EMPETRUM
EMPETRU.w. Sous ce nom, Dioscoride (lib. IV, c. 174) parle d'une plante purgative qu'il a été impossible de reconnaître jusqu'à ce jour. Après lui, Rondelet a désigné sous le même nom le Crithminn marilimum L., Tragus YHerniaria glabra L., Dodoens un Saîsola, Dalechamps le Globularia ahjpum L., Rumphius un Bégonia. Enfin Tournefort et Linné l'ont appliqué à un genre qui est devenu le type de la famille des Empêtrées ou Empétracées.
Ce petit groupe, dont les affinités sont encore assez obscures, a été placé par Endlicher [Gen.,^. H 05) près des Stackousiacées, dans le voisinage des Euphorbiacées, par Payer {Leç. Fani. natur., p. 261) entre les Réaumuriées et les Humiriacées, non loin des Chlénacées, par Bentbam et Hooker [Gen., lit, p. 415) entre les Lacistémacées et les Cératophyllées. M. H. Bâillon [Dict. de Botan., Il, p. 515) le considère comme une simple tribu de la famille des Éricacées.
Le genre Empefrum Tourn. ne renferme qu'une seule espèce, VE. nigrum L., connue sous le nom vulgaire de Camarine ou Camarigne. C'est un arbuste de Irès-petite taille, ayant un peu le port d'une bruyère, et dont les tiges trèsrameuses portent des feuilles éparses, alternes, linéaires-oblongues, épaisses, d'un vert foncé, munies sur le dos d'une ligne blanche et sur les bords d'aspérités très-fines. Ces feuilles sont dépourvues de stipules. Les fleurs, de couleur rosée, solitaires à l'aisselle des feuilles, sont régulières et polygames. Celles qui sont hermaphrodites présentent : un calice à 5 sépales libres; une corolle à 5 pétales également libres, alternes avec les sépales et imbinqués dans le bouton ; 5 étamines exsortes, dont les filets très-longs et dressés sont terminés chacun par une anthère biloculaire, déhiscente par des fentes longitudinales; un ovaire hypogyne, pluriloculaire, surmonté d'un style court divisé en autant de lobes stigmatiques, épais et rayonnes, qu'il y a de loges; celles-ci, au nombre de 6 à 9, renferment chacune un ovule ascendant et anatrope. Le fruit est une petite drupe bacciforme contenant de 6 à 9 noyaux monospermes; chaque graine est pourvue d'un albumen charnu au centre duquel est situé l'embryon.
VE>npelnnn nigrum L. croît dans les montagnes et les régions froides de l'hémisphère boréal des deux Mondes, dans les Andes de l'Amérique du Sud et dans l'île Tristan d'Acunha. En France, on le rencontre dans les tourbières des hautes Vosges, du haut Jura, dans les hautes Alpes et les hautes Pyrénées. Ses petites drupes, assez semblables à des baies de Genévrier, sont juteuses, mais à saveur acide peu agréable. On leur attribue des propriétés antiscorbutiques et diurétiques. En Sibérie et au Groenland, les habitants les emploient, dit-on, pour préparer une sorte de limonade et une boisson alcoolique dont ils font un large usage. Au Kamtchatka, ou s'en sert pour faire de l'encie et colorer en rouge les étoffes de drap.
VEinpetrum album L., qui forme maintenant le type du genre CoremaD. Don, est un petit arbuste de l'Europe méridionale, notamment du Portugal oii on l'appelle vulgairement Camerinheim. lise distingue par ses fleurs dioïques, son ovaire triloculaire, et par ses drupes blanchâtres contenant seulement trois noyaux. Ces drupes sont .comestibles comme celles de VEmpetrum nigrum. Les Portugais en préparent une boisson acidulé, rafraîchissante, qui est un remède populaire contre les maladies fébriles.
VEmpetrum aciculare Bertol., qui est devenu maintenant le Ceratiola ericoides Michx, est un arbuste des terrains sablonneux arides de la Caroline et de la Géorgie, nettement caractérisé par ses fleurs dioïques et dimères. Ed. Lef.
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EMPHRl'E. Nom donné par.les nègres de la Guinée à une plante, d'espèce encore indéterminée, qu'ils emploient en décoction comme tonique. Ed. Lef.
EMPHYSÈME (Médeciî«e). (ifiou5vi[jt.o(, de £v, dans, et sudâw, je souffle; pneiimatose, apostème venteux, inflatio ou insiifflatio des auteurs). Conlbrmément à son étymologie ce terme signifie une enflure particulière, dont la cause réside dans le développement des espaces interorganiques par 7m gaz, soit venu du dehors, soit dégagé sur place. Dans ces deux: circonstances étiologiques, qui dominent la genèse tout entière de l'emphysème, le symptôme est le même, mais sa valeur morbide est au contraire toute différente, comme on le reconnaîtra bientôt.
Les espaces interorganiques sont, chez l'homme comme chez tous les Mammifères, occupés par le tissu conjonctif lâche ou diffus, qui constitue le milieu nutritif dans lequel les éléments des tissus différenciés sont plongés et qui leur forme une atmosphère extensible. L'emphysème est le développement, par un gaz introduit, des mailles de ce tissu conjonctif : il pourrait donc aussi être défini la pneiimatose, ou l'envahissement par un gaz du tissu connectif développable qui unit et sépare les organes, accompagne les vaisseaux sanguins, et forme le stroma du corps, suivant l'ancienne définition donnée par Bichal.
Cette définition élimine d'emblée du cadre des emphysèmes une série de lésions qui, par un abus de langage faisant cependant force de loi, ont été confondus avec eux et dont il importe de les distinguer. En première ligne Veniphijsème vésiculaire du poumon, que l'on observe dans une série de circonstances parmi lesquelles les bronchites capillaires prennent le premier rang, doit être misa part et décrit dans un chapitre tout particulier {voy. Pocmo.\). 11 ne s'agit ici, en effet, que de la transformation des différentes cavités alvéolaires, qui constituent un lobulin du poumon, en une cavité unique obtenue par le déplissement des alvéoles et la réduction de leur ensemble en une cavité unique. La cause de ce changement est ordinairement toute traumatique, ou du moins les influences mécaniques jouent dans sa production un rôle prépondérant. Les réseaux élastiques qui constituent presque à eux seuls la paroi solide des alvéoles, modifiés et ramollis par l'imflammation catarrhale dont le lobulin est le théâtre, cèdent aux efforts de toux, et le déplissement du lobulin se produit. Mais, dans ces circonstances, l'air du poumon ne sort pas de ses voies naturelles; il en dilate seulement les extrémités et transforme le poumon élémentaire constitué par une réunion d'alvéoles, comme l'est un poumon de grenouille, en une cavité générale ou commune, à surface lisse comme l'est le poumon unialvéolaire d'un protée. Du reste, si l'on examine les lésions de l'emphysème vésiculaire vicariant aigu sur le bord tranchant du poumon d'un enfant ou d'un vieillard morts de bronchite capillaire, on constate un phénomène qui, du coup, sépare absolument cet emphysème faux de l'emphysème vrai des espaces intororganiques. Si l'on cherche à réduire la vésicule pleine d'air qui se montre avec l'apparence d'une bulle de savon, l'air file dans les bronches par l'orifice émissaire ou canalicule respirateur du lobulin forcé, mais ne se résout pas en bulles plus petites pour se répandre dans le tissu connectif sous-pleural, comme c'est le cas dans l'emphysème vrai du poumon, ou emphysème interhbidaire. Les collections gazeuses dues à l'énervement des parois alvéolaires, quelque buUiformes qu'elles paraissent au premier abord, seront donc aisément reconnues, parce qu'elles se réduisent par la voie bronchique.
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au lieu de se répandre, en se divisant, sous la plèvre à la surface, ou dans les intervalles des lobules lorsqu'il s'agit de très-jeunes enfants, comme le font celles de l'emphysème vrai.
On doit exclure en même temps du cadre des emphysèmes la pneumatocèle des os du crâne, décrite par L. Thomas [voy. Crâne, p. 555), toutes les tympanites abdominales, et enfin l'insufflation particulière des vaisseaux sanguins consécutive à l'uitroduction de l'air dans les veines. Dans tous ces cas l'air est contenu dans des cavités étrangères au tissu conneclif. Si on le mobilise par les pressions, on ne le fait jamais refluer, sauf rupture artificielle du conduit qui le contient, dans les espaces interorganiques ; il ne s'y répand pas spontanément.
Notre définition exclut également les développements gazeux qui s'effectuent dans les grandes séreuses, telles que la cavité péritonéale (pneuraopéritoine) ou la cavité pleurale (pneumothorax). Il ne s'agit plus en effet ici d'espaces du tissu conjonctif, mais de cavités libres, dont la signification morphologique est toute différente de celle des espaces interorganiques vrais. Nous ferons remarquer pourtant que, en ce qui regarde le pneumothorax, il est un cas particulier, et fréquemment réalisé en clinique, dans lequel l'invasion de l'air dans la plèvre, consécutivement à une rupture du poumon, détermine un emphysème absolument vrai, comparable à celui produit dans le tissu connectif des animaux de boucherie par l'insufflation directe pratiquée à l'aide du soufflet. C'est le cas de pneumothorax s'effectuant dans une plèvre adjacente à un poumon tuberculeux déjà depuis longtemps et dont la cavité, cloisonnée par une multitude d'adhérences et de néomembranes lamellaires, a été annulée en réalité et réduite à une lame de tissu connectif diffus. Dans ces conditions, du reste, le pneumothorax n'exerce pas ses effets ordinaires et ne se révèle à l'observateur que par des symptômes que l'on pourrait qualifier d'incomplets : c'est le Pneumothorax limité des auteurs classiques, qui ordinairement ne compromet immédiatement ni les fonctions du poumon, ni la vie du malade, et au bout de quelque temps disparaît sans laisser de traces. En effet, ce n'est plus alors réellement dans la plèvre, mais dans une lame de tissu connectif, que l'air s'est épanché; et, quand il n'a pas amené avec lui dans ce milieu des parasites pyogènes, il se résorbe au bout d'un temps plus ou moins long purement et simplement, comme nous le verrons se résorber un peu plus loin dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Anatomie pathologique de l'emphysème, a. Le type de l'emphysème est fourni par l'état des tissus insufflés d'air par le procédé bien connu des bouchers. En pathologie, cet état d'insufflation se réalise dans une série de circonstances qui, étant d'ordre toujours traumatique, rentrent absolument dans le cadre de la partie chirurgicale de cet article et dont conséquemment je n'ai pas à indiquer ici l'éliologie. Dans ces circonstances, c'est l'air atmosphérique qui est introduit dans des espaces interorganiques, et qui développe le tissu conjonctif en une série de lames entées les unes sur les autres, comparables dans leur ensemble et pour leur aspect au dispositif bullaire produit par l'insufflation dans une solution épaisse de savon.
Lorsqu'on examine un semblable emphysème tout à fait récent, on constate que l'air, cloisonné de miile manières par les bulles produites, n'a envahi aucun autre tissu que le tissu conjonctif lâche, sous-cutané, périviscéral ou intermusculaire suivant les cas. 11 n'a en aucune façon modifié l'aspect ni les rela-
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tions des formations ressortissant au tissu connectif modelé : aponévroses, tendons, fascias inlermusculaires. Il ne s'est pas davantage insinué dans les lames conjonctives formant la charpente intérieure des organes; on ne trouve pos de bulles d'emphysème aérien, trautnatique ou par insufflation, par exemple, dans les travées interlobulaires formant les espaces porte du foie, ni dans les espaces lymphatiques interlobulaires du poumon, même chez le bœuf et chez le A'eau où ces espaces sont facilement développables par piqûre et insufflation directes. C'est donc exclusivement le tissu cellulaire lâche, sous-cutané, périviscéral et sous-séreux, qui est le siège de la lésion. Quant on presse sur un point de la masse connective insufflée, on fait filer les bulles de gaz dans diverses directions. Certains points deviennent alors le siège de vésicules remplies d'air plus volumineuses qu'auparavant, tandis qu'ailleurs les bulles s'affaisent totalement ou se fragmentent en bulles plus petites. En même temps le doigt qui presse, même au travers de la peau demeurée intacte, éprouve une résistance élastique, puis une sensation particulière de crépitation molle, analogue à celle que donne la neige comprimée dans le poing fermé : c'est la crépitation gazeuse pathognomonique. Mais jamais par ce procédé d'écrasement des bulles formées on n'arrive à insuffler d'air ni les vaisseaux sanguins, ni les voies lymphatiques. Pour emplir les voies lymphatiques par l'écrasement d'une boule formée par un fluide injecté, il faut, comme l'a montré Ranvier, que ce fluide soit un liquide. Le moment d'inertie des gaz dé[ilacés n'est pas suffisant pour rompre les parois endothéliales continues des diverses radicules lymphathiques, tandis que celui des liquides, joint à l'incompressibilité qui leur est propre, devient capable d'opérer cette effraction. C'est là, pour le dire en passant, une preuve que les espaces du tissu connectif ne communiquent pas librement, et par des voies préformées, avec les lymphatiques canali^ulés, sans quoi, en comprimant éncrgiquement une parlie emphysémateuse, on ferait filer l'air dans les canaux lymphatiques jusqu'aux ganglions, ce qui ne se produit jamais.
On sait que, dans l'état normal, le tissu connectif lâche ne renferme pas dans son épaisseur de cavités préexistantes distinctes des vaisseaux [canaux du suc de ReckliiHjhausen et de Waldeyer), et n'est pas davantage constitué par des lames entre-croisées, entées les unes sur les autres et ayant une existence indépendante comme le pensait Ch. Robin [voy. Lamineux). Le tissu connectif lâche répond à une masse d'apparence homogène, mais en réalité constituée par le concours de trois formations qui, à l'inverse de ce qu'on observe dans le tissu conjonctif modelé, ne sont pas ordonnées les unes par rapport aux autres, mais s'enchevêtrent entre elles pour édifier un seul et même tissu. Ces trois formations sont : fo la trame connective, constituée par des faisceaux conjonctifs de toute longueur, c'est-à-dire dont on ne trouve nulle part, sauf au voisinage des plans épithéliaux, le commencement ni la fin, et qui sont imbriqués dans tous les sens comme les fils d'un feutre ; 2° le réseau des fibres élastiques, indépendant du feutrage précité et qui se dirige dans des sens variables en vue de la solidité et de la résistance aux tractions de la masse conjonctive considérée dans son ensemble; 5" le réseau des cellules fixes, unies plus ou moins régulièrement par leurs expansions membraniformes ou filiformes anastomotiques, et qui s'étend d'une manière indépendante dans les intervalles des deux autres formations. Enfin, dans les mailles de ce tissu complexe circulent les cellules migratrices de la lymphe et du sang, les ampoules terminales des lymphatiques viennent y prendre naissance ; les réseaux sanguins artérioso-veineux, nus ou
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au contraire environnés de pelotons adipeux auxquels ils ont donné naissance, suivant la loi bien connue de Flemming, viennent s'y distribuer. Dans l'élat normal tout cet ensemble est compacte et de consistance glulineuse, comme l'avait bien indiqué Bovdeu. Mais l'air introduit sous pression, en prenant place, y développe des bulles dont les parois sont formées par les éléments du tissu connectit" tassés mécaniquement et tout à fait artificiellement sous forme de lames. La preuve qu'il en est bien ainsi, c'est que, si l'on pique avec une pipette de verre à pointe très-effilée et tranchante une cloison connective un peu épaisse, intermédiaire à deux bulles d'emphysème adjacentes entre elles, et qu'on pousse ensuite de l'air par la piqûre, on développe une bulle intermédiaire dans son épaisseur. L'air (ou un gaz quelconque), en prenant place dans les mailles du tissu connectif, crée donc des espaces artificiels et n'en développe pas de préexistants.
Si l'on examine la paroi d'une bulle d'emphysème, fixée par l'alcool fort ou mieux par les vapeurs d'acide osmique, et qu'on la colore par une solution d'éosine à 1 pour 100, puis qu'on la mopte ensuite dans la glycérine saturée de sel marin et faiblement éosinée, on se rend compte du premier coup des modifications amenées par l'emphysème dans le tissu connectif lâche. Si la bulle est toute petite, les cellules fixes, anastomosées entre elles par leurs prolongements membraniformes et filiformes, sont simplement étalées à la surface de la membranule développée par l'insufflation. Elles sont formées d'un protoplasma transparent, sans granulations, tout à fait analogue à celui des endothéliums. Cependant,' le plus souvent, sur un point de leur surface répondant à un prolongement protoplasmique rompu, elles sont granuleuses, et leur masse protoplasmique forme un feston convexe saillant en dehors, tandis que là où les expansions protoplasmiques ont été seulement étendues par insufflation, mais non rompues, les festons intermédiaires aux expansions sont concaves. Si la bulle est grosse, la majorité des cellules fixes se montre sous forme de lames granuleuses, sans expansions communicantes. Les faisceaux conjonctifs et les fibres élastiques n'ont au contraire subi aucune modification ; ils sont simplement étalés à la surfoce de la bulle, et distincts les uns des autres comme dans une dissociation bien ménagée. Gomme le liquide de l'œdème, l'air introduit brusquement distend donc tout d'abord autour de chaque bulle gazeuse le réseau des cellules fixes, puis rompt les prolongements unissant ces cellules et les rend indépendantes les unes des autres. En se rétractant, les cellules s'écrasent, pour ainsi dire, expriment sous forme de granulations le plasma diffusé dans leur masse protoplasmique, et se montrent semées de points brilhmls répondant chacun à une granulation protéique. Quant aux deux autres formations, conjonctive et élastique, elles ne subissent aucune modification parce qu'elles sont très- résistantes ; il arrive néanmoins que, dans les bulles d'emphysème très-volumineuses, certaines fibres élastiques soient rompues et se montrent enroulées en crosse ou en vrille, au lieu de regagner leurs similaires en dessinant les mailles d'un filet.
11 résulte de là que l'irruption de l'air dans le tissu connectif, comme celle des divers liquides transsudés ou introduits par injection sous-cutanée, a pour effet surtout de briser les prolongements protoplasmiques des cellules fixes du tissu, et de rompre par suite, en le morcelant, le réseau qu'elles forment dans les intervalles de la trame connective et des réseaux élastiques. Une fois que ces cellules fixes, véritables lames de protoplasma transparent tendues
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par leurs expansions, sont devenues libres, elles obéissent à leur rétractilité propre, reviennent sur elles-mêmes et expriment, sous forme de gouttes ou de granulations protéiques, le liquide primitivement diffusé dans leur masse tout entière. Ces granulations, au bout de quelques heures, prennent progressivement les caractères des granulations graisseuses, comme il arrive du reste dans l'œdème spontané.
Il peut aussi se produire une autre lésion, qui vraisemblablement prend naissance sur le vivant dans les grandes infiltrations emphysémateuses du tissu conneotif, mais qui est surtout marquée dans celui des animaux de boucherie, insufflés au maximum et sous pression. L'air agit alors sur la paroi des bulles et soumet les éléments à une véritable dessiccation, analogue à celle qui s'opère dans une lame connective tendue|sur un verre. Pendant la vie, cette action dessicante a au contraire peine à s'exercer, à cause de la transsudation incessante qui s'opère des vaisseaux dans les espaces interorganiques.
Quoi qu'il en soit, au bout de très-peu de temps, l'air introduit dans le tissu cellulaire est résorbé et disparaît en se dissolvant lentement dans les liquides organiques. La région est momentanément notablement plus riche en globules blancs comme toutes les parties qui ont été l'objet d'une irritation légère. Comment maintenant les cellules fixes, traumatisées par l'introduction du fluide élastique, isolées les unes des autres et revenues sur elles-mêmes eu s'écrasant, pour ainsi dire, reprennent-elles leur ancienne forme et leurs anciennes relations? Cette restauration même a-t-elle lieu, et la formation des cellules fixes n'estelle rétablie, au contraire, que grâce au développement de cellules nouvelles, d'éléments migrateurs tlxés, prenant la place de ceux qui ont été détruits par les effets mécaniques de l'irruption gazeuse? Sur ce point, on ne peut encore formuler que des hypothèses. On ignore encore actuellement comment, après la cessation d'un œdème, s'opère la restitution ad integnim que l'on observe toujours, sauf dans Je cas où l'œdème a été répété nombre de fois et où il est devenu le point de départ d'une inflammation chronique interstitielle, suivant la loi que j'ai établie en 1875 et qui n'a pas été infirmée depuis. Mais, si l'on se reporte à ce que l'on sait des effets de l'inflammation sur Je grand épipluon, bien étudiés en 1876 par Ranvier, l'on peut présumer que, des cellules dont les prolongements ont été rompus et qui sont revenues sur elles-mêmes, puis au sein desquelles sont apparues des gouttelettes graisseuses, les unes restent frappées de mort, tandis que les autres reviennent à l'état embryonnaire et, concurrem ment avec les cellules migratrices qui, au moment où la restauration s'opère, se fixent dans le tissu et se développent en nappes protoplasmiques arborisées, restituent au réseau des cellules fixes son apparence et sa disposition premières au boutdun temps variable et toujours assez court. Dans le grand épiploon modifié par l'inflammation, c'est en effet de cette manière que les choses se passent. Les travées connectives sont d'abord dénudées; les cellules endolhéliales, après avoir perdu leurs relations et avoir desquamé, reprennent une apparence granuleuse, des mouvements amiboïdes, se mêlent aux cellules migratrices delà cavité séreuse et, devenues dès lors leurs égales, participent avec elles à la rénovation du dispositif épithélial en se fixant de nouveau sur les travées nues, à côté de cellules véritablement migratrices qui se fixent aussi dans leurs intervalles, s'aplatissent et deviennent elles aussi des éléments endolhéliaux véritables.
Lorsque l'on examine le tissu conjonctif lâche d'une région envaliie p^ir l'emphysème dû ù la [)énétralion de l'air, jiar exemple, sur un animal insufflé.
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on constate que la formation des bulles et la transformation huileuse analogue à de l'eau de savon dans laquelle on a souftléne sont complètes que là où le tissu connectif est dépourvu de pelotons adipeux. La pénétration du fluide élastique se fait même pour ainsi dire spontanément dans la masse connective, en dehors de l'insufflation, toutes les fois qu'on expose celle-ci à l'air libre et que l'on imprime des mouvements aux parties adjacentes. En fendant la peau du pli de l'aine d'un chien ou d'un lapin, puis en écartant le membre pelvien du corps, on détermine un emphysème partiel. Mais les bulles gazeuses ne pénètrent pas les pelotons adipeux ; elles vont former à leur surface comme des rangées de perles. La raison en est que, dans le pannicule adipeux, tous les espaces libres entre les cellules du tissu connectif, chargées de graisses et devenues vésiculeuses, sont occupés par les vaisseaux sanguins qui tiennent aux capsules de chacune des vésicules autour desquelles ils se distribuent en formant comme un équateur et un méridien. Aussi tous les auteurs ont indiqué comme cause prédisposant à la généralisation d'un emphysème aérien, ou par insufflation, la macilence des sujets. C'est là à vrai dire la même règle que pour l'œdème, qui se développe pleinement là seulement où le tissu connectif ne renferme que peu ou point de tissu adipeux, comme au niveau du scrotum et des paupières. Lorsque j'étais, en 1869, interne de Guéniot à l'hospice des Enfants Assistés, j'ai pu voir combien le fait est exact. Un enfant trachéotomisé enleva sa canule et s'insuffla largement le tissu cellulo-adipeux du cou et de la face. Tant que l'air pénétra dans les espaces interorganiques de ces parties, sa progression, que l'on pouvait bien suivre pas à pas, resta lente et progressive. Mais tout à coup l'infiltration gagnant la paupière droite la gonfla d'un coup, en un seul temps répondant à un mouvement unique d'expiration, lui donnant le volume d'une grosse noix et l'aspect d'une boule translucide, qui subitement effaça en la recouvrant la partie apparente de l'œil .
B. Emphysème par diffusion ou de voisinage. Jusqu'ici nous avons étudié purement et simplement les lésions produites dans le tissu cellulaire par l'introduction de l'air insufflé ou aspiré, mais un cas tout différent peut se présenter. Les foyers inflammatoires développés au sein du tissu cellulaire périviscéral, au voisinage ou même à une certaine distance de l'intestin, lorsqu'ils sont arrivés à la période de suppuration, sont fréquemment envahis par des gaz, émigrés par diffusion de la cavité du tube digestif. Le pus des abcès péric?ecaux, et même périnéphrétiques, est alors mélangé de bulles. Il n'est pas rare d'observer autour du foyer collecté, lorsqu'il devient voisin de la peau, la crépitation gazeuse caractéristique de l'emphysème. Sur le sujet mort, le tissu connectif œdémaleux est toujours infiltré de gaz.
Ces gaz, dont l'analyse exacte est encore à faire, exhalent une odeur fétide très-analogue à celle des gaz intestinaux, et l'on doit les considérer comme résultant de la dilfusion des fluides aériformes contenus dans la cavité du tube digestif au travers du tissu ordinairement enflammé qui entoure la cavité purulente, ou du moins dans tous les cas rendu œdémateux souvent jusqu'à une grande distance du foyer. En dehors de cette origine, l'emphysème diffère peu par ses lésions propres de celui qui est produit par une insufflation d'air pur, et les mailles du tissu connectif sont seulement distendues, mais ne présentent pas d'altération particulière. Cet emphysème, constamment mélangé à l'œdème, est aisé par cela même à distinguer de l'emphysème aérien. Il est également aisé à distinguer et du reste tout à fait différent de celui qui nous reste maintenant
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à décrire. Cette dernière forme de l'emphysème est l'emphysème gazeux proprement dit, faux emphysème de Demarquay, et qui s'accompagne toujours d'une désorganisation complète du tissu connecùt'par un processus gangreneux de cause du reste variable au point de vue parasitaire, bien que dans la majorité des cas la lésion demeure identique aux yeux de l'anatomo-pathologiste.
C. Emphysème par dégagement, emphysème gazeux proprement dit. Le type majeur de cette forme est fourni par les lésions emphysémateuses qui accompagnent la gangrène humide. Son expression morbide la plus nette et la plus saisissante est la gangrène gazeuse, érysipèle bronzé des anciens auteurs, et dont il sera largement question au point de vue symptomatique dans la portion chirurgicale de cet article dont mon collègue et ami Daniel Mollière a été chargé.
Ici les gaz se développent sur place, au sein d'un tissu connectif infiltré par un œdème dur, translucide, comme si toutes les parties du stroma organique étaient soumises à une véritable fermentation, déirageant des uaz comme le fait le moût dans une cuve. Si l'on fixe les tissus dans leur forme soit par l'alcool fort, soit mieux par les vapeurs d'acide osmique, et que l'on fasse ensuite des préparations du tissu connectif, soit par le procédé de la boule d'œdème, soit mieux par un système de coupes minces et étendues, on constate que les cavités adventices interceptées par le dégagement sur place des gaz (qui parfois sont inflammables) sont limitées par des cloisons de tissu connectif ou entièrement ou partiellement sphacélé. Les faisceaux connectifs se résolvent en fibrilles par la simple agitation dans l'eau sur les pièces fraîches. Sur les pièces durcies ils sont granuleux, remplis ou couverts de bactéries variables suivant la nature de la maladie sphacélante. Les fibres élastiques sont rompues, souvent morcelées en grains comme par une sorte d'action dissolvante. Les cellules fixes sont granuleuses, réduites à des lames irrégulières de protoplasma modifié dont les noyaux ne se colorent plus par l'hématoxyline, la purpurine ni le carmin, leurs réactifs par excellence. Les espaces interorganiques distendus par les bnlles gazeuses renferment un mélange, en proportions variables, de cellules migratrices vivantes et de cellules migratrices mortes, dont les noyaux ne se colorent plus et dont les unes, transformées en globules de pus, sont chargées de gr.mulations graisseuses, tandis que les autres ont été frappées de mort avant d'avoir réduit à l'état neutre leur graisse lai^vée, et forment des corps grenus, conservant leur figure de globules blancs ou déjà fragmentés. Sur le tout s'étend comme un réseau un voile de fibrine fibrillaire, enserrant dans ses mailles les globules blancs, les cellules fixes, les micro-organismes, et donnant à la coupe fraîche du tissu un aspect gris ou orangé, lorsqu'aux éléments migrateurs des espaces interfasciculaires sont venus se mêler des globules du sang déformés. Les vaisseaux sanguins de petit calibre sont entourés de cellules migratrices, et restent soit perméables, soit occupés par un coagulum sanguin formé sur place, et sont constitués par des globules rouges et blancs fondus en une masse indistincte et par des réseaux fibrineux. Le derme qui recouvre ces parties n'est pas ordinairement emphysémateux, mais, à sa surface, l'ectoderme est le siège sur certains points de phlyctènes superficielles larges et étendues, sur d'autres de phlyctènes profondes le soulevant en masse au-dessus de la ligne granuleuse à la fois et de la couche génératrice, les deux cavités bullaires étant, ainsi que le corps muqueux tout entier, traversées dans tous les sens par un réseau fibrineux-
L'emphysème s'accompagne donc ici à la fois d'œdème dur, de phlyctènes à la surface, d'infiltration fîbrineuse. Produit par le dégagement sur place des
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gaz engendrés parles l'ermentations du tissu en voie de nécrose, il n'est extensit, quelle que soit la rapidité de la progression du mal, qu'avec ce mal, lui même et reste borné à ses limites propres. Il ne file pas dans les tissus comme l'emphysème par insufflation, sauf dans le cas de gangrène gazeuse ayant duré longtemps, et où la généralisation subite au tissu cellulaire sous-cutané du corps, durant l'agonie, indique simplement que l'organisme, vivant encore par son système nerveux et la circulation générale, est déjà transformé à la périphérie en un cadavre en putréfaction.
D. L'emphysème putride est, comme ceux que nous venons de décrire, le résultat de l'activité propre d'organismes parasitaires : c'est un emphysème microbien. Mais il diffère absolument des emphysèmes que l'on observe dans les maladies carbunculaires et dans la gangrène gazeuse en ce sens que, se produisant sur le cadavre, ou, dans les cas où on l'observe sur le vivant, dans des parties cadavérisées (gangrènes humides dues aux oblitérations des veines sans anastomoses) par suite de la sus[)ension de la circulation du sang, il ne n'accompagne d'aucune réaction de la part des éléments des tissus dont il est le siège.
C'est là, au point de vue anatomo-pathologique, sa marque d'origine absolument pathognomonique. Il en est une autre : c'est qu'un tel em.physème ne se produit plus exclusivement dans le domaine du tissu connectif. Les gaz sont partout : on en trouve dans les vaisseaux, dans les parenchymes épilhéliaux tels ([ue ceux du foie, dans les lacunes interorganiques telles, par exemple, que les espaces de Ludwig et de Zavarikyn du rein. En même temps la coloration des organes est changée; le rein, le foie, le tissu de la moelle et du cerveau, les masses musculaires, se marbrent de taches vertes, livides, rouge lie de vin. La masse entière de l'organe atteint crépite finement. Que si l'on fait l'examen microscopique, on trouve partout et sans ordre les cavités développées par les gaz, partout aussi les bactéries bien connues de la putréfaction, des amas zooglœiques. etc. , mais nulle partie réseau de fibrine, et l'infiltration par l'œdème d'une part, de l'autre par les cellules delà lymphe vivantes, ou mortes surplace, ou enfin transformées en globules de pus. Tout signe d'un processus réactionnel manque, et l'on reconnaît à ce caractère anatomique primordial que l'on est bien en présence d'un emphysème cadavérique produit par les mutations chimiques corrélatives à la dislocation et à la répartition nouvelle des principes immédiats de l'organisme mort, soumis au remaniement dont les organismes extérieurs sont les agents.
Entre cet emphysème cadavérique proprement dit et les emphysèmes symptoniatiques des gangrènes que l'on pourrait appeler actives, parce qu'elles s'opèrent sur l'organisme vivant et s'accompagnent d'une réaction des éléments des tissus qui, avant de mourir, luttent contre la cause morbigène, viennent se placer les emphysèmes dont il sera question plus loin, et qui sont consécutifs à la large attrition des parties, dans les grands traumatismes par écrasement ou par choc général. Dans ces conditions (tamponnement, coups de pied de cheval, action de la foudre, etc.), les tissus ont été désorganisés et frappés de mort par l'action subite et violente du traumatisme. La gangrène, et l'emphysème auquel elle donne lieu, se produisent donc dans des parties déjà cadavérisées. Quelle est la part prise par la réaction des tissus ambiants dans le processus sphacélique? C'est là une question encore ouverte et que pour ma part je n'ai pas été en mesure d'essayer même de résoudre.
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Cet article ayant seulement pour but d'étudier l'emphysème en tant que symptôme, et sa production dans le poumon devant faire, comme je l'ai dit plus haut, l'objet d'une étude à part, enfin l'emphysème étant, hors du cas où il se développe dans les lobules pulmonaires ou dans leurs intervalles, une question purement chirurgicale, si on le prend au point de vue de ses caractères séméiologiques, étiologiques et pronostiques, je bornerai son étude aux faits indiqués plus haut. J. Reisaut,
EllPHTSÈME (Chirurgie). Conformément à l'étyinologie et d'accord avec ce qui a été dit dans l'article précédent, nous décrirons deux espèces d'emphysèmes, Y un aérien, auquel la plupart des auteurs ont donné le nom de vrai, l'autre, que nous appellerons gazeux, en faisant remarquer que cette dénomination laisse sans doute à désirer, car l'air est bien un gaz. Mais, dans le langage vulgaire, n'est-il pas admis que le mot gaz signifie toute substance à l'état gazeux, excepté l'air.
N'oublions pas que la notion de la nature anormale des gaz infiltrés dans des tissus est de date toute récente. Galien s'exprime ainsi : Emphysemata non sohim fiunt sub ente in membranâ cellulosâ, sed etiam quaiidoque sub periosteia, etc.... 11 ne s'agit bien dans sa pensée que d'un épanchement d'air. En décrivant son apostème venteux, A. Paré a-t-il eu d'autres pensées? Son texte est assez net pour nous permettre de répondre sans hésiter par la négative. Dans les écrits d'Aétius, c'est la marche de l'air plus ou moins entravée par la résistance des tissus dont on peut lire la description. Il n'y est pas question de la qualité de cet air. Nous en dirons autant des descriptions que nous ont données Paul d'Égine (qui le premier, disons-le en passant, parle de la percussion à propos du diagnostic), Fabrice de Hilden, Bartholin, enfin Littre et Méry, qui les premiers décrivirent l'emphysème généralisé. Faudrait-il donc faire table rase de toutceque nous ont laissé ces auteurs jusqu'à Malgaigne, en 1845, pour une simple question d'étymologie?
Nous décrirons donc deux espèces d'emphysèmes, l'emphysème aérien et l'eniphysème gazeux.
1. Emphysème akrien. L'emphysème aérien a presque toujours pour cause un traumatisme. Le tégument cutané ou muqueux étant rompu, l'air peut pénétrer dans le tissu cellulaire, car, disons-le immédiatement, l'emphysème aérien est toujours interstitiel. Pour que cet emphysème se produise, il faut ou une augmentation dans la pression extérieure de l'air, ou une diminution de la pression dans les cavités cellulaires où l'air ne doit pas norm-alement exister. De là deux espèces d'emphysèmes aériens, l'emphysème par aspiration et l'emphysème par insufflation.
A. Emphysème par insufflation. Il produit sur nos tissus un phénomène analogue à celui que l'on observe dans les abattoirs sur les animaux dont la graisse est appréciée du public.
Etant donné l'extrême facihté avec laquelle les gaz sous faible pression peuvent cheminer dans nos tissus, examinons dans quelles conditions accidentelles ce phénomène peut s'observer. Nous ne présentons ici qu'une rapide énumération pour éviter des redites, renvoyant le lecteur aux articles spéciaux qui traitent des maladies des régions en particulier. Faisons seulement cette remarque préalable que la facilité plus ou moins grande avec laquelle se produit
l'emphysème traumatique dépend de circonstances variant avec la structure anatomique des régions. L'air s'infiltre d'autant plus aisément dans le tissu cellulaire que ce tissu est plus lâche, plus abondant; il s'y accumule d'autant plus que la disposition des parties lui offre une porte de sortie plus étroite.
Au crâne l'emphysème par insufflation peut revêtir deux formes : la tumeur gazeuse ou l'emphyzème diffus. Il reconnaît alors pour cause soit une fracture du sinus frontal ou des cellules mastoïdiennes, soit une perforation pathologique de ces cavités. Ces deux variétés ont été très-nettement décrites dans la thèse d'un ancien interne de Lyon, Grabinski [Des tumeurs gazeuses du crâne. Th. de Montpellier, 1869). Quand il s'agit d'une fracture de Tune des deux cavités dont nous venons de parler, le périoste est déchiré, généralement. Chaque fois alors que le malade veut se moucher, une certaine quantité d'air est injectée dans le tissu cellulaire par la déchirure périostique. Cet emphysème est quelquefois très-considérable. Cependant il est généralement bridé par les insertions musculaires. Quand il s'agit du sinus frontal, il n'est perceptible dans la région blessée que si le muscle lui-même est déchiré. Autrement la sonorité et la crépitation ne sont perçues que dans la région pariétale. L'air suit alors la même marche que le sang en cas d'ecchymose. On perçoit la crépitation là où l'on verrait l'ecchymose. Cette complication est relativement fréquente. Quand les sinus frontaux sont perforés par une lésion chronique, le périoste épaissi résiste, et alors l'air décolle le périoste. 11 se forme ainsi une tumeur gazeuse, mais non crépitante, c'est un pneumatocèle. Ces tumeurs gazeuses sont fluctuantes et sonores, elles sont réductibles. C'est une lésion extrêmement rare dont nous n'avons encore rencontré qu'un petit nombre d'exemples. Les auteurs discutent même l'authenticité de certains faits {voy. Crâne, page 554).
A la face l'emphysème des paupières passe pour fréquent à la suite des fractures des os propres du nez. Nous le repétons d'après les auteurs. Mais hâtons-nous de dire que telle n'est pas notre observation, presque toujours la fracture de ces os s'accompagne de lésions tégumentaires qui permettent à l'air de s'échapper au dehors. Citons l'emphysème palpébral presque fatal après la perforation artificielle de l'unguis (opération de Foltz), si l'on n'a pas soin d'empêcher le malade de se moucher. L'emphysème s'est souvent présenté à la suite des fractures du sinus maxillaire.
Les plaies de la cavité buccale donnent lieu quelquefois accidentellement à l'insufflation de toute la région cervicale. Ainsi, on lit [Londoyi Médical Journal, June 1855), l'histoii'e d'un individu qui pendant son repas vit sa joue se gonfler. Le médecin appelé constata un emphysème de la région massétérine. Dans une thèse de Montpellier est citée l'histoire d'un forçat qui s'était fait volontairement une plaie dans la bouche et s'était insufflé la face, pour exciter la pitié des gardiens de la prison (Conquet, Montpellier, 1855, n" 25).
Enfin nous citerons l'emphysème parotidien, décrit par le docteur Guinand (de Rive-de-Gier). Il s'observe chez les verriers et a pour cause une trop forte dilatation du canal deSténon. Quand les ouvriers soufflent avec trop de violence pour fabriquer les bouteilles, on voit se gonfler énormément leur région parotidienno. A ce moment la tumeur, légèrement douloureuse, est crépitante et sonore. Ces braves ouvriers la réduisent par une pression brusque vulgairement désignée parmi eux par l'expression de rentrer la chique. C'est assez dire que cet accident n'a aucune gravité. Par la voie buccale et à l'aide d'une incision
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tout à fait insignifiante, on peut sans inconvénient pratiquer l'auto-insuftlalion de tout le tissu cellulaire superficiel de la face et du cou. Cette auto-insufflation en quelques instants peut être poussée à un degré suffisant pour transformer la moitié supérieure du corps en un véritable ballon de sauvetage permettant à la tète de surnager. Et ce moyen d'éviter la mort en cas de naufrage a été trèssérieusement proposé [jendant ces dernières années. Nous ne le signalerons que pour donner une idée et de la facilité avec laquelle l'emphysème peut se produire, et de son absolue innocuité.
Lemphysème est rare à la suite de l'avulsion des dents parce que la muqueuse alvéolaire est très-adhérente. L'emphysème par contre est constant dans les fractures du maxillaire inférieur.
Au cou. Nous ne décrirons pas ici l'emphysème qui suit la fracture du larynx (strangulation incomplète, écrasement, suicide par instrument piquant), les plaies de la trachée par piqûre. Ce sont des accidents fréquents, et je m'étonne de voir les quelques observations que l'on a publiées à ce sujet reproduites comme s'il s'agissait de faits exceptionnels. Nous nous garderons donc de suivre cet exemple et nous signalerons seulement l'emphysème du cou après la trachéotomie, qui survient quand l'incision des parties molles a été insuffisante, ou a manqué de parallélisme. C'est sous le muscle peaucier que l'air s'épanche alors. L'emphysème reste superficiel. Signalons enfin les cas d'emphysèmes consécutifs au cathétérisme œsophagien (Baillarger, De V alimentation forcée chez les aliénés, 1855). Comme le fait précisément remarquer Dolbeau, ces accidents rares du reste sont dus à la maladresse des opérateurs, et il n'y a pas lieu d'insister sur leur description.
Quant aux autres régions du corps, nous n'avons rien de particulier à en dire ici {voy. Clavicules, Côtes, Poitrine. Voy. aussi Fractures, et plus loin Médeci>e légale de l'emphysème).
B. E^nphysème par aspiration. Dans tous les faits dont nous venons de paiier l'air a pénétré dans les tissus vivants sous une pression supérieure à celle de l'atmosphère. Dans d'autres circonstances c'est sous cette seule pression qu'il va cheminer dans les interstices de nos organes. C'est que dans beaucoup de régions la pression atmosphérique agit pour maintenir dans leur situation normale, soit les organes, soit surtout les téguments ou les plans aponévrotiques. Et nombre de cavités, virtuelles à l'état physiologique, peuvent devenir réelles, si une ouverture les met en conununicatioii avec l'air atmosphérique. C'est qu'alors ces cavités sont transformées en de véritables pompes aspirantes. Je prendrai pour exemple le creux axillaire. Quelques mots ont été dits à ce sujet à l'article Aisselle, p. 341. Mais, comme c'est dans cette région que nous pourrons le plus facilement suivre le mécanisme de l'emphysème par aspiration, nous ajouterons quelques détails à cette description.
Dans les mouvements exécutés par le membre supérieur, les parois de la région connue en anatomie descriptive sous le nom de creux axillaire sont tantôt rapprochées, tantôt éloignées les unes des autres, ce qui fait singulièrement varier la capacité de ce creux. Les vides qui se produisent ainsi à chaque mouvement sont comblés par l'air qui applique fortement sur le fond de cette cavité la peau velue de l'aisselle. En réalité le véritable ligament suspenseur de l'aisselle, c'est la pression atmosphérique.
Aussi, dès qu'une plaie pénétrante est produite, cette paroi s'abaisse et l'air est à chaque mouvement aspiré par l'aisselle. 11 est aspiré et expiré à chaque
mouvement respiratoire, puisque les côtes forment la paroi interne de l'aisselle. Il est aspiré à chaque mouvement du bras. Il est aspire' à chaque contraclion des muscles qui forment les parois antérieure et postérieure de la région (grand pectoral, grand dorsal, etc.). Cette aspiration est lacile à démontrer expérimentalement sur ie cadavre. On peut non-seulement faire aspirer de l'air par la pompe axillaire, mais bien des liquides colorés, si l'on amorce convenablement les tubes à expériences. Au reste, la clinique nous démontre tous les jours le rôle capital joué par cette aspiration. Dirai-je à ce sujet que rien n'est plus facile que de confondre une plaie pénétrante de l'aisselle avec une plaie pénétrante de poitrine, surtout si la première traverse le grand pectoral à une certaine distance de la région axillaire ? A la suite des opérations qui se pratiquent sur cette région et sur la région mammaire l'emphysème du tissu cellulaire est chose fréquente. On l'observe au moment même de l'opération. Et cette aspiration se fait sentir au loin, jusqu'au milieu de la région thoracique. C'est ainsi que de simples plaies des téguments au niveau de la partie moyenne du thorax ont pu se compliquer d'emphysème, .l'en pourrais citer maints exemples.'
C'est par un mécanisme analogue ([ue l'air pénètre dans le foyer des fractures des membres et que se produit l'emiihysème primilif. C'est un phénomène absolument mécanique, et dans lequel le shock, lu stupeur locale, l'exhalation, etc., ne jouent absolument aucun rôle {voy. Fractures, p. 57),
Symptômes. L'emphysème aérien, qu'il ait pour cause l'aspiration ou l'insufflation, se produit généralement sans grande douleur. A moins que par son siège il ne compromette le jeu de certains organes essentiels (emphysème du médiastin, profond du cou, etc.), il ne détermine que des symptômes subjectifs absolument négatifs. On le reconnaît à des signes patliognomoniques.
1" Le gonflement. Il peut être énoi-me et progressif (fracture de côte ou de clavicule, fracture du larynx, plaies de la trachée). Ce gonflement diflère'du gonflement inflammatoire par un défaut absolu de coloration. Quelques distendus qu'ils puissent être par l'air atmosphérique, les téguments conservent leur coloration normale.
En exerçant une pression sur les régions gonflées on peut en modifier la forme. Le gonflement est donc mobile. La consistance de la tumeur est pâteuse. La palpation ne provoque aucune douleur.
2° La crépitation. Ce symptôme qu'il suffit de citer est perçu par les doigts. Il est produit par le cheminement des bulles d'air dans le tissu cellulaire. Ces bulles éclatent sous la pression des doigts en donnant une sensation spéciale.
La crépitation gazeuse s'observe toujours dans l'emphysème. Elle permet de distinguer l'emphysème d'avec les tumeurs gazeuses qui comme lui sont sonores, mais ne présentent que de la fluctuation et non de la crépitation.
5° La sonorité. Tout emphysème présente ce symptôme. 11 est d'autant plus accentué que l'air est plus abondant et moins profondément infiltré.
II. EMPHYsiÎME GAZECX. Lcs gaz qul se propagent dans le tissu cellulaire sont en général des gaz putrides : 1" ils y naissent sur place par décomposition cadavérique de nos tissus, à la suite de certains traumatismes qui les frappent mortellement ou sous l'influence de micro-organismes infectieux introduits dans l'organisme soit directement, soit par la voie des lymphatiques ; 2" ils y pénètrent secondairement par diffusion. En se plaçant à ce double point de vue, l'élude de
l'emphysème traumatique est une des plus difficiles, même en se tenant strictement sur le terrain de la clinique pure.
J/emphysèrae par cadave'risation est en effet confondu généralement avec les emphysèmes spécifiques, disons le mot, microbiens. Il en diffère essentiellement.
Cet emphysème se produit très-fréquemment à la suite des grands Iraumatismes. C'est à la suite des accidents de chemin de fer que nous l'avons vu le plus souvent. J'ai pu en. observer aussi quelques cas en 1870 sur les champs de bataille de l'Est et de la Loire.
En voici l'histoire clinique. Un malade est apporté avec le pied broyé par un wagon de chemin de fer. La jambe paraît être absolument saine. On pratique une amputation du pied. Le lendemain le malade semble en parfait état. Mais vers le cinquième ou sixième jour de vives douleurs et une brusque élévation de la température, généralement accompagnée de délire, obligent le chirurgien à ouvrir le pansement.
On voit alors des plaques vertes ou bleuâtres sur toutes la surface de la jambe. Sous ces plaques qui sont sonores à la percussion et crépitantes à la palpation sont accumulés des gaz. Si, conformément aux traditions lyonnaises, on cautérise avec le fer rouge les tissus emphysémateux, on voit s'entlammer les gaz infiltrés. 11 est donc probable qu'il s'agit là de carbures d'hydrogène plus ou moins impurs ; si nous ouvrons avec le bistouri les régions malades, nous trouvons du tissu cellulaire mortifié. Il n'y a pas de pus. Les graisses sont liquéfiées et répandent une odeur franchement cadavérique.
En désinfectant soigneusement ces plaies et en enlevant avec soin tous les détritus cadavériques, on voit immédiatement tous les symptômes généraux s'amender. La guérison est la règle. Cet emphysème n'est donc dû qu'à la décomposition cadavérique de tissus qui, au moment de l'accident, semblaient sains. C'est l'observation de faits analogues qui m'a conduit à ne pas faire d'amputations primitives, quand les trauraatismes reconnaissent pour cause une puissance considérable (chemin de fer. obus, rochers détachés par la mine, projection par un cheval emporté, etc.).
L'emphysème n'est donc ici qu'un phénomème cadavérique.
Au point de vue du pronostic, il importe de le distinguer de l'emphysème microl)ien.
Ce dernier s'observe souvent aussi à la suite des grands Iraumatismes, mais sa nature est absolument différente. Là ce n'est pas la putréfaction des tissus' qui amène l'empliysème, c'est la fermentation produite par un micro-organisme. Aussi avons-nous préféré nommer cet emphysème gangrène gazeuse. On a déjà insisté sur les caractères pathogéniques de cette affection à l'article Septicémie.
Mais je tiens à affirmer la spécificité de cette affection, que Bottini le premier a inoculée aux animaux et que j'ai séparée des autres infections chirurgicales {De la gangrène gazeuse, définition clinique. In Lyo7i méd., 1885). La douleur prémonitoire, dans les tissus que les gaz putrides vont infiltrer, est un des signes cliniques les plus précieux au point de vue du diagnostic. Cette douleur constrictive est une des plus vives que puisse signaler le pathologiste. Elle précède tous les autres symptômes. Vient ensuite la dyspnée. Elle est trèsmarquée, et nous serions fort embarrassé pour en donner une explication plausible. Elle est constante, on l'observe même avant tout symptôme local; plus tard, les plaques bleuâtres avec phlyctènes se produisent. Puis les gaz se dégagent avec une extrême rapidité. Si le malade survit vingt-quatre heures.
64 EMPHYSEJIE.
l'emphysème superficiel peut se généraliser. Ordinairement la mort survient au bout de vingt-quatre à trente-six heures.
Quand le traumatisme est considérable, la température s'élève. Mais Thyperthermie n'est jamais très-accentuée, souvent au contraire la température tombe au-dessous de la normale pendant les quelques heures qui précèdent la mort.
11 n'y a jamais de délire. Le malade conserve jusqu'au dernier moment la plénitude de ses facultés intellectuelles.
J'ai remarqué que dans cette affection la tolérance de l'organisme pour l'alcool était en quelque sorte illimitée. Cette tolérance, je l'ai notée aussi chez les individus porteurs de pustules malignes vraies et chez les morveux. Elle n'existe pas en cas d'emphysème par simple décompositien putride dont il vient d'être parlé. Je me souviens d'avoir pronostiqué avec certitude la guérison d'un individu que l'on croyait atteint de gangrène gazeuse, par ce seul fait que des doses relativement modérées d'alcool l'avaient plongé dans l'ébriété. L'administration des alcooHques à hautes doses sera donc à la fois un moyen excellent pour confirmer le diagnoslic et combattre, s'ils existent, le développement des microbes. Ces derniers, sur la description desquels nous n'insisterons pas, ne se trouvent pas dans le sang. On ne les rencontre que dans le tissu cellulaire et les séreuses (le péritoine en particulier). Les cavités raéningienncs restent toujours indemnes.
Le pronostic de cette forme d'emphysème est presque absolument fatal. Je ne dirai que quelques mots à propos du traitement. Il sera préventif ou curatif. Curatif, il consiste à enlever les parties malades, à pratiquer liàtivemcnt dos opérations radicales. Boltini dans un cas ne craignit pas de désarticuler l'omoplate. Son malade fut sauvé. J'ai eu le bonheur de guérir deux patients en pratiquant l'amputation du bras. Il va sans dire qu'en pareil cas toute tentative de réunion est formellement contre-indiquée. Au début, on peut se contenter de puissantes cautérisations au fer rouge. Les ponctions multiples avec le thermocautère sont indiquées. Aussi efficaces que les larges iiicisioiis, elles ne laissent après elles aucunes cicatrices difformes. Mais nous ne voulons ] arler ici que de la période de début. L'alcool est indiqué. On doit le prescrire à hautes doses.
Le traitement préventif consiste à suivre avec une scrupuleuse minutie toutes les règles de la méthode antiseptique. Grâce à l'observation absolue de ces règles, depuis trois ans nous n'avons pas observé un seul cas de gangrène gazeuse, dans notre service de l'Ilôtel-Dieu, oij sont constamment loO malades. Et cette complication frappait naguère encore nos opérés en si grand nombre, que nos salles ont pu être alors le point de départ des travauv de l'école lyonnaise sur cette redoutable affection et fournir amplement les laboratoires d'oii sont sortis les remarquables découvertes d'Arloing et de ses élèves.
Le micro-organisme de la gangrène gazeuse n'est pas le seul qui puisse déterminer dans nos tissus la production des gaz.
Nous citerons encore les bactéridies charbonneuses et les microbes buccaux. Ces derniers, suivant la voie des lymphatiques dans les adénophlegmons odontopathiques, déterminent dans la région sus-hyoïdienne des collections gazeuses. Je ne veux pas parler ici des abcès fétides, sans gravité aucune, que l'on ouvre quotidiennement au niveau des gencives, mais bien d'une forme maligne de phlegmon, avec emphysème diffus, et dont le pronostic est excessivement grave. Ces phlegmons s'observent à la suite d'ulcérations gingivales ou linguales. J'ai vu mourir dans le service de mon frère, le docteur flumbert Mollière, une jeune
fille, chez laquelle un pareil phlegmon succéda à des ulce'rations linguales. Cette malheureuse atteinte de chorée s'était à plusieurs reprises mordu la langue. Elle mourut en vingt-quatre heures, malgré une incision hâtive. Dans ces cas-là il s'agit bien certainement d'un emphysème par fermentation et non par diffusion. Et il importe de diagnostiquer au plus tôt ce phlegmon sus-hyoïdien septique, emphysémateux, des abcès dentaires sonores, toujours si bénins, que Ton observe dans cette région.
Le microbe du charbon humain amène quelquefois de l'emphysème ; le fait doit être très-rare; j'en dirai tout autant de la morve aiguë, de l'ostéomyélite infectieuse. Les faits de cette nature n'ont pas été publiés avec des détails suffisants. Pour les admettre il aurait fallu des expériences précises, démontrant qu'aucune autre maladie microbienne ne coexistait.
L'emphysème gazeux par diffusion est certainement le plus commun de tous. Règle générale, tout abcès situé au voisinage du tube digestif devient fétide, qu'il s'agisse de l'anus, du ventre ou de la bouche. Point n'est besoin de rappeler l'extrême fétidité des abcès dentaires. Ce sont vraisemblablement les gaz produits au moment de la digestion qui pénètrent dans ces foyers.
On observe aussi les abcès fétides dans les régions profondes du cou, quand le pus se forme au voisinage de l'œsophage. De tous les abcès emphysémateux les plus fréquents sont ceux de la fosse iliaque et de la région anale. Ceux de la fosse iliaque méritent une attention toute spéciale, car le voisinage des intestins fait presque toujours confondre avec la sonorité intestinale la sonorité gazeuse de ces abcès. Il est rare que l'emphysème iliaque devienne diffus, l'épanchement gazeux reste généralement localisé dans le tissu cellulaire pérityphlique. Aussi u'observe-t-on la crépitation que dans les cas tout à fait exceptionnels. Les gaz infiltrés en pareil cas sont des gaz fétides. Leur odeur est la même que celle des gaz intestinaux.
Du reste, ne sout-ce pas là des gaz intestinaux qui ont pénétré par diffusion nos tissus ?
Nous n'insisterons pas sur les déductions thérapeutiques auxquelles nous conduirait cette étude (î;oî/. les articles Perityphlite, Iliaque [Fosse\, etc.). Nous nous bornerons à formuler en passant ce précepte : Plus sonore est une tumeur de l'aine, plus hâtive est l'indication de son ouverture.
Dans la région ano-périnéale, l'emphysème par diffusion est d'une extrême fréquence. Ou pourrait même dire que tout abcès anal (à l'exception, des abcès hémorrhoïdaux superficiels) est accompagné d'emphysème. On le verra s'étendre dans la région fessière; les gaz infiltreront les fosses ischio-rectales, l'espace pelvi-rectal supérieur. J'ai vu la crépitation s'étendre jusqu'à la racine de la cuisse au niveau des adducteurs. Le pronostic de cet emphysème n'est pas alarmant, un débridement hâtif amène généralement une prompte guérison.
Mais les gaz intestinaux ne sont pas les seuls à diffuser dans les collections purulentes ano-périnéales.
Lorsque ces abcès sont situés au voisinage du canal de l'urèthre et du bas- Ibnd de la vessie, les gaz tenus en dissolution par l'urine entrent dans ces abcès. Et l'urine au voisinage du pus se décompose, il y a production de gaz ammoniacaux. Aussi n'est-il pas rare, en l'absence de toute lésion des voies urinaires, de constater la présence de gaz ammoniacaux dans les abcès du périnée. Lorsque de pareils abcès sont en communication avec les bourses, l'emphysème peut acquérir d'emblée des proportions considérables. Le pronostic esl
DICT. ENC. XXXIV. S
alors des plus graves, car on observe presque toujours le sphacèle des bourses, Nous aurions à écrire ici tout un chapitre sur l'emphysème que l'on observe parfois dans la région pelvienne après les accouchements. Tantôt il est curable et ne s'accompagne pas de symptômes généraux graves, tantôt il est rapidement mortel. S'agit-il en pareille occurrence d'un emphysème par diffusion, provenant de la putréfaction des lochies, s'agit-il au contraire d'un emphysème microbien? Et dans ce cas le microbe est-il celui de la gangrène gazeuse, est-il celui de la fièvre puerpérale? Nul ne saurait à l'heure actuelle formuler une opinion scientifiquement démontrée sur ce point. Nous ne saurions donc, dans le doute, que conseiller l'application stricte de la méthode antiseptique en obstétrique.
Signalons en terminant celte étude l'emphysème éthéré. On l'observe à la suite des injections hypodermiques d'éther. Lorsque la température des malades est Irès-élevée, l'éther injecté sous la peau se volatilise et produit des tumeurs gazeuses ; ces tumeurs crépitantes sonores et douloureuses n'ont aucune gravité. Elles se résorbent spontanément en quelques heures. On ne confondra pas cet emphysème artificiel avec l'emphysème spontané qui survient après les grands traumatismes.
. m. Médecine légale. L'emphysème traumatique est susceptible de considérations différentes, suivant qu'il se produit par infiltration ou par aspiration.
i° Emphysème par insufflation. L'emphysème criminel est infiniment plus fréquent qu'on ne se l'imagine et point n'est besoin d'avoir à remonter à la classique observation de Dupuytren pour en écrire l'histoire. J'ai eu l'occasion d'en observer un certain nombre de cas.
Généralement cette insufflation est pratiquée par la région génitale. C'est la vengeance favorite des bouchers contre les audacieux qu'ils soupçonnent d'assimiler leurs fronts à ceux de leurs victimes. Leurs garçons sont chargés de la tâche. Ils s'en acquittent généralement avec entrain. L'emphysème est produit à l'aide d'une paille enfoncée sous la peau du scrotum. Souvent la vengeance se borne au gonflement exagéré de cette région et du tissu cellulaire pénien. Mais l'air par cette voie peut se propager jusqu'à la face. Il y a tuméfaction énorme des paupières, du tissu cellulaire du cou, de l'aisselle; généralement le cuir chevelu n'est pas envahi.
Il me souvient d'avoir vu entrer à l' Hôtel-Dieu de Lyon cinq individus ainsi insufflés. Ils réclamèrent leur admission à peu de jours d'intervalle. Ils faisaient partie de la même bande, chacun prétendant être l'unique victime de voleurs inconnus. Il s'agissait de vengeances sur lesquelles les victimes ne tenaient pas à s'expliquer. Chez ces cinq individus, l'insufflation avait été pratiquée par le scrotum. Notons qu'en pareil cas, contrairement à ce que l'on aurait pu croire, cette plaie scrotale se cicatrise avec une extrême rapidité, si bien qu'elle peut passer inaperçue. C'est ce qui nous explique comment certains individus ont pu attribuer à un accident un emphysème dont ils voulaient dissimuler l'origine. Dernièrement j'ai eu à traiter dans mon service un homme chez lequel l'insufflation avait été pratiquée par une prostituée pendant les rapports ab ore. Cette fille avait mordu la racine de la verge et pratiqué directement avec la bouche le gonflement de son amant. L'emphysème s'était propagé jusqu'aux paupières. Cette insufflation est généralement inoffensive et les accidents formidables qui ont été signalés n'avaient d'autre origine que l'mfection. On conçoit facilement avec quelle rapidité vont se mutiplier les micro-organismes infectieux dans un
tissu préalablement dissocié. Mais, je le répète, le cas est rare. L'emphysème criminel est quelquefois produit par le patient lui-même. A une certaine époque, on laissait les misérables exhiber librement leurs infirmités dans les rues et carrefours et à la porte des églises pour exciter la commisération.
L'empliysème artificiel était alors très-exploité et l'on pourrait en compulsant les chroniques et les descriptions anciennes donner un manuel opératoire complet de l'insufflateur.
Généralement on insufflait soit le scrotum, soit les paupières. Les mendiants obtenaient de la sorte d'énormes tumeurs des bourses qu'ils exhibaient cyniquement aux passants. L'insufflation des paupières réussit également à tromper les gens charitables.
Aujourd'hui, il ne reste de ces opérations qu'un petit nombre. Elles ont pour but de tromper les membres du conseil de révision, c'est assez dire qu'elles demandent beaucoup plus de soin ; la plus délicate consiste à insuffler le tissu cellulaire de l'orbite.
Pour ce faire on introd'iit vers l'angle interne de l'oeil, à travers un orifice pratiqué sur la surface conjonctivale près du sac lacrymal, mais au-dessus de lui, une petite paille. Elle est enfoncée à une certaine profondeur, on insuffle légèrement et immédiatement on produit un exorbitis qui peut durer plusieurs jours. 11 sera d'autant plus difficile à l'expert de reconnaître la fraude que dans ce cas on ne peut pas constater la sonorité. L'air est trop profondément infiltré et d'autre part on ne saurait sans inconvénient pratiquer la percussion du globe oculaire.
En examinant avec soin la surface conjonctivale on verra la trace du traumatisme.
Nous avons laissé entrevoir un peu plus haut tout le pai'ti que les simulateurs peuvent tirer de l'insufflation par la voie buccale, c'est-à-dire par une petite plaie pratiquée sur la face interne de la joue.
Il est une autre forme d'emphysème en pi'ésencede laquelle je me suis trouvé quelquefois et dont le mécanisme est très-difficile à décrire.
Cet emphysème en médecine légale pourrait donner lieu à de graves erreurs d'interprétation. Nous voulons parler de l'emphysème par traction, par arrachement. Généralement, en province du moins, nos compagnies d'omnibus et de tramways se servent pour leur traction de chevaux entiers qui sont souvent très-méchants. Ces chevaux mordent à pleines dents leurs palefreniers. Ils les saisissent et les soulèvent. Celte morsure a pour siège ordinaire le tronc. Or, comme le cheval n'a pas de dents pointues, les vêtements protègent la peau du patient qui reste intacte. L'animal lâche prise. Et si la victime est examinée pendant les premières heures qui suivent l'accident, on constate une intégrité absolue des téguments, mais au niveau de la morsure une volumineuse tumeur crépitante et sonore. Ces tumeurs disparaissent en quelques heui'es, sous les cataplasmes chauds. Telle est la bénignité des suites d'un pareil accident, que l'homme de l'art n'a que très-rarement l'occasion de l'observer aujourd'hui, car on sait dans les écuries que la guérison spontanée est la règle. Il n'est appelé que s'il y a d'autres lésions.
On doit donc être prévenu qu'en l'absence de toute fracture de côte, de toute lésion pulmonaire ou broncliique, il peut se produire sur le thorax un emphysème localisé, et cela sans qu'il y ait solution de continuité des téguments. Vinfiltration gazeuse des cadavres a donné lieu à de nombreuses interpréta-
68 EMPLATRE.
tions et très-fréquemment le médecin légiste a cherché à tirer parti de cet emphysème pour préciser soit la date de la mort, soit les causes de la mort. Ce sujet est examiné à l'article GADAvr.E.
L'emphysème des pendus et des noyés a été étudié aux articles Pendaison et Submersion. Je me permettrai seulement, au sujet de ces derniers, d'exposer ce que m'a appris l'observation d'un très-grand nombre de cadavres (j'ai eu pendant plusieurs années à examiner tous les noyés du Rhône, de la Saône et des petits cours d'eau de nos environs).
Pendant Vhiver dans les eaux stagnantes, les cadavres restent submergés. Ils conservent leur aspect normal jusqu'au moment où on les retire de l'eau. Aussitôt mis à l'air ils se putréfient avec une excessive rapidité. Le soir même de la découverte du cadavre l'emphysème commence. Dans les eaux à courant rapide, la conservation est plus durable après la découverte du cadavre.
Pendant l'été. Les noyés dans les eaux stagnantes ou peu rapides deviennent immédiatement emphysémateux. Pour notre région (je signale la Saône, les étangs, les fossés des fortifications), cet emphysème commence à se développer très-rapidement après la mort. Les cadavres surnagent donc au bout de peu de temps. Disons enfin que dans les cours d'eau rapides (je prends le Rhône pour exemple), j'ai constaté que la conservation des cadavres est beaucoup plus prolongée. Pour donner une idée de ces différences, j'emprunterai au langage des mariniers de Lyon l'adage suivant : Un noyé du Rhône est en retard de cinq jours sur un noyé de la Saône.
IV. Emphysème artificiel pour la dissection. Nous ne saurions trop recommander 1 insufflation d'air comme moyen de faciliter la dissection. Les nombreuses expériences que nous avons laites par ce procédé nous ont permis d'aller chercher avec une certitude absolue certaines collections purulentes, profondes et latentes, dont les descriptions anatomiques classiques n'auraient pas permis de soupçonner l'existence. C'est que l'air lentement insufflé suit généralement la voie que doit suivre le pus. Il ne faut pas en effet s'imaginer qu'une grande force soit nécessaire pour faire cheminer l'air dans nos tissus. On a trop stéréotypé devant les yeux l'image de ces bouchers représentés par les peintres de l'école flammande, armés d'un énorme soufflet à longs manches. A les voir insufflant leurs victimes en s'aidant des pieds et des mains, on s'imaginerait que l'air n'entre qu'à grand'peine dans nos tissus. Et cependant cinq ou six centimètres cubes de mercure sont suffisants pour obtenir ce résultat. C'est ce que nous ont appris de nombreuses expériences pratiquées avec notre regretté maître Letiévant, alors qu'il enseignait la physiologie comme professeur suppléant à l'ancienne École de Lyon. Daniel Mollière.
KMPIRISME. Yoy. Médecine [Histoire] et Méthode.
EMPLÂTRE. Médicament externe plus ou m.oins consistant, susceptible de se ramollir par la température du corps, sans couler et adhérant aux parties sur lesquelles on l'applique. Les emplâtres ont, comme les onguents, pour base des corps gras, mais ils diffèrent par l'addition de résine et de cire, ce qui en fait de vrais onguents ou des onguents emplastiques, ou bien parce que les huiles y sont solidifiées, c'est-à-dire saponifiées, à l'aide d'oxydes métalliques, tels que la litharge; ce sont les emplâtres proprement dits ou stéarates.
EMPLATRE. 69
1° La manière de préparer les onguents emplastiques ne diffère guère de celle qui sert dans la confection des onguents en général {voy. Oxgdents). Ils se préparent par fusion. Si une substance volatile, telle que la térébenthine, entre dans leur composition, on n'ajoute celle-ci que vers la fin de l'opération. S'il s'agit d'ajouter des matières actives, destinées à être absorbées par la peau, on a soin de les bien disposer au mélange; en d'autres termes, aux matières crasses et résineuses on ajoute les poudres à leur plus grand état de finesse, les extraits après les avoir ramollis, le camphre à l'état de solution dans l'huile, le mercure préalablement éteint, les gommes-résines après solution dans l'essence de térébenthine, etc. Le mélange doit se faire très-graduellement. Lorsqu'il a atteint l'homogénéité voulue, on laisse refroidir la masse suffisamment pour qu'on puisse la malaxer dans l'eau avec les mains, puis on la roule en cylindres plus ou moins gros qui ont reçu le nom de magdaléons. Les magdaléons se conservent dans un papier; si l'empLitre a une tendance à se couvrir de moisissures, on le protège par une mince couche d'huile de lin qui, par dessiccation, lui forme un vernis protecteur.
Nous donnerons quelques exemples de ces sortes d'emplâtres :
EMPLATRE AGGLDTINATIF d'aNDRÉ DE LA CROIX
Poix blanche 8
Résine élémi 2
Térébenthine du mélèze 1
Huile de laurier 1
F. s. a. Cet emplâtre sert pour la réunion des bords des plaies.
EMPLATRE DE CIRE
Cire jaune 5
Suif de mouton 3
Poii blanche 1
Faites liquéfier et passez.
EMPLATRE CÉROÈNE {Codex)
Poix de Bourgogne 40
— noire 10
Cire jaune 10
Suif de mouton 5
Poudre de bol d'Arménie 10
Myrrhe pulvérisée 2
Oliban pulvérisé 2
Minium porphyrisé 2
Faites liquéfier la poix, puis la cire et le suif, passez à travers une toile et, lorsque la consistance sera devenue celle du cérat, incorporez les substances pulvérisées eu les faisant passer à travers un tamis.
EMPLATRE DE CIGDË
Galipot 9i
Poix blanche ii
Cire jaune 6i
Huile de ciguë 15
Feuilles fraîches de ciguë 200
Gomme ammoniaque puriliée 50
Faites liquéfier à un feu doux dans une bassine en cuivre les substances fusibles, ajoutez les feuilles de ciguë contusées et chauffez pour chasser toute l'eau; soumettez à la presse, laites fondre de nouveau et laissez refroidir lentement et séparez la masse par du dépôt de matières étrangères; faites fondre
70 EMPLATRE.
en ajoutant la gomme ammoniaque. Après refroidissement, divisez en magdalëons.
EMPLATRE DE BELLADONE (pLA>'CHE)
Extrait alcoolique de belladone 9
Résine élémi purifiée "
Cire Ijlanclic l
On incorpore l'extrait aux autres matières.
On fait des emplâtres analogues avec l'extrait de ciguë, de digitale, de stramonium, etc.
EMPLATRE DE POIX DE BOLRGOGNE
Poix de Boiirorogne ">
Cire jaune 1
On fait liquéfier, on passe à travers un linge et on divise en magdaléons.
EMPLATRE ANTHITSTÉRIQUE OU FÉTIDE
Galljanum 2
A*a frétilla 1
Poix blanche ... 1
Cire jaune 1
On ajoute la cire aux autres substances liquéfiées et passées, puis on agite jusqu'à refroidissement. Cet emplâtre sert quelquefois en applications dans l'hystérie.
EMPLATRE d'acÉTATE DE CUIVRE OU CIRE A'ERTE
Poix blanche oO
Cire jaune lOO
Térébenthine du mélèze 25
Verdet porpliyrisé 25
On divise l'acétate de cuivre dans la térébenthine et l'on ajoute le mélange à la cire et à la poix blanche préalablement fondues. On agite jusqu'à refroidissement et on forme des magdaléons.
2° Revenons aux vrais emplâtres, à ceux qui ont pour base de véritables savons de plomb, c'est-à-dire des combinaisons de plomb avec les acides oléique, stéarique, palmitique, etc., produits par dédoublement des corps gras en glycérine et en acide en présence de l'eau. Lorsque l'on prépare l'emplâtre à la simple action de la chaleur, par réaction de Toxyde de plomb sur les corps gras, il se produit des décompositions partielles, et l'on a ce qu'on appelle les emplâtres brûlés.
L'emplâtre simple, base ordinaire des emplâtres médicinaux, s'obtient par l'intermédiaire de l'eau. Le choix du corps gras n'est pas indifférent : ainsi l'huile d'oeillette donne un savon trop mou, se desséchant à la longue et recouvert d'une ci'oùte cassante; l'huile de ricin serait préférable, si l'emplâtre obtenu n'était coloré ; enfin, c'est à l'huile d'olive qu'il faut donner la préférence; il y a avantage à y adjoindre la graisse de porc, qui, employée seule, donnerait un produit trop mou, mais mélangée avec l'huile d'olive fournit un emplâtre de consistance très-convenable.
Parmi tous les oxydes métalliques les plus appropriés sont ceux de plomb ; on a expérimenté le massicot, la litharge et le minium; mais le premier exige un temps trop long pour la préparation de l'emplâtre, le dernier présente le même défaut parce qu'il se réduit tout d'abord à l'état de protoxyde avant d'agir.
EMPLATRE. -71
C'est donc la lithari'e qui convient le mieux. La céruse pourrait également servir, car en perdant son acide carbonique elle passe à l'état d'oxyde de plomb.
L'emplâtre simple s'obtient [Codex de 1884) avec :
Parties.
Liiharge pulvérisée 1
Axonge 1
Huile d'olive 1
Eau 2
Mettez l'axonge, l'buile d'olive et l'eau, dans une vaste bassine en cuivre, faites liquéfier sur un feu modéré, ajoutez la litharge en la faisant passer par un tarais et remuez avec une spatule en bois. Maintenez l'ébullition, en remplaçant l'eau qui s'évapore par de l'eau cliaude. Lorsque l'oxyde de plomb aura tout à fait disparu, que ia masse aura pris une couleur blanche uniforme et une consistance solide, laissez refroidir, et pendant que l'emplâtre est encore mou et chaud, malaxez-le pour chasser l'eau et roulez-le en magdaléons.
La bassine doit être volumineuse, à cause du boursouflement considérable que peut présenter la masse, et, si cet accident se produit, il faut modérer la chaleur. L'eau ne doit pas manquer, car l'emplâtre se décomposerait. Elle empêche la température du mélange de dépasser 100 degrés et joue ainsi le rôle de bainmarie, et en même temps elle est nécessaire au dédoublement des corps gras.
L'emplâtre simple n'étant qu'un composé de stéarate , de palmitate , d'oléate, etc., de plomb, Gélis a eu l'idée de le préparer par double décomposition avec :
Parties.
Savon blanc de Marseille 2
Acétate neutre de plomb 1
. Eau 80
On dissout l'acétate de plomb et le savon dans l'eau bouillante et on agite le mélange jusqu'à éclaircissement ; le précipité est lave à l'eau chaude et roulé en magdaléons. La consistance de l'emplâtre ainsi obtenu est sèche et cassante ; on remédie à cet inconvénient en ajoutant un peu d'huile ou d'acide gras.
L'emplâtre simple ne s'emploie guère seul, mais il sert à la préparation de tous les autres emplâtres, sauf les emplâtres brûlés. Ainsi il entre dans la composition de l'emplâtre diachyîon [voij. Diachylon), de l'emplâtre Diapalme {voy. ce mot), etc. Voici quelques exemples d'emplâtres :
EMPLATRE MERCCRIEL OU DE ViGO (Coclex)
Emplâtre simple 200
Cire jaune . . 10
Colophane 10
Bdellium 5
Gomme ammoniaque purilice 5
Oliban " . 5
Myrrhe 5
Safran 2
Mercure 60
Styrax liquide purilié 30
Térébenthine du mélèze 10
Huile volatile de lavaude 1
Pulvérisez le bdellium, l'oliban, la myrrhe, le safran ; triturez dans un mortier en fer légèrement chauffé le styrax, la térébenthine et l'huile essentielle de lavande, en y ajoutant peu à peu le mercure jusqu'à extinction. Faites liquéfier l'emplâtre simple avec la cire, la colophane et la gomme ammoniaque, et dans
72 EMPLATRE.
ce mélange incorporez les autres substances déjà pulvérisées. Lorsque l'emplâtre aura pris, par refroidissement, la consislance d'une pommade molle, ajoutez le mélange raercuriel et remuez jusqu'à ce que (a masse soit homogène. Laissez refroidir et divisez en magdaléons.
Cet emplâtre sert comme résolutif.
Vemplâtre mercnriel de diverses pharmacopées étrangères n'est composé que de diachylon simple et de mercure.
EMPLATRK DE MINIUM CAMPHRÉ 00 DE NUREMBERG [Codex)
Emplâtre simple 600
Cire jaune ^00
Huile d'olive lOO
Minium loO
Camphre pulvérisé 'IS
Faites liquéfier ensemble l'emplâtre simple et la cire, incorporez le minium préalablement porphyrisé avec l'huile d'ohve et, quand la masse emplastique sera presque refroidie, ajoutez le camphre pulvérisé.
EMPLATRE DE CANET [Codex)
Emplâtre simple 1
— diachylon gommé 1
Cire jaune 1
Huile d'olive 1
Colcolhar l
Faites deux parts de l'huile : dans l'une incorporez le colcothar en le porphyrisant; dans l'autre faites liquéfier à une douce chaleur les emplâtres et la cire. Mélangez le tout et remuez jusqu'à refroidissement, puis divisez en magdaléons.
EMPLATRE AGGLCTINATIF SIMPLE
Emplâtre simple 6
Poix blanche 1
Liquéfiez à un feu doux, passez et divisez en magdaléons.
EMPLATRE DE SAVON (Codex)
Emplâtre simple 2000
Poix blanche 100
Savon blanc 123
On fait liquéfier l'emplâtre avec la cire, on ajoute le savon divisé ou raclé et l'on agite. En additionnant l'emplâtre de savon de 1/100'^ de camphre pulvérisé, on obtient Vemplâtre de savon camphré.
EMPLATRE RESOLUTIF OU DES QUATRE FONDANTS (Codex)
Emplâtre de savon 1
— de diachylon gomme 1
— rnercuriel 1
— de cipuë 1
Faites liquéfier ensemble à une douce chaleur les quatre emplâtres dans un vase en terre ou en fonte et mélangez exactement.
Une variété d'emplâtres vrais ou de stéarate, ce sont les emplâtres brûlés, déjà mentionnés et dont le type est l'emplâtre brun ou onguent de la mère Thècle, imaginé par une religieuse de rilôlel-Dieu.
EMPLEURUM. 75