partout pour gagner les organes extérieurs au système nerveux.

Qu'elles soient sous cette dernière conformation, sous celle de fibres plus ou moins ramifiées et anastomosées ou non, sous la forme encore d'expansions cellulaires minces soudées de l'une à l'autre, avec persistance de mailles à orifices circulaires, réductibles ou non à la forme lamelleuse fenêtrée, etc., toutes ces variétés de l'élément élastique conservent avec leur élasticité, qu'on ne peut toujours constater sous le microscope, une unité ou communauté de

caractères qui ressort de ce qu'elles sont inattaquables dans tous les agents qui rendent homogènes et transparents les éléments du tissu cellulaire et autres ; elles y conservent en outre leur pouvoir réfringent avec teinte jaunâtre par lumière transmise, plus ou moins blanchâtre et mate par lumière réfléchie. C'est même là leur caractère le plus constant et qui permet de déterminer à quelle espèce appartiennent ces variétés, quelles que soient leurs diversités plus nombreuses que celles de toute autre sorte d'unités anatomiques.

La région de l'économie oîi se montrent en premier lieu les fibres élastiques est l'aorte. Elles commencent à s'y rencontrer sur l'homme de la quatrième à la cinquième semaine, lorsque l'embryon atteint une longueur de 20 millimètres environ. Le tissu de ce vaisseau est primitivement composé de noyaux un peu plus transparents, à contour plus net, plus pâles dans leur milieu, parsemés de granulations un peu plus fines que sur les noyaux du tissu cellulaire. Autour de chacun de ces noyaux, comme centre, naît bientôt une certaine quantité de substance organisée, à contours nets, mais ramifiés, chargés de prolongements longs de plusieurs centièmes de millimètre. Chaque noyau est devenu ainsi le centre d'une cellule polygonale aplatie, plus rarement allongée, pourvue de prolongements plus ou moins longs, fragiles, aigus, subdivisés eux-mêmes quelquefois, élastiques déjà et se recourbant même à leur extrémité pour quelquesunes, leur donnant en tout cas un aspect étoile. Le corps de la cellule dans le voisinage du noyau renferme de fines granulations moléculaires, mais les subdivisions en manquent ou n'en renferment presque pas : aussi sont-elles plus pâles que le reste de l'élément. Le corps des cellules et les ramifications pâlissent im peu sous l'influence de l'acide acétique ou de l'eau bouillante ; mais elles ne s'y dissolvent et ne s'y gonflent nullement ; de plus elles ne deviennent pas cohérentes les unes aux autres après l'action de ce réactif, comme le fait a lieu pour les cellules et les fibres du tissu cellulaire. Or on peut constater, sur les embryons de plus en plus avancés dans leur développement, que peu à peu ces ramifications s'allongent, se subdivisent, de plus se soudent les unes aux autres dans les points oii elles se rencontrent, en constituant ainsi soit les fibres élastiques, soit l'élastique lamelleuse des artères, etc. On constate en même temps que le noyau s'atrophie graduellement, davantage sur ses côtés que dans le sens de sa longueur, en sorte qu'il se rétrécit en forme de bâtonnet; il paraît plus long ou devient réellement plus long qu'il n'était, et finit par avoir l'aj-pect d'un mince et court filament, parfois réduit à une grande minceur, sans jamais disparaître tout à fait.

Dans la peau, dans les ligaments élastiques, etc., on peut constater l'apparition des fibres élastiques vers la fin du deuxième mois de la vie intra-utérine. Elles naissent ici au milieu du tissu cellulaire contenant encore surtout des cellules fibro-plastiques. Elles se présentent d'abord sous forme de cellules analogues à celles déjà décrites dans l'aorte, seulement, dès leur origine, elles sont plus étroites, surtout du côté des extrémités du noyau, ce qui leur donne un peu l'aspect de cellules fibro-plastiques. Mais elles sont inattaquables par l'acide acétique, fait qui suffit déjà pour les distinguer des cellules fibro-plastiques du tissu lamineux. Cette particularité aide aussi à les découvrir dans le tissu du derme et dans celui des ligaments des arcs postérieurs des vertèbres, lequel est primitivement formé de fibres lamineuses. En outre, elles réfractent plus fortement la lumière et offrent dès leur apparition des prolongements étroits, jaunâtres, à bords nets foncés, aussi longs ou plus longs que la partie centrale dont ils se

détachent, et ramifiés, pour la plupart, en cellules étoilées. En diverses régions de l'économie même il en est qui restent à cet état pendant toute la vie; c'est de cellules élastiques de cette forme dans les anneaux fibreux du coeur que partent les fibres qui en se réunissant et s'anastomosaut constituent la trame élastique de l'aorte et de l'artère pulmonaire; artères dont c'est là le mode d'origine ou d'insertion sur ces anneaux {voy. Fibreux, p. 29-50).

Il importe même de noter que les cellules élastiques, centre d'origine des fibres élastiques grêles, liyalines au début, plus ou moins teintées par le carmin dans l'origine, ne peuvent être distinguées des cellules fibro-plastiqueslusiformes et étoilées que par l'action sus-indiquée de l'acide acétique; c'est-à-dire que les particularités décrites ci-après ne peuvent être constatées que sur des tissus frais, les agents durcissants rendant moins nette ou nulle l'action de l'acide acétique et autres moyens d'examen de cet ordre.

Les ligaments d'union des lames vertébrales et le ligament cervical postérieur de l'homme et des quadrupèdes commencent sur les embryons par être composés d'éléments du tissu cellulaire juxtaposés parallèlement, etc., comme ils le sont dans les organes fibreux, ayant la couleur et la consistance des autres ligaments à cet âge. Ils sont formés de belles et nettes cellules fnsiformes de tissu cellulaire colorables pas le carmin, à prolongements fibrillaires plus ou moins longs, parallèlement juxtaposés en faisceaux, qui eux-mêmes ont la direction qu'auront les l'aisceaux élastiques.

L'apparition et le développement graduels des cellules et des fibres élastiques entre les éléments du tissu cellulaire, de la manière indiquée plus haut fait que ce dernier reste finalement accessoire, quant à la masse, à la couleur, à la consistance, etc., à côté des éléments élastiques apparus pourtant postérieurement à eux. De plus, ces cellules et fibres du tissu cellulaire ne se retrouvent là qu'à l'état de cloisons incomplètes et non intercalées à chaque fibre élastique, dont nous verrons les faisceaux formés uniquement de fibres élastiques contiguës, immédiatement juxtaposées (Ch. Robin, Anatomie cellulaire, 1873, p. 407). Les éléments ou fibres de ces derniers naissent et se développent, comme il vient d'être dit, entre les éléments du tissu cellulaire. Ce n'est point qu'ils en proviennent, qu'ils en soient une transmutation de materia in maleriâ, seulement, à compter de l'époque de leur apparition plus tardive, ils se développent graduellement plus qu'eux, si bien que les cellules du tissu cellulaire, tout eu continuant à grandir et à se multiplier, moins toutefois que les fibres élastiques, finissent, après avoir existé seules primitivement, par ne plus être que de rares cloisons vasculaires minces (1 oa 2 complètes, obliques, 2 ou 5 au plus incomplètes sur les ligaments jaunes de l'homme).

Sur les fœtus de quatre mois, les fibres élastiques des ligaments jaunes se présentent déjà sous forme de très-minces (G'"™, 001 àO^^.OOS) et longs filaments flexueux; elles ressemblent en cela aux fibres élastiques du tissu cellulaire. Les fibres principales ont la même direction générale, sont très-rapprochées, ramifiées de loin en loin, onduleuses, à ondulations rapprochées, çà et là anastomosées, mais formant des mailles moins nombreuses que les fibres plus larges des mêmes ligaments chez l'adulte. De ces flexuosités rapprochées et des mailles anastomotiques résulte un aspect tout particulier qui les fait ressembler à la fois aux fibres minces du tissu cellulaire sous-cutané par leurs ondulations, et à celles de la peau par la forme générale des mailles, qui pourtant sont plus étroites et plus allongées que dans le derme.

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A la naissance elles ont encore les mêmes dispositions de nappes parallèles onduleuses, allant d'une lame vertébrale à l'autre. Les fibres d'un volume assez uniforme dans toute leur étendue ont une largeur qui ne dépasse pas 0™",003, bien moindre encore qu'à l'état adulte, avec des anastomoses moins nombreuses, assez pourtant pour donner un aspect réticulé, marqué de ponctuations brillantes, aux coupes transversales des ligaments, c'est-à-dire montrant la section des fibres principales tranchées perpendiculairement à leur longueur.

Dès cette époque du reste, chaque ligament ou autre organe élastique représente en quelque sorte une masse fibrillaire unique dans laquelle tout se tient par les anastomoses plus ou moins rapprochées des fibres. Celles-ci deviennent de plus en plus contiguës, tout en restant distinctes, à la manière de ce que font les doigts non écartés.

A quatre mois, dans les veines on ne voit que des fibres élastiques, anastomosées à peu près comme dans la peau, mais d'un diamètre beaucoup moindre; elles ne dépassent en effet pas celui des fibres les plus minces qu'on trouve à l'état adulte.

Sur les fœtus de trois mois, l'élastique s'isole déjà en lamelles dans la tunique moyenne de toute l'aorte et des grosses artères, accompagnée partout de fibrescellules abondantes. A cette époque, l'élastique lamelieuse est transparente, se déchire en lames se recourbant sur elles-mêmes et se plissant avec la plus grande facilité ; elle est finement striée, tranversalement à la direction de l'artère, mais non fenêtrée, et offre au contact de l'acide acétique les mêmes réactions qu'elle aura toujours. De trois à quatre mois, elle offre des orifices arrondis, assez rares, abords très-pàles, striés, mais aussi réticulés par places; à réticulalions ovales, rapprochées, comme dans l'élastique lamelieuse de la tunii|ue moyerme des veines; seulement ici ces réticulations sont forts pâles, difficiles à observer. On voit à la surface de ces lamelles et leur adhérant, de petites fibres minces, encore pâles, ramifiées, anastomosées à angle aigu, et fort rapprochées \e^ unes des autres. Par places, les orifices ou fenêtres et les dépressions qui causent l'aspect réticulé ne sont apercevables qu'après l'action de l'acide acétique ; partout leurs bords sont roses et assez rapprochés.

g III. Distribution dans l'économie des éléments élastiques. Les cellules élastiques et les fibres qui s'en détachent représentent l'une des espèces d'éléments anatomiques mésodermiques des plus répandues dans l'économie. A proprement parler, les os et les cartilages proprement dits sont les seules parties mésodermiques de l'économie où l'on n'eu trouve pas. Le tis>u nerveux cérébro-spinal en manque aussi, mais originellement il est de provenance ectodermique.

Le tissu dont les fibres élastiques sont la partie constituante fondamentale, essentielle ou prédominante, n'existe qu'en masses de nombre, de volume, d'étendue, assez restreints (p. 91).

Mais par contre on en trouve partout oij il y a des fibres du tissu cellulaire {voy. Lamineux) dans une proportion du dixième au vingtième environ.

Ici le chorion de la muqueuse intestinale, ou muqueuse d'origine endodermique {voy. Muqueuses, p. 452), celui de la muqueuse du corps de l'utérus et la trame cellulaire réticulée de la moelle des os, adipeuse ou non, font seuls exception.

11 en est de même enfin à un certain degré de tout ce qui est mésodermique dans les organes extra-embryonnaires, du fœtus, ou constituant le délivre lors

de l'accouchement; il en est de même, en un mot, de tout le tissu cellulaire prenant part à la constitution du cordon, du placenta, et de celui qui est entre le «horion et l'amnios.

On peut dire, par conséquent, que partout où il y a des fihres élastiques, elles •y portent avec elles l'élasticité, mais que partout où il y a de l'élasticité il y a des éléments élastiques.

Les fibres élastiques prennent même part à la constitution des faisceaux d'oroanes premiers des tissus cellulaire, fibreux et tendineux {voy. Lamineux, p. 255, Fibreux, p. 5"2, et Muscle, p. 520 et 612), dans lesquels les manifestations d'élastiiMlé sont réduites à un minimum approchant de plus en plus de 0, éteintes en quelque sorte par la disposition de l'organe, comme le périoste en donne un exemple {voy. Os, p. 12(5, et Séreux, p. 275 et 285), ou par celle des fibres lamineiises inextensibles au milieu desquelles elles sont noyées, comme le fait €st pour le,s tendons et les ligaments, cordes inextensibles.

Partout ailleurs, dans chacune des nombreuses variétés de distribution et de texture des fibies du tissu cellulaire auxquelles les libres élastiques sont mêlées, elles présentent elles-mêmes autant de variétés, de formes, de dimensions, de flexuosités, d'anastomoses, de manière à montrer aussi une texture spéciale évidente, en rapport avec la structure propre de l'organe étudié (pour les muscles viscéraux, voy. Musculaire, p. 517, 520 et passim).

Tel est le cas de la trame élastique spéciale du derme et du chorion des muqueuses dermo-papillaires {voy. Peau), celui de l'enveloppe fibreuse des corps caverneux, des diverses tuniques des veines endocardiques, du tissu cellulaire qui adhère au fa»cia lata, etc.

Tel est spécialement encore le cas de la trame élastique du poumon, la plus riche des trames élastiques des organes autres que les membranes et les ligaments élasliques, celui des muqueuses trachéale et pharyngienne {Muqueuses, p. 441-442), de la conjonctive, des points et des conduits lacrymaux surtout, etc., celui encore de la trame élastique qui existe à la face profonde des séreuses entre elles et le tissu cellulaire sous-séreux proprement dit et qui manque partout où une séreuse adhère à une fibreuse, celle de la rate, du testicule, de la dure-mère, etc.

De là résuhent des variétés qu'on peut dire sans nombre et défiant toute description ou toute idée qu'on peut se faire de leurs dispositions, lorsqu'on croit être parvenu i ne pouvoir plus en observer de nouvelles. La finesse ou l'épaisseur des fibres, leurs ramifications ou non, avec ou sans anastomoses, les dimensions et les formes des mailles ou espaces circonscrits, la diversité de la situation des grandes à coté des petites en tel ou tel point, les dissemblances des réticulations qui en résultent alors, comparativement aux cas dans lesquels ces mailles se ressemblent, donnent à l'observateur des étonnements toujours nouveaux, d'autant plus que ces particularités varient encore d'un âge, d'un animal, d'un tissu, d'une région, d'un organe ou d'une portion d'organe à d'autres.

A ces divers égards les caractères morphologiques, physiques et chimiques, des éléments élastiques prennent finalement une sorte d'uniformité importante par la généralité.

Et pourtant, d'une lïianièrc en quelque sorte inverse, le insu élastique, celui dans lequel les fibres élastiques sont l'élément anatomique prédominant et fondamental, anatomiquemeut et physiologiquement, offre de l'un à l'autre des

animaux, des âges ou des organes où il existe, une remarquable uniformité de caractères extérieurs et de texture.

§ IV. C\RA.CTÈRES PHySICO-CHDIIQUES DES ÉLÉMEXTS ÉLASTIQUES. NoUS aVOnS

déjà signalé que dans le tissu cellulaire il est des cellules élastiques dont le corps reste très-petit, représenté autour du noyau uniquement par la rencontre en ce point des plus ou moins courts prolongements qui constituent autant de courtes fibres ou courts rayons de l'unité ou cellule de forme étoilée qui a le noyau pour centre. Cela est au point que sous de faibles grossissements les rayons semblent partir du noyau, comme si c'était lui qui fût le centre de génération des fibres ou des courts prolongements étoiles ; partout ces prolongements réfractent plus ou moins fortement la lumière sous une teinte jaune, en restant sans modifications au contact des agents qui ont rendu homogène, transparent, le tissu cellulaire ou lamineux fibrillaire.

Dans le chorion des muqueuses des voies génitales mâles, des trompes utérines, de la vessie, des uretères, etc., tous ou presque tous les éléments élastiques sont à cet état d'arrêt de développement ou restés à cet état de petites cellules étoilées, de cellules dont les prolongements filamenteux sont restés courts et sans anastomoses [voij. Muqueuses, p. 419 et 427).

Partout où ces éléments à l'état de fibres n'entrent que comme accessoire dans la constitution d'un tissu, leur largeur varie depuis i/2 millième de millimèlre jusqu'à 2 millièmes en général ; mais il n'est pas rare d'en trouver de 3 à 6 millièmes. Leur longueur est considérable, mais ne peut être déterminée, soit à cause de leurs flexuosités, soit parce qu'on ne sait si les extrémités qu'on aperçoit sont naturelles ou le résultat d'une rupture. Quant à leur épaisseur, elle est de la moitié ou du quart de la moyenne en général.

Dans les tissus dont l'élastique est l'élément fondamental on les trouve à l'état de fibres, dont la largeur peut varier de 1 à 10 millièmes de millimètre, mais elle est généralement de 5 à 6 millièmes. Leur épaisseur est de moitié ou des 2 tiers environ plus petite que la largeur.

Ces fibres sont toujours un peu aplaties. Sur cei'tains sujets ou dans certaines parties d'un même organe elles sont très-larges, de 0""°,006 à O^^^.OOS ; sur d'autres elles n'offrent ce diamètre qu'en certains points du même ligament et ailleurs n'ont que 1 à 5 millièmes de millimètre de large, ou tout au moins ce sont des branches 'nombreuses étroites et allongées ayant ce diamètre-là qui partent d'une large fibre pour s'anastomoser ensemble ou avec quelque autre fibre bien large.

Dans les ligaments jaunes en général les fibres sont remarquables par leur direction parallèle, leurs ramifications nombreuses, rapprochées, se faisant à angles très-aigus, et les courbures en demi-cercle de leurs extrémités rompues. Les branches à leur tour, aussi grosses ou un peu plus étroites que la fibre dont elles partent et dont elles suivent à peu près la direction, se soudent à angle également très-aigu avec quelque branche voisine.

Sur le bœuf, le cheval, etc., il n'est pas rare de trouver des faisceaux entiers dont toutes les fibres ont le double des dimensions indiquées plus haut.

Le caractère d'ordre physique qui frappe le plus dans celte espèce d'élément, c'est le pouvoir réfringent considérable de sa substance sous le microscope et sa teinte jaune ambrée très-manifeste comparativement aux fibres lamineuses, etc. Ces deux caractères se montrent sur les plus petites fibres comme snr les plus grosses. Les unes et les autres offrent des bords foncés, noirâtres.

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qui contrastent avec le centre jaunâtre et brillant, qui dans les plus petites fibres est réduit à une mince ligne claire interposée aux deux bords nets et foncés. Je parle ici de ce qu'on voit lorsque l'objet est placé au point de la vision distincte, mais il serait inutile de décrire les variations d'aspect qu'on obtient en plaçant ces corps en deçà et au delà du foyer.

La réunion des caractères de fibres bifurquées, de teinte jaunâtre, à centre brillant et bords foncés, suffit pour faire distinguer au premier coup d'oeil ces éléments de toutes les autres espèces qui ont forme de fibres.

L'élastique lamelleuse offre aussi un pouvoir réfringent considérable, comme on le voit sur les portions repliées ou déchirées en lambeaux, ou sur le bord des fissures longitudinales qui par place lui donnent l'aspect aréolaire. Pourtant les portions ou les orifices arrondis, ovalaires ou à bords sinueux, qui lui ont fait donner le nom de substance fenêtrée, ne réfractent pas la lumière d'une manière aussi prononcée, ce qui tient à ce que leurs bords sont amincis. On observe de plus que ces dépressions ou les orifices offrent constamment un léger reûet rosé particulier, qui est surtout prononcé à leur périphérie.

L'eau est sans action sur les éléments élastiques ; l'acide acétique les gonfle très-légèrement et les rend aussi un peu plus transparents, mais sans rien ôter de leur netteté aux contours des fibres , etc. Aussi dit-on généralement que l'action de ce liquide est nulle, et elle est si faible pour chaque fibre prise à pari qu'on peut en effet la considérer conlme telle. L'acide chlorhydrique étendu de 4 parties d'eau pâlit un peu plus ces éléments que les autres acides. Il en est de même de la potasse, mais l'ammoniaque est tout à fait sans action sur eux.

L'acide sulfurique gonfle les fibres élastiques sans les dissoudre, il en arrondit les bords, et surtout il les pâlit beaucoup et leur enlève la teinte ou reflet jaunâtre qu'elles offrent constamment.

Cette résistance de l'élastique à l'action d'un grand nombre d'agents chimiques est rarement utilisée pour distinguer cette espèce d'élément des autres, mais elle est mise à profit pour détruire ceux-ci et mettre à découvert celle-là où il n'est que probable qu'elle se rencontre.

Presque partout où ces fibres sont plongées dans du tissu cellulaire, elles ne sont bien visibles qu'après l'action de l'eau bouillante, des acides étendus et autres agents qui rendent amorphes les éléments du tissu cellulaire, en les ramollissant, les gonflant par hydratation, les fusionnant par suite l'un avec l'autre, d'où le passage de ces derniers à l'état homogène et transparent par disparition de l'état fibrillaire du tissu qui empêchait de voir les fibres élastiques. Au contact des préparations de carmin ces fibres ne se colorent pas ou ne font que se teinter légèrement et restent avec leur teinte jaunâtre et leur fort pouvoir réfringent qui fait paraître brillant leur milieu et foncés leurs bords sous le microscope. Elles ne fixent pas ou presque pas le carmin comparativement aux fibres du tissu cellulaire, aux fibres-cellules et surtout aux noyaux des cellules ■en général.

Les noyaux cellulaires en général étant fortement colorés par le carmin, alors que les fibres élastiques ne le sont pas, à quelque âge que ce soit, ce fait s'ajoute aux données de l'embryogénie, pour montrer qu'il devient inutile de discuter l'hypothèse qui faisait appeler ces éléments des fibres de noyaux, ou allongements de noyaux.

. D'autres réactifs au contraire, comme l'éosine, la fuchsine surtout, colorent

très-vivement les fibres e'iastiques, et servent à l'étude de leur distribution surtout quand il s'agit de celles qui sont délie'es.

Selon de Blainville le tissu élastique est plus digestible que le tissu fibreux, qui peut traverser le canal intestinal sans être altéré, tandis qn'il n'en est pas de même des ligaments jaunes [Cours de physiologie, 1853, t. U, p. l'^O).

Les expériences de M. Colin [Physiologie. Paris, 1871, in-8% t. I, p. 729' montrent que, tandis qu'au sortir de l'estomac du chien ce tissu à l'état cru a perdu 4 pour 100 seulement de son poids et le tendon 10 pour 100, il en a perdu 56 pour 100, s'il a été cuit avant l'ingestion, et le tendon 54 pour 100.

L'examen au microscope de la composition du contenu intestinal dans les divers points de la longueur du tube digestif montre en effet que, malgré les différences de composition immédiate des éléments élastiques et du tissu cellulaire, tous deux disparaissent par liquéfaction graduelle avant leur arrivée au cœcum. Dans toutes les viandes sans exception il y a des artères et des veines, ainsi que du tissu cellulaire contenant plus ou moins de fibres élastiques. Les éléments du tissu cellulaire liquéfiés les premiers les mettent en liberté, disséqués, isolés plus ou moins, mais avec un pouvoir réfringent de plus en plus faible, une fragilité et une mollesse de plus en plus grandes. On n'en retrouve plus dans les fèces normales alors qu'y abondent les fragments de faisceaux musculaires striés, quand ils ont été cuits avant l'ingestion.

Mais ce qui frappe en revanche, c'est leur abondance dans les fèces lientériques^ diarrhéiques, etc., dans celles de diverses sortes de gastralgie et d'entéralgie. On les retrouve là plus souvent encore que les lambeaux de tendons, de ligaments,. d'aponévroses, souvent signalés. Les formes des réseaux dermiques, muqueux, veineux ou autres, celles de tubes artériels, de lambeaux du tablier élastique des ruminants, de ligaments cervicaux, etc., sont des plus nettement reconnaissablés et mieux isolées ici du tissu cellulaire, après le lavage, qu'elles ne le sont dans les laboratoires par des macérations appropriées au contact des acides étendus, de la potasse ou de l'ammoniaque [voy. Gh. Robin, Leçons sur les humeurs. Paris, 1874, in-8", 2" édit., p. 959).

§ V. Structure des éléments élastiques. Chaque fibre et chacune de ses ramifications sont complètement homogènes, sans noyaux ni granulations. L'élastique lamelleuse est en plusieurs points complètement homogène; si ailleurs elle est striée ou aréolaire, c'est là un fait de conformation extérieure, sans que la substance interposée cesse d'être homogène. Mais les fibres par leur association, résultant de leurs subdivisions et de leurs anastomoses ou de leur continuité avec l'élastique lamelleuse, donnent lieu à des dispositions anatomiques des plus variées et des plus remarquables.

Dans le tissu cellulaire des fibres d'une même largeur ou généralement d'une ou deux fois plus larges entourent les faisceaux de fibres lamineuses. Celles-ci sont disposées soit en anneaux complets, dont plusieurs sont placés à la suite les uns des autres sans communication, soit en spirale dans une longueur plus ou moins considérable. Tantôt on peut constater des interruptions, la fibre se terminant aux deux bouts par un anneau ; tantôt la fibre a une longueur telle qu'il est impossible de rencontrer le point oii elle commence et celui de sa terminaison. Il est des cas dans lesquels deux fibres d'égal ou de différent diamètre marchent en spirale en sens inverse. Il est rare de trouver ramifiées ces fibres disposées en spirale autour des faisceaux de fibres lamineuses.

On voit en revanche assez fréquemment des faisceaux de ces fibres qui ne sont

pas entourés d'élastique fibreuse, mais simplement accompagnés par elles; cellesci sont alors presque constamment bifurquées ou même ramifiées un plus grand nombre de lois ; quelquefois, mais rarement, elles sont anastomosées.

Dans le tissu du derme, dans le cborion des muqueuses à épithélium pavimenteux, dans la dure-mère racbidienne, on trouve que l'élastique fibreuse offre des formes moins contournées que les précédentes, bien que beaucoup soient flexueuses. Elle est surtout remarquable par le nombre, la forme élégante et quelquefois le rapprochement de leurs ramifications et anastomoses. Tantôt elles sont disposées en grandes et larges mailles polygonales à côtés plus ou moins rectilignes ; tantôt elles constituent de la sorte un i-éseau à mailles étroites, rapprochées, à angles arrondis ou aigus, limités par des fibres courbes. Souvent quelques-unes de celles-ci offrent un diamètre et une disposition de leurs anastomoses. Des fibres élastiques analogues, minces, peu flexueuses, ramifiées, plus ou moins anastomosées, abondent dans certains conduits excréteurs, tels que les canaux galactophores. Dans certaines formes d'hypertrophie des culs-de-sac mammaires avec atrophie des éléments intermédiaires, on voit souvent tous les éléments des conduits excréteurs autres que ces fibres élastiques, s'atrophier. Cellesci constituent alors des faisceaux filiformes, jaunâtres, ramifiés, qui tranchent sur la teinte grise plus ou moins demi-transparente du tissu mammaire malade. Les fibres élastiques rapprochées les unes des autres, et pouvant facilement être écartées, se présentent là avec une très-grande netteté et offrent une grande élégance, parce qu'elles sont seules ou presque seules, sans mélange d'autres éléments par suite de leur atrophie.

L'élastique du poumon est toujours disposée par faisceaux recourbés, circonscrivant des aréoles arrondies, ou pour mieux dire les conduits pulmonaires respirateurs. Ces faisceaux s'anastomosent avec ceux qui circonscrivent les conduits voisins. Les fibres de ces faisceaux offrent deux formes principales. Les unes sont des fibres minces (0"'°',002 à O^'^.OOS), flexueuses, très-serrées les unes contre les autres, et ne sont visibles comme fibres distinctes qu'après avoir été débarrassées des éléments qui les entourent à l'aide de l'acide acétique. Elles sont ramifiées et anastomosées, mais de loin en loin, par places; ailleurs les anastomoses sont si fréquentes que le faisceau de fibres ressemble à une lame élastique réticulée ou pourvue de stries, indiquant autant d'aréoles dont l'intervalle est réduit à rien par contact des fibres qui les limitent. De ces fréquentes anastomoses et de cette direction des fibres résulte un aspect réticulé des plus élégants, dans lequel les bords des fibres se touchent partout où la dilacération ne les a pas écartés. Ces bords limitent ainsi des mailles étroites ; elles ont toutes la même direction et sont généralement allongées ; mais par places elles sont si courtes et si circonscrites par des fibres si larges, que la substance a l'aspect d'une membrane réticulée par suite de la présence d'orifices étroits ou de courtes fissuies plutôt que de fibres réelles, ramifiées et anastomosées.

Toutes ces dispositions s'observent aussi avec une grande netteté dans les faisceaux de fibres du fascia superficialis du faisceau inguino-pubien appelé muscle ventrier, qui est formé surtout d'éléments élastiques et de fibres laraineuses avec cellules adipeuses disposées en lobules. Les fibres élastiques offrent là sur beaucoup de sujets une grande largeur et sont disposées soit en faisceaux volumineux, soit en lames représentées par de larges fibres fréquemment anastomosées, souvent recourbées sur elles-mêmes ou entre-croisées et réunies entre elles par les anastomoses de la manière la plus élégante, lorsqu'on les a écar-

88 ELASTIQUE.

tées par dilacération. Les extrémités rompues des fibres et de leurs branches sont brisées carrément et se recourbent sur elles-mêmes en crosse, en demicercle ou même en cercle complet, lorsqu'elles ont une grande longueur ; il en résulte un aspect tout spécial pour l'ensemble de la préparation.

Dans la tunique externe ou celluleuse des veines pulmonaires, les fibres élastiques se rapprochent de l'aspect qu'elles ont dans les ligaments élastiques; mais elles sont plus minces, manifestement rubanées, fait très-évident lorsqu'elles sont tordues une ou plusieurs fois sur elles-mêmes ; elles sont généralement très-larges (0""",005 à 0""",010). Elles sont ramifiées à angles aigus, anastomosées, en formant par places des mailles petites et serrées, mais en général grandes et allongées, fort élégantes. Des fibres les plus larges se détachent des branches souvent étroites et peu ramifiées, souvent non anastomosées, souvent très-analogues à celles du tissu cellulaire sous-cutané.

Dans le poumon il existe des faisceaux recourbés qui sont formés, au moins dans une partie de leur largeur, d'élastique lamelleuse pourvue de nombreuses stries ou d'aréoles étroites et allongées à bords continus. Des côtés ou de la surface de ces faisceaux se détachent des fibres minces ou aussi larges que celles des ligaments jaunes élastiques; elles en offrent l'aspect extérieur, si ce n'est qu'elles sont plus minces et souvent striées elles-mêmes. Ce sont elles qui établissent des communications ou anastomoses entre les fibres élastiques de cette forme, anastomoses qui concourent, avec les courbures que présente le faisceau principal, à donner un aspect remarquable à cet élément du poumon.

On trouve assez communément sur le bœuf, sur beaucoup de fibres et quelquefois chez l'homme sur quelques fibres çà et là, une disposition particulière de ces éléments. Elles sont aplaties, ou sur l'une ou l'autre de leurs faces elles offrent des fissures ou excavations transversales qui occupent une partie de leur épaisseur. Elles semblent d'abord être de petites cavités creusées dans la fibre, mais comme, au lieu d'être toujours sur la face la plus élargie, ces excavations ou fissures sont quelquefois placées sur le bord des fibres, on reconnaît facilement qu'elles communiquent au dehors dans toute leur étendue et ne sont point de petites cavités closes.

On observe d'une fibre à l'autre de nombreuses variétés de disposition de ces fissures transversales. Sur les faces de la fibre, elles se présentent quelquefois sous la forme d'un point à centre brillant et clair, à contour foncé, presque arrondi ou ovale ; dans ce cas elles sont écartées les unes des autres de quelques millièmes à plusieurs centièmes de millimètre. Elles ont assez l'aspect des ponctuations dans les cellules ponctuées des plantes. Le plus souvent ce sont des fissures transversales occupant le milieu des fibres, dont les extrémités s'avancent plus ou moins près de chaque bord de la fibre. Elles sont distantes les unes des autres de 2 à 5 millièmes de milhmètre environ, quelquefois, plus rarement moins, et d'une manière égale ou à peu près. Elles forment ainsi des séries plus ou moins longues, occupant rarement toute l'étendue de la fibre, mais donnant à la portion où elles se trouvent un aspect strié transversalement très-élégant, ou mieux scalariforme, dans le sens qu'a ce mot en anatomie végétale. Aux extrémités de ces séries, les excavations ou fissures sont moins larges transversalement, diminuent peu à peu de dimension, jusqu'à prendre l'aspect de ponctuations claires au centre disposées en série. Dans le milieu des séries on trouve quelquefois des fissures un peu irrégulières, ou inclinées vers l'une de celles qui sont tout à fait transversales, ou même bifurquées. L'épaisseur de ces excavations est de 1 à 3 mil-

lièmes de millimètre ; leurs diamètres sont quelquefois les mêmes en tout sens, elles sont alors presque carrées ; leurs extrémités voisines des bords de la fibre sont d'autant plus carrément coupées qu'elles sont plus larges. Leur milieu est clair, leur contour net et foncé ou vice versa selon le point où l'on place l'objectif. Lorsque ces fissures ou incisures sont placées sur le bord delà fibre, elles s'avancent jusqu'au quart, au milieu ou aux deux tiers de la largeur de celle-là, et en occupant toute l'épaisseur, à la manière d'un trait de scie pratiqué sur le bord d'une plancbe. Lorsque les fibres se plient ou se courbent sur le côté opposé à ces incisures, celles-ci s'élargissent.

Ces faits montrent manifestement qu'il s'agit bien là d'excavations ou d'incisures ouvertes au dehors et non de cavités closes existant au milieu de la fibre, comme on le pourrait croire au premier abord d'après leur aspect extérieur.

Lorsque ces incisures du bord des fibres sont rapprochées le segment solide qui les sépare se brise; il en résulte alors une entaille plus ou moins large. En outre, les libres se brisent souvent avec facilité au niveau des excavations qui viennent d'être décrites, car la substance à rompre s'y trouve en petite proportion. 11 faut noter que ces dispositions se rencontrent surtout dans les fibres du tissu jaune élastique pris sur des cadavres en voie de putréfaction commençante, sur des fibres élastiques soumises à la coction, ou ayant traversé le tube digestif pour être digérées, ou desséchées, puis ramollies. Aussi semblent-elles ne pas être normales, mais seulement l'indication d'un commencement d'altération.

Les fibres élastiques sont susceptibles de régénération cicatricielle lorsqu'elles ont été détruites par quelque cause extérieure ; c'est ce que l'on peut constater ■dans le cas de plaie des artèi'es, et dans les cicatrices cutanées ; mais alors, de même que chez l'embryon, elles ne se montrent que tardivement, c'est-à-dire lorsque déjà il existe des noyaux embryoplastiques, des fibres lamineuses, etc. De même aussi, dans les cicatrices, leur génération est précédée par celle de ces derniers éléments. Ce fait s'observe même lorsqu'il s'agit de la cicatrisation des tissus entièrement composés d'éléments élastiques, comme la tunique moyenne des artères. De Jà résultent les différences de texture et de propriétés qu'on observe entre le tissu régénéré et celui qu'il remplace. Du reste, les phénomènes de la régénération de ces éléments ne diffèrent pas de ceux de leur naissance chez le foetus. Jusqu'à présent, l'hypergenèse de cette espèce d'éléments n'a jamais été observée.

§ VI. Du TISSU ÉLASTIQUE. L'élément élastique n'est unité anatomique fondamentale d'un tissu chez l'homme que dans les ligaments jaunes des lames vertébrales et dans la tunique moyenne des artères. Partout ailleurs il n'existe qu'à l'état d'élément anatomique accessoire à côté des fibres du tissu cellulaire.

Le tissu élastique est ferme, extensible, rétractile, moins tenace pourtant que le tissu fibreux. Au delà d'un certain effort son extension cesse, il résiste d'abord, puis se brise ou éclate avec cassure nette, plutôt qu'il ne se déchire {voy. Séreux, p. 289).

Il est d'un aspect homogène, opaque, d'un ton mat, jaune ou jaunâtre sur l'homme, le cheval, etc., gris ou blanc jaunâtre sur le fœtus, d'un blanc mat qui tranche sur l'état nacré des ligaments vertébraux et articulaires sur le chien, le lapin et autres.

Les caractères précédents se retrouvent sur la tunique moyenne des artères ou tissu musculo-élastique, dans lequel les caractères les plus manifestes physiquement sont les précédents, malgré l'existence des fibres cellules, en proportion au

moins égale à celle de l'élément élastique, l'absence de capillaire et du tissu cellulaire.

C'est à la trame élastique aussi, que le tissu du poumon des enfants, des quadrupèdes et des oiseaux pendant toute la vie, doit sa couleur naturellement jaunâtre, plus ou moins rosée ou rougie par le sang de ses vaisseaux, plus ou moins blanchie en même temps par la division de l'air dans ses canalicules, couleur que modifient à peine tant les artères et les veines de l'organe que le peu de ce qu'il renferme d'éléments du tissu cellulaire. Aucun autre parenchyme du reste que le poumon n'a cette couleur ni cette trame élastique.

Sa densité varie de 1120 à 12-26, restant moindre que celle des tissus fibreux et tendineux [voy. Fibredx, p. 35). C'est pourtant le moins riche en eau de tous ces tissus, commeM. Chevreul l'a montré (495 à 550, p. 1000, 500 à 567, pour les tendons, 568 pour les ligaments. Voy. Cartilage, p. 718).

Ses caractères chimiques essentiels ont été notés à l'article Lamdeox, p. 254.

Rappelons que, distribués en organes premiers, d'une manière plus apparente encore que sur ses éléments poursuivis isolément, la coction dans l'eau met en évidence d'une manière remarquable les premiers. Ils deviennent d'un blanc jaunâtre conservant une certaine élasticité sans gonflement qui dans tous les Vertébrés tranche sur l'état mou, transparent, gélatiniforme, des tissus cellulaire^ fibreux et tendineux, qui avoisinent ces organes.

Malgré son aspect homogène au premier coup d'oeil, l'état librillaire de ce tissu est facile à constater. Il se déchire facilement dans le sens de la longueui^ de ses fibres et plus difficilement en sens contraire.

Le tissu des organes dans lequel les éléments élastiques sont l'unité anatomique fondamentale, une fois complètement développé, est, ainsi que l'est la tunique moyenne des artères, constitué de telle manière que chaque organe représente en quelque sorte une masse dans laquelle tout est continu. Tout faisceau quelconque, en effet, va en rejoindre quelque autre avec lequel il est en continuité de substance, qu'il soit ou non plus ou moins écarté de ses homologues par interposition ou cloisonnement de tissu cellulaire et de vaisseaux, comme au ligament suspenseur de la verge, etc.

Dans chaque faisceau pris individuellement, les fibres à leur tour sont d'une manière générale parallèles entre elles ; leurs ramifications se détachant la plupart sous des angles très-aigus sont à leur tour aussi grosses ou à peine plus étroites que la fibre dont elles partent et qu'elles touchent sans lui adhérer, pour se souder à quelque fibre voisine, en formant des mailles réelles ou virtuelles d'égale grandeur, ou les grandes à côté des petites et réciproquement.

C'est dans le sens de cette direction commune de ces fibres et de ces divisions que s'accomplit la déchirure fibrillaire facile du tissu, sans qu'il y ait entre-croisement des fibres, c'est-à-dire direction plus ou moins perpendiculaire des unes par rapport aux autres.

§ YlII. De l'adhésiox\ aux os du tissu élastique. C'est par suite d'une contiguïté immédiate, dans laquelle chacune des dépressions presque microscopiques du tissu osseux se moule sur une saillie correspondante du tissu élastique, et réciproquement, qu'a lieu cette cohérence si forte de ces deux tissus, sans interposition de quoique ce soit. C'est surtout à propos de l'étude des ligaments élastiques qu'on voit qu'il n'y a pas passage de leurs éléments dans celui de l'os, comme on le croyait autrefois. Je noterai que vers le voisinage de la cohérence de ces ligaments avec les os leur tissu devient toujours plus tenace

que dans le reste de leur longueur, parce que, dans ce point, les faisceaux de fibres primitives sont de plus en plus disposés en masse divisible, en élastique lamelleuse, c'est-à-dire en cette variété d'éléments élastiques qui ne sont plus subdivisés en fibres à proprement parler, mais représentent une sorte de masse simplement réticulée et même quelquefois dépourvue d'orifice. La vasciilarité de ces ligaments diminue dans le voisinage de la substance osseuse, en raison de cette prédominance d'éléments élastiques qui rend le tissu plus difficile à préparer dans ces régions et dont l'aspect frappe d'autre part comparativement à l'état de fines fibres (p. 80), etc., qu'il présente ou a présentées aux mêmes points, lorsqu'on l'observe sur le fœtus et le nouveau-né.

Il n'en est pas encore ainsi sur le nouveau-né. Là rien de plus remarquable que la direction rectiligne ou à peine onduleuse des fines fibres élastiques fréquemment anastomosées, réfractant fortement la lumière, arrivant à la surface du périoste qui est encore périchondre à l'arc de la vertèbre qui est du côté de la tète. Quelles que soient les directions des coupes, les fibres élastiques ne passent pas entre les fibres lamineuses du périoste, fibres et noyaux translucides, très-adhérents entre eux, disposés parallèlement aux surfaces osseuses sur une épaisseur de 1/4 à 1/3 de millimètre.

Rien de plus net à la fois que la différence de transparence des deux tissus, périostique et élastique, ainsi que la direction des fibres de cette dernière espèce, presque perpendiculaire à celle des fibres du périoste. Rien n'est plus net que la manière dont les premières cessent brusquement d'exister sans s'amincir, toutes à un même niveau, sur un même plan, à 1 ou 2 centièmes de millimètre près, après quelques ondulations plus prononcées que dans le reste de l'étendue du ligament.

§ IX. Du SYSTÈME ÉLASTIQUE. L'ensemble des organes premiers en lesquels est distribué le tissu élastique sont les suivants :

1" Ligaments de l'aile et de la queue des oiseaux; 2" ligaments rétracteurs de la phalangette des Carnassiers; 5° ligament cervical postérieur ou de la nuque; 4° ligaments des lames vertébrales; 5" enveloppe élastique des tendons du grand oblique des Mammifères ; 6° paroi musculo-élastique ou moyenne des artères.

Les attributs de ce système sont purement physiques et de la manière la plus nette. Ce sont ses organes premiers qui portent avec eux, l'élasticité dans tous les appareils où nous voyons s'accomplir des phénomènes d'extension suivis de retrait sans contraction musculaire.

Quoique disent quelques auteurs, il n'y a pas de tendons formés de fibres élastiques, de fibres élastiques faisant suite aux faisceaux musculaires lisses ou striés à la manière de ce que font les faisceaux du tissu tendineux {voy. Musculaire) ; il n'y a pas, en un mot, de tendons qui, au lieu de transmettre à un organe à mouvoir, intégralement, autant que possible, les effets d'une contraction, seraient d'abord allongés par celle-ci pour revenir ensuite sur eux-mêmes. Nous indiquerons seulement le cas du ligament élastique annexé au tendon du muscle clido-métacarpicn du pouce dans l'aile des oiseaux, mais qui reste sans connexions avec les faisceaux striés de ce muscle.

Indépendamment de ce fait, nous avons vu déjà que les fibres élastiques sont distribuées de manière et en proportions très-diverses comme éléments accessoires partout où se rencontrent des éléments du tissu cellulaire.

Il faut même signaler comme constituant en quelque sorte un organe premier distinct, en raison d^e la constance de sa présence, sinon de son épaisseur,.

92 ELASTIQUE.

la courbe propre élastique sous-séreuse (voy. Séreux, p. 274). On la retrouve en effet sous les séreuses proprement dites partout où leur trame n'est pas adhérente intimement à une fibreuse, comme la tunique vaginale à l'albuginée, le péritoine aux fibreuses du foie et de la rate, l'arachnoïde à la dure-mère.

A la face adhérente du péricarde spécialement il faut noter la présence d'un réseau à mailles serrées de fibres élastiques minces, entre-croisées, souvent ramifiées et anastomosées, qui existent tout autour du cœur. On sait qu'une couche élastique réticulée, à mailles plus serrées encore, existe dans l'endocarde, à la face interne des parois musculaires des quatre cavités cardiaques (voy. Sérelx, p. 285). Ce sont ces couches élastiques qui donnent aux parois du cœur leur résistance, les faisceaux musculaires sans myolème en ayant peu entre eux et étant même écartés les uns des autres aux auricules ; arrivées à un certain degré de distension, ces couches cessent de s'étendre et se rompent plutôt que de céder davantage, mais seulement sous l'influence d'une pression des plus violentes (Ch. Robin, Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1864, p. 527).

Ce qu'il importe par-dessus tout de noter au point de vue précédent, c'est que le système élastique n'embrasse pas seulement les organes premiers formés de tissu élastique proprement dit indiqués ci-dessous. Il comprend l'ensemble des parties dans lesquelles se rencontrent les fibres élastiques depuis l'état de cellules élastiques étoilées (p. 88) jusqu'à celles qui sont pleinement développées, ramifiées ou non, avec ou sans anastomoses, fibres formant trame entre les mailles par entre-croisements ou par anastomoses de laquelle se trouvent les autres éléments du tissu. Ce qu'il faut noter ensuite, c'est que pour cette trame élastique les anostomoses ont lieu non-seulement dans l'épaisseur de chaque organe où elles établissent une solidarité d'action anatomique et physiologique, mais qu'elles ont lieu, en étendant encore cette solidarité, de l'un à l'autre de ces organes.

Ne pas tenir compte de ces particularités aussi bien que des suivantes serait donner une description incomplète, inexacte par conséquent, an système élastique.

En dehors des organes nerveux, squelettiques et parenchymateux (le poumon excepté), on peut dire que tout dans l'organisme se tient par un degré d'élasticité variable des parties superposées, surtout en membranes ou eu couches ; celte élasticité est apportée par les fibres élastiques s'anastamosant même de l'un à l'autre des organes sans qu'elles soient autre chose qu'un élément anatomique accessoire du tissu examiné.

11 y a fibres élastiques et élasticité partout où il y a des fibres du tissu cellulaire, même dans les tissus tendineux et fibreux où ces dernières réduisent les premières au minimum d'action {voy. Fibreux, Laminedx, Musculaire et Os), l'enveloppe fibreuse des corps caverneux riche en fibres élastiques étant exceptée ici. Mais, indépendamment de cette action élastique générale due aux anastomoses extrinsèques des fibres d'une partie avec celle des organes contigus et ainsi de l'un à l'autre, il y a une élasticité intrinsèque due à la trame de fibres élastiques anastomosées dont les mailles sont remplies par l'élément du tissu prédominant, quant à la masse.

C'est ce qu'on voit surtout d'une manière nette et caractéristique dans l'étude de la structure des vaisseaux artériels veineux et des lymphatiques dans les usages desquels l'élasticité joue un si grand rôle. Chacun d'eux, en effet, est

ELASTIQUE. 95

essentiellement constitué d'un re'seau élastique tubuliforme unique, dont les libres sont continues, ramifiées et anastomosées les unes aux autres du dedans au dehors. Celles mêmes de la tunique externe dite adventive sont en continuité avec les libres élastiques du tissu cellulaire ambiant. Les mailles de ce réseau ont des formes et des dimensions diverses correspondant aux trois tuniques en lesquelles on sépare artificiellement la paroi des artères, aux quatre tuniques des veines (Retterer et Ch. Robin, Journal de V anntomie et de la phijsioloqie, 1885). Les mailles sont d'autant plus larges et limitées par des libres d'autant plus épaisses qu'on s'éloigne davantage de la tunique interne tapissée d'épithélium du conduit. Ces mailles sont remplies par les éléments du tissu cellulaire et fibres-cellules dans les tuniques qui en possèdent. 11 y a de plus les vasa vasoriim, qui ne pénètrent pas dans la tunique moyenne ou musculoélastiqiie des artères, qui s'avancent non-seulement dans la tunique à fibres longitudinales des veines, mais jusque dans leur tunique interne ou de Bichat. Toutes les dispositions de ce réseau dans les veines viennent en particulier montrer que ce n'est qu'en confondant en une seule tunique la membrane interne des veines et leur tunique à fibres longitudinales, la plus vasculaire, ne concourant pas à composer les valvules, que quelques auteurs cherchent encore à réduire à trois couches la structure des parois veineuses, pour établir une comparaison insoutenable entre elles et celles des artères. Nulle part en particulier, même dans la veine porte, on ne trouve quoi que ce soit de comparable entre la tunique à fibres-cellules et autres circulaires des veines, qui est la troisième en allant du dedans au dehors, la deuxième en procédant en sens inverse, et la tunique jaune ou blanchâtre par ses fibres élastiques des artères; tunique rausculo-élastique, ne contenant que des fibres-cellules et des fibres élastiques en proportions presque égales, sans traces de vasa vasorum sanguins ni lymphatiques.

Inutile d'insister sur la confirmation éclatante des données précédentes, que fournit l'examen de la trame élastique de l'ensemble de la paroi des artères et surtout des veines pulmonaires, quand il est fait comparativement à celui des vaisseaux de la grande circulation.

Ce qui vient d'être dit du rôle anatomique et physiologique des fibres élastiques en général à propos des vaisseaux est au moins aussi prononcé en ce qui touche la trame élastique du poumon. Constituant la portion prédominante de cette trame, les vaisseaux mis de côté, les fibres élastiques prennent de plus une part notable à la coloration du tissu pulmonaire et d'autant plus prononcée que le sujet est plus jeune, ou qu'il s'agit d'un animal dont des conditions d'introduction des poussières dans les voies respiratoires ont moins modifié la couleur naturelle de cet organe.

Indépendamment de ce que le poumon, riche en fibres élastiques, est un organe de provenance ectodcrmique, il tant noter la continuité de sa trame élastique avec le réseau élastique si riche aussi de la muqueuse trachéale. Cette trame élastique, les communications de ses fibres profondes avec celles du tissu cellulaire sous-jacents, se retrouvent aussi dans le derme de la peau et de toutes les muqueuses dermo-papillaires, surtout génito-urinaires et respiratoires, d'origine ectodermique également {voy. Muqueuse et Peau). Mais de plus ce réseau élastique du derme cutané et muqueux n'est pas connu intégralement lorsqu'on ne tient pas compte de la manière dont il se prolonge au-dessous de Ja peau en réseau tubuleux, à fines fibres anastomosées en mailles plus ou

moins étroites. Il se prolonge ainsi en effet partout où, de l'ectoderme surtout, s'est produite une involution autour de laquelle se sont de'veloppe'es une paroi folliculaire pileuse, dentaire, etc., une paroi de conduits excréteurs glandulaires, sudoripares, etc., auxquels il constitue ainsi dans toute leur longueur un sac ou gaîne élastique réticulé dans les mailles duquel, comme pour le derme même, se trouvent les éléments du tissu cellulaire et vasculaire de la paroi {voy. Parenchyme, Pilelx, Sécacé, Sudoripahe).

Ce sur quoi il importe d'insister aussi, c'est que, de l'un à l'autre des organes premiers énumérés ci-dessus, la texture de ces éléments, présente des arrangements réciproques, spécifiques, qui méritent chacun une description jusqu'alors

négligée.

Ligament élastique cervical postérieur; chez l'homme, ce ligament est appelé ligament de la nuque et surépineux cervical. Il est considéré par beaucoup d'auteurs comme une continuation des faisceaux ou ligaments surépineux dorso-lombaires qui manquent au cou, entre les apophyses épineuses cervicales.

Son faisceau principal ou longitudinal postérieur s'étend de l'apophyse épineuse de la septième cervicale à la protubérance occipitale externe; il se confond plus ou moins avec le raplié des fibres tendineuses des deux tiapèzes qui se mêlent aux siennes ou s'entre-croisent. Le bord profond vertébral de ce ligament envoie aux apophyses épineuses cervicales des faisceaux fibreux secondaires reliés entre eux par du tissu cellulaire et adipeux. Par son ensemble, ce ligament forme ainsi une sorte de cloison médiane triangulaire, verticale, postéro-antérieure. Les faces de celle cloison ré|iondent aux muscles extenseurs de la tête et du cou ; son bord postérieur répond au laphé aponévrotique médian des trapèzes, l'antérieur répond aux apophyses épineuses cervicales; le postérieur ou supérieur sus-indiqué, le plus t'pais, va de la protubérance et de la crête occipitale externes à l'apophyse épineuse de la proéminente et de la première dorsale, etc.

Il est formé, comme les ligaments en général, de faisceaux de tissu fibreux plus ou moins cohérents, avec plus ou moins de faisceaux de fibres élastiques entre eux.

Sur les mammifères ce ligament est appelé cervical, surépineux cervical. Beaucoup d'auteurs le considèrent comme cunlinuation du ligament cervical dorso-lombaire. Il est depuis longtemps décrit comme un ligament jaune élastique (Cuvier, Anat. comparée, 1855, t. I, p. 55")), rattachant la tête à la colonne vertébrale sans être articulaire. Il est surtout très-développé sur les éléphants, les caméliens, etc.

On lui distingue une portion funiculaire et une portion lamellaire. La première s'étend des apophyses épineuses des 2 ou 5 premières vertèbres dorsales (où il fait suite au ligament surépineux dorso-lombaire) et de la proéminente à la protubérance occipitale externe {tubéroaité cervicale de l'occipital des hippologistes). Cette portion épaisse adhère par sa face cutanée au raplié tendineux médian des trapèzes, des splénius et long dorsal, par du tissu fibreux et adipeux résistant ; sa portion lamellaire est formée de deux lames élastiques unies entre elles par du tissu cellulaire. Elles sont dépassées de chaque côté par la portion funiculaire dont elles parlent, qui, elle, est simple, mais qui présente à sa face profonde un sillon médian. Ces deux lames élastiques accolées forment dans leur ensemble une large et longue cloison triangulaire, médiane,

verticale, qui se dirige vers les six dernières vertèbres cervicales en formant autant de languettes. Celles-ci pour chaque moitié droite et gauche de la cloison s'insèrent sur les apophjses épineuses et les ligaments interépineux du cou.

Le tissu jaune élastique qui forme ces portions lamellaire et funiculaire est un type de tissu élastique à grosses fibres cylindriques ou un peu prismatiques souvent anastomosées- Entre les faisceaux anastomosés eux-mêmes qui forment plusieurs de ces fibres on suit de la surface vers l'épaisseur de ces portions litramenteuses du tissu cellulaire en cloisons de plus en plus minces, avec cellulrs adipeuses dans ces cloisons les plus superficielles.

Ligaments jaunes des arcs vertébraux postérieurs {voy. Vertèbres). Ces ligaments jaunes, plus intra-vertébraux qu'extra- vertébraux, sans analogie par conséquent avec le ligament cervical élastique, se distinguent aussi de ce dernier par leur texture. Ils semblent chacun ne former qu'un organe d'une seule masse de fibres élastiques volumineuses, contiguës, anastomosées dans toute l'étendue de chacun d'eux, c'est-à-dire non subdivisées en faisceaux secondaires qui existent au contraire dans le ligament cervical.

On n'y aperçoit aucun capillaire sanguin; il n'y a des rudiments minces de cloisons de tissu cellulaire qu'à leurs faces antérieures et postérieures; ces cloisons diminuent graduellement d'épaisseur jusqu'à O^'^jOGl avant d'atteindre le milieu dans la profondeur de chaque ligament.

Quant au ligament suspenseur de la verge, il n'est indiqué ici que pour noter que, contrairement à ce que disent beaucoup d'auteurs, M. Retterer a montré par les coupes et autres modes d'examen que les faisceaux qui le forment ne sont pas du tissu élastique. Ce sont des faisceaux de tissu fibreux ordinaire ne contenant pas plus de fibres élastiques qu'ils n'en montrent dans tout tissu fibreux {voy. FiBiiEux).

Seulement vers son adhérence à l'enveloppe des corps caverneux, des fibres élastiques nombreuses, presque fasciculées, s'étendent entre les faisceaux fibreux de ceux-ci ; elles y restent pourtant encore moins abondantes que dans l'enveloppe ci-dessus.

Ligament élastique phalangino-phalangeltien. Le ligament élastique phalangino-phalangettien ou rétracteur de la phalange unguéale des "canidés est double à ch:ique doigt. 11 est composé en effet de deux moitiés distinctes indépendantes, semblables, mais dont l'interne ou du côté cubital de la phalange est un peu plus large que l'autre. Ces deux ligaments sont insérés chacun en arrière, sur les côtés de l'extrémité phalangienne de la phalangine par une portion aplatie un peu plus large que le mdieu de leur longueur. Ils se rapprochent l'un de l'autre en arrivant à leur insertion antérieure, où leurs bords internes se touchent presque, sur la fice dorsale de la phalangetle, ou se fixent entre l'os sous le bord correspondant même de l'ongle, en approchant. De là aussi chacun s'aplatit et s'élargit et envoie sur la face latérale correspondante de la [ihalangette une expansion qui s'insère un peu plus loin que sa portion supérieure.

Le tendon extenseur de chaque phalangine passe entre les deux ligaments à leur insertion phalanginienne et les sépare ici; l'insertion phalangettienne de ce tendon, qui a lieu immédiatement derrièie et au-desous de celle de ces deux ligaments élastiques, est au contraire recouverte plus ou moins ici par eux en raison de leur rapprochement.

Sur les chats, en général, il n'y a qu'un seul ligament, fort, moins aplati,

celui qui est du côté cubital de la phalange, l'autre du côté radial manquant. La texture de ces ligaments est analogue à celle de la portion lamellaire du ligament de la nuque, mais seulement avec des tibres élastiques plus fines, plus souvent anastomosées.

Notons que la plupart des traités d'anatoraie compare'e ne font que nommer ces ligaments élastiques sans les décrire. Duvernoy et Dumeril, dans Cuvier [Anatomie comparée. Paris, t. I, p. -450, in-8°, 1835), seuls en donnent une courte, mais exacte description, sur le lion.

La tunique abdominale élastique ou tablier élastique des grands quadrupèdes a la même texture fondamentale que les ligaments jaunes des vertèbres. Elle ne remplace pas le tendon mince du grand oblique, ni la gaine des grands droits. Elle ne fait que leur adhérer par contiguïté immédiate, et il faut une traction forte pour détacher le tendon appliqué à la face postérieure de la lame élastique, mais qui est partout très-distinct de celle-ci.

Même remarque pour les tendons des autres muscles de l'épaule et de l'extérieur du bassin que tapissent des couches élastiques analogues.

Pour ce qui concerne les organes élastiques sus-indiqués des oiseaux, notons seulement l'existence des deux ligaments allant de l'humérus et de l'aponévrose du deltoïde à la peau et surtout le ligament annexé au tendon du muscle clidométacarpien. Ce dernier dit aussi ligament rétracteur de l'aile des oiseaux est un ligament de tissu jaune élastique situé sous le bord libre de la membrane claire, tendue devant le pli du coude des oiseaux, plus ou moins aplati, etc., d'une espèce à l'autre ; annexé au grêle tendon du muscle précédent, il lui adhère sans l'accompagner, jusqu'à son insertion au métacarpien du pouce ou à sa première phalange même, sans d'autre part s'insérer aux faisceaux rouges du muscle que contient le tendon précédent. Sans qu'agisse le muscle clidométacarpien, il tient l'aile en état de flexion tant que le muscle triceps, etc., ne maintient pas le coude en état d'extension, celle-ci étant plus ou moins modérée pour le vol par l'action volontaire du clido-métacarpien même. Sur les Cereopsis et autres palmipèdes, le tendon grêle du clido-métacarpien est même complètement interrompu par l'absorption sur la longueur du ligament élastique, (jui se trouve ici entre deux portions tendineuses, comme pourrait l'être un ventre musculaire, mais qui reste sans rapports avec la portion rouge du muscle.

Il y a dans l'aile des oiseaux deux autres minces ligaments allant de la région olécranienne au dernier follicule des rémiges. Ils sont en forme de mince cordon blanc ou jaunâtre, rapprochés, parallèles. Le premier relie les uns aux autres les follicules des rémiges primaires ; il devient fibreux dans la moitié interne de sa longueur. Le second, élastique dans toute sa longueur, relie entre eux les follicules des rémiges secondaires. Un troisième ligament, qui est large, mince, relie les follicules des tectrices alaires et contient des faisceaux fibreux mêlés aux fibres élastiques. En outre un ligament dentelé sur son bord externe, adhérant au cubitus par son autre bord, va de l'olécrane à l'extrémité du métacarpe et même aux phalanges. La partie élastique est en partie fibreuse, et ses dentelures en triangle plus ou moins effilé vont s'insérer sur la paroi des follicules des rémiges primaires (Robin et Chabry, Sur les ligaments élastiques des oiseaux. In Journal de i anatomie et de la physiologie, 1884). Enfin deux ligaments droits et gauches, sous forme de cordons élastiques jaunes, l'un supérieur, l'autre inférieur, relient les follicules des rectrices tant primaires au-dessus que secondaires en dessous. Comme les cordons qui, aux

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ailes relient les follicules des rémiges, ils offrent un léger renflement cnlrc chaque paire des follicules plumeux qu'ils tiennent rapprochés. Gh. Robix.

ÉLASTIQLES (Ba.ndages). L'emploi du caoutchouc comme moyen de compression a été étudié au mot Caoutchouc. Il ne s'agit ici que d'indiquer, au point de vue purement instrumental, les applications particulières de ce moyen sous forme de bandages.

Les tissus pour bandage élastique ont pour base des fils de caoutchouc vulcanisé entourés de fds de chanvre, de coton ou de soie. Le tissu à mailles plus ou moins serrées, simples ou doubles, à fils plus ou moins gros, suivant la destination, est tantôt tout d'une pièce comme les étoffes ordinaires, tantôt en lanières cousues les unes aux autres. Pour bas élastiques, le tissu dit anglais, caoutchouc et coton, est très-employé. Le tissu à lanières ou bandelettes cousues en spirales, fabriqué d'abord par Bourjeaud, a l'avantage d'être très-élastique dans le sens de la longueur des bandelettes.

Le tissu de caoutchouc peut servir à confectionner des bandages compressifs autres que des bas, tels que guêtres, genouillères, manchettes, etc. C'est surtout dans les cas où la compression circulaire doit être énergique que le tissu à bandelettes est préférable au tissu continu.

Les bandages élastiques ont presque complètement remplacé les bandages laits en coutil, peau de chien, peau de chamois, qui sont d'une application longue et ennuyeuse, et qui ne permettent pas de distribuer la compression avec une parfaite uniformité. Dechambre.

ÉLATÉRIDES. Ou désigne ainsi une famille d'Insectes Coléoptères, remarquable par la forme des pièces du sternum, qui leur permet, étant couchés sur le dos, de sauter en l'air et de retombar sur les pattes.

Constant Duméril avait réuni en 1805, sous le nom de Sternoxes ou Thoraciques, des Coléoptères pentamères, à corselet très-développé, entourant le derrière de la tète et se prolongeant en-dessous en sternum saillant. Dans cet ancien groupe des Sternoxes, la famille des Buprestides, désignés par Geoffroy sous le nom de Richards, à cause de la beauté de leurs couleurs, occupe le premier rang, en formant une première division {voy. Blpreste). Les Élatérides, vulgairement appelés Taupins, Maréchaux, etc., occupent la seconde place.

La majeure partie des Élatérides ayant le corps allongé, avec des pattes trop courtes pour pouvoir se retourner quand ils tombent sur le dos, savent cambrer fortement leur corps ; celui-ci prend alors deux points d'appui sur la tète et l'extrémité de l'abdomen. Un effort musculaire brusque fait entrer la pointe prosternale dans la fossette de réception, le milieu du dos brusquement refoulé vient heurter le plan d'appui et l'animal bondit. De là le nom de Scarabée à ressort donné par les anciens auteurs ; celui de Forgerons ou Maréchaux provient du bruit que fait l'insecte, rappelant celui du marteau sur l'enclume.

Les Élatérides se trouvent dans toutes les contrées du globe. La majorité des adultes est herbivore, rarement ils sont carnassiers (A. Laboulbèke, Annales de ju Société entomologique de France, 2'' série, t. VI, bull. page 27, 1848). Les larves diffèrent beaucoup de celles des Buprestides ; elles sont vermiforraes et allongées. La dureté de leur peau et leur aspect filiforme les ont fuit nommer

DICT. ENC. XXXIH. 7

98 ELATINE.

par les Anglais et les Allemands : Vers lils de fer. Le régime de ces larves est varié, Léon Dufour et Puilzeburg les ont vues dévorer des individus de leur espèce et des proies vivantes. D'autres larves d'Élalérides dévorent les racines des céréales et des plantes de jardins.

Je ne ferai que signaler parmi les Élatérides les plus curieux les Gucujos, Mouches de feu américaines du genre Ptjrophoriis, qui ont des taches phosphorescentes au corselet en dessus et entre le prothorax et l'abdomen eu dessous. Leur éclat est considérable et la lumière émise d'un vert éclatant ; j'ai étudié avec mon regretté maître, le professeur Robin, l'appareil lumineux de ces curieux insectes (voy. Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXXYII, 25 août 1875).

Les Agriotes ont des larves très-nuisibles à diverses cultures, obligeant à une alternance des plantes que ces larves n'attaquent pas {voy. L.vrves, CotiîopTÈREs etL\SECTEs). A. Laboulbène.

ÉLATÉRIXE (C-^H'-'O^). Principe actif découvert presque en même temps par Morries et liennelle, vers 1831, dans le concombre sauvage (doî/. Ecballicm et CoiNCOMBRE). Cristallise en écailles ou en prismes hexagonaux. Soluble dans l'alcool chaud, l'alcool amylique, le chloroforme; peu soluble dans l'éther, insoluble dans l'eau, les alcalis et les acides étendus. Bucbbeim a obtenu, par l'addition de potasse caustique dans la solution alcoolique bouillante d'élatérine, un liquide qui ne précipite pas par l'eau et duquel l'élatérine, transformée en un corps acide, peut être retirée en saturant la solution par un acide minéral.

Le meilleur moyen de préparer l'élatérine, selon Fliickiger et Ilanbury, consiste à épuiser l'élatérium par le chloroforme, et à ajouter de l'éther. 11 se sépare aussitôt un dépôt cristallin d'élatéiine. On le lave avec un peu d'étlier et on le fait cristalliser de nouveau dans le chloroforme. L'élatérine est un drastique des plus puissants. Elle purge à la dose de 2 ou 5 milligrammes. Si l'on voulait en faire usage, il faudrait l'administrer en pilules et le mieux serait, chez un sujet qui prendrait le remède pour la première fois, de prescriie des pilules de 1 milligramme seulement, dont on donnerait une d'abord, sauf à le répéter une ou deux fois suivant l'effet.

- L'élatérine modifiée de Buchheim ne possède pas de propriétés drastiques.

ÉLATÉRIOX. ÉLATÉRIUiU. Noms de VEchallium Elaleriwn Rich. et du suc épaissi de la plante, qui s'emploie comme évacuant en médecine [voij. EcBALLiUM et Concombre) . 11. B.n.

ÉLATÉRIQVE (Acide). Substance amorphe, indiquée par Walz, comme existant dans les fruits et dans l'herbe du concombre sauvage. D.

ÉLATIME. Liquide huileux, jaune brun, insoluble dans l'eau, qu'on extrait des huiles de goudron. Il a une odeur désagréable. R.

ÉtATIXE (L.). Genre de plantes dicotylédones, dialypétales, qui a donné son nom à une famille des Élatinacées ou Élatiuées, et dont les ileurs régulières et hermaphrodites sont 2-4-mères. Leur réceptacle convexe porte' des sépales

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membraneux, obtus, sans côte, et des pétales alternes, imbriqués. L'androcée est isosléraoné ou diplostémone'; ses pièces ont des filets libres et des antbères biloculaires, inlrorses, à déhiscence longitudinale. L'ovaire est libre, supère, pluriloculaire, avec des loges en nombre égal à celui des pétales et de nombreux ovules analropes dans l'angle interne de chaque loge. Les styles sont capités à leur extrémité stigmatifère. Le fruit est capsulaire, membraneux, septicide et souvent en même temps septifrage. Une columelle centrale porte les graines et tout ou partie des cloisons. Les graines sont dépourvues d'albumen ou n'en renferment que des traces; leur embryon est droit ou courbe. Les Élatines sont de petites herbes aquatiques, à feuilles opposées ou verticillées, accompagnées de stipules; leurs fleurs sont petites, axillaires, souvent solitaires. On en distingue 6 espèces, des régions tempérées et sous-tropicales des deux mondes. Les E. alsinastriim L. et hexandra DG. ont été préconisés comme dépuratifs, mais leur efficacité doit être peu accentuée, car ils sont à peu près complètement délaissés. Il ne faut pas les confondre avec VÉlatine de Dioscoride (lib. IV, cap. 56), qui est une plante des moissons, couchée, à feuilles propres au traitement des phlegmasies et des dysenteries. xMatthiole croyait que c'est un Muflier, V Antirrhinum Elatine L., qui est notre Linaria Elaline, amer et purgatif, mais cela a été contesté. On a supposé aussi que c'est une Linaire très-voisine, le L. syiiria, commun dans nos moissons et remarquable par ses petites fleurs jaunes, tachetées de violet. C'est r/7erfca Elatines folio suhrotundo des pharmacopées germaniques, tandis que la plante précédente est VHerha Elatines des officines du même pays. IL B.\.

Bibliographie. — Mék. et de L. Dict. Mat. méd., III, 60. — Rosentu. Sijn. plant, diaphor., 475. — Bextu. et Hook. f., Gen. plant., I, 102. II. Bx.

EL.\.VL'5I-Pîss:v. Nom donné en tamoul au Bombax peniandrum L., de la famille des Malvacées-Bombacées. Pl.

ELBEX (Erkest). Né en 1798, à Stuttgard, a fait ses études médicales à Bcrlia, où il fut reçu docteur en 1821. Il prit du service dans le corps de santé militaire russe et résida quelque temps à Kalnich, où il avait été nommé médecin de l'hôpital de la garnison. Appelé par ses fonctions à Silistria, il y mourut du typhus le 17 novembre 1829. On ne cite de lui qu'un ouvrage iuteiessanc sur l'acéphalie, travail dans lequel il avait réuni 72 cas de ce sujet lératologique. Cet ouvrage a pour titre :

De acephalis, sive monsti'is corde carenlibus. Disseitalio acadeinica anatomtcophysiolofjica. Lenin, 18:il, p. 14-125, in-4", avec atlas de 22 planches in-4°. A. D.

ELBERFELD (Hei.nrich). Né à Brème le 5 juin 1641, a fait ses études médicales à tlelmstadt, où il fut reçu docteur en 1674; il revint ensuite dans sa \ilie nalale, où il pratiqua la médecine jusqu'à sa mort le 19 avril 1680. On cite seulement de lui :

Disserlalio de spirUibus ex vegetabilibus per fei menlationem paratis. llelmsludt, 1674, in-ï-. A. D.

ELCOJA. Nom arabe donné au TnchUia emetica Vahl., de la famille des Méliacées. I'l.

100 ELCIIE.

ELCA.RTE (Francisco de). Médecin espagnol du dix-septième siècle, fit ses études à Saragosse, où il eut pour maître Jose-Lucas Casalete. Il jouit d'une grande réputation comme praticien. Elcarte fut le médecin de l'église cathédrale de Pampelune, le président des hôpitaux du royaume de Navarre, l'inspecteur des médecins et des pharmaciens du royaume, etc. On a de lui :

Statera medicinae selectae, qna ajipench j^otest an sit rationalis mcthodus magistri mei Dr. Josephi Casalete Caesaraugiistani Licei primarii medicinae professons, etc. Saragosse, 1(387, in-4°. L. Hn.

ELCBE (SïATiOiX iiiveriXale). En Espagne, dans la province de Murcie, à 16 kilomètres d'Alicante, sur la rive gauche du Yinulopo, qui arrose une })laine fertile allant de la sierra d'Almagrcra à la mer, dont Elche est éloignée de 32 kilomètres. La ville, peuplée d'environ 20 000 habitants, n'a rien d'intéressant. Ses rues ne sont pas pavées et sont en général à pentes rapides. Les environs et surtout la liuerta sont remarquables par leurs villages abrités de hoir, nombreux. Les maisons, de couleur rougeâtre et presque toutes de style mauresque, sont à toits plats. On y sèche les raisins pour en faire des pasas, que le port de Malaga expédie ensuite dans toutes les parties du monde. Les alentours d'Elche ont un aspect oriental que l'on ne trouve nulle part en Europe et qui rappelle singulièrement les oasis des provinces algériennes et même de l'Egypte. L'illusion est d'autant plus grande que l'on rencontre aux environs d'Elche des forêts de palmiers qui se couvrent de fleurs et de fruits comme en Afrique. Ces forêts sont la richesse principale des habitants à cause de leurs fruits et de leurs feuilles. Les fruits s'expoi'tent en France, et les feuilles en Italie et en Espagne, où on les vend surtout pour la fête des Uaraeaux. La culture du palmier dattier dont le pied n'est pas dans l'eau exige que la terre qui l'entoure soit soigneusement labourée et souvent arrosée; il faut même grimper le long de sa tige, examiner ses fleurs et ses fruiis, afin de les exposeï' aux rayons du soleil, attacher les feuilles pour qu'elles ne soient pas froissées ou arrachées par le vent. C'est à l'humidité constante ou aux marais qu'aime le palmier que l'on doit atti'ibuer sans doute les fièvres intermittentes qui se développent pendant les chaleurs de l'été. C'est peut-être aussi la culture délicate de cet arbre qui en explique la diminution progressive, car à la fin du siècle dernier on comptait aux environs d'Elche plus de 70 000 dattiers, c'està-dire autant que dans ime grande oasis du Sahara, tandis qu'aujourd'hui c'est à peine s'il en reste la moitié. On ne possède pas d'observations météorologiques régulièrement recueillies dans cette station, dent le climat est très-doux, puisqu'il permet à l'olivier, au grenadier, à l'oranger, à l'aloès, etc., de se développer, de lleurir et de fructifier. Si l'atmosphère d'Elche et de ses environs n'était pas aussi sèche que celle d'Alicante, malgré l'arrosage et les flaques d'eau, cette localité, où les vents du nord et de l'est dominent cependant en hiver, pourrait prétendre à devenir une station hivernale de premier ordre. On y rencontre pourtant quelques Anglais et quelques Russes qui y viennent passer les mois humides et froids. Malgré le ciel pur et serein d'Elche, dont l'atmosphère est toujours limpide et ensoleillée comme en Orient, on ne peut dire que cette station soit vraiment hivernale; et cependant elle convient à une grande quantité de malades dont l'innervation a besoin d'être stimulée, et chez lesquels existent des engorgements atoniques. Les malades qui souffrent d'asthme humide; de bronchites chroniques avec sécrétion abondante; de rhumatismes non inflammatoires avec gon-

ÉLECTRICITÉ. lOl

flement indolent; de lymphatisme et de scrofule torpide; d'engorgements séreux de toute nature; d'albuminurie, de même que les dyspeptiques par suite d'anémies qui ne sont pas trop nerveuses, feront avec avantage un séjour d'hiver dans la ville d'Elche, ou dans les maisons de campagne de ses environs. Mais nous croyons qu'en raison du climat, des vents et surtout de la trop grande sécheresse et des variations de l'atmosphère, les poitrinaires n'y devront jamais venir, à moins toutefois que le médecin ne cherche une station d'hiver qui convienne aux tuberculeux d'une constitution torpide et scrofuleuse.

A. ROTUREAU.

EL-DAK.4R. Un des noms 'dTaibes donnés a.u Dattier (Phœnix dacty II fera L.). île la famille des Palmiers. Pi,.

ELniK (CoRNELis van). Savant accoucheur hollandais, naquit à Nimègue, le 0 mars 1791. Il étudia la médecine à Harderwijk et à Leyde, prit le degré de docteur à la première Université en 1812, et devint en I8'21 médecin pensionné de sa ville natale; il n'abandonna ce poste qu'en 1855, à cause de l'état de sa santé. 11 se distingua particulièrement pendant l'épidémie de choléra en 1852. 11 entreprit, en 1822, conjointement avec A. Moll, la publication du Practisch Tijdschrift voor de geneeskunde in al haren omvang, qu'il rédigea seul de 1844 à 1849, après la mort de son collaborateur. Eldik mourut dans sa ville natale, le 29 octobre 1857. On cite de lui :

I. Quaestioiies medicae inaugurales. Ilarderovici, 1812. — II. De mechanismo partuum naluralium vario. Lugduni Batav., 181G, iii-4°, 2 pi. — 111. Verhandeling over de verloskundige tang, in heautwoording der jjrijs-vraag, eti. Amsterdam, 1824, in-8°. — IV. Recept- Boek voor Genees- en Heelkundigen, volgens de alphabetische Orde van de oude klassiekc y'a?nen der Genees-Middelen gerangschickl, etc. Nimwegen, 1825, in-S". — V. Ycrloskundige Verhandelingen, grootendeeh met betrekking tôt het Werk van Dr. J.-H. Wigand, de geboorte van den Mensch. Amsterdam, 1852, 5 parties, in-8°. — YI. Behandeling van dcn Asiatischen braakloop in de Ziekenhuizente Berlijn. Nimwegen, 1832. L. Hx.

ÉLËA.G\'ÉES. Voij. Él.eagxacées et Él.eagnus.

ÉLECTïO^i. En physiologie et en pathologie, détermination de l'organisme en vertu duquel il accomplit tel ou tel acte, normal ou anormal, de préférence a tout autre. Le vitalisme, l'animisme surtout, rapportent cette détermination à une sorte d'intelligence inconsciente. — Lieu d'élection, le lieu où l'acte organique s'accomplit d'ordinaire ; celui où telle où telle opération doit être pratiquée. — En chimie, affinité élective. D.

ÉLECTRICITÉ. L'électricité, dont l'étude, sinon absolument la découverte, remonte à une époque peu reculée, acquiert de jour en jour une importance de plus en plus considérable, non-seulement au point de vue scientifique, mais également au point de vue des applications ; nous ne parlons pas seulement des applications industrielles, mais aussi de celles qu'eu font la médecine, la chirurgie et la physiologie. Aussi maintenant la connaissance des lois fondamentales de l'électricité est-elle indispensable à toute personne s'occupant des sciences biologiques : les données vagues dont on se contentait un peu trop facilement sont absolument insuffisantes maintenant. C'est, il n'en faut pas douter, à cette absence d'indications précises, à cette absence de mesures, qu'il faut attribuer, pour une grande part, les obscurités, les contradictions, les erreurs même que

l'on rencontre dans les livres et les travaux d'électrolhérapie et d'electrophysiologie qui ont été publiés jusqu'à ces dernières années.

Il ne faut pas que ces idées vagues subsistent, que ces erreui^s se perpétuent ; il faut que tout médecin, tout physiologiste, sache le sens précis des expressions qui sont employées, il faut qu'il puisse faire quelques mesures, les plus simples d'ailleurs, afin d'être assuré de pouvoir reproduire une expérience dans des conditions indiquées. A ce prix seulement l'électricité sera appelée à rendre tous les services que l'on peut en attendre, et nous sommes convaincu qu'ils sont nombreux, que leur importance est capitale.

Cette importance justifie les développements donnés au mot Électricité, bien que nous ayons réduit la question à ce que nous considérons comme le strict minimum. Il nous paraît nécessaire de dire en outre dans quel esprit cet article a été composé.

Il ne pouvait être dans notre intention de donner un traité même abrégé d'électricité ; un certain nombre d'autres articles traitant de questions relatives à l'électricité, les doubles emplois eussent été nombreux. Nous ne voulions pas, d'autre part, traiter ce sujet au point de vue historique, et enfin nous avons cru utile de laisser complètement de côté certains développements qui ne sauraient être omis dans un traité complet. Nous avons cherché à réunir, en les reliant par un ordre rationnel, toutes les données, toutes les lois qu'il est nécessaire absolument de connaître pour appliquer utilement l'électricité ; les descriptions d'expériences nous ont paru devoir être passées sous silence : on les trouvera dans un livre de physique ou dans un traité d'électricité quelconque. Lorsqu'il a fallu en signaler une pour faire comprendre un fait spécial ou une loi, nous nous sommes borné à faire connaître, pour ainsi dire, le schéma de l'expérience, sans entrer dans aucun détail de manipulation.

Nous n'avons décrit également qu'un très-petit nombre d'appareils, ceux seulement qui servent à faire des mesures. Parmi les autres il en est qu'un médecin peut ignorer ; quant à ceux qu'il doit connaître, ils font l'objet d'articles spéciaux {voy., par exemple. Condensateur, Diagomètre, Machines électriqces, Machines d'induction. Piles, Tklkphones, Galvanomètres, Cautère électrique, etc.). Nous avons pensé que, contrairement à ce que l'on fait d'ordinaire, l'étude des lois auxquelles obéit l'électricité et des phénomènes auxquels elle donne naissance gagnait à être sépai-ée de celle des causes qui produisent les phénomènes d'électrisation et de courant : cette dernière étude que complétera la description des appareils employés est faite en plusieurs parties d'après la cause {vofj. Machines électriques. Piles, Machines d'induction) ; dans le présent article, nous admettons comme un fait expérimental et sans détail la possibilité de produire la rupture de l'équilibre électrique entre deux corps, effet qui se traduit, suivant les circonstances, de manières très-différentes : électrisation des corps et courants.

Nous avons renoncé absolument à la séparation de l'électricité statique et de l'électricité dynamique : il n'est pas douteux que les phénomènes que l'on classait autrefois dans l'une ou l'autre de ces divisions ne diffèrent pas par la cause, mais seulement par les conditions dans lesquelles ils se produisent ; cette séparation ne nous paraît pas plus justifiée que celle qui ferait dans l'étude de la chaleur une distinction tranchée entre les phénomènes relatifs à la conductibilité et ceux correspondant, par exemple, aux changements d'état.

Tout en n'établissant pas de séparation nous avons commencé par les phénomènes que l'on rattachait autrefois à l'électricité statique : nous ne sommes pas

convaincu que, eu e'gard à l'importance des effets des courants, il ne serait pas plus avantageux de commencer immédiatement par l'étude de ceux-ci. Mais nous avons cru devoir tenir compte de l'enseignement classique tel qu'il est encore donné et nous avons pensé qu'il convient de ne pas trop dépayser le lecteur, qu'il faut tenir compte des habitudes des esprits ; c'est ce que nous avons fait, et nous avons conservé l'ordre classique toutes les fois qu'il ne nous semblait pas présenter d'inconvénients sérieux et lors même que nous eussions préféré suivre un autre programme. 11 est cependant certaines parties qui s'écartent du programme généralement adopté.

Un point sur lequel nous avons cru devoir rejeter les idées anciennes (qui ont cours encore dans tous les programmes officiels), c'est le choix de l'hypothèse à adopter pour expliquer les phénomènes observés : la théorie des deux fluides n'a aucune raison d'être alors que l'hypothèse d'un fluide unique, plus simple, donne l'explication des effets que montre l'expérience. Ajoutons que, si les deux théories se valent absolument pour l'explication des phénomènes dits d'électricité statique, l'hypothèse des deux fluides est absolument incommode pour l'étude des courants. Aussi est-elle, en réalité, toujours abandonnée dans ce cas, non qu'on le dise expressément; mais par un artilice de langage, et sans insister on atteint directement le même résultat. 11 est dès lors préférable d'adopter une hypothèse qui sans modification aucune puisse être utilisée pour l'explication de tous les phénomènes électriques.

Voici, en résumé, le sommaire général des matières contenues dans cet article :

Indications sommaires des principaux phénomènes dit d'électricité statique, y compris l'influence et la condensation. Hypothèse permettant d'expliquer ces phénomènes. Premières notions sur la quantité d'électricité, la tension, le potentiel et leur mesure.

Effets qui se produisent entre deux corps à des potentiels différents : décharge disruptive (étincelle) ; décharge conductive : courant.

Étude sommaire des décharges disruptives.

Étude des courants ; conditions de leur établissement, données numériques qui les caractérisent; lois de Ohm.

Mesure pratique de la force électro-motrice, de l'intensité, de la résistance.

Étude des effets produits par les courants : effets calorifiques, lois de Joule ; — effets chimiques, lois de Faraday ; — effets magnétiques ; — effets mécaniques.

Enfin, nous traiterons à part dans deux chapitres distincts l'électricité atmosphérique, d'une part, et d'autre part l'électricité industrielle considérée au point de vue des notions qu'un médecin doit avoir sur les applications principales de cet agent à l'industrie.

1. d. Indication aommaire des -premiers phénomènes électriques. Lorsque l'on frotte certains corps, l'ambre jaune, la gomme laque, le soufre, le verre, etc., ils acquièrent la propriété d'attirer les corps légers : on dit alors qu'ils sont électrisés, et nous appellerons électrisation la propriété qui se manifeste ainsi et dont on ignore encore la cause.

Cette propriété peut aussi s'acquérir en mettant un de ces corps non électrisés en contact avec un corps électrisé ; on reconnaît aisément que dans ce cas le corps préalablement électrisé a perdu une partie de son électrisation, qu'il attire moins fortement les corps légers.

2. Divers cas peuvent se présenter dans l'électrisation par frottement ou par

contact: il peut arriver que la propriété acquise reste localisée aux points frottés, aux points qui ont été en contact avec un corps déjà électrisé. Il peut se faire, au contraire, que la propriété se manifeste non sur une zone limitée, mais sur toute l'étendue du corps que l'on cherche à éleclriser; c'est ce qui arrive, par exemple, pour les métaux, si l'on se place dans les conditions que nous allons indiquer.

Etablissant une analogie justifiée par un certain nombre de faits entre la chaleur, cause supposée des phénomènes calorifiques, et la cause de nature inconnue qui produit 1 electrisation des corps, cause que nous appellerons l'électricité, on a divisé les corps en bons conducteurs et corps mauvais conducteun de l'électricité, division basée sur les différences que nous venons de signaler : les métaux, les liquides, le corps humain, etc., sont bons conducteurs ; le verre, le soufre, les résines, etc., sont mauvais conducteurs.

Cette différence explique pourquoi, si l'on ne prend des précautions particulières, on ne peut électriser les métaux, par exemple, ni par frottement, ni par contact : si, en effet, on les tient directement à la main, l'électricité se répand à travers le corps de l'opérateur jusqu'au sol oij son action, se répandant sur un corps de grandeur presque infinie, ne peut produire aucun effet appréciable en un point déterminé ; toute action électrique disparaît, comme ferait d'ailleurs une action calorifique dans les mêmes circonstances. Pour cette raison, le sol est appelé réservoir commun et tout corps conducteur mis en contact avec le sol directement ou par l'intermédiaire d'un bon conducteur cesse d'être électrisé. Mais, si l'on tient le corps bon conducteur par l'intermédiaire d'un corps mauvais conducteur, l'électrisation qui y aura été développée y subsistera; pour cette raison les corps mauvais conducteurs sont aussi appelés des isolants. L'air est un isolant, l'air sec au moins, car sans cela les corps ne pourraient jamais rester électrisés; il n'en est pas de même de l'air humide : aussi les expériences d'électricité ne réussissent-elles que difficilement dans l'air humide.

L'expéiMence montre que tout corps isolé non-seulement peut être électrisé par contact, mais également par frottement, contrairement à une opinion qui a été émise autrefois.

o. Il existe d'autres manières d'obtenir l'électrisation d'un corps : c'est ainsi que toute action chimique produit l'électrisation des corps qui subissent cette action ; mais cette electrisation est peu aisée à mettre en évidence par l'attraction des corps légers, alors même qu'on fait l'expérience en se servant du pendule électrique qui rend cette attraction plus aisée et plus facilement perceptible. II en est de même de l'électrisation qui prend naissance à la suite de certaines actions calorifiques ; nous aurons à revenir par la suite à ces modes d'électrisation qui se manifestent principalement par des effets d'autre nature.

4. Considérons un pendule électrique dont la balle de sureau est portée par un fil de soie suspendu à un support isolant en verre : soient, d'autre part, un bâton de verre et un bâton de résine électrisés par frottement et qui, tous deux, attirent le pendule. Approchons, par exemple, le bâton de résine, et laissons le contact se produire: la balle de sureau s'électrise et il est facile de s'en apercevoir en ce qu'elle attire un autre pendule. Si alors de cette balle électrisée on approche successivement le bâton de verre et le bâton de résine, on voit se produire une attraction dans le premier cas, une répidsion dans le second : il faut conclure de là que l'électrisation du verre diffère de l'électrisation de la l'ésine : nous dirons donc qu'il y a une electrisation vitreuse et une electrisation résineuse; ces noms s'expUquent d'eux-mêmes, on les remplace souvent par ceux

d'électrisalion posilive et d'olectrisatioii négative; nous expliquerons par la suite ces dénominations.

L'expérience se ferait d'une manière analogue, si le pendule non électrisé, à Vétat neutre, suivant l'expression consacrée, était mis en contact avec le verre: il V aurait alors répulsion pour le verre et attraction pour la résine.

Lorsque l'on examine tous les corps électrisés par frottement on reconnaît que les uns s'électrisent résineusement et les autres vitreusement sans que rien, jusqu'à présent, explique pourquoi c'est telle ou telle électrisation qui se manifeste. Lorsqu'un corps s'électrise par contact avec un corps préalablement électrisé, il prend la même électrisation que celui-ci.

Dans la première expérience que nous venons de citer la balle du pendule s'est

Fis. 1-

électriséc résineusement ; elle s'est électrisée vitreusement dans le second cas. Si l'on cherche à résumer les conditions dans lesquelles s'est produite l'attraction ou la répulsion, on arrive aux deux lois suivantes :

Les corps électrisés semhlahlement se repoussent ; les corps électrisés contrairement s attirent.

Nous verrons plus tard que l'attraction des corps légers est un phénomène complexe qui dépend en partie de ces lois.

5. Lorsque l'on frotte deux corps l'un contre l'autre, ces corps, étant s'il est nécessaire, portés par des manches isolants, on reconnaît qu'ils s'électrisent tous les deux, et que de plus toujours ils sont électrisés contrairement, ce que l'on reconnaît aisément à l'aide d'une expérience faite avec le pendule, comme nous venons de l'indiquer. Il est très-important de remarquer que dans tous les cas où l'on peut obtenir l'électrisation, actions chimiques ou calorifiques, comme pour le frottement, on observe les deux électrisations contraires ; il faut quelquefois pour les mettre en évidence des appareils plus sensibles que le pendule, mais on les retrouve toujours.

6. Hypothèses sur la cause des phénomènes électriques. On a cherché l'explication de ces faits primordiaux (parmi lesquels nous ne comptons pas l'attraction des corps légers) et l'on a proposé plusieurs hypothèses. Nous n'insisterons pas sur l'hypothèse des deux fluides ou de Symmer, qui est abandonnée par tous les électriciens et c|ui figure cependant encore sur les programmes de l'enseignement classique; il nous paraît inutile de l'exposer et de la discuter, et nous nous bornerons à donner la théorie dite d'un seul fluide, théorie proposée par Franklin dont elle porte souvent le nom, mais qui ne l'a

pas présentée sous la forme que nous allons faire connaître ; elle a dû être complétée sur certains points pour éviter des contradictions avec d'autres théories physiques.

Nous désignerons sous le nom d'électricité la cause des phénomènes que nous venons d'indiquer : nous ignorons sa nature, cet agent n'est pas pondérable; est-ce un fluide dans le sens qu'on attachait autrefois à ce mot? Est-ce un mode de mouvement de l'éther ou d'une matière spéciale? On n'en sait rien. Il est commode pour la fgcilité du langage de le considérer comme un fluide particulier, et cela n'a aucun inconvénient tant que l'on ne perdra pas de vue que ce n'est là qu'une comparaison commode.

7. Nous admettrons que cet agent existe sur les corps et dans l'espace en quantités quelconques, mais déterminées pour chacune des circonstances que nous considérerons. De plus, à la suite de certaines actions, un corps peut contenir plus d'électricité ou moins d'électricité que ce qui correspond à cette quantité normale ; nous dirons dans le premier cas que le corps est électrisé en plus ou positivement, dans le second cas qu'il est électrisé en moins ou négativement; ces différences correspondent aux modes contraires d'électrisation que nous signalions tout à l'heure; arbitrairement nous admettons que le verre frotté avec la laine est électrisé en plus ou positivement; ce choix est d'ailleurs indifférent, car dans aucun cas on ne s'appuie absolument sur ce qu'il y a excès d'électricité, mais on oppose ce cas à l'électrisation inverse; l'oppositiou existerait également, si l'on avait fait les conventions inverses.

Tout se passe comme si l'électricité se mouvait avec une extrême facilité dans certains corps que nous avons appelés bons conducteurs et comme si, dans d'autres corps, les mauvais conducteurs, elle éprouvait une grande résistance à son mouvement.

Nous admettons que l'électricité agit à distance sur elle-même par répulsion ou du moins que les choses se passent comme s'il en était ainsi. Nous ne saurions admettre les actions s'exerçant à dislance : il faut évidemment concevoir que la présence de l'électricité en un point modifie d'une certaine façon, que nous ne nous expliquons pas, le milieu ambiant qui, ainsi perturbé de proche en proche, agita son tour sur l'électricité placée en un autre point; mais, une fois cette explication entendue, nous pouvons supprimer l'intermédiaire et raisonner comme s'il s'agissait effectivement d'action à distance.

8. Il est facile de reconnaître que les faits généraux sont aisés à expliquer à l'aide de cette hypothèse.

Aucune action n'apparaît dans le voisinage d'un corps, si celui-ci contient la quantité normale d'électricité (qui est caractérisée justement par le manque d'effet produit); il n'en sera plus de même, si cette quantité change, car ce changement modifiera toutes les actions réciproques de l'électricité du corps, de celle du milieu ambiant, de celle des corps voisins. Ce changement pourra se produire de diverses manières : 1° par une action quelconque, mécanique, calorifique, chimique, entre deux corps non électrisés ; la quantité d'électricilé qu'ils possédaient n'est pas changée, mais elle subit une variation dans la distribution pour une raison inconnue; l'un des corps en reçoit plus qu'il n'en avait, il s'cleclrise positivement, mais cela ne peut avoir lieu que si l'autre en perd, s'il devient électrisé négativement. Nous avons dit que, en effet, toujours les corps dans ces cas étaient électrisés contrairement.

2" Le corps non électrisé est mis en contact avec un corps électrisé en plus

ou en moins; dans le premier cas, ce corps cède une partie de son électricité pour arriver à un état d'équilibre, il est donc moins électris'é, mais l'autre <ra.<yne ce que celui-ci perd, il doit donc s'électriser en plus, c'est-à-dire comme le corps électrisant. Le résultat est semblable dans l'autre cas.

9. Le point capital que doit expliquer l'hypothèse que nous développons, c'est les attractions et les répulsions qui s'exercent entre les corps électrisés contrairement ou semblablement (nous parlerons plus tard seulement de l'attraction des corps légers, phénomènes complexes). Cette explication est aisée, si l'on imagine que le milieu ambiant, comme les corps, contient une certaine quantité d'électricité, et que, comme cela se présente pour la pesanteur dans le cas des corps plongés dans un liquide (principe d'Archimède), comme il semble aussi arriver pour les actions magnétiques {voy. Diamagnétisme), l'action produite sur un corps A par un autre corps B n'est que la différence entre l'action exercée réellement par l'électricité de B sur l'électricité de A et l'action qui serait exercée par l'électricité de B sur l'électricité du milieu ambiant qui occuperait la place de A, si celui-ci n'y était pas.

En appliquant ces considérations à des points matériels, on arrive facilement* à se rendre compte des phénomènes d'attraction et de répulsion, et l'on voit que ces actions sont déterminées par la différence en plus ou en moins entre

1 Considérons un point matériel électrisé A, c'est-à-dire contenant, en plus de la quantité normale d'électricité e qu'il doit contenir, une quantité a, de telle sorte qu'il possède e + a d'électricité : a sera positif, si le corps est électrisé positivement, il sera négatif dans le cas contraire. Si ce point est seul dans l'espace il ne subira aucune action de la part du milieu ambiant, par raison de symétrie.

Supposons que dans le voisinage on place im autre point matériel B dont s serait la quantité normale d'électricité et qui en contiendrait actuellement s + a, a pouvant comme a et dans les mêmes conditions être positif ou négatif.

Concevons par la pensée un espace W symétrique de B et contenant la quantité normale d'électricité. Quelles seront les actions subies par A? Il est clair que celles produites par l'espace entier, sauf B et B', se détruisent par raison de symétrie, et que nous n'avons à nous occuper que des actions exercées sur A par B et par B'.

Admettons que, comme il sera dit plus loin, les actions soient proportionnelles aux produits des quantités d'électricité : la distance n'a pas à intervenir, puisqu'elle est la même de part et d'autre.

Convenons de compter positivement les forces qui tendent à éloigner A de B et évaluons ces forces, k étant un coefficient dépendant de la distance.

Action de rélectricité de B sur l'électricité de A k{i-\-a.)(e + a)

Action âe l'éleclricilé de B sur celle du milieu qu'occupe A. k{i-i-a) e

L'action de B sur A est la différence de ces deux forces, comme il est dit ci-dessus, soit A'[(e-i-a){e + a) — (£4-a)e]

D'aulre part :

Action de rélectricité de B' sur l'électricité de A — Aftfe + a)

Action de l'électricité de B' sur celle du milieu qu'occupe A. — kt.e

L'action de B' sur A sera donc — k\t{ii-^a) — ee)

et la résultante F, force à laquelle k sera soumis, sera la somme algébrique de ces deux composantes : donc

ou, toutes réductions faites :

f =^ kax.

On voit que le signe de F, c'est-à-dire le sens de la force, dépend des signes de a et de «. Si a et a sont de même signe, tous deux positifs ou tous deux négatifs, c'est-à-dire si

l'électricité que possède un corps et celle qu'il posséderait, s'il était à l'état normal. Ce sont ces différences que nous appellerons charges électriques, quantités d'électricité dont un corps est chargé. Un point matériel est à ïétat neutre, il ne peut produire aucune action s'il ne contient que la même quantité d'électricité que contiendrait le milieu ambiant.

Les choses ne se passent pas aussi simplement, s'il s'agit non àejwints, mais de corps électrisés; les attractions ou répulsions sont précédées d'actions d'influence dont nous parlerons par la suite.

10. Lois des attractions et répulsions électriques. Quantités d'électricité. L'observation montre rapidement que les attractions et les répulsions qui se produisent entre les corps électrisés n'ont pas toujours la même valeur; elles varient avec la distance pour deux corps électrisés donnés, diminuant quand celle-ci augmente, et inversement. D'autre part, à la même distance, elles changent pour deux corps avec les conditions de l'éiectrisation, avec le temps qui s'est écoulé depuis l'éiectrisation, avec les contacts qui ont pu se produire entre ces corps ou avec d'autres corps ; on explique ces différences en admettant que les corps avaient des charges d'électricité différentes, qu'ils possédaient des quantités différentes d'électricité.

Coulomb le premier a recherché les lois qui régissent ces actions : les forces qui interviennent dans ces expériences étant minimes, il fallait pour les mesurer employer des appareils très-sensibles. Coulomb effectua les mesures de ces forces en les équilibrant par les forces qui prennent naissance dans un -fil élastique que l'on tord, forces qui sont proportionnelles aux torsions. Nous ne décrirons pas l'appareil qu'il construisit à celte occasion, la balance de torsion; nous renvoyons pour celte description, comme pour le détail des expériences, à un traité de physique ou à un traité d'électricité ; nous nous bornerons à donner les énoncés des lois après avoir insisté sur quelques remarques essentielles.

Pour ne pas compliquer la question des effets de distribution d'électricité et d'influence dont nous parlerons plus loin, il faut opérer sur des corps de trèspetites dimensions que l'on puisse assimiler à des points matériels.

11. Aucune remarque particulière n'est à faire sur la première loi qui donne les relations entre les actions et les distances, mais il n'en est pas de même sur la deuxième; il importe de remarquer que jusqu'à l'étude de cette loi rien ne conduit expérimentalement à la notion précise de quantité d'électricité. On conçoit, puisque l'on admet un agent spécial, que cet agent puisse se trouver en proportion variable, mais on n'est pas conduit à la notion de mesure; c'est la variation d'action, répulsive ou attractive, à la même distance, qui introduit ki nécessité de cette donnée. On peut raisonner à priori en admettant que l'électricité se trouve en quantité invariable, se répartissant diversement entre des corps; on est conduit alors à admettre que, si on met un corps éleclrisé en

A et B sont électrisés semblablement, on voit que F sera positif, c'est-à-dire que A tendra à s'éloigner de B, il y aura répulsion.

Mais, si a est positif et a nég-atif, ou invei'sement, F sera négatif; les coi^ps sont électrisés contrairement et d'après la convention faite sur le signe de F, il y a attraction. Ces résultats sont conformes aux faits expérimentaux qu'ils expliquent On remarquera que, bien que les actions élémentaires soient proportionnelles aux quantités totales d'électricité e-fa et e + a, quantités inconnues, car rien ne nous permet de déterminer e et s, les forces observées qui produisent les attractions ou les répulsions ne dépendent que de a et de a., c'est-à-dire des différences observables et mesurables expérimentalement entre l'état électrique des corps et l'état ambiant: ce sont ces différences qui sont désignées sous le nom de charges électriques.

ELECTRICITE. lOû

contact avec un corps identique, mais non e'Iectrisé, après la séparation chacun de ces corps aura une charge qui sera la moitié de la charge primitive. En étendant cette idée, on arrive à l'idée de rapport entre des charges électriques et par suite à l'idée de mesure. La deuxième loi de Coulomb suppose implicitement cette idée. Mais il imporle de remarquer que l'on peut ne pas admettre celte idée à priori sur l'invariabilité de la quantité d'électricité : alors on est conduit à définir la quantité d'électricité par la grandeur de l'action, attractive ou répulsive, qu'elle produit à une dislance déterminée, cette quantité étant supposée proportionnelle à la force que l'on mesure ; en se plaçant à ce point de vue, le second énoncé ne représente pas une loi, c'est une définition, c'est l'énoncé qui définit les quantités d'électricité.

Sous ces réserves, voici l'énoncé des lois qui régissent les attractions et les répulsions électriques, lois qui sont désignées généralement sous le nom de lois de Coulomb :

Première loi. Les attraction?, et répulsions électriques varient en raison inverse du carré de la distance.

Deuxième loi. Les attractions et répulsions électriques sont proportionnelles aux quantités d'électricité en présence.

Si f représente la grandeur de la force qui prend naissance entre deux quantités d'électricité e et e' situées à la dislance d, on a, © étant une constante :

On voit aisément que l'on a /"= ç, si Ton donne à e, é et d, des valeurs égales à 1, c'est-à-dire que cette constante cp représente l'action exercée par X unité d'électricité sur l'unité d'électricité située à l'unité de distance. Cette notion conduit à la détermination d'une unité d'électricité dans un système rationnel (ju'on appelle système absolue

12. Déperdition de V électricité . Lorsque l'on détermine à l'aide de la

* On peut définir l'unité d'électricité : la quantité qui, agissant sur une quantité égale à une distance égale ;i l'unité de longueur, produit une force égale à l'unité de force. Dans ce cas, ou a évidemment u^ 1 et l'équation prend la forme plus simple :

Pour compléter cette idée il faut ajouter que l'unité de longueur adoptée est le centiméti'e et que l'unité de force est la force qui, agissant sur une masse del gramme, lui communique en 1 seconde une accélération de 1 centimètre : cette unité de force est ce qu'on appelle la

dijne. On reconnaît aisément que la dyne est représentée par une force de 1^' x J-^t

soit de 0s%0010194.

Le système des unités employées dans les mesures électriques est ce que l'on nomme (assez improprement) un système d'unités absolues ; dans un tel système, les unités diverses sont choisies de manière à se correspondre.

Le système absolu qui, proposé par la British Association d'une manière générale, a été adopté par le Congrès international des électriciens (Paris, 1881), est défini par le choix des trois unités fondamentales : le cenlimèlre pour unité de longueur, la masse du gramme pour unité de masse et la seconde pour unité de temps. On le désigne abréviativement par le nom de système C. G. S. [Centimètre-Gramme-Seconde).

L'unité de quantité d'électricité que nous venons de définir appartient à ce système : il importe de dire que ce n'est pas elle dont on fait usage dans toutes les recherches électriques : elle n'est utilis'e que pour les expériences d'électricité statique et appartient au système peu employé des mesures électro-statiques.

balance de Coulomb la force répulsive, par exemple, qui existe entre deux corps électrisés que l'on abandonne à eux-mêmes, on reconnaît que cette force diminue assez rapidement, c'est-à-dire que les charges clectriques diminuent sur les corps en présence ; il y a pour chaque corps une tendance à revenir à l'état d'équilibre avec le milieu ambiant ; c'est ce que l'on appelle une perte (cette expression prise dans le sens vrai du mot ne conviendrait pas toujours; elle est justifiée lorsque le corps considéré est chargé positivement, car le retour à l'état d'équilibre correspond vraiment à une perte; elle ne devrait pas s'appliquer dans le cas inverse, car un corps électrisc négativement ne perd rien en se rapprochant de l'état d'équilibre, au contraire. Cette expression, qui se rapportait à la théorie des deux fluides, peut être conservée sans inconvénient, s'il est entendu qu'elle doit être prise non dans son sens vrai, mais pour exprimer que le corps se rapproche de l'état d'équilibi'e ; il serait préférable cependant d'employer des mots nouveaux pour des idées nouvelles et de ne pas conserver dans les théories récentes des expressions qu'il faut détourner de leur sens littéral). En étudiant la question, Coulomb reconnut que cette perte se produit à la fois par l'air et par les supports qui ne sont pas des isolants parfaits. 11 étudia les lois qui régissent ces pertes, de manière à se placer dans des conditions où on peut les négliger, ou à pouvoir les calculer à l'aide de formules de manière à en tenir compte dans les résultats des expériences. Nous n'insisterons pas et, à l'avenir, nous supposerons que ces corrections auront été faites toutes les fois qu'elles seront nécessaires.

15. Distribution de V électricité. La distribution de l'électricité se fait dans des conditions très-différentes, suivant qu'on la considère dans des corps bous ou dans des corps mauvais conducteurs.

Dans le cas des corps mauvais conducteurs, il y a peu d'indications précises à donner, l'électrisalion que l'on a produite à la surface par frottement ou paicontact se propage plus ou moins lentement dans l'intérieur du corps où elle peut subsister. Si la surface est ramenée à l'état neutre, l'éleclrisation se reproduira peu à peu superlicieltement, disparaissant ainsi de la partie centrale. On pourra même faire pénétrer dans le corps des électrisations contraires qui peu à peu reparaîtront à la surface, produisant des effets opposés.

Il en est tout autrement des corps bons conducteurs dans lesquels la répartition de la charge électrique se fait suivant des lois parfaitement précises, que Coulomb a déterminées par l'expérience et auxquelles Poisson a été conduit pur le calcul en se basant sur les lois élémentaires de Coulomb que nous avons données plus haut.

On reconnaît tout d'abord que, dans les corps bons conducteurs, l'électricité se porte à la surface et que, à leur intérieur, on ne peut mettre en évidence aucune trace d'électrisation ; le fait est facile à mettre en évidence par de nombreuses expériences.

Mais cette indication ne suffit pas, il s'agit de reconnaître comment se fait celte distribution superficielle ; pour déterminer la quantité d'électricité qui existe en un poiut, Coulomb emploie le plan d'épreuve. On désigne sous ce nom un petit disque ou une petite sphère de métal portée à l'extrémité d'une tige isolante, en gomme laque, par exemple; on applique la partie métallique au point que l'on veut étudier et, lorsqu'on la retire, elle s'est électrisée par contact. Coulomb avait admis, et a vérifié expérimentalement ensuite, que le plan d'épreuve se charge proportionnellement à la quantité d'électricité qui

ELECTRICITE. Hl

existait au point touché. En portant le plan d'épreuve dans la balance de torsion, on peut déterminer la quantité d'électricité qu'il contient; en répétant l'expérience en divers points, les nombres fournis par la balance de torsion sont proportionnels aux quantités d'électricité qui existaient en ces points (nous supposons faites, comme nous l'avons dit, les corrections relatives à la déperdition).

14. Pour énoncer sous une forme simple les résultats obtenus, Coulomb, assimilant l'électricité à un gaz qui formerait une couche d'épaisseur uniforme à la surface du corps, imaginait que la densité y variait d'un point à l'autre proportionnellement aux nombres qui mesurent les quantités.

Poisson, dans ses recherches théoriques, assimilait l'électricité à un liquide ou à un gaz de densité uniforme, mais constituant une couche à'épaisseur variée, épaisseur proportionnelle à la quantité d'électricité existant en chaque point. On se sert plus généralement de ce mode de représentation.

Imaginons une molécule chargée de l'unité d'électricité et placée à la surface d'un corps électrisé en un point ; elle sera repoussée (ou attirée) par la charge électrique qui se trouve sur le corps; la force qu'elle subit est ce que l'on appelle la tension électrique. Elle dépend de la quantité d'électricité au point considéré.

On voit que la densité électrique en un point, l'épaisseur électrique, la tension, sont définies par la quantité d'électricité au point considéré; mais, tandis que les deux premiers éléments ne peuvent être déterminés expérimentalement, que ce sont des données abstraites, il n'en est pas de même de la tension qui peut être mesurée expérimentalement, on peut du moins le concevoir.

L'étude de la distribution de l'électricité montre d'abord que la répartition est indépendante de la charge absolue, autrement dit que, si la quantité d'électricité vient à changer, les épaisseurs aux divers points varieront, mais toutes dans le même rapport. Il en résulte que le rapport des charges totales d'un corps dans deux circonstances différentes sera le même que le rapport des épaisseurs (ou des densités, ou des tensions) en un même point, quelconque d'ailleurs.

Nous n'indiquerons pas tous les cas qui ont été étudiés et nous nous bornerons aux remarques suivantes :

La tension (ou l'épaisseur, ou la densité) électrique est la même en tous les points d'une sphère isolée.

Elle n'a pas la même valeur aux divers points d'un corps de forme quelconque ou d'une sphère qui est en contact avec d'autres corps.

D'une manière générale, la tension varie comme la courbure de la surface aux divers points; elle est la plus grande au bord des plaques, à l'extrémité du grand axe d'un ellipsoïde, aux parties pointues, comme le sommet d'un cône, etc.

15. Dans l'air sec et à une pression déterminée, une charge électrique donnée ne peut subsister sur un corps que si en aucun point la tension ne dépasse pas une certaine valeur qui croit avec la pression; il suffit évidemment que cette valeur ne soit pas atteinte pour le point oii la tension est la plus grande. Dans le cas où le corps présente une pointe, la tension y a toujours une valeur telle, que l'équilibre électrique se rétablit, quelle que soit la charge et quelle que soit la pression ; le corps est déchargé. C'est là ce qui constitue le pouvoir des pointes.

Dans le voisinage des pointes, les molécules d'air viennent s'électriser par

contact et se trouvent soumises à une répulsion assez forte pour chasser ces molécules malgré la résistance au mouvement qu'offrent les molécules voisines. C'est ce mouvement de l'air repoussé par la pointe qui constitue ce que l'on nomme le vent électrique ; par suite de la réaction, la pointe se trouve soumise à une force inverse qui la met en mouvement, si elle est mobile comme dans le tourniquet électrique.

16. Influence électricjue. Lorsqu'un corps électrisé est placé dans le voisinage de corps, isolés ou non, électrisés ou non, il provoque dans ces corps des modiiications électriques, des variations dans la répartition de l'électricité, il agit sur eux par influence. Mais en même temps qu'il est influençant il est aussi influencé, c'est-à-dire que sa charge électrique subit des variations de répartition ; la question d'influence est due à ce que tout se passe comme si l'électricité agissait à distance, et les problèmes qui se posent sont du même genre que ceux qui se rattachent à la distribution de l'électricité : c'est la distribution de l'électricité dans un système de corps voisins.

Nous signalerons seulement les cas les plus simples et les plus importants et, par exemple, nous supposerons qu'il s'agit toujours de corps bons conducteurs.

Considérons un corps conducteur isolé BC et soit A un point matériel électrisé, positivement, par exemple, que l'on approche à une certaine distance. L'équilibre

Fis. 2.

qui existait dans le corps BG sera troublé et il se produira, par suite de la répulsion exercée par A, un mouvement de l'électricité de B vers C qui produira en B un déficit, c'est-à-dire une charge négative, et en C un excès, c'est-à-dire une charge positive. Il y aura donc sur le conducteur dans la partie voisine du point influençant une charge contraire à celle de ce point, et sur la partie la plus éloignée une charge semblable. Une analyse complète des forces qui interviennent (1) montre que cette électrisation par influence est nécessairement

1 Soit m une molécule électrique du corps BC, elle est repoussée par le point A électrisé positivement (elle serait attirée, si A était chargé négativement) ; au début, soumise à cette seule force, elle s'éloignera, donnant en B une électrisation négative et en C une électrisation positive. )Iais, bientôt à la force répulsive a exei-cée par A s'ajouteront pour une molécule m une force attractive b émanée deB et une force l'épulsive c émanée de G; ces deux forces ont des actions concourantes et opposées à celle de a, elles croissent d'ailleurs au fur et à mesure que les charges augmentent en B et C par le fait même de l'influence; lorsque leurs valeurs sont telles que l'on a a = b + c, elles se détruisent; les molécules électriques

\lô

limitée comme grandeur; on reconnaît aise'ment aussi que le re'sullat serait le même, mutatis mutandis, si le point A e'tait électrisé négativement.

Cette double éloctrisalion de BC est produite par la charge de A: si on éloigne A ou si on le décharge, toute action d'influence cesse immédiatement et le corps BC revenant à sou état primitif ne présente plus aucune trace d electrisation.

i 7. Si BC, au lieu d'être isolé, est en communication avec le sol, l'effet exercé par A sera le même d'une manière générale, mais, à cause de la présence du

Fis. 3.

réservoir commun, la charge contraire à celle de A sur la partie la plus voisine de ce point sera seule perceptible. On démontre et l'expérience vérifie que, dans ce cas, la charge de B est plus considérable que dans le cas précédent. Si on éloigne A ou qu'on le décliarge, le corps BC reprendra son état primitif et reviendra à l'état neutre. Mais il n'en sera plus ainsi, si, avant d'éloigner A, on

Fis. i.

a rompu la communication de BC avec le sol : ce conducteur conservera nécessairement la charge électrique qu'il possédait par suite de l'action de A, seulement, cette action ayant disparu, il se fera une autre répartition de l'électricité. Ce fait est très-important, car il nous fournit un moyen différent de ceux que nous connaissions déjà d'électriser un corps; on remarquera que, à l'inverse

telles que m ne sont plus soumises à aucune force, l'influence est arrivée à son maximum, son effet est terminé.

Si BC communique avec le sol, la force c manque et l'équilibre n'est atteint que lorsque l'on a a =6, ce qui exige que l'influence amène en B une charge plus considérable que dans le cas précédent.

rrcr. EN-c. XXXIIl. 8

iU ELECTRICITE.

de ce qui avrive pour l'électrisation par contact, le conducteur BC est chargé contrairement à A, d'une part, et d'autre part que cette éiectrisation s'est produite sans que A ait subi aucune modification dans sa chargea

11 se produira des effets du même genre, mais plus complexes, si à la suite du conducteur BC on en place un second, un troisième.

18. Les résultats sont moins simples à énoncer d'une manière générale, si l'influence s'exerce sur un corps déjà électrisé; on peut cependant arriver à se rendre compte aisément des effets qui se produisent, en imaginant que l'influence se produit comme si le conducteur influencé n'était pas électrisé et que, en chaque point, la charge effective est la somme algébrique de celle qu'il possédait par son éiectrisation primitive et de celle que l'influence lui a communiquée.

Si le point influençant A est remplacé par un corps électrisé, la question se complique encore : en effet, la distribution sur A change nécessairement par suite des charges qui se manifestent sur BC, et ces changements à leur tour exercent une certaine influence qui modifie la répartition sur BC. II suffit d'indiquer ce résultat sans insister.

19. En réalité, lorsqu'un corps électrisé A est placé dans le voisinage d'un conducteur BC, il n'agit pas seulement sur ce conducteur : il agit également sur l'opérateur, sur les parois de la pièce où l'on fait l'expérience, etc. Faraday a montré par d'ingénieuses expériences que la charge totale développée par influence sur tous les corps influencés mis en contact avec le sol, charge qui est contraire à celle du corps influençant, lui est égale en quantité ; que, par suite, réunies, ces deux chai'ges se neutraliseraient exactement.

20. En réalité, dans les effets d'influence, il n'y a pas seulement à tenir compte de la distance qui sépare le corps influent du corps influencé, mais aussi de la nature du milieu interposé. Dans les conditions ordinaires, ce milieu est l'air, mais on peut le remplacer en totalité ou sur une certaine étendue par d'autres substances, par exemple, en intercalant une lame d'un corps quelconque qui remplace une lame d'air de mêmes dimensions. Les effets observés sont très-différents suivant les circonstances.

Si l'on interpose une lame d'un corps mauvais conducteur, verre, soufre, résine, etc., l'influence se manifestera comme avant cette interposition, mais avec une autre intensité ; la lame a joué un rôle spécial différent du rôle que jouait la lame d'air. Les données relatives à ces effets ne sont pas encore trèsprécises.

Si l'on interpose une lame conductrice mince isolée, on n'observe aucun changement dans l'influence; l'influence primitive subsiste; de plus, la lame métallique a aussi subi l'influence et agit sur le conducteur, il est vrai, mais les deux charges qui s'observent sur les faces de cette lame sont égales et contraires, elles sont à peu près à la même distance du conducteur, leurs effets se détruisent donc et tout se passe comme si la lame n'existait pas. 11 n'en est pas ainsi, si la lame métallique est isolée, car alors il n'y a plus qu'une charge; le conducteur est alors soumis à l'action du corps influençant et à l'action opposée de la lame dont la charge est moindre que celle du corps influençant, mais agit

1 II faut, bien entendu, que cette chai-ge électrique rendue libre sur BC corresponde à une dépense d'énergie effectuée : on la trouve en effet dans le travail mécanique nécessaire pour éloigner A de BC (il y a attraction entre ces corps chargés contrairement), travail qu'il n'eût pas fallu dépenser, si BC n'avait pas été électrisé.

Fig. 5.

à une moindre distance. On démontre, et l'expérience ve'rifie qu'il y a exactement compensation : il ne se produit donc aucune action d'intluence.

Cette remarque explique pourquoi il est bon de placer sous une cloche en toile métallique en communication avec le sol les appareils électriques délicats placés dans le voisinage de machines ou de batteries électriques et qui pourraient être détériorés, même à distance, par leur influence.

21. pjledroscopes. Les phénomènes d'influence sont utilisés dans le mode ordinaire de fonctionnement des électroscopes.

On désigne sous le nom (V électroscopes des appareils destinés à reconnaître si un corps est électrisé et à reconnaître la nature de son électrisation. Le pendule électrique plus ou moins modifié dans sa forme est un électroscope, mais on se sert surtout de Vélectroscope à feuilles d'or.

Cet appareil se compose essentiellement d'une tige métallique BB' terminée à sa partie supérieure par une boule et supportant à sa partie inférieure deux minces feuilles d'or a,b de quelques millimètres de largeur; une cloche de verre C protège ces feuilles contre l'agitation de l'air.

A l'état neutre, ces feuilles pincées par leur extrémité supérieure lombent verticalement, accolées l'une à l'autre; si le bouton et la tige sont électrisés par contact, ou plus généralement par influence, les feuilles d'or électrisées semblablement s'écartent l'une de l'autre. Tel sera l'effet qui résultera de l'approche

du bouton d'un corps électrisé, tandis qu'un corps à l'état neutre n'agira évidemment pas.

Pour reconnaître la nature de la charge d'un corps, on touchera le bouton pendant que l'appareil sera sous l'influence du corps, on enlèvera la main d'abord, puis le corps : les feuilles d'or divergeront, électrisées par influence contrairement au corps. On approchera alors un bâton de résine électrisée : les feuilles d'or divergeront moins ou plus, selon qu'elles seront chargées contrairement ou semblablement à la résine. D'après le mouvement de ces feuilles, on connaîtra leur électrisation, par suite celle du corps.

22, Explication de l'attraction exercée sur les corps légers. L'attraction exercée sur les corps légers par les coi'ps électrisés n'est pas une action simple, elle est toujours précédée d'influence; soit xi un corps qui agit sur la boule B d'un pendule électrique, il y détermine un effet d'influence qui produit au point b le plus voisin une électrisation contraire à celle de A, et au point ¥ le plus éloigné une électrisation semblable; les actions exercées par A sur b et sur b' sont de sens contraire, elles correspondent à des quantités égales d'électricité, mais l'action sur b est plus considérable parce que la distance est moindre, elle détermine donc le mouvement qui est alors une attraction.

Si le pendule est en communiceition avec le sol, la charge de b existe seule, il n'y a rien en b' -■ il y a donc une seule action qui est attractive, mais, comme dans le cas précédent, elle ne se manifeste qu'à la suite de l'influence.

Si le pendule est isolé et qu'il soit préalablement électrisé, l'influence se manifeste également et il convient d'en tenir compte; il peut en résulter des effets complexes, si l'on rapproche beaucoup et très-rapidement le corps électrisé

du pendule : c'est ainsi que, par exemple, on peut produire une attraction en approchant vivement un corps électrisé d'un pendule électrisc' semblablement, mais faiblement. Il nous paraît inutile d'insister; cependant nous conclurons de cette remarque que, lorsque l'on veut étudier l'état électrique d'un corps par le pendule ou par l'électroscope, il convient d'opérer en commençant à de grandes distances et en ne produisant que des déplacements lents.

Les phénomènes d'influence se produisent dans nombre d'autres cas; on ne peut changer l'état électrique d'un corps, ou déplacer un corps électrisé, sans produire des effets d'influence sur tous les corps placés dans le voisinage.

23. Du potentiel en électricité'. Considérons deux corps isolés de forme quelconque dont l'un au moins soit électrisé et placés à une distance assez grande, pour qu'il soit possible de négliger l'influence qu'ils exercent l'un sur l'autre, réunissons-les par un fil conducteur fin. Après un temps très-court il se sera produit, s'il n'existait au début, un état électrique stable. Rompons la communication et étudions ces corps à l'aide de la balance de Coulomb et du plan d'épreuve; nous reconnaîtrons que les quantités d'électricité qui existent sur ces corps ne sont pas égales. L'équilibre électrique dans ces conditions n'est donc pas déterminé par l'égalité des quantités d'électricité.

On reconnaît d'autre part que rien n'aurait été modifié à l'état électrique stable qui s'est produit, si on avait changé le point de contact du fil d'une manière quelconque sur l'un des corps ou sur les deux. 11 en résulte que l'équilibie électrique ne dépend pas delà tension au point touché, puisque nous savons que, sauf sur une sphère, la tension électrique varie d'un point à l'autre.

Il nous faut introduire un nouvel élément auquel on a été conduit par des considérations très-différentes, mais que nous pouvons caractériser expérimentalement en nous reportant à l'expérience précédente.

On dit que deux corps sont au même potentiel lorsque, placés assez loin l'un de l'autre pour que les actions d'influence puissent être négligées et réunis par un fil conducteur fin, ils ne subissent aucune modification dans leur état électrique (nous admettons que ces ccrps ne soient pas susceptibles de reproduire l'électrisation comme le font des piles, par exemple). Dans le cas contraire, on dit qu'ils sont à des yotentieh différents et, par convention, celui qui cède de l'électricité à l'autre est dit être à un potentiel plus élevé que celui qui reçoit de l'électricité. On peut comparer à ce point de vue les corps électrisés à la terre; celle-ci qui, ordinairement au moins, ne nous présente pas de signes d'électrisation, doit être considérée comme contenant cette quantité normale d'électricité qui correspond au milieu ambiant ; les corps électrisés positivement, mis en communication avec le sol, perdent de l'électricité (12), ils sont donc à un potentiel plus élevé que la terre; contrairement, les corps électrisés négativement sont à un potentiel moins élevé que la terre. Sans se préoccuper de l'état électrique absolu de la terre, on est convenu de considérer la terre comme étant toujours au potentiel zéro ; les corps électrisés -h ont donc un potentiel positif (plus élevé que zéro), les corps électrisés — ont un potentiel négatif (moindre que zéro). Le signe qui caractérise l'état électrique d'un corps est le même que celui qui précise le potentiel.

24. Une comparaison permet de se rendre compte de l'idée que l'on peut se faire du potentiel. Imaginons deux réservoirs remplis d'un liquide et réunissonsles par un tuyau aboutissant de part et d'autre à la partie inférieure des réservoirs. Il pourra arriver ou bien que l'équilibre existe immédiatement, ou bien.

au contraire,. qu'il ne sera atteint qu'après qu'une certaine quantité de liquide aura passé d'un réservoir à l'autre. Et ce qui détermine cet état relatif des réservoirs, ce n'est pas la quantité de liquide qui existe dans chacun d'eux, ce n'est pas la pression qui existe au point où débouche le tuyau, car l'équilibre est indépendant de la position de ce point; un autre élément intervient, c'est le niveau. L'équilibre existe ou n'existe pas, suivant que les surfaces libres sont ou ne sont pas au même niveau, c'est-à-dire encore suivant que ces surfaces sont ou ne sont pas à la même distance d'un plan horizontal donné, quelconque d'ailleurs. Cette hauteur de la surface, cette cote, c'est l'analoguedu potentiel électrique. On a pris l'habitude de déterminer conventionnellement les positions des surfaces par rapport à la surface de la mer qui est à la cote zéro; cela correspond au potentiel zéro attribué arbitrairement à la terre, réservoir commun.

25. Considérons deux corps électrisés A et B, le premier étant à un potentiel plus élevé que le second : lorsqu'ils seront réunis par un fil fin, une certaine quantité d'électricité passera de A à B, ce déplacement se produisant sous l'influence d'une force, qui n'est qu'une résultante, mais qu'il suffit de considérer sans s'occuper des forces élémentaires qui sont les composantes. Si on évalue notamment la force qui agirait sur une quantité d'électricité égale à l'unité et passant de A àB, on peut déterminer le travail mécanique correspondant à ce déplacement; cette quantité de travail a été prise pour la mesure de la différence de potentiel entre les corps A et B. En particulier, le travail mécanique correspondant au déplacement de l'unité de quantité d'électricité d'un corps A à la terre a été pris pour mesure du potentiel de A, ce potentiel étant positif ou négatif suivant que le travail mécanique dont il s'agit est moteur ou résistant.

On a pris, pour plus de simplicité, l'unité de potentiel égale à l'unité de tr^ivail mécanique ; c'est là l'unité absolue électrostatique de potentiel^.

De même que pour l'unité de quantité, ce n'est pas là l'unité de potentiel que l'on emploie le plus fréquemment; cette dernière appartient au système d'unités C. G. S. électro-magnétiques; nous aurons l'occasion de la définir plus tard.

26. Mesure du potentiel par les électromètres. L'expérience qui nous a servi à introduire la notion de potentiel pourrait, à la rigueur, servir à mesurer le potentiel, mais on préfère se servir d'appareils spéciaux pour elfectuer cette mesure. Ces appareils sont basés sur différents principes et ne peuvent pas tous servir indilféremment dans tous les cas ; il en est qui ne peuvent servir qu'à mesurer une différence de potentiel qui soit maintenue entre deux points, quoique ces points soient reliés par un conducteur, comme cela se présente dans les piles et les machines d'induction; d'autres au contraire que nous allons indiquer peuvent servir dans tous les cas.

27. L'electronictie de ^y. Thomson se compose essentiellement d'une sorte déboîte incomplète formée de quatre secteurs métalliques placés horizontalement et isolés, A, A', B, B'; ils sont reliés deux à deux par des fils métalliques, de manière que les secteurs opposés soient au même potentiel, soit V^ pour A

* Le travail d'une force est le produit de l'intensité de la force par le déplacement de son point d'application, dans le cas simple où ce déplacement est dans la direction de la force. L'unité pratique de travail mécanique est le Idlogrammèlre, travail correspondant à l'élévation verticale de 1 kilogramme à 1 mètre de hauteur; mais l'unité dite absolue, c'est le travail correspondant à une force de 1 dyne (voy. ci-dessus, note page 100) dont le point d'application se déplace de 1 centimètre ; on l'appelle erg, elle vaut en kilogrammètre 1,0194 xlO-s.

Fis. 6.

et A', V, pour B et B'. Au centre de cette boîte se trouve une légère lame métallique dont la forme a été déterminée par des conditions théoriques et qui est suspendue à un fil passant par son centre; on la maintient à un potentiel assez élevé. Elle est ]ilacée de telle sorte que son axe se trouve au-dessus d'une des séparations diamétrales des secteurs; on voit immédiatement par raison de symétrie qu'elle est alors en équilibre, si les potentiels \\ et V, ont la même valeur; elle subit au contraire l'action d'un couple qui tend à la faire tourner lorsque les valeurs de Vj et de V2 sont inégales. L'étude détaillée des conditions de l'expérience montre que, lorsque les déviations sont petites, elles sont proportionnelles à la différence Vj-V, ; pour mesurer ces déviations, le système mobile porte un petit miroir dans lequel on regarde avec une lunette l'image d'une règle

graduée; les angles dont tourne le miroir et par suite l'aiguille sont alors mesurés avec précision.

Sans entrer dans la description détaillée de l'appareil et des précautions à prendre lors des mesures, il est facile d'indiquer les conditions générales de fonctionnement. L'aiguille est amenée à la position médiane; on s'assure qu'elle y est réellement en l'électrisant d'une part et en chargeant les quatre secteurs réunis de manière à leur donner le même potentiel; l'aiguille ne doit pas se déplacer. On fixe sa position par une visée à l'aide de la lunette; on décharge les secteurs en les faisant communiquer au sol, puis on met respectivement les couples AA' et BB' de secteurs en communication avec les corps que l'on veut étudier et dont \\ et Yj sont les potentiels : l'aiguille est déviée et sa déviation mesurée par une nouvelle visée à la lunette est proportionnelle àY^-Vj.Si donc on connaît à l'avance la déviation correspondant à une différence de potentiel égale à l'unité, on pourra avoir la valeur numérique de Y,-V.2- En particulier, si, par exemple, le couple de secteurs BB' est en communication avec la terre, la déviation donne la valeur du potentiel Y^ du corps qui est relié aux secteurs AA'.

28. Electromètre capillaire de Lipmann. Cet appareil est destiné à mesurer de faibles différences de potentiel : il est basé sur la propriété, observée par M. Lipmann, que la constante capillaire du mercure en contact avec l'acide sulfurique change avec l'état électrique.

L'appareil se compose d'un tube vertical terminé inférieurement par une partie extrêmement fine, plongeant dans une partie renflée contenant de l'eau acidulée au fond de laquelle se trouve une couche de mercure où aboutit un fil de platine, tandis qu'un autre fil de platine pénètre dans le tube vertical que l'on remplit de mercure jusqu'à une certaine hauteur. Le mercure ne s'écoule pas à la partie inférieure par suite de l'action capillaire qui s'exerce dans la partie fine ; on note la position exacte de la surface inférieure à l'aide d'un microscope M dirigé vers la partie effilée et muni d'un réticule.

Lorsque les deux fils de platine sont amenés à des potentiels différents, le niveau du mercure change ; on le ramène à sa position d'équilibre en faisant varier la pression à la partie supérieure; pour cela, on y refoule de l'air dont on mesure la pression à l'aide d'un manomètre, et de la valeur de la pression qui a

reproduit l'état primitif on peut déduire la différence de potentiel. Mais il faut, au préalable, avoir gradué l'appareil par comparaison, parce qu'il n'y a pas proportionnalité entre les différences de potentiel et les variations capillaires.

Fig. 7-3

On a donné diverses formes à cet appareil qui est très-sensible et qui peut rendre des services dans des recberches spéciales, notamment dans les études d'électro-physiologie .

29. Capacité électrique. Une même quantité d'électricité communiquée à des corps différents ne les amène pas au même potentiel : on exprime ce fait en disant que les divers corps n'ont pas la même capacité électrique. On évalue cette capacité en divisant la quantité d'électricité fournie (ou enlevée) à un corps par la variation de potentiel qu'il a subie. Si donc G est cette capacité, Q la quantité d'électricité et Y la différence de potentiel, on a :

ou encore

On voit que l'on aurait C= 1 en faisant E=l et V=1 : l'unité de capacité est la capacité d'un corps dont le potentiel varierait de 1 lorsque la quantité d'électricité qu'il possède varie de \.

La capacité d'un corps dépend non-seulement du corps en lui-même, mais aussi de ceux qui sont dans le voisinage, de leur nombre, de leur disposition, comme nous allons le voir ci-après.

50. Condensation de l" électricité. Lorsque l'on met un corps isolé en communication par un fil métallique avec une source d'électricilé susceptible de fournir de l'électricité à un potentiel déterminé (mnchinc électrique, pile), ce corps se charge jusqu'à ce qu'il ait atteint le même ])olentiel, lu quantité correspondante dépend de sa capacité. Lorsque l'équilibre est allclnt, on dit que le corps est chargé à refus.

Si alors on approche de ce corps A un autre conducteur B en communication avec le sol, on leconnaît que le potenliel de A diminue; que, par suite, si on le met de nouveau en contact avec la source, il pourra recevoir une nouvelle charge avant que l'équilibre s'établisse, avant qu'il ait atteint le potentiel de cette source. La capacité du corps a donc augmenté, par le fait de la présence du conducteur voisin.

Autrement dit encore, la quantité d'électricité nécessaire pour que le corps soit chargé à refus est plus grande dans le second cas que dans le premier. Assimilant ce résultat à ce qui se produirait pour un gaz que l'on renfermerait dans un vase, on a dit que dans le second cas l'électricité était condensée, qu'il y avait condensation de l'électricité.

Comme, d'autie part, la quantité qui s'est ajoutée par cette condensation n'a point changé le potentiel, non plus d'ailleurs que la tension, on en concluait que cette électricité était latente ou dissimidée. Il est facile de reconnaître qu'il n'y a en réalité ni condensation, ni di^simulation, ni aucune action spéciale, et que les faits observés sont la conséquence nécessaire d;i jeu des forces électriques qui se manifestent d'après les lois et les règles que nous avons données.

Soit une source d'électricité capable de maintenir une charge positive, par

Fis. 8.

Fig. 9.

exemple, à un potentiel déterminé Y, et soit A un conducteur isolé, un plateau métallique généralement que nous désignerons sous ie nom de collecteur; réunissons-les par un fil métallique M. L'électricité se répandra sur le collecteur et l'amènera au potentiel Y, car la source aura été maintenue à ce potentiel malgré la communication. Ce résultat qui correspond à la charge à refus est diJ a ce que une molécule m d'électricité située sur le conducteur subit de la part de la source d'électricité une répulsion u égale à la répulsion a qui provient de la charge située sur le plateau collecteur.

Si maintenant on approche de A un plateau métallique B (fig 0) en communication avec le sol et que nous appellerons le condensateur, ce plateau sera influencé par A et il s'y manifestera une charge électrique contraire à celle de A et un peu moindre. Cette charge agira par atti action sur la molécule électrique m et celle-ci qui primitivement était en équilibre se déplacera et arrivera sur A dont elle augmentera la charge. La force répulsive de A sur une molécule électrique m croîlra en même temps que la charge; mais la charge par influence de B croîtra également, quoique moins rapidement (car la quantité influencée en totalité est égale à la quantité influençante de A, mais la charge de B ne représente qu'une partie de la quantité influencée), l'action attractive ,^ de B croîtra donc aussi, mais moins rapidement que la force répulsive de A. Quand ces forces seront devenues fi' et a' telles que leur différence a'-|i' soit égale à ^. qui n'a pas varié, il y aura équilibre et le collecteur de nouveau sera chargé à refus. Mais alors a sera plus considérable que v- et par conséquent que a, la charge qui existera maintenant sur A sera donc plus grande que celle qui existait précédemment.

51. Supprimons maintenant la source électrique et considérons le condensateur chargé dans les conditions où il se trouvait lors de la charge. On comprend aisément que le plateau condensateur B, même séparé du sol, ne peut donner lieu à aucune notion électrique, car il était au potentiel zéro par son contact avec le sol, et rien n'étant changé il a conservé son potentiel, et cela malgré la quantité d'électricité dont il est chargé et qui est pour ainsi dire immobilisée, maintenue par l'action delà charge de A. Le plateau collecteur peut produire des effets électriques, mais ils ne seront pas non plus en rapport avec sa charge actuelle, ils seront les mêmes que ce que. donnait ce môme plateau chargé à lefus lorsqu'il était seul, quoiqu'il eût alors une charge beaucoup moindre. Il doit eii être ainsi, puisque dans les de(jx cas le potentiel est le même, celui de la source électrique; on conçoit que l'effet d'une partie de la charge soit annulé par l'effet inverse de la charge du plateau condensateur. Il n'y a doue, en réalité, aucune dissimulation, bien que les effets observés sur chaque plateau ne soient pas en rapport avec les charges qui s'y trouvent.

Mais, si l'on vient à éloigner les deux plateaux, l'action exercée par la charge de chacun sur la charge de l'autre diminue, les effets s'accroissent pour chaque plateau, le potentiel augmente et, lorsque les plateaux sont assez éloignés pour qu'on puisse négliger les effets d'influence qu'ils exercent l'un sur l'autre, chacun a acquis le potentiel qui correspojid à sa capacité propre et à la charge absolue qu'il a reçue. En particulier, cet accroissemciit de potentiel est produit sur le collecteur, si l'on vient à décharger le plateau condensateur, sans qu'il soit nécessaire d'éloigner celui-ci.

52. Electromètre condensateur. Nous n'avons pas à décrire ici la forme que l'on donne aux condensateurs, non plus que les principales expériences physiques auxquelles ils peuvent servir, ces questions ayant été traitées séparément {voy. Co>DE.\s.\rEur.). Nous montrerons seulement comment le principe de la condensation a été appliqué pour augmenter la sensibilité des électroscopes; l'électroniètre condensateur de Volta que nous allons décrire a rendu de réels services, parce qu'il a donné la possibilité de mettre en évidence des potentiels peu élevés comme on les observe dans les piles, il a beaucoup perdu de son intérêt maintenant qu'on possède des appareils extrêmement sensibles pour effectuer ces mesures.

L'électromètre condensateur comprend un élcctroscope à feuilles d'or dont le bouton est remplacé par un plateau métallique dont la face supérieure est recouverte d'une couche isolante, du vernis à la gomme laque. Un autre plateau métallique porté par un manche de verre est verni de la même façon sur sa face inférieure que l'on applique sur l'autre plateau. Lorsque ces plateaux sont ainsi réunis, ils constituent un véritable condensateur. Mettons le plateau inférieur en communication avec une source d'électricité à un faible potentiel par un fil métallique que l'on appliquera sur sa f;ice inférieure non vernie : si ce plateau était seul, il serait amené au même potentiel que la source, ce qui serait insuffisant pour faire diverger les feuilles d'or. En présence de l'autre plateau que l'on met en communication avec le sol en touchant sa face supérieure avec le doigt, la condensation se produit; le plateau inférieur est bien amené au potentiel de la source avec laquelle il est en communication, mais pour atteindre ce résultat il a fallu une charge plus grande. Si alors on rompt les communications avec le sol et avec la source, puis qu'on sépare les plateaux, le potentiel s'élèvera sur le plateau inférieur et atteindra une valeur bien supérieure à celle qu'il avait, par suite de la diminution de capacité du plateau lorsque le condensateur a été détruit ; le nouveau potentiel peut être suffisant pour produire alors une grande divergence des feuilles d'or.

On a même imaginé un électromèlre à trois plateaux plus sensible que le précédent, mais, comme nous l'avons dit, ces appareils ont actuellement perdu beaucoup de leur intérêt et il est inutile de nous y arrêter davantage.

33. Un condensateur déterminé mis en communication avec une source dont le potentiel conserve une valeur invariable, comme une pile, par exemple, lorsqu'il sera chargé à refus, possédera toujours la même charge : cette propriété peut être utilisée avantageusement dans divers cas et notamment dans certaines recherches physiologiques, alors que l'on veut faire agir des quantités rigoureusement égales d'électricité. En employant des condensateurs de capacités connues et que l'on charge à l'aide de piles qui sont toujours au même potentiel, les charges qu'ils reçoivent et que l'on pourra utiliser sont proportionnelles à leur capacité.

54. Des sources d'électrisation. Nous avons supposé dans tout ce qui précède que l'on avait à sa disposition un appareil susceptible de produire à volonté l'électrisation des corps ; pour certaines expériences, il suffisait d'un bâton de verre ou de résine que l'on frottait, mais dans la plupart des cas cette disposition eût été peu commode ; nous avons même supposé quelquefois que l'on avait une source d'électricité à un potentiel invariable. Quelle sera cette source d'électricité?

On peut avoir recours à des appareils basés sur des principes très-différents et fonctionnant dans des conditions diverses. Les phénomènes auxquels ils donnent naissance sont, à l'intensité près, les mêmes comme nature, et obéissent aux mêmes lois ; ils ne se produisent pas également facilement avec toutes les sources d'électricité parce que les conditions ne sont pas toujours aussi favorables, mais il en est au contraire où les résultats sont également aisés à atteindre dans tous les cas. Nous citerons les étincelles comme exemple du premier cas, les condensations comme exemple du second cas.

Il est difficile de trouver une base rationnelle de classification des appareils capable de produire une différence de potentiel donnée, c'est-à-dire de transformer en énergie sous la modalité électrique une énergie d'une autre nature.

Si l'on se base sur la nature de l'énergie dont la transformation est la cause des phénomènes électriques, nous aurons les piles hydro-électriques dans lesquelles les manifestations électriques sont le résultat d'actions chimiques, et les piles thermo-électriques oii ces manifestations sont le résultat d'actions calorifiques: mais il faudra réunir dans une même classe correspondante à la transformation de l'énergie mécanique des appareils hases sur des principes très-différents, comme les machines à frottement (Ramsden, Nairne, etc.), les machines par influence (Holtz, Tœpler, Voss, électrophore, etc.), et les machines d'induction, magnéto et dynamo-électriques. Cette classificatioa est peu satisfaisante. On a divise autrefois les sources d'électricité en deux groupes : Les machines, qui donnent de l'électricité à haute tension et en petite quantité ; nous dirions plutôt maintenant qui peuvent fournir des charges à un potentiel élevé, mais qui ne reproduisent que lentement ce potentiel lorsque l'appareil a été déchargé ; telles sont les machines à frottement :

Les piles, qui donnent de l'électricité à faible tension, mais en grande quantité; nous disons maintenant qui produisent de faibles différences de potentiels, mais qui reproduisent instantanément cette différence lorsqu'elle a disparu — telles sont les piles hydro et thermo-électriques.

Mais que faire, dans cette classification, des machines par influence qui donnent des tensions moindres que les machines, mais de beaucoup plus grandes quantités d'électricité? Que faire des appareils d'induction qui peuvent aisément donner de fortes tensions et de grandes quantités d'électricité?

Nous .n'insisterons pas davantage sur ces difficultés de classification, nous nous bornerons à dire que, assez arbitrairement d'ailleurs, mais conformément aux usages établis, les diverses sources d'électricité sont étudiées dans quatre articles différents : Machines électriques, Piles, I>ductio>' et Thermo-électricité. Nous ne nous préoccuperons donc plus de la forme de l'appareil employé et nous allons examiner les effets qui peuvent se produire dans des circonstances déterminées.

55. Décharges disniptives : étincelles. Lorsque l'on approche l'un de l'autre deux corps dont l'un au moins est électrisé, l'influence se produit, des électrisations contraires se manifestent dans les points les plus rapprochés et s'accroissent au fur et à mesure que la distance diminue : la tension électrique va donc s'accroître en ces points et pourra devenir assez forte pour vaincre la résistance opposée par la couche d'air. Des cas différents peuvent se présenter suivant les circonstances, notamment suivant que les corps électrisés sont ou non susceptibles de reproduire l'électrisation; nous laisserons de côté le cas où l'électrisation peut se reproduire d'une manière instantanée et continue, et dans lequel il se produit le phénomène de l'arc voltaique dont nous parlerons plus tard, et nous considérerons le cas où l'électrisation n'est pas reproduite ou n'est reproduite que lentement.

Les résultats diffèrent suivant la forme des corps et la pression de l'air; lorsque l'un des corps ou les deux présentent des pointes, des parties aiguës, l'équilibre électrique se produit lentement; il n'en est pas de même, si les corps en regard ne présentent pas de pointe, il y a alors un retour brusque à l'état d'équilibre électrique : c'est ce que l'on appelle la décharge disruptive qui se manifeste par l'étincelle.

Si l'un des corps est terminé par une pointe, la tension y acquiert très-rapidement une grande valeur et l'équilibre commence à se rétablir, mais l'effet

est continu et au bout de quelques instants les corps en présence sont déchargés sans qu'il se soit produit aucun effet brusque ; le phénomène donne cependant lieu à des effets particuliers, notamment à des effets lumineux peu intenses et qui ne sont visibles que dans l'obscurité : c'est là ce qui constitue les aigrettes électriques dont la forme et la couleur varient avec les circonstances de l'expérience.

S'il n'existe pas de pointe, lorsque la distance sera assez petite, brusquement la tension électrique vaincra la pression atmosphérique et l'équilibre se rétablira entre les corps en présence par une étincelle : cette étincelle est caractérisée par un trait lumineux, souvent multiple, qui apparaît entre les corps pendant un temps extrêmement court (que Wlieatstone a évalué à 0,000001 de seconde), a une forme caractéristique, en zigzag, produit un bruit sec, plus ou moins intense, qui peut n'être qu'un crépitement, et est susceptible de donner naissance à des effets calorifiques et chimiques.

L'intensité de l'étincelle électrique dépend de la grandeur des quantités d'électi'icité qui interviennent et les effets peuvent être considérables, comme il arrive dans les décharges des grands condensateurs ou dans les décharges des nuages électrisés, ce qui constitue la foudre {voy. FdlguratiOiN-).

56. Si un corps est mis en communication avec une machine qui reproduit lentement l'éiectrisation, ne mettant à chaque instant en mouvement que de faibles quantités d'électricité, après qu'une étincelle aura éclaté, il faudra un certain temps pour que la charge ait repris la valeur qui est susceptible d'amener l'étincelle, ce n'est qu'après ce temps qu'une étincelle éclatera à nouveau : on aura donc une série d'étincelles se succédant à des intervalles de temps plus ou moins l'approchées. Ces étincelles seront d'autant plus rapprochées que le débit de la machine sera plus grand (elles seraient continues dans le cas dts piles dont le débit est extrêmement grand) ou que la pression atmosphérique sera plus faible, parce que alors une moindre charge amènera la tension suffisante pour vaincre la résistance de l'air. Aussi, si l'on met les conducteurs entre lesquels jaillit l'étincelle dans un vase où l'on peut faire le vide, et que l'on fasse marcher continûment la machine, on reconnaît que l'on a des étincelles plus fréquentes et plus longues au fur et à mesure que l'on raréûe l'air davantage; si même on arrive à réduire la [iression à la valeur de quelques millimètres, on a une succession continue d'étincelles illuminant tout le vase dans l'obscurité : c'est là ce qui constitue l'œuf électrique.

La continuité de l'effet peut n'être pas absolue d'ailleurs : il suffit que les étincelles se succèdent assez rapidement pour qu'elles nous paraissent continues en vertu de la persistance des impressions sur la rétine, c'est ce qui se produit lorsque les étincelles sont dues à l'aclion de machines d'induction à courants alternatifs qui sont employées dans l'ÉcLAn'.AGE électrique ; elles sont certainement discontinues et l'effet paraît absolument continu.

La question présente quelques difficultés lorsque la raréfaction est poussée très-loin; il est inulile d'insister ici.

57. Décharge conduclive : courant. Nous avons supposé qu'on rapprochait deux corps dont l'un au moins était électrisé ; étudions le cas où ces corps restant immobiles on les relie par un conducteur; le conducteur au moment oiî l'on établit le contact pourra donner lieu à des étincelles à ses extrémités : négligeons-les pour nous occuper de ce qui se produit dans le conducteur même.

Considérons deux points qui sont à des potentiels différents et que nous réunissons par un fil conducteur ; d'après ce que nous avons admis, l'électricité se

portera du corps où le potentiel est le plus élevé au point oîi il est le moins élevé; assimilant toujours l'électricité à un fluide, nous dirons qu'il y a un courant électrique qui a traversé le fil, le sens de ce courant étant détermine par ce que nous imaginons du mouvement de l'électricité, c'est-tà-dire que le courant va du point oh le potentiel est le plus élevé au point où le potentiel est le moins élevé*. Mais des cas différents peuvent se présenter que l'on peut faiie concevoir en employant une comparaison que nous avons déjà faite.

1" Les corps considérés ont des charges déterminées qui ne se renouvellent pas : le courant s'établira et cessera lorsque les corps auront atteint le même potentiel (ce que l'expérience montre arriver très-rapidement) sans qu'il ait pu s'établir un régime permanent dans le conducteur. 11 y a eu décharge d'un des corps sur l'autre ; on lui a donné le nom de décharge conductive; par opposition à ce qui se produit lorsqu'il y a étincelle.

C'est là un cas analogue à celui de deux réservoirs de capacités déterminées où le liquide serait à des niveaux différents et que l'on réunirait par un tube de communication ; un courant prendrait naissance jusqu'à ce que les surfaces aient atteint la même cote, qu'elles fussent au même niveau. La durée de ce courant dépendrait de la différence de niveau et de la capacité, mais il ne pourrait s'établir de régime permanent, car la différence de niveau varie constamment.

2» Les deux points considérés sont maintemis à des potentiels invariables, la source fournissant des charges suffisantes pour parer à tous les débits. Dans ce cas, le courant une fois établi ne cessera pas tant que la communication durera : au début, il y aura une période de débit variable, mais après quelque temps il s'établira un régime permanent qui subsistera jusqu'au moment où l'on rompra la communication ; à ce moment il y aura encore un mouvemeiit électrique dans les deux parties du fil, car l'équilibre ne sera atteint que lorsque dans chaque portion de fil le potentiel sera dans tous les points égal à ce qu'il est au point de départ ou d'arrivée auquel aboutit cette portion.

Considérons deux réservoirs contenant du liquide à des niveaux différents et dans lesquels des machines versent de l'eau ou en enlèvent de manière à maintenir les niveaux à des cotes invariables, quoi qu'il arrive. Si on réunit les réservoirs par un tube, au moment où la communication sera établie un courant s'établira. Au début, pendant un certain temps, les vitesses varieront en chaque point, puis un peu plus tard il se sera établi un régime permanent, la vitesse restera constante en chaque point ; si on ferme le robinet qui interrompt la communication, il y aura également une nouvelle période d'état variable.

Ce cas correspond à celui où l'on réunit par un conducteur les deux pôles d'une pile; c'est le plus important.

5° Enfin il peut arriver que, comme dans les machines électriques, la différence de potentiel au début soit grande, mais que le débit soit faible. Lorsque l'on établira la communication par un conducteur, il y aura au début un courant assez énergique, mais de peu de durée, suivi d'un courant faible qui se prolongera aussi longtemps que l'on fait fonctionner la machine.

C'est un cas analogue à celui qui se présenterait, si l'on avait deux réservoirs contenant du liquide à des niveaux très-différents, dont l'un serait alimenté

* Il importe de remarquer que l'on peut concevoir que l'équilibre électrique se rétablisse autrement, par exemple, qu'il y ait des actions de molécule à molécule analogues à ce qui se produit entre les pièces métalliques du tube étincelant.

par une pompe amenant peu d'eau, tandis que l'autre aurait un de'versoir de petites dimensions. Au début, et à cause de ia grande différence de niveau, le courant s'établira et la vitesse sera grande, mais par suite de ce débit les niveaux tendent à se rapprocher sans que l'amenée d'eau d'un côté et le déversement de l'autre puissent compenser ces variations : le débit dans la conduite diminuera donc et deviendra constant lorsqu'il sera assez faible pour être égal à celui de la conduite d'amenée.

58. On peut concevoir aisément que, pour ces courants électriques, comme pour les courants liquides auxquels nous les assimilons dans ces divers cas, les effets puissent varier suivant les circonstances. Mais pour les courants liquides il est un élément qui ne dépendra pas du mode d'écoulement : c'est le travail mécanique qui dépendra seulement de la quantité d'eau qui a passe d'un réservoir à l'autre et de la distance moyenne des niveaux. Il en sera de même pour l'électricité et certains effets dépendront, non de la manière dont l'électricité s'est écoulée, mais seulement de la quantité d'électricité qui aura passé dans le lil et de la différence moyenne de potentiel qui aura produit l'écoulement. Sans entrer dans des détails, nous signalerons ces analogies lorsqu'elles se présenteront, notamment en ce qui concerne les décharges conductives (correspondant au premier cas) comparées aux courants proprement dits (correspondant au deuxième cas). Ces remarques sont fort importantes, à un point de vue général, parce qu'elles montrent qu'il n'y a, au fond, aucune différence à établir entre les phénomènes observés dans ce que l'on appelait l'électricité statique et ceux de l'électricité dynamique. On peut dire au contraire que les mêmes lois générales régissent tous les phénomènes électriques ; les conditions seules diffèrent.

39. Intensité d'un courant. On conçoit aisément que les effets produits, quels qu'ils soient, puissent dépendre du débit d'électricité, de la quantité d'électricité qui passe en un pomt donné ; toutes les expériences, comme nous le dirons plus loin, prouvent que ces elfets sont d'autant plus intenses que cette quantité est plus considérable pour un temps donné : ce débit peut donc servir à mesurer ce que nous appellerons V intensité du courant; c'est d'ailleurs une question s\u^ laquelle nous reviendrons plus tard en détail, donnant des indications précises sur cette grandeur et les moyens de la mesurer. L'indication générale nous suffit pour l'instant ; elle nous permet de concevoir ce que l'on appelle un courant constant ou variable sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage.

40. État variable., état permanent d'un courant. Lorsque l'on établit une communication entre deux points qui sont amenés et maintenus à des potentiels différents, il s'établit un courant qui, comme nous l'avons dit, présente un état variable avant d'arriver à un régime permanent. Il y a là deux questions complètement différentes à traiter : nous dirons quelques mots seulement de la période variable d'établissement et de celle de rupture et nous insisterons plus longuement sur le régime permanent qui est plus important.

A l'aide d'expériences très-délicates qu'il serait trop long d'exposer ici, la période variable a été étudiée par M. Gaugain pour les corps mauvais conducteurs et par M. Guillemin pour les bons conducteurs : nous signalerons seulement les résultats obtenus dans ce dernier cas.

Si on examine, à des instants successifs extrêmement rapprochés, un point d'un conducteur dans lequel on établit un courant, on reconnaît que l'intensité

nulle d'abord s'accroît progressivement et arrive, après un temps qui ne dépasse pas en trénéral 0s002, à la valeur constante qu'elle conservera ensuite : la loi d'accroissement n'est pas exactement connue, les conditions de cet accroissement comme aussi la durée de la période variable, doivent varier avec le conducteur sa forme, sa nature. 11 nous suffit de savoir d'ailleurs que l'état variable existe et qu'il a une durée petite, mais déterminée.

Des conditionstout analogues, mais inverses, existent lorsque, le circuit étant rompu, le courant cesse : l'extinction n'est pas instantanée, elle est progressive et dure un certain temps, temps très-court d'ailleurs.

Ajoutons que, comme il est facile de le prévoir, tout changement d'intensité, augmentation ou diminution d'intensité, se produit de la même manière, non brusquement, mais progressivement.

41. A partir de l'instant où la période variable est terminée, le débit de l'électricité restera invariable aussi longtemps que ne seront pas changées les conditions dans lesquelles l'expérience est établie. En réalité, il est très-difficile d'obtenir un courant rigoureusement constant pendant un temps assez long, comme on le reconnaît à l'aide des instruments de mesure que nous décrirons plus loin; mais on peut obtenir un courant à peu près invariable, et cela suffit dans la plupart des cas.

Sauf pour les effets d'induction volta-faradique {voy. Induction) qui correspondent exclusivement aux périodes d'état variable, c'est pendant l'état permanent que l'on étudie les courants et, dans toutes les indications que nous donnerons plus loin sur les phénomènes produits par les courants et les lois qui les régissent, nous supposons qu'il s'agit de courants à l'état permanent.

Lors des décharges conductives, ainsi que nous l'avons indiqué, l'état permanent ne peut être atteint, et le courant de très-courte durée qui se produit alors doit être et est effectivement analogue à un courant pendant sa période variable : les effets sont absolument les mêmes.

42. Vitesse de propagation de V électricité. Lorsque l'on réunit deux corps chargés d'électricité, ou encore les deux plateaux d'un condensateur, par un long fil conducteur présentant en deux points fort éloignés de petites solutions de continuité, le passage de l'électricité se manifeste notamment par la production d'étincelles aux points où le conducteur est interrompu. Ces étincelles examinées directement semblent produites simultanément ; elles sont successives cependant, comme Wheatstone l'a démontré par une ingénieuse application des propriétés des miroirs tournants qui lui a permis d'évaluer le temps qui s'écoule entre la production de ces étincelles; il a trouvé que pour des points

situés à 400 mètres ce temps était de . A-i.yiuu) de seconde.

Ce fait s'explique aisément en admettant que le mouvement de l'électricité dans les conducteurs ne se produit pas instantanément, mais qu'il exige un certain temps, comme cela a lieu pour le passage d'un liquide dans un tuyau. En admettant que le mouvement est uniforme, Wheatstone a déduit de ces chiffres la valeur de la vitesse de propagation de l'électricité ; elle serait de 436 000 kilomètres par seconde.

Il n'est pas probable que ce nombre ait une signification absolue, car il semble probable que la vitesse de propagation dans ce cas doit dépendre des conditions de l'expérience.

45. On a cherché, par analogie, mais en employant des procédés différents,

quelle est la vitesse de propagation de l'électricité dans les conducteurs alors que ceux-ci sont le siège des courants électriques.

La détermination de la vitesse de propagation du courant est une question délicate, non-seulement parce que cette vitesse est très-grande, ce qui rend les expériences fort délicates, mais aussi parce qu'il est difficile de préciser ce que l'on cherche. On ne peut ici, comme pour les liquides, suivre une partie déterminée de la masse et mesurer l'espace qu'elle parcourt dans un temps donne; on ne peut que déterminer le temps qui s'écoule entre le moment où le circuit a été fermé en un point et celui où un effet déterminé se produit à une distance donnée. Mais la production de l'effet ne se manifeste pas lorsque le courant commence effectivement à s'établir en ce point; l'effet se manifeste seulement lorsque le courant a atteint une certaine intensité dépendant de la délicatesse des appareils employés, c'est-à-dire qu'on détermine non l'instant où le courant commence absolument, ni celui où le régime permanent est établi, mais uu instant quelconque de la période variable. Malgré la très-faible durée de celte période, l'erreur que l'on commet ainsi n'est pas négligeable parce que la vitesse de propagation est certainement très-grande et que les expériences ne peuvent se faire que sur des longueurs relativement petites.

Ajoulons d'ailleurs qu'il n'y a pas une vitesse de propagation de l'électricité, mais que cette vitesse varie avec les conditions de l'expérience : en particulier elle varie avec la nature des conducteurs, avec leur disposition rectiligne ou en hélice, avec les corps voisins, qui subissent des effets d'inllucnce et peuvent donner lieu à des phénomènes de condensation, comme il arrive pour les câbles sous-marins, etc.

11 nous suffira de dire que cette vitesse est assez grande pour que, eu égard aux petites distances que l'électricité a à parcourir dans les expériences relatives à la physiologie, on puisse négliger le retard qui existe et supposer que la propagation se fait instantanément.

44. Effets des courants; mesure de V intensité. Les courants électriques, quelle que soit leur origine, provoquent des actions dans les corps qu'ils traversent; ils en provoquent également dans le milieu où ces corps sont placés, et ces derniers effets se traduisent par des actions à distance qui sont subies par d'autres corps. Ce n'est même, bien entendu, que par ces effets que nous avons connaissance de l'existence des courants : ce ne peut donc être que par leur intermédiaire qu'il nous est possible d'arriver à la mesure des courants.

Les effets des courants sont, en ce qui concerne les effets immédiats, les effets physiologiques, calorifiques et chimiques. Les effets qui se manifestent à distance sont: les effets physiologiques (?), les effets mécaniques et les effcls magnétiques.

Nous laisserons de côtelés effets physiologiques, qui seront traités à part {voy. Electro-physiologie) et qui d'ailleurs, pour l'électricité comme pour les autres agents, ne sont pas susceptibles de conduire à des mesures précises.

On aurait pu choisir à volonté un quelconque des autres effets pour servir de point de départ, mais dans la pratique ils ne sont pas également commodes : les effets calorifiques auraient exigé des mesures thermométriques peu commodes à prendre ou des mesures calorimétriques délicates et exigeant que l'expérience durât un certain temps ; de même les mesures faites par les effets chimiques auraient correspondu à la détermination du poids d'une certaine substance mise en liberté par la décomposition; il eût également fallu prolonger l'expérience

pour avoir des poids appréciables avec quelque exactitude. Or, d'une part, on a souvent des courants de peu de durée, et, d'autre part, si le courant variait pendant la mesure, on n'en serait pas averti et le résultat correspondrait seulement à une valeur moyenne, suffisante quelquefois, mais non toujours.

Il fallait donc avoir recours pour ces mesures à des effets mesurables sinon instantanément, au moins dans un temps très-court. Les effets magnétiques et les effets mécaniques à distance satisfont à cette condition : on aurait pu évaluer l'intensité d'un courant par l'intensité de l'aimantation qu'il communique à un barreau de fer doux dans des conditions déterminées; on pourrait l'évaluer par la grandeur de l'action mécanique que, passant dans un circuit déterminé, il exerce sur un autre circuit qu'il traverse, cu'cuit également déterminé de forme et de dimensions et placé à une distance donnée. Enfin, et c'est cet effet que l'on a adopté comme moyen de mesure, on évalue le courant par la grandeur de l'action mécanique que dans des conditions déterminées il exerce sur le pôle d'un aimant donné. Il importe d'insister quelque peu sur les bases de ce système de mesure qui est désigné sous le nom de système électro-magnétique.

45. Nous dirons plus tard avec quelque détail quelles sont les actions exercées par un courant sur un aimant : il nous suffit d'indiquer que, si un pôle magnétique est placé au centre d'un cercle dont un courant traverse un arc plus ou moins étendu, ce pôle est soumis à l'action d'une force dont la direction est perpendiculaire au plan du cercle et qui tend à entraîner le pôle à gauche ou à droite du courant suivant que c'est un pôle nord ou un pôle sud^ C'est la grandeur de cette force pour des conditions déterminées du cercle et de l'aimant que l'on a adoptée comme mesure du courant.

Comme dans tout système de mesure il a fallu faire choix d'une unité que l'on définit ainsi :

L'unité d'intensité de courant (on dit quelquefois par abréviation l'unité de courant), c'est l'intensité d'un courant qui, circulant dans un arc de cercle de 1 centimètre de rayon et de 1 centimètre de longueur, exercerait une action égale à l'unité de force, 1 dyne, sur un pôle magnétique situé en son centre et ayant une intensité égaie à l'unité^

Cette unité d'intensité est un peu grande pour les applications : on a fait choix d'une unité pratique dont la grandeur soit plus commode et qui soit aisée à définir, parce qu'elle est un sous-multiple décimal de l'unité absolue. On a donné le nom d'ampère à cette unité pratique d'intensité dont la valeur a été prise égale à 0,1 de l'unité absolue C. G. S. On indique généralement cette relation en disant que 1 ampère vaut 10~* unités G. G. S. d'intensité.

46. Si un courant est d'intensité constante, il est évident que la quantité d'électricité qui passe dans un conducteur est proportionnelle au temps pendant lequel l'action s'est produite. On admet d'autre part que l'intensité du courant est liée à la quantité d'électricité qui passe dans un temps dorme, de telle sorte

* La droite et la gauche d'un courant, c'est la droite et la gauche d'un personnage qui serait placé dans le courant de manière que celui-ci le traverserait des pieds à la tête et qui serait tourné de manière à regarder l'aimant {voy. Magnétisme, paragraphe Électromagnélisme].

^ Nous avons défini ci-dessus (p. 109) la dyne, qui est l'unité de force du système absolu CG.S. : il nous reste à définir l'unité de pôle magnétique : c'est l'intensité d'un pôle qui, agissant sur un pôle égal situé à l'unité de distance (1 centimètre), exercerait sur lui une force égale à 1 dyne.

mrT vitr YVYUI Q

qu'il V a proportionnalité. L'expérience permet d'ailleurs de le vérifier, si l'on compare l'électricité à un agent, à un fluide dont la quantité ne change pas par son dé placement ^

Si donc Q désigne la quantité d'électricité qui est débitée par un courant constant d'intensité I dans un temps t, on peut écrire :

Q = lt.

Cette équation définit l'unité de quantité, car pour 1 = 1 et ;= 1, il faut que l'on ait Q = 1 . Nous ne nous arrêterons pas à la valeur de l'unité absolue et nous nous occuperons seulement de l'imité pratique.

L'unité de quantité d'électricité que l'on désigne sous le nom de coulomb est la quantité d'électricité débitée en une seconde par un courant constant dont l'intensité est de i ampère^.

47. 11 existe, comme nous le dirons plus loin, des moyens directs de mesurer les quantités d'électricité, ce qui permet d'en déduire l'intensité vraie du courant, si celui-ci est constant, ou dans tous les cas son intensité moyenne. On opère quelquefois ainsi, mais généralement c'est au contraire Tintensité que l'on mesure directement et dont on déduit la quantité d'électricité qui a été débitée.

Nous décrirons par la suite les appareils qui servent à mesurer l'intensité d'un courant ; bornons-nous à dire actuellement qu'il existe de nombreux appareils qui, placés sur un circuit traversé par un courant, donnent immédiatement par une simple lecture la valeur numérique de l'intensité du courant: c'est ce que l'on appelle des galvanomètres étalonnés, des ampères-mètres ou par abréviation des ammètres.

Nous avions été conduit par l'étude des lois de Coulomb à choisir une unité de quantité d'éleclricité ; elle est complètement différente comme définition de celle que nous venons de donner; cette différence se retrouve d'ailleurs pour les autres unités, nous n'y insisterons pas et nous dirons que si, au point de vue théorique, les systèmes d'unités électrostatiques et électromagnétiques ont l'un et l'autre leur raison d'être, dans la pratique le dernier seul est à considérer.

Il existe d'ailleurs entre les grandeurs des unités correspondantes dans les deux systèmes des relations théoriques fort intéressantes à divers égards, mais qu'il serait sans intérêt de donner ici.

48. Courant dans un conducteur limité. Bien que l'on n'ait en réalité à observer des courants que dans des conducteurs constituant un circuit fermé, circuit com])ienant en un ou plusieurs points des appareils ou organes dont le fonctionnement produit le courant, il est commode pour l'étude des lois des

^ Pour le prouver, dans un circuit on intercale deux conducteurs identiques : des appareils permettant de mesurer l'intensité des courants (des galvanomètres) sont placés avant et après les dérivations et sur chaque branche de dérivation. On reconnaît que les intensités avant et après la dérivation sont égales, d'une part; d'autre part, les intensités dans les deux dérivations sont égales entre elles et égales à la moitié des intensités précédentes. Or. assimilant l'éleclncité à un Iluide parcourant les conducteurs, on doit bien avoir un débit égal avant et après la dérivation, d'une pai't; d'autre part, par raison de symétrie, il doit y avoir dans chaque dérivation une quantité d'éleclricité égale à la moitié de la quantité totale, c'est-à-dire que les intensités observées sont bien proportionnelles aux quantités que l'on suppose devoir traverser les conducteurs dans le même temps.

On peut employer des voltamètres au lieu de galvanomètres; on peut également employer un galvanomètre et la roue à iaterruptions de Masson, etc.

* On peut reconnaître aisément que le coulomb vaut 10-^ unités absolues C.G.S. de quantité.

courants de considérer seulement une partie du circuit en admettant que, par un procédé quelconque, les extrémités de ce conducteur sont amenées et maintenues à une différence de potentiel déterminée ; nous admettrons qu'on peut donner à celte différence de potentiel telle valeur que l'on veut et qu'on peut l'y maintenir invariable.

L'expérience montre que, quelle que soit la constitution du conducteur, qu'il soit liorao'^ène dans toute son étendue ou non, qu'il conserve ou non la même section le courant a la même intensité en tous ses points ; le galvanomètre intercalé en un point quelconque donnera partout la même indication. Pour chaque courant, il n'y a donc qu'à effectuer une mesure en un point quelconque pour déterminer l'intensité qui caractérise le courant et par suite la quantité d'électricité qui s'écoule. Il est intéressant de remarquer que, lors de l'écoulement d'un liquide dans une conduite présentant des variations de section, lorsque l'écoulement est parvenu à l'état de régime permanent, le débit en chaque point, c'est-à-dire la quantité d'eau qui passe dans chaque section en une seconde est la même dans toute lëtendue de la conduite ; c'est là inie analogie qu'il n'est pas sans utilité de signaler, le débit dans ce cas devant se comparer absolument à l'intensité du courant électrique.

49. }ïesnre du potentiel. Il ne suffit pas de savoir qu'il existe entre deux points une différence de potentiel invariable, il faut encore pour les applications que l'on puisse effectuer des mesures numériques, il faut faire choix d'une imité de potentiel que l'on détermine par les conditions suivantes :

On démontre par des considérations que nous ne pouvons exposer ici que, si on représente par W le travail mécanique que peut produire une quantité Q d'électricité traversant un conducteur dont les extrémités sont maintenues à des potentiels dont la différence est t, on a la relation :

Disons d'ailleurs que nous indiquerons comment cette équation a été vérifiée expérimentalement.

Pour que cette équation soit applicable, il faut que les unités soient choisies de telle sorte que l'on ait s = 1 , si 1 on a W = 1 et Q = 1 ; celte condition définit I unité de potentiel.

L'unité de potentiel, c'est le potentiel qui, provoquant le mouvement de l'unité de quantité d'électricité, produit un travail égal à l'unité'.

Si pendant la durée de l'expérience t le courant a conservé une intensité constante 1, la relation précédente peut s'écrire :

ce qui permettrait de donner à l'unité de potentiel une autre définition, différente de la précédente dans la forme seulement.

Cette unité est trop petite pour les applications : on a pris comme unité pratique un multiple décimal de celte unité absolue, on la désigne sous le nom de volt; elle vaut 100 000 000 d'unités absolues^.

' Nous avons défini précédemment l'unité de quantité et l'unité de travail: l'unité absolue de potentiel est donc absolument déterminée.

L'unité pratique de potentiel, le volt, vaut 10 ^ unités absolues C-G.S.

- En se reportant à la valeur de l'erfr, on arrive à reconnaître aisément que le volt est la différence de potentiel qui, déterminant un courant de 1 ampère, le rend capable de développer un travail ' »0, 10194 kilog'rammètres.

Signalons, comme analogie, que le travail effectué par un liquide circulant dans une conduite est égal au produit du débit (représentant l'intensité) par la différence de niveau (différence de potentiel), qui provoque le mouvement du liquide.

50. Mesure de la résistance. Avant de déterminer les lois qui régissent les courants et les formules qui permettent d'en calculer l'intensité dans chaque condition déterminée, il est nécessaire d'introduire la notion de la résistance des conducteurs, notion à laquelle on peut être conduit par les expériences et les considérations suivantes :

Étant donné un conducteur dont les extrémités sont maintenues à une différence de potentiel invariable et qui est traversé par un courant d'une intensité que l'on mesure, supprimons une partie du conducteur: l'intensité augmentera. Introduisons alors un autre conducteur à la place de la partie supprimée, l'intensité diminuera et en faisant varier la longueur de cette partie on arrivera à reproduire exactement l'intensité primitive. On peut donc dire que, au point de vue du courant électrique, la partie supprimée et la partie introduite sont équivalentes, puisqu'elles peuvent se substituer l'une à l'autre en produisant le même effet; on dit aussi qu'elles ont la même résistance, compai^ant l'action exercée sur le courant par les conducteurs au frottement, à la résistance que les conduites opposent à l'écoulement des liquides.

51. En faisant varier les conditions de l'expérience ou arrrive à reconnaître les relations qui déterminent l'équivalence de deux conducteurs.

S'il s'agit de conducteurs de même nature, il y a équivalence lorsque l'on a :

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