ELECTROTHERAPIE
nous apprécierons les différences qui résultent de la continuité du courant.
La plupart des médecins se figurent en effet que l'interruption pour les courants induits et la continuité pour les courants continus ou constants sont h seule différence qui distingue ces deux espèces de courants électriques. Il n'en est rien, et déjà les courants continus interrompus ont des propriétés autres que les courants induits. Le courant induit d'ouverture n'a lieu que pendant 0,0042 de seconde, tandis que toujours le choc d'ouverture ou de fermeture du courant continu dure un temps plus long.
Lorsque par des artifices de construction on modifie l'interruption des courants induits de manière à la rendre moins brusque, ou lorsqu'on se sert des appareils magnéto-électriques où la formation et la cessation du courant ont lieu graduellement, l'excitation sur les nerfs est également moins forte et moins vive.
Ainsi, plus un courant est de courte durée, plus l'excitation qu'il produit est lorte. Ce fait s'explique par cette loi d'électro-physiologie : Y excitation d'un nerf ou d'un muscle dépend moins de la valeur absolue de tension d'un courant que de la modification de cette valeur d'un moment à l'autre. C'est dans cette propriété qu'il faut chercher l'action si énergique des courants induits, car ceux-ci naissent et s'éteignent avec une extrême vitesse et, par conséquent, changent rapidement et brusquement l'état moléculaire du nerf et du muscle.
Par contre, dans certains cas, un courant de durée très-courte n'agira phis sur les muscles ou sur les nerfs dont l'excitabilité est diminuée et qui ne peut être réveillée que par une excitation de longue durée : aussi dans ces cas, tandis que les courants induits ne peuvent provoquer aucune contraction, les courants continus ont encore une action des plus manifestes. Nous verrons que dans certaines affections c'est en partie à cette cause qu'il faut attribuer la différence d'action des courants induits et des courants continus.
D'un autre côté, avec les appareils ordinaires, l'excitation déterminée par les courants induits n'est jamais simple, car elle est formée par le courant de fermeture et celui d'ouverture qui se suivent si rapidement qu'ils se confondent la plupart du temps.
Pour le courant de la première hélice ou extra-courant, le courant de fermeture est excessivement faible et il peut être négligé, mais il n'en est plus de même pour le courant de la seconde hélice. Il y a donc à ce point de vue une différence importante entre le courant de la première et celui de la seconde, différence qui influe évidemment sur les actions physiologiques et thérapeutiques et dont jusqu'à présent on n'a point tenu compte.
Cette double excitation est mise hors de doute lorsqu'on met un certain intervalle entre la fermeture et l'ouverture du courant et surtout l'orsqu'on enregistre la contraction d'un muscle frais et non fatigué. La figure 29 ci-jointe représente la contraction produite sous l'influence d'un courant induit. La ligne supérieure a été obtenue avec un courant d'une rapidité moyenne. On y distingue très-nettement les deux sommets déterminés par les deux contractions successives produites l'une par le courant de fermeture et l'autre par le courant d'ouverture. La ligne inférieure représente encore plus distinctement ces deux contractions, car le temps entre la production des deux courants a été augmenté, ce qui donne à chaque excitateur son action propre.
Pour obtenir ces tracés, il est très-avantageux de faire les interruptions avec un métronome, ou avec l'appareil induit à interruptions régulières que nous
ÉLEGTROTHÉRAPIE. 505
avons fait construire pour nos études physiologiques sur le pneumogastrique et qui est décrit figure 22.
Cette double excitation a une grande influence en pratique, car, plus les deux courants sont rapprochés, plus l'impression sur les nerfs et les muscles est vive et douloureuse.
Nous avons, dans ce même ordre de recherches, pu constater, au moyen des appareils électriques dans lesquels nous pouvions régler mathématiquement le nombre des interruptions, qu'il y a une différence très-grande dans la sensation et dans l'excitation musculaire, selon le nombre des courants produits dans l'unité de temps.
Ainsi un courant induit, qui est très-douloureux quand il y a dix à vingt-cinq excitations par seconde, devient très-tolérable lorsqu'on ne fait qu'une à trois interruptions par seconde. Avec une interruption par seconde on peut facilement supporter les courants les plus forts et l'on comprend combien ce fait est avantageux, lorsqu'on veut examiner l'état de la contractilité musculaire chez des
Fig. 29.
personnes très-irritables ou chez des enfants. L'influence du nombre 'des interruptions est des plus importantes dans les recherches physiologiques. C'est ainsi, comme nous l'avons découvert pour le nerf pneumogastrique {Recherches expérimentales sur la physiologie des nerfs pneumogastriques, in Journal d'anat. et de phys., novembre 1872), que l'abaissement de la tension et la diminution du nombre des pulsations du cœur sont d'autant plus considérables^ qu'on augmente le nombre des intermittences.
Si nous considérons maintenant les différences qui existent entre les courants induits elles courants continus pendanfleur passage constant, on trouve qu'elles sont tellement tranchées qu'il n'y a plus aucune confusion à faire. En effet, le courant induit agit pendant le temps infiniment court de son passage, puis tout rentre en repos.
Le courant continu agit pendant tout le temps de son passage et aussi longtemps qu'il est maintenu sur les tissus. C'est pendant ce temps silencieux oià rien ne paraît agir, où les organes sont dans un repos apparent, que l'action principale du courant continu se fait sentir dans l'intimité des tissus, c'est en ce moment que se produisent les effets électrolytiques, les phénomènes de polarisation, les phénomènes de transport et les influences d'orientation, toutes choses si importantes dans les applications thérapeutiques.
Il nous reste à parler des courants de polarisation, courants d'une importance capitale, car on peut dire qu'il ne passe pas un seul courant continu à travers les tissus sans qu'il donne lieu à un courant de polarisation. Nous les avons démontrés de différentes façons chez les animaux et chez l'homme (voy. Traité d'électricité eX Journal d'anatomie et de physiologie, 1874), et dans toutes nos
publications depuis plusieurs années nous avons toujours insisté sur leur production, et pour ainsi dire à chaque occasion nous avons regretté que la plupart des physiologistes n'en tiennent aucun compte. Récemment Boudet de Paris a étudié longuement ces courants, mais il oublie complètement qu'il y a plus de quinze ans que nous avions les premiers montré combien ces courants interviennent dans les actions physiologiques et thérapeutiques.
On entend par courant de polarisation le courant qui se forme après la cessation du courant proprement dit, et qui a lieu toujours en sens contraire du courant principal.
Parmi les métaux, le plomb et le platine jouissent principalement du pouvoir d'engendrer des courants de polarisation, et un certain nombre d'appareils parmi
Fig. 50.
lesquels nous citerons l'appareil de Thomson et de Planté sont fondés sur cette propriété spéciale du plomb et du platine ; mais on peut dire, d'une manière ■ générale, que tout corps décomposable électrolytiquement donnera lieu à des courants de polarisation chaque fois qu'il aura été traversé par un courant électrique.
Le corps humain remplit essentiellement ces conditions, car il renferme des substances facilement décomposables. Ainsi il s'y forme des courants de polarisation très-intense que nous avons eu l'occasion de constater dans nos premières recherches, alors même que nous cherchions d'autres phénomènes.
II y a même peu de substance donnant lieu aussi rapidement et aussi énergiquement à des courants de polarisation que les tissus organiques. Nous l'avons constaté plusieurs fois chez l'homme et il est très-facile de s'en rendre compte par l'expérience suivante :
Soit un muscle M, M' (fig. 50) sectionné au point A, B et traversé par un courant provenant de la pile P et allant, comme l'indique la flèche, dans le sens E,M,B,A,E: dès qu'on cessera le courant et qu'on fera passer les fils par un galvanomètre G (fig. 31), on obtiendra une déviation de l'aiguille du galvanomètre qui indiquera que, malgré la cessation du courant de la pile, il existe encore dans le circuit un courant, mais de sens opposé, c'est-à-dire qu'il sera dirigé actuellement selon E,M,A,B,M,E.
ÉLEGTROTHÉRAPIE.
Ces courants ont une durée assez longue, nous les avons vus persister plus d'un quart d'heure chez l'homme ; leur énergie et leur durée dépendent de Tintensité du courant primaire.
Ces courants de polarisation peuvent même être heaucoup plus forts que les courants piimaires, car, comme dans la pile Planté, il se forme une accumulation de force électrique qui, se dégageant au moment de la cessation du courant primaire, donne lieu à des phénomènes plus considérables que ceux que provoquait ce dernier courant. Ces courants de polarisation, dont la plupart des auteurs ne se sont point préoccupés, sont de la plus grande importance dans les recherches électro-physiologiques, car on comprend qu'il faut tenir compte, dans l'action d'un courant sur un nerf, non-seulement du courant qu'on fait agir
Fia;. 51.
directement, mais encore de celui qui se produit dans l'intimité des tissus aussitôt après la cessation du courant extérieur.
Au moment où l'on enlève les rhéophores d'un tissu organique, il y a donc, non-seulement rupture d'un courant, mais encore formation d'un autre courant, courant de sens inverse et qui, selon les cas, est plus faible, égal ou supérieur au courant primitif.
bFLOEXCE DES COURANTS ÉLECTRIQUES SUR LA NUTRITION. Eu dchorS de la COUl-
motion, c'est-à-dire de la mise en activité des nerfs et des muscles, l'électricité, et surtout l'électricité provenant des piles, agit d'une façon puissante sur les phénomènes de nutrition. C'est même là son principal rôle et celui qui domine toute l'élcctrothérapie.
L'électricité statique, par la stimulation qu'elle détermine sur la région cutanée, favorise évidemment la nutrition générale, mais son influence sous ce rapport est peut-être due en grande partie à l'ozone qui se dégage toujours, par le maniement des appareils à électricité statique. L'ozone, en effet, a une action manifestement tonique, et ce n'est qu'à dose élevée qu'il peut avoir des inconvénients. D'après ce qu'avaient écrit presque tous les auteurs, et surtout les chimistes, nous avions cru nous-mème que l'ozone était dangereux, et nous sommes convaincu que les procédés de fabrication sont cause, en grande partie, de cette opinion. Lorsque des acides interviennent, il est évident que l'air respiré est irritant et nuisible, mais, si l'ozone se dégage seul, il perd beau-
508 ÉLECTROTIIÉRAPIE.
coup de cette action irritante. Dans le cas où il est mélangé avec un peu d'essence de térébenthine, comme cela a lieu dans Yozonéine, la respiration en est même rendue plus facile, et il n'y a absolument aucune irritation des bronches ni aucune excitation du système nerveux. Dans ces cas, et nous l'avons essayé plusieurs fois, il y a même une vraie sédation du système nerveux et un sommeil plus profond.
Vélectricité à courants induits est un choc moléculaire, et c'est ainsi qu'elle agit sur les éléments anatomiques. Quelle que soit leur origine, c'est toujours en dernière analyse à cette action de mécanique molécu'?,ire que l'on aboutit; seulement ce choc peut être plus ou moins intense et avoir une dui-ée plus ou moins longue.
L'intensité dépend, comme nous l'avons vu, de la bobine qu'on emploie, et elle peut être à volonté plus ou moins considérable. Règle générale : elle ne doit pas être trop forte, et il faut arriver au point où elle agit sur les éléments vivants, sans dépasser cette limite. Ainsi, pour la fibre musculaire, il est inutile et souvent dangereux d'employer un courant plus fort que celui qui est nécessaire pour amener la contraction.
Pour la durée, comme nous l'avons dit également plus haut, elle est différente selon le courant induit, mais celui-ci est toujours d'une durée très-courte. C'est une loi absolue que l'excitation est d'autant plus vive que la durée est plus courte, et, comme il n'y a pas de courant électrique dont la durée soit plus courte que celle du courant induit d'ouvertui'e, on peut affirmer que chaque fois que l'on voudra déterminer une excitation vive il faudra employer ce courant. Cette excitation ne doit pas être portée trop loin, car elle fatiguerait les organes, et la rapidité même de l'impression est une cause d'ébranlement. L'influence sur la nutintion est indirecte, car ce n'est qu'en forçant les nerfs à transmettre une excitation et en déterminant la contraction des muscles qu'ils produisent une augmentation de nutrition ; c'est par la fonction qu'ils agissent, et c'est pour cela que, lorsque la fonction est diminuée ou abolie, il faut employer ces courants avec ménagement.
L'action des courants de la pile sur la nutrition nous force à reprendre quelques-unes des considérations de l'électro-physiologie. Nous serons très-bref, car la question demanderait des volumes pour être traitée complètement. Nous nous efforcerons uniquement de simplifier cette question, qu'on a beaucoup embrouillée et qui en réalité peut se réduire à quelques lois très-simples et qui dans ces conditions seulement deviennent utiles au médecin.
Galvani le premier a découvert que les muscles et les nerfs avaient en euxmêmes la source des courants électriques. En mettant en contact avec un galvanomètre d'un côté la surface interne d'un muscle ou d'un nerf, et de l'autre côté la surface externe, on voit l'aiguille manifester un courant plus ou moins fort, mais qui indique toujours que le courant est dirigé dans un sens déterminé.
Ces propriétés des muscles et des nerfs proviennent-elles de ce que les muscles et les nerfs ont une organisation telle, qu'ils donnent lieu à des courants électriques? C'est là ce que veut 31. Du Bois-Reymond, et il admet que les muscles et les nerfs sont constitués par des molécules organiques, ayant une forme cylindrique dont la surface est positive et les extrémités négatives. Les électricités de même nom de deux surfaces tournées l'une vers l'autre se détruisent réciproquement; il en résulte que l'électricité négative des surfaces
ÉLECTROTHÉRAPIE. 309
des bases appliquées librement à la section transversale du muscle, et l'électricité positive des surfaces librement adossées à la section longitudinale, entrent seules en action. Au moment du fonctionnement cet état électrique est changé. Des raisoHs purement physiques montrent l'erreur de cette théorie, mais nous insisterons surtout sur des objections tirées d'autres expériences.
La première de ces objections faite autrefois par Becquerel, c'est que toute combinaison chimique donne lieu à un courant électrique, et que ces courants électriques se trouvent dans tous les tissus organiques, aussi bien dans une tranche de pomme de terre que dans un muscle.
Cependant la direction permanente du courant musculaire, ses modifications selon l'animal et même selon tel ou tel muscle, sa disparition pendant la contraction, tous ces faits plaidaient en faveur de la théorie de Du Bois-Reymond.
La différence de vitesse de l'intlux nerveux et de l'électricité porta un coup des plus rudes à sa théorie, mais sans la détruire entièrement. Elle était encore dominanteen Allemagne, lorsque Hermann attribua la cause des courants électriques à la décomposition de la substance musculaire ou nerveuse au contact de l'air.
Pendant ce temps, Matteucci produisait l'état électrotonique sur des substances autres que les nerfs, et même sur un ûl de platine entouré de fil de coton imbibé d'eau salée. Il montrait que le cathélectrotonus et l'anélectrotonus étaient en partie le résultat d'actions électrolytiques. De toutes les théories de Du Bois Reymond et de ses élèves, de Pflùger entre autres, il ne restait donc plus rien de solide, ni rien de bien exact.
C'est alors que Becquerel, par sa découverte des courants électro-papillaires, non-seulement vint détruire complètement l'hypothèse des molécules organiques polarisées, mais replaça la question sur un nouveau terrain, qui à notre avis est le seul vrai.
Toute action chimique produit des courants électriques : il est donc conséquent d'en trouver dans l'organisme vivant, puisqu'il est le siège d'un grand nombre de réactions chimiques. Becquerel, en effet, a trouvé que tous les tissus donnent naissance à des courants, les nerfs, les muscles, les tendons, les os, les artères, les veines, courants d'origine chimique et qui ne sont nullement le résultat d'organisation électrique des molécules organiques. Mais il ne suffit pas d'avancer qu'il y a des courants électriques dans les tissus des êtres vivants, il faut encore connaître leur mode de production et les conducteurs qui servent à la recomposition des deux électricités mises en liberté.
C'est ici qu'intervient la découverte de Becquerel : deux liquides hétérogènes, séparés par une membrane organique ou par un espace capillaire, donnent naissance à un courant électrique, lequel est capable de produire des effets chimiques et mécaniques. La paroi en contact avec le liquide qui se comporte comme acide est le pôle négatif et la paroi opposée le pôle positif.
L'appareil peut être disposé comme dans la figure 52, où l'on peut à volonté faire couler entre les plaques de verre AA' le liquide à réduire, qui arrive en contact avec la dissolution réductrice (monosulfure de sodium, par exemple) par les fissures des deux lames plus ou moins rapprochées par une ligature FF'. L'action des membranes endosmotiques est prouvée par la disposition donnée figure 35, dans laquelle on voit la simple séparation des liquides par la membrane M donner lieu à un courant manifeste. Enfin, pour démontrer les courants provoqués par une couche albuminoïde, nous avons employé la disposition figure 55.
ELECTROTHÉRAPIE.
Avant de parler des muscles et des nerfs, reportons-nous un instant aux appareils électriques des poissons; ici nous trouvons le type de la pile organique construite justement d'après les principes découverts par Becquerel. Ces organes en effet sont formés d'un grand nombre de prismes d"une forme hexagonale, rangés parallèlement les uns à côté des autres, comme les alvéoles d'un rayon de miel. Chaque prisme est divisé transversalement par des cloisons memhraneusei< très-rapprochées, qui forment une inûnité de cellules remplies d'une substance albumineuse demi-fluide.
Ces appareils donnent chez les torpilles des choes électriques capables d'étourdir un gros animal. Ces forts courants sont formés par une infinité découplés électro-capillaires. C'est le type de la pile de Becquerel, créée par la nature.
Fig. 32.
Fis 53.
Qui sait si un jour l'industrie ne profitera pas de cette disposition et ne trouvera pas un grand avantage à l'imiter?
Ces appareils nous donnent également une notion peut-être très-juste de l'influence du système nerveux sur les organes. 11 intervient uniquement dans ce cas pour mettre en action les fluides électriques accumulés dans ces tissus spéciaux ; c'est là son rôle dans ces appareils. Les muscles étant pour ainsi dire de petits appareils électro-capillaires, peut-être est-il logique d'admettre que le rôle du nerf moteur est de déterminer pour la fibre musculaire une action analogue, c'est-à-dire d'être un agent qui met en activité les forces en tension accumulées dans la fibre musculaire.
Nous voilà donc en droit, d'après des expériences exactes et positives, d'affirmer que, chaque fois que nous trouverons deux substances liquides ou semiliquides hétérogènes séparées par une membrane ou (d'après nos expériences personnelles) par un liquide albuminoïde, d'aiûrmer qu'il se forme un courant et même que ce courant a une très-grande intensité. Cette grande intensité est due à ce que les courants ainsi produits n'éprouvent aucune résistance dans leur parcours, attendu que les électricités dégagées passent immédiatement dans
ÉLECTROTHÉRAPIE. 311
la couche liquide infiniment petite adhérente aux parois et se comportent comme corps solides bons conducteurs. C'est cette absence de résistance qui donne aux courants électro-capillaires une puissance considérable, et avec les appareils électro-capillaires on a immédiatement le maximum d'action. La figure ci-jointe (Hg. 54) fait facilement comprendre cet effet.
M liquide acide.
N liquide alcalin.
Fig. 34.
Soient A, B, deux lames de verre séparant un liquide acide M d'un liquide alcalin N, et laissant entre elles un espace capillaire a,b,b',a', dans lequel pénètrent les deux liquides qui se rencontrent en c,c', où ils réagissent l'un sur l'autre en dégageant de l'électricité. Le liquide acide prend l'électricité positive, le liquide alcalin l'électricité négative. Les deux électricités se recombiuent ensemble par l'intermédiaire des parois a,a',b,b', d'où il résulte, sur chaque paroi, un courant dont la direction est indiquée par celle des flèches. Les parties a,c',b,c\ se comportent comme des électrodes négatives, et les parties c,a',c',b', comme des électrodes positives. On voit par là que les deux électricités libres se recombinent immédiatement par l'intermédiaire des parois de l'espace capillaire, sans avoir à parcourir aucune longueur de liquide, puisqu'elles passent immédiatement de la surface de contact c,c', des deux dissolutions, dans les conducteurs a,a',b,b', qui servent d'électrodes : on doit donc avoir alors un maximum d'intensité de courant et par conséquent d'action décomposante, puisque, la résistance provenant du passage du courant dans un liquide étant nulle, la couche liquide adhérant par affinité capillaire aux parois devant être assimilée à un conducteur solide, on ne doit donc pas être étormé de la puissance d'action décomposante des courants électro-capillaires.
Si nous nous reportons actuellement à la structure des muscles, des nerfs, des cellules, des fibi'es, en un mot, de tous les tissus organiques, nous retrouvons partout ces couples électro-capillaires. Ce sont absolument des reproductions des appareils électro-capillaires, et de fait, au galvanomètre, on constate des courants électriques plus ou moins intenses.
Ce ne sont plus seulement les nerfs et les muscles qui ont des courants électriques propres ; le champ est agrandi, et nous savons aujourd'hui que ces courants existent dans tous les tissus, et que le nombre en est infini. Au lieu d'être un fait particulier, l'électricité arrive ainsi à faire partie comme phénomène intime de toutes les fonctions organiques.
Pour comprendre toute la portée de ce fait, il suffit d'énoncer les deux propositions suivantes : 1° il n'y a pas d'action chimique, et pas de structure de matière organisée, qui ne donne lieu à un courant électrique; 2" il n'y a pas de vie sans action chimique et sans structure de matière organisée.
Mais il y a plus, et la membrane même n'est point nécessaire, car nous avons observé qu'elle peut être remplacée, et avec avantage, par une masse de
•ELECTROTHÉRAPIE.
Fis
substance albuminoïde. Voici le résume de nos expériences tel que nous l'avons présenté à l'Académie des sciences en 1874 :
L'interposition d'une couche de substance albuminoïde (blanc d'œuf, albumine du sang) entre les deux liquides détermine des phénomènes électro-chimiques. Nous avons employé pour ces expériences le procédé suivant : dans un tube en U (fig. 35) je verse d'abord de l'albumine M, de manière à remplir le fond, puis, de chaque côté, je verse lentement, et de manière à empêcher le mélange brusque avec l'albumine, les liquides qui doivent réagir l'un contre l'autre. Au bout de quelque temps, les solutions se rencontrent dans la couche d'albumine, et donnent lieu alors aux doubles décompositions indiquées par M. Becquerel. C'est ainsi qu'en mettant à'\m côté une solution de sulfate de cuivre, et de l'autre une solution d'oxalate de potasse, il se forme de très-beaux cristaux C bleus d'oxalate double de cuivre et de potasse. De même, en mettant d'un côté du sulfate de soude, et dans l'autre du nitrate de chaux, on obtient des cristaux de sulfate de soude et de chaux. Ces cristaux, dans ce cas, forment toujours une masse plus ou moins grenue, et ne prennent point la forme de stalactites, qu'ils affectionnent quand on se sert de membranes.
Cette théorie des courants électriques naturels nous paraît plus compréhensible et plus logique que celles qui ont été proposées, et même que celle que soutient d'Arsonval. Cette dernière est fondée sur la production d'électricité par une déformation invisible et extrêmement rapide [du protoplasma, phénomène qui serait analogue à celui qui se produit dans l'électromètre capillaire de Lippmann. D'Arsonval applique cette même théorie aux décharges des poissons électriques et aux phénomènes électriques des muscles et des nerfs; mais tout d'abord nous lui ferons cette objection qui nous paraît capitale, c'est que ce n'est pas seulement pour les muscles et les nerfs qu'il faut donner une loi des courants électriques, mais bien pour tous les courants électriques d'origine animale et même végétale, et sa théorie n'est nullement possible pour le tissu osseux, par exemple.
Quant à la variation négative, elle est bien compliquée dans toutes les théories qui se fondent uniquement sur les polarisations, tandis qu'elle est d'une simplicité réelle lorsqu'on veut tenir compte de ce fait d'expérience, qui est constant toujours et partout : c'est que le courant électrique est le résultat d'un état électrique différent entre deux points donnés — que le point le plus oxydé est négatif par rapport à l'autre et que plus la différence d'oxydation est grande, plus énergique est le courant — que, si le point non oxydé ou peu oxydé s'oxyde davantage, aussitôt le courant perd de sa force, et la variation peut même devenir négative. Rappelons-nous uniquement ce que nous disions pour la pile ordinaire : « Le métal le plus attaqué prend l'électricité négative », et d'un autre côté : « L'électricité dégagée est d'autant plus considérable que la différence de réactions chimiques sur les deux métaux sera elle-même plus considérable. » Ces lois sont immuables, et il suffit de les appliquer aux courants électriques des tissus, pour avoir toujours l'explication des courants soit de repos, soit d'action. Dans le muscle
ELEGTROTHERAPIE. 315
en activité, toutes les parties arrivent à avoir la même oxydation; à l'état de repos le muscle est alcalin à l'intérieur, et neutre ou acide à la surface, et, lorsqu'il est contracté, peu à peu l'intérieur devient acide et le courant aussitôt diminue peu à peu d'intensité et finit par prendre une direction inverse.
D'ailleurs, ce n'est pas seulement la simplicité de notre explication, c'est sa généralité qui nous séduit et qui nous confirme dans son exactitude. Il n'y a ainsi aucune exception, et tous les faits viennent se grouper naturellement dans cette même loi.
Mais ce n'est pas uniquement pour la production des courants dans les tissus que cette théorie intervient : elle nous donne en même temps la clef des phénomènes intimes de la nutrition. Les phénomènes d'assimilation et de désassimilation et même la plus ou moins grande rapidité de ces phénomènes trouvent ainsi une explication toute nouvelle.
Nous avons le droit de rapprocher des phénomènes qui se passent dans les tissus, ceux qui ont lieu dans les appareils électro-capillaires. D'un autre côté, il y a un rapport direct entre la production de l'électricité et l'activité des organes qui la produisent. Or, cette production est modifiée selon les circonstances et surtout selon les résistances qu'éprouve le courant électrique à se recomposer. Une expérience très-simple démontre ce fait. On prend trois piles identiques au sulfate de cuivre, et on met identiquement la même quantité de sel dans chacune; on laisse une des piles telle quelle, chez la seconde on réunit les deux pôles par un fil métallique, et pour la troisième on fait plonger les deux pôles dans une colonne d'eau. Au bout de vingt-quatre heures, dans le premier élément, le sulfate de cuivre est encore en entier et le zinc n'a pas été attaqué : il n'y a donc eu aucune action chimique. Dans la seconde, le zinc est attaqué, usé en partie, et le sulfate de cuivre a disparu : l'action chimique a donc été très-vive. Enfin, la troisième conserve encore un peu de sulfate de cuivre, et le zinc, tout en étant attaqué, l'est moins que dans le deuxième.
Pourquoi ces différences? C'est que, pour la première pile, on a laissé le zinc et le cuivre séparés, et on ne les a réunis par aucun conducteur. Dans la deuxième, on a relié le zinc au cuivre par un fil de cuivre. Enfin pour la troisième on a interposé entre le zinc et le cuivre un corps mauvais conducteur.
En d'autres termes, dans le premier de ces éléments, les deux électricités n'ont pas pu se combiner, et par cela même il n'y a pas eu d'action chimique ; pour le deuxième, le circuit étant établi, le fluide électrique a pu s'écouler facilement, et en même temps l'action chimique a été très-forte et continue; pour le troisième la résistance à la recomposition de l'électricité étant plus grande, par suite d'un corps mauvais conducteur, l'action chimique a été moins vive.
Donc l'action chimique, dans des substances formant un couple voltaïque, sera d'autant plus grande que la résistance à la recombinaison des électricités engendrées dans ce couple sera moindre.
En transportant cette loi dans l'organisme, nous pouvons dire :
Que les actions chimiques qui ont lieu dans les tissus seront d'autant plus vives que la résistance sera plus grande pour la recomposition des deux électricités mises en mouvement.
Cela nous montre tout d'abord : que toute membrane organique, devenant moins apte, pour une cause ou une autre, à être mouillée par les liquides qui sont en contact avec elle, détermine aussitôt une diminution des actions chimiques; que la moindre différence dans la composition des liquides modifiera
également l'intensité des actions chimiques. On conçoit ainsi l'influence de l'épaississement d'une membrane, de l'interposition dans ses mailles de tissu calcaire ou graisseux, etc.
On conçoit en même temps que l'activité des combinaisons chimiques ne dépend pas de l'entassement des substances, mais bien de la facilité avec laquelle a lieu la recombinaison des électricités qu'elles développent. Ou aui'a beau mettre du sulfate de cuivre dans la pile où le zinc est séparé du cuivre, aussi longtemps que l'on ne reliera pas ces deux piles par un fU conducteur il n'y aura aucune action chimique. De même dans une pile électrocapillaire, si je ne rends pas ma membrane conductrice de l'électricité, il n'y aura aucun courant électrique ni aucune action chimique; par contre, cette dernière sera considérable, si la membrane est très-perméable aux liquides et si ceux-ci sont bons conducteurs.
Dans tous les cas, on pourrait mesurer l'intensité vitale, ou du moins l'intensité nutritive des tissus, d'après l'intensité des courants électriques qui s'y forment. Nous avons essayé de le faire, en cherchant à comparer les courants électriques que l'on pourrait obtenir chez l'homme sain et l'homme malade, ou chez le même individu à différents moments de la journée ; mais, si cela n'est pas bien difficile pratiquement (des électrodes impolarisables et un galvanomètre sensible suffisent), il y a une telle quantité de causes d'erreur, par suite de la transpiration de la peau, que nous y avons renoncé.
Mais nous avons pu vérifier une partie de la loi qui découle des faits que nous venons d'exposer, à savoir que Vaction électrique propre crun tissu comparé à ce même tissu, ou à un autre tissu, sera d' autant plus considérable que la nutrition y sera plus active.
Il est nécessaire, pour saisir la valeur de ces expériences, de se rappeler que c'est du côté de l'électricité négative que l'action chimique est plus intense, et que, lorsqu'un corps quelconque est négatif par rapport à un autre, c'est qu'il présente sur celui-ci une plus grande somme de forces actives.
Inutile d'ajouter en même temps que la contraction d'un nmscle détermine dans ce muscle une plus grande activité chimique.
Sur des malades chez lesquelles il existait d'un côté du corps une anesthésie complète, ayant enioncé des aiguilles de platine profondément dans les muscles communiquant avec un galvanomètre très-sensible, nous avons constaté que : si l'on faisait contracter un des muscles, l'aiguille du galvanomèti^e éprouvait ime déviation plus ou moins grande, indiquant que le muscle contracté était négatif par rapport au muscle non contracté; si l'une des aiguilles était enfoncée dans un muscle et l'autre dans du tissu graisseux ou cellulaire, la déviation de l'aiguille indiquait que le muscle possédait une électricité négative par rapport au tissu graisseux ou cellulaire; de plus, au moment de la contraction, cette différence est encore bien plus marquée et la déviation de l'aiguille du galvanomètre est plus considérable.
La déviation de l'aiguille a lieu non-seulement au moment de la contraction, mais elle persiste encore quelque temps après la contraction.
Lorsqu'on maintient un muscle contracté pendant plusieurs minutes, et qu'on enfonce seulement les aiguilles dans les muscles après la cessation de toute contraction, le muscle qui était contracté présente une électricité négative par rapport aux muscles qui n'ont pas été contractés. Quelquefois cette différence est encore sensible un quart d'heure après la contraction.
ELEGTROTUÉRAPIE.
Si l'une des aiguilles est enfoncée dans le muscle conti^acté et l'autre dans le muscle non contracté, si on fait contracter celui-ci, l'aiguille revient peu à peu à zéro et finit par dévier en sens opposé : ce qui prouve que le muscle qui se contracte en dernier lieu finit par avoir une activité chimique plus considérable que celui qui était contracté dès le début et qui s'est fatigué peu à peu. Pour finir l'exposé des expériences que nous avons faites, dans le but de rechercher les applications des courants électro-capillaires à la physiologie et à la thérapeutique, nous citerons encore l'action curieuse que présentent sous ce rapport les différents caustiques. L'application sur un tissu vivant d'un caustique minéral produit aussitôt une déviation très-accentuée de l'aiguille d'un salvanomètre, mais cette déviation varie selon les caustiques et est en rapport direct avec la force et le mode d'action de ces caustiques. Ceux dont l'action est rapide et énergique donnent un courant très-considérable, mais souvent de courte durée ; ceux dont l'action est lente donnent un courant qui augmente peu à peu d'intensité et qui persiste pendant longtemps. Ainsi, avec le perchlorure de fer, l'aiguille est déviée avec force immédiatement ; il en est de même avec le nitrate d'argent, surtout si avec ce caustique on applique sur les parties atteintes un morceau de zinc. Avec le sulfate de cuivre, les courants sont beaucoup moins intenses au début, mais au bout de quelque temps la déviation augmente sans cependant devenir jamais bien prononcée. Avec le clilorure de zinc la déviation est également moins faible au début, quoiqu'elle devienne assez forte au bout de quelques moments. 11 en est de même du cliloriire d'antimoine, mais après deux à trois minutes de contact la déviation devient beaucoup plus forte et se maintient pendant longtemps.
On sait enfin, par les autopsies, r|u'on retrouve dans les tissus organiques les sels réduits et que, chez des individus qui ont pris pendant leur vie, soit des sels d'argent, soit des sels de plomb, c'est à l'état métallique qu'on trouve l'argent et le plomb. C'est incontestablement par les actions électro-capillaires que cette réduction s'est faite, et dans les tubes de Becquerel ou dans notre petite pile à albumine on peut, en dehors de l'organisme, faire identiquement les mêmes réductions. Voilà donc des courants électriques qui dans les tissus vivants, par cela seul que ceux-ci sont organisés, déterminent des actions d'une puissance extraordinaire et qui expliquent des phénomènes qui sans cela paraissent étranges. Mais leur influence est encore plus considérable, et ce sont pour ainsi dire tous les phénomènes qui se passent dans les tissus vivants qu'ils parviennent à expliquer. En effet, si l'action chimique qu'ils provoquent est considérable, l'action mécanique n'est pas moins remarquable. En réalité, tous les phénomènes d'endosmose et toutes les lois de Graham rentrent sous leur dépendance, et il nous reste à indiquer quelquesunes de ces applications.
Les piles électro-capillaires ont, comme toutes les piles, une action de transport, et comme elles fonctionnent sans interruption, tant que la vie subsiste, elles ont ainsi une action très-énergique. C'est grâce à ce mouvement de transport qu'il y a renouvellement des tissus et échange de matière organique. Il y a, comme on le sait, un transport réel du pôle positif au pôle négatif, et si, par exemple, on fait passer un courant de a en a' (fig. 36), au bout de fort
Fi". 36.
316 ÉLECTROTHERAPIE.
peu de temps (si l'on a soin de mettre en un point quelconque du tube une masse semi-solide qui permette la différence de niveau) on voit le liquide monter du côté du pôle négatif et baisser du côté du pôle positif.
Un simple appareil à courants électro-capillaires produira le même phénomène. On met dans un tube fêlé une dissolution de nitrate de cuivre, puis on introduit ce tube dans une éprouvette contenant une dissolution de monosulfure de sodium, ayant à peu près la même densité. Le niveau est le même des deux côtés, mais bientôt le courant électro-capillaire s'établit, du cuivre métallique se dépose sur la face négative de la fissure et le liquide monte peu à peu dans le tube, par l'effet du courant dirigé du pôle positif au pôle négatif. Si la fêlure est très-petite, il faut près de quinze jours pour que la différence du niveau soit de i centimètres.
Le transport pour les sels est double, c'est-à-dire que, tandis que certains sels vont au pôle négatif, d'autres vont du pôle négatif au pôle positif et, de plus, il y a un choix et une élimination dans ces transports. On peut même arriver par ce procédé à séparer les métaux les uns des autres, car, selon leur conductibilité, les uns sortent plutôt que d'autres. L'expérience suivante met en évidence ce double transport. On plonge dans une éprouvette contenant une dissolution concentrée de sulfate de soude un tube fermé par le bout inférieur avec du papier-parchemin et rempli d'une dissolution de nitrate de chaux. Le niveau étant le même dans les deux vases, il y a transport de la dissolution de nitrate de chaux dans celle de sulfate de soude en vertu du courant allant du pôle positif au pôle négatif; une double décomposition est produite, foroîation de sulfate de chaux qui cristallise en formant de longues stalactites creuses, puis de nitrate de soude qui est transporté dans la dissolution de nitrate de chaux par le courant allant du pôle positif au pôle négatif, avec une partie du liquide qui tient en dissolution le sulfate. Ainsi donc, à l'instant de la double décoraposition, le sulfate de chaux reste dans la dissolution de sulfate de soude, tandis que le nitrate de soude est enlevé par le courant direct allant du positif au négatif.
Ces phénomènes ont lieu également eu remplaçant la membrane par une masse de substance albumineuse, ou même de sérum sanguin.
Mais ce qui est important, c'est de rapprocher ces phénomènes de transports électriques des lois de Graham, car ou remarque que la direction de l'endosmose est la même que celle du courant électrique, c'est-à-dire du pôle positif au pôle négatif.
Nous ferons remarquer combien les faits observés par Graham arrivent à être généralisés, si l'on tient compte de cette loi d'électricité capillaire : les acides se portent sur la surface externe de la membrane, les bases sur la surface interne, et l'eau se porte toujours du côté basique.
Tandis que l'endosmose se produit dans le sens du courant, c'est-à-dire du pôle positif au pôle négatif, l'exosmose a lieu dans le sens inverse du courant du pôle négatif au pôle positif et amène la substance dissoute en traversant la cloison sur la face qui constitue le pôle positif. Il résulte de là que le niveau d'un des liquides s'élève d'un côté et que la réaction et par suite le précipité se forment ordinairement de l'autre côté.
Si l'on applique ces expériences auK phénomènes d'endosmose et d'exosmose des tissus vivants, on voit aussitôt comment il se fait que les échanges de matières et de gaz peuvent se faire d'une façon continue et d'après des lois constantes.
ELECTROTHÉRAPIE.; 317
Les exceptions mêmes peuvent servir à expliquer quelques-uns des troubles de la nutrition, car, si d'un côté on peut concevoir l'arrêt ou la diminution de la nutrition qu'amène l'alcool par ce seul fait que les sels se diffusent en général quatre fois plus vite de leurs solutions aqueuses que de leurs solutions alcooliques, et en même temps donnent lieu à des courants moins intenses, on conçoit également que l'état d'acidité ou d'alcanilité puisse influencer les phénomènes électro-capillaires et par conséquent les phénomènes de nutrition. La seule expérience suivante suffit pour le démontrer : le nitrate de potasse a une osmose très-faible lorsqu'il est parfaitement neutre, qui disparaît et même devient négative, par l'addition d'une petite quantité d'acide, tandis qu'une petite quantité de carbonate de potasse détermine une osmose positive très-considérable, et un courant électrique plus grand.
Donc, non-seulement les actions chimiques proprement dites, mais encore les phénomènes de transport, sont influencés par les courants électriques qui se forment dans tous les tissus, et c'est ce qui explique comment les dissolutions dans l'organisme et les échanges de matières même gazeuses sont poussés comme par une force d'impulsion. En ne prenant pour exemple que la circulation sanguine, nous pouvons affirmer que les courants électro-capillaires agissent de telle sorte que les éléments électro-positifs du sang, c'est-à-dire les bases ainsi que les globules privés do leur oxygène, sont déposés par le courant sur la paroi intérieure des capillaires (celle-ci étant négative), tandis que les éléments électro-négatifs, comme l'oxygène et les acides organiques, se déposent sur la paroi extérieure, qui est positive. Ce gaz une fois libre, à l'état naissant et même à l'état d'ozone, concurremment avec les acides, réagit sur les composés hydro-carbonés, et par retour du courant amène par l'action mécanique les nouveaux produits dans les capillaires, ou les fait déverser en dehors, comme cela a lieu pour certaines glandes.
Influence des coiirants de la pile sur les courants électriques autonomes des tissus. Nous proposons d'appeler courants électriques autonomes ceux qui sont formés par le fonctionnement des tissus, pour les différencier des courants qui sont formés artificiellement par toute espèce de piles, et avec lesquels on agit du deihors sur les tissus.
Ces courants autonomes, nous venons de le voir, existent dans tous les tissus; ils sont à la fois cause et effet des actions chimiques et ils dirigent les phénomènes d'endosmose et d'exosmose. On peut dire qu'ils sont nonseulement fonction de la nutrition, mais pour ainsi dire la nutrition même. Aucune partie du corps humain n'échappe à cette action, et leur étude peut jeter un jour plus complet sur le fonctionnement des éléments vivants. On peut, en effet, considérer le corps humain comme un assemblage de petites piles, qui fonctionnement automatiquement, piles dont les précipités sont évacués à mesure de leur formation, et dont les usures sont remplacées au fur et à mesure par les produits de la digestion. C'est bien là la pile idéale, qui ne se polarise pas et dont les liquides excitateurs sont remplacés dès qu'ils s'épuisent. Comme pour la pile ordinaire, un ralentissement dans une des fonctions, soit dans celle d'élimination des oxydations, soit dans celle de remplacement des produits à oxyder, amène aussitôt un dérangement et un état anormal.
L'étude de l'électrothérapie dans sa généralité revient ainsi à étudier l'influence des courants extérieurs sur ces courants autonomes. C'est là unique-
ELECTROTHERAPIE.
ment que nous trouverons l'action à laquelle Remak a donné le nom de catalytiqiie, et qui consiste dans des modifications de nutrition.
Mais cette étude devient singulièrement facile, après ce que nous venons de dire des courants éleclro capillaires, et, du moment que nous avons le droit d'appliquer aux oxydations des tissus ou piles autonomes les faits que nous pouvons observer plus facilement sur les oxydations des piles extérieures, nous quittons le domaine des hypothèses et des conceptions vagues.
Yoici un premier fait d'expérience qui a une grande valeur :
En faisant un couple électro-capillaire (tube fêlé, membrane ou albumine) avec une dissolution de nitrate de cuivre d'un côté et une dissolution de plombite de potasse de l'autre côté, on n'obtient pas la réduction du cuivre, à moins de faire agir pendant un instant un couple extérieur à sulfate de cuivre. Donc le courant électro-capillaire a été facilité par l'adjonction d'un courant extérieur. Donc nous pouvons admettre que des courants extérieurs vont augmenter les courants autonomes des tissus et faciliter leur mise en activité.
Nous avons fait une série d'expériences qui sont encore plus probantes. Nous avons cherché quelle était l'influence d'un courant extérieur sur l'action chimique de chaque élément dans une série d'éléments formant un circuit fermé. Pour cela, nous avons réuni en deux groupes quatre éléments en tension (fig. 57). Un de ces groupes nous servait de point de comparaison et nous per-
Fig. 37.
mettait de juger de la quantité de zinc qui était oxydée dans le même espace de temps, dans les conditions normales.
Dans le deuxième groupe, nous faisions passer d'un élément à l'autre, pendant huit à dix heures, un courant de trente éléments. Voici quelques-uns des résultats que nous avons obtenus. Lorsque le courant extérieur -\ (fig. 58) pas-
sait par les quatre éléments, et en sens inverse f du courant propre de ces éléments qui est dirigé selon la flèche f, l'action chimique dans chaque élément était plus faible que dans la pile qui servait de comparaison et qui restait dans
KLECTUOTlIÉRAl'IE. 519
les conditions normales. Dans le même temps, les zmcs de cette pile perdaient 10 grammes de leur poids, tandis que les zincs de la pile où l'on faisait ao^ir en sens inverse un courant de trente éléments ne perdaient que 7 Trammes de leurs poids. Si, au conti'aire, le courant était dirigé dans le sens du courant propre de la pile, les mêmes zincs perdaient 17 grammes de leurs poids, et ceux de la pile servant de comparaison ne perdaient dans le même temps que 9 grammes. Enfin, en ne faisant passer le courant exlérieur que par deux éléments, il y avait également une différence de poids entre les deux piles; l'usure du zinc était plus prononcée pour la pile, où un auti'e courant était interposé dans une partie du circuit.
On peut objecter à cette expérience que l'introduction d'un courant extérieur assez intense détermine lui-même des décompositions chimiques et que cette action peut influer sur l'oxydation du zinc, que ce n'est donc qu'une simple action chimique surajoutée, et que rien ne prouve ainsi que ce courant ait une action sur les phénomènes chimiques propres à la pile.
A cela nous répondrons : 1° que l'action décomposante du courant surajouté est la même, quelle que soit la direction qu'on donne à ce courant; que par conséquent la diftérence très-remarquable que nous constatons dans l'oxydation des zincs, selon la direction du courant, ne devrait pas exister; que 2° les effets sont bien moindres, lorsqu'au lieu d'employer un courant à grande tension et à action chimique faible on emploie un courant à tension faible et à action chimique forte, et cependant ce serait le contraire qui aurait lieu en admettant l'objection qui est faite.
Nous voyons donc par ces expériences qu'un courant extérieur, remarquable surtout par une grande tension, influe sur l'action chimique propre de chaque élément, et il agit ainsi, non parce que son action chimique vient s'ajouter à celle de l'élément, mais parce qu'il diminue ou augmente la recombinaison du fluide électrique. Il agit ainsi par sa tension et, plus la tension est grande, plus le travail chimique autonome de chaque élément sera augmenté.
Revenons maintenant à notre étude sur les corps organisés. Chaque élément de notre pile représente un tube nerveux, une fibre musculaire, etc., et, dans chacun de ces tissus, il y a en effet un courant électrique autonome et des actions chimiques propres. D'un autre côté, la nutrition n'est autre chose qu'un phénomène chimique, une série d'oxydations ; les substances albuminoïdes brûlent dans les lissusy comme le métal dans la pile, et par conséquent, lorsque nous ferons traverser un courant électrique par l'organisme, nous aurons la même action sur les petites, mais innombrables piles organiques, que celle que nous venons de constater sur chacune de ces piles inorganiques, c'est-à-dire que nous augmenterons ou nous diminuerons l'action chimique autonome à chaque tissu. Ainsi, et c'est là un point important que nos recherches physiologiques nous avaient déjà démontré, un courant provenant directement de la pile peut favoriser ou ralentir les actions chimiques des tissus.
Ces faits nous montrent l'importance de la tension dans les courants électriques, car c'est elle qui permet aux actions chimiques autonomes des tissus de se produire plus ou moins activement, et, pour les corps organiques bien plus que pour les corps inorganiques, on peut définir le courant, selon l'expression de Faraday, une action chimique en mouvement. Us nous montrent en même temps combien l'action trophique des courants de la pile est considérable et aussi qu'il est nécessaire de tenir compte de la direction des courants, car ils
ELECTROTHÉRAPIE.
expliquent en même temps pourquoi la nutrition est modifiée différemment selon la direction des courants,
Affectioss trophiques. L'influence des courants électriques sur la nutrition des tissus apparaît dans toutes les maladies , depuis l'atrophie musculaire simple jusqu'aux modifications dans les affections cutanées; mais il est plus logique de ne mentionner dans ce chapitre que les maladies qui ne peuvent pas être rangées aussi nettement dans les trois divisions principales que nous avons adoptées, à savoir les maladies du système vasculaire, celles du système nerveux et enfin celles du système musculaire. Cette division, si nette qu'elle paraisse, est cependant un peu forcée, car un grand nombre d'affections dépendent à la fois de l'un et de l'autre système et même souvent des trois, et il suffit de citer une atrophie musculaire quelconque, pour comprendre que le traitement ne peut porter exclusivement sur un système. D'autres affections, au contraire, rentrent difficilement dans une quelconque de ces divisions, et ce sont celles-là que nous voulons passer aussitôt en revue.
Un état d'anémie, avec pertes de force, faiblesse générale, troubles de la sensibilité, est souvent très-avantageusement modifiée par Vélectrisation généralisée. Celle-ci consiste dans l'emploi soit de l'électricité statique, soit des courants induits, soit des coui'ants continus.
Pour l'électricité statique, il faut employer le bain électrique et, comme nous l'avons déjà dit, il est probable que l'ozone dégagé entre pour une large part dans l'infiuence tonique qu'on détermine. 11 n'y a pas, à vrai dire, de règles à suivre, si ce n'est qu'il ne faut pas agir trop violemment ni trop longtemps, car, dans tous ces états pathologiques, dès qu'on élève la dose, l'effet tonique se change rapidement en un effet excitant et par conséquent nuisible.
Pour l'électricité à courants induits, le mode d'emploi est la faradisation cutanée, ce qu'Erb appelle même la friction électrique. Au lieu du pinceau généralement usité, et qui a l'inconvénient d'être douloureux par sa seule application, en dehors même de tout passage de courant électrique, nous préféi'ons l'électrode qu'Erb a l'ait construire par Mohres. Il consiste en un foisceau de plus de 400 fils métalliques (fig. 39) revêtus d'un fourreau et fortement enfermés dans un tuyau en caoutchouc d'environ 2 centimètres de diamètre. Le tout relié à la gaine inctallique de l'électrode. La surface qu'on met ainsi en contact avec la peau représente une surface circulaire lisse d'environ 2 centimètres de diamètre, dans laquelle le courant entre par environ 400 points. Erb se sert de cette électrode pour mesurer la sensibilité farodo-cutanée, mais ces essais sont forcément entachés d'erreur, car, comme pour la mesure des résistances des différentes parties du corps, il y a tant de conditions qui modifient l'intensité des courants, qu'on ne peut rien conclure de façon à en déduire des considérations pratiques. Par contre, nous le répétons, cette électrode, avec le grand nombre de points par où sort le courant, est très-avantageuse pour l'électrisation cutanée.
Fis. 59.
ÉLECTROTHÉRAPIE. 521
On peut ainsi recourir au procédé indiqué par Duchenne et qui consiste à placer un rhéophore humide sur un point peu excitable du malade, et à tenir l'autre dans la main de l'opérateur. Celui-ci, après avoir desséché avec de la poudre d'amidon ou de jycopode la partie de la peau à faradiser, passe rapidement la face de sa main sur les points qu'il veut exciter. Ce procédé est cependant peu pratique, et n'est guère employé actuellement que par ceux qui veulent faire croire en même temps à des « passes magnétiques. »
L'électricité, dans ces conditions, n'est qu'un moyen d'excitation un peu plus facile à régler que les autres modes d'excitation cutanée. C'est d'ailleurs ainsi qu'il agit, en amenant une circulation plus active, comme cela se constate facilement par l'élévation du pouls, et une respiration plus puissante. De plus, ce procédé excite assez vivement le système nerveux central, et Ton peut même amener une excitation trop violente, surtout si l'on porte les rhéophores le long des membres inférieurs.
Nous recommandons cette méthode dans les troubles de sensibilité cutanée qui accompagnent si souvent l'état d'anémie ; dans les cas où l'on veut provoquer une sorte de stimulation du système nerveux central, et enfin dans certains cas de palpitations nerveuses. Dans ces affections, il faut cependant n'agir qu'avec beaucoup de modération. Nous employons de préférence les courants continus.
Deux médecins américains, MM. Beard et Rockwell, ont beaucoup vanté la faradisation généralisée pour tous les cas où l'ensemble du système nerveux est plus ou moins affecté. Leur méthode de traitement consiste à mettre les extrémités inférieures du patient en communication avec l'un des pôles d'une machine d'induction, tandis que l'autre pôle est appliqué et promené sur diverses parties du corps, et cela dans un ordre déterminé : on commence par le rachis (première et seconde vertèbres cervicales) ; on continue par la région thoracique, la région abdominale, les quatre membres, et l'on finit par la région du cou (grand sympathique) et par la tête. La durée de la faradisation de ces divei'ses régions a été fixée de la façon suivante, par Beard et Rockwell :
Tête, l minute; cou, 4 minutes; rachis, 3 minutes; paroi antérieure du Ironc, 3 minutes; membres, 4 minutes.
M. Fischer, qui a essayé cette méthode de traitement chez trois malades, a obtenu les résultats suivants :
Dans le premier cas, il s'agissait d'une jeune femme de trente ans, affectée de mélancolie, avec hallucinations, palpitations, insomnie, secousses cloniques dans les jambes, irrégularité de la menstruation. Malgré l'emploi des traitements les plus variés, ces accidents s'étaient aggravés. Au bout de 24 séances de faradisation, et dans l'espace de six semaines, la malade était complètement rétablie.
Le sujet de la seconde observation était un névropathe (neurasthénie) qui traînait la jambe droite, ressentait des douleurs dans le dos et dans l'articulation du cou-de-pied droit. Il avait la tête lourde et se plaignait d'un anéantissement général. Après 29 séances de faradisation, le malade put reprendre ses occupalions, avec son énergie des temps passés.
Enfin un résultat tout aussi éclatant fut obtenu chez une jeune lllle de douze ans, sous le coup d'une chlorose rebelle, avec céphalalgie, vomissements, insomnie, prostration. La guérison fut obtenue dans l'espace de deux mois, après 26 séances de fiiradisation généralisée.
Nous n'avons pas souvent employé ce mode de traitement, au moins d'une DICT. ENC. XXXllI. 21
522 ELECTROTHÉRAPIE.
façon exclusive, et nous avons toujours ajouté l'emploi des courants continu^, dans la plupart des cas qui se rapprochent de V irritation spinale, c'cst-à-dirc de ces états généraux qui sont caractérisés par une douleur à la pression en un ou plusieurs points de la colonne vertébrale, de l'insomnie, de la flatulence, des spasmes des muscles de la respiration, etc. Tous ces symptômes que nous croyons, avec Hammond et Peter, dépendre d'un trouble de vascularisation de la moelle, ne sont guérissables que si, avec l'électrothérapie, les malades veillent à l'hygiène et suivent un traitement tonique.
Nous conseillons d'employer les courants continus de la façon suivante : on place un des pôles sur les premières vertèbres cervicales et l'autre sur le creux de l'estomac ou sur la région précordiale. Si l'on veut amener une stimulation plus ou moins considérable, on mettra le pôle négatif sur la moelle, ce qui revient à employer un courant ascendant ; dans le cas contraire, on mettra sur la moelle le pôle positif.
S'il y a des palpitations du cœur, de l'irritabilité du pneumogastrique (Peler), des sensations de constriction dans la poitrine, qui proviennent évidemment de spasmes des muscles de la respiration, nous avons obtenu des résultats excellents par ce procédé.
Le cas d'une jeune femme que nous avons pu suivre pendant quelque temps est des plus instructifs sous ce rapport. Elle avait tous les symptômes d'un nervoùsme des plus accentués, avec crises hystériques. Elle avait suivi sans grand succès un traitement hydrothérapique, et les premiers jours nous avons combiné à la fois la faradisation cutanée du côté des points douloureux avec la galvanisation générale ; nous avions obtenu une augmentation de rexcitalion et une très-grande fatigue. Nous avons alors complètement supprimé la faradisation, et nous nous sommes contenté d'appliquer le pôle positif d'un courant de 15 volts sur la nuque, et le pôle négatif sur le creux épigastrique, puis au bout de cinq minutes nous mettions pendant deux minutes le pôle positif sur le cou du côté du pneumogastrique qui, en cette région, était, à la pression, légèrement douloureux, le pôle négatif restant à la même place. Au bout de deux jours déjà il y eut une amélioration léelle, car le sommeil devint profond et les palpitations diminuèrent.
A propos de ce mode d'électrisation, nous ferons observer combien il y a une sorte de contradiction à ce que la plupart des médecins électrothérapeutes appellent le pôle indifférent. 11 n'y a pas, il ne peut pas y avoir de pôle indifférent, et l'on ne peut supprimer son action par cela seul qu'on le place trèsloin, ou sur un point moins sensible. On ne parvient ainsi qu'à diminuer l'intensité du courant. Nous ne pouvons assez le répéter, pour les courants continus, il est impossible de les localiser ou de les condenser en un point; c'est évidemment le besoin de la théorie de l'électrotonus qui a fait imaginer ce langage et cet espoir. Lorsqu'on met, par exemple, le pôle positif sur les vertèbres cervicales et le pôle négatif sur le sternum, on ne peut espérer que la diminution de la densité du courant, à cause de la présence de l'os et de masses musculaires, sera telle qu'on peut négliger l'influence de ce pôle. Que dire, par conséquent, lorsqu'on met l'électrode indifférente sur la nuque! Tout au plus est-il permis, lorsque les régions électrisées sont symétriques et qu'on agit sur des points très-différents comme sensibilité et comme résistance au courant, de se préoccuper de l'action locale et exclusive de tel ou tel pôle.
ÉLECTROTHÉRAPIE. 323
Quoi qu'il ea soit, pour la galvanisation générale, nous ne croyons pas qu'il faille, comme le conseillent Beard et Rockwell, ainsi que Vater von Artens, Erb etc., promener le pôle positif sur la tête, sur les sympathiques, le long de la colonne vertébrale, en laissant sur la région épigastrique une grande électrode communiquant avec l'autre pôle. Beard commence par frotter le front d'une extrémité à l'autre, puis le centre du crâne, la région du vertex, le cou des deux côtés, et enfin la colonne vertébrale de haut en bas.
Nous le répétons, nous sommes persuadé qu'il est plus avantageux de se contenter non pas de frotter, mais d'appliquer l'électrode positive aussi haut que possible sur les vertèbres cervicales, puis de l'amener sur le cou, où elle agita la fois sur le ganglion cervical supérieur et sur le pneumogastrique.
Parmi les affections générales auxquelles on a appliqué l'électricité, nous citerons le diabète insipide. Le docteur Clubbe (de Londres) a publié des observations qui semblent probantes, car chez une malade qui urinait près de 15 litres par jour il a obtenu une amélioration considérable, alors que tous les autres modes de traitement avaient échoué. Il appliquait le courant faradique sur la région des reins chaque jour pendant trente minutes.
Dans le diabète ordinaire, ou du moins chez certains glycosuriques, on obtient également une amélioration, mais nous ne saurions, à moins de conditions exceptionnelles, approuver ce mode de traitement qui ne peut être que palliatif et qui, dans tous les cas, ne peut êtie qu'un adjuvant.
Nous avons fait des expériences sur des lapins et sur nous-même, pour voir si l'électrisation modifierait la sécrétion de l'urée. Ces expériences en même temps étaient faites pour voir si la direction des courants amenait une différence. D'une façon générale, nous avons trouvé : 1° que les courants continus descendants font baisser le chiffre de l'urée et monter celui de l'urine; mais au bout de quelques heures, si la diminution a été considérable, il y a eu une augmentatioa dans la sécrétion de l'urée; 2" que les courants continus ascendants exagèrent la production de l'urée, sans accroître notablement la sécrétion de l'urine, qui est même quelquefois diminuée. Peut-on conclure de ces faits que l'électrisation doive ôtie employée dans des affections rénales? Noncertes, car ici les mo lilications de l'uvée ne sont que la manifestation des phénomènes généraux d'oxydation, et il serait absurde de soutenir que les oxydations se font dans le parenchyme rénal.
Il faut tenir compte de cette action trophique des courants continus, dans beaucoup de maladies, et en résumé on peut les employer dans toutes celles que Bouchard a désignées sous le nom de maladies pai' ralentissement de la nutrition. Nous n'avons jamais employé l'électricité dans l'obésité, par exemple, mais cela nous paraît très-logique et serait à recommander, si ce n'était forcément un traitement dans ce cas très-fastidieux. Nous avons vu disparaître toute une série de petites tumeurs lipomateuses chez un homme qui en avait des quantités sur tout le corps. Par suite d'un traumatisme, il eut de l'atrophie musculaire dans un bras, et nous eûmes à le soigner pour cette affection. En même temps que les muscles reprirent leur volume et leur force, les petites tumeurs adipeuses se ramollirent d'abord, puis disparurent complètement. Lorsque la guérison fut obtenue, il n'y avait plus aucune de ces tumeurs sur le bras électrisé, tandis qu'elles persistaient sur le bras non électrisé et sur les autres parties du corps. C'est également à une influence directe sur la nutrition que l'on peut attribuer l'action de l'électrisation dans certaines affections de la peau.
324 ÉLECTROTHÉRAPIE.
Plusieurs médecins américains ont signalé les bons effets qu'ils obtenaient dans l'eczéma, le prurit, la pelade même. Nous ne voulons pas parler ici de lupus, de molluscum, des naevi, car le traitement de ces affections est chirurgical et agit surtout par Vaclion électrolytique du courant. Pour l'acné rosacée, le procédé de Hardaway est également électrolytique, car il introduit une aiguille dans la dilatation vasculaire, tandis que d'autres médecins et entre autres Cheadle (de Londres) assurent avoir obtenu des succès dans cette maladie en employant le courant faradique.
Ce qui démontre bien que dans ces affections cutanées le courant agit par une influence trophique, c'est que, comme le fait remarquer Beard dans ses observations, il a obtenu des succès surtout par la galvanisation centrale. II cite l'exemple d'une femme d'âge moyen, atteinte d'un eczéma rebelle qui avait résisté à toutes sortes de traitement. Au bout de 2 séances, les douleurs diminuèrent et l'apparence de l'eczéma fut notablement modifiée. En six semaines, cette maladie qui durait depuis huit ans fut presque complètement guérie.
Chez des enfants, la guérison d'eczémas fut bien plus rapide, et il en fut de même de démangeaisons intolérables qui augmentaient toutes les nuits.
Dans les affections cutanées syphilitiques, d'après cet auteur, la guérison est hâtée par l'emploi de la galvanisation.
Nous croyons que, s'il y a une amélioration réelle et durable dans ces affections, c'est uniquement pour celles où il y a un ralentissement de nutrition, commecela existe souvent chez les hystériques. Nous avons eu sous ce rapport à soigner un cas qui a présenté les symptômes les plus extraordinaires et que nous citons ici uniquement pour montrer comment l'électrisation peut diminuer ou abolir les douleurs qui accompagnent les plaies spontanées et les affections de la peau. Une jeune fdle de dix-neuf ans (père alcoolique, mère morte d'une affection cérébrale) présenta tout d'un coup et à la suite de légères irritations de l'épiderme des plaies ayant l'aspect de plaies charbonneuses. Nous avons vu plusieurs fois ces plaies se former du jour au lendemain. 11 se produit en un point de la peau ime douleur très-vive, une légère rougeur, puis le lendemain la peau se lève et en trente-six heures il y a une plaie grande comme une pièce de 20 sous, plaie recouverte d'une eschare noire, le tout accompagné de douleurs tellement vives, que les nuits il ne pouvait y avoir ^e sommeil sans une forte dose de chloral. Les cautérisations au fer rouge, à la pâle de Vieime, au chlorure de zinc, etc., etc., avaient été employées sans résultat, et, quand nous vîmes la malade pour la première fois, elle nous fut adressée uniquement pour tâcher de calmer les douleurs. Pendant les trois premières semaines, il n'y eut pas de changement, puis la douleur cessa après la quatrième semaine et la plaie devint sèche. Dès qu'on cessait l'électrisation seulement un jour, il survenait des douleurs et l'aspect de la plaie se modifiait. Pendant des mois, il a fallu faire des séances journalières, et jamais nous n'avons observé des modifications aussi nettes, ni aussi rapides, car au bout de quelque temps de traitement, si on restait un ou deux jours sans électriser les régions atteintes, les douleurs reparaissaient et ce n'était qu'aussitôt après l'électrisation que les douleurs disparaissaient et que l'appétit et le sommeil revenaient.
Nous avons encore à signaler les résultats très-avantageux que l'on obtient dans le traitement ànzona. Il faut appliquer les courants continus, comme dans un cas de névralgie franche, c'est-à-dire mettre le pôle positif à l'origine du nerf qui est atteint, et le pôle négatif au delà des bulles d'herpès. Lorsque
ÉLECTROTIIÉRÂPIE. 325
l'affection est ancienne, on, peut commencer la séance par une courte application de faradisation cutanée. D'ailleurs, cette maladie étant à vrai dire une névralgie plutôt qu'une affection cutanée, nous n'avons pas à y insister ici.
Nous terminerons ce chapitre par une observation des plus curieuses d'affections cutanées douloureuses que plusieurs médecins ont suivie avec nous. 11 s'ao-it d'une jeune danae qui souffrait depuis plusieurs mois d'une production de cors aux pieds, ou du moins de productions épidermiques ayant cet aspect. Il n'y eut d'abord qu'un seul cor sous la plante de la jambe et qui ne présentait rien de bien anormal, si ce n'est une douleur très-vive. On le traita par la section, puis par des agents chimiques, et rien ne put diminuer la douleur; puis peu à peu il se forma dans l'épaisseur du derme une série de petits cors, tous très-douloureux, et en même temps la transpiration du pied disparut et une sensation constante de froid et un peu d'engourdissement coïncidèrent avec les douleurs. Nous pûmes, en une vingtaine de séances, calmer complètement ces douleurs, faire disparaître peu à peu les cors et ramener la chaleur et la circulation, et cela en agissant uniquement sur les nerfs de la jambe avec un courant descendant de 50 volts. C'est évidemment un des faits qui nous ont le plus nettement démontré l'influence de l'électrisation sur certaines affections cutanées.
Affections du système circulatoire. Après l'action de l'électricité sur la nutrition intime des tissus, celle qui nous paraît avoir l'inlluence la plus importante au point de vue thérapeutique est celle qui s'exerce sur la circulation. Certains médicaments n'ont de valeur que par leur seule action sur les vaisseaux sanguins, et une grande partie de la thérapeutique consiste à diminuer et à augmenter l'afflux du sang. Quelle est sous ce rapport l'influence des courants électriques? D'une façon générale, nous pouvons tout de suite affirmer qu'ils augmentent, quelle qu'en soit l'origine, les phénomènes vasculaires.
Les courants induits agissent et par action réflexe et par la dilatation des vaisseaux qui succède toujours à un rétrécissement. Les courants continus agissent par l'augmentation qu'ils déterminent des contractions autonomes des vaisseaux; mais, pour eux, il sera également important de distinguer le sens du courant, car Je courant ascendant presque toujours diminue, au moins momentanément, la circulation, tandis que le courant descendant l'augmente considérablement.
Pour bien comprendre cette action des courants électriques sur la circulation, il nous faut absolument résumer une partie de la question des nerfs vaso-moteurs. Celle-ci est devenue assez compliquée, alors qu'au commencement elle paraissait des plus simples. On n'admettait, en effet, que deux seuls phénomènes, celui de la constriction des vaisseaux par suite de l'excitation des nerfs vaso-moteurs, et celui de la dilatation par suite de la paralysie des mêmes nerfs. Ce fut notre ami et bien regretté collaborateur Charles Legros, qui le premier, en 1865, vint combattre cette théorie si facile et, avec Schiff, il fit le premier des expériences démontrant que l'excitation des vaso-moteurs amenait au contraire un plus grand afflux de sang. Il proposa alors la théorie des contractions péristaltiques, c'est-à-dire qu'il admit que les muscles lisses qui se trouvent dans les vaisseaux servent à la progression du sang par leur contraction péristaltique. A la même époque, nous avions été frappé des contradictions qui existent entre un certain nombre de faits et les expériences classiques : aussi est-ce presque par le raisonnement « par l'absurde » que nous avons été conduit à proposer et à soutenir la théorie de la contraction autonome des vaisseaux.
526 ELECTROTHÉRAPIE.
Si l'on se reporte à l'époque d'où datent nos premiers mémoires (1866), il n'était absolument question alors que de la paralysie des nerfs vaso-moteurs dans le cas d'augmentation de la circulation, et de contraction dans le cas d'ischémie. Aujourd'hui, au contraire, tout le monde admet que, dans certaines conditions, l'excitation des nerfs détermine une congestion, et il n'y a divergence que dans l'explication de ces phénomènes. Duchenne (de Boulogne) avait beaucoup insisté sur une dilatation active des vaisseaux, et il se fondait sur la présence de fibres musculaii-es longitudinales (thèse de Gimbert), fibres qui en raccourcissant les vaisseaux les dilateraient. Cl. Bernard, pendant quelque temps, avait également admis cette dilatation, mais il l'abandonna faute de preuves, et surtout, quoi qu'en veuille Duchenne, parce que l'anatomie ne la justifie nullement. Puis on a proposé (Loven, Vulpian, etc.) la dilatation par paralysie réflexe. Nous avons cherché à démontrer, dans un mémoire publié dans la Gazette hebdomadaire (1874), que les phénomènes produits par l'excitation ne sont pas les mêmes que ceux qui amènent la paralysie et que, par conséquent, il ne peut être question d'hyperémie neuro-paralytique réllexe.
Les phénomènes d'inhibition découverts par Brown-Séquard et les expériences si curieuses de ce savant donnent à cette théorie une forme nouvelle ; mais en réalité, si elles peuvent s'appliquer à l'arrêt du cœur par l'excitation du pneumogastrique et à un grand nombre d'autres faits de ce genre, elles ne peuvent être appliquées à des actes normaux et durant pendant toute la vie. L'inhibition ne peut jamais être une fonction.
D'un autre côté, toutes les expériences faites en vue d'amener des congestions paralytiques réflexes ont démontré qu'il y a un phénomène actif et direct. Les expériences de MM. Dastre et Morat, faites dans le but de démontrer qu'il y a de vrais nerfs dilatateurs, démontrent uniquement, et cela d'une façon indéniable, que la dilatation n'est ni paralytique, ni réflexe, mais qu'elle est directe. Sur le fait même, il n'y a plus aujourd'hui aucune contestation possible, et nous nous en félicitons, car ainsi disparaissent peu à peu toutes les objections qu'on nous avait faites.
En nous renfermant dans les seules expériences qui se rapportent à l'influence des courants électriques, nous rapporterons les suivantes qui nous paraissent démontrer d'une fîtçon indéniable que les contractions des vaisseaux servent à la progression du sang dans les capillaires, et en même temps que les courants électriques ont sur cette contraction et par suite sur la circulation une action très-énergique. Les premiers faits que nous allons relater montrent que la circulation périphérique peut même s'effectuer en dehors de l'action du cœur, puis nous montrerons l'influence des courants électriques sur les nerfs du sympathique et sur la circulation générale. Enfin une partie de ces expériences montrent l'action des courants électriques sur les vaisseaux au début des inflammations, alors que les seuls troubles que l'on puisse constater au microscope sont ceux de la circulation capillaire. Nous espérons ainsi avoir constitué l'ensemble des actions visibles et tangibles des courants électriques sur les actes les plus importants de tout organisme à l'état normal et à l'état pathologique.
Expériences diverses. En liant sur une grenouille tous les vaisseaux qui se rendent au cœur ou qui en partent, et en examinant au microscope les artères et les veines du mésentère, on voit le sang circuler encore très-régulièrement pendant deux à trois minutes. Au bout de ce temps, le courant sanguin s'arrête dans les veines qui paraissent très-gonflées. Dans les artères, le courant sanguin
ÉLECiTROTHÉRAPIE. 527
se ralentit beaucoup et ne se meut plus que par légères saccades. Après avoir u lieu dans le sens normal, le courant se fait de temps en temps en sens inverse, et surtout lorsqu'il a eu lieu précédemment dans le sens direct avec plus d'énergie. Le sang renfermé dans les veines présente des oscillations assez régulières comme intervalle de temps, mais variables comme intensité. Si Ton électrise alors, au moyen de courants continus, les parties examinées au microscope, on voit le sang dans les artérioles prendre un mouvement plus rapide et les oscillations dans les veines devenir beaucoup plus prononcées. Enfin le sang finit par s'arrêter complètement dans les veines ; dans les artérioles on aperçoit encore quelques mouvements irréguliers que l'on peut augmenter légèrement par les courants continus.
On dispose pour l'examen microscopique la membrane interdigitale d'une grenouille. L'aorte est mise à nu, et au moyen d'une serre-fine on interrompt et l'on rétablit le courant à volonté. Lorsque l'on comprime l'aorte, les globules sanguins s'écoulent lentement dans les artérioles. Par moment, il y a une sorte d'impulsion qui les fait cheminer, surtout lorsqu'ils s'accumulent en un point. En électrisant avec les courants continus (courant descendant), le calibre des artérioles semble augmenter. La circulation est en même temps accélérée dans les capillaires. La circulation venant à s'arrêter, les courants continus la rétablissent.
On examine au microscope la membrane interdigitale d'une grenouille. Après avoir lié l'artère crurale, on voit la circulation se ralentir, mais marcher pendant quelque temps assez régulièrement ; puis le sang ne progresse plus que par saccades. Les courants continus, à direction centrifuge, augmentent la circulation. On voit en un point quelques globules s'entasser et distendre l'artériole qui, réagissant contre cette pression, se contracte en ce point et chasse les globules dans toutes les directions. C'est surtout aux divisions des artérioles que ce phénomène est le plus apparent. Nous avons parfaitement vu à l'éperon formé par une bifurcation, alors que l'artériole était très-rétrécie et presque exsangue, un globule s'arrêter à l'éperon, et déterminer par sa position l'arrêt des autres globules arrivant en ce point. Peu à peu, le vaisseau s'est laissé dilater par cette accumulation de globules, puis tout à coup il s'est rétréci et a imprimé aux globules immobiles aupar"avant différentes directions : dans les deux branches situées au-dessous de l'endroit contracté, les globules se dirigèrent vers les capillaires, tandis qu'ils eurent un mouvement inverse dans le tronc primitif.
Ces expériences sont difficiles à faire sur des animaux à sang chaud, car il n'est possible d'examiner au microscope que les vaisseaux du mésentère, et l'arrêt du cœur, dans ces conditions, détermine tellement de perturbations, qiie tout mouvement circulatoire est arrêté. Cependant nous avons pu en faire quelques-unes sur un lapin : on ouvre l'abdomen et l'on étend une partie du mésentère sous le champ du microscope. Dans la plupart des vaisseaux, la circulation est complètement arrêtée. Dans quelques artérioles, le sang progresse encore très-lentement; il y a là par moments des arrêts de la colonne sanguine suivis de mouvements très-prononcés. Ces saccades se succèdent assez régulièrement, mais elles ne coïncident nullement avec les mouvements cardiaques ni avec ceux delà respiration. Les courants continus accélèrent légèrement la circulation.
Sur un cochon d'Inde, en plaçant un fragment du péritoine sous le microscope, nous avons pu observer les mêmes phénomènes.
On connaît l'action des courants d'induction appliqués directement sur le
328 ÉLECTROTHÉRAPIE.
sympathique. Ils déterminent le resserrement du calibre des vaisseaux et le refroidissement des parties dépendantes du filet sympalhique. Nous n'avons pas besoin d'insister sur cette action.
Les courants continus déterminent une action tout opposée. On peut dire d'une manière générale qu'ils augmentent la circulation.
Sur un lapin sain, on découvre le sympathique au cou, on l'électrise pendant deux minutes avec des courants continus. Une demi-heure après l'électrisation on prend les températures : côté non électrisé, 2o°,5; côté électrisé, 26 degrés. Une heure après : côté non électrisé, 27 degrés ; côté électrisé, 27», 5.
Sur un lapin sain, on met le sympathique gauche à nu et on l'électrise pendant une minute avec des courants continus. Une demi-heure après l'électrisation, on sent très-facilement à la main une différence de température entre les deux oreilles, et l'oreille gauche (côté électrisé) paraît plus injectée de sang.
Au thermomètre, on trouve les températures suivantes :
Côte électrisé. Côté non électrisé.
Sur un lapin sain, on examine les vaisseaux de l'oreille. Avec les courants d'induction, on voit les artères se rétrécir d'une manière très-prononcée, tandis que les courants continus déterminent un élargissement des vaisseaux et une vascularité très-grande.
Nous avons répété ces expériences en agissant sur d'autres filets nerveux au lieu d'électriser exclusivement le nerf sympathique.
On découvre, chez une grenouille, le nerf sciatique, et l'on examine au microscope une veine et une artère de la membrane interdigitale. La circulation est languissante ; on électrisé alors avec les courants continus. La circulation s'accélère immédiatement, l'artère semble diminuer de volume, mais le calibre de la veine augmente. Après avoir suspendu l'électrisation, l'accélération persiste pendant dix à quinze minutes, puis elle se ralentit.
En employant les courants d'induction, la circulation s'arrête complètement et presque immédiatement. On cesse l'électrisation avec les courants d'induction, la circulation reprend et s'accélère.
On examine au microscope la membrane d'une grenouille et, sans découvrir le nerf sciatique, sans inciser la peau, on éleclrise la patte avec des courants continus. La circulation capillaire devient aussitôt plus active. On emploie la faradisation, et la circulation s'arrête aussitôt dans les artères et dans les veines.
L'arrêt de la circulation par les courants d'induction a lieu pour deux raisons : la contraction des artères qui empêche l'arrivée du sang, et la contraction des muscles qui arrête la circulation dans les veines. On obtient les mêmes phénomènes lorsque, au lieu de courants d'induction, on emploie des courants, constants avec de rapides interruptions.
A côté de l'influence des courants électriques sur les phénomènes circulatoires à l'état normal, il est important d'étudier cette influence dans le cas pathologique, et le vrai état pathologique pour les vaisseaux est l'inflaramation.
Lorsqu'on détermine en un point de l'inflammation, et que l'on constate l'arrêt de la circulation, on peut également la rétablir au moyen des courants constants et continus.
On examine la membrane interdigilale d'une grenouille au microscope et l'on
ELECTROTHÉRAI'IE. 529
irrite le point examiné avec un fer rouge ou une goutte d'acide. On remarque tout d'abord que l'artère diminue de volume, mais que la circulation devient, pendant les premiers instants, bien plus active. Tout le réseau capillaire fonctionne, puis peu à peu il se gorge de sang. L'artère augmente de diamètre, elle devient souvent près de deux fois plus volumineuse et le sang y progresse trèslentement. En employant dans ces cas les courants d'induction, la circulation, après une accélération qui n'est qu'éphémère, si le courant est intense, se rétablit sur certains points, mais moins activement qu'en employant les courants continus, car ceux-ci l'activent pendant tout le temps de leur action. Cette expérience répétée un grand nombre de fois et dans diverses conditions nous permet de conclure que : chaque fois que, dans des inflammations provoquées, la circulation est arrêtée, on peut la rétablir par Vélectrisation, pourvu toutefois que les globules rouges ne soient point encore agglutinés.
On pourrait nous objecter que ces phénomènes observés sur des animaux à sang froid ne sont pas identiques pour les animaux à sang chaud. C'est pour répondre à cette objection que nous avons complété ces recherches par les expériences suivantes :
On chloroformise un chat et l'on examine son péritoine au microscope. La circulation est activée par l'action des courants constants et continus. L'électrisation par les courants d'induction détermine d'abord une légère augmentation de Ja circulation, puis le calibre des artères diminue et quelquefois se resserre complètement. Lorsque l'animal est épuisé, la circulation marchant très-faiblement, les courants interrompus l'arrêtent complètement.
Les courants continus, lorsque la circulation vient de s'arrêter dans une artère ou dans une veine, la rétablissent de nouveau. En cautérisant une anse intestinale au fer rouge, la circulation augmente tout d'abord, puis elle s'arrête complètement ; les courants continus la rétablissent pendant quelque temps.
En examinant le mésentère d'un rat au microscope, on constate que les courants continus activent beaucoup la circulation. Les courants interrompus rétrécissent les vaisseaux au point de les effacer presque complètement. La circulation augmente dans le commencement, puis se ralentit et s'arrête en plusieurs endroits. Les courants continus appliqués alors déterminent une grande activité de la circulation.
Sur le mésentère d'un cochon d'Inde, les courants continus accélèrent la circulation. Les courants d'induction font diminuer très-notablement le calibre des artères ; la circulation augmente d'abord, puis se ralentit beaucoup. Une goutte d'acide sulfurique est portée sur une anse intestinale; la circulation, aux environs du point excité, s'accélère rapidement, puis diminue et s'arrête complètement. Les courants continus font reparaître la circulation.
Toutes ces expériences montrent donc clairement que les courants d'induction ou les courants interrompus, de quelque nature qu'ils soient, portés directement sur les tissus, i^étrécissent les vaisseaux, ralentissent et même arrêtent quelquefois la circulation. Ces phénomènes concordent parfaitement avec les expériences sur le grand sympathique, dans lesquelles la faradisation du ganglion cervical supérieur détermine le refroidissement de la partie correspondante de la tête. Les courants constants et continus activent au contraire la circulation, et cela pendant tout le temps de leur application. Ils rétablissent même la circulation lorsqu'elle est complètement arrêtée. Les courants induits dans les premiers instants de leur application agissent de même, mais leur
550 ÉLECTROTHEnAPlE.
influence est très-passagère et, en examinant la circulation, on se rend très-bien compte de cette différence : les courants induits déterminent, pour ainsi dire, un ébranlement brusque et énergique, tandis que les courants continus agissent d'une façon plus modérée, mais plus persistante.
Jusqu'à présent, nous avons considéré la direction des courants continus comme indifférente à leur influence sur la circulation. Nous avons toujours supposé que nous employons lu même direction, et nous avons omis d'ajouter que, quelquefois les courants continus, loin d'augmenter la circulation, la diminuent. Cette différence d'action est due à h différence de direction, et il nous reste à résumer nos expériences sur ce point.
Examen microscopique de la membrane palmaire pendant V électrisation chez une grenouille. Le courant centrifuge ou descendant ne détermine aucun resserrement des artérioles; la circulation augmente et, au bout de peu d'instants, les artères ont augmenté de volume et tout le réseau capillaire fonctionne avec rapidité. En changeant alors la direction des courants, les artères se rétrécissent, il arrive moins de sang ; les globules circulent très-vite, mais presque un à un, et au bout de quelque temps la circulation, sans s'arrêter complètement, est moins active. En employant alors de nouveau le courant centrifuge, la circulation s'accélère immédiatement, le diamètre d'une artériole mesurée au moyen du micromètre a 0,015 de millimètre. Avant l'électrisation par le courant centrifuge, son diamètre était de 0,008 de millimètre. Le courant centripète rétrécit l'artère, qui n'est plus que de 0,004 de millimètre.
Ces phénomènes se présentent identiques pendant une longue série d'observations et d'alternatives de courants. Au bout d'une heure et demie d'expériences, ils deviennent moins accentués, mais ils reparaissent, si on laisse reposer l'animal pendant quelque temps.
Les conditions de cette expérience peuvent être variées selon que l'on agit sur des membres entiers ou sur des membres dont les nerfs ont été mutilés. Les résultats changent évidemment selon ces différents cas.
Sur une grenouille à laquelle, quatre jours auparavant, on avait coupé à gauche le nerf sciatique, et chez laquelle, dès le deuxième jour, il s'était formé dans cette jambe un oedème considérable, on constate l'absence de la sensibilité. La circulation, examinée au microscope, est assez active; elle n'est point ralentie par le courant centripète ; le courant centrifuge augmente beaucoup la ciiculation, mais il n'existe pas de différence marquée entre les deux courants.
Sur une grenouille chez laquelle on avait, quatre jours auparavant, coupé tous les filets qui se rendent du ganglion cœliaque au nerf sciatique de la jambe gauche, on examine la circulation de la membrane palmaire. La circulation se fait très-lentement et les capillaii'es sont très-engorgés. La circulation est trèsactive dans la patte opposée. Les courants centrifuges déterminent dans la patte une circulation plus active, mais dans le commencement le courant centripète augmente également la rapidité de la circulation. Les vaisseaux étant engorgés se rétrécissent plus activement sous l'influence du courant centripète, les globules circulent plus vite dans les artères, et en même temps le cours du sang s'accélère dans les veines. Cette première impulsion une fois donnée, le courant centrifuge détermine une circulation plus grande. La sensibilité de la patte est parfaitement conservée. La grenouille pousse un cri chaque fois qu'on applique le courant centripète, elle reste calme pendant l'électrisation avec le courant centrifuge.
ELECTROTHERAPIE. 551
Sur une grenouille dont la moelle a été coupée il y a six jours et chez laquelle les mouvements réflexes sont très-prononcés, on examine la circulation de la membrane palmaire au microscope. La différence des courants est très- marquée; toujours le courant centrifuge augmente le diamètre des artères et accélère la circulation, tandis que le courant centripète rétrécit les artérioles.
On voit que l'action l'éflexe influe sur ces phénomènes, que l'on retrouve d'ailleurs chez les animaux à sang chaud.
Ou examine au microscope le mésentère d'un rat. Le courant centrifuge (c'està-dire le pôle positif placé dans l'abdomen près des ganglions cœliaques, et le pôle négatif placé sur l'anse intestinale) détermine une accélération de la circulation. Le courant inverse ou centripète (le pôle positif sur l'anse intestinale et le pôle négatif du côté des ganglions) l'étrécit l'artère et ralentit la circulation sans jamais l'arrêter complètement.
En examinant une artériole à un fort grossissement, on voit parfaitement des mouvements et des alternatives de resserrement et de dilatation dans la paroi artérielle.
Sur un cochon d'Inde, on rase les poils de l'oreille et l'on examine une artère de l'oreille à l'œil nu. Le courant centrifuge dilate l'artère et augmente la vascularité de toute l'oreille; le courant centripète rétrécit l'artère et diminue la quantité de sang qui circule dans les vaisseaux de l'oreille.
Sur un lapin albinos, on examine les vaisseaux de l'oreille, qui paraissent trèstransparents. A l'œil nu, on voit des alternatives de dilatation et de resserrement des artérioles (de 5 à 10 par minute). En électrisant avec des courants continus et en mettant le pôle positif sous la peau du cou et le pôle négatif sur l'oreille, ce qui donne un courant centrifuge, on obtient une dilatation trèsprononcée des artérioles et des capillaires. En même temps, la température augmente du côté électrisé; cette différence de température est même trèssensible à la main. En électrisant avec le courant opposé, c'est-à-dire avec un courant centripète, on observe un resserrement des artérioles et une grande pâleur de l'oreille, la température primitivement plus élevée que celle du côté opposé diminue peu à peu et la différence de température entre les deux côtés finit par disparaître,
11 est difficile démontrer une série d'expériences aussi concordantes, et pour les compléter nous devons encore ajouter que le nombre ou, si l'on veut, le rhythme des courants induits, a une influence importante. C'est ainsi qu'avec un courant induit dont les excitations se rapprochent de celles qui ont lieu normalement le sang, loin de s'arrêter ou loin d'être diminué, est au contraire amené dans les capillaires en plus grande quantité.
Chez des grenouilles curarisées et dont la membrane interdigitale est placée sous le champ du microscope, si l'on vient à électriser le sciatiquc avec des courants induits ordinaires, on voit aussitôt les artères devenir plus étroites, et la circulation, qui était continue, ne se fait plus que par saccades. Souvent même quelques vaisseaux s'effacent complètement et la circulation est arrêtée en certains points. Si avec ces mêmes courants induits on vient à diminuer le nombre des interruptions, ces phénomènes deviennent bien moins prononcés et, à mesure que l'on se rapproche d'une seule interruption par seconde, on voit la circulation être plus active. Lorsqu'il n'y a plus qu'une ou deux excitations par seconde, pour les grenouilles, la circulation est continue et les capillaires deviennent plus dilatés qu'avant toute expérimentation. En prenant les dimen-
352 ÉLECTROTHÉRAPIE.
sions des capillaires au moyen du micromètre, on constate que l'augmentation de leur calibre est souvent de 2 à 3 centièmes de'millimètre.
Chez le lapin et chez le chien, nous avons constaté les mêmes modifications de la circulation, au moyen des variations de la température et par le saignement plus ou moins abondant d'une petite plaie faite à la pulpe des pattes. Dans toutes ces eitpériences les animaux étaient curarisés ou chloralisés. Le nerf sciatique est mis à nu et coupé, et ce n'est que sur le bout périphérique que porte l'excitation électrique. Lorsque nous employons un courant d'intensité moyenne avec trente interruptions par seconde, l'écoulement du sang provenant de la plaie est considérablement affaibli et s'arrête souvent complètement. A mesure qu'on diminue le nombre d'interruptions, on voit le resserrement des vaisseaux être moins prononcé et l'écoulement du sang devenir plus abondant. Déjà avec cinq interruptions elle est beavicoup plus active qu'à l'état normal ; le sang rouge coule alors en grande quantité de la petite plaie. En étudiant les variations thermiques, on arrive à des résultats analogues, c'est-à-dire qu'il y a abaissement de température avec un courant induit ordinaire, tandis qu'il y a élévation de la température avec des courants induits à intervalles rares.
— A côté du système sanguin il y a un système tout entier qui joue un rôle très-important, quoiqu'on le néglige presque toujours : nous voulons parler du système lymphatique. Or ce système est encore plus superficiel que le système sanguin, et il est influencé même plus énergiqueraent dans sa circulation par les excitants physiques portés sur l'épiderme : aussi les courants électriques ont une action réelle sur le réseau lymphatique, et la rougeur qu'on obtient aux points d'application des électrodes, rougeur localisée et souvent instantanée, est le résultat non de la congestion vasculaire, mais bien de la contraction lymphatique qui chasse le liquide blanc laiteux de la surface en contact et laisse ainsi mieux apparaître le tissu rose sous-jacent. D'ailleurs ces taches rouges sont d'autant plus pi'ononcées que le système lymphatique est plus développé. Trèssouvent, lorsque la peau est fine, on distingue très-bien une accumulation de lymphe qui forme le rebord de la plaque rouge, ou des îlots blanchâtres et surélevés, à la place où étaient appliqués les rhéophores dun courant continu. Ces îlots diminuent même de hauteur et d'étendue, lorsqu'on les faradise localement.
Aussi il y a peu d'électropathes qui n'aient obtenu la diminution ou la résolution de ganglions lymphatiques engorgés. Nous avons obtenu souvent d'excellents résultats en employant les courants continus, et même en agissant un peu loin du ganglion, c'est-à-dire en agissant surtout sur les centres. Remak, Meyer, citent des observations de tumeurs lymphatiques dures et assez volumineuses qui ont diminué et même entièrement disparu par ce traitement.
On peut affirmer que l'action des courants électriques sur la circulation sanguine et lymphatique est très-grande, et peu d'agents thérapeutiques peuvent être étudiés sous ce rapport d'une façon aussi nette. En résumé, quoique dans certaines conditions ils amènent jusqu'à l'arrêt de la circulation, il est hors de doute que les courants électriques d'une façon générale activent les circulations sanguines et lymphatiques. De plus, comme nous l'avons vu et comme cela est facile à tout le monde de s'en assurer, les courants électriques rétaUisseyil les circulations languissantes ou récemment enrayées. C'est ainsi qu'ils agissent dans certains gonflements traumatiques (entorses) ou dans des extravasations sanguines. On voit dans ces affections l'enflure disparaître assez rapidement,
ÉLKCTROTHÉRAPIE. 555
surtout pour les foulures qui surviennent chez des rhumatisants ou des goutteux. Nous avons vu et nous avons obtenu nous-même des résultats bien plus rapides et plus stables que ne les donnent dans ces cas-là les pratiques de massage. Il y a peu d'affection, où il ne soit avantageux d'agir sur les circulations locales, ou même sur la circulation générale; mais nous ne signalerons ici que les maladies où les actes physiologiques sont essentiellement vasculaires. Parmi celles-ci, les troubles qui se rapportent à la menstruation sont les plus typiques. Nous avons observé des faits incontestables de l'action de l'électricité et spécialement des courants continus sur la menstruation, et c'est même dans ces cas que la direction des courants a une grande influence. Chez une jeune fille ayant de la dysménorrhée et de l'ovarite, nous avons pu, presque à volonté, au'fmenter, diminuer ou faire cesser l'écoulement menstruel selon la direction du courant. Le résultat était tellement net que la malade elle-même s'est aperçue de celle différence d'action ; on pouvait faire avancer ses règles de plus de huit jours, en l'électrisant avec un courant descendant. A plusieurs reprises, le troisième jour de ses règles, nous les avons augmentées en électrisant avec un courant descendant, ou bien nous les avons fait cesser aussitôt en employant un courant ascendant. Jamais, il est vrai, nous n'avons rencontré une personne où ces phénomènes fusent aussi constants et aussi tranchés.
Chez bien des femmes, l'électrisalion de la nuque, au cours d'un traitement pour une affection de la région cervicale, a amené une avance dans les règles, et c'est pour cela que quelques auteurs (t'ieber, Good) employent surtout la galvanisation du sympathique du cou. Nous croyons qu'il est préférable d'agir sur tout le sympathique, et même le procédé qui nous a le mieux réussi est de placer un des pôles sur le creux épigastrique ou sur la région vertébrale, et l'autre pôle au-dessus du pubis. Dans Vaménorrhée, nous plaçons toujours le pôle négatif du côté du bassin. Dans la dysménorrhée dite ovarite, nous ne plaçons le pôle négatif dans cette région qu'au moment où les règles doivent apparaître et surtout le premier jour où elles apparaissent. C'est là, à notre avis, un point important du traitement ; c'est d'électriser ce jour-là et de celte façon. On augmente ainsi l'écoulement sanguin, on favorise par conséquent la déplétion des régions utéro-ovariennes, et jamais nous n'avons eu le moindre accident. Pendant une dizaine de minutes, nous appliquons le pôle positif sur le creux épigastrique au-dessus du sternum en exerçant une pression assez forte afin de pénétrer le plus près des ganglions sympathiques, et le pôle négatif est posé au-dessus du pubis. Nous repoussons absolument, aussi bien à ce moment que pendant tout le cours du traitement, l'électrisation intra-utérine; même dans les cas de tumeurs fibreuses de la matrice, il est souvent inutile d'introduire une électrode jusqu'au col de la matrice, et l'on obtient des effets plus durables en agissant extérieurement. Chez des jeunes filles, ce procédé offre dans tous cas des avantages considérables, et bien des médecins feraient bien de renoncer aux procédés qu'ils emploient, et qui nécessitent l'introduction d'une électrode dans le va^in.
Dans les hémorrhagies utérines, l'électricité sous forme de courants induits amène l'arrêt de l'hémorrhagie, mais cet arrêt est passager et peut être trompeur. Ce procédé peut être un adjuvant, mais ne doit pas constituer un traitement. Dans les hémorrhagies qui surviennent chez les personnes atteintes de tumeurs fibreuses de la matrice, il ne faut pas hésiter au contraire à employer les courants électriques et surtout les courants continus. Nous avons vu si sou-
354 ÉLECTROÏIIÉRAPIE.
vent ces hémorrhagies être avantageusement modifiées par ce procédé, que nous n'hésitons pas à le conseiller, dans quelque état que soit la malade. II faut employer un courant d'au moins 50 volts pour avoir une action thérapeutique.
AFFECTIo^'s DD SYSTÈME NERVEUX. On croit généralement que toutes les affections du système nerveux ont pour hase thérapeutique l'emploi des courants électriques, et cependant, sauf quelques maladies, parmi lesquelles nous comprenons naturellement toute la grande classe des paralysies et surtout des paralysies périphériques, on s'est fait beaucoup d'illusions sous ce rapport. Nous ne voulons pas dire par là que l'électricité ne donne pas de bons résultats dans les atfections nerveuses, mais son action est moins constate que dans d'autres maladies, dans celles du système musculaire, par exemple. D'un autre côté on est trop disposé à compter sur son intervention plus ou moins « merveilleuse » pour guérir des affections incurables et dont la marche caractéristique est de progresser constamment.
Au lieu de suivre un classement ordinaire, nous diviserions volontiers les affections du système nerveux en trois grandes classes : l" celle où Ton ne peut rien obtenir; 2" celle où l'on peut améliorer l'état anormal, mais où l'électricité n'a rien de spécial, et 5" celle où l'électricité guérit certainement et mieux que n'importe quel autre agent thérapeutique.
Dans la première classe nous avons toutes les affections qui se déclarent sans cause appréciable, et qui ont une marche progressive ; dans la seconde et surtout dans la troisième, nous avons les affections de cause extérieure ou accidentelles. Si nous considérons la lésion même, nous pouvons dire d'une façon générale que, dans les cas où la circulation et la nutiition ne présentaient primitivement rien d'anormal, s'il survient une altération anatomique, un ramollissement ou un épaississement sclérotique ou autre, en un mot, une modification anormale, sans autre raison qu'une disposition héréditaire ou organique, il n'y a guère d'espoir d'influer sur la maladie. Celle-ci est survenue pour ainsi dire au milieu de la santé, elle n'a pas eu de cause apparente, et il n'y a aucune raison pour qu'en rétablissant une circulation plus active et en stimulant la nutrition il y ait un changement. La lésion s'est produite au milieu d'un état normal : sur quoi devra-t-on agir et comment modifier un élément anatomique qui a subi une altération alors que primitivement il n'avait aucune raison appréciable pour s'altérer? Peut-on agir sur la nutrition? Mais rien ne semble la contrarier. Sur la fonction? Mais elle subsistait parfaitement. 11 y a donc là une sorte de fatalité organique, et l'électrolhérapie reste presque toujours aussi impuissante que les autres agents thérapeutiques.
Parmi ces maladies, on peut citer comme typiques les diverses formes de l'atrophie musculaire progressive, la paralysie agitans, la sclérose en plaques, certaines formes de myélite et même d'ataxie locomotrice, les crampes, les tics, etc.
Lorsqu'au contraire la lésion est due à un accident, à un manque de la circulation, ou à un ralentissement de la nutrition intime, quelle qu'en soit la cause, pourvu qu'elle ait été accidentelle, on peut affirmer que tout au moins on améliorera la lésion. L'amélioration sera d'autant plus grande relativement à là gravité de la lésion, que celle-ci dépendra plus d'une altération de la nutrition. Agir sur la nutrition intime, la provoquer, la stimuler et la forcer pour ainsi dire à s'entretenir, malgré les influences fâcheuses qui constituent la maladie, c'est là l'action toujours efficace des courants électriques.
ÉLECTROTHÉRAPIE. 535
Maladies cérébrales. Les affections cérébrales qui sont justifiables de l'emploi de l'électricité sont précisément celles-là seulement qui dépendent d'un trouble de la circulation. Mais avant tout il faut que nous sachions si l'on peut a^ir sur la circulation intra-crânienne et comment on peut agir.
Avec des courants continus, grâce à leur diffusion, il est absolument certain qu'on agit sur la masse cérébrale, et, sans tenir compte d'expériences physiologiques, les seuls phosphènes indiquent bien que le courant pénètre jusqu'au nert optique alors que les électrodes sont placées sur les côtés du front, ou bien même près de la nuque. L'a autre phénomène facile à reproduire est le vertige qui survient lorsqu'on électrise la tête. Toutes ses impressions sont des preuves que l'électrisation du cou et de la tête agit sur le cerveau. Nous ne connaissons pas de médecins qui ait mis cette action en doute, même après les preuves purement cliniques données par Remak et Benedikt.
L'électrisation du ganglion cervical supérieur amène souvent des modifications de la pupille ; nous l'avons vu dans un cas de dilatation anormale amener presque aussitôt un léger rétrécissement; mais en général c'est plutôt une dilatation qu'on observe (Erb, Mayer, Schmidt, Seeligraùller). Letourneau et Laborde ont parfaitement observé chez des animaux dont le cerveau était rais à nu que la circulation était modifiée par cette application.
Nous avons vu à l'oplithalmoscope la circulation devenir plus active sous l'influence de l'électrisation du ganglion sympathique du cou. Au moment où l'on applique les rhéophores sur le cou au voisinage des ganglions crâniens, on voit se produire sur les vaisseaux de la pupille un léger mouvement de contraction, puis peu à peu on voit la circulation devenir plus considérable qu'à l'état normal, et cette augmentation est due à une plus grande fréquence, et mieux à une plus grande étendue des mouvements de dilatation et de resserrement des vaisseaux. En examinant bien attentivement le contour des vaisseaux, surtout chez certaines personnes, on distingue nettement ces contractions péristaltiques, et l'on voit les vaisseaux, selon le moment d'observation, être resserrés ou bien dilatés. C'est sans doute ce phénomène qui a fait croire à des médecins américains, et principalement à Beard, que l'application des courants électriques produisait le resserrement des vaisseaux lorsque ceux-ci étaient préalablement dilatés, et réciproquement leur dilatation, lorsque avant l'électrisation ils paraissaient contractés.
Si l'on examine un œil normal à l'éclairage latéral, on voit aussitôt sous rinHuence de la lumière la pupille se contracter. Si l'on maintient cet éclairage latéral, la pupille ne reste pas toujours dans le même état de contraction, mais ont voit se produire de petits mouvements presque imperceptibles de contraction et de dilatation. Ce sont ces mouvements qui sont rendus plus manifestes, lorsqu'on fait passer un courant continu sur les ganglions cervicaux supérieurs.
La pupille n'est donc jamais absolument immobile, et il y a comme une lutte entre les mouvements de dilatation et de resserrement ; ce fait est encore bien démontré par le phénomène suivant que nous avons observé plusieurs fois et qui démontre bien que, lorsqu'un des mouvements ne peut s'effectuer, c'est l'antagoniste qui alors s'exécute plus énergiquement. Si l'on examine à l'éclairage latéral un œil atteint de mydriase, on voit la pupille rester pendant une seconde environ sans subir aucun changement ; elle est sollicitée pendant ce temps à se contracter, mais elle n'y peut parvenir et bientôt le mouvement antagoniste l'emporte et elle commence à se dilater assez notablement, et alors
ÊLECTROTHÊRAPIE.
on observe une série de petits mouvements de contraction et de dilatation, mais jamais la contraction n'arrive au point où était la pupilleavant d'être sous l'impression de la lumière. Si dans ces cas de mydriase on électrise comme précédemment le grand sympathique, le mouvement de dilatation déterminé par l'influence de la lumière est rendu beaucoup moins sensible, parfois même imperceptible.
Avec Ch. Legros, nous avons vu également la différence d'action des courants continus, selon leur direction. Sur un chien robuste chez lequel nous avions trépané le crâne, en mettant le pôle positif sur les portions du cerveau mis à nu, et le pôle négatif du côté du cou, il y avait un resserrement des vaisseaux et un léger affaissement du cerveau. Dans le sens contraire, il y avait une injection des capillaires et le cerveau faisait hernie à travers V ouverture pratiquée sous la voûte crânienne.
Cette expérience démontre donc que la circulation cérébrale est modifiée différemment selon la direction du courant, et que chaque fois qu'on veut
Fi":. -iO.
agir sur la tête" et combattre une congestion, soit localisée, soit passagère, il est préférable de mettre le pôle positif sur le front et le pôle négatif du côté de la nuque (fig. 40). En agissant ainsi, le courant traverse la masse cérébrale dans le sens indiqué par les courbes (fig. 41), et arrive à influencer la région affectée. Nous répétons que le pôle négatif doit être mis sur la nuque, laissant de côté ici la question de direction en ce qui concerne le sympathique ; si nous insistons, c'est que nous sommes ainsi en contradiction avec ce que recommandent Lowenfeld et Erb. Nous ne comprenons pas qu'il puisse y avoir une contradiction aussi grande, et qu'Erb ait pu écrire : Si vous voulez accélérer la circulation et élargir les vaisseaux, faites agir le pôle positif sur la partie malade ; si vous désirez le contraire, mettez le pôle négatif sur la partie malade [Traité d' électrothérapie, pag. 502). Il y a d'abord deux termes : « accélérer la circulation » et « élargir les vaisseaux )),qui doivent être différenciés. Il se peut, et cela est même vrai, que la circulation est accélérée près du pôle positif [voy. nos expériences sur la circulation périphérique), mais jamais nous n'avons vu les vaisseaux être élargis;
ÉLECTROTHÉRAriE.
partout et toujours, et cela chez tous les animaux, et sur tous les tissus, nous avons vu et bien vu les vaisseaux être diminués près du pôle positif. Toutes les personnes qui voudront s'en donner la peine, et répéter plusieurs fois cette expérience assez facile, pourront constater les mêmes effets, et nous maintenons d'une façon absolue que c'est du côté du pôle négatif qu'a lieu l'élargissement des vaisseaux. D'ailleurs Erb reconnaît que cliniquement « il applique toujours le pôle positif par-devant sur la tête et que, d'après les travaux de Lôwenfeld, il pencherait assez maintenant à faire ses applications dans la direction opposée. » A notre avis, il faisait bien et il aurait tort de changer, d'autant plus que Neftel, qu'il cite lui-même, trouve également que le pôle positif applique pardevant produit de meilleurs effets que le pôle négatif. L'opinion que nous combattons a peut-être la même cause que celle qui a fait dire à Remak que le pôle positif dilate les vaisseaux « parce qu'il rend la peau rouge ; » mais cette action locale est bien loin d'être due uniquement au système vasculaire. Comme nous l'avons déjà dit, il faut tenir compte du réseau lymphatique, et cela est si vrai qu'en même temps Remak ajoute qu'il y a une dépression de la peau.
Il est très-important dans l'électrisation de la tête de ne jamais cesser l'électrisation d'une façon brusque, car on détermine sans cela des phosphènes, des vertiges et même quelquefois de la syncope. De plus, comme nous ne pouvons assez le répéter, il se forme aussitôt après l'électrisation directe des courants de polarisation et l'action calmante et stimulante de la direction employée peut se transformer en une action plus excitante, si le courant de polarisation est trop prononcé. Aussi avec le collecteur, qui permet de diminuer sans secousses le nombre des éléments, on terminera la séance en employant un courant moins fort, et, ce qui est même préfétable, on fera glisser très-lentement le pôle positif sur la peau, eu l'amenant peu à peu vers des régions moins conductrices, et en faisant ainsi vers la fin de la séance passer un courant beaucoup plus faible.
Dans quelques cas d'anémie cérébrale et d'insomnie^ nous avons employé ce procédé, mais c'est surtout dafis les cas à'hémorrhagie cérébrale qu'il est utile de faire de l'électrisation cérébrale. On place
le pôle positif sur le front du côté de la lésion (fig. 41) et le pôle négatif sur la nuque, en faisant passer un courant qui peut aller jusqu'à 15 volts, mais en ayant soin au commencement comme à la fin de la séance de diminuer le courant par un des deux moyens que nous venons d'indiquer. La durée ne devra pas dépasser trois à quatre minutes, et on peut commencer ce traitement dix à quinze jours après l'attaque. Dans quelques cas, on obtient ainsi une amélioration très-rapide, mais l'amélioration est cependant très-tardive dans la plupart de ces hémiplégies.
Dans des cas d'hémiplégie avec hémianesthésie de cause cérébrale, mais non DICT. ENC. XXXIII. 22
Fis. il.
338 ÉLECTROTHÉRAPIE.
par suite d'hémorrhagie cérébrale récente, on peut au moins pendant trois à quatre séances employer les courants induits, en faradisant, soit de grandes étendues cutanées (Rumpf), soit, comme l'a fait Merklen dans le service de Vulpian, en électrisant la peau de l'avant-bras à l'aide d'un courant faradique de grande intensité. Si dès les premières séances on n'obtient pas de résultat, il est tout à fait inutile de continuer ce mode d'électrisation.
Dans Vhémianesthésie, quelles qu'en soient la cause et la forme, ou fera toujours bien d'employer une faradisation cutanée plus ou moins étendue.
On a employé l'électrisation par les courants continus dans les affections mentales, et Hiffelsheim cite plusieurs cas d'excitation cérébrale, et même de ramollissement, dans lesquels les courants continus ont donné de bons résultats. Baillarger mentionne la guérison de cas d'ballucinations qui duraient depuis plusieurs mois et qui entretenaient des conceptions délirantes. Luys lésa employés dans quelques cas avec quelques avantages. Neftel et surtout Lôwenfeld recommandent l'emploi de l'électricité dans les troubles cérébraux. Nous n'oserions les recommander dans tous les cas, mais nous croyons d'après notre expérience personnelle qu'ils conviennent cbaque fois que les troubles ont pour cause une modification de la circulation. C'est ainsi que nous avons vu plusieurs fois la sédation et surtout le sommeil succéder à une application de courants continus à travers la tête. Chez une malade du service d'Oulmont, nous avons pu ramener le sommeil alors que depuis plusieurs jours la malade était en délire, ne mangeant pas et ne dormant plus. Nous avions placé le pôle positif sur le front (10 volts), et le pôle négatif sur la nuque. Immédiatement après une électrisation de cinq minutes la malade s'endormit d'un profond sommeil.
Cette tendance au sommeil, qui apparaît chez bien des malades chez lesquels on électrise le cerveau, est bien une preuve de l'action des courants continus sur la circulation cérébrale, et l'on peut dire que c'est là un des meilleurs indices de l'efficacité du traitement.
Dans Vhydrocéphalie, lorsque la maladie n'est pas trop ancienne, ni trop étendue, on peut obtenir quelques résultats en électrisant de la même manière la tête. Il en est de même dans les formes d'affections du cervelet et de la protubérance et dans les affections de la partie supérieure de la moelle, par exemple, dans la maladie que nous avons proposé d'appeler contracture pseudo-paralytique infantile, et dont le docteur Launois a également publié quelques observations. Ces affections se trouvent souvent un peu améliorées par l'emploi de courants continus appliqués sur l'encéphale.
Benedikt a publié des cas de guérison de la paralysie labioglosso-pharyngée,. ou du moins des cas s'en rapprochant. Erb a eu également des succès dans des affections un peu analogues, car ces formes peuvent varier à l'infini. Quant à nous, nous avouons n'avoir jamais obtenu d'amélioration sérieuse dans ces maladies.
Les courants induits du côté de la tête ne peuvent être employés que dans la migraine, et toujours par leur action dérivatrice. On promène les rhéophores secs sur le front, et quelquefois sur la nuque. Les migraines sont si différentes de cause et de forme qu'il est difficile de donner des préce|)tes précis ; ce n'est que par l'expérience chez chaque malade qu'on peut savoir si l'on réussira, et lequel des courants est préférable, car souvent les courants cojitinus réussissent là où les courants induits ont échoué et réciproquement. Mais le précepte important dans le traitement des migraines, c'est de ne pas employer
ÉLECTROTHÉRAPIE. 539
de courants trop intenses; si Ton doit amener une gnérison ou du moins une amélioration, on l'obtiendra aussi bien et mieux avec des courants faibles ou moyens qu'avec des courants forts qui peuvent avoir de sérieux inconvénients du côté de la tète et spécialement sur le nerf optique.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'on peut employer les courants électriques du côté de la tête et même à travers la tète, et cela non-seulement pour des affections périphériques de la tête, telles que des névralgies, des tics, ou des paralysies, mais bien pour des affections de. l'encéphale propz-ement dit. C'est un progrès réel, car il y a quelques années personne n'aurait osé faire, ces applications, et aujourd'hui encore beaucoup de médecins et de malades ont une peur très-grande de ces procédés. >'ous pouvons affirmer qu'il n'y a absolument aucun danger à faire l'électrisation directe de la tète, à la condition que l'on ne provoquera pas de secousses et qu'on fera diminuer le courant peu à peu au moment de la cessation de l'électrisation.
Affections spinales. De mê,Tie que pour le cerveau, il est incontestable que les courants continus pénètrent jusqu'à la moelle. Les expériences ont été faites de différentes manières, et lapins facile de toutes est de placer chez un cadavre une grenouille galvanoscopique à la place du tissu médullaire, et de voir combien elle est influencée par un courant agissant sur elle à travers l'épiderme. Nous avons pu en donner la preuve graphique. Sur des chiens choréiques, nous avons enregistré les mouvements, et les modifications déterminées par l'application de courants continus ont été les mêmes, que les courants aient été appliqués extérieurement à travers les masses musculaires, ou directement sur la moelle mise à nu.
Il y a phis, la direction du courant influe sur les contractions des membres, aussi bien lorsqu'on électrise directement la moelle que lorsqu'on agit extérieurement. Il est important de se faire une idée de la différence d'action des courants selon leur direction ; pour cela nous ne saurions assez recommander l'expérience suivante, qui est prépoadérante par sa simplicité même. Sur une grenouille saine, ou mieux sur une grenouille privée des lobes cérébraux ou légèrement empoisonnée par un peu de strychnine, si l'on met le pôle positif du côté de la tête et le pôle négatif du côté de la queue de cheval (courant descendant), on voit aussitôt tous les muscles de tout l'animal être dans le relâchement et les actions réilexes être difficiles à provoquer. Le contraire a lieu, si le courant est ascendant, et l'animal dès l'application du courant manifeste presque de la douleur et dans tous les cas les muscles se raidissent.
Il est incontestable pour quiconque a fait ou vu cette expérience que les courants agissent différemment selon leur direction, et nous aurons l'occasion de revenir sur cette question à propos des nerfs périphériques. Les lois que nous poserons pour les filets nerveux pourront, dans presque tous les cas, être appliqués à la moelle épinière, qui peut sous ce rapport être considérée comme im gros tronc nerveux.
Dans les affections aiguës de la moelle, les courants électriques ne doivent être employés que lorsqu'il y a urgence, comme dans le tétanos, par exemple, oiJ ils rendent le service considérable de diminuer la contracture des muscles et de faciliter la respiration. Dans un cas, nous avons pu ainsi sauver un malade chez lequel la respiration s'était arrêtée ainsi que les battements du cœur. L'application d'un courant descendant le long de la colonne vertébrale rétablit presque instantanément laj souplesse des muscles, le cœur reprit
5i0 ELECTROTHÉRAPIE.
ses battements et la respiration d'abord stertoreuse revint peu à peu à son état normal.
Dans les contractures déterminées par le virus rabique, il y a les mêmes avantages à retirer de l'application des courants continus (llardy, Le Fort), et cette action démontre bien l'action sédative de ces courants. Aussi ne serait-il pas illogique de les employer dans les cas de myélite aiguë et au début des paralysies spinales, mais nous croyons néanmoins qu'il est préférable d'attendre que les symptômes aigus aient disparu.
Par contre, on attend toujours trop longtemps, dans les affections des centres nerveux ; on a toujours la crainte que l'électricité ne soit un irritant, et cependant c'est le contraire qui est vrai lorsqu'on veut bien se servir de courants provenant de piles à action chimique faible et offrant une grande constance. Cela est d'autant plus exact que les malades sont plus jeunes, car l'âge joue un rôle important et V électricité peut bien plus facilement agir comme sédatif chez les enfants que chez les adultes. Nous ne pouvons assez insister sur ce point, et nous avons été frappé de l'absence complète d'excitation et, au contraire, de la sédation qu'on obtient chez les petits enfants que nous avons électrisés pour des paralysies obstétricales. Les courants de 50 à 60 volts et même plus n'ont jamais déterminé le moindre accident, et l'intensité peut être d'autant plus grande que l'enfant est plus jeune ; dans la première semaine de la vie on peut employer les courants les plus forts et même pendant un temps assez long.
Aussi est-ce surtout dans la paralysie atrophique de l'enfance (qui peut nous servir de type) qu'il faut presque se hâter d'intervenir, et cela est d'autant plus avantageux que la période réellement aiguë est presque toujours excessivement courte, qu'elle dure souvent un seul jour, et qu'ici, comme dans la plupart des affections du système nerveux, il est important, si l'on veut tirer de l'application des courants continus tous les avantages qu'on peut en espérer, de commencer le traitement aussitôt que la fièvre a cessé.
L'emploi général et presque exclusif des courants induits, pendant de longues années, a fait admettre des règles pour les applications de l'électricité qui ne sont vraies que pour cette forme d'électricité, et qui n'ont plus aucune raison d'être pour les courants continus. Nous le répétons, dans l'hémorrliagie cérébrale même, si l'on veut obtenir des résultats plus considérables, il est utile de commencer l'électrisation dès les premiers jours et du côté des centres.
Jamais dans ces conditions nous n'avons eu, pour notre part, le moindre accident, et c'est dans ces cas surtout qu'il faut absolument ne se servir que d'appareils composés d'un grand nombre d'éléments, mais dont chaque élément a une action chimique très-faible. Il faut qu'un courant de 10 à 15 éléments ne soit pas senti sur la peau et que la sensation soit très-minime avec 50 à 55 éléments.
Dans la paralysie atrophique de l'enfance, nous n'avons jamais eu l'occasion de commencer le traitement avant un mois, et dans ces conditions nous avions quelque peine à persuader aux médecins de la famille que cela n'était pas trop tôt. Eh bien, dans ces cas, nous avons toujours vu les malades non-seulement supporter le traitement sans fatigue, mais de plus nous affirmons que chez ces petits malades l'amélioration a été d'autant plus rapide et plus accusée que le traitement avait été commencé plus tôt.
Nous sommes convaincu qu'il serait avantageux de faire dès les premiers
ÉLECTROTHÉRÂPIE. 541
jours une application de courte durée et avec un courant modéré descendant sur la colonne vertébrale. Loin d'être excitant, ce mode de traitement est calmant et ne peut que hâter l'amélioration. Les faits du même genre que nous avons eu l'occasion d'observer dans d'autres affections nous confirment dans cette idée de l'importance du traitement dès le début. Ainsi, pour la paralysie faciale, à plusieurs reprises nous avons vu l'affection céder assez rapidement lorsque les courants continus étaient employés dès le deuxième ou le troisième jour, tandis qu';iprès huit à dix jours et surtout un mois, la plupart du temps, la paralysie durait des semaines et même des années.
D'un autre côté, l'emploi des courants continus n'empêche nullement de recourir aux autres modes thérapeutiques. Le seul empêchement pour l'application de l'électricité est l'existence de la fièvre, mais dès que celle-ci a disparu il faut agir, et c'est là un critérium très-facile. Dans toutes ces affections, s'il y a delà fièvre ou si, pour une cause quelconque, pendant le traitement il y a un mouvement fébrile, il faut cesser toute électrisation ; dans le cas contraire, il faut employer l'électricité.
Les courants induits ne doivent cependant être employés que dans la période tout à fait chronique; de plus, surtout au commencement, les interrupi ions doivent être rares, c'est-à-dire qu'il ne fi\ut pas dépasser deux à trois excitations par seconde. Cela est non-seulement utile, pour ne pas fatiguer le muscle, mais aussi parce que l'impression des courants induits est ainsi bien moins douloureuse, ce qui n'est pas à dédaigner. Presque toujours on se sert d'appareils ordinaires, pour lesquels les fabricants recherchent même à déterminer des impressions vives, car le public se figure toujours que, plus un appareil va donner des secousses pénibles, plus cet appareil est de bonne fabrication, et la vente de ces appareils est d'autant plus considérable que les courants qu'ils produisent sont plus douloureux à supporter. Ajoutez à cela que la contractilité électro-musculaire est affaiblie ou a disparu, et que pour obtenir des contractions musculaires on emploie le maximum de la force des courants. Aussi, au bout de fort peu de temps les malades ont une répugnance bien légitime pour l'emploi de l'électricité ; la vue seul d'un appareil, pour les enfants malades, leur fait pousser des cris, et comme en même temps les parents ont eux-mêmes pu apprécier la douleur que déterminent ces courants, que leurs enfants sont énervés et qu'ils sont persuadés comme tout le monde que l'électricité surexcite énormément, ils sont tout disposés à abandonner ce traitement qui, s'il avait été fait dans de bonnes conditions, aurait été utile. Ces bonnes conditions sont de chercher à avoir des excitations espacées, et à ne jamais vouloir à toute force déterminer une contraction. Il ne faut pas dépasser la force de courant qui sur un muscle homologue sain produirait une légère contraction. Aussi, quoique les appareils magnéto-électriques soient d'un emploi un peu plus compliqué, comme l'action excitantcen est plus faible, nous préférons les voir entre les mains des personnes peu expérimentées, que les petites boîtes de toutes espèces qui sont recherchées grâce à leur commodité et à leur force.
Quant aux courants continus, comme nous l'avons dit plus haut, il faut choisir des piles à action chimique très-laible. Ces courants doivent être portés sur le centre spinal. Erb a recommandé de faire passer le courant à travers la moelle, d'abord dans un sens, puis dans l'autre, afin d'utiliser l'influence de chaque pôle sur la partie affectée. Âltliaus, pour agir plus sûrement sur les cordons antérieurs, met un pôle sur la colonne vertébrale et l'autre sur la partie
542 ÉLECTROTHÉRAPIE.
extérieure du corps plus ou moins haut, selon la région médullaire qui est atteinte. Si les jambes seules sont prises, il fait passer le courant par le renflement lombaire; si c'est le bras, c'est à travers le renllement cervical qu'il agit: dans le premier cas, en mettant le pôle positif sur la nuque et le pôle négatif sur le sternum ; dans le second cas, il place le pôle positif sur les lombes et le pôle négatif un peu au-dessous de l'ombilic. Quant à nous, nous avons surtout employé un courant descendant sur la moelle, en plaçant le pôle positif à plusieurs centimètres au-dessus de la lésion probable du centre nerveux, et le pôle négatif à la sortie des nerfs lésés. Après avoir maintenu les électrodes pendant trois à quatre minutes dans cette position, nous faisons glisser très-lentement le pôle positif le long de la colonne vertébrale. Ce procédé est surtout applicable dans les premières semaines et lorsque la période vraiment chronique n'existe pas encore. Plus tard nous agissons un peu différemment. Nous électrisons de temps en temps avec des courants [induits les muscles malades, et cela au commencement de la séance, pais sur ces mêmes muscles nous promenons les électrodes d'un courant continu assez intense, moindre cependant que celui que les enfants peuvent supporter. Après cela seulement nous agissons du côlé des centres, en appliquant le pôle positif sur la colonne vertébrale au-dessus du point médullaire lésé, et le pôle négatif sur le trajet des norfs péripliéiiques. Enfin pendant les deux dernières minutes nous maintenons les deux électrodes directement sur la colonne vertébrale, avec un courant descendant.
La plupart des enfants supportent très-bien un courant de ti5 à 40 volts; cependant il y a quelquefois des susceptibilités individuelles qui font que les courants même faibles sont vivement sentis : aussi pour chaque malarle il faut toujours commencer par tàter pour ainsi dire le terrain. Chez quelques-uns enfin il faut tenir compte de la résistance fournie aux courants électriques par l'adipose sous-cutanée. Le docteur Landouzy a insisté avec raison sur ces troubles trophiques, portant sur le tissu cellulaire sous-cutané, dans les amyotrophies.
Nous pouvons appliquer ce que nous venons de dire à la paralysie spinale aiguë de Vadulte. Dans cette affection, comme l'ont constaté plusieurs auteurs, la contractilité électro-musculaire {voy. la thèse du docteur Souze) subit les mêmes modifications que dans la paralysie spinale infantile, modifications sur lesquelles nous reviendrons plus amplement dans le paragraphe qui concerne le système musculaire et qui elles seules suffisent à démontrer l'analogie de la maladie. Ce qu'il y a de consolant dans cette affection, c'est qu'elle est guérissable et qu'au lieu d'être comme les affections chroniques médullaires à marche progressive, elle est à marche régressive, et c'est avec raison que F. Mùller a proposé de donner à cette maladie le uom à^ paralysie spinale aiguë régressive. Il est utile dans cette affection d'électriser la moelle avec des courants continus, et nous avons obtenu des résultats inespérés, surtout relativement à la gravité des manifestations pathologiques.
Nous n'en dirons pas autant de la sclérose en plaques, quoique Hammond assure avoir obtenu une amélioration considérable en faisant traverser le cerveau par un courant continu de iO à 12 volts environ et en agissant de plus sur le nerf sympathique; nous considérons cette affection comme incurable.
Dans la paralysie agitans, plusieurs auteurs, Reynolds, Fischer, Benedikt, etc., citent des cas de guérison à la suite du traitement électrique; Hammond rapporte même que quatre malades ont été guéris dans l'espace de
ÉLECTROTHÉRAPIE. 345
deux mois. Mais ces cas étaient-ils bien des cas confirmés de paralysie agitans? Hammond, en effet, donne pour cause de ces maladies des exercices immodérés d'écriture ou de gymnastique, ou bien de grandes fatigues intellectuelles. Nous persistons à croire qu'il y avait évidenmient chez ces malades des tremblements ressemblant à ceux de la paralysie agitans, mais que malgré cela ce n'était pas la vraie maladie paralysie agitans, de même que dans bien des cas il y a tous les symplômes d'incoordination de mouvements, sans pour cela que le malade soit atteint d'une ataxie locomotrice. iXous nous fondons pour émettre cette opinion sur l'impossibilité, à notre avis, de guérir complètement une paralysie agitans confirmée. L'amélioration est possible et surtout une plus grande facilité dans les mouvements et en même temps la disparition plus ou moins persistante des douleurs ou même des tensions douloureuses du système musculaire, mais jamais, malgré la persistance du traitement, nous n'avons vu de guérison. L'électricité statique que Cliarcot et Vigouroux ont préconisée dans ces cas ne donne également que de l'amélioration, et celle-ci même est passagère.
On peut dire de Vataxie locomotrice ce que nous avons dil plus haut pour les maladies nerveuses en général, à savoir que l'on reste impaissant devant certains cas, tandis qu'on agit favorablement dans d'autres cas. L'ataxie locomotrice est loin en effet d'être une et, comme l'a écrit avec raison J. Grasset, « le traitement est difficile à instituer et les résultats malaisés à apprécier, à cause de la bizarrerie de la marche de la maladie ». Nous avons suivi pendant des années des cas d'ataxie locomotrice, et sans contredit nous avons enrayé l'affection et amené la guérison de quelques symptômes, tandis que dans d'autres cas nous n'avons pas môme pu produire de l'amélioration. Pourquoi cette différence? Nous ne saurions le dire, et nous n'en trouvons à peu près l'explication que dans l'état général du malade. Si l'affection a pour cause de la fatigue des excès, si la nutrition générale n'est pas atteinte, s'il n'y a pas les arthropathies décrites par Charcot, on peut espérer beaucoup du traitement; mais, si la maladie est venue sans cause connue, surtout si l'hérédité y joue un grand rôle, et par hérédité il faut entendre non-seulement l'hérédité de l'ataxie locomotrice, mais celle d'autres affections nerveuses (épilepsie, folie, etc.), on doit plutôt empêcher tout traitement électrique que de le proposer. L'ataxie locomotrice est, à vrai dire, le résultat d'une variété d'altérations différentes du système nerveux, qui en dernier lieu sur le cadavre arrive, mais non pas constamment, à être caractérisée par la sclérose des cordons postérieurs de la moelle. Jusqu'à ce que cette sclérose se soit implantée, il y a eu bien des symptômes différents et bien des manifestations variables. Aussi on a dû admettre des formes frustes (Charcot, G. Rummo) dans lesquelles l'incoordination molrice n'existe même pas. Il est donc impossible de donner des règles absolues pour le traitement et nous ne pouvons les indiquer que d'une façon générale.
Duchenne conseille la faradisation pour les diplopies rebelles, et il a obtenu quelquefois la cessation des douleurs pendant la première période de la maladie, sous l'intluence de la faradisation cutanée. Nous-même nous avons, à n'importe quelle période de la maladie, par la faradisation cutanée, amené une diminution rapide des douleurs, mais malgré cela nous n'osons recommander ce procédé, non parce qu'il est douloureux, mais parce qu'en général les douleurs ne surviennent que pendant les poussées aiguë? et que pendant ces poussées il faut cesser toute cause d'excitation cutanée. Ce n'est donc que lorsque les douleurs
ZU ÉLECTROTIIÉRAPIE.
sont moins vives, qu'elles sont moins persistantes et qu'il n'y a aucun mouvement fébrile, qu'on peut employer ce mode de traitement.
Dans l'ataxie locomotrice, comme nous l'avons dit plus haut, il y a une infinité de varie'tés, mais au point de v.ue du traitement nous ne parlerons que de deux divisions basées sur les régions atteintes ; dans l'une les symptômes^ sont surtout cérébraux, dans l'autre ils portent surtout sur les membres inférieurs.
Lorsque le tabès est cérébral et qu'il est caractérisé surtout par de la diplopie et même quelquefois, comme l'a vu Fournier, par de l'hémiplégie faciale, il faut surtout électriser le ganglion cervical supérieur avec un courant de 10 à 15 volts.
Benedikt, dans le tabès ordinaire, conseille d'électriser la moelle pendant trois à six minutes tous les jours; si les phénomènes d'excitation dominent, il ne place les tampons que sur les vertèbres, tandis qu'il électrise à la fois la moelle et les nerfs (courants spino-nerveux) et enfin la moelle et les muscles (courants spino-musculaires) lorsqu'il y a des troubles de motilité. Nous croyons qu'il n'est utile d'électriser la moelle et les muscles que lorsqu'il y a de l'atrophie musculaire, ce qui survient encore assez souvent. Dans le cas contraire, il vaut mieux n'électriser que la moelle, et cela avec un courant ascendant. C'est le meilleur moyen pour diminuer les raideurs, dont l'ataxique se plaint dès le début de l'affection, et pour diminuer également ces tensions musculaires que nous avons proposé d'appeler contracturies (diminutif de contracture) et qui sont bien le symptôme essentiel de l'ataxie locomotrice. C'est à cette contracturie que sont dus les phénomènes d'incoordination et les troubles divers du système moteur. La diplopie, même dans le tabès, est le fait d'une contracture plus ou moins marquée des muscles de l'œil et non d'une vraie paralysie. Le courant ascendant est celui qui empêche le mieux les douleurs périphériques et les crampes, mais il faut bien se garder de l'employer, si •les douleurs apparaissent comme symptômes d'une poussée congestive. Dans ce cas, il ne faut même aucun courant électrique, et le courant descendant, quoiqu'il soit souvent calmant, doit être abandonné ; le mieux est de patienter au moins pendant deux à trois jours.
Dans les affectious chroniques médullaires, on peut quelquefois agir sur les nerfs périphériques. De même, comme l'a découvert Brovi^n-Séquard, que des altérations nerveuses ont été produites à distance par des actes inhibitoires éloignés, de même on peut agir sur les lésions médullaires par des excitations périphériques plus ou moins éloignées.
Le nerf sciatique paraît être, de tous les nerfs périphériques, celui dont l'influence est le plus considérable sur les centres nerveux. On obtient sur la tension artérielle et sur le diamètre des vaisseaux de la moelle et du cerveau des actions plus considérables en agissant sur le sciatique que sur n'importe quel autre nerf périphérique, et rien ne le prouve mieux que la célèbre expérience de Brown-Séquard qui, eu le sectionnant, rend les animaux épileptiques.
Nous avons observé plusieurs fois un fait assez curieux qui montre bien les modifications que peut éprouver la circulation cérébrale par suite d'excitalions périphériques et spécialement du sciatique. Un certain nombre de malades chez lesquels nous avons dû appliquer, pour dilférentes aifections (sciatique, atrophie musculaire), les courants électriques, et surtout les courants continus, sur la jambe, nous ont fait remarquer qu'ils avaient un sommeil très-profond chaque
ELECTROTHÉRAPIE. 545
fois qu'ils étaient électrisés. Le mot de sommeil lourd serait même plus exact, car le réveil à l'heure accoutumée est plus difficile, le malade ne sort de son engourdissement qu'après des efforts réitérés, et il a un besoin invincible de prolonger son sommeil.
Affections serveuses périphériques. Ces affections se divisent forcément en deux grandes classes : les paralysies et les névralgies. Mais avant de résumer les méthodes pratiques, nous tenons à bien établir les lois des courants électriques sur les nerfs périphériques. Il y a là plus qu'une simple discussion théorique, il y a une vraie doctrine et même mieux, il y a la base nécessaire à toutes les applications thérapeutiques. Nous serons obligé de reprendre une partie de la question d'électro-physiologie, mais nous passerons rapidement sur cette question, qui est plus longuement traitée et dans les livres spéciaux et dans d'autres articles. Les seuls faits sur lesquels nous insisterons sont ceux qui nous permettent de préciser les m éthodes thérapeutiques. Qu'on s'en défende ou non, les théories qu'on adopte influent toujours sur la pratique, et plusieurs électropathes qui disent qu'ils agissent sans aucune théorie ne se rendent peut-être pas compte des théories inconscientes qui les font agir dans la plupart des cas. D'ailleurs comment arriver à fonder une science électrothérapeutique sérieuse, si l'on ne veut pas tenir compte de faits expérimentaux? Certes, par cela même qu'on est obligé d'accumuler les preuves, on commet des erreurs ; mais, si ces erreurs ne sont que des erreurs de détail, il n'y a que peu d'inconvénient, surtout si le but est atteint, c'est-à-dire si l'on arrive à formuler un ensemble de doctrines basées sur des faits scientifiques. Certes il sera facile de discuter certains points et de signaler des erreurs, mais nous avons la prétention de croire que ceux qui voudront bien nous suivre et ne pas s'embarrasser des objections de détiiil arriveront à avoir une conception raisonnée et suffisamment claire des principes de l'action de l'électricité sur le système nerveux.
Nous avons vu que les nerfs possèdent des courants électriques propres et que ceux-ci ont été considérés comme étant presque fonction du système nerveux. Il nous faut nous étendre un peu longuement sur ces phénomènes, car ils dominent l'électrothérapie aussi bien que l'électro-physiologie ; néanmoins, si en France Cbauveau ne s'était pas fait le défenseur de la théorie dite polaire, nous n'insisterions pas autant sur ce point.
On peut dire qu'il y a deux théories : celle qui veut que les phénomènes observés et les variations de contraction qu'on observe sont produits par des actions locales des pôles, et celle au contraire que nous défendons et qui, tout en admettant qu'il y a une action locale due à la différence des pôles, admet encore une action générale de direction sur l'influx nerveux. Nous allons exposer brièvement les faits sur lesquels repose la théorie polaire, en indiquant en même temps les critiques que comporte chaque fait, et en faisant ressortir combien, en admettant l'action locale incontestable due à l'électrolyse, et l'influence ■directrice due aux courants directs et aux courants de polarisation, toutes ces lois qui paraissent si compliquées arrivent à se simplifier.
Les variations du courant électrique pendant l'excitation du nerf ont été données comme preuves de l'identité de l'influx nerveux et des propriétés électro-motrices du nerf.
Voici en quoi consiste ce phénomène : les courants électriques propres du nerf ou du muscle disparaissent dès qu'on excite le nerf ou qu'on fait contracter le muscle.
346 ÉLECTROTHÉRAPIE.
On a conclu que le nerf à l'état de repos possède d'autres propriétés électromotrices qu'à Tétat d'activité, que son fonctionnement amène une modification correspondante de ses facultés électro-raotrices.
Ce phénomène s'explique parfaitement bien, en admettant que la déviation de l'aiguille est due à une différence d'activité chimique, aux points en communication avec le galvanomètre. Au repos certains points étant plus activement oxydés que d'autres, à cause de leur contact avec l'air, il y a un courant produit par cette inégalité d'oxydation, coui'ant différentiel et qui est proportionnel à cette relation. A l'état de fonctionnement, les phénomènes chimiques deviennent identiques dans toutes les parties du nerf ou du muscle, l'oxydation intime des tissus s'effectue en tous les points et, comme le courant constaté pendant le repos n'est que le résultat d'une différence d'oxydation, il est évident qu'il doit disparaître du moment que cette différence disparaît elle-même.
Nous avons cité plusieurs fois l'expérience de Becquerel, dans laquelle le courant qui va d'abord de l'intérieur du muscle à l'extérieur devient nul, puis se reforme en sens contraire. Le temps pendant lequel le courant est nul correspond au moment où la décomposition est identique à l'intérieur et à l'extérieur. L'existence du courant nécessite donc une différence dans l'activité chimique des points explorés. Nous avons, par des recherches personnelles faites sur l'homme même, pu vérifier l'exactitude de cette proposition {voy. le paragraphe ci-dessus : Influence de l'électricité sur la nutrition).
Pflûger a cherché à compléter les indications fournies par Du Bois-Reymond, et l'expérience fondamentale sur laquelle il a établi sa théorie consiste à élcctriser un nerf dans une longueur déterminée et à examiner aloi's l'état d'irritabilité de ce nerf en ses différents points. II a observé que, dans ces conditions, le nerf est divisé en deux parties : dans l'une, qui se trouve au voisinage du pôle négatif, l'irritabilité est augmentée; dans l'autre, qui se trouve près du pôle positil', l'irritabiliié est au contraire diminuée. Plîûger désigna la zone oîi l'irritabilité est augmentée, et qui est située du côté du pôle négatif, sous le nom de zone catélectrolonique, et celle où l'irritabilité est diminuée sous celui de zone anélectrotonique.
C'est sur ce fait qu'ont été établies toutes les théories dites de l'électrolonus, et cependant l'explication de ce phénomène est des plus simples et est élémentaire en physiologie.
S'il y a perte de l'excitabilité près du pôle positif, et augmentation de l'excitabilité près du pôle négatif, cela tient, comme l'ont dit Matteucci et Becquerel, à ce que le nerf se charge d'hydrogène et d'alcali au contact du pôle négatif.
Ra|)pelons-nous bien, ce que nous avons souvent fait valoir et ce qu'on ne se rappelle pas assez souvent même dans d'autres expériences de physiologie, que jamais un courant galvanique ne traverse un nerf, surtout lorsqu'il est directement en contact avec ce nerf, sans déterminer une action électrolytique manifeste, action qui s'étend au delà des pôles et qui est surtout prononcée au point d'application. Le passage d'un courant galvanique dans un tissu et l'action électrolytique sont absolument liés ensemble; l'un n'a pas lieu sans l'autre.
Or, dans ces conditions, on doit considérer non-seulement l'influence du passage de l'électricité, c'est-à-dire une modification moléculaire sur tout le circuit, mais, de plus, et spécialement aux points d'application des pôles, une action chimique qui est une cause importante de modifications des éléments.
Or, on sait depuis longtemps en physiologie que les acides étendus diminuent
ÉLECTROTHÉRAPIE. 547
l'excitabilité des nerfs, et que les alcalis légers augmentent cette excitabilité. H n'y a donc rien d'étonnant à ce que l'excitabilité soit augmentée près du pôle né'^atif où se rendent les alcalis, et qu'elle soit diminuée près du pôle positif où se rendent les acides. Cet eifet est produit avec un courant même très-faible, comme on peut s'en assurer par les réactions du papier de tournesol.
11 est donc inutile de chercher dans des hypothèses sur l'état électro-moteur des molécules nerveuses l'explication de phénomènes qui sont uniquement le résultat des effets physiques et chimiques des courants.
Ou a voulu trouver une conlirmation de la théorie de Pflùger dans les alternatives de contraction qu'on détermine en électrisant les nerfs avec un courant soit ascendant, soil descendant.
La loi de Pfluger sur les commotions peut être formulée de la manière suivante :
Étant donné une certaine étendue d'un nerf, celle-ci est irritée par l'apparition du catélectrotonus et par la disparition de l'anélcctrotonus, mais elle ne l'est point par la disparition du calclectrotonus ou l'apparition de l'anélcctrotonus.
c( La cause de cette loi, dit Cyon, est facile à comprendre, si l'on réfléchit qu'à l'apparition du catélectrotonus et à la disparition de l'anélecti'otonus les molécules nerveuses passent d'un état de mobilité moindre à un état de mobilité plus grande, tandis qu'à la disparition du catélectrotonus et à l'apparition de l'anélectrotonus, c'est l'inverse qui a lieu. La loi des commotions de Pflùger peut donc être reproduite de la manière suivante : le nerf est irrité quand ses molécules passent de l'état ordinaire à l'état de mobilité plus grande (catélectrotonus) ou quand elles passent de l'état de mobilité moindre (anélectrotonus) à l'état ordinaire; le nerf n'éprouve, au contraire, aucune irritation, soit par son passage de l'état ordinaire à l'état de mobilité moindre (anélectrotonus), soit par son passage de l'état de mobilité plus grande (catélectrotonus) à l'état ordinaire ».
Malgré tout ce que cette théorie a d'ingénieux et de séduisant, nous allons montrer que toutes ces alternatives de commotions qui, depuis Galvani, ont attiré l'attention des savants, peuvent s'expliquer en tenant compte de deux faits parfaitement établis et faciles à vérifier.
Le premier de ces faits est le suivant :
Le courant descendant ou direct est celui qui agit le plus énergiquement sur les nerfs moteurs; ou, en d'autres termes, le courant descendant est celui qui provoque le plus fortement les contractions musculaires.
Le second de ces faits peut se résumer ainsi : Tout courant appliqué sur un nerf détermine, au moment oii il cesse, un courant en sens inverse.
Nous avons déjà insisté sur ces deux phénomènes, et nous ne pourrons que répéter ici ce que nous avons déjà dit ailleurs.
Nous ajouterons seulement que l'influence du courant descendant est prouvée par un grand nombre d'expériences, et que cette action a lieu aussi bien sur les nerfs périphériques que sur la moelle, et en dehors de toute action électrolytique.
Quant au courant qui se forme au moment où le courant principal cesse, nous en avons donné l'explication dans la pi^emière partie de cet article (courants de polarisation). Ce courîint peut être plus intense que celui qui a été appliqué, si l'action électrolytique est assez forte et surtout a été prolongée quel-
ELECTROTHERâPIE.
que temps. Ce courant dure souvent quelques minutes, mais il a son maximum au moment où le courant polarisateur cesse.
Ainsi, chaque fois qu'on aura électrisé un nerf avec un courant ascendant, il se formera dans l' intimité des tissus, au moment de la rupture, un courant descendant ; réciproquement, au moment de la rupture d'un courant descendant, il se formera un courant ascendant.
Gela posé, nous allons examiner les principales expériences qui ont été faites sur les nerl's. Mais nous ferons observer tout d'abord que ces expériences, pour la plupart, ont été faites en appliquant directement les pôles sur les nerfs et, par conséquent, en produisant des actions électrolytiques locales. Lorsqu'au contraire on étudie, comme l'a fait Cl. Bernard, l'action des courants sur les nerfs, sans déterminer d'altérations chimiques locales, on provoque toujours avec le courant, soit ascendant, soit descendant, une contraction à la fermetiu-e du courant et rarement à l'ouverture. Cela tient à ce que le courant de fermeture est celui qui, duns ces conditions, provoque le plus rapidement des modifications dans l'état moléculaire intime du nerf, ce qui est toujours la cause principale de l'irritation des nerfs.
Le tableau suivant, qui est à peu de chose près celui qu'a donné Nobili, indique les principaux résultats qu'on obtient par l'électrisation d'un nerf moteur.