ENCRINES
tulipe ou d'un lis, tantôt celui d'un palmier; c'est ce qui explique pourquoi les plus anciens auteurs, comme Lister, Luidius et autres, les avaient prises pour des plantes, et pourquoi Guettard décrivit, en 1755, comme Palmier nain le premier exemplaire vivant de Peniacrinus Asteria L. [P. caput Medusœ J. Mûll.), qui fut envoyé de la Martinique en Europe.
De nos jours, les Encrines sont loin d'être aussi abondantes qu'elles l'étaient aux époques primaire et secondaire. On n'en compte guère plus de 50 espèces réparties dans 12 ou 15 genres, et dont la majeure partie n'a été connue qu'à la suite, d'une part, des découvertes successives faites par Sars dans les mers du Nord, par de Pourtalès et Alexandre Agassiz dans la mer des Antilles, d'autre part, des expéditions si fructueuses du Challenger, du Porcupine, du Travailleur et du Talisman. De ces espèces, les unes sont fixées au sol ou aux rochers pendant toute la durée de leur existence, comme l'étaient d'ailleurs la plupart des Encrines de l'époque paléozoïque; les autres, fixées seulement pendant leur jeune âge, se détachent de leur tige après avoir atteint leur accroissement complet et vivent libres, accrochées parmi les grandes algues flottantes.
Les premières, c'est-à-dire les Encrines fixées, se répartissent dans les six genres lïolopvs d'Orbigny, Hijocrinus Wyville Thomson, Batiujcrinus W. Thonis., Rhizocrinus 0. Sars, Metacrinus H. Carpenter et Pentacrinus Miller. Toutes vivent à des profondeurs considérables; ainsi, on a dragué le Pentacrinus asteria L. [P. caput Medusœ i. Miill.), dans la mer des Antilles, à 40 ou 50 mètres, le Rhizocrinus Lofotensis 0. Sars, dans les régions de l'Atlantique qui avoisinent les îles Lofoden, depuis 200 jusqu'à 1500 mètres, le Pentacrinus Wyville Thomsoni Gwyn-Jeffreys, sur les côtes du Portugal, du Maroc, et en face de l'embouchure de la Charente, à 1800 et 2000 mètres, le Bathijcrinus gracilis W. Thoms., dans la baie de Biscaye, à 4570 mètres.
A l'exception de VHolopus liangii d'Orb., dont la tige extrêmement courte et épaisse semble, au premier abord, n'être qu'un élargissement du corps, toutes les Encrines fixées soni pourvues d'une tige articulée, longue et flexible, qui adhère au sol ou aux rochers, tantôt, comme dans le Rhizocrinus Lofotensis 0. Sars, au moyen de prolongements ramifiés ayant tout à fait l'apparence de racine?, tantôt au moyen de cirres simples, reeourbés en forme de crochets, comme on l'observe notamment chez le Pentacrinus Wyville Thomsoni G. Jeffr. Le corps, discoïde, repose par sa face dorsale sur un squelette calciforme, formé de pièces calcaires polygonales, et des bords duquel partent des bras grêles, allongés, au nombre de 5 chez les Rhizocrinus, de 10 chez les Hyocrinus et les Bathycrimis, plus encore chez les Pentacrinus et les Metacrinus, où il peut y en avoir jusqu'à 100, chacun des 10 bras primitifs se bifurquant plus ou moins. Ces bras sont formés d'articles tantôt mobiles, tantôt en partie soudés par paires {syzygies) et pourvus, sur la face ventrale, d'appendices également articulés, appelés pinmdes. La face ventrale du corps, tournée vers le haut et revêtue d'une peau résistante, porte la bouche et l'anus. Ce dernier, qui n'existe pas toujours, est placé excentriquement et souvent porté sur un pédoncule dont l'intérieur présente des plis longitudinaux que certains auteurs considèrent comme servant à la respiration. La bouche est munie d'une couronne de cirres articulés; elle est, en outre, le point de départ de cinq sillons ambulacraires pourvus d'appendices tentaculiformes {pieds ambulacraires) et se prolongeant sur les bras, leurs ramifications et jusque sur les pinnules; ces dernières
paraissent servir pins particulièrement à la respiration. Les viscères sont renfermés dans le disque; le cœur, placé au fond du calice, donne naissance à cinq vaisseaux pour les bras et à d'autres vaisseaux pour les cirres. Les ovaires sont situés à la base des pinnules. Les sexes sont séparés.
lesEncrines libres se répartissent notamment dans les genres Antedon Frém., Comalida Lamk. {Alecto F. S. Leuck.) ei Actinometra i . Miill. Elles présentent des aftinités indiscutables avec les Astéries ou Étoiles de mer. Leur corps, aplati, est pourvu, à la face ventrale, d'une bouche et d'un anus distinct et, sur les bords, de 10 à 50 bras très-longs, garnis de nombreuses pinnules. La face dorsale porte de larges plaques sur lesquelles sont insérés de longs appendices articulés, analogues aux cirres de la tige des Encrines fixées et qui servent à l'animai à s'accrocher.
Le développement des Encrines libres a été mis en lumière par les beaux travaux de Wyville Thomson, de William Carpenter et surtout de Gôtte. sur la Comatule de la Méditerranée {Antedon rosaceus Xorm., Alecto europcea Leuck., Comatula mediterranea Lamk.). Dans cette espèce, la larve, au sortir de l'œuf, est vermiforme et pourvue d'une couronne de cils analogue à celle des Holothuries; à son extrémité postérieure se développe une petite tige calcaire articulée, au moyen de laquelle la larve se fixe après avoir perdu sa couronne de cils. C'est sous cette forme qu'elle a été prise, en 1827, par Thomson, pour une Encrine véritable, et décrite par lui sous le nom de Pentacrinus europceus. Le corps de l'animal se forme par gemmation terminale, puis, à l'état adulte, la comatule se détache de sa tige et devient libre. V Antedon rosaceus Norm. vit par de faibles profondeurs; on le rencontre, souvent en abondance, sur divers points des côtes de France, aussi bien dans l'océan Atlantique que dans la Méditerranée. Les Comatules vivent accrochées par leurs cirres parmi les algues. «Mais elles paraissent ne se plaire sur les algues flottantes que jusqu'à un certain âge; plus tard, elles quittent ces stations oii leur corps fragile courrait trop de dangers, et viennent s'abriter sous les galets que la mer accumule sur certîiins récifs. Là, elles appliquent exactement sur la pierre leurs dix bras rayonnants, tandis que, sur les algues, elles les tiennent ordinairement à demirelevés, plus ou moins enroulés au sommet, de manière à reproduire le profil d'une fleur de lis. Si on les inquiète, elles quittent aussitôt la place et se mettent à nager, en imprimant à leurs bras de lentes ondulations. Ce sont probablement les seuls Échinodermes dont le corps soit suffisamment léger pour se prêter à ce mode de locomotion ii (Edouard Perrier, Les colonies animales, 1881, p. 594). Ed. Lef.
EXCYCLOPÉDIE. L'Encyclopédie, à laquelle la France du dix-huitième siècle a jadis attaché son nom, et qui est devenue le type de toutes les œuvres Ju même genre, fut, lors de sa publication en 1751, un véritable événement. Destinée, dans l'intention de ses rédacteurs, à inaugurer le règne de la raison dans la science, elle frappa si vivement les esprits par cette ambition même, par le talent et l'autorité des d'Alembert et des Diderot, qu'elle parut une nouveauté sans précédent aucun dans l'histoire du monde, proies sine matre creata, selon la devise que Montesquieu avait choisie, en 1748, pour Y Esprit des lois. La <:ntique moderne elle-même ne s'est guère enquise de chercher si ÏEncyclopédie avait eu des modèles dans l'antiquité ou dans le moyeu âge. Tout au plus a-t-on Songé à rappeler la Somme de saint Thomas d'Aquin, pour opposer à ce monu-
ii^ ENCYCLOPEDIE,
ment par excellence du vieux dogmatisme catholique le monument du rationalisme moderne*. Et pourtant ce colossal ouvrage de 57 volumes in-folio n'était pas le premier effort de la pensée humaine pour rassembler et coordonner ses connaissances sur le monde exlc'rieur et sur le monde intérieur. Il avait des origines anciennes, sinon des modèles, dans la littérature grecque et dans la littérature romaine, ce que d'Alembert paraît avoir oublié dans son mémorable discours préliminaire, ce que Diderot n'a pas non plus mentionné dans son Explication détaillée du système des connaissances humaines, véritable complément du discours de d'Alembert, ce qui vaut pourtant la peine d'être recherché.
Mais, avant tout, on se demande ce que veut dire le mot retentissant et par lui-même un peu obscur d'encyclopédie, qui paraît pour la première fois au titre d'un ouvrage en latin du philologue allemand Alsted en 1610, et dans notre langue en 1625, au cours du célèbre ouvrage de G. Naudé : Apologie pour les grands personnages faussement soupçonnés de magie.
Ce mot destiné à une si grande fortune n'a pas, si je puis ainsi dire, un état civil bien régulier. Les trois mots grecs dont il se compose (Iv, xOzXoî et iicahlot) n'ont peut-être jamais été réunis en un seul par aucun écrivain grec soit des temps classiques, soit même du moyen âge. Ils ont seulement été rapprochés pour désigner le cercle dos connaissances enseignées dans les écoles. On trouve chez les classiques l'adjectif s yxu/.Àoç, pour désigner ce qui forme un cercle ou ce qui suit une marche circulaire. On trouve plus souvent encore l'adjectif i7/.ûx>>ioî qui, rattaché au mot -ouBdr, signifie le cercle de l'enseignement régulier et, comme nous l'appellerions aujourd'hui, de l'enseignement classique secondaire (sciences et lettres)-. Mais les mois È^xuxXoTrat^ïta et £7y.ux).f07:aiâ£''a manquent absolument d'autorité chez les écrivains grecs et ne figurent que dans les leçons douteuses chez Quintilien et Pline l'ancien^.
Quoi qu'il en soit à cet égard, l'idée que le mot encyclopédie désigne chez nous est fort ancienne.
On peut même ajouter que les Grecs ont eu de bonne heure l'instinct ou la vague notion de l'unité du savoir humain, et que cette notion s'expiime assez clairement dans le mythe des Muses. Les neuf filles de Mriémosyne et de Jupiter, c'est-à-dire de la Mémoire et du dieu de l'Intelligence, formaient un chœur où sont représentées les principales fonctions de la science et de l'art. Ainsi l'histoire est représentée par la muse Ciio, l'astronomie par Uranie, la poésie et ses divers genres par Melpomène, Thalie, etc. *
* Voy. la notice d'Ernest Bersot sur d'Alembert, et l'article Ekcïclopédie par F. Riaux.dans le Dictionnaire des sciences philosophiques publié sous la direction de M. A. Franck.
- Thésaurus linguœ grcecce de 11. Estienne aux mots : 'EyxùxJ^io; et "Eyx-jxio;.
' « liaec de gi'aminatice quam brevissime potui, non ut omnia dicerem sectatus, quod « infinitum erat, sed ut maxime necessaria: nunc de ceteris artibus, quibus instituenilos, « priupquam rhetori tradantur, puei'os exislimo, strictim subjungam, ut efficiatur oi'bis « ille doctrinœ, quem Grœci iyy.bxliov îtatôet'av vocant. (Qdiktilies, IX, 1.) — « Jam omnia « attingenda, quœ Grseci rà; iyY.wlonc^idsis.i vocant. » (Pline, Préface, II.) — Vilruvc ne coimait que 1 adjectif èvjcûxJiov qu'il rattache au mol disciplina. « Foitasse mirum videbiiur « imperitis hominibus posse naturam tantuni numerumdoctrinarum perdiscere et menioria 8 continere : cum autem animadverterint omnes disciplinas inter se conjunctionem renim « et coiiimunicalionem habere, lieri posse laciliter credent. Encyclios enim disciplina, uti « corpus unum, ex liis membris est composita. Itaque qui a teneris œtatibus erudilionibus « variis inslruuntur, omnibus litteris agnoscunt easdem notas, communicalionenique « omnium disciplinarum, et ca re facilius omnia « cognoscunt. » (Vitruve, I, 1, l'-^)
'' Cf. la thèse de M. Decharme, Les Muses: Étude de mythologie grecque. Paris, 1809.
Cette première et vague conception, les Grecs la retrouveront ou croiront l'avoir retrouvée dans ce qu'ils appelaient la science d'Homère. Le poète ou plutôt l'ccole de poètes qui porte ce nom peignit fidèlement et naivement l'état de la civilisation durant les âges héro'iques. Les Hellènes s'habituèrent à considérer VIliade et VOdijssée comme des dépôts de toute sagesse au même titre qu'ils étaient l'exacte peinture de la société durant ces vieux âges. Quand l'esprit philosophique devint plus exigeant de vérités sérieuses, il lui parut difficile d'accepter toujours la lettre même des poésies homériques, l'artout où le sens littéral répugnait à celte exigence, on recourut à l'alléïorie pour maintenir obstinément l'autorité du poète devant celle des philosophes, à côté d'eux, sinon au-dessus d'eux. Cette méthode d'interprétation allégorique, déjà essayée au temps de Socrate, s'est perpétuée à travers les siècles, même à travers les siècles chrétiens , et l'exégèse bvzantine n'a pas cessé de s'y complaire ^
Mais, dès le temps de Socrate, la réflexion savante, c'est-à-dire la philosophie, se détachant du dogme religieux et des fables qui le recouvraient, avait pris un rôle à part, et, soit en vers, comme chez Empcdocle, Parménide et Xénophane, soit en prose, comme chez Heraclite, Démocrile, Melissus et les Pythagoriciens, elle avait l'ambition d'embrasser dans ses vues hardies le monde entier, l'origine des choses, la naissance et la loi des sociétés humaines. Tel des premiers penseurs intitulait son livre : iiîpi tcû Travrô;; tel autre : nepi zf,ç toû Travro; yJTEtu;; tel autre: ttecî xÔToto-j « du monde ». Cicéron nous a conservé en latin la première phrase d'un Traité de Démocrite : Hœc loquor de universis, « voici ce que je pense sur toutes les choses* ». C'était assurément là l'expression prématurée de ce qui devait s'appeler plus tard la science universelle, Y Encyclopédie. Trois opuscules placés sous les noms du Lucanien Ocellus, du Locrien Timée et du Stagirite Arislote^, apocryphes, très-anciens et qui portent indûment ces noms illustres, nous donnent pourtant une idée des livres d'un Heraclite et d'un Démocrite, et de ce grand effort de la raison humaine pour embrasser dans son ensemble la science du monde moral comme celle du monde physique. On V sent à la fois et sa noble hardiesse et son impuissance. Cette cosmologie commence par se perdre dans les régions supérieures du monde stellaire et planétaire et, descendue de si haut, elle aboutit quelquefois aux plus mesquins préceptes sur la vie civile et domestique. Il était trop tôt alors pour créer utilement de telles œuvres.
Socrate eut bien raison de décourager cet aventureux esprit de système; mais eu même temps il eut le mérite d'y substituer la méthode de recherche qui allait devenir la loi même du progrès dans les sciences humaines. Déjà dans Platon la science du monde moral s'organise et se subdivise, se subdivise pour les besoins de la recherche, s'organise pour la satisfaction d'un esprit puissant et capable de s'élever aux principes des choses.
L'organisation de la science devient plus saisissable encore chez Aristole. Alors on voit que chaque partie du savoir humain demande un livre spécial. Les
' E. Egger, Essai sur l'histoire de la critique chez les Grecs, pp. 61, 80 et 98.
- » Quein cumeo confene possumus non modo ingenii magniiudine, sed eliam animi, ' qui ila sit ausus oniiri : Hœc loquor de universis? »
^ Ocellus Lucinus, De la nature de VUnivers. — Timée de Locres. de l'âme du monde. — Aiislole, Lettre à Alexandre sur le système du monde, avec la trad. française par l'abbé Balleux. Paris, 1768, 1 vol. in-8°.
Heraclite et les Démocrite ne savaient guère ce que c'est qu'une bibliothèque; Platon lui-même n'avait peut-être pas cinquante volumes dans la sienne; Aristote fonda en réalité la science sur l'érudition, et l'érudition amena la multiplicité des livres. 11 est le maître et l'inspirateur de ceux qui forment les premières bibliothèques, à Athènes d'abord, plus tard dans Alexandrie et dans Pergame. Dans ces dernières villes, chaque branche du savoir humain va être séparément représentée par une école d'esprits studieux ; l'unité des sciences ne peut plus être formulée dans un seul ouvrage. Disciple et continuateur d' Aristote, Théophraste, comme son maître, avait distribué dans un grand nombre d'écrits spéciaux l'immense richesse de ses observations et de ses compilations. Comme son maître, il laisse du moins voir dans la diversité de ses écrits l'originalité d'un esprit qui pense par lui-même et ne se borjie pas à profiter des travaux de ses devanciers.
Mais, en rappelant la studieuse école d'Alexandrie et le Musée oiî les rois grecs de l'Egypte avaient ouvert à côté de leur riche bibliothèque un asile aux érudits et aux écrivains de toute classe, premier modèle de nos académies', nous touchons à une forme nouvelle de l'idée encyclopédique ; nous touchons à la famille des érudits, qui furent nombreux à la cour des Ptolémées, et dont aucun ne fut plus infatigable que ce Didyme d'Alexandrie, surnommé pour cela même « l'homme aux entrailles d'airain » [xnày-év-t^o;). Les anciens biographes lui attribuaient 3500 volumes, des volumes, il est vrai, dont chacun sans doute ne contenait guère plus que la matière d'un rouleau de papyrus, et, si l'on veut prendre un terme de comparaison plus commode, ne dépassait guère en étendue un des discours civils de Démosthène, ou deux ou trois chapitres de la Rhétorique d'Aristote^. Même en ces conditions, l'œuvre totale de Didyme, lexiquei:, grammaires, commentaires, polémique scientifique et littéraire, etc., formait une véritable bibliothèque; et l'on sait, par une anecdote piquante, qu'il se perdait lui-même dans la volumineuse collection de ses écrits : comme on citait un jour devant lui certaine historiette impertinente, il en releva vivement l'absurdité; là-dessus quelqu'un lui apporta le livre où il l'avait consignée de sa propre main; qu'on juge de la confusion du pauvre érudit^!
Didyme nous amène à Terentius Vairon , le savant par excellence dans la littérature latine. A quatre-vingt-quatre ans, Varron attestait avoir composé 490 volumes, et, comme il vécut six années encore, au sein même d'une biWioihèque publique dont il avait été l'organisateur, on ne s'étonne pas trop, en lisant la liste de ses 50 ou 60 ouvrages, aujourd'hui presque tous perdus, que les volumes entre lesquels se distribuaient les œuvres de cette prodigieuse érudition atteignissent environ le chiffre de six cents*. Le beau traité Sur lagriculture^ qui nous est parvenu à peu près intact, et le traité De la langue latine, dont nous possédons encore six livres sur trente, les très -nombreux fragments des traités sur les origines de Rome et de sa religion, nous montrent dans Varron beaucoup plus et beaucoup mieux qu'un patient compilateur.
* Sur ce sujet en particulier, voy. les deux premiers chapitres du livre de M. Couat : La poésie alexandrine sous les trois premiers Ptolémées. Paris, 1882.
- Cf. Mauricius Schmidt, Didyini Chalcenteri grammatici alexandrin! fragmenta quse supersunt omnia (sauf quelques omissions). Lips., 1854. 3 Quiiitilien, I, 820.
* G. Boissier, Étude sur la vie et les ouvrages de M. T. Varron. Paris, 1861, p. 32 et suiv. — Ch. Chappuis, Sentences de M. Ter. Varron et liste de ses ouvrages d'après différents manuscrits. Paris, 1856, in-12.
Peut-être n'y a-t-il rien d'exagéré dans l'éloge que fait Cicéron^ de cette science universelle, universelle, cela est bien entendu, dans le sens que comportait la civilisation gréco-romaine. Varron savait le grec aussi bien que sa langue maternelle, et, par le grec, sa curiosité pouvait s'étendre fort loin en Egypte et en Orient; il connaissait certainement la langue des Étrusques et peut-être celle des Carthaginois; mais déjà le monde méditerranéen, par l'abondance de sesproductions littéraires et savantes, dépassait les forces de la plus courageuse curiosité, et l'encyclopédie d'un Varron devait offrir bien des lacunes. Elle n'en mérite pas moins un reconnaissant souvenir.
Sous le règne des Flaviens, le polygraphe Plutarque, sans aucune ambition (lo"'matique, par le seul effet d'un esprit toujours éveillé, d'une activité toujours laborieuse, nous rappelle les prodiges d'érudition de Didyme et de Varron. En dehors de ses 45 biographies des homme? illustres, les 140 ou 150 ouvrages ou opuscules qu'il avait composés, et dont une partie considérable est paiTenue jusqu'à nous, représentent à peu près, mais sans ordre, il faut l'avouer, toute la science de son temps. Le seul recueil de ses Propos de table, comme on les appelle d'ordinaire, nous montre une société de gens sérieux, s'occupant à la solution des problèmes les plus divers et les plus intéressants de littérature, de grammaire, de philosophie naturelle, de mathématiques, etc. Plutarque anime cette société par les plus heureuses qualités du caractère et par son infatigable esprit de recherche. La méthode seule lui manque pour mériter d'être appelé un homme de génie ; au moins pouvait-on bien dire de lui ce que, au siècle suivant, on disait du célèbre rhéteur Longin : « c'est une bibliothèque vivante, une académie ambulante (littéralement tin musée ambulant) -.
A côté de Plutarque et dans le cercle même de ses amitiés, un polygraphe né en Gaule, Favorinus d'Arles, est signalé comme son rival pour l'abondance et la variété de l'érudition. Aucun des ouvrages de Favorinus n'est parvenu jusqu'à nous, mais les titres et les nombreux fragments qui nous en restent permettent de le rattacher à la famille des encyclopédistes anciens. Les Grecs d'ailleurs avaient pour ce genre d'universelle curiosité un mot qui manque à notre langue : c'est le mot Pohjhistor (7To).uto-Twp) qui, entre autres personnages plus ou moins célèbres, caractérise un certain Alexandre de Milet, contemporain de Sylla. Une notice concernant ce personnage lui fait honneur de livres trop nombreux pour être comptés; il ne faut pas prendre au mot ces sortes d'hyperboles^.
Déjà au temps de Socrate certains sophistes faisaient profession de tout savoir et de pratiquer les arts les plus divers. Tel fut cet Hippias dont Socrate, chez Platon, se plaît à confondre les prétentions orgueilleuses. On retrouve plus tard, au siècle de Cicéron, ce genre d'orgueil décrit avec malice par un imitateur des Caractères de Théophraste, l'épicurien Philodème. C'est une des plus singulières acquisitions que nous devions aux découvertes faites dans une bibliothèque d'Herculanum, que ce portrait du fanfaron de savoir universel pour lequel le moraliste a même inventé un mot nouveau : TravTsi^i^tiuv.
Quoi qu'il en soit à l'égard des Grecs, YHistoire du monde, vulgairement
* Brutus, 56, §205 : «Varro antiquitatis nostrae scientiam acceptara a L. AUio auctainque « per «ese, vir ingenio prfestans oinnique doctrina, pluribus et illustrioribus litteris « expHcavit ». Cf. Acad., I, 3, § 9, etc.
* Eunape, Vie de Porphyre, p. 7 de l'éd. Boissonade et WyttembacLi.
® Voij. \e Lexique de Suidas, aux deux mots: $oc6m|5Îvo; et 'A.li\a.-jofiOi Mti/j^o;.
3i\)pe\ée Histoire naturelle, de Pline l'Ancien, est véritablement le premier essai d'une encyclopédie proprement dite. Selon la déclaration contenue dans sa préface, F*line entend bien accomplir une entreprise nouvelle, en rassemblant dans son II istoria 7iaturœ ou naturalis'iOOQO faits recueillis dans 2000oiivra'Tes qui appartenaient à une centaine d'auteurs. Personnage important dans la société d'alors par sa fortune et par ses diverses fonctions publiques, placé tout près des grandes bibliolbèques de Rome, possédant lui-même sans doute une riche collection de livres, il y avait fait beaucoup de recherches personnelles et il en avait fait exécuter d'autres par des compilateurs à ses gages. Tout ce travail se trouve résumé en 36 livres qui ne présentent pas, il s'en faut de beaucoup, toutes les garanties désirables d'exactitude, toute la précision d'une méthode et d'une doctrine sévères; un souffle d'inspiration éloquente y circule, mais la proportion y manque et celte clarté supérieure que le génie seul pouvait répandre sur une œuvre colossale.
Au reste, eu matière de science, les Romains ne sont guère des inventeurs et des penseurs originaux. Parmi les poètes, Lucrèce, s'il est incomparable pour la profondeur du sentiment moral et pour le merveilleux éclat du style, n'est, en détuiitive, que l'interprète latin des idées grecques d'Épicure. Sénèque, comme philosophe et comme naturaliste, n'est le plus souvent que le subtil et ingénieux commentateur des maîtres de la science hellénique. Fort au-dessous de cesdtux hommes par le talent, Pline garde du moins à côté d'eux un rôle original dans l'histoire de la littérature romaine par le puissant effort de son érudition. Il faut descendre jusqu'au moyen âge pour trouver des érudils philosophes qui essaient de ramener ainsi a un ensemble l'universalité des connaissances humaines. Les discours des Pères de l'Église, tels que saint Basile et saint Ambroise, sur VOEuvre des six jours, c'est-à-dire sur la création tout entière, semblent à première vue offrir le cadre d'un enseignement à la fois encyclopédique et familier, mais on sent à les lire combien la théologie, chez ces graves docteurs, réduit à de mesquines proportions et quelquefois dénature la science des grands astronomes, des grands naturalistes, des profonds penseurs de l'antiquité grecque. Letronne a bien démontré cette infériorité de leur doctrine dans un mémoire spécial sur la cosmographie des Pères de l'Église *.
A partir de ce temps, le savoir humain, en dehors de la théologie chrétienne, se resserre de plus en plus dans de courts manuels. Au commencement du huitième siècle, ce que nous avons appelé plus haut l'idée encyclopédique reparaît sous des formes diverses, mais peu dignes de cette haute ambition. Le livre des Origines, par Isidore de Séville, l'encadre dans le cercle étroit des sept arts libéraux, d'après une méthode qui restera classique pour les universités de l'Occident : 20 livres subdivisés en petits chapitres et en paragraphes, dont chacun rc.sumc quelquefois la matière d'un volume, voilà ce qui a longtemps paru suffire à la curiosité des écoliers et des maîtres.
La même idée se montre avec quelque grandeur, au siècle de Charlemagne, chez Raban Maur et chez Bède le Vénérable, plus tard, avec un surcroît de force et d'élévation, chez le moine Roger Bacon, avec une érudition plus étendue chez les grands scolastiques, qui commentent et transforment la philosophie d'Aristote. redevenue populaire dans les écoles. Vincent deBeauvais, saint Thomas d'Aquin,
* Mémoire publié d'aLord dans la Bévue des Deux Mondes en 1835, réimprimé dans le 1" volume de la2"= partie (géographie et cosmographie) des Œuvres c/ioisiesde A.-J- Letronne.
et, avec une tout autre force scientifique ^ Albert le Grand, redeviennent les maîtres du savoir universel. Certes, l'unité des vues laisse bien à désirer dans les 20 in-folios dont se compose l'œuvre du grand Albert de Bollstadt, mais celLe œuvre impose le respect par l'immensité du labeur. L'esprit de la Renaissance eut beaucoup de peine à se dégager d'un tel encombrement d'érudit.on souvent inexacte ou d'une subtilité puérile, et cela nous fuit comprendre le orand service rendu à la science proprement dite par le Novinn Organum de François Bacon. Si l'on s'étonne que d'Alembert et Diderot n'aient pas songé à signaler leurs devanciers dans l'antiquité classique et dans le moyen âge, on aime à reconnaître que, du moins, ils ont salué, en la personne de Bacon de Véridam le véritable précurseur de l'œuvre qu'ils inauguraient en 1750'. Par la dislribution nouvelle des matières et par l'étendue des recherches, eur encyclopédie dépasse assurément la philosophie de la science dont les traits se marquent avec tant de justesse et de précision dans le Novuni Organum, mais elle ne devait pas faire oublier la puissance de génie par laquelle l'hellénisme antique avait préludé aux méthodes et aux grandes entreprises de la science moderne.
On sait, ne fut-ce que par les malicieux témoignages de Voltaire, quelles difficultés traversa^ l'entreprise des encyclopédistes pour arriver après trente ans d'eflorts à sa conclusion. On sait quel médiocre succès elle obtint, en somme, succès d'opinion plus encore que d'utilité, malgré d'assez nombreuses réimpressions à l'étranger. L'esprit public avait été vivement excité par cette hardie tentative et par les persécutions qu'elle eut à subir. Mais l'ouvrage lui-même, quand il s'acheva, était déjà dépassé par les progrès de la science. C'est que, en réalité, une encyclopédie vraiment universelle était devenue et est restée chose impossible. L'immensité des matières dépassait les forces d'une école, si nombreuse qu'elle lût, de laborieux écrivains. Aussi, à peine complétée par un volume de tables, l'encyclopédie dut être recommencée sur un plan nouveau, pour devenir VEnajclopécUe méthodique, dont les 166 volumes in-4° se distribuent en autant de séries que la science et les arts comportent de divisions principales. On a plusieurs fois essayé de refaire l'œuvre des encyclopédistes du dix-huitième siècle; on ne devait y réussir qu'en réduisant chaque article d'nn tel dictionnaire à un résume le plus souvent superficiel du sujet qu'il traite \ Les encyclopédies spéciales pour chaque science ou chaque partie des sciences semblent aujourd'hui les seules qui puissent concilier les deux avantages d'un développement sérieux des sujets avec un format et des dimensions commodes.
* Par une singulière coïncidence, la littérature chinoise nous offre dans ce même siècle unegrandeencyclopédie, celle de Ma-touari-lin, pour laquelle AbelRémusat paraissait avoir une haute estime, estime bien juslillée par les chapitrée qu'en a récemment traduits notre confrère XI. d'ilervey de Saint-Denis : Ethnographie des jJeuples étrangers à la Chine. Genève, Paris et Londres, 1876-1883, 2 vol. iii-8».
* B'.\lembcrr, Avertissement au discours préliminaire de V Encyclopédie, reproduit dans le t. I de ses œuvres. Paris, an XII (1805). —Cf. Diderot, Explication délaillée^du sijstème des connaissances humaines- Ibid.
2 Entre ces nombreux témoignofïes des contemporains sur ce sujet, voir ceux de Voltaire à la fin d i Catalogue des Écrivains et artistes célèbres qui ont paru dans le Siècle de de Louis XIV, et le Dialogue du mêmâ entre un prêtre et un encyclopédiste, 1760, t. XL, édit. Uenchot.
* Il faut distinguer de ces nouvelles encyclopédies l'ouvrage intitulé : L'esprit de l'l-:,icydopédie. ou choix des articles les plus curieux, etc., par M.Olivier. Paris, 1798, an Vll(, 12 vol. in-8°.
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/ilij ENDÉMIES.
A côté de tels dictionnaires il y a place pour des écrits plus originaux et d'une portée plus haute. La belle classification des travaux de l'esprit humain, qui fut le dernier ouvrage du savant A. -M. Ampère, ramène à l'unité, par une synthèse pénétrante, les idées générales qui dominent et relient tous les sujets ouverts à l'activité de l'esprit humain. En un genre différent, le Cosmos d'Alex, de Humboldt nous présente un admirable tableau de la nature depuis les profondeurs du monde stellaire jusqu'aux intimes profondeurs du jglobe que nous habitons, et à ce tableau il rattache, avec un réel sentiment de spiritualisme scientifique, les impressions produites sur notre âme par le spectacle de ces deux infinis. De telles études sont singulièrement fortifiantes pour l'esprit et le cœur; elles élargissent, si je puis m'exprimer ainsi, la conscience de l'humanité, et en même temps elles nous empêchent d'égarer notre curiosité à travers tous les sujets qui se la disputent dans le domaine de la science et de l'art. Pouvais-je mieux terminer la rapide esquisse qu'on vient de lire qu'en rappelant les noms de ces deux penseurs qui ont honoré l'esprit humain par deux conceptions diversement, mais également puissantes, des rapports de l'homme avec le monde? E. Egger.
EWDAîttÈXES (Nègres). Voy. Malaisie, p. 516.
EIXDARTÉRITE, VoiJ. ArtÈRES.
ENDÉMIES, g I. Définition. Le mot endémie éveille la pensée de la limitation d'une maladie à une zone géographique déterminée, mais d'importance très- variable, comprenant parfois tout un climat, tout un continent, ou bien se restreignant à un pays, à un département, à un village. Le moindre coup d'oeil sur la littérature médicale des siècles passés démontre qu'autrefois pour nomlire d'auteurs ce fait de localisation géographique d'une maladie suffisait à la déterminer; en disant alors maladies endémiques on estimait indiquer un o-roupe d'affections aussi nettement caractérisé pour cette époque que le sont pour la nôtre les groupes des maladies contagieuses, des maladies parasitaires, etc.
Plus on se rapproche des temps actuels, plus au contraire on voit l'appellation endémique s'appliquer, avec la fréquence d'un attribut banal, aux maladies les plus différentes, et ne constituer qu'un de leurs caractères accessoires.
Ces modifications séculaires du langage médical sont loin d'enlever son intérêt à la question des endémies; rien de plus important, surtout pour l'hygiéniste, que le caractère de limitation ou de prédominance locale des maladies à étudier et à prévenir.
Cette circonscription du mal est bien faite pour inspirer l'espoir d'en attaquer plus énergiquement et plus complètement les conditions pathogéniques; but d'autant plus élevé que, parmi les endémies, il en est qui, par leur pérennité, jouent un rôle prédominant dans la mortalité humaine.
« Que sont aujourd'hui, dans la vie des peuples, les maladies épidémiques, sans même en excepter ces fléaux qui, de lointaines régions, viennent, à des intervalles plus ou moins longs, porter la désolation dans nos contrées? Des malheurs passagers, ne laissant après eux que des vides bientôt comblés, tandis que les endémies, par la continuité de leur iniluence délétère, qui se poursuit de génération en génération, minent sourdement, mais sûrement, la vitalité des populations, et amèneraient infailliblement un amoindrissement de la race,
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à l'on n'opposait sans cesse à leur action une énergique résistance » (Bergeron). L'importance de ces affections va ressortir encore des considérations suivantes qui nous prouveront combien elles dépassent les limites qu'on a voulu leur imposer, ^ II. Rapport des endémies avec les épidémies. 1° Distinction classique de l'endémie et de l'épidémie. Il semble que ces deux termes, bien que signifiant l'un et l'autre des fléaux populaires, aient été créés pour être mis en contradiction. On a pris l'habitude d'opposer l'épidémie à l'endémie, d'en faire même le parallèle, en insistant sur certains caractères distinctifs, mentionnés déjà par Hippocrate et fournis surtout par les conditions transitoires de l'une, permanentes au contraire de l'autre. Van Swieten a nettement formulé cette distinction :
t Si ex loci naturà et situ morbi oriantur, illorum causa perennis manet, <( semperque adsunt et dicuntur endemici; si autem quodam tempore regionem « pervadant, vocantur epidemici. »
Chomel oppose de même les endémies aux épidémies, appliquant la première de ces appellations « aux affections produites par un concours de causes qui agissent continuellement ou périodiquement dans certains lieux, en sorte que les maladies qui en résultent s'y montrent sans interruption, ou reparaissent à des époques fixes », tandis que les maladies épidémiques qui, comme les précédentes, attaquent à la fois un grand nombre d'individus, n'ont qu'une durée limitée et ne reparaissent point à des intervalles réguliers.
D'après ces définitions, qui correspondent pleinement d'ailleurs à l'idée que ces deux termes éveillent du fait même de leur construction grammaticale (b signifiant la profondeur et la ténacité du fléau, Inl sa superficialité), c'est donc surtout le caractère d'être accidentelle en un pays qui distinguerait l'épidémie ^de l'endémie.
Mais les définitions précédentes indiquent plus encore : elles font pressentir que les causes de l'endémie seraient locales et indépendantes des conditions de l'atmosphère; elles tiendraient plutôt à l'altitude et à la nature du terrain, à la qualité des eaux, à l'exposition des lieux, etc., autant de circonstances absolument topiques, limitées, qu'il était légitime d'invoquer de prime abord, vu la circonscription du mal.
2" Leur rapprochement dans la pratique. Qu'on y regarde cependant d'un peu près, et l'on reconnaîtra que de semblables distinctions spnt plus dogmatiques que scientifiques ; k moins de vouloir restreindre le terme endémie à quelques affections bornées à de très petits centres et par cela même peu importantes, il faut bien reconnaître que le cadre pathologique n'est nullement composé de deux groupes d'espèces morbides, les unes fixes et restreintes aune zone topo graphique, les autres essentiellement mobiles et transitoires.
Dans maintes circonstances, il est incontestable que ces deux groupes fusionnent tntre eux: ainsi l'on peut dire que l'épidémie, dans un pays oij elle persiste quelque temps, est une endémie accidentelle, comme l'endémie est une épidémie habituelle. En l'un et l'autre cas, le fait prédominant, caractéristique, consiste en cette circonstance du grand nombre d'individus frappés en même temps et dans le même lieu.
Si ces deux mots devaient jamais s'exclure, comme on l'a prétendu, que de reformes à introduire dans notre langage médical oiî ils sont si fréquemment appelés à se compléter l Pouvons-nous en donner de meilleure preuve que la nécessité où l'on a été en maintes circonstances de les associer?
Exemples : On sait que c'est surtout des endémies non transmissibles, essentiellement fixes, qu'on a prétendu différencier les épidémies. Il est certain que la fièvre interraiUente, entre autres endémies, par ses réapparitions constantes dans une même localité tant que cette loealilc n'aura pas été assainie, par son immobilité géographique, ne nous rappelle rien de l'instabilité des épidémies transitoires et de provenance exotique. Mais, dans les limites mêmes des berceaux originaires de la malaria, il se manifeste d'ordinaire tous les ans une recrudescence tellement considérable du mal que, par la force des choses, les observateurs ont dû rompre avec la rigueur du langage scolaslique, et appliquer à cette recrudescence la dénomination qu'elle mérite; chaque année commence en juillet, pour l'Algérie, comme pour l'Italie, une période dite épidémiqiie ou endémoépidémique, période acceptée forcément sous ce titre par tous les médecins militaires depuis la conquête de l'Algérie.
Une des endémies les plus caractérisées de notre pays, le goitre, ne donnet-elle pas lieu fréquemment aussi à des explosions, à des recrudescences endéraoépidémiques? Pour le démontrer, il nous suffit de rappeler ces faits si intéressants d'épidémie de goitre aigu dans notre armée, lorsqu'elle vient prendre possession de telle garnison du plateau central de la France ou de nos régions subalpines: des centaines d'hommes sont parfois subitement atteints d'un mal jusque-là hmité à l'indigène ; preuve nouvelle de la connexion des deux termes : endémie et épidémie. Il en est absolument de même pour le clou de Biskra, affection tout particulièrement endémique, mais prenant aussi chaque année sur diverses garnisons d'Algérie un développement épidémique considéiable.
Il y a des endémies plus essentiellement épidémiques encore :
La suette, endémique, vu sa limitation parfois si absolue à tel canton, à tel village dont par sa circonscription locale elle a mérité le nom [voy. art. Soette), est souvent de longues années sans se révéler sur ses théâtres de pré.lilection; elle n'y apparaît que sous forme épidémique avec la brusquerie d'invasion et les reti^ails soudains des maladies transitoires.
N'en est-il pas de même de la dengue, absolument limitée aux latitudes méridionales, et dont les explosions, rares, en somme, en ces climats, y présentent le caractère de pandémicité des épidémies les plus générales?
Il faut en outre se rappeler que nombre de maladies endémiques sont le point de départ d'explosions épidémiques pour les pays voisins. L'endémie pestilentielle de la Basse-Égyple, l'endémie cholérique de l'Inde, l'endémie de fièvre jaune du golfe du Mexique, entraînent des explosions de ce genre. Il est même probable que certaines épidémies exotiques, quand elles se répandent hors de leur foyer originel, se généralisent par suite du transport, à des diîlances plus ou moins considérables, des conditions pathogéniques de ce foyer; la cause endémique semble ■être importée elle-même. C'est ce qui est vrai surtout pour la fièvre jaune (wî/. art. Quarantaines).
On a contesté pourtant à ces affections le nom de maladies endémiques, vu cette fréquence de leurs expansions épidémiques en dehors des limites de leurs berceaux. On a prétendu qu'elles se rapprochaient davantage des affections moins essentiellement liées au sol, et qu'en elles l'épidémicilé, c'est-à-dire la condition d'être éphémères et transitoires, l'emportait sur l'endémicité. Nous iroiis plus loin en ce sens; nous admettrons nous-même que les maladies pestilentielles (peste, choléra, fièvre jaune) ne diffèrent pas d'une manière absolue des autres affections épidémiques par le fait de leur naissance dans un berceau
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limité, d'où elles s'irradient sur le reste du monde. Nombre d'affections transmissibles prennent également leurs points de départ rpidémiques en des foyers où elles ont commencé par se développer avec une intensité exceptionnelle.
Tel le typhus, qui s'irradie souvent au sud des climats froids dans lesquels il trouve des conditions d'entretien, de permanence endémique.
Telle la fièvre typhoïde que nos grandes villes envoient si souvent aux populations rurales environnantes.
Telles même la variole, la rougeole, que les expéditions dans les régions intertropicales ou circumpolaires ont si fréquemment transportées au milieu de peuplades pour lesquelles elles constituaient réellement des fléaux exotiques.
Mais ces dernières maladies : fièvre typhoïde, variole, rougeole, diffèrent des maladies pestilentielles en ce qu'une fois hors des limites du foyer qui les a produites elles trouvent, en général, les conditions voulues pour persister dans les pays envahis, pour s'y cndémiser même, tandis que le choléra, comme la fièvre jaune, comme la peste, ne semble pas avoir la faculté do s'y maintenir définitivement; les foyers secondaires, allumés par leur passage épidémique dans les lieux étrangers à leur berceau originel, finissent par s'éteindre, soit soudainement, soit au bout de quelques mois, de quelques années, et le mal ne se retrouve plus comme endémie que dans les localités d'où il était parti pour faire irruption sur le reste du monde.
Différence profonde, non pas seulement au point de vue dogmatique, mais au point de vue essentiellement pratique ; car elle nous indique nettement quels sont les fléaux contre lesquels l'hygiène publique a le droit et le devoir de s'armer pour empêcher leur pénétration dans les régions où ils ne sauraient apparaître que par importation, et combattre efficacement leur développement dans les localités bien déterminées où au contraire ils paraissent naître sur place.
Telle est la raison qui nous engage à maintenir les maladies pestilentielles dans le cadre des affections endémiques. Elles en ont été exclues cependant, en raison de leurs expansions épidémiques hors de leur berceau, par Jules Uochard. Comparant l'endémicité de la peste, du choléra, de la fièvre jaune, à celle des fièvres intermittentes, le savant auteur fait ressortir avec raison la limitation bien plus nette de ces dernières maladies à leurs foyers originels, foyers auxquels elles demeurent toujours restreintes, parce que le miasme qui les fait naître n'est pas transmissible et que le mal produit ne peut se propager au loin. J. Hochard insiste en outre sur cette différence importante entre l'endémie palustre et les explosions de choléra, de peste et de fièvre jaune, que, dans leurs berceaux réciproques, les premières réapparaissent fatalement tous les ans, les autres ne se manifestant parfois qu'à des intervalles de plnsieurs années pend.mt lesquels on n'en rencontre même pas de cas sporadiques. .
Nous reconnaissons toute la valeur de pareils arguments, et nous admettons même que les périodes relativement si longues qui séparent les explosions de maladies pestilentielles dans leurs berceaux paraissent indiquer l'insuffisance des conditions locales habituelles, et la nécessité pour leur production d'un élément patliogénique éventuel, comme surajouté, dont la nature nous échappe encore.
Mais, bien que les fièvres intermittentes, ce type incontestable des endémies, aient plus de lacilité à se produire dans leurs foyers que les maladies pestilentielles dans les leurs, nous croyons qu'à certains égards ces dernières affections offrent des conditions d'endémicilé plus tranchées encore que celles des fièvres
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palustres. Si l'on réQéchit que, dans les localités habituellement les plus salubres, il suffira de quelques travaux de remuements de terrain, d'une inondation, pour entraîner l'apparition de ces fièvres; que, dans d'autres localités habituellement atteintes au contraire, l'assainissement du sol ou la sécheresse de l'année en amènera la diminution et même la disparition totale, on admettra qu'elles ne sont pas exclusivement inhérentes à tel ou tel lieu ; tout démontre la variabilité des foyers qui leur donnent naissance, dès que la science en entreprend la suppression ou que l'inertie en permet l'extension.
Quant aux maladies pestilentielles, rien ne prouve encore d'une manière certaine qu'il soit possible à l'homme d'en supprimer le développement dans leurs berceaux, tandis que tout démontre qu'en ces berceaux seulement elles peuvent prendre naissance. Elles dépendent donc de conditions locales, aussi certaines, mais plus tenaces et plus limitées, plus endémiques par conséquent, que les fièvres intermittentes qui, quoique non transmissibles, sont à peu près faisables en tous lieux des climats chauds et des climats tempérés de notre hémisphère.
Toute cette série de faits ne démon tre-t-elle pas, en résumé, une certaine analogie entre les conditions étiologiques des épidémies et des endémies, conditions qu'on a voulu trop profondément distinguer les unes des autres?
§ III. Topographie générale des endémies. Suivant les idées généralement reçues, l'endémie exprime surtout les faits morbides propres aux localités, mais ici encore il faut reconnaître que l'usage a donné une singulière extension à ce terme.
Ainsi, bien que, d'après les formules de l'Ecole, les endémies diffèrent des maladies climalologiques aux mêmes titres que les localités diffèrent des climats, le langage médical habituel confond souvent aussi ces deux notions.
Dire, comme on le fait chaque jour, que la dysenterie est endémique dans les pays intertropicaux, la bronchite dans les climats froids, l a fièvre typhoïde dans les régions tempérées, c'est affirmer déjà la fréquence de ces affections en des zones trop vastes pour que rien, dans leur pathogénie, soit absolument propre à un lieu déterminé. Il suffit d'ailleurs de se rappeler que chacune de ces maladies dépasse souvent les limites pourtant si larges de sa prétendue endémicité pour comprendre combien sont disséminées à la surface du globe les circonstances qui peuvent les engendrer, com.bien par conséquent elles sont peu exclusives à telle ou à telle localité.
Aussi, quand nous dirons que ces affections sont endémiques en tel ou tel climat, ce terme sera pris dans un sens bien autrement compréhensif que s'il s'agissait de maladies de localités ; mais, en somme, l'usage consacre chaque jour l'emploi de cette expression pour qualifier les maladies climatologiques, et comme l'établira plus loin notre classification, il y a des endémies de climat à ranger à côté des endémies de localités.
Il faudra s'efforcer, autant que possible, de ne pas confondre l'influence des localités avec celle des climats auxquels elles appartiennent.; et nous insisterons plus spécialement, en cette étude, sur les endémies appartenant surtout aux localités. Cette distinction est essentiellement pratique, l'action pathogénique du climat étant en général supérieure aux moyens prophylactiques dont l'homme est armé contre les causes morbides locales.
Mais en même temps il faut reconnaître que la délimitation entre ces influences n'est pas toujours chose facile, et qu'il est même des circonstances où
ENDEMIES.
elles s'unissent et se confondent trop intimement pour qu'on en puisse faire neltement la distinction.
En étudiant le rôle des climats dans la constitution des Milieux e'pide'miques (voy. L. Colin, Traité des maladies épidémiques), nous avons vu combien il était difficile de faire les parts respectives de l'influence climatologique ellemême et de l'influence de la localité.
Uy a plus. Les climats excessifs de la zone tempérée permettent d'établir une véritable fusion entre ce qu'on appelle maladies des climats et maladies des localités. Soustraits, par leurs conditions de topographie continentale, aux influences générales des latitudes auxquelles ils appartiennent, ces climats excessifs constituent des circonscriptions ayant leur pathologie locale, leurs endémies, comme s'ils présentaient les caractères distinctifs des localités.
g IV. Glassificatiojj des endémies. Cette classification, que nous empruntons à notre Traité des maladies épidémiques, n'a aucune prétention de rigorisme; elle n'a d'autre but que de résumer les idées précédentes: par conséquent, elle comprend aussi bien les maladies seulement plus communes en certains climats que les endémies relativement circonscrites des localités.
1' E>T)ÉsnES DE CLIMATS. —
Pour la plupart de ces affections, le terme endémie signifie surtout prédominance. Un astérisque désigne celles qui sont plus particulièrement limitées au climat indiqué
Dysenterie, hépatite*, fièvres rémittentes mé- A rhaiiii ) téoriques, béribéri*, deugue. Affections cuta-
nées : eczéma tropical', phagédénisme des pays chauds, etc.
B. Fi'oids Affections thoraciques, typhus pétéchial.
Fièvre de foin, coup de chaleur, choléra esti-
C, Excessifs l val (ces deux dernières communes aux cli-
( mats chauds et aux climats excessifs).
A. A causes encore in- l Goitre, élcphantiasis des Arabes, veruga, bouconnues et à foyers } tons de Bjskra, d'Alep, de Delhi, etc. Suette fixes ( miliaire.
i' Emdéuies de locâutés.
Les trois groupes A, B, C, se succèdent suivant le degré décroissant de leur endémicité
B. A cause inconnue et à foyers originels fixes, mais susceptibles d'expansion épidémique hors de ces foyers. . ,
C. A cause connue, ou à jjeu près déterminée; à foyers souvent susceptibles de déplacement.
Maladies pestilentielles ou infectieuses exotiques peste à bubons, lièvre jaune, choléra, offrant ce caractère commun de ne point s'acclimater hors de leurs berceaux et, vu leur provenance exotique, de réclamer une prophylaxie spéciale.
1* Telluriques : fièvres intermittentes.
2° Alimentaires, les unes plus nettement circonscrites : pellagre, ergotisme ; les autres plus diffuses : scorbut, lèpre des Grecs.
5° Parasitaires, les unes relativement circonscrites : affections causées par la chique, le ta;nia, la filaire de Médine, l'ankylostome duodénal, la filaire hématobie, diarrhée de la Cochinchine, etc.; affections dues à certains pseudo-helminthes : sangsue, lucilia hominis vorax; les autres plus diffuses : ascarides, oxyures, taenia inermis, etc.
4- Infectieuses ( ^^' .P'"^ éventuelles des endé- , , I mies, repondant halutuelle-
\5- Viruknles.' "î«°! ^ ^^' ^"^^'^ adventices \ d infection ou de contagion.
§ V. Extension usuelle de l'expression endémie. Dans la pratique de chaque jour d'ailleurs, là même où n'existe aucune espèce morbide spéciale, les médecins emploient l'expression : endémie, comme ils le font pour le terme épidémie, sans se conformer davantage aux exigences doctrinales.
Au lieu de restreindre la qualification de maladies endémiques à celles qui
AU ENDEMIES.
sont exclusives à tel ou tel théâtre d'observation, on a peu à peu appliqué ce nom aux affections qui, bien que communes en tous pays, sont d'une fréquence exceptionnelle en certains lieux. Le mot endémie signifie alors non plus la limitation d'une maladie en tel lieu, mais la prédominance et la réunion, en ce lieu, des conditions génératrices des maladies parfois les plus cosmopolites.
C'est ainsi que nous entendons dire chaque jour que la fièvre typhoïde, la \ariole, sont endémiques à Paris ; que la scarlatine est endémique à Lonclres ; que chacune de ces affections est sujette, en ces villes, à des recrudescences endémo-épidémiques, absolument comme les fièvres intermittentes dans les régions palustres.
Loin de nous plaindre de ces expressions et d'y voir un abus de langage, nous considérons comme utile et parfaitement opportune cette transformation ou plutôt cette expansion du sens attribué au terme endémie : on supprime ainsi peu à peu la barrière qu'on avait prétendu élever entre les maladies à causes dites vulgaires et les maladies à causes dites occultes, absolument comme nous avons cherché, dans une série de travaux, à supprimer la barrière qui séparait es épidémies d'affections banales et les épidémies proprement dites.
La raison force fréquemment les limites imposées par le dogme à la valeur des mots, et, à propos de typhus, de scorbut, de fièvres éruptives ou aulres, on dit endémie urbaine, endémie nosocomiale. endémie nautique, comme on dit ailleurs endémie palustre, donnant à des foyers adventifs tout à fait transitoires et artificiels le même nom qu'aux foyers permanents auxquels on l'avait réservé tout d'abord. ,
§ VI. Caractères généraux des endémies. Il est difficile d'attribuer à ces affections une physionomie d'ensemble. L'endémie est d'autant mieux caractérisée que l'origine en est plus absolument locale, et que l'affection est moins transmissible ou moins faisable hors du pays oi'i elle prend habituellement naissance. Or que de maladies ne nous présenteront qu'incomplètement ce double caractère, même parmi celles qu'on a appelées : endémies proprement dites !
Sous ce rapport, les endémies de climat, dysenterie, hépatite, diffèrent par leur diffusion d'une part, par leurs rapports avec les latitudes d'autre part, des endémies de localité qui seules peuvent être étudiées à cet égard; nous diviserons ces dernières maladies en deux groupes.
A. Endémies de causes connues. Celles-ci reposent sur l'existence en une localité de certaines conditions morbifiques assez bien déterminées, conditions qui, transportées intégralement dans une autre localité voisine, entraîneraient les mêmes conséquences pathologiques. Ce qui, en un pays, fait naître le scorbut, le typhus, la pellagre, l'ergotisme gangreneux, et même une affection bien plus endémique, la fièvre intermittente, est aujourd'hui connu ou à peu près ; et il suffira de créer les mêmes circonstances dans un autre pays, analogue comme latitude, hygiène, etc., pour donner à ces alfections autant de chances d'y apparaître que dans les localités où elles régnent endéraiquement.
B. Endémies de causes encore inconnues. 11 n'en est pas de même de certaines autres maladies. Nous ne savons encore ou nous savons bien peu quelles sont les conditions qui seraient indispensables pour engendrer en dehors de leurs foyers d'endémicilé des affections identiques au goitre, à l'éléphantiasis des Arabes, au bouton d'Alep ou de Biskra, et même à la suette miliaire; quant aux maladies pestilentielles, nous savons que par le fait des communications humaines elles trouveront matière à se reproduire hors de
leurs berceaux, mais, comme développement initial, originel, ce n'est (rue dans ces berceaux, constituant des zones relativement limitées, qu'elles sont susceptibles d'il pparaî Ire.
Il existe donc : 1° des maladies dont la genèse est circonscrite d'une manière exclusive à certaines localités, en dehors desquelles elles ne se produiront pas. Telle est la close des endémies de cause inconnue qui ne se manifestent que dans les foyers mêmes de l'endémicité et qu'on a appelées endémies proprement dites : veiruga, élépliantiasis des Arabes, goitre, boutons d'Alep, de Biskra, de Delhv, de Bombay, etc. ; 2° il en est d'autres qui, tout aussi locales, aussi endémiques par la circonscription de la région où elles naissent, n'apparaîtront ailleurs qu'à la condition d'avoir été transportées hors de leur foyer originel (maladies pestilentielles) ; c'est dans la production de ces deux premiers groupes que l'endcraicité joue son rôle le plus important ; 5° il en est d'autres enfin, comme les fièvres intermittentes, la pellagre, l'ergotisme, dont les foyers originels peuvent trouver naissance en dehors de leurs limites habituelles.
Ainsi, d'une part, des endémies fixes, intransmissibles soit par les communications humaines, soit par aucun autre moyen ; d'autre part, des endémies relativement cosmopolites : les unes parce que leurs foyers peuvent se constituer en maintes localités; les autres parce que les maladies, nées en ces foyers, sont tellement susceptibles de franchir les limites de leur berceau, qu'elles constituent à la surface du globe les épidémies par excellence, de toutes les plus pandémiques et les plus transitoires. Les endémies ne diffèrent pas seulement au point de vue de la localisation.
11 y a, au point de vue de leurs allures générales, divers groupes d'endémies dont les principales différences dépendent du mode d'évolution de la maladie dans les pays oià elle naît.
C'est ainsi que parmi les affections dites endémiques il en est un grand nombre qui sont soumises à des recrudescences momentanées plus ou moins régulières et périodiques. L'endémo-épidémie palustre ne dure que pendant, une partie de l'année (juillet à octobre) dans les climats tempérés et dans la zone septentrionale des climats chauds.
De même, pour la dysenterie et la fièvre typhoïde, l'endémo-épidémie correspond surtout à la période estivo-automnale; pour le typhus et la variole à la période hibernale, etc.
Quant aux maladies pestilentielles, leurs recrudescences, au lieu d'être annuelles, ne se manifestent ordinairement qu'à des intervalles de plusieurs années.
D'autres endémies, au contraire, présentent des conditions à peu près analogues de fréquence et de gravité à toutes les périodes de l'année : telles sont surtout les endémies caractérisées plutôt par des déterminations morbides locales que par des symptômes généraux : goitre, verruga, élcphantiasis.
I Vil. Difficulté de leur détermi>atio.\. La difficulté de déterminer le caractère endémique des maladies tient à diverses causes :
i" La même maladie peut varier dans ses caractères de circonscription suivant les pays, présenter par conséquent des degrés d'endémicité différents suivant les lieux d'observation.
II est des affections qui, extrêmement diffuses, générales en certains climats, non-seulement deviennent plus rares à mesure qu'on s'éloigne de ces climats, mais se cantonnent peu à peu dans des circonscriptions déterminées, pré-
426 ENDÉMIES.
sentant ainsi progressivement les attributs géographiques des véritables endémies de localités.
Teires sont les fièvres intermittentes. Naissant presque en tous lieux, dans les climats chauds de notre hémisphère, nous voyons ces affections se circonscrire peu à peu, à mesure qu'on remonte vers le nord, parce qu'à une latitude plus élevée le sol, sans marais proprement dits, ne suffit plus à donner la fièvre, et dès lors l'aflection, en se limitant aux zones marécageuses, perd sa pandémicité pour devenir endémique.
Il en est de même de bien d'autres maladies. A mesure qu'on s'éloigne de certaine régions du nord oii régnent parfois sans limites deux affections résultant l'une de la misère, l'autre de l'encombrement produit par le froid : le scorbut et le typhus, on voit ces affections se localiser, comme se localisent aussi leurs causes originelles : la misère et l'encombrement.
2° Ce n'est pas seulement dans l'espace, c'est dans le temps que nous voyons varier les tendances de telles ou telles affections à l'endémicité. Jadis les fièvres intermittentes régnaient sur presque toute l'Europe ; jadis aussi le scorbut se manifestait sur des populations entières. Reléguées aujourd'hui, dans nos climats au moins, en quelques régions circonscrites, ces deux affections y reprendraient leur ancienne pandémicité, si pour l'une l'insalubrité du sol, pour l'autre les misères des peuples, réapparaissaient dans les mêmes proportions qu'autrefois. Anciennement cosmopolite, la lèpre s'est limitée, dans le monde civilisé, à des régions très-restreintes : n'en est-il pas de même de l'ergotisme?
Quelques-uns de ces progrès sont à l'honneur de l'homme. Grâce aux pratiques de l'hygiène, notamment à la purification des eaux de consommation, à l'aménagement des égouts et des latrines, on ne voit plus de nos jours de ces pandémies vermineuses qui s'étendaient sur des pays entiers. Ces affections se restreignent à des localités demeurées en dehors de ce mouvement de progrès. Elles deviennent donc endémiques par le fait de cette limitation, en attendant qu^elles se circonscrivent plus encore, puis disparaissent entièrement.
Quelquefois, en revanche, les modifications s'accomplissent en un sens complètement opposé. L'endémie dépasse ses anciennes limites pour s'étendre au delà des bornes qu'on lui avait assignées. On sait que Boudin avait imposé au béribéri une zone d'endémicité, limitée à la région méridionale du continent asiatique; on a vu, depuis, cette affection franchir le cap de Bonne-Espérance, éclater à Sainte-Hélène, sur les côtes du Brésil, dans les Antilles, etc. N'avonsnous pas vu, en ce siècle même, l'endémie pellagreuse s'étendre pour la première fois à certaines régions de la France?
Il en est de même des prétendues limites imposées aux expansions, sur le monde des endémies pestilentielles; quand Miibry écrivait, il y a trente ans, son livre sur la géographie médicale, la fièvre jaune avait à peine touché les limites septentrionales de l'hémisphère Sud ; le développement en semblait impossible sur la côte du Pacifique ; de ce même hémisphère Sud le choléra n'avait encore touché que Java, Bourbon et Maurice. Que de progrès, depuis, dans la marche de ces deux affections ! Mais aussi que de progrès, en cette même période, dans la fréquence et la rapidité des communications !
§ YllI. Rapport des endémies avec la géographie médicale. La géographie médicale est, somme toute, le résultat de l'étude des endémies; d'après l'ampleur que nous avons accordée à cette dernière expression, d'après la variété de limites, suivant les lieux et les temps, des maladies auxquelles elle s'ap-
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pliqiie, nous comprenons l'immensité du programme à remplir pour achever une semblable étude. En revanche, quoi de plus utile au point de vue de l'hygiène locale et de l'hygiène internationale, en raison de l'activité croissante des relations humaines, que de déterminer la somme et la nature des dangers inhérents aux divers pays? Aussi ne pouvons-nous qu'encourager, en cette œuvre si laborieuse, les auteurs qui se sont attachés, une région du globe étant donnée, à faire l'inventaire des maladies qui s'y rencontrent le plus fréquemment.
A côté de cet immense travail surgit néanmoins une question préjudicielle importante, la seule dont nous ayons à traiter en cet article : Y a-t-il une scission absolue, spécifique, entre les maladies régionales des divers pays, et n'en a-t-on pas forcé les différences pour mieux en faire ressortir les caractères? « Chaque pays, dit Boudin, a ses maladies comme il a sa flore et sa faune. Les maladies, comme les plantes, ont leurs habitats, leurs stations, leurs limites géographiques. » On comprend cette phrase sous la plume de Boudin, au moment où, fondant la géographie médicale, il entreprenait l'étude des affections disséminées à la surface du globe, affections dont les noms si disparates, confrontés pour la première fois, semblaient affirmer les différences absolues de nature.
Les convictions de l'auteur étaient à cet égard tellement puissantes, qu'elles se sont traduites par une doctrine qui constitue, sous la forme la plus énergique, l'affirmation de la différence des espèces pathologiques suivant les localités, la doctrine de l'antagonisme morbide, et qui était bien faite pour séduire au premier abord.
En contestant à la fièvre typhoïde la possibilité de son développement dans les foyers palustres, au typhus celle d'apparaître dans un milieu frappé de scorbut, etc.. Boudin donnait à la géographie médicale un caractère d'importance et de rigueur comparable à celui de la géographie botanique oii des terrains, propices à certaines plantes, sont exclusifs de certaines autres; le progrès en cette voie semblait consister à élever des barrières de plus en plus infranchissables entre toutes les maladies dites endémiques et les maladies cosmopohtes.
Mais de nouvelles éludes allaient singulièrement modifier cette doctrine, créée, on peut le dire aujourd'hui, trop hâtivement, bien plus par une vue de l'esprit que par l'analyse rigoureuse des faits ; à cette période de multiplication des esjièccs morbides devait succéder une période de réduction.
Nos collègues âe la marine, spécialement, ont travaillé avec succès à cette analyse scientifique et à cette assimilation réciproque des maladies endémiques des pays les plus divers.
Pour qu'il fût permis, dit J. Rochard, d'assimiler les maladies aux plantes et aux animaux, il faudrait qu'elles fussent douées, comme eux, d'une existence indépendante, et susceptibles de groupements et de classements analogues. Mais les maladies ne sont pas des êtres ; elles exigent un support ; elles ne sont que des attributs, des modifications d'individus existant déjà. Les espèces animales et végétales sont parquées dans des zones climatologiques dont elles ne sortent jamais ; les maladies ne connaissent pas de barrières semblables ; elles les franchissent en se modifiant parfois profondément, mais sans changer de nature.
Aussi les progrès de la géographie médicale ont-ils démontré que le nombre des affections spéciales à telle ou telle contrée est extrêineraent restremt. Plus on avance, plus on reconnaît que les maladies exclusivement dévolues à une
région, à une localité, sont fort peu nombreuses, et constituent des curiosités pathologiques. Tandis que les progrès de la géographie botanique amènent chaque jour la découverte de quelque plante nouvelle, ceux de la géographie médicale tendent au contraire à restreindre le nombre des maladies, err faisant rentrer dans le cadre de celles qui sont connues de tout le monde une foule d'affections mal déterminées, décorées de noms bizaires empruntés au lan^afe du pays, et qui ne figurent en nosologie sous des dénominations particulières que par suite de l'insulfinnnce des observations qui n'a pas encore permis de leur assigner leur véritable place.
Nous nous associons à cette manière de voir empruntée à peu près textuellement à J. Rochard. Nous n'admettons pas non plus que la nature ait parqué les maladies, comme les espèces animales et végétales, dans les régions dont elles ne pourraient sortir. Aussi l'analyse des faits réduit-elle chaque jour le nombre des endémies trop hâtivement signalées.
Queli|ues exemples vont nous le démontrer.
D'après les premières relations des médecins explorateurs des pays circumpolaires et des climats intertropicaux, le nombre des affections exclusives à chaque peuplade qu'ils ont visitée serait aussi considéi able, pour le moins, que celui de ces peuplades. Dans l'Amérique centrale notamment et en Océanie, chaque région aurait sa maladie de peau complètement distincte de celle des pays voisins.
En vérité, y at-il, de peuple à peuple, une différence aussi absolue que celle qui est admise par ces auteurs, et devons-nous, comme on l'a fait souvent supposer, qu'en chacun de ces pays règne exclusivement une cause déterminée, parasitaire ou non, dont ces diverses affections ne seraient que l'expression morbifique? Cette opinion ne peut plus être soutenue aujourd'hui. Les enquêtes les plus modernes nous autorisent à prévoir la prochaine disparition du cadre nosologique de la plupart de ces endémies de la première heure. Non-seulementona découvert la cause de mainte affection locale, cachée aux yeux de la science sous un nom étrange, mais parfois, du même coup, on en a formulé le traitement, détruisant ainsi à tout jamais les chances de pérennité d'un mal dont le nom traditionnel : endémie, avait pendant des siècles afûrmé la permanence et la supériorité à la puissance humaine.
U en est qui doivent cesser de figurer dans ce cadre : 1° soit parce qu'elles ne méritent plus aujourd'hui le nom de maladies, — ainsi Le Roy de Méricourt a démontré que l'afi'ection connue en Amérique et en Afrique sous le nom de bicho, affection commune surtout parmi les populations nègres de la côte d'Angola et de Mozambique, était dans la majorité des cas le vestige de maladies antérieures du gros intestin, spécialement du rectum : dysenterie, hémorrhoïdes, et devait être rayée du cadre nosologique; 2" soit parce qu'elles n'ont guère existé que dans l'imagination de certains auteurs : telles la calenture, la chorée d'Abyssinie.
11 eu est d'autres qui, considérées comme d'origina absolument locale, sont tellement identiques aux affections les plus fréquentes, même chez nous, que cette identité les ramène au cadre des maladies quelquefois les plus générales, les moins endémiques. Il suffit de passer en revue la liste des noms bizarres attribués, suivant les pays, à des manifestations morbides appartenant incontestablement à la scrofule, à la lèpre, pour voir tomber définitivement leur droit à la qualification de maladies exclusives à tel ou tel pays.
11 en est de même de tant d'affections à dénominations singulières et variées,
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dont l'étude a démontré la nature sypliilitique, leur opposant par cette démons- Iralion un des traitements les plus assurés de la médecine.
En résumé, l'on sait aujourd'hui que nombre d'endémies considérées comme exclusives à telles localités relèvent d'espèces morbides parfaitement connues ailleurs; que la syphilis, la scrofule, la lèpre, la phlhisie, réclament la plupart des affeclions chroniques; que les typhus et les fièvres palustres réclament, de leur côté, la plupart des maladies aiguës auxquelles les idiomes de tant de pays divers ont donné des noms si différents.
Dans une série de travaux, j'ai établi la nature typhoïde de nombre d'affections méconnues soit dans les climats chauds, soit dans les climats froids, par des auteurs qui considéraient cette maladie comme exclusive aux pays tempérés.
Il en est de même de toutes ces affections, décrites sous le nom de coliques endémiques, soit de Madrid, soit de Poitou, soit de Normandie, ou enfin des pays chauds, et dont l'on connaît aujourd'hui l'étiologie saturnine.
Hébra n'a-t-il pas démontré qu'une affection cutane'e, considérée comme exclusive à la Norvège, était simplement la gale? Nous verrons plus loin quelle part considérable revient à des parasites moins vulgaires dans l'étiologie de certaines endémies.
Beaucoup de ces endémies ne trouveront pas toujours, il est vrai, leurs analogues dans nos climats, mais elles les trouveront dans les maladies spéciales aux climats froids ou aux climats chauds.
D'après la description qui en a été faite par Dumas, nous partageons l'opinion de Rey et de Le Roy de Méricourt, et la maladie si commune aux îles Sandwich sous le nom vulgaire de boubou nou^ semble bien être la dengue.
Rapprochement analogue entre le béribéri et le burning of the feet. Il est certain que l'existence d'un parasite végétal, comme cause du hurning of the feet, est encore fort hypothétique, que d'autre part la sensetion de brûlure des extrémités inférieures est un fait commun dans le béribéri; ces raisons ont engagé Le Roy de Méricourt à considérer ces deux maladies comme identiques dans leur nature.
La maladie connue en Perse sous le nom de nabot el leyl, et décrite par l'olak comme une forme d'urticaire, semble bien aussi être identique à la gale bédouine ou eczéma tropical. L'étude comparative de maladies réputées d'abord entièrement différentes nous montrera l'identité de nature de nombre d'affections cutanées. Nous pourrions multiplier sans fin de pareils exemples. Mais les endémies les plus complexes et au premier abord les plus étranges sont habituellement constituées par de véritables agrégats morbides relevant d'une série de causes multiples. Ce sont principalement la lèpre, la scrofule, la syphilis, le scorbut, et en outre, dans les pays chauds, l'anémie climatique, rintoxicalion palustre qui, se réunissant deux à deux, trois à trois, engendrent ces types si difficiles à qualifier de leur véritable nom.
Ne voit-on pas, même en nos pays, et encore de nos jours, se grouper chez le même individu ces profondes cachexies que la misère des peuples arriéres, leur malpropreté, enti^etiennent chez eux dans l'ensemble de la population? Il est parfois difficile en semblable circonstance de déterminer le rôle de chaque élément patliogéuique, d'indiquer le mode et la somme de participation qui lui levient dans l'affection produite.
On a même parfois en nos climats l'occasion de voir surgir des états morbides wmplexes, à évolution aiguë, sous l'influence de l'association de deux ou plu-
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sieurs causes morbides, dont il importe de discerner le mode et la somme de participation à l'atteinte de l'organisme. A la fin de presque toutes les guerres prolongées, quand les soldats ont été simultanément épuisés par les miasmes du sol et par ceux de l'encombrement, par l'insuffisance de l'alimenlation et l'absence de moyens de protection contre les météores, on voit surgir des états pathologiques singulièrement différents de ceux que l'on rencontre habituellement, en temps de paix, dans nos villes de garnison. L'histoire des maladies de notre armée de Crimée (1854-1856) est là pour nous prouver combien étaient devenues complexes les formes morbides qui participaient à la fois du typhus, du scorbut, de l'asphyxie par le froid, des fièvres intermittentes, etc. Avec moins d'attention, on eut pu croire qu'il s'agissait là d'affections endémiques spéciales à la Crimée, absolument comme aux siècles passés on donnait le nom de fièvres de Hongrie à des affections tout aussi complexes que les précédentes et dont on se figurait, sans chercher plus loin, que la Hongrie représentait le berceau originel pour les armées épuisées qui la traversaient.
Ces conditions transitoires d'association de tant d'influences pathogéniques, surgissant surtout à titre de fléaux passagers sur les armées en campagne, nous les retrouvons permanentes, chroniques, pour ainsi dire, en bien des localités dont la population est incessamment vouée à la misère et à la malpropreté; là souvent se groupent des causes morbifiques aussi variées que les précédentes, mais auxquelles vient se joindre en outre, pour en moditier l'empreinte morbide, une condition plus lente, mais tout aussi certaine en son action, l'hérédité.
On voit, en somme, combien le nombre des endémies a chance d'être réduit par une étude plus approfondie des faits. Il ne faut pas cependant s'exagérer à l'avance et dogmatiquement les résultats de cette analyse scientifique; il est possible que parmi les affections spéciales à certaines zones bien déterminées il en existe qui ne soient pas réductibles à des types connus. 11 en est certainement que rien ne ramène encore sûrement au cadre pathologique des autres pays. Telles sont celles que nous avons appelées endémies proprement dites.
§ IX. Causes des endémies. 1° Endémicite'. Il en est du terme endémicité comme des termes : e'pidémicité et constitution médicale. Il ne doit être conservé qu'à la condition de ne pas être considéré comme une explication pathogénique. Et pourtant nous voyons chaque jour invoquer cette influence aveugle, l'endémicité, comme cause de la permanence dans certaines localités, soit de la dysenterie, soit de la fièvre typhoïde, alors qu'une enquête permettrait de reconnaître l'existence de causes bien plus faciles à saisir et à combattre, l'infection du sol ou des eaux de consommation par des produits de putréfaction, l'insuffisance ou la mauvaise qualité de l'alimentation, etc. Malheureusement, il est encore, nous l'avons vu, quelques maladies dont la limitation géographique, rendémicité, constitue le seul attribut étiologique apparent, et pour lesquelles il reste à déterminer en quoi est dangereuse la zone de leur circonscription.
2° Influences de race. On est disposé à considérer grand nombre d'endémies comme constituant une simple question de race, et à expliquer surtout par la transmission héréditaire leur perpétuation séculaire dans les mêmes milieux. Il est certain que l'influence héréditaire joue un rôle considérable sur les diverses générations humaines successivement épuisées par l'action permanente d'une même cause morbifique; il est évident que dans les endémies ressortissant à la lèpre ou à la syphilis l'hérédité augmente les dangers d'iulec-
tion de la population autochthone. Mais dire que l'endémie est une question de race, c'est en limiter tout à fait arbitrairement le point de départ. Il nous semble plus rationnel d'admettre que le plus souvent, au contraire, ce point de départ est fréquemment extérieur à l'homme et réside dans les circonstances au milieu desquelles il vit.
Ce qui le prouve, c'est que, dans l'immense majorité des cas, l'influence morbifique se manifeste aussi nettement, plus profondément même chez les étrangers nouvellement venus en ces localités et complètement indemnes de toute imprégnation héréditaire.
Cette prédisposition spéciale à subir l'influence des miasmes de la fièvre jaune, du choléra, de la fièvre intermittente, les étrangers la présentent encore à l'égard de la cause morbide qui enfante des affections bien plus circonscrites, plus endémiques que les précédentes : verruga, clou de Biskra, goitre. La cause morbide est donc bien loin d'être toujours inhérente à la race.
L'étranger pourra, il est vrai, avoir pour lui le bénéfice d'habitudes hygiéniques préservatrices; son immunité relative contre les maladies alimentaires, dans les pays atteints de pellagre et d'ergotisme, contre les affections parasitaires, dans les pays où sont communs les dragonneaux, les taenias, les chiques, sera le simple résultat des conditions de protection que lui conféreront soit son alimentation spéciale, soit des vêtements plus complets que ceux de l'indigène.
Cette protection, il ne la trouvera pas malheureusement contre les causes morbides d'une origine moins précise que les précédentes, notamment contre celles dont l'atmosphère est le milieu, comme le miasme palustre, et auxquelles il a souvent bien moins de moyens de se soustraire que la population autochthone.
5° Causes extérieures à l'homme. Beaucoup d'auteurs ont simplifié cette étiologie en prétendant que les endémies dépendaient à peu près exclusivement d'influences morbifiques émanant du sol et des eaux des localités oià elles se manifestent. Rien, en effet, ne semble plus spécial aux localités que leurs eaux, dont l'usage s'impose aux habitants, que leur sol, sur lequel il leur faut bien résider: d'où chez beaucoup de nos contemporains propension à demander raison à ces seules conditions de tous les événements pathologiques du lieu, et en particulier tendance à substituer, sans plus d'explication, le terme tellurique au terme endémique.
Nous acceptons volontiers que ces influences représentent les conditions pathogéniques les plus inhérentes à un pays donné, mais il suffit d'un coup d'oeil sur les aft'ections auxquelles aujourd'hui s'applique la dénomination d'endémie pour voir que les unes, les endémies proprement dites, diffèrent singulièrement des résultats habituels de l'infection du sol ou des eaux; que les autres relèvent •le causes morbides les plus différentes : météoriques, telluriques, alimentaires, virulentes, parasitaires. En ce dernier cas, l'endémie trouvera ses conditions de renouvellement et de permanence non-seulement dans tout ce qui est en rapport avec l'homme : air, eaux, lieux, aliments, mais parfois encore dans l'organisme liuraain; dans les maladies virulentes, par exemple, et souvent aussi dans les maladies parasitaires.
A. Influences météoriques. La prédominance de l'insolation, du choléra nostras, du catarrhe estival ou fièvre de foin, dans certaines régions circonscrites de la zone des climats excessifs, établit la réalité des endémies de cause météorologique.
B. Influences telluriques. 11 n'y a pas à démontrer l'endémicilé des maladies
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d'orifrine tellurique, des fièvres intermittentes, ce ty[ie des affections locnlisées à des foyers géographiquement déterminés, au moins dans les climats tempérés; dans les climats chauds seulement, les fièvres inlermillentes sont beaucoup plus diffuses, pouvant naître sur des surfaces infiniment plus considérables pour des raisons que nous indiquons ailleurs (voy. art. Impaludisme).
C. Influences alimentaires. Les maladies alimentaires offrent, comme les affections d'origine tellurique, une des meilleures conditions pour se circonscrire sous forme d'endémie; elles ne sont pas contagieuses. Mais cependant elles ne sont pas toutes endémiques au même degré. Les unes dépendent d'une simple insuflisance de l'un ou de plusieurs des éléments indispensables à la nutrition : tels le scorbut et le béribéri; comme l'a rappelé J. Rocbard, cette insulûsance pouvant se produire sur des régions étendues, ces deux maladies prendront parfois une expansion considérable : aussi, malgré la prédominance de la première de ces affections dans les climats froids, malgré la limitation de la seconde aux climats intertropicaux, les considérons-nous l'une et l'autre comme trop peu assujetties à des causes locales pour constituer d'habitude de véritables endémies ; ce terme ne leur sera légitimement applicable que dans les circonstances où la pénurie alimentaire et ses résultats morbiûques seront limités à des zones restreintes.
Il n'eu est point ainsi des affections causées par la présence dans les aliments d'un principe toxique dont le développement n'a lieu qu'en certains pays; la pellagre, l'ergotisme, sont essentiellement endémiques.
D. Influences parasitaires. Nous devons peut-être accentuer plus énergiquement encore la division des maladies parasitaires en deux groupes principaux : l'un renfermant des affections propres à certaines localités, l'autre des maladies soustraites à toute circonscription régionale.
a. Les moins endémiques de ces affections, les plus cosmopolites, sont celles dont les parasites trouvent dans l'organisme humain les conditions suffisantes de leur reproduction pleine et entière et peuvent, en outre, résister à l'action des températures extérieures les plus différentes: tel est l'acarus scabiei, tels sont les germes du microsporon, de la teigne, du pityriasis versicolore, etc. Aussi les affections qui en résultent sont-elles pleinement comparables, au point de vue de leur cosmopolitisme, aux maladies franchement contagieuses, et subissent-elles peu de limitation géographique; si l'on a considéré la gale comme endémique en plusieurs localités de la Bretagne, en de vastes districts de la Suède, c'est en raison des conditions déplorables d'hygiène des populations de ces pays, conditions parmi lesquelles domine la malpropreté si favorable à l'habitat des acarus.
Ce sont également les conditions antihygiéniques, favorables à leur reproduction et à leur absorption par les aliments ou les boissons, qui donnent une certaine apparence d'cudémicité à des parasites susceptibles de se développer à toute latitude, oxyures, ascarides, Irioccpliales.
En est-il autrement de l'apparente endémicité des cestoïdes et ne semble-t-il pas bien naturel de rencontrer la plupart des affections parasitaires dans les pays où prédominent aussi les endémies alimentaires?
En étudiant l'évolution générale des épidémies, nous verrons les endémies parasitaires subir dans le temps et l'espace des modifications qui seront surtout en rapport avec les coutumes alimentaires et le degré de civilisation des peuples.
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b. Quant aux maladies parasitaires plus endémiques, plus locales, il est difficile d'en déterminer le nombre et la nature. Il en est certainement dont les limites géographiques semblent parfaitement circonscrites, la chique, par exemple, qui n'a été observée que dans les régions intertropicales du nouveau monde; la plupart des autres parasites sont relativement plus répandus, ceux-là mêmes qu'on a considérés longtemps comme exclusivement propres à certains pavs-, sans offrir le cosmopolitisme du taenia inerme, des oxyures, des ascarides, le tœaia lata se rencontre sur nombre de points du littoral de la mer ou des fleuves de l'ancien continent ; quoique plus fréquentes en Irlande qu'en tout autre pays, les hydatides sont loin d'être limitées à ce pays; la filaire deMédine est trop commune aux Indes, au Sénégal, en Egypte, en quelques Antilles, pour être considérée comme une endémie exclusive à l'Arabie.
Il n'est pas jusqu'à rankylostome duodénal et à la filaire hématobie dont les découvertes les plus récentes ne tendent à démontrer la fréquence dans les pays où règne soit l'anémie, soit l'hématurie intertropicale, bien loin par conséquent de l'Egypte qui semblait leur principal berceau.
Grâce à la savante impulsion de nos collègues de la flotte, plusieurs faits nouveaux sont venus confirmer, en effet, l'observation faite en Egypte par Griesinger, qui avait reconnu la présence d'ankylostomes duodénaux dans un cas de chlorose égyptienne. A Mayotte d'une part, à Bahia de l'autre, on a constaté l'existence de cet helminthe chez des nègres enlevés par l'anémie iutertropicale.
Ces découvertes, en des régions si différentes et si éloignées les unes des autres, permettent d'attribuer à l'ankylostome duodénal un rôle pathogénique bien autrement considérable que ne le laissaient prévoir les anciennes données de la géographie médicale qui confinaient presque absolument ce parasite en Égvple. Si telle est bien la cause de la cachexie intertropicale du mal de cœur, de la géophagie, ces exemples se multiplieront rapidement, vu la fréquence de cette affection; leur répétition sur une grande échelle permettra seule d'affirmer définitivement cette étiologie, d'autant plus vraisemblable aujourd'hui que même en nos climats l'ankylostome paraît jouer un rôle important en certaines dyscrasies du même genre, notamment dans Yanémie des mineurs.
De nouvelles recherches semblent également devoir donner une importance plus grande au rôle de la filaire hématobie dans l'hématurie des pays chauds et prouver que ce parasite n'est pas non plus exclusif en Egypte.
E. Influences miasmatiques. Ici même il y a encore à distinguer entre les maladies infectieuses exotiques, à foyer original fixe, permanent, exclusif, comme les affections pestilentielles (peste à bubons, fièvre jaune, choléra) et les maladies infectieuses banales, comme les typhus, abdominal ou pétéchial, pouvant naître l'un et l'autre dans les lieux les plus divers.
F. Influences virulentes. Les maladies virulentes viennent en dernier lieu parmi les affections endémiques, parce que leur condition pathogénique dominante, la contagion, constitue un obstacle très-naturel à leur circonscription.
Ce sont elles qui représentent le moins les caractères que nous avons attribués aux endémies proprement dites ; leur transmissibilité, leur indépendance relative des conditions de lieux, semblent leur enlever toute chance de limitation régionale; il n'est guère que les maladies à virus essentiellement fixe, comme la syphilis, qui, sévissant plus spécialement sur des populations privées de toute ressource thérapeutique et prophylactique, minées en outre par d'autres cachexies, ont donné lieu à ces pseudo-épidémies à noms bizarres, DICT. ENC. XXXIV. . 28
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scerlievo, falcadine, sibbens d'Ecosse, button scurvy, radezyge, pian, bouton d'Amboine, tonga, spirocolon, etc., autant d'affections destinées, à mesure que la science en pénétrera la nature, à disparaître du cadre des endémies.
Quant aux maladies contagieuses à virus diffusible, elles ont encore moins de chance de circonscription : aussi ne sont-elles endémiques que par comparaison, dans les agglomérations de populations favorables à l'entretien des germes morbides; la diphtliérie, la rougeole, la scarlatine, sont endémiques dans les hôpitaux d'enfants, parce que ces maladies y trouvent un terrain fertile pour la reproduction de leurs germes, et qu'autour de ce terrain l'élément principal de cette reproduction est relativement clairsemé; quelquefois la masse de la population avoisinante, grâce à son âge, à ses atteintes antérieures, semble absolu ment réfractaire aux endémies d'un hôpital d'enfants ; on dirait un navire atteint de maladie contagieuse en pleine mer, autour duquel la barrière du vide constituerait une limite infranchissable à la propagation épidémique.
Ainsi, de même que pour certaines épidémies miasmatiques, le foyer d'endémicité est surtout adventice, artificiel.
Quelques maladies virulentes transmises à l'homme par les animaux seront pour lui endémiques dans les pays particulièrement aptes au développement de leurs germes chez ces animaux ; leur apparition chez l'homme est en effet subordonnée, comme celle des parasites à génération alternante, à une première phase morbide accomplie dans un organisme animal. Telle la pustule mahgne à laquelle sont plus spécialement exposées les populations de quelques contrées du centre de la France.
Ici encore, comme pour tant d'autres affections, de l'endémicité du mal on a conclu à son origiue tellurique. « La pustule maligne, a dit Bourgeois (d'Étampes), reconnaît évidemment pour origine une cause géologique; c'est dans le sol qu'elle naît, il faut que son principe ait été élaboré par l'organisme des animaux herbivores, ruminants, solipèdes, rongeurs, etc. )) Ce qu'il y a de vrai surtout dans cette proposition, c'est la filiation du mal par un organisme animal; les découvertes de Pasteur, en démontrant le rôle joué par les lombrics dans le déplacement, au sein de la terre, des virus charbonneux, est venu donner à cette filiation un caractère autrement précis que celui des influences mal déterminées jusqu'ici auxquelles on la rapportait. Léojv Colis.
EXDIVE. Nom vulgaire du Cichormm endiviah. ou chicorée endive, que l'on cultive en grand dans les jardins potagers pour ses feuilles qui servent à l'alimentation. On les mange crues, en salade, mais surtout cuites.
La Cichoriiim endivia L. se distingue du Cichoriimi intybus L. ou chicorée sauvage en ce qu'il est annuel et d'une saveur moins anière dans toutes ses parties. Il présente deux variétés principales, l'une appelée Chicorée frisée, l'autre Scarole, Escarole ou Scariole. On pense généralement que cette espèce est originaire de l'Inde; mais, d'après A. De Candolle (Origine des plantes cultivées, 18S5, p. 77), elle ne serait qu'une forme, modifiée parla culture, du Cichoriiim pumilum Jacq. (C. divaricatum Schousb.), qui croît spontanément dans la région méditerranéenne depuis Madère, le Maroc et l'Algérie, jusqu'à la Palestine, le Caucase et le Turkestan. Ed. Lef.
EXDLlCHER (Stepha>--La.dislas). Célèbre botaniste allemand, né à Presbourg, le 24 juin 1804. Il fit ses études à Pesth et à Vienne; il devait embrasser
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la carrière ecclésiastique et avait déjà reçu les ordres mineurs, mais il y renonça et en 1828 lut placé à la tète de la bibliothèque de la Cour de Vienne. Dès 1827, il avait commencé l'étude de l'histoire naturelle et des langues orientales. En 1856, il devint conservateur du cabinet d'histoire naturelle de la Cour à Vienne et, en 1840, fut appelé à professer la botanique à l'Université de cette ville et à en diriger le Jardin des plantes. Peu après les événements politiques de 1848, il mit lin à ses jours ; c'était le 28 mars 18i9.
Endlicher avait imaginé, avec Unger, un nouveau système de classification qui n'a été adopté que par un petit nombre de botanistes et se trouve exposé dans VEnchiridion botanicum, exhibens classes et ordines pJardarimi (Lipsiœ, 18-il, in-8''). Ce système commence, comme celui de jussieu, par les végétaux inférieurs, mais s'en distingue par une différenciation plus nette des familles, dont" il a augmenté le nombre (275) et l'importance en les élevant au rang d'ordres. Outre des ouvrages de linguistique, Endlicher, qui était doué d'une très-grande activité, a publié une foule d'ouvrages sur la botanique; nous nous bornerons à citer :
I. Grundzuge einer neueu T/ieorie der Pflanzemeugung. Wien, 1838, in-8°. — II. Avec von Martius : Flora hrasiliensis, etc. Yindobonae et Lipsiae, 1840-1846. 6 fasc. in-fol. —
III. die Mediiinalpflanzen der ôsterreichischen Pharmacopoe. Wien, 1842, in-S". —
IV. Gênera planlaruin, etc., avec des suppléments. Vindoboriae, 185G-1850, pet. ia-4''. —
V. Catalogus Jiorti Academici Vindobonensis. Yindobonae, 1842-1845, 2 vol. in-8°. — YI. Avec Fr. Unger : Grundzuge der Botanik. Wien, 1843, in-S", 1 pi. L. Us.
EXDOBA.SIDÉS. Léveillé a établi, sous ce npm, une subdivision des Ghampignons-Basidiosporés, chez lesquels les basides sont contenues dans l'intérieur même du réceptacle [voy. Champignons). Ed. Lef.
ENDOCARDE. L'endocarde est la membrane lisse, blanchâtre, élastique, qui tapisse les cavités du cœur. Les Anciens rangeaient la membrane interne du cœur parmi les séreuses. Mais celte opinion n'est plus soutenable en présence des notions précises fournies par les recherches histologiques modernes sur la structure de l'endocarde {voy. Cadiat, Anat. génér., 1«'' vol., p. 444 et suiv.), c'est bien une membrane de nature spéciale, analogue à la membrane interne des veines ou tunique de Bichat, tunique propre du système vasadaire à sang noir. Cette membrane est plus mince dans les cavités droites que dans les cavités gauches; sa minceur est extrême sur les tendons et les valvules du cœur. Elle acquiert son maximum d'épaisseur (1 millimètre) dans l'oreillette gauche.
Pour comprendre les dispositions de l'endocarde dans les cavités cardiaques, il faut se reporter à la structure des veines. L'endocarde est en effet d'origine veineuse et la texture des valvules du cœur est la même que celle des valvules veineuses.
Les tuniques des veines sont au nombre de trois :
1° Tunique interne ou tunique de Bichat;
2° Tunique moyenne ou musculaire;
5° Tunique adventice, conjonctive et vasculaire.
1" La tunique de Bichat, ou membrane commune du système vasculaire à sang noir, se rapproche beaucoup par sa composition de la tunique interne des artères. Bichat l'avait décrite séparément, en tenant compte des altérations pathologiques qui ne sont pas les mêmes sur l'une et surl'aulre.
45G ENDOCARDE.
Elle est composée de trois couches :
a. Une couche épithéliale; h. Une lame striée remplie de noyaux ; c. Un réseau élastique.
a. La couche épithéliale est constituée par des cellules plates qui ne diffèrent de celles des artères que par leur forme moins allongée et plus irrégulière; à part cela, ces deux sortes d'éléments sont identiques {voy. Artères).
b. La couche striée est formée d'une substance homogène, transparente, parsemée de cellules fusiformes considérées comme musculaires par Kolliker; enfin, de fibres élastiques très-fines.
c. La couche élastique occupe la situation de la lame hyaline des artères; elle est composée de fibres très-fines et très-nombreuses, formant un réseau serré sur la face adhérente de la tunique interne.
Celte tunique interne des veines peut, comme celle des artères, se séparer par simple dissection comme une pellicule hyaline plus ou moins épaisse ; elle paraît plus élastique que celle des artères. Sur la coupe perpendiculaire à l'axe du \aisseau, on ne la voit pas en effet former des plis ou des festons comme ceux qu'on aperçoit sur la tunique correspondante des artères.
Les vaisseaux sanguins {vasa vasorwn) viennent jusque sous la face adhérente de cette tunique ; c'est là le caractère différentiel le plus important, car c'est à cette disposition que les veines doivent de n'être point atteintes par ralhérome. Par contre, elles peuvent s'enflammer comme tout tissu vasculaire. Dans ce cas, la membrane interae se dépolit et le sang se coagule à sa surface, en formant des thromboses.
2° Tunique moyenne des veines. Cette tunique est d'une épaisseur trèsvariable, suivant les vaisseaux que l'on considère. Elle est réduite à des proportions très-faibles sur certaines veines (veines sus-hépatiques, coronaires, utérines). Son épaisseur est, entgénéral, en raison inverse du nombre des faisceaux musculaires qui lui sont superposés et qui appartiennent à la tunique adventice.
Elle est formée principalement de substance élastique disposée, comme dans les parois artérielles, en réseaux ou en lames continues, et perforées de distance en distance. Entre ces lames passent en faisceaux des fibres musculaires lisses ; les vaisseaux sanguins, ainsi que nous l'avons fait remarquer précédemment, traversent complètement cette tunique.
5" Tunique adventice. La tunique adventice est formée, comme celle des artères, de fibres lamineuses et de fibres élastiques très-multipliées, surtout à la surface de la tunique moyenne. Nous avons vu sur les artères qu'il existait aussi au même niveau quelques faisceaux isolés de fibres musculaires couchées suivant l'axe du vaisseau.
Sur les veines, ces faisceaux sont très-multipliés, au point que sur certaines d'entre elles (veine porte) ils forment une couche plus épaisse que la tunique moyenne.
C'est à tort que l'on considère ces faisceaux longitudinaux comme représentant une tunique spéciale. Il est évident qu'ils appartiennent à la tunique adventice, qu'ils font corps avec elle, et c'est pour cette raison que cette tunique ne se séuare pas par dissection comme celle des artères.
Valvules des veines. Les valvules des veines sont des replis demi-circulaires, atiachés par l'arc de cercle, qui les limite à la paroi interne de la veine.
ENDOCARDE. 457
Le grand diamètre du cercle représente le bord libre de la valvule; leur disposition, par conséquent, est la même que celle des valvules sigmoïdes du
cœur.
Elles sont disposées deux à deux dans la cavité du vaisseau qu'elles ferment par raccolement de leurs bords et siègent en général au-dessus de l'orifice d'une branche collatérale. Ainsi le sang versé par cette branche ne peut aller que dans la direction du courant principal.
Les valvules des veines ferment complètement ces vaisseaux dans les conditions de circulation normale, mais dans les injections on peut arriver à surmonter leur résistance en poussant le liquide avec assez de force pour dilater les veines et rendre alors les valvules insuffisantes.
La tunique interne manque sur la face supérieure de la valvule; elle s'arrête à 1 millimètre environ au-dessus du bord adhérent. Par contre, elle tapisse entièrement la face inférieure. Il résulte delà que les replis vaîvulaires sont formés seulement de deux couches. Celle qui regarde le cœur est un simple prolongement de la tunique moyenne, qui passe pour ainsi dire au travers de la membrane de Bichat interrompue. La seconde couche est, comme nous l'avons dit, représentée par la tunique interne avec toutes ses parties, mais seulement un peu amincie. Jusqu'au bord libre, on peut retrouver les trois couches de la tunique interne : couche épithéliale, lame striée et réseau élastique.
Ainsi les deux couches de la valvule sont formées : la supéi-ieure par la tunique moyenne prolongée, l'inférieure par la tunique de Bichat. Les éléments musculaires de la tunique moyenne sont disposés au niveau de la valvule de façon à former sur le bord adhérent un épaississement circulaire qui a été décrit par M. Houzé de l'Aulnoit comme un anneau fibreux.
Ces détails de structure ne sont pas indifférents, car, si nous comparons les dispositions de la couche musculaire et de la membrane interne avec celle des valvules auriculo-ventriculaires et de l'endocarde, nous voyons qu'elles sont identiques, ce qui nous porte à penser que le cœur pourrait bien être assimilé à un renflement veineux.
Endocarde. L'endocarde est formé de trois couches comme la tunique de Bichat :
1° D'une couche épithéliale de cellules minces, polygonales, régulières, à bords ondulés, ayant 0'"'°,03 à O'^^Oo de long sur 0'"°',02 à 0'°'",03 de large;
2° D'une couche à peu près homogène, hyaline, épaisse de 0'°"»,05 à 0""",08, identique sur le cœur droit et le cœur gauche, sauf une plus grande épaisseur dans ce dernier ; c'est cette couche qui donne l'aspect poli de l'endocarde ;
3» D'une couche de fibres élastiques très-épaisse relativement. Tous ces éléments élastiques appartiennent aux deux premières variétés, des fibres fines et des fibres dartoïques, mais surtout des fibres fines. Les plus superficielles pénètrent dans la couche hyaline. C'est cette couche élastique qui donne à l'endocarde sa teinte jaune; sur les coupes, elle est assez épaisse et serrée pour se présenter comme une large ligne noire. Elle correspond à la partie la plus profonde de la tunique de Bichat. Sur l'endocarde de l'oreillette gauche on voit, au-dessous de cette couche à fibres fines, une autre couche formée de fibres larges et trois ou quatre fois plus épaisse que la précédente.
Pour rendre l'analogie plus complète entre la tunique interne des veines et l'endocarde, disons encore que les vaisseaux sanguins ne pénètrent jamais dans
458 ENDOCARDE.
ces couches élastiques. Ils s'arrêtent dans le tissu conjonctif ou dans les faisceaux musculaires sous-jacents à l'endocarde. C'est donc exactement la disposition des parois veineuses qui se trouve reproduite ici.
Sur des cœurs d'hommes et d'animaux, dont tous les réseaux capillaires étaient finement injectés, il ne m'a pas été possible de voir une seule maille vasculaire dans les lambeaux d'endocarde de l'oreillette et des ventricules, que j'ai pu séparer sur une étendue assez gi-ande.
L'endocarde, en quelque point qu'on le considère, ne renferme pas non plus de lymphatiques. Les vaisseaux de celte nature que l'on peut injecter ou mettre en évidence avec le nitrate d'argent appartiennent au muscle cardiaque. Sur les préparations mêmes de Belajeff, qui décrit des lymphatiques dans les valvules. j'ai pu voir que ces vaisseaux appartenaient aux couches sous-jacentes.
Luschka décrit aussi des vaisseaux sanguins dans l'endocarde, dans les piliers du coeur et même dans les cordages tendineux. Mais ses dessins ne sont pas démonstratifs, et de mon côté j'ai cherché à injecter les vaisseaux des valvules sans V parvenir: par quelque procédé que ce soit, je n'ai jamais pu en ruettre un seul en évidence.
Il me paraît démontré que l'endocarde ne possède pas de vaisseaux, et que dans la couche sous-jacente on ne rencontre absolument que les capillaires des faisceaux musculaires et des cloisons de tissu conjonctif plus ou moins développées suivant les régions.
Au-dessous de l'endocarde se trouvent des nerfs très-nombreux, disposés en faisceaux volumineux et enveloppés de gaines de périnèvre. Nous ne savons pas encore quel est le mode de terminaison de ces nerfs; on peut suivre leurs dernières ramifications sous forme de cylindres-axes nus fréquemment subdivisés, dont les extrémités très-ténues se perdent à peu de distance de la surface libre de l'endocarde.
Ce sont sans doute des nerfs sensitifs, d'après les expériences de Cyon.
L'endocarde des oreillettes se prolonge, ainsi que nous l'avons vu, sur la face supérieure des valvules auriculo-ventriculaires, en s'amincissant peu à peu, mais sans perdre ses caractères spéciaux. Il en résulte que la valvule auriculo-ventriculaire est formée, mais seulement au niveau de sa ligne d'insertion, c'est-à-dire sur l'anneau fibreux ventriculaire, de trois couches : une supérieure épaisse, représentant la continuation de l'endocarde de l'oreillette; une intermédiaire de tissu conjectif et une inférieure très-mince, continuant l'endocarde du ventricule.
Cette disposition des valvules auriculo-ventriculaires reproduit donc exactement celle des valvules veineuses. Si nous supposons, en effet, ces deux ordres de replis tournés dans le même sens, par rapport à la direction du courant sanguin, nous voyons, sur l'un et sur l'autre, la membrane interne oudeBichat se continuer jusqu'au bord libre du côté des capillaires, tandis que sur l'autre face elle n'existe pas et elle cesse un peu avant le bord adhérent de la valvule; les autres dispositions sont aussi les mêmes.
Enfin, les veines offrent, au niveau des valvules, un épaississement mu=cuUiire qu'il est permis d'assimiler au muscle cardiaque sans trop forcer les comparaisons.
Dès 1869, Schweigger-Seidel avait considéré la couche musculaire interne des ventricules comme faisant partie de l'endocarde, et avait établi une homologie complète entre cette membrane ainsi constituée et la paroi des gros troncs
>asculaires aboutissant au cœur dont elle représentait en quelque sorte la continuation.
Les vaisseaux de la valvule auriculo-ventriculaire ne s'avancent qu'à une trèspetite distance de la ligne d'insertion; ils ne dépassent pas l'anneau fibreux. Tout le reste de la valvule, y compris les cordages tendineux jusqu'aux piliers est donc dépourvu de vaisseaux sanguins.
Ainsi le cœur dans son ensemble, reproduit les dispositions qui correspondent à chaque valvule veineuse. H y a donc lieu de penser déjà, d'après la structure de la membrane interne du cœur et la structure des valvules, que cet organe est une dépendance du système veineux. En étudiant son développement, nous verrons encore qu'il se présente comme un renilement des veines omphaloniésentériques auquel s'ajoute plus tard le bulbe aortique. L'anatomie comparée de son côté, vient à l'appui de cette opinion, car le cœur est exclusivement veineux chez les Poissons. Il commence à devenir artériel chez les Reptiles; ■enfin chez les Vertébrés à sang chaud, le cloisonnement des ventricules établit une séparation morphologique, mais qui ne se poursuit pas dans les caractères de structure.
En suivant la série animale, on voit donc que le cœur donne peu à peu des parties artérielles, exactement comme dans le perfectionnement embryogénique. J'ai montré ailleurs {Anat. gén., t. I, p. 457) quelles déductions importantes on peut tirer au point de vue pathologique de ces données de l'anatomie. Cadiat.
EXDOCARDITE. DÉFINITION. Sous le uom d'endocardite, les auteurs dassiques désignent l'inflammation aiguë ou chronique de la membrane séreuse qui tapisse la face interne du cœur; cette définition, irréprochable hier encore, est devenue pour nous incomplète depuis que de récents travaux viennent d'éclairer d'un jour nouveau la pathogénie de cette affection cardiaque. Dans un grand nombre de cas, en effet, l'examen microscopique a révélé la présence de micro-organismes au milieu des foyers d'endocardite : il en résulte que l'élément inflammatoire, jusqu'ici seul invoqué dans le processus de H maladie, perd peu à peu de son importance, alors que le rôle des parasites pathogènes prend chaque jour une place plus considérable.
Généralités historiques. C'est à Bouillaud que nous devons la découverte de l'endocardite, confondue, avant lui, avec la cardite, et cela par les meilleurs cliniciens, tels que Corvisart et Laennec, encore que le premier ait consacré deux chapitres à « l'endurcissement cartilagineux ou osseux des valvules auriculovenlriculaires et sigmoïdes ». Dans ces derniers temps quelques auteurs, pour faire montre d'érudition ou mus par des considérations jalouses de nationalité, se sont efforcés de disputer à Bouillaud l'honneur de la découverte : or, sans entrer ici dans des détails oiseux de bibliographie, il est juste de réagir contre de semblables affirmations et de rendre à chacun la part qui lui est due. Il est incontestable que parmi les anciens quelques-uns avaient relevé certaines altérations de la séreuse interne du cœur, et, pour ne citer que les plus fameux, Guy de Chauliac, Boerhaave, Morgagni et Sénac, avaient noté déjà la rougeur et même l'épaississement de la surface profonde du cœur, de même qu'llaller relevait à l'autopsie d'un enfant, l'ossification des valvules sigmoïdes de l'aorte et de l'artère pulmonaire. Il suffit cependant de lire ces descriptions, d'ailleurs assez confuses, pour se convaincre que la constatation des lésions
4iO ENDOCARDITE.
internes du cœur est citée comme par hasard, et que les auteurs n'y voient rien qui puisse attirer particulièrement l'attention.
D'après Friedreich, ce serait Kreysig (1815) qui, le premier, aurait insisté tout spécialement sur les altérations de l'endocarde; cet auteur signale, en effet, sous le nom de cardite polypeuse, une lymphe plastique qui se produit sur la séreuse cardiaque enflammée, il relève encore certaines modifications anormales de la surface interne du cœur, tels que : épaississement cartilagineux, concrétions ossiformes, ulcérations végétantes. Sans méconnaître la valeur incontestable des travaux de ce médecin, il est juste de faire ressortir qu'il avait été précédé lui-même par plusieurs observateurs. Sept ans avant l'apparition du Traité des maladies du cœur de Kreysig, publié à Berlin en 1816, Allan Burns (1809) notait la présence d'amas fibrineux et de lymphe floconneuse sur la face interne^des oreillettes; trois ans après, Wells (1812) constatait la présence de végétations à la face profonde du cœur gauche, et enfin, vers 1815, Mathieu Baillie déclarait avoir vu les « valvules veineuses » affectées d'une véritable inflammation et couvertes de lymphe plastique. Malgré ces tentatives, l'histoire de l'endocardite encore très-confuse ne devait se dégager des autres affections du cœur que bien des années après.
Laennec, dans la première édition de son Traité de V auscultation médiate (1819), n'en fait point encore mention; il signale la cardite, les polypes elles concrétions du cœur, et ne pousse pas plus loin. Cependant il connaissait les plaques cartilagineuses « qu'on rencontre assez fréquemment sur les parois intérieures des ventricules et particulièrement du ventricule gauche », mais ne les considérait point comme le résultat d'une action inflammatoire, opinion que Hope, dans la suite, devait reprendre et soutenir avec autorité. En 1821 parut à Londres le Traité pratique des maladies inflammatoires, organiques et sympathiques du cœur, de H. Kœder, lequel, d'ailleurs sans insister, remarque que la membrane qui double les cavités du cœur est souvent très-rouge et enflammée; c'était là une^ mention bien insuffisante, aussi le fait passa-t-il inaperçu; nous en pourrions dire autant de la thèse de Simonet (1824) sur la Cardite, dans ta quelle l'auteur note au passage quelques lésions constatées sur la face profonde du cœur. Ainsi donc, si certaines des altérations de la séreuse interne du cœur ont été relevées par quelques anciens auteurs, ceux-ci l'ont fait, au courant de l'autopsie, pour ainsi dire, sans y attacher d'importance particulière, et nul n'a su y voir les caractères d'une affection toute spéciale, non décrite encore, ayant ses lésions propres et sa symptomatoiogie bien à elle; Kreysig seul, paraît avoir entrevu la nature inflamm.atoire de la maladie, mais là se borne sa découverte, dont il est équitable d'ailleurs de relever l'importance.
C'est dans ces conditions que parut, en 1824, le Traité des maladies du cœur et des vaisseaux de Bertin et Bouillaud; les auteurs, sans prononcer encore le mot d'endocardite, y signalent l'inflammation de la membrane interne du cœur, qu'on rencontre dans les fièvres graves et qui peut se terminer par la formation de dépôts cartilagineux ou osseux. Ces données nouvelles furent immédiatement acceptées par Laennec, toujours en tête du mouvement scientifique de son époque, et dès la seconde édition de son Traité (1826) il consacre un chapitre entier à l'inflammation de la membrane interne du cœur et des gros vaisseaux. Cette maladie cependant lui paraît être, « malgré l'opinion de quelques observateurs de nos jours, une affection fort rare » , et plus loin ce puissant génie médical, moins heureux dans l'appréciation des signes stéthoscopiques fournis par le cœur
que dans ceux offerts par les voies respiratoires, déclare que les végétations de rendocarde, à moins d'être nombreuses, « doivent gêner fort peu le mouvement des valvules et par conséquent elles ne doivent donner aucun signe de leur présence ». Il a soin d'ajouter, comme correctif, que dans une observation « trois vé^étalions. d'une ligne de longueur seulement, ont pu être soupçonnées. »
Nous arrivons ainsi jusqu'en 1855, au moment de l'apparition du Traité clinique des maladies du cœur de Bouillaud, dans lequel il publie de toute pièce son incomparable description des maladies de l'endocarde. De suite il distingue de l'inflammation de la membrane interne du cœur en général, ou endocardite proprement dite, une phlegmasie localisée aux lames valvulaires qu'il propose d'appeler cardivalvidite, et en étudie les lésions anatomiques, les causeset la symptomatologie. Poursuivant son œuvre, il donnait, l'année suivante, ses Nouvelles recherches sur le rhumatisme articidaire aigu en général et spécialement sur la coïncidence de la péricardite et de Vendocardile dans cette maladie, dans lesquelles la corrélation du rhumatisme et des cardiopathies était indiquée formellement. Nous n'insisterons pas sur les luttes que Bouillaud eut à soutenir pour la défense de ses idées, que quelques médecins considérables regardaient comme systématiques ; nous ne parlerons pas non plus de ses longues discussions avec Andral qui, en 1826, dans le troisième volume de la première édition de sa Clinique, prétendit avoir décrit sous le nom de cardite interne les altérations et les symptômes de la phlegmasie de la séreuse interne du cœur. Ces incidents, qui passionnèrent la génération médicale de l'époque, ne sont pour nous que de l'histoire rétrospective sans grand intérêt, et d'ailleurs Andral lui-même déclara que « c'est à Bouillaud que l'on doit d'avoir appelé l'attention d'une manière toute particulière sur cette phlegmasie, à laquelle il a donné la dénomination heureuse d'endocardite ».
Depuis cette époque déjà lointaine, qui marque pour ainsi dire l'entrée de l'endocardite dans le cadre nosologique, un nombre considérable de travaux ont été publiés sur la matière, et cependant à l'heure présente, sous l'influence des doctrines microbiennes régnantes, l'histoire pathogénique de cette maladie cardiaque subit une évolution considérable, en vertu de laquelle l'influence des agents parasitaires infectieux tend à se substituer de plus en plus à celle de la phlegmasie pure.
Nous aurons l'occasion, à propos de chacune des nombreuses causes de l'endocardite, d'insister ultérieurement sur les travaux qui ont le plus contribué à élargir dans ce sens le cadre de la maladie; pour l'instant, sans entrer dans le détail, nous signalerons seulement les recherches cliniques générales et les vues d'ensemble qui ont complété l'œuvre de Bouillaud, et c'est à ce titre qu'il faut citer : en France, les noms d' Andral, de Pigeaux, qui signala un des premiers l'influence des lièvres exanthématiques sur la production de l'endocardite, d'Aran, de Gendrin, de Trousseau, de Potain et de Peter; en Angleterre, ceux de Hope, de "Walsh et de ^Yest ; en Allemagne, ceux de Yirchow, de Friedreich et de Bamberger.
Division du sujet. Avant d'entrer dans la description détaillée de chacun des éléments qui constituent l'histoire de l'endocardite, on remarquera tout d'abord que, suivant la marche présentée par la maladie, nous aurons à considérer une forme aiguë ou subaiguë et une forme chronique. Cette dernière nous occupera peu, son étude ayant été faite déjà {voy. t. XYIll, p. 487, de ce Dictionnaire) ■ à propos des affections valvulaires et orificielles du cœur qui en