DICT. ESC. XXXIII
ÉLECTROTHERAPIE.
2° Au moyen de l'éleclrisation par la décharge d'un condensateur (bouteille de Leyde), etc. ;
5» A l'aide de l'électrisation par isolement.
Nous n'insisterons pas sur les deux premiers de ces modes d'électrisation ; ils ne sont guère et ne doivent pas être employés seuls, car ils ne doivent guère l'être que concurremment avec l'électrisation par isolement. Nous dirons sommairement que, pour électriser par les étincelles, on fait approcher les parties malades des conducteurs métalliques de la machine en action, et en les plaçant à une distance convenable pour que ces étincelles agissent d'une manière suffisamment énergique sur ces régions. La sensation est presque toujours désagréable, et la prolongation des étincelles peut produire un érythème plus ou moins intense. Disons tout de suite que la faradisation cutanée au moyen du pinceau métallique a dans ces conditions une action analogue, plus efficace et dans tous les cas bien plus facile à doser et à appliquer.
Quant à l'électrisation au moyen d'un condensateur, on peut l'employer surtout si l'on veut constater le degré de sensibilité de la peau, car son action est très-vive, et relativement assez pénétrante. Il ne faudrait pas croire que ce mode d'électrisation soit toujours sans danger, car Franklin rapporte un accident auquel lui-même a été sujet. Voulant employer l'électricité chez un paralytique, « il reçut un coup de deux jarres (ayant environ 3 pieds carrés de surface) au travers des bras et du corps; il lui sembla recevoir un coup universel depuis la tête jusqu'aux pieds, qui fut suivi d'un tremblement vif et violent dans le tronc; ses bras et le derrière de son cou restèrent un peu engourdis le reste de la soirée, et sa poitrine fut affectée pendant une semaine, comme si elle eût été brisée ».
Fis. 5.
Franklin nous donne ainsi une observation intéressante des effets d'une action trop énergique de l'électricité statique, en même temps qu'au point de vue historique nous connaissons ainsi un des modes d'emploi de l'électricité pour le traitement des paralysies.
Le mode le plus logique et le seul qui donne des résultats qu'il ne faut pas dédaigner dans certaines maladies est l'électrisation par isolement, appelée souvent bain électrique, et que M. Charcot, pour éviter certaines confusions, propose avec raison d'appeler le bain électrostatique. Les malades sont placés sur un tabouret isolant, et ils font ainsi partie de la masse de la machine élec-
ELECTROTIIERAPIR. 275
triaue. Pour faire comprendre ce qui se passe dans ces conditions, nous n'avons ou'à comparer le tabouret isolant au cylindre BG de la figure théorique ci-jointe iû" 5), la machine électrique ou la source d'électricité à la sphère A, et la nersoime électrisée au pendule qui est près de l'extrémité B du cylindre. On -voit par celte figure théorique que le malade prend l'état électrique des conducteurs et que le fluide, selon les expressions plus usuelles que justes, s'écoule dans le sol par l'extrémité opposée en contact avec le sol. C'est une sorte de bain ayant quelque analogie avec le bain à eau courante, car l'électricité autour du corps n'y reste jamais en repos. Il y a une sorte de courant du fluide qui se renouvelle sans cesse et qui se fuit d'une façon continue.
La personne qui est électrisée dans ces conditions n'éprouve que peu d'impressions anormales, un peu de picotement sur la peau, et la sensation d'une toile d'araignée flottant sur le visage ; quelques-uns des médecins qui autrefois employaient l'électricité statique insistaient sur les avantages qu'il y a à laisser les malades dans ces conditions sans chercher à provoquer des contractions par l'emploi des excitateurs.
Les excitateurs employés en médecine ont des formes spéciales en vue
Fis
des régions qu'on veut électriser, mais ils ont tous pour piincipe l'excitateur ordinaire, qui est une espèce de pince composée de deux branches métalliques P, P' (fig. 6) terminées par des sphères et munies de manches isolants M, M'. L'extrémité d'une branche étant en contact avec un point de l'armature extérieure d'une bouteille de Leyde, ce qui correspondrait à peu près à la personne placée sur un tabouret isolant, l'autre branche est approchée du bouton A de l'armure intérieure ou d'un des cylindres de la machine électrique. Dès que la distance est assez faible pour permettre à la tension électrique de vaincre la résistance de l'air, la combinaison a lieu et il se produit une décharge instantanée accompagnée d'un bruit sec et d'une étincelle plus ou moins longue.
Tous ces moyens de produire l'électricité statique déterminent en même temps et forcément la production d'ozone, qui est rendu très-apparent par les réactifs ordinaires et même par l'odeur caractéristique qui se dégage. Nous
276 ÉLECTROTHÉRAPIE.
sommes convaincu qu'au moins une partie des effets attribués à l'emploi de l'électricité statique doit être redevable de l'ozone.
Aimants. L influence des aimants, dont on s'est beaucoup occupé dans ces dernières années, doit être placée à côté de l'action de l'électricité statique. Cette action est encore assez obscure, mais elle est évidente dans bien des cas. Peutêtre peut-on l'expliquer par la direction que doivent déterminer les aimants sur les courants autonomes des tissus. Nous verrons combien ceux-ci sont nombreux, et il est logique d'admettre qu'une source électrique extérieure doit avoir sur leur orientation une influence plus ou moins énergique. Si nous avions pu faire des expériences sur des poissons ayant des appareils électriques, nous nous serions empressé de voir quelle action des aimants pouvaient produire sur ces courants d'origine organique, et qui sont analogues aux courants qui se produisent dans tous les tissus. Il y aurait là une action de l'aimant sur les courants autonomes de l'organisme qu'on pourrait comparer à l'action de la terre sur les corps aimantés, c'est-à-dire une action directrice, qui tend à ramener tous les courants à une position déterminée d'équilibre stable.
Comme appareils spéciaux, sauf la forme, afin d'en faciliter l'application, les aimants employés en médecine n'offrent rien de particulier; dans certains cas, on a même employé les solénoïdes, ce qui permet d'entourer complètement un doigt, par exemple, et de produire à volonté l'aimantation et la désaimentation. Nous devrions encore signaler d'autres pratiques thérapeutiques qui rentrent dans ce chapitre, et ils sont nombreux les médecins qui, sur ce sujet, ont émis des idées tout au moins originales. Cependant, les recherches du docteur Seure méritent d'être signalées, car il a démontré que le collodion avait des propriétés très-nettement électriques, et il croit, avec quelque raison, que ces propriétés ne sont pas étrangères aux résultats obtenus dans les diverses applications thérapeutiques qui ont été faites du collodion.
Disons en terminant que, de même que dans l'emploi de l'électricité dynamique on a eu recours à des appareils donnant des courants très-faibles, de même dans les applications de l'électricité statique on a cru que des appareils très-faibles et d'une application prolongée devraient être employés de préférence. Il est vrai que les idées dominantes de l'époque ont eu dans cette manière de voir une grande influence, car les docteurs Coudret et Fozembas, qui ont publié plusieurs mémoires sur ce sujet, voulaient surtout agir sur l'irritation en s'appuyant sur la doctrine de Broussais. La figure cijointe (fig. 7) indiquera mieux que toutes leurs descriptions leur manière de procéder, et en la reproduisant nous avons de plus le désir de montrer qu'à \ • cette époque déjà on se servait d'appareils analogues
j,.j^ - à ceux que le docteur Burcq a employés dans ces
dernières années. Les phénomènes observés par ces médecins ont d'ailleurs beaucoup d'analogie avec ceux que donne l'emploi de la métallothérapie. Seulement, au lieu de chercher les effets dans des combinaisons de métaux, le docteur Coudret se servait de plaques avec pointes métalliques, celles-ci ayant pour but de favoriser les effluves électriques. 11 est inutile évidemment d'insister plus longuement sur ces appareils.
ÉLECTROTHÉRAPIE. 277
Appareils pour courants co.ntinos. De la pile. La base de toute application de courants continus est la pile ; la première, inventée par Yolta en 1800, consistait en une série de disques de cuivre et de zinc empilés les uns sur les autres. Pour désigner un seul de ces petits appareils, on emploie aujourd'hui le nom de couple ou d'élément, et l'on a conservé le nom de pile à l'ensemble, quoique encore souvent on emploie assez indifféremment comme synonyme le mot d'élément et celui de pile.
Il serait oiseux de nous étendre sur l'historique des inventions des différentes piles même médicales ; néanmoins nous tenons à faire remarquer que la première pile, à vrai dire, et surtout le premier appareil électrique physiologique, ont été construits non par Volta, mais par Galvani. Cet appareil se composait, comme on sait, d'un fil de fer, d'un fil de cuivre et d'une grenouille. Chaque fois qu'on venait à mettre les deux métaux en contact, il y avait contraction, c'est-à-dire production d'électricité. Galvani conclut de ses expériences qu'il y a dans les muscles et dans les nerfs une source d'électricité qui est mise en circulation chaque fois que ces substances sont réunies par un corps bon conducteur. 11 affirmait ainsi l'électricité animale, et rien n'est plus important que les différentes expériences qu'il institua pour prouver cette source d'électricité. Ces expériences sont restées typiques, et aujourd'hui encore elles sont la meilleure preuve de l'existence des courants électriques développés dans les tissus organiques.
Yolta s'empara de la découverte de Galvani, l'agrandit et la généralisa. 11 soutint que les contractions étaient le résultat du contact des substances hétérogènes, et, poursuivant ses expériences dans ce sens, il inventa la pile qui porte son nom et qui ne diffère des couples construits dans ce genre que parce que dans le couple primitif de Yolta les surfaces métalliques Z et C sont réunies par une soudure D (fig. 8), parce que Yolta croyait que le dégagement de l'électricité était dû au contact de métaux différents. Actuellement, il n'existe aucun point de contact entre l'élément Z et l'élément C, qui sont séparés au contraire par une rondelle imbibée de liquides excitateurs.
La pile de Volta était une chose si nouvelle, et si énergique relativement à toutes les autres sources d'électricité que l'on connaissait à cette époque, que forcément la théorie de Yolta l'emporta sur toutes les autres, c'est-à-dire qu'on admit que le simple contact de substances hétérogènes convenablement choisies était l'origine de l'électricité.
Cette théorie influa sur les 'recherches des savants, et c'est grâce à elle que Melloni construisit ses piles sèches, dont un grand nombre ont été exposés à l'Exposition internationale d'électricité de 1881 et dont quelques-unes à cette époque donnaient encore quelques indices de courant électrique.
Les piles sèches de Melloni, puis celles de Zamboni, ont même été proposées pour l'emploi médical, mais elles ont une action tellement faible qu'il ne faut pas y songer, malgré leurs avantages de transport et de durée.
La pile de Yolta est loin d'être pratique et l'on a aussitôt cherché à lui donner des formes plus avantageuses, dont la plus importante a été de lui donner la forme à auges. Wollaslon, puisMuncke et Faraday, eu augmentèrent l'énergie en
278 ÉLECTROTHÉRAPIE.
repliant les lames de cuivre autour de la lame de zinc et en plongeant le tout dans un même bain liquide.
Mais toutes ces piles, dites piles simples, s'affaiblissent rapidement et fonctionnent très-iiTégulièrement. C'est Becquerel qui, en 1829, construisit la pile à courant constant. Il a résumé les principes sur lesquels repose la construction de toutes les piles dans les lignes suivantes : « La pile porte avec elle la cause des diminutions qu'éprouve le courant électrique, car dès l'instant qu'elle fonctionne il s'opère des décompositions et des transports de substances qui polarisent les plaques de manière à produire un courant en sens inverse du premier. L'art consiste à dissoudre ces dépôts, à mesure qu'ils se forment, avec des liquides convenablement placés ».
Les variétés de piles tiennent précisément aux moyens que l'on a employés pour dépolariser les métaux qui constituent le couple, et c'est uniquement pour absorber l'hydrogène qui polarise le pôle positif qu'on emploie soit l'acide azotique (pile Bunsen), soit l'acide chromique (pile Grenet), soit les sulfates de plomb et de mercure (piles Marié-Davy, etc.), le chlorure d'argent (pile Warren de la Rue), le peroxyde de manganèse (pile Leclanché), etc., etc.).
11 est également important que l'acide qui attaque le zinc puisse être renouvelé à mesure qu'il est employé, et c'est pour cela que les sels sont un réservoir pour le fonctionnement de la pile. Pour la pile type par excellence, celle au sulfate de cuivre, le sel se décompose à mesure qu'il se forme du sulfate de zinc et que le cuivre se dépose à l'état métallique.
Oa peut comparer la pile à un fourneau où le zinc bmle pour engendrer de l'électricité, comme le charbon brûle dans le fourneau pour engendrer de la chaleur. Si le tirage est fort, le charbon sera rapidement consumé, et la chaleur sera considérable; de même, si les métaux sont en présence d'un acide énergique et sont fortement oxydés, il y aura une grande production d'électricité. Dans ces deux cas, il est difficile d'avoir soit une température uniforme, soit un ensemble constant, tandis que cela sera plus faible avec un fourneau marchant lentement, ou avec une pile dont les métaux ne sont attaqués que faiblement et peu à peu. Enfin, dans tous ces cas, il faut remplacer le combustible et le débarrasser des résidus de la combustion, c'est-à-dire des cendres dans un cas, et dans l'autre des sels formés et des produits secondaires : c'est ce qui constitue les différences d'entretien et même d'action entre les diverses piles comme entre les différentes chaudières.
Il est inutile d'insister sur toutes les piles qui peuvent être employées en médecine, et de fait presque toutes celles qui ont été inventées ont servi à faire des appareils à courants continus, mais il n'est point indifférent d'employer telle ou telle pile, et il faut absolument choisir celles qui ont le plus de résistance et qui ne possèdent pas une action chimique trop forte ; la pile au sulfate de cuivre sera toujours le type le plus avantageux comme élément des appareils électro-médicaux. Elle offre plusieurs inconvénients qui tiennent à son poids, à son usure, alors même qu'on ne s'en sert pas, mais elle est, malgré tout cela, la pile la plus avantageuse qu'on puisse employer, au moins pour les appareils à demeure.
Il y a deux faits qu'il est important de retenir, car il est utile de connaître la marche et le sens du courant.
Le courant électrique va toujours du pôle positif au pôle négatif dans le circuit extérieur, et du pôle négatif au pôle positif dans l'intérieur de la pile:
ÉLECTROTHÉRAPIE. 279
il Y a ainsi un circuit fermé qui a sa direction déterminée dans chacune de ses narties. Ainsi, dans la figure ci-jointe (fig. 9), le courant va du pôle positif P au pôle négatif Z, au moyen du fil métallique qui relie ces pôles au galvano-
Fig. 9.
mètre, et dans le liquide du couple il va de Z en P. Ces directions sont trèsimportantes, car elles constituent un véritable flux de matière et nous verrons qu'elles jouent un grand rôle dans les phénomènes d'endosmose et d'exosmose. Ainsi, si, dans deux tubes P et N (fig. 10), fermés à leur exlrémité^C par une membrane endosmotique et plongeant dans un vase rempli d'eau, on met identiquement le même liquide ou même de l'eau ordinaire, on n'observe aucun
Fi-. 10.
Fis. 11.
changement de niveau aussi longtemps que le courant ne passe pas de P en N, puis,' si l'on vient à faire passer un courant, aussitôt on voit le niveau baisser rapidement en P jusqu'à P', par exemple ^(fig. 11), et le liquide monter en N
280 ÉLECTROTHÊRAPIE.
jusqu'au-dessus du bord et même se répandre au dehors. La rapidité du phénomène dépend de l'énergie de la pile, mais il est constant avec toutes les piles. Il y a donc un transport réel des molécules qui forment le circuit, lorsque celles-ci sont mobiles, et ce transport a lieu du pôle positif au pôle négatif.
Le second fait qui a son importance dans les applications médicales de la pile, c'est que le pôle négatif est toujours représenté par le métal le plus attaqué, et, comme dans la plupart des piles ce métal est le zinc, on peut toujours reconnaître le pôle négatif dans un appareil quelconque. Si les éléments sont cachés, il y a d'autres moyens fondés sur l'action électrolytique des piles ; le plus simple est de mettre au bord des fils conducteurs une épingle et de plonger les pointes de chaque épingle dans de l'eau simple ou légèrement acidulée ; l'épingle qui se couvre aussitôt de bulles de gaz est le pôle négatif et celle qui se rouille est le pôle positif. Quand on en a l'habitude, la sensation sur la langue est également différente; celle du pôle positif est plus acide, plus pénétrante, celle du pôle négatif a quelque chose de plus caustique. De même, les phosphènes déterminés par les deux pôles sont différents, mais ces moyens ont besoin d'une certaine éducation, pour ne pas commettre d'erreur, et il vaut mieux s'en tenir aux actions si nettes de l'électrolyse. En ajoutant un peu d'iodure de potassium et un peu d'amidon dans l'eau, la décomposition de l'iodure de potassium, amenant une coloration bleue intense au pôle positif, est encore une manière très-exacte, un peu plus compliquée, il est vrai, que l'emploi de simples fils métalliques, mais plus nette que tous les autres procédés.
Les lois des courants des piles étant la base de toute action des courants continus, nous croyons devoir les donner avec une certaine étendue, au risque même de nous répéter et d'entrer dans une étude un peu difficile.
Lois DES COURANTS ÉLECTRIQUES. I. Force électro-niotvice. Les réactions chimiques qui développent dans la pile les électricités de signes contraires aux deux pôles se différencient dans chaque type d'élément.
Un fait d'expérience, c'est que pour un type donné défini par un ensemble de réactions identiques la différence des tensions électriques positive et négative aux deux pôles est constante, quelles que soient les dimensions des vases et l'étendue des surlaces de réactits mis en présence. Pour un autre ensemble de réactions chimiques, c'est-à-dire pour un autre type d'élément de pile, la différence des tensions aura une valeur diflérente, mais celte valeur se conservera dans tous les dispositifs variables qui se rattacheront au type correspondant.
De là la notion d'une caractéristique spéciale à chaque élément, la force électro-motrice ou différence des tensions électriques positive et négative aux deux pôles.
1. Résistance intérieure. Les électricités positive et négative qui se dégagent aux pôles par l'effet des réactions chimiques se combinent à travers le conducteur qui réunit ces deux pôles. Cette combinaison des deux fluides (pour parler le langage figuré) donne naissance au courant ou flux d'électricité à travers le conducteur. Supposons d'abord que ce conducteur soit formé d'un fil de cuivre de très-faible longueur et de très-grande section, l'observation nous apprendra que, pour un type de pile donné, c'est-à-dire possédant une force électro-motrice invariable, le flux ou l'intensité du courant augmentera ou diminuera suivant que les dimensions des plaques métalliques composant la pile seront plus grandes ou plus petites, suivant aussi que leur distance sera plus petite ou plus grande.
ELECTROTHÉRAPIE. 281
La recombinaison des fluides est plus facile dans le premier cas ; elle éprouve plus de résistance dans le second. De là la notion d'une autre caractéristique spéciale à l'élément, celle-ci indépendante des réactions chimiques, déterminée seulement par les éléments géométriques (dimensions et distance des plaques constituant les électrodes) et par un élément plujsique (conductibilité) exprimant en quelque sorte la perméabilité électrique du milieu traversé par le courant, comme le terme analogue sert à définir le flux calorifique dans une barre métallique chauffée à l'une de ses extrémités.
Cette deuxième caractéristique peut algébriquement mesurer la perméabilité électrique, ou son inverse, la difficulté offerte au passage. C'est sous cette dernière forme qu'elle est le plus souvent considérée ; on la nomme alors résistance intérieure.
Sans entrer encore dans le détail des éléments géométriques et physiques qui entrent dans son expression mathématique, nous pouvons dès à présent nous rendre compte de ce que l'on peut appeler la valeur d'une pile.
Il y a pour cela un guide certain, une loi physique extrêmement importante, la loi dOhm.
La valeur d'une pile est mesurée par l'intensité du flux électrique qui la traverse, lorsque les deux pôles sont réunis par le conducteur spécial que nous avons indiqué. La loi d'Ohm établit une relation des plus simples entre les trois termes :
Intensité I
Résistance r
Force éleclro-motnce E
Cette relation est :
En langage ordinaire : le courant est en raison directe de la force électromotrice et en raison inverse de la résistance intérieure.
Travail. Loi de Joule. On exprime encore la valeur d'un élément en invoquant une autre loi physique qui complète celle d'Ohm : c'est la loi de Joule.
Dans le courant électrique on peut considérer, en dehors du flux d'électricité, la chaleur qui est véhicule avec lui et a sa source, comme lui, dans les réactions chimiques :
La loi de Joule établit une relation très-simple entre les trois termes :
Chaleur totale dégagée dans le circuit Q
Intensité 1
Foice électro-motrice ^
Cette relation s'écrit :
Q = EI
En langage ordinaire : la chaleur totale dégagée, mesurée en calories, est en raison directe de la force électro-motrice et de l'intensité de la pile.
On sait aujourd'hui qu'il y a un rapport d'équivalence entre la chaleur et le travail : une calorie équivalant à 425 kilogrammètres environ,
L'expression
Q = EI
servira à déterminer le travail mécanique du courant, aussi bien que son effet
282 ÉLECTROTHÉRAPIE.
calorifique; on passera d'une e'valuation à une autre en multipliant ou divisant Q par Véqiiivalent mécanique do la chaleur.
Faisons remarquer encore qu'à cause de la première relation :
on peut écrire la seconde indifféremment sous l'une des trois formes algébriques équivalentes :
Q-=EI
Dans l'étude des problèmes on préférera l'une ou l'autre, suivant la façon dont l'observation aura été conduite, les instruments pouvant, suivant le dispositif admis, mesurer directement les unes ou les autres des quantités entrant dans les formules : travail, chaleur, intensité, force électro-motrice, résistance intérieure.
Mesure des coîirants. Ceci nous amène à l'indication de quelques instruments de mesure. Au point de vue médical, nous nous bornerons aux mesureurs de l'intensité.
Jusqu'ici l'intensité n'a représenté pour nous que le flux électrique, matérialisation hypothétique du phénomène du courant. Pour entrer dans le vif de la question il faut chercher dans les manifestations extérieures du courant nonseulement la preuve de son existence, mais encore le moyen de le jauger.
On mesure l'intensité par la déviation de l'aiguille aimantée du galvanomètre: on a varié à l'infini les dispositions données à ces instruments pour faciliter les opérations.
Le praticien a généralement à sa disposition un appareil gradué par le constructeur; il a ainsi dans les mains tout ce qui lui est nécessaire pour faire des comparaisons et établir des rapports.
Le galvanomètre ordinaire se compose d'une aiguille aimantée autour de laquelle est enroulé un fil métallique, lequel, en transmettant le courant, fait tourner l'aiguille à droite ou à gauche, selon la direction du courant. Ce galvanomètre ne peut ainsi donner que les seules indications du passage du courant et du sens dans lequel il chemine. Pour mesurer l'intensité il faut se servir de galvanomètres spéciaux, et celui construit par Gaiffe est le plus commode. Les premiers essais dans ce genre ont été faits des 1873 par Gaiffe, car son catalogue de 1874 annonçait déjà la construction de ces galvanomètres, alors qu'on se servait uniquement des boussoles de sinus ou de tangentes. C'est donc à tort que Du Bois-Reymond a déclaré que la priorité appartenait à un fabricant de Munich.
Le galvanomètre médical est divisé en milliampères, dans lesquels un cadre multiplicateur elliptique rend les déviations de l'aiguille proportionnelles aux intensités des courants.
Plusieurs dispositions en rapport avec des courbes différentes ont été essayées et sont également bonnes. Celle à laquelle s'est arrêté M. Gaiffe donne un cadre multiplicateur de forme basse, bien appropriée aux appareils médicaux. Son fil, roulé dans les rainures du cadre, disposées ad hoc, forme au-dessous et au-dessus
ÉLECTROTHÉRAPIE.
(le l'aiouille une figure qui ressemble à deux caustiques de réflexion se regardant naj' leur concavité. Sa graduation, en intensité ou en force électro-motrice, donne, de chaque côté de l'échelle, des divisions équivalentes jusqu'à 68 degrés
du cercle.
Voici la description de ce galvanomètre tel que le construit M. Gaiffe. Il se compose (On. 12) : d'un cadre multiplicateur M, d'une aiguille magnétique courte cachée dans le cadi'e, dont on voit seulement l'index en I; d'une échelle graduée G; d'une boîte-enveloppe B tournant dans sa base G; d'un ressort de suspension A commnndé par la vis V; de deux serre-fils S, S'; enfin d'une base
en bois D, portée sur les vis calantes V, Y.
Le fil de ce galvanomètre est roulé dans des rainures du cadre,
U lllliL..iJii...'...'.'J.....'-'iJi.illlll /AM^ft, disposées ad hoc, et forme, au-
dessous et au-dessus de l'aiguille
Fis. 15.
et dans deux plans parallèles à son plan d'oscillation, deux figures qui rappellent chacune deux caustiques de réflexion se regardant par leur concavité et ayant leurs cornes voisines de l'axe de rotation de l'aiguille {voy. fîg. 13).
L'équilibre avec l'action directrice de la terre est obtenu, pour des courants croissant dans une progression arithmétique, en des points équidistants de l'échelle, parce que, en raison de la courbure du fil, l'axe magnétique de l'aiguille, quelle que soit sa direction, est coupé à peu près constamment sous le même angle par la partie du cadre qui l'avoisine, et parce que la proximité du fil et de l'aiguille augmente en même temps que l'action du' couple terrestre sur cette dernière.
La proportionnalité n'existe pas pour les 90 degrés de l'échelle, mais elle s'étend jusque vers le soixante-dixième de chaque coté du méridien, ce qui est suffisant pour répondre à tous les besoins.
Les divisions de ces intruments ont la valeur marquée lorsque H = 19'". Dans un champ magnétique différent, il est nécessaire de chercher le rapport qui existe entre la valeur vraie et la valeur marquée, en déterminant un point quelconque de l'échelle.
Voltamètre. Un autre appareil pour mesurer l'intensité est le voltamètre. 11 offre ce précieux avantage que toujours ses indications (quantités d'hydrogène et d'oxygène mises en liberté) sont rigoureusemant proportionnelles à l'intensité du courant. En outre les quantités d'oxygène et d'hydrogène mises en liberté sont entre elles dans le rapport des équivalents chimiques. C'est là un lien solide que Faraday a créé entre la chimie et la science électrique.
Résistance extérieure. L'élément de pile n'est pas destiné à travailler sur lui-même; le courant qu'il fournit doit vaincre des résistances extérieures on
284 ELECTROTHÉRAPIE.
il développe ses effets ; c'est là que nous trouvons le domaine des applications médicales. ,
Mais il nous faut rester encore dans la région de la physique pour préciser quelques notions.
Lorsqu'on substitue au conducteur interpolaire que nous avons imaginé précédement un fil métallique long et mince, on constate une diminution notable dans l'intensité du circuit; on observerait le même fait en remplaçant le fil métallique interpolaire par une colonne liquide ou un conducteur plus complexe, tel qu'un membre ou le corps entier.
L'effet de celte résistance extérieure pour amener la diminution de l'intensité se trouve compris dans la loi d'Ohm. Dans la formule :
il faudra ajouter au dénominateur le terme R correspondant à cette résistance extérieure du conducteur interpolaire, et nous aurons ainsi une expression générale.
applicable à tous les cas, pourvu que nous ayons exprimé les termes r et R en unités de même nature.
Il est important de faire ici une remarque relativement à la mesure de l'intensité. Celle-ci est constante dans toute l'étendue du circuit. C'est la même quantité d'électricité qui passe pour unité de temps entre deux tranches infiniment voisines du conducteur. On peut donc la mesurer dans la partie intérieure du circuit comme dans la partie extérieure, on la trouvera la même en tous les points. C'est là une propriété fondamentale du courant électrique lorsqu'il est continu, c'est-à-dire à l'état permanent ou de régime. Les courants interrompus alternatifs ou de même signe n'obéissent pas à cette loi.
Accouplement des éléments. En étudiant la nouvelle formule :
nous éprouvons presque un désappointement : lorsque nous emploierons la pile à vaincre une résistance extérieure R supposée notable, nous diminuerons l'intensité. La théorie heureusement nous fournit une ressource. Au lieu d'un élément de pile nous pouvons en associer plusieurs par les pôles de noms contraires (accouplement en tension). Dans ces conditions chaque élément apporte son contingent d'intensité à l'effet total et la formule devient, si l'on appelle n le nombre des éléments identiques associés :
»E ^~nr-+-R'
Nous pouvons maintenant raisonner sur ce nouveau schème. 1" Si R (résistance extérieure) est très-grande par rapport à nr (résistance totale intérieure), on peut négliger ce terme, la formule devient :
wE
c'est-à-dire que l'intensité croît en raison du nombre des éléments : on voit donc que l'on a ainsi par cet artifice les moyens de régler le courant à employer suivant les conditions de la résistance qui lui est opposée.
Au contraire, si la résistance R était faible vis-à-vis de nr, la formule
deviendrait :
7iK E
nr r
c'est-à-dire que l'on constaterait ce résultat singulier que dans ces conditions l'accouplement en tension ne pi^oduit pas plus d'effet que l'emploi d'un seul élément.
Lorsqu'on opère dans la pratique médicale, il est essentiel de tenir compte des valeurs relatives des résistances intérieures nr et extérieure R, pour diriger le calcul suivant les indications de la formule d'Ohm. De même que l'on peut associer les éléments en tension par les pôles de nom contraire, on peut aussi les grouper en attachant ensemble les pôles de même nom (association en surface).
Dans ce cas on n'a plus à considérer qu'une pile dont la force électro-motrice
est E et pour laquelle la résistance intérieure totale est réduite à -; l'intensité
est donné par la formule :
r r-hnlî
Cette disposition conviendra aux cas où l'on veut augmenter l'intensité dans un conducteur inlerpolaire dont la résistance extérieure est négligeable devant celle de l'élément de pile.
Nous n'insistons pas sur les résultats de ce mode de groupement, non plus que sur les effets que l'on peut obtenir en adoptant à la fois les deux modes d'association en tension et en surface d'un nombre donné d'éléments. Bien que ces spéculations présentent un grand intérêt dans les recherches d'ordre scientifique, nous devons les écarter dans le programme purement pratique que nous nous sommes imposé.
Évaluation des résistances. Nous avons résumé sous le nom de résistance une propriété spéciale du fluide électrique envisagé au point de vue de sa perméabilité à travers divers milieux.
Nous avons parlé d'éléments géométriques et d'éléments physiques concourant à la définition de ce terme, qui, considéré en bloc, a la même signification, soit qu'il s'agisse de résistance intérieure ou de résistance extérieure par rapport à la pile.
Dans cet exposé, ce sont les corollaires de la loi d'Ohm qu'il faut développer.
Faisons d'abord intervenir les éléments géométriques qui définissent la résistance; on constate expérimentalement que :
1° L'augmentation de longueur du conducteur (intérieur ou extérieur), quelle que soit la substance dont il est formé, augmente proportionnellement la résistance, par suite diminue l'intensité dans le rapport inverse.
2° L'augmentation de section, dans les mêmes conditions, diminue propor-
286 ELECTROTHERAPIE.
tionnellement la résistance, par suite augmente l'intensité dans le rapport direct. A ne faire état que de ces deux données on peut écrire la relation :
p étant la résistance du conducteur,
/ étant la longueur du conducteur,
s étant la section du conducteur,
K un coefficient qu'il nous reste à définir ; c'est l'élément physique déjà indiqué.
Les diverses substances simples ou complexes, à l'état solide, liquide ou gazeux, offrent au passage de l'électricité des résistances plus ou moins grandes. En général, les solides, et parmi eux les métaux, sont meilleurs conducteurs que les liquides; ceux-ci l'emportent sur les gaz.
Pour établir des comparaisons on a pris pour îinité la résistance d'un corps déterminé, le mercure, et on exprime les résistances spécifiques des autres corps par des coefficients numériques.
Dans les cas de la pratique le conducteur n'est pas homogène. Nous avons vu que la résistance intérieure se définit par l'étendue des plaques polaires, leur distance, l'épaisseur de la couche liquide qui les sépare. La résistance extérieure peut être constituée par des fils métalliques de longueur, de section, de nature, différentes, par les liquides ou les tissus de l'organisme. La théorie permet de résumer et d'exprimer en une valeur numérique la résistance totale au moyen des l'ésistances partielles qui composent le circuit traversé par le courant. C'est la somme des termes dont la valeur p est calculée [d'après la formule ci-dessus [)our les diverses sections.
On peut encore donner un autre énoncé :
La résistance totale P étant composée d'une suite de termes ayant chacun
la forme K -' on peut représenter les résistances par des longueurs du métal
pris pour type. L'unité étant, par exemple, la colonne de mercure de 1 mètre de longueur et de 1 millimètre carré de section, on n'aura ainsi à considérer dans le circuit que des portions homogènes de longueur variable.
Pour mieux faire comprendre la valeur des mots employés et l'action des forces électriques, nous allons nous servir d'analogies empruntées à une série de lois mécaniques.
Dans une locomotive en marche on peut distinguer la quantité d'eau évaporée dans un temps donné pour fournir la vapeur dont la pression, agissant dans le cylindre, actionne la machine. Cette pression de la vapeur aura son corrélatif dans la force électro-motrice de la pile. De plus, celle-ci peut être considérée comme une machine eu activité ; la source de la force vive est l'altération chimique des métaux en contact, et l'on peut dire qu'une pile produit du travail en oxydant des métaux, comme une machine en brûlant du charbon.
On emploie quelquefois pour définir la force électro-motrice de la pile le mot de tension. Ce terme exprime en mécanique un effort virtuel qui ne parvient pas à accomplir son effet par l'intervention de résistances autagonistes. Supposons deux poids de 1 kilogramme; l'un est sur le sol, l'autre est élevé à 1 mètre de hauteur. Il n'y a entre ces deux kilogrammes aucune différence : ils représentent la même masse et le même poids, mais, par cela seul que l'un est élevé à 1 mètre de hauteur, il peut tomber, et en tombant il produira le travail
ELECTR0THÉ[1APIE. 287
de 1 kilogramme. Il est permis de dire qu'avant de tomber il possédait en puissance, en tension, un travail virtuel de un kilogramme.
Si, au lieu de l'élever à 1 mètre, on le porle à 10 mètres de hauteur, son poids, sa masse, seront indentiques, mais l'énergie potentielle sera de 10 kilogrammètres.
De là une autre manière de figurer la tension ou force électro -motrice de la pile. La force électro-motrice représentait dans notre première explication la différence des tensions positive et négative des fluides accumulés aux pôles. Cetle différence est elle-même une tension, effort virtuel capable d'une énergie potentielle dans le sens que nous venons d'indiquer.
Deux piles peuvent produire la même intensité dans des conditions de résistance totale très-inégales, comme deux locomotives, dont l'une marche sur des rails unis et l'autre sur des rails rugueux, peuvent avoir la même vitesse. Il y aura entre les deux machines cette différence que des résistances supplémentaires modifieront facilement la marche de la première, tandis que la seconde ne sera pas entravée par les mêmes obstacles ; le même phénomène se produira avec les deux piles considérées.
Lorsque la résistance extérieure sera très-considérable, il faudra recourir à un artifice particulier. Ainsi, si l'on interpose entre les électrodes le corps humain, on emploiera une série d'éléments au lieu d'un seul. De même pour traîner de lourdes charges on aura recours à deux, trois locomotives attelées au convoi. Nous terminerons par une dernière comparaison. L'appareil médical employé pour les douches filiformes donne une idée très-juste d'un courant à forte tension et d'un courant à tension faible. Dans cet appareil, le volume de l'eau ou sa quantité est un élément insignifiant, tandis que l'action dépend uniquement de la force avec laquelle l'eau est projetée. Avec quelques grammes d'eau on parvient ainsi à traverser un morceau de carton ou à enlever l'épiderme.
Des unités absolues de mesure électrique. Jusqu'à ces dernières années les grandeurs électriques : quantité, force électro-motrice, capacité', intensité et résistance, étaient évaluées par les divers expérientateurs en unités différentes n'ayant aucun lieu entre elles. Il en résultait que les valeurs numériques de ces quantités dépendaient forcément des instruments particuliers employés à les mesurer; l'échange des idées et des découvertes scientifiques rencontrait les mêmes difficultés que les transactions commerciales en l'absence d'un système uniforme de mesures et de monnaies.
Les progrès de la théorie ont donné le moyen de construire un système d'unités électriques permettant d'exprimer les lois de tous les phénomènes avec les unités fondamentales de la mécanique, le mètre, le gramme, la seconde. Avec ce système les grandeurs électriques sont représentées par des formules algébriques dans lesquelles n'entrent que les trois unités mécaniques indiquées ci-dessus.
Pour comparer entre elles ces diverses grandeurs électriques on les rapporte à des grandeurs de même espèce choisies elles-mêmes comme unités; ce sont à proprement dire les véritables unités électriques. Les noms qui ont été donnés à ces unités sont empruntés aux principaux savants qui ont établi les lois des phénomènes :
L'unité de quantité est le coulomb (Coulomb). L'unité de force électro-motrice est le volt (Volta). L'unité de capacité est le farad (Faraday). L'unité d'intensité est V ampère (Ampère).
288 ELECTROTHÉRAPIE.
L'unité de résistance est Vohm (Ohm).
La quantité et la capacité figurent plutôt dans l'expression des phénomènes d'électrité statique.
Vintensité et la résistance interviennent dans les phénomènes d'électricité dynamique.
La force électro-motrice ou différence de potentiel se retrouve dans les deux atégories.
Pour les courants galvaniques, qui représentent la manifestation électrique la plus fréquente dans les applications médicales, on peut se figurer, par l'analogie avec un courant d'eau circulant dans un conduit, les grandeurs qui entrent dans les formes :
La force électro-motrice correspond à la pression qui détermine l'écoulement de l'eau.
La résistance électrique a son analogue dans la résistance offerte par la conduite.
Vintensité représente le débit du fluide.
Lorsque les unités sont trop grandes ou trop petites par rapport aux quantités mesurées, on les fait précéder de préfixes : mega (un million) ou micro (un millionième).
Mégohm 1,000,000 ohm.
Hicrofarad farad.
l.OUO.OUO
La résistance d'un ohm est égale à celle d'une colonne de mercure de 1 millimètre carré de section et d'environ 105 centimètres de longueur,
La force électro-motrice d'un volt est à peu près celle d'un élément Daniel!.
Un courant a une intensité d'un ampère lorsqu'il traverse un circuit d'un ohm de résistance avec une force électro-motrice d'un volt.
Il est incontestable que l'uniformité dans les mesures constitue un progrès réel, mais nous avouons néanmoins que ces notions seront très-longues à pénétrer dans le langage médical, et que, dans tous les cas, elles seront d'une difficulté sérieuse pour la plupart des praticiens. D'un autre côté, il serait erroné de croire que par cela seul que les médecins, au lieu de désigner les courants qu'ils emploient par le nombre et la nature des éléments, se serviront des expressions de volt, d'ohm, de farad, etc., que les progrès de l'électro-thérapie seront plus réels, et que les observations recueillies seront, dans ces conditions, le dernier mot de la science.
On nous a reproché de n'avoir pas employé ces mesures dans notre Manuel d' Électro-thérapie, et cependant c'est précisément dans un Guide pratique que nous étions tenu à garder les expressions ordinaires, et à ne pas surcharger la mémoire des lecteurs. Combien de médecins auraient été embarrassés, si, au lieu de dire que le courant employé provenait d'un certain nombre d'éléments au sulfate de cuivre, etc., nous avions employé les expressions de volt, d'ohm, etc. ! Nous avons dû nous eff'orcer au contraire d'être aussi compréhensible que possible, c'est-à-dire de conserver les anciennes dénominations.
Voici une comparaison qui indique bien les concessions qu'on est obligé de faire dans la pratique thérapeutique.
Personne ne soutiendra que ce ne soit pas un progrès important de doser les médicaments par grammes, centigrammes et milligrammes, et, pour être logique
ELECTROTHÉRAPIE. 289
et dans le progrès mathématique, jamais on ne devrait dire qu'une potion doit être prise par cuillerée à bouche ou à café. La cuillerée est loin d'être toujours identiquement la même et rien ne serait plus facile que d'avoir chaque fois mathématiquement le même poids. Néanmoins jamais on n'a songé à reprocher à un médecin ou à un écrivain médical d'indiquer l'emploi d'un médicament par ce mode de dosage.
Eh bien, il en est de même des mesures électriques, et en indiquant les mesures approximatives on est dans le cas du médecin qui dose par cuillerées au lieu de doser les potions par milligrammes. On a tort évidemment, mais en agissant ainsi on est plus pratique et à vrai dire cela n'a qu'une importance secondaire. On a lort également de no pas conseiller au médecin d'employer, selon les cas, une intensité de courant d'un certain nombre d'ampères, pour éleclriser un membre d'une résistance de plusieurs ohms avec une force électromotrice de quelques volts, mais il nous semble que nous sommes plus compréhensible et par conséquent plus utile en nous servant des expressions ordinaires. La précision mathématique est une. chose utile et nécessaire, surtout dans les sciences physiques, mais il ne faut pas l'exagérer en médecine, même dans les applications des sciences physiques à la médecine. C'est également d'après cet ordre d'idées que nous croyons que les tables données par le docteur Boudet de Paris ne sont pas aussi avantageuses qu'il le croit, et nous doutons qu'elles soient employées d'une façon courante.
Aussi, si nous croyons qu'il ne faut pas négliger les indications que nous fournissent les sciences physiques proprement dites, si nous sommes persuadé qu'il est utile de se rapprocher le plus possible de ces lois et de leurs principes, nous avouons qu'il faut encore pendant bien des années accepter les nécessités moins rigoureuses de la pratique thérapeutique.
C'est dans le même ordre d'idées que nous n'imitons pas la plupart de nos confrères qui ont adopié les formules qui ont la prétention d'abréger la lecture et qui, à notre avis, sont encombrantes. Nous devons un mot d'explication à ce sujet.
Les auteurs allemands ont employé une notation particulière pour indiquer les réactions qui ont lieu au moment de l'ouverture ou de la fermeture du courant, ils ne mettent que la première lettre qu'ils combinent de diverses façons. Ainsi le pôle positif ou anode s'écrit An, le pôle négatif ou cathode lia, la fermeture du courant S {Schliessung), l'ouverture 0 [Oeffnung) [ici l'initiale est la même pour les deux langues], la secousse faible z [Zuchung), la moyenne z, la forte Z, etc. — Grasset a proposé de substituer les initiales des mots français aux mots allemands et le docteur Hueif, dans sa traduction de l'ouvrage d'Erb, a suivi cet exemple; ces abréviations ne sont réellement des abréviations que pour la personne qui écrit, mais non pour le lecteur; de plus, elles mêlent dans le texte une série de fornmles qui le compliquent, et qui ont besoin d'un certain temps et surtout d'une grande habitude pour être lues couramment. On trouve des phrases nombreuses ressemblant k celle-ci où nous avons conservé l'annotation allemande et qui doit énoncer un théorème : « Dans l'excitation du nerf périphérique du cubital, par exemple, avec 6 éléments, il se produit d'abord KaSZ; mais il n'y aura encore eu aucune secousse à KaO, AnS et A?zO. Avec un courant de 10 éléments, cette KaSZ devient plus forte et peut être aussi déjn une non moins laible AhOZ; avec 12 éléments KaSZ devient très-vive. Peut-être prend-elle déjà un faible KaSTe; AnSZ et AnOZ deviennent plus
BICT, E.NC. XXXliL iO
290 ÉLECTROTHÉRAPIE.
fortes, la KaO est encore inerte; enfin avec 14, 16 et 18 e'ie'ments, on obtient une forte KrtSTe, AnSZ, knOl et enfin une KoOZ sensible. » Ce qui, sans plaisanterie, revient à dire qu'avec un courant faible il n'y a de contraction qu'à la fermeture du courant près du pôle négatif, et qu'à mesure que le courant augmente on obtient des contractions à la fermeture et à l'ouverture et près de chaque pôle !
A côté de toutes ces formules dont quelques-unes mêmes ne sont pas bien exactes, combien il est plus facile de se rappeler, ce que nous démontrerons, que le courant descendant ou centrifuge est celui qui détermine le plus facilement les contractions musculaires ! Les médecins ont déjà bien de la peine à se rendre compte des principes physiques fondamentaux de l'électrothérapie, et c'est les rebuter gratuitement que d'encombrer ainsi le langage électro-médical, d'autant plus que, selon la nationalité des auteurs, la formule sera différente : ainsi, dans la plupart des ouvrages français KaS voudra dire secousse de la cathode, tandis que dans les ouvrages allemands cela signifie fermeture de la cathode, et secousse est représentée par Z, ce qui ne veut rien dire en français. Ajoutons à cela un luxe de nouvelles dénominations de farad, d'ampères, de volt, etc., et nos écrits deviendront inintelligibles. Pour notre compte, nous préférons, dans tous les cas, écrire un mot de plus et ne jamais nous servir de ces pseudo-hiéroglyphes ; d'ailleui's tous les auteurs français qui les emploient sont toujours obligés de les mettre entre parenthèses, et d'écrire l'explication en toutes lettres.
Appareils a courants continus. Toutes les piles peuvent servir à former des appareils à courants continus, mais on n'emploie guère que les différentes variétés de pile au sulfate de cuivre, la pile au chlorhydrate d'ammoniaque, la pile au chlorure d'argent, la pile au sesquioxyde de fer.
La plupart des appareils, ou tout au moins les appareils de cabinet, ont toujours deux parties distinctes : les piles et le collecteur. Pour les appareils de petites dimensions, et surtout pour les appareils portatifs, nous préférons presque qu'il n'y ait point de collecteur. Celui-ci non-seulement est une dépense de plus, mais c'est surtout une complication, car les fils qui viennent des éléments ou collecteurs finissent toujours par être rouilles, et souvent se cassent; de plus, lorsque l'appareil fonctionne mal, on ne peut aussi facilement rechercher la cause des accidents.
Pour le cabinet ou pour des salles de malades, le collecteur est au contraire très-utile, et nous recommandons comme plus pratique de l'avoir séparé de la boîte ou du meuble qui renferment les éléments. 11 est ainsi indépendant de tout ce qui peut arriver du côté des éléments, et il n'y a pas de précautions qui parviennent à empêcher ceux-ci d'altérer à la longue les objets avec lesquels ils sont en contact. Lorsque les éléments ei le collecteur sont indépendants, on peut changer les éléments et leurs accessoires lorsqu'ils sont usés et on laisse toujours dans les mêmes conditions le collecteur. De plus, on peut employer n'importe quelle pile avec ce même collecteur. Voilà vingt ans que nous nous servons du même collecteur vertical appliqué contre le mur, au-dessus ou à côté d'une boîte renfermant les piles. Les piles ont été changées et renouvelées un grand nombre de fois, mais le collecteur est le même, sauf quelques modifications insignifiantes.
Sur ce collecteur (fig. 14) qui se compose d'une boîte verticale S sont fixes des boutons métalliques qui correspondent soit à des unités, soit à un groupe de 10 éléments, de manière à pouvoir prendre au moyen de manettes M le courant
ÉLECTROTHÉRAPIE.
de la force qu'on clësire. Il y a, de plus, un galvanomètre G ordinaire vertical, dont les indications ne doivent servir que pour savoir si le courant passe, et quel est le sens du courant. Enfin un renverseur de courant I vient compléter les accessoires utiles et qui, pour les appareils de cabinet, sont indispensables.
Les grandes boîtes qui se fabriquent à l'étranger et surtout en Allemagne et en Amérique sont non-seulement gênantes, mais peu avantageuses au point de vue médical, car les piles de ces appareils sont toujours inconstantes et peuvent tout au plus être employées pour les moyens chirurgicaux. Les plus mauvais dispositifs sont ceux qui permettent avec la même source d'électricité l'emploi des courants induits et des courants continus : on arrive ainsi à n'avoir rien de bon pour aucune espèce de courant. La seule chose qu'il soit utile d'employer
Fifr. 14.
Fig. 15.
pouvant faire double usage, ce sont les rhéophores et les mêmes fils conducteurs : ou évite ainsi la multiplicité des fils, ce qui est toujours encombrant. Pour cela nous avons imaginé de faire venir au même petit collecteur les fils de l'appareil à courant continu et ceux de l'appareil à courant induit A (fig. 15). Selon que la manette e est à droite ou à gauche du côté des boutons c ou des boutons i, le courant qui arrive daus les fils jjE et n¥ est le courant continu ou le courant induit. Ces filspF et nE doivent toujours être très-longs, de manière qu'on ne soit pas gêné par eux, lorsqu'on veut électriser n'importe quelle région du corps.
On pourrait ajouter à ce petit collecteur la boussole de Gaiffe, qui donne les divisions en milliampères ou, selon la convenance des lieux, taire passer un des fils conducteurs à travers cette boussole placée alors sur un meuble voisin.
Quels sont les meilleurs appareils à employer? C'est une question bien délicate à résoudre, car il y a une foule de détails à considérer: la facilité de l'emploi, la durée des éléments, les soins à donner, le bon marché, etc. Toutes ces considérations doivent passer en seconde ligne, devant les avantages thérapeutiques des appareils, mais les différences ne sont pas assez tranchées pour qu'il soit permis d'affirmer qu'il faut absolument choisir tel ou tel appareil ; tout ce que l'on peut dire sans crainte de se tromper, c'est que pour les applications médicales proprement dites, et principalement pour les affections nerveuses, les piles ayant une forte action chimique doivent être rejetées. Ce qui constitue l'appareil à courant continu, c'est la pile employée, et les autres parties ne sont que de simples accessoires, qui ne peuvent avoir que des avantages de commodité, mais qui ne modifient en rien les qualités du courant. Il faut se garder, comme pour des produits quelconques qu'on présente bien, de se laisser éblouir par les détails de second ordre.
292 ÉLECTROTHÉRAPIE.
Il nous paraît inutile de décrire chacun des appareils employés en médecine, ne voulant dans cet article qu'insister sur les appareils ou les dispositions d'appareils qui servent à établir les faits scientifiques. Or rien dans la disposition des appareils électriques ne se rattache à une doctrine quelconque d'électro-thérapie, ni ne présente même aucune difficulté de pratique. Gela est tellement vrai, que l'on se figure d'ordinaire que rien n'est plus facile que ces applications, car il semble qu'il suffit, après avoir essayé si le courant est assez fort pour être perçu, d'appliquer sur les régions malades les deux tampons. Comme cette application est fastidieuse à force d'être simple, on l'abandonne même aux premiers venus, et on a remplacé les tampons ordinaires par des plaques qu'on maintient pendant un temps plus ou moins long.
Nous ne saurions assez recommander de ne pas agir ainsi, car il est nécessaire que le médecin soit présent pendant tout le temps de l'électrisation, et qu'il tienne en main les tampons. Le courant électrique et surtout le courant provenant des piles ne se localise pas aux seuls points d'application, il s'irradie et cette irradiation est modifiée par la disposition et même par la pression des tampons. C'est à peine si dans quelques cas la méthode qui a été préconisée par le professeur Le Fort peut être employée avec avantages. Cette méthode consiste, comme on le sait, à se servir de courants très-faibles, mais permanents ; on ue dépasse jamais, dans ces conditions, la force de 4 éléments, et même c'est plutôt celle d'un seul élément que l'on emploie d'ordinaire.
Appareils induits. Les appareils induits présentent sur les autres appareils électriques (électricité statique, courants continus) le grand avantage d'être plus portatifs, étant plus petits, et, pour la masse du public et même des médecins, de donner des courants plus puissants. Il faut dans ces appareils distinguer :
1" Les bobines inductrices et induites ;
2° Le trembleur ou le régulateur de l'induction ;
5" La source d'électricité.
La source d'électricité divise ces appareils en appareils électro-magnétiques et magnéto-électriques, selon que le courant est produit par une pile, ou par un aimant ; mais, quelle que soit la forme de production de l'électricité, le principe est toujours le même et peut se résumer ainsi : un courant électrique ou un aimant qui s'approche d'un fil à l'état naturel développe dans celui-ci un courant instantané d'électricité, et lorsqu'il s'en éloigne il produit de nouveau un autre courant, seulement dans le premier cas le courant est de sens contraire, tandis qu'il est de même sens dans le second cas. L'expérience a démontré que l'intensité des courants induits est beaucoup plus grande lorsque les fils sont enroulés en spirale que lorsqu'ils sont tendus en face l'un de l'autre : de là les bobines induites et les bobines inductrices. La disposition indiquée dans la fig. 16 est la plus avantageuse et la seule qui soit employée actuellement. Chaque hobine se compose d'un fil de cuivre recouvert de soie, enroulé en hélice sur un cylindre creux de bois. Au moment où le circuit de la bobine inductrice A est traversé par le courant de la pile V, il se forme dans la bobine B un courant induit inverse ou extra-courant. Au moment où le courant est interrompu dans la bobine A, la spirale induite B est traversée par un courant induit direct.
Les mêmes phénomènes ont lieu, si la pile est remplacée par un aimant; dans ce cas encore, il y a production d'un courant induit inverse lorsque l'aimant est
ELECTROTHÉRAPIE.
proche de la bobine induite, et d'un courant induit direct lorsque l'aimant s'e'loigne.
11 y a donc dans tous les appareils e'iectro-magnétiques et magnéto-électriques deux courants. Chacun de ces courants possède des piopriétés différentes, qu'il est utile de connaître et qui dépendent surtout du fil qui forme la bobine ; ce fil peut être plus ou moins gros, plus ou moins long et enfin d'un métal différent. Les courants qui se forment dans la bobine inductrice, ou extra-courants, possèdent avec plus de quantité une tension relativement faible, tandis que les courants de la bobine induite ont une quantité moindre et une tension plus considérable. Cela tient à ce que le fil de la bobine inductrice est court et gros, tandis que celui de la bobine induite est long et mince. Ces différences déterminent des réactions différentes dans l'organisme; Duchenne (de Boulogne) a beaucoup insisté sur ce point, et il croyait que le courant de la première hélice et celui de la seconde hélice ont chacun une action spéciale et indépendante de la longueur du fil.
Ces propriétés sont : pour les courants de la première hélice, une action plus spéciale sur la contractilité musculaire; 'pour les courants induits delà deuxième hélice, une action plus spéciale sur la sensibilité cutanée ainsi qu'une pénétration plus facile dans l'organisme.
Becquerel a montré facilement que ces différences dépendent uniquement de la différence dans la grosseur et la longueur des fils, et par conséquent des différences dans la tension et la quantité du courant induit.
Ce qui prouve bien encore qu'il n'y a là rien de spécial, c'est que la nature du fil donne des différences analogues, selon que le fil est bon ou mauvais conducteur. Nous avons fait construire des bobines dans les mêmes conditions de grandeur, les unes comme d'ordinaire avec les fils de cuivre, les autres avec des fils de plomb et d'argentan ; avec ces appareils nous avons constaté et nous avons même pu enregistrer graphiquement les différences qui existent entre ces différentes bobines. Avec les fils de plomb ou d'argentan, la contraction est plus lorte et l'impression sur la peau moins vive qu'avec les fils de cuivre. Sur les muscles superficiels, ces différences sont moins prononcées, mais elles s accentuent à mesure que l'épiderme est plus épais ou les muscles plus profonds.
L'impression déterminée par les bobines à fil de plomb ou d'argentan est moms vive, et s'irradie moins loin sur les nerfs cutanés. Il y a donc avantage, pour les appareils médicaux (pour tous les appareils physiques où l'on veut exagérer l'influence de la grosseur du fil ce serait également un avantage), à
Fi>. 16.
ELECTROTHERAPIE.
remplacer le cuivre par un métal moins bon conducteur, car pour l'organisme on obtient ainsi une action plus profonde et plus considérable sur' les muscles, en même temps qu'une impression moins douloureuse.
Les fils de plomb sont difficiles à étirer, car le plomb se casse très-facilement, mais il n'en est pas de même de l'argentan, qui se laisse bien manier et avec lequel on peut faire des fils assez fins. C'est pour cela que nous avons fait construire des appareils avec bobines en fil d'argentan, mais, comme ces fils doivent être faits spécialement, il est très-difficile d'obtenir des fabricants qu'ils s'en servent.
Dans les appareils construits par M. Gaiffe pour les docteurs Tripier etBoudet de Paris, il y a un jeu de bobines avec des fils de grosseur différentes qu'on peut employer à volonté. L'emploi des fils d'argentan aurait également des avantages sérieux pour ces appareils médicaux.
2" Des trem.bleurs ou des régulateurs de l'induction. Nous venons de voir, que le courant ne se produit qu'au moment où il est lancé dans les fils de la bobine inductrice et au moment où il est interrompu : il faut donc par un mécanisme arriver à lancer et à interrompre successivement le passage du courant dans la bobine inductrice. L'appareil le plus simple, et qu'on appelle rhéotome simple, ne mérite d'être signalé que parce qu'il permet d'étudier très-facilement les lois des courants induits. Il se compose (fig. 17) d'un disque
Fjg. 17.
en bois R, mis en mouvement par une manivelle M. Sur le rebord du disque est ajusté un anneau de cuivre, dentelé régulièrement dans une moitié de sa largeur. Ses espaces placés entre les dents étant formés par le bois du disque sont ainsi formés de matière isolante et, lorsque le disque est mis en rotation, le ressort r' touche alternativement les dents métalliques et la matière isolante qui les sépare. Si le ressort r' communique par un fil conducteur d'un côté avec une bobine A et de l'autre côté avec la pile V, il y aura fermeture du circuit chaque fois que le ressort touchera une dent métallique, et au contraire le courant sera interrompu chaque fois que ce ressort sera en contact avec la matière isolante. La bobine A placée dans la bobine B agira sur celle-ci par induction, et tant que durera le mouvement de rotation du disque R il y aura dans ces deux bobines des courants induits directs et inverses.
Ce mode d'interruption des courants n'est évidemment nullement pratique et il a été remplacé par le système du trembleur. Celui-ci consiste dans une lame de cuivre flexible qui, parmi léger ressort, est toujours ramenée au même point.
ELECTRUTHÉRAPIE. 295
Cette lame est intercalée dans le circuit de la pile et de la bobine inductrice, et disposée de telle façon que dès qu'il est attiré par l'aimant il ouvre de nouveau le circuit. Supposons que la lame de cuivre formant trembleur soit placée entre le pôle positif représenté par une des extrémités du fil inducteur et un pivot métallique auquel aboutit le pôle négatif de la pile. Le circuit est fermé par le contact du trembleur avec le pôle négatif, c'est-à-dire avec le pivot métallique. Quand le circuit est fermé, le fer doux situé dans l'intérieur de la bobine s'aimante instantanément sous l'influence du courant voltaïque; mais ce fer aimanté, attirant aussitôt à lui le trembleur, ouvre par cela même le circuit et se désaimante au même instant. Le trembleur revient alors de lui-même en contact avec le pôle négatif, le circuit se trouvant refermé, le fer doux s'aimante, attire le trembleur, qui, par ce contact, ouvre de nouveau le circuit et ainsi de suite.
Le trembleur tel qu'il existe dans la plupart des appareils donne un nombre considérable et non réglé d'interruptions et par conséquent le courant se produit d'une façon très- irrégulière, et il n'y a guère d'appareils où il n'y ait au moins une vingtaine d'interruptions par seconde.
Or l'excitation générale et la sensation douloureuse sont considérablement augmentées par des interruptions fréquentes et d'un autre côté on provoque dans ces conditions des contractions réflexes qui amènent souvent des erreurs sur c^Si
l'état de la contractilité électro-muscu- ^ (^^S ^
laire. 11 y a donc double avantage à pou- p, '^^^'-^^^Wll^^^^è^^ b voir régler le nombre des interruptions ^fe^i^^^^'"'"'^!^^^^^» et à ne donner à un moment donné ^^^E^^^^^^^ qu'une seule secousse. Plusieurs moyens -^^s — " ^'
sont employés, et ont été proposés. Le ---=^E^^t
plus ancien et celui qu'employait Duchenne (de Boulogne) est l'emploi d'une
pédale (fig. 18). Les conducteurs B et B' étant fixés aux boutons P P de l'appareil et de la pédale qui repose sur le sol, on fait les intermittences avec le pied appliqué sur le bouton 0. Ce moyen est un peu primitif, et ne laisse pas d'être encombrant. II est même plus avantageux d'introduire dans le courant un métronome dont les oscillations du pendule déterminent le passage et l'interruption du courant.
Avec un appareil que nous avions fait construire par Mangenot, avec bobines à fil d'argentan, nous nous sommes servi pendant longtemps du métronome; mais cette méthode est plus fastidieuse que celle qui consiste dans l'emploi d'un appareil qui renferme en lui-même son interrupteur. Ces interrupteurs, selon les appareils, sont approximatifs ou mathématiques.
Les interrupteurs approximatifs sont basés sur la plus ou moins grande vitesse du trembleur, d'après sa plus ou moins grande longueur. Ainsi dans l'appareil de Gniffe (fig. 19) l'interrupteur est le levier articulé P qui peut s'incliner jusqu'en P'. Dans la position P', la communication est rompue, mais entre P et P' il y a une série de positions intermédiaires qui donnent des vibrations d'autant plus nombreuses que le levier est plus vertical, c'est-à-dire rapproché de la position P.
De même dans l'appareil ordinaire de Trouvé (fig. 20) le trembleur K est réglé par une armature, et l'on peut y ajouter des prolongements métalli-
ÉLECTROTHÉRÂl'IE.
ques H ; un pivot vertical placé un peu au-dessus et à moitié du trembleur pouvant' tourner sur lui-même d'une demi-circontérence porte, ûxées dans la même direction, une aiguille à son extrémité supérieure parcourant un limbe aradué et une dent en platine à moitié de sa hauteur. On peut fau-e occuper
Fip. 19.
à cette dent toutes les positions qu'on veut, en s'écartant de la perpendiculaire,^ soit à droite, soit à gauche, jusqu'au moment où elle est parallèle au trembleur. On comprend aisément que plus la dent s'écartera de la perpen-
Fis- 20.
diculaire, plus le chemin parcouru par le trembleur sera grand, et, par suite, [les oscillations seront de plus longue durée. Si donc on place l'aiguille au point extrême de rotation, le trembleur ne fonctionne pas, puisqu'il n'y a aucun contact, la dent lui étant parallèle, et il reste dans la position normale. Si
ÉLECTROTHÉRAPIE.
nous plaçons l'aiguille à la première division du limbe au moment où la dent arrive à être en contact, le trembleur muni de ses rallonges donnera, par exemple, un battement ou une intermittence par seconde, et la deuxième division du limbe en donnera deux, la troisième trois, la deuxième dix, etc., et les intermittences augmenteront jusqu'au moment où l'aiguille, et par cela même la dent, arriveront à être perpendiculaires au trembleur. Si l'on ôte successivement la première et la deuxième rallonge, qui ont été calculées pour doubler et quadrupler exactement les nombres inscrits sur le limbe, le nombre des vibrations du trembleur sera également double et quadruple.
Les interrupteurs qui peuvent donner des interruptions régulières et même mathématiquement régulières ne sont pas très-nombreux et, sauf ceux construits par Gaiffe et Trouvé, nous n'en connaissons guèi-e qui soient avantageux. Nous ne parlons pas évidemment du métronome, quia d'ailleurs l'inconvénient d'avoir, selon sa vitesse, des temps variables entre le courant d'ouverture et le courant de fermeture.
L'interrupteur de Gaiffe (fig. 21) porté par un disque à poignée, en ébonite L, mobile autour d'un axe fixé à G, est formé :
Fis. -21.
1» D'un électro-aimant E;
2» D'un balancier de fer doux I, articulé dans une équerre 0 et muni d'un contre-poids de réglage S, qui peut osciller dans un plan vertical entre les bj anches de l'électro-aimant E ;
0" D'un ressort de contact R ;
4° D'un levier V destiné à tendre plus ou moins le ressort R, suivant la position du disque L. V est une pièce de métal, mobile autour d'un axe fixé perpendiculairement au disque L. L'une de ses extrémités est percée d'un œilleton /, dans lequel glisse un coulisseau invariablement fixé à la pièce de bois G, et par conséquent indépendant des mouvements de L ; l'autre est recourbée à angle droit et porte une petite roulette qui presse sur le ressort R.
Lorsqu'on envoie un courant dans l'appareil en fixant les réophores d'un générateur électrique aux bornes B,B', il parcourt le chemin B,E,0,I,R,II,B. L'interrupteur fonctionne alors comme celui de Neef et détermine les intermit-
ELECTROTHÉRAPIE.
tences et, par suite, les courants inducteurs et induits dans les bobines H et H'. D'après ce qui précède il est facile de concevoir qu'en portant la poignée L vers L' on lait accomplir au levier V un mouvement qui diminue de plus en plus la longueur libre et la flexibilité du ressort R, en même temps qu'on écarte le balancier I de la verticale, ce qui augmente de plus en plus l'action de la pesanteur sur lui; on conçoit encore que les oscillations du système soient lentes lorsque le ressort est flexible et que le balancier est près de la verticale, et qu'au contraire elles soient rapides lorsque le ressort est rigide et que le balancier est incliné.
L'expérience montre, en effet, qu'entre les positions L',L" leur nombre varie graduellement de 50 à 300 environ par minute.
L'interrupteur de l'appareil Trouvé, que nous lui avons demandé de nous construire pour des recherches physiologiques, est réglé par un mouvement d'horlogerie. Cela a le grand avantage d'avoir des interruptions qui ne dépendent nullement d'une source électrique, et qui, par conséquent, ne subissent pas les modifications qu'éprouvent souvent les piles, mais, par contre, il faut remonter l'appareil dès que le ressort cesse son action. Cet interrupteur (fig. 22) se com-
pose d'un cylindre divisé en 20 parties, dont chacune contient des touches dans la progression suivante, c'est-à-dire de 1 à 20.
Ce cylindre E, mû par un moiivement d'horlogerie muni d'un volant J,J' à résistance variable, est parcouru instantanément et à volonté par un stylet H qui a pour but d'interrompre simultanément soit le courant direct d'une pile à courant continu, soit le courant d'induction, autant de fois qu'il y a de touches à la division qu'il occupe.
En donnant au cylindre une vitesse de 1, 2, o, 4 tours, etc., par seconde, chaque touche est multipliée par ces vitesses correspondantes, c'est-à-dire qu'avec ce seul cylindre on obtient avec la plus grande précision depuis 1 interruption par seconde jusqu'à 80, ce qui donne, autrement dit, dans un temps donné, un nombre d'interruptions voulu.
ÉLECTROTHERAPIE.
o" Les sources d'électincité sonl, pour les appareils électro-magnéliques, une pile quelconque, mais il faut que celte pile ait une intensité assez forte, et c'est pour cela nue la pile Daniell ne peut guère servir, à moins d'en prendre d'un modèle très-orand. D'ailleurs elle est encombrante et ne peut être avantageuse que dans les expériences exactes. Dans beaucoup d'appareils on se sert de deux éléments Leclanché, de la pile au clilorure de zinc, ou bien de la pile Marié- Davv. Celle que nous préférons, et qui a des avantages sérieux pour actionner les appareils induits, est la pile de Grenet. Elle est très pratique, car on voit toujours l'état dans lequel se trouvent les métaux et le liquide ; elle fonctionne d'une façon assez constante pendant le temps de l'électrisation et, comme on relève le zinc dès qu'on ne s'en sert plus, elle ne s'use pas pendant les temps d'inaction. Cette pile (tig. 25) est composée de deux morceaux de charbon de cornue GG, entre lesquels glisse une lame de zinc Z, soutenue par une tige de cuivre T qui se relève ou s'abaisse à volonté. Cette tige est en contact avec un anneau de cuivre qui est mis en relation avec un des boutons auxquels viennent se fixer les fils conducteurs. Le liquide doit classiquement être composé d'un mélange d'eau, d'acide suliurique et de bichromate de potasse. Nous préférons substituer à ce mélange une solution concentrée de bisulfate de mercure : c'est un peu plus coûteux, mais bien plus commode.
Autant que possible, il faut que la pile soit indépendante de l'appareil qui contient les
bobines et le trembleur; on n'a pas ainsi à se préoccuper des dimensions de la pile par rapport à la boîte, et en même temps on peut choisir n'importe quelle pile. Le seul inconvénient est le transport ainsi que les manipulations qu'on doit faire assez souvent. Nous avions espéré pouvoir diminuer ces inconvénients en rendant les piles sèches, mais, si ces piles sont vraiment très-avantageuses dans les premières semaines de leur formation, elles finissent par perdre beaucoup de leur intensité; nous cherchons à remédier à cet état, mais jusqu'à présent nous n'avons rien trouvé d'assez pratique, ou qui soit beaucoup plus supérieur à ce que l'on emploie pour actionner les appareils électro-médicaux.
Pour les appareils magnéto-électriques, la source de l'électricité est un aimant. Le principe est le môme que pour l'induction provoquée par un courant, car, si l'on approche d'une bobine un aimant, il se produit un courant de même sens. Il faut donc, pour que les courants induits sous l'infinence d'un aimant se manifestent, que le contact 'ait lieu à chaque instant, puis qu'il soit rompu. On produit ces cliangements de situation en faisant tourner soit l'aimant devant la bobine, soit la bobine devant l'aimant, et on leur donne en général la forme d'un fer ù cheval (fig. 24). L'action inductrice atteint son maximum quand les deux extrémités sont en présence; mais, comme à chaque demi -révolution le courant change de sens, on a imaginé (fig. 25) une sorte de commutateur qui fait venir le courant de même sens dans le même fil. Au moyen des deux ressorts X, z, qui passent d'une demi-virole à l'autre, à chaque demi-révolution, le cou-
Fis. 23.
3il0 ÉLECTROTIIÉRAPIE.
rant, quel que soit le sens dans lequel il s'est développé, est toujours positif pour
une des manettes et négatif pour l'autre.
On peut graduer ces appareils en approchant ou en éloignant l'aimant, et en faisant un plus ou moins grand nombre de tours. Il est difficile néanmoins d'obtenir des courants énergiques espacés, car, du moment qu'on tourne lentement, le courant ne se produit que faiblement. Dans les cas, et cela est la majorité des cas, où l'on veut avoir des courants assez forts et ne pas avoir une contraction trop prolongée, il faut mettre l'appareil à son maximum d'énergie et rapidement faire avec la manette une demi-révolution, puis s'arrêter court, agir pour ainsi dire par saccades.
Le grand avantage des appareils magnéto-électriques est que la secousse est moins brusque, et que les appareils s'altèrent moins rapidement, puisqu'ils ne nécessitent pas l'emploi d'acides. Par contre, ils sont plus fastidieux à faire marcher, car il faut presque toujours un aide pour tourner la manivelle. Nous avons essayé de faire marcher l'aimant par un petit électro-aimant, et d'utiliser les dispositions des appareils dont la machine Gramme est le type, mais il y a tellement de diflicultés que nous y avons renoncé. Sans aucune hésitation, nous pouvons déclarer que les meilleurs appareils magnéto-électriques sont ceux qui sont construits par Gaiffe ; ce constructeur a d'ailleurs inventé une série de modifications très-pratiqnes.
Kig. 24.
Accessoires. Nous n'avons qu'un mot à dire des accessoires des appareils ; ceux-ci sont formés par les fils conducteurs et les différentes électrodes. Les fils doivent être d'une assez grande longueur, afin de ne pas gêner les mouvements et de pouvoir être portés assez loin. Ils doivent absolument être de deux couleurs différentes pour les courants continus, afin qu'an sache chaque fois distinguer les piles.
Les électrodes varient avec les points d'applications et les organes qu'on veut électriser; il est inutile d'insister sur ce point. Mais nous ferons remarquer combien les électrodes les plus souvent employées sont précisément les plus défectueuses ; nous voulons parler des cylindres en cuivre dans lesquels on met une éponge. 11 est préférable de se servir pour les courants induits comme pour les courants continus de l'électrode (fig. 26), avec manche en bois un peu grand
ÉLECTROTllÉRAPIE.
pour qu'on puisse bien le tenir en main, de coke de cornue recouvert d'une peau de chamois qu'on humecte d'eau chaude ordinaire. Il vaut également mieux ne jamais se servir d'eau salée.
Dans certains cas il y a avantage à se servir d'une électrode qui limite l'action électrique dans une région peu étendue, et à faire que le pôle négatif soit trèsgrand, ce qui diminue les douleurs. L'électrode que Gaiffe a construite pour Boudet de Paris remplit ce but (fig. 27). Le cercle concentrique et le disque
Fis. 26.
Fig. 27.
central peuvent avoir des dimensions variant selon ce qu'on veut obtenir. Pour les opérations électrolytiques, le disque central est remplacé par une aiguille d'acier ou par un cône en cuivre.
Pour les yeux, les oreilles, le larynx, la vessie, la matrice, on a des formes spéciales, et l'on peut même, comme le fait Apostoli, se servir de terre poreuse.
DiFFÉREXCES d'aCTION ENTRE LES COURANTS INDUITS ET LES COURANTS CONTINUS. LcS
divers courants électriques se différencient entre eux par un grand nombre de propriétés différentes, et, si l'électricité comme la chaleur est une, il n'en est pas moins vrai que les manifestations en sont diverses. Selon son origine, l'électricité présente en effet des différences très-notables, et tout courant électrique doit être considéré selon sa tension et sa quantité, éléments qui dans des proportions variables font partie de tout courant électrique.
Ces deux éléments varient même dans les courants induits, selon plusieurs conditions, telles que la grosseur et la longueur du fil de la bobine et la nature
du m.
Les applications physiologiques et thérapeutiques sont évidemment différentes selon le courant induit employé, et, si cette différence existe entre des courants induits, on comprend aussitôt combien elle doit être énorme entre des courants induits et des courants continus.
502 ÉLECTROTHERAPIE.
Ce qui différencie, en effet, avant tout les courants induits d'avec les courants continus, c'est que les premiers ont toujours une tension très-grande relativement à leur action chimique, tandis que les seconds ont moins de tension et beaucoup plus d'action chimique. Cette différence domine absolument toutes les applications des courants électriques ; elle a peut-être moins d'importance au point de vue purement physique ou industriel, mais elle est capitale au point de vue médical.
Les différences dépendent : de la durée — de la direction — de la localisation — de l'excitation.
Le courant induit est toujours d'une très-courte durée, le mouvement moléculaire qu'il produit est toujours rapide et brusque; il est de 0%0042 pour le courant d'ouverture et de 0s0H4 pour le courant de fermeture.
C'est donc là un temps très-court pendant lequel l'excitation électrique a lieu.
Pour les courants continus, il est impossible, au moins dans la pratique et avec nos appareils ordinaires, d'obtenir un temps aussi court. La durée d'action des courants continus agit toujours au moins pendant un temps dix fois plus
Comme l'excitation du muscle ou du nerf dépend surtout de la rapidité des variations dans l'intensité du courant, il s'ensuit évidemment que l'excitation produite par les courants induits est bien plus forte que celle que détermine l'excitation des courants continus.
Direction. On sait que dans toute bobine le courant produit au moment de l'entrée est en sens inverse de celui qui a lieu au moment de la cessation du courant. 11 y a donc, à chaque contact du trembleur, ou chaque fois qu'on détermine la production des courants induits, deux courants ayant une direction différente. Le courant induit qui a lieu au moment de la fermeture du courant est de sens inverse au courant de la pile ; celui qui a lieu au moment de la cessation du courant est de môme sens que celui de la pile.
Ces deux courants diffèrent encore par leur intensité ; celui d'ouverture est plus fort, plus énergique.
Pour les courants continus, on agit au contraire avec un courant qui a toujours la même direction et qui a pour particularité importante d'avoir toujours une direction déterminée et définie; il circule du pôle positif au. pôle négatif, ou mieux il forme un circuit continu allant du pôle positif au pôle négatif et revenant de celui-ci au pôle positif.
Il y a dans cette circulation du courant un vrai transport matériel que l'on démontre très-facilement. Si deux vases remplis du même liquide sont séparés par une membrane poreuse ou un vase poreux qui, à l'état ordinaire, permet d'établir un niveau identique des deux côtes, et si l'on fait passer un courant dans ces liquides de manière à mettre le pôle positif dans un liquide et le pôle négatif dans le second, on voit aussitôt qu'il y a une différence de niveau en faveur du liquide où plonge le pôle négatif. Il y a donc transport du pôle positif et ce transport a eu lieu, comme nous avons pu nous en assurer plusieurs fois, malgré les phénomènes d'endosmose.
Dans l'intérieur de la pile le transport matériel a lieu en sens inverse, et l'on peut très-bien se rendre compte de ce phénomène dans le petit appareil suivant (fig. 28); nous avions fait construire ainsi une série de piles pour servir à l'application médicale des courants continus , mais nous y avons renoncé à cause de la fragilité des tubes. Soit A, M, B un tube en U, au fond duquel on met en M une couche
ELECTROTHÉRAPIE.
de papier mâché ou de sable fin; en A se trouve un fil de cuivre enroulé sur luimême et en B une petite lame de zinc. En mettant du côté A quelques cristaux de cuivre et de l'eau ordinaire, on forme une pile ordinaire au sulfate de cuivre. Aussi longtemps que le courant ne passe pas, le niveau du liquide est le même en A et e-n B, mais, dès qu'il est établi, il s'élève en A' et descend jusqu'à B', c'est-à-dire que dans l'intérieur de la pile le transport matériel a lieu du zinc au cuivre.
Il y a donc un circuit continu dans le courant de la pile, avec une direction détermine'e et définie, qui a de plus la propriété d'entraîner avec lui les parties matérielles qui forment ce circuit. Nous reviendrons sur ces points à propos de l'influence des courants continus sur la nutrition.
Dans tous les cas, tandis que les courants induits déterminent chaque fois qu'ils se produisent des courants de sens inverse, les courants coninus n'ont pendant tout le temps de leur application qu'une seule et même direction.
Localisation. Les courants induits pénètrent profondément dans les tissus, grâce à leur tension très-grande ; mais, et c'est là un fait qui est un peu en opposition avec les lois physiques, les courants continus, malgré leur tension plus faible, ont une action plus étendue et plus profonde.
Nous devons insister sur cette diffusion des courants continus. Sur des animaux nous obtenions une déviation de galvanomètre communiquant avec des fils plongés dans le membre postérieur, alors que le courant était apphqué dans les membres antérieurs. Nous avons ?ignalé ces faits en 1868 et depuis cette
époque Helmholtz, en 1870, a constaté les mêmes faits : « Des expériences récemment faites, dit-il, sur la transmission de l'excitation dans les nerfs, ont appelé mon attention sur ce fait, que les courants intermittents d'induction électrique produisent peu d'effet sur les nerfs situés à une certaine profondeur dans le corps humain, tandis qu'il est facile à l'aide d'une pile de 10 à 20 éléments de zinc et de platine de provoquer dans ces mêmes nerfs des commotions ou même le tétanos. Pourtant la force électro-motrice d'un appareil d'induction qui donne de petites étincelles entre les extrémités rapprochées de la spirale induite est beaucoup plus grande que celle d'une pile de 10 à 20 éléments, laquelle ne produit jamais d'étincelles visibles au moment oiî l'on ferme le courant. » .
Excitation. L'excitation, c'est-à-dire l'action directe du courant électrique sur les muscles et sur les nerfs, est loin d'être identique pour les coui'ants continus et les courants induits, et cette différence existe même lorsque l'on considère uniquement les excitations qui ont lieu au moment de la fermeture et au moment de l'ouverture des courants continus ou constants.
Ainsi nous allons indiquer en premier lieu les différences qui existent entre les courants constants intermittents et les courants induits, puis seulement
assez grands, l'aiguille d'un
Fis. 2?.