DICT. EXC. XXXIII
tion (courant bref, instantané), il répond par une contraction; cette contraction inscrite à l'aide de la pince cardiograpliique de Marey ou avec l'appareil de Roy a la tbniie générale de la .secousse des autres muscles ; seulement, toutes choses égales d'ailleurs, la secousse du cœur est plus longue, son temps de latence est également plus prolongé ; le mouvement du tissu musculaire cardiaque, lui-même beaucoup plus prompt que celui des autres muscles de la vie organique, est plus lent que celui des muscles du squelette ou de la vie animale. Les éléments de la secousse (hauteur, durée, (orme, temps de latence) se modifient du reste sous les mêmes influences et dans le même sens que chez les autres muscles; la contraction s'allonge par le froid et la fatigue, et se raccourcit par la chaleur et le repos.
Si l'on soumet le muscle cardiaque à l'action d'un courant continu, on pourra voir à la fermeture de ce courant une secousse (secousse de fermeture) ; si le courant est légèrement plus fort, on pourra obtenir en plus une autre secousse au moment oiî il cesse (secouse d'ouverture) et pendant le passage même du courant le muscle restera en reposa
Jusque-là, la réaction du cœur ressemble à celle d'un muscle ordinaire, mais oti elle commence à en difi'crer, c'est lorsqu'on augmente de nouveau l'intensité du courant continu. En plus de la contraction de fermeture et d'ouverture, pendant le passage même du courant il se produit une série de secousses séparées par des repos, sorte de contractions rhythmées très-semblables aux battements normaux du cœur et dont la fréquence augmente avec l'intensité du courant mais sans se fusionner en une contraction unique tétaniforme (Heidenhain).
Pourtant, lorsqu'on porte la valeur du courant à une intensité très-considérable, on obtient tout d'un coup, pour ainsi dire sans préparation, une contraction à la vérité d'aspect tétanique, mais que tous ceux qui l'ont observée distinguent du véritable tétanos par fusion des secousses (Remak, Ranvier, Dastre et Morat). Après que le courant a cessé de passer, le cœur ne se décontracte que lentement et la plume du myographe ne revient plus se confondre avec l'abcisse. A notre estime, ce serait là un phénomène de rigidité plutôt que de contraction véritable.
La contraction normale du cœur, on l'a dit avec raison, c'est la secousse. Chacun de ses battements est une secousse. La tétanisation du cœur équivaudrait à l'arrêt de sa fonction aussi bien que son repos ou sa paralysie. L'étude des faits démontre que cette tétanisation par fusion de secousses, qui est ordinaire, habituelle dans les autres muscles, est dans le cœur très-difficile, presque impossible à obtenir. C'est donc à l'étude de la secousse qu'il nous faut revenir, c'est à elle que nous demanderons quelques éclaircissements sur cette physiologie si spéciale du muscle cardiaque.
Addition des excitations. Lorsqu'on excite un muscle ordinaire à l'aide d'un courant quelconque, on sait qu'il y a un rapport étroit entre la grandeur de la secousse obtenue et l'intensité du courant excitant. Il n'en est plus de
sillon auriculo-ventriculaire est au contraire immobile. Cette partie détachée (pointe du cœur) est comparable à un muscle séparé des centres nerveux, c'est elle qu'on a utilisée surtout pour l'étude des propriétés du tissu musculaire du cœur.
* Nous pouvons même ajouter que, entre les contractions d'ouverture et de fermeture, nous n'avons jamais observé sur le cœur le raccourcissement permanent que Wundt considère comme la réaction spécifique du tissu musculaire.
même avec le cœur, la grandeur de sa re'aclion dépend exclusivement de l'état de la substance musculaire, nullement de l'intensité de l'excitant. Nous avoas eu "rand soin de faire remarquer que cette loi est la même que celle qui règle le rapport excitant entre l'oscillation négative et l'excitation qui la produit. Ces deux faits du reste, rapprochés l'un de l'autre, prennent par leur concordance une importance très-grande.
Ainsi donc, pour une excitation donnée, la contraction du cœur est nulle ou maxima. Ce n'est pas à dire pourtant que la secousse cardiaque ait toujours la même grandeur; bien au contraire, mais ici c'est la répétition des excitations et non plus leur intensité croissante qui aura ce résultat. A chaque nouvelle décharge d'induction on verra la contraction qu'elle produit grandir quelque peu, comparée à la précédente, ou même, si l'intensité de l'excitant est au début légèrement au-dessous de la valeur minima à laquelle il pourrait agir, on voit cette excitation d'abord non efficace le devenir au bout d'un certain temps, quand elle a été répétée un certain nombre de fois. C'est un des exemples les plus frappants de ce qu'on appelle ["addition ou Y enwiagasinement des excitations.
Cette propriété, à vrai dire, n'est elle-même pas spéciale au muscle du cœur ; elle est d'abord commune à tous les muscles de la vie organique; on la retrouve dans les muscles volontaires de certains invertébrés, comme l'écrevisse; elle ne fait même pas complètement défaut dans les muscles du squelette des animaux vertébrés (Ch. Richet), mais il est certain que le tissu cardiaque la présente à un degré incomparable.
InexcitablUté périodique du cœur. L'excitation du cœur, ou pour mieux dire l'état particulier qui la suit, a donc sur le tissu cardiaque une influence modificatrice qui peut devenir visible au moment des excitations et des contractions suivantes : nous la voyons se traduire par un accroissement de la hauteur des secousses (ou accroissement de l'excitabilité), surtout si le cœur avant cela e^t resté un certain temps en repos. Mais l'excitation a encore une autre influence qui s'exerce pendant le temps même de la contraction qu'elle a engendrée et qui est peut-être plus remarquable encore que la précédente. Elle s'exerce en sens différent ; autrement dit, elle diminue ou abolit momentanément l'excilabihté qu'elle augmente parfois pour les contractions subséquentes.
Supposons un cœur de grenouille battant normalement avec son rhythme régulier. Si on lance dans cet organe un certain nombre de décharges d'induction, on remarque que les unes sont efficaces, c'est-à-dire donnent naissance à une contraction cardiaque qui ne se serait pas produite sans cela, tandis que les autres sont comme non avenues, sans effet visible, inefficaces, en un mot j seules les très-fortes excitations sont infaillibles (Bowtitch). Marey a montré que l'inefficacité de celles des excitations qui restent sans effet sur le cœur résulte de ce qu'elles l'atteignent pendant une période qu'il a appelée diastolosystolique et qui correspond au temps de la contraction elle-même, et un peu aussi aux instants les plus voisins de cette contraction pendant le repos du cœur. Cette période se montre d'autant moins longue que l'excitation est plus intense : à la limite elle devient nulle et les excitations sont alors infaillibles. En d'autres termes, le fait même de se contracter rend le cœur inexcitable ou moins excitable à ce moment même, et, comme il se contracte rhythmiquement, périodiquement, il est donc périodiquement inexcitable. Pour se rendre compte de ces pbénomènes et les observer, on lance dans le cœur battant normalement,
une décharM d'induction à des temps différents et parfaitement déterminés de sa révolution ; mais on peut aussi provoquer la contraction sur un ventricule immobile et déterminer de même les phases d'inexcitabilité qui lui correspondent (Dastre) ; les résultats sont les mêmes dans les deux cas.
A un autre point de vue, on trouve au contraire une difféi'ence entre les excitations qui sont pratiquées sur le ventricule isolé (pointe du cœur), ou sur l'organe entier pourvu de ses ganglions et battant spontanément. Si l'on excite le cœur entre deux de ses contractions .et, bien entendu, assez de temps après la première pour que la phase d'inexcitabilité soit passée, on hâte l'apparition de la seconde, mais on ne provoque jamais de systole supplémentaire ou intercalaii'e : le repos qui suit cette systole provoquée s'allonge de tout le temps qui a été anticipé par la systole provoquée.
Le rhythme des battements normaux est ainsi réglé d'avance et nous pouvons ajouter qu'il l'est par le système nerveux propre du cœur, par ses ganglions, car les choses ne se passent plus de même quand on excite la pointe isolée du ventricule, quelque artilice qu'on emploie pour imiter la contraction normale (Dastre).
La loi de l'inexcitabilité rhythmique du cœur nous permet de nous rendre compte de ce qui se passe quand, au lieu d'excitations espacées à grandes distances, on lance dans le ventricule une série de décharges se succédant un peu rapidement comme celles des courants dits tétanisants. Le cœur ne peut pas répondre à toutes ces excitations rendues ainsi fréquentes ; il accélère son rhytbrae autant qu'il peut (si surtout on agit sur le ventricule isolé), mais il est un bon nombre de ces excitations qui restent pour lui non-avenues, inefficaces, c'està-dire toutes celles qui le surprennent dans les phases d'inexcitabilité résultant de sa contraction même. Le fait avait été observé d'abord par Eckhard, mais l'explication en a été donnée en réalité parMarey. Quand on augmente l'intensité des courants en même temps que leur fréquence, il y a une tendance à la fusion des secousses, mais presque jamais un tétanos bien complet comme il arriverait pour un muscle ordinaire.
On s'explique de même et toujours d'après Marey comment le courant continu lui-même, appliqué au muscle cardiaque, donne naissance à des contractions rhythmées, le rhythme étant, comme on voit, le mode normal de la réaction du cœur aux excitations. Le mécanisme en est toujoui's le même; chaque contraction de l'organe préparé engendre une période d'inexcitabilité pendant laquelle l'excitant (continu ou discontinu) est sans effet sur lui. La loi trèsgénérale de l'excitabilité électrique n'est même pas ici violée ; mais nous avons affaire seulement à un de ses cas les plus particuliers. L'excitant restant égal à lui-même, c'est le muscle qui pratique lui-même, si l'on peut ainsi parler, des coupures dans son excitabilité, et réalise ïétat variable qui est la condition nécessaire de toute excitation.
On remarquera encore, à ce propos, combien le cœur diffère des autres muscles, si l'on songe que chez ces derniers une excitation discontinue est celle qui donne naissance à une contraction soutenue ou tétanos par fusion des secousses, tandis que sur le cœur une excitation continue donne au contraire naissance à une contraction discontinue, rhythmée. Mais répétons encore que des résultats en apparence si différents n'impliquent pas l'existence de propriétés foncièrement distinctes dans les deux ordres de muscles. La phase d'inexcitabilité due à la contraction a été recherchée sur les muscles volontaires : à vrai
dire, on ne l'y a pas observée, mais seulement quelque chose qui s'en rapproche. Lorsque ces muscles sont soumis à deux excitations se suivant à des temps extrêmement rapprochés, ils paraissent réagir moins vivement à la seconde qu'à la première (Boudetde Paris).
Ces faits, depuis qu'ils sont connus, ont vivement intéressé les physiologistes, en raison de ce qu'ils permettent de donner, dans une certaine mesure, une expUcation du rhythme cardiaque. Le rhythme du cœur dépendrait, comme on voit, d'une propriété de son tissu musculaire (inexcitabilité périodique), sans qu'il soit besoin de faire intervenir le système nerveux. Les choses semblent se passer comme si le muscle cardiaque recevait de ses ganglions une excitation continue à laquelle il répond d'une façon discontinue, comme il vient d'être expliqué. Le rhythme cardiaque reconnaîtrait ainsi pour cause une excitation automatique qui n'est pas sans analogie avec celle imaginée par Haller, mais cet automatisme aurait sa cause dans une propriété du cœur que ce dernier ne soupçonnait pas et qui a été mise en lumière par les travaux des physiologistes contemporains. Nous serons probablement dans la vérité en reconnaissant que, si ces faits ne contiennent à coup sur pas toute l'explication du rhythme cardiaque, ils en contiennent vraisemblablement une partie.
Autres muscles de la vie organique. L'étude des autres muscles de la vie involontaire n'a pas donné jusqu'ici des résultats aussi catégoriques que celle du muscle cardiaque; il Convient d'ajouter qu'elle n'a pas été poursuivie d'une façon aussi suivie et aussi méthodique, sauf pourtant en ce qui concerne l'uretère. Les données acquises sur ce conduit musculeux nous les montrent semblables au cœur et réagissant de la même façon que lui aux excitations électriques. Un point qui mérite d'être rappelé, c'est la ^açon dont l'excitation électrique (ou autre) se propage dans la substance musculaire, soit de l'un, soit de l'autre de ces deux organes. L'excitation d'un point quelconque se répartit à toutes les autres portions du muscle, comme le montre l'expérience suivante : on pratique sur le cœur ou sur l'artère un certain nombre d'incisions, de manière à le diviser en segments qui sont reliés les uns aux autres seulement par des ponts de moins de 1 millimètre d'épaisseur, encore ces ponts de substance musculaire ne sont-ils pas disposés en ligne droite, mais obligent l'excitation à suivre un chemin irrégulier, tortueux, à travers la substance musculaire ; l'excitation suit dans tous les cas ce chemin tracé d'avance, indiquant ainsi comment elle se propage à travers tout le muscle (Engelmann). L'excitation, en un mot, se répartit comme si la substance musculaire était partout continue. Comme en réalité ces organes musculeux sont formés d'éléments séparés soudés les uns aux autres par un ciment intercellulaire, on peut se demander si chacun d'eux irrite le suivant par contact ou si l'excitation est propagée par un réseau de fibres nerveuses terminales; c'est un point sur lequel il est impossible actuellement de décider.
E. AcTiox DE l'électricité sur le protoplasma. De même que nous avons signalé le protoplasma des cellules animales ou végétales comm.e étant d'une façon assez générale le siège de phénomènes électro-moteurs, de même nous devons dans cette seconde partie indiquer l'action (excitatrice) des courants électriques sur ce même protoplasma, en choisissant les objets (cellules animales unicelkilaires) les plus propres à ce geni'e d'observation.
A titre d'exemple, nous nous contenterons d'indiquer les résultats obtenus par Engelmann sur deux de ces êtres de structure simple, l'Amœba diffluens
etVArcella vuîgaris ; par Kùhne, sur les Rhizopodes {Miliola, Actinospherium); par Golubew, sur les éléments du sang. Ajoutons que bien antérieurement déjà des faits du même genre avaient été observés par Becquerel {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1857).
Comme dans le muscle et dans le nerf, l'excitation prend naissance dans le protoplasma sous l'influence de variations secondaires dans l'intensité du courant. Les courants induits sont plus excitants que le courant continu, et en ce qui concerne ce dernier la fermeture a un effet plus excitant que l'ouverture. Tout ceci s'accorde pleinement avec ce que nous savons déjà de la loi de l'excitation électrique et le confirme pleinement. On observe aussi avec le protoplasma des effets d'addition, des excitations, lorsque celles-ci se suivent avec une certaine fréquence, et celle-ci a besoin d'être d'autant moindre que les mouvements naturels du proioplasma lui-même sont plus lents ; des excitations trop fortes peuvent tuer le protoplasma, le morceler, le détruire comme être vivant. Enfin entre l'excitation et l'effet pi'oduit, il y a un temps de latence d'autant plus long que l'excitation est plus faible, mais qui peut se produire à peu de chose près avec des courants un peu intenses. Voyons maintenant en quoi consiste le mouvement produit, l'effet apparent de l'excitation.
En observant au microscope, dans un espace humide muni d'électrodes excitatrices, une amibe, on voit celle-ci se déplacer d'un façon spontanée pendant que dans son protoplasma des granulations sont le siège de mouvements particulaires assez rnpides ; si on lance une décharge d'induction dans le liquide de sa préparation, plusieurs cas peuvent se présenter : 1° si l'intensité du courant est très- faible, on observe après im court temps de latence un arrêt du mouvement des granulations et du déplacement de l'animal, puis les choses reviennent en état après une ou deux secondes ; 2" si l'excitation est modérée, les mouvements cessent presque aussitôt, mais bientôt l'animal change de forme, se raccourcit dans sa longueur, se dilate transversalement et tejid à la forme sphérique. Après un temps notable, des expansions apparaissent et l'animal reprend son aspect ordinaire en forme de massue allongée; 3° si l'excitation est forte, la forme sphérique apparaît presque aussitôt, toujours avec arrêt des granulations; cet état durera jusqu'à une minute et plus, jusqu'à ce qu'une expansion se forme de nouveau, qui absorbe le protoplasma, et l'animal récupère sa forme première allongée.
Presque tous les animaux vertébrés ou invertébrés contiennent des éléments embryonnaires (globules blancs, cellules lymphatiques), qu'on a souvent justement comparés à des amibes. Sous l'inQuence de l'excitation électrique, notamment des décharges d'induction, ces cellules se comportent comme les amibes. A l'état de repos, ils présentent des déformations, poussent des prolongements ; au moment de l'excitation ils se concrètent en boules, en égalisant leurs diamètres ; d'une façon générale, la forme sphérique du protoplasma équivaut donc à son état d'activité ou de contraction.
Sur y ar celle vulgaire, qui est, elle aussi, un animal protoplasmique microscopique, mais muni d'un test, le même auteur a étudié également les effets des décharges d'induction et il a utilisé la présence de bulles d'air, qui se forment spontanément dans l'intérieur de ces animaux, pour étudier comment la tension se distribue au sein du protoplasma à son étal de repos et à son état d'activité.
Au repos, ces bulles d'air ne sont point de forme régulière, mais souvent
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allongées, quelquefois étranglées en leur milieu, ce qui prouve que le protoplasma, à cet état dit de repos, n'est pas comparable à un liquide ou à une substance demi-liquide, mais que la pression est inégalement distribuée dans son intérieur. Lorsqu'on vient à exciter ce protoplasma par une décliarge d'induction, on voit ces bulles égaliser leurs diamètres et prendre alors seulement la forme sphérique. Au moment de son excitation et de son activité, le protoplasma semble se comporter comme s'il devenait liquide ; en tout cas il est démontré que la pression qu'il exerce sur les bulles contenues à son intérieur s'éo-alise dans tous les points. Cette égalisation des pressions dans le protoplasma contracté est un fait intéressant, mais qui ne prouve pas nécessairement que la substance contractile devienne liquide au moment de son activité, autrement dit qu'elle perde alors de sa consistance : ce n'est pas l'idée du moins qu'on se fait habituellement du phénomène de la contraction en général et spécialement de celle du muscle.
Quel rapport existe-t-ii entre la réaction motrice de ce protoplasma simple et celle du muscle? car c'est là l'intérêt capital qui s'attache à toutes ces recherches. Le muscle strié, ou pour mieux dire la fibrille musculaire élémentaire, est formée d'au moins deux substances, l'une élastique, l'autre contractile (protoplasmique), affectant la forme de disques superposés les uns aux autres. Pendant le repos du muscle les disques protoplasmiques auraient la forme de bâtonnets allongés dans \h sens de la fibre. Au moment de la contraction, sou l'influence de l'excitation électrique, nerveuse, ou de quelque nature qu'elle soit, ces bâtonnets cylindriques s'arrondiraient, deviendraient sphériques en €galisant leurs diamètres comme le globule blanc ou l'amibe, et ainsi s'expliqueraient le raccourcissement du muscle et son gonflement pendant la contraction (Ranvier).
Sous l'influence des excitations électriques, les réactions motrices du protoplasma des cellules végétales sont encore à très-peu de choses près les mêmes : dans l'intérieur de la membrane cellulaire on voit la substance protoplasmique se coocréter en amas ou sphères souvent multiples, quelquefois agglomérées : cet état de contraction peut n'affecter qu'une partie de la cellule et rester ainsi localisé.
Cellules vibratiles. Les éléments cellulaires vibratiles d'une part présentent une force électro-motrice et d'autre part sont influencés eux-mêmes par les courants électriques; c'est ce qui nous oblige à leur consacrer quelques mots à la fin de cet article.
On a, pour ces études, surtout utilisé la membrane muqueuse du pharynx de la grenouille. Cette membrane détachée de l'animal et placée entre des électrodes impolarisables présente un courant dirigé de la face superficielle à la face profonde, courant de la force de 0,01 Daniell environ. Il est, comme on voit, en tant que direction et intensité, assez comparable au courant ordinaire de la peau et des muqueuses. Lorsqu'on racle l'épithélium ou qu'on le cautérise, le courant disparaît sans retour. Même résultat sous l'action d'une solution de chlorure de sodium à 1/2 pour 100, aidée d'une température de 45 degrés pendant une demi-minute à une minute, ou encore avec la même solution à la température de 70 degrés pendant cinq secondes : toutes preuves que la force électro-motrice est dépendante de l'état de vie des cellules épithéliales. D'une façon très-générale du reste on retrouve ici les mêmes conditions que celles dont dépendent les mouvements mêmes des cils vibratiles. L'eau, les alcalis faibles.
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la chaleur, accroissent, tandis que le dessèchement, le froid, les anesthésiques, atténuent soit le courant, soit les mouvements des épitbéliums vibratiles (Engelmann).
Cela connu, il ne faut pas oublier que les éléments vibratiles ne sont pas les seuls qui composent l'épilhélium de la membrane du pharynx de la grenouille; entre eux se trouvent disséminées des cellules caliciformes, éléments glandulaires qui possèdent une force électro-motrice si évidente dans certaines régions muqueuses, comme dans le rectum de la grenouille, lesquelles régions contiennent ces cellules, à l'exception des éléments vibratiles. 11 est donc possible qu'une part du courant revienne à chacun des deux ordres de cellules là où elles sont mélangées ; on ne connaît pas malheureusement de membrane qui serait, à l'inverse de celle du rectum, recouverte d'un épithélium exclusivement vibratile (Engelmann).
L'action du courant électrique sur les mouvements des cils vibratiles a été pour la première fois signalée par Kistiakowsky, puis par Stuart, mais elle a été depuis méthodiquement étudiée et décrite par Engelmann, qui a fait un travail d'ensemble sur tout ce qui concerne ces mouvements et les influences auxquelles ils obéissent. L'intérêt qui s'attache à ces recherches et aux résultats obtenus vient une fois de plus de ce qu'ils confirment les données acquises sur les lois générales de l'excitation électrique.
Là encore l'excitation naît d un changement (positif ou négatif, mais toujours un peu brusque) dans l'intensité du couraut; le changement positif (fermeture) est plus efficace que le négatif (ouverture). A'ous observons un temps de latence qui peut être parfois de plusieurs secondes ; une fatigue qui suit l'excitation quand elle a été violente et prolongée ; une addition des excitations quand elles se suivent avec un rhythme convenable ni trop lent, auquel cas elles restent indépendantes les unes des autres, ni trop rapide, parce que le couraut pour agir, pour exciter, a besoin d'avoir une certaine durée (parfois plus d'une seconde). Nous retrouvons donc là beaucoup plus appréciable que partout ailleurs une condition, la durée du courant, que nous avons peine à apprécier dans le nerf et qui devenait mesurable seulement dans le muscle. Enfin, après l'ouverluro du courant qui vient d'exciter, il est un court espace de temps pendant lequel la sensibilité de ces éléments vibratiles est augmentée pour la fermeture d'un courant de direction opposée.
Il est encore à remarquer que l'influence du courant se fait sentir exclusivement sur les éléments qu'il traverse sans jamais agir à distance. Cette remarque s'applique du reste au protoplasma d'une façon générale quand il existe en masse un peu considérable : c'est une différence avec le muscle et surtout le nerf, dans lesquels deux tissus on voit au contraire l'excitation se propager à partir du point excité.
De très-fortes décharges d'induction ou d'électricité statique peuvent tuer les cellules et supprimer pour toujours leurs mouvements.
Quant à la façon de réagir de ces éléments vibratiles à l'excitation électrique, elle n'est pas absolument catégorique et toujours de même sens, car elle dépend non-seulement de l'excitant, mais de l'état de la substance excitée. Contrairement encore à ce qui se passe dans le muscle, l'excitant n'agit pas pour produire un mouvement isolé, mais pour modifier les mouvements préexistants ; il n'agit pas sur le rhythme à proprement parler ni sur le mode de mouvement, mais il en change la fréquence, eu même temps qu'il modifie l'amplitude des vibra-
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lions. Cette divergence dans les réactions de deux tissus n'a rien qui doive nous surprendre : l'élément vibratile est bien, comme le muscle lui-même au fond, un élément formé de protoplasma et qui en garde les propriétés essentielles : mais les deux tissus sont très-différenciés et dans des sens évidemment trèsdistincts. J.-P. MORAT.
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ÉLECTRON COPE. On donne ce nom à des instruments destinés à révéler l'existence de l'électricité et à indiquer la nature du lluide {voy. Electbicité).
ÈLECTROTHÉRAPIE. L'électricité comme moyen thérapeutique a été utilisée dès l'antiquité, au moyen des poissons électriques; les commotions produites par ces animaux devant naturellement les faire essayer chez des paralytiques. Les contractions musculaires ont été pendant longtemps même le seul moyen de se rendre compte des courants électriques, et c'est même grâce à elles que l'électricité a été découverte. Les applications de l'électricité à la médecine ont ainsi précédé toutes les autres applications soit physiques, soit chimiques, de cet agent, et cette particularité, qui est en opposition avec l'évolution naturelle des sciences, est due précisément à l'action de l'électricité sur les muscles et à la manière dont on a pu percevoir ses manifestations les plus apparentes.
Mais cette application de l'électricité à la médecine n'avait rien de bien coordonné, et surtout rien de scientifique. De plus, elle était évidemment limitée aux pays que baigne la Méditerranée, puisque c'est seulement dans ces eaux qu'en Europe on trouve, et même assez difficilement, les divers poissons ayant
ÉLECTROTHÉRAPIE. 267
lin appareil électrique suffisamment énergique pour déterminer des secousses (la raie, par exemple, a bien un appareil électrique, mais il est rudimen-
taire).
C'est éoalement à des contractions musculaires qu'est due la célèbre expérience de Galvani, et comme ce savant, ainsi que son neveu et collaborateur Aldini, étaient médecins, leurs premières applications furent forcément faites à des paralytiques. C'est de cette époque que datent les travaux les plus sérieux de l'électrothérapie, et l'on trouve des recherches importantes dans l'ouvrage d'Aldini : Essai théorique et expérimental sur le Galvanisme, publié à Bologne en 1804.
Quelques années auparavant, une autre forme du courant électrique, l'électricité statique, avait été employée à Genève par Jallabert. Il tirait des étincelles des parties paralysées, et comme plus tard l'abbé Sans et Mauduyt (1781), il crut reconnaître que l'électricité activait la circulation, et qu'elle était capable de redonner le mouvement à un membre paralysé. Selon les idées médicales acceptées à cette époque, Mauduyt écrivait que l'électricité était utile « dans tous les cas où il convient de fluidifier les liquides et de donner du ton aux solides ».
Mais l'exagération même des effets curatifs et les idées théoriques plus ou moins erronées des médecins à ce sujet firent presque abandonner l'emploi thérapeutique de l'électricité. Les perfectionnements de la pile de Volta, puis surtout la découverte de l'électricité produite par l'induction, remirent en honneur l'emploi de l'électricité pour les applications médicales; seulement à cette époque elles restèrent encore presque partout limitées aux effets sur les muscles.
En même temps les travaux d'électro-physiologie prenaient un grand développement, sous l'impulsion des successeurs de Galvani, Alexandre de Humboldt, Matteucci, Du Bois-Reymond, Becquerel, etc. Avant Nobili, on ne pouvait constater la production des courants électriques faibles que par la sensation sur la langue ou par la contraction des muscles d'animaux très-sensibles, conditions souvent difficiles à réaliser et toujours inconstantes; l'instrument qu'il inventa, le galvanomètre, vint mettre à la disposition des savants un appareil physique exact, permettant de faire des observations faciles à reproduire et à contrôler.
Nous n'entrerons ici dans aucun développement sur les différentes expériences et théories de ces divers auteurs, elles ont été exposées ailleurs {voy. ci-dessus l'article Électricité physiologique; de plus, dans tous les ouvrages spéciaux on les trouve analysées longuement. Une seule chose doit nous intéresser, c'est l'influence que ces travaux de physiologie et ces théories ont eue sur les applications médicales. Sous ce rapport, nous ne croyons pas être exagéré en disant que leur influence a été très-peu de chose, et que les théories de Du Bois-Reymond, en particulier, ont été plutôt fâcheuses qu'utiles, surtout parce qu'il a cherché à identifier le fluide électrique avec l'influx nerveux. Il a donné ainsi un point d'appui à une série d'idées plus ou moins métaphysiques. L'influence de Duchenne (de Boulogne) a été bien plus efflcace. Laissant de côté toutes les théories, il ne s'est appliqué qu'à étudier l'action thérapeutique du courant induit, et ses effets dans les affections du système musculaire et du système nerveux. Avec un esprit d'observation remarquable et un vrai génie clinique, ayant à sa disposition un appareil électrique induit qui lui donnait
268 ÉLKCTROTHÉRAPIE.
des indications précises, il a su constituer une véritable science. Sans aucun titre officiel, ayant à lutter presque jusqu'à la fin de sa vie contre une masse de préventions, il a enrichi la science de découvertes plus importantes que nul autre médecin dé ce siècle, et personne plus que lui n'a fait faire de progrès à l'électrothérapie.
En même temps, un autre savant, Remak, donnait à l'électrothérapie une impulsion très-énergique et, comme cela arrive toujours, il a modifié dans lui autre sens que celui préconisé par Duchenne les avantages des courants électriques. Ducliennc ne s'était servi que des courants induits, Remak ne voulait se servir que des courants provenant directement de la pile. L'un et l'autre ont, comme dans toute discussion de ce genre, exagéré les avantages et les inconvénients de ces deux modes d'électrisation, et fatalement aussi ceux qui sont venus après eux ont dans les commencements pris parti d'une façon partiale pour l'un ou l'autre système.
Remak reprenait d'ailleurs la tradition, c'est-à-dire qu'avec des appareils plus perfectionnés, et aussi avec une instruction médicale plus solide, il se servait de la méthode employée par les médecins du commencement du siècle, aussitôt après la découverte de la pile de Yolta. Il faut ajouter, ce que nous avons déjà écrit plusieurs fois et ce que l'on ne reproduit guère, que Remak avait été précédé dans cette voie par un médecin français mort jeune, Hiffelsheim, qui avait montré physiologiquement et cliniquement les ressources que l'on peut tirer des courants provenant directement de la pile [Des applications médicales de la pile de Volta). D'aillsurs Rayer, dès 1850, se servait, dans son service de la Charité, d'une pile à auges, et c'est également dans son service qu'Hiffelsheim a fait ses premières recherches.
Aujourd'hui dans tous les pays l'électrothérapie possède des représentante très-autorisés et, sauf quelques rares exceptions, tous sont d'accord que les différentes sources d'électricité (électricité statique, électricité de la pile ou courants continus, électricité induite) ont des actions utiles, et qui doivent être employées chacune selon les différentes maladies.
Ce que nous allons nous efforcer de présenter dans les lignes suivantes, c'est un aperçu général sur ces courants électriques, nous étendant plus longuement sur les effets qui servent à expliquer leur action curative que sur leur emploi dans telle ou telle maladie. Nous croyons, en effet, être plus utile aux médecins qui veulent se rendre compte des ressources de l'électricité, en cherchant à leur démontrer comment l'électricité agit sur les organes normaux ou pathologiques. C'est à eux à se servir selon les cas de telle ou telle méthode, et cela devient facile, lorsqu'on sait ce que l'on fait et ce que l'on produit sur les éléments organiques. L'électricité guérit une foule de maladies, elle en améliore d'autres, elle peut même être employée dans presque toutes les affections, cela est entendu, et une masse d'observations en font foi ; mais ce qui est utile, selon nous, de bien savoir et de bien comprendre, ce qui est moins connu et ce qui constitue réellement la science électrothérapique , c'est de savoir pourquoi et comment elle guérit.
Aussi, après avoir décrit les principaux appareils, c'est-à-dire les instruments dont on doit se servir, nous étudierons surtout l'influence de l'électricité sur la nutrition intime des tissus: c'est là, croyons-nous, son action la plus importante et sa vraie valeur thérapeutique, puis nous parcourrons les différents cas où elle est employée en médecine, en insistant surtout sur les méthodes gêné-
ÉLECTROTHÉRAPIE. -269
raies désirant, avec les notions et la pratique que nous avons acquises, faire, pour ainsi dire « la philosophie » de l'électrothérapie.
Appareils électriques. Comme tout le monde le sait, et comme cela découle logiquement de l'historique de l'électrothérapie, les appareils employés en médecine sont de trois provenances : ceux qui donnent de l'électricité statique; ceux qui donnent des courants continus et enfin ceux qui produisent des courants induits. Cet ordre est d'ailleurs celui dans lequel ils ont été découverts. Néanmoins les appareils électriques à courants continus étaient dans les commencements bien défectueux, et c'est surtout sur ces appareils que dans ces dernières années ont porté les efforts des fabricants.
Il est bien difficile de donner la description de tous les appareils employés, car ils sont très-nombreux, mais il est surtout difficile de contenter par une description quelconque les différents fabricants d'appareils électriques. Ce que nous disons là ne s'adresse nullement à des maisons anciennes et dont les représentants sont de vrais savants qui ont fait des découvertes réelles , non-seulement pour les appareils proprement dits, mais encore dans les sciences physiques : ceux-là ont la modestie souvent exagérée, et savent que la perfection est difficile à obtenir. 11 n'en est pas ainsi de fabricants qui souvent, par cela seul qu'ils changent une disposition d'appareil , se croient être de vrais génies, et vont même jusqu'à piésenter les symptômes de la folie des grandeurs. 11 est impossible de les contenter, car non-seulement on est partial, injuste, si on ne fait pas de leurs appareils les éloges exagérés qu'ils vous communiquent, mais encore si on se permet de dire quelque bien des appareils d"un autre fabricant. L'un d'eux, M. Chardin, peut servir d'exemple, et il doute si peu de sa science, qu'il écrit dans un catalogue que « les docteurs qui ont suivi les indications pratiques qu'il leur a fournies ont obtenu des résultats inespérés », tandis que « les travaux de médecins spécialistes (cette phrase s'adresse à un de nos confrères les plus honorables) d'une portée fort restreinte sont faits dans un intérêt commercial immédiat pour une seule maison ». Il est vrai que, parce que M. Chardin a modifié quelques détails à la pile au bichromate, et qu'il arrive à rougir un fil de platine, il déclare qu'en présence « de cette nouvelle pile de son invention présentée à l'Académie de médecine dans une séance spéciale [sic], le thermo-cautère a vécu ». Nous ne voulons pas insister sur ce sujet, et nous n'avons qu'un enseignement à en tirer, c'est que le médecin qui veut s'occuper spécialement de l'électrothérapie doit avant tout savoir se reconnaître au milieu de tous les prospectus des fabricants, qu'il doit même savoir leur mode de construction, au besoin les construire et les réparer lui-même; il en sera récompensé, non-seulement parce qu'il saura mieux faire un choix, mais parce qu'il a souvent, au moment où il veut se servir des appareils électromédicaux, à réparer une foule de petits accidents qui surviennent malgré toutes les précautions.
La plupart des médecins, et surtout des médecins éloignés des grands centres, désirent avoir un appareil électro-médical qui puisse servir à tous les usages, mais c'est un idéal auquel il faut absolument renoncer, car aucun appareil sérieux ne peut être employé à la fois pour les courants induits et pour les courants continus, sans compter les applications chirurgicales. Les actions des courants électriques sont si différentes dans ces cas, leurs effets sont si variés, qu'il est impossible qu'une même source d'électricité puisse servir à ces emplois multiples. Aussi, il est important d'avoir chaque appareil bien distinct, et de sacrifier l'élégance
la facilité de transport et le bon marché, à la solidité et à la régularité du fonctionnement. Ces considérations s'appliquent à tous les appareils, mais surtout aux appareils à courants continus et aux appareils induits. Nous allons passer rapidement en revue les principes fondamentaux de leur mécanisme.
Électbicité statiqoe. Un certain nombre de substances, le verre, la résine, l'ambre, le caoutchouc durci, etc., acquièrent quand on les frotte avec une peau de chat, un morceau de laine, etc., la propriété d'attirer les corps comme des brins de paille, de papier, des feuilles métalliques et, d'une façon générale, tous les corps légers placés dans leur voisinage. Tout mouvement dans la nature tend à se communiquer, et rayonne toujours à distance: aussi le mouvement de nature électinque produit par le flottement influence les corps envilonnants, suivant une action qui varie selon le carré des distances, et, en employant les expressions consacrées, il attire à lui le fluide de nom contraire et repousse celui de même nom. Ceux-ci, en vertu de leur propriété de répulsion mutuelle, s'accumulent chacun aux extrémités du conducteur (fig. 1), et agis-
Fig. 1.
sent, à leur tour, par induclion sur des corps plus rapprochés. C'est ainsi que, si du cylindre B nous approchons une sphère A, isolée et chargée d'électricité positive, aussitôt tous les pendules indiqueront que les cylindres sont électrisés, et de telle façon que les extrémités opposées de deux cylindres successifs sont chargées de fluides contraires.
Ces propriétés sont passagères. Elles ne restent localisées pendant un certain temps que pour les corps mauvais conducteurs de l'électricité ou isolants, tandis que pour la plupart des corps, comme les métaux, la communication est tellement rapide qu'elle échappe à toute mesure: ce sont les corps bons conducteurs. Les animaux, les plantes, rentrent dans cette catégorie, de sorte que, si un de ces corps est relié au sol, les propriétés électriques qu'il a pu acquérir disparaissent aussitôt et le corps est décharcje', c'est-à-dire ramené à l'état naturel. Un corps bon conducteur, tel que l'homme, ne peut donc être électrisé que s'il est soutenu, ou isolé du sol par un corps mauvais conducteur : de là la nécessité du tabouret électrique ou éleclrisation par isolement.
Deux corps qui sont électrisés en sens différents se comportent vis-à-vis d'un corps extérieur, électrisé ou non, comme s'ils étaient à l'état naturel ou neutre. Les propriétés ainsi produites par le frottement présentent donc une sorte d'opposition : les corps sont dans deux états, pour ainsi dire complémentaires, comme si l'un avait emprunté à l'autre et possédait en excès une sorte de vertu particulière qui se trouverait en défaut sur l'autre. En raison de cette opposition de propriétés, on a donné à l'une des électricités le nom à^ électricité positive et à l'autre le nom d'électricité négative, mais il ne faut voir dans ces expressions
ÉLECTROTHÉRAPIE.
qu'un moyen de mieux préciser les phénomènes. En réalilé, il n'y a que des états relatifs de tension électrique et, ce qui le prouve, c'est que, lorsqu'on prend deux échantillons d'un même corps, il suffit d'une différence dans la température ou dans le poli de la surlace pour qu'ils se chargent d'électricité opposée.
Nous ne mentionnerons plus qu'une loi, parce qu'elle trouve une application importante en électrothérapie: c'est que l'électricité statique ne pénètre pas dans les corps conducteurs, elle réside tiniquement à la surface. Comme le corps humain est un corps hon conducteur, on voit donc aussitôt que par ce mode d'électrisatiou on agit uniquement sur la périphérie, et par conséquent sur toute la surface cutanée.
La source des appareils d'électricité statique est le frottement de deux corps, et la charge produite dépend de la capacité du système formé par ces deux
Fig. 2.
corps ;^ elle sera d'autant plus grande que les surfaces des corps seront rapprochées par un plus grand nomhre de points. Le frottement est un moyen de multiplier les points de contact et, plus il sera rapide, plus la somme de potentiel sera grande. D'un autre côté, si l'un des corps est mauvais conducteur, il y a ce grand avantage que l'électricité une fois produite reste localisée aux points où le frottement s'est exercé. C'est là la base de la machine électrique ordinaire (hg. 2), dans laquelle le verre joue le rôle de corps frotté, et la face frottante se compose d'un morceau de cuir enduit d'or massif (bisulfure d'étain ou d'un amalgame de zinc et d'étain. La partie de l'appareil qui doit recueillir 1 électricité produite ou collecleur se compose de deux cylindres métal-
ELECTROTHÉRAPIE.
liques DD' qui sont portés sur des pieds isolants de verre. Le plateau de verre chargé d'électricité positive agit par influence sur les conducteurs DD', l'électricité négative est attirée vers les points SS' qui sont tournés perpendiculairement vers le plateau de verre, et l'électricité positive est re|)Oussée vers les extrémités sphériques qui terminent les cylindres métalliques DD'.
Dans cette machine on ne peut recueillir qu'un seul fluide, et cela a été un progrès de la disposer (fig. 5) pour utiliser les deux (luides. Dans ces machines, iu ventées par Nairne, le frolteur C reste isolé et est également relié à un collecteur auquel il communique l'électricité qu'il a prise dans le froLtement. Le fonctionnement de l'appareil est alors double, les deux collecteurs se chargent d'électricités contraires et, si l'on fait communiquei' avec le sol l'un des deux conducteurs DD', on peut ne conserver que l'une des deux électricités. Ces machines à peu près délaissées aujourd'hui ont été un grand perfectionnement, car au siècle dernier, d'après les descriptions et les gravures de l'abbé
Fig. 5.
iNoUet, de l'abbé Sans, de Mauduyt, on se servait comme frotteur, d'un ballon de verre, qu'on faisait tourner au moyen d'une poulie, et il était prudent de placer la machine électrique dans un appartement voisin de celui du malade, afin que celui-ci ci fût à l'abri du bruit de la roue et des éclats de verre, dans le cas où le globule viendrait à se casser, ce qui arrive quelquefois » .
Aujourd'hui les machines électriques les plus avantageuses sont construites sur un principe différent que celles dont nous venons de parler, car, au lieu de recourir au frottement ou au contact, comme source d'électricité, on peut utiliser le phénomène de l'influence. Un corps étant électrisé, on en approche un conducteur en communication avec le sol, ce conducteur se charge aussitôt d'électricité de signe contraire et restera ainsi électrisé, si l'on supprime aussitôt la communication du sol. On peut répéter l'opération un grand nombre de fois, de sorte qu'avec une même quantité d'électricité primitive on en produira une quantité indéfinie. C'est là le principe des machines par influence, dont la machine de Holtz est le type (fig. 4 [machines de Tœpler, Replenisher, Thomson, etc.]). L'appareil est à double jeu et comprend deux inducteurs,
ÉLECTROTHÉRAPIE.
deux transmetteurs et deux collecteurs; ou cherche ainsi à utiliser la charge acquise par l'un des collecteurs pour augmenter l'électrisation de l'inducteur oui correspond à l'autre, de sorte que par cette double réaction la différence de potentiel des deux collecteurs augmente très-rapidement. Tœpler a encore produit le rendement plus considérable en mettant un très-grand nombre de disques, jusqu'à 60. Les étincelles obtenues par cette machine ont une puissance considérable, mais, comme toutes ces machines, elles sont très-difficiles à amorcer, et leur maniement demande l'emploi d'une grande force.
D'après M. Charcot, la machine de Holtz donne trop de quantité et est excitante parla plupart des sujets névropathiques ; elle ne serait avantageuse que dans certaines affections atoniques. Il lui préfère la machine Carré, ou mieux une disposition imaginée par MM. Andriveau et Vigouroux, et qui réunit les
Fig. 4.
deux types Holtz et Carré. La machine telle que la 'construit Carré, et qui est d'un maniement facile, donnerait, d'après M. Charcot, trop de tension, relativement à la quantité. Quoi qu'il en soit, ces différentes machines fonctionnent à peu près de la même façon, et présentent ce grand inconvénient, c'est d'être très-difficiles à mettre en marche dès que l'atmosphère est humide; de plus, il faut un aide très-vigoureux pour faire tourner le ou les plateaux. M. Vigouroux a cherché à suppléer à ces inconvénients en renfermant la machine dans une cage vitrée et en employant, comme l'avait déjà fait M. Arthuis, le moteur à gaz pour en effectuer la rotation. Ces compléments ne sont pas, il est vrai, d'un usage bien facile pour les praticiens.
Modes d'emploi. L'électricité statique s'administre de trois manières :
i° Par l'étincelle des machines électriques;